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Full text of "Oeuvres complètes d'Ambroise Paré"

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ŒUVRES 

COMPLÈTES 

D’AMBROISE  PARÉ. 


III. 


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PARIS.  — IMPRIMERIE  DE  BOURGOGNE  ET  MARTINET, 
ru*  JaroV  . 3o. 


t : 


OEUVRES 

COMPLÈTES 


D’AMBROISE  PARE 

REVUES  ET  COLLATIONNEES  SUR  TOUTES  LES  ÉDITIONS, 

AVEC  LES  VARIANTES; 

ORNÉES  DE  217  PLANCHES  ET  DU  PORTRAIT  DE  L’AUTEUR  , 

ACCOMPAGNÉES  DE  NOTES  HISTORIQUES  ET  CRITIQUES  , 

ET 

PRÉCÉDÉES  D’UNE  INTRODUCTION 

sur  l’origine  et  les  progrès 

DE  LA  CHIRURGIE  EN  OCCIDENT  DU  SIXIÈME  AU  SEIZIEME  SIÈCLE, 

ET  SUR  LA  VIE  ET  LES  OUVRAGES  D’AMBROISE  PARE, 

PAR 

J.-F.  MA  LG  A IGNE. 


.abor  i rn probus  omuia  vinci t. 

A.  Paré. 


TOME  TROISIÈME. 


A PARIS, 

CHEZ  J.  * B.  BAILLIÈRE, 

LIBRAIRE  DE  L’ACADÉMIE  ROYALE  DE  MÉDECINE, 

RUE  DE  L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE  , 17. 

A LONDRES  CHEZ  II.  BAILLIÈRE,  219,  REGENT  STREET 


PREFACE 


DU  TROISIÈME  VOLUME. 


Voici  le  dernier  volume  de  cette  nouvelle  édition  , et,  si  cette 
expression  m’était  permise , la  dernière  pierre  du  monument 
littéraire  que  j’ai  voulu  élever  à la  mémoire  et  au  génie  d’Am- 
broise Paré.  Le  piédestal  aurait  pu  être  plus  digne  de  la  statue  ; 
le  seul  témoignage  que  je  veuille  me  rendre,  c’est  que  pendant 
deux  années  d’un  travail  assidu  et  opiniâtre,  je  n’y  ai  point  épar- 
gné mes  efforts.  J'ai  tâché  autant  qu’il  était  en  moi,  et  dans  mon 
introduction,  et  dans  mes  notes,  de  peindre  ce  grand  homme  au 
milieu  de  son  époque , de  mettre  ses  doctrines  en  regard  des 
doctrines  rivales,  afin  que  les  lecteurs,  embrassant  d’un  coup 
d’œil  le  point  de  départ  et  le  point  d’arrivée,  pussent  mieux 
mesurer  le  chemin  qu’il  avait  fait.  A l’égard  du  texte,  je  n’ai 
rien  négligé  pour  le  rendre  complet,  exact,  purgé  des  additions 
et  des  altérations  étrangères  ; et  j’ose  le  dire  avec  confiance,  c’est 
par  là  surtout  que  cette  édition  l’emportera  sur  toutes  les  autres. 
11  n’est  pas  inutile  de  rappeler  que  la  quatrième  édition,  publiée 
encore  par  Ambroise  Paré  lui-même,  offre  des  lacunes  notables  ; 


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PRÉFACE. 


que  la  cinquième , plus  complète  , présente  déjà  quelques  alté- 
rations provenant  des  éditeurs  posthumes  ; que  ces  altérations 
ont  été  toujours  en  augmentant  jusqu’à  la  huitième,  plus  com- 
plète que  les  précédentes , et  bien  moins  complète  encore  que 
la  nôtre.  Quant  aux  éditions  de  Lyon,  qui  avaient , je  ne  sais 
comment,  usurpé  une  certaine  réputation  dans  la  librairie,  elles 
peuvent  être  mises  sur  le  même  rang  que  les  plus  honteuses 
contrefaçons. 

J 'ajouterai  pour  les  chirurgiens  qui  citent  Paré  sur  la  foi 
des  traductions  étrangères,  que  ces  traductions  ne  méritent 
qu’une  médiocre  confiance.  Elles  ont  toutes  été  calquées  sur  la 
version  latine,  faite  elle-même  d’après  la  deuxième  édition  fran- 
çaise, et  ne  contiennent  en  conséquence  que  vingt-huit  livres,  y 
compris  l’introduction  ; quelques  unes  seulement  y ont  ajouté 
l’apologie  et  les  voyages.  Mais  ce  qui  est  plus  grave,  la  compa- 
raison habituelle  du  texte  français  et  du  texte  latin  m’a  fait  voir 
qu’en  un  très  grand  nombre  d’endroits,  le  traducteur  avait  pris 
des  licences  hors  de  toute  mesure,  sautant  des  phrases , des  pa- 
ragraphes et  jusqu’à  des  chapitres  entiers,  et  glissant  en  revanche 
de  temps  à autreide  petites  intercalations  de  sa  fabrique  ; j’en  ai 
cité  dans  mes  notes  de  nombreux  exemples. 

Le  texte  de  Paré  paraît  donc  véritablement  ici  pur  et  complet 
pour  la  première  fois  ; complet  dans  sa  rédaction  définitive, 
plus  complet  encore  par  l’addition  des  variantes  fournies  par  les 
quatorze  éditions  originales.  Ces  variantes  ont  offert  quelquefois 
tant  d’intérêt  et  d’étendue,  qu’elles  ne  pouvaient  rester  dans  les 
notes;  c’est  ainsi  qu’on  trouvera  insérés  dans  le  cours  de  l’ou- 
vrage, la  dédicace  du  discours  de  la  mumie,  le  fameux  chapitre 
de  X Antimoine,  et  surtout  La  maniéré  de  extraire  les  en/ans  tant 
mors  que  viua/is  hors  le  ventre  de  la  rnere,  qui  ne  tient  pas  moins 
de  dix  pages  dans  le  second  volume. 

S’il  m’est  permis  cependant  de  dire  un  mot  sur  mes  propres 
additions , sans  parler  de  mon  introduction  , qui  prend  à elle 
seule  près  d’un  demi-volume,  un  exemple  mettra  à même  d’en 


PRÉFACE. 


III 


apprécier  l’étendue.  Les  livres  huitième , neuvième  et  dixième, 
qui  commencent  le  second  volume,  occupent  23q  pages,  sur  les- 
quelles les  notes  ont  pris  environ  io5  colonnes.  En  faisant  la 
jusle  part  de  la  différence  apportée  par  le  caractère  employé 
pour  les  notes , on  trouvera  qu’elles  équivalent  en  réalité  aux 
deux  cinquièmes  du  texte  qu’elles  accompagnent.  Je  n’ai  assuré- 
ment déployé  un  pareil  luxe  d’annotations  que  pour  les  livres 
consacrés  aux  matières  chirurgicales;  et  si  j’ai  fait  ce  calcul, 
c’est  bien  moins  par  une  vaine  ostentation  que  pour  me  préparer 
une  excuse  contre  ce  reproche  d'ailleurs  mérité,  de  n’avoir  point 
épuisé  la  matière , et  d’avoir  laissé  en  arrière  des  faits  et  des 
idées  qui  auraient  pu  aussi  être  cités  avec  avantage  dans  cette 
revue  générale  de  la  chirurgie  du  xvie  siècle. 

Du  reste , si  le  soin  d’amasser  et  de  mettre  en  ordre  les  ma- 
tériaux nécessaires  à une  telle  entreprise  avait  un  peu  retardé 
l’ apparition  du  premier  volume,  le  second  et  le  troisième  ont 
suivi  avec  assez  de  rapidité  pour  que  le  premier  seulement  ait 
pu  jusqu’à  présent  passer  à l’examen  de  la  presse  médicale. 
Comme  il  ne  renferme  que  très  peu  des  livres  chirurgicaux,  c’est 
mon  introduction  surtout  qui  a attiré  les  regards;  et  je  11e  sau- 
rais témoigner  ici  assez  de  reconnaissance  pour  la  bienveillance 
unanime  et  les  encouragements  dont  on  m’a  comblé.  On  n’a 
voulu  voir  en  quelque  sorte  que  le  but  que  je  m’étais  proposé, 
et  l’on  a épargné  les  critiques  à l'exécution.  Quelques  remarques 
utiles  m’ont  cependant  été  adressées.  J’avais  moi-même  quelques 
faits  notables  à ajouter  à mon  premier  travail  ; et  afin  de  mettre 
quelque  ordre  dans  ces  additions,  je  les  diviserai  en  quatre  par- 
ties, qui  se  rattachent,  suivant  la  marche  de  l’introduction  même, 
i°  à l’histoire  de  la  chirurgie  au  moyen-âge  ; 20  à la  biographie 
de  Paré  ; 3°  à ses  écrits  ; 4°  et  enfin  je  consacrerai  le  dernier  ar- 
ticle au  récit  de  l’inauguration  de  sa  statue  sur  l’une  des  places 
publiquos  de  Laval. 


IV 


PREFACE. 


S I.  — Additions  à l'histoire  de  la  chirurgie  au  moyen  Age. 

M.  Dezcimeris  a relevé  d’abord  deux:  assertions  émises  dans 
mon  introduction , pages  xxiv  et  xxv,  au  sujet  de  Constantin 
l’Africain.  Suivant  lui,  le  Panlegni , qui  est  en  vingt  livres  au 
lieu  de  dix,  ne  serait  point  un  extrait  de  l'ouvrage  d’Ali-Abbas , 
mais  une  traduction  très  complète  et  même  plus  longue  que  l’o- 
riginal. N’ayant  pu  me  procurer  alors  le  Pantegni,  j’avais  copié 
ces  deux  assertions , sous  toutes  réserves,  dans  le  Dictionnaire 
historique  de  M.  Dezcimeris  lui-même.  Aujourd’hui  qu’il  re- 
vient sur  ce  qu’il  avait  écrit , je  m'en  fie  volontiers  encore  à sa 
rectification  ; cependant  il  y aune  difficulté  que  je  lui  ai  sou- 
mise et  qu’il  n’a  point  résolue  ; c’est  que  dans  le  supplément  de 
Gruner  à X Aplirodisiacus  de  Luisini,  le  texte  du  Pantegni  qui 
a rapport  aux  affections  vénériennes  non  seulement  diffère  de 
celui  d’Ali-Abbas , mais  est  notablement  plus  court , attendu 
qu'il  n’occupe  que  trente-six  lignes  là  où  l’autre  en  absorbe 
soixante-une.  La  question  a donc  besoin  de  nouveaux  éclaircis- 
sements. 

A la  page  xxii,  d’après  Reinesius , j’avais  rapporté  à Gario- 
pontus  le  premier  emploi  de  ces  mots  nouveaux  adoptés  plus 
tard  par  la  langue  médicale,  cauterizare , gargarizare , etc.; 
M.  Dezeimeris les  a retrouvés  dans  Théodore  Priscien,  queGario- 
pontus  a copié  en  ceci  comme  en  bien  d’autres  choses,  ainsi 
qu’il  a été  dit. 

Une  discussion  plus  intéressante  est  celle  qui  concerne  la 
personne  et  les  ouvrages  d’Albucasis.  J’avais  dit , page  lix  , que 
l’auteur  du  Liber  Se/vitoris,  id  est  liber  xxviij  Bulcasim  Bena- 
benazerim , était  Espagnol,  et  n’avait  rien  de  commun  avec  le 
chirurgien  Albucasis,  dont  nous  possédons  une  Chirurgie  en 
trois  livres  , plus  une  Médecine  en  quarante-huit  traités  (et  non 
en  trente  ou  trente-deux  livres),  attendu  que  le  vingt-huitième 
livre  en  question  n’a  rien  de  commun  avec  le  vingt-huitième 


pju'face. 


V 


traité  de  ce  dernier  ouvrage.  M.  Dezeimeris  m’a  fait  observer 
d’abord  que,  depuis  les  recherches  deCasiri,  on  savait  qu’Al- 
bueasis  était  né  à Alzahara,  près  de  Cordoue  , ce  que  je  ne  sau- 
rais accorder  ; car  j’avais  lu  fort  attentivement  Casiri , et  n’y 
avais  pas  même  trouvé  l’apparence  d’une  démonstration.  Mais 
M.  Dezeimeris  ajoute  que  mes  deux  Albucasis  n'en  font  qu’un  ; 
que  ce  vingt-huitième  livre  du  Serviteur  est  la  dernière  partie 
d'un  grand  ouvrage  comprenant  ainsi  tout  l’art  de  guérir,  méde- 
cine, chirurgie,  pharmacie;  et  il  a montré  par  un  certain 
nombre  de  citations  un  rapport  réel  entre  cette  troisième  partie 
et  les  deux  précédentes.  Bien  qu’il  reste  à résoudre  plusieurs 
difficultés,  il  faut  avouer  que  cette  hypothèse,  si  c’est  une  hy- 
pothèse, a quelque  chose  de  séduisant;  et,  sans  être  acceptée 
encore  d’une  façon  définitive , elle  appelle  certainement  toute 
l’attention  des  érudits. 

A la  page  lviii  , à propos  de  Richard  et  de  Gilbert  l’Anglais , 
j’avais  dit  qu'il  y a moins  de  chirurgie  dans  ce  qui  nous  reste  de 
ces  deux  auteurs  que  dans  le  Liliu/n  de  Bernard  de  Gordon,  qui 
n’était  certes  pas  un  chirurgien.  M.  Dezeimeris  assure  au  con- 
traire que  l’ouvrage  de  Gilbert  n'est  rien  moins  qu'un  traité 
complet  de  médecine  et  de  chirurgie,  et  môme  le  plus  complet 
que  nous  ait  légué  ce  siècle.  Je  crains  que  M.  Dezeimeris  ne  se 
soit  ici  laissé  emporter  un  peu  trop  loin  par  un  enthousiasme , 
d’ailleurs  assez  naturel,  pour  un  auteur  dont  il  a fait  me 
étude  approfondie.  Il  a montré  que  Gilbert  avait  parlé  des  her- 
nies de  la  ligne  blanche  et  des  carnosités  de  l’urètre,  ce  qui  fait 
remonter  au  xme  siècle  les  premières  notions  de  ces  affections, 
auxquelles  j’avais  assigné  une  date  bien  postérieure1.  Gilbert, 
d’après  les  mêmes  recherches , aurait  pratiqué  de  sa  main  le 
cathétérisme,  le  taxis  et  l’incision  des  hernies,  la  suture  des 
plaies,  etc.  Malgré  cela  je  n’ai  pu  me  ranger  cette  fois  de  l’avis 


1 J’ai  retrouvé  depuis  la  mention  des  carnosités  urétrales  dans  les  Arabes 
et  jusque  dans  Rbasès. 


VI 


PRÉFACE. 


de  M.  Dezeimeris.  Je  n’ai  pu  en  aucune  manière  retrouver  dans 
Gilbert  un  traité  complet  de  chirurgie.  J’ai  accordé  facilement 
que  Gilbert  avait  abordé  plusieurs  questions  chirurgicales , 
comme  Gordon,  comme  Arculanüs,  et  bien  d’autres;  mais, 
comme  ces  deux  écrivains  par  exemple  , il  ne  saurait  être 
classé  que  parmi  les  médecins  de  son  temps. 

Je  ne  veux  pas  omettre  de  dire  que  M.  Dezeimeris  a fixé  l’é- 
poque où  avait  vécu  Gilbert , et  sur  laquelle  on  n’avait  aucune 
certitude.  Gilbert  avait  entendu,  à Salerne,  au  plus  tard  vers  le 
milieu  du  xme  siècle,  les  leçons  de  Plateàrius  (le  jeune),  de 
Jean  de  Saint-Paul,  de  Ferrari  et  de  Maurus  ; et  c’est  lui-même 
qui  nous  l’apprend. 

Au  xve  siècle , M.  Dezeimeris  m’a  averti  que  j’avais  donné  à 
Arculanus  deux  procédés  pour  l’ectropion  qui  ne  lui  apparte- 
naient pas  (voyez  page  lxxxviii).  Celte  critique  est  parfaitement 
juste  pour  le  deuxième  procédé,  qui  remonte  à Celse;  mais  pour 
le  premier,  qu’Arculanus  donne  comme  sien  , il  lui  appartient 
en  réalité,  bien  que  se  rattachant  à une  méthode  générale  indi- 
quée également  dans  Celse. 

Nous  arrivons  à Jean  de  Vigo,  sur  qui  M.  Dezeimeris  avait 
donné , dans  son  Dictionnaire  historique  , des  détails  dont  il 
n’avait  pas  indiqué  la  source.  Il  nous  la  donne  aujourd’hui,  et 
je  ne  saurais  mieux  faire  que  de  transcrire  tout  ce  passage.— 
« Ils  sont  pris  d’une  histoire  du  siège  de  Saluces,  écrite  par  un 
témoin  oculaire,  Bernardino  Orsello,  l’ami  intime  de  Battista  de 
Rapallo,  dans  laquelle  se  trouvent  des  détails  sur  l’organisation 
du  service  médical  et  chirurgical  de  la  ville  assiégée.  On  y voit 
que  Battista  de  Rapallo,  chef  du  service  chirurgical,  avait  sous 
ses  ordres  quatre  chirurgiens,  dont  un  était  son  propre  fils , Jean 
de  Yigo.»  Voilà  pour  la  paternité  de  Battista  et  pour  la  date 
de  i485.  Quant  à celle  de  i4ç)5,  c'est  l’époque  où  écrivait  Or- 
sello ; or,  dans  le  passage  qui  vient  d’être  cité , rendant  hom- 
mage à l’habileté  incomparable  de  Battista  de  Rapallo,  il  ajoute 
entre  parenthèses  : « La  ville  de  Saluces  regrette  aujourd’hui 


PRÉFACE. 


VII 


l’absence  de  ce  grand  homme , bien  qu’elle  ait  le  bonheur  de 
posséder  son  fils,  praticien  aussi  supérieur  à ses  contemporains 
par  son  habileté  qu  il  l’est  par  1 étendue  et  la  variété  de  ses 
connaissances.» 

M.  Dezeimeris  a fait  voir  aussi  que  le  mode  d’extirpation  du 
cancer  avec  l’instrument  tranchant  et  le  fer  rouge,  dont  j’avais 
fait  honneur  à de  Yigo,  se  retrouvait  très  exactement  dans  Gil- 
bert, au  xme  siècle. 

Ici  se  terminent  les  remarques  dont  je  suis  redevable  à M.  De- 
zeimeris; il  y avait  joint  quelques  autres  critiques,  mais  qui,  ne 
me  paraissant  pas  aussi  bien  justifiées  , seraient  inutilement 
rappelées  ici.  On  pourra  consulter  à cet  égard  ses  Remarques  sur 
quelques  points  de  l’histoire  de  la  chirurgie  au  moyen  âge,  dans 
V Expérience,  numéro  du  20  février  1840,  et  ma  réponse  dans 
le  numéro  suivant  du  même  journal. 

Mon  excellent  maître,  M.  Gama,  a bien  voulu  me  communiquer 
une  note  sur  Gersdorf,  insérée,  avec  un  discours  prononcé  en 
1817a  f hôpital  militaire  de  Strasbourg,  dans  le  troisième  volume 
du  Journal  de  Médecine  militaire  ; on  la  lira  avec  un  grand 
intérêt. 

« Je  m’arrête  avec  plaisir  un  moment  sur  Gersdorf,  disait 
M.  Gama,  pour  lui  rendre,  devant  ses  compatriotes , l’hommage 
qu’il  a mérité  de  la  part  des  chirurgiens  militaires.  Il  nous  ap- 
prend lui-même  qu’il  fut  d’abord  élève  de  Maître  Nicolas,  sur- 
nommé le  Dentiste,  chirurgien  du  duc  Sigismond  d’Autriche,  et 
avec  lequel  il  s’est  trouvé  à trois  batailles  pendant  les  guerres  de 
Bourgogne.  Il  se  fixa  à Strasbourg  à son  retour  de  l’armée.  Son 
livre  renferme  plusieurs  bons  préceptes  sur  l’extraction  des  balles 
et  autres  corps  étrangers  engagés  dans  les  plaies;  on  y trouve  des 
tire-balles  fort  ingénieux  et  bien  faits.  Une  chose  assez  remar- 
quable, c'est  que,  au  lieu  de  la  suture  alors  en  usage  après  les 
amputations , il  avait  déjà  indiqué  la  réunion  immédiate , sur 
laquelle  on  a tant  disserté  depuis  quelques  années.  Je  ne  puis 
m’empêcher  de  relever  ici  une  erreur  dans  laquelle  Haller  est 


VIII  PREFACE, 

tombé  au  sujet  de  ce  chirurgien  ; il  le  dit  élève  de  Mulhart,  et 
n’a  pas  vu  que  le  terme  allemand  maul-artz,  c’est-à-dire  dentiste , 
est  un  surnom  qu’on  donnait  communément  dans  ce  temps  aux 
chirurgiens  qui  excellaient  dans  leur  profession,  comme  d’autres 
surnoms  étaient  donnés  aux  individus  de  toute  autre  classe  qui  se 
faisaient  remarquer  par  quelque  chose  de  particulier  ; par  exem- 
ple, Gersdorf  avait  le  sobriquet  de  Schylhans,  ou  Schiel  hans , 
c’est-à-dire  le  louche.  » 

Moi-même  aussi , comme  on  peut  le  présumer , je  pourrais 
ajouter  ici  d’autres  remarques  ; car  c’est,  à la  fois  le  regret  et  la 
joie  des  hommes  qui  s’adonnent  aux  études  sérieuses,  d’appren- 
dre toujours  quelque  chose,  et,  par  une  inévitable  conséquence, 
de  trouver  toujours  quelque  chose  à reprendre  dans  leurs  travaux 
antérieurs.  D’ailleurs,  même  à l’instant  où  je  tenais  la  plume, 
j’étais  obligé  de  faire  un  choix  parmi  mes  documents;  et  bien 
vain  serait  celui  qui,  avec  plus  d’espace  que  je  n’en  avais  à ma 
disposition,  faisant  l’inventaire  scientifique  de  cette  époque  en 
apparence  si  déshéritée  du  moyen  âge,  s’imaginerait  n’avoir  rien 
laissé  en  arrière,  et  croirait  sa  moisson  si  complète,  qu’il  ne 
resterait  plus  à glaner.  Toutefois,  sauf  quelques  rectifications  de 
détails  semées  à l’occasion  dans  ces  trois  volumes,  et  qui  portent 
essentiellement  sur  des  questions  de  priorité,  je  n’ai  rien  vu 
jusqu’ici  qui  vînt  contrarier  les  faits  historiques  qui  ont  servi  de 
matériaux  à cette  œuvre,  et  les  conséquences  que  j’en  ai  fait 
découler. 

J’avais  dessein  de  rectifier  quelques  fautes  échappées  à l’im- 
pression ; ainsi  à la  page  lx,  ligne  4.  d faut  lire  Armengandus 
Blasius  : page  lxxiii,  ligne  4»  au  lieu  de  les  mesures , corriger 
les  menaces  ; mais  ce  sont  là  les  plus  essentielles,  et  les  autres 
seront  faciles  à rectifier  par  le  lecteur. 

Il  est  cependant  une  partie  de  mon  Introduction  ou  les  moin- 
dres détails  demandaient  à trouver  place,  et  pour  laquelle  il  est 
urgent  de  mettre  en  lumière  ceux  qui  m’avaient  alors  échappé  ; 
je  veux  parler  de  la  biographie  d’A.  Paré. 


PREFACE. 


IX 


§ II.  — Additions  à l'histoire  d’Ambroise  Paré. 

J’ai  dit  qu’il  était  né  à Laval  en  1617.  Le  hasard  m’avait  fait 
tomber  depuis  sur  une  traduction  de  la  Jérusalem  délivrée , 
publiée  à Paris  en  1839,  par  M.  Bourlier.  L’auteur  signait  ainsi 
sa  Préface  : 

« Louis  Bourlier  , 

de  Laval , Déparlement  de  la  Mayenne , 
un  des  descendans  d’Ambroise  Paré,  à 
qui  la  science  médicale  est  redevable  de  la 
découverte  de  la  circulation  du  sang.  » 

Ceci,  et  quelques  détails  ajoutés  plus  bas  sur  la  vie  de  Paré, 
témoignaient  suffisamment  que  M.  Louis  Bourlier  n’avait  pas 
beaucoup  ouvert  les  œuvres  de  son  illustre  aïeul  ; mais  il  ajoutait 
enfin  : 

« Il  était  né  au  commencement  du  xvi“  siècle , dans  le  bourg  Hersent,  con- 
tigu au  bourg  d’Avenières , où  je  suis  né,  moi » 

Ce  renseignement  curieux  était  exact  : je  l’ai  trouvé  confirmé 
dans  ce  passage  d’une  lettre  adressée  à M.  David  par  les  notables 
de  la  ville  de  Laval,  réunis  en  commission  centrale  pour  l’érection 
d’un  monument  à la  mémoire  du  grand  chirurgien  i. 

« Vous  serez  curieux  d’apprendre  que  la  reconnaissance  populaire  a élevé 
depuis  long-temps  sa  statue  à Ambroise  Paré  au  lieu  même  où  il  naquit , 
dans  le  petit  village  du  Bourg -Hersent,  qui  forme  presque  un  des  faubourgs 
de  Laval.  Nous  avons  tous  le  souvenir  d’avoir  vu  long-temps,  dans  l’âtre  de 
la  cheminée  du  premier  étage  d’une  maison  en  ruine , un  buste  placé  en  la 
mémoire  d’Ambroise  Paré  ; et  on  voit  encore  aujourd’hui  dans  ce  village , 
sur  la  façade  d’une  maison  construite  sur  l’emplacement  de  la  maison  du 
seigneur  au  service  duquel  paraît  avoir  été  attaché  le  père  d’Ambroise  Paré, 


1 Notice  sur  le  monument  élevé  à la  mémoire  d’Ambroise  Paré,  en  la  ville  de 
Laval,  publiée  par  les  soins  de  la  Commission.  — Laval,  1840. 


X 


PRÉFACE. 


on  voit  encore,  disons-nous,  un  portrait  qui  paraît  l’oeuvre  d’un  peintre 
d’enseignes  , et  au  bas  duquel  on  lit  cette  inscription  : 

DANS  CETTE  MAISON  EST  NÉ  AMBROISE  PARÉ. 

Quant  à la  date  de  sa  naissance,  il  ne  paraît  pas  qu’on  ait  dans 
le  pays  même  aucun  moyen  de  la  fixer  ; mais  il  y a une  tradition 
perpétuée,  dit  M.  le  docteur  Hubert,  par  de  vieux  manuscrits, 
qui  à la  vérité  n’ont  pas  une  authenticité  bien  constatée.  Il  eût 
été  à désirer  peut-être  que  la  commission  de  Laval  s’expliquât 
mieux  sur  ces  manuscrits  ; mais  elle  se  borne  à la  simple  mention 
qu’on  vient  de  lire,  et  s’en  tient  ensuite  à la  tradition. 

« Suivant  cette  tradition  , poursuit  M.  Hubert,  Ambroise  Paré  serait  né 
vers  l’année  1509  au  petit  village  du  Bourg-Hersent,  près  Laval,  dans  une 
dépendance  de  la  maison  seigneuriale  du  comte  de  Laval , et  dans  la  domes- 
ticité de  ce  seigneur,  dont  son  père  aurait  été  le  valet  de  chambre-barbier.  » 

Le  narrateur  passe  sous  silence  les  autres  détails  donnés  par 
Percy;  mais  il  conjecture  que  ce  fut  sans  doute  quand  le  comte 
de  Laval,  remarié  en  troisièmes  noces  en  1020,  conduisit,  dans 
une  des  années  suivantes,  sa  femme  à la  cour,  que  la  famille  de 
Paré  suivit  ce  seigneur  à Paris.  J’ai  dit,  et  ne  veux  pas  y revenir, 
ce  qui  paraissait  le  plus  certain.  Une  fois  Paré  loin  de  Laval,  ses 
compatriotes  le  perdent  de  vue  et  n’ajoutent  rien  à ce  que  nous 
en  savons;  je  ne  veux  pas  omettre  cependant  une  note  curieuse 
de  lanotice  déjà  citée. 

« La  Commission  avait  espéré  un  moment  pouvoir  publier  des  renseigne- 
ments inédits  sur  la  famille  d’Ambroise  Paré,  et  sur  les  premières  années  de 
sa  vie  ; elle  avait  découvert  à Amsterdam  un  sieur  Paré , ferblantier,  qui  se 
dit  descendant  direct  d’Ambroise  Paré  , et  possesseur  de  tous  les  papiers  de 
famille  ; mais  comme  il  a refusé  d’y  laisser  fouiller  sans  recevoir  par  avance 
une  somme  d’argent,  nous  n’avons  pas  cru  pouvoir  engager  les  fonds  de  la 
souscription  sans  savoir  ce  que  pourraient  amener  ces  recherches , et  nous 
n’avons  pas  donné  de  suites  à sa  proposition.  » 

De  ce  peu  de  détails  nouvellement  recueillis  , on  ne  saurait 


PREFACE. 


XI 


tirer  grande  lumière.  On  voit  pourtant  qu’en  réalité  des  membres 
de  la  famille  de  Paré  ont  émigré  en  Hollande;  mais  est-il  bien 
vrai  de  dire  que  la  révocation  de  l’édit  de  Nantes  fut  la  cause  de 
cet  exil  ? Dans  tous  les  cas,  l’exil  n’aurait  point  frappé  la  famille 
entière;  car  outre  M.  Louis  Bourlier,  que  nous  avons  vu  tout-à- 
l’heure  réclamer  celle  parenté  glorieuse,  je  trouve  inscrit  sur  la 
liste  des  souscripteurs,  le  nom  de  mademoiselle  Bourlier  d’Aves- 
nières,  sans  doute  de  la  même  famille,  et  celui  d’une  dame  de 
Laval  qui  porte  encore  ce  beau  nom  de  Paré.  M.  le  docteur 
Hubert,  dans  la  notice  déjà  citée,  nous  apprend  qu’on  retrouve  à 
Laval,  depuis  1740?  une  famille  du  même  nom  dont  les  descen- 
dants portent  pour  prénom  habituel  le  nom  d’Ambroise,  sans 
pouvoir  établir  aujourd'hui  une  filiation  plus  directe  ; et  que  cette 
famille,  avant  la  révolution  de  1789,  était  exempte  décapitation 
et  de  l’impôt  de  gabelle,  comme  issue  de  notre  grand  chirurgien. 
Comment  donc  M.  Yillaume,  en  parlant  de  la  mission  donnée  à 
Lassus  (et  non  à M.  de  Lasuse,  comme  il  l’avait  imprimé  par  er- 
reur) de  rechercher  à Laval  les  descendants  de  Paré,  ajoute-t-il 
qu'il  ne  s’y  en  trouva  point?  M.  Hubert  rapporte  à cet  égard 
« qu'en  1804,  lorsque  le  professeur  Lassus  vint  présider  le  jury 
de  médecine  à Laval,  il  était  porteur  d’une  lettre  du  cabinet  de 
l'Empereur  qui  lui  enjoignait  de  rechercher  à Laval  les  descen- 
dants de  Paré,  qu’il  voulait  honorer  de  ses  bienfaits  ; » mais  il  ne 
dit  rien  des  résultats  de  cette  recherche. 

Avant  d'abandonner  ce  qui  regarde  la  famille,  je  dois  dire  que 
Claude  Yiart,  beau-frère  de  Paré  suivant  M.  E.  Bégin  (voir  mon 
Introd.,  page  ccxxvii),  est  cité  à plusieurs  reprises  dans  lesceuvres 
de  Paré,  notamment  dans  la  grande  Apologie,  à la  date  de  1 585, 
et  toujours  sans  aucun  titre  de  parenté. 

Nous  avons  vu  que  Paré  avait  d’abord  été  reçu  maître  barbier 
chirurgien  ; et  aux  documents  que  nous  avons  réunis  sur  l’état  des 
barbiers  à cette  époque  est  venue  s’ajouter  depuis  une  curieuse 
planche , insérée  par  M.  Dusommerard  dans  sa  grande  et  belle 
publication,  l Album  des  Arts  au  moyen  ci ge,  et  calquée  sur  un 


Xil 


PREFACE. 


vitrage  colorié  du  xvi*  siècle , représentant  la  boutique  d’un 
barbier.  Nous  avons  pu,  grâce  à l’obligeance  de  M.  Dusommerard, 
étudier  à la  fois  la  planche  et  le  vitrage  ; en  voici  une  description 
succincte. 

Le  sujet  principal  représente  l’intérieur  de  la  boutique;  sur 
une  chaise  est  assis  un  patient  que  l’on  vient  de  saigner.  La 
manche  gauche  de  la  chemise  est  retroussée  jusqu’au  coude,  et 
repliée  là  de  façon  à faire  office  de  ligature  ; d’autre  ligature  il 
n’y  en  a point.  La  piqûre  a été  faite  vers  le  milieu  de  l’avant- 
bras  ; le  sang  sort  en  un  jet  magnifique  ; mais,  par  un  singulier 
oubli,  le  peintre  a oublié  de  le  colorier.  Le  malade  embrasse  de 
la  main  gauche  un  long  bâton,  dont  le  bout  pose  à terre  ; procédé 
qui  remplace  avantageusement  la  bande  ou  le  lancetier  que  l’on 
fait  aujourd’hui  tourner  dans  la  main  ; du  reste,  le  procédé  était 
déjà  indiqué  par  Guy  de  Ghauliac  au  xiv°  siècle  ; on  le  retrouve 
figuré  par  Scultet  au  xvne  ; et  enfin  je  l’ai  encore  vu  mettre  en 
usage  par  les  barbiers  de  Pologne  durant  la  campagne  de  1 83 1 . 
Le  barbier,  debout  à droite,  reçoit  le  sang  dans  un  bassin  de  cui- 
vre; la  barbière,  à gauche,  tient  un  gobelet  probablement  rempli 
d’eau,  pour  donner  à boire  ou  pour  asperger  la  figure  en  cas  de 
syncope.  Du  reste,  barbier  et  barbière  sont  en  grande  toilette , 
la  tête  coiffée  du  béret  noir  avec  double  panache  de  plumes 
blanches. 

La  salle  est  éclairée  par  une  fenêtre  cintrée  à six  comparti- 
ments, garnie  de  carreaux  arrondis  maintenus  par  des  bandes 
de  plomb.  Au-dessus  de  la  fenêtre  , pendent  à la  muraille  cinq 
bassins  de  cuivre  de  différentes  grandeurs  ; au-dessus  des  bassins, 
dix  poëlettes  beaucoup  plus  petites  et  d’une  grandeur  uniforme. 
Sur  un  pan  de  la  muraille  à droite,  tout-à- fait  en  haut,  un  bassin 
et  une  aiguière  ; au-dessous,  retenues  par  une  bande  de  cuivre 
horizontale,  trois  paires  de  ciseaux  et  deux  paires  de  rasoirs  à 
lame  pointue,  à dos  de  cimeterre , comme  ils  étaient  au  moyen 
âge,  servant  à la  fois  à faire  le  poil  et  les  incisions  ; au-dessous, 
trois  ustensiles  peints  en  noir,  qui  me  paraissent  être  des  boîtes 


PRl':f\CË. 


XIII 


ou  pennaroles  suivant  le  terme  de  Guy,  destinés  à recevoir  les 
instruments.  Seulement,  tandis  que  dans  la  trousse  moderne  les 
instruments  ont  leurs  cases  disposées  sur  le  même  plan,  lune  à 
côté  de  l’autre , ici  les  cases  sont  superposées  l’une  à l’autre,  de 
manière  à donner  à la  boite  une  notable  épaisseur,  et  une  forme 
comparable  à celle  des  fontes  où  les  cavaliers  plongent  leurs 
pistolets.  Du  reste  je  me  hâte  d’ajouter  que  ce  que  je  viens  de 
dire  de  ces  boites  est  pure  conjecture  ; car  toutes  les  trois  sont 
vides;  et  Guy  en  parlant  du  pennarolc  n’a  rien  dit  qui  pût  servir 
à en  déterminer  la  forme.  Enfin,  tout-à-fait  au-dessous,  trois 
peignes  également  fixés  à la  muraille. 

Sur  le  pan  de  mur  de  gauche  se  voient  en  haut  cinq  bocaux 
rangés  côte  à côte,  et  certainement  destinés  à contenir  les  on- 
guents. Au-dessous,  et  comme  pour  faire  pendant  à ceux  de  l’autre 
côté,  cinq  rasoirs  entr’ouverts.  Madame  la  barbière  nous  cache 
le  reste. 

Le  compartiment  supérieur  représente  une  autre  salle  éclairée 
par  deux  fenêtres  à carreaux  arrondis,  et  tout  autour  de  laquelle 
règne  une  large  banquette  adossée  aux  trois  murailles  visibles. 
A droite  sur  une  chaise , est  assis  un  client  auquel  on  vient  de 
faire  la  barbe,  car  le  rasoir  est  encore  sur  la  banquette  ; le  gar- 
çon barbier  est  occupé  maintenant  à lui  couper  les  cheveux.  A 
gauche  est  un  autre  client  qui  a subi,  à ce  qu’il  paraît,  la  double 
cérémonie;  car  j’aperçois  sur  la  banquette  le  rasoir,  les  ciseaux, 
un  peigne  simple  et  un  peigne  double  ; je  ne  sais  donc  quel  reste 
de  toilette  lui  fait  le  garçon  encore  occupé  à sa  tête  ; peut-être 
la  lui  lave-t-il  avec  une  éponge.  Ce  qui  me  suggère  cette  conjec- 
ture, c’est  que  le  client  est  à genoux  sur  un  espèce  de  prie-dieu, 
la  tête  au-dessous  d’un  vase  suspendu  au  plafond,  d’où  pourrait 
bien  suinter  quelque  liqueur  odoriférante  ; et  le  garçon  a les  bras 
nus  jusqu’aux  coudes,  tandis  que  son  camarade  a gardé  son  haut- 
de-chausses.  Tous  deux  ont  le  béret  noir , mais  sans  panache  ; 
et  enfin  celui  de  droite,  chose  assez  curieuse,  a une  poëlette  pen- 


XIV 


PRÉFACE. 


due  au  côté  gauche  de  la  ceinture,  comme  une  arme  qui  ne 
devait  pas  le  quitter. 

Le  vitrage  porte  en  bas  la  date  de  1 559  ; et  en  caractères  go- 
thiques, la  signature  de  3aee  HirljunlUr. 

Je  reviens  maintenant  à Paré. 

En  1 536  il  partit  pour  l’Italie , et  j’avais  avancé , malgré  les 
assertions  hasardeuses  de  Devaux , que  Thierry  de  Héry  avait  fait 
les  mêmes  campagnes.  J’en  ai  trouvé  depuis  la  preuve  directe 
dans  un  passage  du  livre  publié  par  Thierry  en  i5Ô2  , page  1 85. 
Thierry  raconte  qu’il  passa  les  monts  en  1037,  et  parle  des  ge- 
lures des  soldats  à peu  près  dans  les  mêmes  termes  que  Paré. 

Rien  à ajouter  à l’histoire  de  Paré  jusqu’au  siège  de  Rouen , 
en  1662.  Mais  là  vient  se  placer  un  fait  d'une  haute  importance, 
resté  en  oubli  jusqu’à  ce  jour , et  pour  lequel  nous  avons  le 
témoignage  de  Paré  lui-même.  Après  la  prise  de  Rouen  , il  faillit 
être  empoisonné  dans  un  dîner,  en  quelque  compaignie , dit-il, 
o ii  en  auoit  quelques  vus  qui  me  hayoyent  à mort  pour  la  reli- 
gion ; et  il  n’échappa  que  par  une  présence  d’esprit  remarquable. 
Il  avait  raconté  assez  longuement  cette  histoire  dans  le  livre  des 
Rapports  de  l’édition  de  1676  , mais  il  l’avait  effacée  de  toutes  les 
autres  éditions  postérieures  ; nous  avons  soigneusement  repro- 
duit cette  précieuse  variante,  tome  III , page  G6q.  Quels  étaient 
ces  fanatiques  qui  faisaient  venir  ainsi  le  poison  en  aide  à leurs 
opinions  religieuses?  Paré  ne  les  nomme  point.  Toutefois,  le 
mot  unique  qu’il  a laissé  tomber  de  sa  plume  sur  la  religion , en 
prenant  ce  mot  dans  l’acception  du  xvf  siècle,  semble  indiquer 
que  les  empoisonneurs  étaient  catholiques,  et  que  Paré,  alors  du 
moins,  était  passé  au  calvinisme.  Mais  ceci  admis,  il  faut  donc 
qu’il  soit  retourné  plus  tard  à ses  croyances  primitives,  et  je 
répéterai  ce  que  je  disais  à la  page  cclxxxi  : Il  me  parait 
incontestable  que , du  moins  après  la  Saint-Barthélemy , A . duré 
faisait  profession  de  la  foi  catholique . 

Ici  se  terminerait  ce  que  j’avais  à dire  de  celle  partie  de  lTn- 


PRÉFACE. 


XV 


troduction,  si  je  n’avais  à rectifier  un  lapsus  plumœ  à peine 
concevable.  A la  page  cclx.hi  , on  lit  que  François  II  était  le 
deuxième  fils  de  Catherine;  c’est  le  fils  ainê  qu’il  fallait  dire. 

§ III.  ■ — Additions  relatives  aux  écrits  de  Paré. 

Je  n’ai  rien  à ajouter  à la  bibliographie  que  j’ai  donnée  de  ses 
ouvrages  et  de  leurs  éditions.  J’ai  bien  vu  indiquée  dans  X Histoire 
de  l'anatomie  de  Portai,  tome  YI,  page  817,  une  édition  du 
Traité  des  playes  d hacquebutes  , qui  aurait  paru  à Lyon  , in-4% 
en  1572;  j’ignore  où  Portai  a retrouvé  cette  date,  mais  il  ne 
paraît  pas  avoir  vu  cette  édition  par  lui-même  ; et  très  probable- 
ment il  s’agit  des  Cinq  livres  de  chirurgie  publiés  à la  même  date , 
mais  à Paris  et  in-8° suivant  Haller,  édition  sur  laquelle  je  n’ai 
encore  pu  mettre  la  main , malgré  toutes  mes  recherches. 

J’ai  oublié  de  dire  que  l’édition  de  i552,  de  la  Maniéré  de 
traiter  les  playes  dé  hacquebutes , se  trouve  à la  Bibliothèque 
royale  , à celle  de  l’Arsenal  et  à la  Faculté  de  médecine. 

Pour  le  Traité  de  la  peste  de  i568,  je  n’en  connais  qu’un 
exemplaire  unique  fort  bien  conservé;  il  est  à la  bibliothèque 
Sainte-Geneviève,  T.,  9^0. 

Relativement  au  texte  de  Paré  , je  commencerai  par  relever 
quatre  fautes  d’impression  un  peu  plus  graves  que  celles  qui  ne 
consistent  que  dans  une  lettre  soustraite  ou  surajoutée,  ou  mise 
en  la  place  d’une  autre. 

Dans  le  tome  II , page  2 1 9,  on  lit  à plusieurs  reprises  : le  ca- 
pital des  cautères;  le  mot  propre  est  capitel,  du  latin  capitellum . 

Page  5 1 4 , deuxième  colonne  , ligne  29  : Hure  troisième , des 
maladies  traitant  ; lisez  : Hure  troisième  des  maladies , trai- 
tant, etc. 

Au  tome  III,  page  54i  , deuxième  colonne,  sixième  ligne, 
quatre  lettres  ont  sauté  ; lisez  : sont  lousiours  chancreux. 

Accident  semblable  à la  page  710,  première  colonne,  der- 
nière ligne  ; lisez  : beaucoup  de  soldats. 


XVI 


PREFACE. 


Mais  la  plus  grave  de  toutes  ces  fautes , celle  que  j'ai  gardée  à 
dessein  pour  la  dernière , parce  qu’elle  donnerait  lieu  à un  fâ- 
cheux anachronisme  dans  l’histoire  de  la  chirurgie  , se  trouve  à 
la  page  23o  du  tome  II.  On  y lit  l’histoire  de  Pirou  Garbier,  au- 
quel fut  coupée  la  ïambe  dexire  quatre  doigts  au-dessus  du  ge~ 
noüil;  c’est  quatre  doigts  au-dessous  qu’il  faut  lire.  A la  vérité, 
l’erreur  aurait  été  rectifiée  par  ceux  qui  auraient  lu  , deux  pages 
plus  loin , la  grande  note  où  je  montre  qu’au  xvic  siècle  on  n’osait 
faire  l’amputation  de  la  cuisse , ni  meme  peut-être  celle  du  bras. 
La  première  mention  que  je  connaisse  de  l’amputation  de  la 
cuisse  ne  remonte  qu’à  Fabrice  de  Hilden. 

Quelques  autres  rectifications  m’ont  été  imposées  par  une  cir- 
constance dont  je  n’ai  pas  été  le  maître.  En  commençant  mon 
édition , j’avais  trouvé  dans  la  bibliothèque  de  feu  M.  Richerand 
un  exemplaire  assez  mal  en  ordre  de  la  quatrième  édition  des 
œuvres  complètes;  mais  quand  j’eus  appris  à M.  Richerand  la 
rareté  et  le  prix  de  cette  édition , comme  dernière  édition  ori- 
ginale , il  se  sentit  pris  tout  d’un  coup  d’une  telle  tendresse  pour 
son  volume , qu’il  ne  voulut  plus  me  le  confier.  Il  en  est  résulté 
que , pour  mon  premier  tome  et  le  commencement  du  deuxième 
jusqu’au  livre  des  Playes  d’harquebttses,  je  n’ai  pu  indiquer  que 
rarement  si  tel  passage  manquant  dans  la  deuxième  édition  fran- 
çaise , datait  de  la  quatrième  ou  de  la  cinquième.  Je  vais  rec- 
tifier à cet  égard  les  notes  qui  en  ont  besoin. 

NOTES  DU  TOME  PREMIER. 

Page  26,  corrigez  ainsi  la  note  : Tout  ce  qui  suit  manque  dans  les  deuxpre- 
mières  éditions. 

Page  28,  lisez  : Ici,  dans  ta  quatrième  édition  et  les  suivantes. 

Page  30,  première  note  : On  lit  dans  toutes  les  éditions  originales. 

Page  36  : Dans  la  quatrième  édition  et  les  éditions  posthumes. 

Page  46  : même  correction  à la  note. 

Page  53  : Et  le  onzième  de  la  quatrième  édition  et  des  éditions  posthumes. 

Page  55,  ajoutez  à la  note  : l.e  paragraphe  en  question  est  de  1585. 

Page  76  : Dans  les  deux  premières  éditions  et  l’édition  latine. 

Même  correction  à la  page  suivante,  et  en  général , excepté  dans  les  notes 


PRÉFACE. 


XVfl 

que  je  rectiGe  ici,  les  premières  éditions  doivent  toujours  s’entendre  des  deux 
premières  éditions  françaises  et  de  l’édition  la  line. 

Page  26C,  j'ai  signalé  en  note  une  ampliGcalion  ajoutée  au  texte  dans  les 
éditions  postérieures  à la  cinquième.  Il  faut  dire  de  plus  que  ces  mots  mêmes, 
comme  vne  lozange  à quatre  cornes,  ne  se  lisent  pas  encore  dans  la  quatrième 
édition. 

Page  391,  notes  2 et  3 : le  paragraphe  en  question  date  de  la  quatrième 
édition;  et  alors,  comme  plus  tard,  on  y lisait  le  mot  inferieure,  que  je  regarde 
comme  une  faute  d’impression. 

Page  400,  première  colonne  ; Cette  citation  se  lit  pour  la  première  fois  dans 
la  cinquième  édition. 

Page  419,  ajoutez  à la  dernière  note  : Le  titre  du  chapitre  en  1585  portait 
seulement  : de  la  Tumeur  du  fondement. 

Page  446,  note  de  la  première  colonne  : Il  n’est  fait  mention  des  sangsues 
qu'à  la  cinquième  édition. 

NOTES  DU  DEUXIÈME  VOLUME. 

Page  5,  dernière  note  : Ce  paragraphe  manque  jusqu’à  la  quatrième  édition. 

Page  9 : Ce  paragraphe  date  de  1585. 

Page  10,  note  3 : les  dix  ügures  se  voient  également  dans  la  quatrième 
édition. 

Page  11,  première  colonne  : Ce  paragraphe  date  de  1585. 

Page  60,  ajoutez  : Elle  date  de  1585. 

Page  70,  deuxième  colonne,  note  2 : la  phrase  en  question  se  lisait  encore 
dans  la  quatrième  édition. 

Page  80:  le  paragraphe  sur  l’épilepsie  a été  ajouté  en  1585. 

Page  81,  deuxième  colonne  : Ce  paragraphe  date  de  1585. 

Page  91  : Ces  deux  histoires  ont  été  ajoutées  à la  quatrième  édition. 

Page  108,  note  1 : La  date  exacte  de  ce  paragraphe  est  de  1585. 

Page  129  : Ces  mots  : Ce  qu’on  n’auoit  encores  fait,  n’ont  été  ajoutés  qu’à  la 
première  édition  posthume. 

Page  138,  première  colonne  : Cette  histoire  a été^ajoutée  en  1585. 

Plus  loin  les  notes  sont  exactes  ; j’avais  alors  plusieurs  exem- 
plaires de  la  quatrième  édition  entre  mes  mains. 

J’ai  un  mot  à dire  de  l’ordre  que  j’ai  suivi  dans  l’arrangement 
des  livres  de  la  collection.  Et  d’abord  il  convient  d’avertir  le  lec- 
teur que  l’article  consacré  à cette  question  et  à plusieurs  autres  , 
dans  mon  Introduction,  a été  sauté  dans  la  table  des  ma- 
tières du  premier  volume.  Il  forme  le  § XX  et  commence  à la 

b 


m. 


XVII  [ 


PRÉFACE. 


page  cccxxx.  Or  , on  fera  bien  , pour  compléter  cet  article , de 
recourir  aux  notes  que  j’ai  placées  au  commencement  de  chacun 
des  livres  de  la  collection,  et  qui  exposent  avec  plus  de  détail 
et  les  sources  où  Paré  a puisé,  et  les  motifs  de  l’arrangement 
que  j’ai  adopté. 

II  y avait  cependant  un  travail  général  à faire  sur  les  auteurs 
cités  dans  tout  l’ouvrage  ; au-devant  de  chacune  de  ses  grandes 
éditions,  Paré  n’avait  pas  manqué  d’en  donner  la  liste  , et  elle 
comprenait  175  noms  en  1 585.  Ces  noms  étant  jetés  au  hasard 
les  uns  à côté  des  autres,  il  n’en  ressortait  rien  pour  l’intelli- 
gence du  lecteur , et  j’ai  cru  qu’on  pouvait  faire  mieux.  Laurent 
Joubcrt,  dans  sa  traduction  de  Guy  de  Chauliac,  rechercha  et 
fit  rechercher  par  plusieurs  élèves  et  docteurs  de  Montpellier 
toutes  les  citations  alléguées  par  son  auteur , et  en  dressa  une 
table  merveilleusement  significative  pour  ceux  qui  la  savent  lire. 
On  voit  en  effet  que  pour  édifier  son  oeuvre , Guy  a eu  recours  à 
cent  autorités,  citées  ensemble  jusqu’au  chiffre  de  3,299  fois-  Cela 
suffit  certes  pour  démontrer  que  l’autorité  étaitalors  la  base  prin- 
cipale de  la  philosophie  chirurgicale  ; que  si  vous  voulez  savoir 
quelle  était  l’autorité  dominante , réunissez  les  citations  des  an- 
ciens, elles  s’élèvent  à 1117,  tandis  que  celles  des  Arabes  vont  à 
i4o4.  Ainsi,  malgré  la  prépondérance  de  Galien,  le  plus  sou- 
vent cité  de  tous , c’étaient  les  Arabes  qui  faisaient  loi , et  c’est  à 
juste  raison  que  les  chirurgiens  d’alors  étaient  nommés  ara- 
bistes. 

Or,  ce  que  Joubert  avait  fait  pour  Guy,  j’ai  voulu  l’imiter  pour 
Paré , et  je  ne  m’en  suis  rapporté  qu’à  moi  seul.  J’ai  donc  parcouru 
ligne  par  ligne  toute  cette  vaste  collection,  notant  avec  soin  chaque 
auteur  cité  en  témoignage,  et  le  nombre  de  fois  qu’il  se  trouvait 
cité.  Le  résultat  donne  au  total  205  noms  d’auteurs  et  2,168  ci- 
tations ; démonstration  suffisante  de  l'influence  encore  puissante 
de  l’autorité , mais  qui  laisse  entrevoir  cependant  sa  décadence 
prochaine  et  déjà  commencée.  De  plus , le  règne  des  Arabes  et 
des  arabistes  est  passé;  ils  n’obtiennent  pas  tous  ensemble 


PRÉFACE. 


XIX 


200  citations , tandis  qu’Hippocrate  seul  en  a près  de  4oo  et  Galien 
encore  davantage.  Galien  même  a perdu  de  son  pouvoir  ; si  on 
lui  ôte  le  chiffre  juste  de  100  citations  parsemées  dans  les  deux 
livres  des  médicaments  et  des  fièvres , qui  ne  touchent  pas  à la 
chirurgie,  et  plus  de  i5o  pour  les  livres  d’anatomie,  parties  de 
l’art  à peine  touchées  par  Hippocrate  , celui-ci  reprend  le  dessus , 
et  c’est  avec  juste  raison  que  la  chirurgie  de  cet  âge  peut  être 
appelée  hippocratique.  J’ai  supputé  séparément  pour  Hippocrate 
et  Galien  les  citations  du  deuxième  volume  , uniquement  consa- 
cré à des  matières  chirurgicales;  il  y en  a 2q3  pour  le  premier, 
218  seulement  pour  le  second.  Rappelez-vous  , pour  mieux  ap- 
précier encore  ce  résultat,  la  masse  immense  des  écrits  de  Ga- 
lien ; et  enfin , si  vous  ouvrez  le  volume  au  hasard  , vous  serez 
frappé  de  cette  circonstance,  que  Galien  est  surtout  cité  pour  les 
définitions  et  les  théories,  Hippocrate  presque  uniquement  pour 
les  doctrines  d’application. 

Pour  rendre  l’étude  de  cette  table  plus  facile , j’ai  séparé  les 
auteurs  en  cinq  grandes  catégories , en  suivant  généralement  les 
époques  auxquelles  ils  appartiennent.  Dans  chaque  époque  j’ai 
essayé  aussi  de  rapprocher  ou  par  les  dates  ou  d’après  le  caractère 
de  leurs  écrits , les  chirurgiens  , les  médecins  , les  philosophes , 
les  poètes , mais  sans  m’attacher  à une  exactitude  qui  eût  exigé 
trop  de  travail  pour  trop  peu  de  fruit. 


XX 


PlU:  FACE. 


LISTE  DES  AUTEURS  CITÉS  PAR  A.  PARÉ. 


Nombre  de 

fois. 

Nombre 

Écriture  Sainte 

, auteurs 

Nicandrc.  

6 

Hérodote 

juifs,  et  pères  del’Eglise. 

Hérophilc 

4 

Ctésias 

Nombre  de  foi». 

Erasistralc 

5 

Diodorc  de  Sicile 

Ecriture  sainte  en 

géné- 

Asclépiades  

2 

Justin 

rai 

8 

Anlonius  Musa 

Moïse  et  les  livres  du 

llufus 

2 

Elien  (Ælianï 

Penlatenque  . . . . 

Philoxènc 

1 

Josué 

....  . 

Soranus 

2 

Héi  odien . . 

Job 

4 

Archigènc 

S ;i  m ue  l 

Gœlius  Aurelianus.  . . . 

4 

Homère 

Livre  des  U ois . . . 

/, 

Arélée 

1 

Hésiode 

David  , Psaumes . 

1 4 

Alexandre  de  Tralles 

Euripide 

Salomon 

(Trallian) 

1 

Lucrèce 

Jésus,  fils  de  Sirach,  et 

Oribasc 

1 

Horace 

l'Ecclésiastc . . . 

Léonides 

1 

Catulle 

3 

Apollonius 

2 

Ovide 

Phi  lot  i nus 

Ezéchiel 

Milhridatcs 

1 

Perse 

Anios 

Acluarius 

1 

Esdras 

Serenus 

1 

Oppien 

INouveau-Teslament  en 

| “ 

Total 

gcllül'jll ..... 

Saint  Matthieu. 
Saint  Marc... 

Saint  Luc 

Saint  Jean ...  . 
Actes  des  Apôtres. 


| Empédocle . 
2 Pylhagore. . 
4 Socrate. . . . 


2 jPlalon.  , 
4 Cicéron. 


Saint  Paul 8 ]yj 


Sénèque . 


Aurèle 


Livre  des  Eplièses  (pro- 
bablement Epître  aux 

Ephésiens) 

Eptlre  de  saint  Jacques. 

Josèphe 

Eusèbe. 

Lactancc 

Saint  Augustin 12  lAulngelle 

Total 109  La  loi  des  12  tables. 

Aristomaclius . 

Auteurs  anciens. 


il.es  Stoïques 

I Sextus  de  Chéronéc  . . . 

Pausanias 

Ibiloslrale 

Marc  Varron 

Slrabon 

Ptolomée. 


6 

1 

1 

1 

1 

7 

4 

1 

2 
1 
1 

1 

2 
1 

4 

1 

1 

1 

1 


Hippocrate 3go 


Chrysippus . 
Crinitus. . . , 
Adrianus.  . . 


Celse 61  Slobée. ... 

Galien 553  .Vitruve  . . . 

Aétius 56  Feslus.... 

PauldEginc 5i  Méliodore  . 

Aristote Solinus... 

Pline 58  Macrobe  . . 

Dioscoride 17  OEphadius. 

Théophraste 4 Cassiauus,. 

Plutarque.  , . . 19  | 


1091 


Auteurs  arabes. 

Les  Arabes  en  général 
par  opposition  aux 
Grecs  , dans  le  livre 

des  Fièvres 

Pdiasès.  

Idem  à Almansor  .... 

Ati-Abbas 

Isaac 

Mesué 

Sérapion 

Avicenne 5i 

Averrhoès 3 

Avenzoar 1 

Albucasis i4 

Abdanalarach 1 

Total ~ 96 

Auteurs  arabistes  ou  du 

moyen  âge. 


Constantin. 
Platearius . 
Thcodoric. 
Lanl'ranc. . 


Arnaud 4 


Nombre  de  foii. 

Gilbert  l’Anglais 1 

Gourdon 10 

Guido  ou  Guv  de  Cliau- 
liac 9.  G 

Nicolas  de  Florence.  . 

2 

Valescus  de  Tarenle.  . . 

5 

Pierre  d'Apono.oule 

Conciliateur 

10 

Philonius  ( probable- 
ment le  Pliilonium  de 

Valescus  ) 

1 

Pierre  d’Argelata 

1 

Arculanus 

1 

Total 

~ 66 

Auteurs  de  la  Renaissance. 

Jean  de  Vigo 

25 

Marianus  Sanctus 

2 

Antonius  Benivenios..  . 

. 9 

Alexander  Benediclus. 

* 4 

Sympborianus 

1 

Nicolas  Godin 

1 

Paracelse 

2 

TV  gau  t 

4 

Fucbsius 

3 

Languis 

4 

Maggins 

Cornarius 

1 

Vidus  Vidins 

1 

Nicolas  Massa 

2 

Amalus  Lusilnnus.  . . . 

1 

Cardau 

1 5 

Fernel 

i5 

Jacques  Sylvius 

18 

Columbus 

1 5 

W*snll»  * . . r» 

Fallopius 

V 

Bondcict 

25 

Ingrassius 

2 

Iloulicr 

Duret 

2 

Manardus 

3 

Moutanus 

1 

Dclacorde 

1 

Gorrœus 

2 

Léonellus  Faventinus. 

1 

Valleriola 

4 

Eslienne  de  la  Rivière.. 

Gesneru? 

7 

Lecoq  

1 

Thierry  de  Iléry 

2 

Franco 

5 

Bot  al 

5 

Calmelhée  (Chaumctte). 

1 

Joubert 

i3 

Dalechamps . . 

4 

Andréas  délia  Crucc.. . 

PilKFACJT. 

Nombre  de  fois. 

Roussel g 

Jean  Wier  ou  Vierus.  . 4 

Philippe  Forcslus i 

Rcmberl  Dodoens  (qu'il 
appelle  Dodonay  el  de 


Douay) 3 

Cornélius  Gemma. ... . 1 

Savonarola 1 

Jordan  us ....  1 

Vassée 2 

Caslellan 1 

Gourmeliu  (sans  le  nom- 
mer, dans  l’Apologie).  11 

Courtin 3 

Fier-à-Bras 1 

Clirislophe  Landréj ...  6 

Lepaulmier  ( sans  le 

nommer) 1 

Simon  de  Valembert. ..  2 

Wollï  ( Liber  gynœcio- 

rum) i 

Jacques  Rueff 3 

Nicole  du  Ilaut-Pas. ..  . 3 

Simon  de  Provanchie- 

res i 

Liébaut 1 

Jacques  Grcvin 2 

Reion 2 

André  Baccy 5 

André  Marin 5 

Albert 2 

Sébastien  Munster  ...  2 

Nicole  Nancel 2 

Volatcrran 5 

Antoine  Mizault i 

Claude  Tesserant 1 

Lycosthènes 8 

Cœlius  Rhodiginus  ...  3 

Jovianus  Pontauus. ...  1 

Loys  Layater 0 

Jean  de  Marconïillc. . . 1 

Duhaillan * 1 

Lopez  , Espagnol 1 

Renzo,  Milanais 1 

Marlinus  Cromerus.  . . 1 

Franciscus  PicusMiran- 

dula 1 

Damascène' 1 

Diphile 1 

Mathias  Cornai 1 

Egidius  Hertages 1 

Paul  Grillant 1 

Pierre  de  la  Palude.  ...  1 

Martin  d’Arles 1 

Facellus 2 

Abraham  Ortelius \ 

Melchior  Guillaudin  Be- 


xxr 

Nombre  de  fuis 


Jean  de  Léry 2 

Lucio  Maggio 1 

Julius  Obsequcns. . . . 1 

Milichius 1 

Egnalius 1 

Baptiste  Léon 1 

Loys  Collée 1 

Lcvinus  Levinius 3 

Malt.  Sylvius 1 

Jean  Léon  ou  Léon  l'A- 
fricain  6 

Jean  Papou 1 

Jacques  de  Fouilloux.  . .» 

Pierre  Boaisluau 11 

Alexander  ah  Alesan- 

dro 2 

Pierre  Gilie 1 

P.  Rhodien 1 

Bodin 4 

Julius  Pollux 1 

J. -B.  Théodose 2 

Pierre  Messie 2 

George  Agricola 1 

Lapopelinière 1 

Apollonius  Menabenus.  1 

Olaus  Magnus 3 

André  Thével 29 

Malliiolc 33 

Massurius 1 

Nonus « 

Gabriel  du  Préau 1 

Philippe  de  Mornay. . . 1 

Erasme 2 

Claude  Paradin 1 

Philippe  Ulslnde 1 

Ferrand  Pouzct 1 

Loys  de  Berllnme. ...  2 

Garcias  ab  Ilortoou  du 

Jardin 2 

Mclrius 1 

Aloysius  Cadamustus. . 1 

Ænéas  Sylvius  Piccolo- 

nimi 1 

Polydorc  Virgile 1 

Ollio î 

Hector  Boélius 1 

Marc  Paul 2 

Monslrelel « 

Philippe  de  Comines.  3 

Saxon  l’historien 2 

Fulgose 1 

Alvarez 1 

Dubartas 7 

Ronsard 1 

Total 5o5 


Total  général.  21O8 


ruce, 


XXII 


PRÉFACE. 


Enfin , je  terminerai  cet  article  par  le  sonnet  que  Paré  avait 
placé  lui-même  en  avant  de  ses  éditions  complètes  ; le  texte  actuel 
est  de  1 579  et  n’a  pas  été  changé  depuis;  mais  je  donnerai  en 
note  les  variantes  de  l’édition  de  1 575. 

SONNET  DE  I/AVTEVR. 

Ce  liure  maintenant  que  ie  'mets  en  lumière , 

De  mon  art  l’heritier,  contient  tous  les  secrets 
Que  iadis  bien  au  long  les  Arabes  et  Grecs 
Ont  laissé  par  escril  à la  race  derniere 

Plein  d’exemples  il  est  de  diuerse  maniéré, 

Ainsi  que  nous  voyons  de  mille  beaux  portraits 
Les  prez  se  bigarrer,  eschaufféspar  les  rais 
Du  Soleil , lorsqu’il  fait  sa  course  printanière1 2. 

Or  sus  donc  maintenant,  va-t’en , mon  fils  tres-cher  3, 

Que  depuis  quarante  ansn’ay  cessé  de  lecber  : 

Va  , priant  vn  chacun  qu’il  leur  plaise  d’ensuiure 

Lysippe,  qui  reprint  Appelles  doucement. 

Mais  arriéré , enuieux  : car  éternellement 
On  verra  maugré  vous  ce  mien  ouurage  viure. 

§ IV.  — Inauguration  de  la  statue  d’Ambroise  Paré. 

Nous  avions  annoncé  en  terminant  qu’une  statue  en  bronze 
allait  être  érigée  en  l’honneur  de  Paré  sur  l’une  des  places  pu- 
bliques de  Laval , dernier  hommage  de  la  reconnaissance  popu- 
laire. Paré  avait  été  oublié  dans  cette  large  hospitalité  que  la 
munificence  royale  offrait  à Versailles  à toutes  les  gloires  de  la 


1 Variante  de  1575  : ànostre  aage  derniere. 

2 Ces  trois  vers  se  lisaient  ainsi  en  1775  : 

Ainsi  que  nous  voyons  de  mille  et  mille  raiz 
Reluire  le  paon , quand  par  vn  grand  progrez 
Sa  plume  va  monstrant  plein  d’arrogance  fiere. 

3 Variante  : Va-t’en,  mon  fruict  très  cher. 


PRÉFACE. 


X.XIII 


France  ; et  non  pas  lui  seulement , mais  avec  lui  plus  d’une  autre 
grande  gloire  scientifique.  Il  aura  désormais,  dans  un  plus  large 
espace,  en  face  du  ciel  et  du  soleil , un  piédestal  et  une  statue 
dignes  de  lui. 

Dès  1 835  , le  conseil-général  do  la  Mayenne  avait  exprimé  le 
vœu  qu’un  monument  fût  érigé  à A.  Paré  dans  sa  ville  natale.  Le 
préfet  répondit  à ce  vœu , en  i836,  en  proposant  de  faire  les 
premiers  frais  par  une  allocation  de  2,000  francs  au  budget  dé- 
partemental ; le  gouvernement  et  les  souscripteurs  devaient  faire 
le  reste.  Une  commission  s’organisa  immédiatement  sous  la  pré- 
sidence de  M.  Queruau  Lamerie,  maire  de  Laval;  elle  se  com- 
posait de  MM.  Guédon,  Lelièvre,  Meslay,  et  de  deux  de  nos 
honorables  confrères,  MM.  Bucquet  et  Hubert,  tous  deux  cor- 
respondants de  l’Académie  royale  de  médecine.  Déjà,  dès  le 
22  mars  1 836 , M.  David  avait  proposé,  dans  le  môme  but,  une 
souscription  où  seraient  reçus  les  dons  môme  les  plus  modiques , 
s’engageant,  pour  sa  part,  à faire  gratis  le  modèle  de  la  statue. 
Cette  offre  magnifique  fut  acceptée  avec  reconnaissance,  et  un 
programme  de  souscription  ayant  été  arreté , le  roi , le  ministre 
de  l’intérieur,  le  conseil  municipal  de  Laval,  l’Académie  et  la 
Faculté  de  médecine  de  Paris  , plusieurs  sociétés  savantes  et  un 
grand  nombre  de  souscripteurs  y répondirent , et  le  succès  du 
projet  fut  assuré.  Nous  vîmes  s’élever  dans  l’atelier  de  M.  David 
le  modèle  de  la  statue  , achevé  dès  le  icr  novembre  1 83g  ; nous  la 
vîmes  couler  en  bronze,  le  12  mars  1840,  par  les  soins  de 
MM.  Soyer  et  Ingé , et  dès  le  9 juillet  elle  était  arrivée  à Laval. 

Alors  s’élevèrent  avec  rapidité  de  magnifiques  blocs  de  granit 
bleu , préparés  pour  le  piédestal  d’après  les  dessins  de  M.  Moll , 
inspecteur  des  travaux  du  gouvernement,  qui , lui  aussi , refusa  de 
mettre  à prix  d’argent  son  concours  pour  cette  œuvre  patrio- 
tique; et  enfin  le  29  juillet  fut  fixé  pour  la  solennité. 

Un  ciel  sans  nuages  semblait  avoir  voulu  favoriser  la  fête  ; des 
villes  et  des  communes  voisines  était  accourue  une  foule  inouïe 
de  spectateurs.  Sur  la  place  de  la  mairie,  autour  de  la.statuo 


XXIV 


PRÉFACE. 


encore  voilée  , la  garde  nationale  et  la  troupe  de  ligne , auxquelles 
s’étaient  jointes  des  députations  de  tous  les  corps  de  métiers  de 
Laval , musique  en  tête  et  enseignes  déployées , formaient  un 
carré  immense.  A toutes  les  croisées  et  jusque  sur  les  combles 
de  rHôtel-de-Yille , des  dames  élégamment  parées  ; le  peuple 
dans  toutes  les  rues  adjacentes  ; au  centre  de  la  place,  sur  une 
estrade  élevée  en  face  de  la  statue  , les  autorités  civiles  et  mili- 
taires , les  chefs  des  administrations  publiques  , les  députés  des 
sociétés  savantes  ; et  au  milieu  de  ce  grand  cortège  d’hommes  , 
une  seule  femme , mademoiselle  Renée  Ambroise  Paré , des- 
cendante de  notre  grand  chirurgien  et  la  dernière  héritière  de  son 
nom.  A quatre  heures  et  demie  , un  coup  de  canon  donna  le  si- 
gnal, et  la  statue  fut  découverte  au  bruit  des  tambours  battant  aux 
champs,  des  troupes  présentant  les  armes,  et  des  applaudisse- 
ments et  des  acclamations  de  la  multitude. 

Ap  rès  que  ces  puissantes  manifestations  eurent  fait  silence , 
un  chœur  de  musiciens  salua  l’image  triomphante  ; puis 
M.  le  docteur  Hubert,  au  nom  de  la  commission  de  Laval, 
M.  Pariset , au  nom  de  l’Académie  royale  de  médecine,  M.  le 
docteur  Perdrix , délégué  de  l’association  des  médecins  de  Paris , 
M.  Leterrier,  principal  du  collège  du  Mans,  prononcèrent  des 
discours  où  se  répétait,  mais  toujours  sous  un  aspect  différent, 
l’éloge  du  grand  homme  que  Laval  a donné  à la  France. 
M.  Naudet  lut  un  dithyrambe  dans  lequel  Paré  se  trouve  mer- 
veilleusement peint  d'un  seul  trait  par  ce  vers  : 

Humble  de  cœur,  grand  de  génie. 

Et  enfin  une  salve  d’artillerie  annonça  que  la  cérémonie  de 
l’inauguration  était  terminée.  Ce  n’était  point  encore  la  tin  de  la 
fête;  un  magnifique  banquet,  présidé  par  les  autorités,  réunit 
dans  la  salle  d’honneur  de  la  mairie  toutes  les  députations  des 
sociétés  savantes , et  dans  la  soirée  la  ville  tout  entière  couronna 
dignement  celte  belle  journée  par  une  illumination  générale. 


PRÉFACE. 


XXV 


La  statue  s’élève  sur  la  place  de  la  mairie  ; elle  est  en  deux 
morceaux,  le  corps  et  la  tète,  en  outre  des  accessoires  qui  ont 
été  fondus  à part;  elle  a 2 mètres  60  centimètres  de  haut , et  pèse 
1 ,200  kilogrammes.  La  figure  que  nous  en  avons  donnée  au  fron- 
tispice du  premier  volume,  nous  dispense  de  la  décrire  en  dé- 
tail ; disons  seulement  qu’en  arrière  des  volumes  placés  à la 
droite  , et  dont  les  titres  annoncent  les  éditions  françaises  et  les 
versions  étrangères,  se  déroulent  quelques  feuilles  manuscrites 
sur  lesquelles  sont  gravés  les  canons  suivants  de  Paré  : 

Vn  remede  expérimenté 

Vaut  mieux  qu’vu  nouveau  inuenté. 

Le  nauré  doit  faire  abstinence  , 

S’il  veut  auoir  prompte  allégeance. 

Celui  qui  pour  auoir,  et  non  pas  pour  sçauoir, 

Se  fait  Chirurgien , manquera  de  pouuoir. 

La  gangrené  qui  est  ja  grande, 

Rien  que  le  Cousteau  ne  demande. 

Le  Chirurgien  à la  face  piteuse 
Rend  à son  malade  la  playe  venimeuse. 

Le  piédestal  sur  lequel  la  statue  repose  est  composé  de  9 blocs 
de  granit  bleu  du  pays,  pesant  ensemble  32,900  kilogrammes, 
et  offrant  3 mètres  60  centimètres  de  hauteur.  Il  est  élevé  sur 
deux  marches  en  granit  et  asphalte , dont  la  plus  élevée  supporte 
une  grille  de  fer  formée  de  1 44  barreaux. 

Sur  le  premier  socle  en  granit,  dans  une  cavité  creusée  au  mi- 
lieu de  la  pierre,  a été  placée  et  soudée  une  boîte  en  plomb  con- 
tenant : 1 0 une  notice  sur  la  statue  même  ; 20  le  programme  de 
la  commission  ; 3°  la  liste  des  souscripteurs  ; 4°  une  lithographie 
représentant  A.  Paré  d’après  le  portrait  de  l’édition  de  1628; 
5°  six  pièces  de  monnaie  à l’effigie  de  Louis-Philippe  ; 6°  et  enfin 
une  plaque  en  cuivre  sur  laquelle  a été  gravée  cette  inscription  : 


XXVI 


PRÉFACE. 


Monument  élevé  en  la  ville  de  Laval , dans  l’année  1840, 

A la  mémoire  d’Ambroise  Paré , créateur  de  la  Chirurgie, 
Conseiller  et  premier  Chirurgien  des  rois  de  France  Henri  II, 
François  II,  Charles  IX  et  Henri  III,  né  au  village  du 
Bourg  Hersent,  près  Laval,  vers  l’année  1509,  décédé  à 
Paris  le  20  décembre  1590,  et  inhumé  le  22  dans  l’église 
Saint- André-des-Arcs. 

La  statue  en  bronze  qui  couronne  ce  monument  est  l’œuvre 
du  célèbre  statuaire  David  d’Angers. 

Et  enfin , sous  la  plinthe  en  bronze  de  la  statue  , il  a été  dé- 
posé une  autre  boîte  en  plomb  contenant  la  notice  sur  A.  Paré , 
par  M.  Villaume,  et  la  copie  sur  parchemin  du  procès-verbal  de 
la  pose  de  la  première  boîte. 

Je  regrette  de  ne  pouvoir  reproduire  tous  les  discours  pro- 
noncés dans  cette  solennité  imposante,  mais  je  ne  saurais  passer 
sous  silence  celui  de  M.  Pariset. 


« Messieurs, 

» Quelle  noble  émulation  s’allume  entre  les  villes  de  France! 
Je  vois  partout , au  milieu  d’elles,  s’élever  des  monuments  aux 
gloires  contemporaines  et  aux  gloires  des  temps  passés.  Voltaire 
et  Buffon  ont  eu  des  statues  ; et  ces  statues  sont,  avec  celles  des 
conquérants  et  des  rois,  l’ornement  de  la  capitale.  Aujourd’hui 
Montbéliard,  Rouen,  Strasbourg,  en  consacrent  à la  mémoire  de 
Gutenberg,  au  prodigieux  savoir  de  Cuvier  , au  mâle  génie  de 
Corneille,  à l’aimable  muse  de  Boyeldieu;  et  Boyeldieu  et  Cor- 
neille attendent  Fontenelle,  comme  Voltaire  et  Buffon  attendent 
l'inimitable  Molière.  Grenoble  a son  héroïque  Bayard;  LaFerté- 
Milon,  son  sublime  et  harmonieux  Racine-,  Château-Thierry, 
son  naïf  et  profond  La  Fontaine.  Bientôt  sans  doute  l’auguste 
image  de  Bossuet  couvrira  Dijon  de  sa  lumière.  Bordeaux  ne 
sera  plus  veuve  de  son  Montaigne  et  de  son  Montesquieu  ; ni 


PREFACE. 


XXVll 


Marseille  de  son  Pythéas  et  de  son  Belzunce  ; ni  Angers  de  son 
Bodin,  et  de  tant  d’autres  que  je  ne  puis  nommer  ; ni  Agen  de  son 
Bernard  de  Palissy  ; ni  Dunkerque  de  son  Jean  Bart  ; ni  même 
l’humble  hameau  de  Poy  de  son  Vincent  de  Paul.  Massillon  re- 
viendra émouvoir  et  charmer  sa  ville  natale,  comme  il  a charmé 
toute  la  France  ; et  reçu  dans  le  château  modeste  de  la  Motte, 
comme  dans  un  sanctuaire,  le  divin  Fénelon  y appellera  les  ado- 
rateurs de  son  talent  et  de  ses  vertus.  Quels  noms,  quelles  vertus, 
en  effet  ! quels  talents  et  quelles  gloires  ! En  est-il  une  seule  que 
ne  voie  fleurir  l’heureuse  terre  que  nous  habitons  ? Que  si  toutes 
nos  villes  suivaient  un  si  bel  exemple  ; si  chacune  d’elles  s’em- 
pressait de  tirer  de  l’oubli  les  hommes  qui  l’ont  honorée;  si,  par 
des  récits  et  des  tableaux,  elle  rendait  encore  une  fois  vivantes, 
pour  ainsi  dire,  leurs  actions  et  leurs  personnes  ; quelle  merveil- 
leuse géographie,  Messieurs!  ou  plutôt  quel  unanime  concert  de 
voix  éloquentes  pour  réchauffer  dans  nos  âmes  l’amour  du  beau , 
la  passion  du  bien,  deux  sentiments  qui  se  produisent,  se  nour- 
rissent, se  fortifient  l’un  par  l’autre,  et  font  le  ciment  et  le  bon- 
heur de  la  société  parmi  les  hommes!  N’est-ce  point  par  là  que  l’an- 
cienne Grèce  jetait  comme  un  enchantement  dans  les  étrangers 
qui  la  visitaient  ? Et  n’est-ce  point  par  là  que  notre  nation  devien- 
drait elle-même  le  modèle  de  toutes  les  autres  ? 

» Cet  exemple,  Messieurs , c’est  le  donner  que  de  l’imiter 
comme  vous  le  faites.  Un  homme  est  venu  parmi  vous,  qui  par  la 
puissance  de  son  esprit,  par  l’habileté  de  ses  mains,  par  la  géné- 
rosité de  son  cœur,  par  l’élévation  de  ses  principes,  et  j'ajouterai 
par  sa  constante  pitié  pour  les  malheureux,  peut  soutenir  le  pa- 
rallèle avec  les  plus  grands  et  les  meilleurs  hommes  qu’ait  portés 
la  terre  : Ambroise  Paré,  qu’un  souvenir  aussi  vif  que  le  souve- 
nir attaché  au  nom  de  Henri  IV  rend  encore,  après  trois  siècles, 
aussi  présent  au  milieu  de  nous  que  l’est  lui-même  cet  excellent 
roi.  Et  ce  souvenir  empreint  dans  vos  esprits , vous  avez  voulu 
qu'il  prit  un  corps  ; vous  avez  voulu  qu’Ambroise  Paré  fût  en 


XXVIII 


PRÉFÀCr. 


réalité  sous  vos  yeux  : le  voilà.  Il  respire  dans  ce  bronze  que 
David  a vivifié  de  son  génie. 

» Parlerai-je  ici  de  ses  premières  années?  Ce  qui  résulte  des 
contradictions  de  ses  historiens,  c’est  que,  né  pauvre,  ne  sachant 
que  lire,  ne  sachant  qu’écrire,  et  dépourvu  de  toute  littérature, 
il  vint  à Paris , fut  reçu  dans  l'officine  d’un  barbier  , entra  à 
l'Hôtel-Dieu  et  y étudia  trois  années,  n’ayant  pour  guides  que 
quelques  livres,  la  nature  et  lui-même  ; lui,  dis-je,  car,  de  même 
que  le  potier  de  Saintonge , il  avait  cette  trempe  d’intelligence 
qui,  saisissant  les  faits  et  les  multipliant  par  l’étendue  et  la 
sûreté  des  inductions,  sait  tirer,  comme  Scarpa,  d’une  expérience 
bornée  une  expérience  sans  limites , et  crée  elle-même  l’art 
qu’elle  veut  connaître.  La  guerre  était  alors  partout,  fomentée 
par  la  politique  et  la  religion»  source  intarissable  de  calamités 
pour  les  peuples,  et  d’enseignements  pour  Ambroise  Paré.  A dix- 
neuf  ans,  il  court  sur  les  champs  de  bataille  ; il  y rencontre  des 
préjugés  bizarres , et  des  pratiques  plus  meurtrières  que  la 
guerre  elle-même.  Une  seule  observation  lui  ouvre  les  yeux  sur 
tant  d’absurdités  et  de  barbarie.  Sur-le-champ  sa  raison  les  re- 
jette, pour  y substituer  des  idées  plus  saines,  et  des  pratiques 
plus  faciles  et  plus  simples,  et  tout  ensemble  plus  humaines  et 
plus  sûres  ; car  c’est  épargner  la  vie  des  hommes  que  de  leur  épar- 
gner la  douleur.  Ses  heureuses  innovations  deviennent  le  texte 
de  son  premier  ouvrage  ; et  cet  ouvrage,  bien  que  très  court, 
commence  en  Europe  et  achève  sa  renommée.  L’Allemagne  et 
l’Italie  adoptent  sans  hésiter  une  doctrine  à laquelle  le  temps 
n’a  rien  changé.  A vingt  ans , Paré  avait  donné  des  lois  à la 
chirurgie. 

» Suivez-le  aux  sièges  de  Boulogne,  aux  sièges  deDamvilliers, 
de  Metz , de  Hesdin  ; suivez-le  dans  dix  autres  expéditions 
militaires,  au  cœur  delà  France, et  jusqu’aux  confins  de  l’Espa- 
gne et  de  la  Flandre  : partout  même  courage,  même  activité  d’es- 
prit, même  soin  de  recueillir  des  faits  et  d’agrandir  ses  connais- 


PREFACE. 


xxrx 


sances  ; partout  même  justesse  de  vues,  même  sagacité,  mêmes 
succès  ; à ce  point  qu’il  est  l’idole  de  l’armée,  et  que,  raffermi  par 
sa  présence,  le  soldat  se  sent  plus  intrépide  , et  ne  craint  ni  les 
dangers  ni  la  mort.  Une  foi  si  vive,  Paré  l’inspirait  par  ses  décou- 
vertes, par  son  habileté,  par  l’ardeur  de  son  zèle  à servir  les 
hommes.  Dans  les  grandes  amputations,  où  l’ouverture  des  ar- 
tères rend  les  hémorrhagies  si  dangereuses , quelle  soudaine 
inspiration  le  porte  à fermer  les  vaisseaux  par  la  ligature,  au  lieu 
de  les  fermer,  comme  on  le  faisait,  par  la  cruelle  application  du 
feu  ! D’un  trait  de  sa  lumière,  il  change  encore  sur  ce  point  toute 
la  face  de  la  chirurgie.  Dans  le  traitement  du  Balafré,  que  de 
hardiesse,  de  prudence  et  de  fermeté!  et  dans  le  traitement  do 
ce  soldat  blessé  de  douze  grands  coups  d’épée,  que  Paré  prend 
moribond  sous  sa  garde,  et  qu’il  rend  à la  vie  en  se  faisant  son 
médecin,  son  chirurgien,  son  apothicaire  et'son  cuisinier  : quelle 
patience,  quel  dévouement  et  quelle  humanité  ! Personne,  dans 
nos  temps  modernes,  si  j’en  excepte  l’illustre  Larrey,  qui  l’avait 
pris  pour  modèle,  personne  n’a  porté  plus  loin  l’oubli,  l’abnéga- 
tion, le  sacrifice  de  soi-même,  et  les  nobles  et  touchantes  vertus 
du  chirurgien. 

» Dans  le  tumulte  d’une  vie  si  agitée,  au  milieu  des  déplace- 
ments qu’exigent  la  guerre  et  les  fonctions  qui  l’attachaient  à ses 
rois,  une  belle  et  noble  pensée  préoccupait  ce  grand  homme. 
Frappé  du  vide  delà  chirurgie  française  , il  voulait  qu’après  lui 
un  corps  de  doctrine  rendît  plus  facile  aux  hommes  de  sa  nation, 
l’étude  d’un  art  si  nécessaire.  Il  voulait  que  ce  corps  de  doctrine 
lut  son  ouvrage,  parce  qu’il  se  sentait  seul  en  état  de  l’exécuter  ; et 
de  là  sont  nés  tant  d’écrits  si  divers,  qui,  accrus  d’année  en  année, 
et  perfectionnés  parle  travail  le  plus  opiniâtre,  composent  la  ri- 
che collection  qu’il  a léguée  à la  postérité.  Tout  n’est  pas  de  lui 
dans  ce  grand  ouvrage,  mais  le  nombre  et  l’excellence  de  ses 
propres  vues  et  de  ses  découvertes  en  sont  lame,  pour  ainsi  dire  ; 
elles  en  forment  la  partie  essentielle,  capitale  et  dominante  ; elles 
seront  la  leçon  de  tous  les  siècles. 


XXX 


PRÉFACE. 


» A l’égard  de  ses  rivaux  et  de  ses  envieux  critiques,  l’intérêt 
de  sa  propre  gloire,  je  me  trompe,  l’intérêt  de  la  vérité  seule  fit 
qu’il  prévint  les  uns  par  sa  diligence,  et  qu’il  soumit  les  autres 
par  la  seule  autorité  de  sa  raison.  Il  eut  surtout  contre  lui  les 
ombrages  de  la  Faculté  ; la  Faculté  ne  souffrait  pas  qu’il  entrât 
dans  des  matières  dont  elle  s’était  fait  comme  ûn  domaine  exclusif. 
Singulier  temps,  où,  faute  de  vains  titres,  faute  de  grec  et  de  latin, 
l’homme  qui  pouvait  le  mieux  écrire  sur  la  médecine,  n’en  avait 
pas  le  droit  ! N’est-ce  pas  renverser  tous  les  termes,  mettre  les 
mots  au-dessus  des  choses,  et  préférer  l’accessoire  au  principal? 
Le  génie,  en  quoi  que  ce  soit,  ne  saurait  dépendre  d’un  idiome 
éteint  et  muet.  Bessarion,  avec  tout  son  savoir,  n’était  qu’un  pé- 
dant ridicule  ; et,  pour  prendre  un  exemple  plus  élevé,  lorsque 
le  plus  sage  et  le  plus  brave  roi  qu'ait  eu  la  France,  songeait,  en 
faveur  des  peuples,  à établir  en  Europe  un  équilibre  d'indépen- 
dance et  de  liberté,  il  n’avait  pour  appui  dans  ce  grand  dessein 
que  les  conseils  d’un  chancelier  sans  lettres,  et  l’épée  d’un  con- 
nétable qui  ne  savait  pas  lire.  Tels  étaient  les  auxiliaires;  mais  il 
y avait  là  un  sens  si  parfait,  une  raison  si  droite  et  si  ferme,  que 
le  roi  n’en  voulait  pas  d’autres.  Avec  toutes  ses  lumières,  la  Fa- 
culté ne  voyait  pas  qu’uniquement  formé  par  lui-même,  disciple 
et  maître  tout  ensemble,  Paré  n'en  était  que  plus  admirable  et 
plus  digne  de  respects. 

» J’ai  parlé  de  guerre,  Messieurs,  et  mes  paroles  ont  pu  réveil- 
ler dans  vos  esprits  ces  dissensions  funestes  qui,  au  nom  d’une 
religion  de  paix  et  de  charité,  ont  si  long-temps  déchiré  la  France. 
Placé  par  sa  profession  même  entre  deux  partis  acharnés  l’un 
contre  l’autre , Ambroise  Paré , plus  sage  que  ne  l’avait  été  le 
Milanais  Lanfranc,  plus  sage  que  les  Italiens  fugitifs  qui  venaient 
peupler  Paris  du  temps  de  Pitard,  et  qui  tous  avaient  trempé 
dans  les  guerres  civiles,  Ambroise  Paré,  environné  des  mêmes 
excès,  des  mêmes  périls  et  des  mêmes  séductions,  sut  maintenir 
son  indépendance  et  sa  liberté.  Gomme  il  ne  se  livrait  à aucune 
faction,  sa  réserve  rendit  sa  foi  suspecte.  On  le  crut,  on  le  dit  en- 


PRÉFACE. 


XXXI 


gagé  dans  la  réforme,  et  c’est  là  l’opinion  qui  a prévalu  jusqu’ici. 
Mais,  ainsi  que  l’a  démontré  en  dernier  lieu  M.  Malgaigne,  cette 
présomption  s’accorderait  mal  avec  les  dates  que  fournit  l’histoire. 
Elle  serait  même  démentie  par  quelques  actes  publics  de  la  vie 
de  Paré,  par  son  second  mariage , et  par  sa  sépulture  dans  une 
église  catholique.  Mais  quoi  ! il  est  des  temps  d’aveuglement  et 
de  fureur  où  la  modération , ce  frein  ou  plutôt  cette  règle  de  tous 
nos  sentiments,  est  comme  la  perle  de  l’Evangile  ; c’est  elle  sur- 
tout qui  aigrit  les  caractères  violents  et  passionnés  ; et  le  fanatisme 
s’irrite  moins  de  ce  qui  lui  résiste,  que  de  ce  qui  le  condamne. 

«Quels  qu’aient  été,  du  reste,  sur  des  questions  si  délicates, 
les  secrets  sentiments  de  Paré,  il  est  certain  qu’il  avait  lame  pé- 
nétrée d’une  piété  profonde.  Il  reconnaissait,  il  admirait , il  ado- 
rait partout  l’intelligente,  la  bienfaisante  main  du  Créateur.  Il 
osait  se  réserver  l’humble  mérite  de  panser  les  malades,  mais 
c’est  à Dieu  qu’il  rapportait  la  gloire  de  la  guérison.  Tout  le 
monde  connaît  sa  maxime  favorite:  le  le  pansa/.  Dieu  le  guarist; 
sainte  maxime  qui  renferme  Paré  tout  entier,  son  âme,  son  esprit, 
sa  simplicité,  sa  modestie,  et  l’invariable  principe  de  ses  volontés 
et  de  ses  actions,  je  veux  dire  l’amour  de  Dieu  et  des  hommes. 
Il  le  savait  en  effet  mieux  que  personne  : un  art  tout  divin 
préexiste  en  nous,  un  art  tout  divin  nous  anime  et  conduit  nos 
mouvements  intérieurs  avec  une  sagesse  à laquelle  doit  toujours 
se  subordonner  la  faible  sagesse  du  médecin , de  l’homme  qui 
ose  intervenir  dans  cette  combinaison  de  merveilles.  Ambroise 
Paré  était  donc  souverainement  religieux  ; mais  il  l’était  à sa 
manière,  à la  manière  de  Fénelon,  à la  manière  des  plus  rares 
esprits  qui  aient  honoré  notre  espèce.  Il  pensait  comme  eux  , ou 
plutôt  il  sentait  qu’une  religion  n’est  toute  divine  qu’autant  qu’elle 
est  tout  humaine,  et  que  nous  n’adorons  Dieu  qu’en  servant  nos 
semblables.  Si  l’âme  de  l’homme  est  immortelle,  et  s’il  était  pos- 
sible que  lame  de  Paré  m’entendît,  ou  que  ce  bronze  prît  pour 
lui  la  parole,  une  secrète  voix  m’avertit  qu’il  applaudirait  à la 
mienne,  et  que,  peu  touché  des  éloges  qu’on  donne  à son  talent, 


XXXII 


PREFACE. 


il  accepterait  du  moins  ce  dernier  hommage  (pie  je  rends  à sa 
mémoire. 

«C’est  au  nom  de  l’Académie  royale  de  médecine  que  j’ai  osé 
paraître  en  cette  solennité.  Puisse  cette  compagnie,  et  puissiez- 
vous,  comme  elle,  ne  pas  désavouer  le  langage  que  je  vous  ai 
fait  entendre  ! Souffrez  maintenant  que  je  vous  félicite  en  mon 
propre  nom  du  triple  choix  que  vous  avez  fait,  et  de  l’homme 
que  vous  avez  voulu  célébrer,  et  de  l'artiste  qui  vous  a secondés  de 
son  talent,  et  du  lieu  charmant  où  vous  élevez  son  chef-d’œuvre  : 
lieu  découvert,  accessible,  où  les  aimables  pompes  d’une  riante 
nature  viennent  se  marier  comme  d’elles-mêmes  aux  pompes  de 
l’art  et  aux  embellissements  que  vous  leur  préparez.  Appelé,  re- 
tenu aux  pieds  de  l'image  d'Ambroise  Paré,  par  l’attrait  de  ce 
nouvel  Élysée,  le  voyageur  ému  contemplera  ce  bronze;  et  pour 
peu  qu’il  ait  un  cœur  d’homme,  il  en  entendra  sortir  ces  paroles  : 
« Tu  vois  qu’il  est  des  hommes  qui  savent  faire  le  bien,  et  qu’il 
» en  est  qui  savent  le  reconnaître.  Que  les  uns  et  les  autres  soient 
» toute  ta  vie  tes  modèles!  » Ces  paroles,  je  les  entends,  Mes- 
sieurs; et  c’est  l’âme'remplie  d’un  si  beau  précepte,  que  je  vais 
me  séparer  de  vous,  avec  le  regret  de  ne  pas  être  un  des  vôtres, 
de  ne  pas  vous  appartenir,  à vous  qui  montrez  des  sentiments  si 
humains,  et  qui  m’avez  comblé  de  vos  bontés.  Puissiez-vous,  du 
moins,  ne  pas  me  refuser  la  seule  grâce  laquelle  il  me  soit  per- 
mis d’aspirer  ! puissiez-vous  me  donner  dans  vos  souvenirs  une 
place , quelque  petite  qu’elle  soit , à côté  de  votre  glorieux 
compatriote , l’immortel  fondateur  de  la  chirurgie  française  ! » 


LE  DIX-NEVFIÉME  LIVRE 

TRAITANT 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES*. 

- 


PREFACE. 

Monstres  sont  choses  qui  apparois- 
sent  outre  le  cours  de  Nature  ( et 
sont  leplussouuent  signes  de  quelque 
malheur  à aduenir  ) comme  vn  en- 

' Voici,  de  toute  la  collection  de  Paré, 
le  livre  dont  ses  admirateurs  ont  cru  avoir 
le  plus  à rougir,  et  Percy  entre  autres  s’é- 
criait : Plût  à Dieu  qu’il  n'eût  jamais  vu  le 
jour!  Ces  jugements  un  peu  précipités  vien- 
nent d’une  étude  très  superficielle  de  l’œu- 
vre et  de  l’époque;  peut-être  aussi  certains 
esprits  se  sont-ils  laissés  effaroucher  par  la 
forme,  sans  pénétrer  jusqu’au  fond  ; et  je 
suis  si  loin  de  partager  une  pareille  opinion, 
que  je  n’hésite  pas  à donner  ce  livre  comme 
un  des  plus  curieux  et  des  plus  intéressants 
du  xvff  siècle.  Peut-être  la  forme  sous  la- 
quelle je  l’ai  présenté  ralliera-t-elle  plus 
d'un  lecteur  à mon  avis. 

Il  avait  paru  pour  la  première  fois  en  1573, 
dans  les  Deux  Hures  dechirurgie,  à la  suite 
du  Livre  de  la  génération,  dont  il  peut,  en 
effet,  en  bonne  partie  passer  pour  le  com- 
plément. Il  se  composait  alors  de  31  chapi- 
tres traitant  des  monstruosités  naturelles  et 
des  cas  rares  de  chirurgie,  avec  une  digres- 
sion assez  malheureuse  sur  les  démons  et 


fant  qui  naist  auec  vn  seul  bras , vn 
autre  qui  aura  deux  testes , et  autres 
membres  outre  l’ordinaire. 

Prodiges  , ce  sont  choses  qui  vien- 
nent du  tout  contre  Nature,  comme 
vne  femme  qui  enfantera  vn  serpent, 

l’art  magique,  mais  jusque  là  sans  sortir  de 
la  pathologie;  et  il  se  terminait  par  un 
32e  chapitre,  sans  liaison  aucune  avec  les 
précédents  ni  avec  le  plan  du  livre,  intitulé  : 
Des  monstres  marins.  En  1579,  à l’époque 
même  où  la  lecture  de  Thévet  avait  inspiré 
à Paré  son  livre  des  animaux,  il  compléta 
celui  des  monstres  par  trois  chapitres  consa- 
crés aux  monstres  volatiles,  aux  monstres  ter- 
restres et  aux  monstres  celestes.  Or  je  le  ré- 
pète , et  on  s’en  assurera  par  la  préface  de 
Paré  même,  tout  cela  était  hors  du  plan  du 
livre,  plan  régulier,  logique,  et  qui  créait 
dans  la  pathologie  chirurgicale  une  bran- 
che toute  nouvelle,  ainsi  qu’avait  fait  le  li- 
vre de  la  prothèse.  Long-temps  balancé  en- 
tre le  respect  que  je  devais  au  texte  et  à 
l’arrangement  de  l’auteur,  et  le  désir  de 
restaurer  son  ouvrage  suivant  le  plan  qu’il 
avait  tracé  lui-même,  enfin  je  me  suis  dé- 
cidé pour  ce  qui  m’a  paru  le  plus  favorable 
à l’illustration  de  son  livre;  j’ai  retranché 
hardiment  tout  ce  qui  concerne  l'histoire 

I 


III. 


2 LE  DIX-NEVîTÉME  LIVRE 


ouvn  chien,  ou  autre  chose  du  tout 
contre  Nature,  comme  nous  mons- 
trerons  cy  apres  par  plusieurs  exem- 
ples d’iceux  monstres  et  prodiges  : 
lesquels  i’ay  recueillis  auec  les  figu- 
res de  plusieurs  qutheurs  : comme 
des  Histoires  prodigieuses  de  Pierre 
Boistuau  , et  de  Claude  Tesserand, 
desainct  Paul,  sainct  Augustin,  Esdras 
le  Prophète  : et  des  anciens  philo- 
sophes , à sçauoir  d’Hippocrates , Ga- 
lien, Empedocles,  Aristote,  Pline, 
Lycosthene  , et  autres  qui  seront 
collés  selon  qu’il  viendra  à propos. 

des  animaux  et  des  prodiges  météoriques, 
que  j’ai  reportée  à la  fin  de  la  collection,  im- 
médiatement après  le  livre  des  animaux,  où 
était  vraiment  sa  place  naturelle.  Ce  n’é- 
tait pas  assez,  et  dans  ce  qui  restait  se  trou- 
vaient des  figures  de  monstres  tellement 
hors  de  nature,  qu’il  ne  faut  pas  s’étonner  si 
leur  simple  aspect  a suffi  pour  frapper  beau- 
coup de  lecteurs  de  nausée  et  de  dégoût.  J’ai 
d’autant  moins  hésité  à effacer  ces  figures 
que  pas  une  seule  n’appartient  à Paré,  et 
qu’il  les  a copiées  dans  des  recueils  de  pro- 
diges publiés  de  son  temps,  et  où  l’on  est 
bien  loin  de  trouver  le  bon  sens,  la  saine 
observation  et  la  science  qui  frappent  dans 
son  livre.  Du  reste,  j’ai  respecté  scrupuleu- 
sement celles  qui  lui  appartenaient  à lui- 
même;  et  j’en  ai  même  conservé  beaucoup 
d’autres  qui  ont  encore  aujourd’hui  leur 
intérêt  pour  la  tératologie , ou  même  qui, 
mal  faites  et  défigurées,  sont  essentielles 
cependant  à l’intelligence  des  doctrines  du 
xvi'  siècle. 

On  voit  par  la  liste  des  auteurs  que  Paré 
a consultés  et  qu’il  énumère  dans  sa  préface, 
qu’il  ne  cherche  pas  à s’attribuer  plus  qu’il 
ne  lui  revient  dans  la  composition  de  son 
œuvre;  et  l’on  peut  dire  qu’il  y a excès  de 
modestie  dans  ses  aveux.  Percy  a prétendu 
que  Grévin  l’avait  aidé  dans  la  rédaction; 
cela  n’a  pas  l’ombre  de  fondement.  Il  est 
probable  toutefois  qu’il  a eu  un  collabora- 
teur, ne  fùt-ce  que  pour  lui  traduire  les  en- 
droits des  auteurs  latins  qu’il  cite;  et  il  y a 
quelque  probabilité  que  ce  fut  son  ami  Hau- 


Les  mutilés  1 , ce  sont  aueugles , 
borgnes , bossus , boiteux  , ou  ayans 
six  doigts  à la  main  ou  aux  pieds,  ou 
moins  de  cinq , ou  ioints  ensemble  : 
ou  les  bras  trop  courts,  ou  le  nez 
trop  enfoncéj  comme  ont  les  camus  : 
ou  auoir  les  léures  grosses  et  ren- 
uersées,  ou  closture  de  la  partie  gé- 
nitale des  filles  pour  cause  de  l’hy- 
men , ou  chair  supernaturelle  , ou 
qu’elles  soient  hermaphrodites  : ou 
ayans  quelques  taches  ou  verrues, 
ou  loupes , ou  autre  chose  contre 
Nature. 

lin.  D’ailleurs,  l’auteur  dans  lequel  il  fouille 
le  plus  communément  est  Lycoslbènes,  qu’il 
a mis  par  oi  les  anciens  philosophes,  sans 
doute  à cause  de  son  nom  grec,  et  qui  est 
tout  simplement  un  écrivain  du  xvie  siècle. 
L’ouvrage  de  Lycoslbènes  que  Paré  a mis  à 
contribution  avait  paru  à Bâle,  en  1557,  sous 
ce  litre  : Prodigiorum  ac  osteiitorum  chroni- 
con,  etc.,  per  Conradum  Lycoslhcnem  Rubea - 
quensem  ; c’est  un  petit  in-folio  de  C78  pages, 
contenant  par  ordre  de  dates  tous  les  prodi- 
ges que  l’auteur  a pu  recueillir  dans  les  au- 
teurs depuis  le  commencement  du  monde 
jusqu’à  l’an  1554  , avec  une  innombrable 
quantité  de  ligures;  livre  indigeste,  mais 
d’une  érudition  étonnante,  et  source  pré- 
cieuse où  l’on  peut  encore  puiser  après  Pgrô 
pour  l’histoire  de  la  tératologie.  Viennent 
ensuite  les  histoires  prodigieuses  de  Pierre 
Boaistuau,  qu’il  écrit  Boistuau,  publiées  en 
1500,  réimprimées  avec  des  augmentations 
en  1575;  c’est  cette  dernière  édition  que  j’ai 
suivie;  et  enfin  un  livre  du  même  titre  de 
Claude  de  Tesserand , qu’il  appelait  par  er- 
reur Claude  Desserand,  dans  ses  premières 
éditions;  mais  je  n’ai  pu  me  procurer  ce 
dernier  ouvrage. 

1 Ce  paragraphe  ne  date  que  de  1579 , et 
on  lisait  alors  par  une  faute  d’impression 
facile  à comprendre  : les  inutiles. 

On  voit  par  là  que  l’auteur  se  propose  de 
traiter  de  trois  sortes  de  monstruosités  ; tan- 
dis qu’en  1573  il  se  bornait  aux  deuxpremiè» 
res,  savoir,  aux  monstres  et  aux  prodiges, 
dont  le  nom  est  resté  dans  le  titre  du  livre. 


CES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


3 


CHAPITRE  I. 

DES  CAVSES  DES  MONSTRES. 

Les  causes  des  monstres  sont  plu- 
sieurs. 

La  première  est  la  gloire  de  Dieu. 

La  seconde,  s,on  ire. 

La  troisième,  la  trop  grande  quan- 
tité de  semence. 

La  quatrième , la  trop  petite  quan- 
tité. 

La  cinquième,  l'imagination. 

La  sixième,  l’angustie  ou  petitesse 
dp  la  matrice, 

La  septième , l’assiete  indecente 
de  la  mere  , comme  , estant  grosse  , 
s’est  tenue  trop  longuement  assise 
les  cuisses  croisées,  ou  serrées  contre 
le  ventre. 

La  huitième , par  cheute , ou  coups 
donnés  contre  le  ventre  de  la  mere 
estant  grosse  d’enfant. 

La  neuüéme  , par  maladies  héré- 
ditaires, ou  accidentales. 

La  dixiéme,  par  pourriture  ou  cor- 
ruption de  la  semence. 

L’onzième  , par  mixtion  , ou  mes- 
lange  de  semence. 

La  douzième , par  l’artifice  des 
meschans  belistres  de  l’osliere  *. 

La  treiziéme,  par  les  Démons  ou 
DiaMes  2. 

1 Des  mendiants.  La  traduction  latine  a pris 
d’étranges  licences  dans  tout  ce  livre  ; et  par 
exemple,  elle  a laissé  de  côté  toute  cette 
énumération  des  causes.  Mais  au  chapitre  1S, 

répondant  au  chapitre  21  du  texte  français, 

elle  donne  pour  équivalent  mendicantes. 
Voyez  ce  chapitre  21. 

4 L’édition  de  1573  ajoutait  ici  le  para- 
graphe suivant,  qui  a été  retranché  en  1579  : 

« Il  y a d’autres  causes  que  ie  laisse  pour 
le  présent,  parce  qu’outre  toutes  les  raisons 
humaines,  l’on  n’en  peut  donner  de  suffi- 
santes et  probables  : comme,  pourquoy  sont 


CHAPITRE  II. 

EXEMPLE  DE  LA  GLOIRE  DE  D1EV. 

Il  est  escrit  en  S.  Iean 1 * * 4 d’vn  homme 
qui  estoit  nay  aueugle  , lequel  ayant 
rccouuert  la  veuë  par  la  grâce  de 
Iesus-Christ,  fut  interrogué  de  ses  dis- 
ciples , si  le  péché  de  luy  ou  de  ses 
parens  estoit  cause  qu’il  cust  esté 
ainsi  produit  aueugle  dés  le  iour  de 
sa  naliuité.  Et  Iesus-Christ  leur  res- 
pondit*:  Que  luy,  ne  son  pere,  ne  sa 
mere  n’auoient  péché , mais  que 
c’estoit  à fin  que  les  œuures  de  Dieu 
fussent  magnifiées  en  luy. 


CHAPITRE  III. 

EXEMPLE  DE  L’iRE  DE  DIEV. 

Il  y a d’autres  causes  qui  nous  es- 
tonnent  doublement,  parce  qu’ils  ne 
procèdent  des  causes  susdites  , mais 
vne  confusion  d’estranges  especes , 
qui  rendent  la  créature  non  seule- 
ment monstrueuse,  mais  prodigieuse , 
c’est-à-dire  qui  est  du  tout  abhor- 
rente  et  contre  nature  : comme  pour- 
quoy sont  faits  ceux  qui  ont  la  figure 
d’vn  chien,  et  la  teste  d’vne  volaille, 
vn  autre  ayant  quatre  cornes  à la 
teste,  vn  autre  ayant  quatre  pieds  de 
bœuf,  et  les  cuisses  déchiquetées  : 
vn  autre  ayant  la  leste  d’vn  perro- 
quet , et  deux  panaches  sur  la  teste , 

faicts  ceux  qui  n’ont  qu’vn  seul  œil  au  mi- 
lieu du  front,  ou  le  nombril,  ou  vne  corne 
à la  teste,  ou  le  foye  s’en  dessus  dessous  : 
Autres  naissent  aians  pieds  de  griffon  , 
comme  les  oiseaux,  et  certains  monstres  qui 
s’engendrent  dans  la  mer;  bref,  une  infinité 
d’autres  qui  seroient  trop  longs  à d’es-' 
cripre.  » 

‘ Cap.  9. —A.  P. —1573. 


LE  DIX'NEVFIÉME  LIVRE  , 


4 

et  quatre  griffes  : autres  d’autres  for- 
mes et  figures , que  tu  pourras  voir 
par  plusieurs  et  diuerses  figures  , cy- 
apres  dépeintes  sur  leur  figure  *. 

Il  est  certain  que  le  plus  souuent 
ces  créatures  monstrueuses  et  prodi- 
gieuses procèdent  du  iugement  de 
Dieu  , lequel  permet  que  les  peres  et 
meres  produisent  telles  abominations 
au  desordre  qu’ils  font  en  la  copula- 
tion comme  bestes  brutes,  où  leur 
appétit  les  guide , sans  respecter  le 
temps,  ou  autres  lois  ordonnées  de 
Dieu  et  de  Nature  : comme  il  .est  es- 
crit  en  Esdras  le  Prophète  , que  les 
femmes  souillées  de  sang  menstruel 
engendreront  des  monstres 1  2. 

Pareillement  Moyse  defend  telle 
conionction  au  Leuitique,  chap.  16. 
Aussi  les  anciens  ont  obserué  par  lon- 
gues expériences  , que  la  femme  qui 
aura  conceu  durant  ses  fleurs , en- 
gendrera enfans  lepreux  , tigneux  , 
goutteux , escrouëlleurs  , et  autres , 
ou  sujets  à mille  maladies  : d’autant 
que  l'enfant  conceu  durant  le  flux 
menstrual  prend  nourriture  et  ac- 
croissement, estant  au  ventre  de  la 
mere,  d’vn  sang  vicieux , sale  et  cor- 
rompu , lequel  auec  le  temps  ayant 
enraciné  son  infection , se  manifeste 
et  fait  apparoistre  sa  malignité  : au- 
cuns sei’ont  tigneux,  autres  goutteux, 
autres  lepreux , autres  auront  la  pe- 
tite verolle  ou  rougeolle , et  autres 
infinités  de  maladies.  Conclusion , 
c’est  vne  chose  salle  et  brutale  d’a- 
uoir  affaire  à vne  femme  pendant 
qu’elle  se  purge  3. 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1579. 

s Esdras,  ch.  5.  liv.  4.  — A.  P.  — Ici  finis- 
sait le  chapitre  dans  les  deux  éditions  de 
1573  et  1575,  d’où  l’on  voit  qu’il  était  fort 
court,  ne  consistant  qu’en  cet  unique  para- 
graphe. Le  reste  a été  ajouté  à diverses  dates. 

3 Ce  paragraphe  est  de  1585. 


Lesdits  anciens  estimoient  tels  pro- 
diges venir  souuent  de  la  pure  vo- 
lonté de  Dieu , pour  nous  aduertir 
des  malheurs  dont  nous  sommes 
menacés,  de  quelque  grand  desordre, 
ainsi  que  le  cours  ordinaire  de 
Nature  sembloit  estre  peruerti  en 
vne  si  malheureuse  engeance.  L’I- 
talie en  fit  preuue  assez  suffisante , 
pour  les  travaux  qu’elle  endura  en 
la  guerre  qui  fut  entre  les  Florentins 
et  les  Pisans , apres  auoir  veu  à Ve- 
ronne,  l’an  1254,  vne  iumentqui pou- 
lina vn  poulain  qui  auoit  vne  teste 
d’homme  bien  formée,  et  le  reste 
d’vn  cheual  *. 

Autre  preuue.  Du  temps  que  le 
Pape  Iules  second  suscita  tant  de 
malheurs  en  Italie , et  qu’il  eut  la 
guerre  contre  le  Roy  Louys  douzième 
(1512),  laquelle  fut  suiuie  d’vne  san- 
glante bataille  donnée  prés  de  Ra- 
uenne  : peu  de  temps  après  on  veit 
naistre  en  la  mesme  ville  vn  monstre 
ayant  vne  corne  à la  teste,  deux  ai- 
les, et  vn  seul  pied  semblable  à celuy 
d’vn  oiseau  de  proye  : à la  iointure 
du  genoüil  vn  œil  : et  participant  de 
la  nature  de  masle  et  de  femelle  2. 

1 Toutes  les  éditions,  à partir  de  celle 
de  1579,  ajoutent  ici  : comme  tu  vois  par  ceste 
figure;  après  quoi  vient  une  figure  parfaite- 
ment caractérisée  par  son  titre  : Figure  d'vn 
poulain  ayant  la  leste  d’homme.  C’est  une  de 
ces  imaginations  absurdes  qu’admettait  la 
crédulité  du  xvie  siècle,  et  qui  a même  trou- 
vé des  partisans  beaucoup  plus  tard.  Paré  a 
emprunté  cette  histoire  et  cette  figure  à Ly- 
costhènes,  ouvr.  cité,  page  438. 

2 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  cet  en- 
droit en  1579,  mais  il  existait  déjà  en  1573, 
du  moins  en  substance,  à la  fin  du  chapi- 
tre 6.  Là,  comme  ici,  il  était  suivi  du  Por- 
trait d’vn  monstre  merueilleux , de  tout  point 
en  accord  avec  la  description  fantastique 
qu’on  vient  de  lire.  Si  à toute  force  on  peut 
présumer  que  l’histoire  précédente  aurait 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


5 


CHAPITRE  IV. 

EXEMPLE  DE  LA  TROP  GRANDE  QUANTITÉ 
DE  SEMENCE. 

Hippocrates  sus  la  génération  des 
monstres  dit,  que  s’il  y a trop  grande 
abondance  de  matière  , il  se  fera 
grand  nombre  de  portées,  ou  vn  en- 
fant monstrueux  ayant  des  parties 
superflues  et  inutiles , comme  deux 
testes , quatre  bras , quatre  iambes , 
six  doigts  és  mains  et  pieds,  ou  au- 
tres choses  : au  contraire  si  la  se- 
mence defaut  en  quantité,  quelque 
membre  defaudra  , comme  n’auoir 
qu’vne  main , point  de  bras,  ou  de 
pieds,  ou  de  teste,  ou  autre  partie 
defaillante. 

Sainct  Augustin  1 dit  que  de  son 
temps  il  nasquit  en  Orient  vn  enfant 
qui  auoit  le  ventre  en  haut , toutes 
les  parties  supérieures  doubles , et 
les  inferieures  simples  : car  il  auoit 
deux  testes  et  quatre  yeux,  deux  poi- 
trines et  quatre  mains , et  la  teste 
comme  vn  autre  homme , lequel  ves- 
quit  assez  long-temps. 

Cælius  Rhodiginus  a escrit  au  liure 
de  ses  antiques  leçons  2 , auoir  veu 
en  Italie  deux  monstres , l’vn  masle 
et  l’autre  femelle , leurs  corps  bien 
parfaits  et  proportionnés  , reste  la 
duplication  de  la  teste  : le  masle  mou- 
rut peu  de  iours  apres  sa  natiuité , et 

pris  son  origine  dans  un  fait  réel  de  quel- 
que monstruosité  mal  observée , il  est  cer- 
tain, au  contraire,  que  celle-ci  est  une  pure 
fable  et  n’a  jamais  eu  le  moindre  fonde- 
ment. L’histoire  et  la  figure  sont  égale- 
ment copiées  de  Lycosthénes,  ouvrage  cité, 
page  517,  qui  lui-même  l’avait  pris  de  Rtieff, 
De  conceplu  et  generatione,  1554,  fol.  51. 

1 Chap.  8 de  la  Cité  de  Dieu.  — A.  P. 

* Ch.  3,  24  liu.  — A.  P. 


la  femelle,  de  laquelle  tu  vois  ici  le 
pourtrait , vesquit  vingt  - cinq  ans 
apres  : qui  est  contre  le  naturel  des 
monstres  , lesquels  ordinairement  ne 
viuent  gueres , pource  qu’ils  se  des- 
plaisent et  melancholient  de  se  voir 
ainsi  en  opprobre  de  tout  le  monde, 
si  bien  que  leur  vie  est  briefue. 

Figure  d’vne  fille  ayant  deux  testes  *. 


1 Nous  sortons  cette  fois  du  domaine  de 
l’imagination  pour  entrer  dans  celui  de  la 
réalité;  aussi  ai-je  fait  soigneusement  co- 
pier les  figures  qui  suivent.  Celle  que  l’on 
voit  ici  se  rapproche  beaucoup  de  la  fameuse 
Rila  Christina , si  bien  étudiée  par  M.  Geof- 
froy Saint-Hilaire.  [Hist.  des  anomalies  de 
l’organisation , Paris,  1836,  t.  III  , p.  166.) 
J’ai  rétabli  le  titre  de  la  planche  d’après  l’é- 
dition de  1573. 

Du  reste,  Paré  a probablement  emprunté 


6 LE  DIX-NEVFIlïME  LIVRE 


Or  il  faut  icy  noter  que  Lycosthene 
escrit  vne  chose  merueilleuse  de  ce 
monstre  femelle  : car  reserué  la  du- 
plication de  la  teste,  Nature  n’y  auoit 
rien  omis  : ces  deux  testes  ( dit-il  ) 
auoient  mesme  désir  de  boire , man- 
ger, etdormir,  et  la  parolle  semblable, 
comme  estoient  mesmes  toutes  leurs 
affections.  Ceste  fille  alloit  d’huis  en 
huis  chercher  sa  vie,  et  luy  don- 
noit-on  volontiers  pour  la  nouueauté 
d’vn si  estrange et  nouueau  spectacle  : 
toutesfois  elle  fut  dechassée  à la  lon- 
gue de  la  duché  de  Bauiere,  parce 
( disoit  - on  ) qu’elle  pourroit  gaster 
le  fruict  des  femmes  grosses,  pour 
l’apprehension  et  idées  qui  pour- 
roient  demeurer  en  la  vertu  imagi- 
natiue , de  la  figure  de  ceste  créature 
ainsi  monstrueuse 2. 

L’an  de  grâce  1475  , furent  engen- 
drées pareillement  en  Italie  , en  la 
ville  de  Veronne,  deux  filles  conjoin- 
tes par  les  reins , depuis  les  espaules 
iusques  aux  fesses  : et  parce  que  leurs 
parens  estoient  pauures,  elles  furent 
portées  par  plusieurs  villes  d’Italie , 
pour  amasser  argent  du  peuple , qui 
estoit  fort  ardent  de  voir  ce  nouueau 
spectacle  de  nature. 

l’histoire  et  la  figure  de  ce  monstre  à Boais- 
tuau,ouv. cité,  folio  128,  verso;  lequel  avait 
à son  tour  copié  LycostlièneS,  ouv.  cité,  page 
505. 

1 En  1573,  Paré  écrivait  : que  Licoslhene  , 
grand  philosophe,  etc.  Il  effaça  cet  éloge  dès 
1575. 

2 II  n’est  bon  que  les  monstres  cohabitent 
entre  nous.  — A.  P.  — Cette  remarque  est 
de  1579. 


Figure  de  deux  filles  gemeltes , ioinres  et  vnies 
par  les  parties  postérieures  1, 


L’an  1530,  on  a véii  vn  homme  en 
ceste  ville  dé  Paris , du  ventte  duqiiel 
sortoit  Vn  autre  homme  bien  formé 
de  tous  ses  mehibfes,  feseftiélà  teste, 
et  cest  homme  estoit  aagé  de  qua- 

1 Cette  figure  appartient  éncoré  à Lyco- 
sthènes,  p.  49(1,  et  sé  trouve  reproduite  à di- 
vers endroits  de  son  livre  ; du  reste,  comme 
la  précédente*  elle  représente  une  monstruo- 
sité exactement  observée.  On  peut  remarquer 
que  les  deux  sujets  sont  accolés  par  leurs 
parties  semblables,  suivant  la  loi  établie 
par  Ms  Serres.  Voyez  son  ouvrage  Recherches 
d’anatomie  transcendante  et  pathologique,  Pa- 
ris , 1832  , in-4“  et  allas  in-folio,  et  mon 
Anatomie  chirurgicale , Paris,  1838,  t.i,  p.  54. 
— On  trouve  une  figure  pareille  dans  Rucff, 
De  concept,  et  générations,  1554,  fol.  45. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


rante  ans  ou  enuiron,  fet  portait  ainsi 
ce  corps  entre  ses  bras,  auec  si  grande 
merueille,  que  le  mondes’assembloit  à 
grandes  troupes  pour  le  voir  : la  figure 
duquel  t’est  icy  représentée  au  vif. 

Figure  d’un  homme,  du  ventre  duquel  sorloit 
vn  autre  homme  1. 


En  Piedmont  en  la  ville  de  Quiers, 
distante  de  Tburin  enuiron  de  cinq 
lieues,  vne  honneste  dame  accoucha 
d’vn  monstre  le  dix-sepliéme  iour  de 
ianuier  à huit  heures  du  soir , ceste 
présente  anhée  1578  , la  face  estant 

1 Pâté  ne  dit  pas  qu’il  ait  vu  lili-même 
ce  monstre;  il  l’a  manifestement  copié  de 
Boaistuau , qui  dit  l’avoir  vu  à Valencè  eh 
1530  , et  qui  conséquemment  le  décrivait  de 
mémoire  après  un  long  temps  écoulé;  oiiv. 


7 

bien  proportionnée  en  foules  ses  par- 
ties. Il  a esté  monstrueux  au  reste  de 
la  teste , en  ce  qu’il  en  sorloit  cinq 
cornes  approchantes  à celles  d’un  bé- 
lier, rengées  les  vnes  contre  les  au- 
tres au  haut  du  front  : et  àü  derrière 
vne  longue  piece  de  chair  pendante 
le  long  du  dos,  en  maniéré  d’vn  cha- 
peron de  darrioiselle.  Il  auoit  autour 
de  son  col  vne  piece  de  chair  double 
couchée  en  la  maniéré  d’vn  collet  de 
chemise  tout  vni,  les  extrémités  des 
doigts  fessemblans  aüx  griffes  de  quel- 
que oiseau  de  proye,  les  genoux  aux 
iarrets.  Le  pied  et  la  jambe  droite  es- 
taient d’vn  rouge  fort  haut  en  cou- 
leur : le  reste  du  côrps  estoit  de  la 
couleur  d’vn  gris  enfumé.  On  dit  qu’à 
la  naissance  de  ce  monstre  qu’il  ieltà 
vn  grand  cry,  qui  estonna  tellement 
la  sage-femme  et  toute  la  compagnie, 
que  l’effroy  qu’ils  en  eurent  leur  fit 
quitter  le  logis.  Dont  la  noüuelle  es- 
tant venue  iusques  à monsieur  ie 
prince  cle  Piedmont , pour  le  désir 
qu’il  auoit  de  le  voir,  l’enuoÿa  qué- 
rir, en  la  presence  duquel  plusieurs 
en  firent  diuers  iugemens  ». 

Ce  présent  monstre  que  voyez  cy 
dépeint  a esté  trouüé  dedans  un  œuf, 
ayant  la  face  et  visage  d’vn  homme , 
tous  les  cheueux  de  petits  serpen- 

cité,  fol.  8(1.  Dans  tous  les  cds  il  est  infini- 
ment probable  que  l’enfant  parasité,  s’il 
émergeait  du  ventre,  n’avait  que  l’abdomen 
et  les  membres  ilifétieurs.  Le  monstre  de 
Benais,  que  M.  Lisfrdnè  avait  eu  l’idéfe  d’o- 
pérer, était  presque  eh  tout  semblable  à ce- 
lui-ci. Voyez  mon  Anatomie  chir.,  t.  i,  p.  52. 

Lycosthènes,  ouv.  cité,  p.  524,  donne  une 
figure  toute  pareille,  comme  la  représen- 
tation d’un  homme  qtli  fut  vu  en  Savoie 
en  1519. 

1 Cette  histoire,  comme  on  aurait  pu  le 
présumer  d’après  sa  date,  a été  ajoutée  par 
l’auteur  dans  son  édition  de  157£i.  11  est  pro- 


8 


LE  DIX-NEVFIEME  LIVRE, 


teaux  tous  vifs,  et  la  barbe  à la  mode 
et  façon  de  trois  serpens  qui  luy  sor- 


toient  hors  du  menton  : et  fut  trouué 
le  quinziéme  iour  du  mois  de  mars 
dernier  passé.  1569,  chez  vn  aduocat 
nommé  Baucheron , à Authun  en 
Bourgongne , par  vne  chambrière  qui 
cassoit  des  œufs  pour  les  mettre  au 
beurre,  entre  lesquels  cestuy-ci  es- 
toit  : lequel  estant  cassé  par  elle,  veit 
sortir  ledit  monstre , ayant  face  hu- 
maine, les  cheueux  et  barbe  de  ser- 
pens, dont  elle  fut  merueilleusement 
espouuentée.  Et  fut  baillé  de  la  glaire 
dudit  œuf  à vn  chat,  qui  en  mourut 
subitement.  De  quoy  estant  aduerti 
monsieur  le  baron  deSenecey  cheua- 
lier  de  l’ordre,  a esté  de  sa  part  en- 
uoyé  ledit  monstre  au  roi  Charles, 
qui  pour  lors  estoit  à Metz  K 

bable  qu’il  s’agissait  d’uneencéphalocèle  pos- 
térieure ; pour  les  autres  phénomènes,  ils 
ont  été  certainement  grossis  ou  défigurés 
par  la  peur  ou  la  crédulité.  Paré  ajoutait: 
La  figure  l'est  icy  représentée  apres  le  naturel  ; 
mais,  malgré  cette  annonce  fastueuse,  la  pré- 
tendue figure  d’après  nature  était  si  mani- 
festement imaginaire  et  ridicule  que  je  n’ai 
pas  hésité  à la  supprimer.  J’ignore  du  reste 
à quel  auteur  il  a pu  l’emprunter. 

1 Malgré  la  date  de  cette  histoire,  elle  ne 


L’an  1546,  à Paris  vne  femme  grosse 
de  six  mois  enfanta  vn  enfant  ayant 
deux  testes,  deux  bras,  et  quatre 
iambes,  lequel  i’ouuris,  et  n’y  trou- 
vay  qu’vn  cœur  (lequel  monstre  est 
en  ma  maison , et  le  garde  comme 
chose  monstrueuse  *)  : partant  l’on 
peut  dire  n’estre  qu’vn  enfant. 

Figure  (l’un  enfant  ayant  deux  testes , deux 
bras  et  quatre  iambes. 


se  trouve  pas  dans  l’édition  de  1573,  et  a 
été  ajoutée  seulement  en  1579.  Elle  est  fon- 
dée sur  quelque  chose  de  réel  , sans  doute , 
et  l’on  a trouvé  quelquefois  dans  des  œufs 
des  figures  bizarres.  Mais  évidemment  l’ima- 
gination la  plus  crédule  a pu  seule  inventer 
cette  tête  d’homme  avec  des  cheveux  et  une 
barbe  de  serpents. 

1 Cette  parenthèse  manque  dans  toutes 


DES  MONSTRES 

Aristote  dit  L qu’vn  monstre  ayant 
deux  corps  ioints  ensemble , s'il  est 
trouué  auoir  deux  cœurs,  on  peut  vé- 
ritablement dire  estre  deux  hommes 
ou  femmes  : autrement  s’il  est  trouué 
n’ auoir  qu’vn  cœur  auec  deux  corps, 
ce  n’est  qu’vn.  La  cause  de  ce  mons- 
tre pouuoit  estre  fau  e de  matière  en 
quantité,  ou  vice  de  la  matrice  qui 
estoit  trop  petite , parce  que  nature 
voulant  créer  deux  enfans  , la  trou- 
uant  trop  estroitte,  se  trouué  man- 
que, de  façon  que  la  semence  estant 
contrainte  et  serrée , se  vient  lors  à 
coaguler  en  vn  globe,  dont  se  forme- 
ront deux  enfans  ainsi  ioints  et  vnis 
ensemble. 

L’an  1569,  vne  femme  de  Tours  en- 
fanta deux  enfans  gemeaux , n’ayans 
qu’vne  teste,  lesquels  s’entre-embras- 
soient  : et  me  furent  donnés  secs  et 
anatomisés  par  maistre  René  Ciret , 
maistre  barbier  et  chirurgien,  duquel 
le  renom  est  assez  célébré  par  tout  le 
pays  de  Touraine , sans  que  je  luy 
donne  autre  loüange2. 

les  éditions  du  vivant  de  Paré,  et  se  lit  pour 
la  première  fois  en  1598.  Toutefois  on  peut 
la  regarder  comme  authentique,  d’après  la 
note  marginale  que  nous  reproduisons  plus 
bas. 

1 Aristote  en  ses  Probl. , et  4 chap.  du 
liu.  4,  de  Gener.  animal.  — A.  P. 

2 Ces  deux  monstres  derniers  sont  en  la  pos- 
session de  l’autheur.  — A.  P.  — Cette  note 
existe  déjà  dans  l’édition  de  1573. 

On  peut  remarquer,  a l’occasion  de  cette 
figure  et  de  la  précédente,  que  quand 
A.  Paré  a lui-même  observé  les  sujets,  ses 
descriptions  n’accordent  rien  à l’imagina- 
tion, et  que  ses  figures  pourraient  encore 
être  reproduites  parmi  les  plus  exactes  dans 
les  ouvrages  les  plus  modernes. 


ET  PRODIGES.  9 

Figure  de  deux  gemeaux  n’ayant  qu’une  seule 
teste. 


Sebastien  Munster  escrit  auoir  veu 
deux  filles  l’an  1495,  au  mois  de  sep- 
tembre, prés  de  Wormes,  au  village 
nommé  Bristant , lesquelles  auoient 
les  corps  entiers  et  bien  formés,  mais 
leurs  frontss'entretenoient  ensemble, 
sans  que  par  artifice  humain  on  les 
peust  séparer,  et  s’entre-touchoient 
presque  du  nez  : et  vesquirent  iusques 
à dix  ans,  et  lors  en  mourut  vne , la- 
quelle fut  ostée  et  séparée  de  l’autre  : 
et  celle  qui  demoura  viue  mourut 
tost  après,  quand  on  sépara  sa  sœur 
morte  d’auec  elle  , pour  la  playe 


to 


LE  mx-NEVElÉME  LIVRE, 


qu’elle  auoit  receuë  de  la  séparation  : 
la  figure  desquelles  t’est  icy  représen- 
tée C 

Figure  de  deux  filles  gemeltes  , lesquelles  s'en- 
tretenaient par  le  front. 


L’an  1570  , le  20.  lour  de  juillet,  à 
Paris,  rue  des  Grauelliers,  à l’ensei- 
gne de  la  Cloche,  nasquirent  ces 

1 Toutes  les  éditions  complètes , à partir 
de  celle  de  1579,  portent  : t’est  ictj  dessus  re- 
présentée ■ et  en  effet  la  figure  est  avant  le 
tëxte  comme  la  plupart  des  précédentes.  J’ai 
préféré  ld  rédaclloh  et  l’arrangement  des 
flgüres  de  i’édition  primitive  de  1573.  Du 
reste,  malgré  la  citation  ambitieuse  de  Sé- 
bastien Munster,  l’histoire  et  la  ligure  sont 
prises  de  Lycosthènes,  ouvr.  cité  , p.  504. 


deux  enfans  ainsi  figurés , remarqués 
par  les  chirurgiens  pour  rnasle  et  fe- 
melle, et  furent  baplisés  à S.  Nico- 
las des  Champs,  et  nommés  Loys  et 
Loyse.  Leur  pere  auoit  nom  Pierre 
Germain , dit  Petit-Dieu,  de  son  mes- 
tier  aide  à maçon,  et  leur  mere 
Matthée  Pernelle. 

Figure  dedevx  enfans  monstrueux,  n’agueres 
nés  à Paris. 


Le  lundy  dixiéme  iour  de  iuillet 
mil  cinq  cens  soixante  et  douze,  en  la 
ville  du  Pont  de  Sée , prés  d’ Angers , 
nasquirent  deux  enfans  femelles,  les- 
quels vesquirent  demie  heure,  et  re- 
ceurent  haptesme  : et  estoient  bien 
formés,  fors  qu’vne  main  sencslre 
n’auoit  seulement  que  quatre  doigts  : 
et  est  oient  conioints  ensemble  en  leurs 
parties  anterieures,  à sçauoir,  depuis 
le  menton  iusques  à l'ombilic,  et  n'a- 
uoienl  qu’un  seul  nombril,  et  un  seul 
cœur,  le  loye  diuisé  en  quatre  lobes. 


DES  MONSTRES 

Figure  de  deux  filles  iointes  ensemble , n’a- 
gueres  nées  en  la  ville  du  Pont  de  Sée,  prés 
Angers  i. 


Cælius  Rhodiginus,  chapitre  troi- 
sième , liure  vingt-quatrième  de  ses 
Antiques  leçons , escrit  qu’il  fut  pro- 
duit un  monstre  à Ferrare  en  Italie  , 
l’an  de  grâce  mil  cinq  cens  quarante, 
le  dix-neuuiéme  iour  de  Mars,  lequel 
lors  qii’il  fut  enfanté , esioit  aussi 
grand  et  bien  formé  que  s’il  eust  eu 
quatre  mois  accomplis,  ayant  le  sexe 
féminin  et  masculin  , et  deux  testes  , 
l’vne  de  masle  * et  l’autre  de  femelle. 

1 RuefT,  ouvrage  cité,  folio  44  et  45,  donne 
deux  figures  presque  semblables,  comme  la 
représentation  de  monstres  observés  à Schaf- 
fouse  et  à Éinsidlen  en  1543  et  1553. 


ET  PRODIGES.  11 

Portrait  d’Vn  monstre  ayant  âedX  lestes , 
l’vne  de  masle  et  l’autre  de  femelle 


Iouianus  Pontanus  escrit  que  i’an 
mil  cinq  cens  vingt-neuf,  le  neufiéme 
de  ianuier,  il  fut  veu  en  Allemagne 
un  enfant  masle  ayant  quatre  bras 
et  quatre  iambes  , duquèl  tu  vois  icy 
le  poftrait. 

1 Voici  certainement  une  de  ces  mons- 
truosités réellement  observées,  mais  défi- 
gurées par  l’ignorance.  On  sait  que  la  plu- 
part des  monstres  sont  du  sexe  fémihih:  on 
sait  aussi  que  chez  les  fœtus  peu  avancés , 
avec  ou  sans  monstruosité,  le  clitoris  proé- 
mine  de  manière  à simuler  assez  bien  la 
verge.  Un  observateur  Superficiel  aura  cru 
voir  une  verge  et  une  vulve  à la  fois , consé- 
quemment un  hermaphrodite;  et  plus  tard 


LE  DIX-NEVFIÉME  LIVRE, 


Figure  d’vn  enfant  masle  ayant  quatre  bras  et 
quatre  iambes. 


Figure  d’vn  homme  ayant  vne  teste  au  milieu 
du  ventre. 


La  mesme  année  que  le  grand  roy 
François  fit  la  paix  auec  les  Soüis- 
ses,  nasquit  en  Allemagne  vn  mons- 
tre ayant  vne  teste  au  milieu  du  ven- 
tre : iceluy  vesquit  iusques  en  l'aage 
d’homme  : icelle  teste  prenoit  aliment 
comme  l’autre1. 

le  dessinateur,  faisant  son  esquisse  d’après 
le  texte , n’a  trouvé  rien  de  mieux  que  de 
figurer  la  vulve  d’un  côté,  la  verge  et  les 
testicules  de  l’autre.  J’ai  dû  cependant  me 
conformer  à la  figure  de  Paré,  et  j’en  ai  tou- 
jours agi  ainsi  à l’égard  des  figures  que  j’ai 
conservées. 

1 Cette  histoire  est  empruntée  à Lycosthè- 
nes,  qui  la  rapporte  à l’année  1516  (ouvr. 
cité,  page  521  ),  et  il  l’avait  probablement 
copiée  d’après  Rueff,  De  conceptu  et  genera- 
tione,  etc.,  1554,  page  44.  La  seule  différence 
est  que  dans  Rueff  la  face  de  l’individu  en- 
tier est  celle  d’un  enfant , tandis  que  dans 


Le  dernier  iourde  Feburier  1572, en 
la  paroisse  de  Viaban , sur  le  chemin 
de  Paris  à Chartres,  au  lieu  des  peti- 
tes Bordes,  une  femme  nommée  Cy- 
priane  Girande , femme  de  Jacques 
Marchant  laboureur,  accoucha  de  ce 
monstre , lequel  vesquit  iusques  au 
dimanche  ensuiuant  *. 

Lycosthènes  et  Paré  elle  est  d’un  homme. 
Du  reste,  l’histoire  et  la  figure  sont  très 
probablement  imaginaires.  Il  n’existe  pas 
d’observation  authentique  d’une  pareille 
monstruosité,  et  l’on  peut  tout  au  plus  pré- 
sumer qu’il  s’agissait  d’un  monstre  analo- 
gue à celui  de  la  page  7. 

1 Rueff  a une  figure  presque  absolument 
semblable  , ouv.  cité,  fol.  47,  qu’il  rapporte 
à un  individu  observé  en  Angleterre  en  1552. 
Lycosthène  a copié  l’histoire  et  la  figure  de 
Rueff  à la  p.  619  de  son  livre. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES.  l3 

Portrait  de  deux  enfans  bien  monstrueux , auxquels  vn  seul  sexe  féminin  se  manifeste. 


L’an  1572,  le  lendemain  de  Pas- 
ques,  à Mets  en  Lorraine , dansl’hos- 
tellerie  du  Sainct-Esprit , vne  truye 
cochonna  vn  cochon  ayant  huict  iam- 
bes,  quatre  oreilles,  la  teste  d’vn 
vray  chien,  les  derrières  des  corps 
séparés  iusques  à l’estomac , et  depuis 
ioints  en  vn,  ayant  deux  langues  si- 
tuées au  trauers  de  la  gueule , et  auoit 
quatre  grandes  dents,  sçauoir  est  au- 
tant dessus  que  dessous,  de  chacun 


costé  : leurs  sexes  estoient  mal  distin- 
gués, de  façon  qu’on  ne  pouuoit  con- 
noistre  s’ils  estoient  masles  ou  fe- 
melles : ils  n'auoient  chacun  qu’vn 
conduit  sous  la  queuë  : la  figure  du- 
quel t’est  demonslrée  par  ce  portrait, 
lequel  puis  n’agueres  m’a  esté  enuoyé 
par  monsieur  Bourgeois,  Docteur 
en  Medecine , homme  de  bon  sça- 
uoir et  bien  expérimenté  en  icelle, 
demeurant  en  ladite  ville  de  Mets. 


Figure  d’un  cochon  monstr  ueux , nay  à Mets  en  Lorraine. 


lA  tfi  mX-NEVFléME  LIVRÉ 


A cest  endroit  me  semble  n’estre 
hors  de  propos  d’escrire  des  femmes 
qui  portent  plusieurs  enfans  d’vne 
ventrée  *. 


CHAPITRE  Y. 

DES  FEMMES  QVl  PORTENT  PLVS1EVRS 
ENFANS  D’VNE  VENTREE. 

Le  commun  accouchement  des  fem 
mes  est  vn  enfant,  toutesfois  on  voit 
(comme  le  nombre  des  femmes  est 
grand)  qu’elles  accouchent  de  deux  , 
que  l’on  appelle  gemeaux,  ou  bessons  : 
il  y en  a qui  en  accouchent  de  trois, 
quatre,  cinq,  six,  et  plus. 

Empedocles  dit  que  lors  qu’il  y a 
grande  quantité  de  semence,  il  se  fait 
pluralité  d’enfans.  Autres,  comme 
les  Stoïques,  disent  qu’ils  s’engen- 
drent pour  ce  qu’en  la  matrice  il  y a 
plusieurs  cellules , séparations  et 
cauités , et  quand  la  semence  est  es- 
paodue  en  icelles  , il  se  fait  plusieurs 
enfans.  Toutesfois  cela  est  faux  , car 
en  la  matrice  de  la  femme  il  ne  se 
trouue  qu’vne  seule  cauité:  mais  aux 
bestes , comme  chiennes,  pourceaux , 
et  autres,  il  y a plusieurs  cellules,  qui 
est  cause,  qu’elles  portent  plusieurs 
petits. 

Aristote  a escrit  que  la  femme  ne 
pouuoit  enfanter  d’vne  portée  plus  de 

1 Cette  phrase  se  lit  dans  l’édition  de  1573; 
dans  celle  de  1575  elle  devint  le  titre  du 
chapitre  suivant,  bien  que  le  titre  actuel 
existât  déjà  dès  1573;  et  enfin  elle  a été  effa- 
cée dans  toutes  les  autres.  Je  l’ai  rétablie  ici, 
parce  qu’elle  fournit  au  moins  une  appa- 
rence de  transition  entre  ce  chapitre  et  le 
suivant.  La  succession  est  d’ailleurs  assez  lo- 
gique, puisque  la  plupart  des  monstruosités 
décrites  dans  ce  chapitre  sont  des  fusions  de 
deux  jumeaux. 


cinq  enfans  : toutesfois  cela  est  ad- 
uenu  en  la  seruante  d’Auguste  César, 
que  d’une  portée  elle  accoucha  de 
cinq  enfans,  lesquels  (non  plus  que 
la  mere  ) ne  vesquirent  que  bien  peu 
de  temps. 

L’an  1554,  à Berne  en  Soüisse,la 
femme  de  Iean  Gislinger,  Docteur, 
enfanta  pareillement  d’vne  portée 
cinq  enfans,  trois  masles  et  deux  fe- 
melles >. 

Albucrasis  dit  estre  certain  d’vne 
dame  qui  en  auoil  fait  sept  ; et  d’une 
autre,  laquelle  s’estant  blessée,  auorta 
de  quinze  bien  formés.  Pline,  ch.  ii, 
liv.  7,  fait  mention  d’une  qui  en  auorta 
de  douze.  Le  mesme  autheur  dit  que 
l’on  a veu  à Peloponnese  vne  femme 
qui  accQUçha  quatre  fois,  et  à chaque 
portée  de  cinq  enfans , desquels  la 
pluspart  vesquirent. 

Dalcchamps,  en  sa  Chirurgie  Fran- 
çoise, ch.  lxxiv,  feuil.  448  , dit  qu’yn 
gentilhomme  nommé  Bonauenture 
Sauelli,  Siennois,  luy  a affermé  qu’une 
sienne  esclaue,  qu’il  entretenoit,  fit 
sept  enfans  d’une  portée , desquels 
quatre  furent  baptisés.  Et  de  notre 
temps,  entre  Sarte  et  Maine,  parroisse 
de  Seaux,  près  Chambellay,  il  y a une 
maison  de  gentilhomme  appellée  la 
Maldemeure,  duquel  la  femme  eut  la 
première  année  qu’elle  fut  mariée, 
deux  enfans , la  seconde  année  trois  , 
la  troisième  quatre,  la  quatrième  cinq, 
la  cinquième  six,  dont  elle  mourut  ; 
il  y a vn  desdils  six  enfans  viuant , 
qui  est  auiourd’huy  sieur  dudit  lieu  de 
Maldemeure. 

A Beaufort  en  vallée,  pays  d’Anjou, 
vne  ieune  femme  , fille  de  feu  Macé 
Chauniere,  accoucha  d’un  enfant , et 

1 Cette  histoire  est  empruntée  à tyco- 
sthènes,  p.  644,  d’après  lequel  j’ai  rectifié  le 
nom  de  Gislinger  dont  les  imprimeurs  de 
Paré  avaient  fait  Gelinger. 


DES  MONSTRES 

huict  ou  dix  iours  apres  d’vu  autre, 
qu’il  luy  fallut  tirer  Lors  le  ventre, 
dont  elle  en  mourut. 

Martinus  Çromerus  au  liure  9.  de 
l’histpire  de  Poulongne,  escrit  qu’en 
la  province  de  Cracouie,  Marguerite, 
dame  fort  vertueuse  et  de  grande  et 
ancienne  maison  , femme  d’vn  comte 
dit  Virboslaüs , accoucha  le  xx.  iour 
de  Ianuier  1209,  d’vne  ventrée  de 
trente  six  enfans  vifs. 

Franciscus  Picus  Mirandula  escrit 
qu’vne  femme  en  Italie,  nommée  Do- 
rolhea , accoucha  en  deux  fois  de 
vingt  enfans,  à scauoir,  de  neuf  en 
vne  fois,  et  d’onze  à l’autre  : laquelle 
portant  vn  si  grand  fardeau , estoit  si 
grosse  qu’elle  soustenoit  son  ventre, 
qui  luy  descendoit  iusques  aux  ge- 
noüils  , auec  vne  grande  bande , 
qui  luy  prenoit  au  çol  et  aux  espau- 
les1. 

Or  quant  à la  raison  de  la  multi- 
tude des  enfans,  quelques -vus  du 
tout  ignares  de  l’anatomie  ont  voulu 
persuader  qu’en  la  matrice  de  la 
femme  il  y auoit  plusieurs  cellules 
et  sinus,  à scauoir  sept  : trois  au  costé 
droit  pour  les  masles,  trois  au  gauche 
pour  les  femelles , et  le  septième 

1 Toutes  les  éditions  ajoutent  : comme  lit 
vois  par  ce  portrait;  et  elles  donnent  en  effet 
la  ligure  d’une  femme  avec  un  ventre  énor- 
mément grossi  et  soutenu  par  la  bande  in- 
diquée. Paré  a copié  cette  ligure  dans  Ly- 
costhènes,  où  elle  est  reproduite  au  moins 
cinq  ou  six  fois;  je  l’ai  retranchée  comme 
étant  de  pure  fantaisie  et  d’ailleurs  inutile 
pour  l’intelligence  du  texte.  C’est  aussi  d’a- 
près Lycosthènes,  p.  644,  qu’il  rapporte  l’his- 
toire de  Dorothea.  J’ajouterai  qu’immédiate- 
ment  après  cette  ligure,  dans  les  éditions 
de  1573  et  1575,  venait  l’histoire  de  l’épita- 
phe de  Yolande  Bailly,  reportée  depuis  au 
chapitre  44  du  livre  de  la  Génération.  Voy. 
t.  u,  p.  736. 


ET  IpnODIGËS.  lâ( 

droit  gq  milieu  pour  les  hermafro- 
dites  : mesme  que  ce  mensonge  a esté 
authorisé  iusques  là,  que  quelqqes- 
vns  par  après  ont  affermé  vne  cha- 
cune de  ces  sept  cauités  estre  derechef 
diuisée  en  dix  autres  : et  de  là  ils  ont 
tiré  la  multitude  des  enfans  d’vqe 
Yentfée,  de  çe  que  diuerses  portions 
de  la  semence  estoient  escartées  et 
receuès  en  plusieurs  cellules l.  Mais 
telle  chose  n’est  appuyée  d’aucune 
rgison  et  aulhorité,  ains  est  contraire 
au  sens  et  à la  yeué  , bien  que  Hip- 
pocrates semble  auoiy  esté  de  ceste 
opinion  au  liure  De  nulttra  puepi  : 
mais  Aristote,  li,ure  4 , chapitre  4,  De 
gcnçraUone  animal., pense  qu’itse  l'aR 
des  iumeaux,  ou  plusieurs  enfans 
d’une  yentrée,  de  mesme  sorte  qu’vn 
sixième  doigt  en  la  main,  à scauoir, 
pour  la  redondance  de  la  matière, 
laquelle  estant  en  grande  abondance, 
si  elle  viept  à se  diuiser  en  deux, 
il  se  fait  des  iumeaux. 

Il  m’a  semblé  bon  qu’à  epst  en- 
droit ic  descriue  des  hermafrodUes  , 
à cause  qu’ils  viennent  aussi  de  super- 
abondance de  matière. 


CHAPITRE  YL 

DES  HERMAFRODITES  OU  ANDROGXNES  , 
C’EST-A-DIRE,  QUI  EN  VN  MESME  COUPS 
ONT  DEUX  SEXES. 

Les  hermafrodites  ou  androgyn.es 
sont  des  enfans  qui  naissent  auec 
double  membre  génital , l’vn  mascu- 
lin, l’autre  féminin,  et  partant  sont 

1 U a déjà  parlé  de  cette  opinion,  mais 
avec  moins  de  détails  au  commencement  du 
chapitre  ; du  reste , ce  paragraphe  a été 
ajouté  en  1575. 


l6  LE  DIX-NEVFIEME  LIVRE 


appelés  en  notre  langue  françoise, 
hommes  et  femmes 
Or  quant  à la  cause  , c’est  que  la 
femme  fournit  autant  de  semence 
que  l’homme  proportionnément , et 
pour-ce  la  vertu  formatrice,  qui  tous- 
iours  tasche  à faire  son  semblable,  à 
sçauoir  de  la  matière  masculine  vn 
masle,  et  de  la  féminine  vne  femelle, 
fait  qu’en  vn  mesme  corps  est  trouué 
quelquesfois  deux  sexes , nommés 
hermafrodites.  Desquels  il  y a quatre 
différences,  à sçauoir,  hermafrodite 
masle , qui  est  celuy  qui  a le  sexe  de 
l’homme  parfait , et  qui  peut  engen- 
drer , et  a au  perinæum  ( qui  est  le 
lieu  entre  le  scrotum  et  le  siégé 1  2 ) vn 
trou  en  forme  de  vulue , toutesfois 
non  pénétrant  au  dedans  du  corps,  et 
d’iceluy  ne  sort  vrine  ne  semence. 
La  femme  hermafrodite , outre  sa 
vulue  qui  est  bien  composée , par  la- 
quelle iette  la  semence  et  ses  mois, 
a vn  membre  viril , silué  au-dessus 
de  ladite  vulue  , pi  es  le  penil , sans 
prepuce  : mais  vne  peau  delièe , la- 
quelle ne  se  peut  renuerser  ne  retour- 
ner , et  sans  aucune  érection  , et  d’i- 
celuy n’en  sort  vrine  ny  semeuce,  et 
ne  s’y  trouue  vestige  de  scrotum  ne 
testicules.  Les  hermafrodites  qui  ne 
sont  ne  i’vn  ne  l’autre , sont  ceux  qui 
sont  du  tout  forclos  et  exempts  de 
génération , et  leurs  sexes  du  tout  im- 
parfaits, et  sont  situés  à costé  l’vn 
de  l’autre , et  quelquesfois  l'vn  des- 
sus et  l’autre  dessous , et  ne  s’en  peu- 
uent  seruir  que  pour  ietter  l’vrine. 
Hermafrodites  masles  et  femelles,  ce 
sont  ceux  qui  ont  les  deux  sexes  bien 

1 Androgyne  en  grec  signifie  homme  et 
femme,  et  femme  et  homme.  — A.  P. 

2 Cette  définition  est  exacte;  malheureu- 
sement Paré  en  a ajouté  en  marge  une  autre 
qui  l’est  moins  et  que  voici  : Perinæum , 
c’esi -à-dire  l’enlrefesson. 


formés , et  s’en  peuuent  aider  et  ser- 
uir à la  génération  : et  à ceux-cy  les 
lois  anciennes  et  modernes  ont  fait  et 
font  encore  eslire  duquel  sexe  ils 
veulent  vser,  auec  defense,  sur  peine 
de  perdre  la  vie,  de  ne  se  seruir  que 
de  celuy  duquel  ils  auront  fait  élec- 
tion , pour  les  inconueniens  qui  en 
pourroient  aduenir.  Car  aucuns  en 
ont  abusé  de  telle  sorte  , que  par  vn 
vsage  mutuel  et  réciproque , paillar- 
d ient  de  l’vn  et  de  l’autre  sexe  : tan- 
lost  d’homme,  tantost  de  femme  , à 
cause  qu  ils  auoient  nature  d’homme 
et  femme  , proportionnée  à tel  acte  , 
voire  comme  descrit  Aristote,  leur 
tetin  droit  est  ainsi  comme  celuy  d’vn 
homme,  et  le  gauche  comme  celuy 
d’vne  femme  L 

Les  médecins  et  chirurgiens  bien 
experts  et  auisés  peuuent  connoistre 
si  les  hermafrodites  sont  plus  aptes  à 
tenir  et  vser  de  l’vn  que  de  l’autre 
sexe,  ou  des  deux  , ou  du  tout  rien. 
Et  telle  chose  se  connoislra  aux  par- 
ties génitales  , à sçauoir  si  le  sexe  fé- 
minin est  propre  en  scs  dimensions 
pour  receuoir  la  verge  virile,  et  si  par 
iceluy  lluent  les  menstrues  : pareille- 
ment par  le  visage  , et  si  les  cheueux 
sont  déliés  ou  gros  : si  la  parole  est 
virile  ou  gresle , si  les  tetins  sont  sem- 
blables à ceux  des  hommes  ou  des 
femmes  : semblablement  si  toutel’ha- 
bitude  du  corps  est  robuste  ou  effé- 
minée , s’ils  sont  hardis  ou  craintifs, 
et  autres  actions  semblables  aux 
masles  ou  aux  femelles.  Et  quant 
aux  parties  génitales  qui  appartien- 
nent à l’homme  , faut  examiner  et 

1 Arist.  en  ses  Probl. , sect.  des  Hermafro- 
dites, pro.  3 et  4.  — Paul,  liure  6,  chap  G9. 
— Plin.  liu.  7,  chap.  2.  — A.  P. — 1579. 

J’ai  fait  voir  ci-devant,  page  11,  com- 
ment a pu  venir  cette  idée  absurde  d’herma- 
phrodites ayant  la  vulve  à côté  de  la  verge. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


voir  s’il  y a grande  quantité  de  poil 
au  penil  et  autour  du  siégé  : car  com- 
munément et  quasi  tousiours  , les 
femmes  n’en  ont  point  au  siégé  : Sem- 
blablement faut  bien  examiner  si  la 
verge  virile  est  bien  proportionnée 
en  grosseur  et  longueur,  et  si  elle  se 
dresse . et  d’icelle  sort  semence  : qui 
se  fera  par  la  confession  de  l’herma- 
frodite  , lorsqu’il  aura  eu  la  compa- 
gnie de  femme  : et  par  cest  examen 
on  pourra  véritablement  discerner 
et  connoistne  l’hermafrodite  masle 
ou  femelle  , ou  qu’ils  seront  l’vn  et 
l'autre , ou  qu’ils  ne  seront  ny  l’vn  ny 
l’autre.  Et  si  le  sexe  de  l’hermafrodite 
tient  plus  de  l’homme  que  de  la 
femme  , doit  estre  appelé  homme 
et  ainsi  sera-il  de  la  femme.  Et  si 
l’hermafrodite  tient  autant  de  Pvn 
que  de  l’autre,  il  sera  appelé  herma- 
frodite  homme  et  femme  >. 

L’an  mil  quatre  cens  quatre  vingts 
et  six,  on  veit  naistre  au  Palatinat, 
assez  près  de  Heidelberg,  en  vn  bourg 
nommé  Rorbarchie,  deux  enfans  gé- 
meaux s’entretenans , et  ioints  en- 
semble dos  à dos , qui  estoient  her- 
mafrodiles,  comme  on  les  peut  voir 
parce  portrait  2. 

1 Toutes  les  éditions  ajoutent  : comme  lu 
peux  voir  par  ce  porlrail  ; et  en  effet , on  voit 
une  figure  humaine  portant  une  vulve  du 
côté  droit,  une  verge  et  des  testicules  au 
côté  gauche  , avec  ce  titre  : Pouriraict  d’vn 
hermafrodile  homme  et  femme.  C’est  là  une 
de  ces  figures  qui  déshonoraient  ce  livre, 
et  j’ai  d’autant  moins  hésité  à la  supprimer, 
qu’on  n’en  retrouve  que  trop  fidèlement  le 
trait  principal  dans  la  figure  de  la  page  11 
empruntée  à Cælius  Rhodiginus,  et  dans 
celle  qui  va  suivre. 

2 II  s’agit  ici  tout  simplement  de  deux  fœ- 
tus femelles  joints  ensemble  , jugés  herma- 
phrodites à raison  de  la  longueur  du  clito- 
ris , et  défigurés  par  l’ignorance  des  compi- 

111. 


Figure  de  deux  enfans  gemeaux  hermafrodi- 
les,  esians  ioints  dos  à dos  L’vn  auec  L’autre. 


Le  iour  que  les  Vénitiens  et  Gene- 
uois  furent  réconciliés,  nasquit  en  Ita- 
lie ( comme  raconte  Boistuau  ) un 
monstre  qui  auoit  quatre  bras  et  qua- 
tre iambes  , et  n’auoit  qu’vne  teste, 
auec  la  proportion  gardée  en  tout  le 
reste  du  corps , et  fut  baptisé , et  ves- 
quit  quelque  temps  apres. 

Jacques  Rueff,  chirurgien  de  Surich , 
escrit  en  avoir  veu  vn  semblable , le- 
quel auoit  deux  natures  de  femme , 
comme  tu  peux  voir  par  ce  portrait. 

lateurs.  Voyez  la  note  2 de  la  page  1 1 .—Celte 
histoire  et  cette  figure  sont  prises  de  Lyco- 
sthènes,  ouvrage  cité,  page  490.  Lycoslhéncs 
dit,  in  Rorbachio , qu’on  pourrait  traduiic 
tout  au  plus  par  Rorbacli  ; mais  toutes  les 
éditions  de  Paré  portent  Rorbarchie. 

2 


i8 


LE  DIX-XEVFIEME  LIVRE, 


Figure  d’vn  monstre  ayant  quatre  bras  et  qua- 
tre pieds,  et  deux  natures  de  femme  ’. 


1 Ce  monstre  est  en  effet  fidèlement  copié 
d’après  la  figure  de  Rueff,  édit,  citée,  fol.  — 
Quant  aux  deux  vulves,  stupidement  placées 
dans  cette  figure  à côté  l’une  de  l’autre,  il 
est  probable  qu’elles  appartenaient,  l’une  au 
bassin  antérieur,  l’autre  au  bassin  posté- 
rieur. 

Le  chapitre  ne  se  terminait  point  là  dans 
les  premières  éditions. 

D’abord  l’édition  de  1 573  offrait  ici  le  pa- 
ragraphe relatif  au  monstre  imaginaire  qui 
a été  ajouté  depuis  au  chapitre  3 (voy.  ci- 
devant  la  dernière  note  de  la  page  4);  ce 
changement  de  place  a eu  lieu  en  1575. 

Après  quoi  la  môme  édition  de  1573  con- 
tenait un  assezlong  passagesur  les  nymphes, 
augmenté  encore  en  1575  , réduit  en  1579  , | 
et  enfin  tout-à-fait  supprimé  en  1585  , ou, 


CHAPITRE  VII. 

HISTOIRES  MEMORABLES  DE  CERTAINES 

FEMMES  QVI  SONT  DEGENEREES  EN 

HOMMES. 

Amalus  Lusilanus  redle  qu’il  y 
eut  en  vu  bourg  nommé  Esgueira, 
vne  fille  appelée  Marie  Pacbeca , la- 

pour  parler  plus  exactement , reporté  alors 
à la  fin  du  chapitre  34  du  Ier  livre  de  X Ana- 
tomie. On  peut  lire  tout  ce  passage  aux  pages 
1G8  et  169  du  tome  Ier  de  notre  édition;  il 
commence  par  ces  mots  : D’ abondant  au  com- 
mencement du  col  de  la  matrice,  etc.,  au  haut 
de  la  2e  colonne  de  la  page  168  ; et  toute 
cette  colonne  jusqu’aux  mots  goutte  à goutte 
représente  exactement  le  passage  de  l’édi- 
tion de  1573;  le  reste  du  paragraphe , jus- 
qu’aux mots  : aux  operations  de  chirurgie,  re- 
présente la  fin  du  passage  dans  l’édition  de 
1579;  et  c’est  en  ce  sens  qu’il  convient  de 
rectifier  la  première  note  de  la  page  169. 

Mais  pour  revenir  au  texte  bien  plus 
éteHdu  de  l’édition  de  1575,  Paré  y citait 
tout  au  long  le  texte  de  Léon  l’Africain , 
qu’il  a jugé  à propos  de  supprimer  depuis. 

« Entre  les  deuineurs  qui  sont  à Fez,  ville 
principale  de  Mauritanie  en  Afrique,  il  y a 
certaines  femmes  (dit-il  liure3.)  qui  faisans 
entendre  au  peuple  qu’elles  ont  familiarité 
aux  démons,  se  parfument  auec  quelques 
odeurs,  feignants  l’esprit  leur  entrer  au 
corps,  et  par  le  changement  de  leur  voix 
donnent  à entendre  que  ce  soit  l’esprit  qui 
parle  par  leur  gorge  : lors  on  leur  laisse  en 
grande  reuercuce  vn  don  pour  le  démon. 
Les  doctes  africains  appellent  telles  femmes 
Saltacat,  qui  vaut  en  latin  Fricatrices,  par- 
ce qu’elles  se  frottent  l’vne  l’autre  par  plai- 
sir, et  véritablement  elles  sont  atteintes  de 
ce  meschant  vice  d’vser  charnellement  les 
vnes  auec  les  autres.  Parquoy  si  quelque 
femme  belle  les  va  interroguer,  pour  paye- 
ment au  nom  de  l’esprit , luy  demandent  les 
copulations  charnelles.  Or  il  s’en  trouue 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


quelle  estant  sus  le  temps  que  les  til- 
les commencent  à auoir  leurs  fleurs , 
au  lieu  desdites  fleurs  luy  sortit  un 
membre  viril,  lequel  estoit  caché  de- 
dans auparauant , et  ainsi  de  femelle 
deuint  masle  : parquoy  elle  fut  vestue 
de  robbe  d’homme,  et  son  nom  de 
Marie  fut  changé  en  Manuel.  Iceluy 
trafiqua  long  temps  és  Indes  , où 
ayant  acquis  grand  bruit  et  grandes 
richesses,  à son  retour  se  maria  : tou- 
tesfois  cest  autheur  ne  sçait  s’il  eut 
enfans  : vray  est  (dit-il)  qu'il  de- 
meura tousiours  sans  barbe  *. 

quelques  vnes  qui , ayants  pris  gousl  à ce 
ieu,  allechees  par  le  doux  plaisir  qu’elles  en 
reçoyuent,  feignent  estre  malades,  et  en- 
uoyent  quérir  ces  diuineresses , et  le  plus 
soutient  font  faire  le  message  par  leur  mary 
mesme  : mais  pour  mieux  couurir  leur  mes- 
chanceté , font  accroire  au  mary  qu’vn  es- 
prit est  entré  dedans  le  corps  de  leur  femme  : 
la  santé  de  laquelle  ayant  en  recommanda- 
tion, il  faut  qu’il  luy  donne  congé  de  se 
pouuoir  mettre  au  rang  des  diuineresses  : 
parquoy  le  bon  Iean  y consentant , préparé 
vn  somptueux  festin  à toute  ceste  venerable 
bande,  à la  fin  duquel  on  se  met  au  bal, 
puis  la  femme  a congé  de  s’en  aller  où  bon 
luy  semble.  Mais  il  s’en  trouue  quelques  vns, 
lesquels  finement  s’apperceuants  de  ceste 
ruse,  font  sortir  l’esprit  du  corps  de  leurs 
femmes  à beaux  coups  de  bastonnades.  D’au- 
tres aussi  donnants  à entendre  aux  diuine- 
resses qu’ils  sont  détenus  par  les  esprits,  les 
deçoyuent  par  mesme  moyen  qu’elles  ont 
fait  leurs  femmes  : Voyla  ce  qu’en  escrit 
Leon  l’Africain.  Asseurant  en  autre  lieu  qu’il 
y a gens  en  Afrique  qui  vont  par  la  ville  à 
la  mode  de  nos  Chastreux , et  font  meslier 
de  couper  telles  caruncules , comme  auons 
monstre  cy  deuant  aux  operations  de  Chi- 
rurgie. » 

On  voit  aussi  par  ce  texte  que  la  citation 
de  VArresl  de  Iean  Papou  est  une  addition 
de  1579. 

1 C’est  la  trente-neuvième  histoire  de  la 
centurie  deuxième  d’Amatus  Lusitanus.  J’ai 


»9 

Antoine  Loqueneux  , reccueur  des 
tailles  pour  le  roy  à sainct  Quentin , 
11’agueres  m’a  affirmé  1 auoir  veu  vn 
homme  au  logis  du  Cygne  à Rheims, 
l’an  soixante  , lequel  semblablement 
on  auoit  estimé  estre  fille  iusques  en 
l’aage  de  quatorze  ans  : mais  se  ioüarit 
et  folastrant,  estant  couché  auec  vne 
chambrière , ses  parties  génitales 
d’homme  se  vindrent  à deuelopper  : 
le  pere  et  la  mere  le  connoissant  estre 
tel , luy  firent  paf  authorité  de  l’E- 
glise changer  le  nom  de  Ieanne  à 
Iean , et  luy  furent  baillés  habille^ 
mens  d’homme. 

Aussi  estant  à la  suite  du  roy  2,  à 
Vitry  le  François  en  Champagne,  i’y 
vis  vn  certain  personnage  3 nommé 
Germain  Garnier  : aucuns  le  nom- 
moient  Germain  Marie  , par-ce  qu’es- 
tant fille  estoit  appellé  Marie  : jeune 
homme  de  taille  moyenne,  trappe, 
et  bien  amassé  , portant  barbe  rousse 
assez  espaisse , lequel  iusqu’au  quin- 
ziéme an  de  son  aage  auoit  esté  tenu 
pour  fille,  attendu  qu’en  luy  ne  se 
monstroit  aucune  marque  de  virilité , 
et  mesme  qu’il  se  tenoit  auec  les  filles 
en  habit  de  femme.  Or  ayant  atteint 
l’aage  susdit,  comme  il  estoit  aux 
champs,  et  poursuiuoit  assez  viue- 

rectifié  d’après  l’auteur  le  nom  du  bourg 
Esgueira , dont  les  imprimeurs  de  Paré 
avaient  fait  Esgucina-,  le  nom  de  Pacheca, 
qu’ils  avaient  changé  en  Pateca  ; et  enfin  le 
nom  de  Manuel,  devenu  sous  leurs  mains 
Emànuel. 

1 N’ ag ueres  : Paré  écrivait  ceci  en  1573. 

2 L’édition  de  1573  porte  : Aussi  estant  der- 
nièrement à la  suite  du  Roy,  avec  cette  note 
marginale  : le  Roy  à présent  régnant.  Dès 
1575,  Paré  avait  mis  en  marge:  Le  Roy 
Charles  régnant  ; et  le  mot  dernièrement  a été 
retranché  en  1579. 

2 Editions  de  1575  et  1575  : vn  certain 
paslre. 


20 


LE  DIX-NEVFIÉME  LIVRE, 


ment  ses  pourceaux  qui  alloient  de- 
dans vn  blé,  trouuant  vn  fossé  le 
voulut  affranchir:  et  l’ayant  sauté, 
à l’instant  se  viennent  à luy  deuelop- 
per  les  genitoires  et  la  verge  virile , 
s’estans  rompus  les  ligamens  par  les- 
quels au-parauant  esloient  tenus  clos 
et  enserrés  (ce  qui  ne  luy  aduint  sans 
douleur)  et  s’eu  retourna  larmoyant 
en  la  maison  de  sa  mere,  disant  que 
ses  trippes  luy  estoient  sorties  hors 
du  ventre  : laquelle  fut  fort  estonnée 
de  ce  spectacle.  Et  ayant  assemblé  des 
Médecins  et  Chirurgiens,  pour  là  des- 
sus auoir  aduis,  on  trouua  qu’elle 
estoit  homme , et  non  plus  fdle  : et 
tantost  apres  auoir  rapporté  à l’Eues- 
que  , qui  estoit  le  défunt  Cardinal  de 
Lenoncourt , par  son  autorité  et  as- 
semblée du  peuple,  il  receut  le  nom 
d’homme  : et  au  lieu  de  Marie  ( car  il 
estoit  ainsi  nommé  au-parauant)  il  fut 
appellé  Germain , et  luy  fut  baillé  ha- 
bit d’homme  : et  croy  que  luy  et  sa 
mere  sont  encore  viuans. 

Pline,  liu.  7 ch.  4.,  dit  semblable- 
ment qu’vne  fille  deuint  garçon,  et 
fut  confiné  pour  ceste  cause  en  vne 
isle  deserte  et  inhabitée , par  arrest  des 
Aruspices  l.  Il  me  sembl  que  ces 
deuineurs  n’auoient  occasion  de  ce 
faire  , pour  les  raisons  cy  dessus  allé- 
guées : toutesfois  ils  estimoient  que 
telle  monstrueuse  chose  leur  estoit 
mauuais  augure  et  présagé,  qui  estoit 
la  cause  de  les  chasser  et  exiler  2. 

La  raison  pourquoy  les  femmes  se 
peuuent  degenerer  en  hommes , c’est 
que  les  femmes  ont  autant  de  caché 
dedans  le  corps,  que  les  hommes  des- 
couurent  dehors  : reste  seulement 
qu’elles  n’ont  pas  tant  de  chaleur,  ny 
suffisance  pour  pousser  dehors  ce 

1 Aruspices  ou  deuineurs.  — A.  P. 

s Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1573  ; le 
reste  est  de  1575. 


que  par  la  froidure  de  leur  tempéra- 
ture est  tenu  comme  lié  au  dedans. 
Parquoy  si  auec  le  temps,  l’humidité 
de  l’enfance  qui  empeschoit  la  cha- 
leur de  faire  son  plein  deuoir  estant 
pour  la  plus  part  exhalée , la  chaleur 
est  rendue  plus  robuste,  acre  et  ac- 
tiue , ce  n’est  chose  incredible  qu'i- 
celle, principalement  aidée  de  quel- 
que mouvement  violent , ne  puisse 
pousser  dehors  ce  qui  estoit  caché  de- 
dans. Or  comme  telle  métamorphosé 
a lieu  en  nature  par  les  raisons  et 
exemples  alléguées  : aussi  nous  ne 
trouuons  iamais  en  histoire  véritable 
que  d’homme  aucun  soitdeuenu  fem- 
me, pour-ce  que  Nature  tend  tous- 
iours  à ce  qui  est  le  plus  parfait , et 
non  au  contraire  faire  que  ce  qui  est 
parfait  deuienne  imparfait. 


CHAPITRE  VIII. 

EXEMPLE  DV  DEFAVT  DE  LA  QVANTITÉ 
DE  LA  SEMENCE. 

Si  la  quantité  de  la  semence  (comme 
nous  auons  par  cy  deuant  dit)  man- 
que, pareillement  quelque  membre 
defaudra  aussi , plus  ou  moins.  De  là 
aduiendra  que  l’enfant  aura  deux  tes- 
tes et  vn  bras,  l’autre  n’aura  point  de 
bras  : vn  autre  n’aura  ny  bras  ny 
iambes,  ou  autres  parties  defaillan- 
tes, comme  nous  auons  dit  cy  des- 
sus : l’autre  aura  deux  testes  et  vn 
seul  bras , et  le  reste  du  corps  bien 
accompli , comme  tu  Vois  par  cette 
figure  ‘. 

1 Je  suis  ici  le  texte  de  1573.  Toutes  les 
éditions  complètes,  à partir  de  celle  de  1575, 
ont  omis  ces  mots  : comme  lu  vois  par  ceste 
figure,  et  rejeté  la  ligure  après  les  deux  sui- 
vantes : changement  qui  n’était  d’accord  ni 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


21 


Figure  d'vn  monstre  ayant  deux  testes , deux 
iambes,  et  vil  seul  bras  *. 


L’an  1573,  ie  veis  à Paris,  à la  porte 
de  sainct  André  des  Arts , vn  enfant 
aagé  de  neuf  ans,  natif  de  Parpeuille, 
village  trois  lieuës  près  de  Guise  : son 
pere  se  nommait  Pierre  Renard,  et  sa 
mere  qui  le  portoit , Marquette.  Ce 
monstre  n’auoit  que  deux  doigts  à la 
main  dextre , et  le  bras  estoit  assez 
bien  formé  depuis  l’espaule  jusqu'au 
coude , mais  depuis  le  coude  ius- 

avec  le  texte,  ni  avec  la  logique.  Seulement 
j’ai  gardé  à la  figure  son  titre  de  1575,  le  pri- 
mitif ayant  été  alors  transporté  à la  figure 
suivante. 

1 On  trouve  une  figure  presque  semblable 
dans  Rueff,  ouvr.  cité  fol.  49,  verso,  et  dans 
Lycosthènes , qui  parait  l’avoir  copiée  de 
Rueff. 


qu’aux  deux  doigts  estoit  fort  dit 
forme.  Il  estoit  sans  iambes  : toutes- 
! fois  luy  sortoil  hors  de  la  fesse  dextre 
vue  figure  incomplète  d’vn  pied , ap- 
parence de  quatre  orteils  : de  l’autre 
fesse  senestre  en  sortoit  du  milieu 
deux  doigts,  l’vn  desquels  ressem- 
bloit  presque  à la  verge  virile.  Le- 
quel t’est  demonstré  au  vray  par 
ceste  présente  figure  L 

Figure  d’vn  enfant  monstrueux , du  defaut 
de  la  semence  en  deuë  quantité. 


L’an  1562,  premier  iour  deNouem- 
bre  , nasquit  à Ville-franche  de  Bey- 
ran  en  Gascongne,  ce  présent  monstre 
sans  teste,  lequel  m’a  esté  donné  par 
monsieur  Hautin  , docteur  regent  en 
la  faculté  de  medecine  à Paris,  duquel 
monstre  as  icy  la  figure  tant  ante- 
rieure que  postérieure,  et  m’a  affirmé 
l’auoir  veu. 

1 Ce  paragraphe  et  la  figure  qui  le  suit  ont 
été  ajoutés  en  1575.  L’auteur  transporta 
alors  à cette  figure  le  titre  qu’il  avait  d’a- 
bord attribué  à la  précédente  ; voyez  la  der- 
nière note  de  la  page  20. 


22 


LE  DIX-NEVF1ÉME  LIVRE 


Figure  d’vn  monstre  femelle  sans  teste  i. 


On  a veu  depuis  quelque  temps 

I Celle  figure,  avec  le  texte  qui  s’y  rap- 
porte, a élé  ajoutée  en  1575,  et  l’auteur 
avait  mis  en  marge  celte  naïve  exclamation  : 
Chose  fort  monstrueuse , voir  v ne  femme  sans 
leste  ! 

II  est  à remarquer  que  le  texte  français 
semble  dire  d’abord  que  le  monstre  lui- 
même  a été  donné  à Paré  par  Hautin , et 
qu’ensuite  il  est  manifeste  que  c’était  seu- 
lement la  figure.  De  plus,  Paré  dit  nettement 
que  Hautin  avait  vu  le  monstre,  et  cela 
n’était  pas , ainsi  que  nous  allons  le  voir. 

On  lit  en  effet  dans  la  traduction  latine  : 

Anna  Domini  1562  calendis  novembres, 
Villue-Francæ.  in  Vasconiâ , nutum  est  quoi 
appictum  hic  vides  monstrum , fœmina  acc- 
plialon,  cujus  imarjinem  a Fontano  Aghnessi 

MEDlcb  QUI  SE  ID  VIDISSE  SANCTE  AFFIRMABAT 

acceptant,  mihi  liane  de  monslris  commentatio- 
nem  paranli  obtulit  Joannes  Allinus  doctor 
médiats. 

Or , ce  texte  fait  naître  plus  d’une  ré- 
flexion. Qu’élail-ce  donc  que  ce  traducteur, 


en  çà  à Paris  vn  homme  sans  bras, 
aagé  de  quarante  ans  ou  enuiron , 
fort  et  robuste,  lequel  faisoit  presque 
toutes  les  actions  qu’vn  autre  pou- 
uoit  faire  de  ses  mains  : à sçauoir, 
auec  son  moignon  d’espaule  et  la 
teste,  ruoit  vne  coignée  contre  vue 
picce  de  bois  aussi  ferme  qu’vn  au- 
tre homme  eust  sceu  faire  auec  ses 
bras.  Pareillement  faisoit  cliqueter 
vn  foüet  de  Chartier,  et  faisoit  plu- 
sieurs autres  actions  : et  auec  ses  pieds 
mangeoit,  beuuoit,  et  ioiioit  aux  car- 
tes et  aux  dez,  ce  qui  t’est  demonstré 
par  ce  portrait.  A la  fin  fut  larron  , 
voleur  et  meurtrier,  et  exécuté  en 
Gueldre  , à sçauoir  pendu  , puis  mis 
sus  la  roué. 

si  bien  instruit  de  l’affaire,  qu’il  rectifie  com- 
plètementson  auteur,  apporte  une  autre  au- 
torité, et  rejette  soigneusement  loin  de  Hau- 
tin l’idée  que  celui-ci  ait  vu  le  prétendu 
monstre?  Il  est  presque  impossible  que  ce 
soit  un  autre  que  Hautin  lui-même  ; et  c’est 
là  une  preuve  à peu  près  décisive  de  l’opi- 
nion que  nous  avions  avancée  comme  pro- 
bable touchant  le  traducteur  latin  de  Paré. 
Voyez  mon  Introduction , pages  cccxxvij  et 
cccxxxij. 

On  voit  aussi  que  cette  figure,  venue  à 
Paré  de  troisième  main,  et  certifiée  seule- 
ment par  un  médecin  de  province,  ne  mé- 
rite pas  confiance  pour  tous  scs  détails.  Il 
faut  dire  que  Paré  avait  donné  deux  figures 
de  ce  monstre;  l’une,  que  j’ai  retranchée  , 
le  représentait  par  derrière  avec  une  espèce 
de  trompe  au  milieu  du  dos,  et  sur  les  omo- 
plates deux  spirales  situées  à l’égard  de  la 
trompe  comme  les  yeux  le  sont  au-dessus 
du  nez.  Enfin  , les  deux  saillies  que  l’on 
aperçoit  sur  les  épaules,  comparées  dans 
l’une  et  l’autre  figure  , avaient  quelque  res- 
semblance éloignée  avec  les  oreilles.  Assu- 
rément le  médecin* d’Agen  a pu  observer  un 
acéphale , et  cette  monstruosité  n’est  pas 
bien  rare;  mais  le  dessin  qu’il  en  a tracé 
fait  plus  d’honneur  à son  imagination  qu’a 
son  esprit  observateur. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


Figure  d'vn  homme  sans  bras  1. 


Semblablement  , de  recente  mé- 
moire , on  a veu  à Paris  vne  femme 
sans  bras,  qui  tailloit  et  cousoit,  et 
faisoit  plusieurs  autres  actions. 

1 Rueff  donne  exactement  la  figure  de 
l’homme  ; mais  sans  les  instruments  dont  il 
se  servait,  ouvr.  cité,  fol.  43;  et  il  dit  l’a- 
voir vu  se  servir  des  pieds  comme  il  aurait 
pu  faire  des  mains.  Lycosthènes  a copié  la 
figure,  en  y ajoutant  le  fouet , la  hache , les 
dés,  etc.  (ouvr.  cité,  p.  536);  en  consé- 
quence l’histoire  est  un  peu  amplifiée  ; il 
la  rapporte  à l’an  1528.  On  peut  conjecturer 
que  Paré  en  copiant  la  figure  a cependant 
voulu  parler  d’un  autre  individu  ; il  disait 

dans  son  édition  de  1573  : on  a veu  n’agueres 
à Paris,  etc.;  il  a remis , depuis  quelque  temps 
eu  ça,  dès  l’édition  de  1579. 


23 

Hippocrates  au  luire  2 des  “Epidé- 
mies escrit , que  la  femme  d’Anli- 
genes  accoucha  d’vn  enfant  tout  de 
chair,  n’ayant  aucuns  os , neantmoins 
auoit  toutes  les  parties  bien  formées. 


CHAPITRE  IX. 

EXEMPLE  DES  MONSTRES  QUI  SE  FOI«T 
PAr.  IMAGINATION- 

Les  anciens  qui  ont  recherché  les 
secrets  de  Nature  *,  ont  enseigné  d’au- 
tres causes  des  enfans  monstrueux  i, 
et  les  ont  référés  à vne  ardente  et 
obstinée  imagination  que  peut  auoir 
la  femme  ce  pendant  qu’elle  conçoit, 
par  quelque  obiet,  ou  songe  fantasti- 
que , de  quelques  visions  nocturnes, 
que  l’homme  ou  la  femme  ont  sus 
l’heure  de  la  conception.  Cecy  mesme 
est  vérifié  par  l’authorité  de  Moyse  , 
où  il  monstre  comme  Iacob  deceu  t son 
beau-pere  Laban,  et  s’enrichit  de  son 
bestial , ayant  fait  peler  des  verges  , 
les  mettant  à l’abreuuoir,  à fin  que 
les  chéures  et  brebis  regardans  ces 
verges  de  couleurs  diuerses,  formas- 
sent leurs  petits  marquetés  de  diuer- 
ses taches 1  2 : par-ce  que  l’imagination 
a tant  de  puissance  sus  la  semence  et 
geniture , que  le  rayon  et  charac- 
tere  en  demeure  sus  la  chose  enfan- 
tée. 

Qu’il  soit  vray , Heliodore  esérit 
que  Persina,  roÿne  d’Ethiopie,  coù- 
ceut  du  roy  Hydustes , tous  deüx 
Éthiopiens , vne  fille  qui  estoit  blan- 
che , et  ce  par  l’imagination  qu’elle 
attira  de  la  semblance  de  la  belle 
Andromeda  , dont  elle  auoit  la  pein- 

1 Aristote,  Hippocrates  et  Empedocle.  — 

A.  P. 

2 Moyse,  30  chap.  — A.  P. 


$4  LE  DIX-NEVFIEME  LIVRE, 


turc  deuant  ses  yeux  pendant  les 
embrassemens  desquels  elle  deuint 
grosse  *. 

Damascene , auteur  graue  , at- 
teste auoir  veu  vne  fille  velue  comme 
vn  ours  , laquelle  la  mere  auoit  en- 
fantée ainsi  difforme  et  hideuse,  pour 
auoir  trop  entenliuement  regardé  la 
figure  d’vn  sainct  Iean  vestu  de  peau 
auec  son  poil , laquelle  esloit  atta- 
chée au  pied  de  son  lit , pendant 
qu’elle  conceuoit- 

Par  semblable  raison  Hippocrates 
sauua  vne  princesse  accusée  d’adul- 
tere  , par-ce  qu’elle  auoit  enfanté  vn 
enfant  noir  comme  vn  more  , son 
mary  et  elle  ayans  la  chair  blanche  : 
laquelle  à la  suasion  d’Hippocrates 
fut  absoute,  pour  le  portrait  d’vn 
more  semblable  à l’enfant , lequel 
coustumierement  estoit  attaché  à son 
lit  2. 

D’auantage,  on  voit  que  les  connins 
et  paons  qui  sont  enfermés  en  des 
lieux  blancs,  par  vertu  imaginatiue 
engendrent  leurs  petits  blancs 3. 

Et  partant  faut  que  les  femmes , à 
l’heure  de  la  conception  , et  lorsque 
l’enfant  n’est  encore  formé  ( qui  est 
de  trente  ou  trente-cinq  iours  aux 
masles,  et  de  quarante  ou  quarante- 
deux,  comme  dit  Hippocrates  , liure 
De  naturapueri,  aux  femelles)  n’ayent 

1 Heliodore,  liu.  10  de  son  Histoire  Æthio- 
pique.  — A.  P.  — 1572. 

2 Ces  deux  histoires  ont  été  empruntées  à 
Boaistuau  , ouvrage  cité,  fol.  14,  ainsi  que 
deux  figures  qui  suivaient  sous  ce  titre  : 
Figure  à.’ vne  fille  velue  el  d’vn  enfant  noir 

faits  par  la  vertu  imaginatiue. 

J’ai  retranché  sans  scrupule  ces  figures, 
fort  inutiles  et  d’ailleurs  tout-à-fait  fantasti- 
ques. J’ignore  du  reste  où  Boaistuau  a été 
chercher  cette  histoire  d’Hippocrate,  qui 
est  absolument  apocryphe. 

3 Cette  phrase  manque  jusqu’à  l’édition 
de  1585. 


à regarder  ny  imaginer  choses 
monstrueuses  : mais  la  formation  de 
l’enfant  estant  faite  , iaçoit  que  la 
femme  regarde  ou  imagine  attentiue- 
mentchoses  monstrueuses,  toutesfois 
alors  l’imagination  n’aura  aucun  lieu, 
pour-ce qu’il  ne  se  fait  point  de  trans- 
formation depuis  que  l’enfant  est  du 
tout  formé. 

En  Saxe , en  vn  village  nommé 
Stecquer , fut  né  vn  monstre  ayant 
quatre  pieds  de  bœuf,  les  yeux  , la 
bouche,  et  le  nez  semblables  à vn 
veau  , ayant  dessus  la  teste  vne  chair 
rouge , en  façon  ronde  : vne  autre 
par  derrière,  semblable  à vn  capu- 
chon de  moyne,  ayant  les  cuisses  dé- 
chiquetées1. 

L’an  mil  cinq  cent  dix-sept,  en  la 
paroisse  de  Bois  le  Roy,  dans  la  forest 
de  Biere  , sur  le  chemin  de  Fontaine- 
bleau, nasquit  vn  enfant  ayant  la  face 
d’vne  grenoüille*,  qui  a esté  veu  et  vi- 
sité par  maistre  Iean  Bellanger,  chi- 
rurgien en  la  suite  de  l’Artillerie  du 
roy , es  présences  de  messieurs  de  la 
justice  de  Harmois  : à sçauoir  hono- 
rable homme  Iacques  Bribon,  procu- 
reur du  roy  dudit  lieu  , el  Estienne 
Lardot , bourgeois  dé  Melun , et  Iean 
de  Vircy,  notaire  royal  à Melun  , et 
autres  : le  pere  s’appelle  Esme  Petit , 

1 Toutes  les  éditions  ajoutaient  : comme 
tu  vois  par  ceste  figure;  et  faisaient  suivre  en 
effet  le  texte  d’une  figure  intitulée  : 

Figure  d’vn  monstre  fort  hideux  ayant  les 

mains  et  pieds  de  bœuf,  et  autres  choses 

fort  monstrueuses. 

Cette  figure  monstrueuse  , qui  a pu  avoir 
cependant  un  original  réel , mais  défiguré 
par  le  dessinateur,  dans  quelque  anencé- 
phale,  a été  donnée  d’abord  par  BuefT,  ouvr. 
cité,  fol.  46,  verso  , et  copiée  par  Lycosthè- 
nes,  ouvr.  cité,  p.  530. 

Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1573;  l’his- 
toire qui  suit  a été  ajoutée  en  1579. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


et  la  mere  Magdaleine  Sarboucat. 
Ledit  Bellanger,  homme  de  bon  es- 
prit , désirant  sçauoir  la  cause  de  ce 
monstre,  s’enquit  au  pere  d’où  cela 
pouuoit  procéder:  luy  dist  qu’il  esti 
moit  que  sa  femme  ayant  la  fleure, 
vue  de  ses  voisines  luy  conseilla  pour 
guarir  sa  fleure  , qu’elle  print  vne 
grenouille  viue  en  sa  main,  et  qu’elle 
la  tint  iusques  à ce  que  ladite  gre- 
nouille l'ust  morte  : la  nuit  elle  s’en 
alla  coucher  auee  son  mary,  ayant 
tousioursladilegrenoüilleensamain  : 
son  mary  et  elle  s’embrasseront,  et 
conceut,  et  par  la  vertu  imaginatiue 
ce  monstre  auoit  esté  ainsi  produit1. 


CHAPITRE  X. 

EXEMPLE  DE  L’ANGUSTIE  OU  PETITESSE 
DE  LA  MATRICE.  - 

Il  se  fait  aussi  des  monstres  pour 
la  detresse  du  corps  de  la  matrice  : 
comme  l’on  voit  que  lors  qu’vne 
poire  attachée  à l’arbre , posée  en  vn 
vaisseau  estroit  deuant  qu’elle  soit 
accreuë , ne  peut  prendre  croissance 
complette  : ce  qui  est  conneu  aussi 
aux  dames  qui  nourrissent  des  ieunes 
chiens  en  petits  paniers,  ou  autres 
vaisseaux  estroiis,  pour  garder  de 
croistre.  Pareillement  la  plante  nais- 

1 Toutes  les  éditions  ajoutent  ici  : comme 
lu  vois  par  ceste  figure ; et  donnaient  en  effet 
une  Figure  prodigieuse  d’vu  enfant  agoni  la 
face  d’vne  grenouille. 

On  peut  aisément  se  la  représenter  d’après 
la  description  ; et  elle  était  trop  absurde  pour 
être  reproduite.  Il  s’agissait  probablement 
encore  de  quelque  ancncépbale;  du  reste 
Paré  avait  copié  celle  figure  d’après  un  pla- 
card que  l’on  criait  par  les  rues  de  Paris, 
auec  priuitege , comme  il  nous  l’apprend  lui- 
même  au  chapitre  21. 


a5 

sant  de  terre , trouuant  vne  pierre  ou 
autre  chose  solide  à l’endroit  où  elle 
vient , fait  que  la  plante  sera  tortue  , 
et  engrossie  en  vne  partie,  et  gresle 
en  l’autre  : semblablement  les  enfans 
sortent  du  ventre  de  leurs  meres 
monstrueux  et  difformes.  Car  il  dit  1 
qu’il  est  necessaire  qu'vn  corps  qui  se 
meut  en  lieu  estroit,  deuienne  mutile 
et  manque. 

Empedocle  et  Diphile  ont  attribué 
semblablement  cela  à la  superabon- 
dance, ou  defaut  et  corruption  de  la 
semence , ou  à l’indisposition  de  la 
matrice  : ce  qui  peut  estre  véritable , 
par  la  similitude  des  choses  fusibles , 
esquelles  si  la  matière  qu’on  veut 
fondre  n’est  bien  cuitte,  purifiée  et 
préparée  , ou  que  le  moule  soit  rabo- 
teux, ou  autrement  mal-ordonné,  la 
médaillé  ou  effigie  qui  en  sort  est 
défectueuse  , hideuse  et  difforme. 


CHAPITRE  XI. 

EXEMPLE  DES  MONSTRES  QVI  SE  FONT,  LA 
MERE  S’ESTANT  TENVE  TROP  LONGVE- 
MENT  ASSISE,  AYANT  EV  LES  CVISSIS 
CROISÉES,  OV  POVR  S’ESTRE  BANDÉ 
ET  SERRÉ  TROP  LE  VENTRE  DVRANT 
OV’ELLE  ESTOIT  GROSSE. 

Or  quelquesfois  aussi  il  aduient,par 
accident , que  la  matrice  est  assez 
ample  naturellement , loutesfois  la 
femme  estant  grosse  , pour  s’estre  te- 
nue quasi  tousiours  assise  pendant  sa 
grossesse  , et  les  cuisses  croisées , 
comme  volontiers  font  les  cousturie- 
res  ou  celles  qui  besognent  en  tapis- 
series sus  leurs  genoüils , ou  s’estre 

1 Ce  mot  il  dit  se  rapporte  à Hippocrate 
que  Paré  cite  en  marge  . Ilipp.,  liu.  de  la 
Geniiure. 


26 


LE  DIX-JVEVFiEME  LIVRE 


bandé  et  trop  serré  le  ventre,  les 
en  fa  ns  naissent  courbés,  bossus,  et 
contrefaits,  aucuns  ayans  les  mains 
et  les  pieds  tort  us,  comme  tu  vois  par 
ceste  ligure. 

Figure  d’vn  enfoui  qvi  a esté  pressé  au  ventre 
de  s a mere , ayant  les  mains  et  pieds  tonus  1 . 


Portrait  d’un  prodige  et  enfant 
putréfié,  lequel  a esté  trouué  au  cada- 

I Rueff  a une  figure  semblable , ouvrage 
cité,  fol. 45,  verso. 

II  s’agit  ici  des  difformités  connues  sous 
les  noms  de  pieds  bots  et  de  mains  botes  ; et 
l’on  voit  que  la  théorie  qui  les  attribue  à 
une  pression  subie  par  l’enfant  dans  la  ma- 
trice remonte  assez  haut. 

Le  chapitre  se  termine  ici  dans  les  pre- 
mières éditions.  Ce  n’est  qu’en  1585  que 
Paré  y a ajouté  tout  ce  qui  suit. 


Uev  d’vne  femme  en  la  ville  de  Sens’ 
le  seizième  de  May  mil  cinq  cens  oc- 
tante deux , elle  estant  adgée  de 
soixante  huit  ans,  et  l’ayant  porté  en 
son  ventre  par  l’espace  de  vingt  huit 
ans.  Ledit  enfant  estoit  quasi  tout  ra- 
massé en  vn  globe  : mais  il  est  icy 
peint  de  son  long  , pour  mieux  faire 
voir  l’entiere  figure  de  ses  membres, 
hors  mis  viie  main  qui  estoit  défec- 
tueuse. 


Ceci  se  peut  confirmer  par  Matthias 
Cornax,  médecin  de  Maximilian,  roy 
des  Romains , lequel  recite  que  luy- 
mesme  assista  à la  dissection  du  ven- 
tre d’vne  femme,  laquelle  auoit  porté 
en  sa  matrice  son  enfant , l’espace  de 
quatre  ans.  Aussi  Egiüius  Hertages , 
médecin  à Bruxelles , fait  mention 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


d’une  femme  qui  a porté  en  ses  flancs, 
treize  ans  rcuolus , le  scclctc  d’vn  en- 
fant mort.  loannesLangius,en  l’epis- 
tre  qu’il  cscrit  à Achilles  Bassarus , 
tesmoigne  aussi  d’vne  femme , qui  es- 
toit  d’vn  bourg  appelle  Eberbacb , 
laquelle  rendit  les  os  d’vn  enfant 
qui  estoit  mort  en  son  ventre  dix  ans 
au-parauant. 


CHAPITRE  XII. 

EXEMPLE  DES  MONSTRES  QVI  SONT  EN- 
GENDRÉS, LA  MERE  AYANT  REÇV  QVEL- 
QVE  COVP,OV  CHEVTE,  ESTANT  GROSSE 

d’enfant. 

D’auanlage  quand  la  mere  reçoit 
quelque  coup  sus  le  ventre,  ou  qu’elle 
tombe  de  Laut  en  bas , les  enfans  en 
peuuent  auoir  les  os  rompus , desboi- 
tés  et  torturés , ou  receuoir  autre 
vice , comme  estre  boiteux , bossus  et 
contrefaits  : ou  pour  cause  que  l’en- 
fant deuient  malade  au  ventre  de  sa 
mere,  ou  que  le  pourrissement  dont 
il  deuoit  croistre  soit  escoulé  hors  la 
matrice  '.  Pareillement  aucuns  ont 
attribué  les  monstres  estre  procréés 
de  la  corruption  des  viandes  ordes  et 
sales  que  les  femmes  mangent , ou 


1 Toutes  les  éditions , à partir  de  la  cin- 
quième, portent  ici  simplement:  ou  pour 
cause  que  l’enfant  deuient  malade  au  ventre  (le 
sa  merë , ou  que  les  femmes  mangent,  etc. 
C’est  une  lacune  qui  résulte  de  deux  lignes 
sautées  dans  la  cinquième  édition  et  qui 
existent  dans  toutes  les  précédentes;  aussi 
cette  cinquième  édition  porte  : ou  que  le  les 
femmes  mangent,  ce  qui  accusait  la  lacune; 
ce  sont  les  éditeurs  suivants  qui , pour  don- 
ner plus  de  suite  à la  phrase  , ont  retranché 
l'article  le  sans  s'inquiéter  du  sens. 


27 

désirent  manger,  ou  qu’elles  abhor- 
rent de  voir  tost  apres  qu’elles  ont 
coucou  : ou  que  l’on  aura  ietté  quel- 
que chose  entre  leurs  tetins , comme 
vue  cerise,  prune,  grenoüiile,  vne 
souris,  ou  autres  choses  qui  peuuent 
rendre  les  enfans  monstrueux. 


CHAPITRE  XIII. 

EXEMPLE  DES  MONSTRES  QVI  SE  FONT 

PAR  LES  MALADIES  HEREDITAIRES. 

Aussi  pour  les  indispositions  ou 
compositions  héréditaires  des  peres 
et  meres  , les  enfans  sont  faits  mons- 
trueux et  difformes  : car  il  est  assez 
manifeste  qu'vn  bossu  fait  naistre  son 
enfant  bossu,  voire  tellement  bossu, 
que  les  deux  bosses  deuant  et  der- 
rière à quelques  vns  sont  si  fort  esle- 
uées  que  la  leste  est  à moitié  cachée 
entre  les  espaules,  ainsi  que  la  teste 
d’vne  tortue  dans  sa  coquille.  Vne 
femme  boiteuse  d’vn  costé  fait  ses 
enfants  boiteux  semblables  à elle  : 
autres  eslans  boiteuses  des  deux 
hanches,  font  enfans  qui  le  sont  sem- 
blablement , et  qui  cheminent  cano- 
tant : les  camus  font  leurs  enfans 
camus  : autres  balbutient  : autres 
parlent  en  bredouillant,  semblable- 
ment leurs  enfans  bredotiillent  h Et 
oit  les  peres  et  meres  sont  petits  , les 
enfans  en  naissent  le  plus  souuenl 
nains , sans  nulle  autre  deformité , à 
sçauoir  quand  le  corps  du  pere  et 
de  la  mere  n’ont  aucun  vice  en  leur 
conformation.  Autres  font  leurs  en- 

1 Balbutier,  c’est-à-dire  bégayé'',  ne  poll- 
uant bien  proférer  la  parole.  — Bredouiller , 
c’est  dire  deux  ou  trois  fois  vne  parole  sans 
estre  bien  proférée.  — A.  P. 


LE  DIX-NEVFIÉME  LIVRE , 


*8 

fants  bien  maigres,  à cause  que  le 
pere  et  la  mere  le  sont  : autres  sont 
ventrus  et  fort  fessus,  quasi  plus  gros 
que  longs  , parce  qu’ils  ont  esté  en- 
gendrés du  pere  ou  de  la  mere,  ou  de 
tous  les  deux , qui  seront  gros  et 
grands,  ventrus  et  fessus.  Les  goût- 
teux  engendrent  leurs  enfans  gout- 
teux, et  les  lapidaires,  suiets  à la 
pierre  : aussi  si  le  pere  et  la  mere 
sont  fols  , le  plus  souuent  les  enfans 
ne  sont  gueres  sages  : pareillement 
les  epilepliques  engendrent  des  en- 
fans qui  sont  suiets  à l’epilepsie  '. 

Or,  toutes  ces  maniérés  de  gens  se 
trou  uent  ordinairement,  qui  est  chose 
qu’vn  chacun  peut  voir,  et  connoistre 
à l’œil  la  vérité  de  mon  dire:  partant 
ie  n’ay  que  faire  d’en  parler  d’auan- 
tage.  Aussi  ie  ne  veux  escrire  que  les 
ladres  engendrent  des  enfans  ladres, 
car  tout  le  monde  le  sçait.  Il  y a vne 
infinité  d’autres  dispositions  des  pe- 
res  et  meres,  ausquelles  les  enfans 
sont  suiets,  voire  des  mœurs,  de  la 
parole  de  leurs  mines  et  trongnes, 
contenances  et  gestes,  iusques  au  mar- 
cher et  cracher.  Toutesfois  de  ce  ne 
faut  faire  reigle  certaine  : car  nous 
voyons  les  peres  et  meres  auoir  tou- 
tes ces  indispositions,  et  neanmoins  les 
enfans  n’en  retiennent  rien  : parce 
que  la  vertu  formatrice  a corrigé  ce 
vice. 

'Cette  dernière  phrase,  relative  à l’épi- 
lepsie, manque  dans  toutes  les  éditions  du 
vivant  de  l'auteur,  et  n’a  été  ajoutée  qu’à  la 
première  édition  posthume. 

2 L’édition  de  1573  et  toutes  les  autres 
jusqu’en  1585  finissaient  le  chapitre  plus 
brusquement. Après  ces  mots  : (les  mœurs,  de 
la  parole,  e'ies  ajoutaient  simplement:  ius- 
ques au  marcher  et  cracher,  non  pus  tousiours, 
mais  le  plus  soutient.  La  nouvelle  rédaction 
est  de  1585, 


CHAPITRE  XIV. 

EXEMPLE  DE  CHOSES  MONSTRVEVSES 

QVI  SONT  ADVENVES  EN  MALADIES 

ACCIDENTALES  ’. 

Douant  Sainct  Iean  d’Angelic  , vn 
soldat  nommé  Francisque,  de  la  com- 
pagnie du  capitaine  Muret,  fut  blessé 
d’vn  coup  d’harquebuse  au  ventre  , 
entre  l’ombilic  et  les  Isles  : la  balle 
ne  luy  fut  tirée  , parce  que  l’on  ne  la 
pouuoit  trouuer,  au  moyen  de  quoy 
il  eut  de  grandes  et  extremes  dou- 
leurs : neuf  iours  apres  sa  blessure, 
ietta  la  balle  par  le  siégé,  et  trois  se- 
maines apres  fut  guari  : il  fut  traité 
par  maistre  Simon  Crinay,  chirurgien 
des  bandes  Françoises. 

Iacques  Pape,  seigneur  de  Sainct 
Aubam  auxBaronniers  en  Dauphiné, 
fut  blessé  à l’escarmouche  de  Chase- 
nay  de  trois  coups  d’harquebuse  pe- 
netrans  en  son  corps  , dont  il  y en 
auoit  vn  au  dessous  du  nœud  de  la 
gorge,  tout  proche  la  canne  du  poul- 
mon , passant  près  la  nucque  du  col , 
et  la  balle  y est  encore  à présent  : au 
moyen  dequoy  lui  suruindrent  plu- 
sieurs grands  et  cruels  accidens,  com- 
me fiéure  , grande  tumeur  à l’entour 
du  col , de  sorte  qu’il  fut  dix  iours  sans 
pouuoir  rien  aualer , fors  quelques 
bouillons  liquides  : et  neantmoins  tou- 
tes ces  choses  a recouuert  santé,  et  est 
à présent  encore  viuant  : et  fut  pensé 
par  maistre  Iacques  Dalam,  chirur- 
gien fort  expert , demeurant  en  la 
ville  de  Monlelimar  en  Dauphiné. 

1 L’édition  latine  a beaucoup  changé  en 
cet  endroit  l’ordre  du  livre,  et  renvoyé  ce 
chapitre  et  les  trois  suivants  après  l’histoire 
des  démons  et  des  magiciens,  et  immédia- 
tement avant  celle  des  monstres  marins, 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


Alexandre  Benedict  1 escrit  d’vn 
villageois  qui  lut  blessé  d'vn  coup  de 
Iraicl  au  dos , et  fut  tiré  : mais  le  fer 
demeura  dedans  le  corps,  lequel  es- 
toit  long  de  deux  doigts  en  trauers,  et 
estoit  barbelé  aux  costés.  Le  chirur- 
gien l’ayant  long  temps  cherché  sans 
le  pouuoir  trouuer,  ferma  la  pl  ye, 
et  deux  mois  apres  ce  fer  sortit  sem- 
blablement par  le  siégé. 

D’auantage  , audil  chapitre  , dit 
qu’à  Venise  vne  fille  aualla  vne  ai- 
guille, laquelle  deux  ans  apres  la  ietta 
en  \rinant,  couuerte  d’une  matière 
pierreuse,  amassée  à l'entour  de  quel- 
ques humeurs  gluans. 

Ainsi  que  Catherine  Parlan,  femme 
de  Guillaume  Guerrier , marchand 
drapier , honneste  homme  , demeu- 
rant rue  de  la  Iuifuerie  à Paris,  allait 
aux  champs  en  trousse  sus  vn  cheual, 
vne  aiguille  de  son  tabouret  entra 
dedans  sa  fesse  dextre,  de  sorte  que 
l’on  ne  la  peust  tirer  hors.  Ladite 
Parlan  fut  deux  mois  qu  elle  ne  pou- 
uoit  se  tenir  assise,  à cause  qu’elle 
sentoit  l’aiguille  la  piquer  2.  Quatre 
mois  après  m’enuoya  quérir,  se  plai- 
gnant que  lorsque  son  mary  l’em- 
brassoit , sentoit  en  l’aine  dextre  vne 
grande  douleur  piquante , à raison 
qu’il  pressoil  dessus.  Ayant  mis  la 
main  sus  la  douleur,  trouuay  vne 
aspérité  et  dureté , et  fis  en  sorte  que 
luy  tiray  ladite  aiguille  toute  enroüil- 

1 Liu.  3 de  son  Histoire  analom. , ch.  5.  — 

A.  P. 

2 Cette  phrase  tout  entière  manque  au 
texte  dans  toutes  les  éditions,  et  l’on  n’en 
trouve  même  aucune  trace  dans  les  notes 
marginales  à partir  de  l’édition  de  1575.  Il 
n’y  a donc  que  la  seule  édition  de  1573  qui 
contienne  cette  phrase  en  marge,  et  comme 
elle  fait  partie  intégrante  de  l’observation  , 
je  n’ai  pas  hésité  ci  la  joindre  au  texte,  sauf 
à en  avertir  le  lecteur. 


29 

lée.  Cecy  doit  bien  estre  mis  au  rang 
des  choses  monstrueuses,  veu  que 
l’acier  qui  est  pesant  monta  contre- 
mont  , et  passa  au  trauers  des  mus- 
cles de  la  cuisse,  sans  faire  aposteme. 


CHAPITRE  XV. 

DES  PIERRES  QVI  S ENGENDRENT  AV 
CORPS  HVSIAIN. 

L’an  mil  cinq  cens  soixante  et  six, 
les  enfans  de  maistre  Laurens  Collo  >, 
hommes  bien  expérimentés  en  l’ex- 
traction des  pierres  , en  tirèrent  vne 
de  grosseur  d’vne  noix,  au  milieu  de 
laquelle  fut  trouuée  une  aiguille  de- 
quoy  coustumierement  les  couslu- 
riers  cousent.  Le  malade  se  nommait 
Pierre  Cocquin,  demeurant  en  la  rue 
Gallande,  près  la  place  Maubert  à Pa- 
ris, et  est  encore  à présent  viuant.  La 
pierre  fut  présentée  au  Roy  en  ma 
presence,  avec  ladite  aiguille  que  les- 

1 Je  respecte  ici  l’orthographe  que  Paré  a 
donnée  à ce  nom  de  Collo,  et  qui  est  restée 
la  même  en  cet  endroit  dans  toutes  les  édi- 
tions. Dans  celle  de  1504  , à l’occasion  de  la 
taille  des  femmes , Paré  avait  écrit  Culloi  ; 
mais  il  a ensuite  corrigé  Collo  dans  toutes 
les  éditions  postérieures,  et  l’édition  latine  a 
également  admis  cette  dernière  orthogra- 
phe. Toutefois  ni  l’une  ni  l’autre  n’a  préva- 
lu , et  dans  l’ouvrage  posthume  de  François 
Colot , publié  par  Sénac  en  1725  , on  trouve 
le  nom  écrit  avec  un  i et  une  seule  l.  Peut- 
être  cependant,  si  l’on  considère  l’amitié 
qui  unissait  Paré  à Laurent  Collo  et  à ses 
fils,  la  première  manière  dont  il  avait  écrit 
ce  nom  , corrigée  uniformément  dans  toutes 
les  éditions  suivantes,  et  enfin  le  consente- 
ment du  traducteur  latin  ; peut-être,  dis  je, 
y aurait-il  quelque  présomption  que  l’or- 
thographe de  Parc  était  la  véritable  , et  c'est 
pourquoi  je  l’ai  conservée , au  moins  en  cet 
endroit. 


3o 


I.E  mX-NEVFIEME  LIVRE, 


dits  Colles  m’ont  donnée  pour  mettre 
en  mon  cabinet , laquelle  ie  garde  et 
ay  encores  de  présent  en  ma  posses- 
sion, pour  mémoire  de  chose  si  mons- 
trueuse. 

L’an  mil  cinq  cens  septante,  ma- 
dame la  duchesse  de  Ferrare  enuoya 
quérir  en  ceste  ville  Iean  Collo , pour 
extraire  vne  pierre  de  la  vessie  d’vn 
pauure  pâtissier,  demeurant  à Mon- 
targis  ',  laquelle  poise  neuf  onces,  de 
grosseur  d’vn  poing  , et  de  ligure 
comme  lu  vois  icy  le  portrait  : et  fut 
tirée  en  la  presence  de  monsieur 
maistre  François  Rousset , et  maistre 
Joseph  Iauelle , hommes  sçauans  et 
bien  expérimentés  en  la  medecine, 
medecing  ordinaires  de  ladite  dame. 
Et  fut  si  heureusement  tirée , que  le- 
dit pâtissier  guérit  : toutesfois  peu  de 
temps  apres  luy  vint  vne  suppres- 
sion d’vrine,  au  moyen  de  deux  pe- 
tites pierres  qui  descendirent  des 
reins,  qui  bouchèrent  les  pores  vre- 
leres,  et  furent  cause  de  sa  moit. 

Figure  d'vue  pierre  extraite  à vu  pâtissier  de 
Monlargis. 


1 Ladite  dame  coustumiere  d'aider  aux  pan- 
ures, fil  tous  les  frais  pour  la  cure  dudit  pâtis- 
sier. — A.  P. 


L’an  mil  cinq  cens  soixante  et  six, 
le  frere  dudit  Iean  Collo , nommé 
Laurens  l,  lit  pareillement  en  ceste 
ville  de  Paris  extraction  de  trois  pier- 
res estans  en  la  vessie , de  grosseur 
chacune  d’vn  bien  gros  œuf depoulle, 
de  couleur  blanche  , pesans  les  trois 
douze  onces  et  plus,  à vn  surnommé 
Tire-vit , demeurant  à Marly  2 : le- 
quel pour-ce  qu'il  auoit  dés  l’aage 
de  dix  ans  quelque  commencement 
desdites  pierres  en  la  vessie  , tiroit 
ordinairement  sa  verge  , dont  fut 
nommé  Tire-vit  : car  la  vertu  expul- 
trice  de  la  vessie , voire  de  tout  le 
corps , s’efforçoit  à ietter  hors  ce  qui 
luy  nuisoit,  et  pour-ce  luy  causoit 
vn  certain  esguillonnement  à l’extre- 
mité  d’icelle  verge  ( comme  se  fait 
ordinairement  à ceux  qui  ont  quel- 
que sable  , ou  pierre  aux  parties  dé- 
diées à l’vrine  , ce  quei’ay  escrit  plus 
amplement  en  mon  liure  des  pierres 3.) 
Icelles  furent  présentées  au  roy  , es- 
tant pour  lors  à SainctMaur  des  fos- 
sés : on  en  cassa  vne  auec  vn  mar- 
teau de  tapissier,  au  milieu  de  la- 
quelle fut  trouuée  vne  autre,  res- 
semblante ù vn  noyau  de  pesche  , et 
de  couleur  tannée.  Lesdits  Collos 
m’ont  donné  les  susdites  pierres  pour 

1 Lesdits  Collos,  chirurgiens  ordinaires  du 
Rog , sont  1res  expers  à l’extraction  des  pier- 
res, et  en  plusieurs  autres  operations  de  la  chi- 
rurgie. — A.  P.  1573. 

2 Tiédit,  subit  que  sa  plage  fut  consolidée  , 
s’en  retourna  en  sa  maison , où  à prescrit  est 
encore  viuant.  — A.  P. 

Celte  noie,  comme  la  précédente,  est  re- 
produite d’après  l’édition  de  1573;  toutes 
deux  avaient  été  ou  retranchées  ou  omises 
dans  l’édition  suivante. 

3 Ceux  qui  ont  vne  pierre  à la  vessie  ont 
tousiours  vn  prurit  et  punclion  à l’extremiiè 
de  la  verge. — A.  P.  Le  livre  des  Pierres  au- 
quel il  renvoie  est  celui  de  15G4,  qui  fait 
partie  aujourd’hui  du  Livre  des  Operations. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES.  3l 

mettre  à mon  cabinet,  comme  choses  j au  plus  prés  du  vif,  ainsi  que  tu  peux 
monstrueuses,  et  les  ay  fait  portraire  I voir  par  ces  figures  l. 

Figures  de  trois  pierres  extraites  à vne  fois  sans  interualle  de  temps,  de  la  vessie  d'un 
appelé  Tire-vil,  l’vnc  desquelles  est  brisée. 


D’auantage  ie  puis  icy  attester  que 
i'en  ay  trouué  dedans  les  reins  des 

1  On  trouve  dans V Introduction  d’À.  Paré, 
chapitre  2 (tome  1er  de  cette  édition  , page 
28) , l’histoire  de  ce  Tire-Vil  racontée  d’une 

manière  toute  différente  , de  telle  sorte  qu’il 
faut  nécessairement  admettre  , ou  bien  que 
Collo  opéra  deux  individus  du  nom  de 

Tire-vit,  ce  qui  est  peu  probable, et  ce  qui 
aurait  dû  au  moins  être  noté  ; ou  bien  que 
Paré  a pris  un  malade  pour  l’autre  , et  mis 
sous  le  nom  de  Tire-vit  une  observation  qui 
ne  le  concernait  pas  ; ou  enfin  que  les  deux 
observations  n’en  constituent  qu’une  seule, 
qui  aurait  été  incomplètement  racontée  dans 
l’un  et  l’autre  endroit.  Ce  qu’il  y a de  plus 
certain , c’est  que  Paré , ici  comme  en  beau- 
coup d’autres  occasions,  s’en  fiait  à sa  mé- 
moire pour  se  rappeler  des  faits  écoulés  de- 
puis long-temps:  et  que  cette  malheureuse 
habitude  est  ce  qui  a le  plus  encombré  la 
chirurgie  d’observations  douteuses,  vagues, 
sans  certitude  et  presque  sans  valeur. 


corps  morts,  de  plusieurs  figures  , 
comme  de  cochons , de  chiens , et  au- 
tres diuerses  figures , ce  qui  nous  a 
esté  laissé  par  escrit  des  anciens  2. 

Monsieur  Dalechamps  recite  en  sa 
chirurgie,  qu’il  aveu  vu  homme  auoir 
vne  aposteme  sus  les  lombes,  dont 
apres  la  suppuration  icelle  dégénéra 
en  fistule  , par  laquelle  ietta  en  di- 
uerses fois  plusieurs  pierres  venans 
du  rein  : et  enduroit  le  trauail  du  che- 
ual  et  des  chariots. 

Hippocrates  escrit  3 de  la  cham- 

2 Cette  attestation  si  légèrement  donnée 
d’un  homme  tel  que  Paré  est  bien  propre  à 
nous  faire  connaître  que  les  meilleurs  es- 
prits fléchissent  quelquefois  sous  les  préju- 
gés de  leur  siècle , en  même  temps  qu’elle 
explique  l’origine  de  tarit  de  monstres  admis 
par  la  crédulité  de  ce  temps. 

3 Liure  5 des  Epidémies.  — A.  P. 


32  LE  D1X-NEVFIÉME  LIVRE 


briere  de  Dysere , aagée  de  soixante 
ans  , qui  auoit  des  douleurs  comme 
elle  si  eust  deu  accoucher  : dont  vne 
femme  luy  lira  de  la  matrice  vne 
pierre  aspre  et  dure,  de  la  grandeur, 
grosseur,  et  figure  d’vn  peson  de  fu- 
seau. 

Jacques  Hollier,  Docteur  regent  en 
la  faculté  de  Medecine  à Paris,  escrit 1 
qu’vne  femme,  après  auoir  esté  tour- 
mentée d’vne  difficulté  d’vrine  par 
l’espace  de  quatre  mois  , en  fin  mou- 
rut : laquelle  ayant  esté  ouuerte,  fu- 
rent trouuées  en  la  substance  du 
cœurdeux  assez  grosses  pierres,  auec 
plusieurs  petites  apostemes  : estans 
les  reins  et  les  pores  vreteres  et  la 
vessie  sains  et  entiers. 

L’an  mil  cinq  cens  cinquante-huit, 
fus  appelé  de  Iean  Bourlier , maistre 
tailleur  d’habits, demeurant  rue  sainct 
Honoré  , pour  luy  ouurir  vne  apos- 
teme  aqueuse  qu’il  auoit  au  genoiiil  : 
en  laquelle  trouuay  vne  pierre  de  la 
grosseur  d’vne  amende,  fort  blanche, 
dure  , et  polie  , et  guérit , et  encores 
est  à présent  viuant  2. 

Une  dame  de  nostre  cour  fut  lon- 
guement et  extrêmement  malade  , 
sentant  douleur  au  ventre,  auec  gran- 
des espreintes  : estant  pensée  par 
plusieurs  médecins  , lesquels  igno- 
roient  le  lieu  de  la  douleur.  On  m’en- 
uoya  quérir,  pour  sçauoir  si  ie  pour- 
rois  connoistre  la  cause  de  son  mal. 
Par  l’ordonnance  des  médecins , luy 
regarday  au  siegeèt  à la  matrice,  auec 
instrumens  propres  à ce  faire, et  pour 
tout  cela  ne  pus  connoistre  son  mal. 
Monsieur  Le  Grand  luy  ordonna  vn 
clystere,  et  en  le  rendant  ietta  vne 

1 Liu.  1,  ch.  de  la  Palpitation  du  Cœur. 

— A.  P. 

2 C’est  là  le  premier  cas  connu  d’un  corps 
étranger  développé  dans  le  genou , et  extrait 

heureusement  par  l’incision. 


pierre  par  le  siégé  , de  la  grosseur 
d’vne  grosse  noix  : et  tout  subit  ses 
douleurs  etautresaccidens  cessèrent, 
et  depuis  s’e  l bien  portée  '. 

Semblable  chose  est  arriuée  à la 
dame  de  Sainct Eustache,  demeurant 
au  carrefour  de  la  rue  de  la  Harpe  2. 

Le  capitaine  Augustin,  Ingénieux 
du  Roy,  m’enuoya  quérir  auec  mon- 
sieur Violaine  , docteur  regent  en  la 
faculté  de  Medecine,  et  Claude  Viard , 
Chirurgien  luréù  Paris, pour  luy  ex- 
traire vne  pierre  qu’il  auoit  sous  la 
langue , de  longueur  de  demy  doigt , 
et  grosse  d’vn  tuyau  déplumé.  Il  en 
a encore  vne , qu’on  ne  peut  bien  en- 
core destacher  3. 

1 Dans  l’édition  de  1573  et  encore  en  1575, 
cette  histoire  était  rapportée  après  celle  de 
Dalechamps , et  la  rédaction  en  était  un  peu 
différente  : 

« Monsieur  le  Grand , Docteur  regent  en 
la  faculté  de  Medecine,  et  médecin  ordinaire 
du  Roy , homme  sçauant  et  grandement  ex- 
périmenté, lequel  fait  autant  bien  la  mede- 
cine qu’homme  que  i’aye  iamais  cogneu  , 
fus  appelé  auec  luy  pour  appliquer  en  spé- 
culum ani  à vne  dame  d’honneur  qui  estoit 
tourmentée  d’extremes  douleurs  au  ventre 
et  au  siégé,  toutefois  sans  nulle  apparence 
à la  veuë  d’aucun  mal  : il  luy  ordonna  cer- 
taines potions  et  clistcres,  auec  l’vn  desquels 
ietta  vne  pierre  de  grosseur  d’vn  esteuf,  et 
subit  ses  douleurs  furent  cessées,  et  guérit.» 

En  1579,  Paré  modifia  la  rédaction  de 
l’observation  , qui  était  peu  correcte,  mais 
en  conservant^  Legrand  à peu  près  les  me- 
mes éloges,  que  l’on  retrouve  encore  dans  la 
traduction  latine.  C’est  en  1585  qu’il  chan- 
gea définitivement  et  le  texte  et  le  plan  de 
l’histoire , comme  on  la  lit  aujourd’hui. 

2 Cette  observation  a été  ajoutée ’en  1585. 

3 Cette  observation  , de  même  que  la  pré- 
cédente , a été  ajoutée  en  1585.  On  trouvera 
une  autre  observation  de  calcul  sous  la 
langue  dans  la  grande  Apologie,  au  titre: 
Voyage  de  Bayonne,  1564. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES, 


Or  pour  le  dire  en  vn  mot,  les  pier- 
es  se  peuuent  engendrer  en  toutes 
les  parties  de  nostre  corps  , tant  inté- 
rieures qu’exterieures.  Qu’il  soit 
vray , on  en  voit  estre  engendrées 
aux  iointures  des  goutteux  >.  Anlo- 
nius  Beniuenius  , médecin  florentin  , 
au  liure  1,  chapitre  24,  dit  qu’vn 
nommé  Henry  Alleman  ietta  vne 
pierre  de  grosseur  d’vue  auelaine  en 
toussant. 


CHAPITRE  XVI. 

DE  CERTAINS  ANIMAVX  MONSTRVEVX 

QVI  NAISSENT  CONTRE  NATVRE  AVX 

CORPS  DES  HOMMES  , FEMMES,  ET  PE- 
TITS ENFANS  2. 

Tout  ainsi  qu’au  grand  monde  il 
y a deux  grandes  lumières,  àsçauoir 
le  soleil  et  la  lune , aussi  au  corps  hu- 

1 C’est  par  cette  phrase  que  se  terminait 
le  chapitre  dans  les  trois  éditions  de  1673  , 
1675  et  1579;  la  citation  de  Benivenius  a été 
ajouiéeen  1585. 

2 Ce  chapitre  n’existe  pas  en  cet  endroit 
dans  la  plupart  des  éditions  complètes;  il 
est  donc  nécessaire  de  dire  pourquoi  nous 
l’avons  rétabli. 

L’édition  de  1573  avait  un  16e  chapitre 
intitulé  des  Vérins,  reproduit  par  celle 
de  1575  sous  ce  titre  plus  correct,  des  Vers. 
Il  était  assez  court,  et  composé  de  quatre 
histoires  que  l’on  retrouve  dans  le  courant 
du  chapitre  actuel.  En  1579 , le  texte  en  fut 
considérablement  amplifié;  l’auteur  y ajouta 
quelques  histoires  qu’il  détacha  du  chap.  19 
( voir  les  notes  suivantes  ),  et  il  le  transporta 
dans  son  livre  De  la  petite  Verolle,  entre  le 
chapitre  3 qui  termine  l’histoire  de  la  variole, 
et  le  chapitre  4 qui  commence  l’histoire  des 
vers  intestinaux.  Sans  doute  qu’il  avait  des- 
sein de  réunir  ainsi  tout  ce  qui  concerne 
les  vers  engendrés  dans  le  corps  humain;  et 
cependant  le  titre  même  montre  bien  qu’il  ne 
III. 


33 

main  il  y a deux  yeux  qui  l’illumi- 
nent : lequel  est  appelé  Microcosme, 
ou  petit  portrait  du  grand  monde 
accourci.  Qui  est  composé  de  quatre 
elemens,  comme  le  grand  monde  , 
auquel  se  font  des  vents , tonnerres  , 
tremblemens  de  terre , pluye  , rosée , 
vapeurs,  exhalations,  gresles  , éclip- 
sés, inondations  d’eaux,  stérilité, 
fertilité,  pierres , montagnes , fruils  , 
et  plusieurs  et  diuerses  especes  d’a- 
nimaux : aussi  se  fait-il  le  sembla- 
ble au  petit  monde,  qui  est  le  corps 
humain.  Exemple  des  vents  : ils  se 
voyent  estre  enclos  és  aposlemes 
venteuses,  et  aux  boyaux  de  ceux  qui 
ont  la  colique  venteuse,  et  pareille- 
ment en  aucunes  femmes,  ausquelies 
on  oit  le  ventre  bruire  de  telle  sorte 
qu’il  semble  y auoir  vne  grenouillère  : 
lesquels  sortans  par  le  siégé  rendent 
bruits  comme  coups  de  canonnades. 
Et  encore  que  la  piece  soit  braquée 
vers  la  terre  , neantmoins  tousiours 

s’agissait  pas  des  vers  proprement  dits,  et  que 
le  chapitre  était  déplacé  dans  le  lieu  nouveau 
qu’on  lui  avait  assigné,  en  même  temps  qu’il 
laissait  une  lacune  dans  le  livre  des  Monstres. 
Du  reste,  ce  changement  de  place  avait  été 
opéré  si  négligemment , que  dans  toutes  les 
éditions  du  vivant  de  l’auteur  la  table  du 
livre  des  Monstres  accusait  toujours  un  cha- 
pitre 16,  des  Vers,  qui  n’existait  plus  à par- 
tir de  1679,  tandis  que  la  table  du  livre  de 
la  petite  Verolle  n’indiquait  en  rien  l’ad- 
jonction du  chapitre  nouveau;  et  celui-ci , 
ne  comptant  pas  même  dans  le  livre  comme 
un  chapitre  spécial,  semblait  une  suite  du 
chapitre  troisième  intitulé  : Quelles  parties 
jaut  preseruer  de  la  verolle.  En  pesant  toutes 
ces  considérations,  je  me  suis  déterminé  à 
restituer  à ce  chapitre  la  place  qu’il  avait 
eue  d’abord,  et  qui  est  de  beaucoup  la  plus 
naturelle  et  la  plus  logique. 

Le  texte  général  du  chapitre  est  donc  de 
1579,  sauf  les  parties  qui  seront  signalées 
dans  les  notes  comme  d’une  date  différente. 

3 


34  LE  DIX-NE  VFIEME  LIVRE 


la  fumée  du  canon  donne  contre  le 
nez  du  canonnier,  et  de  ceux  qui  sont 
proches  de  luy. 

Exemple  des  pluyes  et  inondations 
d’eaux1:  cela  se  voit  aux  apostemes 
aqueuses  et  au  ventre  des  hydropi- 
ques. Exemple  du  tremblement  de 
terre  : telle  chose  se  voit  au  commen- 
cement des  accès  des  fleures  , où  les 
pauures  febricitans  ont  vn  tremble- 
ment vniuerscl  du  corps.  Exemple 
de  l’eclipse  : cela  se  voit  aux  synco- 
pes ou  défaillances  du  cœur,  et  aux 
suffocations  de  la  matrice.  Exemple 
des  pierres  : on  les  voit  à ceux  aus- 
quels  on  en  extrait  de  la  vessie,  et 
autres  parties  du  corps. 

Exemple  des  fruits  : combien  en 
voit-on  qui  au  visage  ou  autres  par- 
ties extérieures  du  corps  ont  la  figure 
d’vne  cerise , d’vne  prune,  d’vue  cor- 
me, d’vne  figue,  d’vne  meure?  la 
cause  de  quoy  a esté  tousiours  réfé- 
rée à la  forte  imagination  de  la 
femme  conceuante  ou  enceinte , es- 
meuë  de  l’appclit  vchement,  ou  de 
l’aspect , ou  d’vn  attouchement  d’ice- 
luy  à l’improuiste  : comme  mesmede 
ce  qu’on  en  voit  naistre  d’aucuns 
ayans  en  quelque  endroit  du  corps  la 
figure  et  substance  d’vne  coinne  de 
lard  , d’autres  d’vne  souris  , d’autres 
d’vne  escreuisse,  d’autres  d’vne  solle, 
et  d’autres  semblables.  Ce  qui  n’est 
point  hors  de  raison,  entendu  la  force 
de  l'imagination  se  joignant  auec  la 
vertu  conformatrice , la  mollesse  de 
l’embrion  prompte,  et  comme  vne 
cire  molle , à receuoir  toute  forme  : 
et  que  quand  on  voudra  esplucher 
tous  ceux  qui  sont  ainsi  marqués,  il 
se  trouuera  que  leurs  meres  auront 
esté  esmeuës  durant  leur  grossesse  de 
quelque  tel  appétit  ou  accident.  Où 
nous  remarquerons  en  passant,  com- 
bien est  dangereux  d’offenser  vne 
femme  grosse , de  lui  monstrer  et  ra- 


menteuoir  quelque  viande,  de  la- 
quelle elle  ne  puisse  auoir  la  ioüis- 
sance  promptement,  voire  et  de  leur 
faire  voir  des  animaux  ou  portraits 
d'icenx  difformes  et  monstrueux.  En 
quoy  i’attensque  quelqu’vn  m’obiecte 
que  ie  ne  deuois  donc  rien  inferer  de 
semblable  en  mon  liure  de  la  géné- 
ration. Mais  ie  luy  respons  en  vn  mot, 
que  ie  n’escris  point  pour  les  femmes. 
Retournons  à nostre  propos. 

Exemple  des  montagnes  : on  les 
voit  aux  bossus,  et  à ceux  qui  ont 
des  loupes  grosses  et  énormes.  Exem- 
ple de  stérilité  et  seicheresse  : on  le 
voit  aux  hectiques , qui  ont  la  chair 
de  leur  corps  presque  toute  consom- 
mée. Exemple  de  fertilité  : on  la  con- 
noist  à ceux  qui  sont  fort  gras,  fessus, 
et  ventrus,  tant  qu’ils  creuent  en  leur 
peau,  force  leur  est  de  demeurer 
tousiours  couchés  ou  assis , pour  ne 
pouuoir  porter  la  grosse  masse  de 
leur  corps.  Exemple  des  animaux  qui 
se  procréent  en  nos  corps,  à sçauoir, 
pouls,  punaises,  et  morpions,  et  au- 
tres que  deserirons  à présent1. 

Monsieur  Iloulier  escrit  en  sa  pra- 
tique qu’il  traitoit  vn  Italien  tour- 
menté d’vne  extreme  douleur  de 
teste,  dont  il  mourut.  Et  l’ayant  fait 
ouurir,luy  fut  trouuéen  la  substance 
du  cerueau  vn  animal  semblable  à 
vn  scorpion2,  lequel,  comme  pense 
ledit  Iloulier,  s’estoit  engendré  pour 

4 Ces  deux  dernières  lignes  sont  de  1585. 

2 L'auteur  ajoutait  : Comme  ta  vois  par 
ceste  Jicjure , et  on  voyait  ici  une  figure  de 
scorpion,  que  j’ai  retranchée. 

Du  reste,  cette  histoire  se  lisait  déjà  au 
chapitre  IG  du  livre  des  Monstres  de  l’édi- 
tion de  1573,  mais  avec  une  rédaction  un 
peu  différente. 

Jacques  UoUier  escript  en  sa  Pracliquc  des 
Maladies  internes  qu’il  s’engendra  au  cerueau 
d’vn  Italien  vn  scorpion  pour  auoir  continuelle- 
ment senti  du  basilic,  lequel  scorpion  lui  causa 


DES  MOÏÏSTKES  ET  PRODIGES. 


auoir  continuellement  senti  du  ba- 
silic. Ce  qui  est  fort  vray-semblable, 
veu  que  Chrysippus  , Diophanes , et 
Pline  ont  escrit , que  si  le  basilic  est 
broyé  entre  deux  pierres  et  exposé 
au  soleil,  d’iceluy  naislra  un  scor- 
pion. 

Monsieur  Fernel  escrit  d’vn  soldat, 
lequel  estoit  fort  eamu9 , tellement 
qu’il  ne  se  pouuoit  moucher  aucune- 
ment : si  bien  que  de  l’exerement  re- 
tenu et  pourri , s’engendrerent  deux 
vers  velus  et  cornus  de  la  grosseur 
d’vn  demy  doigt,  lesquels  le  rendi- 
rent furieux  par  l’espace  de  vingt 
iours , et  furent  cause  de  sa  mort  '. 

Depuis  n’agueres  vn  ieune  homme 
auoit  vn  aposteme  au  milieu  de  la 
cuisse  partie  externe  , de  laquelle 
sortit  cest  animal,  lequel  me  fut  ap- 
porté par  Iacques  Guillemeau , Chi- 
rurgien ordinaire  du  Roy , qui  disoit 
l’auoir  tiré  : et  l’ay  mis  dans  vne 
phiole  de  verre,  et  a demeuré  vif  plus 
d’vn  mois  sans  aucun  aliment.  La  li- 
gure t’est  icy  représentée  a. 


Monsieur  Duret  m’a  affirmé  auoir 
ietté  par  la  verge,  apres  vne  longue 

si  grande  douleur  de  lesie  qu’il  en  mourut.  Ce 
qui  est  fort  vraisemblable,  etc. 

La  figure  du  scorpion  n’avait  été  ajoutée 
par  l’aré  qu’en  1579. 

1 Paréajoutait:  Tuenvois  la  figure, e t pré- 
sentait en  effet  au  lecteur  la  figure  d’un 
mot  velu  et  cornu.  Je  l’ai  retranchée  sans  hé- 
siter. Du  reste  , celte  histoire  se  lisait  déjà 
au  chapitre  16  du  livre  des  .Monstres  de  l’é  - 
dition  de  1573;  seulement  la  figure  n’y  a 
été  accolée  qu’en  1579. 

2 J’ai  gardé  cette  figure  parce  que  Paré 
dit  l’avoir  vue,  bien  qu’il  fasse  toutes  ré- 


35 

maladie , vne  beste  viuante  sembla- 
ble à un  clouporte,  que  les  Italiens 
appellent  Porceleti,  qui  estoit  de  cou- 
leur rouge  *. 

Monsieur  le  comte  Charles  de  Mans- 
feld  , n’agueres  estant  malade  d’vne 
grande  fleure  continue  à l’hostel  de 
Guise,  a iellépar  la  verge  vne  cer- 
taine matière  semblable  à vn  animal: 
dontla  figure  t’est  icy  représentée  2. 


Il  se  fait  pareillement  en  la  ma- 
trice des  femmes  beaucoup  de  for- 

serves  sur  sa  véritable  origine  ; et  il  faut  as- 
surément que  Guillemeau  ou  Paré  s’en  soient 
laissé  imposer,  et  que  ledcssinateur  ait  beau- 
coup ajouté  à la  forme  réelle  de  l’objet. 

On  peut  remarquer  que  Guillemeau  est 
appelé  ici  Chirurgien  ordinaire  du  Roy;  mais 
cette  histoire  ne  date  que  de  l’édition  de 
1585.  Voyez , t.  ii  , la  note  de  la  page  799. 

1 II  y avait  encore  ici  : comme  lu  vois  par 
ce  portrait;  et  de  plus  une  figure  fort  mal 
faite  de  cloporte.  Je  l’ai  supprimée.  Il  n’est 
pas  besoin  de  dire  que  monsieur  Duret  avait 
raconté  là  une  histoire  absurde;  mais  on 
voit  par  celte  réunion  des  grands  noms  de 
la  médecine  du  xvic  siècle,  Houlier,  Fernel , 
Duret,  tous  si  crédules  en  fait  de  prodiges, 
qu’il  était  bien  difficile  à un  chirurgien  de 
ne  pas  se  laisser  entraîner  par  le  torrent  ; et 
cependant  il  faut  rendre  cette  justice  à Paré, 
qu’aucune  des  observations  où  il  a figuré 
comme  témoin  ne  porte  l’empreinte  d’une 
si  facile  crédulité. 

2 Cette  observation  peut  servir  de  preuve 
à ce  que  j’ai  dit  dans  la  note  précédente.  Si 
pareille  chose  se  fût  présentée  aux  méde- 
cins éminents  cités  plus  haut,  nul  doute 
qu’ils  n'en  eussent  fait  un  animal  ; Paré 
dit  seulement  : vne  certaine  matière  semblable 
à vn  animal;  et  rien  n’empcchc,  en  effet, 
qu’un  caillot  sanguin  puisse  offrir  une  forme 
plus  ou  moins  approchant  de  celle-ci,  qui  a 

| sans  doute  été  exagérée  par  le  dessinateur. 


LE  DIX-NEVFIÉME  LIVRE  , 


36 

mes  d’animaux  ( qui  souuent  se  treu- 
uentauec  les  moles  et  enfans  bien  for- 
més) comme  grenouilles,  crapaux , 
serpens,  lezars,  harpies  l.  Nicole  Flo- 
rentin les  compare  à chats-huans,  et 
dit  deuoir  estre  appelées  bestes  sau- 
uages.  Les  harpies  ont  esté  appelées 
des  anciens,  freres  Lombars , par-ce 
que  telles  choses  aduenoient  aux 
femmes  de  Lombardie,  et  qu’elles 
naissoient  en  vne  mesme  matrice 
comme  les  enfans  bien  formés,  qui  a 
donné  occasion  de  les  nommer  freres 
vterins , par  une  mesdisance  d’vne 
personne  que  l’on  hait 2.  Or  les  fem- 
mes du  royaume  de  Naples  y sont  fort 
suiettes , à cause  de  la  mauuaise 
nourriture  qu’elles  prennent  , les- 
quelles de  tous  temps  ont  mieux  aimé 
auoir  le  ventre  de  bureau  que  de  ve- 

1 La  question  traitée  dans  ce  paragraphe 
l’avait  déjà  été  dans  le  livre  des  Monstres  , 
édition  de  1573  et  1575,  chapitre  19.  Ce 
texte  primitif  mérite  d’être  reproduit. 

« Il  s’est  veu  des  femmes  auoir  ietté  par 
leurs  matrices  des  serpens  et  autres  bestes, 
ce  qui  peut  aduenir  par  la  corruption  de 
certains  excremenls  estans  retenus  en  leur 
matrice,  comme  l’on  voit  se  faire  és  intes- 
tins, et  autres  parties  de  notre  corps,  de  gros 
et  longs  vers,  voire  pelus  et  cornus  (comme 
nous  demonstrerons  cy  après)  : Quelques 
vns  ont  voulu  fredonner  que  telle  chose  peut 
venir  quand  vne  femme  se  baigne,  si  par 
cas  fortuit  quelque  beste  venimeuse  comme 
serpens  et  autres  ont  frayé,  et  rendu  se- 
mence en  leau,  à l’endroict  de  laquelle  il  soit 
aduenu  quon  aye  espuisé  auec  leau  vne 
telle  ordure,  et  que  puis  apres  la  femme  se 
soit  baignée  en  icelle,  veu  principalement 
qu’à  cause  de  la  sueur  et  chaleur,  tous  ses 
pores  sont  dauantage  ouuerts  : mais  telle 
raison  ne  peut  auoir  lieu , attendu  que  la 
vertu  génératrice  de  ceste  semence  est  suf- 
foquée et  esteinte  par  la  grande  quantité 
deau  chaude,  ioinct  pareillement  que  la 
bouche  de  la  matrice  ne  s’ouure  point,  si 
ce  n’est  à l’heure  du  coït,  ou  que  les  mois 
coulent.  » 

* Gourdon  , liv.  7,  chap  18.  — A.  P. 


lours  ‘,  c’est  à dire  manger  fruits , 
herbages  , et  autres  choses  de  mau- 
uais  suc  qui  engendrent  tels  animaux 
par  putréfaction,  que  manger  viande 
de  bonne  nourriture,  pour  espargner, 
estre  braues  et  bien  accoustrées. 

Monsieur  Ioubert 2 escrit  de  deux 
Italiennes  : l’vne  femme  d’vn  frippier, 
et  l’autre  damoiselle,dans  vn  mesme 
mois  accouchèrent  chacune  d’vn  part 
monstrueux  : celuy  de  la  frippiere 
esloit  petit , ressemblant  à vn  rat  sans 
queue  , l’autre  de  la  demoiselle  estoit 
gros  comme  un  chat  : ils  esloient  de 
couleur  noire  : et  au  partir  de  leurs 
matrices,  tels  monstres  grimpèrent 
en  haut  contre  la  paroy  de  la  ruelle 
du  lict,  et  s’y  attachèrent  fermement. 

Lycosthenes  escrit,  que  l’an  1494, 
vne  femme  de  Cracouie,  en  vne  place 
nommée  Sainct  Esprit,  enfanta  vn  en- 
fant mort,  qui  auoit  un  serpent  vif 
attaché  à son  dos,  qui  rongeoit  ceste 
petite  créature  morte  3. 

Leuinus  en  raconte  vne  merveil- 
leuse histoire  en  ceste  façon  4.  Ces 
années  passées  vne  femme  vint  vers 
moy  pour  me  demander  conseil  : la- 
quelle ayant  conceu  d’vn  marinier, 
le  ventre  lui  commença  à enfler  de 
telle  sorte,  qu’on  pensoit  qu  elle  ne 

1 E entre  de  bureau  que  de  velours,  façon  de 
parler  proverbiale  pour  dire  qu’elles  soi- 
gnaient mal  leur  ventre.  Bureau  était  le 
nom  d’une  étoffe  grossière  dont  nous  avons 
fait  bure  ; on  trouve  encore  ce  mot  dans  Boi- 
leau Despréaux  : 

Kl  qui  n'élant  velu  que  de  simple  bureau. 

5 Au  liure  des  Erreurs  populaires.  — A.  P. 

3 Paré  ajoutait  : comme  tu  vois  par  ceste 
figure,  et  donnait  en  effet  une  misérable 
figure  copiée  de  Lycosthènes,  ouv.  cité,  page 
503.  Au  reste,  cette  histoire  et  cette  figure 
se  trouvaient  déjà  au  livre  des  Monstres 
en  1573  et  1575,  chapitre  19,  mais  après 
l’histoire  qui  va  suivre. 

4 Liu.  1 de  occult.  naittr.,  chap.  8. — A.  T. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


dcnst  iamais  porter  à terme.  Le  neu- 
fiéme  mois  passé,  elle  enuoye  qué- 
rir la  sage-femme  : et  auec  grands 
efforts,  premièrement  accoucha  d’une 
masse  de  chair  sans  forme , ayant  à 
chacun  costé  deux  anses  longues  d’vn 
bras,  qui  remuoit  et  auoit  vie  comme 
les  esponges.  Apres  luy  sortit  de  la 
matrice  vn  monstre  ayant  le  nez 
crochu,  le  col  long,  les  yeux  estin- 
celans,  une  queue  aiguë,  les  pieds 
fort  agiles.  Si  tost  que  ledit  monstre 
fut  sorti , il  commença  de  bruire  , et 
remplir  toute  la  chambre  de  siffle- 
mens , courant  çà-et-là  pour  se  ca- 
cher : sur  lequel  les  femmes  se  iet- 
terent,  et  le  suffoquèrent  auec  des 
oreillers.  A la  fin  la  pauure  femme 
toute  lasse  et  rompue,  accoucha  d’un 
enfant  masle,  tant  bourrelé  et  tour- 
menté par  ce  monstre  , qu’il  mourut 
si  tost  qu’il  eust  receu  baptesme.  La- 
dite patiente,  apres  auoir  esté  longue 
espace  de  temps  à se  r’auoir,  luy  ra- 
conta le  tout  fidèlement 

Cornélius  Gemma,  médecin  de  Lou- 
uain,  en  vn  liure  qu’il  a fait  depuis  peu 
de  temps,  intitulé  De  naturœ  diuinis 
characlerismis , raconte  vne  histoire 
admirable  d’vne  ieune  fille  de  ladite 
ville , aagée  de  quinze  ans , du  corps 
de  laquelle,  apres  douleurs  infinies , 
sortirent  plusieurs  choses  estranges 
par  haut  et  par  bas.  Entre  lesquelles 
elle  rendit  par  le  siégé  auec  les  excre- 
mens,  vn  animal  vif,  long  d’un  pied  et 
demy , plus  gros  que  le  pouce , repré- 
sentant si  bien  vne  vraye  et  naturelle 
anguille,  qu’il  n’y  auoit  rien  à redire, 

1 Cette  histoire  se  lisait  déjà  dans  le  livre 
des  Monstres  de  1573  et  1575,  après  le  long 
passage  reproduit  dans  la  note  de  la  page 
précédente  , et  avant  l’histoire  de  Lycosthè- 
nes.  C’est  d’après  le  texte  de  ces  deux  édi- 
tions primitives  que  j'ai  restitué  la  dernière 

phrase,  qui  manque  dans  toutes  les  autres. 


37 

fors  qu’il  auoit  la  queue  fort  pelue  '. 

Maistre  Pierre  Barque,  chirurgien 
des  bandes  Françoises,  et  Claude  le 
Grand  chirurgien  , demeurans  à Ver- 
dun , n’agueres  m’ont  affirmé  auoir 
pensé  la  femme  d’un  nommé  Gras 
bonnet , demeurant  audit  Verdun  , 
laquelle  auoit  vne  aposleme  au  ven- 
tre : de  laquelle  ouuerte  sortit  auec 
le  pus  grand  nombre  de  vers,  gros 
comme  les  doigts,  ayans  la  teste  ai- 
guë, lesquels  lui  auoient  rongé  les 
intestins,  en  sorte  qu’elle  fut  long 
temps  qu’elle  iettoit  ses  excremens  fé- 
caux par  l’vlcere , et  à présent  est  du 
tout  guerie 1  2. 

Antonius  Beniuenius , médecin  de 
Florence,  escrit  qu’vn  quidam  nommé 
Iean,menusier,  aagé  de  quarante  ans, 
auoit  presque  vne  assiduelle  douleur 
de  cœur,  pour  laquelle  auoit  esté  en 
danger  de  mort.  Et  pour  y obuier, 
eut  l’opinion  de  plusieurs  médecins 
de  son  temps  , sans  toutesfois  en 
auoir  receu  aucun  allégement.  Quel- 
que temps  apres  s’adressa  vers  luy  : 
ayant  considéré  sa  douleur , luy 
donna  vn  vomitoire  , par  lequel  ietta 
grande  quantité  de  matière  pourrie 
et  corrompue , sans  toutesfois  appai- 
ser  sa  douleur.  Derechef  luy  ordonna 
vn  autre  vomitoire  , au  moyen  du- 
quel il  vomit  grande  quantité  de  ma- 
tière , ensemble  un  ver  de  grandeur 
de  quatre  doigts  , la  teste  rouge  , 
ronde , et  de  grosseur  d’vn  gros  pois, 
ayant  le  corps  plein  de  poil  follet, 
la  queuë  fourchue  en  forme  de  crois- 

1 Paré  ajoutait  : Comme  tu  peux  voir  par  le 
portrait  cy  dessous , semblable  à celuy  que 
Gemma  a mis  en  son  liure.  J’ai  retranché 
cette  absurde  ligure  , que  Paré  eût  bien  fait 
de  laisser  à Gemma. 

2 C’est  par  cette  histoire,  reproduite  ici 
textuellement , que  commençait  le  chapitre 
18  du  livre  des  Monstres  en  1573, 


LE  D1X-NEVFIÉME  LIVRE  , 


38 

sant,  ensemble  quatre  pieds,  deux 
au  deuant,  et  deux  au  derrière  *. 

le  dis  encore  qu’aux  apostemes  il 
se  trouue  des  corps  fort  estranges , 
comme  pierre,  croye,  sablon,  char- 
bon, coquilles  de  limaçon,  espics, 
foin , cornes , poil , et  autres  choses , 
ensemble  plusieurs  et  diuers  ani- 
maux , tant  morts  que  viuans  2.  Des- 
quelles choses  la  génération  (faite 
par  corruption  et  diuerse  alteration) 
ne  nous  doit  estonner  beaucoup  , si 
nousconsiderons  que,  comme  Nature 
fécondé  a mis  proportionnément  en 
l’excellent  Microcosme  toute  sorte  de 
matière , pour  le  faire  ressembler  et 
estre  comme  image  viue  de  ce  grand 
monde  : aussi  elle  s’esbat  à y repré- 
senter toutes  ses  actions  et  mouue- 
mens,  n’estant  Jamais  oisiue  quand  la 
matière  ne  luy  defaut  point 3. 

1 Ici  encore  revenait  la  phrase  habituelle, 
comme  tu  vois  par  ceste  figure,  suivie  en  effet 
de  la  figure  annoncée,  que  j’ai  supprimée 
comme  les  autres.  Cette  suppression  m’a 
d’autant  moins  coûté  queBenivieni  n’avait 
pas  donné  de  figure,  et  que  c’est  Paré  qui 
l’avait  fait  faire  d’après  la  description.  Du 
reste , cette  histoire  avait  été  ajoutée  en 
chapitre  en  1675,  et  la  figure  seulement 
en  1579. 

2 11  a déjà  dit  quelque  chose  de  semblable 
au  livre  des  Tumeurs  en  general,  ch.  4.  — 
Voyez  t.  i,  p.  324. 

3 Dans  l’édition  de  1573,  le  chapitre  se 
terminait  ainsi  : 

l’ay  escripl  en  mon  Traicté  de  la  Peste 
auoir  reu  vue  femme  qui  auoit  ielté  vnver  par- 
le siégé  de  longueur  plus  d’vnc  toise,  de  figure 
d'vn  serpent  : qui  voudra  sçauoir  la  génération, 
les  especes  et  différences , leurs  diuersilés  de 
couleurs , figures  d'iceux,  les  trouuera  audict 
chapitre. 

Cette  citation  se  rapporte  au  Traité  de 
lu  Peste  de  15G8,  qui  a été  depuis  divisé  en 
deux  livres,  celui  de  la  Peste,  ej  celui  de  la 
petite  Ventile  et  Lepre  ; c’est  dans  ce  der- 
nier, chapitre  4,  que  l’on  trouvera  l’histoire 
et  les  détails  annoncés  par  l’auteur. 


CHAPITRE  XVII. 

DE  CERTAINES  CHOSES  ESTRANGES  OVE 

NATYRE  RÊPOVSSE  PAR  SON  INCOM- 
PREHENSIBLE PROVIDENCE  *. 

Antonius  Beniuenius,  médecin  do 
Florence , escrit  qu’vne  certaine  fe- 
melle aualla  vue  aiguille  d’airain , 

1 Ce  chapitre,  qui  est  bien  le  17e  de  l’é- 
dition primitive  et  de  celle  de  1575  , est  le 
10e  de  toutes  les  autres  éditions  complètes. 
Voyez  la  note  2 de  la  page  33. 

Mais  dans  le  principe  il  ne  commençait 
pas  comme  aujourd’hui.  L’auteur  débutait 
sans  préambule  par  raconter  l’histoire  de 
monsieur  Sarrel , qu’on  lit  aujourd’hui  au 
chapitre  52  du  livre  des  Operations  de  Chi- 
rurgie (voyez  tome  ii,  page  500,  le  texte  et  la 
note!,  et  il  ajoutait:  Ce  que  i’uy  veu  sem- 
blablement aduenir  à monsieur  le  comte  de 
Mansfell , de  sa  blessure  de  pistole  qu'il  eut 
au  bras  senestre  le  iour  de  la  bataille  de 
Monlconlour.  On  trouvera  l’histoire  du  comte 
de  Mansfelt  rapportée  fort  au  long  au  cha- 
pitre 14  du  livre  des  plages  d’harquebuses 
(tome  n , page  163);  seulement  il  est  bien 
remarquable  qu’en  1573  Paré  dise  que  la 
blessure  était  an  bras  senestre  , et  en  1575  , 
au  bras  dexlre;  nouvel  exemple  du  danger 
pour  l’observateur  de  s’en  fier  à sa  mémoire. 
— Ensuite  venait  l'histoire  de  monsieur  de  la 
Croix,  qui  plus  tard  a suivi  le  sort  de  celle 
de  monsieur  Sarrel  (voyez  tome  n,page  500)  ; 
il  faut  dire  pourtant  que  l’édition  de  1573 
ajoute  ce  document  qui  manque  dans  toutes 
les  autres  , que  la  blessure  était  à la  ioinc- 
ture  du  coude  ; mais  quelle  confiance  accor- 
der à ce  renseignement  donné  de  mémoire 
plus  de  neuf  ans  après  l’accident?  et  ne  se 
peut-il  pas  que  Paré  ait  attribué  à M.  de  la 
Croix  les  conditions  de  la  blessure  de  M.  de 
Mansfelt,  pour  lequel  nous  venons  de  voir 
qu’il  avait  commis  une  autre  erreur? 

Quoi  qu’il  en  soit,  notre  auteur  ne  man- 
quait pas,  après  ces  histoires,  de  raconter 
sa  discussion  sur  le  trajet  de  la  sanie  à tra- 
vers les  vaisseaux,  appuyée  de  la  comparai- 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


sans  auoir  senti  aucune  douleur 
l’espace  d’vn  an  : lecpiel  estant  passé, 
luy  suruint  grande  douleur  au  ven- 
tre, et  pour-ce  eut  l’opinion  de  plu- 
sieurs médecins  touchant  cesle  dou- 
leur, sans  leur  faire  mention  de  ceste 
aiguille  qu’elle  auoit  auallée  : tou- 
tesfois  aucun  ne  luy  sceut  donner  al- 
légement : et  vesquit  ainsi  l’espace  de 
dix  ans  1 : lors  tout  à coup  par  vn  pe- 
tit trou  prés  du  nombril , ladite  ai- 
guille sort , et  .fut  guarie  en  peu  de 
temps. 

Vn  escolier  nommé  Chambellant, 
natif  de  Bourges,  estudiant  à Paris 
au  college  de  Presle  , aualla  vn  espy 
d'herbe  nommé  gramen,  lequel  sortit 
quelque  temps  apres  entre  les  cosles 
tout  entier,  dont  il  en  cuida  mourir: 
et  fut  pensé  par  défunt  monsieur  Fer- 
nel,  et  monsieur  Huguet,  Docteurs 
en  la  faculté  de  Medecine.  Il  me  sem 
ble  que  c’estoil  fort  fait  à Nature  d’a- 
uoir  expulsé  ledit  espy  de  la  substance 
des  poumons  , auoir  fait  ouuerture  à 
la  membrane  pleuretique , et  aux 
muscles  qui  sont  entre  les  costes  : et 
neantmoins  receut  guérison  : et  croy 
qu’il  soit  encore  viuant. 

son  des  monte-vins , de  celle  du  lait  des 
femmes  nouvellement  accouchées  qui  s’é- 
coule par  la  matrice  ; en  alléguant  égale- 
ment l’exemple  du  chyle  attiré  par  le  foie  , 
de  la  semence  parcourant  les  vaisseaux  du 
testicule.  On  peut  retrouver  toute  cette  dis- 
cussion, avec  des  changements  insignitiants 
de  rédaction,  aux  pages  501  et  502  de  notre 
tome  deuxième. 

Après  tout  cela  venait  ensuite  l’histoire  de 
l 'escolier  Chambellant , qui  est  la  seconde  du 
chapitre  actuel.  Quant  à celle  de  Beni- 
vieni,  elle  a été  ajoutée  en  1575  , en  même 
temps  que  toutes  les  précédentes  étaient 
supprimées. 

1 Paré  avait  mis  par  erreur,  deux  ans;  le 
texte  de  Benivieni  porte  , decem  annis. 


3g 

Cabrolle  1 , chirurgien  de  monsieur 
le  Mareschal  d’Anuille,  n’agueres  m’a 
certifié  que  François  Guillemet , chi- 
rurgien de  Sommieres  , petite  ville 
qui  est  à quatre  lieuës  prés  de  Mont- 
pellier, auoit  pensé  et  guéri  vn  berger 
auquel  des  voleurs  au  oient  (ail  aualler 
vn  Cousteau  de  longueur  d’vn  demy- 
pied,  et  le  manche  estoil  de  corne,  de 
grosseur  d’vn  pouce  : qui  fut  l’espace 
de  six  mois  en  son  corps,  se  plaignant 
grandement,  et  deuinl  clique,  sec 
et  émacié  : en  fin  luy  suruint  vne 
aposteme  au-dessous  de  l’aine,  ietlant 
grande  quantité  de  pus  fort  puant  et 
infect , par  laquelle  en  presence  de  la 
iustice  fut  tiré  ledit  Cousteau  , lequel 
monsieur  Ioubert,  médecin  célébré 
à Montpellier,  garde  en  son  cabinet , 
et  l’a  vnonstré  à plusieurs,  comme 
vne  chose  admirable,  dignede  grande 
mémoire  , et  monstrueuse.  Ce  que 
pareillement  Iacques  Guiilemeau  , 
Chirurgien  luré  à Paris,  m’a  affermé 
auoir  veu  au  cabinet  de  monsieur 
Ioubert,  pour  lors  estant  à Mont- 
pellier2. 

Monsieur  deRohan  auoit  vb  fol  nom- 
mé Guion,  qui  aualla  la  pointe  d’vue 
espée  tranchante,  de  longueur  de 
trois  doigts  ou  enuiron , et  douze  iours 
apres  la  ietla  par  le  siégé  : et  ne  fut 
sans  luy  aduenir  de  grands  accidens, 
toutesfois  réchappa  : il  y a des  gen- 

1 L’édition  de  157S  disait  monsieur  Ca- 
brolle ; le  monsieur  a été  retranché  dès  1 579 , 
probablement  parce  que  c’était  trop  d’hon- 
neur pour  un  chirurgien.  Cabrol  vivait  en- 
core en  1595. 

2 Cette  dernière  phrase , dans  laquelle 
Paré  appelle  Guiilemeau  en  lémoignage,  a 
été  ajoutée  en  1579  , et  n’a  pas  été  changée 
depuis.  On  voit  que  Guiilemeau  n’y  est  pas 
encore  nommé  chirurgien  du  roi.  Voyez 
tome  h,  page  799,  la  note  1 de  la  deuxième 
colonne. 


LE  DIX-NEVFIÉME  LIVRE  , 


4o 

tils-hommes  de  Bretagne  encore  vi- 
nans  qui  la  luy  virent  aualler. 

On  a veu  aussi  à certaines  fem- 
mes , l’enfant  estant  mort  dans  leur 
matrice,  les  os  sortir  par  l’ombilic, 
et  la  chair  par  pourriture  estre  ieltée 
par  le  col  de  leur  matrice , et  par  le 
siégé,  s’estant  fait  abcès:  ce  que  deux 
chirurgiens  célébrés  et  dignes  de  foy 
m’ont  certiüé  auoir  veu  à deuxdiuer- 
ses  femmes. 

Pareillement  monsieur  Dalechamps 
en  sa  Chirurgie  Françoise  , recite 
qu’Albucrasis  auoit  traiié  vne  dame 
de  mesme  chose  , dont  l’issue  fut 
bonne,  ayant  recouuert  sa  santé, 
toutesfois  sans  porter  enfans  depuis. 

Semblablement  est  vne  chose  bien 
monstrueuse  de  voir  vne  femme  , 
d’vne  suffocation  de  matrice  estre 
trois  iours  sans  se  mouuoir,  sans  ap- 
parence de  respirer  , sans  apparente 
pulsation  d’artere  : dont  quelques 
vnes  ont  esté  enterrées  viues,pensans 
leurs  amis  qu’elles  fussent  mortes. 

Monsieur  Fernel  escrit  d’vn  certain 
adolescent,  lequel  apres  auoir  pris 
grand  exercice,  commença  à toussir 
iusques  à tant  qu’il  eust  ietté  vne 
aposteme  entière  de  la  grosseur  d’vn 
œuf,  laquelle  estant  ouuerle  fut  trou- 
uée  pleine  de  boué  blanche,  enue- 
loppée  en  vne  membrane.  Iceluy 
ayant  craché  le  sang  par  deux  jours, 
auec  vne  grande  fiéure , toutesfois 
réchappa  l. 

L’enfant  d’un  marchand  drapier, 
nommé  de-Plcurs,  demeurant  au  coin 
de  la  rue  neufue  nostre  Dame  de  Pa- 
ris, aagé  de  vingt  deux  mois  , aualla 
vne  piece  d’vn  miroir  d’acier,  qui 
descendit  en  la  bourse,  et  fut  cause 
de  sa  mort.  Estant  décédé , fut  ou- 

1 Le  chapitre  se  terminait  là  en  1573  et 

1575;  le  reste  est  de  diverses  dates. 


uert  en  la  presence  de  monsieur  le 
Gros,  docteur  regent  en  la  faculté  de 
Medecine  à Paris , et  l’ouuerture 
faite  par  maistre  Balthazar,  chirur- 
gien pour  lors  de  l’Hostel-Dieu.  Cu- 
rieux de  la  vérité  , m’en  allay  parler 
à la  femme  dudit  de-Pleurs  , laquelle 
m’affirma  'a  chose  estre  vraye,  et  me 
monstra  la  piece  de  miroir  qu’elle 
portoit  en  sa  bourse  : qui  estoit  de 
telle  figure  et  grandeur  '. 

Figure  d'vue  piece  de  miroir,  qu’avatla  vu  en- 
fant aagé  de  vingt  deux  mois,  qui  fut  cause 
de  sa  mort. 


Valescus  de  Tarante  médecin , en 
ses  Obseruations  médicinales  et  exem- 
ples rares,  dit  qu’vne  ieune  fille  Vé- 
nitienne aualla  vne  aiguille  en  dor- 
mant, de  la  longueur  de  quatre  doigts, 
et  dix  mois  après  la  ietla  par  la  vessie 
auec  l’vrine  2. 

L’an  1578,  au  mois  d'octobre,  Tien- 
nette  Chartier,  demeurant  à sainct 
Maur  les  Fossés  , femme  vefue  aagée 
de  quarante  ans,  estant  malade  d’vne 
fiéure  tierce , vomit  au  commence- 
ment de  son  accès  grande  quantité 
d’humeur  bilieux  , auec  lequel  elle 

1 Cette  histoire  a été  ajoutée  en  1585,  de 
même  que  l’observation  suivante  de  Va- 
lescus. 

2 Valescus  de  Tarente  n’a  point  écrit 
A’ Observations  médicinales  ; Paré  cite  par 
mégarde  le  titre  d’un  livre  de  Rembert  Do- 
doens , Medicinalium  Observationum  Exem- 
pta rara  , à la  suite  duquel  Dodoens  a publié 
quelques  faits  extraits  du  Philonium  de  Va- 
lescus. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


reietta  trois  vers  qui  estoieut  ve- 
lus, et  (lu  tout  semblables  en  figure, 
couleur,  longueur  et  grosseur  à che- 
nilles, sinon  qu’ils  est  oient  plus  noirs: 
lesquels  depuis  vesquirent  huitiours 
et  plus,  sans  aucun  aliment.  Et  furent 
iceux  apportés  par  le  barbier  dudit 
sainct  Maur  à monsieur  Milot, docteur 
et  lecteur  des  escoles  en  Médecine, 
quipensoit  lors  ladite  Chartier,  lequel 
me  les  monstra.  Messieurs  le  Féure, 
leGros,Marescot,et  Courtin  Docteurs 
en  Medecine,  les  ont  aussi  veus 

le  ne  puis  encore  passer  que  ne 
recite  ceste  histoire  prise  aux  Chro- 
niques de  Monstrelet , d’vn  franc-ar- 
cher de  Meudon  près  Paris , qui  estoit 
prisonnier  au  Chastelet  pour  plu- 
sieurs larcins,  dont  il  fut  condamné 
(l’estre  pendu  et  estranglé:  il  en  ap- 
pella  en  la  cour  deParlement,  et  par 
icelle  cour  fut  déclaré  estre  bien  iugé 
et  mal  appelle.  En  mesme  iour  fut 
remonstré  au  roy  par  les  médecins 
de  la  ville,  que  plusieurs  estoient  fort 
trauaillés  et  molestés  de  pierre,  coli- 
que, passion  et  maladie  de  costé, 
dont  estoit  fort  molesté  ledit  franc- 
archer,  et  aussi  desdites  maladies  es- 
toit fort  molesté  monseigneur  de 
Boscage , et  qu’il  seroit  fort  requis  de 
voir  les  lieux  où  lesdites  maladies 
sont  concreées  dedans  les  corps  hu- 
mains, laquelle  chose  ne  pouuoit  es- 
tre mieux  sceuë  qu’en  incisant  le 
corps  d’un  homme  viuant  : ce  qui 

1 Cette  histoire  a été  ajoutée  en  1575  , en 
même  temps  que  la  suivante.  La  place 
qu’elles  occupent  est  une  nouvelle  preuve 
du  peu  de  soin  avec  lequel  Paré  faisait  ces 
additions;  car  évidemment  cette  histoire  de 
vers  rejetés  par  le  vomissement  revenait  de 
droit  au  chapitre  qui  précède;  et  l’anecdote 
du  franc  archer  de  Meudon  convenait  beau- 
coup mieux  au  chapitre  des  pierres  qui  s'en- 
gendrent au  corps  humain. 


4t 

pouuoit  estre  bien  fait  en  la  personne 
d’iceluy  franc-archer,  qui  aussi  bien 
estoit  prest  de  souffrir  la  mort  : la- 
quelle ouuerture  fut  faite  au  corps 
dudit  franc-archer,  et  dedans  iceluy 
quis  et  regardé  le  lieu  desdites  ma- 
ladies, et  après  qu’ils  eurent  esté 
veus,  fut  recousu,  et  ses  entrailles 
remises  de  lans  : et  par  l’ordonnance 
du  roy  fut  bien  pensé,  tellement  que 
dedans  quelques  iours  il  fut  bien 
guari  : et  eut  sa  remission  , et  luy  fut 
donné  auec  ce  argent1. 


CHAPITRE  XVI1T. 

DE  PL  VSIEVRS  AVTRES  CHOSES  ES- 
TRANGES. 

Alexandre  Benedict  recite  en  sa 
Pratique , auoir  veu  vne  femme 
nomméeVictoire,  laquelle  auoit  perdu 
toutes  ses  dents  : et  estant  deuenue 
chauue,  autres  dents  luy  reuinrent 
toutes  en  l’aagc  de  quatre  vingts  ans. 

Antonius  Beniuenius  médecin  , au 
liure  1.  chap.  83,  fait  mention  d’vn 
nommé  Iacques  le  larron  , lequel  es- 
tant décédé,  luy  fut  trouué  le  cœur 
tout  couuert  de  poil  a. 

Le  fils  de  Bermon  , Baille  demeu- 
rant en  la  ville  de  S.  Didier,  au  pais 
de  Vellay  , auoit  vne  loupe  sur  le 
sourcil  de  l’œil  dextre,  laquelle  com- 
mençait desia  à l’offusquer  et  cou- 
urir,  et  partant  voulut  que  i’en  fisse 
amputation  ( ce  que  ie  fis  il  n’y  a pas 
long  temps  et  trouuay  la  loupe  pleine 

1 On  peut  comparer  cette  citation  avec  le 
texte  original  de  Jean  de  Troyes,  que  j’ai 
donné  dans  mon  Introduction,  tome  i,  page 
cv.  C’est  à Jean  de  Troyes  que  Monstrelet 
avait  emprunté  cette  anecdote. 

2 Cette  citation  de  Beniyenius  ne  date  que 
de  1585. 


4 2 LE  DIX-NE  VFIEME  LIVRE 


de  poil,  auec  vue  matière  mucilagi- 
neuse  : et  en  huit  iours  la  playe  fut 
totalement  consolidée  *. 

Esticnne  Tessier,  maistre  barbier 
chirurgien  demeurant  à Orléans, hom- 
me de  bien,  et  expérimenté  en  son 
art,  m’a  recité  que  depuis  peu  de 
temps  auoit  pensé  et  médicamenté 
Charles  Verignel,  sergent  demeurant 
à Orléans,  d’vne  pîaye  qu’il  auoit  re- 
ceuë  au  jarret,  partie  dexlre,  auec 
incision  totale  des  deux  tendons  qui 
fléchissent  le  jarret  : et  pour  l’habil- 
ler luy  fit  fléchir  la  iambe , en  sorte 
qu’il  cousit  les  deux  tendons  bout  à 
bout  Tvn  de  l’autre,  et  la  situa  et 
traila  si  bien  , que  la  playe  fut  con- 
solidée sans  estre  demeuré  boiteux  : 
chose  digne  d’estre  bien  notée  au 
ieune  chirurgien  , à fin  que  lorsqu’il 
luy  viendra  entre  ses  mains  telle 
chose,  il  en  face  le  semblable. 

Que  diray-ie  d’auantage?  C’est  que 
i’ay  veu  plusieurs  guaris,' ayans  des 
coups  il’espées  , de  fléchés,  d’harque- 
buse  au  trauers  du  corps  : d’autres 
des  playes  à la  teste,  auec  déperdition 
de  la  substance  du  cerueau  : autres 
auoir  les  bras  et  les  iambes  empor- 
tées de  coups  de  canon , neantmoins 
receuoir  guarison  : et  d’autres  qui 
n’auoient  que  des  petites  playes  su- 
perficielles, que  l’on  eslhnoit  n’ es- 
tre rien  , toutesfois  mouroient  auec 
grands  et  cruels  accidens.  Hippo- 
crates au  cinquième  des  épidémies, 
dit  auoir  arraché  six  ans  apres  vn 

1 J’ai  rétabli  celte  observation  dans  le 

texte  d’après  l’édition  de  1573.  Elle  avait  été 
retranchée  dès  1575,  et  il  est  difficile  d’en 
Comprendre  la  raison , à moins  que  l’auteur 
ne  l’ait  effacée  par  erreur  avec  une  phrase 
qui  suivait  concernant  les  corps  étrangers 
dans  les  loupes  et  apostèmes,  et  qu’il  vou- 
lait transporter  au  livre  des  Tumeurs,  ch.  4. 
Voyez  la  note  1 de  la  page  39. 


fer  de  fléché  qui  estoit  demeuré  au 
plus  profond  de  Taine,  et  n’en  rend 
autre  cause  decesle  longue  demeure, 
sinon  qu’il  estoit  demeuré  entre  les 
nerfs,  veines,  et  artères  sans  en  bles- 
ser vne  seule  >.  Et  pour  conclusion 
ie  diray  auec  Hippocrates  (pere  et 
aulbcur  de  la  medecine)  qu’aux  ma- 
ladies il  y a quelque  chose  de  diuin, 
dont  l’homme  n’en  sçauroit  donner 
raison.  le  ferois  icy  mention  de  plu- 
sieurs autres  choses  monstrueuses 
qui  se  font  aux  maladies,  n’estoit  que 
ie  crains  d’estre  trop  prolixe,  et  répé- 
ter vne  chose  trop  de  fois. 


CHAPITRE  XIX. 

EXEMPLE  DES  MONSTRES  QV1  SE  FONT 

PAR  CORRVPTION  ET  POVRRITVRE 1  2. 

Boistuau  en  ses  Histoires  prodigieu- 
ses escrit,  que  luy  estant  en  Auignon, 
vn  artisan  ou  tirant  vn  cercueil  de 
plomb  d’vn  mort , bien  couuert  et 
soudé,  de  façon  qu’il  n’y  auoit  aucun 
air,  fut  mordu  d’un  serpent  qui  estoit 
enclos  dedans,  la  morsure  duquel  es- 
toit si  veneneuse,  qu’il  en  cuidajnou- 
rir.  L’on  peut  bien  donner  raison  de 
la  naissance  et  de  la  vie  de  cest  ani- 
mal : c’est  qu’il  fut  engendré  de  la 
pourriture  du  corps  mort. 

1 Cette  histoire,  empruntée  d’Hippocrate, 
n’a  été  insérée  en  cet  endroit  qu’en  1579. 

2 Ce  chapitre  était  bien  plus  étendu  dans 
les  deux  éditions  de  1573  et  1575.  Il  com- 
mençait par  une  discussion  sur  les  serpents 
contenus  dans  la  matrice  des  femmes,  puis 
par  deux  autres  histoires  tirées  de  Lcvinus 
et  de  Lycosthèncs.  Tout  cela  a été  reporté 
en  1579  dans  un  appendice  au  chapitre  3 du 
livre  de  la  petite  Vcrollc , que  j’ai  remis  à 
sa  place  naturelle  comme  chap.  16  du  pré- 
sent livre.  Voyez  les  notes  despages  33  et  36. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


Baptiste  Leon  escrit  pareillement, 
que  du  temps  du  Pape  Martin  cin- 
quième , fut  trouué  en  \ne  grande 
pierre  solide  vn  serpent  vif  enclos , 
n’y  ayant  aucune  apparence  de  ves- 
tige par  lequel  il  deust  respirer. 

En  cest  endroit  ie  veux  reciter  vne 
semblable  histoire.  Estant  en  vne 
mienne  vigne  près  le  village  de  Meu- 
don  1 , où  ie  faisois  rompre  de  bien 
grandes  et  grosses  pierres  solides , on 
trouua  au  milieu  de  l’vne  d’icelles 
vn  gros  crapaud  vif,  et  n’y  auoit  au- 
cune apparence  d’ouuerlure  : et  m’es- 
inerueillay  comme  cest  animal  auoit 
peu  naistre,  croislre  et  auoir  vie.  Lors 
le  carrier  me  dit  qu’il  ne  s’en  falloit 
esmerueillor  , par-oe  que  plusieurs 
fois  il  auoit  trouué  de  tels  et  autres 
animaux  au  profond  des  pierres,  sans 
apparence  d’aucune  ouuerture.  On 
peut  aussi  donner  raison  de  la  nais- 
sance et  vie  de  ces  animaux  : c’est 
qu’ils  sont  engendrés  de  quelque  sub- 
stance humide  des  pierres,  laquelle  bu 
midité  putréfiée  produit  telles  bestes. 


CHAPITRE  XX. 

EXEMPLE  DE  LA  COMMISTION  ET  MES- 
LANGE  DE  SEMENCE. 

Il  y a des  monstres  qui  naissent 
moitié  de  figure  de  bestes , et  l’autre 
humaine, ou  du  tout  retenans  des  ani- 
maux, qui  sont  produits  des  sodo- 
mites et  des  alheistes , qui  se  joignent 
et  desbordent  contre  nature  auec  les 
bestes,  et  de  là  s’engendrent  plu- 

1 Nous  avons  dit  dans  notre  introduction, 
d’après  M.  E.  Bégin  , que  Paré  avait  une 
campagne  à Meudon  ; lui-mème  nous  donne 
ici  la  preuve  qu’il  y possédait  en  effet  que  1- 
ques  propriétés. 


43 

sieurs  monstres  hideux  et  grande- 
ment honteux  à voir  et  à en  parler. 
Toutesfois  la  dcshonnestetc  gist  en 
effet , et  non  en  paroles  : et  est  lors 
que  cela  se  fait  vne  chose  fort  mal- 
heureuse et  abominable,  et  grande 
horreur  à l’homme  ou  à la  femme  se 
mesler  et  accoupler  auec  les  bestes 
brutes  : et  partant  aucuns  naissent 
demy  hommes  et  demy  bestes. 

Le  semblable  se  fait , si  bestes  de 
diuerses  especes  cohabitent  les  vnes 
auec  les  autres,  à cause  que  Na- 
ture taschc  tousiours  à faire  son  sem- 
blable : comme  il  s’est  vu  vn  aigneau 
ayant  la  teste  d’un  porc,  parce  qu’vn 
verrat  auoit  couuert  la  brebis  : car 
nous  voyons  mesme  aux  choses  ina- 
nimées, comme  d’vn  grain  de  fro- 
ment , venir  non  l’orge , mais  le  fro- 
ment : et  du  noyau  d’abricot  venir  vn 
abricotier,  et  non  le  pommier,  par  ce 
que  Nature  garde  tousiours  son  genre 
et  espece. 

L'an  1493,  vn  enfant  fut  conceu  et 
engendré  d’vne  femme  et  d’vn  chien , 
ayant  depuis  le  nombril  les  parties 
supérieures  semblables  à la  forme  et 
figure  de  la  mere,  et  estoit  bien  ac- 
compli , sans  que  Nature  y eust  rien 
obmis  : et  depuis  le  nombril  auoit 
toutes  les  parties  inferieures  sembla- 
bles aussi  à la  forme  et  figure  de  l’a- 
nimal qui  estoit  le  pere  : lequel  (ainsi 
que  Volateranus  escrit)  fut  enuoyé 
au  pape  qui  regnoit  en  ce  temps-là. 
Cardan,  liure  14.  chap.  G4.  de  la  va- 
riété des  choses , en  fait  mention  '. 

Cœlius  Rhodiginus  en  ses  antiques 

1 Ici  Paré  donnait  la  figure  d’vnenfunidemy- 
chien  que,  malgré  ses  savantes  citations,  il 
avait  tout  simplement  copiée  de  I.ycosthè- 
nes,  son  guide  ordinaire,  ouv.  cité,  p.  602 
et  656. 


44  LE  DIX-NEVFnhîE  LIVRE  , 


Leçons  1 , dit  qu’vn  pasteur  nommé 
Cratain  en  Cybare,  ayant  exercé  auec 
vne  de  ses  chéures  son  désir  brutal, 
la  chéure  ehéurcta  quelque  temps 
apres  un  chéureau  qui  auoit  la  teste 
de  figure  humaine,  et  semblable  au 
pasteur  : mais  le  reste  du  corps  sem- 
bloil  à la  chéure. 

L’an  onze  cens  et  dix,  vne  truye 
en  vn  bourg  du  Liege  cochonna  vn 
cochon  ayant  la  teste  et  le  visage 
d’homme , semblablement  les  mains 
et  les  pieds , et  le  reste  comme  vn  co- 
chon2. 

L’an  1504  à Bruxelles,  au  logis  d’un 
nommée  loest  Dickpert,  demeurant 
rue  Warmoesbroeck , vne  truye  co- 
chonna six  cochons,  desquels  le  pre- 
mier estoit  vn  monstre  ayant  face 
d’homme, ensemble  bras  et  mains, re- 
présentant l’humanité  généralement 
depuis  les  espaules  : et  les  deux  iam- 
bes  et  train  de  derrière  de  pourceau  , 
ayant  la  nature  de  truye  : il  tetoit 
comme  les  autres,  et  vesquit  deux 
iours  : puis  fut  tué  auec  la  truye, 
pour  l’horreur  qu’en  auoit  le  peuple 3. 

L’an  1571  à Anuers,  la  femme  d’vn 

1 Lib.  25,  ch.  32.  — A.  P.  — 1573. 

2 Ici  se  trouvait  la  fiqure  d’vn  cochon  ayant 
la  teste , pieds  et  mains  d’homme , et  le  reste 
d’vn  cochon.  Paré  citait  en  marge  Lycosthe- 
nes;  et  en  effet  on  trouve  cette  figure  répé- 
tée en  de  nombreux  endroits  de  l’ouvrage 
de  cet  auteur,  pages  124,  136,  371  , 374, 
etc.,  etc. 

3 Toutes  les  éditions  ajoutent:  dont  tu  as 
icy  le  portrait  qui  t’est  représenté  le  plus  natu- 
rellement possible;  puis  venait  une  figure  ab- 
surde, dont  on  peut  se  faire  une  idée  d’après 
le  texte.  Je  ne  sais  où  Paré  a emprunté  cette 
hisloire,  non  plus  que  la  suivante,  à moins 
que  ce  ne  soit  à Cornélius  Gemma,  déjà  cité 
plus  haut,  page  38, 


compagnon  imprimeur  nommé  Mi- 
chel , demeurant  au  logis  de  Iean 
Mollin,  tailleur  d’histoires,  à l’ensei- 
gne du  pied  d’or,  à la  Camerslrate  , 
le  propre  iour  sainct  Thomas,  sur  les 
dix  heures  du  matin  , accoucha  d’vn 
monstre  représentant  la  figure  d’vn 
vray  chien,  excepté  qu’il  auoit  le  col 
fort  court , et  la  teste  ne  plus  ne 
moins  qu’vne  volaille,  toutesfois  sans 
poil  : et  n’eut  point  de  vie,  parce  que 
ladite  femme  accoucha  auant  terme  : 
et  à l’heure  mesme  de  son  enfante- 
ment , iettant  vn  horrible  cry  ( chose 
esmerueillable)  la  cheminée  du  logis 
cheut  par  terre,  sans  aucunement  of- 
fenser quatre  petits  enfans  qui  es- 
toient  à l’entour  du  foyer1. 

L’an  1224,  prés  de  Yerone  , vne  iu- 
ment  poulena  vn  poulain  qui  auoit 
vne  teste  d’homme  bien  formée,  et  le 
reste  d’vn  clieual.  Le  monstre  auoit  la 
voix  d’homme,  au  cry  duquel  vn  vil- 
lageois du  pais  accourut,  et  s’eston- 
nant  de  voir  vn  monstre  si  horrible  , 
le  tua  : à raison  de  quoy  estant  mis 
en  Justice , et  interrogué  tant  sur  la 
naissance  de  ce  monstre  que  de  la  rai- 
son qui  le  luy  auoit  fait  tuer  , dit  que 
l’horreur  et  espouuentement  qu’il  en 
auoit  eu  le  luy  auoit  fait  faire  , et 
partant  fut  absout 2. 

1 L’auleur  ajoutait  en  1573  : Et  pareeque 
c’est  vne  chose  recente  , il  m’a  semblé  bon  pour 
la  postérité  d’en  donner  icy  le  portrait.  Plus 
tard  il  effaça  ces  mois  ambitieux  : pour  la 
postérité,  et  j’ai  supprimé  tout  le  reste. 

2 Cette  histoire  ne  se  lit  ici  que  dans  les 
éditions  de  1573  et  1575;  plus  tard  elle  fut 
transportée  au  chapitre  3 (voyez  ci-devant, 
page  4,  la  note  1 de  la  2e  colonne).  Mais 
elle  avait  été  étrangement  écourtée,  et  c’est 
pourquoi  j’ai  cru  devoir  la  rétablir  ici  avec 
le  texte  complet  pwonlif. 


DES  MONSTRES 

Loys  Cellée  escrit  auoir  leu  en  vn 
aulheur  approuué  , qu’vne  brebis 
conceut  el  aignela  d’vn  lyon,  chose 
monstrueuse  en  nature 

Le  13.  iour  d’auril  1573,  vn  aigneau 
nasquit  en  vn  lieu  nommé  Chambe- 
noist,  faux-bourg  de  Sezanne,  en  la 
maison  de  Iean  Poulet , mesureur  de 
sel  : el  nefutconneu  en  cest  aigneau 
vie  , sinon  qu’il  fut  veu  remuer  bien 
peu  : sous  les  oreilles  y auoil  vne  em- 
boucbeure  approchant  de  la  forme 
d’vnc  lamproye 1  2. 

Ceste  année  présente  mil  cinq  cens 
soixante  et  dix  sept , nasquit  vn  ai- 
gneau au  village  nommé  Blandy,  vne 
lieue  el  demie  prés  Melun,  ayant  trois 
lestes  en  vne  : celle  du  milieu  estoit 
plus  grosse  que  les  deux  autres  , et 
quand  vne  desdites  lestes  belloit , les 
autres  faisoient  le  semblable.  Maistre 
lean  Bellanger,  chirurgien  demeu- 
rant en  la  ville  de  Melun,  affirme  l’a- 
uoir  veu  , et  en  a fait  portraire  la  fi- 
gure , laquelle  a esté  criée  et  vendue 
parceste  villede Paris,  auecpriuilege, 
auec  deux  autres  monstres,  l’vn  de 
deux  filles  iumelles,  et  vn  autre  ayant 
la  face  d’vne  grenouille,  qui  a esté  cy 
deuant  figuré3. 

1 Cette  citation  de  Louis  Cellée  a été  ajou- 
tée en  1585. 

* La  figure  duquel  est  telle  que  tu  vois  ; en- 
core une  figure  absurde  que  j’ai  retran- 
chée, et  dont  on  peut  d’ailleurs  se  faire  une 
suffisante  idée  d’après  le  texte.  Cette  his- 
toire a été  ajoutée  en  1579. 

3 La  date  de  cette  histoire  indique  assez 
qu’elle  n’a  pu  être  insérée  ici  qu’en  1579.  On 
voit  cependant  par  ces  deux  dates  que  Paré 
n’attendait  pas  la  réimpression  de  ses  OEu- 
vres  pour  y ajouter  et  corriger. 

La  figure  à laquelle  il  renvoie  a été  sup 
primée  ; mais  on  peut  en  voir  l’histoire  ci- 
devant,  pages  24  et  25. 


ET  PRODIGES.  ^5 

La  figure  d'vu  aigneau  ayant  trois  testes. 


Il  y a des  choses  diuines  cachées  et 
admirables  aux  monstres  , principa- 
lement à ceux  qui  aduiennent  du 
tout  contre  nature  : car  à iceux  les 
principes  de  philosophie  faillenl,  par- 
tant on  n’y  peut  asseoir  certain  loge- 
ment. Aristote  en  ses  problèmes  dit 
qu’il  se  fait  des  monstres  en  nature,  à 
cause  de  la  mauuaise  disposition  de 
la  matrice,  et  cours  de  certaines  con- 
stellations. Ce  qui  aduint  du  temps 
d’Albert,  en  vne  métairie,  qu’vne  va- 
che fit  vn  veau  demy-homme  : de- 
quoy  les  villageois  se  doutans  du 
pasteur,  l’accuserent  en  iugement , 
pretendans  le  faire  brusler  auec  la- 
dite vache  : mais  Albert , pour  auoir 
fait  plusieurs  expériences  en  astro- 
nomie , connoissoit  ( disoit- il  ) la  vé- 
rité du  fait , et  dit  cela  estre  aduenu 
par  vne  spéciale  constellation  : de 
sorte  que  le  pasteur  fut  deliuré  et 
purgé  de  l’imposition  de  tel  execrable 
crime.  le  doute  fort  si  le  iugement  du 
seigneur  Albert  estoit  bon  '. 

1 Les  éditions  de  1573  et  1575  ajoutent  : 
parce  que  Dieu  n’est  point  lié  ny  subiecl  de 
suyure  l’ordre  qu’il  a establi  en  nature,  ny  en 
mouvement  des  astres  et  planettes.  En  même 
temps  on  lisait  cette  note  marginale  : Le  iu- 
gement des  astrologues  est  fort  douteux,  que  ie 


A6  LE  DIX-TVEVFlÉME  LITRE 


Or  ie  délaissé  icy  à escrire  plusieurs 
autres  monstres  engendres  de  ceste 
farine  , ensemble  leurs  portraits,  les- 
quels sont  si  hideux  et  abominables, 
non  seulement  à voir,  mais  aussi  d’en 
ouyr  parler , que  pour  leur  grande 
détestation  ne  les  ay  voulu  reciter 
ne  faire  portraire.  Car  ( comme  dit 
Boistuau,  apres  auoir  récité  plusieurs 
histoires  sacrées  et  profanes,  qui  sont 
toutes  remplies  de  griefues  peines  sus 
les  paillards)  que  doiuent  espérer  les 
atheïstes  et  sodomites,  qui  se  ioignent 
contre  Dieu  et  Nature  ( comme  i’ay 
dit  cy-dessus)  auec  les  bestes  brutes? 
A ce  propos  saint  Augustin  dit , la 
peine  des  paillards  estre  de  tomber 
en  aueuglement , et  deuenir  enragés 
apres  qu’ils  sont  délaissés  de  Dieu , et 
ne  voir  point  leur  aueuglement , ne 
pouuans  escouter  bon  conseil,  prouo- 
quans  l’ire  de  Dieu  contre  eux. 


CHAPITRE  XXL 

EXEMPLE  DE  L’ARTIFICE  DES  MESCH ANS 
GVEVX  DE  LO  STI  ERE  l. 

I’ay  souuenance estant  à Angers, 
mil  cinq  cens  vingt  cinq , qu’vn  mes- 
cliant  coquin  auoit  coupé  le  bras 
d’vn  pendu  , encores  puant  et  infect, 
lequel  il  auoit  attaché  à son  pour- 
point, estant  appuyé  d’vne  fourchette 
contre  son  costé , et  cachoit  son  bras 

leur  laisse  à disputer  et  à prouuer.  leremie,  10. 
Dieu  n’ est  point  subiei  aux  astres,  car  il  est 
autlieur  de  toutes  choses.  Liure  des  Epheses. — 
Les  derniers  membres  de  ces  deux  phrases  : 
que  ie  leur  laisse,  etc.;  car  il  est  autlieur,  etc. 
furent  retranchés  en  1558. 

1 Gueux  de  l’ Ostiere  ou  de  l'hostiere,  men- 
diants ; le  traducteur  latin  traduit  ce  mot 
par  mendicantes.  Le  Mabelaisiana  donne 


naturel  derrière  son  dos , couuert  de 
son  manteau,  à tin  qu’on  estimast  que 
le  bras  du  pendu  estoit  le  sien  propre  : 
et  crioit  à la  porte  du  temple  qu’on 
lui  donnast  l’aumosne  en  l’honneur 
de  sainct  Antoine.  Vn  iour  du  Ven- 
dredy  sainct,  le  monde  voyant  ainsi 
le  bras  pourri , luy  faisoit  aumosne, 
pensant  qu’il  l'ust  vray.  Le  coquin 
ayant  par  long  espace  de  temps  re- 
mué ce  bras,  en  fin  se  de9tacha  et 
tomba  en  terre , où  tout  9ubit  le  re- 
louant, fut  apperceu  de  quelques-vns 
auoir  deux  bons  bras,  sans  celuy  du 
pendu  : alors  fut  mené  prisonnier, 
puis  condamné  à auoir  le  fouet , par 
l’ordonnance  du  magistrat,  ayant  le 
bras  pourri  pendu  à son  col , deuant 
son  estomach,  et  banni  à iamais  hors 
du  pays. 


CHAPITRE  XXII. 

l’imvostvbe  d’vne  brlistresse  fei- 
gnant AVOIR  VN  CHANCRE  A LA  MAM- 
MELLE. 

Vn  mien  frere  nommé  lehan  Paré1, 
chirurgien  demeurant  à Vitré,  ville 
de  Bretagne  , vit  vne  grosse  et  po- 
telée cagnardiere  demandant  l’au- 
mosne  à la  porte  d’vn  temple  vn  di- 
manche , laquelle  feignoit  auoir  vn 
chancre  à la  mammelle , qui  estoit 
vne  chose  fort  hideuse  à voir,  à cause 
d'une  grande  quantité  de  boue  qui 

comme  synonymes:  gueux  de  l’hôpital,  ou 
suivant  d’autres  , gueux  de  l’osl , qui  demande 
à ta  porte  des  maisons. 

‘ Toutes  les  éditions  du  vivant  de  l’auteur 
portent  lehan,  les  autres  tean  ; j’ai  conservé 
l’orthographe  primitive,  qui  peut  être  re- 
gardée à la  fois  comme  celle  de  l’auteur  et 
celle  de  l’époque  dont  il  parle. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


sembloit  en  découler  sus  vn  linge 
qu’elle  auoit  deuant  soy.  Mondit 
frere contemplant  sa  face,  qui  esioit 
d’vne  viue  couleur,  monstrant  estre 
bien  saine,  et  les  parties  d’autour 
son  chancre  vlceré  blanches  et  de 
bonne  couleur,  et  le  reste  de  son 
corps  bien  habitué,  iugea  en  soy- 
inesme  que  ceste  garce  ne  pouuoit 
auoir  vn  chancre  estant  ainsi  grasse , 
potelée  et  goujue  , s’asseurant  que 
c’estoit  vne  imposture  : ce  qu’il  dé- 
nonça au  magistrat  (dit  en  ce  pays-là 
l’Aloüé  * ) , lequel  permit  à mondit 
frere  la  faire  mener  en  son  logis  pour 
connoistre  plus  certainement  l’im- 
posture. Laquelle  y estant  arriuée , 
luy  descouurit  toute  sa  poitrine,  et 
trouua  qu’elle  auoit  sous  son  aisselle 
vne  esponge  trempée  et  imbue  de 
sang  de  beste  et  de  laict  meslés  en- 
semble, et  vn  petit  tuyau  de  sureau 
par  lequel  ceste  mixtion  estoit  con- 
duite par  des  faux  trous  de  son  chan- 
cre vlceré , découlant  sus  le  linge 
qu’elle  auoit  deuant  soy  : et  par  cela 
conneut  pour  certain  que  le  chancre 
estoit  artificiel.  Alors  print  de  l’eau 
chaude , et  fomenta  la  mammelle , et 
l’ayant  humectée  , leua  plusieurs 
peaux  de  grenouilles  noires,  vertes, 
et  iaunastres , mises  les  vues  sus  les 
autres , colées  auec  bol  armene  et 
blanc  d’œuf  et  farine,  ce  que  l’on 
sceut  par  sa  confession  : et  les  ayant 
toutes  leuées,  on  trouua  le  tetin  sain 
et  entier , et  en  aussi  bonne  disposi- 
tion que  l’autre.  Ceste  imposture 
descouuerle , ledit  Aloüé  la  ht  con- 
stituer prisonnière,  et  estant  inter- 

1 L’édition  de  1573  porte  : Laloüé,  ce  qui 
e?t  une  faute  d’impression,  puisqu’un  peu 
plus  tard  elle  dit  : leilict  Aloüé. 

Du  reste,  toutes  les  autres  éditions  ont 
corrigé  dans  ce  sens. 


47 

roguée  , confessa  l’imposture , et  dit 
que  ç’auoit  esté  son  gueux  qui  l’auoit 
ainsi  accouslrée  : lequel  semblable- 
ment feignoit  d’auoir  vne  vlcere 
grande  et  énorme  à la  iambe  : ce  qui 
sembloit  estre  vray  par  le  moyen 
d’vne  ratte  de  bœuf  qu’il  posoit  le 
long  et  autour  de  sa  iambe  , attachée 
et  fenestrée  bien  proprement , auec 
vieux  drapea  ux  aux  deux  extrémités  : 
de  façon  qu’elle  sembloit  estre  plus 
grosse  deux  fois  que  la  naturelle  : et 
pour  faire  la  chose  plus  monstrueuse 
et  hideuse  à voir,  l'aisoit  plusieurs 
cauités  en  ladite  ratte,  et  par  dessus 
iettoit  de  ceste  mixtion  faite  de  sang 
et  de  lait , et  sus  tous  ses  drapeaux. 
Ledit  Aloüé  fit  chercher  ce  maistre 
gueux,  larron , imposteur,  lequel  ne 
put  estre  trouué  , et  condamna  la 
pute  à auoir  le  fouet,  et  bannie  hors 
du  pays  : qui  ne  fut  sans  estre  aupa- 
rauant  bien  estrillée  à coups  de  fouet 
de  cordes  nouées , ainsi  qu’on  faisoit 
en  ce  temps-là. 


CHAPITRE  XXI II. 

1,’lMPOSTVItE  d’VN  CERTAIN  MARAVT  ÇVI 
CONTREFAISOIT  LE  LADRE. 

Vn  an  après  vint  vn  gros  maraut 
qui  contrefaisoit  le  ladre , se  mit  à la 
porte  du  temple,  desployant  son  Ori- 
flan  1 , qui  esioit  vn  couurechef,  sus 
lequel  posa  son  baril  et  plusieurs  es- 
peces de  petite  monnoye,  tenant  en  sa 
main  dextre  des  cliquettes,  les  faisant 
cliqueter  assez  haut  : la  face  cou- 
uerte  de  gros  boulons , faits  de  cer- 

1OriJlan,  oriflant,  oriftambe,  pour  ori- 
flamme, bannière,  enseigne.  Il  est  pris  ici 
au  figuré;  le  latin  dit  : merces  suas explicuil. 


LE  DIX-NEVFIÉME  LIVRE. 


48 

taine  colle  forte,  et  peinte  d’vne  fa- 
çon rougeastre  et  üuide,  approchant 
à la  couleur  des  ladres  , et  estoit  fort 
hideux  à voir  : ainsi  par  compassion 
chacun  luy  faisoit  aumosne.  Mondit 
frere  s’approcha  de  luy  , et  luy  de- 
manda depuis  quel  temps  il  estoit 
ainsi  malade  : luy  respondit  d’vne 
voix  cassée  et  rauque , qu’il  estoit 
ladre  dés  le  ventre  de  sa  mere,  et  que 
ses  pere  et  mere  en  estoient  morts , et 
que  leui-s  membres  leur  en  estoient 
tombés  par  pièces.  Ce  ladre  auoit  cer- 
taine lisiere  de  drap  entortillée  au 
tour  de  son  col  : et  par  dessous  son 
manteau  de  sa  main  senestre  se  ser- 
roil  la  gorge,  à fin  de  se  faire  monter 
le  sang  à la  face,  pour  la  rendre  en- 
core plus  hideuse  et  défigurée,  et 
aussi  pour  faire  sa  voix  enrouée  , qui 
se  faisoit  par  l’anguslie  et  stricture  de 
la  trachée  artere , serrée  par  la  li- 
siere. Mondit  frere  estant  ainsi  à de- 
uiser  auec  luy,  le  ladre  ne  put  si 
long  temps  demeurer  qu'il  ne  deser- 
raslsa  lisiere,  pour  reprendxe  vu  peu 
son  haleine  : ce  que  mondit  frere  ap- 
perceut , et  par  ainsi  eut  soupçon 
que  ce  fust  quelque  fausseté  et  im- 
posture. Parquoy  s’en  alla  vers  le 
Magistrat , le  priant  luy  vouloir  tenir 
la  main  pour  en  sçauoir  la  vérité  : 
ce  que  volontiers  luy  accorda , com- 
mandant qu’il  fust  mené  en  sa  mai- 
son pour  esprouuer  s’il  estoit  ladre. 
La  première  chose  qu’il  fit , ce  fut  de 
luy  oster  la  ligature  d’autour  du  col, 
puis  luy  lauer  la  face  auec  de  l’eau 
chaude,  et  par  icelle  tous  ses  boutons 
se  destacherent  et  tombèrent,  et  la 
face  demeura  viue  et  naturelle,  sans 
nul  vice.  Cela  fait , le  fit  despoüiller 
nud  , et  ne  trouua  sus  son  corps  au- 
cun signe  de  lepre , tant  vniuoque 
qu’equiuoque.  Le  Magistrat  estant 
aduerli  de  ce,  le  fit  constituer  pri- 


sonnier, et  trois  iours  après  fut  in- 
terrogué  : où  il  confessa  la  vérité 
( qu'il  ne  pouuoit  nier  j après  vue  lon- 
gue remontrance  que  luy  fit  le  ma- 
gistrat, luy  mettant  deuantles  yeux 
qu’il  estoit  vn  larron  du  peuple  , es- 
tant sain  et  entier  pour  trauailler. 
Ce  ladre  luy  dit  qu’il  nesçauoit  mes- 
tier  autre  que  de  con  t refaire  ceux  qui 
sont  trauaiilés  du  mal  S.  Iean  , 
S.  Fiacre,  S.  Main:  bref  qu’il  sçauoit 
contrefaire  plusieurs  maladies  , et 
qu’il  n’en  auoit  Jamais  trouué  de  plus 
grand  reuenu  que  de  contrefaire  le 
ladre  : alors  fut  condamné  d’auoir  le 
foüet  par  trois  diuers  samedis,  ayant 
son  baril  pendu  au  col  deuant  sa  poi- 
trine , et  ses  cliquettes  derrière  son 
dos,  et  banni  à iamais  hors  du  pays  sus 
peine  de  la  hart.  Quand  ce  vint  au 
dernier  samedy,  le  peuple  crioit  à 
haute  voix  au  bourreau  : Boute , boute , 
monsieur  l'officier,  il  n’en  sent  rien, 
c’est  vn  ladre  : dont  à la  voix  du  peu- 
ple monsieur  le  bourreau  s’acharna 
tellement  à le  foüetter,  que  peu  de 
temps  après  il  mourut,  tant  pour  le 
foüet  dernier,  que  pour  luy  auoir  re- 
nouuellé  ses  playes  par  trois  diuei  ses 
fois  : chose  qui  ne  fut  grandement 
dommageable  pour  le  pays  *. 

Les  vus  demandent  à loger , et  es- 
tre  à couuert  au  soir  : et  les  ayant 
par  pitié  mis  au  dedans , ouui-ent  les 
portes,  et  donnententrée  à leurs  com- 
pagnons, lesquels  pillent,  et  souuent 
tuent  ceux  qui  les  auront  hébergés  : 
ainsi  vn  homme  de  bien  sous  bonne 
foy  souuent  sera  tué  et  pillé  de  tels 
meschans , ce  qu’on  a veu  plusieurs 
fois. 

Autres  s’enueloppent  la  teste,  de 
quelque  meschant  drapeau,  et  se 

1 Ici  se  terminait  ce  chapitre  en  1573  et 
1575;  le  reste  est  de  1 579- 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


couchent  dedans  le  fient  en  certains 
lieux  où  le  monde  passe,  demandons 
l’aumosne  auec  vue  voix  basse  et 
tremblante  , comme  ceux  qui  ont  vn 
commencement  de  fiéure  : et  ainsi 
conlrefaisans  estre  bien  malades,  le 
monde  en  ayant  pitié  leur  donne , et 
cependant  n’ont  aucun  mal. 

Ils  ont  vn  certain  iargon  par  lequel 
ils  se  connoissent  et  entendent  les 
vns  les  autres,  pour  mieux  deceuoir 
le  monde  , et  sous  ombre  de  compas- 
sion on  leur  donne  l’aumosne,  qui  les 
entretient  en  leur  mcsclianceté  et  im- 
posture 

Les  femmes  feignent  estre  grosses, 
voire  prestes  d’accoucher , posons  vn 
oreiller  de  plume  sus  le  ventre , de- 
mandant du  linge  et  autres  choses 
necessaires  pour  leurs  couches  : ce 
qu’encores  nagueres  i’ay  descouuert 
en  ceste  ville  de  Paris. 

Autres  se  disent  icteriques  et  auoir 
la  iaunisse , se  barbouillant  tout  le  vi- 
sage, bras,  iambes  et  poitrine , auec  de 
la  suye  delayée  en  eau  : mais  telle  im- 
posture est  aisée  à descou urir,  r egar- 
dant seulement  le  blanc  de  leurs 
yeux  : car  c’est  la  partie  du  corps  où 
ladite  iaunisse  se  monstre  première- 
ment : autrement  leur  frottant  le  vi- 
sage auec  vn  linge  trempé  en  eau, 
leur  fallace  est  descouuerte.  Certes, 
tels  larrons,  belistres,  et  imposteurs, 
pour  viure  en  oysiueté,  ne  veulent 
iamais  apprendre  autre  art  que  telle 
mendicité,  qui  à la  vérité  est  vne 
escole  de  toute  meschanceté  : car 
quels  personnages  sçauroit-on  trou- 
uer  plus  propres  pour  exercer  mac- 
querellages,  semer  poisons  par  les 
villages  et  villes,  pour  estre  boute- 
feux, pour  faire  trahisons , et  seruir 
d’espions , pour  desrober,  brigander, 
et  toute  autre  meschanceté  pratique? 
Car  outre  ceux  qui  ont  esté  meur- 


49 

Iriers  d’eux-mesmes , et  qui  ont  cau- 
térisé et  stigmatisé  leurs  corps,  ou 
qui  ont  vsé  d’herbes  et  drogues  pour 
rendre  les  playes  et  corps  plus  hi- 
deux , il  s’en  est  trouué  qui  ont  des- 
robé  des  petits  enfans,  et  leur  ont 
rompu  les  bras  et  iambes  , crcué  les 
yeux  , coupé  la  langue,  pressé  et  en- 
foncé la  poitrine,  disans  que  la  foudre 
les  auoit  ainsi  meurtris , pour  ( les 
portant  parmy  le  monde  ) auoir  cou- 
leur de  mendier  et  attrapper  deniers. 

Autres  prennent  deux  petits  en- 
fans  , et  les  mettent  en  deux  panniers 
sur  vn  asne,  crians  qu'ils  ont  esté 
expoliés,et  leur  maison  bruslée.  Au- 
tres prennent  vne  pancc  de  mouton  , 
l’approprians  sur  le  bas  du  ventre  , 
disans  estre  rompus  et  greués,  et 
qu'il  les  conuienl  tailler,  et  ampu- 
ter leurs  testicules.  Autres  chemi- 
nent sur  deux  petites  tablettes,  qui 
peuuent  voltiger  et  faire  soubresauts 
autant  bien  qu’vn  basteleur.  Autres 
feignent  venir  de  Icrusalem , rappor- 
tons quelques  bagatelles  pour  reli- 
ques, et  les  vendent  aux  bonnes 
gens  de  village.  Autres  ont  vne  iambe 
pendue  à leur  col  : autres  contrefont 
estre  aueugles,  sourds,  impolens, 
cheminans  à deux  potences  1 , au  de- 
meurant bons  compagnons. 

Que  diray-je  plus?  C’est  qu'ils  dé- 
partent les  prouinces,  pour  en  certain 
temps  rapporter  tout  au  commun 
butin  , feignans  faire  voyage  à sainct 
Claude,  sainct  Main,  sainct  Maturin, 
sainct  Hubert , à nostre  dame  de  Lo- 
relte,  en  Ierusalem  , et  sont  ainsi  en- 
uoyés  pour  voir  le  monde  , et  ap- 
prendre : par  lesquels  mandent  de 
ville  en  ville  aux  gueux  leurs  compa- 
gnons, en  leur  iargon , ce  qu'ils  sça- 

‘A  deux  béquilles;  voyez  la  figure  des 
potences  au  liv.  17,  ch.  13,  t.  u,  page  02 1. 

4 


ni. 


50  LE  D1X-WEVFIÉMF.  LIVRE 


lient  de  nouueau  et  qui  concerne 
leur  fait,  comme  de  quelque  maniéré 
de  faire  nounellement  inuentée  pour 
altrapper  monnoye. 

Puis  n’agueres  vn  gros  maraut  fei- 
gnoit  estre  sourd , muet , et  boiteux  : 
toutesfois  par  le  moyen  d’vn  instru- 
ment d’argent  qu’il  disoit  auoir  eu  en 
Barbarie  ( marqué  toutesfois  de  la 
marque  de  Paris)  il  parloit  de  façon 
qu’on  le  pouuoit  entendre.  Il  fut  ap- 
perceu estre  imposteur,  et  fut  mis  és 
prisons  de  sainct  Benoist,  et  par  la 
priere  de  monsieur  le  Baillif  des  pau- 
ures , i’allay  ausditcs  prisons  pour  vi- 
siter ledit  maraut  auec  compagnie,  et 
feismes  rapport  à messieurs  duBureau 
des  pauures  de  Paris,  comme  s’ensuit. 

Nous  Ambroise  Paré,  Conseiller,  et 
premier  Chirurgien  du  Roy,  Pierre  Pi- 
gray,  Chirurgien  ordinaire  de  sa  Ma- 
iesté,  et  Claude  Viard,  Chirurgien  à 
Paris  1 , certifions  ce  iourd’huy,  par 
la  priere  du  Procureur  des  pauures , 
auoir  veu  et  visité  és  prisons  de 
S.  Benoist  vn  quidam  lequel  n’a 
voulu  dire  son  nom,  aagé  de  qua- 
rante ans  ou  enuiron  : sur  lequel 
auons  trouué  vne  tierce  partie  de  l’o- 
reille dextre  perdue,  qui  luy  a esté 
coupée.  Semblablement  vne  marque 
sus  l’espaule  dextre,  qu’estimons 
auoir  esté  faite  par  vn  fer  chaud. 
D’auantage  contrefaisoit  vn  grand 
tremblement  de  iambe , iceluy  disant 
prouenir  par  vne  déperdition  de  l’os 
de  la  cuisse,  qui  est  chose  fausse, 
d’autant  que  ledit  os  y est  tout  en- 
tier : et  ne  paroist  aucun  signe  par- 
quoy  puissions  dire  iceluy  tremble- 

1  J’ai  dit  dans  mon  Introduction,  page 
ccxxvij , que  je  n’avais  trouvé  qu’une  seule 
fois  te  nom  de  Claude  Vian  ou  Viard  cité  par 
Paré,  à la  date  de  1585  ; le  voici  en  1579, 
el  j’ai  depuis  retrouvé  deux  ou  trois  endroits 
OÙ  il  est  également  nommé. Voyez  l’Apologie. 


ment  venir  d’aucune  maladie  qui 
auroit  précédé  , mais  prouenir  d’vn 
mouuement  volontaire.  Item  auons 
visité  sa  bouche  (à  raison  qu’il  nous 
voulait  suader  sa  langue  luy  auoir 
esté  tirée  par  la  nucque  du  col,  im- 
posture grande  et  qui  ne  se  peut 
faire) , mais  auons  trouué  sa  langue 
enlieresans  aucune  lésion  d’icelle, ny 
des  instrumensseruans  à son  mouue- 
ment : toutesfois  quand  il  veut  parler, 
il  vse  d’vn  instrument  d’argent,  le- 
quel ne  peut  en  rien  y seruir,  ains 
plustost  nuire  à la  prolation.  Item  dit 
estre  sourd,  ce  que  n’est  pas , à raison 
que  l’auons  interrogué  sçauoir  qui 
luy  auoit  coupé  l’oreille  : il  nous  a 
respondu  par  signes,  qu’on  luy  auoit 
coupé  auec  les  dents. 

Après  que  lesdits  seigneurs  du  Bu- 
reau eurent  receu  ledit  rapport  par 
vn  crocheteur,  feirent  apporter  le  vé- 
nérable imposteur  à l’hospital  sainct 
Germain  des  Prés,  et  luy  fut  oslé  son 
instrument  d’argent.  La  nuict  passa 
par  dessus  la  muraille  qui  est  assez 
haute  , et  de  là  s’en  alla  à Rouan,  où 
il  voulut  vser  de  son  imposture  : la- 
quelle fut  descouuerte,  et  estant  ap- 
préhendé , fut  foiietté,  et  banni  hors 
de  la  duché  de  Normandie , sur  peine 
de  la  hart  : et  de  ce  m’en  a asseuré 
monsieur  le  Bailly  des  pauures  de 
ceste  dite  ville. 


CHAPITRE  XXIV. 

d’vne  cagnardiere  feignant  estre 

MALADE  DV  MAL  SAINCT  FIACRE,  ET 
LVY  SORTOIT  DV  CVL  VN  LONG  ET 
GROS  BOY  AV  , FAIT  PAR  ARTIFICE- 

Monsieur  Flecelle  , Docteur  eu  la 
faculté  de  Médecine,  homme  sçauant 


DES  MONSTRES  RT  PRODIGES. 


et  bien  expérimenté l,  me  pria  vn  iour 
l’accompagner  au  village  de  Champi- 
gny , deux  lieues  près  de  Paris , où  il 
auoit  v rc  petite  maison.  Où  estant 
arriué,  ce  pendant  qu’il  sepromenoit 
en  s^cpur,  vint  vne  grosse  garce,  en 
bon  poinct,  Juy  demandant  l’aumosne 
cr  l’honneur  de  monsieur  saincl  Fia- 
cre, leuant  sa  cotf,e  et  chemise,  mons- 
trant  vn  grps  boyau  de  longueur 
d’vu  demy  pied  et  plus  qui  luy  sor- 
toit  du  cul , duquel  découlait  vne  li- 
queur semblable  à de  la  boue  d’apos- 
teme,  qui  lui  auoit  teint  et  barbouillé 
toutes  scs  cuisses,  ensemble  sa  che- 
mise deuant  et  derrière,  de  façon  que 
çela  estoit  fort  vilain  et  deshonneste 
à voir.  L’ayant  interroguée  combien 
il  y auojt  rie  temps  qu  elle  auoit  ce 
mal,  luy  fit  response  qu’il  y auoit 
enuiron  quatre  aus  : alors  ledit  fle- 
çelle  contemplant  le  visage  et  l'habi- 
tude d,e  tout  son  corps , couneut  qu’il 
estoit  impossible  (estant  ainsi  grasse 
et  jfcssue  ) qu’il  penst  sortir  telle 
quantité  d’excremens , qu’elle  ne  dc- 
uint  emaciée,  seiche  et  hectique  : et 
alors  d’ vn  plein  saut  se  iettade  grande 
cholere  sus  ceste  garçe , luy  donnant 
plusieurs  coups  de  pied  sous  le  ven- 
tre , tellement  qu’il  l’atterra , et  luy 
fit  sortir  le  boyau  hors  de  son 
siégé,  auec  son  et  bruit,  et  autre 
chose  : et  la  contraignit  luy  déclarer 
l’imposture  : ce  qu  elle  fit , disant 
que  c’esloit  uu  boyau  de  bœuf  noué 
en  deux  lieux,  dont  l’vn  des  nœuds 
estoit  dans  le  cul  , et  ledit  hoyau  es- 
toit rempli  de  sang  et  de  laict  mesLés 

1 II  s’agit  de  l’auteur  de  l’Introduction 
à la  Chirurgie,  à qui  Paré  a fait  de  notables 
emprunts  pour  sa  propre  Introduction. 


5i 

ensemble,  auquel  auoit  fait  plu- 
sieurs trous,  à fin  que  ceste  mixtion 
decoulast.  Et  de  rechef  connoissant 
ceste  imposture  , luy  donna  plusieurs 
autres  coups  de  pied  dessus  le  ventre, 
de  sorte  qu’elle  feignoit  estre  morte. 
Lors  estant  entré  en  sa  maison  pour 
appeller  quelqu’vn  de  ses  gens,  fei- 
gnant enuoyer  quérir  des  sergens 
pour  la  constituer  prisonnière  : elle 
voyant  la  porte  de  la  cour  ouuerte  , 
se  leua  subit  eu  sursaut , ainsi  que  si 
elle  n’eust  point  esté  battue , et  se 
print  à courir,  et  iamais  plus  ne  fut 
veuë  audit  Champigny. 

Et  encore  de  fraische  mémoire  vint 
vne  vilaine  cagnardicre,  priant  mes- 
sieurs du  Bureau  des  paumes  de  Pa- 
ris qu’elle  fust  mise  à l’aumosne  * 
disant  que  par  vn  mauuais  enfante- 
ment sa  matrice  luy  estoit  tombée, 
qui  estoit  cause  qu’elle  ne  pouuoit 
gaigner  sa  vie.  Alors  messieurs  la  fei- 
renl  visiter  par  les  Chirurgiens  com- 
mis à ceste  charge,  et  Irouuerent  que 
c’estoit  vne  vessie  de  bœuf,  qui  estoit 
demie  pleine  de  vent,  et  barbouillée 
de  sang  , ayant  attaché  le  col  d’icelle 
vessie  profondément  au  conduit  de  sa 
matrice  bien  proprement , par  le 
moyen  d’une  esponge  qu’elle  auoit 
mise  à l’extremité  d'icelle  vessie,  la- 
quelle estant  imfauë  s’enfle  et  grossit, 
qui  esloit  cause  de  la  faire  tenir,  de 
façon  qu’on  ne  luy  pouuoit  tirer  que 
par  force  : et  ainsi  marchoit  sans  que 
ladite  vessie  peust  tomber.  Ayant  des- 
couuert  l’imposture , messieurs  la 
foirent  constituer  prisonnière  : et  ne 
sortit  des  prisons  que  premièrement  le 
bourreau  n’eust  bien  carillonné  sus 
son  dos , et  apres  fut  bannie  à iamais 
hors  de  la  ville  de  Paris. 


Ô2 


LE  DIX-NEVFIÉME  LIVRE, 


CHAPITRE  XXV. 

ü’VNE  GROSSE  GARCE  DE  NORMANDIE  , 

QVI  FEIGNOIT  AVOIR  VN  SERPENT 

DANS  LE  VENTRE. 

L’an  1561,  vint  en  ceste  ville  vne 
grosse  garce  fessue,  potelée  et  en  bon 
poinct,  aagée  de  trente  ans  ou  enui- 
ron,  laquelle  disoit  estre  de  Norman- 
die, qui  s’en  alloit  par  les  bonnes 
maisons  des  dames  et  damoiselles, 
leur  demandant  l’aumosne,  disant 
qu’elle  auoit  un  serpent  dans  le  ven- 
tre, qui  luy  estoit  entré  estant  endor- 
mie en  vne  cheneuiere  : et  leur  faisoit 
mettre  la  main  sus  son  ventre  pour 
leur  faire  sentir  le  mouuement  du 
serpent,  qui  la  rongeoil  et  tourmen- 
toit  iour  et  nuict,  comme  elle  disoit: 
ainsi  tout  le  monde  luy  faisoit  au- 
mosne  par  vne  grande  compassion 
qu’on  auoit  de  la  voir,  ioinct  qu’elle 
faisoit  bonne  pipée.  Or  il  y eut  vne 
damoiselle  honorable  et  grande  au- 
mosniere,  qui  la  print  en  son  logis,  et 
me  fit  appeler  (ensemble  monsieur 
Hollier  Docteur  Regent  en  la  faculté 
de  Medecine,  et  Germain  Chenal,  Chi- 
rurgien iuré  à Paris)  pour  sçauoir  s’il 
y auroit  moyen  de  chasser  ce  dragon 
hors  le  corps  de  ceste  pauure  femme  : 
et  l’ayant  veuë,  monsieur  Hollier  luy 
ordonna  vne  medecine  qui  estoit  as- 
sez gaillarde  (laquelle  luy  fit  faire 
plusieurs  selles)  tendant  à fin  de  faire 
sortir  ceste  besle  : neantmoins  ne  sor- 
tit point.  Estans  derechef  Rassemblés, 
conclusmes  que  ie  luy  meltrois  vn 
spéculum  au  col  de  la  matrice  : et 
partant  fut  posée  sur  vne  table,  où 
son  enseigne  fut  desployée , pour  luy 
appliquer  le  spéculum  , par  lequel  ie 
feis  assez  bonne  et  ample  dilatation  > 


pour  sçauoir  si  on  pourroit  apperce- 
uoir  queue  ou  teste  de  ceste  beste  : 
mais  il  ne  fut  rien  apperceu  , excepté 
vn  mouuement  volontaire  que  faisoit 
ladite  garce,  par  le  moyen  des  mus- 
cles de  l’epigastre  : et  ayant  conneu 
son  impostu re,  nous  retirasmes  à part, 
où  il  fut  résolu  que  ce  mouuement  ne 
venoit  d’aucune  beste,  mais  qu’elle  le 
faisoit  par  l’action  desdits  muscles. 
Et  pour  l'espouuanter  et  connoistre 
plus  amplement  la  vérité,  on  luy  dist 
qu’on  reïtereroit  à luy  donner  encore 
vne  autre  medecine  beaucoup  plus 
forte , à fin  de  lui  faire  confesser  la 
vérité  du  fait  : et  elle  craignant  re- 
prendre vne  si  forte  medecine,  estant 
asseurée  qu’elle  n’auoit  point  de  ser- 
pent, le  soir  mesme  s’en  alla  sans  dire 
adieu  à sa  damoiselle,  n’oubliant  à 
serrer  ses  hardes , et  quelques  vnes  de 
ladite  damoiselle  : et  voila  comme 
l’imposture  fut  descou uerte.  Six  iours 
après  ie  la  trouuay  hors  la  porte  de 
Montmartre,  sus  vn  cheual  de  bast, 
iambe  deçà  , iambe  delà  , qui  rioit  à 
gorge  desployée , et  s’en  alloit  auec 
les  chassemarées , pour  auec  eux 
( comme  ie  croy)  faire  voler  son  dra- 
gon ',  et  retourner  en  son  pays. 

Ceux  qui  contrefont  les  muets , re- 
plient et  retirent  leur  langue  en  la 
bouche  : aussi  ceux  qui  contrefont  le 
mal  sainct  Iean  se  font  mettre  des  me- 
nottes aux  mains, se  veautrent  et  pion  • 
gent  en  la  fange,  et  mettent  du  sang  de 
quelques  besles  sus  leur  teste,  disans 
qu’en  leur  débattant  se  sont  ainsi  bles- 
sés et  meurtris  : estans  tombés  par 

1 Faire  voler  son  dragon;  c’est  probable- 
ment une  expression  proverbiale  de  l’épo- 
que pour  gazer  quelque  chose  de  plus  cru  ; 
toutefois  je  ne  l’ai  point  trouvée  dans  les  di- 
vers glossaires  de  Rabelais.  Le  traducteur 
latin  l’a  passée  sous  silence. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


53 


terre,  remuent  les  bras  et  les  iambes, 
et  débattent  tout  le  corps  , et  mettent 
du  sauon  en  leur  bouche  pour  se  faire 
escumer , ainsi  que  font  les  épilepti- 
ques en  leur  accès.  Autres  font  vne 
certaine  colle  auec  farine  delayée,  et 
la  posent  sus  tout  leur  corps,  crians 
qu’ils  sont  malades  du  mal  saincl 
Main.  Or  long  temps  y a que  ces  lar- 
rons imposteurs  ont  commencé  le 
train  d’abuser  le  peuple,  car  ils  es- 
toient  jà  dés  le  temps  d’Hippocrates 
en  l’Asie  , comme  il  est  escrit  au  liure 
de  l’Air  et  des  eaux  1 : partant  il  les 
faut  descouurir  tant  qu’il  sera  possi- 
ble , et  les  deferer  au  magistrat , à ce 
que  punition  en  soit  faite  ainsi  que 
Fenormité  du  cas  le  requiert. 


CHAPITRE  XXVI. 

EXEMPLE  DES  CHOSES  MONSTRVEVSES 

FAITES  PAR  LES  DÉMONS  ET  SOR- 
CIERS 2. 

Il  y a dessorcierset  enchanteurs,  em- 
poisonneurs, venefiques.mesclians,  ru- 
sés, trompeurs,  lesquels  font  leur  sort 
par  la  paclion  qu’ils  onl  faite  aux  Dé- 
mons, qui  leurs  sont  esclaues  et  vas- 
saux. Et  nul  nepeutestre  sorcier  que 
premieremenl  u’aye  renoncé  Dieu  son 
créateur  et  sauueur,  et  prins  volon- 
tairement l’alliance  etamitié  du  dia- 
ble, pour  le  reconnoistre  et  aduouër, 
au  lieu  duDieu  viuant,  et  s’estredon 
né  à luy.  Et  ces  maniérés  de  gens  qui 
deuiennent  sorciers,  c’est  par  vne 

1 Ici  se  terminait  la  phrase  et  le  chapitre 
dans  les  premières  éditions  ; le  reste  a été 
ajouté  en  1579. 

2 Dans  les  éditions  de  1573  et  1575,  le  litre 
de  ce  chapitre  ne  fait  pas  mention  des  sor- 
ciers; aussi  le  chapitre  ne  parlait  que  des 
démons;  et  les  deux  premiers  paragraphes 
n’ont  été  ajoutés  qu’en  1579. 


infidélité  et  défiance  des  promesses  et 
assistance  de  Dieu  , ou  par  mespris , 
ou  par  vne  curiosité  de  sçauoir  cho- 
ses secrettes  et  futures  : ou  estans 
pressés  d’vne  grande  pauureté,  aspi- 
rans  d’estre  riches. 

Or  nul  ne  peut  nier,  et  n’en  faut 
douter,  qu’il  n’y  ait  des  sorciers  : car 
cela  se  preuue  par  authorité  de  plu- 
sieurs Docteurs  et  expositeurs  tant 
vieux  que  modernes,  lesquels  tien- 
nent pour  chose  résolue  qu’il  y a 
des  sorciers  et  enchanteurs,  qui  par 
moyens  subtils,  diaboliques  et  incon- 
neus,  corrompent  le  corps,  l’enten- 
dement , la  vie , et  la  santé  des  hom- 
mes, et  autres  créatures,  comme 
animaux,  arbres,  herbes,  l’air,  la 
terre  et  les  eaux.  D’auantage  l’expe- 
rienceet  la  raison  nous  contraignent 
le  confesser,  par  ce  que  les  loix  ont 
establi  des  peines  contre  telles  maniè- 
res de  gens.  Or  on  ne  fait  point  deloy 
d’vne  chose  qui  iamais  ne  fut  veuë, 
ny  conneuë:car  les  droits  tiennent 
les  cas  et  crimes  qui  ne  furent  iamais 
veus  ny  apperçeus  pour  choses  impos • 
sibles,  et  qui  ne  sont  point  du  tout. 
Douant  la  natiuité  de  Iesus  Christ  il 
s’en  est  trouué , et  bien  long  temps 
auparauant,  tesmoin  Moyse  , qui  les 
a condamnés  par  le  commandement 
expi  es  de  Dieu  , en  Exode  chap.  22. 
au  Leuilique  19.  Ochosiasreceut  sen- 
tence de  mort  par  le  Prophète,  pour 
auoir  eu  recours  aux  sorciers  et  en- 
chanteurs. 

Les  diables  troublent  l’entendement 
aux  sorciers  par  diuerses  et  estranges 
illusions  1 , de  sorte  qu’ils  cuident 
auoir  veu,  ouy,  dit  et  fait  ce  que  le 
diable  leur  représente  en  leur  fanla- 

1 Bodin  en  sa  Republique.  — A.  P. 

Tout  ce  paragraphe,  qui  est  à la  fois  re- 
latif aux  sorciers  et  aux  diables,  ne  date 
que  de  1585. 


5A  LE  DIX-NEVEréftïE  LlVftE 


sie  4 et  qu’ils  seront  allés  à cent  lieüës 
loin  , voire  mesme  autres  choses  qui 
sont  du  tout  impossibles  , non  seule- 
ment aux  hommes,  mais  aussi  aux 
diables  : ce  neantmoins  ils  ne  seront 
bougés  de  leur  lict  ou  autre  place. 
Mais  le  diable,  puis  qu’il  a puissance 
sur  eux  , leur  imprime  tellement  en 
la  fantasieles  images  des  choses  qu’il 
leur  représente,  et  qu'il  leur  veut 
faire  accroire  comme  vrayes , qu’ils 
ne  peuuent  penser  autrement  qu’il 
ne  soit  ainsi,  et  ne  les  ayent  faites, 
et  n’ayent veillé  cependant  qu’ils  dor- 
moient.  Telle  chose  se  fait  aux  sor- 
ciers pour  leur  infidélité  et  mcschan- 
ceté,  qu’ils  se  sont  donnés  au  diable* 
et  ont  renoncé  Dieu  leur  créateur. 

Nous  sommes  enseignés  par  l’Es- 
criture  sainte  1 , qu’il  y a des  esprits 
bons  et  mauuais  : les  bons  sont  appel- 
lés  Anges,  et  les  mauuais.,  Démons 
ou  Diables.  Qu’il  soit  vray,  la  loy  est 
baillée  par  le  ministère  des  Anges. 
D’auantage  il  est  escrit  : Nos  corps 
ressusciteront  au  son  delà  trompette 
et  à la  voix  de  l’Archange.  Christ  dit, 
que  Dieu  enuoyera  ses  anges  qui 
recueilleront  les  esleus  des  bouts  du 
ciel.  Il  se  peut  pareillement  prouuer 
qu’il  y a des  esprits  malins  appellés 
Diables.  Qu’il  soit  ainsi,  en  l’histoire 
de  lob  2,  le  diable  fil  descendre  le  feu 
du  ciel,  tua  le  bestial,  suscita  les  vents 
qui  esbranlerent  les  quatre  coins 
de  la  maison  , et  accablèrent  les  en- 
fans  de  lob.  En  l’histoire  d’Achab  il 
y auoit  vn  esprit  de  mensonge  en  la 
bouche  des  faux  prophètes  3.  Le  dia- 
ble mit  au  cœur  de  ludas  de  trahir 

1 S.  Paul  aux  Hebr.  1 , 14.  — Gai. , 3 , 19, 
j . — Thess.,  1 , 16.  — A.  P. 

C'est  par  ce  paragraphe  que  commençait 
le  chapitre  en  1673  et  1575. 

2 lob,  1,  6.  — A.  P. 

a 1 Ilots,  22.  — A.  P. 


IesuS  Christ.  Les  diables  qtii  éstoient 
en  gràhd  noinbre  dedans  lé  corps 
d’vn  seul  hoimne , s’dppelloieht  Lé- 
gioh  , et  bbtitidréiil  permission  dé 
Dieu  d’ehtfër  és  pourceaüx , lëst[Üëls 
ils  prëcipiterëht  ért  1.1  ifiél'  i.  il  y h 
plusieurs  Outrés  teshioignagés  de  la 
saittté  ÈsCritilre  , tpt’il  y a dés  anges 
et  lies  diables.  Dés  le  commencement 
Dieii  ttéd  vné  gràfidé  fiiUltilüdë 
d’anges  pour  fcitbyéns  du  ciél , qui 
sühl  appellés  Esprits  ditiins , et  sürife 
Corps  demeurent,  et  sdiit  mëSSdgefs 
â cxecillër  là  volonté  de  Dieu  leur 
créateur,  soit  ért  iiislicfe  ou  miséri- 
corde, toutesfois  ils  s’esliidient  au 
sàlnt  dés  lidihmës  : aü  contraire  dés 
malins  aiigeS , appelles  bérttOtis  Oti 
diables,  qui  de  leur  nature  taschent 
tousiours  à nuire  au  genre  humain 
par  machinations,  fausses  illusions  , 
tromperies  et  mensonges  : et  s’il  leur 
estoit  permis  d’éxércer  lëtlr  crUaiité 
à leur  volonté  et  plaisir,  véritable- 
ment en  bref  le  genre  humain  Séfoit 
perdu  et  ruiné  : mais  ils  ne  peuuent 
faire  qu’entant  qti’il  plaist  à Dieu  leur 
lascher  la  main.  Lesquels  polir  léuP 
grand  orgueil  fuient  cluissés  et  de- 
iettés  hors  de  Paradis  ët  dé  la  pré- 
sence de  Dieu  : dont  lës  vns  sont  en 
l’air,  les  autres  en  l’eau , qui  appa- 
raissent dessus  ët  aux  ridés , les  au- 
tres sus  la  terre,  les  antres  au  pro- 
fond d’icelle,  et  demeureront  iusques 
à ce  qile  Dieu  vieillie  iuger  le  mOndé  : 
aucuns  habitent  aux  inaisofis  ruinées 
et  sé  transforment  en  tOilt  ce  qui  leur 
plaist.  Ainsi  qu’dn  voit  aux  fiüéés  sé 
former  plusieurs  et  diuers  animaux  , 
et  autres  choses  dluéfseS,  à sçauoir 
centaures,  Serpéns,  rochers,  clias- 
teaux  , hommes  et  femmes , oiseaux , 
poissons  et  autres  choses  : ainsi  les 

» Ivan,  13.  — Marc,  1,  26,  84  i — A.  P. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


démons  se  forment  tout  subit  en  ce 
qui  leur  plaist,  et  souuent  on  les  voit 
transformer  en  bestes,  comme  ser- 
pens,  crapaux,  chats-huants,  hup- 
pes, corbeaux,  boucs , asues,  chiens, 
chats,  loups,  toreaux  et  autres  : voire 
ils  prennent  des  corps  humains  vifs 
ou  morts,  les  manient,  tourmentent, 
et  empeschent  leurs  œ un  res  naturel- 
les : non  seulement  ils  se  transmuent 
en  hommes,  mais  aussi  en  Anges  de 
lumière  : ils  font  semblant  d’estre 
contraints  , et  qu’on  les  tient  attachés 
à des  anneaux , mais  vne  telle  con- 
trainte est  volontaire  et  pleine  de 
trahison.  Iceux  démons  désirent  et 
craignent , aiment  et  desdaignent  : ils 
ont  charge  et  office  de  Dieu  pour 
exiger  les  peines  des  maléfices  et  pé- 
chés des  meschans  , comme  il  se  peut 
prouuer  que  Dieu  enuoya  en  Egypte 
exploit  par  mauuais  anges  h Ils  hur- 
lent la  nuit , et  font  bruit  comme  s’ils 
estoient  enclraisnés  : ils  remuent 
bancs , tables , traiteaux , bercent  les 
enfans,ioüent  au  tablier,  fueilletlent 
liures , comptent  argent,  et  les  oit-on 
promener  par  la  chambre,  ouurent 
portes  et  fenestres , iettent  vaisselle 
par  terre,  cassent  pots  et  verres,  et 
font  autre  tintamarre  : neantipoins 
on  ne  voit  rien  au  matin  hors  de  sa 
place  , ny  rien  cassé , ny  portes  ou  fe- 
nestres ouuertes.  Ils  ont  plusieurs 
noms , comme  démons  , cacodemons  , 
incubes , succubes , coquemares , gube- 
lins,  lutins , mauuais  anges,  Satan, 
Lucifer , pere  de  mensonge , prince  des 
tenebres , légion  et  vne  infinité  d’au- 
tres noms,  qui  sont  escrits  au  liure 
de  l’imposture  des  diables  , selon  les 
différences  des  maux  qu’ils  font,  et 
és  lieux  où  ils  sont  le  plus  souuent. 

1 JVomb.,  22,  28.  — A.  P. 

2 Psalm.  78  , — Pierre  de  Ronsard  en  ses 
Hymnes.  — A.  P. 


CHAPITRÉ  XXVII. 

DE  CÉVX  QV1  SONT  POSSÈDES  DES  DE- 
MONS, QVl  PARLENT  EN  DIVERSES  PAR- 
TIES DE  LEVRS  CORPS  i. 

Ceux  qui  sont  possédés  des  démons, 
parlent  la  langue  tirée  hors  là  bou- 
che, par  le  ventre,  par  les  parties 
naturelles,  et  parlent  diuers  langages 
inconneus.  Ils  font  trembler  la  terre, 
tonner,  esclairer,  venter  : desracinent 
et  arrachent  les  arbres, tant  gros  et 
forts  soient- ils  : ils  font  marcher  viie 
montagne  d’vn  lieu  en  autre  , soiis- 
leuent  en  l’air  vn  chasteau  , et  le  re- 
mettent en  sa  place  : fascinent  les 
yeux  et  les  esbloüisseht , eii  sorte 
qu'ils  font  voir  souuent  ce  qili  h’est 
point.  Ce  que  i’atteste  auoir  vëu  faire 
à vn  sorcier,  en  la  presence  du  de- 
funct  Roy  Charles  neüfîéme , et  au- 
tres grands  Seigneurs, 

Paul  Grillant  escrit  de  son  temps 
auoir  veü  à Rome  brüslër  vne  femme 
sorcière,  qui  faisoit  parler  vn  chien. 
Ils  font  encores  autres  choses  que  di- 
rons cy  apres.  Satan  pour  enseigner 
aux  plus  grands  sorciers  la  sorcelle- 
rie , entremesle  propos  de  la  saincle 
Escriture  etdes  saincts  Docteurs,  pour 
faire  du  poison  auec  du  miel,  qui  a 
tousiours  esté  et  sera  l’astuce  de  Sa- 
tan. Les  sorciers  de  Pharaon  contre- 
faisoient  les  œuures  de  Dieu. 

Les  actions  de  Satan  sont  super- 
naturelles et  incompréhensibles, pas- 
sans  l’esprit  humain  , n’en  pouuant 
rendre  raison  non  plus  que  de  1 ai- 
mant qui  attire  le  fer  et  fait  tourner 
l’aiguille.  Et  ne  se  faut  opiniastrer 
contre  la  vérité,  quand  on  voit  les 

1 Ce  chapitre  a été  ajouté  en  entier  dans 
l’édition  de  1586. 


56  LE  DIX'NEVFI^ME  LIVBE 


effets,  et  qu’on  ne  sçait  la  cause  : et 
confessons  la  faiblesse  de  nostre  es- 
prit , sans  nous  arrester  aux  principes 
et  raisons  des  choses  naturelles  , qui 
nous  manquent , lors  que  nous  vou- 
lons examiner  les  actions  des  démons 
et  enchanteurs.  Les  malins  esprits 
sont  les  exécuteurs  et  bourreaux  de 
la  haute  iustice  de  Dieu  , et  ne  font 
rien  que  par  sa  permission.  Parquoy 
il  nous  faut  prier  Dieu , qu’il  ne  per- 
mette point  que  soyons  induits  aux 
tentations  de  Satan.  Dieu  a menacé 
par  sa  loy  d’exterminer  les  peuples 
qui  souffroient  viure  les  sorciers  et 
enchanteurs1.  C’est  pourquoy  sainct 
Augustin  au  liure  de  la  cilé  de  Dieu 2 
dit  que  toutes  les  sectes  qui  iamais 
ont  esté , ont  décerné  peine  contre  les 
sorciers  , excepté  les  Epicuriens.  La 
royne  Iesabel , pour-ce  qu'elle  estoit 
sorcière , Iehu  la  fit  ietter  par  les  fe- 
nestres  de  son  chasteau,  et  la  fit  man- 
ger aux  chiens. 

CHAPITRE  XXVIII. 

COMME  LES  DEMONS  HABITENT  ÉS 
CARRIERES. 

Loys  Lauatcr  escrit  que  les  Metal- 
liers  affirment  que  l’on  voit  en  cer- 
aines  mines  des  esprits  vestus  comme 
ceux  qui  besongnent  aux  mines,  cou- 
rons çà  et  là,  et  semble  qu’ils  trauail 
lent,  encores  qu’ils  ne  bougent  : aussi 
dient  qu’ils  ne  font  mal  à personne  , 
si  on  ne  se  mocque  d’eux  : ce  qu’adue- 
nant,  ils  ietteront  quelque  chose 
contre  le  mocqueur,  ou  l’endomma- 
geront de  quelque  autre  chose. 

Aussi  n’agueres  que  i’estois  en  la 

1 Leuil.  2.  — A.  P. 

2 Cliap.  20.  — A.  P. 


maison  du  duc  d’Ascot,  vn  sien  gentil- 
homme nommé  l’Heistcr1,  homme 
d’honneur,  et  qui  a la  plus  grande 
part  de  la  charge  de  sa  maison  , m’as- 
seura  qu’en  certaines  mines  d’Alle- 
magne (ioint  aussi  que  d’autres  l’ont 
escrit)  on  oyoit  des  cris  fort  eslranges 
('l  cspouuentables , comme  vne  per- 
sonne qui  parleroit  dedans  vn  pot, 
traînant  chaisne  aux  pieds,  toussant  et 
souspirant,  tantost  lamentant  comme 
vn  homme  que  l’on  gesne  : autresfois 
vn  bruit  d’vn  grand  feu  qui  claquettes 
autresfois  coups  d’artilleries  laschées 
de  bien  loing,  tahourins,  clerons  et 
trompettes,  bruit  de  chariots  et  che- 
uaux,  cliquets  de  foüels,  cliquetis  de 
harnois,  piques,  espées  , hallebardes, 
et  autres  bruits  comme  il  se  fait 
aux  grands  combats  : aussi  vn  bruit 
comme  lorsqu’on  veut  bastir  vne  mai- 
son , oyant  esbaucher  le  bois,  bruire 
le  cordeau  , tailler  la  pierre , faire  les 
mnrailleset  autresmanœuures,  et  ce- 
pendant l’on  ne  voit  rien  de  tout  cela. 

Ledit  Laualer  escrit  qu’en  Dauans, 
pais  des  Grisons,  il  y a vne  mine  d’ar- 
gent, en  laquelle  Pierre  Briot , 
homme  notable  et  consul  de  ce  lieu  là, 
a fait  trauailler  ces  années  passées  , 
et  en  a tiré  de  grandes  richesses  II 
y auoit  en  icelles  vn  esprit  , lequel 
principalement  le  iour  du  vendredy , 
et  souuenl  lorsque  les  metalliers  ver- 
soient  ce  qu’ils  auoient  tiré  dedans 
des  cuues , faisoit  fort  de  l’empesché, 
changeant  à sa  fantasie  les  métaux 
des  cuues  en  autres.  Ce  consul  ne 
s’en  soucioit  pas  autrement,  quand 
il  vouloit  descendre  à sa  mine , se 
fiant  que  cest  esprit  ne  luy  pouuoit 
faire  aucun  mal , si  ce  n’estoil  par  la 
volonté  de  Dieu.  Or  aduint  vn  iour 

1 Ces  deux  mots,  nommé  L'Heisler,  n’ont 
été  ajoutés  qu’en  1579. 


DES  MONSTRES 

que  cest  esprit  fit  beaucoup  plus  de 
bruit  que  de  coustume,  tellement 
qu’vn  metallier  commença  à l’iniu- 
rier,  et  luy  commander  d’aller  au 
gibet  et  en  son  enfer,  auec  maudis- 
sons : lors  cest  esprit  peint  ce  metal- 
lier par  la  teste  , laquelle  il  luy  tordit 
en  telle  sorte,  que  le  deuant  esloit 
droitement  derrière  . et  n’en  mourut 
pas  toutesfois,  mais  vesquit  longue- 
ment depuis, ayant  le  col  tors,  conneu 
familièrement  de  plusieursqui  viuent 
encore,  et  quelques  années  apres 
mourut. 

Il  escrit  beaucoup  d’autres  choses 
des  esprits , que  chacun  peut  lire  en 
son  liure. 

Ledit  Loys  Lauater  au  liure  susdit, 
dit  auoir  ouy  dire  à vn  homme  pru- 
dent et  honorable , baillif  d’vne  sei- 
gneurie dépendante  de  Surich,  qui  af- 
firmoit  qu’vn  iour  d’esté  , de  grand 
matin , allant  se  promener  par  les 
prés,  accompagné  de  son  seruiteur, 
il  vit  vn  homme  qu'il  connoissoit 
bien  se  meslant  mesebamment  auec 
vne  iument , dequoy  il  fut  grande- 
ment estonné  : retourna  soudaine- 
ment, et  vint  frapper  à la  porte  de 
celuy  qu’il  pensoit  auoir  veu.  Or  il 
trouua  pour  certain  que  l’autre  n’a- 
uoil  bougé  de  son  lit  : et  si  ce  baillif 
n’eust  diligemment  sceu  la  vérité  , vn 
bon  et  honneste  personnage  eust  esté 
emprisonné  et  gesné.  Il  recite  cesle 
histoire,  à fin  que  les  iuges  soient 
bien  aduisés  en  tel  cas. 


CHAPITRE  XXIX. 

COMME  I.ES'DEMONS  NOVS  PEVVENT 
DECEVOIR. 

Or  iceux  démons  peuuent  en  beau  - 
coup de  maniérés  et  façons  tromper 


ET  PRODIGES.  57 

nostre  terrienne  lourdesse , à raison 
de  la  subtilité  de  leur  essence,  et  ma- 
lice de  leur  volonté  : car  ils  obscur- 
cissent les  yeux  des  hommes,  auec 
espaisses  nuées  qui  brouillent  nostre 
esprit  fantastiquement,  et  nous  trom- 
pent par  impostures  sataniques , cor- 
rompons nostre  imagination  parleurs 
bouffonneries  et  impiétés.  Ilssont  doc- 
teurs de  mensonges,  racines  de  ma- 
lice, et  de  toutes  meschancetés  à nous 
seduireet  tromper,  et  preuaricateurs 
de  la  vérité  : et  pour  le  dire  en  vn 
mot , ils  ont  vn  incomparable  artifice 
de  tromperies  , car  ils  se  transmuent 
en  mille  façons,  et  entassent  aux 
corps  des  personnes  vinantes  mille 
choses  estranges  , comme  vieux  pan- 
neaux, des  os,  des  ferremens,  des 
clous , des  espines , du  fil , des  che- 
ueux  entortillés  , des  morceaux  de 
bois,  des  serpens,  et  autres  choses 
monstrueuses,  lesquelles  ils  font  sou- 
uentesfois  sortir  par  le  conduit  de  la 
matrice  des  femmes  : ce  qui  se  fait 
apres  auoir  esbloüi  et  altéré  nostre 
imagination  , comme  nous  auons  dit. 

D’aucuns  sont  nommés  Incubes  et 
Succubes  : Incubes  , ce  sont  démons 
qui  se  transforment  en  guise  d’hom- 
mes, et  ont  copulation  auec  les  fem- 
mes sorcières  : Succubes , ce  sont  dé- 
mons qui  se  transmuent  en  guise  de 
femmes.  Et  telle  habitation  ne  se  fait 
pas  seulement  en  dormant,  mais  aussi 
en  veillant  : ce  que  les  sorciers  et 
sorcières  ont  confessé  et  maintenu 
plusieurs  fois,  quand  on  lesexecutoit 
à mort  *. 

1 Ce  paragraphe  a été  modifié  et  amplifié 
en  I5S5.  Les  éditions  précédentes  portaient 
simplement  : 

» D’aucuns  sont  nommés  incubes  et  succu- 
bes, comme  nous  auons  dicl:  iceux  sont  nom- 
més Incubes  qui  par  fausse  imagination  deçoi- 
uenl  les  femmes  en  dormant,  et  succubes  ceux 
* qui  deçoiuent  les  hommes.  » 


58 


lé  MX-nèveiMme  Livre, 


Sainct  Augustin  n’a  pas  du  tout 
nié  que  les  diables  transformés  en 
forme  d’homme  ou  de  femme  puis- 
sent exercer  les  ceuures  de  Nature  , 
et  a u oit*  affaire  auec  les  hommes  et 
femmes  pour  les  allécher  à luxure, 
tromper  et  deceuoir  1 : ce  que  les  an- 
ciens n’ont  point  seulement  experi 
monté:  mësme  de  nostre temps,  cecy 
est  arriué  eh  plusieurs  prouihces,  ù 
diuerses  personnes  auec  lesquelles  les 
diables  ont  eu  affaire,  transfigurés  en 
homme  et  feihme. 

lacobus  Rueff  en  ses  liures  De  con- 
tcptu  et  grneratione  hominis  2,  tes- 
moigne  que  de  sOn  temps  vne  femme 
perdue  eut  affaire  auec  vn  esprit  ma- 
lin la  nuit , ayant  face  d’homme,  et 
que  subit  le  ventre  luy  enfla,  et  pen- 
sarit  estre  grosse,  tomba  eh  vne  si 
estrange  maladie , que  toutes  ses  en- 
trailles tombèrent,  sans  que  par  au- 
cun artifice  de  médecin  ny  de  chirur- 
gien pedsl  estre  secourue. 

Il  est  escrit  le  semblable  d’vn  ser- 
üileur  boucher,  lequel  estant  pro- 
fondément plongé  en  vaines  cogita- 
tions de  luxure,  fut  estonné qu’il  ap- 
perceut  subit  deuant  luy  vn  diable  eh 
figure  de  belle  femme , auec  lequel 
ayant  eu  affaire,  ses  parties  génitales 
commencèrent  à s'enflamber , de  fa- 
çon qu’il  luy  sembloit  auoir  le  feu 
ardent  dedans  le  corps , et  mourut 
misérablement 3. 

Or  c’est  vne  chose  absurde  à Pierre 
de  la  Pallude,  et  Martin  d’Arles,  sous- 
tenir  qu’au  giron  de  la  femme  les 

1 En  la  Cité  de  Dieu,  au  22,  23.  chapitre, 
15.  liure.  — A.  P. 

2Chap.  dernier,  liu.  5,  — A.  P. 

3 Ici  se  terminait  le  chapitre  dans  les  édi- 
tions de  1573  et  1575.  Le  long  paragraphe 
qui  suit  et  qui  a été  placé  ici  en  1579,  faisait 
auparavant  latin  du  chapitre  31  ; et  en  effet 
sa  place  est  bien  plus  logique  ici  qu’à  l’au- 
tre endroit. 


diables  laissent  couler  de  la  semence 
d’vn  homme  mort,  dont  vn  enfant 
peut  estre  engendré  , ce  qui  est  ma- 
nifestement faux  : et  pour  rfeproüuer 
ceste  vaine  opinion  , ie  dirtiy  seule- 
ment que  la  semence  qui  est  faite  de 
sang  et  esprit  , laquelle  est  apte  pour 
la  génération  , estant  peu  ou  rien 
transportée  , est  incontinent  corrom- 
pue et  altérée  , et  par  conséquent  sa 
vertu  du  tout  esteinte,  par-ce  que  la 
chaleur  et  esprit  du  cœur  et  de  tout 
le  corps  en  est  absente,  si  bien  qu’elle 
n’est  plustemperée,  ny  en  qualité,  ny 
en  quantité.  Pour  ceste  raison  , les 
médecins  ont  iugé  l’homme  qui  au- 
roit  la  verge  virile  trop  longue,  estre 
stérile,  à cause  que  la  semence  estant 
escoulée  par  vn  si  long  chemin  , est 
ja  refroidie  huant  qu’elle  soit  receuë 
en  la  matrice.  Aussi  quand  l’homme 
sedesioint  de  sa  compagne  trop  su- 
bit, ayant  ietté  sa  semehee,  elle  peut 
estre  altérée  en  l’air  qui  entre  en  la 
matrice,  qui  cause  qu’elle  né  produit 
aucun  fruit  Ainsi  doric  l’on  peut  eon- 
noistre  combien  Albert  le  Scoliastc  a 
lourdement  failli,  lequel  a escrit,  que 
si  la  semehee  tombée  en  terre  esloit 
remise  en  la  matrice,  il  seroit  possi- 
ble qu’elle  conceuroit.  Autant  en 
peut-on  dire  de  la  voisine  d’Auerroîs, 
laquelle  ( comme  il  dit  ) l’auoit  as- 
seuré  par  serment,  qu’elle  auoit  con- 
ceu  vn  enfant  de  la  semence  d’vn 
homme  qu’il  auoit  icllée  dans  vn 
baing , et  s’estant  baignée  eh  iceluy 
elle  en  deuint  grosse.  Aussi  il  ne  vous 
faut  nullement  croire  que  les  démons 
ou  diables  qui  sont  de  nature  spiri- 
tuelle, puissent  connoistrc  charnelle- 
ment les  femmes  : car  à l’execution 
de  cet  acte , la  chair  et  le  sang  sont 
requis  , ce  que  lés  esprits  n’ont  pas. 
D’auanlage,  comme  seroit-il  possible 
que  les  esprits  qui  n’ont  point  de 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


corps,  puissent  lestre  espris  de  l’a- 
mour des  femmes,  et  qrt’ils  puissent 
engendrer  en  icelles?  et  aussi  où  il 
n’y  a point  de  parties  générantes , il 
il’y  a aussi  point  de  conionclion  : et 
où  il  n’ÿ  a viande  ne  breuurtge,  il  n’y 
a point  de  sentence  : aussi  là  où  il  n’a 
esté  necessaire  auoir  succession  et 
repeuplement,  la  Nature  n’a  point 
baillé  le  désir  d’engendrer.  D’auart- 
tàge  , les  démons  sont  immortels  et 
eternels  : qu’onl-ils  ddnc  nécessité  de 
césté  génération  , puis  qu’ils  n’ont  af- 
fairé de  successeurs,  d’aulant  qu’ils 
seront  tousiours?  Ebcore  n’est-il  en 
la  puissance  de  Satan,  hy  à ses  anges, 
d’en  créer  de  nouuelles  : ét  si  aiitsi 
estoit,  depuis  que  les  démons  sont 
créés,  qti’ils  eussent  peu  en  engen- 
drer d’autres , il  y ad  toit  bien  de  la 
diablerie  sus  les  champs. 

Or  quant  à moy,  ie  crOy  que  cesle 
prétendue  cohabitation  est  imagi- 
naire, procédante  d’vne  impression 
illusoire  de  Satan  ' . 


CHAPITRE  XXX. 

EXEMPLE  DE  PLVStEVRS  ILLVSIONS 

diAboliqves. 

Et  afin  qu’on  rte  pense  quël’aHifice 
dii  Diable  soit  ariCiert,  il  a encores  pra- 
tiqué dé  hostie  temps  en  semblables 
sortes,  comme  plusieurs  ont  veu  , et 
beaucoup  d’hommes  drtetes  ont  es- 
crit  , d’vne  fort  belle  ieune  fille  à 

1 Cette  dernière  phrase  est  de  1585  ; on 
peut  remarquer  qu’elle  insiste  sur  ce  que 
l’auteur  avait  déjà  dit  dans  le  paragraphe 
précédent,  mais  que  celte  conclusion  est 
tout-à-fait  en  désaccord  avec  ce  qu’il  sem- 
blait avoir  eu  intention  d’établir  au  com- 
mencement du  chapitre. 


5g 

Constance,  laquelle  auoit  nrtm  Mag- 
daleine , semante  d’vn  fort  riche  ci- 
toyen de  ladite  ville,  laquellcpublioit 
par  (ont  que  le  diable  vhé  nuit  l’a- 
uoil  engrossie  : et  poür  ce  regard  les 
Poteslats  de  la  ville  la  firent  mettre 
en  prison  , pour  entendre  l’issue  de 
cest  enfantement.  L’heure  venue  de 
ses  couches  , elle  sentit  des  tranchées 
et  douleurs  accoutumées  des  femmes 
qui  veulent  accoucher  : et  quand  les 
matrones  furent  prestes  de  receuoir 
le  fruit,  et  qu’elles  pensoient  que  la 
matrice  se  deust  ouurir,  il  commença 
à sortir  du  corps  d’icelle  fille,  des 
clous  de  fer , des  petits  tronçons  de 
bois,  de  voire,  des  os,  pierres,  et  che- 
ueux,  des  esloupes,  et  plusieurs  au- 
tres choses  fantastiques  et  estranges, 
lesquelles  le  diable  par  son  artifice 
y auoit  appliquées , pour  deceuoir  et 
embaboüiner  le  vulgaire  populace , 
qui  adiouste  legerement  foy  en  pres- 
tiges et  tromperies. 

Boisfuau  affirme  qu’il  produiroit 
plusieurs  autres  histoires  semblables, 
recitées  non  seulement  des  philo- 
sophes, mais  aussi  des  ecclesiastiques , 
lesquels  confessent  que  les  diables 
par  la  permission  de  Dieu  , ou  pour 
punition  de  nos  péchés  , peuuent 
ainsi  abuser  des  hommes  et  des  fem- 
mes : mais  que  de  telle  conionction  il 
se  puisse  engendrer  quelque  créature 
humaine  , cela  n’est  pas  seulement 
faux,  mais  contraire  à nostre  religion, 
laquelle  croit  qu’il  n’y  eut  oneques 
homme  engendré  sans  semence  hu- 
maine , reserué  le  fils  de  Dieu.  Mes- 
mes,  comme  disoit  Cassianus,  quelle 
absurdité  , répugnance  , et  confusion 
seroit-ce  en  Nature  , s’il  estoit  licite 
aux  diables  de  conceuoir  d’hommes  , 
et  les  femmes  d’eux  ; combien,  de  la 
création  du  monde  iusques  à présent, 
les  diables  eussent  produit  de  mons- 


60  LE  DIX-NEVFIEME  LIVRE 


très  par  tout  le  genre  humain , 
ieltans  leur  semence  clans  les  ma- 
trices des  besles  , creans  ainsi  par  les 
perturbations  de  semence  vue  infinité 
de  monstres  et  prodiges  ? 


CHAPITRE  XXXI. 

DE  L’ART  MAGIOVE. 

D’auantage  l’art  magique  se  fait 
par  le  meschant  artifice  des  diables. 
Or  il  y a de  plusieurs  sortes  de  magi- 
ciens : aucuns  font  venir  à eux  les 
diables,  et  interroguent  les  morts, 
lesquels  sont  nommés  nécromanciens  : 
autres  cheiromanciens  , parce  qu’ils 
deuinent  par  certains  lineamensqui 
sont  és  mains  : autres  hydroman- 
cicns,  par-ce  qu’ils  deuinent  par  l’eau  : 
autres  geomanciens  , par-ce  qu’ils  de- 
uinent par  la  terre  : autres  pyroinan- 
ciens, qui  deuinent  par  le  feu  : autres 
aëromanciens , ou  augures,  ou  pro- 
gnostiqueursdela  disposition  future, 
par-ce  qu’ils  deuinent  par  l’air,  sça- 
uoir  est  par  le  vol  des  oiseaux , ou 
par  tourmentes  , orages  , tempestes 
et  vents.  Tous  lesquels  ne  font  que 
tromper  et  abuser  les  incrédules,  qui 
vont  au  recours  à ces  deuins,  prophè- 
tes, maléfiques,  enchanteurs:  les- 
quels sus  tous  autres  sont  coustu- 
mierement  opprimés  de  perpétuelle 
pauurelé  et  disette,  par  ce  que  les 
diables  les  engouffrent  en  vn  abysme 
d’obscurité  , leur  faisans  accroire 
mensonge  estre  vérité,  par  illusions 
et  fausses  promesses  interturbées  et 
insensées,  qui  est  vne  folie  et  insup- 
portable bourbier  d’erreur  , et  facé- 
tie. Il  faut  du  tout  fuir  ces  hommes, 
et  les  chasser  loin  par  ceux  qui  con- 
noissent  la  vraye  religion  , comme 


fist  anciennement  Moyse  par  com- 
mandement de  Dieu. 

Iean  de  Marconuille  en  son  liure, 
Du  recueil  mémorable  d’aucuns  cas 
merueilleux  aduenusde  nos  ans,  escrit 
d’ vne  deuineresse,  sorcière  de  Boulon- 
gne  la  Grasseen  Italie,  laquelle  après 
auoir  long  temps  exercé  son  art  dia- 
bolique, tomba  en  vne  griefue  mala- 
die, dont  elle  fina  ses  iours.  Quoy 
voyant  vn  magicien,  qui  ne  l’auoit 
jamais  voulu  desaccompagner  pour 
le  profit  qu’il  tiroit  du  vivant  d’elle  de 
son  art  : il  luy  mit  vn  certain  poison 
venefique  sous  les  aiscelles  , telle- 
ment que  par  la  vertu  de  ce  poison  , 
elle  sembloit  estre  viuante,  et  se 
trouuoit  aux  compagnies  comme  elle 
auoit  accoustumé,  ne  semblant  en 
rien  différer  d’vne  personne  en  vie, 
fors  la  couleur  qui  esioit  excessiue- 
rnent  pâlie  et  blesme.  Quelque  temps 
apres  il  se  trouua  vn  autre  magicien 
à Boulongne,  auquel  il  prit  fantasie 
d’aller  voir  ceste  femme , pource 
qu’elle  auoit  grand  bruit,  à raison  de 
son  art  : lequel  estant  arriué  à ce 
spectacle  comme  les  autres  pour  la 
voir  iolier,  tout  subit  s'escria  disant  .- 
Que  faites-vous  icy,  messieurs?  ceste 
femme  que  vous  estimez  qui  face  ces 
beaux  soubre-sauls  et  ieux  de  pas- 
se-passedeuant  vous,  c’eslvnepuante 
et  orde  charongne  morte  : et  tout 
soudain  elle  tomba  en  terre  morte,  de 
sorte  que  le  prestige  de  Satan  et  l’a- 
bus de  l’enchanteur  fut  manifesté  à 
tous  les  assistons. 

Langius  en  ses  Epistres  Médicina- 
les >,  raconte  d’vne  femme  possédée 
d’vn  mauuais  esprit,  laquelle  après 
auoir  esté  affligée  d’vne  cruelle  dou- 
leur d’estomach,  estant  délaissée  par 

1 Epislre  41.  — A.  P. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


les  Médecins,  subitement  vomit  des 
clous  fort  longs  et  courbés,  et  des  ai- 
guilles d'airain  empaquetées  auec  de 
la  cire , et  des  cheueux.  Et  en  la 
mesme  Epistre  escrit , que  l’an  mil 
cinq  cens  trente  neuf,  au  village 
nommé  Tuguestag,  vn  certain  labou- 
reur nommé  Vlrich  Ncnzesser,  après 
auoir  enduré  vne  cruelle  douleur  au 
flanc  , luy  ayant  esté  faite  ouuerlure 
d’vn  rasoir  , sortit  vn  clou  d’airain  : 
toutesfois  les  douleurs  s’augmentè- 
rent déplus  en  plus,  et  d’impatience 
se  coupa  la  gorge  : et  ayant  esté  ou- 
uert , on  luy  trouua  dans  l’estomach 
vn  morceau  de  bois  , long  et  rond  , 
quatre  cousteaux  d’acier , desquels 
aucuns  estoient  aigus  , les  autres  den- 
telés en  maniéré  de  scie,  et  ensemble 
deux  ferremens  aspres,  lesquels  sur- 
montoient  la  longueur  d’vne  demie 
coudée,  auec  vne  grosse  pelote  de 
cheueux.  Il  est  vray-sembiable  que 
toutes  ces  choses  se  sont  faites  par 
l’astuce  du  diable,  qui  deceuoit  les 
assistans  par  leur  veué. 

Encor  depuis  n'agueres  i’ay  veu 
faire  à vn  imposteur  et  enchanteur, 
en  lapresence  du  Roy  Charles  IX,  et 
de  Messeigneurs  les  Mareschaux  de 
Montmorency,  de  Rets , et  le  seigneur 
de  Lansac,  et  de  monsieur  de  Mazille 
premier  Médecin  du  Roy,  et  de  mon- 
sieur de  sainct  Pris,  valet  de  chambre 
ordinaire  du  Roy,  plusieurs  autres 
choses  qui  sout  impossibles  aux  hom- 
mes de  faire  sans  l’astuce  du  diable  , 
qui  déçoit  noslre  veué  , et  nous  fait 
apparoislre  chose  fausse  et  fantasti- 
que : ce  que  librement  ledit  impos- 
teur confessa  au  Roy,  que  ce  qu’il 
faisoit  estoit  par  l’astuce  d’vn  esprit, 
lequel  auoit  encor  temps  de  trois  ans 
à estre  en  ses  liens,  et  qu'il  le  tour- 
mentoit  fort  : et  promit  au  Roy,  son 
temps  venu  et  accompli,  qu’il  seroit 


61 

homme  de  bien.  Dieu  luy  en  veuille 
donner  la  grâce  : car  il  est  escrit  : Ta 
n’endureras  point  viure  la  sorcière.  Le 
Roy  Saul  fut  cruellement  puni , pour 
s’estre  addressé  à la  femme  enchante- 
resse. Moyse  pareillement  a com- 
mandé à ses  Hebrieux  , qu’ils  missent 
toute  peine  d’exterminer  d’autour 
d’eux  les  enchanteurs  L 


CHAPITRE  XXXIL 

DE  CERTAINES  MALADIES  ESTRANGES2. 

Or  pour  encore  contenter  l’esprit 
du  liseur,  de  l’imposture  des  diables 
et  de  leurs  esclaues  magiciens , malé- 
fiques, enchanteurs  et  sorciers,  i’ay 
recueilli  ces  histoires  de  Fernel,  telles 
qu'il  s’ensuit 3. 

* Exode  20,  ch.  — Leuii.  19. — I des  /îoiv , 
28.  — Deuteron.  — A.  P. 

Le  chapilre  ne  se  terminait  pas  là  en  1573 
et  1575. — On  lisait  d’abord  l’histoire  sui- 
vante: 

« En  la  ville  Charanti,  les  hommes  ayants 
appelé  les  femmes  à coucher  auec  eux  , 
auoient  coustume  de  s’attacher  (picc  elles  en 
la  maniéré  des  chiens , et  ne  s’eu  pouuoient 
de  longtemps  détacher  -.  et  les  ayants  quel- 
quesfois  trouuez,  ont  esié  condamnez  par 
iustice  d’cslre  penduz  en  vne  perche  au  re- 
bours, et  attachez  par  vn  lien  inaccouslu- 
mé,  et  seruoient  au  peuple  d’vn  spectacle 
ridicule  : et  telle  chose  se  faisoit  par  l’astuce 
du  diable  satanique,  qui  estoit  vne  détesta- 
ble risee.  » 

Cette  histoire  absurde  a été  retranchée 
dès  1579  ; ell  * était  suivie  d’un  très  long  pa- 
ragraphe qui  a ôté  transporté  depuis  au 
chapitre  28.  Voyez  la  note  3 de  la  page  58. 

2 Ce  chapitre  tout  entier  est  une  addition 
de  1579. 

3 Ex  cap.  10,  liu.  2,  Deabditis  rerum  cou- 
sis, Fernel.  — A.  P. 


6q 


LE  DIX'NEVFIÊME  LIYfiE  , 


U y a des  maladies  lesquelles  sont 
enuoyées  aux  hommes  par  la  permis- 
sion de  Dieu , et  ne  peuuent  estre 
guaries  par  les  remedes  ordinaires  , 
lesquelles  pour  ceste  raison  sont  di- 
tes outre-passer  le  cours  ordinaire 
des  maladies  desquelles  les  hommes 
ont  accoustumé  d’estre  tourmentés. 
Ce  qui  se  peut  aisément  prouuer  par 
l’Escriture  saincte  mesme,  laquelle 
nous  fait  foy,  que  pour  le  péché  de 
Dauid  il  suruint  vne  telle  corrup- 
tion d’air,  que  la  peste  trencha  le 
filet  de  la  vie  à plus  de  soixante  mille 
personnes.  Noqs  lisons  aussi  en  la 
mesme  Escriture,  qu’Ezechias  fut 
tourmenté  d’une  tres-grande  et  tres- 
griefue  maladie.  Ioh  receut  tant  d'vl- 
ceres  sur  son  corps,  qu’il  en  esloit 
tout  couuert  : ce  qui  leur  aduint  par 
la  permission  de  ce  grand  Dieu,  lequel 
gouuerne  à son  vueil  ce  monde  infe- 
rieur, et  tout  ce  qui  est  contenu  en 
iceluy. 

Or  tout  ainsi  que  le  Diable  , capital 
et  iuré  ennemy  de  l’homme,  sonnent 
(par  la  permission  de  Dieu  tontes- 
fois)  nous  afflige  de  grandes  et  di- 
u ers  es  maladies  : ainsi  les  sorciers , 
trompeurs  et  meschans  , par  ruses  et 
finesses  diaboliques  , tourmentent  et 
abusent  vne  infinité  d’hommes  : les 
vus  inuoquent  et  adiurent  ie  ne  sçay 
quels  esprits  par  murmures,  exor- 
cismes , imprécations , enchantemens 
et  sorcelleries  : les  autres  lient  à l’en- 
tour du  col , ou  bien  portent  sur  eux 
par  autre  façon  quelques  escri turcs  , 
quelques  characteres,  quelques  an- 
neaux, quelques  images,  et  autres 
tels  fatras  : les  autres  vsent  de  quel- 
ques chants  harmonieux , et  dan- 
ses. Quelquesfois  ils  vsent  de  cer- 
taines potions  , ou  pluslost  poisons , 
su  (fumigations  , senteurs,  fascina- 
tions, et  enchantemens.  Il  s’yn  trouue 


lesquels  ayans  brassé  râpage  et  re- 
présentation de  quelqu’vn  absent , la 
transpercent  auecques  certains  ins- 
t rumens,  et  se  vantent  d’affliger  de 
telle  maladie  qu’il  leur  plaira  , celuy 
dont  ils  trarisperçent  la  représenta- 
tion , encore  qu’il  soit  bien  cslongné 
d’eux,  et  disent  que  cela  se  fait  par 
la  vertu  des  estoiles,  et  de  certaines 
paroles  qu’ils  bourdonnent  en  per- 
çant telle  image  ou  représentation 
faite  de  cire.  Il  y a encore  vne  infinité 
de  telles  forfanteries  qui  ont  esté  in- 
uentées  par  les  forfantes,  pour  affli- 
ger et  tourmenter  les  hommes , mais 
il  me  fasche  d’en  parler  d’au ant âge. 

Il  y en  a qui  vsent  de  tels  sortilè- 
ges qui  empesebent  l’homme  et  la 
femme  de  consommer  le  mariage  , ce 
qu’on  appelle  vulgairement  nouer 
l'aiguillette.  11  y en  a qui  empeschent 
que  l’homme  n’a  rendu  son  vrine , 
ce  qu’ils  appellent  cheuillcr.  Il  y en  a 
aussi  qui  rendent  par  leurs  sorcelle- 
ries les  hommes  si  mal  habiles  à sa- 
crifier à madame  Venus,  que  les  pau- 
ures  femmes  qui  en  ont  bien  affaire 
pensent  qu’ils  soyent  chaslrés,  et  plus 
que  chastrés. 

Telle  quanaiile  n’afflige  pas  seule- 
ment les  hommes  de  plusieurs  et  di- 
uerses  sortes  de  maladies  : mais  aussi 
tels  pendais  et  sorciers  qu’ils  sont 
lancent  des  diables  dedans  les  corps 
des  hommes  et  des  femmes.  Ceux  qui 
sont  ainsi  tourmentés  des  diables  par 
les  sorcelleries  de  ces  forfantes, ne  dif 
feront  en  rien  des  simples  maniaques, 
sinon  qu’ils  disent  des  choses  mer- 
ueilleusement  grandes.  Ils  racontent 
tout  ce  qui  s’est  passé  parauant , en- 
core qu’il  fust  bien  fort  caché  et  in- 
conneu , fors  qu’à  bien  peu  de  gens. 
Ils  descouurenl  le  secret  de  ceux  qui 
sont  presens,  lesiniurians  et  blason- 
uans  si  viuement,  qu’ils  seroient  plus 


UES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


que  ladres  s’ils  ne  le  sentoient  : mais 
incontinent  qu’on  parle  de  la  saincte 
Escriture , ils  sout  tousespouuentés  , 
ils  tremblent,  et  sont  fort  faschés. 

N’agueres  vn  quidam, par  les  gran- 
des chaleurs  de  l’esté , se  leua  de 
nuit  pour  boire  , lequel  ne  troüuant 
aucune  liqueur  pour  estancher  sa 
soif,  prend  vne  pomme  qu’il  aduise  : 
lequel  incontinent  qu’il  cust  mordu 
dedans,  illuy  sembla  qu'on  l’eslran- 
gloit  : et  desia  comme  assiégé  d’vn 
malin  esprit  caché  en  cesle  pomme  , 
il  luy  sembloit  au  milieu  des  tene- 
bres  voir  vn  grand  chien  fort  noir 
qui  le  deuoroit  : lequel  estant  puis 
après  guari , nous  conta  de  G1  en  ai- 
guille tout  ce  qui  luy  estoit  arriué. 
Plusieurs  médecins  luy  ayans  touché 
le  pouls,  ayans  reconneu  la  chaleur 
extraordinaire  qui  estoit  en  luy,  auec 
vne  seicheresse  et  noirceur,  de  la- 
quelle iugerent  qu’il  auo.t  la  fléure , 
et  d’autant  qu’il  ne  reposoil  aucune- 
ment et  qu’il  ne  cessoit  de  resuer  , le 
iugerent  hors  du  sens. 

Il  y a quelques  années  qu’vn  ieune 
Gentil-homme  par  interuallede  temps 
tomboit  en  certaine  conuulsion  , tan 
tost  ayant  le  bras  gauche  seulement , 
tantost  le  droit,  tantost  un  seul  doigt, 
tanlost  vne  cuisse,  tantost  toutes 
deux  , tantost  l’espine  du  dos  et  tout 
le  corps  si  soudainement  remué  et 
tourmenté  par  ceste  conuulsion,  qu’à 
grande  difficulté  quatre  valets  le 
pouuoient  tenir  au  lict.  Or  est-il  qu’il 
n’auoit  aucunement  le  cerueau  agité 
ni  tourmenté  : il  auoit  la  parole  libre, 
l’esprit  nullement  troublé , et  tous  les 
sens  entiers , mesmes  au  plus  fort  de 
telle  conuulsion.  Il  estoit  trauaillé 
deux  fois  par  iour  pour  le  moins  de 
telle  conuulsion  , de  laquelle  estant 
sorti  il  se  portoit  bien , hors-mis  qu’il 
SC  trouuoit  fort  las  et  corrompu , â 


G3 

cause  du  tourment  qu’il  auoit  souf- 
fert. Tout  Médecin  bien  aduisé  eust 
peu  iuger  que  c’estoit  une  vraye  epi- 
lepsie  , si  auec  cela  les  sens  et  l’esprit 
eussent  esté  troublés.  Tous  les  plus 
bran  es  Médecins  y estans  appellés, 
iugerent  que  c’estoit  vne  conuulsion 
de  fort  pies  approchante  à l’epilepsie, 
qui  estoit  excitée  d’vne  vapeur  mali- 
gne, enclose  dedans  l’espine  du  dos, 
d’où  telle  vapeur  s’espanchoit  seule- 
ment aux  nerfs  qui  ont  leur  origine 
d’icelle  espine,  sans  en  rien  offenser 
le  cerueau.  Tel  iugement  ayant  esté 
assis  de  la  cause  de  ceste  maladie  , il 
ne  fut  rien  oublié  de  tout  ce  que  com- 
mande l’art,  pour  soulager  ce  panure 
malade.  Mais  en  vain  nousfismes  tous 
nos  efforts,  estans  plus  de  cent  lieues 
eslongués  de  la  cause  de  telle  mala- 
die. Car  le  troisième  mois  suiuant,  on 
descouurit  que  c'estoit  vn  diable  qui 
estoit  autbeur  de  ce  mal,  lequel  se 
déclara  luy-mesme,  parlant  par  la 
bouche  du  malade  du  Grec  et  du  La- 
tin à foison , encores  que  ledit  malade 
ne  sceust  rien  en  Grec.  Il  descouuroit 
le  secret  de  ceux  quiestojent  presens, 
et  principalement  des  Médecins,  se 
mocquant  d’eux,  pource  qu’auec 
grand  danger  il  les  auoit  circonue- 
nus,  et  qu’auecques  des  médecines 
inutiles  ils  auoient  presque  fait  mou- 
rir le  malade.  Toutes  et  quan  tes  fois 
que  son  pere  le  venoit  voir,  inconti- 
nent que  de  loin  il  l’apperceuoit , 
il  crioit , Faites  le  retirer,  empescliez 
qu’il  n’entre , ou  bien  luy  ostez  la 
chaisne  qu’il  a au  col  : car  comme 
Cheuallier  qu’il  estoit , suiuant  la 
coustume  des  Cbeualiers  francois , il 
orloit  le  collier  de  l’ordre , au  bout 
uquel estoit  l'image  de  sainct  Michel. 
Quand  on  lisoit  quelque  chose  de  la 
saincte  Escriture  deuant  luy,  il  se  he- 
rissonnoit,  se'sousleuoil , et  se  tour- 


LE  DIX-NE  VF  fliME  LIVRE, 

té.  Mais  qu’est-il  de  besoin  mettre  en 


64 

mentoit  bien  plus  qu’auparauant. 
Quand  le  paroxysme  estoit  passé  , il 
se  souuenoit  de  tout  ce  qu’il  auoildit 
ou  fait,  s’en  repentant,  et  disant  que 
contre  son  vueil  il  auoit  ou  fait  ou 
dit  cela.  Ce  démon  contraint  par  les 
ceremonies  et  exorcismes  , disoit  qu  il 
estoit  un  esprit,  et  qu'il  n’estoit  point 
damné  pour  aucun  forfait.  Estant  in- 
terrogué  quel  il  estoit,  ou  par  quel 
moyen  et  par  la  puissance  de  qui  il 
tourmenloit  ainsi  ce  gentilhomme,  il 
respondit  qu’il  y auoit  beaucoup  de 
domiciles  au  dedans  où  il  se  cachoit, 
et  qu’au  temps  qu’il  laissoit  reposer 
le  malade , il  en  alloit  tourmenter 
d’autres.  Au  reste  qu’il  auoit  esté 
ielté  au  corps  de  ce  gentilhomme  par 
vn  quidam  qu’il  ne  vouloit  nommer, 
et  qu’il  y auoit  entré  par  les  pieds,  se 
rampant  iusques  au  cerneau  , et  qu’il 
sortiroit  par  les  pieds  quand  le  iour 
pactionné  entre  eux  seroit  venu.  Il 
discouroit  de  beaucoup  d’autres  cho- 
ses, selon  la  couslume  des  demonia- 
cles , vous  asseurant  que  ie  ne  mets 
cecy  en  ieu  comme  vne  chose  nou- 
uelle  : mais  afin  qu'on  commisse  que 
quelquesfois  les  diables  entrent  de- 
dans nos  corps,  et  qu’ils  les  bourel- 
lent  par  tournions  in  audits. 

Quelquesfois  aussi  ils  n’entrent 
point  dedans,  mais  agitent  les  bonnes 
humeurs  du  corps , ou  bien  onuoyent 
les  meschantes  aux  principales  par- 
ties, ou  bien  remplissent  les  veines  de 
ces  meschantes  humeurs,  ou  en  bou- 
chent les  conduits  du  corps,  ou  bien 
changentlebastimentdesinstrumens, 
d’où  il  arriue  vne  infinité  de  maladies. 
Les  diables  sont  cause  de  toutes  ces 
choses , mais  les  sorciers  et  meschans 
hommes  sont  serfs  et  ministres  des 
diables.  Pline  escrit  que  Néron  de  son 
temps  a trouué  les  plus  fausses  ma- 
gies et  sorcelleries  qui  ayent  point  cs- 


auantles  Ethniques,  attendu  quel'Es 
crilure  tesmoigne , comme  il  appert 
de  ce  qui  est  escrit  de  la  Pythonisse  , 
de  la  femme  ventriloque,  de  Nabu- 
chodonosor  roy,  des  sorciers  et  en- 
chanteurs de  Pharaon  , et  mesme  de 
Simon  Magus  du  temps  des  Apostres  ? 
Le  mesme  Pline  escrit  qu’vn  nommé 
Demarchus  se  changea  en  vn  loup  , 
ayant  mangé  les  entrailles  d’vn  en- 
fant sacrifié.  Homere  escrit  que  Circé 
changea  les  compagnons  d’Vlysse  en 
pourceaux.  Plusieurs  poètes  anciens 
escriuent  que  tels  sorciers  faisoient 
passer  les  fruits  de  champ  en  champ 
et  deiardin  en  iardin.  Ce  qui  ne  sem- 
ble estre  fabuleux  , d’autant  que  la 
loy  des  douze  tables  constitue  et  or- 
donne certains  supplices  à tels  char- 
latans et  forfanles 
Or  tout  ainsi  que  le  diable  ne  peut 
bailler  les  choses  vrayes,  lesquelles 
il  ne  pourroil  nullement  créer , ains 
baille  seulement  quelques  vaines  es- 
peces d'icelles , par  lesquelles  il  offus- 
que l’esprit  des  hommes  : ainsi  aux 
maladies  ne  peut-il  donner  vne  \ raye 
et  entière  guérison  , ains  vse  seule- 
ment d’vue  fausse  et  palliatiue  cure. 

l’ai  veu  aussi  la  iaunisse  disparoir 
de  la  superficie  du  corps  en  vne  seule 
nuit,  par  le  moyen  d’vn  certain  petit 
breuet  qui  fut  pendu  au  col  de  l’icle- 
rique.  l’ai  veu  pareillement  les  fié- 
ures  estre  guaries  par  oraisons,  et 
certaines  ceremonies  , mais  elles  re- 
tournoient après  bien  plusmauuaises. 

Il  y en  a encore  bien  d’vn  autre 
tonneau  : car  il  y a des  façons  de 
faire  que  nous  appelions  supersti- 
tions, d’autant  qu’elle  ne  sont  fon- 
dées sur  aucune  raison  ou  aulhorilé, 
soit  diuine  ou  humaine  : ains  sur 
quelque  resu erie  des  vieilles.  le  vous 
prie, n’est-ce  pas  vne  vraye  supersti- 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


tion  de  dire  que  celuy  qui  porte  le 
nom  des  trois  roys  qui  vindrent  ado- 
rer nostre  Dieu , à sçauoir,  Gaspar, 
Melchior  et  Balthasar  , est  guari  de 
l’epilepsie?  Ce  que  loutesfois  lesre- 
medes  bien  approuués  ne  font  pas 
ordinairement  , comme  peut  estre 
1 essence  de  succinum  ou  ambre 
meslé  auec  conserue  de  piuoine,  don- 
née au  malade  tous  les  matins  la 
grosseur  d’vne  noisette.  Que  les  dents 
sont  gnaries,  si  ce  pendant  qu'on  dit 
la  messe , on  proféré  ces  paroles  : Os 
non  comminuetis  ex  eo?  Qu’on  appaise 
les  vomissemens  par  certaines  cere- 
monies, sçachant  seulement  le  nom 
du  patient? 

I’ay  veu  quelqu’vn  qui  arrestoit  le 
sang  de  quelque  partie  du  corps  que 
ce  fust,  bourdonnant  ie  ne  sçay  quel- 
les paroles.  Il  y en  a qui  disent  ces 
mots  : De  lalere  eius  exiuit  sanguis  et 
aqua. 

Combien  y a-il  de  telles  maniérés 
de  guarir  les  fleures?  Les  vns  tenans 
la  main  du  fébricitant  disent  : Aequè 
facilis  tibi  fcbris  hœc  sit , atque  Mariœ 
virgini  Christi  par: us.  Les  autres  di- 
sent en  secret  ce  beau  psaume  : Exal- 
tabo  te  Deus  meus  rex.  Si  quelqu’vn 
( dit  Pline)  a esté  mordu  d’vn  scor- 
pion, et  qu'en  passant  il  le  die  en  l’o- 
reille d’vn  asne , il  est  incontinent 
guari.  Voila  de  belles  maniérés  de 
guarir.  Or  tout  ainsi  que  par  telles 
paroles  ils  guarissent , aussi  par  de 
semblables  et  superstitieux  escrits 
guarissent-ils.  Comme  pour  guarir 
ie  mal  des  yeux , il  y en  a qui  escri- 
uent  ces  deux  lettres  grecques  , «.  a. 
et  les  enueloppent  en  vn  linge, 
puis  les  pendent  au  col.  Pour  le  mal 
des  dents  ils  escriuent  : Slrigiles  fal- 
eesque  dentatœ , dentium  dolorem  per- 
sanate. 

Il  se  trouue  aussi  de  grandes  su- 

ni. 


65 

perstitions  aux  applications  externes. 
Comme  cesluy-cy  d Apollonius  , à 
sçauoir  se  scarifier  les  genciues  auec- 
ques  la  dent  d’un  homme  qui  a esté 
tué,  pour  guarir  le  mal  des  dents  : 
comme  faire  des  pillules  du  crâne 
d’vn  homme  pendu , contre  la  mor- 
sure d’vn  chien  enragé.  Comme  ils 
disent  que  l’epilepsie  est  guariepour 
manger  de  la  chair  d'vne  beste  sau- 
uage  qui  aura  esté  tuée  du  mesine 
fer  qu’aura  esté  tué  vn  homme.  Com- 
me ils  disent  aussi  que  la  fiéure 
quarte  est  guarie,  si  on  boit  du  vin 
où  aura  trempé  vne  espée  de  laquelle 
on  a coupé  le  col  d’vn  homme.  Si 
cela  estoil  vray,  l’estât  du  bourreau 
de  Paris  luy  vaudroit  mieux  qu’il  ne 
lait.  Ils  disent  aussi , que  pour  guarir 
la  mesme  fiéure  quarte,  il  ne  faut  que 
mettre  les  rogneures  de  ses  ongles 
dedans  vn  linge,  les  lier  au  col  d’vn 
anguille  viue,  et  la  ietler  incontinent 
en  l’eau.  Pour  guarir  la  râtelle  ( di- 
sent-ils) il  ne  faut  que  mettre  dessus 
icelle  la  ratte  d’vne  beste , et  que  le 
médecin  dise  qu’il  fait  la  medecine  à 
la  ratte.  Pour  guarir  de  la  toux,  il  ne 
faut  que  cracher  dedans  le  bec  d’vne 
grenouille  rouge,  et  la  laisser  inconti- 
nent aller.  La  corde  de  quoy  on  a 
pendu  quelqu’vn  , liée  à l’entour  des 
temples  , guarit  le  mal  de  teste. 
C’est  vn  plaisir  que  d’entendre  telle 
maniéré  de  faire  la  medecine:  mais  en 
Ire  autres  ceste-cy  est  gentille,  qui  est 
de  mettre  ce  beau  mot,  Abracadabra 
en  vne  certaine  figure  qu’escritSere- 
nus,  pour  guarir  de  la  fiéure.  C’est  vn 
autre  beau  trait  de  dire  que  la  feuille 
deCataputia,  tirée  par  haut,  fait  vo- 
mir, et  tirée  par  bas,  fait  descharger 
le  ventre.  El  qui  plus  est , ils  ont  esté 
si  impudens  que  de  feindre  qu’il  y 
auoit  quelques  herbes  dediées  et  con- 
sacrées aux  diables,  comme  reciie 

5 


66 


LE  DIX-NEVFIEME  LIVRE  , 


Galien  d'vn  certain  André  , et  Pam- 
phile l. 

le  n’aurois  iamais  fait  si  ie  voulois 
m'amuser  à rapsodier  vne  milliace 
de  telles  superstitieuses  sornettes, 
et  n’en  eusse  tant  mis  en  auant , si- 
non pour  donner  aduis  à beaucoup 
qui  s’y  abusent  de  plus  n’y  croire , 
ét  les  prier  de  rcietter  toutes  telles 
sotleries  , et  s’arrester  à ce  qui  est 
asseuré  , ët  par  tant  d’habiles  et  gal- 
lans  hommes  approuué  et  receu  en 
la  medécine , ce  que  faisant , il  en 
reüssira  vn  bien  infini  au  public  : 
d’autant  qu’aprés  l’honneur  de  Dieu  , 
il  n’y  a rien  qui  doiue  estre  plus  pré- 
cieux à l’homme  que  sa  santé.  Et  ne 
se  faut  aucunement  fier  aux  hommes 
qui  ont  laissé  les  naturels  moyens  et 
vertus  données  que  Dieu  a mises  aux 
plantes  , animaux  et  minéraux,  pour 
la  curation  des  maladies , et  se  sont 
ieltés  dans  les  filets  des  esprits  malins, 
qui  les  attendent  au  passage  : car  il 
ne  faut  point  douter  que , puisqu’ils 
ne  se  fient  aux  moyens  que  Dieu  a 
ordonné,  et  qu’ils  abandonnent  ceste 
reigle vniuersellement  establie  désla 
création  du  monde,  il  ne  faut  ignorer 
que  les  esprits  malins  ne  se  soyent 
mis  en  peine  de  les  y tenir,  leur  don- 
nant entre  deux  vertes  vne  meure , 
et  se  fier  par  ce  moyen  à la  vertu  des 
paroles  et  characteres,  et  autres  ba- 
dinages et  piperies,  ainsi  que  les 
sorciers  en  sont  venus  iusques  à dire 
qu’ils  ne  se  soucient  qui  les  guarisse, 
et  fust  le  diable  d’enfer,  qui  est  vn 
prouerbe  indigne  d’vnchrestien  : car 
TEscrilure  saincte  le  defend  expressé- 
ment. Il  est  certain  que  les  sorciers 
ne  peuuent  guarir  les  maladies  natu- 
relles , ny  les  médecins  les  maladies 
venues  par  sortilèges.  Et  quant  à 


quelques  empiriques  qui  curent  les 
playes  simples  par  seule  application 
de  linges  secs  ou  trempés  en  eau  pure, 
et  quelquesfois  les  guarissent,  pour 
cela  ne  faut  croire  que  ce  soit  en- 
chantement ny  miracle,  comme  pen- 
sent les  idiots  et  populace , mais  par- 
le seul  bénéfice  de  Nature  , laquelle 
guarit  les  playes  , vlceres,  fractures, 
et  autres  maladies  : car  le  chirurgien 
ne  fait  que  luy  aider  en  quelque 
chose  , et  osier  ce  qui  empescheroit  , 
comme  douleur , tluxion  , inflamma- 
tion , aposteme  , gangrené,  et  autres 
choses  qu’elle  ne  peut,  faire  , comme 
réduire  les  os  fracturés  et  luxés , 
boucher  vn  grand  vaisseau  pour  es- 
tancher  un  flux  de  sang,  extirper 
vne  loupe,  extraire  v ne  grosse  pierre 
en  la  vessie  , oster  une  chair  super- 
flue, abattre  vne  cataracte  , et  vne  in- 
finité d’autres  choses  que  Nature  de 
soy  ne  peut  faire. 


CHAPITRE  XXXIII. 

DES  INCVBÈS  ET  SVCCVBES  SELON 
LES  MEDECINS. 

Les  médecins  tiennent  que  Incu- 
bus  est  vn  mal  où  la  personne  pense 
estre  opprimée  et  suffoquée  de  quel- 
que pesante  charge  sur  son  corps , et 
vient  principalement  la  nuit  : le  vul- 
gaire dit  que  c’est  vne  vieille  qui 
charge  et  comprime  le  corps,  le  vul- 
gaire l’appelle  Chauche-poulel l. 

La  cause  est  le  plus  souuent  pour 
auoir  beu  et  mangé  viandes  par  trop 
vaporeuses,  qui  ont  causé  vne  crudité, 
desquelles  se  sont  esleuées  au  cer- 
tes derniers  mots,  le  vulgaire  l'appelle 
chauche-poulA,  manquent  en  1673. 


J Galien,  au  G.  liure  des  Simples.  — A.  P. 


DES  MONSTRES  ET  PRODIGES. 


ueau  grosses  vapeurs  qui  remplis- 
sent ses  yentricules,  à raison  de  quoy 
la  faculté  animale  qui  fait  sentir  et 
mouuoir,  est  empeschée  de  reluire 
par  les  nerfs  , dont  s’ensuit  vue  suffo- 
cation imaginaire,  parla  lésion  qui  se 
fait  tant  au  diaphragme  qu’aux  poul- 
mons  et  autres  parties  qui  seruent  à 
la  respiration,  Et  alors  la  voix  est 
empeschée , tellement  que  si  peu 
qui  leur  en  demeure , c’est  en  mu- 
giant  et  balbutiant , et  requérant 
aide  et  secours,  s’ils  pouuoient  par- 
ler. Pour  la  curation  , faut  euiler  les 
viandes  vaporeuses  et  vins  forts,  et 
généralement  toutes  choses  qui  sont 
cause  de  faire  esleuer  les  fumées  au 
cerueau  h 


CHAPITRE  XXXIV. 

DES  NOVEVGS  D’ÇSGVILLETTE  2. 

Noüer  l’esguillette,  et  les  paroles  ne 
font  rien , mais  c’est  l’astuce  du 
diable  : et  ceux  qui  la  noüent  ne  le 
peuuent  faire  sans  auoir  eu  conuen- 
tion  aiiec  le  diable  , qui  est  vne  mes- 
chanceté  damnable.  Car  celuy  qui  en 
vse  ne  peut  nier  qu’il  ne  soit  violateur 
de  la  loy  de  Dieu  et  de  nature  , d’em- 
pescher  la  loy  de  mariage  ordonné  de 
Dieu.  De  cela  il  aduient  qu’ils  font 
rompre  les  mariages,  ou  pour  le 
moins  les  tenir  en  stérilité  , qui  est 
vn  sacrilege  3.  D’auantage,  ils  ostent 
l’amitié  mutuelle  du  mariage  et  la 
société  humaine,  et  mettent  vne  haine 
capitale  entre  les  deux  conioints:  pa- 
reillement sont  cause  des  adultérés 

JCe  chapitre  est  suivi  en  1575  des  attires 
histoires  non  hors  de  propos. 

2 Ce  chapitre  a été  ajouté  en  1585. 

3 Bodin  en  son  liur.  des  sorciers.  — A.  P. 


6? 

et  paillardises  qui  s’en  ensuiucnt  : 
car  ceux  qui  sont  liés  bruslent  de  cu- 
pidité l’vn  auprès  de  l’autre.  D’abon- 
dant il  en  aduient  souuent  plusieurs 
meurtres , commis  aux  personnes  de 
ceux  qu’on  soupçonne  auoir  noué 
1’esguillette , qui  bien  souuent  n’y 
auoicnt  pas  pensé.  Aussi  comme 
auons  dit  cy-dessus  , les  sorciers  et 
empoisonneurs  , par  moyens  subtils , 
diaboliques  et  inconneus  corrompent 
le  corps,  la  vie, la  santé  et  le  bon 
entendement  des  hommes.  Parquoy 
il  n’y  a peine  si  cruelle  qui  peust  suf- 
fire à punir  les  sorciers:  d’autant  que 
toute  leur  mescbanceté  et  tous  leurs 
desseins  se  dressent  contre  la  maiesté 
de  Dieu  , pour  le  despiter,  et  offenser 
le  genre  humain  par  mille  moyens. 


CHAPITRE  XXXV. 

AVTRES  HISTOIRES  NON  HORS  DE 
PROPOS  h 

Aucuns  estiment  que  ce  soit  vne 
chose  monstrueuse  de  se  lauer  les 
mains  de  plomb  fondu  : mesme  Bois- 
luau  en  ses  Histoires  prodigieuses  , 
chapitre  huitième,  recite  que  IJie- 
rosme  Cardan  , liure  sixième  De  sub- 
tilitate,  en  escrit  ceste  histoire  comme 
prodigieuse. 

Lors,  dit-il,  que  i’escriuois  mon 
liure  des  subtiles  inuentions,  ie  vis 
un  quidam  à Milan  lequel  lauoit  ses 
mains  de  plomb  fondu , et  prenoit  un 

1 Ce  chapitre  existait  déjà  en  1573,  non 
comme  chapitre , mais  comme  appendice  à 
celui  des  incubes  et  succubes.  En  1585  il  fut 
reporté  après  celui  des  noileurs  d’aiguillettes  ; 

et  comme  il  avait  un  titre  spécial , il  m’a 
paru  plus  naturel  d’en  faire  un  chapitre 
spécial. 


68  LE  DIX-NEVFlÉME  LIVRE 


escu  de  chacun  spectateur.  Cardan 
taschant  à rechercher  ce  secret  en 
nature,  dit  que  par  nécessité  il  falloit 
que  l’eau  de  laquelle  il  se  lauoit  pre- 
mièrement les  mains , fust  extrême- 
ment froide,  et  qu’elle  eust  une  vertu 
obscure  et  crasse  : toulesfois  ne  la 
descrit  point. 

Or  depuis  n’agueresi’ay  sceu  quelle 
elle  estoit , d’vn  gentil-homme  qui  la 
lenoil  pour  vn  grand  secret,  et  laua 
ses  mains  de  plomb  fondu  en  ma  pré- 
sence et  de  plusieursautres,dontie  fus 
fort  esmerueillé,  et  luy  priay  affec- 
tueusement de  me  dire  le  secret  : ce 
que  volontiers  m'accorda,  pour  quel- 
que seruice  que  luy  auois  fait  : ladite 
eau  n’estoit  autre  chose  que  sonvrine, 
de  laquelle  se  lauoit  premièrement 
les  mains,  ce  que  i’ay  trouué  estre 
véritable,  pour  en  auoir  fait  l’expe- 
rience  depuis.  Ledit  gentil-homme  en 
lieu  de  son  vrine  se  frolloit  les  mains 
û'vnguenlum  aureum  , ou  d’vn  autre 
semblable  , ce  que  i’ay  pareillement 


expérimenté  : et  en  peut-on  donner 
raison , par-ce  que  leur  substance 
crasse  empesche  que  le  plomb  n’ad- 
here  aux  mains,  et  le  chasse  decosté 
et  d’autres  en  petites  papillotes.  Et 
pour  l’amour  de  moy  fit  d’auantage: 
il  print  vne  pelle  de  fer  toute  rouge  , 
et  ietta  dessus  des  trenches  de  lard 
et  le  fit  fondre  , et  tout  flambant  du 
degoust  s’en  laua  les  mains  : ce  qu’il 
médit  faire  au  moyen  de  ius  d’oignon 
duquel  auparauant  s’estoit  laué  les 
mains. 

l’ay  bien  voulu  reciter  ces  deux 
histoires  (encore  qu’elles  ne  soyent 
du  tout  à propos)  à fin  que  quelque 
bon  compagnon  par  ce  moyen  puisse 
gaigner  la  passade  entre  ceux  qui  ne 
sçauroicnt  ce  secret  l. 

1 Ce  chapitre  est  suivi,  dans  les  éditions 
anciennes,  des  histoires  des  Monstres  ma- 
rins et  autres  ; j’ai  expliqué  dans  la  pre- 
mière note  de  ce  livre  pour  quelles  raisons 
j’ai  cru  devoir  les  rejeter  après  le  livre  des 
Animaux.  Voyez  ci-devant,  page  1. 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 

TRAITANT 

DES  FIÈVRES  EN  GENERAL 


ET  EN  PARTICULIER 


PREFACE  AU  LECTEUR. 

Amy  lecteur  , i’auois  bien  preueu 
que  le  traité  des  Fiéures  dont  i’auois 

1 La  chirurgie  proprement  dite  est  termi- 
née; nous  entrons  dans  la  médecine,  et  je 
n’ai  pas  cru  pouvoir  mieux  commencer  que 
par  le  livre  des  Fiéures, t\ ui , composé  pour 
les  chirurgiens  et  pour  servir  en  quelque 
sorte  de  complément  à leurs  études  , forme 
une  transition  naturelle  aux  autres  livres 
purement  médicaux. 

Paré  avait  inséré  un  premier  traité  sur  ce 
sujet  dans  la  première  édition  de  ses  OEuvres 
complètes;  il  l’avait  mis  entre  l’Anatomie  et 
le  livre  des  Tumeurs  en  general;  et  nous 
avons  vu  dans  notre  Introduction,  et  il  va 
rappeler  tout-à-l’heure  dans  sa  Préface  les 
démêlés  que  cette  hardiesse  lui  fit  avoir  avec 
la  Faculté  de  Paris.  Je  dis  hardiesse,  et  c’é- 
tait en  effet  une  innovation  bien  remar- 
quable alors  et  trop  peu  remarquée  depuis, 
que  cette  première  tentative  pour  rallier  la 
chirurgie  et  la  médecine. 

Dés  l’édition  de  1579,  ce  premier  livre  des 
fièvres  avait  disparu  ; il  n’en  restait  que 
quelques  chapitres  rattachés  tant  bien  que 
roui  à d'autres  Livres  ; et  cette  fausse  indica- 


autresfois  fait  voir  quelque  eschan- 
tillon,  donneroit  occasion  à plusieurs 
de  reprendre  et  blasmer  mon  dessein: 
en  ce  que  ie  taschois  d’instruire  les 

tion  du  catalogue , qu’on  retrouve  même 
encore  dans  la  huitième  édition  : 

Quant  au  liure  des  Fiéures,  il  a esté  trans- 
porté et  accommodé  au  liure  des  Tumeurs  con- 
tre nature , pour  mieux  instruire  le  ieune  chi- 
rurgien. 

Et  enfin  ce  ne  fut  que  dans  la  huitième 
édition,  en  1628,  que  parut  pour  la  premièra 
fois  le  Traiclé  de  toutes  sortes  de  Fiebures  , 
tant  en  general  qu’en  particulier,  auec  les  re- 
medes  et  curations  d’icelles,  treuué  dans  les 
manuscrits  de  l’aulheur  par  ses  enfuns.  Ceci 
est  le  titre  du  catalogue;  le  titre  placé  en 
tête  du  livre  même  est  celui-ci  : lelrenties- 
me  liure  traiclanl  des  fiebures  en  general  et  en 
particulier  : par  Ambroise  Paré  de  Laual , 
conseiller  et  premier  chirurgien  du  Roy  , 
treuué  dans  les  manuscrits  de  l’aulheur , et 
adiousté  en  cesle  nouuelle  édition. 

C'est  ce  livre  que  nous  allons  reproduire. 

Le  premier,  ou  celui  de  1575,  était  beau- 
coup plus  court  et  ne  traitait  pas  non  plus 
de  tant  de  matières.  J’avais  pensé  d’abord  à 
le  réimprimer  en  çntier,  comme  j’avais  fait 


70  LE  VINGTIEME  LIVRE, 


Chirurgiens  en  vne  maladie  qui  n’est 
point  de  leur  gibier,  qui  ne  touche  en 
aucune  façon  l’obiet  de  la  Chirurgie, 
qui  est  hors  l’estendue  d’icelle,  et 
qui  appartient  proprement  au  Méde- 
cin. On  sçait  assez  ce  qui  est  arriué 
sur  ce  suiet,  sans  que  ie  m’estende 
dauantage,  ou  à respondre  à leurs 
raisons , ou  à m’excuser  de  mon  des- 

pour  La  maniéré  de  extraire  les  enfans  ; mais, 
outre  l’intérêt  beaucoup  moindre  de  cette 
reproduction,  j’ai  bien  vite  reconnu  qu’elle 
ferait  double  emploi , presque  tout  !e  texte 
primitif  ayant  passé  dans  le  livre  nouveau. 
Là  où  la  rédaction  différera  sensiblement, 
je  donnerai  les  variantes  dans  mes  notes; 
pour  le  reste,  j’indiquerai  exactement  les 
passages  correspondants  du  texte  actuel  ; en 
sorte  qu’au  besoin  on  pourrait  reconstruire 
en  entier  ce  premier  livre.  Il  convient  seu- 
lement ici  d’en  indiquer  la  distribution  gé- 
nérale. Il  avait  pour  titre  : 

LIVRE  J)ES  FIEVRES 

recueilli  de  Galien,  Fernel,  et  autres  autheurs, 

et  il  se  composait  de  15  chapitres  dont  voiçi 
les  titres  : 

Cn.  Ier. — Que  c'est  que  fleure,  et  de  ses  causes. 

Ce  chapitre  a été  disséminé  par  morceaux 
dans  la  préface  et  les  chapitres  1er  et  2 de 
la  première  partie  du  livre  actuel. 

Cn.  II.  — De  la  fleure  epliemere.  — Il  répond 
au  ch.  7 de  la  première  partie  du  livre  ac- 
tuel. 

Cn.  III.  — Des  fleures  putrides,  premièrement 
de  leurs  causes  et  especes  en  general.  — Ré- 
pond aux  chapitres  12  et  13  du  livre  actuel. 
Cn.  IV.  — Les  signes  des  fleures  putrides  en 
general.  — Se  retrouve  tout  entier  dans 
un  paragraphe  du  eh.  13  du  livre  actuel. 
Cn.  V.  — La  curation  des  fieures  putrides  en 
general.  — Correspond  au  ch.  14. 

Cn.  VI.  — Des  fleures  d’accez,  et  première- 
ment de  la  quotidiane  intermittente.  — On 
en  retrouve  un  court  fragment  au  ch.  17, 
et  le  reste  au  ch.  25.  ■ 

Cn.  VII.  — Des  fieures  tierces  d’accès  ou  in- 
termittentes. — Disséminé  dans  les  chapi- 
tre»' 19,  20  et  21  du  livre  actucli 


sein.  l’ai  trouué  bon  1 la  censure  de 
l’escole  de  Medecinede  Paris,  comme 
estant  celle  qui  nourrit  et  esleue  les 
plus  beaux  esprits  qui  soient  cn  la 
medecine , qui  distribue  la  pure  et 
la  vraye  doctrine  d’Hippocrates  et  de 
Galien , et  pour  mon  particulier,  qui 

Cn.  VIH.  — Des  fieures  quartes.  — Corres- 
pond au  chapitre  28. 

Cn.  IX. . — Des  fieures  continues,  de  leurs  es- 
peces et  de  leurs  signes.  — Correspond  au 
chapitre  17. 

Cn.  X.  — Cure  de  la  fleure  synoche  putride. 

— Correspond  au  chapitre  16. 

Cn.  XI.  — De  la  fleure  ardente , espece  de 
tierce  continue.  — Correspond  au  cha- 
pitre 23. 

Cn.  XII.  — Cure  de  la  fieure  quotidiane  conti- 
nue. — Correspond  au  chap.  26. 

Cn.  XIII.  — Cure  de  la  fieure  quarte  conti- 
nue. — Correspond  au  chap.  31. 

Ch.  XIV.  — De  la  fieure  hectique,  et  de  ses 
différences , causes  , signes  et  cure.  — Cor- 
respond au  chap.  35. 

Cn.  XV.  — Pourquoy  les  accez  des  fieures  in- 
termittentes retournent  à certains  iours , 
sçauoir  des  quotidianes  tous  les  iours,  des 
tierces  de  trois  en  trois,  des  quartes  de  quatre 
en  quatre  iours.  — Fait  actuellement  le 
chap.  18. 

De  ces  quinze  chapitres,  sept  seulement 
avaient  été  conservés  en  tout  ou  en  partie 
dans  l’édition  de  1579  et  les  suivantes;  sa- 
voir, le  2‘,  le  3e  et  le  10e  fondus  dans  le 
chapitre  II  du  livre  des  Tumeurs  en  general  ; 
les  7e , 6e  cl  8e  constituant  les  15e  24e  et  35e 
du  même  livre  (Voyez  t.  I«r,  pages  336,  341, 
360  et  371  ) ; et  enfin  le  (4e  avait  passé  dans 
le  livre  des  Plages  en  particulier,  où  il  faisait 
le  chapitre  34.  (Voyez  t.  II,  pagel03.  ) Mais 
dans  celte  édition  de  1579,  il  y avait  eu  dans 
ces  chapitres  conservés  des  modifications  et 
des  additions  souvent  importantes,  dont 
Paré  ne  s’est  plus  souvenu  en  composant  le 
livre  actuel;  j’aurai  soin  de  les  signaler  en 
temps  et  lieu. 

1 Ceci  est  le  texte  de  l’édition  originale; 
celles  qui  viennent  après  ont  mis  : i’ay  troit- 
ué  bonne. 


DES  FIEVRES. 


m'a  enseigné  et  donné  ce  peu  de 
sçauoir  que  je  desire  communiquer 
aux  autres.  Mais  ie  n’ay  peu  iamais 
gouster  la  réprimandé  de  quelques  - 
vns,  qui  pour  auoir  plus  d’enuie  à ma 
réputation  que  de  bonne  volonté  de 
seruir  au  public,  m’ont  chargé  de 
calomnie,  accusé  de  plagiaire,  et  sans 
oüir  mes  raisons  et  prendre  en  bonne 
part  mes  desseins,  condamné  d’igno- 
rance et  de  témérité.  Pour  la  pre- 
mière,ie  ne  suis  point  si  amateur  de 
moy-mesrne  et  si  esclaue  de  mes  per- 
fections , que  je  ne  confesse  ignorer 
beaucoup  de  choses  en  la  médecine, 
que  pour  beaucoup  de  difficultés  ie 
n’ayepris  l’aduis  de  quelques  méde- 
cins plus  scauans  que  ie  ne  suis , que 
ie  ne  me  sois  serui  de  leur  conseil  et 
de  leur  labeur,  et  que  ie  n’aye  profité 
beaucoup  en  leur  conférence  et  com- 
munication. Mais  pour  la  témérité, 
ie  leur  prie  de  croire  que  ie  n’en  suis 
non  plus  coupable  , qu’eux  ne  le 
croyent  estre  en  Ja  censure  qu’ils 
font  de  mes  intentions. 

Car  pour  dire  la  vérité,  ce  n’est  ny 
l’ambition  de  parojstre  docte  , ny 
l’enuie  que  i’ay  de  ietter  de  la  pous- 
sière aux  yeux  des  médecins,  que  i’ay 
entrepris  ce  discours  des  fiéures.  Ç’a 
esté  seulement  le  désir  de  profiter  au 
public,  de  déraciner  beaucoup  d’a- 
bus qui  se  sont  glissés  dans  la  pratique 
des  chirurgiens  qui  sont  hors  des 
grandes  villes  , et  de  rendre  vniuer- 
sellement  le  chirurgien  plus  propre 
et  plus  instruit  de  seruir  et  soulager 
les  médecins  presens , et  d’aduertir 
les  absens  plus  soigneusement  et 
exactement  des  accidens  qui  arriuent 
aux  malades.  Car  il  est  très  asseuré 
que  le  chirurgien  ayant  quelque  le- 
gere  et  superficielle  connoissance  des 
fiéures,  peut  plus  commodément  que 
ne  Le  sçauroiept  faire  les  gardes  et 


7 1 

assistans  des  malades  , aduerlir  le 
médecin  de  l’espece  de  la  fiéure,  et 
des  accidens  qui  pcuuent  suruenir. 
Mesme  en  l’absence  du  médecin  ,et 
en  cas  de  nécessité  pressante  et  vr- 
gente,  il  peut  donner  quelque  allé- 
gement, empcscher  les  inflammations 
des  parties  nobles,  et  deslourner  par 
quelque  remede  fait  à propos  et  tiré 
par  l’indication  des  effets  el  des  cau- 
ses des  fiéures,  les  symplomes  qui 
ieltent  biensouucnt  les  malades  dans 
le  péril  de  la  mort.  El  véritablement 
les  fiéures  eslans  des  accidens  qui  ac- 
compagnent ordinairement  ou  le  plus 
souuent  les  dispositions  contre  na- 
ture que  la  Chirurgie  entreprend  fie 
guérir,  comme  sont  Jes  tumeurs,  les 
playes  , les  vlceres  , les  fractures  et 
les  luxations  : voire  mesine  que  les 
fiéures  entretiennent  lesdites  mala- 
dies et  les  empeschent  de  guérir,  et 
que  pareillement  le  plus  souuent  les- 
dites fiéures  ne  suniicnnent  que  par 
la  douleur  et  autres  accidens  desdi- 
tes maladies  qui  entretiennent  les 
fiéures  tandis  qu’elles  subsistent.  : on 
peut  par  là  reconpoistre  que  la  con- 
noissance des  fiéures  et  de  leurs  cau- 
ses est  très  necessaire  au  chirurgien  >. 

i Ce  débuta  remplacé  celui  du  premierlivre 
des  Fièvres  , dont  on  peut  cependant  recon- 
naître aisément  les  idées.  En  voici  le  texte  : 

Ch.  I.  — Que  c’est  que  Ficure  el  île  ses  causes. 

« Apres  auoir  discouru  des  indications  que 
doit  tousiours  auoir  le  chirurgien  méthodi- 
que et  rationel  douant  les  yeux  ,*  ensemble 
de  l’anatomie,  il  m’a  semblé  estre  necessaire 
faire  vn  petit  discours  des  Fiéures  : tant  afin 
qu’il  ne  manquast  rien  en  ce  noslre  liure, 
dont  le  chirurgien  peust  reccuoir  instruc- 
tion , tant  aussi  qu’ayant  quelque  legiere  et 
superficielle  cognoissance  d’icelles,  il  peust 
plus  commodément  que  ne  sçauroient  faire 
les  gardes  et  autres  assistans  ignare  s de  l’art, 
aduerlir  i§  médecin  de  l’espcOe  de  la  fieufo 


LE  VINGTIÈME  LIVRE  , 


72 

le  demanderons  volontiers  à ceux 
qui  blasment  si  opiniastrement  mon 
dessein, que deuiendra  vn  chirurgien, 
lequel  sera  appelle  à vn  malade  fé- 
bricitant qui  aura  esté  blessé  à la 
teste , et  qu’il  trouuera  en  de  grands 
vomissemens  et  en  vn  saignement  de 
nez  ? Comment  connoistra-il  que  le- 
dit vomissement  et  saignement  de 
nez  viennent  de  la  fiéure  et  non  de  la 
playe,  s’il  ignore  tout  à fait  la  nature 
de  la  fiéure,  et  qu’il  ne  sache  que  ces 
accidens  peuuent  aussi  bien  venir  de 
la  fiéure  que  de  lablesseure?  Il  ne 
sçauroit  iamais  s’esclaircir  de  ceste 
difficulté  sans  ceste  connoissance,  et 
ne  pourra  en  asseurance  traiter  la 
playe  et  en  faire  son  prognoslic  sans 
ceste  lumière. 

C’est  ce  qui  m’a  induit  à reuoir  de 
nouueau  mon  premier  traité  des  fié- 
ures,  et  à l’accommoder  à la  capacité 
des  chirurgiens.  le  ne  pretens  pas  par 
iceluy  de  les  rendre  capables  d’en- 
treprendre leur  curation  : elle  doit 

et  des  accidens  qui  seroient  suruenus  au 
malade  : et  mesmes  à iceux  en  son  absence, 
en  cas  qui  requist  prompt  secours  et  sans 
delay,  donner  quelque  allégement , contra- 
riant tousiours  tant  qu’il  sera  possible,  non 
seulement  aux  effects,  mais  aussi  aux  causes 
desdites  fleures.  Et  véritablement  les  fleures 
sont  accidens  qui  accompagnent  ordinaire- 
ment, ou  le  plus  souuent,  les  dispositions 
qui  seront  cy  apres  traictees  : et  les  entre- 
tiennent et  gardent  qu’elles  ne  se  peuuent 
guarir  : semblablement  souuent  sont  causes 
que  les  fleures  interuiennent , pour  la  dou- 
leur et  autres  accidens,  lesquels  eonuient 
corriger  par  leurs  contraires , premièrement 
que  pouuoir  osier  la  fleure.  Par  quoy  il  est 
bien  necessaire  au  chirurgien  cognoistre  les 
fleures  et  leurs  causes,  qui  seront  icy  som- 
mairement traictees.  » 

C’était  là  alors  tout  le  préambule,  après 
quoi  l’auteurentrait  immédiatement  en  ma 
tière.  Voyez  ci-après  la  note  de  la  page  74. 


estre  entièrement  reseruée  aux  Mé- 
decins nos  Maistres  : mais  ie  desire 
faire  en  sorte  qu’vn  chirurgien  ne 
soit  point  surpris  pour  les  accidens 
qu'elles  apportent  , et  qu’il  puisse 
estre  capable  de  seruir  le  médecin 
qui  ne  peut  estre  présent  à la  cura- 
tion. Et  de  fait,  que  l’on  remarquera 
que  iene  donne  icy  aucuns  préceptes 
ny  enseignemens  du  pouls  ou  batte- 
ment des  arteres , des  signes  et  indi- 
cations qui  sont  prises  des  vrines  et 
des  excremens  du  ventre,  des  vomis- 
semens , rigueurs  , frissons  , tremble- 
mens,  et  autres  changemens  qui  ac- 
compagnent les  fiéures , sans  la  con- 
noissance desquels  il  est  impossible 
de  lesguerirseu  rement,  promptement 
et  doucement.  Mais  ie  laisse  cela  aux 
médecins,  me  reseruant  simplement  à 
traiter  ce  qui  est  de  la  Nature,  Diffé- 
rence, Signes,  Curation,  et  Mitigation 
des  symptômes  des  fiéures  , ce  que 
i’estendray  vn  peu  plus  au  long  que 
ie  n’ay  fait  par  cy-deuant , ma  brief- 
ueté  ayant  esté  cause  que  les  nouices 
en  la  chirurgie  n’ont  peu  receuoir  le 
profit  de  mon  œuure  tel  qu’ils  se  le 
proposoient. 

Or  à fin  que  nous  gardions  quelque 
méthode  en  ce  discours , qui  oste 
l’obscurité  et  la  difficulté  du  suiet 
que  nous  traitons,  nous  le  diuiserons 
en  deux  parties  : dont  la  première 
parlera  de  la  nature  , différence  , 
causes,  signes,  et  curation  des  fiéures, 
tant  en  general  qu’en  particulier  : 
l’autre  donnera  quelques  aduis  sur 
les  symptômes  et  accidens  d’icelles  , 
tant  à fin  d’adoucir  leur  fascherie  et 
importunité,  que  pour  en  soulager  le 
malade  qui  se  trouue  quelquesfois 
plus  incommodé  des  symptômes  que 
des  fiéures  mesmes.  Maisdeuant  que 
passer  outre,  ie  veux  que  l’on  voye 
tout  mon  dessein  racourci  dans  la 


DES  FIÈVRES. 


figure  suiuante,  pour  seruir  non  seu- 
lement d’indice  à tout  l’ouuragc  , 
mais  aussy  pour  aider  la  mémoire  et 


73 

le  iugement  de  ceux  qui  voudront 
lire  mon  discours. 


TABLE 


OV  INDICE 

DE  TOUT  GE  DISCOVRS  DES  FIÈVRES. 


! Li  première  parle  > 


Ce  discours  des  fiéuresj 
a deux  parties 


Définition,  ch.  I. 
Causes,  chap.  2. 
Signes,  chap.  3. 
En  general  touchant  leur}  CuraUon  en  gene- 
ral. chap.  4. 

Moyens  pour  les 
guérir,  chap.  b. 

En  particulier  [ Des  différences,  chap.  6. 


\ La  seconde  parle  das  symptômes  des  Heures.  Voy.  le  second 
Discours. 


PREMIÈRE  PARTIE 


DES  FIÉYRES  EN  GENERAL  ET  EN  PARTICULIER. 


CHAPITRE  I. 

LA  DEFINITION  DE  FlÉVItE. 

C’est  chose  très  - asseurée  qu’en- 
tre toutes  les  maladies  les  fleures 
sont  les  plus  communes  et  les  plus 
fascheuses.  Il  n'y  a si  petit  mal,  pour 
peu  de  temps  qu’il  dure , qui  ne  soit 
accompagné  de  la  fleure,  et  si  nous 
voulons  croire  à quelques-vns,  pei^ 
sonne  ne  meurt  sans  fleure , non  pas 
inesme  ceux  qui  meurent  de  mort 
violente.  Elle  est  quelquesfois  si  na- 
turelle qu’elle  accompagne  quelques- 
vns  toute  leur  vie,  comme  qu’il  on  dit 
arriue  aux  lions  : les  autres  vne  fois 
tous  les  ans  , et  ce  au  iour  de  leur 
naissance,  commeon  raconte  d’vn  cer- 
tain poète  nommé  Antipater , et  d’vn 
autre  appellé  Iean  l’Architecte.  C’est 
vn  mal  tres-importun , pource  que 
pariceluy  toutes  les  parties  de  nostre 
corps  extérieures  et  intérieures  sont 
affligées,  d’où  s’ensuit  lésion  et  de- 
prauation  de  touteslcs operations. Ou- 
tre que  par  la  vehemence  d’iceluy  les 
esprits  qui  sont  communs  instrumens 
de  toutes  nos  actions  sont  manifeste- 
ment offensés,  ou  en  leur  qualité 
pour  eslre  trop  eschauffés  et  subli- 
liés,  ou  en  leur  quantité  pour  estre 
promptement  dissipés  par  l’ardeur 
de  la  fléure,  ou  en  leur  substance 


pour  estre  corrompus  par  l’infection 
des  vapeurs  pourries  qui  sortent  des 
humeurs  que  font  les  fleures  putri- 
des ».  En  sorte  que  c’est  vn  mal  tres- 
pernicieux , veu  mesme  qu’il  a son 
siégé  en  la  partie  la  plus  noble  que 
nous  ayons , qui  est  le  cœur.  le  diray 
toutesfois  que  , comme  la  nature  n’a 
point  donné  à la  vipère  de  venin 
qu’elle  neluy  ait  donné  pareillement 
son  antidote  , aussi  que  la  fléure  n'a 
point  tant  eu  d’incommodité  qu’elle 
n’aye  eu  aussi  auec  soy  quelque fruict 

1 Ce  début  du  chapitre  premier  est  imité 
et  amplifié  du  deuxième  paragraphe  du  pre- 
mier chapitre  de  l’ancien  livre. 

« C’est  chose  toute  asseuree , qu’entre 
toutes  les  maladies  les  Fieures  sont  les  plus 
fascheuses  , pource  que  par  icelles  toutes  les 
parties  tant  internes  qu’externes  sont  affli- 
gées : dont  s’ensuit  lésion  et  dépréciation  de 
toutes  les  operations  : entendu  en  outre  que 
par  la  vehemence  d’icelles  les  esprits,  qui 
sont  communs  instruments  de  toutes  nos  ac- 
tions , sont  manifestement  olfensez , ou  en 
leur  qualité,  pour  estre  trop  eschaufTez  et 
subtiliez,  et  aussi  corrompus  par  l’infection 
des  vapeurs  suscitez  des  humeurs  putréfiez 
és  fieures  putrides:  ou  en  leur  quantité, 
pour  estre  promptement  dissipez  en  l’ardeur 
d’icelles,  dont  s’ensuit  que  de  tant  que  le 
mal  est  grand  et  pernicieux  , de  tant  faut-il 
trauailler  à le  cognoistre  : pour  à quoy  par- 
uenir,  il  sera  bon  de  commencer  par  la  de* 
finition»  » 


DES  FIEVRES. 


et  quelque  douceur.  Car  nous  obser- 
uons  après  Hippocrates  et  Galien , 
qu’il  est  quelquesfois  à souhaiter  d’a- 
uoir  la  fiéure , qu'elle  guérit  de  plu- 
sieurs maladies, qu’elle  vient  par  voye 
de  crise  et  de  soulagement , et  qu’elle 
oste  les  incommodités  que  peut-estrc 
l’art  de  la  medecine  ne  pourroit  des- 
raciner.  Mais  certes  ce  bien  icy  est  si 
rare  et  si  peu  ordinaire , que  quand  il 
arriue  il  donne  mesme  de  l’apprehcn- 
sion,  et  feroit-on  volontiers  des  sa- 
crifices comme  anciennement  a Rome 
à la  fiéure,  h fin  qu  elle  n’eust  point 
à venir , ou  à s’en  retourner  promp- 
tement. 

Or  en  quelque  façon  que  la  fiéure 
arriue  , sa  connoissance  est  tres-ne- 
cessaire  : c’est  pourquoy  nous  deuons 
trauailler  diligemment  en  cesle  eslu- 
de,  et  nous  efforcer  à son  est  laircisse- 
ment,  àfin  que  le ieune  chirurgien  en 
tire  profit.  Nous  auons  dit  que  ceste 
doctrine  a deux  parties , l’vne  qui  ex- 
plique l’essence  et  la  nature  de  la  fié- 
ure,et  l’autre  qui  regardeles  accidens. 
La  première  est  double  , generale  et 
particulière.  Pour  la  generale,  elle 
consiste  à expliquer  la  définition  de 
la  fiéure,  ses  causes,  ses  signes  et  sa 
curation.  Pour  la  particulière , elle 
sera  expliquée  cy-aprcs.  C’est  vne 
maxime  des  philosophes  , que  les 
choses  generales  et  vniuerselles  vont 
tousiours  deuant  les  particulières , et 
que  la  connoissance  de  cellcs-cy  dé- 
pend immédiatement  de  celles-là  : ne 
plus  ne  moins  que  les  indiuidus  dé- 
pendent des  especes  , et  celles-cy  des 
genres.  C’est  pourquoy  il  est  très  à 
propos,  pour  esclaircir  ce  Traité , de 
commencer  au  general  desfiéures , et 
voir  auant  que  passer  outre  quelle 
est  sa  définition. 

le  ne  veux  point  ici  rechercher  cu- 
rieusement les  noms  do  la  fiéure  grecs 


75 

et  latins,  veu  qu’ils  seruent  fort  peu 
à l’intelligence  de  la  fiéure , et  point 
du  tout  à l’instruction  du  chirurgien, 
le  me  contenteray  d’apporter  sa  défi- 
nition ou  description  la  plus  propre 
et  exacte  que  i’ay  peu  tirer  des  meil- 
leurs auteurs.  La  fièvre  donc  n’est 
autrechose  qu’vne  intemperiechaude 
et  seiche , excitée  et  enflammée  au 
cœur,  et  du  cœur  communiquée  à 
tout  le  corps  par  les  veines  et  artè- 
res '.  En  cesle  définition  le  mot  d ’in- 

1 Cette  définition  ne  différopas  de  celle  do 
l’ancien  livre;  cependant  la  disposition  du 
texte  n’est  pas  tout-à-fail  la  même.  -Voici 
donc  la  suite  du  passage  cité  dans  la  note 
précédente. 

« Fieure  est  une  intemperature  chaude  et 
seiche,  excitee  et  enflammee  au  cueur,  et 
d’iceluy  communiquée  partout  le  corps  par 
les  conduits  des  arteres  En  ceste  définition 
le  genre  est  (intemperature)  dont  nous  en- 
tendons que  fleure  est  maladie  des  parties 
similaires,  et  non  des  organiques.  Les  diffé- 
rences sont  (chaude  et  seiche)  pour  distin- 
guer la  fieure  des  autres  intemperatures 
froides  et  humides,  dont  nous  apprenons 
la  maniéré  de  viure  des  fleures  en  general 
deuoir  tendre  à réfrigération  et  humecta- 
tion. L’autre  différence  (cxcitee  au  cueur) 
pour  monstrerlesubiet  et  siège  de  telle  ma- 
ladie. Et  de  vray,  si  la  fieure  (comme  nous 
auons  touché  par  cy-deuant,  et  comme  aussi 
cognobsent  par  expérience  ceux  qui  sont  at- 
taints  de  tel  mal)  est  vne  maladie  non  par- 
ticulière et  resserrée  en  vne  partie,  comme 
l’ophthalmie,  ains  generale  et  vniuerselle  à 
tout  le  corps  , il  est  bien  raisonnable  que  le 
siégé  d’ieelle  soit  en  partie  noble,  principale, 
et  qui  aitsympalhieetintelligence manifeste 
auec  tout  le  corps. 

» La  définition  de  fieure  ainsi  expliquée, 
nous  viendrons  maintenant  à la  diuision. 
Galien  au  commencement  du  premier  liure 
des  différences  dés  fleures  fait  plusieurs  di- 
ssions d’icelles,  prises  tant  de  leurs  acci- 
dens que  de  leur  essence.  Or  d’icelles  nous 
choisirons  et  poursulurone  seulement  celles 


76  LÉ  VINGTIEME  LIVRE, 


temperie  est  mis  pour  le  genre , à fin 
que  nous  concernons  que  la  fiéure 
estant  vne  intempérie,  par  conse 
quent  que  c’est  vne  maladie  des  par- 
ties similaires , et  non  point  des  orga- 
niques : outre  aussi  que  par  ce  mot 
d'intemperie  on  distingue  la  fiéuredes 
maladies  qui  sont  appellées  commu- 
nes, pour  être  propres  des  parties  simi- 
laires et  organiques.  Pour  la  premiè- 
re différence, nous  auons  dit  que  c’est 
vne  intempérie  chaude  et  seiche , afin 
de  distinguer  la  fiéure  des  autres  in- 
temperatures , soit  simples , soit  com- 
posées, qui  ont  leur  nature  diuerse 
de  celle  de  la  fiéure.  le  sçay  que  quel- 
ques-vns  ont  estimé  que  l’intempera- 
ture  qui  fait  la  fiéure  , est  seulement 
chaude  et  non  seiche,  fondés  sur  quel- 
ques passages  d’Hippocrates  et  de  Ga- 
lien mal  entendus.  Mais  il  n’y  a point 
d’apparence  de  les  croire , veu  que 
ces  deux  grands  personnages  ont  es- 
crit  le  contraire , et  qu’il  est  impossi- 
ble qu’vne  notable  chaleur,  telle  que 
l’on  voit  aux  fiéures , soit  sans  sei- 
cheresse.  L’autre  différence  est  com- 
prise en  ces  mots,  excitée  au  cœur , par 
lesquels  on  donne  à entendre  quel  est 
le  siégé  et  le  lieu  de  la  fiéure.  Il  esttres 
certain  que  l’idée  ou  espece  du  mal 
consiste  en  la  partie  affectée,  et  en  la 

qui  sont  prises  des  causes  essentieles,  pource- 
que  les  autres  n’estant  d’aucun  prouflit  pour 
la  pratique  et  vsage  de  médecine  : de  celles 
cy  pouuons  tirer  quelques  indications  pro- 
pres pour  la  guarison  des  fleures,  comme 
nous  monstrons  par  le  discours  d’vne  cha- 
cune espece  en  particulier.  » 

Ce  dernier  paragraphe  a été  laissé  de  côté 
dans  le  nouveau  livre,  où  Paré  s’est  beau- 
coup plus  étendu  sur  les  dill'érenccs  des  liè- 
vres. Voyez  ci-après  le  chap.  G, 


disposition  qui  est  contre  nature  : 
mais  c’est  la  partie  affectée  principa- 
lement qui  fait  distinguer  les  maladies 
les  vnes  des  autres  Par  exemple , par 
où  pensons-nous  que  la  phrenesie , la 
pleuresie  et  l’ophthalmie  soient  dis- 
tinguées les  vnes  des  autres?  Ce  n’est 
pas  par  l’inflammation , car  toutes  ces 
trois  sont  inflammations,  mais  par  la 
partie  malade  : car  la  phrenesie  est 
vne  inflammation  des  membranes  du 
cerueau , la  pleuresie  est  aussi  vne  in- 
flammation de  la  membrane  qui  en- 
ueloppe  les  costes  : et  l’ophthalmie 
pareillement  est  vne  inflammation  , 
mais  de  la  membrane  de  l’œil  qui 
s’appelle  conionctiue.  La  fiéure  donc 
est  bien  une  intempérie  chaude  et 
seiche,  mais  qui  n’est  pas  resserrée  et 
attachée  à une  seule  partie , ains  qui 
est  excitée  premièrement  au  cœur  , 
et  de  là  communique  à tout  le  reste  du 
corps.  Par  où  nous  apprenons  pre- 
mièrement, que  la  fiéure  n’est  pas  vne 
maladie  particulière  et  propre  d’vne 
seule  partie,  mais  generale  et  vniuer- 
selle  à tout  le  corps  : et  en  second  lieu, 
qu’elle  ne  pourroil  estre  communi- 
quée à tout  le  corps , si  elle  n’estoit 
allumée  en  vne  partie  noble  et  prin- 
cipale , comme  est  le  cœur,  qui  a vne 
sympathie  et  communication  mani- 
feste auec  tout  le  corps , tant  par  les 
arleres  qui  naissent  de  luy,  que  par  les 
veines  qui  luy  sont  enuoyées  du  foye. 

Voila  ce  qu’on  peut  briefuement 
dire  pour  l’explication  et  intelligence 
de  la  définition  de  la  fiéure  , n’estant 
point  besoin  de  s’amuser  à une  quan- 
tité de  questions  que  l’on  fait  sur  ce 
suiet,  lesquelles  sont  bonnes  pour 
l’escole  , mais  ne  seruent  de  rien  en 
la  pratique. 


DES  FIEVRES. 


CHAPITRE  II. 

DES  CAVSES  GENERALES  DE  LA  FIEVRE. 

Bien  que  l’on  ait  accoustumé  de  • 
mettre  quatre  genres  de  causes  lors 
qu’il  est  question  d’examiner  l’essence 
des  choses  : si  est-ce  qu’en  l’exposi- 
tion des  maladies,,  on  obmet  tous- 
iours  la  cause  formelle  et  la  finale, 
d’aiitantqu'elles seruentde  peu  à leur 
connoissance.  On  se  contente  donc 
de  parler  de  l’efficiente , et  de  la  ma- 
terielle. 

Pour  l’efficiente,  c’est  celle  qui  a 
presque  tout  pouuoir,  et  par  la- 
quelle l’intemperie  chaude  et  sei- 
che , qui  est  le  genre  de  la  fiéure , est 
engendrée.  Or  on  peut  dire  générale- 
ment que  tout  ce  qui  augmente  la 
chaleur  de  nostre corps,  iusquesàce 
point  qu’elle  puisse  empescher  les 
operations  d’iceluy , est  la  cause  effi- 
ciente de  la  fiéure.  Galien  au  liure 
premier  Des  différences  des  ficures 
chapitre  troisième,  rapporte  ceste 
cause  à cinq  chefs  principaux , au 
mouueraent , à la  pourriture,  à la  ré- 
tention et  suppression  des  excremens, 
à l’attouchement  et  voisinage  d’vne 
chaleur  externe  et  eslrangere , au 
meslange  de  quelquesubstancechau- 
deparmylq  nostre  intérieure1. 

1 Nous  retrouvons  ici  le  texte  de  l’ancien 
livre , faisant  suite  au  passage  reproduit 
dans  la  note  précédente. 

« Doncques  les  causes  des  fleures  en  pre- 
mière diuision  sont  de  deux  sortes,  sçauoir 
efficientes,  ou  materielles.  Les  causes  effi- 
cientes sont  de  cinq  especes. 

» La  première  est  le  mouuement  excessif 
ou  violent,  tant  du  corps  que  de  l’esprit.  Ce- 
luy  du  corps  est  ou  actif  volontaire,  etc.  » 

En  cet  endroit  l’auteur  suit  tellement  son 


77 

j Par  le  mouuement, on  entend  celuy 
qui  est  violent  et  excessif,  tant  de 

ancien  texte,  qu’à  peine  trouve-t-on  çà  et  là 
un  mot  de  changé,  sans  que  rien  soit  changé 
au  sens  , et  que  ce  serait  véritablement  faire 
un  double  emploi  que  de  le  reproduire.  11 
expose  donc  ainsi  les  cinq  causes  efficientes  ; 
seulement,  dans  les  exemples  qu’il  donne  de 
la  cinquième,  après  les  antres  choses  aroma- 
tiques, arriérés,  acres  ou  salees,  il  avait  omis 
tes  vins  forts  et  puissans.  A partir  de  là  aussi 
la  rédaction  devient  assez  différente  pour 
qu’il  devienne  utile  de  la  mettre  en  regard; 
la  voici  donc  : 

« Telles  sont  les  cinq  choses  efficientes, 
desquelles  toutes  sortes  de  fleures  sont  exci- 
tées : faut  maintenant  parler  des  mate- 
rielles. 

» Les  causes  materielles  des  fleures  sont 
celles  esquelles  consiste,  est  placée  et  fondée 
comme  en  son  propre  subiet , l’essence  de  la 
fleure,  sçauoir,  l’intempérie  chaude,  ou 
chaleur  contre  nature.  Icelles  causes  mate- 
rielles sont  de  irois  sortes,  comme  ainsi  soit 
que  la  substance  de  nostre  corps  soit  triple, 
la  spiritueuse  ou  acree,  l’humide  et  la  so- 
lide : en  l’vne  desquelles  la  chaleur  contre 
nature  estant  vne  fois  allumée,  sont  exci- 
tées ces  trois  especes  de  fleures  tant  renom- 
mées entre  les  médecins,  esquelles  toutes  les 
autres  se  peuuent  reuoquer.  La  première  est 
la  Diaire  ou  Ephemere,  de  laquelle  la  cha- 
leur est  allumée  és  seuls  esprits  ou  substan- 
ces spiritueuses.  La  seconde  est  la  putride, 
de  laquelle  la  chaleur  est  allumée  és  hu- 
meurs. La  troisième  est  hectique,  de  la- 
quelle la  chaleur  est  allumée  és  parties  so- 
lides de  notre  corps.  De  chacune  d’icelles 
nous  parlerons  par  ordre  , de  telle  sorte  que 
premièrement  nous  expliquerons  leurs  cau- 
ses, puis  leurs  signes,  enfin  toucherons  en 
bref  la  curation.  » 

Là  finit  le  premier  chapitre  du  livre  pri- 
mitif. Il  serait  curieux  de  comparer  ces  doc- 
trines du  seizième  siècle  à celles  qui  tendent 
à reprendre  vie  parmi  nous;  mais  je  laisse 
cela  aux  médecins  qui,  par  hasard  ou  au- 
trement, en  viendront  enfin  à jeter  un 
coup  d’œil  sur  ce  livre  trop  dédaigné. 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


78 

l’esprit  que  du  corps.  Celuy  du  corps 
est  ou  actif,  volontaire  etprouenant 
de  nous,  comme  luitter,  courir,  ioüer 
à la  paume:  ou  passif,  et  qui  nous  est 
donné  par  vne  cause  externe,  comme 
popr  auoir  esté  en  carrosse,  ou  auoir 
piqué  vn  cheual  fascheux  et  violent. 
Celuy  de  l’esprit  est  soin,  vehemenle 
appréhension,  fascherie,  courroux,  et 
autres  semblables  passions  de  l'âme  , 
lorsqu’elles  nous  tiennent  fort  sou- 
uent  et  fort  long  temps.  Mais  il  ne 
faut  pas  icy  s’abuser.etpenserque  le 
seul  mouuement  excile  la  fiéure  : 
car  nous  voyons  par  expérience  que 
le  repos , qui  est  son  contraire  , ap- 
porte souuent  la  fiéure  : car  ceux  qui 
auoient  de  coustume  de  s’exercer, 
s’ils  viennent  à s’adonner  à l’oisiueté, 
par  accident  tombent  en  fiéure , tant 
parce  que  les  excremens  qu’ils  sou- 
loient  dissiper  par  l’exercice,  retenus 
dansle  corps, se  pourrissans  aisément, 
reschauffent  outre  mesure  : qu’aussi 
pource  que  leur  chaleur  naturelle  se 
fait  contre  nature , pour  n’estre  plus 
esuentée  par  l’exercice  modéré,  ainsi 
qu’elle  souloit  auparauant. 

La  seconde  cause  efficiente  des  fié- 
ures  est  la  pourriture  ou  putréfaction, 
qui  n’est  autre  chose  qu  vne  corrup- 
tion causée  par  vne  chaleur  estrange 
et  externe  en  vn  humeur  enfermé  et 
non  esuenté  , comme  nous  voyons 
souuent  aduenir  aux  phlegmons  et 
erysipeles , ausquels  par  conséquent 
les  fiéures  sont  annexées  et  con- 
jointes. Cette  cause  est  propre  des 
fiéures  putrides  : c’est  pourquoy  nous 
remettons  en  ce  lieu  là  à en  parler 
plus  particulièrement  et  amplement. 

La  troisième  est  la  rétention  et  sup- 
pression des  excremens  , qui  ont  de 
coustume  d’estre  vuidés  et  poussés 
hors  de  nos  corps,  non  seulement  par 
yne  euacuation  manifeste  et  sensible  à 


la  veuë,  comme  sont  les  mois  des  fem- 
mes et  les  hemorrhoïdes  des  hommes, 
mais  aussi  par  vne  euacualion  qui  ne 
se  voit  point,  et  que  nous  appelions 
insensible  transpiration  , qui  se  fait 
par  les  pores  du  cuir  : car  tel  excre- 
menl , principalement  s’il  est  acre  et 
fuligineux  , comme  des  hommes  bi- 
lieux, retenu  et  entassé  dans  le  corps, 
ne  pouuant  expirer  pour  la  densité 
du  cuir,  ou  pour  la  constipation  des 
pores  d’iceluy , excite  promptement 
des  fiéures  ou  ephemeres  ou  putrides. 

La  quatrième  est  l’attouchement  ou 
voisinage  d’vne  chaleur  externe  , 
comme  du  feu,  des  medicamens  caus- 
tiques, des  rayons  du  soleil,  d’vn 
corps  fébricitant  auec  lequel  nous 
auons  couché , et  principalement  s’il 
est  d’vn  tempérament  picrochole  ou 
atrabilaire. 

La  cinquième  cause  des  fiéures 
est  la  prise  ou  meslange  de  quelque 
substance  chaude  parmy  la  noslre 
intérieure , soit  qu’icelle  substance 
chaude  soit  médicamenteuse,  soit 
qu’elle  soit  alimen teuse.  Ainsi  voyons- 
nous  souuent  qu’vne  médecine  de 
scamonée  ou  de  rheubarbe  donne  la 
fiéure,  à celuy  principalement  qui  a 
le  foye  chaud.  Le  semblable  fait  I’v- 
sage  du  miel  et  du  sucr  e és  corps  des 
ieunes  hommes,  d’autant  qu’en  iceux 
les  choses  douces  s’enflamment  aisé- 
ment et  se  tournent  en  bile  : ce  que 
plus  euidemment  font  les  espices,  et 
autres  choses  aromatiques  , ameres, 
acres  , ou  salées  : comme  aussi  les 
vins  qui  sont  forts  et  puissans. 

Voila  les  cinq  causes  efficientes  des 
fiéures,  qui  ont  esté  tres-doctement 
expliquées  et  traitées  par  Galien,  et 
du  depuis  confirmées  par  tous  les 
médecins  qui  l’ont  suiui.  Reste  à 
parler  des  causes  materielles,  esquel- 
les  consiste  la  nature  de  la  fiéure , et 


DES  ElÉVRtS. 


sur  lesquelles  elle  est  placée  et  fon- 
dée, comme  en  son  propre  suiet.  Ces 
causes  icy  sont  de  trois  sortes,  comme 
estant  rapportées  à nostre  corps , qui 
est  basli  et  constitué  de  trois  diuer- 
ses  substances , de  la  spiritueuse  ou 
aërée  , de  la  liquide  ou  humoralle , et 
de  la  solide.  Car  Pinlemperie  chaude 
et  seiche  qui  fait  la  heure,  venant 
à s’attacher  àl’vne  de  ces  trois  subs- 
tances , fait  vne  fiéure  differente  et 
conforme  à la  nature  de  la  subs- 
tance qui  reçoit  cette  intempérie,  et 
à laquelle  elle  sert  comme  de  ma- 
tière et  de  propre  suiet.  Par  exem- 
ple , si  l’intemperie  s’attache  à la 
substance  spirituelle  ou  aérée,  il  s’en- 
gendre une  fiéure  vrayement  spiri- 
tuelle, c’est-à-dire,  qui  est  propre  des 
esprits  de  notre  corps,  et  qui,  pour 
ne  durer  qu’un  iour  naturel,  est  ap- 
pellée  Ephemere  ou  Diaire.  Si  le  feu 
s’enflammeen  la  substance  humoralle 
la  fiéure  sera  vrayement  humoralle, 
comme  ayant  pour  matière  et  suiet 
lès  humeurs  du  corps.  Que  si  la  cha- 
leur s’allume  en  la  substance  solide 
du  corps , il  se  fera  vne  fiéure  hecti- 
que, ainsi  nommée  pource  qu’elle  est 
stable  et  difficile  à guérir,  comme  les 
choses  qui  ont  pris  leurs  habitudes. 
Cest  pourquoy  nous  concluons , que 
comme  il  y a cinqcausesefficientesdes 
fiéures  cy-dessus  speciüées , aussi  y a- 
il  trois  causes  materielles,  à sçauoir, 
les  esprits , les  humeurs,  et  les  parties 
solides  de  nostre  corps. 


CHAPITRE  III. 

DÈS  SIGNES  DES  FIÉVF.ES  EN  GENERAL 

Encore  que  la  connoissance  des  fié- 
ures appartienne  au  seul  médecin  , 


79 

et  qu’il  n’y  ait  rien  de  plus  difficile 
en  la  medecine  que  le  traité  des 
signes  , si  est-ce  que  ie  ne  laisseray 
pas  d’en  parler  vn  petit  mot  en  pas- 
sant : et  tascheray  d’en  dire  quelque 
chose  si  vulgairement  ut  grossière- 
ment , que  le  chirurgien  pourra  s’en 
informer  médiocrement,  et  en  tant 
qu’il  en  a besoin,  pour  le  soulage- 
ment des  malades  qui  se  trouueront 
pressés  en  l’absence  du  médecin. 

Or  le  signe  n’estant  rien  qu’vne 
marque  euideute  et  manifeste  , qui 
nous  conduit  en  la  connoissance 
d’vne  chose  obscure  et  cachée  , il  est 
à croire  qu’en  la  recherche  des  signes 
nous  douons  trouuor  quelque  chose 
qui  soit  plus  euidenle  et  plus  mani- 
feste que  la  fiéure  : autrement  nous 
ne  pourrions  pas  bien  nous  instruire 
en  sa  connoissance.  Donnons  donc 
quelques  marques  qui  soient  plus  ai- 
sées à descouurir  que  la  fiéure,  et  qui 
nous  puissent  donner  certitude,  les 
ayant  apperceuës  en  quelque  corps, 
que  la  fiéure  y est  par  nécessité. 
Mais  deuant  que  ce  faire  , il  faut  se 
ressouuenir  qu’il  y a deux  sortes  de 
signes,  les  vns  appellés  Diagnostiques, 
qui  seruent  à reconnoislre  la  fiéure 
présente,  les  autres  Prognos tiques, qui 
déclarent  l’euenement  de  fiéure  , 
quelle  elle  doit  estre,  mortelle  ou  sa- 
lutaire, longue  oubriefue,etquandet 
comment  elledoit et  sepeut  terminer. 

Quant  aux  diagnostiques,  il  y en  a 
de  certains  propres  et  inséparables  : 
il  y en  a d’autres  qui  sont  trompeurs, 
douteux , equiuoques  et  moins  asseu- 
rés.  A ceux-cy  nous  ne  deuons  pas 
beaucoup  nous  arrester  : si  fait  bien 
aux  autres, qui  ne  trompent  gueres  le 
iugement  du  médecin  docte  et  expé- 
rimenté. Quand  ie  dis  qu’il  y a en  la 
fiéure  et  aux  maladies  des  signes  dia- 
gnostiques certains,  asseurés,  propres 


8o 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


et  Inséparables , le  n’entens  pas  dire 
que  chaque  maladie  ait  vn  tel  signe 
qui  soit  seul,  ainsi  que  l’on  dit  en  phi- 
losophie que  le  rire  est  vn  signe  seul 
propre  et  asseurc  de  l’homme:  mais 
ie  veux  dire  que  toute  maladie  a vn 
amas  de  quatre  ou  cinq  signes  , plus 
ou  moins,  qui  se  rencontrans ensem- 
ble valent  vn  signe  propre , tel  qu’on 
l’appelle  en  philosophie.  Par  exemple, 
si  ie  vois  vn  malade  qui  ait  vne  dou- 
leur poignante  au  coslé,  difficulté  de 
respirer,  auecla  toux  et  la  fiéure,  ie 
puis  dire  en  asseurancequ’il  a le  signe 
propre  et  inséparable  de  la  pleuresie, 
et  par  conséquent  qu’il  en  est  malade. 
De  mesme  est-il  de  la  fiéure,  laquelle 
n’a  pas  vn  seul  signe  pour  sa  connois- 
sance,mais  plusieurs  qui  concourans 
ensemble  nous  la  font  asseurément 
reconnoistre. 

Le  premier  de  ces  signes , c’est  la 
chaleur:  car  comme  enseigne  Galien 
au  premier  commentaire  qu’il  a fait 
sur  le  sixième  liure  des  Epidémies , 
article  28.  si  le  goust  est  l’indice  des 
saueurs,  de  mesme  la  chaleur  receuë 
par  le  toucher  est  indice  et  signe  de 
la  fiéure,  puisque  la  fiéure  n’est 
qu’ vne  chaleur.  Or  cesle  chaleur  n’est 
pas  simple , naturelle  et  douce , mais 
acre,  piquante,  et  surpassant  la  natu 
relie  : et  au  reste  diffuse  et  estendue 
par  tout  le  corps  , si  ce  n’est  qu’elle 
soit  empeschée  des’espandre  par  tout. 
Ce  qui  arriue  en  trois  maniérés.  Pre- 
mièrement, au  commencement  des 
accès  des  fleures  qui  ont  des  frissons, 
par  le  reflux  et  concours  du  sang  et 
des  esprits  aux  parties  intérieures  : 
car  en  ce  faisant  les  parties  extérieu- 
res demeurent  comme  priuées  de 
chaleur.  Secondement,  és  fiéures  que 
l’on  appelle  cpiales,  esquelles  à cause 
de  la  multitude  des  humeurs  crues 


amassées  dans  le  corps , les  parties 
qui  ont  les  humeurs  plus  subtiles  et 
ténues  s’eschauffent,  cependant  que 
celles  qui  sont  les  plus  grossières  de- 
meurent froides  et  sans  chaleur.  Tier- 
cement  és  fiéures  nommées  lypiries , 
esquelles  quelque  partie  noble  inté- 
rieure estant  assiégée  de  quelque  in- 
flammation ou  erysipele , il  arriue 
que  le  sang  et  les  esprits  sont  arriués 
des  parties  externes  aux  internes, 
comme  par  vne  ventouse , en  sorte 
que  la  partie  intérieure  affectée 
brusle  , tandis  que  celles  de  dehors 
demeurent  sans  chaleur.  Mais  quoy 
que  ce  soit,  la  chaleur  surpassant 
l’ordinaire,  soit  qu’elle  soit  espandue 
par  tout  le  corps,  soit  qu’elle  soit  at- 
tachée à quelques  parties  principales, 
est  vn  des  signes  de  la  fiéure.  le  dis 
vn  des  signes,  car  il  y a des  fiéures 
qui  ont,  comme  enseigne  Hippocrates 
aux  Epidémies,  vne  chaleur  qui  pa- 
roist  douce  au  toucher:  et  c’est  pour- 
quoy  Galien  a adiousté  d’autres  si- 
gncspourlaconnoissancedela  fiéure, 
c’est  à sçauoir  le  pouls,  les  vrines,  la 
soif,  et  les  veilles. 

Pour  le  pouls  il  est  tousiours  fre- 
quent en  la  fiéure , et  plus  la  fiéure 
est  grande  , et  plus  le  pouls  est  viste 
et  frequent.  Mais  pour  sçauoir  ce 
que  c'est  qu’vn  pouls  frequent,  il  fao- 
droit  prendre  ce  discours  de  plus 
loing,  ce  qui  n’est  point  necessaire 
icy  , ayant  dessein  d’instruire  seule- 
ment le  chirurgien , qui  n’a  que  voir 
en  ce  traité.  Non  plus  qu’en  celuy  des 
vrines  , qui  seruent  quelquesfois  à la 
connoissance  de  la  fiéure  : mais  si  peu 
seulement,  que  les  médecins  les  plus 
expérimentés  sont  contraints  de  con- 
fesser qué  c’est  vn  signe  très  falla- 
cieux. Toutesfois  si  auec  vne  chaleur 
acre,  vu  pouls  frequent,  on  appel  coit 


8 1 


DES  FIÈVRES. 


des  vrlnes  crues , ou  grandement 
teintes  de  bile,  on  peut  comme  en  as- 
seurance  prononcer  qu’il  y a de  la 
fleure.  Et  encore  bien  d’auantage,  si 
auec  les  signes  susdits  le  malade  est 
trauaillé  de  quelque  soif  extraordi- 
naire, et  de  veilles  desreglées  et  non 
accoustuinées,  et  dont  on  ne  sçauroit 
en  reietter  la  cause  sur  quelque  chose 
euidente  et  manifeste.  Voila  les  cinq 
signes  comme  propres  et  insépara- 
bles de  la  fleure,  du  premier  desquels 
Galien  parle  au  commentaire  cité  du 
sixième  des  Epidémies  , du  second  et 
troisième  au  liure  second  à Glau- 
con , au  premier  liure  des  Présagés 
des  pouls , chapitre  premier , et  au 
troisième  des  Crises  chap.  troisième  : 
du  quatrième  et  cinquième  au  Com- 
mentaire troisième  du  troisième  des 
Epidémies , art.  34. 

le  viens  aux  signes  prognostiques, 
qui  sont  ceux  qui  font  plus  paroistre 
le  iugement  et  l’experience  du  Méde- 
cin. Car  par  iceux  non  seulement  il 
se  confirme  és  remedes  qu’il  faut 
faire  au  malade  : mais  aussi  il  s’ac- 
quiert vne  telle  authorité  sur  luy,  et 
prend  vn  crédit  si  grand , que  quoy 
qu’il  puisse  proposer , il  y trouue  le 
malade  très  obéissant  Mais  ces  signes 
icy  estans  en  très  grand  nombre,  et 
de  très  difficile  intelligence  à ceux 
qui  ne  sont  consommés  en  l’art  de 
Medecine,  ils  m’obligent  de  les  passer 
sous  silence , et  d’aduertir  le  chirur- 
gien de  n’entreprendre  iamais  le  pro- 
gnostic  des  fiéures,  estant  choses  au 
de  là  de  sa  capacité  et  de  son  art. 
Qu’il  en  laisse  la  charge  au  prudent 
médecin,  n’estant  pas  petite  louange 
à vn  homme  de  sçauoir  se  taire  en 
temps  et  lieu. 


ni. 


CHAPITRE  IV. 

DE  LA  CVRATION  DES  FIEVRES 
EN  GENERAL. 

Il  n’y  a maladie  plus  commune 
que  la  fiéure,  mais  il  n’y  en  a point  de 
plus  difficile  à guérir.  Anciennement 
autant  qu’il  y auoit  de  médecins,  au- 
tant y auoit-il  de  sortes  de  remedes 
pour  la  traiter.  Prodicus  et  Erodicus 
auoient  leur  façon  , Herophilus  et 
Erasistratus  la  leur,  Asclepiades  vne 
antre  , Themison  vne  autre  : bref, 
autant  de  testes,  autant  d’opinions. 
Et  en  ce  siecle  icy  où  nous  sommes , 
nous  voyons  que  les  alchymistes  tien- 
nent vne  autre  forme  de  traiter  les 
fiéures,  que  ne  font  pas  les  médecins 
qui  suiuent  la  doctrine  de  Galien,  qui 
a esté  celuy  lequel  a plus  diligem- 
ment recherché  les  remedes  propres 
et  essentiels  à la  fiéure  , et  a si  bien 
parlé  de  toutes  les  indications , qu’il 
nous  a osté  les  difficultés  où  ont 
accoustumé  de  nous  précipiter  les 
diuerses  opinions  et  iugemens  des 
autheurs. 

Nous  auons  dit  au  chapitre  3.  et  22. 
denostre  Introduction  à la  Chirurgie, 
qu’il  y auoit  des  indications  neces- 
saires au  chirurgien  méthodique  et 
rationnel  qui  veut  entreprendre  la 
guérison  de  quelque  maladie  : là  i'ay 
discouru  amplement  de  la  nature  des 
indications , combien  de  sortes  il  y 
en  auoit , d’où  elles  estoient  prises  et 
puisées  , et  que  par  icelles  seules  on 
distinguoit  le  chirurgien  qui  trauaillé 
par  méthode  et  raison , d’auec  celuy 
qui  trauaillé  par  hazard  à l’aduen- 
ture,  tels  que  sont  les  empiriques, 
charlatans,  et  autres  imposteurs.  Cela 
mis  et  posé  pour  fondement,  nous  di- 

6 


82 


LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


sons  que  pour  guérir  la  fiéure  par  rai- 
son, puisque  c’est  vne  maladie,  que  le 
chirurgien  le  doit  faire  par  les  indica- 
tions prises  des  choses  naturelles,  non 
naturelles  et  contré  nature.  Lesquelles 
choses  toutesfois,  à fin  de  les  racour- 
cir , se  peuuent  et  se  doiuent  rapporter 
à trois  indications  principales , sça- 
uoir  à celle  qui  est  prise  de  la  mala- 
die, à celle  qui  est  puisée  de  sa  cause, 
et  à celle  qui  est  prise  des  forces  du 
malade. 

Parla  première,  nous  apprenonsque 
la  fiéure  ainsi  que  les  autres  maladies, 
se  doit  guérir  par  son  contraire,  es- 
tant vn  axiome  très  certain  en  la  doc- 
trine d’Hippocrates  et  de  Galien,  que 
tout  contraire  se  guérit  par  son  con- 
traire. Or  est-il  que  nous  auons  escrit 
cy-dessus  que  la  fiéure  estoit  vne  in- 
tempérie chaude  et  seiche,  par  consé- 
quent il  faut  pour  guérir  la  fiéure 
vser  de  remedes  rafraichissans  et  hu- 
mectans.  Donc  la  première  indica- 
tion nous  apprend,  que  le  chirurgien 
qui  voudra  entreprendre  à guérir  la 
fiéure,  generalement  parlant,  ne  doit 
se  seruir  que  des  remedes  qui  rafraî- 
chissent et  qui  humectent,  estant  im- 
possible d’osier  la  chaleur  que  par 
les  choses  rafraîchissantes , et  de  cor- 
riger la  seicheresse  que  par  celles  qui 
moüillent  et  humectent. 

Pour  la  seconde  indication,  elle  est 
prise  des  causes  du  mal , lequel  ne 
peut  estre  guéri  si  ce  n’est  en  retran- 
chant la  cause , estant  très  véritable 
l’axiome  des  philosophes  , que  l’effet 
cesse , sa  cause  estant  ostée.  Il  faut 
toutesfois  icy  obseruer  qu’il  y a des 
fiéures,  telle  qu’est  l’ephemere  et 
diaire , qui  persistent  encores  que 
leurs  causes  soient  ostées  : et  c’est 
pourquoy  ceste  indication  n’a  lieu 
qu’aux  fiéures  qui  ont  leurs  causes 
présentes  et  qui  sont  en  mouuement, 


qui  fomentent  et  entretiennent  le  mal 
par  leur  presence  et  par  leur  action , 
et  qui  donnent  commencement,  pro- 
grès et  entretien  par  leur  effet  reel  et 
actuel  ausdites  fiéures.  Lors  que  telles 
causes  se  présentent , alors  le  chirur- 
gien par  ceste  seconde  indication  doit 
recourir  à leur  retranchement , à fin 
de  couper  le  mal  en  sa  racine  : veu 
que  ce  seroit  vn  abus  de  le  vouloir 
oster  tandis  qu’on  laisseroit  en  force 
et  en  vigueur  le  principe  et  l’agent 
de  sa  génération.  Partant  toutesfois 
et  quantes  qu’il  y aura  vne  cause 
présente,  faut  commencer  la  curation 
de  la  fiéure  par  le  retranchement  de 
ceste  cause,  quoy  faisant  on  ostera 
tout  ensemble  et  la  cause  de  la  fiéure, 
et  la  fiéure  mesme,  sans  autre  plus 
grand  appareil.  Que  s’il  n’y  a point 
de  cause  présente  en  la  fiéure,  comme 
il  arriue  à l’ephemere  causée  par 
l’ardeur  du  soleil , laquelle  persiste 
hors  la  presence  d’iceluy,  alors  il  ne 
faut  point  s’amuser  à ceste  indication, 
mais  il  faudra  seulement  combattre 
par  remedes  rafraichissans  et  hu- 
mectons l’intemperie  chaude  et  seiche 
de  la  fiéure.  Mais  s’il  arriue  qu’en 
partie  la  fiéure  soit  faite , en  partie 
qu’elle  se  fasse  , c’est  à dire  que  si  la 
cause  de  la  fiéure  n’y  est  plus , mais 
qu’vne  autre  pareille  cause  vienne  à 
entretenir  la  mesme  fiéure , il  faut 
premièrement  oster  ceste  derniere 
cause , et  puis  il  faudra  combattre 
la  fiéure  faite  de  la  première  cause 
absente  par  la  voye  de  la  première 
indication , ie  veux  dire  par  les  re- 
medes qui  rafraîchissent  et  humec- 
tent. 

Passons  à la  troisième  indication , la- 
quelle se  prend  des  forces  du  malade: 
icelle  n’estant  rien  que  le  dessein  qu’a 
le  chirurgien  de  maintenir  la  vertu 
du  fébricitant,  et  luy  donner  la  force 


UES  FIEVRES. 


83 


de  résister  au  mal  iusques  à la  fin , 
par  le  moyen  de  la  bonne  nourriture. 
Par  ceste  indication  on  ordonne  vn 
régime  de  viure  contraire  à la  fiéure 
et  à ses  causes,  mais  qui  est  conforme 
et  proportionné  au  tempérament,  à 
l’aage,  et  à la  coustume  du  fébrici- 
tant : et  souuent  nous  faisons  tel  es- 
tât de  cette  indication , que  nous  lais- 
sons là  les  deux  autres  pour  embrasser 
ceste-cy  : car  comme  nous  avions  vlit 
ailleurs,  le  plus  souuenl  nous  laissons 
la  propre  cure  et  principale  de  la  fle- 
ure , qui  est  le  retranchement  de  la 
cause  i pour  suiure  ceste  indication , 
et  nous  employer  à la  conseruation 
de  la  force  et  vertu  du  fébricitant. 
Par  exemple , au  commencement  des 
accès  de  la  fiéure,  en  prenant  indica- 
tion de  la  maladie , il  n’y  a rien  si 
contraire  que  le  manger  , veu  qu’il 
augmente  la  matière  de  la  fiéure  : 
toutesfois  s’il  aduenoit  que  les  forces 
du  malade  fussent  si  debiles  , que  le 
malade  ne  peust  résister  à l’effort  de 
l’accès  , alors  prenant  indication  des 
forces,  et  non  d’autre  chose  , il  fau- 
droit  nourrir  le  malade  et  luy  donner 
à manger,  encore  bien  que  la  matière 
de  la  fiéure  s’en  deusl  augmenter. 

Deuant  que  finir  ce  chapitre,  il  faut 
obseruer  deux  choses  : la  première, 
que  les  deux  premières  indications 
quelquesfois  s’accordent  ensemble , 
quelquesfois  elles  sont  contraires  en- 
tr’elles  : si  bien  que  l’indication  qui 
oste  la  cause  de  la  fiéure , augmente 
l’intemperie  de  la  fiéure.  Au  premier 
cas  la  chose  est  bien  aisée,  car  il  ne 
faut  rien  faire  que  rafraichir  et  hu- 
mecter , comme  il  arriue  aux  fiéures 
bilieuses  : car  eu  esgard  à l’inlempe- 
rie  de  la  fiéure  qui  est  chaude  et  sei- 


che, il  faut  rafraichir  et  humecter: 
eu  pareillement  esgard  à la  cause 
materielle  de  la  fiéure,  qui  est  la  bile 
aussi  chaude  et  seiche,  il  ne  faut  faire 
autre  chose  que  rafraichir  et  humec- 
ter. Mais  lorsque  deux  indications 
ne  s’accordent  pas , comme  és  fiéures 
pituiteuses  et  melancholiques  , alors 
il  faut  prendre  indication  de  la  chose 
qui  presse  le  plus  et  qui  apporte  plus 
de  peine  ou  de  péril  au  malade  , ne 
négligeant  pas  tout  à fait  neantmoins 
l’autre  indication.  En  vn  mot , il  faut 
s’adresser  premièrement  et  principa- 
lement au  plus  necessaire  et  plus  vr- 
gent , et  puis  après  à ce  qui  presse  le 
moins.  L’autre  chose  à obseruer  est 
pour  la  seconde  indication  , que  nous 
avions  dit  estre  prise  du  retranche- 
ment de  la  cause.  Or  ce  retranchement 
ne  se  peut  faire  par  vn  seul  remede, 
mais  par  diuers  moyens , à cause 
qu’il  n’est  pas  question  d’vnc  seule 
cause  en  la  fiéure,  mais  de  plusieurs, 
comme  nous  auons  donné  à entendre 
cy-dessus.  Par  exemple  l’estoupement 
des  pores  et  conduits  du  cuir,  et  la 
suppression  de  l’excrement  acre  et 
fuligineux  qui  sc  fait  par  ces  porcs  , 
sont  oslés  par  les  medieamens  relas- 
chans,  résolutifs  et  digestifs  : la  pourri- 
ture par  ceux  qui  euacuenl , cuisenl, 
contempereut , atténuent,  incisent  et 
ouurent  : l'obstruction  des  vaisseaux, 
si  elle  est  faite  par  humeurs  crasses  , 
lentes  et  froides,  par  ceux  quieschauf- 
fent  puissamment  et  qui  incisent  et 
atténuent  : si  elle  est  causée  d’hu- 
meurs bilieuses,  par  ceux  qui  rafraî- 
chissent : et  ainsi  des  autres  , comme 
nous  dirons  au  progrès  de  ce  Traité , 
en  la  cure  de  chaque  fiéure  en  parti- 
culier. 


84 


LE  VINGTIEME  LlVBE, 


CHAPITRE  V. 

DES  MOYENS  DESQVELS  ON  SE  SERT 
A GVERIR  LES  FIEVRES. 

Il  faut  parler  en  ce  chapitre  des 
instrumens  ou  remedes  qui  peuuent 
seruir  à obtenir  la  fin  des  trois  indica- 
tions que  nous  auons  expliquées  au 
chapitre  precedent.  Car  ce  n'est  pas 
tout  de  dire  qu’il  faut  se  seruir  de  re- 
medes froids  pour  esteindre  la  heure, 
qu’il  faut  couper  la  cause  de  la  heure 
par  son  contraire  , et  qu’il  est  neces- 
saire de  restablir  et  conseruer  les 
forces  du  malade  : il  faut  sçauoir  par 
quels  instrumens  ou  moyens  nous 
pouuons  venir  à la  fin  de  ces  desseins. 
Or  ces  instrumens  sont  trois,  autant 
qu’il  y a de  sortes  de  remedes  en  la 
partie  de  médecine  qu’on  appelle 
thérapeutique , sçauoir  la  diele , la 
chirurgie , et  la  pharmacie. 

La  üiete  n’est  autre  chose  que  l’or- 
dre et  la  reigle  qu’on  doit  garder,  non 
seulement  au  boire  et  manger , mais 
aussi  en  l’ vsage  des  six  choses  que  les 
médecins  appellent  non  naturelles , 
qui  sont  l’air  , le  luire  et  le  manger , 
le  dormir  et  le  veiller,  l’exercice  et  le 
repos , la  modération  aux  affections  et 
passions  de  famé,  et  l’cxcretion  et  ré- 
tention, ou  repletion  et  inanition.  Par 
la  chirurgie , nous  entendons  les  ope- 
rations de  la  main  qui  seruent  à la 
guérison  des  heures.  Et  par  la  phar- 
macie Y vsage  des  inedicamens , soit 
purgatifs,  soit  alteratils,  qui  doiuent 
eslre  employés  à la  cure  des  mesmes 
fiéures. 

Pour  ce  qui  est  de  la  diete  des  hé- 
ures,nous  pouuons  dehnir  en  general 
qu’elle  doit  estre  rafraîchissante  et 
humectante  tant  que  faire  se  pourra, 


ayant  esgard  à la  nature  du  malade, 
à son  aage , à sa  coustume , et  au 
pais  où  il  est.  Et  à hn  de  particulari- 
ser ceste  réglé  , et  rendre  nostre  doc- 
trine plus  claire  et  intelligible,  nous 
disons  que  l’air  que  hument  les  ma- 
lades doit  estre  froid  et  humide  : que 
si  la  saison  ne  le  permet , il  faut  le 
préparer  par  l’art  de  medecine , ar- 
rousaut  la  chambre  du  malade  d’eau 
fraîche,  semant  par  icelle  des  fueilles 
de  violiers  de  Mars,  de  vigne,  de  laic- 
tues,  des  fleurs  de  nénuphar  et  de  ro- 
ses , et  choses  semblables  : d’autant 
que  par  ce  moyen  l’air  estant  rendu 
froid  et  humide , imprime  à tout  le 
corps  les  mesmes  qualités,  et  bien 
d’auantage  au  poulmon  et  au  cœur , 
ausquels  il  est  porté  directement  par 
la  respiration  : ce  faisant  on  modéré 
l’intemperie  chaude  et  seiche  de  la 
héure  par  la  première  indication , qui 
est  de  guérir  le  mal  par  son  contraire. 
Pareillement  la  qualité  des  viandes 
doit  estre  froide  et  humide,  pour  les 
mesmes  raisons,  prenant  garde  que 
telles  viandes  soient  aisées  à cuire , et 
de  bon  suc , et  qu'on  en  donne  en 
telle  quantité  qu’elle  suffise  à entre- 
tenir les  forces  et  la  vertu  du  malade, 
et  en  temps  où  elles  puissent  tous- 
iours  profiter,  et  ne  nuire  iamais.  Les 
meilleures  viandes  et  plus  communes 
des  febricilans  sont  boüillons,iaunes 
d’œufs , gelées,  pruneaux  cuits,  pom- 
mes cuittes , orges  mondés , et  autres 
viandes  legeres  faciles  à digerer,  et 
qui  ne  chargent  point  l’estomach.  Le 
boire  des  febricilans  doit  estre  de 
l'eau  boiiillie  , de  la  ptisane  faite 
auec  reglisse,  orge  et  choses  sembla- 
bles , et  quelquesfois  de  l’eau  meslée 
auec  quelque  syrop  rafraîchissant  et 
humectant , comme  est  le  violât,  et 
de  nénuphar.  Galien , au  neufléme  de 
la  Méthode , recommande  l’eau  froide 


DKS  FIEVRES. 


pour  la  fiéure  , mais  auec  certains 
diorismes  et  précautions  qu'on  peut 
aller  voir  à loisir  dans  le  mesme  au- 
teur. Pour  le  vin,  il  leur  doit  estre  dé- 
fendu , sur  tout  s’il  est  puissant , gé- 
néreux, fort,  fumeux  et  grossier. 
Pour  ce  qui  est  des  veilles  et  du  som- 
meil , elles  doiuent  estre  modérées,  en 
sorte  toulesfois  que  le  sommeil  soit 
plus  long  que  les  veilles  : car  combien 
que  les  veilles  rafraîchissent  d’auan- 
tage  les  parties  intérieures,  et  le  som- 
meil les  extérieures,  à cause  que  par 
les  veilles  la  chaleur  s'espand  au  de- 
hors , et  par  le  sommeil  se  relire  au 
dedans  : si  est-ce  toulesfois  qu'à  cause 
de  beaucoup  de  biens  et  commodités 
que  le  sommeil  apporte  à l’esprit  et 
au  corps , comme  d’aider  la  coclion  , 
restablir  les  esprits,  fortifier  les  puis- 
sances de  l’ameet  du  corps, esleindre 
la  soif , arrester  les  vomissemens  , la 
toux  et  le  flux  de  ventre,  humecter  le 
cerueau  et  tout  le  corps  : à cause,  dis- 
ie  , d’vn  plus  grand  bien  , le  sommeil 
des  febricitans  doit  estre  plus  long 
que  les  veilles.  Quant  à ce  qui  est  de 
l’exercice  du  corps  ou  du  repos,  il  est 
tres-asseuré  que  l’exercice  eschauf- 
fant  et  les  humeurs  et  les  esprits,  que 
le  repos  est  à prelerer,  et -qu'il  doit 
estre  recommandé  aux  febricitans , 
puis  qu’il  rafraisebit  et  humecte , 
blasmant  la  façon  de  faire  de  Prodi- 
cus  et  Herodicus  et  de  leurs  secta- 
teurs, lesquels  par  l’exercice  de  luiter 
et  de  courir,  qu’ils  faisoienl  faire  aux 
febricitans  , les  tuoient  plustost  que 
de  les  guérir. 

Les  passions  et  perturbations  de 
l’ame  ne  sont  aucunement  vliles  aux 
febricitans:  au  contraire  le  repos  et 
la  tranquillité  de  l’esprit  leur  est  ne- 
cessaire, ostant  par  ce  moyen  le 
trouble  des  humeurs  et  des  esprits, 
qui  suruient  par  l’excès  des  passions, 


85 

telles  que  sont  la  cholere,  la  ialousie» 
le  chagrin,  la  tristesse  et  le  desespoir  : 
la  ioye  modérée  par  accident,  car  par 
icelle  le  sang  se  retirant  du  cœur , 
qui  est  le  siégé  de  la  fiéure,  és  autres 
parties  du  corps,  et  principalement 
aux  extérieures,  elle  est  cause  que 
le  cœur  sc  rafraichit  aucunement , 
et  par  conséquent  diminue  l’intempe- 
rie  chaude  de  la  fiéure.  Il  n’y  a point 
de  passion  qui  fust  plus  propre  aux 
fiéures  que  la  crainte,  laquelle  ra- 
fraichit les  humeurs  et  les  esprits  , 
si  ce  n’est  qu’elle  apporte  beaucoup 
déplus  grands accidens  auec  elle  : et 
de  fait  nous  lisons  que  plusieurs  per- 
sonnes , par  crainte  et  frayeur  subite 
et  non  preueuë,  ont  perdu  tout  à fait 
la  fiéure,  par  vn  extraordinaire  ra- 
fraîchissement du  cœur  et  des  parties 
contenues  en  iceluy,  causé  de  l’excès 
de  ccste  frayeur.  Ce  que  i’adiousle 
pour  donner  à entendre  qu’il  ne  faut 
pas  pour  esteindre  la  fiéure  vne  pe- 
tite crainte,  et  telle  qu’elle  arriue 
communément  : mais  qu’il  faut  vne 
frayeur  extraordinaire  et  excessiue  , 
qui  ait  non  seulement  le  pouuoir  de 
faire  retirer  le  sang , les  esprits  et  la 
chaleur  des  parties  extérieures  vers 
le  cœur,  mais  aussi  de  rafraîchir  la 
chaleur  du  cœur  sans  l’esleindre 
neantmoins  tout  à fait:  en  quoy  on 
descouure  la  difficulté  et  le  péril  de 
ce  remede. 

Le  dernier  article  des  choses  non 
naturelles  qu’on  doit  obseruer  pour  la 
fiéure  est  la  rétention  et  euacuation , 
la  rétention  des  choses  vtiles  et  profi- 
tables au  corps,  et  l’euacualion  des 
excremens  et  superfluités  nuisibles, 
le  ne  m’eslens  point  d’auantage  au 
dénombrement  de  telles  choses:  ie 
diray  seulement  que  si  les  excremens 
du  ventre,  lesvrines,  les  sueurs,  etc., 
sont  retenus  trop  longtemps  au  corps 


LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


86 

du  febricitam,  qu’ils  augmentent  la 
fiéurc , et  la  diminuent  quand  ils  sont 
euacués  en  temps  et  lieu  et  en  quan- 
tité suffisante  : comme  au  contraire  , 
s’il  suruient  au  fébricitant  vne  eua- 
cuation  d’humeurs  froides  au  lieu  des 
chaudes,  il  sent  la  fiéure  s’en  aug- 
menter : et  trouue  que  ses  forces  s’ab- 
battent,  s’il  luy  arriue  vne  euacua- 
tion  des  choses  qui  doiuent  cstre 
retenues  au  corps , et  qui  luy  sont 
vtiles  et  necessaires,  l’ay  rapporté 
en  mon  Introduction  de  chirurgie , 
cliap.  17.  ce  sixième  chef  des  choses 
naturelles  à la  repletion  et  à l'inani- 
tion, et  ay  particularisé  les  especes 
et  différences , lesquelles  peuuent  es- 
tre  rapportées  en  ce  lieu  , et  accom- 
modées à nostre  intention.  C’est  pour- 
quoy  ien’en  diray  rien  d’auantage,  et 
passeray  à l’autre  instrument  de  la 
thérapeutique,  qui  est  la  chirurgie. 

Quand  nous  parlons  icy  de  la  chi- 
rurgie , nous  n’entendons  pas  parler 
de  toutes  les  operations  de  la  main 
qui  luy  appartiennent , mais  de  celles 
seulement  qui  peuuent  seruir  à com- 
battre et  guérir  la  fiéure,  telle  qu’est 
principalement  la  saignée.  Non  pas 
que  la  saignée  conuienne  directe- 
ment et  proprement  à la  fiéure , mais 
indirectement  seulement , par  acci- 
dent. Le  propre  de  la  saignée  n’est 
pas  de  rafraîchir  et  d’humecter,  mais 
de  vuidcr  le  corps  et  d’euacuer  le 
sang , à quoy  à la  vérité  succédé  le 
rafraîchissement , par  la  diminution 
qu’on  fait  du  sang  et  de  la  chaleur 
qui  l’accompagne.  Elle  peut  toutes- 
fois  conuenir  à la  fiéure  , par  le 
moyen  d’vnc  de  ses  causes , qui  est  la 
plénitude,  laquelle  ne  peut  estre  os- 
tée  plus  promptement  et  seurement 
que  par  la  saignée.  Pour  toutes  ces 
raisons,  et  pour  destourner  quel- 
quesfois  les  fluxions  qui  se  font  sur 


les  parties  nobles  en  la  pluspart  des 
fleures  , et  aussi  pour  donner  air  et 
vent  à la  chaleur  qui  est  estoufféc 
dans  le  corps,  comme  pareillement 
pour  desgager  les  obstructions  , et 
pour  beaucoup  d’autres  commodités 
qu’apporte  la  saignée  au  corps,  elle 
est  très  propre  et  tres-necessaire  aux 
fiéures , en  sorte  qu’il  serait  presque 
impossible  de  les  guérir,  si  ce  n’estoit 
par  son  moyen.  Et  voila  principale- 
ment l’operation  pour  laquelle  la 
chirurgie  est  vtile  aux  fiéures  : bien 
qu’on  se  serue  encore  de  quelques 
autres , mais  moins  puissantes  et 
moins  profitables,  comme  sont  l’ap- 
plication des  sangsues  , les  scarifica- 
tions faites  aux  iambes,  vsuelle  en 
Egypte,  Espagne  , et  quelques  lieux 
d’Italie:  les  ventouses  et  les  cornets 
appliqués  sur  les  espaules,  et  presque 
sur  tout  le  corps,  auec  ou  sans  scari- 
fications et  mouchetures  : les  sinapis- 
mes, vésicatoires  et  cautères,  et 
autres  choses  semblables  , lesquelles 
sont  employées  à la  guérison  des  fié- 
ures , mais  auec  bien  peu  de  succès. 

I’aurois  beaucoup  à discourir  sur 
le  troisième  instrument  qui  conuient 
auxfiéures,  qui  est  la  Pharmacie,  sinon 
que  ie  me  reserue  au  particulier  des 
fiéures.  Nous  dirons  toutesfois  en  ge- 
neral que  la  Pharmacie  a beaucoup  de 
moyens  à employer  pour  la  guérison, 
qu’elle  prend  des  medicamens  tant 
purgatifs  qu’altéra  tifs,  quelle  donne 
ou  intérieurement  ou  extérieurement, 
soit  pour  tout  le  corps,  soit  pour  quel- 
qu’vne  de  ses  parties.  Les  lauemens 
ou  clysteres,  les  breuuages  purgatifs, 
les  cmetiques  ou  vomitoires , les  bo- 
lus , les  pillules,  seruent  à osterla 
cacochymie  , et  à purger  le  corps  de 
beaucoup  de  superfluités  qui  nour- 
rissent et  entretiennent  la  fiéure.  Les 
juleps  et  apo/.emes  rafraichissans  et 


DES  FIEVRES. 


humectans , les  epitliemes , fomenta- 
tions, linimens,  bains,  onguens, 
combattent  directement  les  causes 
de  la  fiéure  et  intempérie  chaude  et 
seiche.  Les  alexipharmaques  et  cor- 
diaux corrigent  la  malignité  des  hu- 
meurs , donnent  de  la  force  et  de  la 
vigueur  au  cœur  et  parties  nobles,  et 
résistent  à la  pourriture  qui  se  meslc 
d'ordinaire  parmy  les  heures.  Bref,  il 
n’y  a rien  en  la  pharmacie  qui  ne 
puisse  aider  à la  guérison  des  fleures, 
s’il  est  bien  mesnagé  par  un  docte  et 
Judicieux  médecin  , qui  sait  mesme 
tirer  profit  des  poisons  et  venins  pour 
l’vtilité  et  salut  des  malades. 


CHAPITRE  VI. 

LA  DIFFERENCE  DES  FIEVRES. 

Encore  bien  que  les  philosophes 
ayent  accouslumé  de  faire  suiure  la 
diuision  des  choses  après  leur  défini- 
tion : si  est-ce  toulesfois  que  ie  me 
suis  reserué  à parler  de  la  différence 
des  fleures  en  ce  lieu  , et  en  apporter 
toutes  les  especes , à fin  d’auoir  l’oc- 
casion et  le  moyen  de  parler  de  cha- 
que espece  de  fleure  tout  d’vne  suite, 
et  sans  interruption  d’autre  matière. 
Or  les  médecins  n’ont  pas  tousiours 
esté  bien  d’accord  lors  qu’il  a fallu 
assigner  les  especes  et  différences  des 
fiéures  : c’est  pourquoy  Galien  re- 
prend les  anciens  pour  auoir  gran- 
dement erré  en  ce  suiet  : les  vns  pour 
auoir  mis  moins  de  différences  de 
fiéures  qu'il  y en  a , les  autres  pour 
auoir  rapporté  celles  qui  sont  acci- 
dentelles au  lieu  des  essentielles  : et 
les  autres  pour  auoir  supposé,  au  lieu 
des  différences  vtiles  et  necessaires, 
celles  qui  sont  purement  inutiles  et 


sans  profit.  De  fait,  que  nous  appre- 
nons que  les  vnsontprisla  différence 
des  fiéures  de  leur  inuasion  , disans 
que  les  vues  prennent  sans  frisson , 
les  autres  auec  frisson  : quelques-vns 
les  ont  prises  en  l’essence  ou  condi- 
tion de  la  nature  de  la  fiéure , asseu- 
ranl  que  des  fiéures  les  Ynes  ont  vno 
chaleur  aiguë  et  mordante  au  toucher, 
les  autres  vue  chaleur  douce  : quel- 
ques-vnes  qui  paroissent  douces,  et 
qui  se  font  sentir  peu  après  aigres  et 
mordantes  : et  quelques  autres  enfin 
qui  semblent  aigres  et  aiguës,  et  qui 
deuiennent  douces  à la  main.  Il  y 
en  a qui  prennent  la  différence  des 
fiéures  de  l’intension  de  leur  chaleur, 
appellant  les  vnes  bruslantes , et  les 
autres  tiedes  et  dehiles  : ou  bien  les 
diuisent  selon  les  accidens  et  qualités 
qui  accompagnent  ladite  chaleur.  Par 
exemple,  ils  appellent  les  vnes  sei- 
ches et  salées,  les  autres  venteuses  et 
horribles  à voir,  ils  en  nomment  quel- 
ques autres  humides , rouges , pasles , 
liuides  , malignes,  veneneuses , pesli- 
lentes, populaires,  lentes,  aiguës,  conta- 
gieuses , et  ainsi  des  autres.  Bref,  plu- 
sieurs croyentquela  distinction  des 
fiéures  doit  estre  prise  des  humeurs 
dont  elles  sont  faites,  et  par  consé- 
quent que  les  vnes  sont  sanguines, 
les  autres  bilieuses , les  autres  pitui- 
teuses ou  phlegmatiques , et  quelques 
autres  melancholiques.  Mais  pour  dire 
la  vérité  de  toutes  ces  différences,  il 
n’y  en  a pas  vne  qui  soit  sans  repre- 
hension  , veu  qu’elles  sont  en  partie 
ou  superflues,  ou  défectueuses,  ou 
inutiles,  ou  de  peu  déconsidération. 

Nous  auons  dit  cy-dessus  que  la 
différence  des  fiéures , selon  Galien  , 
doit  estre  prise  du  suiet  ou  matière 
où  elles  s’allument  dans  nostre  corps, 
qui  sont  les  esprits,  les  humeurs,  et 
les  parties  solides,  d’où  il  résulté 


88 


LE  VINGTIÈME  LIVRE 


trois  genres  de  fiéures,  que  l'on  ap- 
pelle spirituelle  ou  cphemere , humo- 
rale, et  hectique;  la  première  desquel- 
les s’allume  aux  esprits,  la  seconde 
aux  humeurs,  la  troisième  aux  par- 
ties solides  : et  il  n’y  a aucune  autre  dif- 
férence de  fiéures  qui  ne  puisse  estre 
rapportée  à l’vne  de  ces  trois,  comme 
nous  verrons  en  la  suite  de  ce  discours. 

I’adiousteray  toutesfois  pour  plus 
grand  esclaircissement  de  ceste  doc- 
trine, et  pour  nous  accommoder  à la 
capacité  des  ieunes  chirurgiens,  pour 
l’instruction  desquels  nous  auons  ra- 
massé ces  préceptes  des  œuures  des 
meilleurs  autheurs  de  la  medecine  , 
que  toutes  les  fiéures  sont  ordinaires 
ou  extraordinaires.  l’appelle  ordinai- 
res celles  qui  sont  communes  et  vul- 
gaires, et  n’ont  rien  que  les  accidens 
communs  qui  les  accompagnent  sou- 
uent  et  fréquemment , sans  soupçon 


d’vne  cause  plus  cachée,  ou  d’effets 
prodigieux  etestranges.  Les  extraor- 
dinaires sont  celles  qui  ont  quelque 
chose  par  de-là  les  communes , soit 
en  leur  cause , ou  en  leurs  effets  , ou 
en  leurs  accidens , ou  en  quelque  au  • 
tre  chose  qui  les  accompagne,  comme 
sont  les  fiéures  pestilentes,  les  epi- 
demiques,  la  sueur  d’Angleterre,  etc. 
Pour  les  ordinaires  elles  sont  essen- 
tielles ou  symptomatiques  : les  essen- 
tielles sont  ainsi  appellées  à cause  de 
leur  origine  qui  vient  d’elles  mesmes, 
et  non  en  suite  d’vn  autre  mal , com- 
me d’vne  inflammation  de  quelque 
partie,  ainsi  que  font  \es  symptoma- 
tiques. Or  ces  fiéures  essentielles  sont 
de  trois  especes,  epliemeres,  humorales , 
et  hectiques , desquelles  nous  allons 
parler  particulièrement,  commençant 
aux  epliemeres. 


Les  fiéures  sont 


, ouï 


[ Ordinaires,  et  c’est  ou 


f i Epliemeres,  chap.  7. 

^ Essentielles,  et  sont  trois.  < Humorales,  chap.  8. 
] \ Hectiques.  chap.  34. 


\Symptomatiques.  chap.  35. 
Extraordinaires,  chap.  36. 


CHAPITRE  VIL 

DES  FIÈVRES  EN  PARTICVLIER,  ET  PRE- 
MIEREMENT DE  LA  FIÈVRE  EPHEMERE 

Après  auoir  parlé  des  fiéures  en  ge- 
neral , il  faut  descendre  au  parlicu- 

1 Ce  chapitre  répond  au  chapitre  deuxième 
du  livre  primitif,  et  ce  chapitre  deuxième 
avait  lui-même  passé  en  très  grande  partie 
dans  le  onzième  chapitre  du  livre  des  Tu- 
meurs en  general  dès  l’édition  de  1579.  Nous 
aurons  donc  à instituer  dans  ces  notes  une 
double  collation  , pour  indiquer  les  portions 
du  texte  qui  ont  varié  ou  qui  sont  restées  les 
mêmes  dans  ces  diverses  publications. 


lier  d’icelles,  et  commencer  à celle  qui 
est  la  moins  périlleuse  et  de  moindre 
durée.  C’est  Vephemere , ou  journa- 
lière, ainsi  appellée  poureequede  sa 
nature  elle  parfait  son  cours  et  son 
temps  en  vn  seul  accès , qui  ne  dure 
pas  d’auantage  que  vingt-quatre  heu- 
res, qui  est  l’espace  d’vn  iour  naturel, 
ce  qui  a pareillement  fait  qu'elle  a 
esté  nommée  diaire,  qui  vaut  autant  à 
dire  chez  les  Latins  qu'ephemere  chez 
lesGrecs,  et  iournaliere  aux  François. 
Cy-deuant  nous  l’auons  appellée  spi- 
rituelle ou  spiritueuse, d'autant  qu’elle 
s’allume  aux  esprits  du  cœur,  qui 
luy  seruent  de  suiet  et  de  matière. 
On  peut  donc  la  définir,  me  intempe- 


DES  FIEVRES. 


rature  chaude  et  seiche  allumée  cnioc  es- 
prits vitaux,  par  l’espace  de  vingt-qua- 
tre heures  seulement.  Son  temps  est 
fort  court,  parce  cpi’estant  allumée 
aux  esprits,  comme  en  vne  matière 
ténue,  subtile  et  fort  aisée  à dissiper, 
elle  ne  peut  subsister  d’auantage  : ne 
plus  ne  moins  que  nous  voyonsque  le 
feu  qui  se  prend  à la  paille,  ou  à quel- 
que autre  matière  deliée  et  sublile, 
s'tsleint  incontinent  et  est  de  fort  peu 
de  durée. 

Sa  cause  est  tousiours  externe , et 
vient  de  dehors  , appelée  pour  ce  su- 
jet des  médecins  Prvcathartique  : c’est 
pourquoy  elle  est  fort  diuerse  , bien 
qu  elle  se  puisse  rapporter  à quatre 
chefs  principaux,  sçauoir  : première- 
ment aux  choses  de  dehors  qui  tou- 
chent le  corps  extérieurement  : secon- 
dement aux  choses  qui  entrent  dans 
le  corps  : tiercement  aux  choses  qui 
apportent  passion  et  alteration  à l’es- 
prit ou  au  corps , ou  ensemble  à l’vn 
et  à l’autre  : en  quatrième  lieu  aux 
symptômes  et  accidens  contre  na- 
ture. Au  premier  point  se  rapporte 
l’air  chaud  et  estouffant,  l’air  trop 
froid  et  trop  sec,  les  bains  d’eau 
froide  ou  alumineuse,  qui  pour  es- 
tou per  les  pores  du  cuir  eschauffent 
les  esprits  par  accident.  Au  second 
appartiennent  les  alimens  et  les  me- 
dicaraens  chauds  et  acres  , le  vin , les 
espices  et  choses  semblables  , mesme 
les  alimens  bien  tempérés,  mais  pris 
en  trop  grande  quantité  et  sans  me 
sure.  Le  troisième  comprend  tous  les 
mouuemens  et  changemens  naturels, 
comme  la  faim , la  soif,  la  lassitude , 
ire , fureur  , tristesse , longues  veil- 
les, etc.  Le  quatrième  regarde  prin- 
cipalement la  douleur,  qui  pour  eslre 
vn  symptôme  tres-ordinaire,  ne  laisse 
pas  pour  cela  d’eschauffer  grande- 
ment les  esprits,  et  introduire  en 


89 

iceux  une  intempérie  chaude  et  sei- 
che. En  vn  mot , toutes  les  causes 
nommées  ey-deuant , communes  à 
toutes  les  especes  de  fiéures,  peuuent 
exciter  la  heure  ephemere,  excepté 
la  pourriture  ou  putréfaction  qui  est 
reseruée  seulement  pour  la  généra 
lion  des  heures  putrides  ’.  Le  bubon 

1 Tout  ce  début  ressemble  pour  tes  idées 
au  début  du  chapitre  2 du  livre  primitif; 
mais  le  texte  en  est  un  peu  différent,  ainsi 
qu’on  va  en  juger. 

« Cil.  II.  — De  la  fieure  ephemere. 

» Fieure  ephemere  ou  diaire,  est  vne  in- 
temperature  chaude  et  seiche  allumée  és  es- 
prits vitaux,  ainsi  nommée  quasi  comme 
iournaliere,  du  vocable  latin  dies,  qui  signi- 
fie iour  : parce  que  de  sa  nature  elle  parfait 
son  cours  en  vn  accez,  qui  ne  dure  pas  d’a- 
uantage que  vingt  quatre  heures,  qui  est 
l’espace  d’un  iour  naturel,  et  ce  à cause 
qu’elle  est  allumée  en  un  subiet  ténu  , aisé- 
ment et  en  peu  de  temps  dissipable  , sça- 
uoir, és  esprits. 

» Les  causes  des  heures  ephemeres  sont, 
lassitude,  ebrieté,  ire,  fureur,  tristesse, 
longues  veilles,  grande  réfrigérai  ion  , adus- 
tion,  baings,  mutation  de  vie  déclinant  à 
chaleur  par  application  ou  prise  de  médica- 
ments acres  , comme  venins  ou  alimens 
chauds  : bref  toutes  les  causes  nommées  cy 
douant  causes  efficientes,  communes  à toutes 
les  aulres  especes  de  heures,  peuuent  exci- 
ter la  heure  diaire,  excepté  la  seconde  appe- 
lée pourriture  ou  putréfaction  : car  icelle 
nous  auons  dit  estre  propre  seulement  pour 
la  génération  des  heures  putrides.  » 

Le  texte  est  ensuite  presque  absolument 
le  même  jusqu’aux  endroits  signalés  dans 
les  notes  suivantes. 

Dans  le  livre  des  Tumeurs , il  avait  bien 
fallu  rattacher  au  phlegmon  l’histoire  de  ces 
fièvres  ; en  conséquence  le  chapitre  commen- 
çait ainsi  : 

0 Ch.  XI.  — Dei  especes  des  fiéures  qui  sur- 

uiennent  au  phlegmon,  et  curation  d’icelles. 

» Entre  les  accidens  qui  plus  cominuné- 


QO  LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


mesme.,  c’est-à-dire l'inflammation  et 
phlegmon  des  glandules , ioint  auec 
vne  vlcere  manifeste,  et  prouenant 
d’vne  cause  manifeste,  excite  ceste 
heure  diaire  : comme  au  contraire  , 
s'il  est  sans  vlcere,  prouenant  de  cause 
latente  et  intérieure  , comme  inflam- 
mation et  autre  vice  de  partie  noble, 
cerneau,  cœur  et  foye,  excite  vne 
autre  espece  de  heure  , et  pire  que 
la  diaire,  comme  escrit  Hippocrate 
en  l’Aphorisme  55.  du  liure  4.  où 
il  dit  : Les  fiéures  qui  suruiennent 
aux  tumeurs  des  glandules  sont  toutes 
malignes , excepté  les  diaires.  Lequel 
aphorisme  toutesfois  n’est  pas  vray 
en  tout  et  par  tout  : comme  il  est 
aisé  à connoistre  par  les  bubons  qui 
suruiennent  aux  enfans,  et  par  les 
bubons  veneriens , lesquels , bien 
qu’ils  soient  sans  vlcere  manifeste  , 

ment  accompagnent  les  phlegmons , et  plus 
generalement  affligent  les  malades,  sont  les 
(iéures , c’est  à dire,  intemperatures  chau- 
des et  seiches  , excitees  et  allumées  au 
cœur,  et  d’iccluy  départies  à tout  le  corps, 
par  les  conduits  des  arleres.  Icelles  au  phleg- 
mon sont  ou  diaires,  ou  synoches  non  pu- 
trides, ou  synoches  putrides.  Fiéure  est  vne 
ébullition  de  ferueur  et  d’inflammation  , 
que  les  Grecs  appellent  Feu  : carde  quelque 
espece  que  ce  soit,  est  tousiours  fondée  en 
chaleur  contre  nature.  De  la  nature  et  eu]} 
ration  desquelles  ie  diray  icy  briefuement 
ce  que  i’en  ay  apprins  de  messieurs  nos 
maistres  les  Docteurs  en  médecine,  auec  les- 
quels i’ay  hanté  et  pratiqué. 

« Fieure  ephemere  ou  diaire,  etc.  » 

A partir  de  cet  endroit,  le  texte  suivait  à 
très  peu  près  celui  de  l’édition  primitive; 
seulement,  à la  fin  du  premier  paragraphe, 
après  ces  mots,  és  esprits,  l’auteur  ajoutait: 
et  ne  gisl  point  en  pourriture , muis  en  vu  es- 
prit exhalatif  embrasé.  De  même  au  deuxième 
paragraphe,  parmi  les  causes  de  ces  fièvres , 
il  ajoutait:  la  faim,  densalion  ou  aslriclion  de 
cuir.  Et  enfin  , là  même  où  le  texte  primitif 


sont  toutesfois  ordinairement  sans 
fiéure  dangereuse  : aduortissement 
que  doit  bien  noter  le  ieune  chirur- 
gien. 

Les  signes  communs  de  la  heure 
ephemere  sont , chaleur  douce , ltali- 
teuse  et  suaue  à l’attouchement  : le 
pouls  viste  et  frequent , quolqucsfois 
grand  et  fort,  quand  la  diaire  est 
causée  de  courroux  et  de  fureur , au- 
tres fois  petit  lors  qu’elle  est  causée 
de  fascherie,  tristesse,  faim,  froid, 
crudité , au  reste  égal  et  bien  réglé. 
Les  signes  tres-certains  et  pathogno- 
moniques sont , si  la  heure  est  sur- 
uenue  non  lentement  et  peu  à peu , 
mais  subitement  et  inopinément  de 
quelque  cause  externe  et  euidente , 
sans  que  le  malade  aye  esté  premiè- 
rement degousté  , sans  auoir  senti 
vne  lassitude  spontanée , sans  pro- 

et  le  texte  posthume  se  rejoignent,  à l’occa- 
sion du  bubon,  le  texte  intermédiaire  était 
un  peu  différent  : 

« Le  bubon  mesme , c’est  à dire  l’inflam- 
mation et  phlegmon  des  glandules , excite 
celte  fiéure,  selon  l’aphorisme  qui  dit , que 
les  fiéures  qui  suruiennent  aux  tumeurs  des 
glandules  sont  toutes  malignes , excepté  les 
diaires.  Lequel  aphorisme  doit  estre  bien 
entendu,  et  pris  auec  la  distinction  de  Ga- 
lien, disant  cela  s’entendre  seulement  des 
tumeurs  qui  viennent  aux  glandules  sans 
cause  manifeste.  Car  autrement,  les  fiéures 
qui  en  suruiennent  ne  sont  tousiours  dan- 
gereuses : comme  nous  voyons  par  les  bu- 
bons qui  suruiennent  souuent  anx  enfans, 
et  par  les  bubons  vénériens , qui  sont  sans 
inflammation  , ou  corruption  de  foye  : car 
tels  sont  ordinairement  sans  fiéure  dange- 
reuse ; adnertissement  que  doit  bien  noter 
le  ieune  chirurgien.  » 

Et  enfin  un  peu  plus  loin,  cette  phrase  du 
texte  actuel  qui  se  retrouve  aussi  dans  le 
texte  primitif  : ie  ne  fais  mention  des  vrines, 
se  trouvait  supprimée. 


DES  FIEVRES. 


fond  sommeil,  oscitalion  et  bâille- 
ment, sans  grande  douleur,  sans 
iacfalion  du  corps  et  inquiétude,  sans 
horreur  et  grand  frisson , bref  sans 
aucun  aulrc  fascheux  symptôme.  le 
ne  fais  point  icy  mention  des  vrines, 
pour  les  causes  que  i’ay  dites  cy-de- 
uant , et  aussi  à raison  que  le  plus 
sonnent  en  ces  fleures  icy  les  vrines 
sont  semblables  à celles  des  sains  : ou- 
tre qu’en  si  peu  de  temps  quelesdites 
fleures  durent,  il  ne  se  peut  faire 
grand  changement  de  la  masse  du 
sang  , de  laquelle  l’vrine  donné  con- 
noissance,  et  non  des  esprits  qui  sont 
les  propres  suiets  des  fleures  epheme- 
res.  Cy-dessus  i’ay  dit  que  ceste  fle- 
ure n’a  qu’vn  accès,  lequel  dure  vn 
iour  de  sa  propre  nature,  combien 
qu’il  s’estende  quelquesfois  iusques  à 
trois  ou  quatre  iours  : et  alors  elle  se 
change  facilement  et  dégénéré  en 
fleure  putride , si  quelque  erreur 
suruient,  ou  par  le  defaut  du  malade, 
ou  par  quelque  autre  chose  exté- 
rieure. Elle  desino  et  se  termine  ou 
par  insensible  transpiration , ou  par 
vne  moiteur  et  sueur  naturelle,  douce 
et  non  fetide  ou  puante  1 : en  sorte 
qu  elle  ne  laisse  apres  elle  aucun 
symptôme  ny  accident  de  ceux  qui 
ont  accoustumé  d’accompagner  les 
fleures , ou  de  leur  suruiure. 

L’ordre  de  la  cure  de  ces  fleures  est 
double,  general  ou  commun , et  par- 
ticulier à chaque  fleure.  La  cure  ge- 
nerale consiste  es  six  choses  non  na- 

1 Le  paragraphe  s’arrêtait  ici  à la  fois  dans 
l’édition  de  157a  et  dans  celle  de  1579;  et  de 
même  aussi  le  suivant  reprenaitdirectement 
par  ces  mots  : La  cure  generale , etc.  Mais  il 
faut  ajouter  que  dans  le  chapitre  de  1579  ces 
deux  paragraphes  se  trouvaient  séparés  par 
une  description  de  la  flcvre  synoquc  non  pu- 
tride , que  nous  retrouverons  plus  loin  au 
chapitre  9. 


91 

turellcs,  qu’on  doit  ordonner  par  la 
voye  de  contrariété  à la  cause  desdi- 
tes fleures.  En  premier  lieu,  lesbains 
d’eau  tiede  et  naturelle  sont  trcs- 
vtiles,  pourueu  que  le  malade  ne  soit 
point  pléthorique,  plein  d’excremens, 
ou  autrement  sujet  à catarrhes  et 
defluxions  : pource  qu’en  fondant  et 
liquéfiant  les  humeurs,  et  en  relas- 
chant  les  parties,  on  seroit  cause 
d’exciter  ou  augmenter  le  catarrhe  : 
c’est  aussi  pourquoy  en  tel  accident 
on  doit  euiler  les  frictions  et  onctions 
faites  auec  les  huiles  tiedes,  qui  d’ail- 
leurs sont  fort  vtiles  à ces  fleures, 
principalement  quand  elles  sont  cau- 
sées par  trauail  excessif , par  adstric- 
lion  des  pores,  et  par  les  bubons1.  Que 
la  nourriture  soit  rafraîchissante  et 
humectante,  faite  de  viandes  legeres, 
de  bon  suc , et  aisées  à cuire  et  à dis- 
tribuer. Pour  le  boire  on  peut  donner 
de  petit  vin,  et  bien  trempé,  d’autant 
qu’il  rafraîchit , prouoque  les  vrines 
et  les  sueurs  , humecte  et  fortifie  l’es- 
tomach  , et  recrée  les  esprits.  Qu’on 
se  donne  tonlesfois  bien  garde  de  le 
donner  lorsqu’il  y aura  douleur  de 
teste  , et  quand  la  fleure  sera  excitée 

1 Le  texte  variait  ici  en  1575  et  en  1579. 
On  lisait  ; 

« Au  reste  que  ceste  réglé  te  soit  generale, 
d’opposer  à chaque  cause  dont  ceste  heure 
aura  esté  excilee , son  contraire  pour  re- 
mede,  comme  au  trauail  le  repos,  aux  veilles 
le  dormir,  à la  colcre  et  fascherie  toutes  cho- 
ses plaisantes , propos  ioyeux  et  récréatifs  : 
au  bubon  la  curation  de  l’vlcere  dont  il  aura 
esté  excité , en  apres  celle  du  bubon  , enfin 
de  la  fîeure.  Le  vin  médiocrement  trempé, 
selon  la  coustume  du  malade,  est  vtile  en 
toutes  les  causes  de  la  fleure  diaire,  excepté 
quand  il  y aura  douleur  de  teste , quand  elle 
est  excitee  de  courroux , et  d’vn  bubon,  etc.  » 

Dans  son  nouveau  traité,  il  a réservé  celte 
règle  générale  pour  la  conclusion  du  cha- 
pitre. 


U LE  VINGTIEME  LIVRE 


de  courroux  el  d’vn  bubon:  car, 
principalement  en  ces  derniers  cas  , 
il  faut  retrancher  tout  à fait  le  vin , 
iusques  à tant  que  l’inflammation 
ayant  passé  son  estât  vienne  en  sa 
déclinaison 

Pour  la  cure  particulière,  il  faut 
tenir  pour  réglé  asseurée  qu'à  chaque 
cause  qui  aura  excité  la  fiéure  , il  est 
necessaire  d’opposer  son  contraire 
pour  remede , comme  au  trauail  le 
repos,  aux  veilles  le  dormir,  à la 
cholere  et  fascherie,  toutes  choses 
plaisanleset  agréables, propos  ioyeux 
et  récréatifs:  au  bubon  la  curation  de 
l’vlcere  dont  il  aura  esté  excité  , en 
après celledu  bubon, et  enfin  celle  de 
la  liéure.  le  ne  parle  point  icy  ny  de 
la  saignée,  nyde  la  purgation  , d’au- 
tant que  la  fiéure  estant  courte , sans 
péril,  et  sans  l’impuretédu  sang  el  des 
humeurs  , tels  remedes  généreux  se- 
roient  icy  hors  de  saison. 


CHAPITRE  VIII. 

DE  LA  FIÈVRE  HVMORALE,  ET  DE  SES 
DIFFERENCES 

Pour  esclaircir  les  différences  des 
fiéures , il  est  besoin  de  s’arrester  au 

1 Ici  se  lcrminaitle  chapitre  2 du  livre  pri- 
mitif. Le  chapitre  1 1 du  livre  des  Tumeurs  en 
yeueral  n’étant  pas  uniquement  consacré  aux 
fièvres  diaires,  se  terminait  par  un  long  ar- 
ticle sur  les  Jiéures bynoches putrides  ; maisau- 
paruvant  il  contenait  ce  court  paragraphe 
qui  a encore  rapport  à la  fièvre  diaire,  et 
qui  n’a  pas  été  reproduit  dans  le  livre  pos- 
thume : 

« Ceste  sorte  de  fiéure  trauaille  assez  sou- 
uent  les  petits  enfans.  Lors  donc  leurs  nour- 
rices doiuent  estre  pensees  comme  si  elles 


precepte  de  Galien  , qui  nous  aduer- 
tit  que  la  fiéure  ayant  son  siégé  dans 
le  cœur,  elle  ne  peut  auoir  plus  de 
différences  qu’il  y a de  parties  dans 
iceluy.  Or  est-il  que  dans  le  cœur 
nous  n’y  considérons  que  trois  parties, 
scauoir  le  corps  et  la  substance  du 
cœur,  les  humeurs  qui  sont  conte- 
nus dans  iceluy,  et  qui  seruent  à le 
nourrir  : et  enfin  les  esprits  vitaux, 
qui  sont  continuellement  engendrés 
en  iceluy.  Partant  il  ne  peut  y auoir 
plus  de  trois  genres  de  fiéures , dont 
la  première  est  allumée  comme  il  a 
esté  dit  dans  la  propre  substance  du 
cœur  : la  seconde  aux  humeurs  d’i- 
celuy  : et  la  troisième  aux  esprits. 
Nous  auons  parlé  decestederniereen 
premier  lieu  , comme  la  moins  péril- 
leuse et  la  plus  seure.  Il  faut  parler 
maintenant  de  celle  qui  s’allume  aux 
humeurs , et  qui  pour  ce  suiet  est 
nommée  humora'e  : qui  à vray  dire 
n’est  autre  chose  qu’vne  intempérie 
chaude  et  seiche  introduite  dans  les 
humeurs  du  cœur.  Or  nous  ne  par- 
lons point  du  moyen  que  ceste  intem- 
périe s’introduit,  sçauoir  si  c’est  par 
simple  alteration , ou  par  putréfac- 
tion et  pourriture.  Car  lors  que  nous 
viendrons  à parler  des  causes  de  cha- 
que espece  de  fiéure  humorale,  ceste 
difficulté  sera  esclaircie.  11  faut  donc 
parler  de  toutes  les  especes  de  ceste 
fiéure  , et  en  faire  vn  dénombrement 
le  plus  méthodique  que  faire  se  pour- 
ra , estant  vne  chose  tellement  obs- 
cure et  embrouillée  dans  les  au- 
theurs,  que  si  ie  n’y  apporte  de 
l’ordre , il  sera  impossible  au  ieune 

mesmes  auoyent  la  fiéure,  à fin  de  rendre 
leur  laid  médicamenteux.  Il  sera  aussi  bon 
de  baigner  l’enfant , et  apres  le  bain  , l’oin- 
dre d’huile  violât  le  long  de  l’espine  du  dos 
et  poictrine.  » 


DES  FIÈVRES. 


Chirurgien  d'entrer  en  la  connois- 
sance  d’vn  si  grand  nombre  de  fle- 
ures qui  sont  rapportées  à cette  es- 
pece. 

Or  i’estime  que  ceste  heure  estant 
nommée  du  nom  des  humeurs , elle 
peut  estre  premièrement  diuisée  en 
autant  de  différences  qu’il  y a d’hu- 
meurs. C’est  pourquoy  ayant  quatre 
humeurs  en  nostre  corps,  le  sang,  la 
bile,  la  pituite  et  la  melancholie,  il 
y aura  par  conséquent  quatre  genres 
de  fiéures  humorales,  la  sanguine  , la 
bilieuse  , la  pituiteuse,  et  la  melancho- 
lique.  Que  si  ladite  heure  est  seule  et 
simple,  sans  estre  meslée  auec  vne 
autre  héure , alors  ceste  héure  s’ap- 
pellera simple  humorale  generalement 
parlant,  et  en  particulier  se  fera 
nommer  d’vn  nom  propre  et  conue- 
nable  à sa  nature.  Que  si  elle  se  mes- 
le  auec  deux  ou  plusieurs  héures  en- 
semble, pour  lors  elle  sera  compliquée 
ou  composée , et  sera  appellée  des  noms 
qui  seront  rapportés  cy-dessous. 

Voila  en  general  la  diuision  des 
héures  humorales.  Pour  le  parti- 
culier , la  héure  qui  vient  du  sang 
est  appellée  synoque  , et  est  lous- 
iours  continue  , n’ayant  qu’vn  accès 
depuis  son  commencement  iusques 
à sa  hn  : mais  quelques  fois  elle  a 
des  exacerbations , c’est  à dire  que 
sa  violence  redouble  par  certains 
périodes , et  se  fait  sentir  auec  plus 
de  vehemence  et  de  chaleur.  Que  si 
le  sang  dont  elle  se  fait  est  seulement 
eschauffé  contre  nature , sans  qu’il  se 
pourrisse , alors  ceste  héure  est  nom- 
mée simple  synoque:  mais  si  elle  se 
fait  par  pourriture  et  putréfaction, 
pour  lors  elle  s’appelle  synoque  pour- 
rie , laquelle  toutesfois  et  quantes 


93 

qu’elle  a des  exacerbations  qui  vont 
en  croissant  et  deuancant,  s'appelle 
Epacmastique  et  Anauatiquc  , c’est  à 
dire  croissante  et  deuançante.  Que  si 
elle  en  a qui  aillent  en  diminuant, 
elle  est  nommée  Paracmastique.  Que 
si  elle  garde  vn  mesme  degré  de  cha- 
leur et  de  vehemence  depuis  le  com- 
mencement iusques  à la  hn  , elle  est 
appellée  llomotone  et  Acmastique. 
Voila  pour  la  héure  du  sang 

La  bilieuse  est  continue  ou  inter- 
mittente, c’est  à dire  , ou  qu’elle  n’a 
iamais  interruption  depuis  le  com- 
mencement iusques  à la  hn  , ou  bien 
qu’elle  cesse  tout  à fait  par  certains 
interualles.  La  continue  est  double  , 
l’ardente  ou  causonide,  et  la  tierce  con- 
tinue. L’intermittente  pareillement 
est  double , la  tierce  vrayc  et  la  tierce 
bastarde. 

La  héure  pituiteuse  a trois  especes, 
la  quotidiane , l’epiale  et  la  lypirie. 
La  quotidiane  est  intermittente  ou  con- 
tinue: celle-là  est  la  quotidiane  vraye, 
ou  la  quotidiane  bas'arde  : celle-cy 
est  appellée  quotidiane  continue. 

La  melancholiqueesl  continue  ou  in- 
termittente : celle-là  se  nomme  quarte 
continue  : celle-cy  est  ou  quartaine  , 
ou  quintaine  ou  sextaine  , etc.,  des- 
quelles la  quai  taine  est  ou  vraye  ou 
bastarde. 

Voila  pour  ce  qui  est  des  héures 
humorales  simples.  Les  composées 
sont  plusieurs  , la  dcmy  tierce , ou  he- 
mitritée,  les  doubles  tierces,  les  dou- 
bles et  triples  quartes,  et  les  héures 
appelées  confuses,  desquelles  nous 
parlerons  amplement,  après  que  nous 
aurons  expliqué  par  le  menu  chaque 
espece  de  héure  humorale , que  nous 
auons  racourcies  en  ce  tableau. 


94 


1 Bile,  et  est  ' 


/Simple  et/ 
se  fait  tle\ Pituite 
et  est 


La  fiéure  humorale'' 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 

Sang,  d’où  vient  la  / Synoque  simple.  \ 

I chap.  9.  Homolone.  I 

(s®"îrrt''p=®ij 

( Intermittente  tierce  et  est  j u"Je'  chap.  19. 

) I JBastarde.  ch.  22. 

Continue  et  est  double  ! Ç“uson‘,le-  ch.  23. 

‘ 1 terce  continue  C.  24 

Ç)uoti- 1 intermittente  ] ] chap.  25. 

Continue  ( Quolidiane  continue)  c.  26. 

chap.  27. 

\ Qttor- 1 Vraye.  { 

[laine.  1 Baslarde  f e‘  ' " 

1 Intermil- 

Meiancholie , et  est 


Lypirie. 


I Intermit- 
tente. 


> Quintaine.  \ 

\$  exlaine.  tch.  29. 

Octaine,  etc.  ) 

Continue  ( Quarte  continue.  ) C.  30. 

(Demi  tietee.  ] chap.  3t. 

Double  tierce.  I 

Double  et  triple  ( cbaP-  32- 

: / quarte. 

\ \ Confuse.  ] chap.  33.  . 


CHAPITRE  IX. 

Î)Ê  LA  FIÈVRE  SYNOQUE  SIMPLE  ». 

Entre  les  fiéurcs  qui  se  font  de  la 
masse  du  sang,  ou  du  sang  le  plus  pur 
qui  soit  dans  les  humeurs,  est  la lié- 
ure  synoque  simple , ainsi  appellée  à 
la  différence  de  la  synoque  pourrie  : 
celle-là  se  faisant  seulement  par  l’in- 

i Le  livre  primitif  ne  parlait  pas  de  celte 
lièvre,  sinon  dans  une  courte  parenthèse  pla- 
cée à la  fin  du  chapitre  3 (voyez  ci-après  la 
note  1 de  la  page  102);  mais  l’auteur  y avait 
consacré  un  paragraphe  spécial  dans  le  cha- 
pitre 1 1 du  livre  des  Tumeurs. 

« Les  fiéures  synoches  non  putrides,  s’en- 
gendrent de  sang  non  corrompu,  mais  seu- 
lement cschauffé  outre  mesure , faisant 
grande  euaporation  par  tout  le  corps.  D’où 
vient  que  les  veines  se  monstrent  enflees,  la 


ffammation  et  eschauffemen  t du  sang, 
et  celle-cy  par  la  putréfaction  qui 
s’introduit  en  iceluy.  Quelques-vns 
confondent  la  première  auec  l’ephe- 
inere  qui  dure  plusieurs  jours , et  qui 
pour  ce  süiet  est  improprement  ap- 
pellée diaire.  Or  se  faisant  du  plus 
pur  sang  du  corps , qui  est  grande- 
ment vaporeux,  elle  fait  paroistre 

face  enflambee,  les  yeux  rouges  et  ardans, 
l’expiration  chaude  , toute  l’habitude  du 
corps  humide  : le  tout  à raison  de  l’ebulti- 
lion  du  sang  et  desdites  vapeurs,  qui  est 
cause  que  telle  fiéure  quelquesfois  est  appel- 
lee  humorale.  Les  petits  enfans  y sont  sub- 
iets,  comme  aussi  toule  personne  sanguine 
sans  cacochymie.  La  façon  de  guarir  telle 
fiéure  est  semblable  à la  cure  de  la  fiéure 
diaire.  Parquoy  ee  que  nous  dirons  de  l’vne 
se  pourra  accommoder  à l’autre, sinon  que 
la  saignée  est  icy  bien  requise.  » 

Ce  paragraphe  était  placé  avant  celui  qui 
traitait  de  la  curation  de  la  fièvre  diaire. 
V oyez  la  note  1 de  la  page  91 . 


chap.  10. 


DES  FIÈVRES. 


les  veines  et  tout  le  corps  comme 
bouffi  et  enflé , ce  qui  a donné  occa- 
sion à quelques  médecins  arabes  de 
l’appeller  sinocus  inflatiua  , synoque 
enflante  et  bouffante.  Ce  genre  de 
fiéure,  pour  n’auoir  qu’vn  accès  de- 
puis le  commencement  iusques  à sa 
fin , et  pour  auoir  vn  mesme  degré  de 
chaleur  en  tout  le  tempsqu’elle  dure, 
sans  accroissement,  sans  diminution, 
est  mis  au  rang  des  fleures  que  l’on 
appelle  continues  , c’est  à dire , qui 
durent  sans  cesser,  depuis  le  premier 
point  de  leur  inuasion  iusques  au 
dernier  point  qu’elles  finissent , sans 
aucune  interruption  ou  relasche,  ainsi 
qu’il  arriue  aux  ûéures  que  l’on 
nomme  intermittentes.  le  ne  m’ar- 
reste  point  à expliquer  les  différences 
que  l’on  apporte  entre  les  fiéures 
continues  et  continentes  , que  l’on  dit 
continuas  et  continentes , et  par  les 
Grecs  <juȣ*u?  et  le  me  conlen- 

teray  d’aduertir  le  ieune  chirurgien 
qu’il  y a deux  sortes  de  continues, 
l’vne  qui  garde  tousiours  vn  mesme 
estât  et  degré  de  chaleur  depuis  son 
commencement  iusques  à sa  fin,  telle 
que  l’on  peut  dire  estre  la  fiéure  sy- 
noque simple  : et  l’autre  qui  ne  garde 
pas  tousiours  vn  mesme  estât , mais 
quelquesfois  augmente  de  chaleur , 
autresfois  diminue , par  fois  a des 
exacerbations  et  redoublemens , et 
par  fois  a des  remissions  et  diminu- 
tions : et  telles  sont  toutes  les  fiéures 
putrides. 

De  tout  ce  discours,  nous  tirons 
ceste  conclusion  pour  l’intelligence 
de  la  fiéure  synoque  simple , que 
c’est  me  fiéure  continue  d’en  seul  ac- 
cès , allumée  dans  les  esprits  et  dans  la 
partie  la  plus  ténue  et  subtile  du  sang. 
Elle  est  continue,  à cause  que  le  sang 
allumé  dans  toutes  les  veines  et  ar- 
tères du  corps , ou  à tout  le  moins 


95 

dans  les  plus  grandes,  communique 
continuellement  la  ferueur  au  sang 
du  cœur  : ce  qui  ne  se  feroit  pas  si  ce 
sang  n’estoit  contenu  que  dans  les  pe- 
tites veines,  ou  en  celles  qui  sont  gran 
dement  esloignées  du  cœur,  l’ay  dit 
qu’elle  n’auoit  qu’rn  accès,  d’au- 
tant qu’elle  est  tousiours  en  mesme 
estât  depuis  son  commencement 
iusques  à sa  fin , encore  bien  que 
quelques- vns  la  diuisent  en  Ilomo- 
tone  ou  À cmaslique , Epacmastique 
ou  Anabalique,  et  en  Paracmastique , 
que  les  Latins  disent  Æquales , Cres- 
centes,  Decrescentes.  Car  si  la  chaleur 
demeure  tousiours  égalé  du  com- 
mencement iusques  à la  fin  , c’est  à 
dire  si  ce  qui  transpire  et  sort  par  les 
pores  du  corps , qui  sont  vapeurs  et 
fumées  esleuées  du  sang  eschauffé 
et  boüillant  dans  les  veines,  est  pro- 
portionné iustement  à ce  qui  est  al- 
lumé dans  les  vaisseaux  du  sang,  elle 
sera  homotone  ou  égalé:  ie  veux 
dire  qu’elle  demeurera  tousiours  en 
mesme  et  pareil  estât  tandis  qu’elle 
durera.  Mais  si  les  fumées  qui  s’eua- 
porent  sont  en  moindre  quantité  et 
proportion  que  ce  qui  est  allumé  dans 
les  vaisseaux,  alors  elle  sera  epaemus- 
tique  ou  croissante:  i’entens  que  sa 
chaleur  ne  sera  pas  tousiours  égalé  , 
mais  redoublera  et  augmentera  con- 
tinuellement iusques  à sa  fin.  Que  si 
enfin  les  vapeurs  s’exhalent  en  plus 
grande  quantité  qu’il  ne  s’allume  de 
sang  dans  les  vaisseaux , pour  lors 
elle  sera  paracmastique  ou  décroissante, 
et  reconnoistra-on  que  sa  chaleur  ira 
tousiours  en  s’abaissant  et  diminuant 
du  commencement  iusques  à sa  fin. 
Et  de  là  aussi  on  remarquera  en  quels 
corps  et  en  quel  estât  elle  sera  moins 
ou  plus  périlleuse.  Car  aux  corps  ra- 
res , poreux  et  maigres  qui  s’euapo- 
rent  aisément , elle  est  moins  dange- 


96 


LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


reuse  et  beaucoup  plus  courte  : aux 
gras  , pleins , charneux  et  espais , qui 
n’ont  que  peu  ou  point  de  transpira- 
tion , elle  est  plus  longue  et  dange- 
reuse. Aussi  si  elle  est  paracmastique, 
elle  est  plus  courte  et  plus  douce  : si 
elle  est  hoinotone , elle  l’est  moins 
que  la  première,  mais  plus  que  l’epac- 
mastique , laquelle  est  la  plus  longue 
de  toutes  et  la  plus  dangereuse,  d’au- 
tant qu’elle  dégénéré  souuent  en 
lasynoque  putride,  qui  n’est  gueres 
sans  péril. 


CHAPITRE  X. 

DES  CAVSES  ET  SIGNES  DE  LA  SYNOQVE 
SIMPLE. 

La  cause  de  ceste  fiéure  que  l’on 
appelle  coniuinte  et  inséparable,  qui  est 
celle  laquelle  par  sa  presence  t'ait  et 
conserue  la  fiéure  , et  par  son  absence 
l'o.ste  et  fait  cesser:  telle  cause,  dis-ie, 
de  ceste  fiéure  n’est  autre  chose  que 
la  ferueur  des  esprits  etdu  sangrelenu 
dans  tous  les  vaisseaux,  ou  à tout  le 
moins  dans  les  plus  grands  qui  sont 
contenus  entre  les  aisselles  et  les  ais- 

nes,  laquelle  venant  à se  communi- 
quer au  cœur,  luy  imprime  ses  pro- 
pres qualités,  qui  sont  la  chaleur  et 
la  seicheresse  : ou  pour  le  dire  en  vn 

mot,  vne  intempérie  chaude  et  seiche. 
Ceste  ferueur  est  introduite  au  corps, 
comme  veulent  quelques-vns.par  les 
mesmes  causes  qui  font  la  fiéure 
Ephemere:  ou  pour  mieux  dire  paria 
constipation  et  obstruction  des  pores 
qui  sont  au  cuir,  et  ensuite  par  l’es  - 
touffement  de  la  chaleur  naturelle, 
lors  que  la  transpiration  est  empes- 
chée,  en  sorte  qu’elle  ne  reçoit  pas  de 
i’air  qui  nous  enuironne  le  rafraî- 


chissement accoustumé  que  nous  en 
relirons.  Ce  rafraîchissement  icy 
defaillant , les  fumées  qui  s’exhalent 
continuellement  du  sang  demeurent 
enfermées  , par  conséquent  remplis- 
sent les  vaisseaux  , rendent  le  sang 
pesant,  lourd  et  moins  fluide , estou- 
pent  pareillement  les  petits  trous 
dont  le  cuir  est  plein  : et  enfin  à la 
longue  apportent  la  pourriture  au 
sang  , comme  il  arriue  aux  synoques 
putrides.  Mais  en  ceste  fiéure  icy  l’es- 
toupement  vient  particulièrement  de 
la  trop  grande  abondance  du  sang  , 
que  l’on  appelle  pléthore,  qui  auec 
la  cacochymie  fait  les  deux  causes 
antécédentes  de  toutes  les  maladies.  Il 
est  donc  necessaire,  pour  produire 
ceste  fiéure,  que  le  sang  surabonde 
dans  les  veines  : car  cela  estant  il  s’es- 
leue  d’iceluy  vne  grande  quantité  de 
vapeurs  clmides  et  bouillantes  , les- 
quelles ne  pouuanl  aisément  ny  suf- 
fisamment s'euaporer  ( car  elles  ne 
sont  jamais  supprimées  tout  à fait) 
s’eschauffent  peu  à peu  et  si  bien  , 
quelles  eschauffenl  les  humeurs  et 
introduisent  la  fiéure  D’icy  nous  re- 
marquerons que  ceux  qui  abondent 
en  sang  , et  qui  ont  le  corps  bien 
charnu  et  nourri,  dense  et  espais,  sont 
plus  suiets  à cette  fiéure  que  les 
autres.  Pareillement  elle  arriue  d’or- 
dinaire au  printemps,  aux  ieunes 
hommes,  à ceux  qui  se  remplissent 
de  bonnes  viandes,  et  boiuent  bien  du 
vin  : comme  aussi  à ceux  qui  souloient 
auoir  quelque  descharge  de  sang  par 
le  nez , hemorrhoïdes,  ou  autres  va  s- 
seaux.  Là  où  ceux  qui  sont  d’vn  tem- 
pérament froid  , qui  ont  peu  de  sang , 
qui  ont  le  corps  rare , maigre  et  per- 
spirable,  qui  se  nourrissent  peu  et  qui 
boiuent  de  l’eau  , y sont  fort  peu  su- 
jets. 

Il  semble  que  ceste  fiéure  doiue 


DES  FIEVRES.  9 7 


auoir  les  mesmes  signes  que  la  diaire. 
Elle  les  a toutesfois  plus  clairs  et  plus 
euidens.  Car  bien  que  la  chaleur  soit 
douce, si esl-cequ’elle  est  plus  grande 
et  vn  peu  plus  acre  qu’en  la  diaire. 
Le  cuir  est  comme  moite  : l’vrine  vn 
peu  plus  espaisse  et  rouge  que  la  na- 
turelle: le  pouls  est  vehement,  léger, 
frequent,  plein,  grand  et  égal.  Tout 
le  corps  et  le  visage  principalement 
est  comme  bouffi  et  plein  de  rou- 
geur. Les  veines  sont  grosses  et  en- 
flées de  sang  : on  a par  tout  le  corps 
tension  et  lassitude , la  teste  pesante, 
la  respiration  vn  peu  empesebée , des 
enuics  de  dormir,  et  en  dormant  des 
illusions  toutes  rouges  et  de  sang.  Au 
resle,  ceste  fleure  n’est  point  péril- 
leuse , et  se  termine  ordinairement 
ou  par  sueur  ou  par  flux  de  sang  vers 
le  quatrième  ou  le  septième  iour. 
Que  si  toutesfois  elle  estoit  négligée 
ou  mal  traitée,  principalement  en 
ceux  qui  abondent  en  sang,  il  y au- 
roit  à craindre  qu’elle  ne  degenerast 
en  phrenesie  , squinance  , pleuresie, 
ou  autre  maladie  qui  vient  de  la  plé- 
thore, ou  bien  enfin  qu’elle  ne  se  con- 
uertit  en  vnesynoque  putride, ou  alors 
elle  ne  seroit  sans  danger  de  la  vie. 


CHAPITRE  XI. 

DE  LA  CVRE  DE  LA  SYNOQVE  SIMPLE. 

La  thérapeutique  ayant  trois  par- 
ties, la  diele,  la  Chirurgie  et  la  Phar- 
macie, il  faut  qu’en  la  guérison  de 
toutes  les  maladies  on  ait  recours  à 
vn  ou  à plusieurs  de  ces  chefs  : 
comme  nous  ferons  d’ores-en-auant 
en  la  cure  de  toutes  les  fleures,  les  re- 
mèdes desquels  seront  pris  de  ces  trois 
chefs  ensemble. 


Et  pour  commencer  à la  Synoque 
simple,  ie  dis  que  le  genre  de  viure 
doit  eslre  rafraîchissant  et  humec- 
tant, ténu  et  loger,  à fin  de  ne  sur- 
charger les  malades  qui  ont  plus  de 
sang  qu’il  n’en  faut.  C’est  pourquoy 
on  doit  se  contenter  de  bouillons  faits 
au  veau  et  à la  volaille,  assaisonnés 
d’herbes  rafraîchissantes,  comme  iaic- 
lue,  pourpié,  ozeille,  buglosse,  con- 
combre en  la  saison.  On  peut  aussi 
donner  des  œufs  frais  bien  mollets, 
des  ius  de  pruneaux,  de  la  gelée 
faite  auec  le  ius  de  cilron , et  non 
auec  le  vin,  sans  beaucoup  de  canelle. 
Pour  le  boire,  on  ne  donnera  point 
de  vin,  mais  de  la  ptisane  seulement, 
ou  de  l’eau  bouillie  auec  orge  et 
chiendent.  Galien  au  neufiéme  de  la 
Méthode  , chap.  4 , conseille  de  don- 
ner de  l’eau  froide  et  crue  tant  que 
les  malades  en  voudront  et  pourront 
boire.  A laquelle  opinion  plusieurs 
médecins  ne  s’accordent  pas,  pour  les 
aecidens  qu’on  en  a veu  arriuer.  Car- 
on a reconneu  que  l’eau  froide  estoit 
grandement  contraire  à ceux  qui  ont 
peu  de  sang  et  de  chair,  qui  ont  les 
viscères  bouffis  ou  enflés,  ou  pleins 
d'obstructions  causées  par  des  hu- 
meurs crasses  , visqueuses  ou  pitui- 
teuses, et  qui  ont  l’estomach  et  les 
parties  nerueuses  grandement  foibles 
et  délicates.  A ces  personnes  icy  l’eau 
froide  donnée  sans  mesure  et  sans 
réglé  apporte  l’hydropisie , difficulté 
de  respirer,  tremblement  des  mem- 
bres, conuulsions  , léthargies,  et  au- 
tres violens  aecidens  , surtout  quand 
telles  gens  ne  sont  pas  accoustumés  à 
boire  de  l’eau.  Que  s’il  s’en  trouue 
qui  ayent  accoustumé  ce  breuuage, 
et  qui  ayent  les  entrailles  bonnes  et 
vigoureuses , l’estomach  bon  et  fort, 
et  grande  quantité  de  sang  dans  les 
veines,  à ceux-cy  on  peut  leur  laisser 

7 


in. 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


95 

boire  (le  l’eau  froide , pourueu  que 
cû  ne  soit  point  au  commencement  ny 
en  l'accroissement  de  la  fiéure , mais 
en  sa  vigueur,  et  lors  que  les  signes  de 
coction  apparoissent.  Car  pour  lors 
l’eau  froide  fortifie  tellement  les  par- 
ties solides,  et  recrée  tellement  la 
chaleur  naturelle , qu’elle  en  cuit 
mieux  les  humeurs, retenant  les  bon  - 
nés  et  chassant  les  mauuaises  et  su- 
perflues , soit  par  le  vomissement , 
soit  par  les  selles,  soit  par  les  sueurs. 

Pour  les  remedes  pris  de  la  Chirur- 
gie, la  saignée  tient  le  premier  lieu , 
sur  tout  en  ceste  fiéure  où  il  est  ques- 
tion de  plénitude.  Or  est  il  que  par  la 
voye  des  contraires  , la  plénitude  du 
sang  ne  se  peut  mieux  guérir  que 
par  l’euacuation  d’ioeluy,  à quoy  la 
saignée  a esté  inuentée  par  Part  de 
médecine  : outre  que  par  accident 
elle  profite  grandement  à rafraîchir 
le  sang  et  les  esprits,  et  à rendre  la 
liberté  aux  conduits  qui  sont  estou- 
pés  ou  bouchés.  Voila  pourquoy  le 
but  principal  en  ceste  fiéure  estant 
destiné  à oster  premièrement  la  plé- 
nitude du  corps  et  à diminuer  le  sang, 
et  puis  après  à ouurir  les  passages , à 
atténuer  les  choses  espaisses,  à inciser 
les  gluantes,  à prouoquer  la  transpi- 
ration , à esteindre  la  ferueur  de  la 
fiéure,  et  à fortifier  les  parties  du 
corps  foibles  et  abbaltues  par  l’op- 
pression des  humeurs  : on  a recon- 
neu  qu’il  n’y  auoit  rien  de  plus  ex- 
cellent à tous  ces  effets  que  de  tirer 
promptement  du  sang  en  ceste  mala- 
die , non  vne  fois  seulement , mais 
deux  ou  trois  fois, selon  la  vehemcnce 
du  mal , la  force  du  malade,  et  le  degré 
de  la  plénitude  que  l’on  observe  en 
luy.  Galien,  au  lieu  cy-dessus  allé- 
gué , ordonne  la  saignée  iusques  à 
défaillance  de  cœur,  et  presque 
iusques  à l’esuanoUissement , pour 


quelque  nombre  de  raisons  qu’il  pro- 
pose tres-iudicieusement.  Toutesfois 
cola  est  si  périlleux  et  apporte  telle 
espouuante  au  malade  et  aux  assis- 
tons , outre  beaucoup  d’accidens  qui 
en  peuuent  suruenir,  et  desquels  Ga- 
lien mesme  fait  mention,  que  le  plus 
seur  est  de  conseruer  tousiours  les 
forces  du  malade,  et  tirer  plustot  du 
sang  cinq  et  six  fois  par  interualle 
que  d’en  oster  vne  seule  fois  si  profu- 
sement. L’on  a obserué  en  ceste  fiéure 
que  ceux  qui  n’ont  pas  tiré  du  sang 
hardiment  ont  précipité  quelquesfois 
les  malades  à des  flux  de  sang  par  le 
nez  si  desmesurés  et  excessifs,  qu’ils  en 
ont  pensé  perdre  la  vie.  Car  la  nature 
se  Irouuant  parfois  grandement  irri- 
tée, soit  par  l’abondanee,  soit  par  l’a- 
crimonie des  humeurs,  ou  autrement, 
s’oublie  tellement,  qu’au  lieu  d’vne 
crise  elle  fait  vne  hypercrisie,  et  au 
lieu  d’vne  euacuation  iuste  et  modé- 
rée, fait  vn  desbordementdesreglé  et 
pernicieux. 

Quant  aux  remedes  Pharmaceuti- 
ques, il  est  de  besoin,  premier  que  de 
saigner  , si  le  ventre  estoit  serré , de 
donner  vn  lauementemollient, lequel 
on  pourra  continuer  tous  les  iours, 
à fin  de  rabattre  beaucoup  de  fumées, 
rafraîchir  le  dedans,  et  vuider  beau- 
coup d’ordures  qui  s’amassent  tous 
les  iours  de  la  nourriture  que  l’on 
prend.  Plusieurs  prescriuent  des  juleps 
et  apozemes  rafraîchissants  et  apéri- 
tifs, préparés  auec  vne  décoction  de 
chiendent , de  cichorée  sauuage  , d’o- 
zeille , endiue , laictue,  pimpernelle , 
buglosse , bourache , capillaire , orge , 
semences  froides,  fleurs  cordiales,  et 
de  nenupar , en  y adioustant  les  sy- 
rops  violât , de  nénuphar , de  limons, 
de  cichorée  simple  , aceteux  simple, 
de  pommes  simple,  et  autres  de  pa- 
reille qualité. 


DES  FIÈVRES. 


On  ordonne  aussi  des  epilhemes, 
partie  sur  lecœur, partie  sur  les  hypo- 
chondres,  à fin  d’esteindre  laferueur 
du  sang-,  et  empescher  que  pareille 
intempérie  ne  s’attache  trop  fixement 
au  cœur,  et  autres  viscères. 

On  se  doit  donner  garde  de  purger 
au  commencement  de  ceste  fleure  : 
mais  on  doit  attendre  que  les  signes 
de  coction  apparoissent  aux  vrines  et 
aux  excreraens  , et  pour  lors  on  peut 
donner  des  medicamens  doux  et  bé- 
nins, comme  est  la  casse,  les  tamarins, 
et  le  séné  de  Leuant , auecles  syrops 
de  cichorée  ou  de  pommes  compo- 
sés : ou  bien  on  donnera  le  lenilif,  ou 
le  catholicon  double  de  rlieubarbe , 
fuyant  tantqu’il  sera  possible  les  pur- 
gatifs où  il  y entre  du  diagrede  et 
scammonée.  le  n’approuue  point  les 
vomitifs  en  ceste  fiéüre,  et  n’en  ay  ia- 
mais  veu  aucun  bon  effet  1 : ils  ne 
seruent  qu’à  troubler  la  nature  et 
tourmenter  le  malade , et  ne  vuident 
rien  de  la  cause  coniointe. 

le  ne  mets  point  icy  en  ligne  de 
compte  beaucoup  d’autres  medica- 
mens , comme  les  orges  mondés , les 
iuleps  pour  dormir,  les  opiates,  ta- 
blettes et  poudres  cordiales , les  lini- 
mens  , frontaux , et  pastes  conforla- 
tiues  , auec  vn  nombre  infiny  d’alexi- 
teres  et  alexipharmaques , desquels 
on  a de  coustume  d’amuser  les  mala- 
des : car  la  fiéure  n’estant  pas  péril- 
leuse d’elle-mesme  , elle  n’a  pas  be- 
soin de  tant  d’appareils , qui  en  outre 
ont  quelquesfoisplus  de  monstre  que 
d’effet. 

Il  y a quelques  recens2,  qui  après 
Nicolas  de  Florence  constituent  vne 

1 Voici  un  des  endroits  où  l’auteur  parle 
en  son  nom  et  d’après  son  expérience;  j’au- 
rai toujours  soin  de  les  signaler. 

! Il  entend  parler  de  Fernel.  — Celte  note 
est  des  éditeurs  de  1628, 


99 

fiéure  synoque  simple  , engendrée  de 
la  bile  et  de  l’agitation  des  plus  chau- 
des humeurs  du  corps , sans  toutesfois 
aucune  pourriture.  Ce  que  ie  ne  crois 
pas  neantmoins  trop  aisément , veu 
que  si  ceste  fiéure  se  fait  de  la  bile,  il 
est  necessaire  qu’elle  ait  pareils  re- 
doublemens  qu’ont  les  autres  qui  en 
sont  faites , et  qu’elle  ait  des  périodes 
de  trois  en  trois  iours.  11  est  plus  vray- 
semblable  que  telle  fiéure  se  fait  du 
sang  le  plus  subtil , qui  quelquesfois 
est  appellé  de  quelques-vns  bile  , à 
cause  de  sa  subtilité , et  de  son  es- 
cume  : mais  à n’en  mentir  point  ce 
n’est  que  pur  sang , et  qui  partant  ne 
peut  faire  de  fiéure  autre  que  sy- 
noque simple  sanguine. 


CHAPITRE  XII. 

DES  FIÈVRES  PVTRIDES  EN  GENERAL, 
ET  DE  LEVRS  DIFFERENCES. 

Avant  que  de  parler  des  Synoques 
putrides,  il  nous  faut  esclaircir  quel- 
ques difficultés,  sans  lesquelles  on  ne 
sauroit  comprendre  ce  que  c’est  que 
fiéure  putride  , ny  comment  elle  se 
fait , ny  mesme  en  quelle  façon  elle 
différé  des  autres.  Voila  pourquoy 
nous  dirons  quelque  chose  d’elles  en 
general , de  leurs  causes , signes  et 
curation , à fin  puis  après  de  l’appli- 
quer au  particulier  de  la  synoque  pu- 
tride. 

Il  y a eu  grand  débat  entre  quel- 
ques autheurs  anciens  et  modernes, 
touchant  l’existence  de  ces  fiéures  : 
les  vns  asseurans  qu’il  n’y  auoit  au- 
cunes fiéures  putrides,  les  autres  te- 
nans  le  contraire  : et  ceux  cy  ont  tel- 
lement fortifié  leur  party  de  fortes 
raisons  et  de  bonnes  expériences,  que 


100 


LE  VINGTIEME  LIVRE 


pour  maintenant  on  ne  rcuoqueplus 
en  doute  cesle  vérité  : si  bien  que 
l’on  tient  pour  constant  et  asseuré 
qu’il  y a des  fleures  putrides,  soit 
continues  , soit  intermittentes.  Mais 
s’il  y a eu  du  débat  touchant  cest  ar- 
ticle , il  y en  a bien  vn  plus  grand 
touchant  la  nature  de  la  pourriture, 
pour  sçauoir  si  la  définition  qu’en 
donne  Aristote  s’accorde  à celle  de 
Galien,  et  s’il  y en  a vne  naturelle, 
vne  autre  contre  nature  : vne  gene- 
rale et  vne  particulière  : vne  du  tout, 
et  vne  de  partie  : et  finalement  s’il  y a 
différence  entre  pourriture  et  putré- 
faction. le  renuoye  l’esclaircissement 
de  toutes  ces  difficultés  aux  philo- 
sophes et  aux  médecins,  mereseruant 
à expliquer  aux  chirurgiens  ce  que 
c’est  que  fiéure  putride , et  les  causes 
pourquoy  les  humeurs  se  pourrissent 
au  coips. 

Fiéure  putride  n’est  autre  chose 
qu’rnc  intempérie  chaude  et  seiche , al- 
lumée dans  le  cœur  par  le  moyen  de 
quelque  humeur  qui  se  pourrit  dans 
le  corps.  Or  l’humeur  qui  se  pour- 
rit, ou  immédiatement  elle  est  con- 
tenue dans  le  cœur , ou  hors  du 
cœur  : si  c’est  au  cœur,  c’est  l’hu- 
meur mesme  qui  excite  la  fiéure:  si 
elle  est  hors  du  cœur,  ce  n’est  que  sa 
vapeur  et  sa  fumée.  D’auantage,  si 
cesle  humeur  est  contenue  au  cœur, 
ou  dans  les  grands  vaisseaux  qui  sont 
entre  les  aisnes  et  les  aisselles , la 
fiéure  est  rendue  continue  à cause 
que  sa  vapeur  est  portée  au  cœur 
sansaucune  intermission,  itisques  à ce 
que  l’humeur  cesse  de  se  pourrir. 
Mais  si  l’humeur  est  hors  des  grandes 
veines,  reléguée  aux  parties  eslon- 
gnées  du  cœur,  la  fiéure  ne  se  fait 
qu’intermittente,  à cause  que  sa  va- 
peur ne  peut  pas  estre  continuelle- 
ment portée  au  cœur , pour  les  rai- 


sons que  nous  dirons  cy-apres.  Si  bien 
que  par  ce  discours  nous  apprenons 
qu’il  y a deux  sortes  de  Géures  : l’vne 
qui  est  continue , qui  n’a  qu’vn  accès 
depuis  le  commencement  iusques  à la 
fin , encore  bien  qu’il  dure  quelques- 
fois  non  seulement  plusieurs  iours, 
mais  aussi  plusieurs  semaines  et  plu- 
sieurs mois , selon  que  la  fiéure  est 
courte  ou  longue  , et  qu’elle  se  ren- 
contre en  vn  corps  bien  ou  mal  fait, 
chargé  de  peu  ou  de  beaucoup  d’hu- 
meurs, et  vsant  de  bon  ou  de  mau- 
uais  régime  de  vie  : et  l’autre  sorte  de 
fiéure  est  intermittente. 

Que  si  l’on  veut  vne  particulière 
distinction  desfiéures  putrides,  disons 
que  ses  especes  et  ses  différences  sont 
prises , ou  bien  des  lieux  où  les  hu- 
meurs se  pourrissent , ou  bien  de  la 
variété  des  humeurs  qui  reçoiuent  et 
endurent  pourriture i.  Pour  le  regard 
et  la  variété  des  lieux,  i’ay  dit  qu’elles 
estoient  distinguées  en  continues  et 
intermittentes,  et  que  les  continues 
estoient  celles  desquelles  la  matière  et 
l’humeur  putride  est  contenue  et  en- 
fermée és  grands  vaisseaux  qui  sont 
entre  les  aisnes  et  les  aisselles.  Car  de 

1 Toute  la  fin  de  ce  paragraphe  et  même 
du  chapitre  se  retrouve  au  chapitre  3 du 
livre  primitif  de  1675.  Celui-ci  commençait 
par  exposer  les  causes  des  fièvres  putrides 
(voyez  les  deux  premières  notes  du  chapitre 
suivant) , après  quoi  il  continuait  : 

« Les  causes  de  pourriture  et  des  fleures 
putrides  ainsi  expliquées,  faut  maintenant 
passer  à la  diuision  d’icelles.  La  diuision  des 
fleures  putrides  en  certaines  et  differentes 
especes,  est  prise  de  la  différence  et  diuer- 
sité  des  lieux  où  les  humeurs  se  pourrissent, 
ou  de  la  distinction  et  variété  des  humeurs 
qui  reçoiuent  et  endurent  pourriture.  Pour 
le  regard  et  variété  des  lieux , etc.  » 

Le  texte  se  suit  alors  presque  mot  pour 
sn»t  jusqu’à  la  fin  du  paragraphe. 


DES  FIEVRES. 


cps  lieux  là , tant  à cause  de  l’abon- 
dance de  l'humeur  pourri  destiné  à 
la  nourriture  de  tout  le  corps,  que 
pour  le  voisinage  qu’ils  ont  auec  le 
coeur,  qu’aussià  cause  de  l’amplitude 
et  capacité  des  conduits  et  canaux,  il 
arriue  continuellement  et  sans  inter- 
mission que  quelque  portion  de  la 
substance  de  l’humeur  qui  se  pourrit, 
ou  à tout  le  moins  sa  vapeur  et  exha- 
laison put  ride  est  portée  au  cœur,  seul 
et  vray  siégé  de  la  fiéure  , et  où  elle 
l’entretient  tant  et  si  long  temps,  que 
par  la  force  et  action  de  la  chaleur 
tout  cest  humeur  pourri  soit  en  vn 
coup  résout  et  digéré  , ou  cuit , eua- 
cué  et  chassé  hors  du  corps.  C’est 
pourquoy  les  fleures  continues,  dés 
leur  commencement  iusques  à la  fin, 
n'ont  qu’vn  accès  sans  aucune  inter- 
mission franche  et  absolue  : ie  dis 
franche  et  absolue  , parce  que  ceux 
qui  sont  tourmentés  de  fleures  con- 
tinues peuuent  bien  auoir  quelque 
relasche  de  l’ardeur  de  leur  fiéure,  de 
sorte  qu’ils  ne  la  sentent  si  fascheuse 
qu’auparauant,  mais  non  pas  qu’ils  en 
soient  tellement  quittes  comme  ceux 
qui,  ayans  enduré  vn  accès  de  fiéure 
quarte  intermittente,  peuuent  chemi- 
ner et  faire  leurs  affaires,  comme 
s’ils  estoient  sains,  iusques  à ce  qu’ils 
soient  assaillis  d’vu  autre  nouueau 
accès  : par  conséquent  telle  relasche 
se  doit  plustost  appeler  remission 
qu’ intermission.  Les  fiéures  intermit- 
tentes au  contraire,  sont  celles  des- 
quelles la  matière  hors  des  veines  est 
contenue  et  reserrée  en  la  première 
région  du  corps enuiron  les  entrailles, 
sçauoir  le  ventricule,  le  diaphragme, 
la  cauité  du  foye  , la  ratle , le  pan- 
créas , l’omentum  et  mesentere,  par- 
ties qui  sont  quasi  comme  vn  esgout 
commun  de  tout  le  corps,  dans  lequel 
toute  l’ordure  et  sentine  des  humeurs 


101 

fine  et  s’arresle.  Telle  matière  n’es- 
tant contenue  és  veines,  n’est  point 
humeur  alimentaire  ou  suc  propre  de 
sa  nature  à la  nourriture  du  corps, 
mais  plustost  vne  humeur  superflue 
et  excrementeuse,  qui  deuant  que  de 
passer  delà  vouste  du  foye  en  sa  par- 
tie gibbeuse,  est  relirée  et  séquestrée 
par  la  prouidence  de  Nature  en  ses 
propres  réceptacles , à fin  de  rendre 
plus  pur  le  reste  du  bon  sang  et  ali- 
mentaire : mais  ceste  humeur  icy 
superflue,  venant  enfin  par  quelque 
accident,  et  par  quelque  vne  des  cinq 
causes  efficientes  des  fiéures  cy  de- 
uant déclarées,  à se  corrompre  et 
pourrir,  elle  fait  la  fiéure  intermit- 
tente , c’est  à dire  qui  a rémission 
franche  et  absolue,  que  les  Grecs  ap- 
pellent apyrexie , et  les  Latins  infe- 
bricitation , quittant  et  reprenant 
le  patient  par  interualleset  secousses 
manifestes,  tant  pouree que  la  matière 
et  humeur  qui  fait  telle  fiéure  est 
plus  eslongnéedu  cœur  qu’elle  puisse 
trafiquer  auec  iceluy  par  les  con- 
duits manifestes  des  vaisseaux  hors 
desquels  elle  est  arreslée  : et  aussi 
parce  qu’elle  est  enfermée  et  cachée 
dans  la  cauité  des  parties  cy  dessus 
nommées , lesquelles  estans  de  sub- 
stance membraneuse,  dense,  et  es- 
paisse,  ne  donnent  libre  issue  à quel- 
que portion  ou  vapeur  de  ladite 
humeur  pour  estre  portée  continuel- 
lement au  cœur,  et  par  ce  moyen  en- 
tretenir lousiours  la  fiéure  : laquelle 
ne  peut  estre  sans  que  le  cœur  soit 
eschauffé  et  affecté,  comme  nous 
auons  montré  au  commencement  de 
la  définition  d’icelle. 

Voilà  la  diuision  des  fiéures  prise 
des  lieux  où  les  humeurs  se  pourris- 
sent: l’autre  diuision  est  prise  de  la 
diuersité  des  humeurs  qui  reçoiuent 
pourriture.  Or  n’y  ayant  point  au- 


102 


LE  VINGTIÈME  LIVRE , 


cime  humeur  qui  ne  se  puisse  pour- 
rir , il  faut  qu’il  y ait  autant  d’especes 
de  fiéures  putrides  qu’il  y a d’hu- 
meurs. Par  cy  deuant  nous  auons 
arresté  qu’il  y auoit  quatre  humeurs, 
le  sang,  la  bile,  la  pituite,  la  melan- 
chol'e:  par  conséquent  il  y aura  quatre 
différences  de  fiéures  putrides  , la 
sanguine  que  nous  appelions  synoque 
putride,  la  bilieuse,  la  pituiteuse  et 
mclancholique , lesquelles  trois  der- 
nières sont  ou  continues,  ou  intermit- 
tentes, selon  que  les  humeurs  qui  les 
font  se  pourrissent  dans  les  veines  ou 
hors  des  veines 

1 Ce  dernier  paragraphe  se  retrouve  bien 
en  idée  dans  le  dernier  paragraphe  du  cha- 
titre  3 de  1575;  mais  le  texte  diffère  assez 
pour  mériter  d’être  reproduit. 

« Maintenant  pour  le  regard  de  la  diuer- 
si té  des  humeurs,  desquels  vn  chacun  en  soy 
est  capable  de  pourriture , les  fleures  putri- 
des sont  distinguées  en  bilieuses  (ausquelles 
si  elles  sont  continues,  est  rapportée  l’es- 
pece de  fleure  qu’on  appelé  synoche,  c’est 
à dire  continente,  causée  de  la  pourriture 
de  toute  la  masse  du  sang  egalement  tem- 
péré de  la  meslange  des  quatre  humeurs  : 
comme  l’autre  espece  de  synoche,  causée 
parvne  simple  ébullition  d’icelle  masse  san- 
guinaire, sans  aucune  pourriture,  est  rap- 
portée aux  fleures  diaires , comme  enseigne 
Galien  au  liurc  neufieme  et  onzième  de  la 
Méthode,  et  au  deuxieme  des  fleures  cha- 
pitre douzième),  pituiteuses  et  melancho- 
liques  : et  icelles  ou  continues,  ou  intermit- 
tentes , selon  que  la  bile  ou  melancholie  qui 
pourrist  est  contenue  dans  les  veines  ou  hors 
des  veines.  » 

J’ai  déjà  dit  que  cette  parenthèse  est 
la  seule  mention  qui  soit  faite  dans  le  livre 
de  1575  des  fièvres  synoches  simples,  men- 
tionnées avec  un  peu  plus  de  détails  au 
chapitre  2 du  livre  des  Tumeurs  de  1579, 
et  qpi  ont  enfin  été  traitées  au  chapitre  9 du 
livre  actuel.  Voyez  ci-devant  la  note  de  la 
page  91. 


CHAPITRE  XIII. 

DES  CAVSES  ET  SIGNES  DES  FIEVRES 
PVTRIDES  1 

Apres  anoir  donné  la  définition  et 
dinision  des  fiéures  putrides,  il  faut 
venir  à leurs  causes  et  signes,  expli- 
quant la  façon  que  les  humeurs  se 
pourrissent  au  corps. 

Et  desia  nous  auons  enseigné  que 
la  cause  materielle  des  fiéures  putri- 
des , est  la  pourriture  de  l'vn  des 
humeurs  desquels  nostre  corps  est 
composé,  ou  de  plusieurs  d’iceux,  ou 
de  tous  ensemble.  La  cause  efficiente 
est  l’vne  des  cinq  cy  deuant  expli- 
quées , mais  principalement  celle  que 

Le  début  de  ce  chapitre  répond  presque 
exactement  au  début  du  ch.  3 du  livre  pri- 
mitif. Il  n’y  a guère  queles  premières  lignes 
qui  diffèrent. 

« Cu.  III.  — Des  fleures  putrides , première- 
ment de  leurs  causes  et  especes  en  general. 

« La  cause  materielle  des  fleures  putri- 
des est  la  pourriture  de  l’vn  des  humeurs , 
desquels  est  composé  notre  corps,  ou  de 
plusieurs  d’iceux,  ou  de  tous  ensemble.  I,a 
cause  efficiente  est  l’yne  des  cinq  cy  deuant 
expliquées,  mais  principalement  la  seconde 
appelée  putréfaction  , de  laquelle  pour  ce  il 
faut  maintenant  parler  vn  peu  plus  ample- 
ment. 

» La  putréfaction  est  excitcc  en  nos  corps, 
et  tous  autres  qui  sont  mixtes  et  composez 
des  quatre  cléments,  quand  la  chaleur  qui 
doust  régir  les  humeurs  est  au  contraire 
maistrisee  par  iceux,  par  faute  de  compe- 
tente euenlilalion.  Ainsi  voyons-pous  jopr- 
nellement  les  chairs  gardées , etc.  » 

A partir  de  cet  endroit,  le  texje  se  suit 
presque  mot  pour  mot  Jusqu’à  la  fin  du  pa- 
ragraphe. 


DES  FIEVRES. 


io3 


nous  auons  appelée  putréfaction,  qui 
n’est  autre  qu’vue  corruption  qui  ar- 
rive aux  corps  mixtes  composés  des 
quatre  elemens,  par  le  moyen  de  la 
chaleur , laquelle  au  lieu  de  régir  les 
humeurs  se  laisse  maislriser  par 
i ceux,  à faute  d’vne  suffisante  eucnti- 
lalion  et  évaporation.  Ainsi  voyons- 
nous  Journellement  les  chairs  gardées 
pour  l’vlilité  du  mesnage , se  pourrir 
tant  en  hyuer  qu’en  eslé  , lorsque 
l’air  est  chaud  et  humide,  espais  et 
non  euentilé  : ou  bien  lors  qu’elles 
sont  enfermées  en  vn  lieu  remugle  1 
et  estroit.  De  là  vient  que.  les  hommes 
sanguins , pour  1 abondance  du  sang 
qui  est  chaud  et  humide , sont  plus 
suiets  à pourriture  que  le  reste  des 
hommes , si  pour  la  moindre  occasion 
du  monde  ils  sont  piiués  du  béné- 
fice de  l’euentilalion  , tant  insensible 
qui  se  fait  par  les  pores  du  cuir  , que 
sensible  et  manifeste  qui  se  fait  par  la 
contraction  et  dilatation  des  arteres 
semées  par  tout  le  corps  , et  par  l’in- 
spiration et  expiration  instituée  pour 
le  cœur , principalement  à celle  fin 
d’attirer  vn  air  frais  et  nouueau  en 
nous,  et  chasser  de  nousccluy  qui  est 
fuligineux.  C’est  pourquoy  nous  pou- 
uons  à bon  droit  dire  que  la  merc  de 
pourriture  , s’il  faut  ainsi  parler , est 
l’humidité,  et  le  pere  la  chaleur,  non 
pas  toute  sorte  de  chaleur,  mais  celle 
qui  est  infectée  des  vapeurs  fuligi- 
neuses retenues  dans  le  corps  par 
faute  de  leur  euentilation.  De  là  nous 
apprenons  que  toutes  choses  qui  em- 
peschenlla  liberté  delà  transpiration 
peuuent  exciter  en  nous  la  pourrilu  re, 
et  par  conséquent  engendrer  les  fié- 
ures  putrides. 

Or  ces  causessont  ou  internes  ou  ex- 
ternes. Externes,  comme  densité  et 

* Remugle,  humide. 


constriction  du  cuir  causée  par  l'ap- 
plication de  choses  astringentes , re- 
froidissantes, desseichantesot  emplas- 
tiques , laquelle  cause  proprement  et 
en  vn  mot  est  appelée  constipation.  Les 
internes  sont  plusieurs,  premièrement 
la  pléthore  , c’est  à dire  plénitude  et 
excessiue  abondance  d'humeurs,  tant 
à l’esgard  des  vaisseaux,  qui  est  nom- 
mée pleniludo  ad  vasa  , que  pour  le 
regard  des  forces,  laquelle  est  appelée 
pleniludo  ad  vire v.  En  second  lieu  , la 
lenteur,  crassitie, viscosité  et  glutinc- 
sité  des  humeurs,  lesquelles  ou  occu- 
pent et  empeschent  toute  la  capacité 
des  vaisseaux  , ou  bouchent  et  estou- 
pent  les  orifices  d’iceux,  en  sorte  que 
l’entrée  de  l’air  qui  nous  enuironne 
est  défendue,  et  l'issue  des  vapeurs 
fuligineuses  empeschée,  d’où  s’ensuit 
que  la  transpiration  n’estant  pas  li- 
bre, mais  fort  contrainte,  ameine  la 
pourriture  dans  les  humeurs,  et  ceste 
cause  en  vn  mot  est  nommée  obstruc- 
tion l. 

Après  auoir  ainsi  succinctement 
expliqué  les  causes  principales  des 
fiéures  putrides , il  faut  venir  à leurs 
signes 2.  Entre  lesquels  premièrement 

1 Après  l’élude  des  causes,  le  reste  du  cha- 
pitre de  l’édition  de  1573  était  consacré  à 
celle  des  différences;  celles-ci  au  contraire 
ont  été  traitées  dans  le  texte  posthume  au 
chapitre  qui  précède  celui-ci.  Voyez  la  note 
de  la  page  101. 

2 Ce  paragraphe  est  constitué  en  grande 
partie  par  le  chapitre  4 tout  entier  du  livre 
primitif.  Voici  comment  débutait  ce  cha- 
pitre : 

« Ch.  IIII. — Les  signes  des  fleures  putrides  en 
general. 

« Les  fleures  putrides  sont  distinguées  et 
cogneues  en  cecy  d’aucc  les  ephemeres,  c’est 
qu’elles  ne  suruiennent  point;,  etc.  » 

Et  le  texte  suivait  à peu  près  mot  pour 
mot  jusqu’à  la  fin  du  paragraphe,  à l’cx- 


lo 4 LE  VINGTIEME  LIVRE 


nous  mettrons  ces(uy-cy  : c’est  que 
ces  fleures  sont  distinguées  des  ephe- 
meres,  en  ce  qu’elles  ne  suruiennent 
point  subitement  d’vne  cause  externe 
et  euidente,  comme  font  les  epheme- 
res,  mais  viennent  peu  à peu,  ayans 
pour  auant-coureur  vne  inégalité  et 
lassitude  spontanée  ( c’est  à dire  qui 
nous  tient  sans  auoir  trauaillé  ) vne 
paresse  et  pesanteur  de  tout  le  corps, 
vn  sommeil  turbulent,  et  souuent 
vne  inquiétude  du  corps  et  de  l'es- 
prit qui  empescbe  de  dormir,  vne 
distension  et  boufement  des  liypo- 
chondres,  vne  respiration  pénible, 
repletion,  tension  et  tumeur  des  vei- 
nes , douleur  pesante  de  la  teste  et 
des  tempes,  accompagnée quelques- 
fois  d’vne  forte  pulsation,  degoust, 
alteration,  nausée,  vomissement.  Mais 
quand  la  fiéure  est  tout  à fait  formée, 
elle  se  reconnoist  à ce  qu’elle  donne 
vne  chaleur  bien  plus  acre,  piquante 
et  mordante  que  l’ephemere  ou  la 
synoque  simple , principalement  en 
l’augmentation  et  estât  de  ses  accès. 
Elle  est  accompagnée  d’inégalité  de 
pouls  et  de  respiration , car  la  con- 
traction de  l’artere  qui  fait  le  pouls  se 
sent  bien  plus  legere  que  la  dilata- 
tion. Car  comme  ainsi  soit  que  plu- 
sieurs fumées  et  vapeurs  s'excitent 
et  s’esleuent  de  l’humeur  enflammé 
par  putréfaction  ou  chaleur  pourris- 
sante, Nature  par  la  contraction  du 
pouls  déprimant  l’artere , se  haste  à 
les  chasser  dehors,  n’estant  au  reste 
si  pressée  d’attirer  l’air  froid  par  la 
dilatation.  le  dis  le  mesme  de  la  res- 
piration, dont  l’expiration  est  bien 
plus  courte  que  l’inspiration , à cause 
de  la  nécessité  qu’a  le  cœur  et  le 
poulmon  de  mettre  hors  l'air  fuligi- 

ccption  de  l’avant-dernière  phrase  du  texte 
actuel  : lu  dis  le  mesme  de  la  respiration,  etc., 
qui  manquait  en  1576. 


neux  , acre  et  piquant  qui  est  à l’en- 
tour d’eux.  L’vrine  n’est  pas  sembla- 
ble à celle  des  sains  : mais  ou  bien  elle 
est  crue , ou  elle  est  trouble , ou  bien 
acre,  ou  accompagnée  des  signes  de 
pou rri lu re  d’h u meu rs , o u d’vne  odeur 
puante  et  fétide. 

Ces  fiéures-cy  sont  tousiours  pires 
que  les  ephemeres  et  les  synoques 
simples  : il  est  vray  qu’entre  icelles  , 
celles  qui  sont  intermittentes  ne  sont 
pas  si  mauuaises  que  lescontinues , 
lesquelles  ne  sont  iamais  exemptes  de 
péril,  estans  presque  lousioursaccom- 
pagnées  de  très  sinistres  et  mauuais 
accidens,  lesquels  plus  ils  sont  fas- 
cheux,plus  ils  demonstrent  que  la 
fiéure  est  périlleuse.  Elles  sont  pa- 
reillement bien  plus  dangereuses  és 
corps  cacochymes  qu’aux  autres  , 
comme  aussi  à ceux  qui  se  nourris- 
sent de  mauuaises  viandes  et  mal  sai- 
nes , et  qui  vsent  de  quelque  grand 
desreglement  en  leur  façon  de  viure. 
Enfin  ceux  qui  ont  les  entrailles  mal 
faites  et  mal  habituées,  ou  qui  ont 
quelque  partie  noble  intéressée  et 
vicieuse,  c’est  à dire  mal  constituée  et 
disposée  , sont  bien  en  plus  grand 
danger  lors  qu'ils  tombent  en  ceste 
fiéure  que  ne  sont  ceux  qui  ont  les 
viscères  bien  sains,  forts,  robustes,  et 
do iié>  d’vnbon  tempérament. 

Il  y a finalement  des  signes  pour 
connoistre  les  fiéures putrides  les  vnes 
d’auec  les  autres  : par  exemple  si  l’on 
obserue  vne  chaleur  ardente,  et  vne 
soif  insupportable,  non  seulement  on 
colligera  que  c’est  vne  fiéu  re  putride, 
mais  que  c’est  celle  quenous  appelions 
fit  cure  chaude  : de  mesme  si  elle  ne 
prend  que  de  deux  iours  l’vn  , ou  de 
trois  l’vn  , on  s’asseure  que  la  pre- 
mière est  faite  de  bile  , et  l’autre  de 
melancholie,  et  ainsi  des  autres  des- 
quelles nous  parlerons  en  leur  lieu. 


DES  FIEVRES. 


i o 5 


CHAPITRE  XIV. 

DE  LA  CVRE  DES  FIEVRES  PVTRIDES 
EN  GENERAL. 

Comme  ainsi  soit  qn’il  ya  beaucoup 
de  causes  concurrentes  en  la  lîéure 
putride,  aussi  y a-il  en  sa  cure  beau- 
coup d’indications  à prendre,  veu  que 
chaque  cause  doit  cstre  ostée  par  la 
deuë administration  de  son  contraire. 
C’est  pourquoy  nous  disons  qu’en  ge- 
neral , il  n’est  pas  seulement  besoin 
d’alteration  par  les  choses  rafraî- 
chissantes, à lin  de  corriger  l’intem 
perie  chaude  de  tout  le  corps,  comme 
aux  ephemeres:  mais  qu’il  faut  en 
outre  vser  de  coction  et  euacualion 
de  l’humeur  pourri,  qui  est  la  ma- 
tière de  la  heure  C En  vn  mot,  quel- 
quesfois  il  est  besoin  de  tirer  du  sang, 
vne  autre  fois  de  purger  les  humeurs 
vicieuses  et  peccantes:  tantost  il  faut 
esuentiler  la  matière  qui  se  pourrit 
et  qui  fait  les  obstructions,  aussi  faut- 
il  par  fois  rafraîchir,  desseicher,  in- 
ciser, delerger,  fortifier.  Mais  comme 
toutes  ces  choses  ne  peuuent  estre 

1 Ce  début  répond  presque  exactement  à 
celui  du  chap.  5 du  livre  primitif.  Le  lecteur 
peut  en  juger. 

« Ch.  V.  — La  curation  des  fieures  putrides  en 
general. 

» Les  fieures  putrides,  pour  leur  curation 
en  general , n’ont  besoing  de  simple  altera- 
tion par  choses  réfrigérantes , pour  corriger 
l'intemperie  chaude  de  tout  le  corps,  comme 
és  diaires:  mais  en  oultre  de  concoction  et 
euacualion  de  l’humeur  pourry,  qui  est  ma- 
tière de  heure.  » 

Mais  apres  ceci  le  texte  posthume  a ajouté 
des  détails  assez  longs,  et  nous  ne  retrouve- 
rons la  fin  du  chapitre  primitif  qu’au  3e  pa- 
ragraphe du  chapitre  actuel. 


faites  tonies  à la  fois,  il  faut  suîure 
le  conseil  que  Galien  donne  à l’on- 
zième de  la  Méthode  chap.  16  , qui  est 
qu’en  la  résolution  et  analyse  des 
causes,  ce  qui  est  le  dernier  trouué 
doit  eslre  mis  le  premier  en  execution, 
lors  qu’il  est  question  de  la  cure  des 
maladies.  C'est  donc  ce  qu’il  faut  faire 
en  la  cure  des  fleures  putrides:  il  faut 
commencer  à osier  la  cause  qui  a esté 
trouuée  la  derniere  en  ordre  de  la  gé- 
nération d’icelles:  par  exemple,  il 
faut  euacuer  la  matière  qui  fait  ob- 
struction. Car  si  la  fiéurc  ne  peut  es- 
tre ostée  tandis  que  la  pourriture  de- 
meure, qui  est  la  vraye  et  propre 
cause,  et  si  la  pourriture  ne  peut  ces- 
ser tandis  que  l’esuentilation  est  em- 
peschée  , et  si  l’esuenlilalion  ne  peut 
estre  libre  tandis  qui'  l’obstrue  lion  per- 
seuere,il  faut  conclure  qu’auanl  tou- 
tes choses,  il  faut  osier  les  causes  qui 
empeschent  la  transpiration  , qui  est 
l’obstruction  ou  constipation.  Or  l’ob- 
struction estant  en  partie  faite,  en 
partie  se  faisant  tous  les  iours,  ce  se- 
roit  trauailler  en  vain  qui  voudroit 
oster  l’obstruction  qui  est  desia  faite, 
deuant  que  d'empescher  celle  qui  se 
doit  faire  tous  les  iours.  Car  encore, 
bien  qu’on  tasche  de  vuider  les  hu- 
meurs qui  font  l’obstruction  , mesme 
quan  l on  osteroit  tout  à fait  l’ob- 
struction , ce  n’est  toutesfois  rien  d’a- 
uancé,  puis  que  l’on  n’empesche  pas 
que  les  humeurs  n’affluent  derechef 
pour  continuer  l’obstruction.  C’est 
pourquoy  il  faut  s’arrester  à ceste 
maxime, quepourcommencerla  gué- 
rison des  fieures  putrides,  il  faut  de- 
uant toutes  choses  oster  l'humeur 
superflue  qui  est  propre  à faire  l'ob- 
struction : car  ce  faisant  on  empesche 
qu’il  ne  se  face  aucune  obstruction 
dans  le  corps. 

Voicy  donc  six  ou  sept  chefs  qu’il 


106  LE  VINGTIEME  LIVRE 


faut  obscruer  en  la  cure  des  fiéures 
putrides.  Le  premier,  est  qu’il  faut 
ester  les  causes  euidentes  et  manifes- 
tes, s’il  s’en  trouue  quelqu’vne  qui 
puisse  augmenter  le  mal.  En  second 
lieu,  il  faut  prescrire  vn  régime  de 
viure  propre  et  conuenabie,  suffisant 
d’entretenir  les  forces,  et  ne  fomenter 
pas  le  mal.  Tiercemenl,  il  fautretran- 
cherla  cause  anteceijente  en  euacuant 
les  humeurs  superflues  et  vicieuses 
parles  voyes  conuenables,sçauoirpar 
la  saignée, ou  par  la  purgation,  ou  par 
les  deux  ensemble.  Quatrièmement, 
il  faut  dégager  les  obstructions  s’il 
y en  a , et  procurer  par  toutes  sor- 
tes de  remedes  propres  et  conuena- 
bles,  la  transpiration  et  l’euentilation 
des  humeurs.  En  cinquième  lieu  , il 
faut  corriger  les  indispositions  du 
corps  et  des  parties  nobles,  qui  engen- 
drent tous  les  iours  de  nouuelles  hu- 
meurs vicieuses,  ou  qui  corrompent 
les  bonnes.  En  sixième  lieu  , si  la  ma- 
tière d’eüe-mesme  ne  chasse  les  mau- 
uaises  humeurs,  il  faut  les  euacuer  , 
qu  bien , si  faire  se  peut , les  corriger 
et  les  ramener  à quelque  meilleure 
trempe.  Enfin,  il  faut  corriger  l’intem- 
perie  du  corps  et  des  humeurs,  oster 
la  pourriture,  rcslablir  les  parties  en 
leur  premier  estai , et  rendre  à celles 
qui  sont  débilitées  et  atfoiblies  leur 
première  force  et  vigueur. 

Mais  il  faut  icy  obscruer,  deuant 
que  venir  à l’euacuation  des  humeurs 
villeuses,  qu’il  faut  préparer  tant  le 
corps  que  les  humeurs  >.  La  prepara- 

i Nous  revenons  ici  au  texte  de  1575, 
chap. 5 : 

« Deuani  que  procéder  à l'euacuaiion  , il 
faut  préparer  le  corps  el  les  humeurs.  » 

C’est  bien  la  le  début  de  notre  paragraphe 
actuel.  Le  reste  suit  jusqu’à  la  lin,  sauf  quel- 
ques modifications,  et  nous  signalerons  dans 


tion  des  humeurs  se  fait  en  atténuant 
et  subtiliant  ceux  qui  sont  espais, 
detergeant  ceux  qui  sont  lents,  et 
incisant  ceux  qui  sont  viscides  et 
gluans.  le  ne  mets  point  icy  en  con- 
trouerse,  s’il  faut  espaissir  ceux  qui 
sont  trop  liquides  et  ténus:  i’en  laisse 
la  decision  à ceux  qui  en  ont  fait  des 
liures  entiers1.  La  préparation  du 
corps  se  fait  en  ostant  et  ouurant  les 
obstructions,  et  rendant  tous  les  con- 
duits du  corps,  tant  manifestes  qu’in- 
sensibles, tant  internes  qu’externes , 
ouuerts,  libres  et  transpirables.  C’est 
pourquoy  en  vain  en  Yne  fiéure  cau- 
sée d’obstruction  interne,  ordonne- 
t-on  choses  qui  esmeuuent  les  sueurs 
et  les  vrines  Car  par  ce  moyen  on 
euacue  l’humeur  crud  de  la  cauité 
des  veines  et  entrailles  en  l’habitude 
et  superficie  du  corps,  auquel  lieu, 
par  defaut  de  chaleur  suffisante,  il  ne 
se  peut  jamais  cuire  qu’à  tres-grando 
peine  et  en  fort  longtemps  : là  où  si 
on  l’eust  laissé  à l’entour  des  entrailles 
il  eut  peu  se  cirre  aisément,  facile- 
ment et  en  peu  de  temps,  à cause  de 
la  chaleur  puissante  qui  résidé  en  ces 
lieux-là  : qui  est  l’occasion  pour  la- 
quelle Galien  au  liure  quatrième  de 
la  conseruation  de  la  santé,  et  au  li- 
ure premier  à Glaucon,  defend  fort  sa- 
gement de  tirer  du  sang  à ceux  qui 
ont  des  crudités  au  ventricule  et  vei- 
nes de  la  première  région  du  corps  2, 
d’autant  que  par  telle  euacuation  le 
sang  qui  sonnent  est  bon  et  louable 
tant  en  quantité  qu’en  qualité,  des 
grandes  veines  est  euacué  et  tiré,  et 
iceluy  qui  est  crud,  corrompu  et 
pourri, est  attiré  du  ventricule  dans 

les  notes  suivantes  celles  qui  ont  quelque 
peu  d’importance. 

1 Celte  phrase  manque  en  1575. 

2 L’édition  de  1575  ajoute  : comme  Is  vei- 
nes mesar  niques. 


DES  FIÈVRES. 


les  grandes  veines  et  vers  les  parties 
nobles.  Que  si  la  fiéure  putride  estoit 
causée,  non  d’obstruction  interne, 
mais  de  la  constipation  du  cuir,  pour 
lors  les  medicamens  qui  purgent  sont 
inutiles , d’autant  qu’ils  attirent  l’bu 
meur  peccante  de  la  superficie  au  de- 
dans et  centre  du  corps  : en  ce  cas-là 
il  faut  donc  se  seruir  des  sudorifiques 
et  diurétiques  '.  Toutesfois  il  faut  no- 
ter que  si  l’euacuation  que  nous  tas- 
chons  faire  par  digerens  et  sudorifi- 
ques n’est  suffisante  pour  euacuer 
toute  l’humeur,  qu’en  tel  cas  il  sera 
vtile  d’vser  de  medicamens  purgatifs 
et  diurétiques  : comme  au  contraire 
lors  que  la  crudité  des  humeurs  qui 
sont  en  la  première  région  du  corps , 
sera  cuilte,  digerée  et  mitifiée,  il  sera 
tres-necessaire  non  seulement  de  pur- 
ger par  en  bas,  auec  potions  et  clys- 
teres,  mais  aussi  de  prouoquer  les 
sueurs  et  les  vrines1  2. 

Quiconque  voudroit  icy  spécifier 
par  le  menu  tous  les  remedcs  qui  sont 
necessaires  et  vliles  aux  fiéures  putri- 
des, auroit  besoin  de  faire  vn  discours 
plus  long  que  celuy  que  nous  auons 
entrepris  pour  toutes  les  fiéures  : 
d’autant  qu'il  n’y  a sorte  de  médica- 
ment qui  ne  puisse  y estre  approprié, 
à cause  delà  grande  diuersité  d’indi- 
cations que  nous  auons  dit  deuoir 
estre  prises  en  la  cure  de  ces  fiéures. 
Il  eust  esté  aussi  bien  à propos  de 
mettre  icy  en  question  si  la  saignée 

1 Cette  fin  de  phrase  : en  ce  cas  là  il  fuit 
doue  se  seruir  des  sudorifiques  el  diurétiques , 
manque  dans  le  teste  de  1575. 

2 Ici  se  terminait  en  réalité  le  chapitre  5 
de  l’édition  de  1575;  toutefois,  elle  ajoutait 
une  phrase  finale  pour  servir  de  transition 
au  chapitre  suivant  : 

« Apres  auoir  ainsi  descrit  les  causes  et 
especes  en  general , reste  maintenant  de 
parler  de  chacune  en  particulier.  » 


107 

est  necessaire  à toutes  les  fiéures 
pourries  : car  comme  il  est  tres-cer- 
tain  qu’elle  conuient  à celles  qui  se 
font  du  sang  pourri , et  aussi  à celles 
qui  se  font  des  autres  humeurs,  et 
qui  sont  continues  : de  mesme  peut- 
on  douter  si  elle  est  vtile  aux  fiéures 
intermittentes,  qui  ont  leur  siégé  non 
dans  le  sang  ny  dans  les  grands  vais- 
seaux , mais  dans  les  autres  humeurs 
non  alimenteuses,  et  dans  les  petites 
veines  esparsesparlapremiere  région. 
Mais  ie  remets  celte  difficulté  lors 
que  nous  parlerons  de  la  cure  des  fié- 
ures intermittentes  en  particulier. 


CHAPITRE  XY. 

DE  LA  FIÈVRE  SYNOQVE. 

Cy  dessus  nous  auons  rapporté  la 
différence  qu’il  y auoit  entre  la  syno- 
que  simple  et  la  synoque  putride  , et 
auons  dit  que  celle -cy  estoit  vne 
fiéure  continue,  exciléede  la  pourriture 
du  sang  qui  est  contenu  dans  les  grands 
vaisseaux  situés  entre  les  aisnes  et  les 
aisselles.  Or  ce  sang  qui  se  pourrit  est 
modéré,  temperé,  et  composé  d’vne 
égalé  permislion  et  meslange  des  qua- 
tre humeurs  : ce  que  ie  dis  à fin  qu’on 
la  reconnoisse  des  autres  fiéures  con- 
tinues, lesquelles  ont  cela  de  propre, 
que  si  le  sang  n’est  modéré  et  egale- 
ment meslé  des  autres  humeurs , ont 
des  sensibles  redoublemens  et  exa- 
cerbations, ou  tous  les  iours,  ou  de 
deux  l’vn,oudetroisl’vn,  selon  qu’ily 
a en  la  masse  du  sang  vne  humeur  qui 
excede  et  surabonde  , ainsi  que  nous 
dirons  cy  après.  Mais  lors  que  le  sang 
est  proportionné  d’vne  égalé  partie 
des  autres  humeurs,  pour  lors  ceste 
fiéure  n’a  aucuns  redoublemens  sen- 


1 o8  LE  VINGTIEME  LIVRE 


sibles  , si  ce  n’est  lors  que  les  vapeurs 
putrides  qui  s’esleuent  de  ce  sang 
s’euaporent  plus  ou  moins  : ce  qui  fait 
et  produit  trois  degrés  de  fleure,  qui 
sont  comme  autant  de  différences 
d’icelle,  sçauoir,  i 'homotone  ou  acmas- 
liqae , l’epacmastique,  et  la  paracmas- 
lique,  desquels  nous  auons  parlé  cy- 
dossus  au  chapitre  de  la  synoque 
simple.  Quelques  aulheurs  ont  voulu 
nier  qu’il  y ail  aucune  fleure  synoque 
putride,  d’autant  (disent-ils)  que  le 
sang  ne  se  peut  enflammer  et  pourrir 
qu'il  ne  se  tourne  incontinent  et  dé- 
généré ou  en  bile,  ou  en  atrabile,  ce 
qui  fait  indubitablement  changer  l’es- 
pece de  la  fleure  Mais  pour  toute  res- 
ponse,  ie  les  renuoye  à Galien  au 
huitième  de  la  Méthode,  chap.  3,  au 
second  des  Différences  des  fiéures,  cha- 
pitre 2 et  lt,  et  au  troisième  des  Cri- 
ses chap.  4,  ausqucls  lieux  ils  pour- 
ront voir  que  Galien  admet  ceste 
fleure  pour  deux  ou  trois  raisons  qui 
n’ont  point  de  repartie. 

I.es  causes  de  ceste  fleure  ont  esté 
expliquéescy -dessus  au  chapitre  13,  là 
où  nous  auons  dit  que  c’estoil  ou  la 
constipation  , ou  l’obstruction  , les 
quelles  estoient  cause  que  la  pourri- 
ture se  mettoit  dans  le  sang,  principa- 
lement en  iceluy  qui  est  moins  pur  et 
net.  On  pourroit  icy  s’enquérir  s’il  est 
possible  de  subsister  auec  la  pourri- 
ture du  sang,  qui  nous  sert  de  nourri- 
ture, etcomment  il  se  peut  faire  qu’es- 
tant vne  fois  pourri,  il  puisse  se 
corriger  et  reucnir  en  grâce  et  en 
faueur  auec  la  nature.  A cecy  ie  res- 
pons  que  iamais  tout  le  sang  ne  se 
pourrit,  si  ce  n’est  par  vne  exlreme 
ou  insigne  pourriture,  de  laquelle  il 
n’y  a point  d’appel  , pour  estre  icelle 
tout  à fait  ennemie  denostrevie  : mais 
toutesfois  et  quand  que  la  pourriture 
se  met  dans  les  veines,  elle  pourrit  à 


la  vérité  tout  le  sang,  mais  non  pa 
toutes  les  parties  du  sang.  Car  iceluy 
estant  composé  de  trois  autres  hu- 
meurs, et  en  outre  d'vne  certaine  sé- 
rosité: en  premier  lieu,  la  partie  plus 
prompte  et  plus  preste  à se  pourrir 
reçoit  la  pourriture  , et  puis  ensuite 
les  autres  parties  les  vnes  après  les 
autres,  selon  qu'elles  ont  plus  ou 
moins  de  disposition  : et  ainsi  la  pour- 
riture s’introduit  au  sang  et  y de- 
meure, iusques  à ce  que  toutes  les 
parties  du  sang  plus  disposées  à pour- 
rir ayent  esté  consomméeset  dissipées, 
et  la  fiéure  entièrement  esteinte  : ce- 
pendant la  partie  du  sang  la  meil- 
leure, et  qui  pour  n’auoir  pas  eu  dis- 
position à la  pourriture  ne  s’est  point 
infectée  auec  les  autres,  demeure  et 
perseuere  en  son  entier  pour  la  con- 
seruation  et  entretien  de  la  vie  L C’est 
pourquoy  nousrespondrons  aux  diffi- 
cultés proposées , que  toutes  les  par- 
ties du  sang  ne  se  pourrissant  pas,  il 
en  reste  quelqu’vne  saine  et  entière 
qui  sert  de  nourriture  à nostre  corps. 

Pour  les  signes  de  celte  fiéure,  ce 
sont  les  mesmes  qui  se  Irouuent  en  la 
synoque  simple,  mais  en  vn  degré  plus 
eminent  et  excellent.  La  chaleur  est 
plus  acre,  le  pouls  plus  grand,  véhé- 
ment, visteet  frequent  qu’en  la  simple 
synoque,  outre  qu’il  est  inégal  et  de 
réglé,  à cause,  comme  nous  auons  dit 
au  chapitre  13,  que  sa  contraction  est 
plus  legere  «pie  sa  dilatation.  Les 
vrines  en  ceste  fiéure  sont  rouges, 
espaisses  , troubles,  sans  sédiment,  et 
puantes.  Bref  tous  les  accidens  et 
symptômes  sont  plus  violens  qu’en  la 
simple  synoque.  Aussi  est  elle  bien 
plus  périlleuse,  sur  tout  lors  que  dés 
le  commencement  il  suruient  vncours 
de  ventre,  car  il  abbat  tellement  les 

1 F oyez  Fcrnel , an  liv.  4 de  la  Palho., 
ch.  C.  — A . P. 


DES  FIEVRES. 


forces,  que  la  nature  ne  se  peut  ren- 
dre la  maistresse  du  mal.  11  est  vray 
que  si  ce  cours  de  ventre  venoit  à 
cause  d’vn  grand  amas  d’humeurs,  il 
pourroit  accourcir  la  fleure, pourueu 
qu'il  ne  fust  de  longue  durée  : mais 
s’il  vient  de  la  malignité  des  humeurs, 
pour  l’ordinaire  il  apporte  la  mort  '. 

Au  reste  ceste  heure  quelquesfois 
se  termine  au  quatrième  iour,  bien 
que  rarement:  le  plus  sou u eut  c’est 
au  septième,  et  ce  , ou  par  cours  de 

» L’édition  de  1575  ne  contient  aucune 
description  de  la  fleure  sjnoche  putride,  chose 
d’autant  plus  singulière,  qu’elle  a un  cha- 
pitre exprès  consacré  à la  cure  de  cette  liè- 
vre, comme  nous  le  verrons  au  chapitre 
suivant.  Tout  au  plus  rencontre-t-on  au  cha- 
pitre 9 quelques  mots  qui  y ont  rapport , et 
qui  se  retrouvent  d’ailleurs  dans  ce  livre 
nouveau  au  chapitre  17.  Mais  dans  l’édition 
de  1579,  au  chapitre  déjà  cité  du  livre  des 
Tumeurs,  Paré  avait  essayé  de  donner  une 
idée  de  la  syiiocl ie  putride  qu’il  rattachait 
alors  au  phlegmon  ; voici  ce  texte  : 

« Que  si  le  phlegmon  est  en  vne  partie  in- 
terne, ou  fort  grand,  ou  voisin  de  quelque 
partie  nohle  , de  sorte  qu’il  puisse  enuoyer 
de  soy  continuellement  au  cœur  quelque 
portion  et  vapeur  de  sa  substance  pourrie, 
et  non  par  la  seule  qualité  de  chaleur  contre 
nature,  par  continuation  des  parties  de  l’vne 
l’autre,  il  fera  l'espece  de  heure  que  nous 
disons  Sjnoche  putride,  si  le  sang , qui  par 
contagion  se  pourrit  dans  les  grands  vais- 
seaux, est  composé  d’egale  meslange  et  per- 
mistion  des  quatre  humeurs. 

» Ceste  heure  se  connoist  â ce  qu’elle  n’a 
aucune  rémission  ou  exacerbation,  encores 
moins  d’intermissiun.  Elle  lient  le  fébrici- 
tant oull;e  les  vingt-quatre  heures,  ne  finis- 
sant point  lors  à la  mode  des  intermittentes 
par  vomissemens , sueurs , ou  moiteurs,  ou 
peu  à peu  insensiblement,  mais  perseuerant 
dure  iusquesà  ce  qu’elle  se  termine  et  quite 
du  tout  le  malade.  Elle  ne  surprend  sinon 
ceux  qui  sont  de  bonne  nature  , en  tempe- 


i°9 

ventre , ou  par  flux  d’vrines , ou  par 
sueurs,  ou  par  vomissemens,  ou  par 
flux  de  sang  : mais  cela  n’arriue  point 
que  dés  le  quatrième  iour  on  n’ait 
apperceu  des  signes  de  coction  dans 
les  selles  et  dans  les  vrines.  Que  si 
après  auoir  veu  les  signes  de  coction 
au  quatrième  iour,  il  suruenoit  quel- 
que crise  au  sixième,  il  faut  la  tenir 
pour  suspecte  et  pour  imparfaite,  qui 
ameine  apres  elle,  ou  la  recidiuc,  ou 
la  mort  '. 

rament  et  complexion  , abondans  en  beau- 
coup de  sang,  et  iceluy  justement  meslé  des 
quatre  humeurs.  Ceste  heure  est  de  peu  de 
duree  : d’autant  que  le  sang  par  sa  pourri- 
ture dégénérant  en  bile  ou  mclancholic, 
fait  incontinent  vne  autre  espece  de  heure, 
sçauoir  tierce  ou  quarte  continues.  » 

Cette  description  diffère  beaucoup  de 
celle  du  livre  actuel  ; mais  on  en  rctrouu’ra 
les  principaux  traits  au  chapitre  17,  lequel, 
ainsi  qu’il  a été  dit,  correspond  au  chapi- 
tre 9 de  l’édition  de  1575. 

1 Ce  paragraphe  semble  correspondre  à un 
passage  du  chapitre  10  du  livre  primitif; 
toutefois  la  doctrine  n’en  est  pas  exactement 
la  même.  Voici  le  texte  de  1575  : 

« Sur  tout  il  faudra  espier  le  quatrième 
iour  : car  si  lors  apparaissent  quelques  si*- 
gnes  de  concoction  , la  dise  se  fera  le  sej  - 
tieme  iour,  et  ce  par  11  ux  de  ventre,  ou  vo- 
missement, ou  vrines,  ou  sueurs,  et  prin- 
cipalement par  hæmorrhagie  : et  lors  ne  fau- 
dra rien  remuer  d’auantage,  ains  laisser 
faire  Nature  son  deuuir,  selon  son  chemin 
qu’elle  aura  pris.  Que  si  au  contraire  il  n’ap- 
paroist  aucun  signe  de  concoction  ny  de 
crise,  il  ne  faut  rien  entreprendre  dauan- 
tage , de  tant  que  tel  malade  est  déploré  : 
quelle  manière  de  gens  Galien  defend  d’at- 
toucher.  » 

La  première  de  ces  deux  phrases  avait  été 
reproduite  dans  le  chapitre  11  du  livre  des 
Tumeurs-,  mais  la  deuxième  y est  supprimée; 
et  on  voit  enfin  comme  s'explique  le  texte 
définitif. 


1 10 


LE  VINGTIEME  LEVEE , 


Nous  voyous  quelquesfoisque  ceste 
fiéure  se  termine  par  vue  quantité  de 
macules  et  de  taches  rouges  qui  appa- 
roissent  par  tout  ie  corps,  et  sont 
cause  que  l’on  l’appelle  pour  lors 
pemphygodcs , purpufèe,  ou  fleure  de 
pourpre,  qui  est  ordinairement  fort 
périlleuse,  et  qui  ne  se  termine  gueres 
que  dans  la  seconde  ou  troisième 
sepmaine.  Aux  enfans  ceste  fiéure  est 
souuent  accompagnée  de  rougeolles 
et  verolles. 

CHAPITRE  XVI. 

DE  LA  CVRE  DE  LA  SYN0QVE  PUTRIDE  *. 

Nous  auons  dit  vne  partie  de  ce 
qu’il  faut  faire  pour  la  cure  de  ceste 
fiéure  en  celle  de  la  synoque  simple, 
et  au  chap.  14  : qui  est  que  la  princi- 
pale intention  consisle  à osier  la  cause, 
et  à modérer  l’excès  de  la  chaleur. 

Premièrement  donc , à cause  que 
c’est lesang  quipecheicy,  il  faut  l’eua- 
cuer  et  le  diminuer,  et  en  suite  combat- 
trelescauses  par  leurs  contraires.  Par 
exemple,  la  constipation  des  pores  du 
cuir  doit  estre  dégagée  par  les  me- 
dicamens  qui  ouurent , qui  débou- 
chent et  qui  raréfient  : semblable- 
ment on  doit  oster  l’obstruction, 
sçauoir  celle  qui  se  fait  de  l’abondance 
des  humeurs  par  leur  euacualion,  et 
celle  qui  se  fait  par  la  crassitie  d’iceux 
par  les  remedes  qui  atténuent. 

En  somme  le  yiure  doit  estre  tout  à 

1 Ce  chapitre  est  en  grande  partie  la  re- 
production du  chapitre  10  du  livre  primitif, 
mais  avec  des  changemens  tels  que  la  fin  de 
celui-ci  se  retrouve  au  commencement  de 
l’autre  ; et  la  doct;  ine  même  a notablement 
varié.  Le  lecteur  en  fera  aisément  la  com- 
paraison à l’aide  des  notes  suivantes. 


fait  réfrigérant  et  humectant,  au  reste 
fort  ténu  , et  qui  pour  la  plus  part 
consiste  en  bouillons  de  poulets  et  de 
chair  de  veau,  que  ntesme  nous  alté- 
rerons auec  herbes  d’ozeille,  de  laic- 
tue  et  de  pourpié  : caria  chaleur  natu- 
relle estant  affoiblie,  et  par  la  violence 
de  la  fiéure  , et  par  les  remedes  qu’il 
conuient  faire,  ne  pourroit  cuire  beau- 
coup de  viandes.  La  boisson  sera  d’eau 
d’orge , de  sirop  violât  trempé  de 
beaucoup  d’eau,  deiulep  alexandrin, 
si  principalement  il  suruient  quelque 
grand  flux  de  ventre,  comme  il  ad- 
uient  soutient  en  ceste  fiéure 1 : fuyant 

1 Ce  paragraphe  répond  à la  fin  du  cha- 
pitre.10  de  1575  ; et  le  texte  est  le  mêmejus- 
qu’en  cet  endroit  ; mais  alors  l’édition  pri- 
mitive intercalait  un  court  paragraphe  sur 
l’observation  du  quatrième  jour,  que  nous 
avons  reproduit  dans  la  dernière  note  du 
chapitre  précédent.  Puis  le  chapitre  se  ter- 
minait par  celte  phrase  sur  l’usage  de  l’eau 
fraîche  et  du  vin  : 

« Quanta  l’eau  fraischc  de  laquelle  Galien 
fait  si  grand  cas  en  ceste  maladie,  il  ne  fau- 
dra en  donner  à boire,  qu’il  n’apparoisse 
premièrement  signes  de  concoction  : mesmes 
sur  la  déclinaison  sera  bon  donner  du  vin 
pour  esmouuoir  les  sueurs.  » 

Cette  ph  rase  avait  d’abord  été  copiée  dans 
le  livre  des  Tumeurs  en  1579;  mais  en  1585 
elle  fut  modifiée  ainsi  qu’il  suit  : 

« Gai.  liu.  9.  de  la  Meiliode,  chap.  5.  or- 
donne de  boire  grande  quantité  d’eau  froide 
au  plus  fort  de  la  fiéure  ardanle,  et  des  fié- 
ures  synoches  : telle  chose  profite  , et  amol- 
list  la  chaleur  febrile , comme  quand  on 
iette  force  eau  au  feu  pour  l’esteindre  : 
toutesfois  il  n’en  faudra  donner  au  malade, 
que  premièrement  on  ne  voye  les  signes  de 
concoction  : mesme  sur  la  déclinaison  , ne 
sera  hors  de  propos  donner  du  vin  pour 
esmouuoir  les  sueurs.  » 

El  enfin  dans  le  livre  actuel,  mieux  in- 
struit par  l’expérience,  Paré  rejette  absolu- 
ment l’usage  du  vin,  qu’il  avait  d’abord 


DES  FIEVRES. 


1 1 1 


tant  que  faire  se  pourra  le  vin,  que  ie 
ne  conseille  mesnies  pas  de  boire  au 
déclin  de  la  fiéure,  de  peur  de  res- 
chauffeï  le  foye  et  le  sang,  qui  n’est 
pas  encore  bien  remis  de  la  première 
chaleur.  Quelques-vns  trouueut  bon 
d’en  donner  sur  le  déclin,  à fin  d’emou- 
uoir  les  sueurs  : mais  ie  le  trouue  vn 
peu  dangereux,  à cause  qu’en  ces  vio- 
lentes fiéures  continues,  on  n’est  pas 
sans  soupçon  d’inflammation  aux  par- 
ties nobles.  le  trouue  meilleur  auec 
Galien  de  donner  l’eau  froide  libre- 
ment et  libéralement,  mais  auec  les 
cautions  cy-deuant  obseruées. 

Mais  la  curation  principale  de  cesle 
fiéure , selon  l’opinion  de  Galien  en 
l’onzième  de  la  Méthode  , consiste  en 
la  pblebotomie  : car  le  sang  estant  tiré, 
la  plénitude  est  ostée,  d’où  il  s'en  suit 
que  l’obstruction  est  dégagée,  et  par 
conséquent  la  pourriture 1 . Or  comme 
ainsi  soit  qu’en  ceste  fiéure , il  n’y  a 
pas  seulement  vice  de  la  matière  par 
la  pourriture  du  sang,  mais  aussi  ex- 
cès en  la  température  par  la  vehe- 

donné  comme  bon,  puis  comme  non  hors  de 
propos.  Nous  trouverons  par  la  suite  plus 
d'une  rétractation  de  ce  genre,  qu’il  me  pa- 
rait fort  intéressant  de  signaler. 

1 Le  commencement  de  ce  long  paragra- 
phe répond  exactement  au  début  du  chapi- 
tre 10  de  l’édition  de  1575,  et  on  le  retrouve 
également  au  chapitre  2 du  livre  des  Tu- 
meurs des  éditions  postérieures.  Seulement 
ce  dernier  texte  porte  : la  curation  de  ceste 
fiéure  ( selon  ce  que  i'ay  appris  des  bons  méde- 
cins), etc.;  tandis  que  le  livre  primitif  et  le 
livre  posthume  portent  également  selon 
l’opinion  de  Galien.  De  même  tous  deux 
s’accordent  à dire  un  peu  plus  bas  : ce  qui 
a esmeu  Galien  à dire  qu’il  fulloil  icy  saigner 
iusques  à lipothymie  ; tandis  que  le  livre  des 
Tumeurs  corrige  : ce  qui  a esmeu  quelques 
vus,  etc.  Mais  à partir  de  cette  dernière 
phrase , le  texte  a beaucoup  changé;  j’y  re- 
viendrai dans  la  note  suivante. 


mcnce  de  la  chaleur  : de  là  vient  que 
la  pblebotomie  ne  remédié  pas  seule- 
ment à la  pourriture,  comme  nous 
auons  dit , mais  aussi  à l’intemperie 
chaude  : car  le  sang  (auquel  consiste 
toute  nostre  chaleur)  estant  euacué, 
fait  exhaler  auec  luy  les  excremens 
acres  et  fuligineux,  qui  pour  estre 
supprimés  et  retenus  au  corps,  aug- 
menloient  fort  l'ardeur  de  la  fiéui’e. 
En  outre  en  la  place  du  sang  euacué, 
les  veinesattirentbeaucoupd’air  froid 
pour  euiler  le  vuide  que  la  nature 
abhorre  : d’où  vient  le  rafraîchisse- 
ment de  toute  l’habitude  du  corps  : 
mesme  à plusieurs  par  le  moyen  de 
la  pblebotomie  il  suruient  vn  béné- 
fice de  ventre,  ou  bien  les  sueurs  sor- 
tent en  abondance,  choses  fort  sou- 
haitables en  ceste  espece  de  fiéure.  Ce 
qui  a esmeu  Galien  à dire  qu’il  falloit 
icy  saigner  iusques  à lipothymie  »,  ce 
que  nous  n’auons  pas  toutesfois  ap- 
prouué  cy-dcssus , louant  d’auanlage 
l’opinion  de  ceux  qui,  aduenantlecas 
que  le  malade  eust  besoin  de  grande 
euacuation  de  sang,  départent  par 
cpaphœrcse  icelle  vacuation , ostant 
du  sang  par  interualles , tant  de  fois 

1 Là  finit  la  ressemblance  entre  le  com- 
mencement du  chapitre  10  de  1575  et  le 
lexte  posthume  ; je  reproduis  ici  le  premier, 
qui  est  fort  court,  cl  qui  avait  été  reproduit 
à peu  prés  littéralement  au  livre  des  Tu- 
meurs : 

« Toutesfois  d’autant  que  plusieurs  par  ce 
moyen  ontauec  le  sang  rendu  l’ame  entre  les 
mains  des  Médecins,  ie  serais  plustost  d’auis, 
aduenant  le  cas  que  le  malade  eust  besoing 
de  grande  euacuation  de  sang,  de  partir  par 
cpicrase  icelle  euacuation  , répétant  icelle, 
et  ostant  du  sang  par  interualles,  tant  que 
les  forces  du  malade  le  pourront  aisément 
porter.  » 

Voilà  ce  qui , dans  le  livre  primitif,  cor- 
respond à toute  la  fin  du  paragraphe  actuel. 


LE  VINGTIEME  LIVRE 


que  les  forces  du  malade  le  peuuent 
souffrir  aisément,  et  que  la  grandeur 
du  mal  le  desire.  Il  est  à la  vérité  im- 
possible de  dire  la  quantité  du  sang 
qu’il  faut  tirer,  et  le  nombre  de 
fois  qu’il  faut  saigner  : il  faut  toutes 
fois  bien  s’empesclier  de  suiure  l’opi- 
nion de  ceux  qui  , après  auoir  saigné 
deux  ou  trois  fois,  et  quatre  ou  cinq 
au  plus,  laissent  plustost  mourir  le 
malade  que  de  le  saigner  d’auantage. 
Il  faut  tousiours  s’arrester  à ces  deux 
maximes,  qui  sont  d’auoir  esgard  à la 
grandeur  et  violence  du  mal,  et  aux 
forces  du  malade.  Tant  que  les  forces 
le  permettent,  il  faut  saigner  si  la 
violence  du  mal  vous  y conuie,  ne 
regardant  point  si  c’est  de  iour  ou  de 
nuit,  si  c’est  le  matin  ou  le  soir,  si 
c’est  l’byuer  ou  l’esté, si  c’est  en  plaine 
ou  nouuelle  lune,  en  quelque  con- 
jonction que  se  puissent  trouuer  les 
astres,  n'espargnantmesmepas  ny  les 
enlans , ny  les  vieillards,  ny  les 
femmes  grosses,  ny  les  femmes  accou- 
chées : brefn’ayantaucuneexception, 
ny  des  lieux,  ny  du  temps,  ny  des 
personnes.  C’est  pourquoy  celte  reigle 
doit  eslre  obseruée  ailleurs  comme  à 
Paris,  en  Italie,  Espagne,  Allemagne, 
Poloigne,  Angleterre,  comme  en 
France  : en  l’Afrique  et  Amérique, 
comme  en  l’Europe  : estant  louteslois 
de  la  prudence  du  Médecin  de  modé- 
rer l’euacuation  du  sang  selon  les 
circonstances,  lesquelles  ne  peuuent 
pas  empescher  tout  à fait  les  remedes 
indiqués  par  le  mal,  mais  les  modérer 
seulement  et  les  modifier  : ne  plus  ne 
moins  que  pour  la  vie,  il  est  necessaire 
de  prendre  de  la  nourriture,  estant 
toutesl'ois  besoin  de  la  changer,  aug- 
menter, diminuer,  aduancer,  retarder 
selon  les  circonstances  de  l’aage,  du 
sexe,  du  tempérament,  du  lieu,  du 
temps  et  de  la  saison.  le  me  suis  icy 


voulu  estendre  sur  la  saignée  , pour 
desraciner  l’opinion  de  ceux  qui  la 
blasment,  et  pour  encourager  ceux 
qui  sont  trop  craintifs  à la  faire.  Cecy 
en  outre  seruira  non  seulement  pour 
la  cure  de  la  fiéure  synoqire  putride, 
mais  aussi  pour  la  cure  des  autres 
fiéures,  et  de  toutes  les  maladies  qui 
ont  besoin  de  la  phlébotomie. 

Auant  que  faire  la  saignée,  ou  après 
la  première  saignée  faite , si  le  ventre 
est  dur  et  paresseux,  il  faudroit  le 
laseber  auec  un  clystere  remollient 
et  rafraîchissant,  de  peur  que  les 
veines  espuisées  et  vuidées  par  la 
phlébotomie  n’attirent  à elles  l’impu- 
reté des  humeurs  qui  croupissent 
dans  les  intestins.  Mais  il  faut  que  le 
clystere  soit  modérément  rafraîchis- 
sant : car  ceux  qui  rafraîchissent 
trop  adstreignent  et  serrent  plustost 
le  ventre  que  de  le  lascher.  En  la 
première  impression  de  ce  discours, 
ie  conseillois  après  la  première  sai- 
gnée de  donner  vu  loger  médicament, 
comme  le  bol  de  casse,  ou  de  ealbo 
licon,  pour  faire  minoration  de  la  ma- 
tière. Mais  i’en  ay  veu  de  si  mauuais 
effets,  et  des redoublemens  de  fiéure 
si  furieux , et  autres  accidens  si  es- 
tranges,  que  i’ay  esté  contraint  de 
changer  d’aduis,  et  remettre  la  pur- 
gation après  le  septième  iour.  C'est 
pourquoy  à mon  exemple,  ie  conuie 
ceux  qui  ont  la  mesme  pratique  que 
i’auois  d’ eslre  plus  circonspects  à don- 
ner les  purgatifs,  et  peser  deux  ou 
r ois  fois,  auparauant  que  de  les  bail- 
ler, si  la  violence  de  la  chaleur  et  la 
grandeur  de  la  pourriture  contenue 
dedans  le  sang  le  peuuent  permet- 
tre *.  11  faut  à la  vérité  minorer  la 

1 Voici  une  nouvelle  rétractation  de  Paré, 
d’où  l’on  voit  qu’après  avoir  suivi  une  pra- 
tique qui  se  rapprochait  du  brownisme  nui- 


B ES  FIEVRES. 


maliere,  et  nettoyer  la  première  ré- 
gion du  corps  : mais  cela  se  peut  bien 
faire  plus  commodément  et  seure- 
ment  par  les  clysleres  qui  ne  trou- 
blent point  la  nature,  que  par  les 
purgatifs  qui  remuent , troublent , 
esbranlent  et  agitent  toutes  les  hu- 
meurs , et  ne  vuident  rien  de  ce 
qui  fait  le  mal,  d’autant  qu’au  com- 
mencement des  maladies  , il  n’y  a en- 
core rien  de  cuit  ny  de  préparé.  At- 

derne,  il  en  était  revenu  presque  au  régime 
antiphlogistique;  il  est  curieux  de  repro- 
duire à cette  occasion  ses  diverses  rédactions. 
Dans  son  premier  livre,  en  1575,  il  s’expli- 
quait ainsi  : 

« La  phlebotomieainsi  deuëmentcelebree, 
il  faudra  incontinent  donner  vn  clystere  qui 
soit  remolliens,  et  modérément  refraischis- 
sant  : car  ceux  qui  refraischissent  trop  , ad- 
streignenl  plustost  le  ventre  qu’ils  ne  le  las- 
chent.  Or  inccntinent  apres  lasaignee,  ou 
lieu  deuant,  il  faut  lascher  le  ventre,  de 
peur  que  les  veines  inaniees  par  la  phlébo- 
tomie n’attirent  en  leur  capacité  l’impurilé 
des  intestins.  Le  lendemain  faudra  par  vn 
legier  médicament,  comme  de  bol  de  Casse 
ou  de  Catholicum,  faire  minoration  de  la 
matière  :et  apres  ordonnerez  syrops  qui  non 
seulement  ayent  force  de  refraischir,  mais 
aussi  d’empescher  la  pourriture,  quels  sont 
les  syrops  de  limons,  de  berberis,  Yaceieus, 
de  acelosiUile  citri , de  grenali.s , oxysaccara 
simples,  ausquelsil  faudra  mesler  des  eaux 
de  pareille  vertu  , comme  l’eau  d’aceteuse, 
de  roses,  et  autres  semblables.  » 

Après  quoi  il  passait  à la  prescription  du 
taure,  que  nous  avons  retrouvée  au  commen- 
cement de  ce  chapitre.  En  1579  , il  s’était  à 
peu  près  borné  à copier  ce  passage,  sauf  la 
phrase  si  remarquable  relative  à l’absorp- 
tion des  veines,  qu’il  a d’ailleurs  reproduite 
dans  le  texte  actuel.  Je  ne  sais  d’ailleurs  par 
quel  fâcheux  oubli,  ayant  ainsi  changé  tout- 
à-fait  de  pratique , il  laissait  subsister  dans 
son  livre  des  Tumeurs  des  préceptes  recon- 
nus mauvais  par  lui-même,  et  auxquels  il 
avait  renoncé. 


1 1 3 

tendant  donc  le  huitième  iour  à 
purger  le  corps,  on  se  seruira  cepen- 
dant des  cl  ysteres , tant  pour  rafraî- 
chir que  pour  nettoyer  les  impuretés 
des  intestins  , et  fera-on  vser  aux  ma- 
lades de  iuleps , apozemes  et  syrops , 
qui  non  seulement  ayent  la  force  de 
rafraîchir,  mais  aussi  d’empescher 
la  pourriture,  tels  que  sont  les  syrops 
de  limons , de  berberis , l’aceleux  , 
de  acclositate  citri , de  grenade,  oxy- 
mel,  oxysacchara  simple,  ausquels  il 
faudra  mesler  les  eaux  ou  les  décoc- 
tions des  herbes  de  pareille  vertu. 
Ayant  ainsi  préparé  les  humeurs  et 
adouci  la  chaleur  de  la  fiéure  , vers 
le  huitième  iour  on  pourra  purger 
le  corps  auec  infusion  de  casse,  de 
tamarins,  de  séné  de  Leuant , et  le 
syrop  de  cichorée  composé  auec 
riieubarbe,  ou  auec  tels  autres  pur- 
gatifs que  le  médecin  iugcra  estrc 
propres,  tant  au  naturel  du  maladeet 
à la  condition  de  l’humeur  qui  do- 
mine plusen  son  corps,  qu’à  la  partie 
du  corps  qui  est  plus  chargée  d’hu- 
meurs. 


CHAPITRE  XVII 

DES  FIÈVRES  INTERMITTENTES,  DE  LE  V R S 
ESPECES,  ET  COiMMENT  ELLES  SONT 
DISTINGVÉES  DES  CONTINVES. 

Après  auoir  parlé  de  la  fiéure  pu- 
tride qui  se  fait  du  sang  , il  faut  pas- 
ser à celle  qui  s’engendre  de  la  bile 
jaune,  laquelle  nous  auons  dit  est  re  in- 
termittente ou  continue.  Nous  auons 
ditdesia  ce  que  c’estoit  que  la  fiéure 
continue,  et  comme  elle  differoit  de 
l’intermittente  *.  Il  est  neantmoins  à 

1 II  en  a déjà  parlé  en  effet  en  divers  en- 
droits , notamment  aux  chapitres  8 et  i2 

8 


ni. 


Il4  LE  VINGTIÈME  LIVRE 


propos  deuanl  que  de  passer  outre 
d’expliquer  encore  cela  plus  ample- 
ment, à fin  d’en  informel-  le  foible  es- 
prit du  ieune  chirurgien  , cl  qu’il  ap- 
prenne par  quels  signes  il  connoistra 
vne  fleure  intermittente  d’auec  vne 
continue. 

Il  a donc  esté  dit  cy-deuant 1 que  la 
matière  des  fleures  continues  venant 
à se  pourrir  aux  grands  vaisseaux,  en- 

mais  nulle  part  peut-être  si  nettement  qu’au 
commencement  du  chapitre  G de  1575,  inti- 
tulé: Des  fieures  d’accez,  et  ‘premièrement  de 
la  quotidiane  intermittente.  Voici  ce  premier 
texte  : 

« Ayant  parlé  de  la  cure  des  fleures  putri- 
des en  gênerai , faut  maintenant  en  parler 
en  particulier,  commençant  par  les  inter- 
mittentes, ou  d’acccz.  Doncques  fleure  d’ac- 
ccz  est  celle  qui  à certaines  heures  déter- 
minées en  certains  iours , comme  tous  les 
iours,  si  elle  est  quotidiane:  ou  de  trois 
iours  l’vn , si  elle  êst  tierce  : ou  de  quatre 
iours  l’vn,  si  elle  est  quarte,  surprend  le  ma- 
lade. » 

On  retrouvera  la  suite  de  ce  texte  au  cha- 
pitre 25  du  livre  actuel. 

‘ Cydeuant  : voyez  au  chapitre  12.  Du 
reste  le  chapitre  12  n’en  avait  parlé  qu’en 
passant,  car  l’auteur  avait  traité  ce  sujet 
dans  le  chapitre  9 de  son  premier  livre  de 
1575  , et  il  ne  voulait  pas  perdre  sa  rédac- 
tion. Ce  chapitre  9 est  intitulé  : Des  fieures 
continues,  de  leurs  especes,  et  de  leurs  signes, 
et  il  peut  paraître  assez  étrange  de  le  voir 
fondu  tout  entier  dans  un  autre  qui  a pour 
titre  : Des  fiéures  intermittentes.  Il  en  est  ce- 
pendant ainsi,  et  Paré  nous  a accoutumés  à 
bien  d’aulres  disparates.  Ainsi  tout  le  para- 
graphe actuel  n’est  que  la  reproduction  du 
commencement  du  chapitre  9 de  1575,  à part 
les  premiers  mots  qui  se  lisaient  ainsi  : 

« La  matière  des  fieures  continues  est  placée 
és  grands  vaisseaux,  où  venant  à pourrir,  en- 
itoye  de  soy  continuellement  au  cœur,  etc.  » 

Nous  retrouverons  le  reste  de  ce  chapitre 
dans  les  notes  suivantes. 


uoyede  soy  continuellement  au  cœur, 
ou  quelque  portion  de  la  substance 
pourrie , Ou  bien  quelque  vapeur  , ce 
qui  fait  que  ie  cœiir  estant  ainsi  con- 
tinuellement combattu  et  eschauffé, 
enuoye  par  tout  le  corps  vrie  chaleur 
immodérée  et  contre  nature,  que  nous 
appelions  fiéure  continue.  Que  si  ceste 
matière  est  enfermée  en  l aine  ou 
en  autre  lieu  plus  eslongné,  alors  pour 
la  distance  des  lieux  ,pour  l'angiistie 
des  vaisseaux , pour  la  petite  quan- 
tité de  la  matière,  elle  ne  peut  en- 
uoyer  au  cœur  aucune  substance  pu- 
tride ny  aucune  exhalaison  , mais  la 
seule  quantité  de  chaleur  contre  na- 
ture, par  continuation  des  parties 
l’vne  à l’autre,  comme  nous  énseigne 
Galien  au  premier  des  fiéures,  dont  est 
excitée  simplement  ou  laûéurédiairé, 
ou  la  symptomatique. 

Mais  lors  que  la  matière  est  reser- 
rée dans  les  veines  et  conduits  de  la 
première  région  du  corps,  laquelle 
pour  parler  nettement  est  comme  sa 
sentine  et  Son  esgout,  pour  receuoir 
les  excremens  de  la  première  et  se- 
conde coction  : et  après  qu’elle  y a 
demeuré  et  croupi  fort  long-temps, 
si  elle  vien  t à s’y  pou  rrir,  par  son  ébul- 
lition elle  enuoye  des  vapeurs  au 
cœur  par  les  veines  et  arteres,  qui  se 
communiquent  les  vnes  aux  autres 
par  les  rameaux  de  la  veine  porte  qui 
sont  insérés  en  la  vouste  du  foye,  et 
par  ceux  de  la  veine  caue  qui  sortent 
de  la  partie  gibbe  d’iceluy.  Ces  ra- 
meaux icy  seioignans  ensemble  dans 
la  substance  du  foye  par  leurs  embou- 
cheuresou  anastomoses,  font  que  les 
vapeurs  putrides  sont  facilement  por- 
tées iusques  au  cœur  : mesme  que  les 
rameaux  de  la  grande  artere,  qui 
sont  enuoyés  àl’eslomach,  aux  intes- 
tins, à la  rate  et  au  mesentere,  por- 
tent aussi  lesdites  vapeurs  qui  sortent 


DES  FIEVRES. 


des  humeurs  pourries  de  la  première 
région  du  corps  iusques  au  cœur  où 
la  Heure  est  allumée,  tant  et  si  long- 
temps que  la  matière  qui  se  pourrit 
dure  et  s’entretient.  Ladite  fleure 
cesse  aussi  lors  que  ladite  matière  se 
dissipe  et  se  résout,  soit  insensible- 
ment par  la  chaleur  de  la  fleure,  ou 
insensiblement  par  les  vomissemens, 
flux  de  ventre,  flux  d’vrine,  ou  sueurs. 
Or  d’autant  que  ladite  matière,  pour 
estre  dans  des  conduits  estroits  et 
petits,  ne  peut  pas  estre  amassée  en 
grande  quantité:  de  là  vient  que  les 
accès  de  la  fiéure,  qui  est  excitée  par 
cette  matière,  ne  peuuent  pas  estre 
longs  ny  de  durée  : et  par  ce  moyen  il 
arriuequeceste  fiéure  a de  Y intermis- 
sion et  disparoist  tout  à fait,  iusques 
à ce  que  pareille  matière  soit  rengen- 
drée  et  ramassée  de  nouueau  par 
l’indisposition  des  parties,  et  qu’elle 
vienne  de  rechef  à se  pourrir  : car  pour 
lors  l’accès  aussi  de  la  fiéure  retourne 
de  nouueàu,  et  dùre  iusques  à fce  que 
ladite  matière  soit  dissipée  et  resoüte  : 
et  ainsi  par  périodes  la  fiéure  a des 
reprises  et  dés  iritèrmissions,  qui  font 
que  pour  ce  suiet  elle  est  nommée 
fiéure  intermittente. 

Par  ce  discours  nous  apprenons  que 
les  fleures  continues  doiuent  estre 
distinguées  des  intermittentes  par 
deux  ou  trois  signes.  Premièrement 
en  ce  que  depuis  leur  commencement 
iusques  à la  fin  et  guérison  entière, 
elle  tiennent  constamment  le  malade 
sans  aucun  relasche  : là  où  les  inter- 
mittentes, après  auoir  fait  vn  accès 
de  douze  ou  de  quinze  heures,  plus  ou 
moins,  donnent  vne  intermission  ma- 
nifeste de  quelques  heures  sans  tenir 
aucunement  le  malade. Secondement, 
la  continue  est  distinguée  de  l’inter- 
mittente par  la  diuerse  façon  de  sur- 
prendre le  malade.  Car  la  continue 


l l5 

surprend  subitement  le  fébricitant, 
sans  enuoyer  deuant  ny  frisson,  ny 
horreur,  ny  rigueur,  sinon  peut  estre 
qu’au  premier  commencement  il  peut 
y auoir  quelque  inégalité  au  corps. 
Maisl’intermittente  vient  peu  à peu, 
et  enuoye  tousiours  pour  messagers 
et  auant-coureurs,  ou  vn  frisson  ou 
vn  tremblement,  aucc  des  pandicula- 
tions, baaillemens , restrecissemens 
des  parties,  pasleur  au  visage,  fluidité 
ou  ternisseure  aux  ongles,  et  autres 
tels  accidens.  Bref,  la  continue  presse 
et  tient  son  homme  outre  les  vingt- 
quatre  heures,  et  perseuere  iusques  à 
ce  qu’elle  se  termine  et  quitte  du  tout 
le  malade,  là  où  l’intermittente  après 
quelques  heures  comme  i’ay  dit,  finit 
son  accès  ou  insensiblement,  ou  sensi- 
blement et  manifestement  par  vomis- 
semens, sueurs  ou  autres  cuacua- 
tions  L 

1 Ce  paragraphe  se  retrouve  en  germe 
dans  le  chapitre  9 de  1575.  Voici  le  passage, 
qui  se  lit,  non  point  après  celui  de  la  note 
précédente , mais  immédiatement  après  ce- 
lui de  la  note  suivante  : 

« Venons  maintenant  aux  signes.  Il  te  sera 
aisé  de  distinguer  vne  continue  d’auec  vne 
intermittente  par  ces  marques.  I,a  continue 
subitement  surprend  le  fébricitant  sans 
qu’aucun  frisson,  horreur  ou  rigueur  mar- 
che et  le  tienne  deuant,  sinon  peut  estre 
pour  le  premier  commencement  il  y a ine- 
qualité  : le  pouls  plus  grand  que  la  vehc- 
mence  de  la  chaleur  ne  porte  : elle  pousse 
et  tient  son  homme  outre  les  vingt-quatre 
heures,  ne  finissant  point  lors  à la  mode  des 
intermittentes  par  vomissements  , sueurs 
manifestes,  ou  par  moiteurs,  ou  peu  à peu 
insensiblement,  mais  perseuerant  dure  ius- 
ques à ce  qu’elle  se  termine  , et  quitte  du 
tout  le  malade.  Tellement  sont  distinguées 
les  continues  d’auec  les  intermittentes...» 

Voyez  la  suite  à la  dernière  note  de  ce 
chapitre. 


LE  VINGTIEME  LIVRE 


116 

Allant  que  finir  ce  chapitre,  ie  veux 
donner  les  especes  des  fleures  conti- 
nues et  des  intermittentes,  et  dire  les 
marques  par  lesquelles  on  les  peut 
distinguer  les  vnes  d’auec  les  autres. 
Pour  les  continues  nous  en  auons  de 
quatre  especes,  la  synoque,  la  tierce 
continue,  la  quotidiane  continue,  et  la 
quarte  continue.  La  synoque  se  fait 
quand  le  sang  se  pourrit ,'  comme 
nous  auons  démontré  cy-dessus.  La 
tierce  continue  se  fait  quand  la  masse 
du  sang  qui  se  pourrit  a en  soy  plus  de 
bile  que  des  autres  humeurs.  La  quo- 
tidiane continue  s’engendre  quand 
il  y a en  la  masse  du  sang  plus  de 
pituite  que  des  autres  humeurs.  La 
quarte  continue  vient  quand  en  la 
masse  du  sang  la  melancholie  sur- 
monte. Mais,  me  direz-vous,  si  telles 
fleures  sont  continues,  pourquoy  les 
nommez-vous  tierce,  quotidiane  , 
quarte,  à la  mode  des  intermittentes? 
Elles  sont  appellées  continues,  parce 
que  pour  le  voisinage  et  commerce 
qu’a  la  matière  dont  elles  sont  exi  i- 
téesauec  le  cœur,  elles  continuent 
tousiours  sans  aucune  intennission , 
iusques  à la  fin  et  terminaison  generale 
de  toute  la  maladie.  Mais  elles  sont 
aussi  appelées  l’vne  tierce  , l'autre 
quarte,  l’autre  quotidiane,  pource 
qu’estant  excitées  d’vn  sang  ou  plus 
bilieux,  ou  plus  melancholique,  ou 
plus  pituiteux,  eilesdonnent  quelques 
redoublemens  et  exacerbations,  et  se 
montrent  plus  violentes  et  ardentes, 
ou  de  trois  en  trois,  ou  de  quatre  en 
quatre  iours,  ou  de  iour  en  autre, 
donnant  au  reste  quelque  relasche 
et  remission  , mais  non  pas  inter- 
mission absolue  , és  iours  et  heures 
d’entre-deux.  En  quoy  elles  sem- 
blent retenir  quelque  chose  du  mou- 
uement  des  intermittentes , selon 
qu’en  la  matière  pourrie  qui  les  fait, 


il  y a plus  de  bile,  ou  melancholie,  ou 
pituite1. 

Or  à fin  que  tu  reconnoisses  ces  qua- 
tre sortes  de  fiéures  continues  les  vnes 
d’auec  les  autres,  tuteressouuiendras 
que  la  synoque  ne  surprend  sinon 
ceux  qui  sont  de  bonne  nature  et  d’vn 
tempérament  bien  reiglé  et  modéré, 
quiont  abondance  de  bon  sang,  et  qui 
ont  vue  bonne  habitude  de  corps.  Au 
reste,  elle  li-ent  tousiours  egalement 
son  homme,  non  seulement  sans  in- 
termission, mais  aussi  sans  remission 
et  exacerbation  manifeste. Les  tierces, 
quartes,  et  quolidianes  continues,  se 
connoissent  par  les  causes  qui  peuuent 
accumuler  et  engendrer  bile,  melan- 
cholie, ou  pituite  en  la  masse  du  sang, 
ou  bien  par  les  effets  de  telles  hu- 
meurs et  par  leurs  exacerbations  2, 

I Tout  ce  paragraphe  est  copié  presque 
littéralement  du  chapitre  9 de  1576,  qui  pré- 
sente même  quelque  chose  de  plus  au  com- 
mencement et  à la  lin.  Ainsi  immédiate- 
ment après  le  passage  noté  dans  la  première 
note,  on  lisait  : 

«Or  pour  retourner  auxfieures  continués, 
leur  matière  contenue  és  grands  vaisseaux, 
veines  et  arteres,  qui  sont  entre  les  aissel- 
les et  les  aisues , est  le  sang,  ou  masse  san- 
guinaire : lequel  venant  à se  pourrir  par 
quelqu’vne  des  cinq  causes  efficientes  para- 
uant  mentionnées,  nous  fuit  quatre  especes 
de  fleures  continues,  synoche,  etc.  « 

Et  après  les  derniers  mots  du  paragra- 
phe actuel  : il  y a plan  de  bile,  ou  melancho- 
lie,  ou  pituite,  l’édition  de  1575  ajoutait  : 

« Comme  ainsi  soit  que  le  propre  de  la 
bile  soit  de  se  mouuoir  de  trois  en  trois,  de 
la  melancholie  de  quatre  en  quatre  iours, 
et  delà  pituite  tous  les  iours  : de  quoy  Dieu 
aidant  nous  tascherons  à rendre  raison  à la 
fin  de  ce  liure.  » 

II  renvoyait  ainsi  à son  chapitre  15,  qui 
va  faire  tout  à l’heure  le  chapitre  18  du  li- 
vre actuel. 

1 Ce  paragraphe  faisait  la  fin  du  chapitre  9 


DES  FIEVRES. 


qui  sont  que  les  tierces  continues  les 
ont  de  deux  iours  l vn  , les  quartes  de 
trois l’vn,  et  les  quotidianes  tous  les 
iours. 

Quant  aux  fleures  intermittentes, 
il  y en  a de  trois  especes,  la  tierce  qui 
se  fait  de  la  bile,  la  quarte  qui  vient 
de  l’humeur  melancholique  ou  atra- 
bilaire, et  la  quotidiane  delà  pituite. 
Elles  sont  distinguées  enlr’elles,  en  ce 
que  la  tierce  ne  prend  que  de  deux 
iours  l’vn,  la  quarte  de  trois  l’vn,  et 
la  quoti  liane  tous  les  iours.  Nous 
allons  tascher  d’apporter  les  raisons 
de  ces  intermissions  périodiques  au 
chapitre  suiuant- 


CHAPITRE  XVIII. 

POVROVOY  I.ES  ACCFS  DES  FIEVRES  IN- 
TERMITTENTES RETOVRNENT  A CER- 
TAINS IOVRS  , SÇAVOIR  DES  QYOTI- 
DIANES  TOVS  I.ES  IOVRS,  DES  TIERCES 
DE  TROIS  EN  TROIS,  DES  OVARTES  DE 
QVATRE  EN  QVATRE  IOVRS  G 

I’onlreprens  en  ce  chapitre  l'expli  - 
cation  d’vue  question  non  moins  pro- 
fitable que  plaisante  : ce  que  ie  fais 
d'autan!  plus  volontiers  que  ie  con- 

en  1505  ; seulement,  à l’endroit  de  cette 
note,  le  texte  primitif  portait:  «...et  par 
leurs  exacerbations  et  remissions  : toutes  les- 
quelles choses  ont  esté  ctj  datant  expliquées  assez 
au  long.  » 

1 Ce  chapitre  porte  le  même  titre  que  le 
chapitre  15  et  dernier  du  livre  des  Fientes 
de  1575;  et  à part  la  courte  phrase  qui  le 
tcunine  et  quelques  mots  au  commence- 
ment, il  en  est  presque  littéralement  copié. 
Il  suffira  donc  de  rétablir  le  début  du  texte 
primitif. 

« Ayant  exposé  assez  amplement,  non, 


nois  la  cause  d’icelle  n’estre  moins 
obscure  et  controucrsée  en  l’esprit 
des  Médecins,  que  son  effet  est  mani- 
feste et  sensible  es  corps  des  pauures 
febricitans  qui  en  endurent  les  accès. 
Car  à commencer  par  Galien  le  pre- 
mier de  Ions,  luy-mesme  a confessé 
plainement  elapertcment,  qu’il  igno- 
roit  la  cause  de  la  certitude  des  accès 
des  délires  intermittentes.  Ses  paroles 
sont  couchées  à ce  propos  au  cliap.  8 
du  liure  .1  des  iours  Critiques. v Quelle 
» est  la  cause  (dit-il)  quelles  maladies 
» aiguës  les  accès  se  font  de  trois  en 
» trois  iours,  et  des  longues  de  quatre 
» en  quatre,  ou  tous  les  iours, il  n’est 
» pas  aisé  à trouuer , et  n’est  pas 
» maintenant  necessaire  de  le  dire.  » 
Quelques-vns  qui  sont  venus  depuis 
Galien  ont  dit  que  cela  procedoitd’vne 
certaine  qualité  inconneuë  et  pro- 
priété occulte  qui  est  en  chaque  hu- 
meur, et  qui  la  fait  mouuoir  en  tel  et 
en  tel  iour,  ny  plustost,  ny  plus  tard. 
Mais  de  recourir  à vue  propriété  oc- 
culte, c’est  plustot  fuyr  le  tranait 
d’vue  curieuse  industrie , que  de  re- 
chercher la  vérité  du  fait.  Car  qui 
est-ce  qui  ne  pourra  par  ce  moyen 
soudre  toutes  sortes  de  questions  les 
plus  difficiles?  mais  pour  cela  nonsne 
serons  pas  éclaircis,  ny  resouts  de  ce 

peut  estre,  comme  la  dignité  de  la  chose  le 
requeroit,  mais  tant  que  besoin  cstoitpour 
l’instruction  d’vn  Chirurgien,  les  différences 
et  especes  des  fleures  , les  causes  dont  elles 
dépendent  et  viennent,  les  signes  par  les- 
quels on  les  cognoisl  quand  elles  sont  ve- 
nues, et  les  moyens  de  les  curer  et  guarir, 
i’ay  bien  voulu  adiouster  et  reserucr  pour  le 
dernier  mets  l’explication  de  ceste  ques- 
tion , non  moins  profitable  que  de  plaisant 
discours  : et  que  i’ay  entrepris  de  tant  plus 
volontiers  que  ie  cognoissois  la  cause  d’i- 
celle n’eslre  moins  obscure  et  controucrsée 
en  l’esprit  des  Médecins,  etc...  » 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


ll8 

que  nous  auons  à tenir  de  telles  pro- 
positions. C’est  pourquoy  pourparue- 
nirà  la  resolution  de  celle  qui  se  pi  e- 
sente,  prenons  vn  autre  chemin.  Nous 
dirons  premièrement  que  c’est  qu’ ac- 
cès, et  quelles  causes  font  l’accès, 
pour  de  là  tirer  des  principes  propres 
pour  l’intelligence  et  conclusion  de  ce 
que  nous  prétendons. 

Accès  donc  n’est  autre  chose  sinon 
vn  effort  dénaturé  irritée  pour  se  dé- 
faire et  despestrer  de  l’humeur  qui  luy 
est  fascheuxet  moleste.  Car  l’humeur 
chaud  etpourri,  reclus  en  quelquelieu 
que  ce  soit  hors  des  veines,  tant  qu’il 
est  à recoy  et  de  repos  n’agite  et  ne 
trouble  le  corps  aucunement  : mais 
lors  que  quasi  comme  forcené,  il  vient 
à s’esmouuoir  de  là  par  impétuosité  de 
nature  irritée,  il  l’esbranle  diuerse- 
ment.  Car  pour  accommoder  cecy  aux 
fiéures  intermittentes,  posons  le  cas, 
comme  il  peut  aduenir,  quelemesen- 
terc  soit  le  foyer  de  la  fiéure  : l’hu- 
meur bilieux  là  enuoyé  ou  accumulé 
peu  à peu,  se  pourrit  au  bout  de  quel- 
que temps,  tant  à cause  de  l’obstruc- 
tion que  de  l’impression  de  la  pourri- 
ture laissée  en  ce  lieu  par  le  premier 
et  precedent  accès  : dont  eschauffé  et 
comme  fomenté  par  la  chaleur  pu- 
tredineuse,  se  gonfle  et  enOe,  de  sorte 
que  ne  pouuant  plus  tenir  en  son  lieu 
et  las  accoustumé,  il  s’espand  par  les 
parties  membraneuses  et  sensibles  du 
mesenlere,  donnant  vn  effroy  et  hor- 
reur à tout  le  corps,  pour  le  consen- 
tement et  sympathie  qu’ont  toutes 
les  membranes  les  vues  aucc  les  au- 
tres. De  ccst  humeur  ainsi  enflammé 
en  cesle  senline  et  foyer  du  mesen- 
tere , s’esleue  vne  fumée  chaude  et 
caligineuse,  qui  portée  au  cœur  vient 
de  là  à se  répandre  par  tout  le  corps, 
premièrement  auec  vn  sentiment  de 
froideur,  puis  de  chaleur,  faisant  en 


vn  mot  ce  que  nous  appelions  accès. 
Donc  déliant  qu’vn  accès  se  fasse , 
trois  choses  sont  requises  : le  foyer 
ou  le  lieu  où  s’amasse  et  se  pourrit 
l’humeur  : la  faculté  excrétrice  irri- 
tée par  cest  humeur  :'puis  l’humeur 
proportionné  en  quantité  et  qualité 
pour  irriter  }a  faculté  excrétrice  du 
mesenlere,  ou  de  quelque  autre  par- 
tie hors  des  veines , qui  sera  le  siégé 
et  foyer  de  la  fiéure  intermittente.  IJ 
faut  donc,  premier  que  l’humeur 
puisse  irriter  Nature  à en  faire  excré- 
tion par  la  violence  d’vn  accès , 
qu’iceluy  humeur  excedeen  quantité, 
autrement  il  ne  la  chargera  point 
de  son  faix:  et  qu’il  pesche  aussi  en 
qualité  pulredineuse,  autrement  il  ne 
l’esguillonncra  point , et  ne  fera  rien 
en  icelle  d’auantage  qu’vne  seule 
pléthore  et  répétition  : qui  sont  les 
deux  points  en  somme  desquels  dé- 
pendent les  principes  de  la  certitude 
de  la  répétition  des  accès,  et  qui  liés 
etconcurreng  ensemble  en  vn  mesme 
humeur,  sont  cause  que  la  pituite  en 
la  fiéure  quotidiane  répété  son  accès 
tous  les  iours,  que  la  bile  ou  cliolere 
aniline  la  tierce  de  trois  en  trois,  et 
que  l'humeur  melancholique  fait  la 
quarte  intermittente  de  quatre  en 
quatre  iours. 

Car  pour  commencer  par  le  premier 
de  tous  les  humeurs  que  nous  auons, 
il  n’y  en  a point  qui  soit  en  plus  grande 
quantité  après  le  sang  que  la  pituite, 
il  n’y  en  a point  aussi  qui  prenne 
pourriture  après  ledit  sang  plus  aisé- 
ment, d’autant  qu’estant  espaisse  et 
visqueuse,  elle  reçoit  aisément  ob- 
struction par  faute  de  libre  transpi- 
ration : et  en  outre  elle  conuicnl  par 
vue  de  ses  qualités  auec  la  pourriture, 
c’est  à scauoir  par  l’humidité , qui  est 
la  mere  de  putréfaction.  Parquoy  fai- 
sant son  accès  de  la  longueur  de  dix- 


DES  FIEVRES. 


huit  heures,  elle  peut  en  l’espace  de 
six  heures  qui  restent  du  iour,  s’ac- 
cumuleret  s’amasser  eniuslequantité 
dans  la  partie  qui  sera  le  siégé  et 
foyer  de  la  fleure  quotidiane,  et  pourra 
pareillement  receuoir  promptement 
pourriture  en  icelle,  à fin  que  pour  les 
raisons  cy-dessus  alléguées,  elle  irrite 
par  sa  quantité  et  qualité  ladite  partie 
à faire  excrétion  de  reste  humeur, 
comme  inutile  et  ennuyeuse,  et  qu’elle 
donne  par  ce  moyen  vn  nouueau  ac- 
cès pour  la  iournéc  suiuanle.  Ce  qui 
se  continuera tousiours  par vnereigle 
et  ordre  asseuré,  tant  que  par  l’effort 
et  violence deplusieurs  accès  s’entre- 
suiuans  de  iour  en  autre,  toute  la  pi- 
tuite qui  esloit  propre  à conceuoir 
pourriture  dedans  le  corps,  soit  eua- 
cuée  et  vuidée  hors  d’iceluy  par  les 
vrines,  sueurs,  vomissemens,  et  au- 
tres euacuaiions  quiaccômpagnent  et 
terminent  les  accès:  en  outre  que 
l’intemperature  de  la  partie  où  estoit 
le  foyer  de  l’inflammation,  par  le  bé- 
néfice de  nature,  ou  des  medicamens 
refrigeralifs,  soit  tellement  corrigée 
et  esteinte,  que  la  cause  efficiente  et 
materielle  des  accès  cessante,  la  fiéure 
ensemble  cesse  de  tout  en  tout. 

Pour  pareille  et  semblable  raison 
on  conclud  et  inféré  pour  la  certitude 
de  l’accès  de  la  fiéure  tierce  de  trois 
en  trois  iours.  Car  après  le  sang  et  la 
pituite,  il  y a plus  d’humeur  choléri- 
que et  bilieux  en  nous  que  d’autre 
humeur  que  ce  soit,  tant  pour  remplir 
la  capacité  du  cystis  fellis  qui  est  la 
fiole  du  fiel,  que  pour  procurer  les 
excrelionsiournalieresquise  font  par 
en  bas,  lors  que  le  fiel  vient  à regor- 
ger de  sa  fiole  ou  vessie  dans  l’ecphy  sis 
etieiunum  intestinum.il  n’y  ena  point 
aussi  après  le  sang  et  pituite,  qui  pl  us 
aisément  reçoiue  l’impression  de  la 
pourriture  que  l’humeur  bilieux,  tant 


1 '9 

pour  sa  tenuité,  estant  ce  principe  et 
maxime  receu  en  Médecine  : Que  toute 
substance  ténue  estplus  facilement  et 
promptement  altérée  qu’vue  dense  et 
espaisse  : qu’aussi  pour  ce  qu’il  est 
enclin  et  disposé  à pourriture  par 
vue  de  ses  qualités,  qui  est  la  chaleur. 
C’est  pourquoy  faisant  son  accès  de 
la  longueur  de  douze  heures,  il  luy 
est  requis  plus  de  temps  qu’à  la  pituite 
pour  s’amasser  en  iuste  quantité  dans 
le  foyer  de  la  fiéure,  et  pour  acquérir 
la  qualité  de  pourriture  competente 
pour  donner  les  eslancemens  et  as- 
sauts d’vn  nouueau  accès  : ce  temps 
donc  naturellement  et  par  raison  est 
d’vn  iour  etdemy, c’est  à dire  trente- 
six  heures,  temps  qui  est  plus  long  que 
celuy  de  la  fiéure  quotidiane,  d’autant 
que  l’humeur  bilieux  cede  et  en  quan- 
tité, et  en  promptitude  de  receuoir 
pourriture  à la  pituite,  et  surpasse  la 
melancholie.  Caria melancholie  n’es- 
tant presque  d’aucun  vsage  ennostre 
corps , est  en  quantité  beaucoup 
moindre  que  toutes  les  autres  hu- 
meurs, et  sid’auantage  elle  résisté  de 
toutes  ses  deux  qualités,  froideur  et 
siccité,  à la  pourriture  testant  au  reste 
difficile  à s’enflammer  et  altérer,  pour 
la  densité  et  terrestreté  de  sa  sub- 
stance. Voila  pourquoy  Nature  faisant 
dissipation  de  la  matière  accumulée 
en  son  foyer,  par  l’impétuosité  de 
son  accès  , qui  est  de  la  longueur  de 
douze  ou  dix-huit  heures  au  plus, 
a besoin  de  l’espace  d’vn  iour  entier 
et  vn  quart , deuant  qu’elle  puisse 
ramasser  en  iuste  quantité  ladite  hu- 
meur, et  qu’icelle  puisse  receuoir 
l’inflammation  et  pourriture , comme 
il  est  requis  pour  l’appareil  d’vn  se- 
cond accès  : lequel  derechef  s’estant 
expédié  et  libéré  de  l'humeur  nuisible 
et  amassée,  retournera  d’vn  pas  réglé 
à certain  iour , tant  que  les  causes , 


LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


1 ÛO 

sçauoir  la  quantité  et  la  qualité  de 
l'humeur  qui  effectuent  ceste  con- 
stance de  retour,  demeureront  en 
leur  entier  et  perfection.  Mais  si  par 
vne  maniéré  de  viure  dereglée  vous  le 
corrompez,  comme  si  vous  remplis- 
sez vn  quartenaire  de  viandes  melan- 
choliques  , telles  que  sont  les  chairs 
des  oiseaux  de  riuiere,  de  cerf  vieil , 
et  de  bœuf,  et  en  outre  de  salines  , 
espiceries  et  mouslardes  , l’accès  an- 
ticipera et  viendra  deuant  le  iour 
nommé,  d’autant  que  vous  aurez 
augmenté  la  quantité  et  aiguisé  la 
qualité  de  l'humeur,  à ce  qu’il  s’es- 
meust  plustost  qu’il  ne  deuoit  faire 
naturellement  : qui  est  bien  signe  que 
la  certitude  de  ces  accès  ne  dépend 
que  de  la  variété  de  la  quantité  et 
qualité  des  humeurs  , puis  qu’icelles 
estant  changées,  l’effet  pareillement 
se  change,  anticipant  ou  retardant. 

Pour  plus  ample  preuue  de  cecy, 
considérons,  ie  vous  prie, le  cours  de 
fiéure  synoque  putride  : icelle  dure 
continuant  depuis  le  commencement 
iusques  à la  fin  et  issue  totale,  ne  fai- 
sant qu’vn  accès  sans  interruption. 
D’où  vient  cela?  de  ce  qu’elle  est  exci- 
tée d’vnsang  pourri,  duquel  la  quan- 
tité estant  plus  grande  en  nous  que 
celle  de  toutes  les  autres  humeurs  , et 
en  outre  iceluy  sang  estant  plus 
prompt  à receuoir  pourriture,  à rai- 
son qu’il  est  chaud  et  humide  en  ses 
qualités  naturelles,  que  toutes  les  au- 
tres humeurs  : de  là  vient  que  le  sang 
fournit  continuité  de  matière  deuë- 
ment  qualifiée  de  pourriture , pour 
faire  pareillement  continuité  de  fié- 
ure. C’est  pourquoy,  telle  qu’est  la 
cause  de  la  continuité  de  la  fiéure  sy- 
noque pourrie,  telle  est  aussi  la  cause 


de  la  certitude  de  la  répétition  des 
accès  des  fiéures  intermittentes. 
Voire  mais,  dira  quelqu’vn,  l’on  voit 
quelquesfois  des  fiéures  quintaines  et 
septaines.  Mais  ne  voit-on  pas  aussi 
des  monstres  et  hommesà  deux  lestes? 
et  pour  cela  la  proposition  ne  sera 
pas  fausse,  qui  dit  que  l’homrne  n’a 
naturellement  qu’vne  teste.  Ce  sont 
choses  rares,  et  esquelles,  d'autant 
qu’elles  se  voyent  rarement , il  est 
aisé  au  médecin  moins  rusé  de  s'y 
abuser,  estimant  que  ce  ne  soit  qu’vne 
fiéure,  ce  qui  est  compliqué  de  trois 
tierces , quatre  ephemeres,  ou  autre 
confusion  ou  complication  de  plu- 
sieurs fiéures. 

Voila  mon  aduis  touchant  la  certi- 
tude des  accès  des  fiéures  intermit- 
tentes : desquelles  le  lecteur  doüé  de 
tant  soit  peu  de  iugement  , pourra 
colliger  les  causes  de  toutes  les  ques- 
tions qui  se  peuuent  former  sur  l’ac- 
cès des  fiéures,  comme  d’où  vient  que 
les  vns  anticipent,  les  aulresretardenf , 
lesvns  sont  plus  longs,  les  autres  plus 
courts  : les  vns  viennent  auec frissons, 
les  autres  auec  horreur,  autres  auec 
rigueur  , les  autres  viennent  confusé- 
ment et  sans  ordre.  Car  tous  les  effets 
ne  dépendent  d’autres  causes  que  de 
la  diuersiié  de  la  quantité  et  qualité 
en  tenuité  , crassitie  , viscosité,  habi- 
lité et  difficulté  à receuoir  pourriture 
de  ces  trois  humeurs1.  Et  cecy  suffise 
pour  le  general  des  fleures  intermit- 
tentes, le  particulier  estant  reserué 
és  chapitres  suiuans. 

1 Ici  finissaient  à la  fois  le  chapitre  15  et 
le  livre  des  Fièvres  de  1575;  la  phrase  qui 
suit  sert  seulement  de  transition  aux  chapi- 
tres suivants. 


121 


DES  FIEVRES. 


CHAPITRE  XIX. 

DES  FIEVRES  FAITES  DE  LA  BILE,  ET  j 

PREMIEREMENT  DE  LA  TIERCE  INTER- 
MITTENTE, VRAYE  ET  LEGITIME. 

Selon  nostre  diuision  cy-dessus  rap- 
portée , après  les  Heures  pourries  qui 
se  l’ont  du  sang,  viennent  celles  qui 
s’engendrent  de  la  bile  ou  de  la  cho- 
lere , desquelles  nous  auons  dit  que 
les  vnes  estoient  intermittentes,  et 
les  autres  continues.  Entre  les  inter- 
mittentes sont  la  vraye  tierce,  et  la 
tierce  bastarde  : entre  les  continues, 
la  causonide  et  la  tierce  continue. 
Partant  selon  cet  ordre,  il  faut  parler 
en  ce  chapitre  de  la  tierce  qu’ils  ap- 
pellent venin i et  exquisüam , non  pas 
à cause  qu’elle  prend  de  (rois  iours 
l’vn  , car  la  bastarde  fait  le  mesme , 
mais  à cause  qu’elle  est  faite  de  l’hu- 
meur bilieuse  pure  et  simple,  sans 
mixtion  ou  meslange  d’aucun  autre. 

Donc  la  lîéure  tierce  vraye  légi- 
timé est  celle  qui  se  fait  de  deux 
iours  l’vn  , à cause  d’vn  amas  de  bile 
qui  se  pourrit  hors  des  grands  vais- 
seaux1. En  quoy  nous  remarquerons 

1 Dans  l’édition  de  1575,  Paré  traitait  de 
cette  fièvre  au  chapitre  7,  intitulé  : Des  fle- 
ures tierces  d’accez , ou  intermittentes.  La  défi- 
nition était  brève,  et  consistait  simplement 
en  cette  phrase  : 

«Fieure  tierce  d’accez  , est  celle  qui  a son 
accez  vn  iour,  et  l’autre  non.  » 

Après  quoi  il  passait  immédiatement  à 
l’exposition  des  causes.  Ce  chapitre  7 de 
1575  avait  été  reproduit  en  entier  au  livre 
des  Tumeurs  en  1579,  chapitre  15,  avec  ce 
titre  : 

Des  ftéures  qui  suruiennent  aux  tumeurs  ery- 
sipelateuses. 

Le  commencement  avait  dit  être  mis  nô- 


premiereinent , que  ceste  Heure  est 
intermittente  : secondement,  qu’elle 
vient  de  deux  iours  l’vn  ; tiercement , 
qu’elle  se  fait  d’vne  bile  pourrie:  et 
finalement , que  la  cause  materielle 
de  ceste  humeur  est  hors  des  grands 
vaisseaux. 

Or  elle  se  fait  intermittente  pour 
trois  raisons, parle  synalhrisme , ainsi 
que  parlent  les  Grecs , par  la  pour- 
riture, el  par  le  mouuemenl  de  la  ma- 
tière. Le  synalhrisme  est  vn  amas 
d’humeurs  contre  nature  qui  se  fait 
en  la  partie , laquelle  est  le  foyer  de 
la  pourriture  : et  cest  amas  ne  vient 
qu’à  cause  que  ladite  partie  se  rem- 
plit , ou  en  receuant  des  autres  par- 
ties ce  qui  leur  est  nuisible  par  sa  dé- 
bilité, ou  en  attirant  à elle  par 
quelque  douleur  ou  chaleur  estran- 
gerequiluy  suruient.Cesl  amas  estant 
ainsi  fait , il  vient  à se  pourrir  : es- 
tant pourri,  la  nature  vient  à le  mou- 
uoir,  pour  eslre  excitée  et  esguillon- 
née  à le  chasser,  soit  par  sa  quantité, 
soit  par  sa  qualité  : de  sorte  qu’vne 

ccssairement  d’accord  avec  ce  litre.  On  lisait 
donc  : 

«Comme  aux  tumeurs  phlegmoneuses , 
aussi  aux  erysipelatcuses  suruiennent  fié- 
urcs  quelquesfois , qui  retiennent  et  se  res- 
sentent de  l’humeur  duquel  elles  sont  exci- 
tées, sçauoir  de  la  hile  ou  cholerc.  Laquelle 
pource  qu’elle  a cela  de  propre  d’auoirdes 
mouuemens  de  trois  en  trois  iours  : pour 
cela  aussi  aux  grands  erysipelps  excite  sou- 
vent fiéures  tierces , qui  ont  leurs  accès  de 
deux  iours  l'vn.  » 

Je  ne  dirai  rien  de  cette  bizarre  idée  de 
rattacher  la  fièvre  tierce  aux  tumeurs 
érysipélateuses,  sinon  que  Paré  voulant  abso- 
lument parler  des  fièvres  et  n’osant  conserver 
un  livre  spécial  sur  ce  sujet,  s’ôtait  efforcé 
d’en  rattacher  les  principaux  chapitres  à 
un  autre  livre  comme  il  avait  pu,  et  qu’il 
n’avait  pas  rencontré  le  meilleur  moyen  à 
beaucoup  près. 


1 Q 0. 


IÆ  VINGTIÈME  LIVRE  , 


(le  ces  conditions  manquant , iamais 
la  Heure  ne  se  fait  intermittente. 
Quand  donc  la  bile  s’amasse  en  quel- 
que partie , qu’elle  s’y  pourrit,  et  que 
la  nature  vient  à s’efforcer  à l’expul- 
ser hors  de  là  comme  vue  chose  nui- 
sible , la  fiéure  intermittente  s’en- 
gendre, laquelle  ne  prend  que  de  deux 
iours  l’vn , à cause  que  comme  nous' 
auons  dit  cy-dessus,  il  n’y  a pas  si 
grande  quantité  de  bile  en  nostre 
corps  que  de  sang  et  de  pituite.  La- 
quelle raison  doit  suffire,  si  ce  n’est 
qu’on  vueille  recourir  aux  propriétés 
occultes,  et  dire  que  le  propre  de  la 
bile  est  de  se  mouuoir  de  deux  iours 
l’vn,  comme  le  propre  de  l’aymant 
est  d’attirer  le  fer  : et  que  de  ce  mou- 
uement  l'on  n’en  peut  pas  rendre 
raison  non  plus  que  du  flux  et  reflux 
de  la  mer,  du  mouuement  de  l’es- 
guille  marine  vers  le  Nord,  et  de  la 
vertu  des  médicaments  purgatifs, 
qui  purgent  par  élection  certaines  hu- 
meurs plustost  que  les  autres  : ou 
bien  de  la  propriété  de  quelques  ve- 
nins qui  blessent  certaines  parties , et 
non  pas  d’autres , comme  le  liéure 
marin  le  poulmon , et  les  cantharides 
la  vessie,  selon  que  discourt  l’au- 
teur de  la  Theriaque.  Soit  donc  que 
nous  referions  la  cause  du  mouue- 
ment de  la  bile  , qui  se  fait  de  deux 
iours  l’vn , à vne  propriété  occulte  et 
inconneuë,  soit  que  nous  la  rappor- 
tions à la  quantité  de  l’humeur,  il  est 
certain  que  lorsque  nous  voyons  vne 
fiéure  intermittente  qui  prend  de 
deux  ioursl’vn,  que  nous  pouuons  as- 
seurer  qu’elle  se  fait  de  la  bile.  Mais 
comme  ainsi  soit  qu’il  y a deux  sortes 
de  bile,  l’vne  naturelle  et  l’autre 
contre  nature  . il  faut  examiner  la- 
quelle des  deux  fait  la  vraye  fiéure 
tierce  intermittente. 

Nous  appelions  la  bile  naturelle , 


non  le  sang  bilieux,  mais  ceste  qua- 
trième humeur  de  la  masse  du  sang, 
qui  pour  sa  tenuité,  chaleur  et  sei- 
cberesse , et  pour  la  ressemblance 
qu’elle  a auec  la  bile  excremenleuse, 
s’appelle  vulgairement  bile  ou  hu- 
meur bilieuse,  laquelle  s’engendre 
dans  le  fove  de  la  partie  du  chyle  la 
plus  chaude  et  la  plus  subtile,  es- 
tant de  sa  nature  amere , et  iaune  en 
couleur  : c’est  pourquoy  on  l’appelle 
bile  iaune.  La  meilleure  portion  et  la 
plus  vliie  de  ceste  humeur  se  mesle 
auec  le  sang  dans  les  grandes  et  pe- 
tites veines:  l’autre  portion  est  portée 
dans  la  vessie  du  fiel,  et  de  là  en- 
uoyée  dans  l’intestin  duodénum  par 
les  conduits  cholédoques,  pour  aider 
à chasser  les  gros  excremens  des  in- 
testins. Pour  ce  qui  est  de  la  bile  non 
naturelle , il  y en  a de  quatre  sortes, 
lesquelles  ie  passe  sous  silence , pour 
n’estre  pas  celles  qui  font  la  fiéure 
tierce  légitimé,  mais  seulement  celle 
que  nous  auons  appellée  non  natu- 
relle. Ceste  bile  icy  venant  à s’amas- 
ser en  quantité  à l'entour  du  loye,  du 
mesentere , pancréas,  et  autres  par- 
ties voisines  qui  sont  dans  la  première 
région  du  corps , par  trait  de  temps 
elle  vient  à s’eschauffer  et  à se  pour- 
rir, et  enfin  à exciter  la  fiéure  tierce 
intermittente.  Que  si  ladite  bile  n’es- 
toit  pas  seulement  contenue  dans  les 
petites  veines  de  la  première  région, 
mais  aussi  dans  les  grandes  veines  de 
la  seconde  région  du  corps,  alors  la 
fiéure  qu’elle  exciteroil  ne  seroit  pas 
intermittente,  mais  continue , pour 
les  raisons  que  nous  auonsrapporlées 
cy-dessus  au  cliap.  17.  Il  est  vray  que 
Galien  n’a  pas  esté  de  nostre  aduis 
touchant  le  siégé  de  ceste  fiéure  inter- 
mittente, ne  voulant  pas  que  l’hu- 
meur fust  amassée  dans  les  petites 
veines  de  la  première  région,  mais 


UES  FIEVRES. 


123 


dans  les  petits  vaisseaux  de  la  troi- 
sième région , ou  habitude  du  corps  : 
pour  quelques  raisons  qu’il  en  ap- 
porte, lesquelles  toutesfois  se  trou- 
uent  legeres , mises  en  comparaison 
auec  celles  qui  combattent  pour  mon 
opinion,  que  l’on  peut  voire  déduites 
dans  les  œuures  des  bons  médecins  de 
nostre  temps  1 : n’estant  pas  à propos 
que  ie  les  transcriue  icy,  d’autant  que 
nous  n’auons  que  des  chirurgiens  à 
enseigner,  pour  lesquels  ce  que  i’ay 
rapporté  peut  suffire. 

Pour  les  causes  efficientes  de  ceste 
fiéure , nous  disons  en  general  que 
ce  sont  toutes  celles  qui  peuuent  en- 
gendrer, augmenter,  ou  eschauffer 
l’humeur  bilieuse  : comme  sont  la 
jeunesse,  l’esté  chaud  etboüillant , la 
constitution  de  l’air  chaude  et  seiche, 
les  veilles,  les  grands  exercices,  le 
long  vsage  des  choses  calefactiues  et 
desiccaliues,  soit  de  medicamens , 
soit  d’aliinens  : exccssiue  abstinence 
de  manger,  auec  trauail,  soin,  et  fas- 
cheries:  lesquelles  causes  proprement 
sont  dites  primitiues.  Les  antécéden- 
tes sont  grande  abondance  de  bile  ou 
cholere  , la  température  de  tout  le 
corps  ou  du  foyë  seulement  tendant  à 
chaud  et  sec.  Les  coniointes  sont  le 
synathrisme , conculcalion  ou  amas, 
et  putréfaction  d’humeurs  choléri- 
ques dans  les  petits  vaisseaux  de  la 
première  région  du  corps,  et  aussi  se- 
lon Galien  hors  des  grands  vaisseaux 
en  toute  l’habitude  du  corps2. 

1 Voyez  Fernel  et  Houlier.  — A.  P. 

2 Cette  exposition  des  causes  se  retrouve 
presque  exactement  dans  le  chapitre  7 de 
1575.  Voici  ce  texte  primitif. 

« Les  causes  primitiues  sont  grands 
exercices,  principalement  en  temps  chaud, 
long  vsage  des  choses  calefactiues  et  de- 
siccaliues, soient  des  medicamens,  soient 
d'alimens  : excessiue  abstinence  de  inan- 


CHAPITRE  XX. 

DES  SIGNES  DE  LA  FIÈVRE  TIERCE  , OV 

IL  s’agit  DE  LA  RIGVEVR  ET  de  i.’hor- 

REVR. 

Entre  les  signes  des  fleures  inter- 
mittentes, l’horreur,  la  rigueur  ou  le 
frissonnement,  auec  la  froideur  ou 
refroidissement,  tiennent  le  premier 
lieu.  C’est  pourquoy  il  est  bon  auant 
que  dépasser  outre,  de  dire  vq  petit 
mot  de  ces  signes  icy,  à fin  d’instruire 
le  chirurgien  à ne  se  troubler  point 
de  ces  accidens,  qui  le  plus  soutient 
suruiennent  aux  playes  dangereuses 
et  mortelles.  Comme  les  fiéures  inter- 
mittentes ne  se  font  point  sans  la 
pourriture  des  humeurs,  aussi  n’at- 
taquent elles  point  sans  que  les  hu- 
meurs pourries  s’esmeuucnt,  et  se  iet- 
tentsur  les  parties  sensibles  du  corps, 
comme  sont  les  membraneuses  et  ner- 
ueuses  : ce  mouuement  icy  se  faisant 
sur  des  parties  grandement  sensibles, 
et  par  vue  humeur  acre,  piquante, et 
eschauflee,  donne  le  ressentiment,  ou 
de  l'horreur , ou  de  la  rigueur,  ou  du 
simple  refroidissement, estant  tres-ve- 
rilable  que  ces  trois  choses  ne  diffe- 
rent entr’elles  que  selon  le  plus  et  le 

ger,  auec  trauail,  soing,  veilles,  et  fasche- 
rics.  Les  causes  antécédentes  sont  grande 
abondance  de  cholere  : la  température  de 
tout  le  corps,  ou  du  foye  seulement,  tendant 
à chaud  et  sec.  Les  causes  coniointes  sont 
conculcalion  ou  amas,  et  putréfaction  d’hu- 
meurs cholériques,  hors  des  grands  vais- 
seaux en  toute  l'habitude  du  corps.  » 

Le  chapitre  15  du  livre  des  Tumeurs  s’ex- 
prime à peu  près  de  la  même  manière;  seu- 
lement il  ajoutait  à la  dernière  phrase  ces 
mots,  qui  ne  se  retrouvent  pas  dans  le  texte 
actuel  : eommuniqu.ee  et  \cpuudite  iusques^au 
tueur. 


l<là  LF.  VINGTIEME  LIVRE 


moins.  Car  le  refroidissement  se  fait 
lors  que  l’humeur  est  en  moindre 
quantité,  qu’elle  est  moins  acre  et 
mordante,  et  qu’elle  se  meut  assez 
legerement.  L’horreur  auconlraire  est 
excitée  par  vne  grande  abondance 
d’humeurs  assez  acres  et  piquantes, et 
agitées  ou  esmeuës  assez  fermement. 
Pour  la  rigueur,  elle  suruient  par  vne 
grande  quantité  d'humeurs  grande- 
ment eschauffées  et  poignantes,  et  vio- 
lemment esmeuës.  La  rigueur  n’est 
donc  autre  chose  qu’vne  concussion 
ou  esbranlement  inégal  de  tout  le 
corps,  et  principalement  de  tous  les 
muscles,  avec  vn  ressentiment  de 
froid  douloureux,  qui  estexcitéparla 
vertu  expultrice  , laquelle  tascheà  se 
dégager  d’vne  quantité  de  matière 
acre,mordanteet  violemment  esmeuë 
par  ies  parties  du  corps  les  plus 
sensibles,  cependant  que  la  chaleur 
naturelle  fait  vn  reflux  des  parties 
extérieures  et  intérieures.  L’horreur 
est  moindre  que  la  rigueur  : aussi  elle 
n’esbranle  que  la  peau  et  le  cuir, 
et  ne  donne  qu’vn  ressentiment  de 
froid  sans  douleur,  pour  eslre  excitée 
par  vne  humeur  moins  piquante  et 
plus  legerement  agitée.  En  vn  mot, 
la  rigueur  semble  eslre  propre  des  fié- 
ures  bilieuses,  pour  ce  que  la  bile 
pour  eslre  acre,  piquante  et  aisée  à 
esmouuoir,  irrite  la  nature  plus  vio- 
lemment que  les  autres  humeurs. 
L’horreur  est  propre  des  fiéures  me- 
lancholiques  : et  le  refroidissement 
des  pituiteuses,  à cause  que  c’est  vne 
humeur  plus  douce,  et  plus  pesante 
ou  difficile  à esmouuoir.  Par  ce  dis- 
cours on  remarquera  que , selon  la 
quantité,  la  qualité  et  le  mouuement 
de  l’humeur  qui  fait  la  fiéure,  on  a 
les  ressentimens  différons,  longs  ou 
courts , doux  ou  violens , encore  que 
quelques-vns  ne  rapportent  pas  cela 


aux  humeurs,  mais  aux  fumées  et 
vapeurs  qui  s’esleuent  des  humeurs 
pourries  et  qui  vont  frapper  et  atta- 
quer le  coeur. 

Cecy  présupposé,  disons  que  les  si- 
gnes de  la  fiéure  tierce  intermittente 
vraye  et  légitimé  sont  horreur,  comme 
quand  en  hyuer  après  auoir  vrillé  on 
tressant1  : rigueur  forte  et  poignante, 
comme  si  l’on  sentoit  quelque  chose 
aiguë  qui  poignist  par  tout  le  corps, 
à cause  de  l’acrimonie  de  la  bile 
poussée  et  portée  violemment  au  com- 
mencementdel’accéspar  les  membra- 
nes et  corps  sensibles  : la  chaleur  dé- 
nient acre  dés  le  commencement  , 
pour  estre  le  feu  allumé  comme  en 
bois  sec.  Le  pouls  est  grand,  subit  et 
égal  : la  langue  est  seiche , l’vrine 
rouge,  enflammée,  ténue  ou  subtile. 
Les accidens sont  veilles  continuelles, 
soif  démesurée,  fureur  ou  déliré, 
promptitude  à se  cholerer  pour  la 
moindre  occasion  . comme  pour  oiiyr 
parler,  ou  autre  petit  bruit  : iactation 
et  agitation  de  tout  le  corps,  que  les 
Grecs  appellent  Alisme  : inquiétudes, 
maux  de  cœur  el  d’estomach,  nausées, 
vomissemens  d’humeurs  iaunes  et 
ameres,  tranchées  parfois  dans  le  ven- 
tre et  douleurs  importunes,  à cause 
du  mouuement  de  la  bile.  Telles  fié- 
ures  se  terminent  auecgrandessueurs. 
Elles  viennent  à gensclioleriquesetbi- 

1 Tout  ce  long  paragraphe  est  copié  , à 
part  quelques  modifications  de  pure  rédac- 
tion , du  chapitre  7 du  livre  de  1575  , où  il 
venait  immédiatement  après  le  paragraphe 
signalé  dans  la  dernière  note  du  chapitre  pré- 
cédent. Déjà  il  avait  été  reproduit  au  livre 
des  Tumeurs  en  1579,  seulement,  dans  le 
livre  des  Tumeurs,  l’auteur  rappelait  d ux 
aphorismes  d’Hippocrate  dont  il  n’avait  pas 
fait  mention  en  1575  , et  qu’il  a depuis  cités 
tout  au  long  dans  le  paragraphe  suivant  du 
texte  actuel. 


DES  FIEVRES.  i 25 


lieux,  aux  ieunes,  aux  maigres,  et  en 
Esté.  L’intermission  d’icelles  est  pure, 
et  sans  aucun  reliquat  de  fiéure,  ius- 
ques  à tant  que  l’accès  suiuant  repren- 
ne, à cause  que  la  matière  bilieuse  qui 
donnoit  l’accès  a esté  par  la  vebe- 
mence  et  concussion  d’iceluy  toute 
dissipée,  à cause  de  sa  tenuité  et  sub- 
tilité : ce  qui  n’aduient  aux  fié  ires 
quotidianes,  d’autant  qu’elles  laissent 
après  l’accès  tousiours  quelque  inéga- 
lité, molestie  et  pesanteur  du  corps, 
à cause  de  la  pesanteur  et  tardiueté 
de  la  pituite , qui  n’a  peu  eslre  tout  à 
fait  resoulte  et  euaporée.  Les  accès 
de  cesle  fiéure  durent  quatre,  cinq, 
six  , huit , onze  , douze,  quinze,  dix- 
huit  heures,  et  prennent  en  sorte  que 
le  premier  et  lesecond  accéssont  plus 
doux,  le  trois  et  le  quatre  1res  violens, 
et  les  autres  qui  suiuent  vont  tous- 
iours en  diminuant,  soit  de  violence, 
soit  de  durée.  Le  septième  accès  est 
la  fin  de  ceste  fiéure,  laquelle  est  sans 
péril  et  danger  pourueu  qu’il  ne  soit 
commis  aucun  erreur,  ny  du  coslé  du 
Médecin,  ny  de  la  paît  du  malade. 
Celle  qui  suruient  en  esté  est  tres- 
courte:  celle  qui  vient  en  hyuer  est 
plus  longue,  d’autant  qu’en  ceste  sai- 
son la  bile  ne  peut  point  e.stre  si  pure 
qu’elle  n’ait  quelque  meslange  d’vne 
autre  humeur  : outre  que  la  transpi- 
ration ne  se  fait  pas  si  bien  en  hyuer 
qu’en  esté,  à cause  que  les  pores  du 
cuir  sont  reserrés  par  la  rigueur  du 
froid.  Le  commencement  de  ceste  fié- 
ure est  auec  rigueur,  l’estât  auec 
sueur.  Que  s’il  suruient  des  vlceres 
au  nez,  à la  bouche,  ou  aux  léures, 
c’est  signe  que  la  fiéure  se  termine  : 
car  par  cet  accident  on  descouure  et 
on  appcrçoit  la  force  de  la  nature,  qui 
peut  ietter  la  matière  morbifique  du 
centre  et  intérieur  du  corps  à l’exte- 
rieur  et  à la  superficie  : outre  qu’en 


cesl  effort  il  se  fait  euacuation  de  la 
cause  conjointe.  Or  telles  vlceres 
n’apparoissent  pas  en  la  déclinaison 
de  toute  fiéure  tierce,  mais  seulement 
encolles  esquellcsla  bile,  cause  de 
ceste  fiéure,  est  contenue  ou  pous- 
sée de  quelqu’autre  partie  de  la  pre- 
mière région  du  corps  dans  le  ventri- 
cule : car  delà  la  plus  ténue  et  sereuse 
portion  d’icelle  , portée  par  la  conti- 
nuité de  la  tunique  intérieure  à la 
bouche  et  aux  léures,  excite  aisément 
des  vlceres  en  ces  parties  là. 

Bref,  nous  auonsdeux  aphorismes 
d’ Hippocrates, quiseruen tau  prognos- 
tique de  ceste.  fiéure.  Le  premier  est 
le  43  du  4.  liure,  où  il  dit  que  les  fié- 
ures  qui  ne  sont  pas  intermittentes,  et 
qui  ont  des  redoublemens  de  trois  en 
trois  iours,  sont  dangereuses  : mais 
celles  qui  sont  intermittentes,  sont 
sans  péril.  L’autre  apborismeesl  le  5«J. 
de  la  mesme  section,  où  il  assenre  que 
les  fiéures  tierces  exquises  cessent 
pour  le  plus  au  septième  accès.  Il 
dit  pour  le  plus , d’autant  que  selon 
que  la  matière  est  plus  subtile  et 
en  moindre  quantité,  il  arriue  que 
ceste  fiéure  se  termine  au  troisième 
ou  au  quatrième  accès.  Au  reste 
il  faut  prendre  ces  deux  aphorismes 
d’Hippocrates  auec  vn  grain  de  sel, 
c’est  à dire  auec  ceste  distinction,  que 
ce  qu’il  dit  est  vray,  pourueu,  comme 
nous  auons  dit  cy-deuant,  qu’il  ne  se 
lare  aucune  faute,  ny  de  la  part  du 
malade,  ny  de  la  part  de  ceux  qui  le 
traitent  et  le  sollicitent. 

le  diray  vn  mot  en  passant  contre 
les  Apothicaires,  lesquels  ne  se  lassent 
jamais  de  donner  des  remedes  aux 
malades,  qu’ils  traitent  en  tout  temps 
et  à toutes  les  heures,  sans  se  soucier 
de  ce  que  dit  ou  ordonne  le  Médecin. 
Pourueu  qu’ils  débitent  leurs  dro- 
gues, et  qu’ils  fassent  aualler  force  iu- 


126 


LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


leps  aux  malades,  et  qu’ils  leur  trem 
pentbieulés  hypocbondrés  auec  leurs 
epithemes,  cela  leur  surfit,  sans  se 
soucier  si  c’est  en  temps  et  eu  saison  : 
mais  que  tels  Apothicaires  apprennent 
la  leçon  que  leu  b fait  Galien,  qui  les 
appelle  au  prerhier  liure  des  iours 
Critiques  chap.  11,  et  ennemis  delà 
nature,  etennemis  du  malade  : Galien 
ayant  obsenie  au  premier  ad  Glauco- 
nanchap.  9,  qu’vri  malade  de  la  fleure 
tierce  estoit  mort  tabide  , pour  auoir 
vsé  du  bain  hors  de  saison,  par  l’aduis 
de  quelqu’vn  qui  se  seruoit  d’vn  mes- 
tier  qu’il  ne  sfcauoit  pas  Ce  queie  dis, 
à fin  que  les  Chirurgiens  que  ie  taSche 
d’instruire  ne  fassent  iatnais  rien  à 
l’estourdie  et  salis  raison,  et  qu’aux 
choses  douteuses  et  de  conséquence, 
ils  prennent  tousiours  l’aduis  des  Mé- 
decins. 

CHAPITRE  XXI. 

DE  LA.  CVRE  DE  LA  FIEVRE  TIERCE 
LEGITIME. 

j t 

le  ne  veux  point  icy  m’embroüiüer 
d’vn  nombre  infiny  de  remedes,  tant 
externes  qu’internes,  qui  ont  esté  mis 
en  auant  par  les  Médecins  qui  ont 
suiui  la  méthode  des  Arabes,  estant 
chose  si  confuse  et  si  difficile  à prati- 
quer, qu’il  y a plus  de  péril  en  ceste 
grande  variété  de  remedes  qu’en  la 
grandeur  du  mal.  C’est  pourquoy  ie 
traiteray  de  la  guérison  de  ceste  He- 
ure et  des  autres  le  plus  simplement 
qu’il  me  sera  possible,  afin  de  ne  trou- 
bler point  le  iugement  du  jeune  Chi- 
rurgien, et  de  ne  fatiguer  point  les 
malades  d’vn  nombre  presque  infiny 
de  remedes,  que  l’on  leur  ordonne 
communément  au  grand  détriment 
de  leur  corps  et  de  leur  bourse. 


Il  faut  en  premier  lieu  ordonner  le 
régime  deviure  sur  les  six  choses  non 
naturelles  J,  qui  seront  establies  pour 
rafraîchir  et  humecter  le  plus  qu’il 
sera  possible,  à cause  que  l’humeur 
bilieuse  qui  fait  ceste  fiéure,  est  la  plus 
chaude  et  seiche  de  tout  ce  qui  est  en 
nostre  corps.  C’est  pourquoy  il  faudra 
faire  que  le  malade  respire  un  air 
froid  et  humide  : ce  qui  se  fera  en  esté 
arrosant  la  chambre  d’eau  fraîche, 
et  la  parsemant  d’herbes  et  de  fleurs 
rafraîchissantes2.  Il  faut  iuy  donner 
pour  nourriture  toutes  choses  réfri- 
gérantes et  humectantes,  en  tant  qu’il 
les  pourra  cuire,  comme  laiclue, 
ozeille,  courge,  concombre,  poirée, 
maulue , orges  inondés , boüillons 
clairs,  et  non  pressés,  assaisonnés  de 
verjus  ou  de  jus  de  citron.  Il  vserade 
vin  bien  trempé,  petit,  ténu  et  en  petite 
quantité,  et  ce  lors  seulement  que 
l’humeur  aura  commencé  d’estre 
cuite  : car  au  commencement  il  n’en 
faut  aucunement  vser,  mais  en  la  dé- 
clinaison il  sera  permis  d’en  vser 
plus  libéralement,  pourueu  toutes- 
fois  qu’il  ne  soit  ny  fort  ny  vieil 3.  En 
quoy  on  peut  reprendre  l’erreur  de 
ceux  qui  croyeut  que  le  vin  vieil  est 

1 Nous  rentrons  ici  dans  le  texte  de  1575; 
et  à partir  de  cet  endroit  jusqu’à  la  fin  du 
chapitre,  l’auteursuit  presque  pas  àpasla  fin 
du  chapitre  7 de  cette  édition.  Ce  n’est  pas 
cependant  qu’il  n’y  ait  de  notables  change- 
ments; ils  seront  signalés  dans  les  notes 
suivantes. 

2 Cette  phrase  : ce  qui  se  fera  en  esté , etc., 
constitue  un  précepte  nouveau  qui  ne  se  li- 
sait ni  dans  le  livre  de  1575,  ni  dans  le  cha- 
pitre 15  du  livre  des  Tumeurs  des  éditions 
suivantes. 

3 Jusqu’ici  le  texte  est  à peu  près  le  même 
que  celui  de  1575  et  1579  ; mais  la  fin  du 
paragraphe  est  une  addition  qui  appartient 
tout  entière  au  livre  posthume. 


DES  FIEVRES. 


plus  sain , et  qui  pour  ce  suiet  le 
recommandent  aux  malades  fcbri- 
citans.  Mais  ils  tleilroient  se  mettre 
deuant  les  yeux  que  le  vin  vieil  est 
tout  vineux,  qu’il  a fort  peu  de  par- 
ties aqueuses  et  sereuses,  qu'il  est  pe- 
sant, de  parties  crasses  et  difficiles  à 
distribuer,  et  qui  par  conséquent  peut 
faire  plus  de  sang,  peut  escliauffer 
d’auan  tage  les  entrailles  parla  longue 
demeure  qu’il  y fait,  et  a de  coustume 
de  reserrer  le  ventre  et  le  rendre 
paresseux.  Mais  pour  le  dire  saine- 
ment, il  serait  très  à propos  de  défen- 
dre toutes  sortes  de  vins  tandis  que 
ceste  fleure  continue,  de  peur  d’en- 
tretenir son  foyer  : et  cependant  faire 
vserau  malade  de  quelque  boisson 
rafraîchissante  et  aperiliue,  préparée 
auec quelque  racine,  ou  syrops  violât, 
de  limons,  de  pommes  simples,  de  ca- 
pillaires, de  cerises,  et  autres  de  sem- 
blables effets. 

Quant  au  temps  propre  pour  nour- 
rir le  malade,  il  se  faut  donner  garde, 
le  iour  de  l’accès,  de  luy  bailler  à man- 
ger plus  tard  que  trois  ou  quatre  heu- 
res auparauant  ledit  accès  1 : de  peur 
que  la  chaleur  de  la  fiéure  (le  propre 
de  laquelle  est  de  corrompre  toutes 
choses,  comme  le  propre  de  la  chaleur 
naturelle  est  de  cuire  et  conseruer) 
rencontrant  les  viandes  encore  crues 
en  l’estomach  ,11e  les  corrompe,  pu- 
treûe,  et  tourne  en  suc  bilieux  : aug- 
mentant par  ce  moyen  la  matière  de 
la  fiéure,  prolongeant  l’accès,  et  en 
outre  reiloquânt  la  nature,  qui  est  oc- 
cupée à la  concoction  et  expulsion  de 
l’humeur  morbifique , pour  s’em- 
ployer à la  concoction  des  viandes  pri- 
ses. Pour  lesquelles  raisons  on  s'abs- 

1  En  1575  et  dans  toutes  les  éditions  de 
son  vivant,  Paré  disait  : plus  tard  que  trois 
heures  auparauant  ledit  accez. 


tiendra  aussi  de  donner  aucune  nour- 
riture audit  fébricitant  durant  tout 
son  accès,  et  attendra-on  à le  nourrir 
qu’il  soit  tout  à fait  hors  de  fiéure. 
Toutesfois,  ceste  réglé  se  doit  enten- 
dre lors  que  la  vertu  du  malade  est 
forte  et  vigoureuse:  autrement  si  la 
natureestoit  débile,  et  qu’il  prist  des 
foiblesses  au  malade,  il  faut  non  seu- 
lement le  nourrir  deuant  l’accès,  mais 
aussi  en  1’âccés:  mais  il  faudroit  quece 
fust  legerement,  et  que  ce  qu’on  luy 
donnerait  fust  en  petite  quantité  1. 
Pour  le  breuuage,  il  faut  luy  défen- 
dre tandis  que  dure  le  frisson  : en  la 
chaleur  on  ne  luy  doit  point  defendre  : 
au  contraire,  il  faut  inuiter  ceux  qui 
boiuentpeu  à prendre  quelque  grand 
traict  de  ce  qui  luy  aura  esté  ordonné 
pour  son  breuuage. 

Pour  ce  qui  est  des  remedes  pris 
tant  de  la  Pharmacie  que  de  la  Chirur- 
gie, il  est  bon  à la  sortie  de  chaque 
accès  de  donner  quelque  lauement  en 
partie  rafraîchissant,  en  partie  laxa- 
tif, à fin  d’esteindre  les  restes  de  la 
chaleur  alluméedansles  reins  et  dans 
le  Ventre , et  aussi  à fin  d’euacuer 
l’humeur  qui  aura  esté  èsbranlée  par 
la  violence  de  l’accès  : ayant  obserué 
plusieurs  fois  qu  il  sort  par  le  moyen 
de  tels  lauemens,  des  bassinées  entiè- 
res de  bile  iaune  et  escumante  dés 
les  seconds  et  troisièmes  accès,  ce  qui 
adoucit  grandement  la  furie  de  ceste 
fiéure,  et  accourcil  ses  accès.  On  fait 
vn  lauement  auec  décoction  de  maul 
ues,  guymauues,  violiers  de  Mars, 
apparitoire,  laictues,  pourpié,  con- 
combres mis  par  tranches  et  ruelles, 
fueilles  de  vignes  en  la  saison,  fleurs 

1 Tous  ces  préceptes  se  retrouvent  dans 
les  éditions  du  vivant  de  l’auteur  ; seulement 
ce  qu’il  va  ajouter  pour  le  breuuage , ne  se 
lit  que  dans  le  livre  posthume. 


128  LE  VINGTIEME  LIVRE 


de  nénuphar, vn  peu  de  fenouil  verd  : 
on  délayé  dedans  vne  liure  trois  on- 
ces de  miel  violât,  et  autant  d’huile 
violât  ou  de  beurre  frais,  vne  once 
de  sucre  rouge  eL  de  lenilif  : et  don- 
ne-on  ce  clyslere  à la  sortie  de  l’accès, 
comme  dit  est.  Que  si  les  malades  se 
trouuoient  trop  lascbes  et  fatigués 
apres  leur  fleure,  on  peut  remettre 
ledit  lauement  au  iour  de  l’intermis- 
sion,  ou  le  matin  si  la  saignée  ne  l’em- 
pesche,  ou  sur  l’apres-dinée.  Soutient 
on  fait  les  clysteres  auec  vne  décoc- 
tion de  prunes,  iuiubes,  violes,  orge, 
son,  et  choses  semblables,  quelques- 
fois  auec  le  petit  laict  seulement  *. 

1 U est  curieux  de  suivre  dans  les  frois 
rédactions  de  Paré  la  marche  de  ses  idées 
relativement  au  traitement.  Pour  ne  parler 
d'abord  que  des  médicaments  à administrer, 
voici  comme  il  s'exprimait  en  1575: 

« Quant  aux  médicaments,  faut  preuoir  si 
la  vertu  du  malade  est  suflisante,  et  si  les 
humeurs  sont  furieux  et  mobiles,  alors  faut 
ordonner  du  diprunis  simple  , casse  Titu- 
laire mondee , décoctions  de  violles,  mira- 
bolans  citrins,  sjrops  violât,  rosal,  de  gre- 
nades , oxyzaccara.  Semblablement  soit  fait 
clistere  de  décoction  de  prunes,  iuiubes, 
violles , son  , orge.  Si  le  malade  par  siccité 
de  teste  deuienten  phrenesie , soit  procurée 
sternutation  auec  huille  viollat,  ou  rosat,  et 
laict  de  femme.  Les  pieds  et  cuisses  soient 
mis  en  eau  tiede,  et  douce.  La  plante  des 
pieds  soit  oincte  auec  huille  viollat  ou  sem- 
blable. En  la  déclinaison  est  bon  faire  bain 
d’eau  douce  auec  fueilles  de  vigne  , de  sauls, 
de  laictues,  et  semblables  refrigerans.  Et 
mesme  apres  les  purgations  generales  pro- 
uoquer  les  sueurs  par  l’vsage  de  vin  blanc 
et  tenu  , bien  trempé  : et  les  vrines  par  dé- 
coction d’acheet  d’aneth.  » 

Le  reste  est  relatif  à la  saignée  ; nous  y re- 
viendrons dans  la  noie  suivante.  En  1579, 
dans  le  chapitre  cité  du  livre  des  Tumeurs, 
Paré  commençait  également  par  les  laxatifs; 
mais  il  ajoutait  aussitôt  : 

« Autrement  si  les  forces  du  malade  sont 


Il  y a vue grandecontroucrse entre 
les  ailleurs,  sçauoir  s’il  faut  saigner 
ou  purger  dés  le  commencement  : 
pourmoyi’ay  veuen  monieune  aage, 

petites,  ne  faut  purger  ni  saigner  que  bien 
pclitemcnt  : de  peur  que  la  dissipation  des 
esprits  ( à laquelle  les  bilieux  sont  subiels  ) 
n’induise  syncope.  » 

Puis  venait  l’indication  des  clysteres;  puis 
cette  phrase,  calquée  sur  la  première  édi- 
tion , et  dont  le  sens  est  cependant  tout  dif- 
férent : 

« Si  le  ma'adc  par  resiccalion  du  eer- 
ueau  lomboit  en  délire,  qu’on  luy  rafres- 
chisse  la  teste  avec  huile  violai,  rosat,  et 
autres  semblables.  » 

Ainsi  dans  le  texte  primitif  il  s’agit  de 
slernutaiiou,  dans  le  second  de  fomentations 
rafraîchissantes.  Toutefois  il  est  probable 
que  le  mot  de  siernuiaiion  provient  d’une 
faute  d’impression,  car  une  note  marginale 
porte:  Fomentation.  Les  autres  prescriptions 
sont  les  mêmes  ; mais  à l’occasion  des  sueurs, 
la  rédaction  de  1579  offre  un  long  passage 
qui  ne  se  retrouve  ni  dans  le  texte  primitif 
ni  dans  le  livre  posthume.  Voici  tout  ce  qui 
a trait  à cet  objet. 

« Mesme  l’humeur  ja  cuit  et  m i ti fié,  les 
purgations  generales  ayant  précédé,  sera 
bon  prouoquer  les  sueurs  par  l'vaage  de  vin 
blanc,  bien  tenu  et  trampé.  Vrayemenl  les 
sueurs  en  toute  heure  putride  sont  bonnes, 
quand  elles  viennent  en  temps  et  lieu  : 
pource  qu’elles  euacuent  les  matières  con- 
ioinctcs  de  la  maladie.  Mais  surtout  en  la 
heure  tierce  : d’autant  que  tel  humeur  se 
resoull  aisément  en  sueurs  pour  sa  tenuité. 
Pour  aider  à la  sueur,  sera  bon  auccquesle 
vin  blanc  mentionné , prendre  décoction  de 
figues,  raisins  de  damas  mondés,  chiendent, 
et  autres  racines  aperiliucs.  Par  dehors  on 
prend  esponges  imbues  en  la  décoction 
d’herbes  chaudes , comme  romarin , thym  , 
lauande  , marjolaine  et  autres,  espreintes  et 
appliqueeschaudcmcntaux  a innés,  aisselles, 
entr’espaule  du  malade,  tenu  couucrt  en  son 
lit.  Autres  remplissent  à demy  des  vessies 
de  porc  de  cesle  décoction  , les  appliquent 
aux  costez  et  entre  les  iambes,  comme  aux 


DES  FIEVRES. 


et  i'ay  remarqué  en  mon  premier 
traité  des  fleures1,  que  dés  le  com- 

pieds  des  bouteilles  de  terre  remplies  de 
mesme.  On  doit  cesser  de  taire  suer  lorsque 
la  sueur  commence  à se  refroidir  sur  le  ma- 
lade. » 

Dans  le  texte  actuel,  il  s’occupe  d’abord 
des  lavements,  et  précise  mieux  l’époque  de 
leur  administration.  Tout-à-l’heure,  quand 
il  aura  parlé  de  la  saignée,  il  établira  aussi 
une  plus  grande  réserve,  appuyée  sur  sa 
propre  expérience,  touchant  l’emploi  des 
purgatifs.  Les  bains,  le  vin  blanc  et  !es  diu- 
rétiques demeurent  recommandés;  mais 
plus  de  fomentations  à la  tête,  plus  de  bains 
ni  d’onctions  aux  pieds,  et  enfin  plus  de  ces 
moyens  sudorifiques  que  l’on  trouvait  signa- 
lés dans  toutes  les  éditions  à partir  de  1679. 

1 Je  reproduirai  ici  cotnme  terme  de  com- 
paraison le  texte  exact  du  premier  traité. 

« La  saignee  doit  estre  faite  non  apres  le 
tiers  accez,  comme  commande  Galien,  mais 
dés  le  commencement  de  la  fleure.  Car 
comme  ainsi  soit  que  ceste  fieure  au  plus 
lard  se  termine  en  sept  accez,  certes  si  vous 
attendez  que  le  tiers  accez  soit  passé,  la 
fieure  sera  en  son  estât.  Or  Hippocrates  dé- 
fend de  rien  mouuoir  en  l’estât  par  l’apho- 
risme 29  delà  2.  section,  de  crainte  que 
Nature,  qui  lors  seulement  trauaille  à la 
concoction  de  la  maladie,  ne  soit  retirée 
et  desbauchee  de  son  entreprise.  Or  cela  se 
doit  entendre  s’il  y a pléthore  au  corps  et 
plénitude  des  vaisseaux,  pour  euentiler  et 
refraichir  la  masse  des  humeurs  : car  au- 
trement ne  sera  bon  de  faire  vacuation  de 
sang,  de  tant  qu’iceluy  est  le  frain  de  la 
cholere  : c'est-à-dire  ce  qui  l’adoucit,  et  qui 
meslée  auec- icelle  par  sa  douceur  et  va- 
poreuse bénignité  et  humidité  empesche 
qu’elle  ne  se  monstre  si  furieuse  efiviolente.» 

Ainsi  se  termine  le  chapitre  7.  Au  livre 
des  Tumeurs  de  1579,  on  lit  à peu  près  la 
même  chose,  sauf  la  dernière  phrase,  qui 
est  supprimée.  La  première  phrase  avait  été 
aussi  singulièrement  changée  : « La  saignee 
doit  estre  faicte,  non  apres  le  tiers  accès, 
mais  dès  le  commencement,  comme  le  com- 
mande Galien.  » 


l‘29 

mencement  de  la  fléure  , après  auoir 
considéré  si  les  forces  du  malade  le 
permettoient,  qu’on  le  purgeoit, prin- 
cipalement quand  les  humeurs  es- 
toient  furieux  et  mobiles,  et  ce  auec 
diaprunis  simple , casse  fistulaire 
mondée,  décoctions  de  violes , mira- 
bolanscitrins,syrops  violât,  rosat,  de 
grenades,  oxysaccara  : et  on  ne  sai- 
gnoit , selon  le  precepte  de  Galien  , 
qu’ après  le  troisième  accès.  Et  encore 
n’estoit-ce  que  ceux  où  il  y auoit  plé- 
thore au  corps  et  plénitude  des  vais- 
seaux, pour  euenliller  et  rafraîchir  la 
masse  des  humeurs  : autrement  il 
n’estoit  loisible  de  faire  vacuation 
de  sang,  d’autant  qu’on  croyoit  que 
c’est  luy  qui  est  le  frein  de  la  cholere, 
c’est  à dire,  ce  qui  l’adoucit,  et  qui 
meslé  auec  icelle  , par  sa  douceur 
et  vaporeuse  bénignité , empesche 
qu’elle  ne  se  monstre  si  furieuse  et 
violente.  Mais  maintenant  ie  voy  que 
les  plus  célébrés  Médecins,  soit  qu’ils 
ayent  esté  faits  sages  par  l’erreur  des 
autres,  soit  par  leur  propre  expé- 
rience, elpar  les  beaux  effets  qu'ils 
ont  veu  reüssirde  la  saignée,  saignent 
dés  le  commencement,  non  vne  seule 
fois,  mais  après  les  trois  premiers  ac- 
cès aux  trois  iours  de  l’intermission, 
et  ne  purgent  leurs  malades  qu’aprés 
le  quatrième  accès:  et  de  fait,  que 
c’estoitmal  ordonné  que  dediffererla 
première  saignée  après  le  troisième 
accès.  Car  comme  ainsi  soit  que  cesle 
fiéure  au  plus  tard  se  termine  en  sepL 
accès  : certes  si  on  attend  que  le  troi- 
sième accès  soit  passé,  la  fléure  sera 
en  son  estai.  Or  Hippocrates  defend 
derien  mouuoir  en  l’estât  par  l’Aphor. 
29.  de  la  2.  secl.,  de  crainte  que  la  na- 
ture, qui  lors  seulement  Irauailleàla 
concoction  de  la  maladie,  ne  soit  re ti- 
rée et  desbauchée  de  son  entreprise. 

Donc  selon  la  violence  du  mal  et  le 

9 


in. 


l30  LE  VINGTIÈME  LIVRE, 

tempérament  du  malade,  on  pourra 


saigner  deux  ou  trois  fols  dés  les  pre- 
miers accès  aux  iours  d’intermission, 
et  après  le  quatrième  on  purgera 
doucement  et  benignement  auec 
casse,  tamarins,  rheubarbe,  séné  de 
Leuant,  mirabolans  citrins,  et  syrops 
violât , de  pommes  composé , et  de 
cichorée  aussi  composé,  réitérant  le 
mesrne  médicament  après  le  cinq  ou 
sixième  accès,  à fin  d’espuiser  le  ventre 
d’vne  quantité  d’humeurs  qui  y re- 
gorgent. l’ay  obserué  que  ceux  qui 
purgeoient  auant  le  quatrième  accès, 
ou  qui  vsoient  de  remedes  v n peu  forts 
et  violons  , d’vne  fiéure  tierce  simple 
faisoient  vne  double  tierce  : c’est 
pourquoyil  se  faut  faire  sage,  et  estre 
vu  peu  plus  retenu  àla  purgation  que 
n’estoient  pas  nos  anciens. 

Sur  le  déclin  de  la  fiéure,  il  est  bon 
de  faire  vn  bain  d’eau  douce  auec 
fucilles  de  vigne,  desauls,  de  laitues, 
et  semblables  refrigerans.  Et  mesme 
après  les  purgations  generales , pro- 
uoquer  les  sueurs  par  l’vsage  du  vin 
blanc  et  ténu  bien  trempé  : et  les 
Yrines  par  décoction  d’acbe  et  d’anet. 

CHAPITRE  XXII. 

DE  LA  FIEVRE  TIERCE  RASTARDE  , DE 
SES  CAVSES,  SIGNES  ET  CVRE. 

L’autre  fiéure  intermittente  qui  se 
fait  de  bile  est  la  tierce  bastarde, 
ainsi  appellée  à cause  qu’elle  ne  se 
fait  pas  comme  la  precedente  de  bile 
pure  et  simple,  mais  de  bile  meslée 
auec  quelque  autre  humeur  : et  aussi 
à cause  qu’elle  ne  garde  pas  toutes 
les  qualités,  représentation  et  idée 
de  la  tierce  légitimé.  Elle  en  a bien 
quelque  chose,  en  ce  que  Tvne  et 
l’autre  ont  leurs  redoublemens  de 


deux  iours  l’vn  : mais  chacune  d'elles 
a certains  signes,  par  lesquels  elles 
semblent  constituer  diuerses  especes 
de  fiéurç,  de  sorte  qu’elles  ne  diffe- 
rent pas  entre  elles  par  l’ordre  et  par 
le  temps  de  leurs  accès  et  périodes , 
mais  par  quelques  autres  accidens 
qui  viennent  de  la  condition  de  la 
matière  qui  fait  ces  deux  sortes  de 
fiéures.  Or  ayant  discouru  de  la  con- 
dition de  la  tierce  légitimé,  il  faut 
parler  icy  de  la  bastarde,  à fin  d’ap- 
prendre quelle  sera  leur  différence, 
et  comme  selon  icelle  il  faudra  trai- 
ter les  malades  qui  seront  atteints  de 
ceste  tierce  bastarde. 

L’vne  et  l’autre  fiéure  à la  vérité 
se  font  de  bile,  mais  la  légitimé  se  fait 
de  bile  pure  et  simple  : et  la  bastarde 
se  fait  de  bile  meslée  auec  quelque 
autre  humeur,  en  sorte  toutesfois 
qu’elle  excede  et  surmonte  l’humeur 
auec  laquelle  elle  est  meslée:  autre- 
ment la  fiéure  ne  seroit  pas  tierce, 
mais  garderoit  le  mouuement  de  l’hu- 
meur qui  y predomineroit.  Or  ceste 
mixtion  se  fait  ou  de  la  bile  auec  la 
pituite  ténue  ou  crasse , ou  auec  la 
melancholie  : si  c’est  avec  la  pituite,  il 
se  fait  vne  fiéure  que  les  Arabes  ap- 
pellent choleram  maioris  famœ,  cho- 
lere  plus  ordinaire  et  plus  remarqua- 
ble : si  c’est  auec  la  melancholie , il 
s’en  fait  vne  autre  que  les  mesmes 
Arabes  nomment  cfto/eram  minoris  fa- 
mœ, cholere  moins  ordinaire  et  moins 
remarquable , d’autant  que  la  pre- 
mière arriue  fort  souuent,  et  la  der- 
nière fort  rarement.  Les  susdits  mé- 
decins arabes  enseignent  que  ceste 
première  fiéure  bastarde  maioris 
famœ,  comme  ils  appellent , se  fait  ou 
lors  que  la  bile  citrine|ou  pasle  est  mes- 
lée auec  la  pituite  aqueuse  et  ténue, 
ou  lorsque  la  bile  vitelline  est  meslée 
auec  la  pituite  crasse  : semblable- 


DES  FIÈVRES. 


1 3 1 


ment  ils  disent  que  la  derniere  fleure 
bastarde  s’engendre,  ou  quand  la  bile 
est  meslée  auec  l’humeur  melancho- 
lique  naturelle,  ou  quand  elle  est 
meslée  auec  l’humeur  melancholique 
atrabilaire:  et  selon  toutes  ces  diui- 
sions , ils  iugcnt  de  la  longueur  ou 
briefueté , de  la  violence  ou  de  la 
douceur  de  la  fleure.  Mais  certes 
ceste  doctrine  est  tellement  em- 
brouillée , et  il  est  si  difficile  de  iuger 
de  toutes  les  différences  de  ces  cau- 
ses , que  ie  ne  veux  y engager  l’es- 
prit du  ieune  chirurgien , de  peur  de 
luy  donner  plus  de  trouble  que  de 
lumière.  C'est  pourquoy  ie  me  con- 
tenleray  de  parler  de  la  fiéure  tierce 
bastarde,  appellée  maioris  fumai, 
comme  plus  ordinaire  , et  qui  se  fait 
du  meslange  de  l’humeur  bilieuse 
auec  la  pituiteuse  : et  qui  pour  ce 
suiet  peut  esire  definie  : fiéure  qui  a 
des  accès  et  intermissions  de  deux 
iours  l'on  , pour  esire  engendrée  d’hu- 
meur bilieuse  meslée  avec  la  pituite, 
qui  se  pourrit  hors  des  grands  vais- 
seaux. 

11  n’est  point  question  de  sçauoir 
si  ceste  bile  est  citrine,  vitelline,  por- 
racée , ou  ærugineuse,  et  en  quelle 
partie  du  corps  ces  diuerses  sortes  de 
bile  se  peuuent  engendrer.il  faut  tenir 
pour  constant  que  c’est  bile  contre 
nature,  laquelle  plus  elle  acquiert 
de  degrés  de  chaleur  , plus  elle  se 
l’end  maligne,  et  apporte  déplus  si- 
nistres accidens  : si  bien  que  si  la 
fiéure  a vne  médiocre  vehemence  et 
violence,  ce  sera  vn  signe  que  l’hu- 
meur bilieuse  qui  la  fait  a acquis  vn 
degré  de  chaleur  contre  nature  mé- 
diocre : que  si  les  symptômes  sont 
violens,  ce  sera  la  marque  d’vn 
degré  de  chaleur  excessif.  Pour  ce 
qui  est  de  la  pituite  qui  est  meslée 
auec  la  bile , on  la  reconnoistra  si  le 


fébricitant,  auec  vn  tempérament 
chaud  et  sec,  et  en  son  ieune  aage, 
aura  demeuré  en  oysiueté , se  sera 
rempli  de  beaucoup  de  viandes,  de 
fruits  cruds,  et  en  vn  mot  aura 
amassé  beaucoup  d’excremens  et  de 
crudités.  Et  par  la  longueur  de  la 
fiéure,  on  remarquera  aisément  si  la- 
dite pituite  est  en  grande  ou  petite 
quantité , et  aussi  par  la  longueur  et 
lenteur  des  frissons.  Car  si  la  fiéure 
n’a  ses  accès  que  seize  ou  dix-huit 
heures,  et  que  les  frissons  soient  vio- 
lens et  aigus  , c’est  sans  doute  qu’il  y 
aura  peu  de  pituite,  d’autant  que  la 
fiéure  approche  fort  prés  de  la  condi- 
tion de  la  tierce  légitimé  : mais  si  les 
accès  sont  de  vingt-quatre,  trente  ou 
trente- six  heures , et  que  le  frisson 
soit  long  et  lent , c’est  signe  qu’il  y a 
beaucoup  de  pituite,  d’autant  que  la 
fiéure  s’eslongnc  fort  de  la  nature  de 
la  tierce  légitimé. 

En  quoy  nous  remarquerons  que  la 
fiéure  bastarde  qui  a ses  accès  plus 
longs  que  dix-huit  heures  s’appelle 
Tertiana  extensa  , tierce  estendue  , 
plus  ou  moins  selon  que  l’accès  s’es- 
tend  ou  à vingt,  ou  à vingt-cinq,  ou 
à trente,  ou  à trente-six  heures.  Car 
il  est  très  asseuré  que  ceste  fiéure  a 
des  accès  quelquesfois  de  trente , de 
trente-six,  ou  de  quarante,  mesme 
de  d’auantage , selon  la  quantité  et  la 
crassitie  de  la  pituite  qui  y est  meslée. 
Or  ceste  fiéure  commence  plustost 
auec  horreur  qu’auec  vu  frisson  vio- 
lent : sa  chaleur  est  plus  douce  et 
moins  mordicante,  et  qui  s’espand 
plus  difficilement  par  tout  le  corps 
qu’en  la  tierce  légitimé:  le  malade 
n’est  point  tant  altéré , ny  ne  vomit 
point  des  matières  si  ameres.  11  sent 
vne  pesanteur  de  corps,  douleur  à 
l’espine  du  dos,  bouffement  à l’esto- 
mach  auec  degoust.  L’accès  passe 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


J 32 

douze  heures  , et  s’estend  quelques- 
i'ois  iusques  à Irente,  et  d’auantage, 
comme  enseigne  Galien  au  commen- 
taire troisième  du  premier  des  Epidé- 
mies, et  au  commentaire  2.  du  sixième 
liure.  Les  accès  se  terminent  non  par 
de  grandes  sueurs  , mais  par  des 
moiteurs.  Elle  est  plus  frequente  en 
automne  qu’en  autre  saison  , et  atta- 
que les  ieunes  hommes  qui , par  vue 
vie  desreglèe,  amassent  grande  quan- 
tité d’excremens  et  de  crudités  : elle 
surprend  aussi  ceux  qui  viuent  en 
oysiuelé,  les  hommes  gras  et  replets, 
ceux  qui  crapulent  et  qui  vsent  des 
bains  mal  à propos.  Rarement  se 
termine-elle  au  septième  accès , mais 
va  iusques  au  quatorzième,  voire 
mesme  dure  quarante  iours,  tantost 
deux  mois,  tantost  trois  mois,  quel- 
quesfois  six  mois  : et  lorsqu’elle  dure 
si  long-temps,  elle  apporte  enfin  ou 
vne  dureté  de  ratte  , ou  vue  hydro- 
pisie,  ou  quelque  vice  notable  des 
entrailles.  Souuent  elle  ameine  des 
«oliques  furieuses,  lesquelles  dege- 
nerent  en  quelque  paralysie  impar- 
faite , ou  des  bras  ou  des  cuisses , 
mal  à ce  que  l’on  dit  familier  et  com- 
mun à quelques  prouinces  de  ce 
royaume. 

Cesteûéure  est  de  difficile  guérison, 
mais  toulesfois  sans  péril,  puisqu’elle 
est  intermittente,  s’il  n’arriue  quelque 
faute  en  la  traitant.  Toutesfois  elle 
est  plus  dangereuse  que  la  tierce  lé- 
gitimé, ù cause  de  la  diuersilé  des 
humeurs  qui  la  font,  lesquels  rendent 
les  maladies  fascheuses  et  contuma- 
ces, comme  enseigne  Hippocrates,  et 
Galien  au  premier  des  Epidémies  , 
Comment.  3.  article  21. 

Pour  la  cure  de  cesle  fiéure,  elle 
n’est  point  autre  que  celle  qui con- 
uient  à la  tierce  légitimé,  sinon  qu’il 
ne  faut  pas  tant  rafraichir,  mais  au 


contraire  eschauffer  doucement  et 
modérément , inciser  puissamment 
l’humeur  peccante , atténuer,  cuire, 
vuideret  fortifier  les  entrailles.  Les 
clysteres  detersifs  tous  les  iours  sont 
tres-vtiles,  dans  lesquels  on  doit  mes- 
ler  les  simples  qui  dissipent  les  vents 
et  flatuosités  qui  remplissent  les  in- 
testins de  ceux  qui  sont  trauaillés  de 
ceste  fiéure,  s’engendransde  la  pituite 
qui  est  atténuée  par  l’ardeur  de  la 
fiéure.  Dés  le  commencement  il  faut 
aussi  saigner  pour  esteindre  l’empi- 
reume  des  entrailles,  et  ce  plusieurs 
fois  pour  aller  au  deuant  de  la  pour- 
riture, et  empescher  la  continuelle 
génération  des  mauuaises  humeurs. 
Il  ne  faut  pas  se  persuader  que  la  pi- 
tuite empesche  ce  remede  : elle  le 
modéré  bien,  mais  de  l’empescher 
tout  à fait,  nullement , veu  que  le 
feu  qui  est  en  la  pituite  est  aussi 
bien  feu  que  celuy  qui  est  en  la  bile. 
En  quelque  suiet  que  se  met  la  pour- 
riture, l’intemperie  chaude  l’accom- 
pagne, laquelle  s’esteint  par  l’euapo- 
ration,  qui  se  fait  fort  commodément 
par  la  saignée.  Ayant  osté  tout  soup- 
çon d’inflammation  aux  parties  no- 
bles, on  viendra  à purger  le  corps  dou- 
cement et  souuent,  auec  apozemes 
apéritifs  et  relaxatifs  de  séné,  agaric, 
rheubarbe,electuairelenitif,etautres 
medicamens  bénins. 

11  y en  a qui  trouuent  bon  de  don- 
ner des  vomitifs  au  commencement 
des  accès  : mais  il  faut  premièrement 
que  ce  soient  vomitifs  doux  et  bénins, 
et  non  violens  tels  que  sont  les  mé- 
talliques : et  en  second  lieu  il  les  faut 
donner  lors  que  la  coction  paroist 
dans  les  vrines,  autrement  i’ay  tous- 
iourslrouué  qu’ils  ne  profitoient  de 
rien,  et  qu’ilsdebililoient  grandement 
l’estomach,  qui  après  cuisoit  moins 
bien  les  viandes,  et  par  conséquent 


DES  FIEVRES.  1 33 


engendroit  quantité  de  mauuaises 
humeurs , et  donnoit  occasion  au  foye 
d’en  faire  de  mesme  : puis  que  c’est 
vne  maxime  en  Medecine  que  la  se- 
conde coction  ne  corrige  iamais  la 
première. 

le  donnerois  icy  des  formules  d’a- 
pozemes  apéritifs,  incisifs  et  laxatifs, 
desquels  il  faut  entretenir  le  malade 
durant  vne  si  grande  longueur  de 
temps  : mais  d’autant  que  cette  lon- 
gueur de  temps  donne  assez  de  loisir 
au  Chirurgien  de  consulter  les  Méde- 
cins sur  les  diuers  incidens  de  ceste 
fiéure,ie  les  remets  ausdits  Médecins: 
aussi  qu’il  est  impossible  qu’vn  Chi- 
rurgien puisse  auoir  la  connoissance 
et  la  science  d’vne  si  grande  diuersité 
de  remedes,  telle  qu’elle  est  necessaire 
d’estre  pratiquée  en  ce  mal,  à fin  de 
n’ennuyer  point  le  malade  d’vn  seul 
genre  de  médicament.  Que  le  Chirur- 
gien ait  soin  seulement  de  bien  nour- 
rir le  fébricitant  , et  vn  peu  plus 
largement  qu’en  la  tierce  légitimé  : 
à fin  qu’il  ait  des  forces  de  résister  ius- 
quesàlafindu  mal.  Après  donc  les 
premiers  accès  (durant  lesquels  on  ne 
nourrira  les  malades  que  de.  viandes 
legeres  et  liquides)  on  pourra  donner 
les  iours  de  l’intermission  quelque 
viande  solide,  aisée  à digerer,  vne  fois 
leiour  seulement,  comme  sont  les 
poulets,  chapons,  perdris,  veau,  mou- 
ton : ayant  tousiours  pour  maxime  de 
ne  nourrir  point  le  malade  durant 
l’accès  (s’il  n’auoit  quelque  foiblesse 
extraordinaire),  mais  trois  ou  quatre 
heures  auant  l’accès,  et  à la  fin  de 
l’accès. 

Les  anciens  donnoienl  pour  breu- 
uage  l’eau  miellée,  qu’ils  appelloient 
mulsam,  qu’ils  aromatisoient  d’hy- 
sope  ou  de  spicnar  : les  recens  se  ser- 
uent  de  l’eau  sucrée  ou  de  l’oxysac- 
çara  , quelquesfois  d’eau  d’orge 


assaisonnée  de  racine  de  fenouil  et  de 
semence  d’anis.  Les  plus  délicats  se 
seruent  d’hippocras  d’eau,  les  autres 
de  décoction  de  reglisse,  racine  d’o- 
zeille  et  de  cichorée  sauuage  : bref  on 
peut  s’accommoder  aucunement  au 
goust  des  malades,  et  leur  fairechan- 
ger  de  boisson  lorsqu’ils  seront  en- 
nuyés de  quelque  vne.  Il  ne  faut  pas 
leur  permettre  toulesfois  de  boire  du 
viniusques  au  déclin  de  lafiéure,  et 
quelessignes  de  coction  apparoissent. 
Après  les  purgations,  on  n’oubliera 
pas  ny  les  sudorifiques  ny  les  diuréti- 
ques, et  à la  fin  de  tout  le  bain  d’eau 
douce. 


CHAPITRE  XXIII. 

DE  LA  FIÈVRE  ARDENTE,  ESPECE  DE 
FIEVRE  TIERCE  CONTINVE  *. 

Après  les  fiéuresde  bile  intermit- 
tentes viennent  les  continues,  entre 
lesquelles  est  l'ardente  bilieuse,  que 
les  Grecs  appellent  Causon 2,  excitée 
de  bile,  mais  bien  plus  ardente  que 
celle  qui  fait  la  tierce  continue  com- 
mune, de  laquelle  nous  parlerons  au 
chapitre  suiuant.  Parquoy  si  la  masse 
sanguinaire  bilieuse,  c'est  à dire  qui 
a en  soy  plus  de  bile  que  d’autre 
humeur,  conçoit  en  soy  si  grande  in- 
flammation qu’elle  tienne  tousiours  le 

1 Ce  chapitre  porte  le  même  titre  que  le 
chapitre  11  de  l’édition  de  1575,  auquel  il 
répond  d’ailleurs  exactementet  presque  mot 
pour  mot,  sauf  quelques  changements  que 
nous  signalerons  en  leur  lieu. 

2 Le  chapitre  11  de  1575  commence  autre- 
ment : 

« Ceste  fiéure  est  vne  sorte  de  continue 
ardente  bilieuse,  que  les  Grecs  appellent 
Causas , etc, 


1 34  LE  vingtième  livre 


cœur  assiégé,  elle  fait  la  vraye  Causo- 
n'idc  »,  c’est  à (lire  Heure  ardente,  qui 
diffère  en  cecy  seulement  de  la  fiéure 
tierce  continue  commune,  qu’elle  n’a 
point  de  trois  en  trois  Jours  d'exacer- 
bation manifeste,  ains  marche  tous- 
iours  d’vne  perpétuelle  constance  et 
égalé  ardeur.  Au  reste  elle  est  aussi 
quelquesfois  excitée  dephlegme  salé, 
et  fait  vne  espece  de  causus  moins 
propre,  qu’on  appelle  causus bastard, 
ou  non  légitimé,  qui  n’est  pas  si  vehe- 
meut  que  le  premier. 

Ceste  fiéure  suruient  aux  ieunes  en 
esté,  et  à ceux  qui  sont  de  tempéra- 
ment chaud  et  sec,  et  qui  font  mes- 
tier  de  trauailler  excessiuement. 

Les  signes  du  causus  pathognomo- 
niques, c’est  à dire  propres  et  perpé- 
tuels, sont  fiéure  vehemente  (à  cause 
qu'il  est  excité  de  l’humeur  bilieuse, 
qui  d’ordinaire  s’enflamme  le  plus  ai- 
sément et  furieusement)  et  lassitude 
vlcereuse,  comme  si  on  estoit  piqué 
d’aiguillons  partout  le  corps  : ce  qui 
vient  à cause  de  l’acrimonie  de  l’hu- 
meur bilieuse  et  ténue,  qui  pique  les 
parties  sensibles  de  nostre  corps.  Les 
signes  accompagnans  ceste  maladie 
que  I on  appelle  assidens  et  non  per- 
pétuels , sont  la  langue  seiche , et 
pour  ce  fort  aspre,  noire  à raison  de 
l’aduslion  , douleur  de  ventre  mordi- 
cante  et  tormineuse  , prouenante 
d’vne  fluxion  de  bile  ténue,  sanieuse 
et  ichoreuse , deieclion  souuent  pasle 
et  liquide  pour  l’abondance  delà  ma- 
tière crue  , acre  et  ténue , là  poussée 
par  la  vehemence  de  la  maladie.  Lors 
que  le  siégé  du  causus  est  le  foye  ou 
le  ventricule,  alors  la  soif  est  grande 
et  excessiue,  à cause  de  l’ardeur  et 
siccité  de  tout  le  corps,  si  principale- 
ment la  bile  qui  fait  le  causus  est 


amassée  en  lieu  et  partie  d’où  se  peut 
proprement  exciter  la  soif,  comme  en 
la  bouche  et  orifice  supérieur  du 
ventricule , au  ventricule  mesine,  ou 
aux  poulrtions,  quelquesfois  au  pi- 
lore  ou  orifice  inferieur  de  l’esto 
mach,  et  dans  l’intestin  appellé  ieiu- 
nuhl.  Les  veilles  sont  grandes,  par  le 
defaut  d’humidité  benigne  et  vapo- 
reuse qui  cause  le  sommeil  : délires 
à cause  du  mouuertient  de  la  bile 
vers  le  chef,  si  principalement  le 
siégé  d'icelle  est  au  poulmon  : et  lors 
sans  doute  la  langue  est  aspre  et 
noire,  ils  ne  respirent  qu’à  peine,  et 
halenent  vn  esprit  chaud  et  bruslant, 
haletans  tousiours  à bouche  ouuerte. 
La  bouche  est  incessamment  amere, 
pour  la  continuité  de  la  tunique  in- 
térieure du  ventricule  qui  est  com- 
mune à la  langue. 

Cette  maladie  est  fort  aiguë,  et  qui 
tue  en  peu  de  temps  , d’où  vient  qu’à 
bon  droit  elle  est  appellée  à Montpel- 
lier Trousse-galand  : pariant  dés  le 
commencement  il  faut  que  le  Chirur- 
gien, pour  son  honneur,  et  pour 
s’exempter  de  calomnie,  expose  aux 
assistans  le  danger  où  est  le  malade  : 
car  si  les  accidens  susnommés  se  mons- 
trenl  grands  (lés  le  commencement  de 
ceste  maladie,  s’il  suruient  vne  petite 
sueur  au  front  ou  aux  clauicules,  si 
le  malade  amasse  tes  floccons  de  sa 
couuerture  vers  luy,  s’il  iouë  fort  des 
doigts,  si  les  extrémités  luy  deuien- 
nent  froides,  si  la  maladie  a ses  exa- 
cerbations et  redoublemens  à iours 
pairs,  si  les  vrines  sont  ténues,  noires, 
crues  et  en  petite  quantité,  si  le  ven- 
tre est  retenu , ou  bien  si  és  deiec- 
tions  il  y a indice  de  colliqualion,  si 
la  soif  n’est  si  grande  qu’elle  doit 
estre,  eu  esgard  à l’ardeur  de  la 
fiéure , si  goutte  à goutte  il  luy  flue 
vn  peu  de  sang  par  le  nez  , on  peut 


‘ Edition  de  1575  : fait  le  vray  causus. 


DES  FIEVRES. 


asseurément  prédire  la  mort , sans 
autrement  entreprendre  à guérir  tel 
malade. 

Toutesfois  s’il  y a espérance  de 
santé,  il  faut  que  la  curation  consiste 
en  deux  choses,  sçalioir  est  en  la 
diete , et  és  medicamens. 

Pour  la  diete  Faut  considérer  trois 
choses,  c’est  à sçauoir,  la  quantité 
des  alimens  et  la  vertu  du  malade, 
le  temps  de  la  maladie,  et  la  qualité 
de  la  f, éure.  Il  faut  connois»re  la 
vertu  du  malade  pour  la  garder  et 
conseruer , car  c’est  elle  qui  chasse 
la  maladie  : partant  il  ne  conuient 
donner  si  grande  quantité  d’alitnens 
qu’elle  ne  les  puisse  cuire,  ny  pareil- 
lement en  donner  si  peu  qu’elle  de- 
faille  , et  qu’elle  ne  soit  assez  forte. 
El  quant  au  temps  de  la  maladie  , si 
elle  est  en  sa  vigueur  ou  prés  d’icelle, 
il  faut  donner  peu  d’alimens  ou  rien 
du  tout,  pource  que  c’est  diuertir 
Nature  de  son  intention  : car  elle  ne 
peut  cuire  les  alimens,  et  ensemble 
contrarier  à la  maladie.  Outre  plus 
faut  considérer  la  qualité  de  la  ma- 
ladie: car  la  fiéure,  veu  que  c’est  vue 
maladiechaudeetseiche,  requiert  ali- 
mens froids  et  humides,  non  enclins  à 
putréfaction,  comme  laictue,  pourpié, 
ozeille,  orge  mondé,  et  autres  sem- 
blables. Le  boire  doit  estre  d’eau, 
d’orge  mondé,  auec  syrop  violât 
ou  de  limons,  eau  bouillie,  d’hippo- 
cras  d’eau,  ou  eau  paunée,  donnant  à 
boire  au  malade  tout  son  saoul  et  à 
son  plaisir  : et  quand  à la  chair  et 
viandes  solides,  ie  ne  suis  pas  d’aduis 
qu'on  en  donne,  ou  bien  que  ce  soit 
en  tres-petite quantité,  et  que  la  chair 
soit  cuite  auec  herbes  réfrigérantes 
cy  dessus  mentionnées,  et  prise  auec 
ius  d’oranges,  limons,  citrons,  gre- 
nades,ou  verjus  degrain.  Que  si  pour 
le  soustenir  on  est  contraint  de  luy 


1 35 

donner  de  la  gelée,  qu’elle  soit  faite 
sans  expression  et  distillation,  et  ou- 
tre sans  canelle  et  vin,  euitarit  les  sa- 
lines et  espiceries,  et  autres  choses 
contraires.  Il  faut  faire  en  sorte  que 
le  malade  respire  l’air  le  plus  frais 
qu’il  sera  possible,  si  ce  n’est  en  hy- 
uer,  brassant  et  versant  de  l’eaii  de 
puits  d’vn  verre  en  autre  : car  delà 
il  sera  rafraîchi,  et  en  outre  endormi 
par  le  doux  murmure  de  l’eau  : que 
le  paué  de  la  chambre  soit  semé  de 
roses,  de  fueilles  de  vignes,  de  laictue, 
de  nénuphar,  pourpié,  et  aul  res  trem- 
pées en  eau  rose,  vinaigre,  ou  eau  de 
puits  tres-froide  : arrangeant  d’auan- 
tage  par  la  chambre  des  branches  de 
saules  verds  qu’il  faudra  changer 
souuerit  : qu’il  aye  lousiours  en  sa 
main  des  fueilles  de  laiclues  ou  de 
vigne  , ou  des  pièces  de  courge  ou 
concombre , mesme  à la  plante  des 
pieds  : qu’on  luy  plonge  les  pieds  et 
les  mains  dans  de  l’eau  froide  en  la- 
quellcil  y aitvn  peu  de  vin  pour  faire 
penetrer  l’eau  : qu’on  le  remue  de  lit 
et  de  draps,  d’heure  en  heure,  pour- 
ueu  toutesfois  que  la  crise  ne  soit  pro- 
che : car  lors  on  luy  nuiroit  grande- 
ment en  le  rafraîchissant  et  remuant. 

La  saignée  doit  estre  faite  soutient 
et  en  bonne  quantité , non  seulement 
des  bras,  mais  aussi  des  pieds  quand 
le  malade  est  en  déliré , ou  qu’il  est 
proche  d’y  tomber  : comme  aussi  és 
femmes  quin’ontpas  leurs  reglemens 
ordinaires,  ou  qui  ne  les  ont  pas  suffi- 
samment : et  aux  hommes  pareille- 
ment qui  ont  hemorrhoïdes  arreslées, 
pourueu  quela  vertu,  l’aage,et  autres 
circonstances  desquelles  nous  auons 
parlé  en  la  phlébotomie  le  permet- 
tent ‘. 

1 L’édition  de  1575  dit  seulement  : 

« La  saignée  doit  estre  faite  en  bonno 


1 36 


LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


Les  epithemessnr  la  région  du  foye 
seront  fails  auec  huile  rosat,  de 
coings , de  nénuphar  , et  autres  refri- 
gcrans,  et  ce  en  la  vigueur  ou  décli- 
naison de  la  maladie.  On  n’obmetlra 
pas  les  fronleaux,  fails  d’oxyrhodi- 
mim  , huile  de  nénuphar,  aubins 
d’œufs  et  oxycrat  ,et  leurs  semblables  : 
et  que  le  malade  tienne  souuent  en  la 
bouche  eau  froide,  ou  eau  d’orge,  ou 
des  fueilles  d’ozeille  trempées  en  eau 
froide,  ou  bien  des  cerises  seiches  ai- 
grettes aussi  trempées  en  eau.  Il  con- 
uient  aussi  euacuer  la  matière  auec 
clystercs  emolliens  et  rafraichissans, 
tels  que  sont  ceux  que  l’on  préparé 
auec  le  sérum  lactis,  auec  décoction 
de  violes  , maulues  et  autres  sembla- 
bles. En  tels  clysteres  dissoudras  plus- 
tost  du  sucre  que  du  miel , et  de 
l’huile  violât  plustost  que  du  com- 
mun , pour  tousiours  euiter  la  cha- 
leur. 

Pour  les  purgatifs,  on  donnera 
casse  nouuellement  mondée  , tama- 
rins, diaprunis  simple,  décoction 
de  roses  et  violes , syrops  de  capilli 
veneris,  de  violes  , de  nénuphar,  de 
cichorée,  d’endiues  , et  leurs  sem- 
blables (ayant  esgard  aux  obstruc- 
tions du  foye)  :les  autres  purgations 
faites  de  rheubarbe  infusée  en  décoc- 
tion de  tamarins,  endiue,  laictue,  sca- 
riole,  et  autres  qui  rafraîchissent  sans 
adslriclion  sont  fort  vtiles:  combien 
qu’il  faille  prescrire  le  moins  de  medi- 
camens  purgatifs  qu’on  pourra , à 
cause  qu’ils  sont  tous  chauds  et  acres, 

quantité,  si  la  vertu,  l’aage,  et  autres  cir- 
constances que  dirons  cy  apres  en  la  phlé- 
botomie le  permettent.  » 

Ce  renvoi  à la  plileboiomie  s’explique  fa- 
cilement, parce  que  le  livre  des  Fiéures  était 
placé  alors  avant  tous  les  autres.  La  phlébo- 
tomie est  traitée,  comme  on  sait,  au  livre 
des  Operations. 


et  par  conséquent  contraires  à la  fiéure 
ardente. Parquoy  en  lieu  d’iceux,il  se- 
roit  fort  bon  de  purger  le  malade  auec 
laict  d’anesse  cuit , ou  pour  le  mieux 
auec  le  sérum  de  laict  : car  l’vn  et  l’au- 
tre a propriété  de  purger  les  sérosités 
bilieuses,  et  est  fort  humide,  sans  au- 
cune acrimonie , et  sans  flatuosité  par 
le  beneüce  de  la  cuisson  l. 


CHAPITRE  XXIV. 

DE  LA  FIÈVRE  TIERCE  C0NT1NVE. 

. Voicy  la  derniere  des  fiéures  qui  se 
font  de  la  bile,  de  laquelle  nous  auons 
peu  de  choses  à dire  , à cause  de  ce 
qui  a esté  dit  de  la  nature  et  curation 
du  causus  : on  peut  comprendre  ce 
qui  est  de  l’essence  et  de  la  curation 
deceste  fiéure  tierce  continue,  y ayant 
peu  de  différence  entre  l’vne  et  l’au- 
tre, en  sorte  que  Galien  mesme  à peine 
les  distingue-il  au  liure  second  des 
Crises , chapitre  6.  Ceste  fiéure  donc 
n’est  autre  chose , qu 'vue  fiéure  con- 
tinue qui  a des  rcdoublemens  manifes- 
tes et  des  sensibles  remissions  de  deux 
iours  Ven , produite  d’vne  bile  pure  qui 
se  pourrit  dans  les  vaisseaux  eslongnés 
du  cœur. 

Lors  donc  que  la  bile  contenue  dans 

1 L’édition  de  1575  ajoutait  ici  cette 
phrase,  par  laquelle  se  term  inai  t le  chapitre  : 

« Au  reste  de  ce  qui  est  icy  dit  de  la  cura- 
tion du  causus,  lu  peux  comprendre  les 
choses  requises  à la  curation  de  la  fleure 
tierce  continué',  de  tant  qu’ils  ne  different 
rien  l’vne  de  l’autre  que  de  vehemente  ar- 
deur et  inflammation.  » 

Dans  le  livre  actuel,  l’auteur  a jugé  à pro- 
pos de  parler  plus  au  long  de  la  fiéure  tierce 
continue,  et  c'est  l’objet  du  chapitre  suivant. 


DES  FIEVRES. 


ces  vaisseaux  vient  à se  pourrir,  si  la 
Nature  ne  peut  la  chasser  en  l’habi- 
tude  du  corps , elle  la  vomit  et  dans 
les  grands  vaisseaux  , et  au  cœur 
mesme  : d’où  il  arriue  qu’il  se  fait  vne 
fiéure  continue  périodique  , laquelle 
a deux  accès  ou  redoublemens  d’au- 
tant plus  sensibles  , comme  aussi  des 
remissions  d’autant  plus  aisées  à re- 
marquer, que  l’humeur  qui  se  pourrit 
est  eslongnédu  cœur.  Lors  donc  que 
ceste  bile,  de  deux  iours  l’vn,  accourt 
au  foyer  où  lapourrilures’attache,elle 
s’eschauffe  aisément , et  allume  vne 
chaleur  remarquable,  laquelle  vient 
à se  diminuer  vu  peu  à mesure  que 
ceste  bile  qui  accourt  se  consomme, 
mais  elle  ne  cesse  point  tout  à fait 
que  ladite  bile  ne  soit  tout  à fait  con- 
sommée : c’est  pourquoy  la  fiéure  est 
continue  : et  à cause  du  lieu  où  la  bile 
se  pourrit  eslongnéedu  cœur,  ladite 
fiéure  a des  redoublemens  et  des  re- 
missions manifestes.  Pour  la  bile  qui 
fait  ceste  fiéure,  elle  est  moins  acre  et 
en  moindre  quantité  que  celle  qui 
fait  la  fiéure  ardente , et  au  reste 
n’esl  pas  si  proche  du  cœur  , estant 
très  véritable  que  tant  plus  l’humeur 
qui  se  pourrit  est  proche  du  cœur, 
plus  donne-il  de  chaleur  et  de  vio- 
lence de  fiéure. 

Que  si  l’on  me  demande  comment 
ie  reconnoistray  vne  fiéure  ardente 
d’auec  la  fiéure  continue,  ie  respons 
que  la  fiéure  ardente  brusle  assiduel- 
lement  les  febricitans  d’vne  pareille 
chaleur,  sans  auoir  de  sensibles  re- 
doublemens ou  remissions  de  deux 
iours  l’vn  : là  où  la  tierce  continue  a 
des  remises  bien  douces,  et  a des  re- 
doublemens remarquables  de  iour  à 
autre,  par  conséquent  ne  garde  pas 
vne  pareille  chaleur  de  son  commen- 
cement iusqucs  à la  fin.  Au  reste  tous 
les  accidens  et  symptômes  sont  moins 


1 87 

violens  en  la  tierce  continue  qu’en 
la  fiéure  ardente , la  soif  et  les  veilles 
moindres:  elle  est  plus  longue  et 
moins  périlleuse,  et  ne  se  termine  que 
vers  le  14.  iour. 

Elle  s’attache  à ceux  mesmes  qui 
sont  suiets  au  eau  su  s , sçauoir  aux 
Jeunes , bilieux  , d’vn  tempérament 
chaud  et  sec  , en  l’esté  plustost  qu’en 
autre  temps,  à ceux  qui  trauaillent 
beaucoup,  qui  veillent,  qui  ont  beau- 
coup de  soin,  qui  se  laissent  transpor- 
ter à la  cholere,  qui  s’exposent  à l’ar- 
deur du  soleil,  et  qui  vsent  de  viandes 
chaudes  et  acres,  boiuent  des  vins 
forts , ieusnent  beaucoup,  ou  ont 
amassé  de  la  bile  de  longue  main 
qu’ils  auoient  accoustumé  de  vuider 
en  certaines  saisons. 

La  cure  de  ceste  fiéure  est  presque 
mesme  qu’au  causus  :1e  viure  ne  doit 
pas  estre  si  rafraîchissant  et  humec- 
tant :l’on  peut  nourrir  le  malade  plus 
libéralement  aux  iours  de  remission. 
Les  remedes  doiuent  estre  mesurés  à 
proportion  que  ce  mal  approche  plus 
ou  moins  de  la  fiéure  ardente.  Il  ne 
faut  point  espargner  la  saignée,  les 
lauemens,  les  purgatifs,  les  alteratifs, 
les  corroborans,  les  epithemes,  fron- 
taux, et  autres  remedes  se  rapportans 
à ceux  que  nous  auons  spécifiés  au 
chapitre  precedent.  Bref,  le  causus  et 
la  tierce  continue  differans  seulement 
du  plus  et  du  moins , doiuent  aussi 
estre  traités  par  remedes  qui  soient 
différons  du  plus  et  du  moins  seule- 
ment. 

le  diray  pour  conclusion,  que  la 
fiéure  que  les  autheurs  appellent  sy- 
no  iue  bilieuse  se  rapporte  à ceste 
fiéure  icy  continue,  d’autant  qu’elle 
se  fait  du  sang  qui  se  change  et  se 
tourne  en  bile  rellea  neanlmoins  vne 
chaleur  vn  peu  plus  douce  que  les 
fleures  qui  sont  faites  de  la  bile  pure 


1 38  LE  VINGTIÈME  LIVRE 


qui  se  pourrit.  Et  voila  ce  que  nous 
auons  à dire  des  fleures  bilieuses. 


CHAPITRE  XXV. 

DBS  FIÈVRES  PITVITEVSES,  ET  PREMIE- 
REMENT DE  LA  0V0T1DI  ANE  INTER- 
MITTENTE , LEGITIME  Eï  ILLEGITIME1. 

Nousparlerons  icydes  fleures  faites 
de  pituite  , qui  semblent  estre  oppo- 
sées aux  ptecedentes,  en  tant  que  la 
pituite  est  froide  et  humide,  et  la  bile 
chaude  et  seiche.  Or  de  ces  fleures,  il 
yen  a quatre  especes,  la  quotidiane 
intermittente,  la  quotidiane  continue, 
Vepiale,  et  la  lÿpirie.  Pour  la  quoti- 
diane intermittente  , elle  a esté  ainsi 
appellée,  non  de  l’humeur  qui  la  fait, 
mais  du  temps  et  que  l’humeur  qui 

1 Ce  chapitre  répond  d’une  part  au  cha- 
pitre 6 de  l’édition  de  1575,  et  d’autre  part 
ati  chapitre  24  du  livre  des  Tumeurs  de  1579 
et  des  éditions  suivantes  , intitulé  : De  la 
Jièure  qui  suruieni  aux  tumeurs  œdémateuses. 
Comment  Paré  avait-il  eu  l’idée  bizarre  de 
rattacher  la  lièvre  quotidienne  à l'œdème, 
c’est  ce  qu’il  explique  lui-même  au  début 
de  ce  dernier  chapitre  : 

« Toutes  les  especes  et  différences  des  tu- 
meurs œdémateuses  expliquées,  reste  à par- 
ler briefuement  de  la  fiéure  accidentaire, 
qui  assez  soutient  leur  suruient.  Icelle  rete- 
nant du  mouuement  de  l’humeur  pituiteux 
dont  elle  est  excitee,  est  ordinairement  de 
l’espece  de  celles  que  les  Médecins  appel- 
lent quotidiennes  intermittentes.  » 

Le  chapitre  de  1575  a lui-même  un  autre 
commencement,  que  nous  avons  reproduit 
ci-dessus  à l’occasion  du  chapitre  17  ; et  de 
même  aussi  le  premier  paragraphe  du  texte 
actuel  ne  ressemble  à rien  de  ce  qu’on  lit 
dans  les  autres  éditions.  C’est  au  deuxième 
paragraphe  que  les  rédactions  se  rappro- 
chent. 


la  fait  a ses  mouuemens  , et  que  la- 
dite fiéure  a ses  accès  ou  exacerba- 
tions, qui  est  tous  les  iours  : c’est 
pourquoy  elle  est  appelée  des  Grecs 
Amphimerinos  , et  est  definie  fiéu  e 
pourrie,  qui  a tous  les  iours  des  accès 
* et  intermissions , faite  d’vne  pituite 
douce  ou  insipide  qui  se  pourrit  hors 
des  grands  vaisseaux. 

Elle  fait  donc  tous  les  iours  son  ac- 
cès de  la  longueur  dedix-huit  heures, 
donnant  intermission  et  relasche  ma- 
nifeste le  reste  du  iour  ».  C’est  vne  fié- 
urc  qui  arriue  fort  rarement,  à cause 
que  la  pituite  se  pourrit  fort  difficile- 
ment , d’autant  qu’estant  familière  u 
la  Nature  , elle  se  la  reserue  pour  la 
tourner  en  aliment  et  nourriture,  en 
cas  qu’elle  ait  faute  de  sang  : comme 
enseigne  Galien  au  commentaire 
deuxième  du  luire  d’Hippocrate  du  ré- 
gime de  viure  és  maladies  aiguës,  par- 
tie 44. 

Les  causes  primitiues  d’icelle  sont, 
froideur  et  humidité  de  l’air  qui  nous 
enuironne , long  vsage  des  choses 
froides  et  humides  qui  aisément  se 
corrompent  et  pourrissent , comme 
fruicts  nouueaux  et  poissons  : inter- 
mission d’exercice  accoustumé.  Les 
causes  antécédentes  sont  grande  re- 
pletion  d’humeurs , principalement 
phlegmatiques  el  pituiteuses.  Les  cau- 
ses dispositiues  sont  la  froideur  et  dé- 
bilité de  l’estomach  et  du  foye,  qui  au 
lieu  d’humeurs  cuites  en  font  de  crues 
et  mal  digérées  2.  La  cause  coniointe 
est  le  pidegme  putréfié  liors  des 

1 Le  texte  de  1575  et  celui  de  1579  se 
bornent  à donner  cette  définition;  le  reste 
du  paragraphe  est  une  addition  propre  au 
ivre  posthume. 

2 L’édition  de  1575  ne  parle  pas  de  ces  cau- 
ses </ûposiiiae.s,  et  elle  se  borne  aussi  à l’indi- 
cation de  la  cause  coniointe  ; le  reste  du  para- 
graphe, depuis  ces  mois  : Orcephlegme,  etc., 


DES  FIEVRES. 


grands  vaisseaux,  ou  en  l’habitude  et 
espace  de  tout  !e  corps,  ou  pour 
mieux  dire  en  la  première  région  d’i- 
celuy.  Or  ce  plilegme  ou  pituite  est 
doux  ou  insipide,  et  non  salé  ny  acide, 
estant  vray  que  ce  premier  là  fait  la 
fleure  quotidiane  intermittente  exqui- 
sité ou  légitimé,  là  où  les  autres  espe- 
ces de  pituite  font  l’intermittente bas- 
tarde.  C’est  pourquoy  l’on  peut  auec 
raison  appeler  ceste  icy  légitimé,  à 
cause  de  1 humeur  qui  la  fait  : qui 
est  la  vraye  et  naturelle  pituite  pure 
et  simple,  etnon  eslrangereou  meslée 
auec  quelque  autre  humeur,  d’où  se 
font  les  quotidianes  intermittentes 
bastardes. 

Les  signes  de  ceste  fleure  quoti- 
diane intermittente  sont  pris  de  trois 
choses , sçauoir  des  naturelles,  des 
non  naturelles,  et  de  celles  qui  sont 
contre  nature.  Des  choses  naturelles, 
car  le  plus  souuenl  ceste  fleure  prend 
ceux  qui  sont  de  nature  ou  tempéra- 
ment froids  et  humides , comme  gens 
vicils,  femmes,  petits  enfans,  et  hom- 
mes eunuques,  pour  l’abondance  du 
phlegme  qui  est  en  eux.  Ladite  fleure 
prend  les  vieils  naturellement,  pource 
qu’en  iceux  la  chaleur  naturelle  est 
foible,  debile,  et  ne  peut  cuire  les  ali- 
mensen  quelque  petite  quantité  qu’ils 
puissent  estre  pris  : mais  elle  prend  les 
enfans  par  accident,  et  non  naturelle- 
ment, car  ils  sont  chauds  et  humides: 
mais  pour  la  quanliié  des  alimens 
qu’ils  prennent,  et  l’inconstance  et 
mouuement  desordonné,  iis  engen- 
drent grande  abondance  d’humeurs 
crues,  qui  est  la  cause  materielle  de 
la  fiéure  quotidiane.  Des  choses  non 
naturelles  : car  telle  fiéure  prend 
plus  souuent  en  liyuer  qu’au  prin- 

cst  une  addition  du  livre  posthume.  Le  texte 
de  1579  suit  celui  de  1575. 


i3g 

temps,  aux  pays  froids  et  humides, 
par  vne  maniéré  de  viure  oiseuse  et 
sédentaire  : par  l’vsage  des  viandes 
non  seulement  froides  et  humides , 
mais  aussi  chaudes  et  seiches,  si  elles 
sont  prises  en  telle  et  si  excessiue 
quantité  qu’elles  débilitent  et  suffo- 
quent la  chaleur  naturelle  : car  le  vin, 
bien  qu’il  soit  de  faculté  chaude  et 
seiche, tou lesfois,  pris  trop  abondam- 
ment, il  engendre  de  la  pituite  et  des 
maladies  froides  : ainsi  l’ebrielé  et 
yurongnerie  : la  crapule  ,.la  crudité , 
le  bain  , l’exercice  et  trauail  pris  in- 
continent après  le  repas,  rauissant 
les  viandes  deuant  qu’elles  ayent  eu 
le  loisir  d’estre  cuites  pour  estre  dis- 
tribuées à l’habitude  du  corps  : bref 
toutes  les  autres  causes  qui  peuuent 
engendrer  en  nous  abondance  de  pi- 
tuite, peuuent  exciter  la  fiéure  quoti- 
diane. Le  troisième  chef  d’où  sont  pris 
les  signes  de  ceste  fiéure,  sont  les 
choses  contre  nature,  pource  que 
ceste  fiéure  suit  le  froid  , en  tant  que 
tout  le  corps  est  refroidi,  et  principa- 
lement les  extrémités  '. 

Les  accidens  de  telle  fiéure  sont 
douleur  d’eslomach,  pource  que  le 
phlegme  pour  la  plus  part  s’engendre 
en  iceluy,  d’où  s’ensuit  vomissement 
pituiteux  : en  outre  la  face  apparoist 
toute  pasle,  mesme  durant  l’estât  de 
l’accès  : et  la  bouche  est  humide  sans 
soif,  à cause  que  l’estomacb  estant 
rempli  de  pituite,  la  bouche  et  la 
langue  s’en  resenlent,  pour  la  conti- 
nuité de  la  tunique  intérieure  qui  leur 
est  commune  auec  le  ventricule.  La 
fiéure  donc  quotidiane  faite  de 
phlegme  doux,  commence  par  le  froid 

1 Ce  paragraphe  est  presque  textuellement 
1 copié  sur  le  texte  de  1575  ; celui  de  1579  n’en 
diffère  que  parce  qu’il  a subi  plusieurs  sup- 
pressions. 


i4o  le  vingtième  livre 


aux  extrémités,  par  pouls  petit  et 
profond,  qui  toutesfois  en  l’estât  de 
l’accès  se  monstre  pins  fort.plusgrand 
et  humide,  et  plus  leger,  pour  mesme 
raison  que  la  chaleur  de  ceste  fiéure 
semble  au  premier  attouchement 
douce,  vaporeuse  et  humide , mais 
enfin  y tenantpluslong-tempsla  main 
elle  se  sent  acre,  tout  ainsi  que  le  feu 
allumé  en  bois  verd  se  monstre  du 
commencement  petit , languide  et 
fumeux  : mais  enfin  ardent  et  violent, 
lors  que  le  bois  estant  eschauffé  et 
reseiché,  l’action  et  l’ardeur  du  feu 
n'est  plus  empeschée  par  la  presence 
de  l’humidité  contraire.  L’accès  se 
termine  par  petites  sueurs,  lesquelles 
aucunes  fois  ne  se  montrent  point  du 
commencement,  mais  approchant  la 
crise  elles  suruiennent  en  plus  grande 
abondance.  L’vrineest  pasledu  com- 
mencement et  espaisse,  et  aucunes 
fois  ténue  là  où  il  y a obstruction  : 
mais  là  où  la  matière  est  cuite  comme 
elle  est  en  l’estât  de  la  fiéure,  l’vrine 
se  monstre  rousse.  Si  au  commence- 
ment de  la  fiéure  ilsuruient  vn  vo- 
missement pituiteux , cela  signifie 
qu’elle  sera  en  peude  temps  terminée, 
tant  pour  la  tenuité  de  sa  matière, 
que  pour  ce  que  par  telle  euacualion 
est  faite  excrétion  de  la  cause  con- 
iointe  de  la  fiéure  '. 

La  fiéu re  quotidiane  le  plus  souuent 

' Tout  ce  paragraphe  se  lit  de  même  dans 
toutes  les  éditions  ; c’est  ce  qui  nTa  autorisé 
à corriger  ces  derniers  mots , la  cause  con- 
ioinie  de  lu  mutiere  , qui  sc  lisent  dans  le  li- 
vre posthume  , par  ceux-ci  : la  cause , con- 
ioiiite  de  ta  fiéure,  qu’on  trouve  dans  toutes 
les  éditions  du  vivant  de  l’auteur. 

Au  reste,  tout  ce  qui  suit  jusqu’au  der- 
nier paragraphe,  à part  des  modifications 
insignifiantes  de  rédaction,  est  copié  sur  le 
texte  de  1576,  suivi  lui-même  par  celui  de 
1579. 


est  longue,  pour  ce  que  l’humeur  pi- 
tuiteux estant  de  sa  nature  froid  et 
humide,  est  lourd,  pesant  et  tardif  à 
semouuoir  : et  outre  non  sans  dan- 
ger de  plus  grande  maladie,  pour  ce 
que  le  plus  souuent  elle  se  change  en 
fiéure  ardente  ou  en  quarte,  par  ainsi 
il  se  fait  complication  de  maladies.  Car 
comme  ainsi  soit  que  la  saueur  salée 
soit  propre  entre  toutes  les  humeurs 
à la  seule  pituite,  et  que  telle  saueur 
est  fort  proche  delà  saueur  amere,  en 
laquelle  mesme  aisément  elle  se 
change  et  dégénéré  par  adustion,  il 
ne  faut  s’esmerueiller  si  la  pituite  par 
telle  adustion  se  change  en  bile  rousse 
et  noire. 

Tous  ceux  qui  releuent  de  fiéure 
quotidiane,  ont  la  faculté  concoctrice 
fort  debile  , et  partant  ne  leur  con- 
uient  bailler  abondance  d’alimens  et 
difficiles  à cuire.  En  la  fiéure  quoti 
diane,  tout  le  corps  est  plein  d’hu- 
meurs cruds. 

Toute  ceste  fiéure  dure  le  plus  sou- 
uent soixante  iours.  Si  dés  le  com- 
mencement de  l’accès  on  vient  à vo- 
mir, et  si  à la  fin  il  suruient  de  gran- 
des sueurs,  ce  sont  signes  qu’icelle 
sera  tosl  terminée , pource  que  la 
matière  est  obéissante  , et  la  vertu 
naturelle  forte , au  moyen  que  la 
vertu  expullrice  iette  hors  la  ma- 
tière d’icelle  fiéure. 

Au  reste,  donne-toy  garde  d’estre 
trompé , prenant  vne  fiéure  double 
tierce  pour  vne  quotidiane , pource 
qu’elle  répété  et  donne  lous  les  iours 
vn  accès  comme  la  quotidiane.  Or  il 
sera  aisé  de  les  distinguer,  si  tu  con- 
sidérés l’espece  et  forme  essentielle 
de  l’vne  et  de  l’autre.  Les  causes  sont 
contraires , et  pareillement  les  symp- 
tômes. D’auantage  les  quotidianes 
prennent  tousiours  après  midy,  sur  le 
soir  et  commencement  de  la  nuict, 


DES  FIÈVRES. 


lors  que  par  l’absence  du  Soleil  l’air 
estant  refroidi,  tout  nostre  corps  est 
pareillement  refroidi  : d’où  vient  que 
les  humeurs  froides  ont  leur  mouue- 
ment  en  iceluy,  lesquelles  auparauant 
estoient  aucunement  retenues  par  la 
chaleur  : les  doubles  tierces  au  con- 
traire commencent  et  surprennent  le 
matin,  et  deuant  midy. 

La  brieueléet  douceur  de  l’accès  et 
grande  sueur,  sont  signes  que  la  fiéure 
est  briefue  et  salutaire,  si  cela  ad_ 
uient  l’humeur  estant  ja  cuit. 

La  curation  consiste  en  deux  cho- 
ses , sçauoir  est , en  régime  et  medica- 
mens.  Le  régime  doit  estre  ténu  et 
incisif,  l’air  clair,  chaud  et  sec  modé- 
rément. Les  alimens  soient  pain  bien 
cuit,  chaudeaux  faits  de  poulailles 
cuites  auec  racines  de  persil , ozeille, 
petit  houx,  semences  froides,  et  autres 
semblables.  On  peut  manger  poulets, 
mouton,  perdris,  et  petits  oyselets, 
poissons  d’eau  douce  rostis,  œufs 
mollets.  Les  fruits  soient  raisins,  pru- 
neaux, amandes,  dactes.  Le  breuuage 
soit  petit  vin  blanc,  trempé  auec  eau 
cuite  : l’exercice  modéré  esl  Ires- 
bon  , comme  aussi  les  frictions  de 
tout  le  corps  : le  dormir  est  commode 
s’il  est  fait  aux  heures  deuës , et  qu’il 
soit  proportionné  aux  veilles.  Quant 
aux  affections  de  lame,  il  faut  que 
le  malade  se  resioüisse,  et  qu’il 
pienne  tousiours  bonne  esperance  de 
sa  santé. 

A l’heure  de  l’accès  les  pieds  et  les 
iambes  du  malade  soient  mises  en  eau 
liede,  en  laquelle  aura  cuit  camomille, 
anet , melilol,  marjolaine,  sauge,  ros- 
marin.  Les  medicamens  alteratifs  sont 
syrops  digestifs,  apéritifs,  oxymel  : tels 
que  son  t les  syrops  d’absinthe,  de  men- 
the, des  deux  et  cinq  racines,  auec  dé- 
coctions de  camomille,  calamente, 
melilot,anet,  et  leurs  semblables,  ou 


l4l 

auec  décoctions  communes.  Les  me- 
dicamens purgatifs  soient  diaphœni- 
cum  , electuaire  diacarthami,  hiera 
picra , pillules  aurées,  agaric,  tur- 
bith,  desquels  on  fera  potion  auec 
eau  de  menthe,  melisse,  hyssope, 
sauge,  fenoüil,  scariole  : aucuns  se- 
ront donnés  en  forme  de  bolus  auec 
sucre,  selon  que  le  docte  Médecin 
considérera  estre  moins  moleste  et 
fascheux  au  malade.  Enuiron  l’estât 
de  la  maladie,  il  faudra  auoir  esgard 
au  ventricule,  et  principalement  à 
l’orifice  d’iceluy,  d’autant  qu’il  est  le 
siégé  principal  de  la  pituite,  qui  fait 
ceste  heure  quotidiane.  Parquoy  de 
deuxiours  l’vn,  il  sera  bon  de  l’oindre 
d’huile  de  camomille  auec  vn  peu  de 
vin  blanc.  Il  sera  bon  aussi  de  le  dé- 
charger par  vomissement,  auec  le  suc 
de  raue,  et  force  oxymel,  ou  auec 
décoction  de  semence  ou  racine  d’a- 
zarum,  ou  de  camomille,  auecsyrop 
aceteux,  et  sur  le  commencement  de 
1 accès,  lors  que  Nature  commence  à 
s’esmouuoir.  Pour  vne  quotidiane 
inueterée,  que  l’on  n’aura  peu  guérir 
par  remedes  communs  etvsités,  il  n’y 
a rien  si  propre  que  de  donner  demie 
drachme,  ou  vne  drachme  entière  de 
thériaque  vieille,  auec  sucre  en  forme 
de  bolus,  ou  bien  dissoute  auec  vn 
peu  d’eau  de  vie  '. 

Que  dirons- nous  de  la  saignée  ? est- 
elle  necessaire  en  la  cure  des  quoti- 
dianes?  Les  autheurs  grecs  n’en  font 
aucune  mention,  ne  semblant  pas 
estre  à propos  de  rafraîchir  vn  corps 
par  la  saignée,  qui  tombe  malade 
pour  estre  trop  rafraîchi.  Les  Arabes 
sont  d'vn  autre  aduis,  et  estiment 

1 Ici  se  termine  le  chapitre  dans  l’édition 
de  1575,  et  de  même  aussi  celui  du  livre  des 
Tumeurs  de  1579.  Le  reste  est  donc  une  ad- 
dition propre  au  livre  posthume. 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


l4 2 

qu’il  est  à propos  quelquesfois , lors- 
qu’on s’apperçoit  quelque  plénitude , 
detirervn  peu  de  sang,  tantost  du  bras 
droit,  lors  que  le  temps  et  la  saison 
est  chaude  et  bouillante , tantost  du 
bras  gauche  quand  le  temps  est  froid. 
Pour  moy  i ay  appris  des  meilleurs 
médecins  de  Paris,  qu’à  cause  de  la 
pourriture,  et  de  ceste  chaleur  es- 
trangere  qui  s’introduit  dans  les  hu- 
meurs, que  ce  n’est  pas  mal  fait  d’es- 
pcnter  par  fois  la  veine , principale- 
ment lors  que  nous  obseruons  que  les 
vrines  sont  espaisses  et  rouges , que 
nous  voyons  que  la  heure  s’augmente 
et  s’aigrit , et  que  nous  craignons 
quelques  grands  et  violens  symptô- 
mes qui  peuuent  estre  cause  de  quel- 
que sinistre  accident  à la  vie  du  ma- 
lade. En  cecy  il  faut  s’en  rapporter  à 
la  prudence  du  sage  médecin , qui 
après  auoir  bien  pesé  et  balancé  tou- 
tes les  circonstances  qui  se  trouuent 
et  au  tempérament  naturel  du  mala- 
de, et  aux.  conditions  de  lafiéure, 
peut  ou  prescrire,  ou  obmeltre  cere- 
mede. 

Pource  qui  est  de  la  quolidiane  bas- 
tardc,  nous  en  dirons  vn  mol  au 
Chapitre  vingt-sept. 


CHAPITRE  XXVI. 

DE  LA  FIÈVRE  QVOT1DIANE  CONTINVE  ‘. 

La  heure  quolidiane  continue  est 
vn  peu  plus  frequente  que  n’est  pas 

1 Ce  chapitre  répond  essentiellement  au 
chapitre  12  de  1575,  intitulé:  Cure  de  la 
fleure  quolidiane  continue.  Toutefois  il  y a 
quelques  différences,  que  j’aurai  soin  de  si- 
gnaler. 


l’intermittente  : et  quant  au  reste  elle 
ne  différé  point  d’auec  elle,  soit  en  sa 
connoissance,  soit  en  sa  curation. 
Toute  la  différence  qu’il  y a entre  ces 
deux  fiéures , c’est  en  leur  foyer , ce- 
luy  de  la  continue  estant  dans  les 
grands  vaisseaux,  et  celuy  de  l’inter- 
mittente dans  les  petits  vaisseaux , au 
fond  du  ventricule,  aux  intestins  , 
mesentere , et  autres  parties  adjacen- 
tes de  l’abdomen  : d’où  il  arriue  que 
la  chaleur  de  l’intermittente  est  moin- 
dre que  celle  de  la  continue  '. 

Au  reste  tu  connoistras  la  continue 
par  les  mesmes  indices  que  l’intermil- 
tente, te  resouuenant  lousiours  qu’elle 
n’a  ny  accès,  ny  frisson,  ny  intermis- 
sion 2,  et  qu’entre  toutes  les  fiéures 
continues,  il  n’y  en  a point  qui  ait 
plus  de  ressemblance  auec  son  inter- 
mittente que  ceste-cy  : d’autant  que 
l’intermittente  a si  peu  d’interualle  et 
d’inlermission , que  durant  ce  repos 
mesme  il  semble  que  la  fiéure  perse- 
uere  tousiours , si  bien  que  Galien 
mesme  auec  tous  les  anciens  Grecs 
ont  douté  si  ceste  fiéure  intermittente 
n’estoit  point  continue,  comme  tu 
pourras  apprendre  du  Chap.  4 du 

1 J.e  premier  paragraphe  du  chapitre  de 
1575  est  fort  différent  quant  à la  rédaction, 
et  plus  encore  peut-être  relativement  à l’une 
des  idées  principales.  Tandis  que  le  texte 
actuel  déclare  la  fièvre  quotidienne  conli 
nue  plus  fréquente  que  l’intermittente , le 
texte  primitif  dit  : 

«Ceste  heure  est  fort  rare,  de  tant  que 
bien  difficilement  aduient-il  que  la  pituite 
pourrisse  dans  les  veines,  et  grands  vais- 
seaux, comme  ainsi  soit  que  nature  la  garde 
comme  sang  à demy  cuit,  pour  la  tourner 
en  vray  sang  en  cas  de  nécessité.  » 

2 Là  s’arrête  tout  ce  que  l’édition  de  1575 
contient  sur  le  diagnostic;  le  reste  du  para- 
graphe appartient  en  entier  au  livre  pos- 
thume. 


DES 

liu.  2 des  Différences  des  fleures  de 

Galien. 

La  façon  de  guérir  ceste  fiéure  con- 
tinue est  diuerse,  selon  ladiuersitédes 
temps  de  la  maladie.  C’est  pourquoy 
au  commencement  il  sera  très  à pro- 
pos de  lascher  le  ventre  auec  vn  clys- 
tere , oa  quelque  médecine  douce , 
bien  que  ie  voye  la  pluspart  des  Mé- 
decins d’à  présent  reculer  la  purga- 
tion iusques  apres  la  saignée  >.  Donc- 
ques  après  le  clystere,  il  faut  penser 
à la  saignée , s’il  y a iuste  occasion  de 
ce  faire,  comme  si  la  fiéure  est  grande, 
si  le  pouls  est  haut  et  esleué,  si  les 
veines  sont  espaisses  et  rouges  , s’il  y 
a quelque  estoulfement , si  les  forces 
le  peuuent  porter  : toutesfois  quoy 
que  ce  soit,  il  ne  faut  pas  beaucoup 
tirer  de  sang  à la  fois , mais  partir  et 
diuiser  l’euacuation  à deux  ou  à trois 
fois  2 * * 5.  Deux  iours  après  la  saignée  , il 
faut  donner  vn  minoralif  pour  tous- 
iours  soulager  la  nature , la  deschar- 
geant d’vne  partie  de  son  faix  : ce  qui 
se  fait  à commandement  auec  vne  dé- 
coction propre  contre  la  pituite,  en  la- 
quelle on  dissoudra  du  catholicon 
(et  non  de  la  casse,  qui  est  ennemie 
du  ventricule  et  de  ceste  maladie,  à 
cause  de  son  humidité  ) et  quelque  peu 
de  diaphœnicum.  Car  le  catholicon , 
bien  qu'il  soit  propre  à purger  la  bile, 
si  est-ce  que  dissout  en  quelque  décoc- 
tion atténuante  et  incidente,  purge 
aussi  la  pituite.  En  après  il  faudra 
cuire  la  masse  de  l’humeur  pituiteux 
par  detersifs , incidens  et  apéritifs  : le 

1 Ceci  est  le  texte  presque  pur  de  1575; 

seulement  celle  fin  de  phrase  : bien  que  ie 

voye  la  pluspart  des  Médecins,  etc.,  est  une 

addition  du  livre  posthume. 

5 Ces  mots  : mais  partir  et  diuiser  l'eua- 
cuation,  etc. , sont  encore  une  addition  du 
livre  posthume. 


miel  rosat  coulé  et  l’hydromel  déter- 
gent, incisent  et  ouurent  : l’oxymel 
tant  simple  que  composé,  le  syrop 
aceteux  , de  byzantiis , capilli  veneris, 
de  duabus  et  quinque  radieibus.  En  fin 
faut  donner  vne  bonne  et  passable- 
ment forte  purgation  pour  purger  la 
matière,  ainsi  comme  dit  est  prépa- 
rée l.  On  obseruera  toutesfois,  que  si 
la  chaleur  de  la  fiéure  est  vehemente 
et  acre,  on  doit  conlempercr  les  sy- 
rops  cy-dessus  nommés  auec  de  plus 
bénins  et  moins  eschauflans , tels  que 
sont  les  syrops  d’endiue  simple  et 
composé,  l’eau  d’endiue,  de  borra- 
che,  des  capillaires,  et  autres  de 
mesme  faculté. 

Au  reste,  souuknne-toy  en  ceste 
fiéure  lousiours  de  roborer  le  ventri- 
cule, ce  qui  se  fera  commodément 
auec  le  mithridat.  En  ceste  fiéure  il 
faut  fuyr  l’ vsage  immodéré  des  pota- 
ges , coullis,  et  choses  semblables, 
d’autant  qu’elles  humectent  trop  le 
ventricule , et  emplissent  la  teste  de 
vapeurs  : pour  laquelle  mesme  raison 
il  faut  nourrir  le  malade  de  chair 
solide , de  bestes  de  moyen  aage:  car 
celle  des  ieunes  est  pleine  d’humi- 
dité muqueuse  et  excremenlilielle. 


CHAPITRE  XXVII. 

DE  LA  FIEVRE  EPIALE,  ET  DE  LA  LYP1RIE. 

Nous  auons  remarqué  cy-deuant, 
ce  me  semble,  que  la  pituite  natu- 

1 Là  s’arrête  le  paragraphe  dans  le  texte 
primitif;  la  phrase  qui  suit  appartient  au 
livre  posthume  : après  quoi  le  dernier  para- 
graphe est  copié  presque  exactement  sur 
l’édition  de  1575,  où,  comme  dans  celle-ci, 
il  termine  le  chapitre. 


LE  VINGTIÈME  LtVRE , 


i44 

relie,  douce  ou  insipide,  estoit  cause 
de  la  fiéure  quotidiane  intermittente 
exquisile  et  légitimé,  laquelle  nous 
auons  expliquée  au  Chapitre  25  : il 
reste  maintenant  à demonstrer  que 
les  autres  especes  de  pituite  non  na- 
turelle, telles  que  sont  la  salée,  l’a- 
cide et  la  vitrée,  font  l’autre  espece  de 
fleure  quotidiane  illégitime  ou  bas- 
tarde.  Mais  nous  auons  deux  sortes 
de  ceste  fiéure  bastarde  : l’vne  plus 
douce  et  moins  fascheuse,  qui  est 
engendrée  de  la  pituite  salée  ou 
acide , l’autre  plus  importune  et 
fascheuse , qui  se  fait  de  la  pituite 
vitrée.  Pour  la  première  qui  se  fait 
de  la  salée  ou  acide  , nous  n’en  di- 
rons autre  chose  , à cause  qu’icelle 
approche  fort  de  la  condition  et  na- 
ture de  la  quotidiane  légitimé,  c’est 
pourquoy  il  faut  fort  peu  d’indications 
et  de  remedes.  Qu’on  se  renie! te  seu- 
lement deuant  les  yeux  que  la  pituite 
acide  se  fait  par  vne  vehemenle  froi- 
deur, la  salée  par  vne  chaleur  eslran- 
gere,  la  douce  et  insipide  par  vne 
froideur  médiocre  : que  l’acide  excite 
la  faim , la  salée  la  soif , et  la  douce  le 
sommeil  : et  que  l’acide  demande  des 
medicamens  qui  la  puissent  cuire  et 
adoucir  , et  la  salée  des  purgatifs  qui 
la  chassent  hors  du  corps.  Ce  faisant, 
il  sera  aisé  d'appliquer  les  remedes 
de  la  quotidiane  légitimé  à la  quoli- 
diane  bastarde , qui  sera  faite  ou  de  la 
pituite  acide,  ou  de  la  salée. 

Pour  l’autre  fiéure  bastarde  qui  se 
fait  de  la  pituite  vitrée,  elle  est  nom- 
mée Epiale  d’vn  nom  grec  qui  signifie 
chez  les  Latins  Algorem , c’est  à dire 
froideur  veheinente  , telle  qu’on  la 
ressent  en  ceste  fiéure.  Or  elle  est  de- 
finie  fiéure  quotidiane  bastarde  , la- 
quelle apporte  au  corps  vn  ressenti- 
ment de  grande  froideur , et  de  peu 
de  chaleur , engendrée  de  la  pituite 


vitrée  qui  se  pourrit  en  partie.  Par 
ceste  définition  nous  apprenons  pre- 
mièrement, qu’il  y a en  ceste  fiéure  vn 
inégal  sentiment,  d’autant  que  les 
parties  tout  ensemble  ont  froid  et 
chaud  : mais  ce  froid  est  violent , et 
la  chaleur  est  douce  et  modérée.  Car 
ceste  fiéure  estant  engendrée  de  la  pi- 
tuite vitrée,  laquelle  est  l’humeur  la 
plus  froide  et  la  plus  humide  de  tout 
le  corps,  il  aduient  qu’à  cause  de 
ceste  grande  froideur  les  parties  du 
corps  ressentent  le  froid  : et  à cause 
que  ladite  humeur  se  pourrit,  les 
mesmes  parties  ressentent  du  chaud  : 
mais  le  chaud  est  moindre  que  le 
froid  , à cause  qu’il  n’y  a qu’vne  pe- 
tite portion  de  l’humeur  vitrée  qui  se 
pourrit  : le  reste  estant  sans  pourri- 
ture demeure  froid  et  humide , d’où 
vient  ce  grand  ressentiment  de  froid. 
Nous  dirons  en  second  lieu  , que  l’hu- 
meur vitrée  s’engendre  en  nostre 
corps,  ou  à cause  des  alimensqui  sont 
grandement  froids  et  pituiteux,  ou  à 
cause  de  la  chaleur  naturelle  qui  est 
foibleet  languide.-  mais  ceste  humeur 
ne  peut  s'y  engendrer  en  grande 
quantité,  pource  qu’vne  froideur  telle 
qu’il  en  faudroit  pour  amasser  vne 
grande  quantité  de  ceste  humeur  vi- 
trée , esteindroit  tout  à fait  la  chaleur 
naturelle.  Or  tandis  que  ceste  humeur 
ainsi  amassée  dans  le  corps  ne  se  re- 
mue point , et  ne  s’esmeut  point , elle 
11’apporte  point  de  grande  froideur 
aux  parties , d’autant  que  les  parties 
sont  accoustumées  à la  sentir  : mais 
lors  qu’elle  vient  à se  porter  et  à 
se  mouuoir  par  les  parlies  sensibles  , 
c’est  lors  qu’elle  apporte  le  ressenti- 
ment de  froideur  insupportable , sans 
aucune  fiéure,  si  cela  aduient  sans 
qu  elle  se  pourrisse  : mais  si  elle  se 
vient  à pourrir,  alors  elle  excite  la 
fiéure.  Finalement  nouspouuons  ap- 


DES  FIÈVRES. 


prendre  par  la  définition  susdite, que 
ceste  humeur  se  peut  pourrir  ou  en 
partie , ou  totalement  et  entièrement. 
Que  si  elle  se  pourrit  entièrement,  elle 
apporte  vue  fiéure  vrayment  quoti- 
diane,  dont  la  guérison  est  fort  peu 
differente  de  celle  que  nous  auons  ap- 
portée cy-deuant.  Siellese  pourrit  en 
partie,  elle  engendre  la  fiéure  Epiai e, 
et  voila  la  cause  du  sentiment  inégal 
qui  est  au  corps  durant  l’accès  de 
ceste  fiéure  :car  la  portion  d’humeur 
qui  n’est  pas  pourrie  cause  le  froid  , 
la  portion  qui  est  pourrie  enuoye  des 
vapeurs  chaudes  par  tout  le  corps, 
qui  donnent  la  connoissance  de  la 
fiéure.  Elle  arriue  à la  vérité  tres-ra- 
rement , et  le  commencement  de  son 
accès  est  par  des  baaillemens , frisson 
violent,  petit  pouls  et  tardif,  vrines 
crues  et  aqueuses  : l’accès  arriue  tous 
lesiours,s’estend  quelquesfoisiusques 
à vingt  quatre  heures,  quelquesfois 
moins  : mais  tousiours  il  est  plus  rude 
que  celuy  des  quotidianes  légitimés , 
et  apporte  des  symptômes  et  aeeidens 
plus  violens. 

Pour  la  cure , il  faut  mesme  régime 
de  viure  qu'aux  légitimés,  sinon  qu'il 
faut  qu’il  soit  vn  peu  plus  eschauf- 
fant , atténuatif  et  incisif.  Il  ne  faut 
nullement  parler  icy  de  la  saignée,  de 
peur  que  la  pituite  se  rendant  plus 
tenace  et  visqueuse , n’apporte  vne 
fiéure  tres-longue  et  très- difficile  à 
guérir.  Il  se  faut  seruir  de  medica- 
mens  qui  cschauffentet  qui  incisent, 
commençant  toutesfois  par  les  plus  lé- 
gers, pour  puis  après  venir  aux  plus 
forts.  Du  commencement  donc  on 
donnera  le  syrop  aceteux,  i’oxymel, 
auec  les  décoctions  de  bourrache , 
buglosse , betoine , les  cinq  racines 
aperitiues , calament , origan  , et  au- 
tres. En  après  on  donnera  l’oxymel 
composé  et  scillitique,  le  syrop  d’hys- 


sope,  debizance,dcsdeux  et  des  cinq 
racines,  qu’on  dissoudra  dans  vn  apc- 
zeme  préparé  auec  hyssope,  cal  amen  t, 
origan,  thym,  stœchas,  absinthe,  ra- 
cines d’enula  campana,  d’ireos,  et  au- 
tres de  pareille  vertu.  Ayant  ainsi 
préparé  les  matières  , il  faudra  venir 
à la  purgation,  à fin  de  vuider  ce  qui 
aura  esté  bien  cuit  et  préparé  , et  ce 
auec  diaphœnic,diacarthami,  les  deux 
hieres,  ou  pillules  conuenables.  Cela 
fait , derechef  il  faut  recourir  aux  al- 
teratifs,  à fin  d’eschauffer  et  d'inciser, 
et  puis  après  aux  purgatifs,  n’obmet- 
tant  pas  par  interualle  l’vsage  des 
clystercs  ou  suppositoires  vn  peu 
acres  Bref  on  recommande  les  cslu- 
ues  seiches,  lors  que  les  signes  de  coc- 
tion  apparoissent , lesquelles  on  peut 
préparer  auec  menthe,  origan,  i osma- 
rin,  calament,  sarriette,  thym  , stœ- 
chas et  autres,  qu’on  fera  bouillir 
dans  quatre  portions  d eau  de  riuiere, 
et  vne  de  vin  bl  ne.  Par  le  moyen  de 
ce  remede,  lapituitecrasse  et  espaisse 
est  atténuée  , et  puis  après  euacuée 
par  les  sueurs,  mais  que  le  malade  ne 
s’en  serue  qu’à  ieun  , et  après  awoir 
purgé  le  ventre,  ou  auec  vn  purgatif 
le  iour  precedent,  ou  auec  quelque 
clystere.  Il  sera  bon  sortant  des  es- 
tuues  de  frotter  le  corps  assez  douce- 
ment , et  principalement  le  long  de 
l’espine  du  dos,  que  l’on  frottera  auec 
huile  de  iasmin,  de  camomille  , d’a- 
neth,  de  nard  , de  noix  muscade  , et 
autres  semblables.  Après  cela  qu’on 
donne  au  malade  vne  dragme  de 
trium  piperum , ou  diacalaineulhe  , 
ou  mithridat,  ou  theriaque , ou  de 
quelque  opiate  vsuelle  qu’il  prendra 
en  bol , bu  bien  delayée  auec  vn  peu 
de  vin  blanc. 

Deuant  que  de  finir  ce  Chapitre , ie 
diray  vn  mot  de  la  fiéure  que  les  Grecs 
ont  appellée  Lijpirie , pource  qu’il 


ni. 


10 


l46  LE  VINGTIÈME 

semble  que  la  chaleur  défaille  en 
icelle.  À la  vérité  ie  me  trouue  bien 
empesché  à quelle  sorte  de  fleures  ie 
la  dois  rapporter,  voyant  les  Arabes 
eslre  contraires  tout  à fait  aux  au- 
theurs  grecs,  ceux-cy  larapportant  à 
vne  grande  inflammation,  ceux  là  à 
vne  pituite  crasse  et  visqueuse.  Pour 
moy,  après  auoir  bien  espluché  les  rai- 
sons des  vns  et  des  autres,  ie  trouue 
qu’il  y a deux  sortes  de  fiéure  Lypirie, 
l’vne  proprement  ainsi  appellée , et 
l’autre  appellée  improprement  et  par 
ressemblance.  Celle  qui  est  propre- 
ment appellée  Lypirie , est  celle  des 
Grecs , qui  est  vne  fiéure  continue  , 
causée  par  l’inflammation  vehemente 
de  quelque  partie  intérieure,  ou  par 
vne  ferueur  desmesurée  d’humeurs 
chaudes,  bobinantes  et  malignes  , en 
laquelle  les  parties  intérieures  brus- 
lent,  cependant  que  les  extérieures 
demeurent  toutes  froides  : ce  qui 
arriue  pource  que  la  chaleur  du  de- 
dans attire  à soy  comme  vne  ventouse 
la  chaleur  des  parties  externes.  Or 
telle  fiéure  n’appartient  nullement 
aux  fleures  pituiteuses  : c’est  pour- 
quoy  il  n’est  point  besoin  d’en  donner 
icy  la  guérison  : il  faut  les  reseruer 
pour  les  symptomatiques,  qui  suiuent 
l’inflammation  de  quelque  partie  no- 
ble. Il  faut  seulement  parler  de  celle 
que  nous  auons  dit  estre  impropre- 
ment appellée  Lypirie,  et  ce  pour 
ressemblance  qu’elle  a auec  la  prece- 
dente , qui  est  en  cç  que  le  dehors  de- 
meure froid,  tandis  que  le  dedans 
brusle.  Car  estant  engendrée  d’vne 
pituite  espaisse  et  visqueuse , la  cha- 
leur et  les  vapeurs  sont  tellement  re- 
tenues et  suffoquées,  qu’elles  ne  peu- 
uent  s’estendre  à l’exterieur  : d’où  il 
arriue  qu’on  sent  de  la  chaleur  au 
dedans  du  corps,  mais  au  dehors  on  y 
sent  du  froid.  Les  autres  veulent 


LIVRE, 

qu'elle  se  fasse  d’vne  pituite  moins 
espaisse,  qui  se  pourrissant  au  centre 
du  corps  y allume  le  feu,  mais  qui 
enuoye  à l’exterieur  si  peu  de  fumées 
et  de  vapeurs,  qu’elles  n’ont  pas  la 
force  d’eschauffer  beaucoup  ni  long- 
temps les  parties  : c’est  pourquoy  elles 
demeurent  tousiours  froides 

A ceste  fiéure  icy  ie  ne  connois 
point  d’autre  curation  que  celle  de 
l’Epiale  et  des  autres  quotidianes.  Le 
régime  de  viure  est  de  mesrae  façon  , 
les  purgations  pareilles , les  allera- 
tifs  de  mesme  vertu.  Lesautheursqui 
en  ont  traité  ordonnent  le  syrop 
aceteux  et  l’oxymel , pour  préparer 
la  matière,  y meslant  toutesfois  les 
choses  qui  fortifient  et  corroborent 
l estomach,  comme  le  syrop  de  roses 
seiches  et  de  berberis.  Après  cela  ils 
purgent  le  corps  auec  l’aloë , la  hiere 
et  la  rbeubarbe.  Par  fois  ils  ordon- 
nent le  vomissement,  vne  autre  fois 
les  diurétiques  , le  plus  souuent  des 
clysleres  acres  et  forts.  Bref,  ils  gar- 
dent le  mesme  ordre  qu’en  l’epiale, 
et  font  prendre  au  malade  lesestuues 
seiches , les  sueurs , les  frictions,  onc- 
tions, opiates  et  antidotes  qui  ont 
esté  spécifiés  cy  dessus. 

Ce  qui  doit  suffire  pour  la  conclu- 
sion des  fiéures  pituiteuses. 


CHAPITRE  XXVIII. 

DES  FIÈVRES  FAITES  DE  L’HVMEVR  ME- 
LANCHOL1QVE  , ET  PREMIEREMENT  DE 
LA  QVARTE  INTERMITTENTE  VRAYE  l. 

Les  dernières  fiéures  humorales 
sont  celles  qui  se  font  de  l’humeur 

1 Ce  chapitre  répond  au  chapitre  8 de  l’é- 
dition de  1575,  intitulé  : Des  Jieures  quar- 


DES  FIÈVRES. 


melancholique,  lesquelles  sont  diuer- 
ses  selon  que  ladite  humeur  est  di- 
uerse  , estant  vray  qu’il  y en  a vnc 
qui  est  naturelle , froide  et  seiche,  et 
l’autre  contre  nature,  chaude  et 
seiche,  appellée  communément  aire- 
bile.  Quoy  que  ce  soit,  les  heures  me- 
lancholiques sont,  ou  intermittentes, 
ou  continues:  les  intermittentes  vien- 
nent de  quatre  en  quatre  iours,  ou 
de  cinq  en  cinq , de  six  en  six,  de  sept 
en  sept , ou  autre  tel  interualle.  Cel- 
les qui  viennent  de  quatre  en  quatre 
iours  sont  appellées  quartes  intermit- 
tentes : celles  qui  viennent  de  cinq  en 
cinq,  desixen  six,  etç.,  sont  appellées 
du  nom  du  iour  qu’elles  arriuent , 
sçauoir  quintaines,  sextaines,  oclaincs, 
nonaines , qu’ou  dit  en  latin  quintanas, 
sextanas , septanas,  octanas , nona- 
ncts,  etc,,  desquelles  nous  dirons  vn 
mot  cy  après.  Parlons  des  vrayes  he- 
ures melancholiques  intermittentes 
que  l’on  appelle  quartes  ^ et  en  pre- 
mier lieu  de  celle  qui  est  vraye  et  lé- 
gitimé , et  puis  au  chapitre  suiuant 
nous  parlerons  de  la  bastarde  ou  il- 
légitime. 

La  héure  quarte  intermittente  légi- 
timé a son  accès  le  quatrième  iour,  et 

tes;  et  au  chapitre  32  du  livre  des  Tumeurs 
de  1579,  ayant  pour  titre  : De  la  Jiéurg  qui 
survient  aux  tumeurs  schirreuses.  Le  début  de 
ce  dernier  chapitre  a pour  objet  de  justifier 
ce  singulier  rapport  : 

« Telle  fiéure  ordinairement  est  quarte, 
ou  retirant  à la  nature  de  quarte  : à raison 
de  l’humeur  melancholic  d’où  elle  est 
excitée,  qui  enfermé  en  certain  lieu  ou  il 
fait  tumeur,  par  communication  de  vapeurs 
putrides,  eschautfe  le  cœur  et  altéré  les  hu- 
meurs contenus  en  iceluy  , dont  se  fait  fié- 
urc.  » 

Il  faut  ajouter  que  le  premier  paragraphe 
du  chapitre  actuel  appartient  exclusivement 
au  livre  posthume. 


1 4? 

a deux  iours  de  remission , ou  plus- 
tost  d’intermission  1 : et  s’engendre 
de  l’humeur  melancholique  naturel 
qui  se  pourrit  dans  les  petites  veines, 
où  il  s’amasse  peu  à peu  et  de  longue 
main.  Chacun  scait  que  la  masse  du 
sang  est  composée  de  quatre  diuers 
humeurs,  qui  se  rapportent  aux  con- 
ditions et  qualités  des  qualreElemens, 
sçauoir  de  la  bile , qui  pour  eslre 
chaude  et  seiche  représente  le  feu  : 
du  sang,  qui  se  rapporte  à l’air  pour 
estre  chaud  et  humide  : de  la  pituite  , 
qui  conuient  à l’eau  par  sa  froideur 
et  humidité:  et  de  l’humeur  melan- 
cholique, qui  par  sa  seicheresse  et 
froideur  représente  la  terre.  Or 
comme  de  ces  quatre  humeurs  il  n’y 
a que  le  sang  qui  soit  grandement 
familier  à nostre  nature , cl  tres- 
propre  à la  nourrir  et  fomenter,  aussi 
il  semble  que  les  veines  ayent  esté 
faites  exprès  pour  le  receuoir  et  le 
retenir  : et  qu’il  y a eu  des  récepta- 
cles pour  retirer  les  autres  humeurs, 
de  peur  qu’ils  ne  se  rendissent  les  plus 
puissans  dans  les  veines.  Et  de  fait 
que  quelques-vns  ont  voulu  dire  que 
l’estomach  esloit  le  receplacle  de  la 
pituite  : mais  passant  celle-cy  sous  si- 
lence , à cause  qu’elle  ne  s’eslongne 
pas  beaucoup  de  la  douceur  et  de  la 
trempe  du  sang  , nous  dirons  que  la 
vessie  du  hel  a esté  faite  pour  rece- 
uoir la  bile  et  en  descharger  les  veines, 
comme  nous  auons  discouru  cy-de- 
uant  parlant  des  héures  bilieuses  : et 
que  la  ratte  a esté  mise  au  corps  pour 
retirer  l’humeur  melancholique,  pour 
en  purger,  nettoyer  et  purifier  le 
sang  , et  pour  empescher  en  hn  qu’il 

> Le  texte  de  1575  et  celui  de  1579  don- 
nent cette  définition  , mais  ils  s’arrêtent  là  ; 
et  le  resie  du  paragraphe  actuel  appartient 
exclusivement  au  livre  posthume. 


]/8  t,E  vingtième  livre, 


ne  vint  trop  à s’augmenter  dans  les 
veines.  Cest  humeur  donc  ainsi  at- 
tiré à la  ratte  , par  la  foiblesse  de  la 
chaleur  naturelle  , ou  par  la  quan- 
tité des  viandes  propres  à engendrer 
vn  tel  suc  , vient  quelquesfois  à s’a- 
masser et  croupir  à l’entour  de  ladite 
partie,  dans  les  petites  veines  mesa- 
raïques,  dans  le  pancréas,  l’omen- 
lum,  et  autres  parties  voisines  : où 
en  ün  se  pourrissant  il  vient  à exciter 
cesle  fiéure  icy  de  quatre  en  quatre 
iours,  soit  par  vne  propriété  occulte 
ou  secrette,  soit  pour  les  causes  et 
raisons  que  nous  en  auons  rappor- 
tées cy-deuant , parlant  des  accès  et 
périodes  des  ûéures  intermittentes. 

Doncques  la  cause  coniointe  de 
cesle  fiéure  est  l’humeur  melancho- 
lique  naturel , qui  se  pourrit  hors 
des  grands  vaisseaux  , dans  les  petits 
qui  sont  ou  en  la  première  egion  du 
corps,  comme  dit  est , ou  en  l’habi- 
tude d’iceluy  comme  a voulu  Galien. 
Les  causes  antécédentes  sont  abon- 
dance d’humeurs  melancholiques , 
regorgeantes  et  redondantes  par  tout 
le  corps.  Pour  les  primiliues,  ce  sont 
les  choses  qui  multiplient  et  engen- 
drent le  suc  melancholique,  comme 
le  long  vsage  des  legumès,pain  bis  et 
bruslé , chairs  salées , comme  de 
bœuf,  chéure  , cerfs,  vieils  liéures  , 
vieil  fromage,  choux,  gros  vins, 
bref  les  viandes  terrestres  et  de  gros 
suc,  froides  et  seiches,  comme  pro- 
pres à engendrer  l’humeur  melan- 
cholique1. 

Les  signes  de  la  vraye  quarte  sont 
pris  de  trois  choses  , sçauoir  est , des 
naturelles,  non  naturelles,  et  contre 
nature.  Des  naturelles,  pource  que 
la  température  froideet  seiche,  l’aage 

i Celte  exposition  des  causes  est  à peu  de 
chose  prè9  la  même  dans  le  livre  primitif. 


de  la  vieillesse , ceux  aussi  qui  sont 
froids  et  grassets,  ayahs  les  veines 
petites  et  cachées , et  la  ratte  imbe- 
cille  et  enflée,  sont  affligés  de  telle 
fiéure.  Des  choses  non  naturelles, 
pource  qu’en  temps  d’automne  ceste 
espece  de  fiéure  est  fort  frequente,  non 
seulement  pource  que  l’automne  est 
froid  et  sec,  et  par  conséquent  propre 
à faire  amas  de  l’humeur  melancho- 
lique : mais  aussi  à cause  que  par  l’a- 
dustion  de  l’esté  passé , les  humeurs 
les  plus  ténues  et  liquides  ayans  esté 
consommées,  le  reste  demeure  espais- 
si,  desseiché , et  réduit  à vne  consis- 
tance terrestre.-  bref,  en  tout  temps 
froid  et  sec,  aux  régions  froides  et 
seiches  , aux  corps  froids  et  secs  or- 
dinairement, ceste  fiéure  s’engendre, 
si  principalement  à cela  est  coniointe 
vne  façon  et  condition  de  viure  triste, 
pénible  et  fascheuse,  pleine  de  crainte 
et  anxiété  l.  Et  véritablement  entre 
les  passions  de  l’ame,  la  tristesse  et  la 
crainte  sont  tres-propres  à engendrer 
ceste  fiéure,  veu  mesme  qu’Hippo- 
crates  nous  a laissé  par  escrit  en  l’a- 
phorisme 23.  du  6.  liure,  que  la  tris- 
tesse et  la  crainte  estoient  signes 
asseurés  des  maladies  melancholi- 
ques Quant  aux  signes  pris  des  choses 
contre  nature,  premièrement,  c’est 
qu’au  commencement  de  l’accès, 
quand  la  maliere  se  putréfié,  il  sur- 
uient  horreur  ou  rigueur  tres-labo- 
rieuse,  tout  ainsi  que  si  l’on  auoit  les 
os  froissés  : secondement,  c'est  que  la 
maladie  se  fait  reconnoistre  par  son 
inuasion  , qui  reuienl  le  quatrième 
iour,  et  que  le  mal  est  chaud  et  sec  'l  : 

1 Tout  ce  paragraphe  est  copié  presque 
littéralement  sur  l’édition  primitive.  Toute- 
fois la  phrase  qui  suit:  et  véritablement,  etc., 
est  une  intercalation  du  livre  posthume. 

2 L’édition  de  1028,  et  toutes  les  autres 


DES  FIÈVRES. 


car  combien  que  la  matière  dont  il 
est  fait  et  excité  soit  de  sa  nature 
froide  et  seiche , si  est-ce  que  par 
accident  elle  est  chaude  et  seiche,  à 
raison  de  la  pourriture  et  putréfac- 
tion qui  s’est  introduite  dedans.  D’a- 
uantage,  on  ressent  le  pouls  au 
commencement  petit,  tardif,  profond, 
comme  retiré  au  dedans,  ainsi  que 
celuy  des  vieilles  gens  1 : en  après  il 
s’explique  et  se  dilate  à mesure  que  la 
chaleur  de  l’accès  s’augmente.  L’vrine 
est  blanche  et  aqueuse  au  commen- 
cement, inclinante  à liuidité  et  noir- 
ceur. En  la  déclinaison,  estant  la  ma- 
tière cuite,  l’vrine  deuient  noire,  non 
point  par  la  suruenue  de  quelque 
mauuais  accident,  non  point  par 
l’excès  de  la  chaleur  naturelle , ou 
par  son  extinction  , car  par  ce  moyen 
elle  seroit  funeste  et  mortelle  : mais 
par  l’euacuation  de  la  matière  con- 
jointe, sçauoir  est  le  suc  melancholi- 
que,  qui  de  sa  nature  tend  sur  le 
noir.  L’accès  des  Géures  quartes  peut 
durer  vingt-quatre  heures , et  alors 
donne  quarante-huit  heures  d’inter- 
mission. 

Le  plu9  souuent  telle  fléure  pro- 
uient  de  l’obstruction,  douleur  et 
dureté  de  la  ratte,  et  rétention  des 
menstrues  et  hemorrhoïdes 2. 

après  elle  , portent  : froid  et  sec , ce  qui  est 
en  contradiction  avec  la  suite  de  la  phrase. 
J’ai  suivi  le  texte  du  livre  primitif,  qui  est 
également  celui  du  livre  des  Tumeurs  de 
1579. 

1 La  phrase  s’arrête  ici  dans  les  éditions 
primitives;  le  reste,  en  après  il  s’explique,  etc., 
est  une  addition  du  livre  posthume. 

2 Ce  paragraphe  précède  immédiatement 
le  suivant  dans  le  texte  primitif  de  1575,  et 
même  encore  dans  le  livre  des  Tumeurs  de 
1579.  Mais  en  1585  Paré,  en  avait  intercalé 
un  autre,  qui  est  resté  dans  toutes  tes  édi- 
tions suivantes , et  dont  cependant  il  n’a 


i4o 

Les  fiéures  quartes  en  esté  sont 
briefueset  courtes,  selon  l'aphorisme 
d’Hippocrates  25.  de  la  seconde  sec- 
tion : mais  en  automne  elles  sont  bien 
longues , principalement  si  elles  pren- 
nent sur  la  fin  d’iceluy,  vers  le  com- 
mencement de  rhyuer.  Celle  qui 
prouient  par  les  mauuaises  disposi- 
tions et  par  les  maladies  du  foye,  de 
la  ratte , ou  par  autre  maladie  prece- 

pas  fait  usage  pour  son  livre  posthume  des 
Fiéures.  Le  voici  : 

« Esdiles  fiéures  suruiennent  au  com- 
mencement des  accès,  rigueurs,  horripila- 
tion, baaillement , grande  froideur  et  trem- 
blement, iusques  à claqueter  les  dents,  qui 
sont  les  précurseurs  ou  trompettes  qui  an- 
noncent la  venue  de  la  liéure.  Telles  choses 
se  font  à cause  de  la  qualité  et  matière  he- 
ureuse qui  altéré  et  corrompt  les  humeurs 
contenus  dedans  les  veines  et  arlcres  : de 
façon  que  Nature  les  a en  horreur,  et  les 
veines  et  artères  les  ietlcnt  hors  d’vne 
grande  secousse , et  les  respandent  parmy 
la  chair,  nerfs  et  membranes  iusques  au 
pannicule  charneux.  Cestc  qualité  fébrile  est 
si  cuisante  et  se  meut  si  rudement , que  les 
parties  par  où  elle  passe  en  ont  telle  douleur 
qu’il  semble  qu’on  les  pique  et  deschire. 
Parquoy  il  ne  faut  trouver  esirange  si  cesle 
matière  fiéureuse,  soit  froide  ou  chaude, 
cause  fiisson  : car  l’eau  bouillante  ietlée  a 
l’improueu  sur  vn  corps  nud.  le  fait  trem- 
bler aussi  bien  que  la  froide:  loulcsfois  la 
fiéure,  de  quelque  espece  que  ce  soit,  est 
tousiours  fondée  en  chaleur.  Ainsi  les  par- 
ties sensibles  irritées  d’humeur  fébrile  se- 
couent toute  la  personne  , lors  que  la  vertu 
cxpulsiue  tasche  à icller  ce  qui  luy  nuist. 
De  là  vient  le  tremblement , qui  demonstre 
l’accès,  lequel  dure  iusques  ci  ce  que  la  ma- 
tière febrile  soit  consommée  et  dissipée  sen- 
siblement et  insensiblement.  Sensiblement, 
comme  parsueurs, vomissemens,  llux  de  \ en- 
tre, llux  de  sang,  flux  d’vrine  et  autres.  In- 
sensiblement , par  resolution,  qui  se  fait  par 
insensible  transpiration,  parle  bénéfice  des 
forces  et  chaleur  naturelle  de  notre  corps.  # 


1JO  LE  VINGTIEME  LIVRE 


dente  est  pire,  et  sonnent  se  termine 
en  hydropisie1.  Si  elle  prouient  sans 
aucune  mauuaise  habitude  du  foye, 
ou  d’autres  maladies,  pourueu  que 
le  malade  se  gouuerne  bien  , elle  n’a- 
meine  point  d’autresdangers  : au  con- 
traire elle  empesched’autres  maladies 
plus  mauuaises,  et  garantit  de  melan- 
cholie,  epiiepsie,  spasme,  manie  : d’au- 
tant que  la  matière  melancholique 
dont  telles  maladies  pourroient  estre 
excitées,  est  de  quatre  en  quatre  iours 
euacuée  par  l’effort  de  l’accès. 

La  heure  quarte,  pourueu  qu’il  n’y 
ait  faute  du  malade,  ny  du  médecin, 
ne  dure  qu’vu  an.  Car  ainsi  que  les  ma- 
ladies aiguës  sontiugées  faisans  leur 
* crise  par  le  mouuement  de  la  lune  : 
ainsi  les  maladies  longues,  comme  He- 
ures quartes  et  autres,  sont  iugées  fai- 
sans crises  selon  le  cours  du  soleil,  le- 
quel est  fai  t par  l’espace  d’ vn  an  entier; 
toutesfois,  selon  Auicenne,  quelques- 
fois  elle  dure  douze  ans 2 : on  en  voit 
assez  qui  d’ordinaire  durent  dix-huit 
mois,  deux  ans,  et  trois  ans  : celles 
qui  durent  quatre  ans  et  d’auantage 
sont  plus  rares  , et  sont  ainsi  prolon- 
gées pour  la  pluspart , partie  pour 
le  mauuais  régime  de  viure  que  l’on 
garde , partie  pour  se  seruir  de  quel- 
ques remedes  mal  à propos  et  hors 
de  saison,  lesquels  on  prend  par 
l’aduis  du  premier  venu , et  non  des 
médecins,  n’y  ayant  maladie  pour 
laquelle  le  peuple  sçache  plus  de  re- 
medes, et  pour  laquelle  on  en  fasse 

1 Tout  ceci  est  repris  du  livre  primitif  de 
1575;  déjà  Paré  avait  reproduit  ce  paragra- 
phe avec  les  autres  au  livre  des  Tumeurs  de 
1579;  mais,  je  ne  sais  pourquoi,  ilavait  alors 
supprimé  la  phrase  quisuit  : si  elle  prouient 
sans  aucune  mauuaise  habitude  du  foije  , etc. 

2 Là  s’arrête  ce  paragraphe  dans  le  texte 
de  1575  et  de  1579  ; le  reste  appartient  donc 
ou  livre  posthume. 


aussi  d’auantage,  à cause  de  sa  grande 
longueur, 

La  quarte  qui  commence  en  au- 
tomne , d’ordinaire  se  termine  au 
printemps  suiuant.  Celle  qui  est  faite 
par  l’aduslion  du  sang,  ou  de  la  clio- 
lere,  ou  phlegme  salé,  est  plus  facile 
et  briefue  à curer  que  celle  qui  est 
faite  de  l’humeur  melancholique 
aduste  *,  pour  ce  que  tel  humeur  me- 
lancholique estant  de  sa  nature  ter- 
resire  , et  difficile  à esmouuoir  et  dis- 
cuter ou  résoudre  plus  que  nul  autre 
humeur,  il  est  encore  rendu  d’auan- 
tage tel  par  l’adustion  , par  laquelle 
les  plus  ténues  parties  d’iceluy  estant 
dissipées , et  les  autres  restantes  plus 
crasses  et  terrestres,  il  est  rendu  plus 
opiniastre , rebelle  et  malin. 

La  cure  consiste  en  la  diete,et  aux 
medicamens.  La  diete  doit  estre  or- 
donnée sur  les  six  choses  non  natu- 
relles contrariantes  à la  cause.  Le 
malade  n’vsera  de  chair  de  pourceau, 
ny  de  choses  fiatueuses , visqueuses  , 
gluantes:  fuyra  la  chair  des  oiseaux 
aquatiques , les  poissons  salés , la 
grosse  venaison,  et  autres  viandes 
grossières  et  de  difficile  concoction. 
L’vsagc  du  vin  blanc  médiocrement 

1 Ce  paragraphe  est  encore  emprunté  à la 
rédaction  primitive;  mais,  dans  le  livre  des 
Tumeurs  de  1579  , le  texte  était  un  peu  dif- 
férent. On  y lisait  seulement  : 

« Celle  qui  est  faite  par  adustion  du  sang 
ou  phlegme  salé  est  de  plus  facile  et  briefue 
curation,  que  celle  qui  est  faite  par  adus- 
tion d'humeur  melancholic  ou  bilieux.  L’vn 
est  plus  furieux  cl  pénétrant,  l’autre  est  plus 
pesant  et  dillieile  à discuter.  » 

En  1585,  Paré  y ajouta  cette  autre  phrase, 
qui  n’a  point  passé  dans  le  livre  actuel  ! 

« Fernel,  Iiure  quatriesme  des  /Hures,  cha- 
pitre neufiesme,  dit  que  les  fiéures  se  gua- 
rissenl  plus  souuent  par  nature  que  par  les 
remedes,  parce  que  la  cause  en  est  ignorée.  » 


DES  FIEVRES. 


chaud  et  tépu  luy  est  bon  , et  mesme 
pris  au  commencement  de  l’accès  ex- 
cite le  vomissement,  lequel  a tant  de 
vertu  en  la  heure  quarte,  que  d’iceluy 
seul  plusieurs  ont  esté  guéris1.  Ce 
n'est  pas  que  ie  vueille  que  l’on  or- 
donne au  commencement  de  ccsle 
heure  les  vomiiifs,  lorsque  toutes 
choses  sont  crues  : car  en  ce  temps  là 
ilsne  seruent  à proprement  parier  qu’à 
irriter  la  nature , desbaucher  l’eslo- 
macb,  et  attirer  dans  iceluy  vne  quan- 
tité de  mauuaises  humeurs  : et  si 
ils  ne  tirent  rien  de  la  cause  coniointe. 
Il  faut  donc  attendre  la  notification 
des  humeurs,  et  obseruer  sur  tout, 
lors  que  l’on  les  ordonne,  qu’il  n’y  ait 
point  de  dureté  sensible  aux  deux 
viscères  nourriciers,  le  foye  et  la 
ratle  : outre  qu’ils  ne  profitent  nul- 
lement, si  ce  n’est  après  auoir  vsé  de 
remedes  apéritifs  qui  ayent  dégagé 
quantité  d’obstructions  qui  se  font 
dans  les  petites  veines , et  qui  entre- 
tiennent le  leuain  de  la  üéure.  Cela 
estant , et  ne  restant  que  les  humeurs 
melaneholiques  qui  s’amassent  Jour- 
nellement en  la  ratle,  si  l'on  vient 
à donner  quelque  vomitif  il  profite 
grandement,  d’autant  qu’il  irrite  la 
ratle  à se  desgorger  de  ses  humeurs 
melaneholiques  dans  l’estomach , par 
le  conduit  que  l’on  appelle  vas  breve, 
qui  va  de  la  ratle  audit  estomach. 

1 Jusqu’ici  ce  paragraphe  est  calqué  sur  le 
texte  de  1575;  je  dois  dire  cependant  qu’en 
1579  il  y avait  eu  un  petit  changement  qu’il 
est  bon  de  reproduire  : 

« L’vsage  du  vin  blanc  ténu,  et  médiocre- 
ment chaud,  est  bon  pour  atténuer  et  inciser 
l’humeur  melancholic  , prouoquer  les  urines  et 
sueurs.  Et  mesmes  pris  au  commencement 
de  l’accès,  etc.  » 

Quant  au  reste  du  paragraphe  : Ce  n’est 
pus  que  ie  vueille,  etc.,  il  appartient  exclu- 
sivement au  livre  posthume. 


1 5 1 

Outre  tout  cecy,  les  exercices,  les 
frictions  auant  le  repas,  et  autre; 
choses  accoustumées  prises  et  faites 
auec  médiocrité,  sont  louables  et  vli- 
les  au  fébricitant.  Les  actions  de 
l’ame  contraires  à la  cause  dont  reste 
fiéure  aura  esté  excitée  , luy  doiuent 
estre  permises,  comme  lotis  ieux  , 
sons  d’inslrumens  de  musique,  dis- 
cours agréables  et  récréatifs  et  autres 
choses  resioiiissantes.  Dés  le  commen- 
cement il  faut  doucement  traiter  le 
malade,  et  ne  faut  vscr  d’aucun  fort 
et  violent  médicament , si  ce  n’est 
quelque  temps  après  : car  du  com- 
mencement ceste  humeur  opiniastre 
est  rendue  plus  rebelle  et  reseichce 
par  la  chaleur  des  violens  medica- 
mons.  Et  si  le  sang  est  abondant  , il  en 
faut  tirer  delà  médiane  ou  basilique 
du  bras  senestre  ou  de  la  veine  splé- 
nique1: auec  ceste  caution,  que  s’il  se 
monstre noirastre  et  espais.il  le  faut 
laisser  couler  : et  au  contraire,  s’il  se 
monstre  ténu  et  bien  coloré,  il  faudra 
promptement  Fan-ester  L 

Quelquesfois  le  sang  n’est  pas  seu- 
lement noirastre , mais  aussi  cor- 
rompu et  pourri  : pour  lors  il  faut  en 
tirer  vn  peu  plus  largement  , et  plus 
d’ vne  fois.  On  a obserué  que  saignant 
deux  heures  deuant  l’accès , cela  non 
seulement  adoucit  les  accès , mais  re- 
tranche tout  d’vn  coup  la  héure  : 
bien  qu’à  vray  dire  cela  arriue  fort 
rarement.  L’ouuerture  des  veines  be- 
morrhoïdes,  soit  par  la  lancette, 

i [S eine  splénique,  splenitique  ou  spleneli- 
que,  c’cst  la  salvatelle  de  la  main  gauche; 
voyez  lome  I,  page  274.  Le  traducteur  latin 
ne  parle  pas  de  la  saignée  de  celle  veine;  et 
l’on  va  voir  Paré  lui-même  eu  faire  une  cri- 
tique vigoureuse. 

3 Ce  paragraphe  se  lisait  déjà  dans  les 
éditions  de  1575 et  1579;  mais  le  suivant  est 
une  addition  du  livreîposlbume. 


LE  VINGTIÈME  LIVRE  , 


1 5 2 

soit  par  les  sangsues , à ceux  qui  en 
sont  trauaillés  et  ausquels  elles  pa- 
roissent , est  fort  souueraine  : et  ce 
remede  est  non  seulement  vacuatif, 
mais  deriuatif,  ostant  la  cause  con- 
iointe  que  la  nature  souuent  déposé 
et  met  dans  ces  veines , qui  ont  grande 
communication  auec  la  ratle,  comme 
nous  auons  enseigné  en  l’anatomie, 
le  diray  encore  vn  mol  de  la  saignée 
faite  en  la  veine  spienique  ou  salua- 
lelle:  c’est  qu’il  y a quelques  vns  si 
scrupuleux  et  si  superstitieux,  qu'ils 
croyent  qu’il  ne  faut  ouurir  autre 
veine  que  celle  là  en  ceste  fleure,  et 
qu’indubitablement  elle  la  guérit , 
quand  bien  même  on  n’en  tireroil 
que  peu  de  sang.  Mais  il  faut  que  ces 
gens  desraeinent  ceste  mauuaise  opi- 
nion de  leur  esprit,  et  qu’ils  croyent 
que  la  saignée  faite  de  la  médiane  ou 
basilique  est  mille  fois  meilleure  sans 
comparaison  que  de  la  saluatelle.  Il 
est  vray  qu’elle  se  peut  faire  de  ceste 
veine  icy  loutesfois  et  quand  que 
nous  craignons  quelque  foiblesse  au 
malade , et  que  nous  redoutons  en 
vne  longue  et  pénible  maladie,  telle 
qu’est  la  fleure  quarte , vne  trop 
grande  dissipation  d’esprits  : mais  au- 
trement la  saignée  de  ceste  veine  me 
semble  inutile.  Car  à quel  propos,  si 
nous  voulons  vuider  et  euacuer  le 
sang  grossier  et  noirastre,  prendrons- 
nous  vn  filet  de  veine  telle  qu’est  la 
saluatelle,  et  laisserons-nous  vn  gros 
tuyau  , duquel  en  faisant  bonne  ou- 
uerture  nous  pouuons  tirer  le  sang 
terrestre  et  grossier , qui  pour  sa  pe- 
santeur et  sa  consistance  ne  sçauroit 
iamais  sortir  d’vne  petite  veine  , qui 
ne  peut  souffrir  qu’vne  bien  petite 
ouuerture?  Que  l’on  pese  vn  peu  ces 
raisons,  et  que  l’on  ne  s’aheurte  point 
tant  à certaines  opinions  préoccupées, 
qui  n’ont  point  d’autre  fondement 


que  la  fantasie  de  quelques  ignorans 
empiriques  , qui  iugent  par  vn  eue- 
nement  particulier  de  tout  en  ge- 
neral. 

Pour  les  medicamens  pharmaceu- 
tiques , il  faut  digérer  et  diminuer  la 
matière  par  syrops  d’epithyme , de 
scolopendre  , de  capilli  veneris  , de 
cupatorio,  auec  eaux  ou  décoctions 
de  houblon,  bourrache,  buglosse, 
et  leurs  semblables1.  On  peut  faire 
quelque  syrop  magistral  de  pommes 
de  reinette  , ou  court-pendu  , de  bu- 
glosse , bourrache,  capillaires,  et 
autres,  et  le  rendre  purgatif  auec  bon 
séné  de  Leuant,  qui  est  comme  l’alexi- 
pbarmaque  de  l’humeur  melancho- 
lique,  et  en  purger  le  malade  deux 
fois  la  sepmaine  : ce  qu’il  faut  conti- 
nuer opiniastrement , pour  auoir  rai- 
son de  ce  mal  opiniastre.  le  proteste 
auoir  esté  cause  de  la  guérison  de 
plusieurs2,  qui  auoient  esté  long- 
temps vexés  et  trauaillés  de  ladite 
fleure,  donnant  à boire  au  commen- 
cement de  leur  accès,  et  à la  décli- 
naison de  la  maladie  trois  doigts 
d’eau  de  vie,  auec  vn  peu  de  théria- 
que dissoute  en  icelle3  : lesquels  reme- 
des  estoient  baillés  selon  les  forces  du 
malade,  et  les  indications  cy  dessus 
mentionnées , le  tout  après  auoir  vsé 
des  remedes  generaux  et  particuliers, 

1 Ce  paragraphe  se  lit  déjà  dans  le  texte 
primitif  de  1575  et  au  livre  des  Tumeurs  de 
1579,  mais  avec  quelques  changements  qu’il 
importe  de  noter.  Ainsi  toute  la  phrase  qui 
suit  : Un  peut  faire  quelque  syrop  magis- 
tral , etc.,  se  lit  pour  la  première  fois  dans 
le  livre  posthume. 

2 Ceci  est  le  texte  pur  de  1 575  ; celui  de 
1579  porte  : le  proteste  auoir  esté  cause,  auec 
l'aide  de  Dieu,  de  la  guurison  de  plusieurs,  CIC. 

3 Paré  suit  encore  ici  son  texte  primitif; 
en  1579  il  avait  ajouté  : ou  deux  et  trois 
grains  de  musc,  dissouls  en  maluoisie. 


DES  FIEVRES. 


pour  la  préparation  de  l’humeur  me- 
lancholique.  Car  pour  en  parler  à la 
vérité,  1 heure  quarte  inueterée  ne 
peut  eslre  guerie,  si  le  corps  n’est 
grandement  eschauffé  par  alimens  et 
medicamens.  Parquoy  en  tel  cas  , ie 
trouue  bon  1 ce  que  plusieurs  disent 
auoir  heureusement  pratiqué  : sca- 
uoir  de  donnerau  matin  du  vin  blanc 
à boire,  dans  lequel  par  l’espace 
d’vne  nuit  auront  trempé  fueilles  de 
sauge. 

C’est  aussi  chose  vtile,  sur  le  com- 
mencement de  l’accès,  d’oindre  toute 
l’espine  du  dos  d’huiles  propres  à es- 
chauffcr  les  nerfs,  telles  que  sont 
l’huile  de  ruë,  de  noix  muscade,  de 
poiure,  de  vers  , y mettant  quelque 
pen  d’eau  de  vie  : car  telles  onctions 
valent  non  seulement  à mitiger  la 
vehemence  de  l’horreur,  mais  aussi 
à esmouuoir  les  sueurs  2. 

1 Correction  de  1570  : ie  ne  trouue  hors 
(le  raison. 

2 Ce  dernier  paragraphe  appartient  en- 
core au  texte  de  1575;  il  ne  terminait  ce- 
pendant pas  alors  le  chapitre  , et  fauteur 
ajoutait  : 

«Telle  est  la  curation  des  fiéures  inter- 
mittentes vrayes  et  légitimés,  c’est  à-dire 
de  celles  qui  sont  d’vn  seul,  pur  et  légitimé 
humeur,  de  laquelle  se  pourra  aisément 
comprendre  la  curation  de  celles  qu’on  ap- 
pelle intermittentes  bastardes,  de  tant  qu’es- 
tants excitees  d’vn  humeur  non  pur  et  sim- 
ple, mais  adultéré  et  meslé  de  deux  (comme 
pour  exemple  la  heure  intermittente  bas- 
tarde  de  l’humeur  bilieux,  qui  a en  sov 
quelque  meslange  etadmixion  de  l’humeur 
pituiteux),  il  faudra  pour  la  curalion  d’icel- 
les, mesler  les  médicaments  propres  à la 
tierce  et  à la  quotidiane,  de  tant  que  les 
causes  de  telles  fleures  sont  meslees,  faisant 
vue  sorte  de  fleure  confuse  de  toutes  les 
deux.  Faut  maintenant  parler  des  fleures  con- 
tinues. » 

On  comprend  que  dans  son  nouveau 


1 53 


CHAPITRE  XXIX. 

DE  LA  FIÈVRE  QX’ARTE  INTERMITTENTE 
RASTARDE. 

Entre  les  fiéures  de  l’humeur  me- 
lancholique,  est  la  hélice  quarte  in- 
termittente illégitime  et  baslarde, 
ainsi  appellée  à cause  qu’elle  ne  se 
fait  pas  comme  la  precedente  de  l’hu- 
meur melancholique  naturelle,  pure 
et  simple  : mais  bien  ou  d’icelle  hu- 
meur meslée  et  adultérée  de  quelque 
autre  humeur,  telle  qu’est  la  pituite 
ou  la  bile,  ou  de  l’humeur  melancho- 
lique contre  nature  , qui  s’appelle 
Atrebile.  De  quelque  façon  qu’on  la 
prenne,  elle  a ses  accès  comme  la 
precedente  de  quatre  iours  l’vn  , c’est 
à sçauoir,  après  deux  iours  d’inter - 

Traité,  Paré  voulant  parler  des  fièvres  inter- 
mittentes bâtardes,  ce  qu’il  va  faire  dans  le 
chapitre  suivant , tout  ce  paragraphe  deve- 
nait inutile.  Il  ne  l’était  pas  moins  au  cha- 
pitre 30  du  livre  des  l'umeurs  , où  il  s’agis- 
sait seulement  de  la  fiéure  qui  suruienl  aux 
tumeurs  schirrheuses  ; mais  là,  le  dernier  pa- 
ragraphe s’était  beaucoup  étendu,  et  c’est 
par  oubli  sans  doute  que  Paré  n’a  pas  trans- 
porté dans  son  Traité  posthume  cette  rédac- 
tion nouvelle.  Ce  qu’on  va  lire  est  entière- 
ment de  la  date  de  1579. 

« C’est  aussi  chose  vtile,  vn  peu  douant 
l’accès,  oindre  toute  l’espine  du  dos  d’huil- 
les  propres  à eschaulfcr  les  nerfs,  comme 
sont  l’huille  de  rue,  de  poiure,  auec  vn  peu 
d’eau-de-vie,  ou  huile  de  castorce  qui  aura 
cuit  sur  les  charbons  dans  vne  pomme  de 
colocynthe  vuidee  de  ses  grains , auec  poi- 
ure, pyrelhre  et  euphorbe  puluerisez  , et  ce 
iusques  à la  consomption  de  la  moitié  de 
l’huile:  le  tout  en  apres  exprimé.  Telles 
onctions  valent  non  seulement  à mitiguer 
la  vehemence  de  l’horreur  ou  frisson  : mais 
aussi  à esmouuoir  les  sueurs.  Car  tels  me- 


LE  VINGTIEME  LIVRE , 


1Ô4  , 

mission  vn  iour  d’accès:  et  ce  d’au- 
tant que  quelque  mixtion  qu’il  y 
puisse  auoir,  l'humeur  melancholique 
y prédominé  lousiours. 

Or  011  obseruera  diligemment  que 
la  fleure  quarte  légitimé  est  tous- 
iours  plus  longue  que  la  bastarde, 
d’autant  qu’entre  toutes  les  humeurs, 
ii  n’y  en  a point  de  plus  rebelle,  de 
plus  difficile  à préparer  et  mitiger 
que  l’humeur  melancholique  : si  bien 
que  là  où  ceste  humeur  se  trouue 
pure  et  simple  , et  sans  meslange 
d’aucune  autre  humeur,  il  y a plus 
de  peine  à la  dompter  et  à la  prépa- 
rer : là  où  s'il  y a quelque  autre  hu- 
meur meslée  parmy,  ceste  humeur  là 
l’adoucit  et  l’empesche  d’estre  si  re- 
belle. Doncques  si  la  pituite  se  trouue 
meslée  parmy  l’humeur  melancho- 
lique, la  fleure  n’en  sera  pas  si  lon- 
gue : mais  elle  sera  aussi  plus  longue 
que  si  ladite  humeur  melancholique 

dicamens  par  leur  chaleur  et  humidité  es- 
meuuentet  esbranlent  cest  humeur  pesant, 
et  non  obéissant  à la  faculté  expultrice  : n’es- 
tant l’humeur  melancholic  autre  chose  que 
comme  la  lie  de  toute  la  masse  du  sang. 
Mais  si  au  contraire  la  fiéure  quarte  estoil 
excilee  d’adustion  d’humeur  bilieux,  il  la 
faudrait  traiter  par  remedes  réfrigérons  et 
humeclans,  vsantde  potages,  d’oseilles,  le- 
tue,pourpié,  concombres,  citrouilles,  me- 
lons, et  semblables.  Autrement  qui  voudrait 
vser  de  remedes  eschauffans,  il  rendrait  tel 
humeur  plus  rebelle  par  dissipation  de  ce 
qui  luy  resterait  d’humidité.  Ainsi  Trallian 
(lin.  12,  chap.  8.)  raconte  auoir  guary  plu- 
sieurs qui  auoient  telles  fiéures,  pour  auoir 
vséen  temps  commode  et  au  parauant  l’ac- 
cès, d’epithemes  médiocrement  refrigerans. 
Quant  aux  mcdicamens  purgatifs  qu’il  fau- 
dra vsurper  deuant  que  venir  à ses  particu- 
liers, le  séné,  l'agaric,  rhabarbe,  diapbœni- 
cum,  sont  recommandez  pardessus  lesau  très. 
Aussi  est  le  diacariami,  duquel  Rondelet  se 
dit  auoir  guary  plusieurs  fiéures  quartes.» 


estoit  adultérée  de  l’humeur  bilieuse: 
à raison  que  la  piluite  est  bien  plus 
difficile  à cuire  , mitiger  et  adoucir 
que  la  bile,  laquelle  fait  des  maladies 
bien  plus  courtes  que  ne  fait  pas  la 
pituite. 

On  peut  en  outre  reconnoistre  la 
qualité  et  condition  de  l'humeur  qui 
est  meslée  auec  la  melancholique , 
par  les  signes  que  nous  auons  rappor- 
tés en  la  fiéure  tierce  et  en  la  fleure 
quolidianc.  Car  si  parmy  les  signes 
de  la  fiéure  quarte  , nous  en  recon- 
noissons  quelques  vus  qui  soient 
propres,  ou  de  la  fiéure  tierce,  ou 
de  la  fiéure  quotidiane,  nous  pou- 
uons  dire  en  asseurance  que  c’est 
la  bile  ou  la  pituite  qui  est  mes- 
lée auec  la  melancholie:  outre  qu’a- 
uec  cela  nous  pouuons  reconnoistre , 
et  par  le  tempérament  du  malade, 
et  par  son  genre  de  viure,  et  par 
la  saison,  et  par  la  constitution  de 
l’air,  et  par  l’aage  mesme  du  ma- 
lade , si  c’est  bile  ou  pituite  qui  se 
mesle  auec  la  melancholie.  Certes 
quand  ie  songe  qu’Hippocrates  dit  au 
lii'.i-e  2 . des  Aphorismes,  aphor.  25, 
que  les  fiéures  quartes  qui  arriuent 
l'esté  sont  courtes,  que  celles  qui 
viennent  l’automne  sont  longues  , 
et  celles  qui  viennent  proche  de 
l'hyuer  sont  encore  plus  longues  : 
ie  me  persuade  qu’il  a voulu  don- 
ner à entendre  que  les  fiéures  quar- 
tes qui  se  font  de  la  mixtion  de 
la  bile  qui  régné  en  esté,  sont  plus 
courtes  que  les  autres  : que  celles  qui 
se  font  en  automne  tiennent  du 
meslange  de  la  pituite , et  par  consé- 
quent qu’elles  sont  plus  longues  que 
celles  qui  se  font  en  esté,  mais  aussi 
plus  courtes  que  celles  qui  se  font  en 
hyuer,  auquel  temps  le  suc  melancho- 
lique domine  d’auantage.  Ce  qui  soit 
dit  pour  plus  claire  intelligence  de  tout 


DES  FIEVRES. 


ce  que  nous  auons  apporté  cy-dessus 
des  fiéuresquarles  bastardes  intermit- 
tentes, qui  s’engendrent  de  la  mix- 
tion de  quelques  humeurs  auec  la 
melancholique. 

Reste  à parler  de  celle  qui  se  fait 
de  l’atrebile  ou  humeur  melancholi- 
que contre  nature.  Or  ceste  humeur 
se  fait  doublement,  premièrement 
du  suc  melancholique  qui  sebrusiant 
et  pourrissant  outre  mesure,  deuient 
mordant,  acre,  malin  et  grandement 
noirastre  : secondement  de  la  bile 
iaune  ou  vitelline,  qui  venant  à se 
brusler,  se  conuerlit  premièrement 
en  bile  porracée,  puis  après  en  cru- 
gineuse,  et  en  lin  en  bile  acre  et  noire. 
Ceste  humeur  ainsi  bruslée  acquiert 
vne  grande  et  insigne  acrimonie , et 
vne  vertu  corrosiue  si  remarquable, 
que  versée  et  espandue  sur  terre,  elle 
la  fermente  et  la  fait  comme  bouillir 
et  esleuer.  Galien  compare  ceste  hu- 
meur à la  lie  de  vin  bruslée , ou  à vn 
fer  rouge  et  aident  de  feu  : et  le  suc 
melancholique  au  fer  qui  n’est  chaud 
ny  ardent , et  à la  lie  de  vin  qui  n’est 
point  bruslée.  Toutesfois  et  quantes 
donc  que  ceste  humeur  atrabilaire 
s'amasse  en  trop  grande  quantité 
hors  des  grands  vaisseaux , et  qu’elle 
vient  à se  pourrir,  elle  excite  vne 
fiéure  quarte  intermittente  bastarde 
bien  plus  violente  et  ardente,  bien 
plus  maligne  et  périlleuse  que  toutes 
cellesquenousauonsescrit  cy-dessus. 
Tous  les  accidens  qu’elles  apportent 
sont  plus  violens,  et  ses  accès  appro- 
chent fort  en  vehemence  de  la  fiéure 
causonide  : la  langue  est  seiche,  aride 
et  noire,  l’alteration  grande  et  déme- 
surée, l’esprit  exlrauague  ordinaire- 
ment , le  ventre  est  bouffi  et  doulou- 
reux , les  veilles  sont  importunes  , et 
le  peu  de  sommeil  qui  vient  est  ac- 
compagné de  grandes  resueries  et  de 


1 55 

songes  espouuantables  : les  entrailles 
sont  eschauffées  outre  mesure  , le 
foye  et  la  ratte  bruslans  et  ardens  : 
bref,  tous  les  symptômes  sont  grands 
et  considérables,  et  donnent  appré- 
hension ou  que  quelque  inflammation 
intérieure  se  face,  ou  que  le  foye  et 
la  ralte  se  desseichcnt  ou  s’endurcis- 
sent, en  sorte  qu’ils  causent  vne  hy- 
dropisieou  dysenterie  mortelle. 

Pour  ce  qui  est  de  la  cure  de  la 
fiéure  quarte  bastarde,  si  elle  se  fait 
du  meslange  du  suc  melancholique 
auec  l’humeur  bilieuse  ou  pituiteuse  , 
il  faudra  la  traiter  comme  la  vraye  et 
légitime,  ayant  toutesfois  esgard  à 
l’humeur  qui  sera  mesléeauec  la  me- 
lancholique, y appropriant  lesreme- 
des  propres  etconuenables  : sçauoirà 
la  bile,  ceux  que  nous  auons  spécifiés 
en  la  cure  de  la  tierce,  et  à la  pituite 
ceux  dont  nous  auons  parlé  en  la  cure 
de  la  fiéure  quotidienne.  Mais  quant 
à ce  qui  est  de  la  quarte  faite  de  l’hu- 
meur atrabilaire,  il  faut  presque  vne 
contraire  curation,  s’empesebant tant 
qu’il  est  possible  d’vser  ny  d’alimens 
ny  de  medicamens  chauds.  Toutes 
choses  doiuent  estre  rafraîchissantes 
et  humectantes  : la  saignée  doit  estre 
frequente  et  des  bras  et  des  pieds  :les 
purgatifs  doiuent  estre  doux  et  bé- 
nins : les  iuleps  et  apozemes  apéritifs 
doiuent  estre  sans  chaleur  manifeste  : 
les  epithemes  sont  grandement  vtiles 
pour  rafraîchir  et  humecter,  et  dé- 
tremper ceste  mauuaise  humeur,  et 
la  rendre  plus  souple  et  obéissante 
aux  medicamens  purgatifs  : les  demy 
bains  d’eau  tiede  aux  iours  d’inter- 
mission sont  tres-excellens  : le  petit 
laict  pris  en  grande  quantité  est  vn 
remede  souuerain,  principalement  si 
on  fait  bouillir  dedans  vn  peu  de  fu- 
meterre.  Bref,  il  faut  vn£  grande  pru- 
dence à traiter  les  malades  de  ceste 


1 56 


LE  VINGTIEME  LIVRE 


fiéure , laquelle , de  mesme  que  les 
carcinomes,  demande  plustost  à estre 
flattée  qu’irritée. 


CHAPITRE  XXX. 

DIÎS  FIÈVRES  QVINTAINE,  SEMAINE, 
OCTAINE,  ETC. 

le  me  Irouue  bien  empescbé  tou- 
chant la  connoissance  de  ces  fleures 
icy  intermittentes,  pour  ne  sçauoir 
presque  à quel  genre  de  fiéure  ie  les 
dois  rapporter  : estans  au  reste  si  ra- 
res et  si  peu  vsitées  que  peu  de  Méde- 
cins les  rencontrent.  Le  premier  tou- 
lesfois  qui  les  a obseruées,  et  qui  nous 
en  a laissé  quelque  chose  par  escrit , 
c’est  Hippocrates  au  liure  des  Epidé- 
mies : et  ensuite  quelques  Médecins 
sont  venus,  dont  les  vus  ont  dit  qu’ils 
auoient  veu  des  fleures  quintaines, 
les  autres  dessextaines,  Jesautresdes 
septaines,  octaines,  nonaines,  et  ainsi 
de  quelques  autres  pareilles  , dont 
toutesfois  ils  ont  parlé  si  legercment, 
qu’ils  ne  nous  ont  rien  laissé  d’asseuré 
par  escrit,  soit  de  leurs  causes,  soit  de 
leur  curation.  Quelques  vus  d’eux 
se  sont  persuadés  que  ce  n’estoil  point 
vn  genre  de  fiéure  distinct  et  séparé 
des  autres,  mais  que  c’estoient  fléures 
erratiques,  lantost  ephemeres,  tan- 
tostquotidianes,  tantosl  tierces,  selon 
la  condition  de  l’humeur  qui  les  fai- 
soil , et  qui  estant  amassé  en  petite 
quantité  n’apportoit  que  peu  d'accès. 
D’autres  ont  voulu  dire  que  c’estoient 
fléures  compliquées , tantosl  d’vne 
ephemere  auec  vne  quarte,  tantost 
d’vne  tierceauecvnequotidiane,  dont 
l’on  n’obseruoit  pas  bien  les  accès  ni 
les  périodes.  Bref,  il  y en  a qui  ont  creu 
que  tout  ainsi  qu’aux  choses  natu- 
relles il  y a des  monstres  et  des 


prodiges,  aussi  parmy  les  maladies  et 
les  fleures  il  y en  a de  monstrueuses 
et  prodigieuses  , desquelles  on  ne 
sçauroit  rendreraison,  si  ce  n’est  qu’on 
recourust  aux  causes  vniuerselles,  et 
aux  constellations  du  Ciel,  qui  selon 
ses  diuerses  influences,  produit  diuer- 
sités  d’etTets,  lesquels  les  hommes  ad- 
mirent sans  en  connoistre  la  raison. 

Pour  moy  i’ay  trouué  bon  de  rap- 
porter ces  fléures  icy  aux  melancho- 
liques,  à cause  des  eslranges  effets 
que  produit  ceste  humeur,  laquelle 
comme  vn  Protée  se  change  en  mille 
et  mille  façons, et  produit  des  accidens 
sidiuerset  si  prodigieux,  que  quel- 
ques vus  n’ont  point  fait  de  difficulté 
de  dire  qu’il  y auoit  quelque  chose  de 
diuin  en  icelles  : mesme  qu’Arislote 
en  ses  problèmes,  et  au  liure  de  la  di- 
uination  par  les  songes,  asseure  que 
tous  les  grands  personnages  qui  ont 
paru  et  esclaté , soit  en  la  guerre, 
soit  en  la  poésie, soit  aux  sciences,  soit 
aux  diuinations,  ont  esté  touchés  de 
ceste  humeur  melancholique.  Et  véri- 
tablement nous  voyons  vne  si  grande 
différence  et  variété  entre  ceux  que 
nous  appelions  hypochondriaques , 
bien  qu’ils  soient  affligés  d’vne  mesme 
maladie  de  melancholie,  qu’il  faut 
croire  et  confesser  qu’il  y a quel- 
que chose  d’extraordinaire  en  ceste 
humeur.  le  me  suis  mille  foiseslonné 
comment  vn  melancholique  s’estime 
roy,  empereur,  riche,  heureux,  sça- 
uant,  qui  ne  l’est  pas,  etvn  autre  qui 
l’est  s’estime  ignorant , pauure,  mal- 
heureux , et  de  basse  condition  Tel 
croit  auoir  les  forces  de  soustenir  le 
Ciel  auec  le  doigt,  et  vn  autre  se  per- 
suadera qu’il  n'aura  pas  la  force  de  se 
mouuoir.  Toutes  ces  merueilles  font 
que  i’ay  creu  pouuoir  rapporter  tou  les 
ces  fleures  périodiques  extraordi- 
naires au  mouuement  de  l’humeur 


DES  FIEVRES. 


melancholique  ou  atrabilaire , qui  ne 
s’amassant  pas  tousiours  en  suffisante 
quantité,  et  n’acquerant  pas  pareille- 
ment vne  suffisante  qualité  putredi- 
dinale  pour  exciter  la  fiéure  de  qua- 
tre en  quatre iours,  quelquesfois  elle 
le  fait  de  cinq  en  cinq,  tantost  de  six 
en  six,  tantost  de  sept  en  sept,  plus 
ou  moins,  selon  quele  corps  se  trouue 
disposé  à engendrer  peu  ou  point  de 
ceste  humeur,  et  selon  que  l’humeur 
se  trouue  disposée  etpresle  à receuoir 
pourriture.  Que  s’il  y a quelqu’vnqui 
n’approuue  mes  raisons,  il  luy  sera 
loisible  de  remettre  ces  fiéures  icy  au 
rang  des  erratiques  et  inconstantes, 
desquelles  Galien  a très  doctement  et 
très -Judicieusement  parlé  à la  fin 
du  second  liure  des  différences  des 
fiéures , les  paroles  duquel  ie  veux  rap- 
porter pour  esclaircissemenl  de  ceste 
matière. 

« Les  fiéures , dit-il , qui  n’ont  point 
» d’ordre,  acquièrent  ce  desreglement 
» par  l’erreur  qu’on  commet  au  regi- 
» me  de  viure.  Aussi  le  s;mg  quand  il 
» se  pourrit,  se  change  grandement 
» et  passe  en  vne  autre  nature  : car, 

» comme  nous  auons  expliqué  cy-de- 
» uant,  vne  portion  du  sang  se  change 
» en  bile  iaune,  vne  autre  en  la  hile 
» noire.  Or  est-il  que  selon  que  les  hu- 
» meurs  se  changent  dans  le  corps 
» des  malades , à mesme  temps  aussi 
» les  accès  et  les  périodes  des  fiéures 
» se  changent,  comme  pareillement  à 
» cause  des  fautes  que  l'on  commet  au 
» boire  et  au  manger,  lesquelles  fautes 
» changent  lesaccés.  Partant  à tous  les 
» changemens  et  fautes  notables  que 
» le  malade  fait , il  est  necessaire  ou 
» que  les  accès  anticipent,  ou  qu’il  s’en 
« fasse  de  nouueaux  tous  differens  des 
k autres,  d’où  vient  la  variété  des 
» périodes.  Voicy  encore  vne  autre 
» raison  de  ce  changement,  c’est  qu’a 


l 57 

» mesme  temps  qu’il  y a vne  liutneu  r 
» en  quelque  partie  du  corps  qui 
» commence  à se  pourrir,  à mesme 
» temps  il  y a vne  autre  humeur  dif- 
» ferenle  qui  regorge  ou  en  quelque 
» autre  partie  du  corps , ou  bien 
» mesme  en  tout  le  corps  : d’où  le 
» plus  souuent  à cause  de  la  compli  - 
« cation  ou  confusion  des  accès  et  re- 
» doublemens  inconneus  au  Médecin, 

» il  semble  que  les  périodes  sont  sans 
» ordre  et  reglement  : ce  qui  n’est  pas 
» toütesfois,  l’ordre  ne  se  changeant 
» iamais  que  lors  que  les  humeurs 
» qui  font  la  fiéure  changent  de  na- 
» ture  et  sont  conuerlis  en  d’autres 
» humeurs,  ou  bien  lors  qu’il  arriue 
« que  l’on  commet  des  fautes  au  re- 
» gime  de  viure.  » 

Voila  à peu  prés  ce  qu’a  dit  Galien 
pour  le  changement  des  accès,  que 
nous  pouuons  approprier  à ces  fiéures 
cy-dessus  nommées.  Bien  qu’à  vray 
dire,  il  n’est  besoin  de  se  mettre  tant 
en  peine  pour  leur  intelligence  , 
veu  qu’elles  arriuent  si  rarement,  et 
qu’elles  donnent  en  outre  le  loisir 
de  consulter  les  médecins  sur  leur 
guérison. 

Or  pour  l’ordre  qu’il  faut  y appor- 
ter lors  qu’elles  arriuent,  ie  desire 
que  l’on  considère  seulement  si  elles 
se  font  ou  de  suc  melancholique  na- 
turel, ou  de  l’humeur  atrabilaire  : si 
c’est  du  premier , il  faudra  les  traiter 
comme  les  fiéures  quartes  intermit- 
tentes légitimés  : si  c’est  du  dernier, 
elles  seront  traitées  comme  la  quarte 
intermittente  qui  se  fait  de  l’atrebi- 
Ie  : c’est  pourquoy  il  leur  faudra  des 
remedes  rafraichissans  et  humec- 
tans.  Au  reste,  Hippocrates  dit  qu’en- 
tre les  fiéures  qui  auoient  cours  en 
Thasos,  durant  la  troisième  consti- 
tution de  l’air  qu’il  raconte  au  pre- 
mier des  Epidémies , il  n’y  en  auoit 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


1 58 

point  de  pire  que  les  quinlaines  : car 
soit  qu’elles  arriuassenl  auant  la  phti- 
sie, soit  qu’elles  vinssent  après  , elles 
apportoient  la  mort.  Ceux  qui  vou- 
dront sçauoir  quelle  opinion  a eue 
Galien  de  ces  fleures,  qu’ils  aillent 
voir  son  commentaire  troisième  sur  le 
premier  des  Epidémies , article  deux , 
neuf,  et  dix-sept. 

CHAPITRE  XXXI. 

DE  LA  FIÈVRE  OVARTE  CONTINVE  ». 

Après  les  fièures  quartes  intermit- 
tentes, vient  la  quarte  continue,  la- 
quelle est  fort  rare,  pour  le  peu  de 
melancliolie  qui  s’amasse  dans  les 
veines  au  regard  des  autres  humeurs. 
Elle  se  connoist  par  les  mesmes  signes 
que  l’intermittente,  sinon  qu’elle  a 
son  exacerbation  de  quatre  en  quatre 
iours,  sans  frisson  ny  horreur,  et  sa 
remission  sans  sueur.  On  peut  bien 
remarquer  en  ceste  fleure  quelques 
signes  de  pourriture,  mais  fort  ob- 
scurément : ny  le  pouls  mesme  n’est 
si  leger,  frequent  et  inégal  qu’és  au- 
tres fièures  : ny  l’vrine  n’est  si  rouge 
ny  enflammée,  bien  qu’elle  se  monstre 
plus  espaisse. 

La  cause  d’icelle  est  l abondance  du 
suc  melancholique  en  la  masse  du 
sang,  laquelle  prouieni  de  l’infirmité 
de  la  ratte,  qui  ne  fait  pas  deuëmcnt 
son  deuoir  d’attirer  suffisamment  le- 
dit suc  melancholique,  deuant  que  le 
sang  passe  dans  la  veine  caue. 

Il  faut  icy  saigner  comme  és  autres 
fièures,  après  auoir  donné  vn  clystere 
auparauant.  Pour  laquelle  chose  ar- 
tificiellement exécuter,  il  faut  choisir 

1 Ce  chapitre  est  en  grande  partie  copié 
du  chapitre  13  du  livre  primitif. 


et  ouurir  la  veine  du  bras  gauche  qui 
a plus  de  communication  auec  la 
ratte,  à l’entour  de  laquelle  la  plus- 
part  de  la  matière  de  ceste  fiéure  est 
souuent  amassée.  Quoy  fait,  trois  ou 
quatre  iours  après,  sans  se  haster 
d’auantage  (d’autant  que  ceste  fiéure 
est  longue,  et  non  si  aiguë  que  les  au- 
tres continues)  il  faudra  donner  quel- 
que doux  médicament  et  lenitif, 
comme  de  casse  et  de  catholicon , 
auec  décoction  de  mercuriale,  ou  de 
laict  clair,  ou  de  passules,  polypode 
et  séné.  Que  si  l’ardeur  est  grande, 
après  auoir  encor  saigné  vne  fois , 
nous  vserons  des  sirops  de  fumeterre, 
de  acetositate  citri,  mesme  nous  y ad- 
iousterons  les  eaux  de  pareille  fa- 
culté , comme  de  violes , de  pourpié, 
de  courges , de  buglosse , bourrache  : 
et  en  ceux  qui  ont  vn  tempérament 
bilieux,  de  cichorée  et  d’endiue1. 

Or  il  faut'  noter  que  ceste  fié- 
ure, comme  elle  est  rare,  aussi  est- 
elfe  tres-dangereuse , au  contraire  de 
la  quarte  intermittente:  si  bien  que 
peu  en  réchappent , et  principale- 
ment les  vieilles  gens.  C’est  pourquoy 
ii  faut  par  tous  moyens  regarder  à 
entretenir  les  forces  du  malade,  ce 
qui  se  fera  en  permettant  l’vsage  du 
bon  vin  ténu  et  odoriférant,  comme 
vin  de  maluoisie,  vsant  de  restaurans 
et  condits,  qui  se  font  de  conserue  de 
buglosse,  de  bourrache,  de  violes, 
de  capillaires,  de  cichorée,  auec  pou- 

■ Après  ce  paragraphe,  l’édition  de  1575 
en  contenait  un  autre  que  voici  : 

« Que  si  ceste  fleure  est  engendree  , non 
de  melaneholie  simple,  mais  aduste  et  brus- 
lee,  le  syrop  d’endiue  simple  et  composé,  le 
syrop  composé  de  fumeterre,  d’epithymoy 
sera  propre  ; toutesfois  il  ne  faut  point  vser 
de  syrops  composez  que  premièrement  la 
matière  ne  soit  aucunement  cuitte  et  pré- 
parée. * 


UES  FIEVRES. 


dres  de  diamargaritum  frigidum,  et 
de  gemmis.  On  peut  aussi  donner  des 
potions  cordiales,  qui  se  feront  de 
confection  d’alkermes,  auec  eau  de 
violes,  de  bourrache,  sirop  de  vio- 
les, ou  bien  sirop  de  nénuphar  et  de 
pauot,  si  le  malade  ne  peut  dormir. 
Les  confitures  de  cerises,  de  pescbes, 
et  autres  fruits  que  nous  auons  ac- 
coustumé  de  confire  en  eslé,  sont  fort 
propres  à telle  maladie.  Au  reste  sur 
l'estât  et  déclinaison  de  ce  mal,  plu- 
sieurs louent  l’vsage  des  choses  acres, 
comme  niouslarde,  poiure  et  viandes 
sallées,  d’autant  que  lesel  incise  et  at- 
ténué les  excremens,  qu'il  deseiche, 
ramasse  et  fortifie  les  facultés  . ce  que 
toulesfois  ie  n’approuue  pas  beau- 
coup '. 

Ceste  fleure  fort  heureusement  se 
peut  terminer  par  vomissement  d’hu- 
meurs noires,  non  en  toutes  person- 
nes, mais  en  ceux  ausquels  le  vais- 
seau appelle  vas  breue  (qui  va  de  la 
cauité  de  la  ratte  à l’orifice  de  l’esto- 
macb,  pour  en  repurgeant  la  ratte  ex- 
citer l’appelit,  et  roborer  le  ventri- 
cule par  le  moyen  de  l’acidité  du  suc 
melancholique)  est  fort  grand  et  am- 
ple. Autrement  la  ratte  se  purge 
mieux  par  embas , la  matière  estant 
portée  de  la  veine  splenique  au  tronc 
de  la  veine  porte,  et  de  là  incontinent 
en  la  veine  mesenterique.  Elle  se 
purge  aussi  par  les  veines  hemorrhoï- 
des,  qui  naissent  de  la  veine  spleni- 
que, et  aussi  par  les  reins  et  vrines 
j>ar  le  moyeu  de  l’artere  mesente- 
rique 

I’ay  oublié  vn  point  qu’il  faut  tou- 
tesfois  bien  noter  pour  la  curation 
generale  de  toutes  les  fiéures  conti- 
nues : c’est  qu’en  icelles,  il  faut  que  la 

1 Ces  mots  : ce  que  toulesfois  ie  n’approuue 

pas  beaucoup,  sout  une  addition  du  traité 

posthume. 


i59 

façon  de  viure  soit  bien  plus  exquisite 
et  ténue  qu’és  intermittentes,  et  prin- 
cipalement si  auec  ce  qu’elles  sont 
continues  , elles  sont  aiguës,  c’est  à 
dire  qu’elles  doiuent  auoir  leur  estât 
et  crise  au  septième  iour  : iusques- 
là  que  sur  le  point  de  l’estât  et  de  la 
crise,  il  ne  faut  que  très  peu  ou  point 
nourrir  le  malade,  de  peur  de  reuo- 
quer  la  Nature  de  son  mouuement  et 
excrétion  des  humeurs  morbifiques, 
pour  l’occuper  et  l’empescher  en  la 
cuisson  des  viandes.  Si  que  peu  à peu 
du  commencement  iusques  à l’estât , 
nous  diminuions  tousiours  l’ordinaire 
delà  nourriture  : et  au  contraire  l’es- 
tai passé,  nous  l’augmentions  tou- 
siours peu  à peu  comme  nousl’auions 
auparauant  diminué.  Souuienne-toy 
aussi  de  ne  donner  eau  froide  aux  fié- 
ures continues,  si  la  fiéure  n’est  fort 
ardente",  et  si  les  signes  de  concoction 
n’ont  précédé , et  si  les  parties  ne 
sont  exemptes  de  phlegmon  ou  in- 
flammation : autrement  tu  permettras 
au  malade  d’en  prendre  tant  qu’il  en 
pourra  porter.  Voila  ce  que  i’auois 
oublié  pour  le  general  des  fiéures  con- 
tinues L 

le  reuiens  à la  quarte  continue,  et 
dis  qu’outre  celle  que  nous  venons 
d’expliquer , il  y en  a vne  autre  qui 
se  fait  de  l’atrebile , laquelle  est  tres- 
perilleuse  et  tres-dangereuse,  estant 

1 Le  chapitre  de  1575  se  terminait  avec 
ce  paragraphe;  seulement  on  n’y  trouvait 
pas  ces  derniers  mots  : voila  ce  que  i’auois 
oublié,  etc.,  et  en  leur  place  on  lisait  celte 
phrase  : 

« Telle  est  la  curation  des  fiéures  conti- 
nues en  general  et  en  particulier , i’entens 
de  celles  qui  ne  sont  accompagnées  de  fas- 
cheux,  pestilens  et  pernicieux  symptômes  : 
car  des  fleures  pestilentes  et  de  leur  cura- 
tion, nous  en  auons  amplement  traitté  en 
nostre  liurede  la  Peste.  » 


LF.  VINGTIEME  LÎVRE  , 


ÎÔO 

presque  impossible  qu’vne  humeur  si 
chaude  et  maligne  puisse  s’amasser 
au  corps  sans  l’inflammation  de  la 
ralte  ou  de  quelque  autre  partie.  A 
ceste  fiéure  icy,  il  faut  saigner  hardi- 
ment des  bras  et  des  pieds,  pour  em- 
pescher  qu’il  ne  se  face  quelque 
phlegmon  : faut  fuir  la  purgation  au 
commencement  connue  vn  poison, 
mais  la  faudra  remettre  au  temps  que 
la  matière  sera  cuite  et  préparée. 
Qu'on  se  donne  garde  d’vser  dereme- 
des  chauds,  mais  de  toutes  choses 
réfrigérantes  et  humectantes.  Le  laict 
clair,  les  epithemes  et  fomentations, 
les  bains  et  demy  bains  d’eau  tiede 
sont  excellons.  Bref,  on  traite  les 
malades  de  ce  mal  comme  ceux  qui 
sont  affligés  d’vne  maladie  grande- 
ment chaude , et  qui  est  produite  par 
des  humeurs  grandement  acres  etvio- 
lens. 

Et  cecy  suffise  pour  la  curation 
des  fiéures  melancholiques,  ensemble 
de  toutes  les  fiéures  humoralles  sim- 
ples, tant  intermittentes  que  conti- 
nues. 


CHAPITRE  XXXII. 

DES  FIÈVRES  H VMOR  ALLES  COMPOSEES, 

ET  PREMIEREMENT  DE  l’HEMITRITÈE. 

Nous  auons  cy  deuant  diuisé  les 
fiéures  humoralles  en  simples  et  com- 
posées : pour  les  simples,  elles  ont 
esté  expliquées  assez  copieusement 
et  prolixement  : il  reste  donc  à parler 
des  composées. 

Or  par  les  composées  ie  n’entens 
pas  seulement  celles  qui  sont  compo- 
sées, mais  aussi  les  confuses.  l’appelle 
composées,  celles  qui  concourent  le;- 
lement  ensemble,  et  sont  en  sorte  as- 


semblées , que  la  nature  de  chaque 
fiéure,  les  signes  et  les  symptômes 
peuuent  estre  aisément  distingués  et 
reconneus.  Mais  les  confuses  sont  tel- 
lement raeslées  ensemble,  qu’elles 
commencent  à mesme  temps , finis- 
sent à mesme  temps,  et  ont  leurs  si- 
gnes si  confus  qu’on  ne  les  peut  pres- 
que reconnoistre.  Or  la  complication 
(car  il  faut  parier  de  celle-là,  deuant 
que  parler  de  la  confusion)  se  fait  en 
diuerses  façons  : premièrement  lors 
qu’vne  fiéure  putride  se  mesle  auec 
vne  fiéure  non  putride,  commequand 
l’ephemere  se  mesle  auec  la  synoque 
pourrie,  ou  vne  fiéure  pourrie  auec 
l’hectique  : secondement,  lors  qu’vne 
fiéure  pourrie  se  mesle  auec  vne  au- 
tre pourrie , et  ce  auec  des  fiéures 
qui  soient  de  mesme  espece  , ou  qui 
soient  de  diuerses  especes.  Quand  vne 
fiéure  tierce  intermittente  se  mesle 
auec  vne  autre  tierce  intermittente, 
ou  une  quarte  intermittente,  auec 
vne  autre  quarte  aussi  intermittente, 
pour  lors  il  se  fait  complication  de  deux 
fiéures  de  mesme  genre  et  espece.  Mais 
quand  vne  tierce  vient  à se  ioindre  et  à 
se  mesler  auec  vne  quotidiane  ou  auec 
vne  quarte,  alors  il  se  fait  vne  compo- 
sition de  fiéures  de  diuerses  especes  : 
d’autant  que  la  tierce  estant  faite  de 
bile,  est  d’vne  autre  espece  que  n’est 
pas  la  quotidiane  qui  se  fait  de  pituite, 
ou  la  quarte  qui  se  fait  de  l’humeur 
melancholique.  Qui  voudroit  icy  re- 
chercher exactement  toutes  les  com- 
plications des  fiéures  qui  se  peuuent 
former  et  figurer  par  l’entendement, 
et  qui  voudroit  s’eslendre  sur  cha- 
que complication  , auroit  vn  grand 
chemin  à faire,  et  trouueroit  assez  de 
matière  pour  faire  vn  grand  discours  : 
mais  pour  moy  i’ay  délibéré  de  me  re- 
trancher et  de  demeurer  dans  les 
termes  des  fiéures  compliquées  qui 


des  fièvres. 


se  rencontrent  plus  ordinairement,  et 
qui  sont  delà  pratique  de  la  Medecine, 
entre  lesquelles  ie  n’eu  trouue  point 
de  plus  grande  importance  et  déplus 
difficile  à traiter  que  celle  que  l’on 
nomme  hemitritée.  C’est  pourquoy 
nous  parlerons  d’elle  en  ce  chapitre 
icy , et  reseruerons  les  autres  au  sui- 
uant. 

Ce  que  les  Grecs  appellent  hemilri- 
teum, les  Latins  l’appellent  semitertia- 
narn,  par  vne  forme  de  parler  fort 
impropre,  veu  que  ces  mots  là  signi- 
fient vne  fiéure  qui  retient  la  na- 
ture d’vne  demie  tierce  seulement  : et 
toutesfois  c’est  vne  fiéure  qui  a la  na- 
ture et  les  accidens  beaucoup  pires 
qu’vne  fiéure  tierce,  et  de  la  moitié 
plus  dangereux.  Aussi  n’esl-ce  pas  ce 
que  les  autheurs  grecs  et  latins  ont 
voulu  entendre  par  ces  appellations, 
mais  ils  nous  ont  voulu  donner  à con- 
noistre  que  ceste  tierce  tient  en  partie 
de  la  nature  de  la  fiéure  tierce , et  en 
partie  de  la  quotidiane , d’autant 
qu’elle  est  composée  de  ces  deux  lié- 
ures  là.  Ils  ont  dit  semitertianam , 
comme  qui  diroit  qu’vn  mulet  est  se- 
miasinus , et  le  minolaure  semiuir , 
à cause  que  le  mulet  est  en  partie 
engendré  d’vne  asnesse , et  en  partie 
d’vn  cheval , et  que  le  minolaure  est 
partie  homme,  partie  taureau,  pour 
auoir  esté  engendré  d’vne  femme  et 
d’vn  taureau.  Pour  autant  donc  que 
la  demie  tierce  est  composée  d’vne 
fiéure  tierce  et  d’vne  quotidiane , 
elle  a obtenu  sa  dénomination  des 
Grecs  et  des  Latins , et  nous  n’auons 
point  en  françois  de  plus  propre  nom 
pour  l'appeller. 

Or  nous  la  pouuons  définir  fiéure 
continue  qui  a des  exacerbations  de 
tierce  et  de  quotidiane  tous  les  iours, 
in.jendrée  partie  de  la  bile,  partie  de  la 
pituite  qui  se  pourrit  en  diuers  foyers. 

III. 


1 6 1 

le  dis  qu’elle  est  continue:  car  l’accès 
de  la  fiéure  iierce  surucnant  deuant 
que  l’accès  de  la  quotidiane  soit  passé, 
ou  bien  l’accès  de  la  quotidiane  sur- 
prenant deuant  que  celuy  de  la  tierce 
soit  tout  à fait  esteint,  le  malade  ne 
se  trouueiamais  sans  accès  : c’est  pour- 
quoy ceste  fiéure  est  continue.  Quel- 
ques vns  demandent  icy  si  elle  se  fait 
continue,  à cause  que  l’humeur  pour- 
rie est  contenue  dans  les  grands  vais- 
seaux, ce  qui  est  cause  des  fiéures 
continues,  ou  à cause  de  sa  compli- 
cation. A quoy  ie  respons  , que  c’est 
quelquesfoisàcause  de  l’vnel  de  l’au- 
tre. Car  bien  soutient  il  y a telempy- 
reume,  chaleur,  et  disposition  inflam- 
matoire aux  parties  nobles  , que  pour 
ce  suiet  la  fiéure  s’en  rend  continue  : 
autresfois  c’est  seulement  à cause 
de  sa  complication , ses  deux  foyers 
estansbors  des  grands  vaisseaux  dans 
les  petites  veines  du  mesentere.  Or 
quoy  que  c’en  soit,  elle  a des  exacer- 
bations et  des  redoublemens  de  tierce 
et  de  quotidiane  , à cause  que  la  ma- 
tière de  sa  génération  est  partie  la 
bile,  partie  la  pituite..  Quand  ie  dis  la 
bile , ie  n’entcns  pas  la  naturelle  et 
celle  qui  fait  la  fiéure  lierceet  légitimé, 
mais  i’entens  celle  qui  est  contre 
nature , et  qui  fait  la  tierce  bastarde  : 
autrement  ceste  fiéure  ne  serait  pas 
longue  comme  elle  est , et  ses  accès 
ne  seroient  pas  de  si  longue  durée. 
Au  reste,  il  est  necessaire  qu’il  se 
trouue  en  ceste  fiéure  diuers  foyers 
et  sieges  de  sa  génération.  Car  s’il  n’y 
auoit  qu’vn  foyer , il  faudroit  de  né- 
cessité que  la  bile  et  la  pituite  fussent 
meslées  ensemble  : ce  qu’estant  il  n’y 
auroit  qu’vne  sorte  de  fiéure.  Car  ou 
la  bile  predomineroit,  et  lors  ce  seroit 
vne  fiéure  tierce  : ou  la  pituite  seroit 
en  plus  grande  abondance,  et  pour 
lors  il  se  produiroit  vne  fiéure  quoli- 

1 1 


102  LE  VINGTIEME  LIVRE 


diane.  Mais  d’aulant  que  la  bile  se 
pourrit  en  vn  lieu  , par  exemple , à 
l’entour  du  foye , et  que  la  pituite  se 
pourrit  en  vn  autre,  comme  qui  di- 
roit  à l’entour  de  l’estomach , de  là  il 
arriue  qu’il  y a deux  sortes  et  especes 
de  fiéures,  qui  ont  séparément  et  dis- 
tinctement leurs  accès  et  redouble- 
mens,  leurs  accidens  et  symptômes, 
leur  déclin  et  leur  remission , leurs 
effets  et  leurs  propriétés  : dontl’vne 
est  tierce,  à cause  de  la  bile,  et  l’autre 
quotidiane,  à cause  de  la  pituite.  Mais 
ie  veux  bien  que  l’on  se  resouuienne 
que  le  plus  souuent  la  fleure  tierce  est 
intermittente , et  que  la  quotidiane 
est  conlinue,  de  sorte  qu’il  faut  ad- 
mettre que  le  foyer  de  la  tierce  est 
hors  des  grands  vaisseaux  , et  celuy 
de  la  quotidiane  est  dans  iceux.  Tou- 
tesfois  tout  cecy  s'entendra  mieux 
après  que  nous  aurons  apporté  toutes 
les  différences  et  especes  de  la  demie 
tierce. 

Galien  au  chap.  4 du  liure  de  Tij- 
pis , met  deux  sortes  de  demie  tierce, 
l’vne  continue , et  l’autre  intermit- 
tente : pour  l’intermittente,  il  en  fait 
de  trois  façons,  l’vne  qu’il  appelle  pe- 
tite, qui  a les  accès  de  vingt-quatre 
heures,  l’autre  médiocre,  qui  dure 
enuiron  de  trente  six  heures,  et  la 
troisième  grande,  quia  grande  affinité 
auec  la  conlinue,  qui  a ses  accès  d’en- 
uiron  de  quarante-huit  heures.  Mais 
à vray  dire  iene  sçay  comme  il  se  peut 
faire  qu’vne  fleure  qui  a 48  heures 
d’accès,  peut  eslre  intermittente  : 
c’est  pourquoy  il  faut  dire  que  Galien 
appelle  improprement  telles  hemilri- 
tées  intermittentes,  et  que  telles  inter- 
mittentes sont  ainsi  nommées  à cause 
qu’elles  prennent  presque  à la  façon 
des  hemitrilées.  Les  Arabes  qui  ont 
calculé  plus  par  le  menu  toutes  les 
différences  des  fiéures , font  trois  sor- 


tes ei  especes  de  demi-tierces  : l’vne 
moindre,  l’autre  moyenne,  et  la  troi- 
sième grande  et  excessiue.  Pour  la 
première,  ils  veulent  qu’elle  se  fasse 
d’vne  quotidiane  continue  et  d’vne 
tierce  intermittente,  à cause  de  la 
pituite  qui  se  pourrit  dans  les  grands 
vaisseaux,  et  de  la  bile  qui  se  pour- 
rit hors  d’iceux  dans  les  petits,  si  bien 
que  son  accès  et  redoublement  est  de 
dix-huit  heures,  et  sa  fausse  inter- 
mission , ou  pour  mieux  dire  sa  rémis- 
sion, de  six  heures.  La  seconde  se  pro- 
duit et  se  compose  d’vne  tierce  conti- 
nue et  d’vnc  quotidiane  intermit- 
tente , à cause  de  la  bile  qui  prend  et 
reçoit  pourriture  dans  les  grands  vais- 
seaux , et  de  la  pituite  qui  ne  se  pour- 
rit que  dans  les  petits  : au  reste  son 
redoublement  est  de  trente-six  heu- 
res, et  son  repos  ou  rémission  mani- 
feste de  douze.  La  derniere  est  com- 
posée, ou  d vne  quarte  continue  auec 
vne  tierce  intermittente,  ou  d'vne 
quarte  intermittente  auec  vne  tierce 
continue  : et  ce  à cause , ou  bien  que 
l’atrebile  se  pourrit  dans  les  grands 
vaisseaux , et  la  bile  dans  les  petits , 
ou  bien  au  contraire  à cause  que 
l’alrebile  se  pourrit  dans  les  petits,  et 
la  bile  dans  les  grands  , d’où  il  arriue 
que  les  redoublemenssont  de  plus  de 
GO  heures,  et  sa  remission  de  10  ou 
12.  Or  de  toutes  ces  différences,  il 
n’y  a que  la  première  qui  soit  pro- 
prement appellée  demie  tierce  : les  au- 
tres le  sont  improprement,  à cause , 
comme  dit  Galien  , qu’elles  ont  leurs 
redoublemens  à la  façon  et  à la  ma- 
niéré des  hemitritées. 

Quant  aux  signes  de  ceste  fiéure,  il 
est  assez  aisé  à les  connoistre,  veu 
qu’elle  a ceux  qui  apparoissent  et  en 
la  quotidiane  conlinue,  et  en  la  tierce 
intermittente , desquelles  elle  est  com- 
posée. De  fait  que  nous  obseruons 


UES  FIEVRES. 


que  l’humeur  pituiteuse,  ayant  ses 
accès  tous  les  iours , et  la  bile  de  deux 
iours  l’vn , il  arriue  qu’en  ceste  fiéure 
à certain  iour,  il  n’y  a qu’vn  accès 
causé  de  la  pituite , mais  au  iour  sui- 
uant  il  y a deux  redoublemens , l’vn 
fait  par  la  pituite,  et  l’autre  parla 
bile.  Par  exemple  qu’auiourd’huy 
vers  les  quatre  heures  d’après  midy , 
quelqu’u  n tombe  eu  fiéure  , auec  vn 
grand  refroidissement  de  tou  t ie  corps 
meslé  de  ie  ne  sçay  quelle  horreur  qui 
face  connoistre  que  c’est  vn  accès 
d’vne  fiéure  pituiteuse,  lequel  doit 
durer  en  sa  violence  iusques  à dix 
heures  du  matin  du  iour  suiuant , 
qu’il  commencera  à entrer  en  son  de- 
clin  : qu’à  mesme  heure  du  lendemain 
dix  heures , il  suruienne  vn  frisson 
vehement  auec  yomissemens,  qui  se 
face  sentir  comme  auant- coureur 
d’vu  accès  de  tierce  qui  doiue  durer 
15  ou  1 6.  heures  : sans  doute  le  mesme 
iou  r vers  lesqual  re  heures  l’accès  delà 
quotidiane  reuiendra  , et  par  ainsi  ce 
iour  là  le  malade  aura  deux  redou- 
blemens : l’vn  de  tierce  sur  le  matin, 
l’autre  de  quotidiane  sur  le  soir  : 
mais  aussi  le  iour  suiuant  il  n’aura 
sur  ie  soir  que  l’accès  de  la  quolidia- 
ne,  à cause  que  la  tierce  donne  Irefue 
d’vniour,  et  que  son  accès  ne  doit 
reuenir  que  le  4.  iour  de  la  maladie 
de  ce  malade,  auquel  sur  le  matin  il 
aura  ledit  accès  de  tierce,  et  sur  le 
soir  celuy  de  quotidiane,  le  propre 
de  laquelle  est  de  reuenir  tous  les 
iours.  Et  voila  l’ordre  que  tient  ceste 
fiéure  hemitritée  , si  ce  n’est  que  les 
accès  peuuent  anticiper  ou  retarder  de 
quelques  heures,  comme  nous  auons 
dit  que  font  les  accès  des  fiéures  in- 
termittentes : voire  mesme  que  les 
redoublemens  de  ces  deux  fiéures 
peuuent  tellement  l’vn  anticiper  et 
l’autre  retarder,  qu’ils  se  rencontrent 


3 

en  mesme  temps  et  en  mesme  heure , 
ce  qu’arriuant , à cause  de  ceste  con- 
fusion il  est  difficile  de  les  bien  dis- 
tinguer l'vne  d’auec  l’autre,  ce  que  tu 
peux  voir  ingénieusement  expliqué 
dans  Galien  au  liu.  2.  des  Différences 
des  fiéures , chap.  7. 

Au  demeurant,  tu  remarqueras 
qu’Ilippocrates  et  Galien  ont  appellé 
ceste  fiéure  horrifique,  à cause  des 
rigueurs  et  horreurs  qu’elle  apporte 
en  ses  redoublemens,  ce  qui  aduient 
d’autant  qu’elle  n’est  pas  composée 
de  deux  fiéures  continues:  car  si 
elle  en  estoit  composée,  elle  n’auroit 
pas  de  si  sensibles  exacerbations  : elle 
n’est  pas  aussi  meslée  de  deux  inter- 
mittentes, veu  que  si  cela  estoit,  elle 
ne  seroit  pas  continue,  mais  auroit 
nécessairement  quelque  sensible  et 
manifeste  intérmission.  Le  iour  que 
la  seule  quotidiane  apparoist , il  ne 
suruienten  ceste  fiéure  aucune  hor- 
reur, mais  seulement  au  iour  que  la 
tierce  et  quotidiane  viennent  : auquel 
iour  le  malade  est  grandement  tra- 
uaillé,  tant  à cause  de  ce  double  ac- 
cès, que  de  ce  que  la  nature  est  desia 
lassée  et  fatiguée  de  l’accès  prece- 
dent. 

le  n’oublieray  pas  à remarquer  que 
la  demie  tierce,  proprement  appellée, 
est  double,  l’vne  vraye  et  légitimé, 
l’autre  illégitime  et  bastarde.  En  la 
légitimé  il  y a égalé  portion  des  hu- 
meurs qui  se  pourrissent,  à sçauoir, 
bilieuse  et  pituiteuse.  En  la  bastarde, 
la  portion  de  ces  deux  humeurs  est 
inégalé,  car  ou  la  bile  est  en  plus 
grande  quantité  , ce  qui  fait  que  les 
accidens  et  signes  de  la  tierce  sont 
plus  apparens  et  sensibles  : ou  bien 
elle  est  la  moindre  et  en  plus  petite 
dose,  et  pour  lors  la  fiéure  quotidiane 
se  fait  bien  mieux  remarquer  que  ne 
fait  pas  la  tierce. 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


l64 

Par  ce  discours  nous  apprenons  que 
la  cause  materielle  de  ceste  fiéure  est 
en  partie  la  pituite  qui  se  pourrit  dans 
les  grands  vaisseaux,  et  en  partie  la 
bile  qui  se  pourrit  dans  les  petits  : 
l’vne  et  l’autre  humeur , au  reste,  à 
cause  qu’elles  ont  des  qualités  con- 
traires, s’amassent  dans  le  corps  par 
des  causes  contraires:  la  bile, par  ce 
qui  est  chaud  et  sec,  et  la  pituite,  par 
ce  qui  est  froid  et  humide.  Partant 
ceste  fiéure  arriue  principalement  du- 
rant l’automne,  et  aux  hommes  qui 
viuent  en  oisiueté,  et  qui  vsent  d’ali- 
mens  pituiteux,  comme  aussi  à ceux 
qui  sont  d’vn  tempérament  froid  et 
humide,  et  qui  vsent  de  nourriture 
grandement  chaude  et  seiche.  Elle 
arriue  ordinairement  aux  régions  qui 
sont  chaudes  et  humides,  et  dit-on 
qu’elle  est  fort  commune  et  ordinaire 
à Rome  et  en  la  coste  d’Afrique. 

Elle  s’accompagne  tousiours  de 
tres-mauuais  et  sinistres  accidens,  car 
outre  ces  mouuemens  horrifiques  et 
inégaux  , elle  apporte  de  grandes  in 
commodités  à l’estomach  et  aux  par- 
ties nerueuses  : souuent  elle  iette  les 
malades  dans  de  profonds  assoupisse- 
mens,qui  sont  comme  léthargiques: 
vne  autre  fois  elle  donne  des  veilles 
importunes,  des  resueries,  des  nau- 
sées, des  vomissemens,  des  foiblesses 
de  cœur,  vne  langue  seiche  et  aride, 
vne  soif  desmesurée. 

L’on  reconnoist  ceste  fiéure  d’auec 
les  autres,  en  ce  qu’elle  est  continue, 
pleined’borreurs,  de  diuersredouble- 
mens,  et  de  tres-violens  symptômes  : 
vil  iour  elle  est  sans  horreur,  auec  le 
seul  refroidissement  des  extrémités, 
l’autre  iour  elle  est  auec  horreur  et 
autres  mauuais  acccidens,  si  bien 
qu’elle  a vn  iour  meilleur  l’vn  que 
l’autre.  Quand  il  arriue  des  sueurs  en 
ceste  liéurc,  d’ordinaire  elles  n’ap- 


portent rien  de  bon  , soit  à cause  qlie 
les  forces  sont  debjlitées  et  abbatues, 
soit  à cause  de  la  quantité  d’humeurs 
crues  qui  se  rencontrent  au  fébrici- 
tant. Les  vrines  sont  crues,  ténues, 
vne  fois  sans  couleur,  vne  autre  fois 
fort  troubles,  et  tousiours  sans  sédi- 
ment, ou  auec  vn  sédiment  mauuais  : 
le  pouls  est  frequent  et  inégal  : bref 
elle  n’est  point  sans  donner  ou  de  la 
douleur,  ou  vne  pesanteur  de  teste, 
ou  vn  assoupissement,  ou  autres  ac- 
cidens dangereux. 

Hippocrates  met  ceste  fiéure  entre 
les  maladies  aiguës  et  longues:  entre 
les  longues,  à cause  ou  qu’elle  ap- 
porte bien  tost  la  mort , ou  que  la 
tierce  dont  elle  est  composée  se  finit 
bien  tost,  si  bien  qu’il  ne  demeure 
plus  que  la  fiéure  continue  quoti- 
diane,  qui  dure  encore  quelque 
temps  : après  il  la  met  pareillement 
entre  les  maladies  longues  et  chroni- 
ques, d’autant  qu’elle  dure  iusques  à 
vn  mois,  voiremesme  iusques  à deux 
et  à trois:  si  elle  passe  outre,  elle  ap- 
porte d’ordinaire  la  fiéure  hectique, 
qui  est  sans  remede  et  sans  espoir  de 
salut.  Il  est  vray  que  pour  l’ordinaire 
elle  est  plus  longue  que  la  tierce,  et 
plus  courte  que  la  quotidiane,  de 
laquelle  toutesfois  elle  approche  fort 
lors  qu’elle  est  produite  par  vne 
grande  quantité  de  pituite:  car  selon 
qu’elle  a plus  ou  moins  de  ceste  hu- 
meur, aussi  elle  est  plus  ou  moins 
longue. 

Tu  obserueras  que  quand  il  y a 
égalé  portion  en  ceste  fiéure  de  bile 
et  de  pituite,  elle  saisit  auec  peu 
d’horreur,  qui  semble  estre  moyenne 
entre  la  rigueur  et  le  refroidissement  : 
mais  lors  qu’il  y a plus  de  bile  que 
de  pituite  , alors  l’horreur  est  vio- 
lente , non  sans  estre  meslée  de  ri- 
gueur, laquelle  est  incontinent  suiuie 


1 65 


DES  FIÈVRES. 


d'vue  chaleur  ardente,  de  soif,  de 
veilles,  de  vomissemens  bilieux , de 
cours  de  ventre,  et  autres  signes  qui 
accompagnent  les  heures  tierces.  Que 
si  la  pituite  est  en  plus  grande  quan- 
tité que  la  bile  , l'horreur  est  douce, 
le  refroidissement  des  extrémités  sen- 
sible, la  chaleur  tarde  à venir,  les 
accès  sont  longs,  et  accompagnés  des 
signes  des  fiéures  quotidianes  : finale- 
ment, quoy  que  c’en  soit,  c’est  vue 
heure  tres-perilleuse,  et  pourlapkis 
part  du  temps  mortelle,  tant  à cause 
de  la  violence  de  la  maladie  et  des 
symptômes  qui  abbattent  les  forces  du 
fébricitant , qu’à  cause  que  ces  fiéures 
cy  ne  sont  presque  iamais  exemptes 
de  quelque  inflammation  des  par- 
ties nobles,  ou  à tout  le  moins  de 
quelque  disposition  inflammatoire, 
comme  remarque  Galien  aux  Epidé- 
mies. 

La  cure  de  cestefiéure  semble  estre 
double , pour  estre  composée  de  celle 
quiconuienl  à la  quotidiane,  et  de 
celle  qui  est  propre  à la  tierce.  A 
celle-cy  l’vsage  des  medicamens  ra- 
fraichissans  et  humectans  est  plus 
profitable  que  des  atténuatifs,  inci- 
sifs, et  apéritifs  : tout  au  contraire 
à l’autre  en  laquelle  il  faut  plustot 
atténuer,  inciser,  ouurir,  deterger  et 
euacuer  les  mauuaises  humeurs , que 
rafraîchir  et  humecter.  En  sorte  que 
selon  ceste  réglé,  lorsqu’il  y a autant 
de  bile  que  de  pituite,  il  faut  auoir 
esgard  esgplemenl  et  à la  tierce , et 
à la  quotidiane,  par  des  medicamens 
qui  ayent  la  force  et  la  vertu  de  re- 
médier à l’vne  et  à l’autre  : mais  si  la 
bile  surpasse , il  faut  auoir  plus  d’es- 
gard  à la  tierce  qu’à  la  quotidiane  : 
au  contraire  s’il  y a plus  de  pituite 
que  de  bile,  il  faut  songer  plustost  à 
la  quotidiane  qu’à  la  tierce.  Partant 
pour  ce  qui  concerne  le  régime  de  vi- 


ure,  il  faut  qu’il  soit  réfrigérant’ 
humectant , detersif,  atténuatif,  par 
alimens  de  bon  suc  et  de  bonne  nour- 
riture, prenant  garde  que  le  iour  que 
la  seule  quotidiane  arriue,  on  peut 
nourrir  vn  peu  plus  libéralement, 
mais  plus  escharcement  le  iour  que 
la  tierce  et  la  quotidiane  suruiennent. 
Il  faut  aussi  bien  prendre  garde  que 
l’on  ne  donne  pas  la  nourriture  sur 
l’heure  de  l’accès,  pour  les  raisons  que 
nous  auons  dites  cy  deuant.  Il  n’est 
pas  à propos  que  ces  alimens  soient 
solides,  mais  liquides,  à fin  qu’ils  en 
soient  plus  aisément  cuits,  digérés  et 
distribués.  Toutesfois  sur  le  déclin  de 
la  fiéure,  on  pourra  un  peu  se  licen- 
tier,  et  donner  quelque  chose  de  so- 
lide au  fébricitant.  Il  ne  faut  point  icy 
parler  de  donner  de  vin , à cause  qu’il 
aide  à augmenter  la  ferueur  des  en- 
trailles, et  donne  à bon  escient  à la 
teste,  qui  n’est  que  trop  chargée  d’ex- 
cremens  en  ceste  maladie.  On  fera 
donc  vser  au  malade  de  quelque  dé- 
coction de  racines  pour  son  boire  or- 
dinaire, en  y meslant  le  syrop  aceleux 
simple , le  iulep  rosal , le  suc  de  li- 
mons, syrop  d’escorce  de  citron,  de 
cerises  aigrettes,  de  berberis,  et  au- 
. très. 

Quant  aux  medicamens,  les  clyste- 
res  sont  tres-vtiles,  qu’on  préparera 
auec  maulues,  mercuriale,  laictue, 
apparitoire,  espinars,  lleursde  cbamo- 
mille,  melilot , semence  de  fenouil  et 
de  cumin,  et  dissoudra-on  dedans 
miel,  sucre  rouge,  lenitif,  calholi- 
cum,  et  choses  semblables  : selon  la 
chaleur  que  le  fébricitant  sentira  aux 
lombes  et  aux  reins,  on  pourra  faire 
plus  ou  moins  rafraichissans  lesdits 
clysteres.  Ayant  ainsfpreparé  lecorps, 
il  faudra  venir  à la  saignée , laquelle 
quoy  qu'ouen  die,  ne  doit  point  estre 
icy  espargnée,  à fin  d’empescher  l’in- 


LE  VINGTIÈME  LIVRE 


l66 

flammalion  des  parties  nobles  et 
diminuer  la  pourriture.  C’est  pour- 
quoy  elle  sera  faite  plusieurs  fois 
des  deux  bras  et  des  deux  pieds  , par 
remises  toutesfois  et  interualles,  afin 
de  n’abbatre  les  forces  du  malade  et 
esteindre  la  chaleur  naturelle.  Du- 
rant ces  interualles  là , il  faudra 
purger  le  corps,  car  c’est  sans 
doute  qu’il  y a grande  quantité  d’ex- 
cremens  dans  la  première  région  du 
corps,  qui  a besoin  qu’on  les  chasse 
par  purgatifs  bénins  et  souuent  réité- 
rés. 11  faudra  donc,  tantost  recourir  à 
la  saignée  pour  esteindre  le  feu  et  la 
tlamme  de  la  fiéure,  tantost  à la  pur- 
gation pour  expulser  les  charbons  qui 
entretiennent  ce  feu.  Mais  qu’on  se 
souuienne  de  donner  les  purgatifs  és 
iours  où  il  y a moins  d’accès  , et  aux 
autres  iours  on  donnera  des  alteratifs, 
comme  iuleps,  apozemes,et  potus, 
sans  oublier  les  fomentations,  epithe- 
mes,  onguens,  linimens,  huiles,  et 
cataplasmes. 

Il  y en  a quiapprouuent  les  vomi- 
tifs en  cesle  fiéure,  mais  il  faut  y ap- 
porter vne  grande  précaution  : car 
s’il  y a quelque  disposition  inflamma- 
toire aux  entrailles,  ils  ne  peuuent 
estre  que  tres-pernicieux.  Que  s’il  n’ÿ 
a aucun  soupçon  d’inflammation  , on 
en  peut  bailler  quelque  bénin  , prin- 
cipalement à ceux  qui  vomissent,  ou 
qui  ont  sans  cesse  des  enuies  de  vo- 
mir : et  ce  le  iour  où  le  malade  est  tra- 
uaillé  de  l’accès  de  la  tierce.  Et  cecy 
suffise  pour  ce  qui  est  des  fiéures  he- 
milrilées. 


CHAPITRE  XXXIII. 

DE  LA.  DOVBLE  ET  TRIPLE  TIERCE,  DOV- 

BI.E  QVOTIDIANE,  DOVBLE  ET  TRIPLE 

QVARTE. 

Nousallons  expliquer  en  ce  Chapi- 
tre les  fiéures  composées  de  fiéures  de 
mesme  nature  et  espece , qui  suiuent 
celles  qui  sont  composées  de  fiéures 
de  diuersesespeces,  telle  qu’est  l’hemi- 
tritée.  Or  en  la  composition  de  ces  fié- 
ures de  mesme  espece,  quelquesfois  il 
ne  s’y  en  rencontre  que  deux,  quel 
quesfois  il  y en  a trois  : parexemple  en 
la  double  tierce  il  n’y  en  a que  deux, 
en  la  triple  tierce  il  y eu  a trois  : comme 
pareillement  en  la  double  et  triple 
quarte.  Nous  auons  donc  icy  à expli- 
quer trois  fiéures  doubles,  sçauoir  : 
la  double  tierce , la  double  quotidiane , 
et  la  double  quarte,  et  puis  après  deux 
fiéures  triples,  qui  sont  la  triple  tierce, 
et  la  triple  quarte.  Nous  appelions 
double  tierce  vne  fiéure  composée  de 
deux  tierces,  qui  se  font  d’vne  bile  qui 
se  pourrit  en  deux  diuevs  lieux  hors 
des  grands  vaisseaux.  Toutesfois  et 
quand  doneques  qu’il  y a deux  foyers 
de  bile  au  mesentere  qui  prennent  feu 
l’vn  après  l’autre  , pour  lors  il  arriue 
déni  fiéures,  lesquelles,  à cause 
qu'elles  prennent  de  deux  iours  Tvn  , 
on  appelle  double  tierce  : par  exem- 
ple, qu’auiourd’huy  vn  des  foyers  de 
la  bile  excite  vne  fiéure  sur  les  dix 
heures  du  matin,  laquelle  ne  doiue 
finir  que  sur  les  dix  heures  du  soir,  si 
le  mesme  iour  l’autre  foyer  s’allume 
sur  les  trois  ou  quatre  heures  du  soir, 
ou  bien  le  lendemain  à quelque  heure 
que  ce  soit,  sans  doute  on  obseruera 
vne  fiéure  composée  de  deux  tierces, 
laquelle  peut  auoir  deux  redouble- 


DES 

mens  en  vn  iour  , par  exemple , si 
l’vne  prend  le  matin  à dix  heures,  et 
l’autre  le  soir  à quatre  heures:  ou 
bien  vn  seul  redoublement  tous  les 
iours,  si  la  seconde  Oéure  par  exem- 
ple ne  prend  pas  le  mesme  iour  que 
l’autre,  mais  seulement  le  lendemain. 
Il  est  vray  qu’il  y a quelques  au- 
theurs  qui  apportent  en  cecy  quelque 
distinction,  et  disent  que  si  ces  deux 
heures  tierces  prennent  à mesme  iour, 
on  ne  les  doit  pas  appeller  double 
tierce,  mais  deux  tierces  simplement , 
que  si  elles  prennent  à diuers  iours, 
c’est  alors  que  l’on  les  doit  nommer 
double  tierce.  Combien  au  reste  que 
la  double  tierce  prenne  tous  les  iours, 
à la  façon  de  la  quotidiane,  si  y a-il 
bien  delà  différence,  d’autant  qu’elle 
a tous  les  signes  qui  accompagnent 
vne  heure  bilieuse  : elle  vient  auec 
rigueur,  elle  se  termine  par  sueur, 
les  accidens  qu’elle  apporte  sont  sei- 
cheresse  et  amertume  de  bouche, 
grande  alteration,  veilles , vomisse- 
mens  de  matières  bilieuses  et  ameres, 
agitations,  inquiétudes,  et  les  autres 
que  nous  auons  spécifiés  en  la  heure 
tierce  intermittente.  le  ne  m’estons 
pas  d’auantage  à rapporter  les  signes 
delà  double  tierce,  veu  que  celuy 
qui  reconnoislra  la  simple  tierce  in- 
termittente, connoistra  incontinent 
la  nature  de  ceste-cy.  le  diray  seule- 
ment que  la  double  tierce  qui  afflige 
deux  fois  tous  les  iours  est  fort  rare, 
et  que  celle  qui  vient  tous  les  iours 
est  assez  frequente  et  commune,  bien 
que  les  accès  n’arriuent  pas  tousiours, 
ny  à mesme  temps,  ny  à mesme  heure. 

Pour  la  double  quotidiane  elle  ar- 
riue  tres-raremenl,  et  ne  l’ay  peu  en- 
core iamais  obseruer  : elle  se  fait  au 
reste  de  la  pituite  qui  se  pourrit  en 
deux  diuers  foyers,  qui  fait  qu’elle 
prend  deux  fois  en  vingt-quatre  heu- 


res. Car  si  par  exemple  la  première 
heure  s’allume  à quatre  heures  du 
soir,  et  l’autre  à quatre  heures  du 
malin,  on  a deux  accès  en  vingt- 
quatreheures  : et  si  il  arriue  ce  faisant 
que  le  malade  ne  se  trouue  point  sans 
heure,  la  seconde  surprenant deuant 
que.  la  première  quille, etla  première 
reuenant  pour  la  seconde  fois  deuant 
que  la  seconde  ait  quitté.  Ce  que  ie 
desire  qu’on  entende  de  la  heure  quo- 
tidiane qui  a ses  accès  eslendus  et 
prolongés  iusques  à dix-huit  heures, 
comme  il  arriue  le  plus  sonnent , non 
de  celle  qui  auroit  tant  seulement 
sept  ou  huit  heures  d’accès.  Quant 
aux  signes  de  la  double  quotidiane , 
ils  sont  les  mesmes  que  ceux  de  la 
quotidiane  intermittente , c’est  ponr- 
quoy  ie  n’en  diray  rien  d'auanlage. 

Reste  la  double  quarte,  qui  se  fait 
de  l’humeur  melancholique , laquelle 
se  pourrit  dans  deux  diuers  endroits 
du  corps  hors  de  grands  vaisseaux. 
Ceste  héure  icy  est  assez  ordinaire,  et 
trauaille  le  malade  deux  iours  consé- 
cutifs,^ lui  en  laissant  qu’vn  de  bon. 
Car  si  la  première  quarte  prend  ce 
iourd’huy  à six  heures  du  soir,  la  se- 
conde prendra  le  lendemain  peut 
estre  à mesme  heure,  si  bien  qu  on 
aura  deux  iours  consecutifs  mauuais  : 
le  troisième  suiuant  sera  bon , et  sans 
héure,  et  puis  en  suite  il  en  viendra 
deux  mauuais.  Ces  signes  au  reste  ne 
sont  point  autres  que  ceux  de  la  sim- 
ple quarte  intermittente. 

Voila  pour  les  héures  composées 
doubles  de  mesme  espece.  Entre  les 
triples  est  premièrement  la  triple 
tierce , laquelle  est  produite  et  en- 
gendrée de  la  bile  qui  se  pourrit  en 
trois  foyers  aux  lieux  diuers  du  corps, 
hors  des  grands  vaisseaux  toutesfois. 
Or  ceste  héure  icy  a trois  redouble- 
mens  en  l’espace  de  deux  iours  ; c’est  à 


iG8 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


sçauoir  vn  seul  redoublement  en  vn 
jour,  et  deux  redoublemens  l’autre 
iour.  Galien  au  liure  2.  des  Crises 
chapitre  9.  fait  mention  d’vn  ieune 
adolescent  qui  estoit  trauailié  de 
ceste  sorte  de  fîéure  : 

«Il  commença,  dit-il,, à auoir  la 
» fiéure  vers  les  cinq  heurçs  du  ma- 
» tin  auec  un  frisson  fort  court,  sur 
J)  le  vespreil  sua  vn  peu  : vers  les  sept 
)>  heures  de  nuit,  deuant  que  la  pre- 
3>  miere  fiéure  fust  tout  à faitesteinle, 
3)  vne  autre  fiéure  le  reprit,  auec  vn 
33  frisson  aussi  fort  court , en  après  il 
3)  sua  vn  peu:  le  lendemain  vers  les 
3)  dix  heures  il  eut  vn  nouueau  redou- 
blement; et  puis  sua  la  nuit  sui- 
» uante.  Derechef  le  troisième  iour  la 
» fiéure  le  prit  par  anticipation  à 
3)  deux  heures  du  matin , auec  vn 
» frisson,  deuant  que  l’accès  du  iour 
» precedent  fust  tout  à fait  esteint.» 

Voila  ce  qu’en  dit  Galien , lequel 
s’estend  bien  au  long  pour  desmon- 
trer que  c’esloit  vne  fiéure  composée 
de  trois  tierces,  et  que  ce  n’estoit 
point  vne  hemitrilée,  comme  quel- 
ques-vns  pensoient.  Ce  qu’il  remar- 
qua si  exactement,  qu’il  prit  garde  que 
tous  les  accès  de  ceste  triple  tierce 
anlicipoient  iusques  au  septième 
période,  et  que  de  là  en  auant  ils 
commencèrent  à retarder,  et  puis  à 
diminuer  grandement  : si  bien  que  le 
malade  qui  n’auoit  point  esté  iusques 
à ce  temps  là  sans  fiéure,  commença 
à auoir  deux  heures  entières  d’inter- 
mission. Tu  peux  voir  ce  chapitre  là 
de  Galien  pour  plus  grande  intelli- 
gence des  fiéures  composées  et  com- 
pliquées, par  lequel  aussi  tu  ap- 
prendras par  quels  signes  on  peut  ve- 
nir à la  connoissance  de  la  triple 
tierce,  et  laquelle  des  trois  fiéures 
doit  finir  la  première. 

Reste  la  triple  quarte  , laquelle  se 


fait  loutesfois  et  quand  que  l’humeur 
melancholique  se  pourrit  en  trois  di- 
uersendroitsducorpshors  des  grands 
vaisseaux.  Les  signes  de  ceste  fiéure 
sont  de  prendre  tous  les  iours,  mais 
auec  les  marques  qui  sont  propres  de 
la  fiéure  quarte  simple,  par  lesquelles 
elle  est  aisément  distinguée  et  de  la 
quotidiane,  et  de  la  double  tierce.  Or 
ce  qui  est  cause  que  ceste  fiéure  se 
multiplie  ainsi, c’est quelquesfois aussi 
l’vsage  desreiglé  des  choses  qui  aug- 
mentent l’humeur  melancholique  : 
quelquefois  aussi  l’vsage  des  medica- 
mens  trop  chauds , comme  de  la  thé- 
riaque, que  l’on  donne  au  commence- 
ment des  fiéures  quartes.  Car  ces 
medicamens  icy  n’ayant  pas  faculté 
de  cuire  ou  d’euacuer  l’humeur  mor- 
bifique, ils  l’agitent  seulement  et  la 
iettent  d’vn  lieu  en  l’autre,  d’où  vien- 
nent les  diuers  foyers.  Ainsi  Galien 
remarque  au  liure  des  Prédictions 
ch.  2.  qu’vn  certain  philosophe  peri- 
pateticien , nommé  Eudemus,  estant 
trauailié  d’vne  simple  quarte  inter- 
mittente , par  l’aduis  de  quelque  mé- 
decin prit  de  la  theriaque  auant  que 
la  matière  fust  cuite  et  préparée,  la- 
quelle fit  qu’il  tomba  en  vne  triple 
quarte  : laquelle  par  après  Galien 
guérit  par  l’vsage  mesme  de  la  the- 
riaque, qu’il  donna  à propos  lors  que 
la  matière  fut  préparée.  Lors  donc 
que  toutes  choses  sont  crues,  si  on 
donne  des  medicamens  qui  eschauf 
fent  beaucoup , d’autant  qu’ils  ne 
peuuent  résoudre  les  humeurs  par  les 
sueurs,  ils  l’agitent  simplement  et  en 
transportent  vne  partie  qui  çà  qui  là, 
si  bien  qu’il  arriue  qu’au  lieu  d’vn 
seul  foyer  qu’il  y auoit,  il  s’en  fait  et 
deux  et  trois , d’où  puis  après  il  s’en- 
gendre autant  de  fiéures.  . 

Si  nous  n’auions  parlé  de  la  cura- 
tion des  fiéures  en  particulier,  il  fau- 


DES  FIEVRES. 


droit  icy  faire  vn  grand  discours  pour 
la  cure  de  ces  fleures  composées.  Mais 
qui  entendra  bien  ce  que  nous  auons 
dit  iusques  icy , il  n’aura  pas  beau- 
coup de  peine  de  trouuer  les  indica- 
tionsnecessaires  à la  guérison  decelies 
que  nous  traitons  en  ce  Chapitre,  veu 
que  la  composition  ne  change  ny  les 
indications  ni  les  remedes,  mais  les 
modifie  seulement  : en  tant  qu’il  faut 
auoir  plus  d’esgard  à conseruer  les 
forces  du  malade  en  ces  fleures  com- 
posées, que  non  pas  aux  simples, 
d’autant  qu’il  n’a  pas  esté  relasché, 
et  qu’il  est  plus  aigrement  et  violem- 
ment trauaillé.  Quiconque  donc  vou- 
dra guérir  les  doubles  et  les  triples 
tierces , qu’il  recoure  aux  remedes 
prescrits  à la  simple  tierce  intermit- 
tente: qui  voudra  guérir  les  doubles 
quolidianes, aille  chercher  les  remedes 
ordonnés  à la  simple  quotidiane  in- 
termittente : bref,  qu’on  ait  recours 
aux  remedes  déjà  simple  quarte  in- 
termittente, si  on  veut  guérir  les  dou- 
bles et  les  triples  quartes.  Néant- 
moins  ie  donneray  cest  aduerlisse- 
ment,  qu’il  faut  auant  que  de  songer 
auxremedes,  connoistre  si  la  double 
et  la  triple  tierce,  si  la  double  quoti- 
diane, si  la  double  et  triple  quarte  se 
font  de  la  bile  naturelle  ou  contre 
nature,  de  la  pituite  naturelle  ou 
contre  nature,  du  suc  melancholique 
naturel  ou  de  l’humeur  atrabilaire: 
car  selon  cestediuersité,  il  faudra  re- 
courir aux  remedes  de  la  tierce  vraye 
ou  bastarde.dela  quotidiane  vraye  ou 
bastarde,  delà  quarte  vraye  ou  bas- 
tarde  : veu  que  nous  auons  appris  par 
cy-deuant  que  la  curation  des  fleures 
vrayes  est  grandement  eslongnée  en 
quelques-vnes  de  la  curation  des  bas- 
tardes. 


169 

CHAPITRE  XXXIV. 

DES  FIÈVRES  CONFVSES. 

le  n’ay  que  trois  mots  à dire  en  ce 
Chapitre,  veu  que  la  doctrine  des  fié- 
ures  confuses  dépend  de  celle  des 
composées,  que  nous  auons  expli- 
quées assez  copieusement  au  Chapi- 
tre precedent. 

Nous  appelons  fiéure  confuse,  celle 
qui  est  engendrée  de  la  pourriture 
de  diuerses  humeurs  ensemble  pesle- 
meslées  et  confuses  en  vn  mesme 
lieu,  mais  qui  ne  laissent  pas  de  gar- 
der leur  propre  nature.  Lescomposées 
se  font  bien  de  la  pourriture  de  di- 
uerses humeurs  : mais  ny  ces  hu- 
meurs là  ne  sont  point  confuses  et 
pesle  meslées  ensemble , ny  ne  se 
pourrissent  point  en  vn  seul  lieu, 
mais  en  diuers  foyers:  d’où  il  arriue 
aussi  que  les  signes  et  les  symptômes 
descomposées  sont  aisément  conneus 
et  distingués , là  où  ceux  des  con- 
fuses sont  confus , et  tellement  ioinls 
et  liés  par  ensemble , qu’on  ne  les 
sçauroit  ny  reconnoistre  ny  distin- 
guer. I’ay  dit  au  reste,  que  telles  hu- 
meurs, encore  bien  qu’elles  soient  re- 
tenues en  vn  mesme  lieu,  ne  laissent 
pas  que  de  conseruer  leur  propre  na- 
ture, qui  est  par  exemple,  de  la  pi- 
tuite. de  s’esmouuoir  tous  les  iours, 
et  de  donner  des  refroidissemens  au 
commencement  de  la  fiéure  qu’elle 
produit  : de  la  bile,  de  s’esmouuoir 
tous  les  trois  iours,  et  de  donner  des 
frissons  : de  la  melancholie,  d e se  mou- 
uoir  le  quatrième  iour,  et  d’apporter 
des  horreurs.  Ce  que  i’ay  bien  voulu 
adiouster,  à fin  de  donner  la  diffe- 

Irence  qu'Â  y a entre  les  fiéures  con- 
fuses et  les  fiéures  intermittentes 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


1 70 

bastardes,  que  quelques  vus  ont  vou- 
lu mettre  au  rang  des  confuses,  veu 
qu’elles  s’engendrent  de  deux  di- 
uerses  humeurs  qui  se  pourrissent 
et  en  mesme  temps  et  en  mesrne  lieu. 
Mais  comme  i'ay  dit,  les  humeurs  qui 
font  les  confuses  gardent  chacune  leur 
naturel,  d’autant  qu’elles  ne  sont  pas 
si  bien  meslées  qu  elles  ne  facent 
qu’vue  nature,  ains  seulement  sont 
confusément  mises  en  mesme  lieu  : 
de  sorte  que  cela  n’empesche  pas 
qu’elles  ne  gardent  tousiours  et  leur 
nature  et  leurs  propriétés  : mais  les 
humeurs  qui  font  les  fléures  bastar- 
des, sont  si  exactement  meslées  et 
mixtionnées  enlr’elles , qu’elles  ne 
font  qu’vne  nature  , et  ne  reçoiuent 
qu’vne  forme  : c’est  pourquoy  aussi 
elles  ne  font  qu’vne  seule  fleure. 

Quelques  autres  veulent  que  les 
fléures  confuses  soient  produites  de 
deux  occasions , comme  de  l’inflam- 
mation de  deux  diuerses  parties,  la- 
quelle fait  deux  fléures  continues. 
Que  si  pareillement  le  poulmon  par 
exemple  est  trauaillé  d’vn  erysipele, 
et  le  foye  d’vn  phlegmon  , ils  disent 
qu’alors  il  suruient  deux  fléures  con- 
fuses, l’vne  bilieuse  causée  par  l’ery 
sipele  du  poulmon, et  l’autre  sanguine 
engendrée  par  le  phlegmon  du  foye. 
Mais  tout  cela  est  de  peu  d’impor- 
tance pour  la  pratique  : car  soit  que 
ce  soient  fléures  confuses,  ou  fléures 
composées , pourueu  qu’on  recon- 
noisse  la  qualité  de  l’humeur  qui  se 
pourrit,  il  est  aisé  d’inuenter  et  de 
trouuer  les  remedes  propres  à les 
guérir. 


CHAPITRE  XXXV. 

DE  LA  FIÉVP.E  HECTIQVE,  DE  SES  DIFFE- 
RENCES, CAVSES,  SIGNES  ET  CVRE  *. 

En  nostre  diuision  des  fléures, nous 
auons  dit  qu’il  y en  auoit  de  trois  sor- 
tes, l’ephemere,  l’humorale,  et  l’hecti- 
que. Nous  auons  expliqué  iusques 
icy  l’ephemere  et  les  humorales  : par- 
tant il  ne  nous  reste  plus  que  la  fié- 
ure  hectique  , laquelle  est  ainsi  ap- 
pellée , ou  pource  qu’elle  est  stable 
et  difficile  à guérir  et  oster , comme 
les  choses  qui  ont  pris  leur  habitude  : 
car  le  mot  Grec  ?£is  signifie  habitude  : 
ou  pource  qu’elle  occupe  les  parties 
solides  de  nostre  corps,  lesquelles  les 
Grecs  appellent  «ïu;,  mesme  que  le 
mot  Latin  habitus  se  prend  en  l’vne 
et  l’autre  signification. 

L’on  fait  trois  sortes  de  fléures  hec- 
tiques, qui  pour  en  parler  à la  vérité, 

1 Ce  chapitre  porte  le  même  titre  et  a 
gardé  presque  absolument  la  même  rédac- 
tion que  le  chapitre  14  du  Traité  de  1575. 
La  seule  différence  un  peu  notable  consiste 
dans  la  manière  dont  celui-ci  débutait  : La 
fieure  hectique  est  ainsi  appellee  , ou  parce 
qu'elle  est  stable,  etc.  ; ainsi  le  nouveau  texte 
a ajouté  deux  lignes  fort  insigniüantes,  après 
quoi  il  n’y  a plus  aucun  changement. 

C’est  le  dernier  chapitre  dont  le  Traité 
nouveau  ait  hérité  de  l’ancien  ; mais  il  faut 
ajouter  que  ce  chapitre  tout  entier,  à partir 
de  l’édition  de  1579,  avait  passé  avec  te 
même  titre  au  livre  (les  Playes  en  particulier , 
où  il  constituait  le  chapitre  34. oy.  tome  II, 
page  103,  la  dernière  note.  Celte  note  a be- 
soin d’être  rectifiée  en  ce  sens  , qu’en  effet 
e texte  actuel  contient  un  très  long  passage 
qui  avait  été  retranché  au  livre  des  Playes, 
mais  en  revanche  celui-ci  en  contenait 
d’autres  qui  manquent  au  livre  des  Fiéures, 
et  que  nous  aurons  soin  de  reproduire. 


DES  FIEVRES.  171 


sont  plustost  degrés  qu’especes  d’i- 
celle. Le  premier  degré  donc,  est 
quand  la  chaleur  hectique  consomme 
1 humidité  des  parties  solides.  Le  se- 
cond, quand  il  deuore  la  substance 
charneuse  d’icelles.  Le  troisième  et 
dernier  qui  est  incurable,  quand  il 
s’attache  aux  parties  solides , et  les 
destruit  et  consomme  : tout  ainsi  que 
la  flamme  d’vne  lampe  consomme 
premièrement  l’huile  , en  après  la 
propre  humidité  du  lumignon,  et  en 
lin  le  corps  du  lumignon  mesme  : ce 
qu’estant,  il  n’y  a plus  de  moyen  ny 
d'esperancede  le  pouuoir  r’allumer, 
bien  que  vous  luy  donniez  l’huile  à 
regorger. 

Ceste  fiéure  ne  prend  que  bien  ra- 
rement , et  à peine  commence-elle 
d'elle-mesme  : c’est  pourquoy  elle 
suit  tousiours quelque  autre  Géure. 

Les  causes  doneques  de  la  liéure 
hectique  sont  fiéures  aiguës  et  ar- 
dentes mal  pensées,  et  principalement 
ausquelles  on  n’a  donné  réfrigération 
competente  par  epi  thèmes  sur  le  cœur 
et  hypocondres,  ny  eau  froide  à boire 
en  temps  et  saison  requise.  Elle  peut 
aussi  estre  causée  d’vne  fiéure  diaire, 
qui  aura  eu  son  commencement  de 
quelque  grande  et  longue  fascherie 
ou  cholere,  la  cause  et  impression 
d'icelle  perseuerant  long  temps  en 
nous  : elle  peut  aussi  venir  de  quel- 
que trauail  excessif  en  lieu  et  en  temps 
chaud  et  ardent,  et  en  vn corps  floüet, 
qui  a peu  de  sang  et  d’humidité.  Pa- 
reillement elle  est  soutient  causée 
d’vne  vlcere  et  inflammation  des 
poulmons,  empyemedu  thorax,  d’vn 
grand  et  long  phlegmon  de  foye, 
ventricule,  mesentere,  matrice,  reins, 
vessie,  intestins  ieiunum  et  colon  : 
voire  mesme  des  autres,  s’ils  sont 
enflammés  d’vne  longue  et.  vehemenle 
diarrhée,  lienterie  , oü  dysenterie, 


dont  aussi  s’ensuit  inflammation , 
resi  cation  , émaciation  de  tout  le 
corps,  et  par  conséquent  fiéure  hec- 
tique. Car  l’humidité  estant  consom- 
mée etespuisée,lachaleur  se  fait  plus 
acre  et  ardente. 

Ceste  fiéure  de  tant  est-elle  plus 
aisée  à connoistre,  qu’elle  est  difficile 
à guérir.  Le  pouls  donc  en  icelle  est 
dur,  à cause  de  la  siccité  de  l’artere 
qui  est  partie  solide,  et  débité  pour 
l’infirmitéde  la  faculté  vitale,  le  cœur 
estant  en  toute  sa  substance  assailli  : 
au  reste  petit  et  frequent,  à cause  de 
l’intemperature  et  ardeur  du  cœur, 
qui  ne  pouuant  faire  grand  pouls 
pour  se  réfrigérer,  â cause  de  son  im- 
bécillité, tasche  à se  reuanger  et  ra- 
fraichir  (mais  en  vain)  par  sa  fré- 
quence et  vitesse  d’iceluy.  Le  propre 
signe  de  telle  fiéure,  pour  le  respect 
du  pouls,  est  qu’vne  heure  ou  deux 
aprésle  repas  lepoulssemonstre  plus 
grand  et  Jeger,  et  mesme  la  chaleur 
qui  est  au  corps  du  malade  pour  lors 
se  monstre  plus  grande  : ce  qui  dure 
tant  que  la  distribution  de  l’aliment 
se  fait,  et  iusques à tant  que  la  siccité 
du  cœur  soit  aucunement  corrigée  et 
sa  substance  humectée  par  la  surue- 
nue  de  l’aliment,  qui  est  cause  que  la 
chaleur  s’augmente  : ne  plusne  moins 
que  la  chaux  auparauant  froide  à 
l’attouchement,  s’eschaufle  iusques  à 
fumer  et  bouillir  quand  elle  est  ar- 
rousée  d’eau.  Au  reste,  la  chaleur  et 
le  pouls  demeurent  tousiours  égaux 
en  leur  petitesse,  langueur,  obscurité, 
dureté,  fréquence,  sans  aucune  exa- 
cerbation : si  bien  que  le  malade 
mesme  nepense  pas  auoir  la  fiéure,  et 
ne  sent  aucun  mal  et  douleur , qui  est 
vn  autre  signe  propre  de  la  fiéure 
hectique.  La  raison  vient  de  ce  que  la 
chaleur  ne  se  monstre  point,  n’estant 
placée  en  la  superficie  des  esprits 


1 72  LE  VINGTIEME  LIVRE  , 

et  humeurs,  comme  en  la  diaire  les  seuls  humeurs  sont  capables  de 
et  putride  , ains  est  comme  cachée  purgation  , et  non  les  parties  solides. 


et  plongée  au  plus  profond  de  la 
substance  des  parties  solides  : com- 
bien que  toutesfois  si  vous  tenez  long 
temps  vostre  main  sur  son  corps,  la 
chaleur  en  fin  se  fait  sentir  acre  et 
mordicante,  le  passage  lu  y estant  ou- 
uert  par  le  cuir  raréfié  par  l’attou- 
chement doux  et  bénin  d’vne  main 
bien  lemperée.  Que  si  le  malade  en 
ceste  fiéure  sent  quelque  douleur,  et 
que  par  l’inégalité  et  exacerbations 
de  la  chaleur,  il  se  iuge  et  sente  luy- 
mesme  auoir  la  fiéure,  c’est  signe  que 
telle  hectique  n’est  pas  simple,  mais 
compliquée  auec  vne  fiéure  putride, 
qui  apporte  telle  inégalité.  Au  reste 
si  la  face  Hippocratiquea  lieu  en  quel- 
que  maladie  , certes  elleparoist  clai- 
rement és  hectiques,  à cause  de  la 
colliquation  de  tout  le  corps. 

Pour  la  cure  de  ceste  fiéure,  il  faut 
curieusement  considérer  auec  quelles 
maladies  elle  est  compliquée  , et  de 
quelle  cause  elle  aura  esté  excitée. 
Premièrement,  il  faut  sçauoir  si  elle 
est  maladie  ou  symptôme  : car  si  elle 
est  symptomatique,  elle  ne  pourra 
estre  guerie  tandis  que  la  maladie 
persistera  et  perseuerera  : comme,  si 
elle  est  causéed’vne  fistule  au  thorax, 
à raison  d’vne  playe  receuë  en  ce  lieu , 
ou  d’vne  vlcere  dysentérique  d’intes- 
tins, elle  ne  pourra  guérir  que  pre- 
mièrement la  fistule  ou  vlcere  ne  soit 
guerie,  d’autant  que  la  maladie  en- 
tretient tel  symptôme,  comme  la 
cause  son  effet.  Mais  si  elle  est 
maladie  simple  première  : d’autant 
que  son  essence  consiste  en  vne  in- 
tempérie chaude  et  seiche,  qui  est 
placée  non  éshumeurs,  mais  és  parties 
solides,  toute  l’intention  et  conseil 
du  Médecin  se  doit  rapporter  à alté- 
rer et  corriger , et  non  à purger  : car 


Reste  donc  maintenant  de  rafraîchir 
et  humecter  les  parties  solides  : ce 
qui  se  fait  par  choses  prises  au  dedans, 
et  apposées  par  dehors. 

Les  choses  qui  se  peuuenl  fort  heu- 
reusement prendre  au  dedans  du 
corps , sont  les  alimens  médicamen- 
teux , qui  profitent  sans  comparaison 
plus  que  les  choses  qui  peuuent  sim- 
plement altérer,  c’est-à-dire  rafraî- 
chir et  humecter  sans  donner  nour- 
riture : car  par  le  respect  de  la  portion 
alimenteuse  qui  est  en  eux,  estans 
attirés  et  apposés  à la  partie , et 
tournés  en  la  substance  d’icelle,  ils 
viennent  à l’humecter  et  rafraîchir, 
non  superficiellement  comme lescho- 
ses  qui  altèrent  simplement,  mais 
intérieurement.  Nous  auons  de  ces 
choses  icy  entre  les  herbes  , entre  les 
fruits , entre  les  racines , entre  les 
semences , entre  les  choses  que  nous 
prenons  ordinairement  pour  la  nour- 
riture de  nostre  corps  : l’on  recom- 
mande fort  entre  les  herbes  pour  cest 
effet  la  viole,  le  pourpié,  la  buglosse, 
l’endiue  et  la  lentille  pallustre,  la 
maulue  aussi  quand  il  y a adstriction 
de  ventre.  Les  fruits  sont  de  courge, 
de  concombres,  pommes,  pruneaux, 
la  passebille,  amandes  douces  et  ré- 
centes, et  les  pignons  : des  semences 
nous  auons  les  quatre  semences  froi- 
des , grandes  et  petites,  et  icelles  ré- 
centes à cause  de  leur  humidité , les 
semences  de  pauot , de  berberis , de 
coings , les  fleurs  de  buglosse,  de  vio- 
les, de  nénuphar  : desquelles  choses 
l’on  fait  des  coridits  auec  vn  poulet 
pour  prendre  au  matin  , la  première 
concoction  estant  accomplie,  ce  que 
l’on  continuera  par  l’espace  de  neuf 
iours. 

Quant  aux  viandes , pour  le  com- 


DES  FLEVKES. 


i73 


mencement , lors  que  les  facultés  ne 
sont  encore  fort  debiles,  que  le  fébri- 
citant prenne  alimens  qui  à la  vérité 
soient  difficiles  à cuire,  mais  qui 
nourrissent  fort  et  longtemps,  telles 
que  sont  les  extrémités  des  animaux, 
comme  pieds  de  veau  et  de  pourceau 
non  salés,  chair  de  tortue  qui  pre- 
mièrement aura  esté  nourrie  en 
quelque  jardin,  pour  se  gourmer  et 
purger  de  ses  humidités  excremen- 
lilielles,  la  chair  de  limaçons,  la 
semoule-,  et  autres  semblables  1 : car 
telles  choses  ayant  vn  suc  visqueux 
s’agglutinent  aisément  aux  parties  de 
notre  corps , et  ne  peuuent  estre  dis- 
sipées si  aisément  par  l’ardeur  de  la 
chaleur.  Mais  lorsque  la  fiéure  hec- 
tique aura  ja  longtemps  traisné  dans 
le  corps,  de  sorte  que  les  facultés 
semblent  fort  affoiblies,  il  faudra 
donner  viandes  aisées  à cuire,  et  ce 
icelles  plustost  bouillies  que  rôties: 
d’autant  que  les  boüillies  humectent 
d’auantage,  et  que  les  rosties  se  tour- 
nent plus  aisément  en  bile 2. 

1 Ceci  est  le  texte  de  1575;  mais  en  1579 
au  chapitre  34  du  livre  des  IHuy es  en  par- 
ticulier, après  la  chair  de  tortue,  on  lisait  : 

« ...  La  chair  de  limaçons  blancs  pris  és 
vignes,  les  grenouilles,  escreuices  de  ri- 
uiere,  anguilles  prises  en  eau  pure  et  bien 
assaisonnées,  œufs  durs  mangez  auec  jus 
d’ozeille  sans  espice  , le  stoephis  et  merlu 
bien  detrampez  et  dessalez,  des  anons  et 
poncepieds,  la  semoule,  et  autres  sembla, 
blés.  » 

On  retrouvera  une  partie  de  ces  aliments» 
mais  non  pas  tous,  indiqués  plus  bas  dans 
le  texte  actuel,  comme  déjà  en  1575. 

2 Le  chapitre  35  du  livre  des  Playes  de 
1579,  avait  intercalé  en  cet  endroit  un  para- 
graphe que  l’auleuraoublié  de  reporter  dans 
son  nouveau  Traité  : 

« Les  viandes  seront  veau  , chéureau  , 
chappons,  poulets,  cuilles  en  herbes,  et  se- 
mences qui  rafraîchissent  et  humectent,  les 


Que  si  toutesfois  le  malade  est  de- 
| gousté  des  viandes  boüillies,  que  la 
chair  qu’on  luy  donnera  ne  soit  guè- 
re rostie,  et  qu’on  luy  donne  non  de 
la  superficie  de  la  chair  qui  est  plus 
seiche  et  bruslée,  mais  de  Finterieure 
qui  est  plus  humide,  et  qu’elle  soit 
en  outre  temperée  encore  d’eau  rose, 
de  suc  de  citrons,  d’orenges,  ou  de  gre- 
nades. Qu’il  s’abstienne  de  poissons 
sallés  et  durs  : les  meilleurs  sont  les 
saxatiles , pour  l’exercice  qu’ils  font 
eslans  continuellement  heurtés  entre 
Iss  rochers:  ceux  aussi  quiont  la  chair 
glutineuse  1 et  visqueuse , comme  les 
anguilles  prises  en  eau  pure  et  bien 
assaisonnées,  les  tortues,  les  escre- 
uisses,  les  limaçons  et  grenouilles.  Le 
laict  d’asnesse  pris  chaudement,  et 
corrigé  auec  vn  peu  de  sel,  de  sucre 
rosat,  miel,  fenoüil,  ou  anis,  de  peur 
qu’il  se  corrompe  ou  aigrisse  en  l’es- 
tomach,  ou  bien  le  laict  de  femme 
succé  de  la  mamelle,  sont  fort  re- 
commandés en  cesle  maladie,  le  tout 
pris  iusques  à demie  liure2.  Qu’il 

orges  mondez,  les  amendes  leur  sont  pro- 
pres : comme  aussi  la  panade  faite  de  mie 
de  pain  blanc  arrousee  d’eau  de  rose,  puis 
cuitte  en  la  de  coction  des  quatres  semences 
froides,  auec  du  sucre  rosat  en  forme  de 
boulie  : telle  panade  refraichit  le  foye  et 
l’habitude  de  tout  le  corps,  et  nourrit  gran- 
dement, comme  aussi  les  testicules,  les 
foyes,  aillerons,  de  ieunes  coqs,  les  figues  et 
raisins  de  Damas.  » 

1 Le  livre  des  Playes  en  particulier  disait 
ici  : comme  ceux  que  nous  auons  cy  deuant 
nommez. 

2 II  y avait  encore  ici  une  intercalation 
assez  étendue  dans  le  chapitre  35  du  livre 
des  Playes  de  1579;  la  voici: 

« Mais  celuy  de  la  femme  est  plus  vtile, 
parce  qu’il  est  plus  doux  et  nourrissant , et 
approchant  de  plus  près  de  nostre  naturel, 
moyennant  qu’il  soit  pris  d’vne  nourrice  bien 
temperee  et  habituée,  mesme  qu’il  estsin- 


\n[\  LE  VINGTIEME  LIVRE, 


trempe  son  vin  auec  quelque  peu 
d'eau  de  laictue,  de  pourpié,  ou  de 
nénuphar,  et  auec  beaucoup  de  celle 
de  buglosse,  tant  pource  qu’elle  hu- 
mecte grandement,  qu’aussi  qu’elle  a 
la  vertu  spéciale  de  resioüyr  et  re- 
créer le  cœur,  la  substance  duquel 
est  fort  affligée  en  ceste  maladie.  Et 
telles  sont  les  choses  qu’il  ennuient 
prendre  au  dedans. 

Celles  qui  se  doiuent  appliquer  par 
dehors  sont  les  onctions,  les  bains, 
les  epithemes,  les  clysteres.  Les  onc- 
tions sont  diuerses , selon  la  diuersité 
de  l’indication,  prise  des  parties  sur 
lesquelles  il  les  faut  appliquer.  Car 
sur  le  dos  et  sur  toute  l’espine,  Galien 
y fait  des  onctions  de  choses  froides 
et  astringentes  modérément,  c’est  à 
dire  qui  puissent  roborer  les  parties 
etempescher  la  colliquation  d’icelles, 
et  non  boucher  le  passage  à l’insen- 
sible transpiration,  ce  qui  rendroitla 
chaleur  beaucoup  plus  acre. Tels  sont 
les  linimens  qu’on  peut  faire  d’huile 
rosat , de  nénuphar,  de  coings  auec 
vn  peu  de  cire , s’il  vient  à propos. 
Les  parties  pectorales  au  contraire 
doiuent  estre  ointes  de  choses 
moyennement  rafraichissantes  et  re- 
laschantes  : ie  dis  moyennement  ra- 

gulier  aux  érosions  de  l’estomach  et  vlceres 
des  poulinons,  dont  s’ensuit  émaciation  et 
phtisie. Quant  au  laict  d’asnesse,il  le  faudra 
choisir  qu’ellesoit  nourrie  d’orge  et  auoine, 
fueilles  de  chesne,  afin  que  parle  bénéfice 
de  telle  nourriture,  il  soit  plus  profitable  et 
moins  subiet  à cqrruplion.  Et  où  le  malade 
auroit  le  ventre  trop  lasche,  on  fera  vn 
peu  bouillir  le  laict,  et  y esteindre  des  cail- 
lous  tous  rouges  et  ardens.  El  noteras  que 
si  ledit  laict  pris  , le  malade  auoit  rots  ai- 
gres, difficu  1 té  d’alla inc,  chaleur  non  accous- 
tumee,  enflure  et  fluctuation  du  ventre, 
douleur  de  teste,  comme  il  aduient  à plu- 
sieurs, il  faudra  désister  à prendre  ledit 
laict.  » 


fraîchissantes , d’autant  que  le  froid 
est  tout  à fait  leur  ennemy  : ie  dis 
aussi  relaschantes  , à raison  que  les 
astringentes  apporleroient  vne  diffi- 
culté de  respirer,  et  de  mouuoir  li- 
brement les  muscles  du  thorax.  Telles 
sont  les  onctions  qui  se  peuuent  faire 
d’huile  violât,  de  saules,  d’huile  de 
semence  de  laictue,  de  pauot,  de  né- 
nuphar , y meslant  de  l’huile  d’a- 
mendes douces,  pour  temperer  l’ad- 
striclion  et  frigidité  qu’ils  pourroient 
auoir.  Sur  tout  que  l’on  se  garde  que 
l’Apothicaire  par  auarice,  au  lieu  de 
ces  huiles  recenlement  tirées , ne 
vous  en  suppose  de  vieilles  , rancides 
et  salléés  : car  au  lieu  de  rafraîchir 
vous  eschaufferiez  , comme  ainsi  soit 
que  le  vin , le  miel , et  l’huile  par 
l’aage  acquièrent  vne  chaleur  exces- 
siue.  Au  defaut  de  bonnes  huiles , 
nous  les  oindrons  de  beurre  premiè- 
rement Jaué  diligemment  en  eau  de 
violes  et  de  morelle.  L’vsage  de 
telles  onctions  est  de  rafraîchir,  hu- 
mecter et  conforier  les  parties  : et 
se  doiuent  faire  matin  et  soir,  quand 
le  malade  s’ira  coucher,  deuant  et 
après  le  bain. 

Quant  aux  bains  , nous  les  ordon- 
nons, ou  pour  simplement  humecter, 
et  lors  suffira  le  bain  d’eau  tiede, 
dans  laquelle  on  pourra  ielter  fleurs 
de  violes , de  nénuphar,  fueilles  de 
saules,  et  orge  mondé  : ou  pour  non 
seulement  humecter,  mais  aussi  re- 
lascher  les  parlies  qui  sont  tendues 
de  siccilé  et  aridité  hectique,  et  outre 
leur  apporter  quelque  meilleure  ha- 
bitude, à ce  qu’elles  deuiennent 
mieux  refailes  et  nourries,  et  lors  on 
y pourra  aussi  mesler  la  décoction 
d’vne  teste  et  tripes  de  mouton, 
et  ensemble  quelque  quantité  de 
beurre. 

Au  reste,  l’appareil  d’vn  bain  pour 


des  fièvres. 


les  hectiques  doit  estre  de  plus  grand 
artifice  que  le  vulgaire  des  prati- 
ciens ne  pense.  L’artifice  est  tel.  Il 
faut  auoir  trois  baignoires  : la  pre- 
mière sera  d’eau  douce  modérément 
chaude,  et  ce  pour  ouurir  les  pores 
du  cuir  : la  seconde  sera  d’eau  tiede, 
pour  simplement  humecter , l’eau 
pénétrant  aisément  par  les  pores 
du  cuir  : la  troisième  d’eau  froide , 
pour  rafraîchir , fortifier  et  adslrain- 
dre  les  parties  , et  leur  faire  garder 
l’humidité  receuë  , de  peur  qu’elle 
n’exhale  : il  faut  demeurer  quelque 
peu  de  temps  dans  le  second , et  fort 
peu  dans  le  troisième.  Toutesfois 
ceux  qui  n’auront  les  moyens , ou  qui 
se  fascheront  de  transporter  leurs 
corps  ainsi  successiuement  de  bai- 
gnoire en  autre,  pourront  accomplir 
toutes  ces  trois  intentions  en  vn 
mesme  bain,  luy  donnant  l’eau  plus 
chaude  au  commencement,  puis  y 
mettant  tant  d’eau  froide  qu’il  y en 
ait  suffisamment  pour  rendre  le  tout 
tiede  : en  fin  vuidant  par  vne  fontaine 
qu’il  y aura  au  dehors  de  la  baignoire, 
tant  de  ceste  eau  tiede,  qu’emplissant 
le  reste  d’eau  froide  le  tout  soit 
rendu  entièrement  froid.  le  trouue- 
rois  bon  que  deuant  de  plonger  le 
malade  dans  le  premier  bain , qu’on 
luy  fist  receuoir,  non  par  la  bouche , 
mais  par  le  reste  de  tout  le  corps,  la 
vapeur  de  l’eau  chaude.  Le  moyen 
seroit  que , tenu  sur  la  gueule  de  la 
baignoire  par  trois  ou  quatre  hom- 
mes, et  au  dessus  enueloppé  et  cou- 
uertdetoutes  parts  d’vn  linge  horsmis 
la  teste,  il  receut  ladite  vapeur,  pour 
estre  plus  pleinement  par  après  dans 
le  bain  humecté,  le  corps  estant  es- 
tant ainsi  raréfié  et  laxé1. 

’ Ce  curieux  paragraphe  sur  l’administra - 
lion  des  bains  est  copié  textuellement  de 


i75 

Or  il  faut  qu’il  ait  pris  et  cuit  quel- 
ques viandes  deuant  que  d’entrer 
dans  ce  bain,  à tin  que  par  la  cha- 
leur dudit  bain  l’aliment  ia  cuit  soit 
attiré  aux  parties. et  en  toute  l'habi- 
tude du  corps  : car  d’y  entrer  l’esto- 
mach  vuide  et  à jeun,  il  se  feroit  trop 
grande  dissolution  des  forces  du 
corps.  Le  régime  donc  qu’il  conuien- 
dra  tenir  deuant  que  d’entrer  dedans, 
doit  estre  tel  : que  le  iour  de  deuant 
sur  le  malin  on  lui  donne  vn  clystere 
remollient , à fin  que  les  excremens 
qui  ont  coustume  d’eslre  retenus  dans 
les  intestins  par  l’intemperie  seiche 
soient  euacués  : qu’on  le  fasse  disner 
par  après  sur  les  neuf  heures , luy 
donnant  viande  de  solide  nourriture: 
qu’il  souppe  sur  les  quatre  heures, 
mais  moins,  et  de  viandes  aisées  à 
cuire  : vne  heure  après  minuicl  qu’il 
prenne  la  décoction  d'vn  poulet,  ou 
vn  orge  mondé  , ou  deux  œufs  mol- 
lets, dans  lesquels  on  mettra  un  peu 
d’eau  rose  et  de  sucre  au  lieu  de  sel  : 
quatre  ou  cinq  heures  après  qu’il 
entre  dans  le  bain,  à la  façon  que  dit 
est.  En  après  au  sortir  du  bain,  qu’on 
le  nettoye  et  frotte  doucement  auec 
linges  mois  et  déliés  : après  qu’il  soit 
oinct  à la  mode  cy-deuant  descrile  : 
puis  qu’il  repose  et  dorme  dans  le  lict 
deux  ou  trois  heures,  si  possible  est  : 
à son  resueil  qu’il  boiuede  la  plisane, 
et  qu’il  prenne  des  potages  de  facile 
digestion  : à son  souper  qu’il  boiue 
du  vin , et  qu’il  se  nourrisse  de 
viandes  plus  solides.  Le  matin  qu’on 
luy  donne  vn  orge  mondé,  ou  autre 
viande  de  pareille  estoffe  : en  après 
qu’il  l’entre  dans  le  bain  à la  mode 
susdite.  Ce  luy  sera  chose  tres-profi- 

l’édition  de  1575;  il  est  assez  singulier  que 
le  livre  des  Playes  de  1579  l’ait  passé  sous 
silence. 


17b  LE  VINGTIEME  LIVRE, 


table  qu’il  vse  ainsi  artificiellement 
du  bain  de  dix  en  dix  iours , et  ce  par 
l’espace  de  trois  iours  continus.  Que 
si  le  malade  est  suiet  à quelque 
crudité  d’esiomacb,  de  sorte  qu’il  ne 
puisse  endurer  le  bain  sans  danger 
et  de  syncope  et  d’autres  accidens  , il 
luy  conuiendra  roborer  et  fortifier  le 
ventricule  auec  linimens  d’huile  de 
coings,  d’absinthe  et  de  mastic,  ou 
bien  luy  apposer  vne  crouste  de  pain 
aspergée  de  poudre  de  roses,  de  san- 
dal , et  de  girofle , et  de  vin  odorifé- 
rant, sur  la  région  du  ventricule,  et 
par  derrière  enuiron  la  treiziéme 
verlebredu  dos , où  par  l’intelligence 
de  l’Anatomie  nous  entendons  res- 
pondre  la  bouche  de  l’estomach. 

Les  epithemes  luy  doiuent  estre 
apposés  sur  le  foye  et  sur  le  cœur, 
à fin  de  temperer  l’ardeur  acre  d’i- 
celles parties,  et  corriger  leur  siccité 
par  vne  humidité  raisonnable  : c’est 
pourquoy  tels  epithemes  se  prépa- 
rent auec  choses  froides  et  humec- 
tantes, mais  plus  humectantes  que 
froides , d’autant  que  ce  qui  est  fort 
froid  coupe  et  ferme  passage  à l’hu- 
midité : à cela  sont  propres  les  eaux 
de  buglosse  et  de  violles  iusques  à vn 
quarteron,  auec  quelques  gouttes  de 
vin  blanc.  Mais  ceux  qui  se  font 
d’orge  mondé,  de  semence  de  courge, 
de  pompons,  ou  de  concombres , ius- 
ques à trois  drachmes  de  chacune  en 
la  décoction  , en  y meslant  par  forte 
agitation  de  l’huile  de  violles  ou 
d’amendes  douces,  sont  plus  excel- 
lens  que  tous  les  autres.  Le  moyen 
d’appliquer  ces  epithemes,  est  de 
plonger  des  drapeaux  dedans,  et  les 
appliquer  sur  le  cœur  et  sur  les  hy- 
pochondres,  les  changeant  d’heure  à 
autre  à mesure,  qu’ils  s’eschaufferont 
sur  la  partie. 

Quant  aux  clysteres , d’autant  que 


pour  l’imbécillité  de  la  faculté  con- 
coctrice  , plusieurs  excremens  s’a- 
massent és  corps  des  hectiques,  il 
sera  vtile  d’en  vser  souuent  tout  le 
long  de  la  maladie  : on  les  préparera 
de  la  décoction  d’herbes,  fleurs  et  se- 
mences réfrigérantes  et  humectantes, 
sans  y dissoudre  autre  médicament 
que  la  casse  auec  le  sucre,  huile 
violât,  ou  de  nénuphar,  et  autres 
semblables.  Mais  aussi  de  tant  qu’à  la 
fiéure  hectique,  quand  elle  est  fort 
aduancée,  suruiennent  des  flux  de 
ventre  fort  pernicieux,  qui  sont  signes 
et  marques  de  l’imbécillité  de  toutes 
les  facultés  , et  de  la  colliquation  de 
toute  la  substance  du  corps,  il  faudra 
remedierpar  choses  réfrigérantes  et 
adstringentes , par  alimens  de  grosse 
substance , comme  de  riz , de  pois 
chiches,  appliquant  par  dehors  cho- 
ses qui  adstreignent  et  .roborent , 
donnant  en  outre  à boire  au  malade 
eau  en  laquelle  de  l’auoine  ou  de 
l’orge  rosti  auront  cuit. 

Quant  au  reste,  il  faudra  traiter 
le  fébricitant  le  plus  doucement  que 
l’on  pourra,  le  tenant  en  perpétuel 
repos , et  le  faisant  le  plus  dormir 
qu’il  sera  possible  l. 


CHAPITRE  XXXVI. 

DES  FIEVRES  SYMPTOM ATIQVES  , DE 
LEVR  DIFFERENCE  ET  CVRATION. 

Aux  fiéures  essentielles  sont  oppo- 
sées les  symptomatiques , qui  ne  sont 

‘Là  finissait  aussi  le  chapitre  de  1575  ; 
mais  le  livre  des  Plnyes  de  1579  ajoutait  les 
trois  paragraphes  suivants,  qui  peut-être 
ne  méritaient  pas  l’oubli  où  ensuite  l’auteur 
les  a laissés  : 

« L’on  dit  que  la  liqueur  des  limaces 


DES  FIEVRES. 


pas  des  maladies  premières,  mais  des 
accidens  qui  suruienneut  à cause  de 
quelque  maladie  qui  les  précédé  et 
deuance.  Car  encore  bien  que  la  fle- 
ure telle qu’ellesoit,  soit  vnemaladie, 
c’està  scauoir  vne  intempérie  chaude 
et  seiche , si  est-ce  loutesfois  qu’on  a 
accoustumé  de  diuiser  la  fiéure  en 
celle  qui  est  maladie,  et  en  celle  qui 
est  symptôme.  La  fiéure  maladie , ou 
comme  nous  auons  dit,  la  fiéure  essen- 
tielle suruient  sans  q u’ vne  autre  ma- 
ladie l’ameine  et  l’excite  : mais  la  fle- 
ure qui  est  symptôme  est  excitée  par 
vne  autre  maladie  , ne  plus  ne  moins 
que  les  autres  accidens,  tels  que  sont 
la  douleur,  les  veilles,  la  soif,  et  cho- 
ses semblables.  Doncques,  tout  ainsi 
que  quelque  symptôme  ou  accident 
de  maladie  suit  ladite  maladie  tant 
qu’elle  dure,  et  s’esuanoüit  à mesme 
temps  que  la  maladie  cesse  : tout  de 

blanches,  prises  et  nourries  és  vignes,  des 
tortues  nourries  à la  façon  parauant  expli- 
quée, au  reste  pillees  et  distillées  en  l’allam- 
bic  de  verre  in  bulneo  Muriœ , baillee  aucc 
syrop  de  pauot.de  nénuphar  ou  eau  de  dé- 
coction de  laictues  et  de  poullet.  est  singu- 
lièrement bonne  en  la  fiéure  hectique. 

» Telle  fiéure  peut  assaillir  les  petits  en- 
fans,  ou  pour  quelque  despit  ou  longue 
crainte  en  laquelle  ils  auroient  esté  tenus, 
ou  auoir  vne  nourrice  cholérique  de  nature 
et  de  façon  de  viure,  de  laquelle  pértant  le 
laict  est  trop  cliault  et  ardent  : ou  pour 
istre  nourris  de  vin  , ou  pour  estre  tenus 
continuellement  au  soleil  : en  ce  cas  il  leur 
faudra  changer  de  laict  de  nourrice  et  fa- 
çon de  viure  en  autre  toute  contraire  , les 
tenant  en  air  chaud  et  humide  temperé- 
ment  : les  oindre  d’huille  violât,  et  faire  à 
peu  près  les  choses  cy  deuant  expliquées 
pour  les  refroidir  et  humecter. 

» Que  si  la  fleure  est  compliquée  d’hecti- 
que et  putride,  il  faudra  pareillement  com- 
pliquer et  accoupler  les  remedes  pour  l’vne 
et  l’autre  intention,  par  bonne  méthode.  » 
III. 


1 77 

mesme  la  fiéure  symptomatique  ne 
vient  qu’en  suite  de  quelque  maladie, 
et  s’en  va  aussi  à mesme  heure  que 
ladite  maladie.  C’est  pourquoy  ceste. 
fiéure  icy  n’a  point  de  propres  indica- 
tions , comme  a l’essentielle,  les  indi- 
cations de  laquelle  sont  prises  de 
sa  nature  et  de  ses  causes.  Mais 
celles  de  la  symptomatique  sont  prises 
de  la  maladie  qui  la  produit,  et  de 
là  vient  aussi  que  l’on  nomme  ceste 
fiéure  du  nom  de  sa  maladie,  et  non 
de  son  nom  propre,  comme  enseigne 
Galien  sur  l’aphorisme  septante-deux 
de  la  quatrième  section. 

« Les  anciens , dit-il,  disoient  que 
» ceux  estoient  malades  de  la  fiéure, 
» qui  sans  aucune  inflammation,  sans 
» abcès,  sans  douleur,  sans  erysipele, 
» et  pour  le  dire  en  vn  mot , qui  sans 
» aucune  autre  maladie  remarquable 
» se  trou  u oient  affligés  de  fiéure. 
» Mais  s’ils  se  (rouuoient  auoir  la  fié- 
» ure , ou  à cause  de  la  douleur  de 
» costé,  ou  de  poulmon,  ou  à cause  de 
b l’inflammation  de  quelqueautrepar- 
» tie,  ils  ne  les  appeloienl  pas  febrici- 
b tans,  mais  pleuretiques,  peripneu- 
» moniques,  hépatiques , et  de  pareil- 
b les  et  semblables  appellalions.  b 

Ce  n’est  pas  toutesfois  que  toutes 
les  fleures  symplomaliques  viennent 
de  nécessité  de  quelque  inflammation  : 
il  y en  a encore  d’autres  : c’est  pour- 
quoy ie  m’en  vais  apporter  toutes 
leurs  différences  et  especes.  Les  fle- 
ures donc  symptomatiques  sont  prises 
de  trois  chefs,  ou  de  l’inflammation 
de  quelque  partie,  ou  de  l’obstruction , 
ou  de  la  pourriture  et  corruption  de 
quelque  partie  noble. 

Celle  qui  vient  de  l’inflammation 
est  double  : car  ou  elle  v ient  de  l’in- 
flammation de  quelque  partie  noble, 
et  voisine  du  cœur,  ou  dequelque  par- 
tie ignoble  , et  qui  est  eslongnée  du 


12 


LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


I78 

cœur.  CeUé-cÿ  est  éphemeré  et  ne 
dure  qü’vn  leur,  d’autant  que  la  par- 
tie pour  estré  eslOngnéè  du  cœur  ne 
peut  rien  esfchaulïer  en  luy,  si  ce  n’est 
les  esprits  qui  se  portent  plus  aisément 
par  les  conduits  destoürnés  que  ne 
font  pas  les  humeurs.  L’autre  lîéure 
qui  vient  de  l’inflammation  desparties 
nobles  et  voisines  du  cœur  est  aussi 
double  : car  elle  est  ou  phlegmoneuse, 
que  les  Grecs  disent  ou  ery- 

sipelateuse,  que  les  mesttles  Grecs  ap- 
pellent epuçt?reIaTway)ç  OU  TvtpoSiîeç.  Celle 
là  se  fait  par  vn  vray  phlegmon  de 
quelque  partie,  et  celle-cy  par  l’ery- 
sipele  de  la  mesme  partie.  Par  exem- 
ple, si  les  membranes  du  cerueau 
s’enflamment  par  la  corruption  du 
sang  qui  est  au  cerueau , il  se  fera 
vne  fleure  symptomatique  phlegmo- 
neuse : mais  s’il  se  fait  vne  inflamma- 
tion ausdites  membranes  par  la 
corruption  de  la  bile,  la  fleure  symp- 
tomatique qui  en  sera  excitée  sera 
appellée  0 u lyphodes  ou  erysipelateuse. 
Au  reste  ces  fiéures  icy  d’autant  plus 
sont-elles  grandes,  violentes,  dange- 
reuses et  périlleuses,  que  la  partie  qui 
reçoit  inflammation  est  noble  et  voi- 
sine du  cœur  : car  le  cœur  en  reçoit 
plus  aisément  et  promptement  les 
mauuaises  fumées  et  vapeurs  qui  s’eu 
esleuent  continuellement. 

La  seconde  fiéure  symptomatique 
vient  de  l’obstruction  qui  est  viue- 
ment  attachée  à quelqu’vne  des  en- 
trailles, et  telle  fiéure  d’ordinaire  est 
lente  : car  c’est  vn  feu  caché,  et  vne 
pourriture  secrette  qui  se  glisse  len- 
tement dans  les  veines,  et  à peine  se 
peut  elle  communiquer  au  cœur  : 
c’est  pourquoy  ceste  fleure  est  si 
douce  et  a des  accidens  si  légers  qu'à 
peine  le  malade  se  persuade-il  auoir 
de  la  fiéure  : bien  qu’il  soit  assez  aisé 
au  médecin  prudent  et  aduisé  de  la 


reconrtdistre,  par  quelques  signes  dé 
pourriture  qui  appâroissent,  et  aux 
vrines  et  au  pouls.  Quelqnés-vns 
rapporténtà  ce  genre  de  fiéure  celles 
dont  les  cachectiques  et  les  filles  qui 
ont  les  pasles  couleurs  sont  trauail- 
lées,  lesquelles  sont  engendrées  et 
produites  d’vne  certaine  pituite  se- 
reuse,  qui  se  pourrit  lentement  dans 
toutes  les  parties  du  corps  où  elle  est 
diffuse  et  espandue.  D’aUtres  aussi 
mettent  entre  ces  fiéures  icy , celles 
qui  sont  produites  parles  vers,  bien 
qu  elles  ayent  des  symptômes  beau- 
coup plus  violéns  que  les  fiéures 
lentes. 

La  troisième  et  dernierc  espece  de 
fiéures  symptomatiques,  est  prise  de 
la  pourriture  et  corruption  de  quel- 
que partie  de  nostre  corps  qui  est 
noble  et  necessaire  à là  vie.  Par  exem- 
ple, toutesfoisel  quantesqUelepOül- 
mon,le  foye,la  ratte  se  pourrissent  et 
se  corrompent  en  leur  substance , 
parla  continuité  des  vaisseaux  qui 
sont  insérés  en  ces  parties  là,  il  y a de 
mauuaises  vapeurs  qui  sont  portées 
au  cœur,  où  ils  allument  vne  fiéure 
lente  continue,  qui  consomme  peu 
à peu  le  malade  et  le  débilité  de  iour 
en  iour,  et  l’extcnue  tellement  qu’il 
en  meurt  à la  fin  : et  ceste  fiéure  icy 
n’est  point  autre  que  symptomatique, 
encore  bien  que  quelques  vns  la  vueil- 
lent  appeller  hectique  : mais  en  l’hec- 
tique, il  n’y  a point  de  pourriture , si 
a bien  en  celle-cy  : c’est  pourquoy  elle 
constitue  la  troisième  espece  des 
symptomatiques. 

Or  la  connoissance  des  fiéures  symp- 
tomatiques despend  de  leurs  propres 
signes.  Celles  qui  se  font  à cause  de 
l’inflammation  de  quelque  partie , 
se  reconnoissent  par  l’inflammation 
mesme,  qui  se  donne  assez  à connois- 
tre,  tant  par  la  douleur  que  par  la 


DES  FIÈVRES. 


lésion  et  affliction  qu’elle  donne  à la 
partie  malade  : d’auantage  ces  fleures 
n’ont  aucuns  accès  périodiques,  et  ne 
donnent  aucune  signification  de  pour- 
riture dans  les  vrines,  si  ce  n’est  qu’il 
suintede  la  partie  enflammée  quelque 
petite  portion  de  pourriture  qui  se 
mesle  parmy  le  sang,  et  qui  le  cor- 
rompe. Bref  telles  fleures  ne  reçoi- 
uent  point  de  crises,  ny  an  septième 
tour,  ny  au  quatorzième,  mais  se  gué- 
rissent peu  à peu  à mesure  que  l’in- 
flammation se  diminue. 

Pour  la  fiéure  lente  qui  se  fait  de 
l’obstruction,  elle  se  reconnoist  par 
la  tumeur  ou  dureté  de  viscères  qui 
sont  estouppéS  : elle  n’apporte  au- 
cun grief  accident,  si  ce  n’est  que  peu 
à peu  elle  oste  les  forces  du  malade, 
luy  fond  le  corps,  et  le  rend  maigre 
encore  qu’il  sè  nourrisse  bien.  Elle 
dure  quelquesfois  bien  longtemps, 
vu  mois,  deux  mois,  plus  ou  moins, 
selon  que  l’obstruction  est  plus  ou 
moins  opiniaslre  : le  pouls  du  malade 
est  petit,  foible,  frequent,  leger  et 
inégal 

Ueste  la  fiéure  qui  suit  la  corruption 
des  parties  : celle-cy  se  reconnoist, 
parce  qu’elle  ne  diminue  nullement , 
ny  par  aucune  purgation,  ny  par  au- 
cune saignée  : ains  au  contraire  elle 
s'aigrit  et  augmente  à veuë  d’œil.  Elle 
donne  des  défaillances  de  cœur,  et 
peu  à peu  elle  amaigrit  tellement  le 
malade  et  le  débilité,  qu’elle  Poste 
hors  de  ce  monde.  Il  faut  au  reste 
prendre  garde  quelle  est  la  partie  qui 
se  corrompt,  si  c’est  le  poulmon,  le 
foye,  la  ratte,  l’estomacb,les  reins,  le 
mesentere,  la  matrice  : car  par  ce 
moyen  vous  entrez  en  sa  connoissance. 

Cecy  establi,  venons  à la  cure  de 
ces  fiéures  symptomatiques.  Celle  qui 
suit  les  inflammations  se  doit  trai- 
ter comme  l’inflammation  mesme  , 


et  comme  les  autres  fiéures  que  nous 
auons  dit  eslre  des  intempéries  chau- 
des et  seiches.  C’est  pourquoy  le  ré- 
gime de  viure  doit  estre  rafraîchis- 
sant et  humectant , en  s’abstenant 
tout  à fait  de  vin  et  des  choses  qui 
peuuent  augmenter  l’inflammation. 
Il  faut  commencer  les  remedes  par 
la  saignée,  laquelle  est  si  necessaire 
en  ce  mal  icy,  que  si  elle  n’est  faite  et 
promptement  et  competemment , ou 
le  malade  meurt  bien  tost,  ou  il  se 
fait  vn  abcès,  qui  quelquesfois  est 
mortel,  quelquesfois  est  de  tres-lon- 
gue  durée.  Cependant  on  fera  vser  au 
malade  dejuleps  et  apozemes  refri- 
gerans,  qui  ont  la  force  et  la  vertu  de 
reprimer  la  ferueur  de  la  bile,  et  au- 
tres humeurs  ardentes  et  bouillantes 
qui  fomentent  le  mal.  Il  se  faut  bien 
donner  de  garde  de  purger  le  malade 
du  commencement,  voire  mesme  tant 
qu’il  y aura  soupçon  d’inflammation  : 
car  il  faut  craindre  d’irriter  la  partie 
malade  , de  l’eschauffer,  et  de  luy 
transporter  de  nouueau  demauuaises 
humeurs.  Lors  mesme  qu’il  sera  temps 
de  purger,  il  faut  se  seruir  de  purga- 
tifs doux  et  bénins,  et  fuir  les  violons, 
et  ceux  qui  reçoiuent  la  scammonée. 
Il  ne  faut  nullement  parler  de  vomi- 
tifs, d’autant  qu’ils  sont  tres-perni- 
cieux  auxinflammations.  En  vn  mot  on 
se  doit  contenter  presque  durant  toute 
la  maladie  de  clysteres,  de  la  saignée, 
et  remedes  alteratifs  rafraichissans 
et  humectans  : ayant  toutesfois  tous- 
iours  esgard  à la  partie  enflammée 
pour  luy  appliquer  les  remedes  pro- 
pres , comme  les  bechiques  au  poul- 
mon, les  epithemes  au  foye  et  à la 
ratte,  et  ainsi  des  autres. 

Pour  les  fiéures  lentes  symptoma- 
tiques qui  viennent  de  l’obstruction 
ou  du  foye,  de  la  ratte,  il  faut  se  ser- 
uir d’vn  régime  de  viure  qui  soit  in- 


)8o  LE  VINGTIEME  LIVRE 


cisif  et  altenuatif  , préparant  des 
bouillons  de  poullels  auec  racines  de 
persil, de  fenouil,  de  câpres,  d'orge,  et 
autres  diurétiques  : il  faut  euiter  les 
alimens  visqueux  et  grossiers,  toutes 
sortes  de  legumes,  et  autres  viandes 
flatulentes  et  terrestres.  La  boisson 
ordinaire  doit  estre  préparée  auec 
orge,  chiendent,  racines  d’ozeille  et 
de  cicliorée  saunage,  de  dent  de  lion, 
meslant  quelquesfois  vn  peu  de  vin 
blanc  qui  est  apéritif  et  diurétique. 
Entre  les  remedes  la  saignée  tient  le 
premier  lieu,  qui  osteet  desgagepuis 
samment  les  obstructions,  et  en  outre 
descharge  la  nature  d’vne  portion 
des  humeurs  qui  l’affoiblissent , et  qui 
diminuent  la  chaleur  naturelle.  Les 
clysteres  detersifs  doiuent  estre  sou- 
uent  vsités,  cependant  que  l’on  pré- 
paré les  humeurs  auec  juleps  et  apo- 
zemes  qui  ouurenl,  desbouchent, 
incisent  et  atténuent  sans  excessiue 
chaleur,  cl  que  par  ioterualle  on  cor- 
robore les  entrailles,  tantosl  auec  l’e- 
lecluaire  de  triasantali,  tantosl  auec 
les  trochisques  d’aigremoine,  ou  bien 
auec  poudres,  condits,  tablettes,  et 
opiales  conuenables.  Après  cela  il  fau- 
dra purger  doucement  et  fréquem- 
ment le  corps,  ayant  tou siours  esgard 
à la  partie  qui  est  estouppée,  comme 
aufoyeou  à la  rat  te:  pour  selon  ceste 
indication  mesler  les  medicamens  qui 
ont  plus  de  familiarité  auec  la  partie 
affectée.  Bref  il  ne  faut  rien  obmettre 
des  choses  qui  ont  la  force  de  des- 
boucher, d’ouurir,  d’inciser,  d’alle- 
nuer,  et  de  desgager  les  obstructions. 

En  fin  les  fiéures  symptomatiques 
qui  viennent  de  la  corruption  des  par- 
ties nobles  reçoi uent  assez  de  reme- 
des palliatifs,  mais  elles  n’en  peuuent 
auoir  qui  les  puissent  entièrement 
guérir.  11  en  faut  mourir  tosl  ou  tard, 
veu  qu’il  est  impossible  de  restituer 


vne  partie  noble  qui  aura  esté  vne 
fois  corrompue  : l’axiome  du  philoso- 
phe estant  tres-vray,  qui  dit  qu’il  n’y 
a point  de  retour  de  la  priuation  à 
l’habitude.  Il  faudra  donc  se  conten- 
ter du  prognostic,  et  prescrire  au  ma- 
lade le  meilleur  régime  de  viure  que 
faire  se  pourra  : que  s’il  estoit  tra- 
uaillé  de  quelques  violens  symptô- 
mes, il  faut  tascherà  les  adoucir  les 
mieux  qu’il  sera  possible,  et  du  reste 
n’esperer  autre  issue  de  la  maladie 
que  la  mort. 


CHAPITRE  XXXVII. 

DES  FIÉ  VUES  EXTRAORDINAIRES. 

Nostre  première  diuision  des  fiéures 
a esté  en  ordinaires  et  extraordinai- 
res, dont  les  premières  ont  esté  expo- 
sées iusques  icy.  Restent  donc  les 
extraordinaires  seulement,  qui  pour 
le  dire  sainement,  ne  sont  point  nou- 
uelles  différences  et  especes  de  fié- 
ures, ains  sont  les  mesmes  que  nous 
auons  expliquées,  mais  qui  ne  sont 
pas  seulement  accompagnées  de  leurs 
symptômes  et  accidens  ordinaires , 
mais  aussi  d’autres  qui  sont  plus 
estranges  et  plus  extraordinaires,  et 
pour  la  pluspart  tous  dangereux  et 
mortels.  A ces  fiéures  icy  ie  rapporte 
toutes  celles  que  l’on  appelle  mali- 
gnes, pestilentielles,  contagieuses,  pur- 
purèes , les  tierces  quotidianes  et  quar- 
tes pestilentielles,  Vephcmcre  des  An- 
glais, que  l’on  appelle  ispovoïaov,  les 
fiéures  epidemiques  accompagnées  de 
coqueluche,  de  pleurésie,  péripneu- 
monie, dysenterie  pestilentielles  et 
contagieuses  : bref  toutes  celles  qui 
ont  quelque  malignité  ex  traord inaire, 
desquelles  toutesfois  ie  ne  prelens 


DES  FIEVRES. 


point  en  ce  discours  parler  plus  am- 
plement, d'autant  qu’icelles  fleures 
se  peuuent  commodément  rapporter 
à la  peste,  de  laquelle  nous  auons  fait 
vnliure  particulier  C’est  pourquoy 

1 II  renvoyait  déjà  pour  le  même  objet  à 
son  livre  de  la  Peste  dans  le  traité  des  Fié- 
ures  de  1575.  Voyez  ci-devant  la  dernière 
note  du  chapitre  13. 


1 8 1 

ce  seroit  chose  superflue  que  de  vou' 
loir  derechef  m’estendresur  ce  suiet  : 
qu’on  ait  recours  à mon  discours  par- 
ticulier, et  on  trou uera  dedans  assez 
de  matière  pour  contenter  l'esprit 
curieux  du  chirurgien.  Et  que  cecy 
suffise  pour  la  première  partie  du  dis- 
cours des  fleures,  l’ordre  nous  appel- 
ant à la  seconde  partie. 


SECONDE  PARTIE 


DV  DISCOVRS  DES  FIEVRES 

TOYCHANT  LE  VUS  SYMPTOMES. 


CHAPITRE  I. 

DE  LA  DIVISION  DES  SYMPTOMES, 

ET  SVITE  DE  CE  DISCOVRS.  . 

Il  n’y  a point  de  maladies  qui  ne 
soient  sniuies  et  accompagnées  de 
quelques  symptômes,  tout  ainsi  que  le 
corps  est  suiui  de  son  ombre.  Mais 
entre  toutes  les  maladies,  il  n'y  en  a 
point  qui  en  ayent  de  plus  frequens,de 
plusviolens  et  de  moins  supportables 
que  les  Heures,  d’autant  qu’estant 
maladies  vniuerselles  et  communes 
à tout  le  corps,  elles  peuuenten  tous 
endroits  d’iceluy  produire  de  mau- 
uais  accidens.  C’est  pourquoy  ce  n'a 
pas  esté  sans  raison  que  nous  auons 
diuisé  le  traité  des  fiéures  en  deux 
parties,  la  seconde  desquelles  nous 
auons  destinée  à l’explication  de  leurs 
symptômes.  Car  encore  bien  qu’iceux 
n’ayent  aucune  propre  indication,  et 
qu’ils  se  dissipent  et  s’esuanoüissent 
à mesure  que  les  fleures  cessent  et 
finissent,  ce  qui  semble  nous  persua- 
der qu’il  ne  leur  faut  autres  remedes 
que  ceux  qui  sont  ordonnés  aux  fié- 

1 Toute  cette  deuxième  partie  est  neuve, 
c’est-à-dire  qu’il  n’en  avait  rien  paru  dans 
les  œuvres  publiées  par  l’auteur  lui-même. 
Nous  n’aurons  donc  qu’à  suivre  scrupuleu- 
sement le  texte  de  l’édition  posthume  de  1C28. 


ures.  si  est-ce  toutesfois  qu’ils  sont 
quelquesfois  si  violens , si  fascheux  et 
insupportables  aux  febricilans,  qu’ils 
obligent  les  malades  à demander 
quelque  soulagement,  et  forcent  le 
médecin  de  leur  trouuer  et  appliquer 
des  remedes.  Outre  qu’ilest  tres-cons- 
tant  et  asseuré  que  les  symptômes 
quelquesfois  sont  causes  de  nouuelles 
maladies,  bien  qu’ils  ne  soient  que 
les  effets  d’icelles  : mais  ils  sont 
effets  des  premières  maladies,  et  sont 
causes  de  quelques  maladies  secon- 
des qu’ils  excitent:  par  exemple,  le 
déliré  n’est  qu’vn  effet  de  l’intempe- 
rie  chaude  et  seiche  de  tout  le  corps: 
mais  si  ce  déliré  perseuere,  il  apporte 
la  phrenesie , et  est  cause  d’une  in- 
flammation qui  se  fait  au  cerueau , 
qui  est  vue  nouuelle  maladie.  D’au- 
tant doneques  que  les  febricitans  se 
plaignent  pluslost  des  symptômes 
que  de  la  maladie,  et  aussi  à tin  d’em- 
pescher  leurs  mauuais  effets,  i’ay 
trouué  à propos  de  donner  quel- 
ques remedes  pour  leur  soulage- 
ment, que  toutesfois  ie  modereray  tel- 
lement, qu’ayant  esgard  aux  symp- 
tômes, ie  ne  laisseray  pas  lousiours 
de  buter  premièrement  et  principa- 
lement à la  cure  et  guérison  des  fle- 
ures dont  ils  sont  accidens  et  effest. 

Or  à fin  de  garder  quelque  ordre  en 
ce  discours,  nous  prendrons  celuy  des 


DES  FlÉVKES. 


symptômes  , que  les  médecins  appor- 
tent en  la  pathologie,  qui  est  qu'ils 
diuisent  les  symptômes  en  trois  chefs, 
sçauoir  : 

1.  En  ceux  qui  appartiennent  à 
l’action  lesée: 

2.  En  ceux  qui  dépendent  de  l’a- 
metrie  des  excrcmens  : 

3.  En  ceux  qui  sqiuentla  simple  af- 
fection du  corps 

Nous  pareillement , et  à leur  exem- 
ple, parlerons  des  symptômes  des 
tiéures  qui  appartiennent  à l’action 
lesée,  Çels  que  sont  la  douleur,  les 
veilles,  l'assoupissement  et  sommeil 
profond  , le  déliré  , la  conuulsion , la 
paralysie,  l’esbloüissementde  la  veuë, 
la  surdité,  la  difficulté  de  respirer,  la 
toux , la  difficulté  d’aualler , le  de- 


1 83 

goust , la  nausée , le  sanglot , le  vo- 
missement, la  soifdesreglée,  la  lipo- 
thymie et  syncope.  En  second  lieu 
nous  ferons  mention  des  symptômes 
qui  suiuent  l’ametrie  des  excrcmens  : 
comme  sont,  le  flux  de  ventre , la  du- 
reté de  ventre,  la  suppression  d’vrine, 
le  flux  excessif  d’vrine,  les  sueurs 
immodérées,  et  le  flux  de  sang.  En 
troisième  lieu  nous  rencontrerons  les 
symptômes  qui  appartiennent  à la 
simple  affection  du  corps,  telle  qu'est 
la  Jaunisse,  la  seicheresse  et  noirceur 
de  la  tangue,  la  froideur  des  extré- 
mités du  corps,  l’excessiue  chaleur,  la 
tension  deshypochondres.  Voila  l’or- 
dre que  nous  tiendrons,  duquel  lu 
vois  le  racourcissement  en  la  table 
suiuante. 


Les  symptô- 
mes des  fiéures' 
sont  pris  ou 


•La  douleur. 

Les  veilles. 

L’assoupissement  et  sommeil  profond. 
Le  déliré. 

La  conuulsion. 
i La  paralysie. 

IL’esblouissement  de  la  veuë. 
Del’actionle-  La  surdité, 
sée , tels  ques  La  difficulté  de  respirer, 
sont  J La  toux. 

La  (^fliculté  d’aualler. 

' Le  degoust. 

La  nausée. 

Le  sanglot. 

Le  vomissement. 

La  soif  desreglée. 

''La  lipothymie  et  syncope. 


De  l’ametriel 
desexcremens,< 
tels  que  sont 


Le  flux  de  ventre. 

La  dureté  de  ventre, 
fa  suppression  d’vrine. 

Le  flux  excessif  d’vrine. 

Les  sueurs  immodérées. 

^ Le  flux  de  sang. 

/La  iaunisse. 

De  la  simp  e;  La  seicheresse  et  noirceur  de  la  langue 
aflection  u)  jja  froideur  des  extrémités. 

\sonT'  16  * C*Ue/  L excess'ue  chaleur. 

y La  tension  fles  hypochondres. 


chap.  2. 
chap.  3. 
chap.  4. 
chap.  5. 
chap.  G. 
chap.  7. 
chap.  8. 
chap.  9. 
chap.  10. 
chap.  11. 
chap.  12. 
chap.  13. 
chap.  14. 
chap.  15. 
chap.  IG. 
chap.  17. 
chap.  1S. 

chap.  19. 
chap.  20. 
chap.  21. 
chap.  22. 
chap.  23. 
chap.  24. 

chap.  25. 
. chap.  2G. 
chap.  27. 
chap.  28. 
chap.  29. 


i84 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


CHAPITRE  II. 

DES  SYMPTOMES  DE  L’ACTION  LESEE  t 

ET  PREMIEREMENT  DE  LA  DOVLEVR . 

Entre  tous  les  symptômes  des  fle- 
ures, il  n’y  a point  de  si  frequent  et 
de  plus  importun  que  la  douleur  : 
c’est  pourquoy  nous  la  mettons  icy 
au  premier  rang.  Orla  douleur  qu'ap- 
porte la  fleure  est  principalement,  ou 
à la  teste,  ou  à l’estomach  , ou  au 
Rentre , ou  aux  lombes  , ou  aux  cuis- 
ses et  aux  iambes. 

Pour  la  douleur  de  teste,  peu  de  fe- 
bricitans  en  sont  exempts,  et  s’atta- 
che particulièrement  aux  temples,  au 
front,  et  au  deuanl  de  la  teste:  celle 
qui  vient  au  sommet  et  derrière  de  la 
teste  ou  à l’entour  desoreilles  venant 
plulost  d’autre  cause  que  non  pas  de 
la  fleure.  Au  reste,  la  fleure  donne  la 
douleur  de  teste , par  le  moyen  des 
fumées  et  vapeurs  qui  sortans  du 
foyer  de  la  fleure  contenu  dans  la  pre- 
mière ou  deuxième  ^région  du  corps , 
sont  portées  au  cerueau  par  les  vei- 
nes et  arteres  et  autres  conduits. 
Quand  ceste  douleur  est  legere,  elle 
ne  mérité  pas  que  l’on  fasse  autres  re- 
medes  que  ceux  que  l’on  donne  pour 
la  fiéure  : mais  si  elle  est  importune 
et  violente,  après  les  clysteres  et  les 
saignées,  on  pourra  faire  quelques  re- 
reedes  topiques,  frottant  les  tempes  et 
le  front  d’oxyrhodinum  préparé  auec 
huile  rosat,  et  la  7.  ou  8.  partie  de 
vinaigre:  ou  bien  on  prendra  quatre 
onces  d’eau  rose,  vue  once  de  fueilles 
de  saule  ou  de  fleurs  de  violles  et  de 
nénuphar,  six  drachmes  de  vinaigre 
rosat, le  blanc  d’vn  œuf,  qu’on  agite- 
ra et  meslera  ensemble,  pour  faire  vn 
frontal  à mettre  sur  lesdites  parties. 


Que  si  ces  choses  ne  suffisent  à ap- 
paiser  la  douleur,  on  peut  raser  la 
teste  et  la  frotter  souuent  dudit  oxy- 
rhodinum,  ou  mettre  dessus  vn  linge 
trempé  en  eau  de  rose,  de  plantain, de 
betoine  , de  morelle,  et  autres  de  pa- 
reilles vertus.  Quelques  vns  aiment 
mieux  se  seruir  de  cest  onguent,  pré- 
paré auec  deux  onces  d’huile  vio- 
lât et  de  nénuphar,  vue  once  et  de- 
mie d’huile  tirée  de  la  semence  de 
courge,  vue  once  de  suc  de  laictue  et 
de  morelle,  auec  vn  peu  de  cire  pour 
luy  donner  corps.  Que  si  le  malade 
ne  peut  endurer  les  choses  liquides  riy 
mouillées  , on  luy  fera  ce  frontal  sec , 
prenant  : 

if.  Fleurs  de  nénuphar  et  violles,  de  chacune 
deux  drachmes  : 

Vne  drachme  et  demie  de  fleurs  de  cha- 
mornille  et  de  melilot  : 

Vne  drachme  et  demie  de  graine  d’ozeille, 
de  pourpié  et  de  laictues  : 

Deux  scrupules  de  graine  de  pauot  blanc 
et  de  ps)l!ium  : 

Fleurs  de  roses  de  Prouins  3.  drachmes. 

Qu’on  mcsle  le  tout  en  poudre  pour 
enfermer  en  vn  sachet  de  tafetas  de 
iuste  grandeur  bien  piqué , à mettre 
sur  le  front  et  sur  les  temples,  après 
qu’on  l’aura  arrousé  du  costé  qu’il 
doit  toucher  la  chair  d’eaux  de  pour- 
pié, de  laictues , d’ozeille , de  violles, 
de  nénuphar,  de  morelles  et  autres 
semblables,  le  liant  fermement,  à fin 
d'empescher  d’autant  plus  les  fumées 
démonter  au  cerueau. 

D’autres  prennent  : 

Fueilles  seichées  de  marjolaine  , de 
sauge,  de  melisse,  et  de  betoine,  de  cha- 
cune 2.  ou  3.  drachmes. 

Du  calamus  aromatique,  souchet  et  ga- 
langa  menu,  de  chacun  vne  drachme. 

Noix  muscade,  macis,  schoenanthe,  graine 
d’alkerrnes,  et  roses  rouges,  de  chacune 
demie  drachme. 


DES  FIEVRES. 


1 85 


Ils  réduisent  le  tout  en  poudre,  dont  | 
ils  font  vn  frontal:  qui  sert  à digérer  | 
et  résoudre  les  fumées  qui  ne  vien- 
nent pas  d’humeurs  si  bouillantes  et 
eschautTées. 

La  douleur  est  quelquesfois  si  opi- 
niaslre  qu’il  faut  venir  aux  ventou- 
ses scarifiées  et  sans  scarification , 
qu’on  applique  sur  les  espaules , et 
qu'on  réitéré  plusieurs  fois:  ou  bien 
aux  vésicatoires,  qui  par  l’attraction 
qu’ils  font,  donnent  air  aux  fumées 
enfermées  dans  le  cerneau  , et  en  ti- 
rent en  outre  bonne  quantité  de  sé- 
rosités. Si  cela  n’y  fait  rien,  les  iuleps 
somnifères  sont  excellons,  veu  que 
par  le  sommeil  qu’ils  apportent  ils  ra- 
fraîchissent puissamment  le  cerueau  , 
et  liebetent  la  chaleur  et  furie  des  va- 
peurs les  plus  bouillantes  : de  ces  iu- 
leps icy  nous  en  parlerons  cy  après,  au 
chapitre  des  veilles  immodérées. 

le  viens  à la  douleur  d’estomach  , 
que  les  Grecs  appellent  Cardialgiam , 
qui  est  excitée  de  quelque  humeur 
acre  et  piquante  , laquelle  blesse  et 
offense  l’orifice  suppericur  de  l’eslo- 
mach,  que  les  Médecins  appellent 
xapXa*.  Cette  douleur  est  grandement 
sensible , et  apporte  quelquesfois  auec 
elle  la  nausée , le  sanglot , le  vomisse- 
ment, à cause  que  la  partie  affligée  est 
grandement  nerueuse  : c’est  pourquoy 
les  febricitans  se  plaignent  souuent 
au  médecin  de  ceste  douleur.  Il  faut 
à cesl  accident  icy  les  choses  qui  peu- 
uent  hebeter  l’acrimonie  de  l’humeur, 
et  qui  peuuent  la  rafraîchir,  tels  que 
sont  les  syrops  violât,  de  limons , de 
grenades,  de  berberis,  de  agresta  , 
qu’on  prendra  seuls  ou  délayés  en 
eau  ou  décoction  d’endiue,  de  sca- 
riole,  d’ozeille  , de  cichorée  sau- 
uage,  de  pourpié,  de  laictue  : ou  bien 
dans  l’eau  de  décoction  d’orge  , des 
quatre  semences  froides  , grandes  ou 


petites,  de  fleurs  de  violles,  de  bu- 
glosse , de  bourrache,  de  nénuphar. 
On  peut  aussi  ordonner  les  conserues 
de  nénuphar,  de  violles,  de  roses,  de 
buglosse:  comme  pareillement  quel- 
ques poudres  qui  puissent  boire  les 
sérosités  bilieuses  qui  sont  dans  le 
ventricule, sans  toutesfois  eschauffer, 
comme  son!  la  poudre  des  coraux,  de 
perles  préparées,  de  racleure  de  corne 
de  cerf  et  d’y  noire,  de  coriandre,  de 
spodium  , et  autres  de  pareilles  ver- 
tus, desquelles  on  pourra  mesme  pré- 
parer des  tablettes  quec  sucre  dissout 
en  eau  de  buglosse  et  de  laictue  , ou 
des  opiates  stomachales.  Nous  en  di- 
rons d’auantage  aux  chapitres  du  vo- 
missement et  de  la  syncope. 

Sou uent  il  suruient  aux  febricitans 
des  douleurs  de  coliques,  qui  sont 
excitées  ou  par  humeurs  acres  et  es- 
chauffées.  ou  bien  de  quelques  vents 
et  flatuosités  qui  errent  et  vaguent 
par  les  intestins.  A ces  premiers,  il 
faut  toutes  choses  réfrigérantes  , 
comme  ely steres,  iuleps,  apozemes  , 
epithemes,  linimens.  On  préparé  les 
clysteres  auec  le  lait  clair , fueilles  de 
vignes,  de  laictue,  de  pourpié,  de 
fleurs  de  nénuphar , de  concombre 
coupé  par  tranches , de  semence, 
froides  : on  délayé  dedans  le  miel  vio- 
lât, l’huile  violât,  casse  mondée: 
quelquesfois  quand  les  douleurs  sont 
violentes , syrop  de  pauot , pilules  de 
cynoglosse,  theriaque  recente,  cam- 
phre, et  autres.  Les  iuleps  et  apozemes 
sont  faits  d’herbes  , de  fleurs  et  de  se- 
mences rafraîchissantes  : on  délayé 
dedans  les  syrops  de  limons  , de  viol- 
les , de  nénuphar,  de  pauot  appellé 
diacodion.  On  donne  aussi  par  fois  le 
petit  laict  en  grande  quantité  cuit  et 
clarifié,  ou  bien  quelques  émulsions 
rafraîchissantes.  Les  epithemes  doi- 
uent  continuellement  estre  appliqués 


1 86 


LE  VINGTIÈME  LIVRE, 


sur  le  ventre,  faits  d’eaux  de  morelle, 
d’ozeille,  de  buglosse,  de  plantain  , 
de  roses  , meslées  auec  vinaigre  rosat 
et  quelques  poudres  astringentes, 
pour  conseruer  les  forces  du  foye  et 
delà  ratte.  Les  linimens  se  font  d'hui- 
les de  nénuphar,  rosat,  violât,  om- 
phacin,  ceral  santalin,  onguent  ro- 
sat de  Mesué,  auec  vn  peu  de  vinai- 
gre rosat.  Que  si  cela  ne  profite  , on 
donne  le  demy-bain  malin  et  soir,  qui 
est  vn  excellent  rernede  contre  ces 
coliques  d’humeurs  bilieuses. 

Que  si  ces  douleurs  sont  excitées 
par  des  ventosités,  on  fera  des  clys- 
teres  détersifs  et  résolutifs  préparés 
auec  inaulues , aigremoine  , son , or- 
ge, beloine,  fleurs  de  chamomille  et 
de  meïilot,  semence  de  lin , de  fœnu- 
grec , de  fenouil , d'anis , de  ligues 
grasses  : délayant  dedans  miel  mer- 
curial  ou  d’anthos,  electuaire  lenitif, 
diaphœnic , sucre  rouge , auec  huiles 
de  chamomille,  de  noix,  de  rue  et  au- 
tres. On  applique  aussi  sur  le  ventre 
fomentations  faites  de  décoction  des 
quatre  emollientes.de  betoine,  de  mar- 
jolaine, de  calament,  de  fleurs  de  cha- 
momille et  melilot , de  semence  d’a- 
neth  et  de  fenouil , qu’on  fait  cuire 
dans  moitié  eau  et  moitié  vin  blanc. 
On  fait  aussi  des  sachets  de  millet , 
d’aupjne  fricassée, de  son,  de  paritoire 
aussi  fricassée  auec  beurre  frais.  Les 
huiles  de  ruë  , de  iasmin,  de  chamo- 
mille, de  lin,  de  noix  muscade  ser- 
uent  à faire  les  linimens.  On  fait  aussi 
des  poudres  à prendre  par  la  bouche 
auec  coriandre,  fenoüil,  perles  pré- 
parées , canelle , poudres  de  l’elec- 
tuaire  de  gemmis  et  diarhodon  abba- 
tis,  que  le  malade  prend  à certaines 
heures  du  iour. 

Les  douleurs  des  lombes  et  de  la 
région  renale  prouiennent  de  la 
grande  chaleur  qui  est  contenue  dans 


la  grande  artere,  et  la  veine  caue 
descendante,  à cause  du  sang  qui 
bout  dedans  : à ces  douleurs  on  or- 
donne l’oxyrhodinum  pour  frotter  les 
lombes,  l’oxycrat  appliqué  auec  des 
linges,  les  linimens  de  suc  de  laiclue  et 
de  blanc  d'œuf,  de  populeum  , et  de 
cerat  de  Galien,  auec  les  sucs  de  mo- 
relle, de  ioubarbe,  et  vn  peu  de 
camphre.  On  fait  fomentations  auec 
eaux  de  laictue,  plantain,  morelle,  ro- 
ses, pourpié,  vinaigre  rosat , et  cam- 
phre. On  met  sous  le  malade  vne  piece 
ou  de  marroquin,  ou  de  camelot,  ou  de 
bougran,  estofles  qui  ne  retiennent 
que  bien  peu  la  chaleur.  Autres  font 
mettre  sur  les  lombes,  ou  lueilles  de 
vigne  , ou  tranches  de  melons  et  de 
concombres.  On  donne  des  iuleps  ou 
émulsions  rafraîchissantes,  et  des  or- 
ges mondés.  Vn  grand  rernede,  ce  sont 
les  cîysteres  emolliens  et  rafraîchis- 
sons et  doucement  purgatifs,  à fin 
d’oster  d’alentour  des  reins  vne  quan- 
tité d'ordures  qui  croupissent  ordi- 
nairement dans  le  ventre,  et  qui  es- 
tant vne  fois  eschauffées  apportent 
ces  importunes  douleurs  de  reins. 

La  douleur  de  cuisses  et  de  iam- 
bes  est  sonnent  bien  importune  aux 
l'ebricitans , qui  se  sentent  auoir  les 
os  comme  brisés  : à peine  peuuent-ils 
se  remuer  , et  mesme  endurer  que  la 
couuerture  du  lit  les  louche  : autres- 
fois  ils  ont  des  lactations  et  agitations 
fascheuses,  pour  ne  pouuoir  trouuer 
aucune  bonne  place.  Or  ces  douleurs 
viennent  quelquesfois  de  l’ardeur  de 
la  fiéure , qui  enflamme  les  esprits  et 
les  humeurs  qui  sont  esparses  parmy 
les  parties  cutanées  et  musculeuses  : 
autresfois  elles  arriuent  par  l'effusion 
d’vnchumeursereuse,  acrect  bilieuse, 
qui  se  iette  ou  dans  les  espaces  vuides 
des  muscles  , ou  sur  le  périoste  , qui 
est  la  membrane  qui  enueloppe  les 


DES  FIÈVRES. 


os.  Pour. les  agitations,  iactations  et 
alysme  , elles  prouicnnent  ou  des  es- 
prits enflammés  qui  se  iettcnt  çà  et  là, 
selon  qu’ils  sont  poussés  et  chassés 
par  l’ardeur  de  la  fiéure,  ou  bien 
d’vne  quantité  d’humeurs  bilieuses , 
chaudes  et  acres , qui  pour  estre  dans 
les  veines  ou  à l’entour  des  entrailles 
toutes  bouillantes  et  furieuses , cher- 
chent vu  plus  grand  lieu  que  celuy  où 
elles  sont  enfermées  et  trop  serrées, 
d’où  vient  qu’elles  pressent  le  dia- 
phragme, le  cœur  et  les  poulinons  , 
ce  qui  fait  que  le  malade  estouffe  et 
ne  peut  trouuer  de  place  à son  aise. 

A ces  iactations , ie  ne  trouue  point 
meilleurs  remedes  que  ceux  qui  sont 
ordonnés  à la  fiéure,  les  saignées  fre- 
quentes, les  clysteres  réitérés,  les  fo- 
mentations, les  iulcps  : et  quand  le 
mal  le  permet,  les  purgations , vomi- 
tifs et  autres. 

Aux  douleurs  de  membres,  prin- 
cipalement des  cuisses  et  des  iambes, 
on  fajt  des  frictions  douces , des  lini- 
mens  auec  huile  d’amandes  douces , 
de  nénuphar , rosat , violât,  y adious- 
tant  tant  soit  peu  de  celle  de  lis  et  de 
chamomilie,  pour  résoudre  et  ouurir. 
On  fait  des  décoctions  partie  réfrigé- 
rantes, partie  resoluliues,  pour  fo- 
menter auec  bons  linges  les  parties 
dolentes.  On  fait  des  lauemens  de 
pieds  et  de  iambes  auec  eau  tiede 
simplement,  ou  auec  décoctions  de 
chamomilie,  de  melilot  et  nénuphar, 
de  fueilles  de  vignes,  de  laictue,  et  au- 
tres semblables.  On  descharge  aussi 
les  iambes  par  l’application  d’vne 
quantité  de  sangsues  : bref  on  fait  sa- 
chets, linimens,  bains,  onguens,  fo- 
mentations, lesquels  n’ont  pas  quel- 
quesfois  tant  de  force  qu’aura  quel- 
que iulep  somnifère , qui  par  le  som- 
meil qu’il  apportera,  appaisera  tout 
d’vn  coup  telles  douleurs. 


187 


CHAPITRE  IH. 

DES  VEILLES  IMMODEREES. 

S’il  y a chose  qui  après  la  douleur 
abbatte  les  forces  d’vn  fébricitant , ce 
sont  les  longues  veilles  et  immode 
rées,  qui  quelquesfois  viennent  de  la 
violence  des  douleurs,  quelquesfois 
d’vne  grande  scicheresse  du  cerueau, 
qui  est  causée  par  des  humeurs  pu  va- 
peurs chaudes  et  seiches. 

Les  veilles  que  la  douleur  apporte 
sont  ostées  par  les  mesmes  remedes 
qui  assoupissant  la  douleur  : celles 
qui  viennent  de  spiclieresse  du  cer- 
ueau doiuent  estre  empeschées  par 
remedes  contraires,  c’est  à dire  par 
ceux  qui  rafraîchissent  et  humectent. 
On  fera  dope  des  frontaux  auec  huile 
rosat , eau  rose,  vinaigre  rosat,  et  vn 
blanc  d’œuf  meslés  ensemble:  ou  bien 
auec  conserue  de  betoine , de  nénu- 
phar , de  violes  , de  roses , et  l’on- 
guent populeum.  Il  faudra  rafraîchir 
la  chambre  du  malade  auec  herbes 
rafraîchissantes , et  l’arroser  d’eau 
froide  : il  faudra  faire  tomber  de  l’eau 
de  haut  en  vn  bassin,  à fin  que  le  petit 
bruit  et  murmure  qu’elle  fera  induise 
le  malade  à dormir.  Que  les  iulcps  et 
apozeines  soient  rafraichissans  et  hu- 
mectans , et  pour  ce  on  les  préparera 
auec  décoction  de  laictue,  pourpié  , 
ozeillc,buglosse,  bourrache,  semences 
froides  grandes  et  petites,  fleurs  de  viol- 
lescl  de  nénuphar,  délayant  dedans  les 
syrops  de  nymphéa , de  pauot , pour- 
pié , de  courge  : dans  trois  ou  quatre 
onces  de  décoction  on  pourra  mettre 
vne  once,  dix  drachmes,  ou  vne  once 
et  demie  de  diacodion,  pour  chaque 
flose  qu’on  donnera  sur  les  dix  heures 
du  soir. 


1 88  LE  VINGTIEME  LIVRE 


Lors  qu’on  donnera  des  iuleps 
hypnotiques , on  ne  mettra  pas  des 
topiques  à l’entour  de  la  teste:  il  sc 
faut  contenter  des  vns  ou  des  autres , 
de  peur  de  trop  assoupir  le  malade. 
Les  topiques  plus  doux  sont  huile 
violât,  de  nénuphar,  de  courge, les 
sucs  de  laictue,  de  cichorée,  d’ombilic 
de  Venus , de  morelle.  L’huile  de  pa- 
uot,  le  suc  deiusquiame  ou  de  man- 
dragore l’opium,  sont  plus  dangereux. 
On  préparé  des  boüillons  somnifères 
auec  force  laictues  qu’on  fait  bouillir 
dedans,  et  quatre,  cinq,  six,  huit  testes 
de  pauot  blanc , plus  ou  moins  selon 
les  forces  du  malade  et  la  continuité 
des  veilles  : et  tels  boüillons  sont  ex- 
cellenset  de  grand  profit.  Galien  con  - 
fesse  que  l’usage  des  laictues  luy  os- 
toit  les  douleurs  de  teste  et  luy 
apportoit  le  sommeil. 

Quelques  vns  préparent  vne  es- 
ponge  hypnotique  , comme  remede 
tres-aisé  et  sowierain  : ils  font  bouil- 
lir des  fueil les  de  laictues,  de  pour- 
pié,  de  morelle,  de  lentille  aquatique, 
d’ombilic  devenus,  de  chacune  deux 
poignées  : fueilles  de  saule  et  de  vi- 
gne, de  iusquiame,  de  mandragore,  et 
de  pauot  blanc , vne  poignée  de  cha- 
cune. Ils  prennent  vne  liure  de  ladite 
décoction,  etyadioustent  dix  onces  de 
suc  de  laictue,  et  vne  drachme  d’o- 
pium. Cela  fait,  ils  font  tremper  et  ma- 
cérer deux  ou  trois  fois  vne  esponge 
qu’ils  font  seicher  à l’ombre.  Quant  ils 
s’en  veulent  seruir,  ils  la  trempent 
dans  ladite  décoction,  et  la  font  sentir 
toute  tiedeau  fébricitant,  ou  bien  luy 
appliquent  aux  temples  et  sur  le  de- 
uant  de  la  leste. 

Ils  font  aussi  grand  estai  d’vne 
emplastre  hypnotique,  qu’ils  font 

auec  : 

Vne  once  et  demie  de  racine  de  man- 
dragore : 


Vue  demie  once  de  graine  de  psyllium 
et  de  coriandre  préparée  : 

Deux  drachmes  de  testes  de  pauot  blanc  : 
Demie  drachme  d’opium  : 

El  meslentetamoliissentletout  auec 
huile  de  nénuphar,  et  de  pauot,  et  en 
font  vne  emplastre.  Mais  pour  dire  la 
vérité,  ie  ne  Irouue  pas  beaucoup  de 
seureté  à ces  remedes  extérieurs,  et 
ne  les  xoudrois  ordonner  qu’à  ceux 
qui  abhorrent  les  iuleps,  lesquels  ie 
préféré  aux  autres  remedes  pour  con- 
trarier non  seulement  aux  veilles , 
mais  aussi  à la  liéure  qui  excite  les 
veilles.  Mais  d’autant  qu’il  n’est  pas 
à proposée  donner  tousiours  des  hyp- 
notiques , il  faut  recourir  souuent 
aux  bains  des  pieds  et  des  iambes, 
qu’on  peut  faire  ou  auec  l’eau  tiede 
seulement,  ou  auec  la  décoction  de 
fueilles  de  saule,  laictue,  nénu- 
phar, maulues,  violes,  testes  de  pauot 
blanc,  pourpié,  morelle,  chair  et  se- 
mence de  courge,  dans  laquelle  quel- 
quesfois  on  peut  adiouster  vn  peu  de 
vinaigre  blanc. 


CHAPITRE  IV. 

DE  l’assovpissement  et  sommeil 

PROFOND. 

L’assoupissement  est  contraire  aux 
grandes  veilles,  et  tous  deux  sont 
contre  nature  : voire  mesme  que  l’as- 
soupissement quelquesfois  suruient 
aux  febricitans  en  suite  des  grandes 
veilles , après  leur  auoir  ordonné 
trop  inconsidérément  les  narcotiques 
et  somnifères  : mais  nous  ne  parlons 
point  de  cest  assoupissement  là,  ne 
croyant  pas  qu’il  y ait  aucun  sage  et 
prudent  médecin  qui  face  ceste  faute  : 
il  n’y  a que  les  empiriques  et  igno- 


DES  FIÈVRES. 


rans  qui,  pour  n’auoir  aucune  con- 
noissance,  ny  de  la  maladie,  ny  du 
tempérament  et  des  forces  du  malade, 
peuuent  ielter  les  febricilans  en  ce 
danger.  Nous  parlerons  donc  de  l’as- 
soupissement qui  suruienl  aux  fleures, 
qui  se  reconnoist  en  ce  que  les  mala- 
des se  resueillent  à peine,  et  estans 
resueillés  retombent  au  sommeil  tout 
incontinent- 

Tel  sommeil  contre  nature  est  exci- 
té de  quelques  mauuaises  et  malignes 
vapeurs  quise  congèlent  aucunement 
dans  le  cerueau,  et  s’y  espaississent 
en  partie  : cependant  que  celles  qui 
sont  les  plus  ténues,  desliées  et  lé- 
gères se  dissipent  tout  à fait.  Il  y a 
des  fiéures  qu’on  appelle  soporeuses , 
à cause  qu’elles  apportent  tousiours 
auec  elles  de  grands  assoupissemens  : 
et  cela  vient  de.ee  que  y ayant  quan- 
tité de  pituite  à l’entour  des  entrailles, 
l’a rdcur  de  la  fiéure  venant  à la  fondre 
et  liquéfier,  enuoye  grande  abon- 
dance de  vapeurs  crasses  et  espaisses 
au  cerueau,  lesquelles  par  après  se 
resoudentetconuei  tissent  en  humeurs 
qui  apportent  l’assoupissement. 

Quand  on  voit  ces  grands  assou- 
pissemens, il  faut  resueiller  le  fébri- 
citant, tantost  auec  les  choses  qui 
puissent  eschauffer  les  esprits  ani- 
maux engourdiset  gelés,  tantost  auec 
celles  qui  resueillent  la  paresse  de  la 
vertu  expultrice,  tantost  auec  celles 
qui  atténuent , incisent  et  euacuent 
la  pituite  qui  abreuue  le  cerueau. 
C’est  pourquoy  on  agitera  le  malade 
çà  et  là , on  luy  fera  des  frictions  for- 
tes et  dures,  que  l'on  continuera 
longtemps , on  parlera  souuent  à 
luy  , on  luy  fera  des  ligatures  dou- 
loureuses aux  bras  et  au  dessus  des 
genoliils , on  le  pincera,  on  luy  tirera 
les  chcueux  , on  le  venlousera  auec 
scarifications  profondes  , on  luy  met- 


1S9 

tra  des  vésicatoires  en  diuers  endroits, 
en  Ire  les  espaules,  derrière  les  oreilles, 
et  au  sommet  de  la  teste.  On  luy  don- 
nera des  clysteres  acres  et  piquans. 
On  luy  mettra  du  castoreum  dissout 
auec  fort  vinaigre  dans  les  narines , 
sans  oublier  les  sternutatoires  et  mas- 
ticatoires. L’on  loué  fort  en  ceste 
extrémité  la  confection  dite  anacar- 
dina,  dissoute  auec  vinaigre  scilli- 
tique.  Si  tout  cela  ne  profite,  à peine 
trouuera-on  d’au  très  remedes. 


CHAPITRE  V. 

BV  DELIRE  OV  RESVERIE. 

Il  y a deux  sortes  de  déliré  et  de 
resuerie:  l’vne  qui  est  essentielle,  et 
qui  vient  de  l’inflammation  des  mem- 
branes du  cerueau  , et  l’autre  n’est 
que  symptomatique.  Nous  n’enten- 
tendons  point  parler  de  la  première , 
mais  seulement  de  la  seconde,  qui  est 
excitée  par  des  vapeurs  et  fumées 
chaudes  et  acres,  qui  sont  enuoyées 
au  cerueau  des  parties  inferieures  où 
est  allumée  la  fiéure.  Ce  déliré  icy 
quelquesfois  n’est  que  passager,  et 
paroisl  durant  la  vigueur  des  accès 
des  fiéures  intermittentes  : autresfois 
il  est  fixe  et  permanent , et  pour  lors 
il  est  à craindre  qu’il  n’ameine  la 
phrenesie.  Au  reste,  il  est  parfois 
gay  et  ioyeux:  quelquesfois serieux  et 
seuere,  et  pour  lors  il  est  plus  à 
craindre  : car  c’est  signe  qu’il  se  fait 
de  vapeurs  beaucoup  plus  noires  et 
plus  acres. 

Quand  nous  voyons  la  resuerie 
des  febricilans  perseuerer , il  faut 
promptement  recourir  aux  remedes. 
On  aura  donc  recours  aux  clysteres 
acres,  aux  frictions,  aux  ligatures 


1 00  LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


des  cuisses,  aux  bains  des  pieds  et  des 
iambes , à la  saignée  le  pied  en  l’eau , 
que  les  Arabes  recommandent  comme 
vn  remede  tres-propre  à ce  mal.  Ce- 
pendant on  ne  négligera  point  les  to- 
piques, comme  frontaux  rafraichis- 
sans  et  humectans,  embrocations  auec 
oxyrhodinum  sur  toute  la  teste  qu’on 
rasera  auparauant,  les  ventouses 
sur  les  lombes  et  sur  les  espaules  auec 
scarification,  les  sangsues,  la  saignée 
des  veines  des  temples , l’ouuerture 
de  l’artere  qui  est  tout  contre  les 
oreilles , les  cochets  ou  ieunes  coqs 
blancs  fendus  en  deux  par  le  dos,  et 
appliqués  tous  chauds  sur  la  teste 
trois  heures  durant  : les  poulmons 
tous  chauds  des  ieunes  aigneaux  ou 
chéureaux  tués  sur  l’heure,  pareille- 
ment appliqués  surla  teste,  etinfinilé 
d’autres  remedes.  le  loué  grande- 
ment entre  les  principaux  les  choses 
qui  font  dormir,  tant  à cause  que 
d’ordinaire  les  veilles  accompagnent 
le  déliré,  que  pour  autant  que  le 
sommeil  est  souuerain  réfrigérât  if  du 
cerueau. 


CHAPITRE  VI. 

DE  LA  CONVVLSION  ET  IECTIGÀT10N. 

La  iectigation  qui  vient  aux  fiéures 
est  vn  tremblement  et  tressaillement 
que  l’on  sent  au  pouls  du  malade  , 
qui  monstre  que  le  cerueau  qui  est 
l’origine  des  nerfs  est  attaqué  , et  en 
outre  menacé  de  quelque  conuulsion. 
Or  cest  accident,  aussi  bien  que  la  con- 
uulsion qui  suruienl  aux  fiéures,  ne 
vient  pas  à cause  de  quelques  ventosi- 
tés ou  humeurs  crues  et  pituiteuses 
qui  occupent  les  parties  nerueuses, 
mais  de  l’ardeur  et  trop  grande  sei- 


cheresse  desdites  parties , qui  est  in- 
troduite par  la  fiéure  et  les  humeurs 
mesmes  acres  et  mordantes  qui  sont 
cause  de  la  fiéure.  Mais  il  faut  remar- 
quer qu’à  proprement  parler,  ceste 
conuulsion  icy  n’est  qu’vne  image  de 
la  vraye  conuulsion,  autrement  nous 
y chercherions  des  remedes  en  vain  : 
veu  que  la  vraye  convulsion  qui  vient 
de  la  desiccalion  des  parties  nerueu- 
ses est  tout  à fait  mortelle,  Cest  acci- 
dent icy  donc,  parlant  proprement , 
n’est  qu’vn  tressaillement  et  trem- 
blottement  des  parties  nerueuses, 
causé  et  excité  par  la  seickcresse  que 
la  fiéure  apporte. 

C’est  pourquoy  premièrement  il 
faut  tascher  à vuider  vne  partie  des 
humeurs  morbifiques  qui  entretien- 
nent la  fiéure , et  empeseker  qu’elles 
ne  soient  transportées  au  cerueau  : 
or  cela  se  fait  commodément  auec 
clysleres  vn  peu  acres , tels  que  nous 
en  auons  ordonné  au  déliré,  ensemble 
la  saignée  des  pieds , après  celle  des 
bras  qu’on  aura  faite  à raison  de  la 
fiéure  En  second  lieu , il  faut  rafraî- 
chir et  humecter  le  cerueau,  qui  est 
la  source  et  l’origine  des  parties  ner- 
ueuses : à cela  conuiennent  les  lion- 
taux  , les  embrocations  , les  lini- 
mens  et  onguens  sur  la  teste  après 
eslre  rasée,  les  iuleps  rafraickissans 
et  humectans , les  orges  mondés , les 
hypnotiques,  mais  doux  et  non  vio- 
lons, de  peur  de  quelque  sinistre  ac- 
cident. Bref,  il  faudra  venir  aux  re- 
medes qui  destournent  et  seruent  de 
reuulsion,  et  qui  peuuent  fortifier  le 
cerueau.  A ceux-cy  se  rapportent  les 
frictions,  les  ligatures  , les  ventouses 
et  scarifications , les  vésicatoires , les 
poulets  et  les  poulmons  des  ani- 
maux frais  tués  appliqués  sur  la  teste. 
Quelquesfois  ces  conuulsions  icy  re- 
présentent les  epiieptiques , et  peur 


DES  FIEVRES. 


lors  ou  elles  sont  mortelles  pour  la 
pluspart,  ou  elles  durent  tout  du  long 
de  la  vie.  Fay  veu  des  malades  qui 
pour  auoir  eu  des  conuulsions  dans 
les  fiéures  pestilenles,  ont  esté  suiels 
toute  leur  vie  aux  conuulsions  épilep- 
tiques, nonobstant  toute  sorte  de  re- 
medes  internes  et  externes , iusques 
aux  cautères  des  bras , et  à la  nuque 
du  col. 


CHAPITRE  VII. 

DE  LA  PARALYSIE. 

Cest  accident  icy  est  rare,  mais 
qui  arriue  toutesfois  comme  i’ay  ouy 
dire  en  quelques  prouinces  de  la 
France  et  de  l’Allemagne,  où  il  est 
assez  familier.  Il  nesuruient  pas  aux 
fiéures  violentes  et  aiguës , mais  aux 
longueset  chroniques  : et  si  il  ne  vient 
pas  directement  de  la  tiéure , mais  de 
la  colique  qui  suruient  ausdites  fié- 
ures longues.  Car  vue  quantité  de 
bile  eschaufféeet  ardente  s’amassant 
dans  les  veines  dumesentere,  et  à 
l’entour  de  la  vessie  du  fiel,  si  elle 
n’est  euacuée  par  le  bénéfice  de  la 
nature  ou  des  medicamens , et  qu’elle 
ne  puisse  estre  consommée  par  la  lon- 
gueur de  la  fiéure,  elle  croupit  dans 
les  petites  veines , où  peu  à peu  s’es- 
chauffant  et  se  bruslant,  elle  tasche 
à trouuer  quelque  issue , ce  que  ne 
pouuant  faire  par  les  veines  du  me- 
sentere , à cause  des  grandes  obstruc- 
tions qui  y sont , elle  se  iette  de  furie 
sur  les  membranes  de  l’abdomen , qui 
sont  parties  grandement  sensibles,  là 
où  elle  excite  des  douleurs  intoléra- 
bles qui  respondent  au  bas  ventre , et 
qui  apportent  par  inleruallës  tantost 
desvomissemens  b, lieux,  tantost  des 
ûescharges  de  ventre  porracées  et 


*9l 

erugineuses.'En  fin  par  trait  de  temps, 
après  plusieurs  remedes  alteralifs  et 
purgatifs  ces  douleurs  s’appaisent  : 
mais  il  arriue  qu’vue  portion  de  l’hu- 
meur est  portée  par  la  continuité  des 
membranes  iusques  à l’espine  du  dos, 
laquelle  doucement  et  peu  à peu  se 
coule  et  s’insinue  iusques  à la  moelle 
par  les  petils  trous  des  vertèbres,  où 
elle  bouche  les  nerfs  et  les  estoupe, 
empeschant  que  les  esprits  animaux 
n'y  puissent  auoir  accès,  d’où  il  s’en- 
suit vne  paralysie,  imparfaite  toutes- 
fois, d’autant  qu’il  n’y  a que  le  seul 
mouuement  qui  est  empesché,  le  senti- 
ment demeurant  en  son  entier. 

A cest  accident  icy,  il  ne  faut  dès  re- 
medes qui  soient  grandement  eschauf- 
fans  : il  faut  doucement  et  bénigne- 
ment purger  le  corps,  et  auec  clyste- 
res  et  auec  purgatifs.  On  peu  t faire  des 
linimens  le  long  de  l’espine  du  dos  , 
auec  huiles  qui  raréfient  et  dissipent 
sans  beaucoup  de  chaleur,  de  peur  de 
faire  fondre  quelque  humeur  crasse 
et  pituiteuse,  ou  l’attirer  en  ces  par- 
ties là  des  lieux  plus  eslongnés,  qui 
feroit  une  vraye  et  parfaite  paralysie. 
En  se  contentant  de  ces  petils  re- 
medes là,  on  trouue  que  quelque 
temps  après  la  nature  trouue  moyen 
de  se  deffaire  de  ses  mauuaises  hu- 
meurs, et  redonne  le  mouuement  au 
malade. 


CHAPITRE  VIII. 

de  l’esblovissement  des  yevx. 

Il  y a trois  symptômes  de  la  veuë , 
l’csbloüissement , que  les  Grecs  ap- 
pellent àu.(3Wmav , l’aueuglemenl  ou 
cécité  qu’ils  nomment  tv<j>Wiv  : et  la 

tromperie  delà  veuë,  quand  elle  prend 


LE  VINGTIEME  LIVRE, 


1Ç)2 

vn  obiet  pour  vn  autre , qu’ils  appel- 
lent TTapopocatv  : la  première  diminue 
la  veuë.la  seconde  l’osletout  à fait, 
et  la  troisième  la  depraue  et  rend  au- 
tre qu’elle  ne  deuroit.  Orl’esbloüisse- 
mentest  assez  familier  durant  et  après 
les  fièures.  Il  en  suruient  quelque- 
fois vn  critique  durant  la  fiéure,  qu’ils 
appellent  a-xoToÆivKx,  et  est  auant-cou- 
reur  d’vn  vomissement  ou  d’vne  hé- 
morrhagie critique.  Après  les  fièures, 
la  veuë  demeure  quelquesfois  trouble, 
particulièrement  lors  que  le  fébrici- 
tant a esté  atteint  au  cerneau  ou  de 
resuerie,  ou  de  veilles  importunes,  ou 
de  grande  douleur  de  leste  : souvient 
aussi  cela  arriue  à cause  des  grandes 
euacuations  de  sang  ou  d’autres  ma- 
tières. 

Quoy  que  ce  soit , le  plus  souue- 
rain  remede  en  cecy  est  le  bon  régime 
de  viure  et  les  bonnes  viandes  que 
l’on  donne  aux  febricilans  : car  c’est 
le  moyen  de  faire  bons  esprits,  de  les 
augmenter,  et  de  fortifier  mesme  les 
yeux  ainsi  que  les  autres  parties.  Le 
bon  vin  repare  les  esprits,  et  les  res- 
ueille  et  clarifie  quand  ils  sont  assou- 
pis, paresseux  ou  obscurcis:  il  faut 
donc  attendre  que  le  temps  , aidé  de 
ces  bonnes  viandes , fortifie  le  cer- 
ueau  et  reslablisse  les  esprits  ani- 
maux. Il  ne  sera  pas  cependant  hors 
de  propos  de  faire  quelques  collyres 
pour  les  yeux  , auec  décoction  ou  les 
eaux  distillées  de  fenoüil , de  rue, 
de  cheüdoine,  d’euphraise,  de  ver- 
ueine  , d’asperges,  de  betoine,  de  ra- 
ues,  de  pimprenelle,  d’ache,  de  mar- 
jolaine , de  paritoire , de  rosmarin,  de 
canelle , de  bois  d’aloës , de  santaux  , 
y adioustant  vn  peu  de  miel , d’aloës , 
de  tutie,  desaffran,  et  choses  sem- 
blables. 


CHAPITRE  IX. 

DE  LA  SVRD1TÉ. 

Des  trois  symptômes  qui  suruien- 
nent  à l’oüye,  il  n’y  en  a point  qui 
vienne  plus  ordinairement  durant  les 
fièures  que  la  surdité  imparfaite,  que 
les  Grecsnomment  Sxf-v/ixorfa,  les  Latins 
surdnslritatem , qui  est  proprement 
entendre  dur.  Or  cela  vient  d’vne  va- 
peur bilieuse,  qui  estant  portée  au 
cerueau  se  ielle  souuent  sur  les  or- 
ganes de  l’oüye , par  lesquelles  la 
bile  a accoustumé  de  se  desebarger, 
comme  lesmoignent  les  saletés  qui 
viennent  aux  oreilles.  Cesl  accident 
icy  quelquesfois  est  passager,  quel- 
quesfois il  est  permanen  t -.et  souuen  l il 
est  accompagné  de  quelque  tintouin 
des  oreilles  qui  incommode  fort  les 
malades. 

A ce  mal  icy,  il  n’y  a rien  de  meil- 
leur que  prouoquer,  s’il  y a moyen,  le 
cours  de  ventre,  puis  qu’Hippocrates 
a dit  aux  Aphorismes,  que  les  flux  de 
ventre  bilieux  estoient  arrestés  par 
la  surdité  qui  suruient,  et  qu’au  con- 
traire la  surdité  est  ostée  loulcsfois 
et  quand  qu’il  suruient  vn  flux  de 
ventre  bilieux.  Ce  qui  nous  donne 
assez  à connoistre  que  quand  l’hu- 
meur bilieuse  est  arrestée  , il  s’en  fait 
vn  transport  au  cerueau  : ce  qui  n’ar- 
riue  pas  quand  ladite  humeur  prend 
son  cours  par  le  ventre. 

Au  reste  , si,  auec  la  surdité  il  y a 
douleur  d’oreille  grande  et  violente, 
il  faut  souuent  attendre  quelque  sup- 
puration : par  fois’  la  douleur  se 
resoult  auec  medicamens , comme  sa- 
chets et  fomentations  qu’on  fail’auec 
herbes  emollientes,  chamoinille,  me- 
iilot,  aueth,  semence  de  fenoüil,  qu’on 


DES  FIÈVRES. 


fait  bouillir  dans  le  laict.  On  se  con- 
tente aussi  de  mettre  dans  l’oreille 
vn  peu  d’huile  d’amandes  douces  ou 
ameres,  vn  peu  de  laict , vne  décoc- 
tion de  peu  de  coloquinte,  du  coton 
musqué , et  autres  telles  choses  qui 
en  partie  sont  anodynes,  en  partie 
resoluliues. 


CHAPITRE  X. 

DE  LA  DIFFICVLTÉ  DE  RESPIRER. 

Ce  n’est  pas  de  la  dispnœe  ou  diffi- 
culté de  respirer  que  nous  parlerons, 
qui  est  excitée  ou  par  vne  humeur 
crasse  et  visqueuse  qui  occupe  la 
trachée  artere  et  le  poulmon  , ou  qui 
vient  de  l’inflammation  des  parties 
qui  seruent  à la  respiration  : mais  de 
celle  qui  arriue  ordinairement  de 
quelque  matière  qui  pétillé  à l’entour 
du  foye  et  de  la  ralte,  et  qui  par  ce 
moyen  presse  le  diaphragme  et  les 
poulmons  : ou  bien  de  celle  qui  vient 
de  la  chaleur  du  cœur , que  les  poul- 
mons ne  peuuent  suffisamment  es- 
uenler  ny  rafraîchir,  tant  il  y a de 
fumées  enfermées  et  reserrées  à l’en- 
tour de  luy. 

En  ceste  première  , il  faut  recourir 
aux  clysteres  emolliens,refrigerans, 
et  vn  peu  laxatifs,  à fin  de  rafraîchir 
les  humeurs  qui  boüillent , et  en  vui- 
der  tousiours  quelque  partie,  l’atti- 
rant vers  les  parties  basses  : il  se  faut 
aussi  seruir  d’epithemes  et  linimens 
refrigeralifs  sur  les  deux  l.ypochon- 
dres.  On  se  seruira  pareillement  de 
iuleps  et  apozemes  refrigerans  et  hu  • 
meclaos,  afin  par  toutes  sortes  de 
moyens  d’oster  la  ferueur  de  ces  hu- 
meurs, et  brider  leur  furie. 

A la  dispnœe  qui  vient  de  la  cha- 
iii. 


i93 

leur  du  cœur  des  parties  thorachiques, 
il  faut  mettre  des  epithemes  sur  le 
cœur  auec  eaux  de  morelle,  de  roses, 
d’endiue , de  charbon  benist , de  sca- 
bieuse,  d’ozeille,deplantin,  et  pareil- 
les autres.  On  fera  des  linimens  sur 
toute  la  poitrine  auec  huile  de  nénu- 
phar, violât,  de  pauot  : ou  de  peur 
que  ces  huiles  ne  s’enflamment  si  on 
les  mettoit  toutes  seules,  on  pourra 
les  mesler  auec  les  sucs  dépurés  de 
pourpié,  delaictue,  d’ombilic  de  Ve- 
nus , et  vn  peu  de  camphre.  Il  est  be- 
soin que  le  malade  respire  vn  air 
froid  : pourquoy  s’il  n’est  tel , on  le 
préparera  auec  aspersion  d’eau  froide, 
ou  de  roses , d’herbes  et  fleurs  réfrigé- 
rantes et  de  bonne  odeur  : nourris- 
sant cependant  le  malade  de  viandes 
legeres,  et  luy  donnant  à boire  frais. 
Au  reste , c’est  tousiours  vn  tres- 
mauuais  accident  des  fiéures  , quand 
la  respiration  est  empesebée  et  que  le 
fébricitant  se  sent  estouffer,  surtout 
quand  ce  symptôme  vient  de  l’imbé- 
cillité des  forces  : car  c’est  signe  que 
la  vertu  animale  ne  peut  mouuoir  et 
esleuer  les  muscles  du  thorax,  à 
cause  de  la  pénurie  et  paucité  de  la 
chaleur  naturelle  et  des  esprits:  aussi 
nesuruient-il  qu’à  ceux  qui  sont  pro- 
ches de  la  mort. 


CHAPITRE  XI. 

DE  LA  TOVX. 

II  y a vne  sorte  de  toux  qui  arriue 
vn  peu  déliant  les  accès  des  fiéures 
intermittentes,  qui  prouient  des  va- 
peurs de  la  matière  morbifique  qui 
commence  à s’esmouuoir,  mais  qui  se 
passe  à mesure  que  par  l’ardeur  de 
l’accès  lesdiles  vapeurs  sont  consoin- 

1 3 


le  vingtième  livre, 


194 

mées  : c’est  pourquoy  il  ne  faut  point 
s’arrester  à cesle  toux  là , mais  seu- 
lement à celle  qui  dure  après  les  ac- 
cès , et  qui  trauaille  ceux  qui  ont 
des  fiéures  continues.  Or  ceste  toux 
icy  est  fort  fascheuse  et  incommode, 
pource  qu’elle  apporte  la  douleur  de 
teste  telle  qu’il  semble  qu'on  la  fende, 
qu’elle  empesche  le  sommeil,  qu’elle 
trauaille  le  poulmon  et  apporte  op- 
pression et  difficulté  de  respirer,  et 
d’auantage  qu’elle  fait  redoubler  la 
fiéure,  aiguisant  la  chaleur  des  poul- 
mons  par  l’effort  continuel  qu’elle  ap- 
porte. 

La  cause  de  ceste  toux  icy,  ou  c’est 
l’intemperie  chaude  et  seiche  des  or- 
ganes qui  seruent  à la  respiration,  ou 
quelque  refroidissement  qu’a  ressenti 
le  malade,  soit  à la  teste,  soit  à la  poi- 
trine, qu’il  decouure  quelquesfois 
mal  à propos.  C’est  pourquoy  ceste 
toux  icy  est  aride  et  fascheuse , sur 
tout  quand  elle  est  frequente  : car 
si  elle  ne  vient  que  par  interualle,  et 
qu’elle  ne  soit  pas  si  aigre,  elle  peut 
seruir  à quelque  chose , comme  dit 
Hippocrates  à l’aphorisme  54.  du 
quatrième  liure  : c’esl  à sçauoir,  à la 
soif  des  malades  qu’elle  adoucit  : car 
comme  dit  Galien,  par  l’effort  et  le 
mouuement  qu’elle  apporte,  elle  at- 
tire l’humidité  des  parties  voisines, 
qui  sert  à arrouser  et  la  bouche  et  les 
parties  qui  sont  à l’entour  de  la  tra- 
chée artere. 

Mais  si  la  toux  est  aigre,  il  faut  y 
pouruoir  par  quelques  remedes,  c’est 
à sçauoir  par  ceux  qui  humectent  et 
rafraîchissent,  soit  qu’on  les  tienne  à 
la  bouche , soit  qu’on  les  aualle  dou- 
cement et  lentement , soit  qu’on  les 
prenne  en  forme  de  breuuage.  On  se 
peut  donc  seruir  dessyrops  violât,  de 
pauot, nénuphar,  de  pommessimples, 
de  reglisse,  de  iuiubes,  ou  pris  à part, 


ou  meslés  ensemble,  ou  délayés  dans 
quelque  décoction  de  violes,  de  laic- 
tue  , de  pourpié , semences  froides 
grandes  et  petites , reglisse , orge  et 
autres.  On  fait  aussi  des  tablettes  de 
sucre  rosat,  de  tragacanthe,  déra- 
cinés de  guymauues.  On  donne  des 
conserues  de  roses,  de  violettes,  de 
nénuphar,  de  pas  d’asne,  de  pauot 
rouge , et  semblables.  Il  y a quantité 
d’autres  remedes  à la  toux,  mais  c’est 
à celle  qui  est  excitée  de  la  pituite  du 
cerueau  qui  distille  dans  la  poitrine  : 
de  laquelle  nous  ne  faisons  point  icy 
mention. 


CHAPITRE  XII. 

DE  LA  DIFFICVLTÉ  d’aVALLER. 

V oicy  vn  accident  qui  estonne  gran- 
dement les  malades,  quand  ils  sentent 
que  les  viures  ne  peuuent  presque 
passer , et  qu’ils  se  persuadent  qu’il  y 
a quelque  chose  en  l’œsophage  qui  les 
veut  suffoquer  et  estouffer.  C’est  pour- 
quoy il  faut  auoir  quelques  remedes 
pour  les  soulager  promptement. 

Ce  symptôme  icy  arriue  par  vne  va- 
peur espaisse  ou  humeur  pituiteuse, 
qui  tombant  du  cerueau,  ou  esleuée 
del’estomach.  s’attache  à l’œsophage, 
et  peu  à peu  par  l’ardeur  de  la  fiéure 
s'y  endurcit  : si  bien  que  partie  à 
cause  de  sa  viscosité  , partie  à cause 
de  sa  grande  seicheresse,  elle  estoupe 
et  estrecit  en  sorte  le  passage,  que  le 
fébricitant  a peine  d’aualler. 

Il  faut  donc  à ce  mal  partie  deter- 
ger  et  nettoyer , partie  humecter  et 
amollir.  Ce  qui  se  fait  auec  les  syrops 
violât,  de  iuiube,  sucre  candi,  suc  de 
reglisse,  vinaigre,  verjus:  on  peut 
faire  vn  gargarisme  auec  reglisse  re- 


DES  FIEVRES. 


cente,  orge,  betoine,  sauge,  hyssope, 
marjolaine,  figues  grasses,  semence 
d’anis,  dans  lequel  on  délayé  vne  once 
de  syrop  aceteux  simple  pour  quatre 
ou  cinq  onces  de  décoction.  Quel- 
ques vns  en  font  vn  plus  aisé , auec 
décoction  d’orge  seulement,  et  syrop 
de  grenade,  miel  rosat,  ou  oxymel. 

Au  reste  il  y a vne  difficulté  de  res- 
pirer qui  suruient  aux  fleures,  où  il 
n'y  a point  de  remede  : elle  vient  de 
la  luxation  des  vertebres  du  col  ex- 
citée par  laconuulsion  des  nerfs  des- 
dites vertebres , ou  d’vne  grande  foi- 
blesse  et  imbécillité  du  malade  : en 
ce  cas  il  ne  faut  esperer  que  la  mort, 
veu  que  la  conuulsion  qui  vient  de 
la  seicheresse  est  mortelle  : et  lors  que 
les  forces  du  malade  manquent,  les 
remedes  n’ont  plus  de  lieu. 


CHAPITRE  XIII. 

DV  DEGOVST  ET  APPETIT  PERDV. 

Il  y a deux  accidens  touchant  le 
goust:  l’vn  est  le  goust  depraué,  lors 
que  la  langue  iuge  autrement  des  sa- 
ueurs  qu’elle  ne  deuroit  : l'autre  est 
l’appelit  perdu  ou  inappétence  , par 
laquelle  le  malade  perd  tout  à fait 
la  volonté  de  manger. 

Pour  le  premier  , quand  il  n’est 
point  accompagné  du  degoust , c’est 
vn  vice  de  la  langue'  seulement,  ou 
de  sa  tunique  qui  l’enueloppc,  pour 
estre  imbeuë  et  arrosée  ou  de  quelque 
mauuaise  vapeur,  ou  de  quelque  hu- 
meur corrompue.Ceste  humeur  icy  es- 
tant esmeuë  par  l’bumiditédes  viandes 

et  du  breuuage,  pénétré  iusqucs  au 
nerf  qui  estespandu  par  la  chair  et  par 
la  membrane  de  la  langue,  et  commu- 
nique sa  qualité  et  sa  saueur  à la 


195 

viande  : sçauoir,  l’amertume  quand 
l’humeur  est  bilieuse,  la  fadeur  et  sa- 
ueur insipide  quand  elle  est  pituiteuse, 
la  saline  quand  c’est  vne  pituite  sallée, 
et  ainsi  des  autres  : ce  qui  trompe  le 
malade,  d’autant  qu’il  pense  que  telles 
saueurs  viennent  des  viandes,  et  non 
pas  des  humeurs  dont  sa  langue  est 
abbreuuée.  A cest  accident  icy,  il  faut 
souuent  lauer  la  bouche  auec  eau 
et  vin,  ou  auec  du  vinaigre  ou  ver- 
jus , suc  de  limon , d’orange , décoc- 
tion d’orge,  et  autres  semblables. 

Mais  quand  le  goust  est  depraué 
auec  vn  grand  degoust  et  inappé- 
tence, alors  le  vice  n’est  pas  seulemen  t 
à la  langue  et  au  palais  de  la  bouche, 
mais  aussi  s’estend  iusques  au  ven- 
tricule, qui  estabbreuué  de  quelque 
humeur  peccante  laquelle  assoupit 
tout  à fait  l’appetit , ou  est  altéré  de 
quelque  chaleur  estrangere  et  extra- 
ordinaire. A ceux  cy  on  doit  permet- 
tre l’vsage  des  choses  qu’ils  deman- 
deront à manger,  pourueu  qu’elles 
ne  leur  soient  point  tout  à fait  con- 
traires, suiuant  en  cela  le  conseil 
d'Hippocrate,  qui  en  l’aphorisme  38. 
du  2.  liure  dit  que  les  alimens  désirés, 
bien  que  pires  à la  santé , sont  à pré- 
férer à ceux  qui  sont  meilleurs,  mais 
qui  sont  en  degoust  au  malade. 

Au  reste,  si  ceste  inappétence  vient 
de  quelques  mauuaises  humeurs  con- 
tenues au  ventricule,  il  faut  les  pur- 
ger doucement  et  nettoyer  l’estomach 
de  telles  ordures  : autrement  il  ne 
fautpasespererque  l’appelit  reuienne. 
Mais  si  ce  n’est  qu’à  cause  de  la  cha- 
leur estrangere  du  ventricule,  il  faut 
se  seruir  de  remedes  rafraichissans 
et  qui  soient  acides,  à fin  que  lesdils 
medicamens  pénétrent  mieux  : tels 
sont  le  jus  de  citron  , d’orange  et  de 
grenades,  le  verjus,  les  cerises  ai- 
grettes, le  vinaigre  rosat , et  autres. 


LE  VINGTIÈME  LIVRE  , 


I96 

Cependant  attendant  que  l’appetit 
vienne,  il  faudra  nourrir  le  malade  de 
viandes  liquides  et  aisées  à prendre  et 
à aualler,  comme  iaunes  d’œufs  mol- 
lets, bouillons,  jus  de  chair  de  perdris, 
de  veau,  et  de  volaille,  et  de  la  gelée. 


CHAPITRE  XIV. 

DES  NAVSÉES  ET  ENVIES  DE  VOMIR. 

L’enuie  de  vomir  quelquesfois  suit 
le  grand  degoust , c’est  à sçauoir 
quand  le  malade  a telle  horreur  des 
viandes,  que  si  tost  qu’il  les  sent  le 
cœur  luy  sousleue  : quelquesfois  elle 
est  sans  grand  degoust:  seulement 
après  auoir  pris  quelque  chose , il 
suruient  des  efforts  de  vomir,  sans 
toulesfois  rien  vuideret  reielter.  Cest 
accident  est  excité  par  quelque  hu- 
meur vitieuse,  qui  pour  sa  quantité 
ou  qualité  picole  Festomach,  l’irrite, 
et  le  force  à se  descharger  de  ce  qui 
lui  est  nuisible.  Ceste  humeur  vitieuse 
quelquesfois  nage  dans  la  cauité  du 
ventricule  : quelquesfois  elle  est  fixe- 
ment attachée  à ses  tuniques,  et  c’est 
pour  lors  que  Festomach  s’efforce  si 
souucnl  sans  aucun  effet  de  la  mettre 
hors.  La  pourriture  est  quelquesfois 
si  grande  dans  le  corps,  comme  par 
les  fiéures  pestilentielles  et  malignes, 
qu’il  arriue  des  nausées  perpétuelles, 
à cause  des  vapeurs  putrides  qui 
vont  frapper  l’orifice  supérieur  de 
Festomach. 

A ceste  nausée  icy  maligne,  il  faut 
les  choses  acides  rafraîchissantes, 
qui  puissent  empescher  ou  corriger  la 
pourriture.  Quelques-vns  recourent 
à la  Tberiaque,  et  autres  medicamens 
chauds  , que  ie  n’approuue  point, 
d’autant  qu’ils  augmentent  la  délire, 
et  par  conséquent  entretiennent  la 


pourriture.  Pour  l’autre  nausée  qui 
vient  des  humeurs  attachées  au  ven- 
tricule, il  faut  les  nettoyer  et  les  cua- 
cuer,  ou  bien  par  vomitifs,  ou  bien 
par  purgatifs.  Que  si  l’estât  de  la 
fleure  ne  le  permet,  on  peut  donner 
quelques  poudres,  tablettes  ou  opia- 
tes,  pour  ebiber,  absorber  et  con- 
sommer les  humidités  superflues  du 
ventricule.  On  prend  : 

De  la  coriandre  maccrée  plusieurs  fois 
dans  le  vinaigre,  vne  once  et  demie  : 
Vneonce  de  semence  d’anis  et  de  fenoüil  : 
Del’escorcedecitron conlil,  trois  drachmes: 
Deux  drachmes  de  coral  rouge  hruslé  et 
laueneuf  fois  auec  eau  rose  . 

Vu  scrupule  de  cancllc  et  de  mastich  : 
Tcrles  préparées  demie  drachme  : 

Crouslc  de  pain  bruslé  vne  once: 

Auec  quantité  suffisante  de  sucre 
rosat,  on  fait  vne  poudre  dont  le  ma- 
lade prend  vne  bonne  cuillerée  auant 
le  repas.  Que  si  le  malade  l’aime 
mieux  en  tablettes  qu’en  poudre,  il 
sera  aisé  de  le  contenter,  ou  luy  en 
faisant  exprès,  ou  luy  faisant  vser  de 
celles  de  senlaux,  ou  diarhodon. 


CHAPITRE  XV. 

DV  SANGLOT  ET  IIOCQVET. 

Il  n’y  a pas  grande  d i ffe ren ce  entre 
la  nausée  et  le  sanglot,  veu  que  c’est 
aussi  vu  effort  sans  effet  de  l'expul- 
tricedu  ventricule:  mais lesanglol est 
vn  mouuement  conuulsif,  et  qui  tra- 
uaille  bien  plus  le  ventricule  que  ne 
fait  la  nausée  : d’auantage  par  lesan- 
glolct  bocquet  lcventriculcse  resserre 
en  soy-mesme,et  tire  en  bas  l’œsopha- 
ge : au  contraire  en  la  nausée  le  ven- 
tricule se  rclasche  et  se  renuerse,  com- 
me pour  monter  vers  l’œsophage. 

La  cause  du  hocquet  est  double,  la 


DES  FIEVRES. 


repletion  et  l’inanition.  La  repletion, 
quand  il  y a vn  humeur  acre  et  mor- 
dant attaché  fixement  aux  tuniques 
du  ventricule,  que  la  nature  tasche 
dechasseret  mettre  hors.  L’inanition, 
lors  que  les  tuniques  du  ventricule 
toutes  desseichées  par  l’ardeur  de  la 
fiéure,  se  retirent  et  font  ce  morale- 
ment de  conuulsion. 

Silehocquet  vient  de  la  première 
cause,  il  faut  premièrement  hebeter 
l’acrimonie  de  ces  humeurs  auec  iu- 
leps  et  apozemes  rafraicliissans , pré- 
parés auec  décoction  de  nénuphar, 
de  buglosse,  de  violettes,  de  roses,  de 
pourpié,  ou  auec  émulsions  faites  des 
quatre  semences  froides  grandes  et 
petites,  dissoudant  dedans  syrops 
violât,  de  nénuphar,  de  grenade,  de 
agresta,  de  pourpié  et  de  pauot , fai- 
sant cependant  des  fomentations 
auec  herbes,  fleurs  et  semences  de 
pareille  vertu.  En  second  lieu,  il  faut 
tascher  de  vuider  ces  mauuaises  hu- 
meurs, ou  auec  vomitifs,  ou  auec  pur 
gatifs.  Quelquesfois  il  n’est  pas  hors 
de  propos,  si  le  hocquet  perseuere, 
d’appliquer  vne  ventouse  sur  la  ré- 
gion de  l’estomach,  ou  bien  antérieu- 
rement, ou  posterieurement  vers  l’on- 
zième, douzième,  ou  treiziéme  vertè- 
bre. Quant  au  hocquet  qui  vient  de 
l’inanition,  encore  bien  qu’il  soit  incu- 
rable, si  ne  faut-il  pas  laisser  de  don- 
ner au  malade  des  remedes  humec- 
tons, et  des  alimens  de  pareille  vertu. 

Les  Géures  malignes  et  pestilentiel- 
les, par  les  vapeurs  putrides  qu'elles 
enuoyent  à l’oriûce  supérieur  de 
l’estomach,  apportent  aussi  le  san- 
glot, auquel  pour  remedes  conuien- 
nent  ceux  que  nous  auons  rapportés 
à la  nausée  qui  vient  pareillement 
des  fiéures  malignes. 

Il  y a vne  autre  espece  de  sanglot  qui 
vient  de  l’inflammation  du  cerueau, 


]97 

ou  du  foye,  et  ce  par  le  consentement 
et  sympathie  qu’il  y a entre  toutes 
ces  parties  par  le  bénéfice  des  nerfs  : 
et  pour  lors  il  ne  faut  pas  tant  auoir 
esgard  à l’eslomach,  qu’au  cerueau  et 
au  foye,  leur  ordonnant  des  remedes 
quiseruent  à guérir  l’inflammation 
desdites  parties. 


CHAPITRE  XVI. 

DV  VOMISSEMENT. 

La  nausée  et  le  vomissement  ne  dif- 
ferent que  du  plus  ou  du  moins,  se- 
lon leur  cause,  et  non  pas  selon  leur 
effet , veu  qu’vn  petit  vomissement 
n’est  pas  vne  grande  nausée.  Il  est 
certain  qu'il  y a telle  cause  qui  peut 
faire  la  nausée , qui  ne  peut  faire  le 
vomissement,  parce  qu’elle  n’est  pas 
assez  forte  : c’est  pourquoy  la  nausée 
est  moindre  que  le  vomissement.  le  no 
veux  point  m’estendre  à expliquer  les 
causes  du  vomissement,  veu  qu’elles 
se  peuuent  assez  entendre  par  ce  qui 
a esté  dit  au  Chapitre  de  la  nausée  : ie 
diray  seulement  que  les  humeurs  qui 
causent  le  vomissement,  quelques- 
fois sont  chaudes  et  fluides , quel- 
quesfois froides,  lentes  et  pituiteuses. 

Pour  les  chaudes,  elles  peuuent  es- 
tre  aisément  euacuées  par  le  vomisse- 
ment, qu’il  n’est  pas  besoin  d’arrester 
dés  son  commencement,  de  peur  de 
faire  ietter  l’humeur  sur  quelque 
partie  noble  : mais  s’il  perseuere  trop 
long  temps,  de  peur  qu’il  n’affoiblisse 
trop  le  malade,  et  n’empesche  qu’il 
ne  puisse  prendre  nourriture , et  par 
ainsi  qu’il  ne  le  précipité  à la  mort , 
il  faut  apporter  tous  les  artifices 
qu’on  pourra  à fin  de  l’arrester.  Les 
syrops  propres  à cest  effet  sont  de  ber- 


LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


I98 

beris,  de  grenade,  de  coings,  de  ace- 
tositate  citri , de  coral , de  agresta  : 
on  fera  des  poudres  auec  les  perles 
préparées,  le  spodion,  les  coraux,  les 
cinq  fragmens  précieux , le  bol  ar- 
mene,  la  terre  sigillée,  l’escorce  de 
citron,  le  mastich,  le  sang  de  dragon, 
et  autres.  Le  suc  de  ribes  et  de  ber- 
beris , le  suc  de  grenade  , la  chair  de 
coings  et  de  nefles,la  conseruede  ro- 
ses rouges  sont  de  grand  effet.  Exté- 
rieurement les  linimens  d’huile  ro- 
sat,  de  cerat  santalin.  d’huile  de  mas- 
tich, de  coings,  sont  vliles.  Quelques 
vns  font  des  sachets  de  poudres  as- 
tringentes qu’ils  appliquent  sur  l’es- 
tomach,  d’autres  se  contentent  d’vne 
rostie  de  pain  , ou  d’vne  esponge  ar- 
rosée de  vin  ou  de  vinaigre. 

Si  le  vomissement  est  excité  par 
des  humeurs  pituiteuses,  il  faut  pre- 
mièrement les  inciser  et  atténuer, 
que  de  tascher  à les  euacuer  par 
vomitifs  ou  purgatifs.  Cependant  in- 
térieurement on  donnera  oxymel  et 
le  syrop  aceteux,  auec  décoction  de 
menthe,  d’absinthe, de  roses, d’aneth, 
d’escorce  de  citron  et  de  semence  de 
coriandre.  Extérieurement  on  fera 
vne  fomentation  auec  sachets  garnis 
de  fleurs  de  rosmarin,  de  stœchas,  de 
fueilles  de  menthe , d’absinthe  , de 
clous  de  girofle,  de  noix  muscade,  d’es- 
corce de  citron  sec.  On  frottera  l’eslo- 
mach  d’huile  rosat , d’absinthe , et  de 
myrtilles  : on  mettra  dessus  en  forme 
d’emplastre  de  la  conserue  de  roses 
meslée  auec  du  vieil  cotignat , et  de  la 
poudre  de  mastich  et  d’absinthe  : ou 
bien  on  se  seruira  de  l’emplastre  de 
leuain , qui  se  préparé  auec  vne  li- 
ure  de  leuain,  deux  manipules  de 
fueilles  de  menthe  desseichécs,  vne 
once  de  mastich,  incorporés  ensemble 
auec  huile  de  mastich.  Quelques  vns 
font  estât  d’vu  cataplasme  fait  de 


fueilles  de  menthe  et  d’absinthe  , de 
fleurs  de  cliamomille,  melilot  et  roses, 
d’aneth,  de  racines  de  souchet,  de 
doux  de  girofle , de  zedoaria  , et  des 
bayes  de  geniéure.  Il  11e  faut  pas  né- 
gliger, ny  de  faire  flairer  au  febrici- 
citant  du  vin,  du  vinaigre,  de  l’eau 
rose,  du  pain  rosti,  ny  de  luy  trem- 
per les  mains  en  eau  froide,  et  luy 
appliquer  par  interualle  quelque  ven- 
touse seiche  sur  l’estomach. 


CHAPITRE  XVII. 

DE  LA  SOIF  DESREGLÉE. 

Vn  des  propres  signes  et  indiuiduels 
des  fiéures,  c’est  la  soif  inextinguible, 
laquelle  ne  s’en  va  point  à force  de 
boire,  mais  perseuere  tousiours  auec 
si  grande  seicheresse  de  bouche,  qu’à 
peine  le  fébricitant  peut-il  parler  ou 
aualler.  Ce  symptôme  arriue principa- 
lement pour  deux  raisons  : l’vne  pour 
l’ardeur  de  la  fleure  qui  desseiche  la 
tunique  intérieure  du  ventricule  : 
l’autre  pour  quelque  humeur  chaude, 
acre , bilieuse , qui  est  enfermée  long 
temps  entre  les  tuniques  de  ladite 
partie. 

Quand  la  soif  vient  de  la  chaleur 
de  la  fleure  seulement,  il  ne  faut  que 
rafraîchir  et  humecter  : mais  quand 
elle  vient  des  humeurs,  il  les  faut 
euacuer,  autrement  la  soif  ne  cesse 
point,  quelque  rafraîchissement  que 
v ous  puissiez  donner  : c’est  pourquoy 
il  faut  recourir  et  aux  clysteres,  et 
aux  vomitifs,  et  aux  purgations,  si  la 
fleure  le  peut  permettre. 

Or  ce  qu’il  faut  en  premier  lieu 
obseruer  en  la  cure  de  la  soif,  c’est  le 
temps  qu’il  faut  donner  à boire  : qui 
n’est  pas  le  commencement  du  froid 


DES  FIEVRES. 


et  de  l’accès,  car  ce  serait  faire  comme 
les  forgerons  , qui  voulans  allumer 
leurs  fournaises  y iettent  de  l’eau  : 
mais  c'est  principalement  vers  le  de- 
clin  de  la  Géure,  auquel  temps  il  ne 
faut  pas  craindre  de  donner  à boire 
librement,  tant  à fin  d’esteindre  la 
chaleur,  que  pour  prouoquer  la  sueur 
quisuruient  pour  lors.  Cependant  en 
l’augmentation  de  l’accès,  on  taschera 
de  tromper  la  soif,  tantost  auec  des 
fueilles  de  pourpié  ou  d’ozeille  trem- 
pées en  eau  ou  vinaigre,  et  mises  sur 
la  langue,  tantost  auec  des  cerises 
seiches  et  aigrettes , pareillement 
trempées  dans  l’eau  : vne  autre  fois 
en  gargarisant  la  bouche  , soit  d’eau 
fraîche  auec  vn  peu  de  vin  ou  de  vi- 
naigre, soit  auec  vn  gargarisme  fait 
expresde  reglisse,  de  raisins  de  Damas, 
de  sebestes,  de  fleurs  de  nénuphar  et 
de  violettes,  d’orge,  auec  les  syrops 
violât  et  de  grenades.  Ce  n’est  pas 
toutesfois  que  durant  la  force  et  la 
vigueur  de  la  fiéure,  il  ne  faille  don- 
ner àboireau  fébricitant  : mais  il  faut 
modérer  la  quantité.  Qu’on  luy 
donne  à boire  de  la  ptisane  vulgaire 
faite  auec  reglisse,  ou  de  l’eau  battue 
auec  quelque  syrop,  comme  seroit 
l’aceteux  simple,  de  limons,  de 
agresta,  le  violât,  celuy  t’e  grenades, 
ou  le  polus  diuin  fait  de  ius  de  limons 
et  d’oranges,  de  sucre  et  d’eau. 

Il  y en  a qui  pour  tromper  la  soif 
préparent  ce  linclus  : ils  prennent, 

Deux  onces  de  conserue  de  roses  ou  de 
violletles  : 

Fleurs  decasse,  demie  once  : 

De  mucilage  de  semence  de  psyllium , 
deux  drachmes  : 

et  en  font  vn  linclus.  D’autres  pren- 
nent, 

Demie  once  de  mucilage  de  semence  de 
psillium  : 


»99 

Deux  drachmes  de  mucilage  de  semence 

de  coings  : 

Elect.  de  tragacanthe  vne  drachme  : 

Et  sucre  candi  suffisante  quantité, 
et  en  font  vn  linctus.  Quelques  vns  ai- 
ment mieux  faire  des  pillules  à mettre 
sous  la  langue,  faites  auec  semence 
deconcombreet  gomme  adragantdis- 
soute  auec  vn  blanc  d’œuf.  Mais  le 
plus  souuerain  remede  contre  toute 
sorte  de  soif,  est  le  sommeil,  lequel  de 
sa  propre  nature  esteint  la  soifet  cor- 
rige la  seicheresse  : s’il  ne  vient  donc 
de  luy  mesme,  il  faudra  le  prouoquer 
ou  par  lauemens  de  pieds  et  de  iambes, 
ou  par  frontaux , ou  par  iuleps  hyp- 
notiques, desquels  nous  auons  parlé 
au  chapitre  des  veilles.  On  peut  voir 
aussi  au  traité  des  fleures  ce  que  nous 
auons  dit  de  l’eau  froide,  et  quand  et 
à qui  il  la  conuient  donner  largement. 
Au  reste,  il  faut  obseruer  que  les  fe- 
bricitans  quelquesfois  ne  sont  point 
altérés , ou  à cause  qu’il  tombe  quel- 
que humeur  du  cerueau  dans  l’œso- 
phage et  dans  l’estomach  , ou  quand 
le  iugement  du  fébricitant  est  telle- 
ment peruerti  qu’il  ne  connoist  pas 
qu’il  a soif,  ou  en  fin  à cause  que  le 
sentiment  de  l’estomach  est  perdu: 
laquelle  cause  est  1res  pernicieuse  aux 
fiéures  ardentes. 


CHAPITRE  XVIII. 

DE  LA  LIPOTHYMIE  ET  SYNCOPE. 

Il  suruient  trois  symptômes  aux 
fiéures  qui  ont  grande  affinité  les  vns 
auec  les  autres , et  qui  ne  different 
presque  "que  du  |plus  ou  du  moins  : 
scauoir  le  mal  de  cœur, 'que  les  Grecs 
appellent  ftWi» , la  défaillance  qu’ils 
nomment  Xei«o Svptav  ou  , 


200 


LE  VINGTIEME  LIVRE  , 


et  l’esuanoüissement  qu’ils  appellent 
aVVXOîT  fV,  qui  est  le  plus  grand  de  tous, 
et  qui  estonne  grandement,  quand  il 
suruient,  le  malade  et  le  Médecin. 

La  cause  deresuanoüissement  (car 
de  l’explication  de  celuy-cy,  on  enten- 
dra facilement  la  nature  des  autres) 
c’est  tout  ce  qui  peut  altérer  les  esprits 
vitaux  , les  corrompre  et  les  dissiper, 
comme  sont  les  longues  veilles,  les 
douleurs  externes,  toutes  les  grandes 
et  subites  euacuations,  les  douleurs 
d’estomach  excitées  par  quelques  hu- 
meurs malignes  et  veneneuses,  les  va- 
peurs mauuaises  et  putrides  qui  sor- 
tent de  quelque  abcès  formé  aux 
parties  nobles  : bref  la  corruption  de 
quelque  partie. 

Pour  apporter  les  remedes  conue- 
nables,  il  faut  auoir  esgard  aux  cau- 
ses, pour  leur  opposer  remedes  con- 
traires si  faire  se  peut:  comme  aux 
veilles,  il  faut  ordonner  le  dormir  : 
aux  douleurs,  il  faut  les  anodins  : aux 
esprits  dissipés , il  faut  ce  qui  les  re- 
uoque  et  les  engendre  : aux  vapeurs 
malignes,  les  cardiaques:  à la  ca- 
cochymie, la  purgation.  Or  de  quel- 
que cause  que  puisse  estre  excitée  la 
syncope,  elle  fait  quitter  au  Médecin 
le  dessein  de  guérir  la  fléure,  pour  luy 
trouuer  des  remedes,  ù cause  que 
c’est  vn  mal  si  pressant  et  si  vrgent, 
que  si  l’on  laissoit  longuement  le  ma- 
lade en  défaillance,  il  y auroit  crainte 
qu’il  ne  mourust  subitement.  C’est 
pourquoy  dés  qu’on  apperçoit  la  syn- 
cope, il  faut  tascher  à reuoquer  les 
esprits  et  à faire  reuenir  le  malade 
en  luy  iettant  de  l’eau  froide  sur  le 
visage,  luy  mettant  les  mains  dans  de 
l’eau  fraische , luy  frappant  dans  les 
mains:  luy  frottant  le  nez,  les  tem 
pies , et  le  pouls  auec  bon  vinaigre  : 
lui  faisant  aualler  du  vin,  lequel  est 
vn  tres-souuerain  cardiaque.  Ceux 


qui  voudront  voir  Galien  , et  comme 
il  remédié  à ce  mal , qu’ils  lisent  le 
premier  liure  ad  Glauconem.  Pour 
moy  ie  n’en  veux  pas  dire  d’auantage  : 
d’autant  que  la  syncope  est  traitée 
tres-amplement  par  tous  les  prati- 
ciens qui  ont  escrit  des  maladies  en 
particulier. 


CHAPITRE  XIX. 

DES  SYMPTOMES  QVI  SVIVENT  L’AME- 

TRIE  DES  EXCREMENS  C ET  PREMIERE- 
MENT DV  FCVX  DE  VENTRE. 

Après  les  symptômes  de  l’action  lé- 
sée, viennent  ceux  qui  appartiennent 
à l’ametrie  des  excremens.  Entre  les- 
quels est  le  flux  de  ventre,  qui  est  vn 
accident  fort  commun  des  héures, 
quelquesfois  vtile  et  profitable,  quel- 
quesfois  tres-mauuais  et  pernicieux. 
Celuy  qui  est  tousiours  mauuais  est 
le  lienterique,  qui  vient  de  boire  trop, 
ou  de  quelque  malignité  qui  par  les 
héures  pestilentielles  et  malignes  dis- 
sout les  forces  de  l’estomach  et  des 
intestins 

A ce  flux  de  ventre  icy,  il  faut  tant 
qu’on  peut  fortifier  l’estomach  et  les 
intestins  , tant  par  les  remedes  inté- 
rieurs qu’exterieurs.  On  fait  des  pou- 
dres auec  les  choses  qui  astreignent 
et  fortihent,  comme  spodium,  san- 
taux , bol  armene,  sang  de  dragon, 
perles  préparées,  coraux,  et  autres. 
On  donne  des  opiates  auec  la  conserue 
de  roses,  le  mastich,  la  chair  de  coings, 
le  rhapontic,  les  mirabolans:  exté- 
rieurement on  fait  des  linimens  auec 
huiles  de  myrtilles,  de  mastich,  de 
coings  : on  applique  des  emplaslres  de 
mastich  et  de  colignac  à l’estomach: 
on  fait  des  sachets  et  fomentations  de 


201 


DES  FIÈVRES. 


choses  adstringentes  et  corroborati- 
ues.  Que  si  tout  cela  ne  profite,  on 
recourt  aux  choses  qui  prouoquent  le 
sommeil , lequel,  comme  dit  Hippo- 
crates au  liure  de  Viclu  in  a cuti  s , ar- 
reste  toutes  sortes  de  fluxions. 

L’autre  flux  de  ventre  qui  est  vtile 
est  humoral , ou  diarrhoïque,  par  le- 
quel les  mauuaises  humeurs  sont 
euacuées.  Mais  à fin  qu'il  soit  profita- 
ble, premièrement , il  faut  qu’il  sur- 
uienne  à la  fin  des  fiéures , lors  que 
les  humeurs  sont  cuites  et  domptées 
par  la  nature  : secondement,  il  faut 
qu’il  soit  modéré,  veu  que  toutes  cho- 
ses qui  sontsans  mesure  sont  ennemies 
de  la  Nature.  De  là  nous  apprenons 
qu’il  ne  faut  pas  tousiours  arrester  le 
cours  de  ventre  : car  ce  scroit  bien 
souuent  enfermer  le  loup  dans  la  ber- 
gerie, comme  l’on  dit.  En  outre  nous 
apprenons  que  le  cours  de  ventre  mo- 
déré nous  montre  le  dessein  de  la 
nature,  qui  est  de  chasser  hors  les  hu- 
meurs nuisibles.  C’est  pourquoy  il  ne 
faut  point  faire  de  difficulté,  lorsqu’on 
voit  tel  flux  de  ventre,  de  donner  quel- 
que doux  purgatif,  à fin  d’aider  à la 
nature,  qui  bien  souuent  ne  vuide 
que  le  plus  clair  : le  terrestre  ou  limon- 
neux  demeurant  au  corps,  qui  est  bien 
souuent  cause  de  recidiues.  C’est  pour- 
quoy il  est  bon  de  donner  les  purga- 
tifs qui  puissent  entraisner,  auec  ce 
qui  sort  volontairement,  les  humeurs 
plus  grossières  et  limonneuses.  Que  si 
le  flux  deuient  immodéré,  alors  il 
faudra  temperer  les  humeurs  chaudes 
auec  medicamens  rafraichissans,  for- 
tifier l’estomach  auec  des  corrobora- 
tifs , adoucir  les  boyaux  auec  quel- 
ques clysteres  detersifs  et  anodins  : 
purger  doucement  les  humeurs  auec 
le  catholicum  doublé  de  rheubarbe, 
ou  auec  la  rheubarbe  en  infusion,  ou 
bien  meslée  en  tablettes  ou  opiates. 


On  peut  pareillement  prouoquer  le 
sommeil,  qui  arreste  les  fluxions, 
comme  dit  est,  contempere  les  hu- 
meurs, et  fortifie  les  parties 
Il  y a deux  autres  sortes  de  flux  de 
ventre,  l’vn  qui  vient  de  l’imbécillité 
ou  corruption  des  parties  nobles,  qui 
est  tout  à fait  mortel  : et  l’autre  qui 
est  colliqualif , à cause  du  grand  feu 
qui  fond  la  substance  propre  du  corps, 
et  celuy-cy  n’est  gueres  moins  péril- 
leux.Toutesfoisil  fauttascherà  modé- 
rer ceste  grande  chaleur  par  toutes 
sortes  d’artifices,  ce  qui  réussit  quel- 
quesfois  assez  heureusement. 


CHAPITRE  XX. 

DE  LA  DVRETÉ  DV  VENTRE. 

Au  commencement  des  fiéures,  le 
ventre  deuient  paresseux,  à cause  du 
repos  que  l’on  prend  dans  le  lict,  et 
aussi  à cause  que  le  fébricitant  de- 
meurantlong-tempscouchésurle  dos, 
M s’eschauffe  le  ventre , qui  par  après 
endurcit  les  humeurs  qui  sont  con- 
tenues dans  les  intestins.  Car  la  cause 
ordinaire  de  la  dureté  du  ventre  vient 
de  la  chaleur , qui  desseiche  les  cx- 
cremens,  qui  poureslre  ainsi  espuisés 
de  toute  humidité  résistent  à la  vertu 
expultrice  des  intestins. 

En  cest  accident,  il  faut  recourir  aux 
clysteres  emolliens  et  refrigeratifs , et 
aux  suppositoires.  Il  faut  donner  quan- 
tité de  bouillons  au  veau,  et  assaison- 
nés de  bourrache,  buglosse,  cichorée, 
laiclue,  ozeille,  endiue,  sommités 
de  maulues,  au  fébricitant  : on  luy 
fera  vser  de  pommes  cuites,  et  de  pru" 
neaux  auec  leur  ius , en  attendant 
qu’on  le  puisse,  purger  auec  quelque 
bol  de  casse  et  autres  doux  purgatifs. 


202 


LE  VINGTIÈME  LIVRE, 


Il  y a vne  autre  eau  se  (le  la  dureté  du 
ventre , c’est  à sçauoir  l'estoupement 
et  obstruction  du  conduit  cholédoque 
qui  porte  la  bile  dans  les  intestins,  la- 
quelle sert  à irriter  la  vertu  expul- 
trice.  Quand  donc  labile  ne  coule  pas 
aux  intestins,  ladite  vertu  expullrice 
deuient  paresseuse, et  par  conséquent 
le  ventre  deuient  dur.  A ceste  cause 
icy  il  faut  des  remedes  particuliers, 
lesquels  nous  particulariserons  au 
chapitre  de  la  iaunisse. 


CHAPITRE  XXI. 

DE  LA  SVPPRESSION  d’VRINE. 

Des  trois  empeschemens  qu’il  y a à 
l’vrine,  sçauoir  de  la  dysurie,  quand 
on  a douleur  en  pissant,  de  lastrangu- 
rie,  quand  on  pisse  goutte  àgoulte,  et 
de  l’ischurie , quand  l’vrine  est  sup- 
primée et  arreslée,  la  derniere  est  la 
pire  , et  celle  aussi  qui  vient  plus  or- 
dinairement aux  febricitans.  Or  telle 
suppression  est  ou  critique,  ou  symp- 
tomatique. La  critique,  comme  en- 
seigne Galien,  vient  deuant  les  ri- 
gueurs, et  est  comme  vn  auant-cou- 
reur  d’vne  crise  qui  se  doit  faire  par 
les  sueurs  : les  sueurs  et  les  vrines 
ayans  vne  mesme  matière.  Pour  la 
symptomatique,  elle  arriue  ou  la  ves- 
sie estant  vuide,  ou  la  vessie  estant 
pleine. 

Quand  on  reconnoislen  la  suppres- 
sion de  l’vrine  que  la  vessie  est  pleine, 
s’il  n’y  a tres-grande  inflammation  au 
col  de  la  vessie,  il  n’y  a rien  de  plus 
prompt  pour  soulager  le  fébricitant 
que  la  sonde  creuse,  laquelle  si  tost 
qu’elle  est  introduite,  vuide  l’vrine 
qui  est  retenue  en  la  vessie.  Que  s’il 
y a inflammation  et  obstruction,  ou  à 


la  vessie,  ou  aux  vreteres,  ou  aux 
reins,  il  faut  recourir  aux  remedes 
particuliers  de  ces  maladies,  desquel- 
les tous  les  praticiens  ont  parlé  fort 
amplement:  c’est  pourquoy  il  faut 
auoir  recours  à leurs  liures. 


CHAPITRE  XXII. 

DV  FLVX  EXCESSIF  D’VRINE. 

La  Nature  cherche  quelquesfois  di- 
uerses  descharges  pour  guérir  les  ma- 
ladies, tantost  par  le  ventre,  par  les 
diarrhées,  tantost  par  les  sueurs,  tan- 
tost par  vn  flux  d’urines  que  les  Grecs 
appellent  perirrhée  : et  ce  flux  icy  est 
critique,  d’autant  qu’il  se  fait  par  le 
bénéfice  de  la  Nature  au  soulagement 
du  malade.  Quelquesfois  on  prouoque 
l’vrine  auec  des  medicamens  diuréti- 
ques si  puissamment,  qu’il  sort  vne 
grande  quantité  d’eaux  du  corps: 
mais  tel  flux  est  plustost  nuisible  que 
profitable,  d’autant  que  cela  vient  de 
la  malignité  de  tels  medicamens  , qui 
pour  eslre  grandement  chauds,  et  de 
parlies  ténues,  fondent  lo  sang  et  le 
font  tourner  en  eau  et  sérosité.  A 
cest  accident  icy,  il  faut  donner  les 
medicamens  rafraichissans  , qui  puis- 
sent pareillement  espaissir  et  incrasser 
le  sang,  et  arresler  les  fluxions, 
comme  sont  les  décoctions  deplantin , 
de  pou  rpié,  laictue,  bource  de  pasteur, 
ioubarbe,  auec  les  syrops  de  pauot  et 
de  p ou  rpié. 

Il  y a vn  autre  flux  d’vrine  excessif, 
que  l’on  appelle  diabètes,  lorsque  les 
febricitans  pissent  beaucoup  et  sou- 
uent,  et  rendent  leur  vrine  aqueuse 
et  ténue  si  test  qu’ils  ont  beu. La  cause 
de  ce  symptôme  est  triple,  sçauoir 
l’intemperie  chaude  et  seiche  des 


DES  FIEVRES. 


203 


reins,  l’humeur  bilieuse  acre  et  sallée 
dont  les  reins  sont  abbreuués  et  in- 
cessamment irrités,  et  quelque  venin 
pernicieux  On  obserue  qu’aux  fle- 
ures ardentes  le  diabètes  suruient  par 
la  colliquation  des  reins  et  dissolu- 
tion de  tout  le  corps,  ce  qui  fait 
qu’ordinairement  il  est  mortel.  Ces 
accidens  sont  de  telle  importance 
qu’ils  méritent  bien  qu’on  aille  fueil- 
leter  les  liures  des  bons  autheurs, 
pour  leur  trouuer  des  remedes  : c’est 
pourquoy  ie  n’en  diray  rien  autre 
chose.  Il  me  suffit  d’indiquer  ces 
symptômes,  comme  effets  pernicieux 
des  fiéures. 


CHAPITRE  XXIII. 

DES  SVEVRS  IMMODEREES. 

le  ne  m’estens  point  icy  sur  la 
différence  des  sueurs  et  leur  signifi- 
cation , veu  que  cela  appartient  à 
lasemiolique:  ie  m’arreste  seulement 
à la  sueur  immodérée  : laquelle,  soit 
qu'elle  vienne  par  voyc  de  crise  ou 
autrement,  précipité  le  malade  en  de 
grandes  foiblesses,  et  en  suite,  si  on 
n’y  remédié,  à la  mort. 

C’est  pourquoy  lors  qu’on  voit  telle 
sueur  immodérée,  il  faut  recourir 
aux  medicamens  qui  repercutent  et 
qui  bouchent  les  pores  du  cuir.  On 
fera  donc  des  fomentations  d’eau  de 
rose,  de  plantain,  de  morelle,  y ad- 
ioustant  la  sixième  partie  de  vinai- 
gre rosat  : ou  bien  on  fera  vne  décoc- 
tion dans  l’eau  des  mareschaux , de 
roses  rouges,  de  balaustes,de  noix 
de  cyprès,  d’escorce  de  grenade,  de 
morelle,  de  plantain,  de  ioubarbe, 
d’absinthe,  de  pentaphyllum,  de  cen- 
tinode , de  tapsus  barbatus  et  autres. 


On  aura  aussi  recours  à ces  medica- 
mens que  les  Grecs  appellent  diapas- 
mata  et  alispasmàta,  faits  de  poudres 
de  roses  rouges,  de  bol  armene,de 
terre  sigillée,  de  croye,  d’alun,  de 
plomb  bruslé , de  piastre  laué , les- 
quels on  seme  sur  le  corpsdu  malade, 
à fin  que  par  leur  vertu  emplastique 
ils  empeschent  la  sueur  de  sortir.  On 
donnera  aussi  cependant  au  malade 
des  iuleps  et  apozemes  adstringens 
et  incrassans  pour  le  mesme  effet , 
les  nourrissant  bien  au  reste  de  vian- 
des aisées  à cuire , mais  qui  ne  puis- 
sent nullement  eschauffer. 


CHAPITRE  XXIV. 

DV  FLVX  DE  SANG  IMMODERE. 

Encore  bien  qu’il  se  puisse  faire 
durant  les  fiéures  des  flux  de  sang  im- 
modérés , tant  par  les  veines  hemor- 
rhoïdales,que  par  celles  de  la  matrice 
aux  femmes  : bien  qu’il  suruienne 
des  dysenteries , et  que  quelquesfois 
on  pisse  le  sang  aux  fiéures  malignes, 
si  est-ce  qu’en  ce  chapitre  icy  nous 
ne  délibérons  parler  que  du  flux  de 
sang  qui  vient  par  le  nez,  estant  vn 
accident  assez  commun  presque  à 
toutes  les  fiéures,  principalement 
aux  synoques. 

Or  ce  flux  de  sang  est  ou  critique  ou 
symptomatique  : le  symptomatique 
doit  tousiours  estre  arresté , puisqu’il 
ne  fait  qu’affoiblir  le  malade  sans  di- 
minuer la  maladie.  Pour  le  critique, 
il  est  ou  petit,  ou  médiocre,  ou  exces- 
sif. Le  petit  ne  doit  point  estre  ar- 
resté : au  contraire  il  doit  estre  excité, 
si  faire  se  peut,  en  grattant  et  frot- 
tant le  nez,  et  en  y mettant  dedans 
quelque  paille  ou  quelque  plume,  à 


LE  VINGTIÈME  LIVRE, 


qo4 

fin  d’irriter  les  veines  et  les  ouurir. 
Au  médiocre,  il  ne  faut  rien  faire. 
L’excessif  et  immodéré , pour  em- 
pescher  qu’il  n’oste  les  forces  et  la 
vie  tout  ensemble,  doit  estre  promp- 
tement arrcslé  : veu  qu’il  prend  la 
qualité  et  la  condition  du  symptoma- 
tique. 

Il  faut  donc  en  premier  lieu  tirer 
vn  peu  de  sang  et  à diuerses  fois 
des  bras  pour  seruirde  reuulsion.En 
après  il  faut  se  seruir  de  remedes  ad- 
stringens  et  glutinatifs  pour  appliquer 
sur  le  front  et  sur  les  temples,  dé- 
layant auec  de  l’eau  rose  et  vinaigre 
et  vn  blanc  d’œuf,  du  piastre,  du 
poil  de  liéure  et  du  bol  armene  : on 
met  dans  les  narines  quelques  pond  res 
adstringentes,  ou  du  col  (on  trempé 
en  quelque  décoction  adstringente. 
On  met  alentour  du  malade  des  linges 
trempés  en  oxycrat  : mesme  si  le  flux 
est  grandement  excessif,  on  luy  en- 
ueloppe  tout  le  corps  en  pareils  lin- 
ges, on  en  met  pareillement  sur  la 
bource  des  testicules.  On  oste  le  ma- 
lade de  dessus  la  plume , et  le  met -on 
sur  la  paille.  On  luy  applique  des 
ventouses  sur  la  région  du  foye  : on 
lui  frotte  l’espine  et  les  lombes  de  ce- 
rat  de  Galien  rafraîchissant,  d’oxyrho- 
dinum,  ou  de  mucilage  de  semence  de 
psyllium  tirée  auec  l’eau  de  pourpié. 
On  luy  donne  à boire  de  l’oxycrat 
auec  le  bol  armene  et  la  terre  sigillée. 
On  luy  pend  au  col  du  coral  ronge 
et  du  iaspe , que  l’on  croit  auoir  la 
force  d’arrester  toutes  sortes  de  flux 
de  sang. 


CHAPITRE  XXV. 

DES  SYMPTOMES  DES  FIEVRES  OVI  AP- 
PARTIENNENT A LA  SIMPLE  AFFECTION 

DV  CORPS  : ET  PREMIEREMENT  DE  LA 

IAVNISSE. 

La  iaunisse  qui  apparoist  aux  fié- 
ures  aiguës  vient,  ou  de  l’inflammation 
et  scirrhe  du  foye,  ou  de  l’obstruc- 
tion du  conduit  cholidoque  , par  le- 
quel la  bile  a accoustunié  de  se  des- 
charger dans  les  boyaux  pour  les  irri- 
ter à l’excretion  des  excremens.  Lors 
donc  que  ce  conduit  et  passage  est  es- 
touppé,  la  bile  au  lieu  d’aller  aux 
intestins  se  porte  dans  les  grandes 
veines,  et  des  grandes  aux  petites,  et 
des  petites  dans  toute  la  superficie  et 
habitude  du  corps,  ce  qui  le  fait  pa- 
roislre  tout  iaune. 

Or  il  y a grande  difficulté  de  recon- 
noislresi  cest  accident,  quand  il  sur- 
uient  aux  fiéures  aiguës,  est  critique 
ou  symptomatique.  Hippocrates  a des 
exemples  si  contraires  entre  eux, 
qu’il  est  difficile  d’en  tirer  quelque 
reiglc  assurée.  Au  reste,  si  la  iaunisse 
vient  de  l'inflammation  du  foye,  elle 
n’a  point  d’autres  remedes  que  ceux 
que  l’on  fait  à l’inflammation.  Quand 
elle  vient  d’obstruction,  il  faut  se  ser- 
uir des  medicamens  qui  deslouppent 
et  qui  omirent , desquels  nous  avons 
rapporté  grand  nombre  cy-deuant.  On 
se  seruira  pareillement  de  purgations 
frequentes,  d’epithemes,  de  clysteres, 
iuleps,  apozemes , et  autres.  Le  corps 
ayant  esté  ainsi  préparé,  lors  qu’il  ne 
reste  plus  que  l’humeur  qui  est  es- 
parse  par  la  superficie  du  corps , on 
mettra  le  malade  dans  le  bain  d’eau 
tiede,  à fin  de  résoudre  le  tout , et  re- 
mettre le  corps  à sa  propre  couleur. 


DUS  FIEVRES. 


205 


CHAPITRE  XXVI. 

DE  LA  SEICHERESSE  , N01RCEVR,  ET  AV- 

TRES  ACCIDENS  DE  LA  LANGVE. 

D’autantque  la  langue  a sa  tunique 
commune  qui  l’enueloppe  auec  toute 
la  bouche,  l’œsophage  et  le  ventri- 
cule, et  qu’elle  a de  petites  veines 
par  lesquelles  elle  a communication 
auec  les  viscères,  il  ardue  de  là  que 
de  la  couleur  de  la  langue  nous  iu- 
geons  delà  disposition  des  entrailles, 
et  des  humeurs  qui  sont  contenues 
dans  les  veines.  Aussivoyons  nousdu- 
rant  les  liéures  que  la  langue  prend 
diuerses  qualités  et  affections,  selon 
la  condition,  violence,  et  malignité 
de  la  fiéure.  Cela  arriue  volontiers 
à la  langue,  pource  que  les  vapeurs 
qui  s’esleuent  de  bas  en  haut,  lors 
qu’elles  sont  paruenues  iusques  à la 
langue,  pour  ne  pouuoir  passer  outre 
et  pour  trouuer  la  langue  molle  et 
spongieuse,  elles  s’y  attachent  et  la 
rendent  telle  qu’elles  sont,  tantost 
aspre  et  rude,  tantost  noire,  tantost 
fendue , tantost  seiche,  et  ainsi  des 
autres.  Doncques  tous  ces  accidens 
icy  sont  produits  par  les  fumées  brus- 
lées  qui  s’esleuent  de  tout  le  corps, 
et  font  le  mesme  effet  que  les  fumées 
quis'esleuent  du  bois  qui  brusle,  les- 
quelles noircissent  la  cheminée,  et  y 
font  croistre  vne  suye  qui  la  couure 
comme  vne  grosse  crousle. 

Or  t'asprelé  de  la  langue  venant 
d’vne  grande  seicheresse  doit  eslre 
corrigée  par  les  remedes  qui  humec- 
tent, lenissent  et  adoucissent,  comme 
par  le  syrop  violât,  de  iuiubes,  de 
sucre  candi,  sucre  de  reglisse  tenu  en 
la  bouche.  A mesme  effet  on  préparé 
vu  gargarisme  de  décoction  d’orge, 


de  racine  et  semence  de  guimauues, 
de  semence  de  lin  , de  fueilles  de  laic- 
tue  et  de  pourpié,de  fleurs  de  violet- 
tes, auec  quelque  syrop  conuenable. 
Les  mesmes  mcdicamens  sont  bons  à 
la  noirceur  de  la  langue,  ensemble 
les  frictions  que  l’on  y fait  auec  vn 
linge  rude  ou  auec  vne  cuilliere  d’ar- 
gent, lauant  aussi  la  bouche  auec 
verjus,  vinaigre,  vin  blanc,  syrop 
aceteux,  mielrosat,  suc  de  limons, 
d’orange  et  autres. 

Quand  la  langue  est  fendue  et 
comme  découpée  en  diuers  lieux, 
pour  l’adoucir  on  préparé  le  mucila- 
ge de  semence  de  coings  et  de  psyl- 
lium : on  la  laue  auec  le  laict  clair,  ou 
mesme  auec  le  laict  : on  fait  vn  gar- 
garisme de  feuilles  de  laictue,  de  pour- 
pier, de  plantin , de  langue  de  chien , 
semence  de  coings  et  de  psyllium, 
auec  le  miel  rosat  ou  violât,  et  le 
syrop  violât.  Pour  les  ordures  qui 
s’attachent  à la  langue,  aux  dents 
et  au  palais  de  la  bouche,  on  les  gratte 
auec  vne  cuilliere  d’argent,  et  on  laue 
la  bouche  auec  les  mesmes  remedes 
cy  dessus  spécifiés. 


CHAPITRE  XXVII. 

DE  LA  FROIDEVR  DES  EXTREMITES 
DV  CORPS. 

Quand  les  frissons  et  les  horreurs 
des  fiéures  intermittentes  arriuent, 
ils  sont  quelquesfois  tellement  vio- 
lens,  qu’on  est  contraint  d’y  apporter 
quelques  remedes.  Le  plus  ordinaire 
est  d’cschauffer  bien  le  licl  des  febri- 
cilans,  les  enuelopper  de  bonnes  alai- 
ses chaudes,  mettre  des  linges  chauds 
sur  la  poitrine,  à l’entour  du  col,  sur 
le  ventre,  sur  les  genoux,  et  autres 


20G  LE  VINGTIEME  LIVRE 


parties.  Quelquesfois  on  leur  fait 
prendre  quelque  chose  par  la  bouche, 
comme  deux  doigts  d’eau  de  vie , 
d'eau  rose,  de  cannelle  et  de  sucre 
meslés  ensemble , et  infusés  par  l'es- 
pace de  vingt-quatre  heures  D’autres 
donnent  simplement  de  l’hippocras  ou 
du  vin  d’Espagne,  ou  de  la  theriaque 
dissoute  dans  de  bon  vin. 

Il  y a des  fiéures  continues  où  les 
malades  ont  presque  tousiours  les  ex- 
trémités froides  : à ceux  cy,  outre  les 
linges  chauds,  on  fait  des  douces 
frictions  aucc  linges  mollets,  on  frotte 
les  cuisses  et  les  iambes  auec  huiles 
d’amendes  douces,  de  chamomille,  de 
lis,  de  iasmin,àfin  de  rappeller  la 
chaleur.  On  met  dans  le  lict  des  bou- 
teilles d’eau  tiede  à l’entour  du  fébri- 
citant , on  lui  met  des  grés  chauds  aux 
pieds,  et  à l'entour  de  luy.  Quel- 
ques-vns  les  enueloppent  auec  des 
fourrures  bien  douces  et  mollettes, 
qui  peu  à peu  font  reuenir  la  cha- 
leur. 


CHAPITRE  XXVIII. 

DE  L’EXCESSIVE  CHALEVR. 

Ce  n’est  pas  la  moindre  incommo- 
dité des  febricilans  que  la  grande 
chaleur  et  ardeur  de  tout  le  corps  : 
c’est  vn  symptôme  qui  leur  apporte 
de  grandes  impatiences.  C’est  pour- 
quoy  il  faut  donner  au  malade  quel- 
que consolation.  Ce  qui  se  fera  pre- 
mièrement rafraîchissant  le  plus  qu’on 
pourra  l’air  de  la  cha mbre,  changeant 
le  fébricitant  de  lict  en  autre,  lui 
donnant  à boire  frais,  mettant  sur 
ses  mains  et  bras  des  fueilles  de  vigne 
rafraîchies  en  l’eau,  luy  donnant  à 
tenir  dans  les  mains  des  boules  de 


marbre  et  de  iaspe,  des  laictues  pom” 
mées,  des  citrons  trempés  en  l’eau, 
cl  autres  telles  choses.  On  luy  mettra 
sous  les  reins  vne  peau  de  marroquin, 
ou  vne  piece  de  camelot , ou  de  bou- 
gran,  mettant  en  son  lict  des  linceux 
neufs , et  vn  peu  rudes.  Quelques-vns 
trempent  des  linges  en  oxycrat,  dont 
on  enueloppe  les  parties  honteuses. 
Le  reste  gist  à donner  au  malade  des 
iuleps  et  apozemcs  que  nous  auons 
ordonnés  à la  soif. 


CHAPITRE  XXIX. 

DE  LA  TENSION  DES  I1YPOCIIONDRES. 

La  tension,  esleuation  et  meteo- 
risme  des  hypochondres  vient,  ou  de 
l'inflammation  des  entrailles,  ou  de 
quelques  humeurs  bouillantes  et  qui 
sont  comme  en  leuain,  lesquelles 
sont  contenues  à l’entour  des  viscères, 
ou  bien  de  quelques  flatuosités  qui 
sont  dans  l’abdomen.  A celle  qui 
vient  de  l’inflammation , il  faut  mes- 
mesremedesqu’à  l’inflammation.  Aux 
humeurs  boitillantes,  il  faut  donner 
quantité  de  lauemens  emolliens,  re- 
frigerans  et  laxatifs  ; il  faut  faire  vser 
de  iuleps  et  apozemes  refrigerans  et 
humectans.  Il  faut  faire  des  linimens 
et  fomentations  de  pareille  vertu  : at- 
tendant qu’on  puisse  auec  de  doux 
purgatifs  euacuer  lesdites  humeurs. 
Quand  le  météorisme  vient  des  vents 
et  flatuosités  enfermées,  on  recourt 
pareillement  aux  clysleres  detersifs , 
ou,  comme  l’on  dit , carminalifs.  On 
fait  des  fomentations  aussi  resoluti- 
ues  auec  fleurs  de  chamomille,  meli- 
lot,  sauge,  marjolaine,  maulues,  pa- 
ritoires  bouillies  en  eau  et  vin  : on 


DES  FIÈVRES. 


fait  sachets  auec  mesmes  herbes , ou 
auec  le  son , l’auoine  ou  millet  fri- 
cassé.  Bref  on  purge  le  corps,  à fin  de 
vuider  les  humeurs  crasses  et  pitui- 
teuses, d’où  se  forment  les  vents. 

Voila  tout  ce  que  nous  allions  à 
dire  touchant  les  symptômes  des  fle- 
ures, qui  seruira  grandement  à l’in- 
struction du  ieune  chirurgien  , que  ie 
prie  de  prendre  en  bonne  part,  comme 
n’ayant  esté  dressé  qu’à  sa  seule  oc- 


‘i  07 

casion , et  au  soulagement  des  mala- 
des. 

le  proteste  icy  que  ce  n’a  point 
esté  par  ambition  de  paroistre  docte 
ny  sçauant,  sçachant  tres-bien  que 
tout  ce  qu’il  y a de  bon  dans  tout  ce 
Traité  des  fleures  a este  compilé  par 
moy  des  bons  médecins,  ausquels, 
après  Dieu , ie  suis  tenu  de  ce  peu  de 
connoissance  que  i’ay  en  la  medecine 
et  en  la  chirurgie. 


LE  VINGT- VNIEME  LIVRE, 

TRAITANT 

DE  LA  MALADIE  ARTHRITIOVE, 

VV  LG  Al  REM  ENT  APPELÉE  GOVTE 


CHAPITRE  I. 

DESCRIPTION  DE  LA  MALADIE  ARTICV- 

LAIRE,  DITE  VV  LG  AI  R EM  ENT  GOVTE. 

Arthrilis,  ou  Goule,  esl  vne  mala- 
die qui  afflige  et  gasle  principalement 

1 Je  ne  connais  pas  d’édilion  séparée  de 
ce  livre,  qui  a paru  pour  la  première  fois 
dans  la  grande  édition  de  1575.  Il  formait 
alors  le  dix-septième  livre,  et  se  trouvait 
placé  entre  celui  des  Operations  et  celui  de 
laijrosse  Vcrolle,  place  qu'il  a toujours  con- 
servée, bien  qu’en  1585  il  ait  pris  le  titre  de 
dix-huitiesme  Liure.  Après  le  livre  des  Fiè- 
ures,  c’est  le  premier  dans  l’ordre  de  la  col- 
lection qui  soit  à peu  près  purement  médi- 
cal, et  je  n’ai  pas  vu  de  raisons  suffisantes 
pour  changer  cet  ordre.  Il  se  composait  en 
1575  de  25  chapitres;  on  en  compte  aujour- 
d’hui 29;  mais  cette  augmentation  est  plus 
apparente  que  réelle.  En  effet,  elle  résulte 
seulement  de  la  division  des  chapitres  2 et 
î)  chacun  en  deux,  et  du  chapitre  1 1 en  trois 
chapitres. 

J’ai  à ajouter  un  mot  louchant  l’orthogra- 
phe du  mot  (joute  : bien  que  dans  quelques 
endroits  des  livres  de  Paré  on  trouve  écrit 
goutte,  cependant  toutes  les  éditions  de  ce 
livre  n’y  mettant  qu’un  seul  t,  je  m’en  suis 
tenu  à celte  orthographe. 


la  substance  des  articles  d’vne  ma- 
tière virulente,  accompagnée  de  qua- 
tre humeurs  : et  pour  ceste  cause  est 
nommée  des  Grecs  Arlhrit is , et  des 
Latins,  Morbus  arlicularis  :et  ce  nom 
est  general  pour  toutes  les  iointures. 
Mais  le  vocable  de  Goule,  qui  est 
françois,  luy  peutauoir  esté  attribué 
par-ce  que  les  humeurs  distillent 
goûte  à goûte  sur  les  iointures  : ou 
pour-ce  que  quelquesfois  vne  seule 
goule  de  cest  humeur  fait  douleur 
tres-grande.  Et  peut  venir  à toutes 
les  iointures  du  corps,  et  selon  les 
lieux  où  la  fluxion  se  fait,  prend  di- 
uers  noms. 

Parquoy  nous  dirons  qu’elle  a au- 
tant d’especes  et  différences  qu’il  y a 
de  iointures.  Comme  si  la  fluxion  se 
fait  sur  la  iointure  des  mandibules, 
elle  pourra  estre  nommée  Siagona- 
gra,  par-ce  que  les  Grecs  appellent 
la  mandibule  Siagon.  Si  elle  vient  au 
col  , se  peut  appeller  Trachclagra , 
pour-cc  que  les  Grecs  nomment  le 
col  Trachelos.  Si  elle  vient  sur  l’es- 
pine  du  dos,  on  la  pourra  nommer 
Rachisagra , par-ce  que  les  Grecs 
nomment  l’espine  Rachis.  Aux  es- 


DES  GOVTES. 


paules,  Omagra , à cause  que  la  ioin- 
ture  de  l’espaule  el  du  bras  est  dite 
des  Grecs  Omos.  Aux  iointures  des 
clauicules,  Cleisagra , par-ce  que  la 
clauicule  est  appellée  en  grec  Clcis. 
Au  coude,  se  peut  nommer  Pechya- 
gra,  du  nom  grec  Pechys,  qui  signifie 
le  coude.  Si  elle  vient  aux  mains,  elle 
est  communément  appellée  Chiragra , 
à cause  du  nom  grec  Cheir,  qui  signi 
fie  la  main.  Et  à la  hancbo  Ischias , 
pour  ce  qu’elle  est  appellée  en  grec 
Ischion.  Au  genoüil,  Gonagra,  du  nom 
grec  Gong,  qui  signifie  le  genoüil.  Aux 
pieds  Podagra,  du  grec  Pous,  c'est  à 
dire,  le  pied. 

Lors  qu’il  y a trop  grande  quantité 
d’humeur,  et  que  le  malade  vit  en  oi  i- 
ueté,  quelquesfois  le  mal  occupe  tou 
tes  les  iointures  vniuersellement  L 

Aucuns  l’appellent  descente,  rheume , 
ou  catarrc , par-ce  que  le  nom  de 
goûte  est  odieux,  principalement  aux 
ieunes  gens.  Autres  le  nomment  goûte 
naturelle  , à la  différence  des  goules 
de  la  grosse  verole. 


CHAPITRE  11. 

DES  C AV SES  OCCVLTES  DES  GOVTES. 

L’humeur  qui  cause  les  goûtes  ne 
se  peut  bien  expliquer,  non  plus  que 
celuy  qui  lait  la  peste,  ou  qui  est  cause 
de  la  verole  ou  de  l’epilepsie  : el  est 
totalement  d’autre  nature  que  celuy 
qui  fait  vn  phlegmon  , ou  vn  œdemo, 
ou  erysipele,  ou  scirrhe  : et  iamais 
ne  se  suppure  (comme  dit  Aëce,  cha- 
pitre 12.du  12.1iure2)  comme  font  les 

1 Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1575;  le 
reste  est  de  15S5. 

! Cette  citation  a été  ajoutée  en  1579. 

III. 


209 

autres  humeurs  : ioint  aussi  que  les 
iointures  qui  en  sont  affligées  sont 
desnuées  de  chair,  et  de  température 
froide  el  seiche  : et  lors  que  lesdits 
humeurs  delïuent  en  quelque^parlie 
iusques  à s’aposlumer,  ne  causent 
telles  douleurs  que  celuy  qui  fait  la 
goûte,  ny  mesme  vn  chancre  aposlu- 
meux.  Outre  plus,  lesdits  humeurs  ne 
font  des  nœuds  aux  iointures  comme 
fait  celuy  qui  cause  la  goûte  , lequel 
laisse  vue  matière  gypsée  incurable, 
ainsi  que  nous  déclarerons  cy  après. 

Sur  ce  faut  noter,  que  cest  humeur 
Huant  ne  fait  pas  nuisance  par  la  voye 
où  il  passe  (non  plus  que  celuy  qui 
cause  l’epilepsie,  montant  des  par- 
ties inferieures  iusqu’au  cerueau  sans 
leur  faire  aucune  nuisance),  mais  su- 
bit qu’il  est  tombé  aux  iointures , 
cause  exlremes  douleurs,  et  autres 
diuers  accidens.  en  eschauffant  ou 
refroidissant.  Car  on  voit  aucuns 
malades  qui  se  disent  brusler,  et  ne 
leur  peut-on  appliquer  remedes  assez 
froids:  autres  disent  sentir  vne  froi- 
dure glacée,  lesquels  on  ne  peut 
assez  aussi  eschauffer  : et  mesme- 
ment  en  vn  mesme  corps  se  voit  que 
la  partie  dexlre  est  intemperée  de 
chaleur,  et  la  senestre  de  froidure. 
Aussi  on  voit  des  gouteux,  lesquels 
ont  la  goûte  chaude  au  genoüil,  et 
au  mesme  pied  froide  : ou  aux  pieds 
chaude,  el  au  genoüil  froide.  le  dira  y 
plus  : on  voit  soutient  vne  Ires-grande 
chaleur  estre  vn  iour  en  vne  partie, 
el  l’autre  vne  froideur:  et  parlant  en 
vn  mesme  membre  faut  vser  de  re- 
mèdes contraires.  Et  quelquesfois 
ceste  matière  virulente  eslsiperuerse 
et  maligne,  qu’elle  répugné  , et  ne 
cede  à nuis  remedes  : et  disent  les 
malades  sentir  plus  de  mal  y appli- 
quant quelque  chose,  que  lors  qu’ils 
n’y  font  rien.  Et  bon  gré  mal  gré  de 


LE  VINGT- VN1EME  LIVRE 


toutes  choses  faites  par  raison  et  mé- 
thode, ceste  matière  a son  période  et 
paroxysme  : qui  demonslre  aperle- 
ment  la  mesconnoissance  et  malice 
de  la  cause. 

Pareillement  on  voit  que  lesgoutes 
ne  se  peuuent  iamais  parfaitement 
guarir  (principalement  celles  qui  sont 
héréditaires)  quelque  diligence  qu’on 
y puisse  faire  : dont  cela  est  venu  en 
prouerbe,  mesmes  aux  poëtes  latins, 
entre  lesquels  Horace  dit  : 

Qui  cupil,  aut  meluil , iaual  ilium  sic  domus  , 

uni  res, 

Vt  lippum  pictw  labulœ,  fomenla  podagram. 

Voulant  dire,  que  les  medicamens 
et  fomentations  donnent  autant  d’al- 
legemens  aux  podagres,  que  font 
les  richesses  à ccluy  qui  est  vexé 
d’auarice  infatigable,  désirant  tous- 
iours  d’amasser  : ou  comme  les  pein- 
tures et  tableaux  donnent  récréation 
à vn  homme  qui  a mal  aux  yeux.  Sur 
quoy  aussi  Guide  dit: 

Soluere  tiodosam  nescil  medicina  podagram  : 

Qui  signifie  que  la  medecine  ne 
peut  guarir  la  goule  des  pieds  estant 
noueuse  *.  Doncenceonnedoitaccu- 
ser  les  Médecins  et  Chirurgiens,  ny 
aussi  les  Apoticaires  et  leurs  drogues. 
Cari’ose  affermer,  qu’aux  goutesilya 
vn  certain  virus  inconneu  et  indici- 
ble : ce  qu’Auicenne  semble  confes- 
ser , liure  troisième , feu.  22.  traité  2. 
chapitre  5.  et  7.  quand  il  dit  qu’il  y a 
vne  espece  de  goule  qui  est  d'vue 
matière  si  aiguë  et  maligne,  que  si 
elle  vient  à s’esmouuoir  par  quelque 
courroux  d’esprit,  elle  cause  vne 
mort  subite.  Aussi  Galien  au  liure  de 

1 L’édition  de  1575  ajoutait:  si  ce  n'est 
pour  pallier.  Ceci  a été  effacé  en  1579. 


Theriaca  ad  Pisonem,  chap.  15.  dit 
que  le  theriaque  profile  aux  poda- 
gres, et  à toutes  maladies  articulai- 
res, parce-qu’il  obtond,  consomme  et 
seiche  la  matière  virulente  des  goû- 
tes. D’auantage,  Gourdon  au  chapi- 
tre des  goules,  semble  auoir  entendu 
qu’en  icelles  y a quelque  vénénosité, 
quand  il  dit  qu’en  telle  maladie  l’v- 
sage  du  theriaque  est  fort  à louer , et 
principalement  après  que  le  corps  est 
mondifié  et  purgé.  Or  pour  le  dire  en 
vn  mot,  les  goûtes  participent  de 
quelque  matière  virulente,  tres-sub- 
lile  et  veneneuse , non  toulcsfois con- 
tagieuse, laquellepechcplusen  qua- 
lité qu’en  quantité  : qui  cause  vne 
douleur  extreme  en  la  partie  où  elle 
tombe , et  est  cause  d’y  faire  fluer  les 
humeurs , principalement  ceux  qui 
sont  aptes  et  préparés  à descendre  : 
et  non  seulement  les  humeurs,  mais 
aussi  les  esprits  flalueux  : ainsi  qu’on 
voit  ésmorsureset  piqueuresdebestes 
venimeuses,  comme  des  mousches  à 
miel,  freslons , et  autres , qui  par  leur 
venin  causent  douleur  aiguë,  auec 
chaleur,  enfleure  et  vessies:  qui  se  fait 
par  l’ebullition  des  humeurs  causée 
par  le  venin.  Le  virus  arthritique 
fait  pareils  accidcns,  lesquels  ne  ces- 
sent iusques  a ce  qu’il  soit  resoull  et 
consommé,  soit  par  Nature,  ou  par 
medicamens,  ou  par  les  deux  en- 
semble. 

Or  il  faut  icy  entendre  que  les  ac- 
cidens  des  morsures  et  piqueures 
des  besles  venimeuses  ne  viennent 
pas  seulement  pour  la  solution  de 
continuité  : car  on  voit  souuenl  les 
cousluriers,  et  autres  artisans,  se  pi- 
quer profondément  de  leurs  aiguilles 
aux  extrémités  des  doigts,  mesmes 
entre  l’ongle  et  la  chair  : neanlmoins 
ne  sentent  pareille  douleur , et  n’y 
voit -on  suruenir  le  plus  souuent 


DES  GOVTES. 


211 


aucun  mauuais  accident.  Parquoy  ie 
conclus  que  les  accidens  prouenans  à 
cause  de  la  morsure  d’vne  vipere , ou 
piqueure  d’vn  scorpion , ieltant  vne 
bien  petite  quantité  de  venin  , et  qui 
est  cause  en  peu  de  temps  de  faire 
vne  intemperature  à la  partie  et 
grande  mutation  au  corps , se  doiuent 
attribuer  non  à la  playe,  mais  à la 
qualité  du  venin  principalement. 
Aussi  la  cause  de  la  douleur  et  des 
autres  acci  iens  qui  aduiennent  aux 
goules,  est  vne  virulence  et  véné- 
nosité, laquelle  (comme  nous  auons 
dit  jpeclie  plus  en  qualité  qu’en  quan- 
tité : ce  qu’on  connoist  en  ce  qu’au- 
cuns ont  des  douleurs  aux  iointures 
sans  aucune  apparence  de  defluxion 
d'humeurs,  mais  par  vne  seule  in- 
temperature indicible  : laquelle  chose 
peut  eslreencores  illustrée  et  enten- 
due par  cesle  histoire. 


CHAPITRE  III. 

HISTOIRES  MEMORABLES1. 

Le  Roy  estant  à Bordeaux,  ie  fus  ap 
pelé  auec  messieurs  Chapelain,  Con- 
seiller cl  premier  Médecin  du  Roy, 
Caslellan , Conseiller  et  Médecin  du 
Roy,  et  premier  de  la  Royne,  auec 
monsieur  rie  la  Tasle,  Médecin  de- 
meurant à Bordeaux , et  maistre  Ni- 
cole Lambert,  Chirurgien  ordinaire 
du  Roy , pour  visiter  et  donner  con- 
seil à vne  damoiselle,  aagée  de  qua- 
rante ans  ou  enuiron , malade  d’une 
tumeur  de  la  grosseur  d’vn  petit 
pois,  située  au  dessous  de  la  ioin- 

1 Ce  chapitre  existait  déjà  en  1575,  mais 
confondu  avec  le  précédent;  il  en  a été  sé- 
paré en  1579. 


ture  de  la  hanche  senestre,  partie  ex- 
terne : et  sur  ladite  tumeur  et  par- 
ties voisines,  sentoit  par  inlerualle  de 
temps  vne  extrême  douleur,  comme 
ie  declareray  cy  après  : et  pour  l’ap- 
paiser'on  auoitcherché  tous  moyens, 
appellant  pour  ce  faire  plusieurs  Mé- 
decins et  Chirurgiens , voire  mesme 
des  sorciers  et  sorcières  : tous  lesquels 
ne  luy  sceurent  donner  aucun  allé- 
gement de  sa  douleur.  Or  ayans  tous 
entendu  ceste  histoire,  ie  desirayfort 
sçauoir  quels  accidens  suiuoient  en 
l’accès  de  sa  douleur  : dont  ie  m’en  al- 
lay  au  logis  de  ladite  damoiselle,  ac- 
compagné dudit  de  la  Tasle:  où  bien 
tosl  après  estans  arriués,  sa  douleur 
luy  print:  et  alors  elle  commença  à 
crier,  se  iettant  çà  et  là,  faisant  des 
mouuemensincroyables.  Car  elle  met- 
toit  sa  teste  entre  ses  iambes,  et  les 
pieds  surles  espaules,  auec  plusieurs 
autres  mouuemens  merueilleux.  Cest 
accès  luy  dura  prés  d’vn  quart  d’heure: 
pendant  lequel  ie  m’efforçay  à pren- 
dre garde  s’il  suruenoit  tumeur,  ou 
quelque  inflammation  au  lieu  de  la 
douleur  : maisie  puis  acertener  qu’il 
n'en  y auoit  aucune,  ny  au  sens  du 
tact,  ny  de  laveuë.  Vray  est  que  lors 
quei’y  touchois,  elle  crioit  d’auan- 
tage.  L’accès  passé,  elle  demeuroit 
en  vne  grande  chaleur  et  sueur  vni- 
uerselle,  et  lassitude  de  tous  ses  mem- 
bres, ne  se  pouuant  aucunement  re- 
muer. Or  après  auoirveu  telle  chose, 
ie  demeuray  grandementesmerueillé, 
comme  aussi  ledit  de  la  Taste  : au- 
quel ie  demanday  ce  qui  luy  en  sem- 
bîoit  : il  me  fit  responsc,  qu’il estimoit 
que  c’estoit  vn  démon  qui  tourmen- 
toit  ceste  panure  créature.  En  quoy 
ie  ne  luy  voulus  contredire  pour 
l’heure,  attendu  que  iamais  n’auois 
veu  ny  ouy  parler  de  tel  accident. 
Car  si  c’eust  esté  vne  maladie  epilep- 


2 1 2 


LE  VINGT-VNIEJVIE  LIVRE, 


tique,  il  se  fust  ensuiui  perdition  de 
tous  les  sens,  auec  conuulsion  : mais 
ceste  demoiselle  ratiocinoit  bien,  et 
parloit  cncores  mieux.  Après  qu’eus- 
mes  fait  rapport  de  ce  spectacle  à 
messieurs  Chapelain  et  Castellan  , 
ils  furent  grandement  estonnés  : et 
fut  conclu  de  nous  tous  (attendu 
qu’on  auoil  procédé  auparauant  par 
plusieurs  moyens  , lesquels  ne  luy 
auoient  aucunement  osté  sa  douleur) 
qu’on  luy  appliqueroit  sur  la  tumeur 
vn  cautere  potentiel,  lequel  i’appli- 
quay  : et  l’escarre  cheu te,  tomba  vne 
sanie  virulente  de  couleur  fort  noire  : 
et  fut  veuë  depuis  n’auoir  aucune 
douleur. 

Parquoy  ie  veux  conclure  par  ceste 
histoire,  que  la  cause  de  sa  douleur 
esloit  vn  virus  venimeux  , lequel 
pechoit  plus  en  qualité  qu’en  quan- 
tité, qui  eut  issue  par  le  moyen  de 
l’ouuerlure  faite  parle  cautere. 

Vn  semblable  fait  est  aduenu  à la 
femme  du  cocher  de  la  Roy  ne,  de- 
meurant à Amboise,  au  milieu  du 
bras  droit,  ayant  par  certains  iours 
semblables  douleurs  que  la  susdite 
damoiselle  : laquelle  nous  vint  trou- 
uer,  messieurs  Chapelain,  Castellan 
et  moy,  à Orléans,  nous  suppliant  que 
nous  eussions  à luy  vouloir  donner 
secours  à sa  douleur  *,  qui  estoit  si 
vehemente  qu’elle  se  vouloit  ietler 
parles  l'en  es  1res , ayant  pour  ceste 
occasion  garde  auec  elle.  Nous  con- 
clusmes  qu’on  luy  appliqueroit  vn 
cautere  potentiel  surlapartiemesme, 
ainsi  qu’auions  fait  à la  susdite  da- 
moiselle, ce  que  ie  fis  : et  l’ouuerture 
faite,  sa  douleur  cessa,  et  l’a  depuis 
du  tout  perdue. 

> La  phrase  s’arrêtait  là  en  1575;  le  reste 
a été  ajouté  en  1579. 


Or  pour  retourner  à nostre  propos, 
le  vice  des  humeurs  n’est  pas  seule- 
ment cause  des  goules,  par  ce  que  le 
mal  ne  seroit  pas  seulement  auxioin- 
t tires , mais  aussi  aux  parties  muscu- 
leuses : et  ne  causeroit  telles  dou- 
leurs, comme  i’ay  dit.  Aussi  on  peut 
dire  à la  vérité  que  le  mal  ne  vient 
pas  de  l’imbécillité  des  iointures 
(comme  plusieurs  estiment)  laquelle 
seule  aussi  ne  peut  causer  telles  dou- 
leurs. Car  s’il  estoit  ainsi , les  douleurs 
ne  cesseroient  iamais  pendant  que 
l’homme  vit , d’autant  que  l’imbecil- 
lilé  est  tousiours  aux  articles  : ains 
les  deux  ensemble,  c’est  à sçauoir,  la 
redondance  vicieuse  de  l’humeur  , et 
l’imbécillité  des  articles. 

Que  diray-ie  plus  pour  demonstrer 
l’incertitude  de  la  cause  des  goûtes? 
C’est  qu’elles  sont  comme  vne  rente 
constituée:  pource  qu’elles  reuiennent 
tous  les  ans  à certains  termes,  prim  ipa- 
Ietnenlen  automne  et  au  printemps1, 
quelque  diligence  que  l’on  y sçache 
faire  : de  quoy  l'experience  fait  foy.  Et 
qui  plus  est,  celles  mesmement  qui 
viennent  de  naissance,  c’est  à dire, 
par  héritage  du  pere  et  de  la  mere, 
ne  peu  tient  iamais  guarir  vrayement, 
comme  i’ay  dit  : ains  seulement  re- 
çoiuent  curepalliatiue.  Et  pour  y pro- 
céder , les  Médecins  et  Chirurgiens 
doiuent  auoir  bon  pied  , bon  œil , et 
qu'ils  soient  munis  de  bon  jugement, 
cl  de  plusieurs  cl  diuers  remedes  , 
à tin  qu’on  en  puisse  choisir  selon 
qu’on  verra  les  accidens  aduenir , 
pour  seder  les  douleurs  tant  chaudes 
que  froides,  ou  mislionnées  ensem- 
ble , tant  qu’il  sera  possible. 

1 Selon  Hippocrates  Aph.  55.  li.  6.  — A.  P. 
Cette  citation  (laie  seulement  de  l’édition 
posthume  de  1598. 


DES  GOVTES. 


2l3 


CHAPITRE  IV. 

DES  CAVSES  A CQ  VISES  ET  MANIFESTES 
DES  GOVTES. 

Combien  que  nous  ayons  demonslré 
la  cause  des  goûtes  estre  inconneuë, 
toutesfois  communément  on  luy  assi- 
gne des  causes  dont  le  Médecin  peut 
donner  quelques  raisons.  Or  tout  ainsi 
qu’il  y a trois  causesaux  autres  mala- 
dies, à sçauoir,  primiliue,  anlecedente 
et  coniointe,  aussi  y a-il  aux  goûtes. 

Quant  à la  primiliue,  elle  est  dou- 
ble : l’vne  vient  de  la  première  géné- 
ration, comme  celuy  qui  aura  esté 
procréé  de  pere  et  mere  goûteux  : 
principalement  quand  la  matière  vi 
rulente  est  en  rut,  c’est  à dire  en 
mouuement , et  que  l’homme  se  ioinl 
auec  sa  compagne , et  qu’il  engendre, 
il  est  bien  difficile  que  les  enfans  ne 
soient  gouteux , à cause  que  ceste ma- 
tière virulente  se  mesle  auec  la  se- 
mence : d’autant  que  la  matière  de  la 
semence  vient  de  tout  le  corps  , 
comme  monstre  Aristote  au  liure  De 
generatione animalium 1 : pareillement 
Hippocrates  au  liure  de  l'air,  des  ré- 
gions et  des  eaux.  L’autre  prouient 
par  intemperature,  tant  de  la  maniéré 
de  viure  que  de  trop  frequent  exercice, 
de  l’acte  venerien , et  autres  choses 
que  déclarerons  cy  après. 

Celle  qui  prouient  des  parens  gou- 
teux peut  estre  appellée  maladie  hé- 
réditaire, pour-ce  qu’elle  vient  de 
pere  en  fils  : ce  que  toutesfois  n’ad- 
uient  pas  tousiours, comme  l’experien- 
ce  le  monstre.  Car  on  voit  plusieurs 
estre  vexés  des  goûtes,  desquels  les 
pere  et  mere  iamais  n’en  auoienl  esté 

1 Au  I . liure,  chnp.  17.  — A.  P. 


malades  : et  d’autres  n’en  estre  aucu- 
nement affligés, et  toutesfois  leurs  pere 
et  mere  en  estoient  grandement  tour- 
mentés : laquelle  chose  se  fait  par  la 
bonté  de  la  semence  de  la  femme,  et 
par  la  bonne  température  de  la  ma- 
trice d’icelle  , corrigeant  l’intenipera- 
ture  de  la  semence  virile:  tout  ainsi 
que  celle  de  l’homme  peut  corriger 
celle  de  la  femme:  comme  on  voit 
souuent  par  expérience  des  enfans 
n’estre  point  gouteux,  lepreux  , tei- 
gneux, epileptiques , encore  que  leurs 
pere  ou  mere  fussent  suiets  à telles 
maladies.  Laquelle  correction  si  elle 
defaut  au  pere  ou  à la  mere , les  en- 
fans ne  peuuent  eschapper  qu’ils  ne 
soient  suiets  ausdites  maladies  : les- 
quelles ne  se  peuuent  parfaitement 
curer , quelque  diligence  qu'on  y 
puisse  faire.  Parquov  on  ne  doit 
(comme  nous  auons  dit)  calomnier 
la  Medecine  ny  la  Chirurgie , ny 
moins  les  drogues  de  l’Apoticaire  : 
pour-ce  que  la  semence  suit  la  com- 
plexion  et  tempérament  de  celuy  qui 
engendre  : en  sorte  qu’vu  homme  et 
vne  femme  bien  tempérés  produiront 
vne  semence  bien  complexionnée  : au 
contraire,  s’ils  sont  in  tempérés,  pro- 
duiront vnesemence  mal  complexion- 
née, et  non  propre  pour  engendrer 
vn  enfant  bien  complexionné,  comme 
le  dit  Auicenne  >.  Parquoy  celuy  qui 
sera  gouteux,  s’il  fait  vn  enfant,  à 
grande  peine  pourra-il  euader  qu’il 
ne  soit  gouteux , si  ce  n’est  par  la 
rectification  de  la  semence  de  la  mere 
ou  du  pere  , ainsi  qu’auons  déclaré. 

La  seconde  cause  vient  des  super- 
fluités de  nostre  corps , qui  s’altèrent 
et  se  conuer lissent  en  cest  humeur 
virulent.  Or  ces  superfluités  produites 

1 Auicenne  liu.  3.  feu.  22.  traité  2.  clwp,  5. 
— A.  P.  Cette  citation  est  de  1579. 


LE  VINGT-VNI^ME  LIVRE  , 


Ql4 

par  vne  grande  plénitude  ou  obstruc- 
tion des  vaisseaux  ( qui  se  fait  prin- 
cipalement par  la  mauuaise  maniéré 
de  viure,  et  pour  auoir  crapule  et 
beu  des  vins  forts)  font  esleuer  au 
cerueau  plusieurs  vapeurs , qui  rem- 
plissent la  teste  : puis  les  membranes, 
nerfs  et  tendons  en  sont  rendus  laxes 
et  imbecilles,  et  par  conséquent  les 
jointures.  Aussi  cela  aduient  pour 
auoir  mangé  plusieurs  et  diuerses 
viandes  à chacun  repas  , en  trop 
grande  quantité  : lesquelles  engen- 
drent vne  cacochymie.  Aussi  dormir 
tost  après  le  repas  et  longuement , et 
prendre  peu  d’exercice,  telles  choses 
corrompent  la  faculté  digestiue.  Car 
lors  qu’elle  defaut,  s’ensuiuent  cru- 
dités, obstructions  et  sérosités,  qui 
tombent  sur  les  iointui’es  : lesquelles, 
sur  toutes  auti’es  parties,  sont  debiles 
naturellement , ou  par  accident  : na- 
tuiellement,  comme  en  ceux  qui  les 
ont  dés  leur  première  génération 
laxes  et  foibles  : par  accident,  comme 
en  ceux  qui  ont  beaucoup  cheminé  à 
pied , ou  se  sont  tenus  debout , ou 
ont  enduré  le  froid  : poui'-ce  que  par 
la  longue  intemperature , les  jointu- 
res sont  rendues  imbecilles.  Aussi 
cela  peut  aduenir  par  cheule,  ou 
coups , ou  pour  auoir  esté  estendu 
sur  la  gesne , ou  auoir  enduré  l’astra- 
pade  : pareillement  à ceux  qui  sont 
excessifs  au  coït,  et  principalement 
tost  après  le  repas,  d’autant  que  tout 
le  corps  est  réfrigéré  : par-ce  que  la 
chaleur  naturelle  s’amoindrit , pour 
la  grande  quantité  d’esprits  qui  sont 
iettés  au  coït,  et  que  la  faculté  diges- 
tiue en  est  affoiblie 1 : et  partant  s’en- 
suiuent crudités  sereuses  qui  de- 
fluent  sur  les  iointures , à cause  des- 


quelles , et  aussi  de  ladite  réfrigéra- 
tion , lesdites  iointures  sont  débilitées, 
qui  est  cause  des  goules.  Or  veu  que 
ladite  faculté  digestiue  defaut  aux 
vieilles  gens,  il  ne  se  faut  csmerueil- 
ler  s’ils  sont  gouteux. 

Outre-plus,  les  euacuations  accous- 
tumées  retenues  , comme  le  vomisse- 
ment, flux  menstruel,  hemorrhoïdal, 
flux  de  ventre  et  autres,  souuent  sont 
cause  de  la  goûte  : partant  les  fem- 
mes ne  sont  suiettcs  aux  goules  pen- 
dant qu’elles  ont  leur  flux,  mais  bien 
après  l’auoir  perdu.  Ce  que  dit  Hip- 
pocrates 1 : par-ce  que  les  superflui- 
tés sont  retenues,  lesquelles  auoient 
accouslumé  de  se  purger.  D’auan- 
tage  , ceux  à qui  vieilles  vlceres  ou 
fistules  auront  coulé  par  longues 
années,  et  puis  sont  closes  et  con- 
solidées , s’ils  ne  tiennent  après  bon 
régime,  et  ne  se  purgent  par  fois, 
sont  en  danger  d’estre  gouteux  : 
comme  au  contraire  , les  vai'ices  des 
cuisses  et  iambes,  et  les  bemorrhoïdes, 
flux  dysentérique  et  vieilles  vlceres, 
empeschent  la  génération  des  goûtes. 
Plus , ceux  qui  releuent  de  quelque 
grande  maladie,  lesquels  n’ont  point 
bien  esté  purgés  par  medecine,  ou 
par  Nature,  souuent  deuiennent  goû- 
teux. Ceux  qui  ont  le  cerueau  fort 
froid  et  humide,  sont  pareillement 
suiets  aux  goûtes. 

Or  pour  conclure  en  peu  de  paro- 
les, les  causes  manifestes  de  ceste 
maladie  sont,  mauuaise  maniéré  de 
viure , qui  engendre  crudités  et  séro- 
sités: le  coït  superflu  , cheminer  trop 
hasliuement  ou  plus  longuement  que 
Nature  ne  le  peut  porter,  demeu- 
rer trop  longuement  debout,  équita- 
tions de  trop  longue  durée,  euacua- 


1 Galienaid.tiü.De  semine.  — A.  P. 


1 Apho.  29.  liure  6.  — A.  P. 


DES  GOVTES. 


Ql5 


tions  accoustumées  retenues , le  vice 
des  parens , lequel  les  enfans  sont 
contraints  de  sentir,  quasi  par  droit 
héréditaire. 

Quant  aux  causes  internes,  entre 
les  principales  sont , redondance  des 
humeurs  crus,  et  l’amplitude  des  vais- 
seaux : la  force  des  principales  parties 
mandantes,  et  l’imbécillité  des  rece- 
uantes,  àuec  laxe  capacité  des  con- 
duits et  inanités  d’icelles,  et  la  situa- 
tion inferieure  de  la  partie  affligée  l. 

Or  le  ieune  Chirurgien  doit  sça- 
uoir  qu’il  y a quatre  facultés  natu- 
relles, par  lesquelles  les  plantes  et 
animaux  se  gouuernent.  La  première 
est  qui  attire  l’aliment  : la  seconde , 
qui  le  retient  : la  tierce , qui  le  chan- 
ge et  digéré  : la  quarte,  qui  reiette  le 
superflu,  par-ce  qu’il peche  en  quan- 
tité ou  en  qualité,  ou  tous  les  deux 
ensemble  : aussi  le  virus  et  les  hu- 
meurs sont  ietlés  par  la  vertu  expul- 
trice  aux  iointures.  Quant  à ce  que 
ledit  humeur  s’arreste  plustost  aux 
iointures  qu’aux  parties  musculeuses, 
cela  se  fait  pour-ce  que  les  iointures 
sont  exangues  et  froides,  c’est  à dire 
auec  vn  peu  de  sang,  et  de  substance 
dense  et  serrée , et  que  les  parties  qui 
sont  entre  icelles  sont  charneuses, 
laxes  et  molles,  et  la  grande  astric- 
tion  du  cuir  (qui  est  ordinairement 
aux  vieux  pour  la  siccilé)  fait  que  la 
transpiration  est  empeschée  et  les 
superfluités  retenues  : dont  souuent 
s’ensuit  la  goûte,  ou  quelque  grand 
prurit  par  tout  le  corps,  ou  gratelles, 
ou  rongnes , et  leurs  vrines  acres. 

Or  la  douleur  qui  se  fait  en  cesle 
maladie  vient  pour  l’acrimonie  de  la 
qualité  virulente,  quelquesfois  toute 
seule  sans  nul  autre  humeur  : et 
aussi  le  plus  souuent  la  douleur  faite 


du  virus  est  cause  d’attirer  des  esprits 
flatueux  et  humeurs  ja  préparés  à 
fluer  : comme  le  sang , et  alors  la 
fluxion  sera  phlegmoneuse  : si  c’est  la 
cholere,  erysipelateuse  : si  c’est  le 
phlegme , oedemateuse  : si  c’est  l’hu- 
meur melancholique , scirrheuse.  Et 
s’il  y a deux  humeurs  meslés  ensemble, 
celuy  qui  sera  en  plus  grande  quan- 
tité prendra  la  dénomination  : comme 
si  le  sang  domine  la  cholere,  on 
pourra  dire  phlegmon  erysipelateux  : 
au  contraire  si  c’est  la  cholere  , sera 
nommé  erysipelas  phlegmoneux  : et 
ainsi  des  autres  humeurs.  Et  ceste 
matière  virulente  accompagnée  des 
humeurs  et  esprits  flatueux , estant 
aux  iointures  , les  remplit  et  fait 
distension  aux  parties , comme  mem- 
branes, aponeuroses,  tendons,  et  au- 
tres parties  qui  lient  les  iointures. 


CHAPITRE  Y. 

DE  L’ORIGINE  DE  LA  DEFLVXION 
DES  GOVTES. 

L’origine  de  la  defluxion  et  matière 
des  goules  vient  du  cerueau,  ou  du 
foye  *.  Lors  qu’elle  vient  du  cerueau, 
on  peut  dire  que  c’est  la  pituite  se- 
reuse,  claire  et  subtile,  telle  qu’on 
voit  le  plus  souuent  distiller  et  cou- 
ler par  le  nez  et  par  la  bouche,  ac- 
compagnée du  virus  indicible, laquelle 
difflue  par  les  tuniques  des  nerfs  et 
tendons  par  dessous  le  cuir  muscu- 
leux qui  couure  le  crâne,  et  par  de- 
dans le  grand  trou  par  lequel  la  nu- 
que passe  : et  telle  fluxion  est  tous- 
iours  froide.  Lors  qu’elle  vient  du 
foye,  elle  court  et  Hue  par  les  veines 


XV oy.  Guidon  au  cliap.  des  goûtes.  — A.  P. 


1 p'ernel.  — A.  P. 


2l6  le  vingt-vnieme  livre 


et  arteres  charg  ées  d’abondance  d hu- 
meurs qu’elles  ne  peuuent  contenir 
pour  la  quantité,  ou  pour  la  qualité 
vicieuse.  Et  peut  on  lors  dire  que  ce 
sont  les  quatre  humeurs  contenus  en 
la  masse  sanguinaire,  simples  ou  com- 
posés, accompagnés  pareillement  du 
virus  arthritique  : et  sont  plustost 
chauds  que  froids,  au  contraire  de  ce 
qui  aduient  lors  que  la  fluxion  se  fait 
du  cerueau. 

Or  ceste  matière  de  laquelle  sont 
faites  les  goûtes,  que  nous  auons 
maintenant  déclarée  , est  la  fluxion 
qui  se  fait  des  autres  parties  : outre 
laquelle  il  y a vne  autre  cause,  ap- 
pellée  congestion  : à sçauoir,  quand 
quelque  partie  ne  peut  faire  concoc- 
tion de  ce  qui  luy  est  baillé  par  Na- 
ture pour  sa  nourriture.  Et  quant  à 
moy,  il  me  semble  (sauf  meilleur  iu- 
gement  que  le  mien  ) que  la  matière 
virulente  des  goûtes  est  en  la  masse 
sanguinaire,  voire  en  toute  l’habitude 
du  corps  : et  que  ceste  sérosité  viru- 
lente se  meut  par  certaines  causes 
qu’auons  cy  dessus  mentionnées  *. 

Encore  outre  ces  raisons  naturelles, 
il  y a quelque  chose  qu’on  ne  peut 
expliquer,  ainsi  qu'à  l’epilepsie , fié- 
ure  quarte  , et  à vne  infinité  d’autres 
maladies,  ce  qu’Hippocrates  a*  dit 
au  lim  e premier  des  Prognostiques  , 

1 Le  chapitre  se  termine  ici  dans  les  édi- 
tions de  1579  et  1585.  Dans  ta  première  édi- 
tion posthume,  Paré,  ou  son  éditeur,  a réta- 
bli la  dernière  phrase  qui  se  lisait  déjà  dans 
l’édition  de  1575;  mais  cette  première  édi- 
tion ajoutait  en  outre  celle  autre  phrase,  qui 
est  demeurée  absolument  supprimée  : 

« Ce  qui  est  venu  en  proverbe , 

Qu'en  la  Heure  quaiie  cl  la  goule 

Le-  médecin  n’y  voit  goule  : 


qu’aux  maladies  il  y a quelque  chose 
de  diu  in. 


CHAPITRE  VI. 

SIGNES  QVE  LA  FLVXION  VIENT 
DV  CERVEAV. 

Les  malades , lors  que  la  fluxion  se 
veut  faire,  se  sentent  appesantis,  en- 
dormis, et  hébétés,  auec  grand  senti- 
ment de  douleur  aux  parties  externes 
de  la  teste,  et  principalement  quand 
on  leur  renuerse  leurs  cheueux  : et 
souuentesfois  on  leur  trouüe  vne  tu- 
meur œdémateuse  au  cuir  qui  cou- 
ure  le  crâne  : et  leur  semble  qu’ils 
ayent  changé  leur  nature  à vne  autre 
presque  toute  estrange,  de  sorte  qu’il 
leur  est  aduis  qu’ils  ne  sont  plus  eux 
mesmes,  pource  que  la  virulence  de 
la  matière  a renuersé  et  changé  les 
fonctions  et  toute  l’œconomie  du 
corps.  Aussi  ils  sentent  grandes  cru- 
dités en  l’eslomach , et  routemens 
aigres.  Et  mesme  l’humeur  qui  cause 
la  migraine  a similitude,  pour  sa  ma- 
lice et  virulence,  à celuy  qui  cause 
les  goûtes  : laquelle  pource  qu’alors 
elle  communique  sa  douleur  à toute 
la  moitié  de  la  tesle,  a esté  appellée 
des  anciens  Hcmicrania.  A aucuns  la 
fluxion  descend  du  cerueau  entre  cuir 
et  chair  aux  iointures,  voire  iusques 
à celles  des  doigls  des  pieds  : et  telle 
defluxion  procédé  lentement,  au  con- 
Iraire  de  l’humeur  qui  est  chaud,  du- 
quel la  fluxion  se  fait  promptement 
et  auec  sentiment  de  douleur. 


principalement  en  celle  qui  est  héréditaire 
ou  inuelerée.  » 


DES  GOVTES. 


2 1 


CHAPITRE  VIT. 

LES  SIGNES  QVE  LA  FLVXION  VIENT 

DV  FOYE  ET  DE  LA  MASSE  SANGVI- 

NAIRE. 

Les  malades  sentent  chaleur  au 
foye , et  aux  parties  intérieures  de 
leur  corps , et  sont  communément  de 
température  sanguine  et  cholérique, 
ayans  les  veines  larges  et  grosses, 
ioint  que  la  fluxion  se  fait  prompte- 
ment : dont  se  fait  fluxion  de  sang 
et  de  la  cliolere  auec  les  autres  hu- 
meurs. Mais  quelquesfois  le  sang  peut 
degenerer  de  sa  qualilé  chaude,  et 
deuenir  pituiteux  et  sereux  par  mul- 
tiplication de  crudités,  et  autres  cho- 
ses qui  causent  et  engendrent  la  pi- 
tuite : et  alors  peut  aduenir  que  de 
la  masse  sanguinaire,  comme  du  cer- 
ueau,  tombe  et  découlé  sur  les  ioin- 
lures  vn  humeur  pituiteux  auecques 
le  virus  : tout  ainsi  que  si  l’humeur 
melancholique  est  en  grande  abon- 
dance , il  y peut  aussi  découler  : ce 
que  toulesfois  est  rare,  comme  nous 
demonstrerons  en  son  lieu.  Partant 
pour  mieux  distinguer  la  différence 
desdils  humeurs,  nous  les  descrirons 
particulièrement. 


CHAPITRE  VIII. 

LES  SIGNES  POVR  CONNOISTRE  QVEL  II V- 
MEVR  ACCOMPAGNE  LE  VIRVS  AR- 
THRITIQVE. 

Premièrement  pour  connoistre  si  le 
sang  domine , faut  considérer  l’aage, 
comme  la  ieunesse  du  malade , sa 
température  sanguine  , le  temps  de 


7 

l’année  , qui  est  le  printemps,  la  ré- 
gion temperéc  : aussi  s'il  a vsé  de  ma- 
niéré de  viure  chaude  et  humide, 
multipliante  le  sang  : et  qu’au  matin 
la  douleur  est  plus  grande  et  pluspul- 
satile  et  tensiue,  auec  vne  pesanteur, 
et  la  couleur  de  la  partie  rouge  et 
vermeille  : ioint  qu’il  y a grande  tu- 
meur , non  seulement  des  veines , 
mais  aussi  de  toute  la  partie  malade  : 
et  y a grande  distension  en  la  partie, 
tellement  qu’il  semble  qu’elle  se 
rompt.  Les  vrines  sont  rouges  et  es- 
paisses  : d’auantage,  ils  ne  peuuent 
endurer  l’application  des  remedes 
chauds,  ains parl’applicalion  d’iceux 
la  douleur  s’aigrit  d’auantage.  Plus  , 
les  exacerbations,  ou  accès,  se  font  et 
repetent  tous  les  iours,  et  principale- 
ment au  matin.  De  toutes  ces  choses 
tu  peux  conclure  que  le  sang  domine. 


CHAPITRE  IX. 

LES  SIGNES  DE  LA  CHOI.ERE 

Aussi  les  signes  de  la  cholere  sont, 
que  la  couleur  de  la  partie  sera  trou- 
uée  blaffarde  , auec  grande  chaleur 
ignée  .et  peu  de  tumeur,  douleur 
poignante  et  extrêmement  aiguë:  et 
le  malade  sent  plustost  chaleur  que 
distension  et  pesanteur  : et  combien 
que  la  partie  apparoisse  rouge,  tou- 
tesfois  elle  tend  plus  à citrinité,  c’est 
à dire  couleur  iaunastre,  qu’à  la  cou- 
leur sanguine  : cl  si  elle  est  pressée 
du  doigt,  le  sang  cholérique  ( à cause 
qu’il  est  fort  subtil)  fuit  facilement, 
puis  subit  retourne,  et  reuient  plus 
rougeastre  qu’auparauant.  Car  de- 
uant  qu’on  comprimast  la  partie,  l’hu- 
meur plus  vicieux  et  flaue  occupoit 
la  superficie  du  cuir,  et  par  la  com- 


210  LE  VINGT-VNIliME  LIVRE 


pression  du  doigt,  le  sang  qui  estoit 
caché  sous  le  cuir  fait  monstre  et  pa- 
rade de  soy,  iusques  à ce  que  l’effet 
de  la  compression  cesse,  riiumeur  bi- 
lieux retourne  en  son  premier  lieu  1 : 
dont  iceluy  apparoist  plus  blaffard 
qu’en  vn  phlegmon  fait  de  sang  pur, 
comme  nous  auons  dit  : ioint  que 
la  partie  est  plus  aidée  par  medica- 
mens  refrigerans  et  humectatifs  , que 
par  ceux  qui  eschauffent  et  seichent. 
Le  patient  a le  pouls  fort  viste  et  fre- 
quent, et  est  de  tempérament  cholé- 
rique. Aussi  la  douleur  sera  trouuée 
plus  grande  sur  le  midy,  iusques  à 
quatre  heures  du  iour,  qu’à  autres 
heures,  parce  que  la  cholere  se  meut 
en  tel  temps.  D’auanlage  les  patiens 
ont  des  exacerbations , c’est  à dire 
renouuellemens  de  douleur,  de  trois 
iours  en  trois  iours,  comme  on  voit 
aux  fiéures  tierces.  Aussi  la  chaleur 
du  temps  donne  indice,  comme  l’esté. 
Outre-plus  la  qualité  des  viandes  est 
à considérer,  comme  si  le  malade  a 
vsé  de  viandes  qui  multiplient  et  en- 
gendrent la  cholere.  Ses  vrines  seront 
trouuées fort  subtiles  et  de  couleur  ci- 
trine,  et  quelquesfois  tellementacres, 
qu’elles  offensent  le  conduit  vrinal. 


CHAPITRE  X. 

SIGNES  DE  L’HVMEVR  PITVITEVX. 

L’humeur  pituiteux , qui  cause  les 
goûtes, est sereux,  et  quasi  tousiours 
semblable  à celuy  qu’on  voit  distiller 

1 Ceci  est  le  texte  tel  qu’il  a été  corrigé 
en  1579  ; l’édition  de  1575  portait: 

« Et  par  la  compression  du  doigt  le  sang 
qui  estoit  caché  sous  le  cuir  s’enfuit,  puis 
cessant  de  comprimer  retourne  auec  l’hu- 
meur flaue.  » 


du  cerueau  en  temps  froid  par  le  nez, 
comme  auons  dit-  Lors  qu’il  deflue 
sur  quelque  iointure,  il  faut  qu’elle 
apparoisse  enflée,  et  de  la  couleur  du 
cuir  : et  ne  différé  pas  grandement 
en  couleur  de  la  partie  saine,  c’est  à 
dire  qu’elle  n’est  ny  rouge  ny  chaude, 
mais  on  sent  froideur  au  sens  du 
tact  : et  l’application  des  choses  froi- 
des nuit  grandement  au  patient, 
mais  les  chaudes  luy  sont  profitables. 

Or  pour  engendrer  tel  humeur, 
la  vieillesse  y fait  beaucoup,  et  aussi 
le  tempérament  froid  et  humide,  et 
l’air  ambiens  de  mesme  : pareille- 
ment le  temps  d’Hyuer,  l’oisiueté, 
les  viandes  froides  et  humides,  fruits, 
legumes,  et  généralement  toutes  cho- 
ses qui  engendrent  la  pituite  : et  la 
douleur  est  en  temps  d'hyuer  plus 
grande  la  nuict  que  le  iour,  pour  ce 
que  la  pituite  a ses  exacerbations  ou 
mouueinens  tous  les  iours,  et  prin- 
cipalement la  nuict.  La  tumeur  sera 
trouuée  molle,  en  laquelle  après 
auoir  pressé  du  doigt  dessus , la  fosse 
y demeure  quelque  temps  après, 
comme  on  voit  aux  œdemes.  Les 
vrines  seront  trouuées  crues  et  es- 
paisses,  et  de  couleur  blanchastre, 
comme  toutes  les  autres  superfluités 
phlegmatiques,  muqueuses,  et  glai- 
reuses. Si  la  pituite  est  salée,  le  pa- 
tient sentira  vn  grand  prurit  et  mor- 
daciléà  la  partie.  Le  pouls  au  toucher 
sera  trouué  mol , lent , et  diuers. 
Aussi  on  prend  garde  que  le  malade 
n’a  fait  exercice.  Et  cesl  humeur  cause 
le  plus  souucnt  les  goules,  principa- 
lement quand  il  est  cru  : et  pour 
abroger,  d'autant  que  les  susdits  hu- 
meurs seront  esloignés  de  leurs  tem- 
peramens , et  auront  acquis  vne  qua- 
lité acre  et  virulente,  d’autant  aussi 
en  seront  les  douleurs  et  accidens 
plus  grands. 


DES  GOVTES. 


; 

CHAPITRE  XI. 

SIGNES  DE  L’HVMEVR  MELANCHOLIQVE  L 

En  la  partie  y aura  peu  de  tumeur 
et  douleur,  et  sera  comme  endormie 
en  vn  sentiment  de  pesanteur.  La 
couleur  sera  aucunement  liuide  et 
plombine  : et  le  plus  souuent  on  sent 
la  partie  froide  quand  on  la  touche. 
Aussi  peut  estre  que  le  malade  est  de 
température  melancholique , et  at- 
ténué : pareillement  qu’il  aura  vsé 
de  viandes  qui  multiplient  l’humeur 
melancholique.  La  cause  aussi  de  tel 
humeur  est  la  région  froide  et  seiche, 
et  les  alimens  qui  engendrent  suc 
melancholique  : aussi  la  tristesse  , le 
temps  d’au  tomne,  ou  l’hyuer,  et  l’aage 
qui  est  vers  la  vieillesse.  Le  pouls  sera 
trouué  dur,  tensif  et  petit.  Le  patient 
aura  peu  d’appetit  de  boire  et  manger. 
Les  vrines  le  plus  souuent  au  commen- 
cement sont  ténues  et  aqueuses,  à 
cause  des  obstructions,  et  après  plus 
noires  qu’elles  ne  doiuent  estre  selon 
nature,  et  moyennement  crasses  La 
résidence1 2  est  quelquesfois  meslée  de 
matière  cruente  et  fusque.  Les  exa- 
cerbations seront  de  quatre  iours  en 
quatre  iours  : et  la  douleur  sera  trou- 
uée  plus  grande  apres  midy  vers  le 
soir,  qu’à  autre  heure  du  iour,  à cause 
que  le  mouuement  de  l’humeur  me- 
lancholique est  tel:  ce  qu’on  voit 
aux  fiéures  quartes,  qui  sont  faites 
de  tel  humeur. 

Or  plusieurs  estiment  que  les  gou- 

1 Ce  chapitre  était  confondu  avec  le  pré- 
cédent dans  l’édition  de  1575  ; il  en  a été  sé- 
paré en  1579, 

2 L’édition  de  1575  portait  : la  subsidence  ; 
ce  qui  a été  corrigé  en  1579. 


219 

tes  ne  s’engendrent  d’humeur  melan- 
cholique, à cause  de  sa  substance 
grosse  et  terrestre,  qui  à peine  peut 
fluer  aux  ioinlures  : ce  que  ie  concédé, 
s’il  estoit  seul:  mais  estant  accompa- 
gné du  virus  prédit,  peut  (hier  aux 
ioinlures  '. 


CHAPITRE  XII. 

PROGNOSTIC  DE  I.A  GOVTE. 

Les  anciens  médecins  nous  ont 
laissé  par  escrit , que  les  maladies  des 
jointures  sont  trouuécs  entre  les  plus 
griefs  maux  et  tourmens  presque  in- 
supportables : tellement  que  quel- 
quesfois les  malades  perdent  le  sens 
et  entendement,  et  désirent  plus  la 
mort  que  la  vie. 

Les  goules  tiennent  leur  période 
et  paroxysme  du  virus  et  des  hu- 
meurs dont  elles  sont  faites  : elles 
viennent  volontiers  au  printemps  et 
en  automne,  commenous  auons  parcy 
deuant  déclaré2.  Et  ceux  qui  sont  ve- 
xés de  goûtes  naturelles , c’est  à dire 
qui  les  ont  héréditaires,  neguarissent 
iamais  parfaitement,  ou  bien  rare- 
ment. Lors  aussi  que  les  nœuds,  ou 
nodosités  sont  aux  ioinlures , ils  ne  se 
peuuent  parfaitement  curer,  princi- 
palement si  la  matière  est  gypsée, 
parce  qu’elle  ne  se  peut  résoudre , et 
encore  moins  suppurer. 

Les  goûtes  faites  de  matière  pitui- 
teuse et  froide  ne  sont  pas  tant  dou- 
loureuses que  celles  qui  sont  faites  de 

1 L’édition  de  1575  ajoutait  : combien  que 
plus  rarement  ; ccs  mots  ont  été  supprimés  à 
l’édition  suivante. 

2 Hippocrates  lia.  6.  apho.  55. — A.  P. 
Lette  citation  est  de  1598. 


020 


LE  VINGT-VNIEME  LIVRE, 


matière  chaude,  comme  de  sang  ou 
de  cliolere  : aussi  elles  ne  sont  si  tost 
curées,  parce  que  les  chaudes  sont 
plustost  digérées  et  resol  ; es  , à cause 
de  leur  chaleur  et  subtilité.  Car  les 
froides  durent  le  plus  souuent  qua- 
rante iours  ou  plus,  à cause  que  la 
matière  est  grosse  et  espaisse 1 : quel- 
quesfois  plus  tost,  et  quelquesfois 
plus  tard,  selon  que  le  malade  tien- 
dra bon  régime,  et  qu’il  sera  bien 
pensé  du  Médecin  et  Chirurgien. 
Aussi  d’autant  plus  que  la  partie  où 
s’est  faite  la  fluxion  est  espaisse, 
comme  la  iointure  du  genoüil,  ou 
sous  le  talon,  ou  en  lieu  profond, 
comme  à la  hanche,  et  qu’elle  a la 
vertu  expultrice  imbecille,  le  mal 
est  plus  long  à guarir  que  quand 
le  contraire  se  fait. 

Celles  qui  sont  chaudes  durent  qua- 
torze iours,  et  bien  souuent  vingt  ou 
plus,  quelque  diligence  qu’on  y sça- 
che  faire. 

Les  goûtes  qui  sont  causées  d’hu- 
meurs gros  et  visqueux  ne  font  pa- 
reillement grande  douleur,  et  ne 
sont  aussi  tost  guaries. 

Celles  qui  sont  faites  d’humeurs  • 
chauds  et  cholériques  sont  tres-dou- 
loureuses , et  mettent  quelquesfois  le 
patient  en  desespoir,  et  causent  à au 
cuns  paralysie,  difficulté  de  respi- 
rer, perturbation  d’esprit,  gangrené 
et  mortification  en  la  partie , et  par 
conséquent  la  mort 

Entre  toutes  les  douleurs  arthriti- 
ques, la  sciatique  emporte  le  prix, 
pour  estre  plus  douloureuse , et  cau- 
ser plus  grands  accidens,  comme  fle- 
ure, inquiétude , luxation,  et  clau- 
dication perpétuelle , émaciation , ou 
amaigrissement  de  toute  la  cuisse 

1 Galien  au  com.  du  49.  slph.  de  la  G.  sect. 

— A.  P. 


et  de  la  iambe , et  quelquesfois  de 
tout  le  corps.  La  cause  de  la  claudi- 
cation et  de  l’emaciation  est,  que 
l’humeur  aura  ietté  l’os  femoris  hors 
de  sa  boette  et  lieu  naturel  : lequel 
estant  hors , presse  les  muscles , vei- 
nes, arteres,  et  le  gros  nerf  qui  descend 
le  long  de  la  cuisse  iusqu’à  l’extre- 
mité  des  orteils,  pour  se  distribuer 
aux  muscles:  au  moyen  de  quoy  les 
esprits  ne  peuuent  reluire  aux  par- 
ties inferieures  , et  par  consequen'  se 
tabeGent,  et  deuiennent  consommées 
et  amaigries  : dont  le  pauure  gouleux 
demeure  après  claudicant  tout  le 
long  de  sa  vie. 

Or  plusieurs  demeurent  claudicans, 
combien  qu’ils  n’ayent  luxation  : qui 
se  fait  à cause  que  l’humeur  glaireux, 
propre  tant  pour  la  nourriture  des 
iointures  que  pour  les  lubrifier  et 
les  rendre  plus  faciles  à mouuoir, 
s’endurcit  par  la  chaleur  estrange  : 
et  pareillement  parce  qu’il  n’est 
subtilié  par  le  mouuement  qui  auoit 
accoustumé  d’estre  fait  : et  les  autres 
humeurs,  qui  sont  deflués  en  plus 
grande  quantité  que  la  partie  n’a 
peu  digerer  et  assimiler  en  sa  sub- 
stance, par  congestion  sont  demeu- 
rés impactes  et  endurcis,  qui  fait  que 
le  mouuement  ne  peut  estre  fait  et 
accompli. 

ü’auantage,  la  gout  te  causée  de  ma- 
tière grosse  et  visqueuse  defluant  sur 
vue  partie,  souuent  rend  les  mem- 
bres courbés  et  tortus , iusques  à iet- 
ter  les  os  hors  de  leurs  propres  join- 
tures : ce  que  l’on  voit  non  seulement 
és  grandes  iointures , mais  és  doigts 
des  mains  et  des  pieds,  lesquels  par 
vne  goule  nouée  sont  quelquesfois 
iettés  de  leurs  iointures,  au  moyen 
dequoy  ils  deuiennent  tout  crochus  : 
et  principalement  quand  l’humeur 
tombe  en  grande  abondance , rend  la 


DES  GO  VI  ES. 


221 


partie  languide  et  atrophiée,  c’est  à 
dire  consumée , aride  et  seiche , et 
son  action  deprauée,  et  souuent  du 
tout  perdue.  Car  toute  intemperalure 
qui  demeure  longuement  sur  vnc  par- 
tie, diminue  la  force  et  vertu  d’icelle, 
et  par  conséquent  son  action,  comme 
nous  auons  dit  cy  dessus.  Lors  que 
le  virus  causant  les  goûtes  n’est,  se- 
lon son  cours  ordinaire  et  paroxysme 
accoustumé,  ietté  auxioinlures  (par 
l’imbécillité  de  la  vertu  expulsiue  ) 
il  cause  maladies  cruelles,  grandes  et 
mortelles.  Car  quand  il  arriue  en  la 
substance  du  foye,  il  excite  inflam- 
mation d’iceluy  : s’il  demeure  aux 
grandes  veines,  il  engendre  vne  fiéure 
continue  : et  s’il  tombe  sur  la  mem- 
brane qui  couure  les  costes,  il  cau- 
sera vne  pieuresie  : s’il  demeure  et 
s’attache  aux  intestins , sera  cause  c’e 
faire  vne  colique,  ou  iliaque  passion, 
auec  tres-grande  douleur  : et  ainsi 
sur  les  autres  parties  fait  accidens 
diuers.  Ce  qu’on  voit  en  ce  qu’aucuns 
gouleux  deuiennent  paralytiques  , à 
cause  que  la  matière  des  goules  bou- 
che les  porosités  des  nerfs , de  sorte 
que  l’esprit  animal  n’y  peut  reluire  : 
parquoyla  partie  demeure  immobile 
et  résolue. 

Les  vieillards  ne  peuuent  iamais 
estre  deliurés  de  leurs  goules,  parce 
que  leur  sang  et  toute  leur  masse 
sanguinaire  est  altérée  et  ne  peut 
estre  rectifiée,  non  plus  qu’vn  vin 
bas  et  deuenu  aigre. 

Les  goûtes  qui  viennent  prompte- 
ment, procèdent  d’intemperature 
chaude  et  souuent  sans  matière  : qui 
se  connoist , parce  qu’il  rfy  a aucune 
tumeur  apparente  à la  partie,  ny  au 
dehors  ny  au  dedans  des  ioinlures  : et 
serit-on  aperlement  par  le  loucher  la 
partie  fort  chaude , et  le  patient  se 
sent  allégé  par  remedes  froids,  ainsi 


que  nous  auons  dit.  Au  contraire,  la 
fluxion  faitede  matière  froide  découlé 
lentement,  et  la  partie  sera  froide,  et 
allégée  par  remedes  chauds. 

Les  goûtes  viennent  quelquesfois 
au  fort  de  l’hyuer,  pour  la  grande 
froidure  qui  blesse  les  parties  ner- 
ueuses,  et  comprime  les  humeurs, 
les  chassant  aux  jointures.  Pareille- 
ment aucuns  en  sont  vexés  au  fort  de 
l’esté,  pour  la  grande  chaleur,  qui 
liquéfié  et  fond  les  humeurs,  dilate 
les  conduits  et  parties  nerueuses  et 
membraneuses  Or  elles  peuuent  ve- 
nir en  tout  temps  de  l’année  , pource 
que  les  gouteux  se  desbauchent , et 
ne  tiennent  reigle  en  leur  maniéré  de 
viure  : loutesfois  elles  reuiennent 
plustost  au  printemps  et  en  automne, 
comme  nous  dcmonslrerons  cy  après. 

1)  auanlage,  les  gou  eux  prognosti- 
quent  ordinairement  le  changement 
de  temps  , comme  pluye , neige  , ou 
quelque  autre  temps  nubileux  : telle- 
ment qu’ils  portent  auec  eux  vu  al- 
manach qui  leur  sert  toute  leur  vie, 
à cause  de  l’air  gros  et  vaporeux 
que  le  vent  austral  ou  de  midy 
ameine  et  conduit,  qui  remplit  les 
corps  d humidités,  el  esmeut  inté- 
rieurement les  humeurs  et  les  agite  : 
et  lors  qu’ils  sont  ainsi  csmeus , se 
fait  nouuelle  fluxion  sur  les  parties 
imbecilles,  et  principalement  sur  les 
ioinlures,  qui  sont  peu  charneuses,  et 
exangues  ou  priuées  de  sang,  et  par 
conséquent  de  chaleur  naturelle  : et 
parce  aussi  qu’elles  ontesté  malades, 
affligées  et  débilitées  de  longtemps , 
non  seulement  en  leur  harmonie , 
mais  aussi  en  leur  propre  substance  : 
et  partant  les  pauures  gouleux  au 
changement  du  temps  , et  lorsqu’il 
veut  pleuuoir,  leurs  douleurs  leur 
viennent  et  les  tourmentent  plus  ai- 
grement. 


222 


LE  VINGT -VNIÉME  LIVRE, 


II  y a aucuns  gouteux  qui  désirent 
grandement  le  coït  pendant  leurs 
douleurs,  parce  qu’ils  sentent  vne 
grande  chaleur  estrange  au  dedans 
du  corps , laquelle  ne  se  résout  et 
dissipe  point  en  exhalations  comme 
l’ardeur  febrile,  mais  fait  fondre  l’hu- 
midité séminale,  qui  courant  aual 
vers  les  parties  génitales,  les  fait  en- 
fler et  enorgueillir.  Ce  que  nous 
voyons  mesme  tous  les  iours  aduenir 
aux  mulets  deschargés,  et  aux  che- 
uaux  de  poste  rendus  en  Testable  , 
après  auoir  couru  vn  long  chemin. 
Toutesfois  tel  acte  aux  gouteux  est 
bien  contraire , à cause  que  par  le 
coït  (comme  nous  auons  dit)  les  es- 
prits et  chaleur  naturelle  se  resol- 
uent,  dont  la  chaleur  estrange  s’aug- 
mente , et  quant-el-quant  leurs  dou- 
leurs. Parquoy  ie  leur  conseille  qu’ils 
s’en  gardent  s’ils  le  peuuenl  faire  , et 
s’ils  sont  sages  , et  principalement 
ceux  qui  ne  sont  pas  mariés. 

Les  anciens  médecins  et  ceux  de 
nostre  temps  ont  tenu  que  ceste  ma- 
ladie estoit  incurable  : toutesfois  on 
en  a veu  guarir,  principalement  celle 
qui  n’est  pas  héréditaire  ou  inuele- 
rée,  si  le  malade  veut  tenir  bon  ré- 
gime , et  n’estre  suiet  à ses  plai- 
sirs. 

Les  riches  sont  plus  soutient  tour- 
mentés de  goûte  que  les  pauures , 
parce  qu’ils  ne  trauaillcnt  pas  et 
qu’ils  mangent  beaucoup  , et  de  di- 
uerses  viandes  en  tous  leurs  repas, 
et  boiuent  d’autant  et  immodéré- 
ment, et  trop  souuent  ioüent  aux 
dames  rabbalues.  Aussi  on  a veu  des 
riches  (leurs  biens  confisqués)  re- 
tourner à la  table  des  panures,  et  fai- 
sans exercice , au  ir  esté  guaris  d’i- 
celles qui  auparauant  les  vexoient 
beaucoup.  Et  de  fait , on  voit  rare- 
ment les  pauures  laboureurs  et  arti- 


sans auoir  les  goules.  Parquoy  ceux 
qui  se  veulent  deliurer  des  goûtes , 
faut  qu’ils  mangent  peu,  et  vsent  de 
viandes  qui  engendrent  bon  suc  : 
qu’ils  s’exercent  modérément,  et  lais- 
sent l’vsage  du  vin  et  des  femmes , 
ou  pour  le  moins  qu’ils  en  vsent  mo- 
dérément : et  aussi  qu’ils  vomissent 
et  se  purgent  par  l’ordonnancé  du 
docte  médecin. 

Hippocrates  dit  que  les  enfans  ne 
sont  gouteux  auant  qu’ils  vsent  du 
coït  1 : toutesfois  on  voit  aucuns 
chastrés  estre  gouteux,  principale- 
ment ceux  qui  viuent  en  oisiueté  et 
ne  trauaillent  point,  comme  les  sé- 
dentaires et  crapuleux,  qui  est  cause 
qu’ils  amassent  crudités  en  leurs  corps 
et  humeurs  malins  et  superflus  qui 
causent  les  goules.  Semblablement 
les  femmes  ne  sont  point  goûteuses 
pendant  qu’elles  ont  leurs  mois  2 , car 
pariceux  tout  leur  corps  sepurge  : au 
contraire  lorsqu’ils  sont  trop  tost  re- 
tenus, beaucoup  de  matière  et  hu- 
meurs s’amassent  en  leurs  corps, 
qui  le  plus  souuent  leur  causent  les 
goûtes. 


CHAPITRE  XII 1. 

CVRE  PRESERVATRICE  ET  CVRATIVE 
DES  GOVTES. 

Deuant  toutes  choses,  il  faut  de 
rechef  distinguer  toutes  les  causes  et 
la  diuersité  de  leur  origine,  à fin  de 
diuersificr  les  modicamens  selon  la 
nature  de  l’humeur  péchant  en  quan- 
tité ou  en  qualité,  à fin  de  les  guarir 

1 Hippocrate  Aph.  30.  liu.  G.  — A.  P. 

- Aphor.  29.  sect.  6.  — A.  P. 


DES  GOVTES. 


par  leur  contraire.  Or  il  y a trois  cau- 
ses en  general , comme  nous  auons 
dit,  qui  font  les  goules.  La  première 
qui  vient  par  héritage  de  pere  en  fils. 
La  seconde  , par  le  vice  et  alteration 
deshumeurs.  La  tierce,  de  la  foiblesse 
et  imbécillité  des  jointures.  Et  pour 
contrarier  à telles  choses,  il  fautauoir 
double  indication,  à sçauoir,euacua- 
tion  etalteration  deshumeurs  supera- 
bondans,  et  la  fortification  et  robora- 
tion  desiointuresdebiles. Or  telles  cho- 
ses se  feront  par  bon  régime  , purga- 
tion, saignée,  et  en  prouoquant  les 
hemorrhoïdes  , vomissemens  , sueurs 
et  vrines,  et  autres,  selon  qu’on  verra 
estre  necessaire,  et  par  application  des 
remedes locaux.  Lesremedes  qui  ser- 
uent  à la  preserualion  des  goûtes,  ser- 
uentaussi  à la  curation,  tan!  curatiue 
que  palliatiue.  11  est  donc  necessaire 
de  contrarier  aux  causes  qui  font  les 
goûtes  , comme  à l’vsage  immodéré 
du  vin,  et  de  l’acte  venerien,  et  l’oisi- 
ucté,  au  dormir  tost  après  le  repas,  et 
autres  choses  qu’auons  escrit  aux 
causes. 

Lorsque  le  malade  conuoistra  le 
temps  approcher  auquel  les  goûtes  le 
doiuent  prendre,  il  tiendra  bon  ré- 
gime et  se  purgera  : et  si  la  douleur 
prouient  du  sang,  il  se  fera  saigner 
(s'il  n’y  a chose  qui  l’empesche)  de 
la  partie  contraire,  pour  faire  vacua- 
tion  et  reuulsion.  Exemple  : si  les  par- 
ties supérieures  sont  enflammées,  on 
tirera  du  sang  des  parties  inferieures: 
au  contraire  si  les  parties  inferieures 
sont  enflammées,  on  saignera  les  su- 
périeures, en  gardantla  rectitude  des 
filamens  : comme  si  c’est  le  bras  droit, 
on  ouurira  la  veine  de  la  iambe 
droite  : et  si  c’est  le  bras  senestre,  on 
saignera  la  iambe  senestre  : et  sera  tiré 
du  sang  telle  quantité  qu’il  sera  be- 
soin. Et  apres  auoir  ainsi  fait  la  sai- 


223 

gnëe  vniuerselle,  et  que  pour  cela  la 
douleur  et  inflammation  continuas- 
sent, alors  on  fera  apertion  de  la  veine 
la  plus  proche  de  la  douleur  : ce  que 
i’ay  par  plusieurs  fois  fait,  auec  bonne 
et  heureuse  issue.  Ce  que  commande 
Hippocrates  en  la  sentence  5.  de  la 
G.  section  sur  leliureG.  des  Epidémies, 
qui  dit  qu’aux  douleurs  il  faut  eua- 
cuer  et  tirer  de  la  partie  prochaine  et 
malade  par  section  et  vstion  , qui  est 
vn  souuerain  remede 
Orieseray  tousiours  d’aduis,  que 
pour  saigner  et  purger,  qu’on  prenne 
le  conseil  du  docte  Médecin  , parce 
qu  il  ne  faut  pas  tousiours  tirer  du 
sang  tous  les  ans  aux  gouteux , s’il 
n’est  bien  necessaire  Car  auecquesle 
sang , l’esprit  vital  se  perd , les  forces 
s’affoiblissent,  et  lecorps  se  refroidit  : 
par  ainsi  on  abbregeroit  la  vie  du 
panure  gouteux.  b’auantage  la  sai- 
gnée ne  profite  à ceux  qui  sont  con- 
tinuellement affligés  de  goûtes,  et  qui 
ont  le  corps  imbecille  et  froid  , et  à 
qui  la  pituite  seule  domine.  Aussi  les 
purgations  sont  quelquesfois  necessai- 
res : mais  où  elles  seroient  frequen- 
tes, sont  dangereuses.  Parquoyil  vaut 
mieux  corriger  le  vice  des  humeurs 
par  bon  régime  de  viure  , que  d’vser 
tant  soutient  de  saignée  et  de  purga- 
tions. D’auanlage,  ceux  qui  sont  ex- 
cessifs au  manger  et  boire  et  à l’exer- 
cice venerien,  et  qui  ont  beaucoup 
de  crudités,  trouuent  peu  d’aide  de  la 
saignée  et  purgation , pource  que  les 
humeurs  crus  n’oheïssent  aux  méde- 
cines. Et  pour  ceste  cause  le  plus  sou- 
tient plusieurs  gouteux  ne  peuuent 
guarir  ny  estre  aidés  par  aucun  re- 
mede, pour  la  grande  intemperature 

•Cette  citation  d’Hippocrate  manque  dans 
les  premières  éditions,  et  n’a  été  ajoutée 
qu’en  1585. 


224  LIL  VINGT-VNIÉME  LIVRE 


et  crudité  qu’ils  ont  en  toute  l’habi- 
tude de  leurs  corps,  et  de  l’altera- 
tion de  la  substance  des  parties  af- 
fligées. 

Or  pour  retourner  à nostre  propos, 
le  malade  vsera  de  choses  réfrigé- 
rantes et  euitera  le  vin , principalement 
s’il  a les  goûtes  chaudes,  ou  pour  le 
moins  y mettra  beaucoup  d'eau  , se- 
lon que  son  estomachle  pourra  souf- 
frir. Le  temps  principal  auquel  on  se 
doit  purger  est  le  commencement  du 
printemps  et  d’automne  : parce  que 
les  goûtes  sont  communément  es- 
meués  en  ces  temps  là,  selon  l’autlio- 
rité  d’Hippocrates  et  l’experience. 
Car  en  automne  elles  sont  excitées, 
parce  qu’en  esté  la  facultéconcoctrice 
a esté  fort  débilitée  , à cause  de  l’air 
ambiens  qui  attire  hors  nostre  cha- 
leur naturelle  : ioint  qu’en  ce  temps 
d’esté,  nous  vsons  volontiers  de  fruits 
crus,  qui  engendrent  grande  quan- 
tité de  crudités  et  corruption  en  la 
masse  sanguinaire:  lesquelles  en  au- 
tomne (à  cause  de  la  froidure  exté- 
rieure) s’assemblent  au  dedans,  puis 
montent  à la  teste,  et  après  par  leur 
grauité  et  pesanteur  retombent  aux 
ioinlures,  lesquelles  alors  reçoiuent 
plus  facilement  la  fluxion,  pouree  que 
par  la  chaleur  de  l’esté  s’est  fait  di- 
latation des  conduits,  et  par  l’intem- 
perature  inégalé  d’automne  les  arti- 
cles sont  fort  débilités.  Au  printemps 
les  humeurs  s’esmeuuent,  pouree  que 
par  la  froidure  d’hyuer  ils  ont  esté 
serrés  et  comprimés  au  dedans  du 
corps:  et  estans  subtiliés  et  eschauf- 
fés,  au  printemps  ils  sortent  hors  du 
centre,  et  courent  aux  jointures.  Par- 
quoy  il  est  besoin  en  ce  temps-là  pur- 
ger et  saigner  les  goutenx,  si  on  voit 
qu’il  soit  necessaire,  comme  auons  dit, 
à fin  de  vacuer  les  humeurs  qui  cau- 
sent les  goûtes.  Car  en  ce  temps  les 


humeurs  s'espandent,  et  sont  esmeus 
et  préparés  à euacuation  , par  la- 
quelle si  on  ne  cure  et  garde  de  ve- 
nir les  douleurs  arthritiques , pour  le 
moins  elles  en  seront  beaucoup  moin- 
dres. 


CHAPITRE  XIV. 

BV  VOMISSEMENT  *. 

Tous  les  anciens  ont  fort  approuué 
le  vomissement  sur  toutes  autres  pur- 
gations , lorsque  principalement  la 
cause  des  goûtes  prouient  du  cerueau 
eide  l’estoinach.  Car  pariceluyilsefait 
euacuation  et  diuersion  des  humeurs 
pituiteux,  sereux  et  choler  ques,  qui 
detluent  plus  communément  que  les 
autres  humeurs  aux  iointures.  Pa- 
reillement le  vomissement  atténué  le 
phlegme  gros  et  visqueux  contenu  en 
l’estomach,  et  partant  il  est  loué , 
tant  au  commencement  qu’à  l’ac- 
croissement, estât  et  déclinaison  , et 
aussi  tant  à la  preseruation  qu’à  la 
curation  des  goûtes,  et  deliure  de 
plusieurs  autres  maladies,  et  purge 
i’hunieur  virulent, comme  nousmons- 
trerons  au  traité  de  la  Peste.  Tu  pren- 
dras toutesfois  garde  que  le  patient 
n’ait  le  thorax  et  le  cerueau  debiles  : 
car  en  ce  cas  le  vomissement  seroit 
suspect. 

Et  pour  le  regard  de  l’ordre  et. 
temps  qu’il  conuienl  vomir,  ceux-là 
doiuent  vomir  auant  le  past,  ausquels 
pour  quelque  exercice  que  ce  soit,  ou 
autre  mouuement,  les  excremens 
Huent  en  l’estomach  : au  contraire 

1 Ce  chapitre  était  confondu  avec  le  pré- 
cédent en  1575;  il  en  a été  séparé  en  1579. 


-DES  GOVTES. 


doiuent  vomir  après  le  pasl,  ceux  qui 
ont  amassé  grande  quantité  d’hu- 
meurs pituiteuses.  le  loué  plus  le  vo- 
missement après  la  prise  des  viandes, 
qu’à  ieun,  parce  qu’il  faut  plus  grand 
effort  à ietter  la  pituite  qui  est  contre 
les  parois  de  l’estomach  estant  vuide, 
que  lors  qu’il  est  plein  de  viande  : et 
par  le  vomissement  qui  est  fait  par 
force,  y a danger  qu’il  ne  se  rompe 
quelque  veine  ou  arlere  de  la  poi- 
trine ou  des  poulinons.  D’auantage, 
à ceux  qui  ont  la  poitrine  eslroitte  et 
le  col  long,  en  temps  d’hyuer  le  vo- 
missement est  contraire,  s’ils  ne  l’ont 
accoustumé,  et  que  nature  ne  tendist 
à se  descharger  par  telle  voye.  Et  faut 
que  le  patient  vomisse  de  quinze 
iours  en  quinze  iours,  plus  ou  moins, 
selon  la  répétition  et  vexation  de  la 
goûte. 

Or  il  me  souuienl  auoir  pensé  en 
cesle  ville  vn  gentil-homme  geneuois, 
lequel  auoitvneextreme  douleur  à la 
ioinlure  de  l’espaule  senestre,  auec 
impotence  de  tout  le  bras,  et  auoit  ja 
esté  traité  par  plusieurs  médecins  et 
chirurgiens , tant  de  Lyon  que  de 
ceste  ville  : et  me  récita  que  pour  luy 
oster  sa  douleur,  il  auoit  esté  purgé, 
saigné,  et  auoit  fait  diele,  tant  par  le 
gaiac  que  par  l’esquine , et  qu’on  luy 
auoit  fait  plusieurs  applications  sur 
le  lieu  de  sa  douleur  : neanlmoins  ne 
luy  auoienl  toutes  ces  choses  rien  ou 
peu  profité.  Sur  quoy  ie  luy  deman- 
day  s’il  n’auoil  point  eu  la  grosse  vé- 
role , à cause  de  sa  douleur  qui  estoit 
plus  grande  la  nuit  que  le  iour , par- 
ce que  la  cause  estoit  vne  pituite  et 
matière  froide  : il  m’afferma  que  non  : 
et  ayant  entendu  tous  les  remedes 
qui  luy  auoient  esté  faits  , et  ce  par 
gens  doctes,  ne  luy  sçauois  qu’ordon- 
ner, fors  que  le  vomissement.  Et 
m’ayant  dit  qu’il  estoit  difficile  à vo- 


225 

mit-,  ie  luy  conseillay  qu'il  crapulast, 
et  mangeast  plusieurs  et  diuerscs 
viandes  au  souper,  auec  oignons,  po- 
reaux,  et  semblables  : puis  qu’il  beust 
d’autant , et  de  diuers  vins , à sçauoir 
doux  et  aigres  : pource  que  la  grande 
quantité  et  diuersilé  de  viandes  et  de 
breuuage  est  cause  du  vomissement, 
à raison  qu’aucunes  sont  cuites  et 
pourries  les  vnes  deuant  les  autres , 
et  la  grande  quantité  ne  permet  icel- 
les estre  digérées  en  l’estomach.dont 
s’ensuit  qu’on  vomit  plus  aisément. 
Aussi  luy  ordonnay  qu’aprés  cela  il 
se  couchast  assez  tost , et  qu’à  son 
premier  resueil  il  se  prouoquast  à vo- 
mir, mettant  vne  plume  ou  le  doigt 
en  la  gorge,  à fin  que  plus  aisément 
il  iettast  auec  sa  viande  le  phlegme 
gros,  visqueux  et  sereux,  et  qu’il  fist 
cest  excès  par  deux  ou  trois  iours  sui- 
uans:  pource  qu’en  ce  faisant  (comme 
dit  Hippocrates J)  le  second  et  le  tiers 
iour  peuuent  pousser  ce  qui  reste  du 
premier.  Et  luy  dis  qu’il  continuast 
ce  vomissement  vne  fois  ou  deux  le 
mois , et  qu’il  prist  en  sa  bouche  et 
maschast  par  fois  du  mastic  à ieun,  à 
fin  qu’il  fist  par  ce  moyen  euacuation 
et  diuersion  de  l’humeur  qu’il  senloil, 
disoit-il,  couler  de  la  teste  sur  son  es- 
paule.  Semblablement  qu’il  frotlast 
sa  nucque  et  son  espaule  d’eau  de  vie, 
en  laquelle  on  auroit  infusé  rosma- 
rin,  lauande,  doux  de  girofle,  vn  peu 
concassés  : pareillement  qu’il  fist  exer- 
cice médiocre  de  son  bras.  Quelque 
temps  après  ie  le  trouuay , et  me  dit 
qu’il  auoit  fait  ce  que  ie  luy  auois 
conseillé,  et  n’ auoit  iamais  trouué 
meilleur  moyen  pour  appaiser  sa  dou- 
leur et  la  perdre  : et  par  ainsi  fut 
du  tout  guari , s’aidant  autant  bien 

1 Hippocrates  au  Hure  De  ralione  vicias. 

— A.  P. 


III. 


1 5 


OO0  le  vingt-vnieme  livre, 


(le  son  bras  que  iamais  auoit  fait. 

Ceux  qui  ne  veulent  crapuler  pour 
leur  prouoquer  le  vomir,  boiront 
bonne  quantité  d’eau , en  laquelle 
aura  bouilli  des  raues,  auecques  de- 
mie once  d’oxymel  : toutesfois  ne  faut 
en  faire  coustume  , mais  suffira  deux 
ou  trois  fois  le  mois,  et  quand  le  ma- 
lade sentira  son  estomach  chargé,  et 
que  Nature  le  stimule  à ce  faire. 

Or  maintenant  il  nous  faut  pour- 
suiure  nostre  propos  de  la  curation 
preserualiue. 


CHAPITRE  XV. 

DIVERS  REMEDES  FOVR  LES  GOVTEVX  *• 

Le  malade  gouteux , pour  garder 
que  les  humeurs  sereux  et  pituiteux 
ne  coureut  aux  iointures,  vsera  quel- 
quesfois  de  choses  diurétiques,  pour 
les  faire  vuider  par  les  vrines,  comme 
sont  racines  d’ozeille,  persil , fenoüil , 
bruschus,  asperges,  gramen  (autre- 
ment dit  dent  de  chien)  et  leurs  sem- 
blables : lesquels  seront  faits  bouillir 
aux  potages,  et  seront  donnés  au  ma- 
lade. Sur  quoy  faut  sçauoir  que  quand 
le  patient  a grand  flux  d’vrines,  et 
qu’elles  sont  espaisses , ses  douleurs 
cessent. 

Aussi  aucuns  des  anciens  comman- 
dent ( ce  que  i’ay  fait  plusieurs  fois  ) 
faire  des  vlceres  auec  cautères  poten- 
tiels , et  les  tenir  ouuertes  , à fin  de 
donner  issue  à euacuer  le  virus  qui 
fait  les  goûtes  : pour  ce  que  par  telles 
ouuertures  le  virus  s’escoule.  Ainsi 
que  voyons  aux  verollés , lorsqu’ils 
ont  vlceres  qui  coulent,  ils  ne  sentent 

1 Ce  chapitre  était  confondu  avec  les 
deux  précédents  en  1575;  ilenaété  séparé  en 
1579. 


sans  comparaison  tant  de  douleur 
que  lorsqu’ils  n’en  ont  point:  ou  au- 
ront esté  consolidés  sans  auoir  osté 
ledit  virus  par  son  alexitere,  qui  est 
le  vif-argent , par-ce  que  par  icelles 
ouuertures  découlé  et  s’euacue  por- 
tion du  virus  verolique  : tout  ainsi 
aduient  aux  goules , lorsqu’on  leur 
aura  fait  des  ouuertures  : lesquelles 
seront  diuersifiées  selon  la  diuersité 
des  lieux  par  où  se  fait  la  fluxion. 
Exemple  : si  la  fluxion  se  fait  du  cer- 
ueau  tombant  sur  les  os  clauiculaires, 
l’ouuerture  se  fera  par  derrière  le 
col  : et  si  elles  tombent  sur  les  ioin- 
tures des  espaules  et  aux  coudes , ou 
sur  les  mains , ou  appliquera  les  cau- 
tères au  dessous  des  muscles  epomis  : 
et  si  elle  tombe  à la  hanche  ou  aux 
genoüils  et  aux  pieds  , ils  seront  ap- 
pliqués trois  doigts  au  dessous  des  ge- 
noüils partie  intérieure,  pourueu  que 
le  patient  n’ait  pas  à faire  grand 
exercice  : pource  qu’estant  faite  l’ou- 
uerture  en  ce  lieu , il  se  fera  plus 
grande  euacuation , â cause  de  la 
veine  saphene  qui  est  en  telle  partie. 
Au  contraire,  si  c’est  vn  ieune  homme 
auquel  il  soit  necessaire  de  beaucoup 
trauailler  et  aller  à cheual , l’ou- 
uerture  se  fera  en  la  partie  extérieure 
entre  les  dcuxfociles,  à fin  que  l’es- 
triuiere  et  la  selle  du  cheual  ne  luy 
soit  trop  moleste  et  douloureux. 

Or  telles  ouuertures  se  feront  par 
cautères  actuels  ou  potentiels,  selon 
qu’on  verra  estre  necessaire, et  la  vo- 
lonté du  malade.  Si  on  veut  vser  de 
l’actuel,  il  sera  de  figure  triangle, 
tranchant  et  aigu,  à fin  que  plus 
promptement  il  face  son  operation , 
et  à moins  de  douleur.  D’auantage  , 
il  se  peut  mettre  vne  piece  de  fer 
trouée  sur  l’endroit  où  l’on  veut  ap- 
pliquer le  cautere,  laquelle  seruira 
qu’il  ne  touche  sinon  qu’au  lieu  où 


DES  GOVTES. 


l'on  vent  qu’il  soit  appliqué  , comme 
nous  auons  dit  au  chapitre  de  YÆgi- 
lops 1 : et  sera  tenue  l’vlcere  ouuerte, 
y mettant  dedans  vne  petite  ballotte 
faite  d’or  ou  d’argent,  ou  de  racine 
d’iris,  ou  d’hermodactes,  ou  de  liege, 
ou  de  gentiane , ou  de  cire,  auec  la- 
quelle on  incorporera  poudre  de  vi- 
triol , mercure,  ou  alun , de  peur  que 
l’vlcere  ne  se  consolide , iusques  à la 
volonté  du  malade,  et  conseil  du  mé- 
decin et  chirurgien  2. 

D’auantage,  il  faut  purger  le  ecr- 
ueau  (qui  est  le  plus  souuent  la  fon- 
taine de  ce  mal  ) vne  fois  le  mois , 
auec  pilules  cochées,  et  d’assajerel  en 
hyuer  : et  en  esté  de  pilules  sine  quibus, 
ou  impériales,  desquelles  la  dose  sera 
vne  drachme  deuant  la  pleine  lune  : 
et  le  lendemain  on  prendra  vn  bouil- 
lon de  pois  chiches  auec  racines 

1 C’est  le  chapitre  16  du  livre  des  Opera- 
tions. Voyez  tome  II,  page  432. 

2 On  ne  soupçonnerait  guère  qu’il  fallût 
chercher  dans  le  livre  des  Goules  la  descrip- 
tion d’un  procédé  pour  établir  un  cautère. 
J’ajouterai  ici  que  Paré  semble  avoir  ima- 
giné quelques  uns  des  pois  artificiels  qu’il 
recommande  ; du  moins  on  trouve  dans  les 
Dix  liures  de  chirurgie  de  1664,  fol.  222,  v., 
la  figure  suivante,  que  l’auteur  a complè- 
tement oubliée  dans  ses  oeuvres  complètes. 


Il  y avait  quatre  de  ces  boulleties,  comme 
il  les  appelle,  mais  qui  ne  différaient  abso- 
lument que  de  volume.  On  lisait  au-dessous: 
Boulleties  failles  d’or  ou  d’argent  pour  tenir 
vn  vlcere  ouuert  en  quelque  partie  de  nostre 
corps,  auec  vn  petit  lien,  pour  les  tirer  dehors 
Je  n’ai  pas  trouvé  d’endroit  plu6  convena- 
ble pour  cette  figure  que  celui-ci. 


227 

aperitiues  et  diurétiques.  L’vsage  des 
diurétiques  est  bon , pour  ce  qu’ils 
purgent  les  superfluités  sereuses  de 
la  seconde  et  tierce  digestion.  On 
peut  semblablement  vser  d’autres  pi- 
lules, qui  ont  vertu  de  purger  l'hu- 
meur pituiteux  et  sereux , comme 
celles-cy. 

if.  Pilularum  fœlidarum  et  de  hermodact. 
ana  3,  O . 

Misce,  et  cum  succo  vel  syrupo  rosarum  so- 
lutiuo  formentur  pilulx. 

Autres. 

"if.  Aloës  Z.  iij. 

Agarici  trochisc.  rhabarb.  ana  3.  j. 
Massæ  pilularum  arthriticarum,  et  de 
hermo.  ana  9 . ij. 

Diagredij  9 j. 

Cum'mcllerosato,  fiat  massa. 

Desquelles  en  sera  donné  au  malade 
vne  dragme,  plus  ou  moins , selon  la 
force  et  vertu. 

Les  remedes  purgatifs  seront  chan  - 
gés  selon  que  le  docte  Médecin  verra 
estre  besoin  à purger  les  humeurs  su- 
perflus qui  causent  les  goûtes  : comme 
si  la  cholere  en  est  cause,  on  vsera  de 
remedes  cholagogues  : et  entre  tous, 
le  catholicum  est  loué , et  les  pilules 
communes.  Et  après  pour  roborer  les 
parties  intérieures,  on  donnera  demie 
dragme  de  theriaque,  trois  heures  de- 
uant le  past. 

Or  il  faut  icy  entendre  que  pour 
purger  le  cerueau,les  pilules  ont  esté 
plus  louées  des  anciens  que  les  autres 
médecines  liquides , à cause  qu’elles 
demeurent  plus  longuement  en  l’es- 
tomach  à faire  leur  operation  : et 
par  ce  moyen  elles  attirent  mieux 
du  cerueau  et  des  parties  lointaines 
l’humeur  qui  doit  estre  deriué  et  eua- 
cué  par  le  siégé.  l’ay  conneu  aucuns 
qui  ont  vsé  des  pilules , ausquelles  y 


•228 


LE  VINGT -VNIÉME  LIVRE 


entroit  bonnequanlitéde  scammonée, 
à sçauoir  , sept  ou  huit  grains  pour 
vne  prise , lesquels  après  iettoient 
grande  quantité  d’eau  et  sérosités  : 
et  pareillement  ausdites  pilules  y en- 
troit du  gingembre  , de  peur  qu'elles 
ne  fissent  mal  à l’estomach.  Or  en  tel 
cas,  après  la  prise  et  operation,  on 
baillera  à manger  au  malade  vu  peu 
d’orge  mondé , pource  qu’il  adoucit 
et  lenit  les  parois  de  l’estomacb,  qui 
pourroit  auoir  esté  blessé  desdites  pi- 
lules. Et  le  lendemain  on  pourra  pa- 
reillement bailler  du  theriaque  la 
grosseur  d’vne  féue  : laquelle  ne  con- 
forte pas  seulement  la  débilité  de  l’es- 
tomach , procedente  des  purgations, 
maisaussi  corrige  le  virus  arthritique. 
Il  ne  faut  pareillement  omettre  qu’a- 
prés  le  past  faut  vser  de  dragée  de 
fenouil,  anis  et  coriandre,  ou  cotignac, 
ou  conseruede  roses,  à fin  de  rabbat- 
tre  les  fumées  qui  montent  de  l’esto- 
mach  au  cerueau.  Semblablement  on 
vsera  de  parfums  en  temps  humide, 
lesquels  seront  ainsi  faits: 

"if.  Thuris,  vernicis  et  mast.  ana  3.  j. 

Granorum  iunip.  bacc.  lauri  ana  § . G. 

Ligni  aloës  3.  ij. 

Assæ odoralæ  5.  j.  fi  . 

Conquassenlur  grosso  modo. 

Et  en  soient  parfumées  eslouppes 
de  chanure , ou  cotton  cardé,  et  soient 
posées  chaudement  sur  la  leste.  D’a- 
uantage,  on  pourra  frotter  la  teste 
du  patient  de  ceste  poudre  par  l’es- 
pace de  quinze  iours,  plus  ou  moins, 
à fin  de  tousiours  desseicher  les  humi 
dités  superflues  : 

2 f.  Rosarum  rubr.  folior.  senæ,  stœchados 
utriusque  ana  m.  fi . 

Milij  g . iiij. 

Furfuris  loti  in  vino  albo  g . iij. 

Flor.  camom.  melil.  ana  p.  j. 


Sem.  anisl  J.  j. 

Salis  comm.  § . ij. 

Soit  faite  poudrequ'on  mettra  en  pe- 
tits sachets  de  toile  ket  les  fera-on  es- 
chauffer  dedans  vne  poésie,  etd’iceux 
on  frottera  la  teste  au  malin.  On  peut 
aussi  vser  des  pilules  qui  ensuiuent  : 

Pulu.  hieræ  simplicis  3.  j. 

Agarici  recentertrochiscatiet  rhabarbari. 
electi  ana  3.  ij . 

Mirabalanorum,  ehebularum  3.  fi. 

Tamarindorum  3.j. 

Cum  infusione  senæ  fiat  massa,  et  ex  ea  for- 
menlur  pilulæ  vj.  pro  drachma. 

Capiat  duasante  cœnam  octauo  quoquedie. 

On  peutd’auantage  prendre  au  ma- 
tin, au  temps  de  la  fluxion,  vne  pilule 
de  la  composition  suiuante,  la  tenant 
vn  quart  d’heure  en  la  bouche,  la 
maschant , et  crachant  continuelle- 
ment ce  qui  aura  esté  attiré  et  deriué 
en  la  bouche: 

lf.  Cubebarum  , nucis  moscatæ  , glycyr- 
rhizæ,  anisi  ana  3 

Pyrelhri  3.  j. 

Masticbes , radicis  staphisagriæ  , eryn- 
gij  ana  3.ij. 

Toutes  ces  choses  soient  puluerisées 
et  meslées  ensemble , et  en  soit  fait 
des  petits  noüetsenlre  deux  linges  ou 
taffetas,  et  soient  formées  petites  pi- 
lules de  la  grosseur  d’vne  auelaine. 

Et  pour  obtondre  la  virulence  de 
l’humeur  qui  cause  les  goules,  on 
doit  prendre  quelque  peu  de  theriaque 
par  intcrualle  , auec  de  la  conserue 
de  roses,  ou  de  fleurs  de  rosmarin, 
parce  qu’il  consomme  vne  partie  des 
humeurs  superflus,  et  rectifie  et  ob- 
tond  l’intemperature  du  virus  arthri- 
tique , comme  nous  auons  dit  cy  des- 
sus. 


DES  GOVTES. 


CHAPITRE  XVI. 

DE  LA  MANIERE  DE  VIVRE  DES  GOVTEVX. 

Il  ne  faut  manger  viandes  sur 
viandes,  c’est  à dire  que  la  digestion 
ne  soit  faite  en  l’estomach , de  peur 
que  le  foye  n’attire  les  crudités  par 
les  veines  mezaraïques,  dont  le  nour- 
rissent nt  du  corps  demeure  cru  et 
insalubre.  Et  faut  icy  noter  que  la 
seconde  digestion  ne  corrige  point  la 
première,  ny  la  tierce  la  seconde  ». 
Les  viandes  doiuent  estre  de  bon  suc 
et  de  facile  digestion,  et  doiuent  estre 
rosties  pour  les  pituiteux  : mais  pour 
les  sanguins,  cholériques , et  melan- 
choliques,  plustost  bouillies  que  ros- 
ties. II  faut  euiter  la  variété  des  vian- 
des en  vn  repas  : aussi  tous  legumes , 
le  Iaict  et  le  fromage  , et  toutes  cho- 
ses acides,  comme  verjus,  vinaigre, 
orenges , citrons  et  leurs  semblables , 
si  ce  n’est  en  petite  quantité.  Le  ma- 
lade ne  doit  manger  s’il  n’a  appétit  : 
aussi  il  ne  mangera  iusques  à satiété, 
mais  se  leuera  de  table  auec  appétit. 
Il  euitera  de  manger  grands  oiseaux, 
comme  cygnes,  grues,  paons,  et  leurs 
semblables  : car  ils  sont  de  difficile 
digestion,  et  engendrent  mauuais  suc. 
Les  anciens  défendent  l’vsage  ordi- 
naire de  chapons,  et  autres  poulailles, 
parce  qu’elles  sontsouuent  vexées  de 
podagre:  de  quoy  l’experience  fait 
foy.  Les  poissons  ne  leur  sont  bons, 
parce  qu’ils  engendrent  beaucoup  de 
superfluités,  et  aussi  se  corrompent 
facilement , et  engendrent  phlegmes, 
et  amollissent  et  relaxent  1 estomach. 
Les  moins  nuisibles  sont  ceux  que 
déclarerons  au  chapitre  du  régime  de 

' Axiome  en  médecine.  — A.  P. 


2 29 

la  peste.  Or  entre  les  bestes  à quatre 
pieds,  le  veau  est  recommandé,  parce 
qu’il  engendre  bon  suc  et  vn  sang 
bien  tempéré,  ioint  qu'il  est  de  facile 
digestion.  Le  mouton  pareillement 
est  bon. 

Or  il  faut  icy  noter  que  lesgouteux 
doiuent  tenir  grand  régime,  tant  au 
manger  qu’au  boire  : toutesfoisilfaut 
auoir  esgard  au  tempérament  d’vn 
chacun,  diuersifiant  les  alimens,  tant 
en  quantité  qu’en  qualité.  Car  les 
cholériques  et  sanguins  (pource  qu’ils 
ont  la  chaleur  forte,  et  qu’ils  con- 
somment beaucoup)  ont  besoin  de 
manger  d’auantage , parce  que  le 
ieusner  rend  la  cholere  plus  acre,  et 
par  conséquent  augmente  les  dou- 
leurs. D’autre  part,  il  ne  faut  pas 
qu’ils  vsent  de  viandes  trop  humides  : 
car  leur  humidité  aggrandit  la 
fluxion,  et  pourrit  les  humeurs,  et 
les  fait  couler  aux  jointures.  On  doit 
espaissir  la  cholere,  tant  par  medica- 
mens  pris  par  dedans  que  par  dehors, 
de  peur  que  par  sa  tenuité  elle  ne 
coule  plus  facilement  aux  Jointures. 
Les  phlegmaliques,  qui  ont  la  chaleur 
debile,  portent  presque  leur  aliment 
auec  eux,  et  endurent  mieux  leieusne: 
aussi  le  régime  humide  leur  nuit 
beaucoup  , d’autant  qu’il  augmente 
les  defluxions.  Neantmoins  aux  uns 
et  aux  autres  on  aura  esgard  qu’on 
ne  leur  baille  rien  qui  soit  de  difficile 
concoction  et  de  facille  corruption. 
Car  à raison  de  la  douleur,  ils  ont  le 
plus  souuent  vnefiéure  lente,  laquelle 
diminue  leur  chaleur  naturelle,  et  est 
cause  de  conuertir  leurs  alimens  à 
pourriture.  D'abondant , il  se  faut 
bien  garder  de  leur  donner  trop  d’ali- 
mens,  où  la  chaleur  naturelle  estant 
occupée  à la  digestion  d’iceux , fait 
moindre  concoction  des  humeurs  qui 
causent  les  goûtes,  et  ne  les  peut  sur- 


23o 


LE  VINGT-VNIÈME  LIVRE, 


monter.  Par  quoy  les  cholériques  et 
sanguins  vseronl  de  viandes  de  bon 
suc  et  de  facile  digestion  , lesquelles 
seront  froides  d’elies  mesmes , c’est  à 
dire  de  leur  faculté,  ou  seront  altérées 
par  herbes  froideset  humides,  comme 
laictue,  pourpier,  ozeiile , et  leurs 
semblables  : aussi  les  semences  froi- 
des concassées  seront  mises  en  leurs 
potages.  Ils  pourront  vser  d’orge 
inondé,  dans  lequel  on  mettra  pareil- 
lement semences  froides. 

Ceux  qui  ont  perdu  vne  partie  de 
leur  corps,  comme  vn  bras  ou  vne 
iambe,  ou  si  elle  est  atrophiée,  ne 
' doiuent  tant  manger  ny  boire  qu’ils 
faisoient  lors  que  leur  corps  estoit 
entier  : car  la  nourriture  qui  auoit 
coustume  d’aller  à telle  partie,  coule 
soutient  sur  les  iointures,  et  cause  la 
goûte.  Et  pour  abbreger,  ceux  qui 
sont  de  bonne  habitude,  et  qui  viuent 
sobrement,  tenans  bon  régime,  sont 
peu  vexés  de  goûte:  mais  ceux  qui 
sont  fort  replets  et  bien  nourris  sans 
exercice,  et  excessifs  en  bonnes  et 
diuerses  viandes,  ou  qui  se  nourris- 
sent de  mauuaises , sont  volontiers 
gou  teux. 


CHAPITRE  XVII. 

DV  BOIRE  DES  GOVTEVX. 

Ceux  qui  sont  suiets  aux  goûtes 
se  doiuent  bien  garder  de  boire  trop, 
non  seulement  de  vin  , mais  aussi  de 
tout  breuuage  : car  cela  fait  nager  la 
viande  en  l’estomach,  et  empesclie  et 
esleint  la  chaleur  naturelle  , à cause 
dequoy  la  concoction  est  plus  diffi- 
cile : et  de  là  s’ensuiuent  grandes 
crudités,  dont  sont  engendrés  beau- 
coup d’humeurs  sereux  et  subtils,  les- 


quels facilement  coulent  aux  ioin- 
tures. Aucuns  médecins  ordonnent 
boire  du  vin  blanc,  pource  qu’il  ex- 
cite les  vrines,  ce  qui  n’est  à reietter, 
moyennant  que  le  corps  soit  pur  et 
net  : mais  s’il  y a plusieurs  excre- 
mens  et  crudités  (et  que  ce  soit  à vn 
corps  de  température  chaude)  par  tel 
vin  seront  portées  aux  iointures  , et 
exciteront  les  goûtes.  Earquoy  en  tel 
cas  il  le  faut  du  tout  euiter,  s'il  n’es- 
toit  clairet,  petit,  debile  et  astringent, 
à fin  qu’il  bouche  les  orifices  des 
veines  et  arteres,  de  peur  que  les  hu- 
meurs cholériques  et  sereux  ne  dif- 
fluent  facilement  aux  iointures.  El  si 
le  patient  veut  du  tout  s’en  abstenir  , 
ce  sera  le  meilleur:  et  en  lieu  d’ice- 
luy,il  vsera  d’hydromel  fait  ainsi  : 

If.  Aquæ  Ib.  iiij, 

Mellis  optimi  q.  s. 

Rulliant  ad  consumpiionem  libræ  vnius , 
bene  despumando , adde  saluiæ  p.  6. 

Et  où  le  patient  seroit  de  tempéra- 
ture phlegmatique , on  y adioustera 
de  la  canelle,  et  vn  peu  de  muguetle, 
et  clou  de  girofle.  Et  pour  les  cholé- 
riques, on  fera  hippocras  d’eau  en 
ceste  maniéré  : 

Aquæ  fonds  ft.  iiij. 

Sacchari  B>.  G. 

Colentur  per  manicam  hippocratis  sine 
ebullitione , addendo  in  fine  cinna- 
momi  3.  ij. 

Et  luy  seruira  aussi  grandement  à 
roborer  l’estomach.  On  peut  aussi  leur 
faire  vser  de  ptizane , en  laquelle  en 
la  fin  de  la  cuisson,  on  mettra  vn  peu 
de  roses  seiches,  ou  de  syrop  de  gre- 
nades, de  peur  qu’elle  ne  soit  rendue 
bilieuse  au  ventricule:  et  subit  qu’elle 
sera  tirée  hors  du  feu,  la  faut  laisser 
reposer,  et  puis  la  couler  par  vne 


DES  GOVTES. 


manche  de  drap , ou  seruiette  blan- 
che. Les  phlegmatiques  doiuent  pa 
reillement  vser  de  viandes  de  bon 
suc  et  de  bonne  digestion-:  mais  faut 
qu’elles  soient  chaudes  de  leur  na- 
ture , ou  altérées  de  choses  chaudes, 
pourueu  qu’ils  n’ayent  fiéure  ou 
gi  ande  chaleur,  à raison  de  la  grande 
douleur  : car  alors  il  se  faut  garder 
d’alimens  chauds.  Et  pour  ces  causes, 
la  maniéré  de  viure  sera  diuersifiée 
selon  l’aduis  du  docle  médecin , et 
laissera-on  la  propre  curation  pour 
subuenir  à l’accident.  Et  aussi  il  fau- 
dra par  coniecture  artificielle  chan- 
ger tous  les  remedes , tant  ceux  qui 
sont  pris  par  dedans  qu’appliqués 
par  dehors , selon  que  la  disposition , 
le  tempérament  et  les  accidens  le  re- 
querront : et  à la  fin  de  table , vse- 
ront  de  chair  de  coings,  parce  qu’elle 
a puissance  de  defendre  que  les  va- 
peurs ne  montent  de  l’estomach  au 
cerueau.  Et  combien  que  de  sa  na- 
ture elle  eslreigne , toutesfois  estant 
prise  après  le  past,  elle  lasche  le  ven- 
tre , pource  qu’en  resserrant  l’esto- 
macli  par  haut,  elle  aide  à faire  bonne 
digestion,  et  fait  aller  à la  selle. 

L’exercice  est  fort  profitable  contre 
les  goules , et  l’oislueté  est  mere  d’i- 
celles. Car  comme  le  fer  qui  est  laissé 
sans  eslre  manié,  bien  lost  se  roüille  : 
aussi  nostre  corps  estant  sans  s’exer- 
cer, so  remplit  d’humeurs  superflus , 
qui  est  souuent  cause  des  goûtes.  Ce 
qu'on  voit  par  expérience  , qu’entre 
mille  laboureurs,  et  autres  hommes 
de  grand  trauail  de  corps  , il  s’en 
trouue  peu  de  gouteux.  Et  partant  il 
faut  faire  exercice  au  matin , après 
qu’on  aura  rendu  ses  excremens.  Et 
ceux  qui  sont  suietsà  auoir  la  goule 
aux  pieds,  exerceront  les  bras.  Car  par 
ce  moyen  ne  se  fait  seulement  reso- 
lution et  consomption  des  excremens 


23  1 

qui  sont  aux  parties  du  corps , mais 
aussi  se  fait  reuulsion  d’iceux.  Il  faut 
aussi  euiter  les  passions  de  l’ame, 
comme  cbolere  , tristesse,  et  autres, 
L’acte  venerien  doit  estre  du  tout  dé- 
laissé, pour  les  causes  qn’auons  ex- 
posées par  cy  deuant  : mais  ceux  qui 
à cause  du  mariage  ne  s’en  pouucnl 
exempter,  en  vseronl  après  que  la  di- 
gestion sera  faite  en  l’estomacb,  et  s’y 
gouuerneront  si  bien,  qu’il  ne  leur 
fera  qu’vn  peu  de  mal. 


CHAPITRE  5vVlII. 

POVR  ROBORER  LES  I01NTVRES. 

Il  reste  pour  la  cure  prescruatiue 
parler  delà  roboration  des  iointures, 
à fin  qu’elles  puissent  résister  aux 
humeurs  qui  tombent  sur  icelles.  Et 
pour  ce  faire,  il  est  bon  de  les  frotter 
soir  et  malin  d’huile  d’oliues  non 
meures,  appellée  oleum  omphacirnun, 
ou  d’huile  rosat,  ausquelles  on  in- 
corporera sel  commun  bFoyé  subtile- 
ment : on  le  pourra  aussi  mesler  auec 
huile  commune,  et  y adiouster  de  la 
limature  de  corne  de  cerf,  parce 
qu’elle  desseiche  et  astreint.  Aussi 
est  bon  de  lauer  les  iointures  de 
lexiue  faite  en  cesle  maniera  : 

if.  Corticum  granatorum,  nucum  cupressi, 
gallavum  , sumach  , corlicis  quereini , 
ana  3 . ij. 

Salis  communis,  aluminis  rochæ  ana  § .j. 

Saluiæ,  rorismarini,  lauandulæ , lauri , 
iuæ  arthriticæ  ana  m.  j. 

Rosarum  rubrarum  m.  £>. 

Toutes  ces  choses  soyent  boiiillies 
ensemble , en  six  liures  de  gros  vin 
astringent,  etlexiue  faite  d’eau,  ferrée, 


232  Le  VJNGT-VN1EME  LIVRE 


auec  cendre  de  chesne:  et  de  ceste 
décoction,  on  fera  fomentation  auec 
feutres  ou  esponges.  Et  icelle  faite, 
faut  bien  essuyer  les  parties  auec 
linges  chauds,  et  se  garder  du  froid. 

Le  suc  de  senelles  vertes  délayé 
en  oxycrat,  est  vn  remede  singulier. 
Aussi  pour  roborer  vne  partie  débi- 
litée de  cause  froide,  on  prendra  de 
l’eau  de  vie , et  vin  vermeil  fort  as- 
tringent, ausquels  on  fera  infuser  et 
tremper,  ou  faire  bouillir  in  balneo 
Marias , 

"if..  Sauge,  rosmarin,  thym  , lauanrle,  lau- 
rier, absinthe,  ana.  m.  j. 

Cloux  de  girofle,  gingembre,  poiure, 
tout  concassé  ana.  5 j. 

Et  seront  les  iointures  fomentées  de 
ceste  mixture  chaude,  soir  et  matin,  à 
fin  d’eschauff  r et  rectifier  l’intem- 
perature  délaissée  par  le  froid.  O11 
trouue  aussi  par  expérience, que  fou- 
ler la  vendange  conforte  fort  les  ioin- 
tures : et  qui  ne  le  peut  faire,  on  fo- 
mentera les  pieds  de  vin  recent  pris 
en  la  cuue.  On  peut  semblablement 
faire  des  petits  sachets,  dans  lesquels 
on  mettra  ce  qui  s’ensuit  : 

?f.  Salis  communis,  aluminis  rochæ,  corti- 
cum  granatorum  , sumach,  berb.  nu- 
cum  cup.  ana  5 . iiij. 

Foliorum  saluiæ,  rorism.  rosar.  rubrar. 
ana  m.  fl . 

Eulliant  omnia  simul  cum  lixiuio  , fiat  de- 
coctio,  pro  folu. 

Et  d’icelle  on  fomentera  les  ioin- 
tures auec  esponges  ou  feutre  , assez 
longuement.  Voila  ce  qu’il  me  semble 
pour  la  roboration  des  iointures,  à fin 
qu’elles  soient  fortifiées  contre  les 
fluxions. 


CHAPITRE  XIX. 

DE  LA  CVRE  PALLIATIVE  DES  GOVTES. 

Pour  bien  procéder  à la  curation 
de  ceste  maladie,  il  faut  considérer  la 
diuersité  des  causes  d’icelle , et  les 
temperamens  du  corps,  et  autres  cho- 
ses, lesquelles  11e  sont  tousiours  sem- 
blables, et  partant  ne  peuuent  estre 
curées  par  vn  seul  remede,  comme 
estiment  les  vulgaires  et  empiriques 
qui  veulent  d’vu  seul  remede  guarir 
toutes  especes  de  goules  : ne  consi- 
derans  pas  que  celles  qui  sont  faites 
de  matière  froide  accompagnant  le 
virus,  demandent  autre  maniéré  de 
curer  que  celles  qui  viennent  de 
matière  chaude  : aussi  celles  qui  sont 
faites  d’vn  humeur  simple,  que  celles 
qui  sont  faites  de  composé.  Car  celles 
qui  sont  faites  de  cholere  pure  , cau- 
sent douleurs  grandes  et  extrêmes  : 
mais  lors  qu’elle  est  mixlionnée  auec 
phlegme,  elle  n'est  tant  douloureuse. 
Plus  il  faut  autre  remede  au  com- 
mencement qu’à  l’accroissement  , et 
ainsi  des  autres  temps.  Semblable- 
ment selon  les  parties  où  sont  les 
goûtes  : car  en  la  schiatique  n’est  be- 
soin d’vser  de  medicamens  repercus- 
sifs , s’il  n’y  auoit  grande  inflamma- 
tion : ce  qu’on  peut  bien  faire  aux 
autres  parties.  Finalement  si  la  goûte 
vient  du  cerueau  , il  faut  vser  d’au- 
tres remedes  que  lors  qu’elle  vient 
du  foye  et  de  la  masse  du  sang. 

Cescboses  ainsi  premisesnous  com- 
mencerons la  cure,  non  proprement 
curatiue,  mais  pluslost  pallialiue 
( principalementde  celle  qui  vient  par 
héritage)  laquelle  consiste  en  quatre 
choses:  la  première,  à ordonner  le 


DES  GOVTES. 


233 


régime  sur  les  six  choses  non  naturel- 
les , selon  la  diuersité  des  causes  : la 
seconde,  à euacuer  et  diuertir  la  ma- 
tière antécédente, tant  par  médecines 
laxatiues,  que  par  saignées  , s’il  est 
besoin  : la  tierce  , p<y  deuëment  ap- 
pliquer les  remedes  locaux  et  parti- 
culiers, les  diuersifiantselon  l’humeur 
qui  cause  les  goûtes  , à sçauoir,  par 
remedes  chauds  aux  humeurs  froids , 
et  par  froids  remedes  aux  humeurs 
chauds,  en  les  changeant  aussi  selon 
les  quatre  temps  : à sçauoir,  commen- 
cement , accroissement,  estât,  et  dé- 
clinaison , comme  a esté  dit.  Et  s’il 
y a vne  intemperature  simple  sans 
matière,  on  appliquera  remedes  alte- 
ratifs,  sans  qu’ils  soient  vacualifs.  La 
quarte  est  corriger  les  accidens,et 
principalement  la  douleur , qui  en 
telle  affection  tourmente  extrême- 
ment les  pauures  goûteux,  voire  leur 
cause  quelquesfois  vne  mort  subite, 
si  le  virus  est  grand,  comme  nous 
auons  dit  cy  dessus. 

Orilfauticy  noter,  que  souuentle 
chirurgien  est  deceu  à connoistre  la 
cause  de  la  douleur  : car  en  appli- 
quant remedes  froids  et  narcotiques 
aux  goûtes  froides,  si  la  douleur 
s’appaise , on  estime  que  tel  humeur 
soit  chaud  : ce  qui  aduient  toutesfois 
à cause  que  tels  remedes  slupef/ent, 
endorment  et  ostent  le  sentiment  de 
la  partie,  encore  que  la  cause  de  la 
goûte  soit  froide.  Au  contraire  quel- 
quesfois nous  estimons  que  la  matière 
soit  chaude,  combien  qu’elle  soit  froi- 
de, pource  que  quand  nous  appli- 
quons medicamens  chauds,  ils  appai- 
sent  la  douleur,  en  raréfiant,  atté- 
nuant , resoluan  t,  et  dissipant  portion 
delà  matière  par  insensible  transpira- 
tion : et  parlant  à cause  de  l’aide  qui 
s’ensuit  de  ces  remedes  chauds,  on 
pourroit  penser  que  la  matière  seroit 


froide , à cause  de  ce  qu’on  dit  com- 
munément, Contraria  contrarias  cu- 
rantur  : et  au  contraire,  Similia 
similibus  conseruantur . Donc  pour  le 
dire  en  vn  mot,  l’indice  pris  des  cho- 
ses qui  aident  ou  nuisent,  est  souuent 
fallacieux  : d’abondant  il  découlé 
quelquesfois  vne  grande  quantité  de 
matière  froide,  laquelle  cause  grande 
douleur  : mais  c’est  à cause  du  virus, 
et  de  quelque  humeur  cholérique, 
qui  subtilie  et  conduit  l’humeur 
froid  et  visqueux  aux  iointures  : le- 
quel humeur  virulent  et  cholérique 
induit  la  douleur,  et  non  la  pituite  : 
et  à cause  de  la  douleur,  la  partie  est 
chaude  et  enflammée,  et  bien  sou- 
uent cause  fiéurc  , et  grande  altera- 
tion : et  alors  nous  croyons  que  la 
cause  principale  soit  chaude  , et  tou- 
tesfois elle  est  froide  : partant  nous 
sommes  souuentesfois  deceus  : et  ce 
qui  en  est  cause,  est  que  la  fluxion  des- 
cend par  les  nerfs  et  tendons,  ce  qui 
ne  nous  appert  par  dehors.  D’auan- 
tage  quand  les  humeurs  sont  meslés 
ensemble , quelquesfois  la  couleur 
de  la  partie  nous  déçoit  : car  combien 
qu’elle  nous  apparoisse  cilrine,  ou 
blaffarde  (ce  que  véritablement  ad- 
uient de  l’humeur  cholérique  , lequel 
aisément , à cause  qu’il  est  de  subtile 
et  ténue  substance,  est  ietté  du  pro- 
fond du  corps  à la  superficie  du  cuir  ) 
toutesfois  il  se  peut  faire  que  le 
phlcgme  sereux  découlé  aux  iointu- 
res, et  soit  la  principale  cause  de  la 
goûte,  à raison  qu’il  induit  vne 
grande  et  extreme  douleur,  princi- 
palement la  nuict , et  communément 
lors  qu'il  est  accompagné  d’vne  por- 
tion de  l’humeur  cholérique  : dont  le 
sang  et  les  esprits  s’esmouueront,  et 
se  monslreront  à la  superficie  du  cuir 
delà  partie  affectée,  qui  la  feront 
apparoistre  rouge  et  chaude.  D’auan- 


234  LE  VINGT-VNIliME  LIVRE 


tage,  au  moyen  de  la  douleur,  il  sur- 
vendra au  malade,  par  le  defaut  du 
repos  et  pour  la  grande  inquiétude, 
vue  fiéure , laquelle  liquéfié  et  subli- 
lie  l’bumeur,  et  l’eschauff'e , et  le  fait 
fluer  d’auantage  aux  jointures:  ioint 
aussi  que  l’vrine  sera  teinte,  et  le 
pouls  fort  esmeu , et  toulcsfois  la 
cause  du  mal  sera  froide:  et  parlant 
en  tout  cas  ce  seroit  grande  erreur  de 
vouloir  procéder  à la  cure,  comme 
si  la  cause  de  la  goûte  esloit  chaude. 
Vray  est  qu’il  faut  souuenl  laisser  la 
propre  cure  pour  suruenir  aux  acci- 
dens.  Au  contraire,  il  se  peut  faire 
que  la  cholere  soit  cause  du  mal , 
sans  toutesfois  que  la  couleur  de  la 
partie  affectée  demonstre  apertemenl 
icelle  : mais  pluslost  la  couleur  sera 
blanche , ou  plombine  , et  la  partie 
froide , à cause  du  froid  de  l’air  am- 
biens,  ou  de  quelque  application  de 
remede  froid,  qui  aura  fait  qu’elle 
représente  plustost  la  qualité  du 
phlegme  que  de  la  cholere.  Dont 
nous  concluons,  qu’il  ne  se  faut  ar- 
resler  tousiours  à la  couleur  et  froi- 
dure de  la  partie , pource  que  les  hu- 
meurs qui  sont  profonds  au  dedans 
d’icelle,  ne  changent  pas  tousiours 
en  couleur  le  dehors , si  ce  n’estoit 
qu'ils  perseuerassent  longtemps. 

Outre  plus,  il  aduient  souuenles- 
fois  que  le  corps  est  tant  rempli 
d’humeurs  gros,  espais,  visqueux, 
que  Nature  en  iette  vne  partie  aux 
iointures , et  en  laisse  vne  portion  au 
profond  du  corps,  à cause  de  l’imbé- 
cillité de  la  vertu  expultrice  : laquelle 
portion  estant  arrestée  en  quelque 
partie  intérieure,  fait  obstruction  et 
pourriture,  dont  est  engendrée  vne 
fiéure  intermittente,  c’est  à dire  qui 
a relasche  quelque  espace  de  temps 
entre  les  accès,  sçauoir  est,  si  elle  se 
fait  aux  petites  veines  : mais  elle  sera 


continue  si  cela  aduient  aux  gran- 
des veines.  Et  tellechose  aduenanl,  le 
médecin  et  chirurgien  ne  doiuent  pas 
considérer  la  maladie  articulaire, mais 
seulement  beaucoup  plus  la  fiéure  : la- 
quelle si  elle  est  continue  , apporte 
tousiours  danger  au  malade , et  des- 
honneur au  Médecin  : si  elle  est  inter- 
mittente, elle  passe  facilementen  con- 
tinue, si  on  n’y  donne  medicamens  pro- 
pres. Car  il  faut  alors  doucement  pur- 
ger le  ventre,  et  ouurir  la  veine,  si  le 
Médecin  connoist  qu’il  en  soit  besoin: 
puis  après  auoir  préparé  et  cuit  les 
humeurs,  on  donnera  au  patient  vne 
bonne  et  forte  purgation,  si  on  voit 
qu’il  en  soit  besoin.  le  dis  bonne  , de 
peur  que  la  maladie  articulaire  ne 
s’augmente  : ce  qui  aduient  souuent 
quand  on  ne  fait  qu’esmouuoir  les 
humeurs  sans  les  purger  : car  est  ans 
esmeus , ils  se  ietlent  tousiours  sur  la 
partie  affligée.  Partant  tout  cecy  gist 
en  la  contemplation  du  Médecin  et 
Chirurgien , lesquels  par  coniecture 
artificielle  connoistront  la  matière 
des  goûtes  : à sçauoir , par  la  couleur, 
par  le  toucher , par  l’aide  ou  nuisan- 
ce des  remedes  , par  le  régime  que  le 
patient  aura  auparauant  tenu  , par 
son  tempérament , aage , région,  par 
la  considération  du  temps  de  l’année, 
la  maniéré  de  la  douleur  , et  auquel 
temps  du  iour  elle  s’esmeut  et  est 
plus  grande , et  quel  est  son  période 
et  paroxysme:  aussi  par  leiugemcnt 
des  vrines  et  autres  superfluités  qui 
sortent  du  corps  du  malade  , ce  que 
nous  auons  par  cy  deuant  déclaré 
plus  particulièrement. 

Or  aucuns  disent  qu’il  ne  faut  pur- 
ger ny  saigner  les  gouteux  pendant 
leurs  grandes  douleurs , toutesfois 
il  est  aisé  de  prouuer  le  contraire. 
Car  veu  que  la  loy  de  Médecine  gist 
eu  addition  et  detraction  : et  que  la 


DES  GOVTES. 


235 


goûte  viertt  d'addition  et  d’augmen- 
tation d’humeurs  superflus  qui  ac- 
compagnent le  virus  arthritique , 
ioint  que  les  douleurs  ne  se  peuuent 
appaiser  sinon  quand  la  cause  en  est 
hors,  il  s’ensuit  nécessairement  que 
la  saignée  et  purgation  sont  grande- 
ment vtiles.  Metrius,  en  son  Traité  de 
la  goule , dit  qu’il  faut  tousiours  vser 
de  purgations  pour  vuider  et  euacuer 
l’humeur  superflu  , et  non  seulement 
en  la  déclination , mais  aussi  en  la 
force  et  vigueur  de  la  maladie  : ce 
que  nous  auons  trouué  par  expérien- 
ce estre  grandement  profitable,  et  pris 
d’IIippocrates,  disant  : Quand  il  y a 
douleur  , il  faut  donner  medecine  par 
bas  *.  Aussi  cela  se  peut  prouuer  par 
authorité  d’Hippocrates  , au  liure  De 
Affectionibus , parlant  de  Arthritide1  2. 
Et  semblablement  par  Galien  , au 
Comment,  sur  le  23-  Aphorisme  delà 
section  première  , qui  commande 
qu’on  saigne  aux  grandes  inflamma- 
tions et  fiéures  aidantes  et  grandissi- 
mes douleurs,  disant  qu’il  n’ÿa  point 
de  meilleur  remedc.  Et  s’ils  ne  peu- 
uent estre  aidés  par  la  saignée  et 
purgation  deuëment  faite,  cela  ad- 
uient  (comme  dit  Galien  au  liure  De 
curatione  per  sanguinis  missionem) 
que  les  intemperans , gourmands  et 
yurongnes  ne  sont  guaris  par  purga- 
tions ny  par  saignées,  pour-ce  que 
l’intemperance  assemble  abondance 
d’humeurs  crus,  lesquels  ne  cedent 
aux  remedes.  Partant  les  gouteux 
goulus  et  intemperans  ne  peuuent 
estre  aidés  par  aucuns  remedes,  com- 
bien qu’ils  soient  administrés  par 
vraye  et  bonne  méthode. 

1 Cette  citation  de  Metrius  est  de  1579. 

2 L’édition  de  1575  citait  Hippocrate,  au 
lin,  de  Morbis,  9,  chapitre  de  Ardiritide. 


CHAPITRE  XX. 

DES  REMEDES  TOPIQVES  OV  PARTICV- 
I.IERS  PO  VU  MATIEIIE  FROIDE. 

Maintenant  il  nous  faut  descrire 
les  remedes  locaux,  ou  particuliers, 
pour  contrarier  à chacun  humeur. 
Et  premièrement  noteras  , que  les  re- 
medes topiques  apportent  peu  de 
profit,  si  le  corps  du  gouteux  n’est 
pur  et  net  des  excrcmens  : ioint  qu’il 
yadangertde  renuoyer la  fluxion  et 
le  virus  aux  parties  nobles  par  les 
forts  repercussifs , dont  s’ensuit  mort 
subite  , comme  on,  l’a  veu  aduenir 
plusieurs  fois.  Parquoy  il  faut  que  les 
choses  vniuerselles  precedent  les  par- 
ticulières. Or  nous  traiterons  pre- 
mièrement de  la  douleur  causée  de 
pituite,  ou  phlegme,  par  ce  qu’elle 
aduient  plus  soutient  que  de  matière 
chaude.  Au  commencement  faut  vser 
de  remedes  repercussifs  domestiques, 
ayans  faculté  d’astreindre  et  seicher, 
non  toutesfoisen  la  sciatique. 

Cataplasme  repercussif. 
if.  Foliorum  sabinæ  m.fi. 

Nucis  cupressi  § . iij. 

Aluminis  rochæ  g . j. 

Gummi  tragacanlhi  5 . iiij 

Mucilaginis  psyilij,  et  cydoniorum  quan . 
tum  suflicit. 

Fiat  cataplasma. 

Autre. 

if.  Stercoris  bubuli  recentis  ft>.  j. 

Mellis  rosati  g • iiij. 

Olei  rosati  et  aceti  ana  § . ij. 

Bulliaut  simul  parum,  liât  cataplasma. 

Autre, 

if.  Olci  rosati  et  myrtbini  ana  g . ij. 

Pulueris  myrrhæ,  aloës  ana  § , j. 

Acaciæ  g . ij.  fi. 


236  LE  VINGT-VNIÉME  LIVRE 


Incorporenturcum  aqua  gallarumcoctarum, 

et  fiat  vnguentum. 

Autre  remede. 

2f. Aceti  quantum  sufilcit,  in  quo  coques 
saluiam,  flores  camomillæ,  meliloti,  ab- 
synthij  et  cbuli  ana  m.  j. 

Faut  tremper  la  partie  en  icelle  dé- 
coction chaude,  et  l’y  laisser  assez 
longuement  : ce  que  i’ay  expérimenté 
plusieurs  lois  auec  bonne  issue.  Ce  re- 
mede repousse  l'humeur  et  le  con- 
somme . et  si  fortifie  la  partie  : et  le 
faut  faire  plusieurs  fois,  encor  qu’il 
y eust  chaleur. 

Le  marc  des  oliues  recent  appliqué 
dessus,  sede  la  douleur  : aussi  font 
les  orenges  seiches  et  bouillies  en 
vinaigre,  et  puis  broyées. 

Autre. 

2f.  Mcdij  corticis  vlmi  ib.  6. 

Caudæ  equinæ,  stæch.  consolida;  inaio- 
ris  ana  m.  G . 

Aluminis  rochæ,  thu.  ana  5 . iij. 

Far.  hord.  § . v. 

Lixiuij  comm.  quantum  suflicit. 

Fiat  cataplas.  ad  formam  pullis  satis  liquida' 

secundum  artem. 

Lors  que  la  partie  est  enflée,  la  dou- 
leur cesse  le  plus  soutient , à cause 
que  la  vertu  expulsiue  a ietté  l’hu- 
meur du  centre  à la  circonférence, 
c’est  à dire  du  dedans  au  dehors  : ce 
qui  nous  appert  en  ceux  qui  ont  vne 
extreme  douleur  aux  dents  : lors 
que  le  visage  s’enfle,  on  voit  subit  la 
douleur  cesser.  Après  auoir  ainsi  vsé 
de  repercussifs,  il  faut  venir  aux  réso- 
lutifs et  euacuatifs:  car  toute  fluxion 
arrestée  sur  vne  partie  demande 
vacuation.  Et  ne  se  faut  esmerueiller 
si  on  11e  resoult  tost  la  matière  conte- 
nue aux  liganaens , membranes,  et 
parties  nerueuses , par-ce  qu’elles 


sont  solides,  et  non  aisées  à resolution 
comme  sont  les  parties  charneuses. 

Exemple  des  résolutifs. 

2 i.  Radicis  bryoniœ,  sigilli  beatæ  Mariæ 
ana  5 . iiij. 

Dut.  in  lixiuio,  postca  terantur  et  colen- 
tur  per  cetaceum,  addendo  : 

Far.  bord,  et  fabarum  ana  § . j. 

Olei  camomill.  § . iij. 

Fiatcataplasma. 

Autre. 

2f.  Farinæ  hord.  et  lupinorum  ana  3 . iii. 
Sulphur.  viui  et  salis  comm.  ana  § j. 
Mellis  communis  § . v. 

Pulu.  aloës  et  myrrbæ  ana  §.  G. 

Aquæ  vilæ  § . j. 

Et  cum  lixiuio  fiat  cataplasma. 

Aube. 

21.  Succi  caulium  rubrorum , aceti  boni 
ana  § . iiij. 

Far.  hord.  5 . j.  G , 

Pulueris  hermodactylorum  § G. 
Vitellos  ouorum  numéro  iij. 

Olei  camomill.  3 . iij. 

Croci  3 . ij. 

Autre. 

2f.  Radices  et  caules  brassicæ , vre,  et  misce 
cinerem  cum  axungia  suilla  et  puluere 
ireos,  et  fiat  mcdicamenlum. 

Autre. 

2f.  Lactis  vaccini  tt>.  ij. 

Micæ  panis  albi  quantum  suflicit. 
Bulliant  simul  addendo: 

Pulueris  sublilis  florum  camomillæ  me- 
liloti ana  m.  G. 

Croci  3 . j. 

Vitellos  ouorum  numéro  iiij. 

Olei  rosarum  5 . iij. 

Bu ly ri  recenti  s 5 • 

Terebenthinæ  § . ij. 

Fiat  cataplas  ad  formam  pullis  satis  liquida;. 

Or  il  faut  noter  que  ce  cataplasme  est 
propre  à toutes  douleurs  de  goules, 
soit  au  commencement,  à l’accroisse- 


DES  GOVTES. 


ment,  estât,  ou  en  la  fin  et  en  toutes 
températures  : etdoitestre  renouuellé 
deux  ou  trois  fois  le  iour.  Le  tlieria- 
que  dissoult  en  vin  et  appliqué  sede 
grandement  la  douleur. On  peutaussi 
vser  d’emplastres,  onguens,  cerots  et 
linimens. 

Exemple  d'emplasire. 

’if.  Gummi  aramoniaci  , bdellij  , styracis 
ana  § ij. 

Cum  aceto  et  aqua  vitæ  dissolue,  et  adde  : 
Far.  fcenug.  g . G . 

Olei  camomill.  et  anethi  ana  g . ij. 

Ceræ  quantum  suffi. 

Fiat  emplaslrum  molle. 

Autre. 

If.  Radicis  bryoniæ  et  sigilli  beatæ  Mariæ 
ana  § • v. 

Rulliant  in  Iixiuio  complété,  et  colentur  per 
cetaceum,  addendo; 

Olei  camomillæ  § . iij. 

Seui  hircini  g , iiij. 

Ceræ  nouæ  quantum  sufficit. 

Fiat  emplaslrum  molle. 

Autre. 

if.  Gummi  ammoniaci , opopanacis,  gal- 
bani  ana  § . ij. 

Dissoluanlur  in  aceto  , postea  colentur  : et 
adde: 

Olei  liliorum,  terebenth.  Venct.  ana  g . j. 
Picis  naualis  et  ceræ  nouæ  quant.  sutT. 
Fiat  emplastrum  molle. 

Autre  pour  résoudre  et  appaiser  les  douleurs  , 
et  roborer  les  iointures. 

3f.  Succorum  radicum  enulæ  campanæ  et 
ebuli  ana  § . iij. 

Radicis  altheæ  1b.  G. 

Coquantur,  et  colentur  per  setaccum  , ad- 
dendo : 

Flor.  camomil.  melilot.  sambuci,  roris- 
marini,  et  hyperici  an.  p.  ij. 

Nuces  cupressi  numéro  iiij. 

Olei  chamæmeli,  aneti,  hyperici,  lilio- 
rum, et  de  spica  ana  g . ij. 


237 

Pinguedinis  anatis,  gallinæ  , et  anseris 
ana  § . G . . 

Ranas  virides  viuas  numéro  vj. 

Catellos  duos  nupcr  natos. 

Bulliant  omnia  simul  in  1b  ij.  G.viniodo- 
riferi  etvnàaquæ  vitæ  ad  consumptio- 
nem  succorum  et  vini , ac  ossium 
catellorum  dissolutionem,  et  fortiler  ex- 
primantur  : expressioni  adde  : 
Terebentbinæ  § iij. 

Ceræ  quantum  sufficit. 

Fiat  emplaslrum  molle. 

On  peut  vser  pour  mesme  effet  à 
résoudre  des  emplaslres  de  Vigo, 
oxycroceum ,'de  mucilaginibus,  demtli- 
loto,  et  autres  semblables:  les  meslant 
ensemble,  et  les  liquéfiant  auec  huiles 
et  axonges  resolutiues,  diminuant  ou 
augmentant  leurs  forces,  comme  on 
verra  eslre  necessaire,  et  que  le  mal  le 
requerra. 

Exemple  d’onguent. 

Tf.  Anserem  pinguem  , et  impie  catellis  ij. 
de  quibus  deme  culem  , viscera  , caput 
et  pedes. 

Item  accipe  ranas  numéro  x. 

Colubros  detracta  cute  in  Crustula  dis— 
sectos  numéro  iiij. 

Mithridatij  et  theriacæ  ana  g G. 
Foliorum  saluiæ,  rorismarini  , tbymi , 
ruthæ,  ana  m.  G . 

Baccarum  lauri  et  iuniperi  concassata- 
lum  ana  g . j. 

Pulueris  nucis  moscatæ,  zinziberis,  ca- 
ryophyllorum,  piperis  ana  ' . j. 

Et  dudegoutsoit  faitonguentou  li- 
niment  auec  cire  ou  terebenthine  de 
Venise,  y adioustant  vnpeu  d’eau  de 
vie.  Tel  onguent  appaise  à merueilles 
la  douleur  faite  de  cause  froide. 

Autre. 

f.  Gummi  pini  et  ladani,  ana  g iiij. 

Gummi  elemi  etpicis  naualisana  § . j.  G . 
Terebent.  Venetæ  claræ  § . vj. 


q38  LE  V1NGT-VN1ÉME  LIVRE 


Olei  chamærneli  et  de  lilio  ana  § . iiij. 
Vini  rubri  lb  j. 

Sem.  aquæ  vilæ  et  saluiæ  ana  § . y). 
Omnia  simul  dissoluantur  lento  igné  , ba- 
culo  semper  agitando.  Deinde  adde  : 
Pulueris  ireos  Florentiæ,  baccarum  lauri 
et  hermodactylorum  ana  § . ij. 

Semin.  mastiobes , myrrhæ  et  olibani 
ana  5 . ij, 

Farinæ  fabarum  3 . iiij. 

Omnia  simul  incorporentur,  et  Gat  vnguen- 
tum  molle. 

Autre. 

Muccaginis  seminis  fœnugræci  in  aceto 
extrada;  quantum  volueris. 

Cui  misce  : 

Mellis  quantum  sufficit  ; coquantur  si- 
mul, donec  spissitudinem  vnguenli  ac- 
quirant. 

Ces  choses  soient  appliquées  à la 
partie  malade,  et  remuées  si  souuent 
qu’on  verra  estre  besoin.  Et  pour 
mesme  effet,  à sçauoir,  à appaiser  la 
douleur  et  résoudre,  on  fera  des  fo- 
mentations. 

Exemple. 

’if.  Fol.  rulæ,  saluiæ,  rorismnri  ana  m.  j. 
Flor. camomil.  melilot.  ana.  m.  fi. 

Vini  albi  et  iixiuij  sarment,  ana  lib.  iiij. 
Bul.  omnia  simul , liât  decoctio  pro  folu. 

Autre. 

11.  Origani,  saturciæ,  calamintbæ,  saluiæ, 
rorismarin.  florum.  camomill.  meliloli, 
lauand.  tayperici,  rosar.  rub.  absinth. 
ana  m.  j. 

BqUiantcum  aceto  et  vino  : fiat  decoct.  pro 
fotu. 

Ceste  décoction  est  propre  non  seule- 
ment à la  goûte  froide,  mais  aussi  à 
celle  qui  est  chaude,  pour  ce  qu  elle 
résout,  astreint  et  robore  la  partie,  et 
garde  la  defluxion. 

11  faut  bien  prendre  garde  que  les 


medicamens  des  goules  soient  sou- 
uent changés  : car  l’vn  profite  à vne 
heure,  et  nuit  à l’autre.  Que  si  la 
douleur  et  l’humeur  estoient  si  opi- 
niastres,  que  par  les  remedes  susdits 
ils  ne  voulussent  débusquer,  alors 
faudra  venir  aux  plus  forts,  suiuant 
la  doctrine  d’Hippocrates1,  qui  dit, 
qu’aux  extrêmes  et  rebelles  maladies 
il  faut  vser  de  forts  et  violens  reme- 
des : comme  ceux  qui  s’ensuiuent. 

Axung.  gallinæ,  olei  laurini,  et  euphor- 
bij  ana  3.  j. 

Olei  mastiches,  § j. 

Pulu.  eupborb.  et  pyrclhri  ana  5.  j. 

Ou  plus  ou  moins,  selon  l’in  tempéra- 
ture qu’on  connoislra  estre  en  la  par- 
tie. Ces  choses  soient  meslées  ensem- 
ble, et  soit  fait  médicament,  duquel 
on  frottera  la  partie  tous  les  iours.  Ce 
remede  est  bon , car  l’euphorbe  et 
pyrethre  eschauffent  et  subtilient, 
dissoluent  et  font  résolution  : l’huile 
et  axonge  amollissent , et  l’huile  de 
mastic  par  son  astriction  empeschela 
fluxion  nouuelle. 

Autre. 

Prenez  huile  de  regnard , en  laquelle  on 
aura  fait  bouillir  des  vers  de  terre , et  de 
la  racine  d’enule  et  bryonia  : et  auec  vn 
peu  de  térébenthine  et  cire  soit  fait  on- 
guent. 

Lequel  amollit , atténué , et  résout 
l’humeur  froide  qui  est  aux  ioin- 
tures. 

Autre  remede  à ceste  intention. 

■if.  Sem.  sinapi  puluerisalict  acerrimo  aceto 
dissol uti  § • iij- 
Mellis  anacardini  § . ij. 

Aquæ  vilæ  § . j. 

Salis  corn.  3.  ij. 


1 Hippocrates,  Apho.  liu.  1. — A.  P. 


DES  GOVTES. 


Le  lout  soit  meslé,  et  en  soit  appliqué 
sur  la  douleur. 

Autre. 

?f.  Picis  nigræ  5 . iij. 

Terebenthinæ  Venetæ  § , iij. 

Sulphu.  viui  subtiliter  puluerisati  5 • J* 
Euphorbij  et  pyrethri  ana  5 . C> . 
Empla.  oxycrocei  § . iij. 

Olei  quant,  suf. 

Liquéfiant  simul,  et  fiat  cmplaslrum , ex- 
tendatur  super  alutam. 

Et  soit  laissée  l’espace  de  deux  ou 
trois  iours,  si  le  malade  sent  allége- 
ment de  sa  douleur  : sinon  soit  oslé 
comme  dessus  est  dit. 


23g 

chaud  et  ardent , comme  nous  dirons 
cy  après. 

Chrislofle  l’André,  en  son  Oecoïa- 
trie,  recommande  la  fiente  de  bœuf 
ou  de  vache,  enueloppée  de  fueilles 
de  choux  ou  de  vigne,  posée  sus  les 
cendres,  et  puis  chaude  appliquée  sus 
la  douleur  *. 


CHAPITRE  XXI. 

REMEDES  LOCAVX  POVR  LA  GOVTE  DE 
MATIERE  CHAVDE  , PRINCIPALEMENT 
FAITE  DE  SANG. 


Pourcestemesme intention,  on  peut 
appliquer  sur  la  douleur  des  orties 
griesches,  puis  lauer  le  lieu  d’eau 
sallée  : pareillement  la  fiente  de  pi- 
geons boullue  assez  longuement  en 
vinaigre,  duquel  en  soit  fomentée  la 
partie.  Aussi  le  vésicatoire  fait  de  le- 
uain  bien  aigre,  cantharides,  staphi- 
sagre,  et  vn  peu  d’eau  de  vie,  est  sou- 
uerain  remedepour  vacuer  la  matière 
conjointe.  Car  par  tels  vésicatoires 
soi  t vne  certaine  serositéet  virulence, 
laquelle  estant  hors  , s’ensuit  allé- 
geance des  douleurs.  Or  il  ne  se  faut 
esmerueiller  si  ces  remcdes  acres , 
corrosils  et  vesicatifs,  donnent  allé- 
geance, et  appaisent  les  douleurs 
causées  de  matière  froide  et  pitui- 
teuse, non  plus  que  les  bains  froids  et 
humides  à bonne  et  iuste  raison  pro- 
fitent aux  douleurs  composées  d'hu- 
meurs chauds  et  acres,  pour  ce  qu’ils 
humectent  et  refroidissent.  Car  il  y a 
des  douleurs  arthritiques  qui  ne  peu- 
uent  ïamais  estre  appaisées  que  par 
îemedes  plus  grands  que  n’est  l’in- 
emperature  : partant  lesdits  vésica- 
toires ne  doiueut  estre  deietlés,  veu 
Que  les  anciens  ont  commandé  le  fer 


II  faut  vser  de  repercussifs  au  com- 
mencement, qui  sont  froids,  secs  et 
asti  ingens,  à fin  de  contrarier  aux 
qualités  du  sang  qui  est  chaud  et  hu- 
mide, et  ce  après  les  choses  univer- 
selles.. 

Exemple  des  remcdes  repercussifs. 

2£.  Albumina  ouor.  numéro  iiij. 

Lucci  lactucæ  et  solani  ana  5 . j. 

Aquæ  rosarum  §.  ij. 

Incorporentur  simul,  fiat  linimcnlum. 

Lequel  sera  renouuelé  soutient. 

Autre. 

Prenez  de  la  farine  d’orge,  de  lentilles,  aca- 
cia, buile  rosat  et  de  myrtilles,  vn  peu  de 
vinaigre  : et  de  ce  soit  fait  calaplasme. 

Autre. 

Prenez  sumacb,  myrtilles,  bol  armeniac,  de 
chacun  demie  dragme. 

Acacia , escorce  de  grenades , balaustes , 
de  chacun  vne  dragme. 

Eau  de  plantain  et  de  roses,  de  chacun 
trois  onces. 

1 Celte  dernière  phrase  a été  ajoutée  en 


LE  VINGT  VNlÉME  LIVRE  , 


240 

Huile  rosat  once  et  demie. 

Vinaigre  vne  once. 

Farine  d’orge  et  de  lentilles  , de  chacun 
tant  qu’il  en  faudra. 

Et  soit  fait  cataplasme. 

Lequel  est  fort  excellent  pour  ar- 
rester  les  fluxions  phlegmoneuses  et 
erysipelateuses. 

Autre. 

Prenez  mucilage  de  coings  extrait  en  eau 
rose,  casse  mondée,  huile  rosat  et  vi- 
naigre, et  de  ce  soit  fait  cataplasme. 

Autre  de  semblable  vertu. 

Prenez  deux  ou  trois  poignées  de  fueilles  de 
vignes  pilées  verdes  : lesquelles  seront 
faites  bouillir  en  oxycrat  d’eau  de  ma- 
reschal,  puis  on  y adioustera: 

Vne  once  desumach  concassé: 

Huile  rosat,  2 onces: 

Farine  d’orge  tant  qu’il  en  faudra  : 

Et  soit  fait  cataplasme,  et  soit  appliqué  sur 
la  partie. 

Autre. 

if.  Succi  semperuiui , hyoscyami  et  portu- 
tulacæ  ana  5 . iiij. 

Corticum  mali  granati  5.  j.  G. 

Farinæ  hordei  3 . v. 

Vini  austeri  quantum  sulhcit. 

Fiat  cataplasma. 

Tel  cataplasme  est  fort  à louer,  pour 
ce  quele  vin  et  l'escorce  de  grenade  as- 
treignent, et  les  ius  refroidissent,  ét 
la  farine  aussi  d’auantage  espaissit  et 
forme  le  cataplasme. 

Autre. 

"if.  Foliorum  hyoscyami , acetosæ  ana  m.  j. 
Lesquelles  seront  enueloppées  dans  du 
papier,  et  cuites  entre  deux  cendres,  et 
puis  pistées  auec  deux  onces  d’vnguen- 
tum  populeum,  ou  rosat  : et  soient  ap- 
pliquées tiedessur  la  partie. 


Autre. 

'if.  Florum  iusquiami  1b.  ij. 

Ponanlur  in  phiala  \itreata,  et  reconde 
in  fimo  equino  donec  putruerinl  : accipe 
ex  putredinc§  . ij.  in  qua  dissolue  olei 
de  iunipero  3 . G . 

Fiat  linimentum  ad  vsum. 

Autre. 

Prenez  des  citrouilles  pistées  , et  soient  ap- 
pliquées dessus. 

Autre. 

if.  Mucaginis  psyllij,  cydoniorum,  extrartæ 
in  aqua  rosarum  et  solani  ana  3.  iiij. 
Olei  rosali  omphacini  §j. 

Vini  granatorum  g . j 
Vitellos  ouorum  cum  albumine  nu- 
méro iij. 

Camphoræ  3 . iij . 

Incorporentur  simul,  fiat  linimentum. 
Autre. 

if.  Olei  rosati  omphacini  § . iiij. 

Albumina  ouorum  cum  vitellis  nu- 
méro vj. 

Succi  plantaginis,  lactucæ , et  solani 
ana  §.j. 

Farinæ  hordei  § . iij. 

Incorporentur  simul,  fiat  cataplasma. 

Autre. 

if.  Farinæ  hordei  et  fabarum  ana  3 . iij. 
Olei  rosati  § . ij. 

Oxycrati  quantum  sufhcit. 

Coquantur  simul,  fiat  cataplasma. 

Autre. 

if.  Mucaginis  seminis  psyllij  3 . iiij. 

Olei  rosati  3 . ij. 

Accti  § . j. 

Vitellos  ouorum  numéro  iij.  ' 

Croci  3 . j. 

Misce  : fiat  medicamentum. 

Pline  au  vingt-deuxième  liurees- 
crit,  qu'vn  iurisconsulte  estant  à voir 
vanner  son  bled  ayant  les  goûtes  aux 
pieds,  il  se  mit  dans  son  bled  par  des- 


DES  GO  VIES. 


sus  les  genoux , et  s’y  tint  quelque 
temps,  et  par  ce  moyen  sa  douleur 
cessa  *. 

Or  il  faut  icy  noter  que  quelques- 
fois  la  douleur  ne  se  peut  seder,  à 
cause  de  la  multitude  du  sang  qui  est 
defluésurla  partie,  et  partant  le  faut 
vacuer  : ce  que  véritablement  i’ay 
pratiqué , faisant  ouuerture  de  la 
veine  plus  apparente  et  proche  delà 
douleur,  et  subit  elle  estoit  cessée. 

Il  faut  aussi  noter  qu’il  ne  faut 
vser  trop  des  remedes  repercussifs, 
de  peur  d endurcir  la  matière,  qui 
puis  après  à grande  difficulté  pourroit 
estre  résolue,  et  y auroit  danger  qu’elle 
ne  fust  conuertie  en  nœuds  et  pierres 
gypsées:  et  partant  on  y prendra 
garde.  Et  après  l’vsage  des  repercus- 
sifs , il  faut  appliquer  des  résolutifs, 
qui  seront  cy  après  déclarés,  à fin 
de  résoudre  l’humeur  qui  pourroit 
estre  demeuré  en  la  iointure. 


CHAPITRE  XXII. 

REMEDES  TOPIQVES  POVR  L’HVMEVR 
CHOLERIQVE. 

Les  remedes  locaux  doiuent  estre 
froids  et  humides , à fin  de  contrarier 
aux  deux  qualités  de  la  cholere  , qui 
est  chaude  et  seiche. 

Exemple  des  remedes  repercussifs  pour  la 
cholere. 

Comme  fueillesde  solarium,  portulaca,  sem- 
peruiuum,  hyoscyamus , papauer,  ace- 
tosa,  plantago,  aqua  frigida  : 

et  autres  semblables,  desquels  on  fait 
plusieurs  compositions. 

1 Telles  goules  esloienl  chaudes.  — A.  P. 


24  l 

Exemple. 

if.  Succi  hyoscyami , semperuiui , laclucæ 
ana  § ij. 

Farinæ  hordei  § . j. 

Olei  rosati  §.ij. 

Agilando  simul  fiat  medicamentum. 

Et  soi  t renouuellé  souuen  t : tel  remede 
sede  grandement  l’inflammation. 

Autre. 

Le  cerueau  de  porc,  broyé  auec 
amydon,ou  farine  d’orge  et  huile  ro- 
sat,  est  vn  remede  singulier  : pareil- 
lement les  mauues  cuites  en  eau, 
broyéeset  pilées, et  appliquées  dessus, 
sedent  grandement  la  douleur. 

Autre. 

if.  Mucaginis  psyllij  extrada;  in  aqua  so- 
lani  vel  rosarum  5 . ij. 

Farinæ  liord.  § . j. 

Aceti  quantum  sufficit. 

Fiat  linimentum. 

Autre. 

if. VnguentirosatiMesuæetpopul.ana  5 . iij . 
Succi  melonum  § . ij. 

Albumina ouorum  numéro  iij. 
Misceantur  simul  : etsoit  fait  comme  dessus. 

Pareillement  vne  esponge  imbue  en 
oxycrat , et  vn  peu  espreinle  , fait  le 
semblable. 

Autre. 

Prenez  fueilles  de  choux  rouges  deux  poi- 
gnées, cuitles  en  eau  et  vinaigre  , puis 
broyées,  y adioustant  trois  moycufs 
d’œufs,  huile  rosat  trois  onces,  farine 
d’orge  tant  qu’il  suffira  : et  soit  fait  ca- 
taplasme. 

On  peut  aussi  prendre  le  suc  cru  des 
choux  et  deshiebles,  roses  pistées, 
huile  rosat,  et  farine  d’orge  tant  qu’il 

16 


ni. 


2 /j 2 LE  VINGT- VN 

suffit  : et  soit  fait  cataplasme.  En  hy- 
uer  qu'on  ne  peut  trouuer  des  herbes 
recenles,  en  lieu  d’icelles  on  prendra 
de  l’onguent  de  Galieq  vpfi'igpranl, 
auec  du  populeum. 

Onguent  repercussif  fort  excellent. 

If.  Ceræ  albæ.  g . j, 

Croci  9 . j. 

Opij  3 . iiij  - 

Olei  rosati  quant,  sufficit. 

Macereqtur  opium  et  croeusin  accto,  deinde 
terantur  et  incorporentur  cum  cera  et 
olço  : fiat  ccratum, 

Lequel  sera  estendu  sur  du  linge,  et 
appliqué  dessus  le  lieu  dolent  et  aux 
parties  voisines,  et  renouuellé  sou- 
tient. Or  véritablement  ceremedeest 
à louer,  à cause  qu’il  y entre  du  vi- 
naigre, lequel  resoultet  seiche  gran- 
dement , et  ouure  les  porosités  de  la 
partie,  et  fait  penetrer  la  vertu  des 
autres  ingrediens  qui  dissipent  l'acri- 
moniedu  virus  arthritique,  et  partant 
sede  les  douleurs  : ce  qu’on  a veu  à 
plusieurs. 

Autres  prennent  grenouilles  toutes 
viues,  et  les  fendent  par  le  ventre , et 
les  appliquent  sur  le  lieu  doulou- 
reux. 

Autres  ont  trouué  que  l’eau  mu- 
queuse des  limaçons  rouges  sede 
grandement  la  douleur  et  inflamma- 
tion. Il  faut  prendre  cinquante  ou 
soixante  limaçons  rouges,  et  les  met- 
tre dans  vn  pot  de  cuiure,  et  les  sau- 
poudrer de  sel  commun,  et  les  laisser 
par  l’espace  d vn  iour  entier  : puis  on 
les  coulera  par  vne  estamine , et  d i- 
celle  coulalure  on  en  trempera  des 
linges,  lesquels  seront  appliqués  sui- 
te mal,  et  renouucllés  souuent.  Et 
faut  icy  noter  que  s’il  y auoit  grande 
inflammation  , on  fera  bouillir  les  li- 
maçons en  vinaigre  et  eau  rose.  Cedit 


IEMIS  LIVRE, 

remede  est  fort  excellent,  ainsi  que 
ray  plusieurs  fois  expérimenté.  Et 
mesme  m’a  confirmé  monsieur  lie 
Longomeau,  gentil-homme  d’hon- 
neur, et  digne  de  foy,  lequel  ayant 
esté  malade  et  tourmenté  d’vpe  scia- 
tique l’espace  de  six  mois , pour  la 
guarison  de  laquelle  il  auoit  fait  plu- 
sieurs remefles,  tant  yniuersels  que 
particuliers  , sans  luy  rien  profiter  : 
en  fin  reçeut  par  cedit  moyen  guari- 
son,  en  vsant  par  l’espace  de  sept  ou 
huit  iours  ». 

Pareillemenfles  pommes  de  citrons 
ou  oronges  quittes  en  vinaigre,  puis 
pistées  aueç  yn  peu  de  farine  d'orge 
ou  de  feues,  et  appliquées  dessus. 

Autre. 

"if.  Pomorum  coctorum  in  lacté  tt>.  j. 

Butiri  § . j. 

Vitellos  ij.  ouorum. 

Aceti  g .J, 

Fiat  cataplasma. 

Aucuns  prennent  vn  fromage  frais 
escremé,  battu  auec  huile  rosat  et 
farine  d’orge  : il  reprime  l’inflamma- 
tion et  sede  la  douleur.  Autres  pren- 
nent de  la  casse  recentement  mondée, 
et  la  mcslenl  auec  jus  de  cougourde 
ou  melon.  Autres  prennent  des  fueil- 
les  de  choux  et  d’hiebles,  ou  d’aclie, 
ou  les  trois  ensemble  broyées  auec 
vn  peu  de  vinaigre,  et  les  appliquent 
sur  le  lieu  dolent.  Les  autres  pren- 
nent de  la  semence  de  lin  vne  once, 
et  en  tirent  mucilage  auec  biere  : puis 
y adiouslent  huile  rosat  et  faiine 
d’orge,  et  en  font  cataplasmes.  Autres 
prennent  huile  de  pauot  auec  de  la 
chair  de  citrouille  pilés  ensemble,  et 
l’appliquent  sur  la  partie  dolente. 

i Celte  histoire  de  M.  de  Longenieau  a 
été  intercalée  ici  en  1579. 


DES  GQVTES, 


Autre  remede  , par  lequel  a esté  (jtiqri  vu 
homme  en  Gqscongne  , en  lu  ville  de  Basas, 
qui  auoit  esté  ajjligé  de  la  goule  fort  long- 
temps, auec  les  plus  eslranges  douleurs  qu'on 
sçauroil  excogiter  : et  n’a  senti  depuis  au- 
cune douleur. 

Prens  vne  tuüle  fostjore  grande, 
forte  et  espaisse,  et  la  fais  chauffer 
iusqnes  à ce  que  ejje  soif  douepue 
rouge,  laquelle  tu  mettras  dans  vne 
autre  luille  pareille  ep  grandeur, 
toute  froide,  de  crainte  que  le  linge 
du  lit  où  sera  le  malade  no  se  bi  uslc. 
Puis  tu  rempliras  la  susdite  luille 
chaude  de  fueilles  d’hiebles,  en  telle 
quantité  que  la  partie  malade  y puisse 
estre  posée,  et  demeurer  dedans  sans 
se  brusler.  Le  malade  en  endurera  la 
chaleur  et  sueur  l’espace  d'vne  heure 
ou  plus  s’il  peut,  r’adiouslant  dere- 
chef des  hiebles,  après  que  les  pre- 
mières seront  desseichées,  changeant 
aussi  de  luille  reschauffée,  si  la  pre- 
mière ne  te  semble  assez  chaude.  Ces 
choses  faites,  la  partie  sera  essuyée 
auec  vn  linge  : et  continueras  lesdites 
estimes  douze  ou  quinze  iours  le  ma- 
lin, l’eslomach  estantàieun  : et  après 
Jq  partie  sera  ojnte  du  Uniment  sui- 
uant,  estant  vn  peu  chauffé  : 

"if.  Succi  ebuli  ib.  j.  G . 

OJci  commuais  lb.  j. 

Jlisceantur  siniul  el  ponantur  in  vase  ficlili, 
cuius  orificiumsit  striclum  admodum,  et 
cum  luto  bene  obturalum  : postea  bul- 
liant  in  duplici  vase  cum  vino  ad  médias 
diiuto,  per  spacium  decem  vel  duodecim 
borarum  : refrigerentur  et  seruenlur 
vsui,  addendo  vnclionis  lempoïc  guttas 
aliquot  aquæ  vitæ. 

Inungi  poterit  bis  aut  ter  in  die,  longe  à 
pastu. 

Pareillement  les  racines  et  fueilles 
d’hiebles  cuites  en  eau,  pistées,  et  ap- 
pliquées sur  la  douleur,  la  sedent. 


Semblablement  l’huile  d’hiebles  ex- 
traite eq  quinte-essence,  est  singu- 
lière pour  seder  les  douleurs. 

Or  si  la  douleur  eslqit  si  rebelle 
qu’elle  ne  peust  estre  sedée  par  les  re- 
medes  susdits,  et  qu’elle  fust  intoléra- 
ble, auec  vne  tres-grande  chaleur  et 
ferueur  en  la  partie,  tellement  que  les 
esprits  fussent  resouls  et  les  forces 
abbatues,  et  que  le  malade  tombast 
, en  syncope  : il  faut  alors  vser  de  re- 
medes  narcotiques  et  slupefactifs  , 
combien  que  par  iceux  la  tempéra- 
ture de  la  partie  soit  dissolue,  et  la 
chaleur  naturelle  diminuée,  voire  es- 
teinte,  si  on  en  vsojt  trop  longuement: 
neantmoips  ils  doiuent  plustosl  estre 
appliqués,  que  de  permettre  que  tout 
le  corps  périsse  de  douleur  intoléra- 
ble.Leur  vertu  est  de  grandement  ré- 
frigérer et  seicher,  et  d’bebeler  le  sen- 
timent de  la  partie:  et  qui  plus  est, 
ils  espaississent  et  incrassent  les  hu- 
meurs subtils,  acres  et  mordicans, 
comme  est  l’humeur  cholérique.  Si  la 
matière  estoit  crasse  et  impacle  en  la 
partie , alors  les  faut  euilcr,  ou  pour 
le  moins  en  vser  auec  grande  discré- 
tion, de  peur  d’induire  stupeur. 

Exemple  d’un  médicament  narcotique. 

Micæ  panis  secalini  parum  cocli  in  lacté 
§•  'j- 

Vilellos  ouor.  numéro  ij. 

Opij  3.  j. 

Succorum  solani,  hyoscyami,  mandra- 
goræ,  portulacæ,  semperuiui,  ana  § . j. 

Le  tout  soit  meslé  ensemble , et  en 
soit  appliqué  dessus,  et  renouuellé 
souuent. 

Autre , 

Prenez  fueilles  de  iusquiame,  ciguë, 

ozeille,  de  chacune  vne  poignée. 
Lesquelles  seront  bouillies  en  oxycrat,  puis 


LE  VIN GT-VNIÉM E LIVRE, 


2 44 

pilées  et  broyées  auec  moyeux  d’œufs 
cruds  : huile  rosat,  deux  onces:  farine 
d’orge,  tant  qu’il  suffira  : et  soit  fait  ca- 
taplasme, lequel  sera  appliqué  sur  la  dou- 
leur , et  sera  continué  iusques  à ce  que 
l’inflammation  soit  cessée. 

Ce  remede  est  fort  approuué , et  du- 
quel i’ay  vsé  souuent  auec  bonne 
issue. 

Autre. 

'if.  Opij  3.  iij. 

Camphoræ  3.  fî> . 

Olei  nenupharis  § . j. 

Lactis  o . ij. 

Vnguenti  rosati  dcscriptioneGalcni  § iiij. 
Incorporentur  simul  in  morlario. 

Et  de  ce  en  soit  appliqué  sur  la  partie. 

Outre  plus , l’eau  froide  appliquée 
et  ieltée  goûte  à goûte  sur  la  par- 
tie, est  narcotique  et  stupefactiue  », 
comme  dit  Hippocrates,  Aplioris.  25. 
de  la  sect.  5 : adiouslant  icelle,  pour 
vne  autre  raison,  estre  fort  propre  en 
toute  espece  de  goûte,  sçauoir,  em- 
peschant  par  sa  vertu  repercussiue 
que  les  humeurs  n’affluent  d’auan- 
tage  sur  la  partie. 

Autre. 

Prenez  pommes  de  mandragore  cuittes  en 
laid,  puis  pilées  et  appliquées  dessus. 

Autre. 

Prenez  fueilles  de  iusquiame,  ciguë,  pour- 
pié,  laictues  cuittes  en  laict,  et  soient 
pistées  et  appliquées  dessus. 

Et  qui  voudra  que  cesremedes  soient 
plus  froids,  il  ne  les  faudra  cuire, 
mais  les  appliquer  tous  cruds. 

Or  subit  que  la  douleur  et  ferueur 

1 La  phrase  s’arrêtait  là  en  1575;  le  reste 
est  une  addition  de  1579. 


sera  esteinteet  cessée,  il  faut  désister 
de  tels  remedes,  et  roborer  et  forti- 
fier la  partie  auec  remedes  chauds  et 
résolutifs.  Car  autrement  y auroit 
danger  qu’elle  ne  fust  rendue  debile 
et  intemperée  : ou  que  puis  après  elle 
fust  suiette  à toutes  fluxions1.  Parquoy 
pour  la  fortifier,  il  faut  vser  de  dé- 
coctions faites  d’herbes  resoluliues, 
et  autres  choses  descriles  .cy  deuant, 
ou  autres  qui  s’ensuiuent 

if.  Gummi  ammoniaci,  bdellij  ana  § .j. 
Dissoluantur  in  aceto,  et  passentur  per  se- 

taceum,  addendo  : 

Styracis  liquida;,  farinæ  fœnugræci  ana 

5.  6. 

Pulueris  ireos  § . iij. 

Olei  camomillæ  0 . ij. 

Pulueris  pyrethri  3.  ij. 

Cum  cera,  fiat  emplastrum  molle. 

Autre. 

if.  Radicum  enulæ,  ebuli,  althcæ  ana  lb.fi> . 

Seminis  fini,  fœnugræci  ana  3.  ij. 

Ficuum  pinguium  numéro  xxij. 
Coquanlur  complété,  et  passentur  per  se- 

taceum , addendo  : 

Pulueris  euphorbij  3.  ij. 

In  olei  camomill.anet.  rutæ,  ana  5 . iij. 

Medullæ  cerui  § . iiij. 

Fiat  cataplasma. 

Nous  auons  par  cy  deuant  fait  men- 
tion de  plusieurs  autres  résolutifs, 
desquels  le  chirurgien  se  pourra  ai- 
der selon  qu’il  connoistra  estre  be- 
soin : et  se  gardera  de  trop  résoudre 
et  seicher,  de  peur  de  consumer  l’hu- 
meur subtil,  délaissant  le  gros  en- 
durci et  putréfié  dont  se  pourroient 
faire  des  tophes  et  nœuds , ainsi  qu’il 
se  peut  faire  aussi  par  l’indeuë  appli- 
cation des  repercussifs. 

» Annotation  aux  ieunes  Chirurgiens  digne 
d’estre  obseruée.  — A.  P. 


DES  GOVTES. 


le  ne  veux  encore  laisser  en  ar- 
riéré que  les  anciens  ont  fort  loiié 
les  bains  faits  d’eau  douce,  en  laquelle 
on  fera  bouillir  herbes  réfrigérantes: 
et  sont  profitables  estons  administrés 
principalement  trois  heures  apées  vn 
leger  past  : car  après  la  viande,  le 
bain  a plus  grand  pouuoir  de  corri- 
ger les  in  températures  bilieuses,  et 
principalement  àceux  qui  sont  gresles 
et  de  rare  texture,  par-ce  qu’ils  hu- 
mectent l’habitude  du  corps,  et  eua- 
cuent  l'humeur  cholérique  par  insen- 
sible transpiration  : d’autant  que  les 
conduits  sont  ouuerts  et  dilatés  par 
le  bain,  et  les  humeurs  liquéfiés.  Après 
le  bain,  il  faut  oindre  tout  le  corps 
d’eau  et  d’huile  d’oliue,  à fin  d’hu- 
mecter  et  garder  que  la  chaleur  na- 
turelle ne  s’exhale  : et  les  faut  conti- 
nuer iusques  à ce  que  le  chirurgien 
verra  estre  necessaire.  Aussi  faut  no- 
ter que  les  viandesde  gros  suc,  comme 
bœuf,  pieds  de  mouton,  ris,  et  leurs 
semblables,  leur  sont  meilleures  que 
les  délicates  (pourueu  que  le  malade 
les  digéré  bien)  pour-ce  qu’ils  incras- 
sent  le  sang  bilieux,  dont  il  n’est  si 
facile  à defiuer  aux  iointures. 


CHAPITRE  XXI  IL 

DES  AIDES  DE  LA  DOVLEVR  FAITE 
D’iNTEMPERATVRE  SANS  MATIERE. 

Il  y a des  douleurs  aux  iointures 
qui  se  font  d’intemperature  sans  ma- 
tière, ce  qui  n’aduient  pas  souuent  : 
toutesfoisie  l’ay  expérimenté  sur  moy- 
mcsme  il  y a enuiron  de  dix  à douze 
ans  *. 

Estant  en  hyuer  en  mon  estude,  vn 


245 

vent  coulis  me  donna  sur  la  hanche 
senestre , lequel  ie  ne  sentois  alors , à 
cause  que  la  vertu  imaginatiue  estoit 
occupée  à l’estude  : puis  me  voulant 
leuer,  il  me  fut  impossible  de  me  pou- 
uoir soustenir  debout  : et  auois  vn 
sentiment  de  douleur  si  extreme  et 
intolérable,  qu’il  me  seroit  impossible 
la  descrire , sans  aucune  apparence 
d’intemperalure , ny  de  tumeur  au 
sens  de  la  veuë.  Lors  force  me  fut  me 
faire  mettre  dedans  le  lit  : et  consi- 
dérant que  le  froid  (qui  est  du  tout 
enn  emy  des  parties  nerueuses 1 ) estoit 
cause  de  ma  douleur,  me  fis  appli- 
quer plusieurs  linges  chauds  dessus  : 
et  neantmoins  qu’ils  fussent  fort 
chauds,  ie  11e  sentois  qu'à  peine  la 
chaleur  sur  l’endroit  de  ma  douleur, 
tant  estoit  l’inlemperalure  grande  : 
et  és  autres  parties  voisines  ie  la  sen- 
tois si  bien  qu’elle  me  brusloit,  ius- 
ques à me  faire  leuer  des  vessies.  D’a- 
uantage  ie  fis  appliquer  des  sachets 
remplis  d’auoine  et  de  mil  fricassés 
ensemble,  et  imbus  de  vin  vermeil  : 
pareillement  autres  fois  y faisois  ap- 
pliquer vessies  de  bœuf,  dans  lesquel- 
les y auoit  de  la  décoction  d’herbes 
resolutiues,  et  n’esloient  qu’à  demy 
pleines,  à fin  qu’elles  adhérassent 
mieux  sur  le  lieu  de  la  douleur.  Autres 
fois  y faisois  appliquer  vne  escuelle 
de  bois  creuse,  presque  remplie  de 
cendres  chaudes,  et  par  dessus  de  la 
sauge , rosmarin  et  rue  vn  peu  pis- 
tés : puis  ladite  escuelle  estoit  cou- 
uerte  et  enueloppée  d’vn  linge,  sur 
lequel  on  iettoil  eau  de  vie,  de  la- 
quelle sorloit  vne  vapeur  humide  qui 
donnoit  grand  allégement  à ma  dou- 
leur. Autres  fois  y faisois  appliquer  la 
mie  d’vn  gros  pain  tout  recentement 
tiré  du  four,  an  ousée  d’eau  de  vie  et 


1 Je  rappelle  que  ce  texte  est  de  1575. 


V 


1 Hippocrates,  A pli . 1S.  lin.  5.  — A.  P. 


2 4 G LE  VIWGT-VNiÈMË  LIVRE, 


cntieloppée  dans  Vne  sériiietlc  : sem- 
blablement nie  faisois  appliquer  aux 
pieds  des  bouteilles  de  terre  remplies 
d’eau  boilillante,  à fin  que  l’intempe- 
rature  fust  plus  amplement  corrigée, 
d’autant  que  la  chaleur  de  ce  remede 
peut  se  communiquer  au  cerneau , 
pour  la  rectitude  des  nerfs.  Cesle 
extrême  douleur  me  dura  enuiron 
vingt  quatre  heures,  et  fut  cessée  par 
les  remedes  susdits 
Il  y a encore  vne  autre  espece 
d’humeur  excrementilieux  , lequel 
pour  estre  de  substance  fort  deliée  et 
subtile,  ne  se  peut  voir  à l’œil,  qui 
s’appelle  fuligineuai,  à cause  qu’il  est 
semblable  au  noir  qui  s’engendre  de 
la  fumée  d’vne  lampe , lequel  estant 
accompagné  de  sérosité  virulente , 
passe  partout,  faisant  des  extrêmes 
douleurs,  tantost  à vne  partie,  tàn- 
tost  à l’autre,  ne  demandant  qu’à  sor- 
tir: partant  luy  faut  ouurir  la  porte 
en  quelque  sorte  que  ce  soit,  oii  par 
application  de  ventouses  et  cornets, 
et  scarifications , ou  par  vésicatoires 
et  cautères. 


CHAPITRE  XXI Vk 

CE  ov’ir.  FAVT  FAIRE,  LA  DOVLEUR 
CESSÉE  DES  GOVTES. 

La  douleur  estant  appaisée , il  faut 
roborer  et  fortifier  les  jointures.  Or 
ce  mot  de  roborer  se  doit  non  seule- 
ment entendre  à vser  des  astringens 
et  desiccatifs,  mais  aussi  contrarier  à 
l’indisposition  délaissée  à la  partie. 
Comme  s’il  y a quelque  humeur  su- 
perdu  , il  faut  résoudre  : et  s’il  y a 

1 Cettehistoire  faisait  tout  le  chapitre  en 
1575;  le  paragraphe  suivant  a été  ajouté  en 
I57Ù. 


quelque  seicheresse,  il  faut  humecter 
et  relàscher : et  au  contraire,  si  les 
ioillttircs  estoient  trop  lubriques  et 
relaxées  (comme  soutient  aduient  aux 
podagres  * desquels  la  goule  a esté 
faitede  matière  pituiteuse),  alors  faut 
vser  de  remedes  desiccatifs  et  fort  as- 
tringens : et  ainsi  des  autres  inlem- 
peratures  , comme  nous  auons  dit  cy 
dessus. 

Outre  plus  faut  entendre  qiie  les 
podagres  après  auoir  perdu  leur  dou- 
leur (laquelle  commence  tantost  sous 
le  talon,  et  quelquesfois  sous  la  cauilé 
du  pied),neanlmoins  demeurent  long 
temps  sans  pouuoir  marcher  qu’à 
grand  peine  : à cause  que  les  nerfs  et 
tendons  qui  sont  en  grand  nombre 
aux  pieds,  sont  imbus  et  arrousés 
d'vn  humeur  pituiteux  } et  par  ce 
moyeu  ont  esté  relaxés,  de  sorte  qu'ils 
sont  demeurés  amollis  comme  vn  par 
chemin  moliillé  , qui  fait  que  le  pau- 
me podagre  ne  peut  cheminer,  et  luy 
semble  qu’il  marche  sur  des  espines. 
Et  pour  le  faire  cheminer,  il  faut  né 
cessairement  consommer  l’humeur 
conioint  et  délaissé  aux  parties  ner- 
ueuses  : qui  se  fera  auec  fomenta- 
tions , cataplasmes  et  emplastres  as- 
tringens et  desiccatifs , comme  ceux 
qui  s’ensuiuent. 

Pour  la  fomentation  , on  vsera  de 
celle  qui  est  escrile  cy  dessus,  au 
chapitre  dé  ht  foboratiort  des  ioiril li- 
res : pouf  la  présentation  , augmen- 
tant la  quantité  de  l’aluni  et  du  sel, 
adioustant  du  sottlpbre  vif  en  pareille 
quantité  : puis  OU  Vsera  de  cesl  em- 
plastre  : 

Mass®  eniplastrl  contra  ruptufam  § . iiij. 

Terehenth.  5 . ij. 

Pulu.  rosarum  rubr,  nucum  cupressi, 
gallarum,  granorum  myrthi,  et  folio- 
rum  eiusdem,  thu.  mastic,  caryophyl. 
ana  g.j. 


DES  GOVTES. 


Malaxentur  omnia  simul  manibus  inunctis 
oleo  myrlhlnoet  mastichino,  et  flat  em- 
plastrum  extensum  supra  alutam  debitæ 
magnitudinis  et  latitudinis. 

Et  soit  apposé  sur  les  pieds  tant  des- 
sus que  dessous  : puis  faut  auoir  vue 
chausse  de  cuir  de  chien  conroyé , la- 
quelle soit  lassée  bien  proprement 
sur  toute  la  iambe.  Or  cest  emplas- 
tre  est  fort  vtile  , d’autant  qu’il  forti- 
fie les  nerfs  et  consume  i’humetür  im- 
bu en  iceux  , et  empesche  la  fluxion  : 
et  la  chausse  de  cuir  de  chien  con- 
sente la  chaleur  naturelle  : et  par-ce 
qu  elle  comprime  et  serre,  elle  em- 
pesche aussi  la  fluxion  de  se  faire  sui- 
tes pieds. 

CHAPITRE  XXV. 

DES  TOPIIES  OV  NOEVDS  QVI  VIENNENT 
AVX  10INTVRES  DES  GOVTEVX. 

En  aucuns  gouteux  s’engendrent 
des  nœuds  aux  iointures , appellés 
des  anciens  tophi,  ou nodi,  ou  tubérosi- 
tés: lesquels  sont  faits  par  congestion 
d’vne  pituite  crasse,  visqueuse,  crue 
et  indigeste,  accompagnée  d’vn  hu- 
meur bilieux,  acre  et  chaud  : lesquels 
conioints  et  délaissés  en  la  partie 
(pour  l’imbécillité  d’icelle)  ne  peü- 
uenl  estre  resoüts  : et  aussi  pour  la 
douleur  du  virus  arthritique,  il  se 
l'ait  vne  autre  augmentation  de  cha- 
leur estrange  et  adulte,  qui  con- 
somme et  résout  la  partie  la  plus 
subtile  de  l’humeür , et  le  gros  et 
terrestre  demeure  et  s’endurcit , et  se 
conuertit  en  matière  gypseuse  et 
pierreuse , comme  craye  : et  par  con- 
séquent sont  engendrés  des  nœuds  et 
pierres , ainsi  qu’on  voit  se  faire  en 


247 

la  vessie.  Pareillement  les  nœuds  se 
font  quelquesfois  pour  indeuë  appli- 
cation des  medicamens  rcpercussifs  et 
résolutifs,  d’autant  que  parles  reper- 
cussifs  les  humeurs  s’espaississenl  et 
congèlent,  et  par  les  résolutifs  le  plus 
subtil  se  résout , et  le  reste  se  tourne 
en  pierre.  Parquoy  le  Chirurgien 
qui  sera  appelé  pour  curer  les  de- 
fluxions  , se  doit  bien  garder  de  trop 
longuement  vser  de  remedes  reper- 
cussifs,  résolutifs  et  desiccalifs. 

Les  medicamens  qui  doiuent  amol- 
lir ont  vne  chaleur  modérée  et  doi- 
uent  médiocrement  humecter,  pour 
liquéfier  l’humeur  conioinl  et  atta- 
ché en  la  partie  comme  l’eau  tiede. 
Aussi  on  pourra  faire  bouillir  des 
herbes  emollienles,  ou  en  lieu  d’icel- 
les la  décoction  de  li  ippes , pieds  et 
testes  de  veau  ou  de  mouton  , et  au- 
tres semblables.  Et  après  auoir  deuë- 
ment  fomenté  , on  vsera  de  ce  médi- 
cament: 

2f,  Axungiæ  humanæ , anseris  et  gallinæ, 
medullæ  eeruinæ  ana  5 . ij. 

Terebenthinæ  Venetæ  5 . j. 

Aquæ  vilæ  parum. 

Ceræ  quantum  suflicit. 

Fiat  vnguentUm  molle. 

Après  auoir  quelque  teriips  vsé  de 
ce  médicament,  on  vsera  de  ces- 
tuy-cy  : 

if..  Rad.  altheæ,  lilio.  bryoniæ,  lapathi  aculi 
ana  §.  iiij. 

Coquant.  Complété  et  passenlur  per  seta- 
Céum  : adde  : 

Gum.  ammon.  bdellij , galba,  opopana. 
in  aceto  diss.  ana  § . j. 

Medullæ  eeruinæ  ana  §.j.  fi. 
fncorporcnlur  simul,  et  applicentur  parti 

affect®. 


qA8  LE  VINGT-VN1ÉMG  LIVRE, 


Autre. 

if.  Olci  lilio.  et  amygda.  dulcium , medul. 
cruris cerui  ana  g.  ij.  fi. 

Mucaginis  seminis  lini , althcæ , et  foe- 
nugr.  ana  f, . j. 

Ceræ  quant.  sulL 
Fiat  ceratum. 

Autre. 

if.  Emplast.  de  Vigo  cum  tnercurio  et  cerati 
de  œzipo  huinida  descriptione  Phila- 
grij.  ana  5 . ij. 

Malaxenlur  simul  cum  oleo  lilio. 

Fiat  massa. 

Autre. 

if.  Gum.  ammon.  opopa.  galb.  hdellij,  dis- 
solutorum  in  aceto  ana  g . ij. 

Panno  iineo  collatis  adde  : 

Pulueris  sulphu.  nitri,  sinapi,  pyrethri 
ana  § . fi . 

Styraeis  liquidæ,  axungiæ  hum.  ana  g . j. 
Resinæ  pini,  tereb.  Vene.  ana  § . 6 . 
Ceræ  quantum  sulï. 

Fiat  ceratum  molle. 

Et  entre  tons  autres  cesluy-cy  est 
fort  approuué  des  anciens , pour  rom- 
pre le  cuir  et  faire  fondre  les  nodosi- 
tés putréfiées  1 , et  nommément  de 
Gai.  liu.  10.  des  simples  7.  et  d’Aui- 
cennefen.  22.  liu.  3.  traité  2.  cbap.  21. 

if.  Pedes  porcello.  bene  salsos  num.  iij. 

Et  veterem  pernam  cum  illis  coque,  ad- 
dendo  sub  finem  : 

P.ad.  altb.  bryon.  lapath.  acuti  ana  g . iij. 
Axung.  taur.et  mcdullæceruinæana  g .j. 

Et  cum  caseo  pulrefacto,  fiat  emplast.  salis 
molle  ad  vsum. 

Autre  bien  excellent 2. 

if.  Casei  acris  et  putrefacli  § . iiij. 

Pul.  sulph.  viui , euphorbij  et  pyrethr. 
ana  g .iij. 

1 La  phrase  finissait  ici  en  1575;  les  deux 
citations  suivantes  sont  de  1579. 

2 Cette  formule  a été  également  ajoutée 


Communis  veteris  pernæ  et  pedum  por- 
cello. salitorum  quod  suff. 

Ad  incorporandum  ducantur  in  mortario, 
et  fiat  empla.  ad  vsum. 

Autre. 

if.  Spumæ  nitri  § . vj. 

Terebent.  § . ij. 

Olei  veleris  g . viij. 

I.ixiuij  quo  lanæ  pileorum  lauantur,  et 
ceræ  quantum  sufficit. 

Fiat  ceratum  salis  molle. 

Et  après  l’vsage  des  remollilifs,  on 
fera  vne  euaporation  auec  la  pierre  py- 
rite , ou  de  moulin , ou  d’vue  bricque 
bien  chaude,  et  sur  icelle  sera  ietlé 
de  bon  vinaigre  et  eau  de  vie  : car 
telle  vapeur  dissoult,  subtilie,  incise 
et  rompt  la  matière  grumeuse  , gyp- 
seuse  et  endurcie,  et  fait  souuentou- 
uerture  au  cuir.  Et  ne  se  faut  esmer- 
ueiller  si  tels  remedes  rompent  le 
cuir,  attendu  que  le  plus  soutient  en 
tel  cas  la  peau  s’ouure  d’elle  mesme 
sans  nulle  incision  : et  pour  le  dire  en 
vn  mot,  les  remedes  qui  sont  propres 
à curer  les  scirrbes  , sont  bons  pour 
amollir  les  nodus.  Mais  il  faut  en- 
tendre que  lors  qu’il  y a matière 
conioinle  et  ja  conuerlie  en  pierre 
par  vne  autre  fluxion , quelquesfois 
se  suppure  , et  est  necessaire  de  faire 
ouuerture  pour  vacuer  l’humeur  su- 
perflu contenu  eu  la  partie,  lequel  hu- 
meur est  laicteux  : puis  la  substance 
gypseuse  qui  fait  les  nodosités,  fort 
dure  comme  piastre  : et  après  eslre 
sortie , il  faut  curer  l' vlcere  et  mettre 

en  1579,  et  outre  le  titre  fastueux  que  l’au- 
teur lui  donnait  alors,  il  a appelé  de  noa- 
Veau  l’attention  sur  son  efficacité  par  cette 
note  marginale  en  1585  : 

Excellent  médicament  sur  tous  pour  les  no- 
dosités, auquel  entre  vieil  inmbon  et  vieil  fro- 
mage. 


DES  GOVTES. 


249 


l’emplastre  de  gratia  dei,  et  autres 
que  le  Chirurgien  verra  eslre  neces- 
saires. 


CHAPITRE  XXVI. 

DES  VENTOSITÉS  OVI  I.E  PEVS  SOVVENT 

SONT  TROVVÉES  AVEC  I.ES  GOVTES  , 

ET  DE  LEVItS  REMEDES. 

Parmy  les  humeurs  accompagnés 
du  virus  qui  fait  la  goûte  , souuenles- 
fois  est  trouuée  grande  quantité  de 
ventosités,  principalement  és  gran- 
des iointures  , comme  à la  hanche  et 
aux  genoüils , qui  font  quelquesfois 
sortir  les  os  de  leur  propre  lieu.  Et 
sont  conneus  estre  en  la  partie,  en  ce 
que  le  malade  sent  grande  douleur 
tensiue , sans  pesanteur  : et  lors  qu’on 
presse  dessus  du  doigt  ,il  n’y  demeure 
point  de  cauilé,  comme  auxœdemes.- 
mais  l’esprit  flalueux  repousse  et  se 
releue  en  haut , comme  qui  presseroit 
vnc  balle  remplie  de  vent  : ioint  aussi 
que  la  partie  ne  peut  faire  son  action, 
à cause  que  les  vents  remplissent  les 
espaces  vuides  et  empeschent  le  mou- 
vement de  se  pouuoir  faire.  Or  au- 
cuns ieunes  Chirurgiens  meltans  leurs 
doigts  dessus,  en  esleuant  l’vn  et 
pressant  l’autre,  sentent  la  ventosité 
s’esleuer  entre  leurs  doigts,  comme 
vne  inondation  de  pus  ja  fait  en  vne 
aposteme , et  y ayant  fait  ouuerture , 
icelle  faite  n’ont  apperceu  sortir  au- 
cune matière  : et  partant  ont  esté  de- 
ceus , et  causes  de  grands  accidens , 
comme  augmentation  de  douleur  et 
fluxion  d’humeurs,  qui  ont  fait  des- 
boétter  les  os  hors  de  leurs  iointures, 
et  les  malades  sont  demeurés  à iamais 
claudicans.  Et  pour  ces  causes,  ie 
conseille  aux  gouteux,  en  tel  cas, 


d’appeller  pour  leur  aide  des  Chirur- 
giens expérimentés. 

On  voit  peu  souuent  telles  ventosi- 
tés sans  qu’elles  soient  accompagnées 
de  quelque  humeur  pituiteux, lequel 
n’est  trop  cru  ny  visqueux.  D’auan- 
tage  ces  ventosités  demeurent  lon- 
guement sans  pouuoir  eslre  résolues, 
à cause  de  l’inlemperature  froide 
que  fait  la  matière  venleuse,  et  des 
membranes  et  ligamens  qui  lient  les 
iointures , lesquelles  sont  denses  et 
dures,  et  par  conséquent  leurs  pores 
sont  serrés,  de  façon  qu’à  grande  dif- 
ficulté les  matières  ne  se  peuuent 
euaporer  ny  sortir  hors. 

Or  pour  la  curation  , il  conuient 
pour  consumer  les  ventosités  vser  de 
fomentations  resolutiues , carminati- 
ues,  discutâtes  et  dessiccatiues  : aus- 
quelles  auront  bouilli  fenouil,  ariis , 
rue,  camomille,  melilot , sauge,  ros- 
marin,  origan,  calamenthe,  mar- 
rubium  , et  leurs  semblables,  cuittes 
auec  vin  et  lexiue,  et  vn  peu  de  vi- 
naigre rosat  et  du  sel  commun.  Et 
après  la  fomentation  on  appliquera 
ce  liniment  qui  s’ensuit  : 

if.  Olei  camomillæ,  anethi , rutæ,  laurini, 
ana  g . ij. 

Et  cum  cera  alba  fiat  linimentum  , addendo 
aquæ  vitæ  parum. 

D’auantage,  après  ce  liniment  on 
appliquera  ce  cataplasme  : 

if.  Florum  camomillæ,  meliloli,  anethi,  ro- 
sarum  rubrarum  pulueris.  ana  ni.  j. 
Foliorum  maluarum  et  absinlhij  ana 
m.  fi . 

Furfuris  m.  j . 

Unifiant  omnia  cum  lixiuio  et  vino  rubro  : 
dei  ride  pistentur  cum  medulla  panis  et 
farina  fabarum  quantum  sufTicit  : fiat 
cataplasma,  addendo  olei  rosati  et  myr- 
lini  ana  3 . ij. 


LE  Vm&T-VÎÏIEME  LIVRE, 


2Ô0 

Aucuns  ont  loué  pour  telle  disposi- 
tion ce  remede  pour  tarir  la  vento- 
sité : 

If.  Axung.  suillæ  5 . iiij. 

Calcis  viuæ  5 . j.  G . 

Ces  choses  soient  battues  en  vn 
mortier , et  appliquées  dessus. 

Autre. 

If.  Slercoris  caprini  cocli  cum  vino  et  aceto 
ana  lb.  ù . 

Terebenthinæ  Vênetæ,  et  mellis  commu- 
ais ana  § . ij. 

Aquæ  vitæ  f, . fi . 

Pulueris  rad.  ireos  FlorCntiæ,  sabinæ  ana 

3 - 'ij- 

Olei  rutæ  et  artethi  ana  § . j. 

Farinæ  fabarum  quantum  suflicil. 

Fiat  cataplasme  ad  formant  pullis. 

Il  faut  appliquer  des  compresses 
trempées  ( et  espreintes)  en  oxycrat, 
auquel  on  aura  fait  bouillir  absinthe, 
origan  , camomille,  melilot,  rue,  sel 
commun , y adioustant  eau  de  vie  : 
et  sera  la  partie  liée  et  serrée  le  plus 
qu’il  sera  possible  , et  que  le  malade 
le  pourra  endurer.  Et  sur  la  fin  pour 
roborer  la  partie,  on  appliquera  des- 
sus de  la  lexiue  faite  de  cendre  de 
cbesne  et  de  sarment  : en  laquelle  on 
aura  fait  bouillir  sel,  soulpbre  , alum 
de  roche  , en  serrant  et  liant  la  par- 
tie, comme  dessus,  auec  compresses 
trempées  en  icelle  lexiue.  Or  s’il  y 
auoit  grande  douleur,  alors  faudroit 
laisser  la  propre  cure  pour  suruenir 
aux  accidens , en  frottant  la  partie 
de  quelque  huile  carminatiue , auec 
laine  à tout  le  suif,  et  autres  remedes 
qu’on  verra  estre  necessaires. 


CHAPITRE  XXVII. 

DE  LA  SCIATIQV E. 

Maintenant  il  nous  reste  à traiter 
de  la  goule  sciatique,  laquelle  sur 
toutes  (comme  i’ay  dit  au  prognoslic) 
emporte  le  prix  pour  estre  la  plus 
douloureuse:  et  cause  grands  et  ex- 
trêmes accidens,  à raison  de  la  ioin- 
ture  qui  est  plus  profonde  que  les  au- 
tres , et  que  le  plus  soutient  l’humeur 
estant  en  grande  abondance  et  pitui- 
teux, froid,  gros  et  visqueux  , diffi- 
cilement le  peut-011  faire  débusquer 
dé  la  partie.  Et  vient  le  plus  souuent 
après  vnc  longue  maladie  , d’vn  hu- 
meur malin,  lequel  deliurant  les  par- 
ties d’ou  il  est  venu  , cause  vne  ex- 

I 

treme  douleur,  non  seulement  à la 
iointure  de  la  hanche,  mais  encore 
plus  profondément  dedans  les  muscles 
de  la  fesse,  aux  aisnes , genoux,  et 
iusques  à l’extremité  des  orteils  , et 
quelquesfois  aux  vertebres  des  lom- 
bes , qui  donne  grand  tourment  au 
malade  : lequel  pense  (et  aussi  les 
Médecins  et  Chirurgiens)  estre  vne 
colique  venteuse  ou  pierreuse,  ce  que 
n’est  pas.  Mais  la  cause  pourquoy 
on  sent  si  exlremes  douleurs , est  à 
raison  des  nerfs  qui  viennent  des  ver- 
tèbres des  lombes,  et  de  ceux  de  l’os 
sacrum  , qui  descendent  et  se  dissé- 
minent aux  muscles  de  la  cuisse  et  de 
la  iambe , iusques  à l’extremilé  des 
orteils  : ce  que  i’ay  amplement  mons- 
tre en  l’anatomie. 

Le  plus  souuent  on  n’y  apperçoit 
aucune  tumeur  ny  rougeur,  ny  autre 
intemperatureà  la  veué:par-ce qu’au 
cuir  de  ceste  partie  y a peu  de  veines 
superficielles,  et  que  l’humeur  y est 
fiché  fort  profondément , et  ne  se 


DES  G0VTE9. 


a5 1 


monstre  à la  superficie.  Aussi  au  con- 
traire , nous  voyons  quelquesfois 
qu’à  raison  de  l’extreme  douleur,  il 
se  fait  si  grand  amas  d’humeurs  et 
Ventosités,  qu’ils  emplissent  la  cauité 
de  la  boette  , et  relaxent  si  fort  le  li- 
gament intérieur  et  les  extérieurs  ? 
qü’ils  chassent  l’os  dti  tout  hors  de  sa 
cauité.  Et  s’il  y demeure  long  temps , 
il  ne  faut  espefer  qu’il  puisse  estre 
jamais  réduit , et  qu’il  se  tienne  en  sa 
place,  à cause  que  l’humeur  a oc- 
cupé le  lieu  et  cauité  de  la  teste  de 
l’os  femoris,  et  aussi  que  les  bords  de 
la  boëtle  (qui  sont  cartilagineux)  se 
sont  eslressis,  et  les  ligainens  relaxés 
et  allongés  : dont  s’ensuiuent  plu- 
sieurs accidcns  pernicieux,  comme 
claudication  perpétuelle,  amaigrisse- 
ment de  toute  la  cuisse  et  delà  iambe  : 
par-eeque  l’os  n’est  en  son  lieu  natu- 
rel , presse  les  muscles,  veines,  ar- 
tères et  nerfs,  et  y manque  le 
mouuement  ; au  moyen  dé  quoy  les 
esprits  estons  ainsi  comprimés  et  ar- 
feslés , rte  peuuent  reluire  aux  par- 
ties inferieures , et  par  conséquent  se 
tabeflenlet  dcùiennent  on  émaciation, 
c’est  à dire,  amaigrissement,  non 
seulement  de  toute  la  cuisse  et  de  la 
Ïambe , mais  quelquesfois  aussi  de 
tout  le  corps,  auee  vne  fiéüre  hec- 
tique , qui  meine  le  malade  à la  mort. 
Parquoy  faut  que  les  Médecins  et 
Chirurgiens  qui  seront  appelles  en 
telle  disposition,  aÿent  grand  esgard 
à ne  laisser  aduenir  tels  accidehs,  et 
qu’ils  vsent  de  remCdes  forts  et  vi- 
goureux , lors  qu’il  en  sera  besoin , 
comme  nous  dirons  cy  après. 


CHAPITRE  XXVIII. 

CVRE  DE  LA  SCtATIQVE. 

En  la  goûte  sciatique , combien 
que  communément  elle  soit  faite  de 
pituite  crasse,  loutesfois  si  le  corps 
du  malade  abonde  en  sang,  et  qu'il 
soit  fort  et  de  température  sanguine, 
il  faut  faire  la  saignée  : Car  par  icelle 
il  se  fait  égalé  vacuation  des  hu- 
meurs: et  partant  la  fluxion  ne  sera 
si  prompte  à courir  sur  la  partie. 

le  vous  puis  asseurer  que  n’ay 
iamais  trouué  plus  présent  remede  à 
seder  la  douleur  causée  d’inflamma- 
tion phlegmoneuse  que  la  saignée , 
premièrement  faite  de  la  veine  basi- 
lique au  bras  qui  est  du  costé  malade, 
comme  i’ay  dit  Cy  déliant  (à  fin  de 
faire  reuulsion  ) : et  après  ( pour  des- 
charger et  vacuer  la  matière  con- 
iointe)  de  saigner  la  veine  sciatique, 
qui  est  sur  la  malléole  extérieure  du 
pied  , sçauoir  est , si  la  douleur  oc- 
cupe plus  ceste  partie  : et  si  elle  est 
plus  grande  au  dedans  , faut  ouurir 
la  veine  saphene  , qui  est  Sur  la  mal- 
léole interne  : et  faut  tirer  du  sang 
selon  qu’on  verra  estre  necessaire.  Et 
à ce  faire  ie  conseille  au  ieune  Chi- 
rurgien qii’il  appelle  le  Médecin  , à 
fin  qu  il  soit  présent  lors  qu’on  tirera 
le  sang  : et  où  lé  cas  aduiendroit  qu’il 
ne  9’y  peust  trouuer,  et  qu’il  ordon- 
nast  tirer  trois  pallettes , plus  ou 
moins,  de  sang  des  veines  sciatique  et 
saphene,  il  pourroit  faillir  à la  quan- 
tité du  sang  : à cause  que  pour  saigner 
telles  veines  aux  pieds,  il  les  faut 
mettre  en  eau  chaude  , et  le  sang  se 
meslant  en  l’eau  , on  rte  peut  bien 
obseruer  la  quantité  : si  ce  n’est  qu’en 
faisant  mettre  le  pied  du  patient  de- 


QÔ2  LE  vingt-vniéme  livre 


dans  le  vaisseau  auquel  sera  l’eau  , il 
fera  vue  marque  à la  hauteur  de 
l’eau,  puis  il  adioustera  deux  ou  trois 
pallettes  d’autre  eau  , plus  ou  moins, 
selon  qu’aura  ordonné  le  médecin , 
et  fera  de  rechef  vne  autre  marque 
audit  vaisseau  : puis  retirera  la  qu  n- 
tilé  de  l’eau  proportionnée  du  sang 
qu’il  faudra  tirer,  et  ainsi  il  ne  pourra 
faillir  à tirer  plus  ou  moins  la  quan- 
tité du  sang  qu’aura  ordonné  le  Mé- 
decin *. 

Pareillement  les  clysteres  forts  et 
aigus  sont  vtiles , pourueu  qu’il  n’y 
ait  rien  qui  les  empeschast , comme 
seroient  vlceres  aux  intestins  et  he- 
in orrhoïdes. 

Exemple  d’vn  clyslere. 

2£.  Rad.  acori  § . ij. 

Centaurij,  rutæ,  saluiæ,  rorismarini,  ca- 
lamenthi,  origani,  pulcgij,  ana  m.  fi. 

SLœchados  Arabicæ,  florum  chamæmeli, 
meliloti,  anethi  ana  p.  j. 

Seminis  anisi,  fœniculi  ana  g.  fi. 

Fiat  decoctio  ad  ft>.  j.  in  colatura  dissolue: 

Ilieræ,  diaphœntci  ana  g . fi. 

Mellisantbosati.etsaccharirubrian.  g .j. 

Olei  liliorum  g . iij. 

Fiat  clyster. 

Lequel  il  faudra  accommoder  au 
tempérament,  aage,  et  au  temps,  se- 
lon la  prudence  du  Médecin. 

Aussi  les  purgations  vigoureuses  , 
comme  les  pilules  d’hermodactes , fé- 
lidés, arthritiques,  assajeret  pour  les 
pituiteux , et  autres  cy  dessus  men- 
tionnées. L’electuaire  de  diacartami 
purge  l’humeur  cholérique  et  pitui- 

1 Subtile  obseruation  de  l’Aullieur.  — A.  P. 

Nous  avons  trouvé  plus  haut , dans  ce 
même  livre,  la  manière  d’établir  les  cautè- 
res; voici  maintenant  un  procédé  fort  ingé- 
nieux pour  la  saignée  du  pied,  qui  est  resté 
dans  l’oubli , sans  doute  parce  que  personne 
n’était  tenté  de  l’aller  chercher  là. 


(eux.  Les  vomissemens  frequens 
( si  le  malade  le  peut  faire  commo- 
dément ) font  euacuation  non  seule- 
ment des  humeurs,  mais  aussi  reuul- 
sion  d’iceux,  comme  nous  auons  dit 
par  cy  deuant.  Les  bains  et  sueurs 
sont  semblablement  bons.  Aussi  la 
décoction  de  gaiac  ou  de  salseparille, 
et  en  vser  tant  et  si  peu  qu’on  verra 
estre  necessaire.  Et  si  on  connoist 
qu’il  y ait  chaleur,  on  frottera  la  par- 
tie ù'oxyrhodinum , qui  est  mixtion 
d’huile  rosatet  de  vinaigre,  principa- 
lement quand  la  douleur  est  profonde. 
Car  le  vinaigre,  à cause  de  sa  tenuité 
pénétrant  iusques  au  profond , fait 
voyeà  l’huile  . laquelle  de  son  natu- 
rel appaise  les  douleurs.  Aussi  on 
pourra  vser  d’autres  repercussifs  , si 
on  connoist  estre  besoin  : et  après  on 
appliquera  rcmedes  qui  attirent  et 
resoluent,  lesquels  ne  seront  nulle- 
ment appliqués  que  premièrement 
on  n’ait  fait  vacuation  vniuerselle,  de 
peur  qu’on  n’attirast  trop  d’humeur 
à la  partie  , et  qu’il  ne  fust  rendu  vis- 
queux et  espais. 

Donc  après  les  choses  vniuerselles , 
pour  attirer  l’humeur  du  profond  à 
la  superficie  , on  vsera  de  l’emplastre 
fait  de  poix  et  d’euphorbe  et  de  soul- 
phre  , fait  ainsi  1 : 

iç.  Picis  natialis  lî> . j. 

Sulpburis  viui  subtili  1er  puluerisati  g .ij 

Euphorbij  puluerisati  3.  ij. 

Lardi  g . fi. 

Fiatemplastrum  secundum  artem,  etexten- 

dalur  super  alutam. 

1 Dans  l’édition  de  1575,  on  lisait  : de 
l’emplaslre  de  poix  et  de  soupltre  cy  dessus  men- 
tionné , ou  vu  cmpluslre  d’ammoniac , elc.  — 
En  1579,  il  s’aperçut  sans  doute  qu’il  n’avait 
point  donné  la  formule  de  cet  emplâtre,  et 
il  corrigea  • de  l’emplastre  fait  de  poix  et  de 
soupltre  ( desquelles  choses  il  faut  vser  auec 


DES  GOVTES. 


253 


Dont  il  faut  vser  auec  prudence, 
de  peur  qu'il  n’y  suruienne  inflam- 
mation. Ou  vn  emplastre  d’ammo- 
niac, euphorbe , terebenlliine,  pro- 
polis,galbanum,bdellium,opopanax, 
et  semblablement  d’huile  desauge, 
rosmarin , de  pyretbre  et  autres 
semblables,  extraite  par  quinte-es- 
sence : lesquelles  sont  bien  plus  à 
louer  que  les  autres,  d’autant  que 
d’icelles  les  vertus  sont  plus  pures,  et 
leur  action  plus  prompte  sans  com- 
paraison que  celles  qui  ne  sont  t:;ées 
par  quinte-essence,  par-ce  que  elles 
sont  de  ténue  et  subtile  substance, 
et  pénétrent  fort  profondément,  et 
resolueut  et  roborenl  les  parties  ner- 
ueuses. 

Semblablement  onfera  desfomenta- 
tions d’herbes  disculientes  et  resolu- 
tiues,  comme  racines  et  fueilles  d'hie- 
bles , ireos , graine  de  laurier,  ge- 
néure  , semence  de  fœnugrec , anis, 
fenouil,  sauge,  rosmarin, camomille, 
melilot,  fueilles  de  sureau,  et  leurs 
semblables  : et  les  faut  faire  cuire  en 
vin  et  en  huile , et  de  ce  soit  faite  fo- 
mentation. 

Aussi  ceste  emplastre  est  fort  louée 
des  anciens  pour  résoudre  et  seder 
la  douleur,  auec  ce  qu’elle  attire  les 
espines  et  os  pourris1. 

X Seminis  vrticæ  mundatæ,  spumæ  bora- 
cis,  salis  ammoniaci,  radicis  aristolo- 
chiæ  rotundæ , colocynthidos,  terebent. 
Venelæ  ana.  3 x. 

Fœnugr.  piperis  longi,  xylobalsami,  thu- 
ris,  myrrhæ,  adipis  caprilli,  gummi 
pini  ana  3.  v. 

Ceræ  1b . G . 

Lactis  ficus  siluestris  3.  iij.  G. 

prudence  de  peur  qu’il  n’y  suruienne  inflam- 
mation) . et  enfin  il  en  donna  la  formule  en 
1585. 

1 Auicennc  loue  cesl  emplastre.  — A.  P. 


Il  faut  liquéfier  les  choses  seiches 
auec  quantité  suffisante  d’huile  de  lis 
et  bon  vin  , et  le  tout  incorporé  en- 
semble, soit  fait  emplastre,  et  en  soit 
appliqué  dessus  l’os  ischion. 

Autre. 

if.  Sinapi  aceto  acerrimo  dissoluli  §.  ij. 
Fermenti  acris  § . G . 

Pulueris  hermodaclylorum  3.  ij. 

Mellis  communis  § . iij. 

Terebcnthinæ  § . iiij . 

Olei  laur.  et  de  spica  ana  g . ij. 

Farina;  fœnugræc.  g.j.  G. 

Terræ  formicarum  cum  ouis  tt>.  j. 
Foliorurn  lauri , saluiæ,  rutæ,  rorisma- 
rini  ana  m.  G . 

Vcrmium  terrestrium  præparatorum 
ib.  G. 

La  terre  de  fourmis , et  leurs  œufs, 
et  les  vers , cuiront  à part , auec  les 
herbes  hachées  auec  vin  blanc  , puis 
coulées,  et  en  icelle  coulature  on  ad- 
ioustera  les  autres  choses  selon  l’art  : 
et  de  ce  soit  appliqué  sur  l’os  ischion, 
comme  dessus. 

Autre. 

if.  F,adicis  enulæ  campanæ,  sigilli  Salomo- 
nis,  bryoniæ,  bismaluæ  ana  g . ij. 
Coquantur  complété  et  pistentur,  et  passen- 
tur  per  setaceum,  addendo  : 

Farinæ  fœnugræci  et  hordei  ana  g . j. 
Olei  liliorum  et  camomillæ  ana  g . iij. 
Terebentli.  § . iiij. 

Ceræ  quantum  suflïcit. 

Fiat  cataplasma. 

Il  résout  et  appaise  la  douleur , et 
attire  la  matière  du  profond  à la  su- 
perficie. 

A ut  re. 

'if.  P,adicis  sigilli  beatæ  Mariæ  g . vj. 
Emplastri  diachylonis  albi  g ■ iiij  - 
Croci  dissoluli  in  aqua  vitæ.3.  ij. 


254  LE  vingt-vniéme  livre 


TerebentUinæ  p.  j, 

0!ci  de  spica  nardi  quantum  sufllcit. 

Fiat  cmplastrurn,  applicetur  super  alutam 
calide. 

I’ay  appliqué  plusieurs  fois  de  la 
seule  racine  de  sigillum  bcaiœ  Maria; 
en  rouelles  sur  toute  la  hanche,  qui 
a sedé  tost  la  douleur  causée  de  ma- 
tière froide. 

Autre, 

if.  Ceræ  citrinæ  et  terebeothinæ  abiefis  ana 

S - ij  • 

Fundantur  simul  in  Vflse  dupiici  ; et  vbi 
refmerint,  adde  : 

Pulueris  hermodactylorum  §.  fi. 
Florum  camomillæ,  iridis  Florenliæ  ana 
5.  iij. 

Spicæ  nardi,  florum  thymi  ana  3.  ij. 
Jnterioris  cinnamomi  electi  et  seminis 
nasturlij  ana  3.  ij. 

Çrori  3 . iiij. 

Malaxentur  simul  manibus  axungia  porci 
veteré  non  salita  vnctis,  et  bat  massa 
emplastri. 

Et  si  par  ces  remedes  on  ne  peut 
seder  la  douleur,  alors  faut  venir  aux 
plus  forts , comme  appliquer  dessus 
grandes  ventouses  auec  grande  flam- 
me pour  attirer  l’humeur  du  profond 
à la  superficie  : puis  appliquer  vési- 
catoires , à fin  que  Ton  fasse  vacua- 
tion  manifeste  de  l’humeur  contenue 
à la  partie. 

Exemple  cl’ in  vésicatoire. 

if.  Cantharidum,  quibus  detraclæ  sunt  alæ 
3.  ij. 

Slaphidis  agriæ  3.  iij, 

Sinapi  3.  j.  fi. 

Fermenti  acerrimi  §.  fi. 

Ces  choses  soient  incorporées  en- 
semble, et  soit  fait  vésicatoire. 

filtre, 

Prenez  l’intcrieur  de  l’escorce  de  viorne, 


le  poids  de  deux  cscus,  et  appliquez  au 

dessous  de  la  douleur. 

Les  vlccres  faites  par  les  vessies  se- 
ront tenues  longuement  ouuertes,  à 
fin  de  vacuer  et  tirer  l'humeur  con- 
ioint  en  la  parlie.  Si  la  cuisse  tombe 
en  atrophie , on  y procédera  en  la 
maniéré  qu’auons  déclaré , traitant 
des  accidens  des  fractures  et  luxa- 
tions. 

Et  si  pour  tous  ces  remedes  lepau- 
ure  gouteux  ne  troupe  allégement  de 
sou  mal,  il  faut  venir  A l’exlreme  re- 
medes par  le  commandement  d’Hip- 
pocrates qui  dit,  que  ceux  qui  sont 
affligés  de  douleur  diuturne  en  l is- 
cliion,  la  cuisse  se  luxe,  et  deuiennent 
tabides,  et  clochent  à perpétuité , si 
on  ne  les  cautérisé.  Aussi  Cclse2  com- 
mande qu’on  vlcere  la  peau  aux 
vieilles  douleurs  sciatiques  en  trois 
ou  quatre  lieux,  auec  cautères:  car 
toutes  telles  douleurs,  quand  elles 
sont  enuieillies , à grande  peine  peu- 
uent  estre  guaries  sans  brusjeures  : et 
on  aveu  plusieurs  qui  ont  recouuert 
santé  après  l’application  de  cautères. 
Parquoy  pour  seder  l’extreme  dou- 
leur, et  prohiber  les  accidens  prédits, 
on  appliquera  trois  ou  quatre  cautè- 
res actuels  ou  potentiels  autour  de 
la  iointure  de  l’ischion  , les  faisans 
profonder  en  la  chair  l’espaisseur  d’vn 
doigt,  (plus  ou  moins,  selon  que  le 
malade  sera  gras  ou  maigre  ) se  don- 
nant garde  de  toucher  les  nerfs.  Et 
pour  bien  faire,  Je  chirurgien  doit  te- 
nir les  vlceres  longuement  ouuertes, 
à fin  de  donner  issue  à la  matière 
coniointe  qui  a esté  de  long  tems  re- 
tenue en  la  partie  affectée,  qui  se  fera 
par  le  moyen  de  petites  boulettes 
d’or  ou  d’argent,  gentiane,  ou  de  cire 

1 Hippocrates,  Aph.  GO.  liu.  G,  — A.  P. 

- Celse  liu.  4.  — A.  P. 


DES  GOVTES. 


255 


fondue  auec  poudre  de  vitriol  ou  de 
mercure,  ou  d’autre  matière  cathe- 
retique  *. 

Or  les  cautères  profitent  pareille- 
ment à cause  qu’eschauflans  la  par- 
tie , aussi  ils  eschauffent  et  dissoluent 
les  humeurs  froids,  et  subtilient  les 
gros  et  visqueux , et  les  attirent  de- 
hors pour  estre  euacuésparles  excre 
mens  que  iettent  les  vlceres  : et  aussi 
que  les  ligamens  se  resserrent  par  les 
cicatrices,  et  la  partie  affectée  de- 
meure puis  après  fortifiée 2. 

Annotation  au  ieune  chirurgien  : 
c’est  qu’il  faut  faire  fléchir  et  es- 
tendre  la  cuisse  malade  de  ccluy 
qui  aura  vnc  sciatique,  de  quelque 
cause  que  ce  soit,  de  peur  que  le  liga- 
ment cartilagineux  qui  lie  les  os  en- 
semble ne  s’enfle  au  dedans  de  la  ioin- 
ture,  et  que  les  os  ne  se  conioignent 
ensemble,  et  se  face  vn  anchilosis. 


CHAPITRE  XXIX. 

DE  LA  GOVTE  GRAMPE. 

La  goule  grampe  est  vne  espece  de 
conuulsion,  faite  d’vue  matière  flatu- 
lente,  par  le  moyen  de  laquelle  sou- 
uentesfois  le  col , les  bras  et  iam- 
bes  sont  par  vne  grande  force  rc- 

1 Voyez  pour  ces  boulettes  la  note  de  la 
page  227. 

2 Le  chapitre  se  terminait  là  en  1575  et 
en  1579:  ['annotation  qui  suit  est  une  addi- 
tion de  1585. 


tirées , ou  estendues , causant  vne 
extreme  douleur , non  toutesfois  de 
longue  durée. 

La  cause  d’vn  tel  mal  est  vne  va- 
peur crasse  et  lente,  qui  est  entre  les 
membranes  des  muscles  : qui  vient 
plusiost  de  nuit  que  de  iour,  à raison 
que  la  chaleur  naturelle  et  esprits  se 
retirent  au  centre  du  corps,  qui  fait 
que  la  matière  flatulente  s’esleue  et 
fait  tension  aux  parties,  où  s’introduit 
la  goûte  grampe.  Aussi  quelquesfois 
vient  à ceux  qui  nagent  en  eau  froide, 
qui  les  fait  noyer,  pour  l’impotence 
qu’ils  ont , ne  pouuans  nager , de- 
meurans  immobiles,  parce  que  par  la 
frigidité  de  l’eau  le  cuir  est  espaissi 
et  retrait,  et  les  pores  clos , de  sorte 
qu’il  ne  se  peut  faire  euaporalion  de 
ladite  matière  flatulente,  mais  au 
contraire  elle  s’augmente  par  l’eau 
froide.  Ceux  qui  sont  addonnés  à 
yurongnerie,  oisiueté  et  paresse,  pour 
les  crudités  qu’ils  amassent , sont  le 
plus  souuent  espris  de  ceste  maladie. 

Pour  la  cure,  faut  tenir  bon  ré- 
gime, et  trauaillermoderément,  et  ro- 
borer  les  parties  où  tel  mal  aduient, 
qui  se  fera  par  frictions  longues,  auec 
linges  chauds  et  eau  de  vie  en  la- 
quelle on  aura  infusé  fueillos  de  sau- 
ge, rosmarin,  !hym,sarielle,  lauande, 
clous  de  girofles,  gingembre,  ou  au- 
tres semblables  discutions  et  résolu- 
tifs. Et  pourseder  la  douleur,  lors 
que  la  goûte  grampe  occupe  quelque 
partie , promptement  elle  sera  ap- 
paisée  par  friction,  ou  par  extension, 
ou  flexion,  ou  par  cheminer. 


LE  VINGT-DE' VXIEME  LIVRE, 

TRAITANT 

DE  LA  PETITE  VEROLLE,  ROUGEOLLE, 

ET  VERS  DES  PETITS  ENFANS,  ET  DE  LA  LEPRE  «. 


CHAPITRE  I. 

DES  CAVSES  DE  LA  PETITE  VEROLLE, 
ET  ROVÜEOLLE. 

Pour  ce  que  la  petite  verolle  et  rou- 
geolle  sont  comme  les  postes,  hé- 
rauts, et  messagers  de  la  peste,  pro- 

1 Ce  livre  avait  paru  pour  la  première  fois 
dans  le  Traicté  de  ta  peste  , petite  verolle  et 
rougeolle,  de  1568  ; l’histoire  de  la  petite  vé- 
role, de  la  rougeole  et  des  vers  comprenait 
ou  chapitre  51  au  54  inclusivement,  et  l’his- 
toire de  la  lèpre  du  56  au  62  et  dernier  du 
livre.  C’était  donc  comme  un  simple  appen- 
dice au  traité  de  ta  Peste;  aussi  l’auteur 
commençait  en  ces  termes  le  premier  cha- 
pitre : 

« Pource  que  nous  auons  auparauant  déclaré 
■ que  la  petite  verolle  et  la  rougeolle  sont  comme 
les  postes,  etc.  » 

Et  tout  en  retranchant  quelques  mots, 
l’auteur  a encore  laissé  subsister  dans  le  pre- 
mier paragraphe  du  livre  actuel  des  traces 
trop  manifestes  de  la  place  qu’il  lui  avait 
primitivement  donnée.  C’est  en  1575,  dans 
la  première  édition  des  OEuvres  complètes, 
que  ce  livre  fut  séparé  de  celui  de  la  peste , 


uenant  aussi  du  vice  de  l’air,  et  de  la 
corruption  des  humeurs  : outre-plus 
qu’en  la  peste  s’engendrent  des  vers 
à plusieurs,  il  m’a  semblé  bon  d’en 
escrire  icy  quelque  chose,  à fin  que 
par  ce  traité  le  ieune  chirurgien  soit 
plus  amplement  et  parfaitement  in- 
struit en  ceste  maladie  pestilente 1  2. 

et  placé  avant  lui,  entre  celui  de  lu  grosseVe- 
rolle  et  celui  des  Morsures  et  Piqueures  véné- 
neuses. 11  se  composait  alors  de  il  chapitres, 
qui  en  tirent  12  en  1579  par  la  division  du 
deuxième  ; et  deux  autres  ont  été  ajoutés  en 
1585.  Je  ne  parle  pas  d’un  long  article  sur 
les  vers,  placé  en  1579  à la  suite  du  troisième 
chapitre,  et  que  j’ai  renvoyé  au  livre  des 
Monstres,  d’où  il  avait  élé  en  partie  tiré.  J’ai 
d’ailleurs  exposé  dans  mon  introduction 
quelle  avait  été  pour  Paré  l’occasion  de  ce 
livre,  ou  du  moins  de  la  première  partie. 
Voyez  tome  Ier,  page  ccxxii. 

2 A la  suite  de  ce  premier  paragraphe,  on 
lisait  dans  les  éditions  de  1568  et  1575  : 

«Et  en  ceste  petite  addition  ieconfesseauoir 
imité  en  plusieurs  endroits  ce  que  maistre 
Simon  de  Vallambert,  homme  prudemment 
versé  aux  bonnes  lettres , Médecin  de  mon- 
seigneur le  duc  d’Alençon  et  de  madame  la 


DE  LA  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE. 


Donc  pour  commencer  à la  descrip- 
tion de  la  petite  verolle  et  rougeolle  : 
ce  sont  petites  pustules  et  taches  qui 
apparoissent  à la  superficie  du  cuir, 
faites  de  sang  impur  et  autres  hu- 
meurs vicieux , iettés  par  la  force  de 
la  vertu  expulsiue.  Les  anciens  tien- 
nent qu’elles  sont  engendrées  de  quel- 
que reste  du  sang  menstruel , duquel 
l’enfant  ayant  esté  nourri  au  ventre 
de  la  mere,  en  relient  encore  apres 
quelque  portion  et  malignité  : la- 
quelle en  grand  chaud  ou  saison  aus- 
trale venant  à s’exciter  et  boüillonner 
auec  tout  le  reste  de  la  masse  sangui- 
naire, s’espand,  et  se  monstre  par 
l’habitude  de  tout  le  corps.  Qu’il  soit 
vray,  on  voit  peu  de  personnes  qui  ne 
l’ayent  vne  fois  en  leur  vie  : et  mesme 
elles  peuuent  venir  aux  grands  ainsi 
qu’aux  petits  enfans , d’vne  grande 
ferueur  et  ébullition  de  sang,  et  autres 
humeurs  vicieux,  et  aussi  par  conta- 
gion de  l’air  pestiféré  : dequoy  l’ex- 
perience  iournelle  nous  fait  foy. 

Or  la  verolle  différé  de  la  rougeolle, 
ainsi  que  la  bosse  du  charbon  : d’au- 
tant que  la  verolle  est  faite  de  matière 
plus  crasse  et  visqueuse,  sçauoir  san- 
guine et  pituiteuse,  que  la  rougeolle, 
qui  se  fait  d’vne  matière  plus  chaude 
et  plus  subtile  ‘,  sçauoir  bilieuse  : 
parquoy  la  rougeolle  ne  laisse  pour 
marque  de  soy  sinon  taches  connue 
de  pulces  par  tout  le  corps,  autres 
fois  rouges,  autres  fois  verdes  ou  noi- 

duchcsse  de  Sauoye , a escrit  en  son  liure  de 
la  maniéré  de  nourrir  et  gouuerner  les  en- 
fans,  ce  que  ie  croy  qu’il  ne  trouuera  pas 
mauuais,  attendu  que  ie  l’ay  faict  pour  l’v- 
tilité  publique.  » 

Peut-être  est-il  à regretter,  pour  la  probité 
scicniilique  de  notre  auteur,  qu’il  ait  effacé 
ce  modeste  aveu  à partirde  l’édition  de  1579. 

1 Le  reste  de  cette  phrase  a été  ajouté  en 
1575. 


2Ô7 

res  : mais  la  verolle  s’esleue  en  pus- 
tule pointue  et  blanchissante,  argu- 
ment de  meslange  de  pituite  auec 
sang.  D’auantage , la  verolle  est  plus 
esleuée  en  pointe  : au  contraire  la 
rougeolle  ne  sort  gueres  hors  du 
cuir,  mais  est  plus  large  : toutesfois 
au  commencement  que  l’vne  et  l’autre 
sortent,  comme  du  premier,  second  , 
et  tiers  iour,  il  est  difficile  de  les  dis- 
tinguer l’vne  de  l’autre , par  ce  qu’el- 
les sont  en  leur  commencement  pres- 
que semblables  : et  depuis  le  second 
ou  tiers  ou  quart  iour,  la  verolle 
croist  et  se  blanchit  auant  qu’elle 
vienne  en  crousle  : au  contraire  , la 
rougeolle  demeure  rouge  à la  super- 
ficie du  cuir,  et  ne  croist  point  en 
tumeur.  D’auantage  la  verolle  pique 
et  fait  démangeaison  , et  la  rougeolle 
ne  pique  et  ne  démangé  point  : parce 
que  l’humeur  n’est  pas  si  acre  ny 
mordicant,  ou  par  ce  qu’estant  plus 
suhtil  il  s’exhale  plus  aisément.  Les 
malades  ont  vne  grande  sternutation 
lors  qu’elles  veulent  sortir,  à cause 
que  les  vapeurs  putrides  montent  des 
parties  inferieures  au  cerueau.  Outre- 
plus ils  ont  fiéure  continue,  auec 
douleur  tres-grande  au  dos,  prurit 
et  démangeaison  au  nez,  aussi  dou- 
leur et  pesanteur  de  teste  auec  ver- 
tigine,  comme  si  tout  tournoit , dé- 
faillance de  cœur,  nausée  et  vomis- 
semens,  mal  de  gorge,  la  voix 
enrouée , douleur  de  poitrine,  courte 
haleine,  auec  grand  battement  de 
cœur.  D’auantage,  ils  ont  les  yeux 
flamboyans,  lassitude  de  tout  le 
corps,  vrines  rouges  et  troubles, 
resueries  : toustes  lequelles  choses, 
ou  la  plus  grande  part  d’icelles , ad- 
uiennenl  au  commencement  de  la 
verolle  et  rougeolle. 

Quant  au  présagé  que  Ion  peut 
faire  de  ces  deux  maladies  si  sembla- 

l7 


lli. 


q58 


LE  VING  l'-DEVXIEME  LIVRE 


blés  d'origine,  on  peut  asseurément 
dire  que  en  icelles  il  y a vne  qua- 
lité tellement  veneneuse  et  conta- 
gieuse, que  mesme  auec  les  humeurs 
et  parties  charneuses  elles  rongent 
et  gastent  les  os,  comme  fait  la  grosse 
verollo  : ce  que  ie  n’ay  pas  veu  seule- 
ment en  l’année  1568*,  mais  plusieurs 
autres  fois  par  le  discours  de  l’aage 
qu’il  a pieu  à Dieu  me  donner  iusques 
à présent. 

Et  pour  vous  en  donner  vn  notable 
exemple,  i’ay  bien  voulu  descrire 
cesttiy-cy  ( qui  est  l’vn  des  plus  es- 
merueillables  que  l’on  sçauroit  voir) 
d'vne  petite  fdle  aagée  de  quatre  à 
cinq  ans,  fille  de  Claude  Piqué,  re- 
lieur de  liures  du  roy,  demeurant  rue 
Saint-Iacques  à Paris,  laquelle  ayant 
esté  malade  de  petite  verolle  enuiron 
vn  mois,  et  Nature  n’ayant  peu  sur- 
monter la  poison , luy  suruindrent 
apostcmes  sur  le  slernon  et  aux 
jointures  des  espaules,  dont  la  ma- 
tière virulente  rongea  et  sépara  en- 
tièrement tous  les  os  du  slernon,  et 
les  epipbyses  des  os  adiutoires,  auec 
bonne  portion  de  la  teste  de  l’omo- 
plate : ce  que  n’ay  veu  seul , ains 
auec  moy  monsieur  Myron , à présent 
Conseiller , et  premier  Médecin  du 
Roy,  Docteur,  Regent  delà  Faculté  de 
Médecine  de  Paris  *,  et  Iean  Doreau , 
chirurgien  de  M.  le  comte  de  Bryane  : 
en  la  presence  desquels  i’ay  veu  et 
analomisé  la  dite  fille,  en  laquelle 
ay  trouué  ce  que  i’ay  dit  cy  dessus. 

1 Edition  de  1568  : ceste  année  1568. 

2 Edition  de  1568  : Monsieur  maislre Marc 
Myron, Médecin  ordinaire  duRoy  el  Docteur 
à Paris  : maislre  François  Rasse  des  JVeux , 
chirurgien  audit  lieu,  et  Jean  Doreau,  etc. 
— Dans  l’édition  de  1575,  monsieur  Myron 
était  déjà  décoré  de  ses  titres  nouveaux,  et 
maislre  des  N eux  suivait  toujours.  Le  nom  de 
ce  dernier  a été  rayé  du  texte  en  1579. 


Rolin  Marie,  marchand  lunetier 
demeurant  près  le  Palais,  me  fit  ap- 
porter sa  fille  aagée  de  quatre  ans 
deux  mois,  qui  auoit  eu  tout  le  corps 
couuert  de  pustules  de  la  petite  ve- 
rolle, ayant  les  os  des  bras  et  iambes 
apostumés , pourris  et  fracturés , ac- 
compagnée de  Géure  ardente.  le  ne 
luy  voulus  aucunement  loucher  : le 
lendemain  décéda  *. 

On  voit  aussi  à plusieurs  grande 
portion  de  genciues  carieuses  et  pour- 
ries, auec  grande  feteur  : telle  cor- 
ruption se  fait  de  vapeurs  putredi- 
neuses  qui  s’esleuent  des  parties  in- 
térieures à la  bouche:  et  meurent 
presque  tous,  quelque  diligence  qu’on 
leur  sçache  faire. 

On  voit  d’auantage  par  la  dissec- 
tion des  corps  qui  en  sont  morts,  que 
lesdites  maladies  laissent  le  plus  sou- 
uent  vne  merueilleuseintemperature 
aux  parties  du  dedans , comme  au 
foyc , à la  rate  , et  aux  intestins,  dont 
s’ensuit  à plusieurs  hydropisie,  phthi- 
sie , enroüeure  de  voix , courte  ha- 
leine, flux  de  ventre,  auec  vlceres 
aux  intestins,  et  par  conséquent  la 
mort 1  2,  selon  que  ces  pustules  ont 
rauagé  par  ces  parties  intérieures 
de  mesme  furie  que  l’on  les  voit  as- 
seoir sur  la  peau.  Et  quant  aux  par- 
ties externes,  elles  laissent  non  seu- 
lement deformité,  principalement  au 
visage,  à cause  des  pustules  et  vlce- 
res, qui  passant  la  superficie  du  cuir 
ont  profonde  en  la  chair,  desquelles 
sont  demeurées  des  laides  cicatrices  : 
mais  aussi  quelquesfois  elles  gastent 
et  font  perdre  le  mouuement  des 

1 Cette  courte  observation , de  même  que 
le  paragraphe  qui  vient  après,  sont  des  ad- 
ditions de  1585. 

2 La  phrase  s’arrêtait  là  en  1568;  elle  a 
été  complétée  en  1575. 


DF.  LA.  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE. 


Jointures  , et  principalement  des  cou- 
des, poignets,  genoux,  et  du  pied. 
Aucuns  en  ont  du  tout  perdu  la  veuë, 
ainsi  qu’a  fait  le  seigneur  de  Guime- 
nay,  et  vue  infinité  d’autres  : aussi 
quelques  vns  ont  perdu  l’oliye,  au- 
tres le  fleurer,  par  excroissance  de 
chair  suruenue  aux  conduits  tant 
des  oreilles  que  du  nez,  après  les  pus- 
tules sorties,  comme  elles  font  aussi 
en  tous  les  endroits  du  corps,  tant 
par  dehors  que  par  dedans  (ainsique 
nous  auons  demonstré  par  cy  déliant) 
lesquels  empeschent  les  conduits  des 
oreilles  et  du  nez.  Bref,  ie  puis  dire 
que  toutes  les  apostemes  qui  aduien- 
nent  aux  petits  etifans  ayans  eu  la 
verolle  ou  rougeolle,  desquelles  ils 
n’auront  pas  esté  purgés  à suffisance 
pour  la  décharge  de  nature,  tiennent 
de  la  malignité  et  vénénosité  de  l’hu- 
meur qui  fait  Iesdiies  maladies,  et 
partant  sont  fort  malaisées  à guarir. 
Et  pour  le  dire  en  vu  mot,  la  petite 
verolle  et  rougeolle  u’esfans  pas  bien 
purgées,  causent  d’aussi  diuers  et 
fascheux  aecidefis  que  fait  la  grosse 
verolle  '. 


CHAPITRE  II. 

DE  LA  CVP.Ë  DE  LA  PETITE  VEROLLE 
ET  ROVGEOLLE. 

La  cure  d’icelles  sera  diuersifiée  se- 
lon que  l’humeur  participera  de  la 
peste,  ou  n’aura  aucune  commu- 
nication auec  icelle.  Car  si  elles 
sont  pestilentes,  et  aux  enfans  qui 
encore  tetent , on  fera  vser  à la  nour- 

1 Les  éditions  de  15G8  et  1575  ajoutaient 
ici  : et  mesmes  aucunes  fois  la  lèpre.  Cela  a 
été  effacé  en  1579. 


q59 

rice  de  choses  qui  contrarient  au  ve- 
nin, comme  nous  dirons  en  la  cure 
de  l’enfant  pestiféré,  à fin  d’empescher 
que  le  venin  n’aille  saisir  le  cœur.  Et 
faut  tenir  l’enfant  en  chambre  chau- 
de, où  le  vent  n’entre  point,  etl’en- 
uelopper  de  drap  d’escarlate  *,  ou 
d’autre  drap  rouge,  c’est  à dire, 
en  faire  les  custodes  et  couuer- 
ture  de  son  Uct,  auquel  on  le  fera 
tenir,  lecouurant  médiocrement,  ius- 
quesà  ce  que  la  verolle  ou  rougeolle 
soit  sortie  du  tout.  Aussi  faut  que  la 
nourrice  mange  en  ses  potages , pour- 
pié,laictue,  vinclte,  cichorée,  bour- 
rache, et  qu’on  y mette  vu  noiiet 
d’orge-mondé.  Elle  euitera  du  tout 
les  viandes  chaudes,  comme  saletfres, 
pastisseries,  espiceries,  et  le  vin,  s’il 
n’esloit  bien  trempé  d’eau , de  peur 
de  rendre  son  sang  trop  chaud,  qui 
eschaufferoit  d’auantage  celtiy  de 
l’enfant  : parquoy  en  lieu  d’iceiuy, 
elle  boira  ptisane  cuitte  auec  raisins 
et  racine  devinette.  Et  faut  qu’elle 
prenne  les  medicamens  en  lieu  de 
l’enfant , comme  si  elle  mesme  auoit 
ceste  maladie  : et  partant  on  luy  or- 
donnera son  régime  et  maniéré  de 
viure,  et  médecines  qui  soient  en 
quantité  conuenables  et  proportion- 
nées à elle,  et  en  qualité  propres  à 
l’enfant,  à fin  de  rendre  le  laict  médi- 
camenteux : car  il  prend  nécessaire- 
ment la  vertu  et  nature  de  ce  que  la 
nourrice  a pris , ainsi  que  nous  auons 
prouué  par  cy  deuant  : et  partant  le 
laict  d’icelle  supplée  au  defaut  desre- 
medes  qu’il  deuroit  prendre  luy 
mesme  par  dedans  : et  pour  le  dire  en 
vn  mot,  elle  tiendra  le  régime  qu’on 

1 Gaddesden,  au  xive  siècle,  avait  donné 
un  conseil  tout  semblable  pour  le  fils  du 
roi  d’Angleterre.  Voyez  mon  Introduction, 
page  lui. 


oho  le  vixgt-jdevxieme  livre 


a accousîumé  de  tenir  aux  fiéures 
pestilentes. 

Il  ne  faut  donner  bouillie  à l’en- 
fant, ou  on  luy  en  donnera  en  bien 
petite  quantité.  Et  s’il  est  sevré  et  ja 
grandelet,  il  n’vsera  pareillement  de 
chair,  iusques  à ce  que  la  üéure  soit 
passée  et  grandement  diminuée,  et 
quelaverolie  soit  du  tout  sortie:  mais 
il  mangera  orge  mondé  fort  liquide, 
ou  laict  d’amandes,  ou  potage  de  pou- 
lets cuits  auec  les  herbes  susdites, 
panade , gelée,  coulis,  pruneaux  et 
raisins  de  Damas. 

Pour  son  boire,  vsera  de  plisane 
faite  auec  orge  mondé,  racines  de  dent 
de  chien  et  de  vinette,  vn  noüel  des 
quatre  semences  froides,  pruneaux 
et  raisins  de  Damas,  auec  poudre 
d’yuoire  et  de  corne  de  cerf  : et  auec 
icelle  entre  les  repas  on  pourra  mes- 
ler  du  syrop  violât,  et  non  rosat,  ny 
autre  astringent,  de  peur  d’arresler 
l'humeur , et  l’empescher  de  sortir 
hors. 

Le  dormir  de  l’enfant  doit  estre  mo- 
déré et  non  trop  profond,  de  peur 
de  retirer  les  matières  au  centre  du 
corps  et  augmenter  la  chaleur  de  la 
heure. 

Ilne  faut  purger  ny  saigner  ( s’il 
n’y  auoit  grande  plénitude,  ou  quel- 
que complication  de  maladie,  comme 
vne  pleuresie,  ophthalmie,  squinan- 
eie,et  autres  semblables)  si  ce  n’est 
en  la  déclinaison,  ou  bien  le  premier 
ou  second  iour  au  plus  tard  de  la 
maladie , de  peur  d’interrompre  le 
cours  de  nature  : mais  on  se  conten- 
tera de  donner  quelque  clystere , ou 
bouillon  de  maulues,  violettes  de 
Mars,  bourrache,  ou  ius  de  pruneaux, 
et  raisins  au  matin.  Et  aux  enfans 
plus  grandelets,  quelque  bolus  de 
casse,  pour  amollir  le  ventre,  et  aider 
Nature  à ietler  hors  les  humeurs 


pourris  et  corrompus  qui  causent  la 
verolle  ou  rougeolle  : ce  qui  se  fait 
volontiers  au  troisième  ou  quatrième 
iour,  plus  ou  moins,  selon  la  disposi- 
tion du  corps  et  l’humeur  préparé  à 
sortir  hors,  ou  selon  l’air  ambiens. 
Et  alors  faut  prouoquer  la  sueur  par 
remedes  qui  omirent  les  pores,  et 
subtilient  les  humeurs , et  les  facent 
sortir  par  sueur,  de  peur  que  la  ma- 
tière virulente  ne  demeure  au  de- 
dans du  corps,  et  soit  cause  de  la 
mort  des  malades. 

Ce  que  i’ay  veu  depuis  peu  de 
temps  en  ça  1 auec  maistre  Richard 
Hubert,  Chirurgien  iuré  à Paris,  en 
deux  filles,  l’vne  aagée  de  quatre  ans, 
l’autre  de  dix-sept  : ausquelles  après 
leur  mort  auons  trouué  les  parties 
intérieures  toutes  couuertes  de  bou- 
tons crousteux,  et  tous  semblables  à 
ceux  qui  sont  au  dehors. 

Or  s’il  aduenoit  que  le  sang  sorlist 
par  le  nez,  ne  faut  penser  que  la 
matierede  la  petite  verolle  se  puisse 
tousiours  parfaitement  euacuer  par 
iceluy  : car  i’ay  veu  souuenlesfois 
qu’au  quatrième  ou  cinquième  iour 
suruenoit  grand  flux  de  sang  par  le 
nez  aux  malades,  et  toutesfois  pour 
ceste  vacuation  la  verolle  ne  laissoit 
à sortir  en  grande  abondance,  telle- 
ment que  leur  corps  en  estoit  tout 
couuert.  Et  pour  ce  ne  faut  arrester 
ledit  flux,  s’il  n’estoit  trop  impétueux, 
et  qu’on  conneust  les  forces  abbatues, 
à quoy  alors  on  procédera  comme 
nous  dirons  2. 

Et  pour  retourner  à la  sueur,  pour 
la  pi'ouoquer  sera  vtile  la  potion  faite 
de  décoction  de  figues  seiches,  lenlil- 

1 Je  rappelle  que  ceci  est  le  texte  de  1 5GS. 

2 L’édition  de  15G8  portait:  comme  nous 
auons  dit  au  cliap.  28.  Voyez  Ci-devant  la 
note  1 de  la  page  256. 


DE  LA.  PETITS  VEROLLE  ET  LEPRE. 


26l 


les  escorcées,  semence  de  citron,  de 
fenoil,  d’ache,  persil,  et  les  racines  de 
reglisse,  et  leurs  semblables,  auec 
raisins  de  Damas  et  dactes. 

Or  que  telles  choses  soient  bien 
propres  à faire  sortir  la  verolle  et 
rougeolle,il  appert  par  ce  que  la  de 
coction  seule  de  figues  prouoque 
grandement  la  sueur,  aussi  elleadou- 
cit  et  absterge  doucement.  Les  se- 
mences de  fenoil  et  autres  mention- 
nées, omirent  les  pores  pour  donner 
issue  aux  humeurs:  les  lentilles  em- 
peschent  que  la  gorge  et  autres  par- 
ties internes  ne  soient  esprises  de 
boutons  de  la  verolle,  pour  ce  qu’elles 
ont  vne  astriction  benigne,  et  seruent 
aussipourengarder  le  flux  de  ventre  : 
on  les  y met  escorcées,  par  ce  quel’es- 
corce  est  trop  astringente  :les  dactes  y 
sont  mises  pour  roborer  l’estomach  : 
la  semencede citron,  pourdefendre  le 
cœur  : et  la  reglisse  pour  adoucir  la 
gorge,  et  empescber  l’enroüeure , 
ioint  aussi  qu’elle  aide  à prouoquer 
la  sueur.  Et  de  ces  simples  on  fait  des 
doses  grandes  ou  petites,  selon  la 
qualité  et  force  des  malades,  et  la 
vehemence  de  la  maladie  et  ses  acci- 
dens. 

La  sueur  sera  prouoquée  loing  du 
repas,  tant  par  choses  intérieures 
qu’exterieures.  Et  faut  enuelopper 
l’enfant  en  vn  linceul  moüillé  en  la 
susdite  décoction  chaudement  , et 
exprimé  bien  fort  : ce  qui  se  peut  bien 
faire  non  seulement  aux  enfans,  mais 
aussi  aux  grands.  D’auantage  la  de 
coction  de  millet , figues  et  raisins 
auec  sucre  , prouoque  la  sueur  : 
outre  plus  on  peut  appliquer  aux 
parties  extérieures  vessies,  ou  espon- 
ges,  ou  cailloux  chauds.  Aussi  est  bon 
esucntiller  le  visage  pendant  que  le 
malade  sue,  auec  vn  esuentoir,  à fin 
de  corroborer  la  chaleur  naturelle, 


et  engarder  que  le  malade  ne  tombe 
en  défaillance  de  cœur  par  la  chaleur 
et  sueur:  ce  faisant  la  vertu  est  mieux 
conseruée,  et  par  conséquent  les  su- 
perfluités sortent  mieux  par  les  pores 
du  cuir,  et  par  le  cracher  et  mou- 
cher. Pareillement  on  fera  sentir  au 
malade  vinaigre  et  eau  rose,  auec  vn 
peu  de  camphre  et  autres  senteurs 
qui  ont  vertu  de  rafraischir  : ce  qui 
sert  encore  pour  defendre  le  dedans 
du  nez  de  la  verolle. 


CHAPITRE  III. 

QVELLES  PARTIES  FAVT  PRESERVER  DE 
LA  VEROLLE  t. 

Entre  les  parties  du  corps  qui  sont 
fort  suiettes  à estre  gastées  et  per- 
dues de  ladite  verolle,  les  yeux,  le 
nez,  la  gorge,  les  poulmons  et  intes- 
tins y sont  fort  enclins,  dont  quel- 
quesfois  la  mort  s’ensuit  : parquoy  il 
y faut  remédier  L 

Et  premièrement , pour  subuenir 
aux  yeux  qu’ils  ne  soient  gastés  : au 
commencement  on  doit  mettre  autour 
des  paupières  eau  rose,  verjus,  auec 
vn  peu  de  camphre,  ou  faire  vne  dé- 
coction de  sumach,  berberis,  escorce 
de  grenades,  aloé  auec  vn  peu  de 
saffran.  Le  jus  de  grenades  aigres  est 
bon  àceste  intention  : aussi  on  peut 
mettre  souuent  dedans  les  yeux,  des 
blancs  d’œufs  et  eau  de  rose  battus 
ensemble  : pareillement  du  laict  de 
femme  eteau  de  rose  autant  d’vnque 

1 Ce  chapitre  était  confondu  avec  le  pré- 
cédent dans  les  premières  éditions;  il  n’en 
a été  séparé  qu’en  1679. 

s La  première  édition  posthume  ajoutait 
ici  : tant  que  possible  sera.  J’ai  cru  devoir 
préférer  le  leste  de  toutes  les  éditions  faites 
du  vivant  de  l’auteur. 


LE  VINGT-DEVXIÉME  LIVRE  , 


□ 62 

d’aulre,  et  les  renouueller  soutient. 
Et  pour  le  dire  en  vn  mot,  les  choses 
froides  et  qui  repoussent,  sont  bon- 
nes : ncanlmoins  si  on  voit  les  yeux 
fort  tuméfiés  et  rouges,  il  ne  faut 
vser  de  simples  repercussifs,  mais  ils 
seront  meslésauec  choses  abslersiues, 
et  qui  ayent  faculté  de  corroborer  la 
veuë,  comme  l’eau  d’euphrase,  fe- 
noil , et  autres  semblables.  Et  lors 
qu’il  y a inflammation  ou  rougeur  , il 
11e  faut  que  le  malade  voye  grande 
clarté  ny  choses  rouges,  de  peur 
d’augmenter  la  douleur  et  inflamma- 
tion. Et  quand  la  verolle  est  en  son 
estât,  qui  est  son  plus  grand  mal,  et 
qu’il  y a grande  chaleur  et  rougeur 
aux  yeux,  adonc  on  doit  vser  de  re- 
medes  desiccatifs  et  résolutifs  doux  et 
bénins,  et  ayans  vertu  de  roborer  la 
veuë,  comme  sont  aloé,  tuthie,  anti- 
moine laués , eau  de  fenoil , d’eu- 
ph  rase  et  de  roses. 

Pour  defendre  le  nez,  on  doit  faire 
sentir  au  malade  vinaigre  et  eau  rose 
auec  vn  peu  de  camphre,  ou  verjus  et 
vinaigre,  et  en  mouiller  souuent  le 
nez  auec  vn  mouchoir:  et  aux  parties 
supérieures  on  doit  appliquer  des 
remedes  repercussifs  cy  dessus  men- 
tionnés. 

Pour  defendre  la  gorge,  et  que  la 
respiration  ne  soit  empeschée , on 
fera  des  gargarismes  d’oxycrat  ou  de 
vin  de  grenades  aigres,  et  en  conuient 
mascher,  et  tenir  des  grains  souuent 
en  la  bouche  : ou  des  noüets  faits  de 
psyllium,  de  coings,  et  autres  choses 
froides  et  astringentes. 

Quant  est  des  poulmons,  pour  les 
defendre  et  empescher  la  courte  ha- 
leine, le  malade  vsera  souuent  de 
gyrops  de  iuiubes,  ou  violât,  ou  rosat, 
ou  de  pauot  blanc,  ou  de  grenades, 
ou  de  nénuphar,  et  autres  semblables. 

Et  quand  la  verolle  et  rougeolle 


sont  du  tout  sorties  dehors,  il  ne  faut 
tant  tenir  la  chambre  close,  ny  si 
chaude  comme  on  faisoil  : ains  alors 
quant  à la  verolle,  la  faut  suppurer, 
puis  l’ouurir,  la  desseicher,  et  faire 
tomber  les  croustes  Mais  h rougeolie 
ne  se  suppure  point,  on  la  fait  résou- 
dre et  seicher  seulement.  On  suppure 
la  verolle  auec  beurre  frais,  ou  auec 
vne  fomentation  faite  de  figues,  ra- 
cines de  guymauue,  oignons  défis, 
semence  de  fin,  et  leurs  semblables. 
Et  quand  les  grains  de  verolle  sont 
meurs,  on  les  doit  couper  auec  ci- 
seaux, ou  autrement  ouurir  auec  vne 
aiguille  d’or  ou  d’argent  ',  de  peur 
que  la  bouë  et  sanie  ne  face  érosion 
à la  chair  de  dessous  , et  que  puis 
apres  n’y  demeurent  des  petites  fos- 
settes et  cicatrices  canes , qui  est 
chose  laide,  principalement  en  la  face. 
Or  après  qu’elles  sont  ouucrtes,  il  les 
conuient  desseicher  , puis  les  faire 
tomber,  qui  se  fera  auec  onguent 
rosat,  auquel  on  adioustera  ceruse, 
lilharge,  aloës  subtilement  puluerisé 
auec  vn  peu  de  saflfran  : ce  qui  non 
seulement  desseiche,  mais  aussi  aide 
nature  à engendrer  chair.  Et  pour  ce 
on  peut  dissoudre  de  la  farine  d’orge 
et  de  lupins  deslayées  auec  eau  rose, 
et  auec  vn  linge  bien  délié  on  en 
oint  les  parties  malades.  Aucuns  les 
gressent  de  coënne  de  lard  vn  peu 
bouillie  auec  eau  et  vin,  puis  respan- 
dent  dessus  de  la  farine  d’orge,  ou  de 
lupins,  ou  toules  les  deux  en  sem  e : 
les  autres  prennent  du  miel  venant 
de  la  ruche,  auec  farine  d’orge,  et 
oignent  les  boutons  pour  les  seicher 
et  faire  tomber  : et  quand  ils  sont  du 
tout  seiches,  pour  les  auancer  de  se 
séparer,  ils  mettent  de  l’huile  rosat  ou 

1 Ces  mots  : ouurir  auec  vne  aiguille  d’or  ou 
d’argent,  ont  été  intercalés  ici  en  1575. 


DE  LA  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE. 


263 


violât,  ou  d’amandes  douces  tiede  ou 
de  la  cresme. 

Après  que  la  verolle  est  sorfie,  il 
suruientvn  grand  prurit  et  déman- 
geaison, et  par  se  trop  gratter  quel- 
quesfois  aduiennent  grandes  escor- 
cheureset  vlceres,  parce  que  le  grat- 
ter est  cause  de  faire  al  traction  à la 
partie,  et  y causer  vlceres,  dont  les 
cicatrices  sont  puis  après  laides,  et  la 
face  difforme  : parquoy,  si  c’est  vn 
enfant  qui  soit  malade,  il  luy  faudra 
lier  les  mains,  et  fomenter  les  lieux  du 
prurit  de  la  décoction  de  guymauues, 
orge,  lupins  et  sel.  Et  quand  le  cuir 
est  escorché,  il  y faut  appliquer  de 
l’onguent  dit  album  Hhasiscamphré, y 
adioustant  vn  peu  d’aloës  en  poudre 
et  de  cinabre,  ou  de  dessiccalif  rouge, 
ou  autres  semblables  remedes. 

Que  si  la  verolle  s’est  iettée  aux 
yeux  , nonobstant  quelque  defense 
qu’on  ait  peu  faire,  premièrement  il 
faut  défendre  la  grande  clarté  et  la 
veuëdes  choses  rouges,  et  y appli- 
quer collyres,  les  diuersiliant  selon  la 
diuersilé  des  accidens.  Et  faut  bien 
auoir  esgard  à la  grande  tumeur  et 
inflammation  qui  y suruient  quel- 
quesfois  : comme  l’on  Voit  à plusieurs 
enfans  le  mal  eslre  si  grand,  qu’ils 
perdent  la  veuë,  et  mesme  à aucuns 
les  yeux  se  creuenl  et  sortent  du  tout 
hors  de  la  leste  : à quoy  le  Chirurgien 
pouruoyra,  et  y remédiera  tant  qu’il 
luy  sera  possible. 

Pareillement  s’ilsuruienldes grains 
de  verolle  dedans  le  nez,  qui  deuien- 
nent  en  croustes  et  vlceres , on  y 
appliquera  remedes  propres , les  y 
adaptant  aueedes  tentes  de  linge  ou 
de  cotlon. 

Aussi  le  plus  souuent  en  la  bouche 
et  au  gosier  y viennent  escorchures, 
auec  enroüeure  de  voix,  et  grande 
difficulté  d’aualler  les  viandes  : et 


pour  y remédier,  il  la  conuienl  gar- 
gariser auec  eau  d’orge  et  de  plantain , 
ou  de  cerfeuil , ausquelles  on  dissou- 
dra du  syrop  rosat  et  diamorum  : 
aussi  le  malade  tiendra  souuent  en  la 
bouche  sucre  rosat,  ou  diatragacanth 
froid  , ou  pilules  blanches  , sucre 
candi,  alphenic,  et  diaireos. 

Et  quant  aux  cicatrices  ou  marques 
qui  demeurent  au  cuir,  pour  les  oster 
il  faut  auoir  esgard  en  quelle  partie 
elles  sont  : car  si  c’est  au  visage,  et 
qu’il  y ait  grande  tuberos'té,  il  les 
conuienl  couper  auec  ciseaux,  ce  que 
i’ay  souuenlesfois  fait  : aussi  on  y ap- 
pliquera de  l’onguent  citrin  recente- 
ment  fait,  ou  de  la  pommade,  ou  ce 
liniment. 

if.  Amyli  triticci  et  amygdalarum  excorli- 
catarum  ana  3.  j.  IJ . 

Gurmni  tragacanlhi  3.  fi. 

Seminis  melonum,  fabarum  stccarum 
excorticatarum,  far.  bord,  ana  3.  ilj. 
Putuerisentur  omnia  subliiiter,  deinde  in- 
corporenturcum  aqua  rosacea,  et  liât  li- 
nimentum. 

Duquel  en  faut  oindre  la  face  auec 
vne  plume,  et  le  laisser  toute  la  nuit  : 
et  le  lendemain  la  lauer  auec  eau  de 
son  de  froment.  Le  laict  virginal  y 
est  pareillement  propre.  La  gresse 
d’oye,  ou  de  canard,  ou  de  poulaille, 
est  propre  pour  lenir  et  adoucir 
l’aspérité  du  cuir,  comme  l’huile  de 
lis.  Le  sang  de  liéure  tout  chaud,  ap- 
pliqué souuent,  est  souuerain  pour 
remplir  les  cauilés  et  faire  le  cuir  égal, 
et  corrige  la  noirceur  qui  demeure 
és  cicatrices  : pour  cest  effet  aussi  vne 
coënne  de  lard  chaude  est  propre , 
frottant  d icelle  la  partie.  Pareille- 
ment l’eau  distillée  de  fleurs  de  feues 
et  de  racine  de  lis  est  singulière  pour 
effacer  et  polir  les  cicatrices  : aussi 
l’eau  distillée  de  racines  de  cannes  et 


LE  VINGT- DE  VXIEME  LIVRE, 


264 

de  coques  d’œufs,  et  mesme  l’huile 
d’œuf,  et  plusieurs  autres  remedes 
semblables. 


CHAPITRE  IV. 

DES  VERS  Q VI  S’ENGENDRENT  ES 
BOYAVX  i. 

I.es  vers  se  font  d’vne  matière 
grosse,  visqueuse  et  crue,  laquelle  se 
corrompt  en  l’eslomach.puis  descend 
és  intestins  : et  veu  qu'elle  n’est  pas 
bien  chylitiée,  c’est  à dire  façonnée 
par  la  première  concoction  qui  se  fait 
en  l’estomacb,  elle  se  pourrit  du  tout  : 
et  pour  sa  viscosité , qui  la  fait  adhé- 
rer à iceux,  ne  la  peuuent  ietter  hors 
le  ventre,  dont  y estant  retenue  se  pu- 
tréfié d’auantage  : de  quoy  sont  pro- 
duits et  engendrés  des  vers  par  l’action 
de  la  chaleur,  qui  puis  après  viuent 
d’icelle  : laquelle  estant  consumée, 
si  on  ne  leur  baille  promptement  vne 
autre  matière  pour  les  nourrir  et 
saouler,  ils  se  pourmenent  par  les  in- 
testins , causans  grandes  douleurs  aux 
malades , et  montent  quelquesfois 
iusquesen  l’estomach,et  les  iette  l’on 
par  la  bouche,  et  aucunesfois  passent 
par  les  trous  du  palais,  et  sortent  par 
le  nez,  ce  que  i’ay  veu  plusieurs  fois 2. 

Il  y a trois  especes  et  différences  de 
vers,  à sçauoir,  de  ronds  et  longs, 
larges  et  longs,  et  de  petits  et  gresles. 

1 Ce  chapitre  est  toujours  coté  le  qua- 
trième dans  toutes  les  grandes  éditions  à 
partir  de  celle  de  1579;  mais  alors  même  il 
était  séparé  du  précédent  par  un  assez  long 
article  en  partie  emprunté  au  livre  des 
Monstres , auquel  nous  l’avons  en  entier 
restitué.  Voyez  ci-devant  page  33,  note  2. 

2 Ces  derniers  mots  : ce  que  i’ay  veu  plu- 
sieurs fois,  n’ont  été  ajoutés  que  dans  la 
première  édition  posthume. 


Les  premiers  sont  nommés  des  anciens 
Teretes,  c’est  à dire  ronds  en  longueur. 
Les  seconds  sont  dits  Teniœ,  parce 
qu  ils  sont  longs  et  larges  en  forme 
d’vne  bande.  Les  tiers  sont  appelés 
Ascarides,  pource  que  tels  communé- 
ment sont  sautelans. 

Il  y a d’autres  différences  des  vers 
prises  des  couleurs,  comme  rouges, 
blancs , noirs,  gris,  citrins , et  quel- 
ques vns  sont  trouués  cornus  et 
velus,  ayans  la  tesle  de  la  figure 
d’vn  chabot.  En  aucuns  malades  s’en 
procrée  grand  nombre,  qu’ils  jet- 
tent tous  les  iours  par  le  siégé  , 
et  sont  menus  comme  filets  ou  poils, 
et  tels  sont  volontiers  de  couleur 
blanche  : ce  sont  ceux  que  nous 
auons  appelés  Ascarides.  Ladiuersité 
des  couleurs  se  fait  selon  la  cause 
des  humeurs  pourris1,  non  pas  que 
des  vers  les  vns  soient  engendrés  de 
cholere,  autres  de  melancholie,  au- 
tres de  pituite,  comme  les  Médecins 
grecs  ont  estimé  : car  la  melancholie 
et  cholere  sont  humeurs  pour  le  re- 
gard de  leurs  qualités  du  tout  ineptes 
à la  génération  des  vers:  mais  parce 
que  parmy  la  substance  chyleuse  ou 
pituiteuse  dont  ils  sont  engendrés,  il 
y a quelque  meslange  des  humeurs: 
de  là  vient  la  diuersité  des  couleurs 
és  vers. 

Or  les  longs  et  larges,  ou  plats, 
tiennent  quelquesfois  tout  le  long  des 
intestins,  et  tels  sont  comme  vne  sub- 
stance mucqueuse  et  glaireuse  : et 
véritablement  i’en  ay  veu  vu  qui  sor- 

1 L’édition  de  1568  ajoutait  : ainsi  qu’a- 
uons  dict  du  pourpre  et  des  charbons,  et  arrê- 
tait là  ce  paragraphe.  Celle  de  1575  l’a  com- 
plété ; mais  bien  qu’ayant  changé  la  place 
du  livre  de  la  Peste,  elle  avait  conservé,  sans 
doute  par  inadvertance,  cette  indication  de- 
venue fausse.  Elle  a été  rayée  en  1579. 


DE  LA  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE. 


tit  hors  d'vne  femme , et  estoit  sem- 
blable à vn  serpent , de  longueur  de 
plus  d’vne  toise.  Dequoy  ne  se  faut  es- 
merueiller,  veu  que  les  anciens  eseri- 
nent  en  auoir  veu  de  toute  la  lon- 
gueur des  intestins,  qui  est  sept  fois 
la  longueur  de  nostrecorps,  parceque 
les  boyaux  de  chacun  homme  ont 
telle  longueur  : et  lesçay  pour  l’auoir 
veu,  et  monstre  quelquesfois  aux  es- 
coles  de  Mcdecine  de  ceste  ville,  fai- 
sant dissections  anatomiques  publi- 
ques. 

D’auantage,  Iean  Wier , Médecin 
tres-docte  du  Duc  de  Cleues , escrit 
en  son  liure  de  l’Imposture  des  diables , 
qu’vn  villageois  ietla  vn  ver  de  huit 
pieds  et  vn  doigt  de  long,  lequel  auoit 
la  gueule  presque  semblable  à vn  bec 
de  cane  ». 

Monsieur  Valeriola,  Médecin  d’Ar- 
les, au  liure  de  ses  übseruotions,  dis- 
courant doctement  sur  les  causes  de 
la  génération  des  vers,  dit  en  auoir 
veu  vn  en  la  ville  d’Arles  ayant  neuf 
pieds  et  plus  de  long1 2 * * 5. 

El  tout  ainsi  que  les  vers  sont  diffé- 
rons les  vns  des  autres,  aussi  il  y a 
diuersité  des  lieux  où  ils  se  procréent  : 
car  les  ronds  et  longs  s’engendrent 
volontiers  és  intestins  gresles,  les  au- 
tres aux  gros , et  principalement  les 
petits  vers  capillaires , et  iamais  en 
l’eslomach  : car  nul  animal  ne  se  fait 
en  la  concoction  de  la  viande  , mais 
seulement  en  la  distribution  és 
boyaux,  après  qu’elle  a commencé  à 
estre  corrompue  en  l'estomach  : es- 
quels  boyaux  elle  se  corrompt  et  pour- 

1 Paré  avait  ajouté  ici  en  1579  une  mé- 

chante figure  d’un  vers  ayant  la  leste  comme 

vue  cane.  J'ai  suivi  les  éditions  primitives 

où  la  figure  n’existe  pas. 

5 Cette  citation  de  Valeriola  est  une  addi- 
tion de  1575. 


q65 

rit  d’auantage,  et  de  là  naissent  des 
vers.  Quelquesfois  ils  s’engendrent 
dés  que  l’enfant  est  au  ventre  de  la 
mere,  à cause  de  la  mauuaise  nour- 
riture qu’il  prend  d’elle  et  aussi  à 
cause  qu’ils  ne  vuident  lors  rien  par 
le  fondement,  dont  aduient  que  de  la 
rétention  de  tels  excremens  s’engen- 
drent vers,  comme  quelques  vns  ont 
noté  de  la  sentence  d llippocrates  au 
liure  quatrième  de  morbis , sur  la  lin. 
Et  pour  le  dire  en  vn  mot,  iis  s’en- 
gendrent en  tous  aages,  et  principale- 
ment aux  crapuleux,  goulus,  et  à 
ceux  qui  viuent  de  mauuaise  nourri- 
ture, comme  de  fruicts  crus,  fromage 
et  laictage. 

Or  pour  connoistre  en  quels  en- 
droits du  corps  sont  les  vers  , il  faut 
entendre  que  lorsqu’ils  sont  aux  in- 
testins supérieurs,  les  malades  ont 
vne  douleur  d’estomach  auec  appétit 
canin  et  depraué  , c’est  à dire  qu’ils 
désirent  à manger  diuerses  viandes 
et  grande  quanlité,  parce  que  leur 
nourrilure  est  consumée  et  mangée 
par  les  vers: et  tombent  souuent  en 
défaillance  de  cœur,  à raison  du  con- 
sentement et  sympathie  de  l’orifice 
du  ventricule  et  estomacli  qui  a sen- 
timent tres-exquis  auec  le  cœur.  D’a- 
uantage ils  sentent  vn  prurit  et  dé- 
mangeaison au  nez  , et  ont  l’haleine 
forte  et  puante,  à cause  de  la  corrup- 
tion des  viandes  en  l'estomach,  dont 
les  exhalations  montent  en  haut,  qui 
fait  pareillement  qu’ils  sont  fort  as- 
sommeillés,  et  tressaillent  en  dormant. 
Outre-plus  ils  ont  quasi  tousiours  vne 
petite  tiéure  lente,  auec  toux  seiche, 
les  yeux  connillans,  et  souuent  chan- 
gement de  couleur  au  visage. 

On  connoistleslongset  larges  quand 

1 La  phrase  finissait  là  en  15GS;  le  reste 
a été  ajouté  en  1575. 


a66 


LE  VINGT-DIÎVXIÉME  LIVRE, 


on  voit  aux  selles  des  excremens 
semblables  à semences  de  melons  ou 
cougourdes  : les  autres,  sçauoir  lesas- 
carides,  se  connoissent  par  le  prurit 
et  démangeaison  qu'ils  font  au  siégé, 
ainsi  que  morsures  de  fourmis1  : par 
vn  tenesme  et  descente  du  gros 
boyau. 

La  raison  de  tous  ces  symptômes  est 
telle:  le  sommeil  de  ceux  qui  sont  in- 
quiétés des  vers  est  turbulent , iusques 
à crier  en  dormant,  quand  les  vapeurs 
excitées  par  le  remiffement  des  vers 
etenuoyées  au  cerueau  sont  chaudes, 
subtiles  et  acres  : comme  au  contraire 
le  sommeil  est  profond  lors  que  telles 
vapeurs  sont  froides  et  grossières.  Ils 
songent  en  dormant  manger  et  aual- 
ler , ou  bien  grincent  les  dents,  à 
cause  que  les  vers  lors  deuorans  le 
chylus  enuoyé  du  ventre  aux  intes- 
tins, excitent  semblable  sentiment  et 
imagination  en  eux  lorsqu’ils  dor- 
ment : ils  ont  vne  toux  seiche,  par  le 
consentement  des  parties  qui  sont  dé- 
diées à la  respiration , auec  celles 
qu’on  appelle  naturelles  : desquelles 
vapeurs  putrides  sont  esleuées,  qui 
venans  à heurter  contre  le  dia- 
phragme, l’irritent àexcretion  comme 
pour  ielter  quelque  chose  nuisible  : 
lesquelles  venans  à monter  à l'orifice 
de  l’estomach,  partie  fort  sensible  de 
nostre  corps,  excitent  vn  sanglot,  ou 
syncope,  selon  qu  elles  sont  subtiles, 
grossières,  ou  acres  : et  venans  à s"es 
leuer  vers  la  teste , excitent  vne  dé- 
mangeaison de  narines  et  esbloüisse- 
ment  à la  veüe  2. 

Ceux  qui  sont  grands  sont  pires  que 

1 Encore  une  phrase  qui  s’arrêtait  là  tout 
court  en  15GS,  et  qui  a été  complétéeen  1575. 

2 Ce  paragraphe  tout  entier  date  de  1675. 


les  petits,  les  rouges  plus  mauuais 
que  les  blancs,  les  vifs  que  les  morts 1 , 
et  les  bigarrés  plus  que  ceux  qui  sont 
d’vne  seule  couleur,  de  tant  qu’ils 
demonstrent  plus  grande  pourriture. 
Et  lors  qu’il  y en  a grand  nombre,  ils 
demonstrent  d’autant  grande  quan- 
tité de  pourriture.  Ceux  qui  sortent 
auec  le  sang  signifient  mal,  parce 
qu’ils  demonstrent  que  les  intestins 
sont  offensés  d’erosion  : carquelques- 
fois  ils  les  rongent,  de  façon  qu'ils  sor- 
tent hors  des  intestins  et  se  dispersent 
en  plusieurs  endroits  du  ventre,  et 
sont  cause  de  la  mort  des  pauures 
malades2.  Ainsi  escrit  Iacques  Hou- 
lier,  chapitre  54  des  maladies  internes, 
et  Manard  en  ses  Epistres  liure  3, 
qu’on  a veu  quelquesfois  des  vers 
sortir  par  les  aines,  s’estans  eux-mes- 
mes  fait  le  chemin  par  érosion. 

Quandlesenfans  ont  des  vers,  et  ne 
peuuent  auoirleur  baleinequ’à  peine, 
et  sont  moites , c’est  signe  que  la 
mort  est  à la  porte.  D’auantage  au 
commencement  des  ûéures  aiguës,  si 
les  vers  ronds  et  longs  sortent  en  vie, 
c’est  signe  que  la  fiéure  est  pestilente, 
demonstrant  qu’ils  ne  peuuent  endu- 
rer tel  venin  : et  encores  s’ils  sont 
morts,  ils  donnent  à connoistre  d’a- 
uantage qu’il  y a plus  grande  corrup- 
tion et  vénénosité. 

**  La  fin  de  cette  phrase  est  de  1575. 

* Là  finissait  le  paragraphe  dans  l’édition 
primitive.  La  citation  de  Houlier  se  lit  déjà 
en  1575;  mais  le  nom  de  Manard  n’y  a été 
ajouté  que  dans  la  première  édition  pos- 
thume. Celle  addition  avait  été  faite  avec  si 
peu  de  soin  , que  le  ch.  54  , Des  maladies 
internes,  semblait  se  rapporter  à Manard; 
j’ai  restitué  à chaque  auteur  ce  qui  lui  ap- 
1 partient. 


DE  LA  PETITE  VERORLE  ET  LEPRE. 


CHAPITRE  V. 

CVRE  DES  VERS. 


Toute  l’intention  de  la  cure  est 
faire  sortir  les  vers  vifs  ou  morts  hors 
du  corps»  : de  tant  qu’ils  sont  de  ce 
genre  des  choses  qu’on  dit  eslre  du 
tout  contre  Nature. 

Il  faut  euiler  toutes  viandes  qui 
engendrent  corruption  , comme  fruits 
crus,  fromages,  laictages,  et  le  pois- 
son, et  généralement  toutes  choses 
de  difficile  digestion  eide  facile  cor- 
ruption. La  bouillie  est  bonne  aux 
enfans , à cause  qu’ils  ont  besoin  d’vne 
nourriture  humide,  de  grosseur  con- 
forme au  iaict , non  de  trop  difticiie 
digestion  : lesquelles  condilions  sont 
trouuées  en  la  bouillie,  pourueu  que 
la  larine  de  froment  ne  soit  crue  , 
mais  cuite  auparauant  au  four,  à 
tin  qu  elle  ne  soit  tant  visqueuse  et 
grossière,  et  aussi  à On  que  le  Iaict  ne 
cuise  pas  si  longuement  : parce  qu’il 
faut  que  pour  donner  cuisson  à la  fa- 
l'ine,  le  Iaict  cuise  semblablement 
longtemps  , en  quoy  il  perd  sa  bonté, 
paire  que  le  cuisant  beaucoup,  sa 
substance  aqueuse  se  consume  parle 
feu  et  engendre  gros  sang , comme  il 
se  fait  par  la  bouillie,  lors  que  la  fa- 
rine n’est  cuite  auparauant  : car  il 
peid  en  reste  façon  sa  substance  de 
maigue  et  de  beurre,  y restant  seu- 
lement la  fromageuse , grosse,  vis- 
queuse et  de  difficile  digestion,  et  par 
conséquent  pesante,  et  faisant  ob- 
struction és  premières  veines  et  au 
foye  : qui  souuentesfois  cause  qu’il 
s’engendre  des  vers  à l’enfant,  et  des 
pierres  et  autres  mauuais  accidens, 

1 Ea  fin  de  cette  phrase  est  de  1575. 


267 

pour  n’estre  ladite  farine  cuite  et  le 
«aict  trop  cuit  : par  quoy  ceux  qui  ont 
des  enfans  y prendront  garde , si  bon 
leur  semble.  Et  ne  sert  de  rien  d’al lé- 
guer que  par  expérience  quoli- 
diane  on  voit  plusieurs  enfans  qui 
mangent  bouillie  sans  que  la  farine 
soit  cuite,  se  porter  bien  : car  ie  dis 
que  cela  te  fait  plustost  d’aduenture 
ou  de  bonne  nature,  que  de  la  bonté 
de  ceste  nourriture. 

On  doit  donner  souuent  à manger 
aux  malades  de  bonnes  viandes , de 
peur  que  les  vers  ne  piquent  et  ron- 
gent les  intestins  : et  veu  que  de  tels 
animaux  sont  souuent  engendrés  de 
pourriture  , il  faut  purger  le  malade, 
et  corriger  icelle  par  remedes  escrils 
cy  après  en  la  peste.  Et  pour  les  faire 
mourir  et  sortir  promptement , le  sy- 
rop  de  cichorée  ou  de  limons  , auec 
rheubarbe  et  vn  peu  de  sucre,  et 
tberiaque  ou  mithridat , est  vn  sin- 
gulier remede,  pourueu  qu’il  n’eust 
fléure  conioinle  : ou  en  lieu  de  ce,  on 
pourra  vser  de  la  médecine  qui  s’en- 
suit : 

Cornu  cerui.pulue.  ni6.cbor.ana 5. J.  fi] 

Seminis  tanac.  contra  vermes  ana  3.  j. 

Fiat  decoctio  pro  parua  dosi  : in  colatura  in- 
funde: 

Rliabarb.  optimi  3.  j. 

Cinnam.  3 . j. 

Dissolue  syrupi  de  absinth.  5.  fi. 

Fiat  dos.  delurmanè  trib.hor.  antepaslum. 

Outre-plus  , l'huile  d’oliue  prise  par 
la  bouche  lait  mourir  les  vers,  comme 
aussi  l’eau  de  corrigiole  1 donnée  à 
boire  auec  du  Iaict  : bref  toutes  cho- 
ses ameres  les  tuent.  Mais  deuanl  que 
d’vser  d’icelles,  il  faut  donner  vn 
clyslere  de  Iaict  auec  miel  et  sucre, 
auquel  on  ne  doit  mettre  huile  ou 

1 Corrigiole,  c’esl  lu  renoilie.  — A.  P. 


268  LE  VmGT-DEVXLÉME  LIVRE 


graisse  ny  choses  ameres  , de  peur  de 
les  renuovercont  remont, parce  que  les 
choses  douces  les  attirent,  et  les  ame- 
res  les  repoussent.  D’auantage,  tu 
noteras  qu’il  faut  tousiours  donner  et 
mesler  choses  douces  auec  les  ameres, 
à fin  que  par  la  douceur  les  vers  atti- 
rent ce  qui  les  pourra  faire  mourir. 
Et  partant  faut  donner  l’espace  de 
deux  ou  trois  iours  du  laict  sucré  au 
malade , puis  après  y mesler  choses 
ameres,  comme  semences  de  cen- 
taurée, aloës,  rue,  absinthe  et  leurs 
semblables.  Aussi  la  corne  de  cerf  a 
grande  vertu  contre  les  vers  : et  en 
doit-on  bailler  tant  à boire  qu’à  man- 
ger , à sçauoir  la  mettant  en  poudre 
et  la  faisant  bouillir  en  eau  , laquelle 
on  donnera  à boire  au  malade  : aussi 
on  en  mettra  cuire  vn  petit  noüet  aucc 
la  viande.  Pareillement  le  theriaque 
donné  à boire  en  boüillon  tue  les 
vers.  Le  pourpié  est  semblablement 
bon  en  potage  ou  en  décoction  et 
breuuage , et  le  faut  faire  boüillir  en 
eau  , et  en  faire  boire  aux  petits  en- 
fans  : et  aux  grands  on  le  pourra 
donner  auec  du  vin.  Le  semblable  est 
de  la  cichorée  et  de  la  menthe.  Aussi 
le  aïzoon  minus  et  les  sebestes  sont 
propres,  en  faisant  vne  décoction  d’i- 
ceux,  et  en  donnant  à boire  douant 
le  repas  auec  vn  peu  de  sucre. 

On  donnera  aux  enfans  à manger 
de  la  poudre  de  la  semence  contre 
les  vers  dedans  leur  boüiilie  , ou  auec 
vne  pomme  bien  cuite.  D’auantage  , 
on  pourra  faire  suppositoires  comme 
cesluy  : 

Prenez  du  coral  qui  lire  sur  le  blanc,  des 
racleures  d’yuoire,  de  la  corne  de  cerf 
bruslée,  et  d'iris,  de  chacun  deux  scru- 
pules: 

Du  miel  blanc,  deux  onceset  demie  : 

Et  de  l’eau  de  corrigiole,  autant  qu’il  en 
faut  pour  incorporer  le  tout  ensemble, 
et  faites  suppositoires. 


Dont  on  en  appliquera  tous  les  iours 
vn  qui  soit  du  poids  de  deux  dragmes 
aux  enfans, et  plus  pesant  aux  grands. 

De  tels  suppositoires  faut  principa- 
lement vser  lorsque  ceux  desquels  le 
malade  est  tourmentésont  du  genre  de 
ceux  que  l’on  appelle  Ascarides,  parce 
qu’estans  attachés  et  logés  dans  le 
boyau  appelé  droit,  ils  peuuent  par 
tels  remedes  estre  promptement  tirés  *. 

Quant  aux  petits  enfans  qui  ne  peu- 
uent rien  prendre  par  la  bouche  , il 
leur  faut  appliquer  sur  le  nombril  ca- 
taplasmes faits  de  poudre  de  cumin  , 
incorporée  auec  Gel  de  bœuf  et  farine 
de  lupins,  absinthe,  aurosne  et  tena- 
sie  , fueilles  d’artichaut,  rue,  poudre 
de  eolocynthe,  semence  de  citron, 
aloés,  persicaria , mentastrum  , fueil- 
les de  perGguier , costamer,  zedoai- 
re,  sauon  mol.  On  applique  telles 
choses  non  seulement  sur  le  nombril, 
mais  sur  tout  le  ventre  et  sur  l’esto- 
mach  : loutesfois  on  y doit  mesler  des 
astringens,  de  peur  de  le  trop  relas- 
cher,  comme  sont  huile  de  myrtiles, 
de  coings,  mastic,  et  autres  sembla- 
bles. Outre-plus,  on  leur  peut  appli- 
quer sur  le  nombril  vn  gros  oignon , 
lequel  on  creusera , et  sera  rempli 
d’aloës  et  theriaque , puis  on  le  fera 
cuire  sous  la  braise  : et  le  tout  chaud 
pisté  auec  amandes  ameres  et  Gel  de 
bœuf.  D’auantage  on  leur  pourra 
faire  emplastres  de  choses  ameres, 
comme  cestuy  : 

Prenez  du  suc  d’absinthe  et  du  fiel  de  bœuf, 
de  chacun  deux  onces,  adioustant  de 
la  eolocynthe  huit  dragmes:  le  tout  soit 
broyé  et  meslé  ensemble  , et  incorporé 
auec  farine  de  lupins. 

Et  de  ce  soit  fait  emplaslre,  qui  sera 
appliqué  sur  le  nombril  de  l’enfant  : 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1675- 


Dk  LA.  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE. 


o«  on  pourra  faire  onguens  et  lini- 
mens  de  semblables  matières  pour 
leiu  frotter  le  ventre.  Les  pilules 

communes sontpareillement  fort  bon- 
nes a en  faire  emplaslres  pour  appli 
quer  dessus  le  nombril.  Et  pour  les 
faiie  encores  plustost  débusquer  et 
soi  tir  hors,  faut  oindre  le  siégé  du 
malade  de  miel  et  de  sucre , parce 
qu’ils  fuyent  l’amertume  et  courent 
à la  douceur  : et  partant  sortent  plus- 
tost du  ventre. 

Pareillement  faut  prendre  des  mes- 
mes  veis,  et  les  faire  seicher  sur  vne 
pelle  de  fer  fort  chaude  , puis  lespul- 
ueriser  et  en  donner  à boire  auec 
vin  ou  autre  breuuage , et  prompte- 
ment mourront.  Aussi  le  jus  de  citron 
en  petite  quantité  donné  à boire  dans 
vne  cuilliere  auec  huile  d’amendes 
ameres , ou  huile  d’oliue  '. 

D’abondant , on  pourra  faire  bains 
contre  les  vers,  comme  le  suiuant. 
Prenez  de  l'absinthe  et  noix  de  galle 
autant  qu  il  en  faudra,  faites  bouillir 
le  tout  en  eau  , mettez  l’enfant  dans 
icelle,  et  le  lauez  chaudement.  Fina- 
lement on  peut  baigner  l’enfant  dans 
de  l’eau  en  laquelle  on  aura  fait  boüil- 
lir  «les  fueillcs  de  pescher  et  d’absin- 
the : ce  qui  est  principalement  propre 
contre  les  vers  qui  sont  appelles  As- 
carides ‘1 2. 


269 


fiéure  aiguë  et  ardente,  auec  flux  de 
ventre,  et  semblables  accidens  : es- 
queis  cas  si,  pour  exemple,  vous  don- 
niez incontinent  semcn  contra,  ou 
theriaque  vieille,  myrrhe  , ou  aloës, 
vous  augmenteriez  l’ardeur  de  la 
fiéure  et  flux  de  ventre , d’autant  que 
les  choses  ameres  sont  contraires  à la 
guarison  decesdeux  accidens  .comme 
aucas pareil,  si  ayant  csgard  au  flux  de 
ventre,  par  lequel  les  vers  sont  re- 
ietlés,  vous  ordonnez  du  corail, 
pourpié , farine  de  lentilles,  vous 
rendez  la  fiéure  plus  difficile  à gua- 
rir,  de  tant  que  toutes  choses  astrin 
gentes  et  seiches  rendent  la  matière 
de  la  fiéure  plus  contumace.  Parquoy 
il  faut  estre  diligenta  considérer  si 
la  fiéure  est  dépendante  des  vers,  ou 
bien  si  elle  est  cause  propre,  comme 
estant  fiéure  première,  propre,  es- 
sentielle, et  non  symptomatique  : et 
tousiours  ordonner  medicamens  qui 
combattent  la  maladie  principale. 
Autrement  on  peut  choisir  medica- 
mens qui  combatent  l’vn  et  l’autre  : 
comme  laxatifs,  et  quelque  peu  amers 
en  la  fiéure  et  vers  : amers , et  quel- 
que peu  adslringens  en  vers  ioints 
auec  flux  de  ventre. 


Or  en  toute  reste  curation,  faut 
auoir  esgard  que  le  mal  des  vers  est 
souuent  compliqué  auec  maladie  plus 
grande  et  principale,  comme  auec 

1 Ce  Paragraphe  est  encore  une  addition 
de  1675. 

2 L’éd'lion  de  15GS  termine  ici  ce  qui  a 
rapport  à la  variole  et  à la  rougeole;  elle 
ajoute  : Il  nous  faut  maintenant escrire  des  in- 
commoditez  de  la  peste  et  du  souuerain  remede  ; 

et  passe  au  ch.  55,  qui  est  le  51  du  livre  ac- 
tuel de  la  Peste.  La  fin  du  chapitre  a paru 
pour  la  première  fois  en  1575. 


CHAPITRE  VI. 

DES  POVX,  MORPIONS  ET  CIRONS  *. 

Ces  trois  sortes  d’animaux  sont  en- 
gendrés de  la  grande  multitude  d’hu- 
meurs et  humidités  corrompues  , faite 
d’vne  portion  crasse  et  visqueuse  de 
la  sueur,  laquelle  s’amasse  et  s’ar- 

1 Ce  chapitre  est  d’une  date  beaucoup  plus 
récente  que  les  autres;  il  a été  ajouté  ici 
seulement  en  1585. 


yyo  LE  vingt-devxiemë  i,ivhe  , 


reste  aux  méats  des  pores  du  vray 
cuir. 

Des  pouce. 

Les  poux  sont  appelés  en  latin 
pediculi , pour  la  multitude  de  leurs 
pieds,  et  excitent  vne  maladie  que 
les  Latins  appellent  Morbus  pedicula- 
ris.  Ils  naissent  par  tout  le  corps, 
principalement  és  lieux  chauds  et 
humides , comme  sous  les  aiscelles , 
aux  aines,  à la  teste  , pour  la  multi- 
tude du  poil  : et  voit-on  communé- 
ment qu’ils  s’engendrent  à l’entour 
du  col , parce  qu’il  y a vne  emonc- 
toire  accompagnée  de  plusieurs 
grands  vaisseaux , par  lesquels  sor- 
tent plusieurs  humidités  superflues 
pour  l’abondance  des  sueurs.  Les  pe- 
tits enfans  y sont  fort  suiets,  à rai- 
son qu’ils  crapulent  et  engendrent 
beaucoup  d’excremens. 

line  faut  négliger  reste  maladie: 
car  plusieurs  personnes  en  ont  esté 
trauaillëes  et  en  ont  perdu  la  vio, 
comme  Herode,  roy  de  Iudée,  Syila, 
dictateur  de  Rome,  le  poète  Alcman, 
Acaslus  , fils  de  Pelias,  Pherecides, 
théologien , Callislhenes  Qlynthien  , 
Mutius  , jurisconsulte  , Eunus , qui 
fut  le  premier  qui  suscita  la  guerre 
des  serfs  en  la  Sicile,  et  Antiochus. 
Ils  se  peuuent  engendrer  par  toutes 
les  parties  de  nostre  corps , mesme 
dans  la  masse  du  sang , comme  tes- 
moigne  Pline  en  plusieurs  lieux , au 
liu.  7 , chap.  51.  liu.  11.  chap.  33. 

La  curation  de  ce  mal  consiste  en 
trois  points.  Le  premier  est  d’ordon- 
ner le  régime  de  viure  desiccalif,  et 
euiter  les  viandes  qui  engendrent 
mauuais  suc,  et  principalement  les 
ligues  et  chastaignes , et  faut  vser 
de  viandes  ameres.  Le  second  de  pur- 
ger l’humeur,  que  le  médecin  verra 
estre  de  besoin.  Le  troisième  est 


raréfier  le  corps  par  bains , ausquels 
entrera  de  la  staphisagre,  gentiane, 
aluine,  rue,  marrubillm,  et  autres 
herbes  ameres.  Après  le  bain,  on 
frottera  le  corps  d’vn  onguent  fait 
d'axonge  de  porc , en  laquelle  l’on 
fera  bouillir  les  herbes  Susdites  : puis 
y sera  meslésoulphre  vif  subtilement 
puluerisé , staphisagre,  orpiment, 
aloës,  et  vif-argent,  lequel  est  propre 
contre  les  poux , morpions  et  cirons  : 
puis  on  reïlerera  les  bains  et  lesdits 
remedes  , tant  qu’il  sera  besoin. 

Des  morpions. 

Les  morpions  sont  fort  adherans  à 
la  peau  , si  bien  qu’on  ne  les  peut 
qu’à  peine  arracher.  Par  leurs  mor- 
sures ils  pénétrent  le  cuir  iusques 
dedans  la  chair,  et  mesmes  aux  pau- 
pières des  yeux,  qui  cause  vu  ex- 
trême prurit  et  démangeaison  : et 
(connue  escrit  Celse,  liure  6.  chap.  6.) 
par  la  grande  friction  s’y  fait  de- 
fluxion,  qui  vient  à gasler  et  corrom- 
pre la  vue,  tant  est  insupportable  le 
dit  prurit:  comme  i’ay  veu  d’vne 
femme  qui  selauoil  les  yeux  de  bien 
fort  vinaigre.  Or  Us  sont  engendrés 
d’vne  matière  plus  seiche  que  les 
poux  , qui  fait  qu’ils  sont  aussi  plus 
plats  et  moins  nourris. 

La  cure  sera  semblable  à celle  des 
poux. 

Des  cirons. 

Les  cirons  sont  petits  animaux  tou- 
siours  cachés  sous  le  cuir,  sous  lequel 
ils  se  traînent,  rampent  et  le  rongent 
petit  à petit , excitans  vne  fascheuse 
démangeaison  et  gratelle.  Ils  Soflt 
faits  d’vne  matière  seiche,  laquelle, 
par  defaut  de  viscosité , est  diuisée  et 
séparée , comme  petits  atomes  vi- 
uans. 

Les  cirons  se  doiuent  tirer  auec  es- 
pinglesou  aiguilles  : toutesfoisil  vaut 


DE  LA  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE. 


mieux  les  (ucr  aueconguens  et  décoc- 
tions laites  de  choses  ameres  et  sa- 
lées. Le  remede  prompt  est  le  vi- 
naigre, dans  lequel  on  aura  fait 
bouillir  du  slaphisagre  et  sel  com- 
mun. 

Autre.  Prenez  axonge  et  vif-argent, 
auec  vn  peu  de  sublimé  et  aloës  , et 
soit  fait  onguent:  lequel  est  excellent 
entre  tous  les  remedes  pour  tueries 
poux  , cirons  et  morpions. 

Autre  Uniment l. 

Staphisagriæ  tritæ  3.  fl. 

Aloës  3.  ij. 

Aceli  scillitici , et  olei  amygdalarum 
amararutn  ana  5 . ij. 

Olei  fraxini,  etsucci  genistæ  ana  3.6. 

Cutn  succo  atlianasiæ  , fiat  instar  mellis  pro 
litu  parlium  affectarum. 

L’eau  marine  auec  le  soulphre  et 
du  fiel  de  bœuf  meslés  ensemble  y 
sont  aussi  fort  singuliers.  Le  bon 
homme  Guidon,  traité  6.  doct.  1. 
chapitre  3.  promet  qu’vne  ceinture 
de  laine  portée  sur  la  chair  , frottée 
d’onguent  vif  argentin,  tue  entière- 
ment et  fait  mourir  les  poux , de 
quelque  espece  qu’ils  soient , et  en 
quelque  partie  que  l’on  l’applique. 


CHAPITRE  Y IL 

BR1EFVE  DESCRIPTION  DF.  LA  LEPRE 
OV  LADRERIE  2. 

Cestemaladie  est  appellée  des  Grecs 
Ëtephantiasis,  parce  que  les  malades 

1 Petrus  de  Argilata  U.  5.  Traité  2.  ch.  2. 

— A.  P. 

* Ce  chapitre  faisait  le  56'  de  l’édition  de 
1 568 ; il  était  le  5e  de'ce  livre  en  1575,  le  6' 
en  1579,  et  est  enfin  devenir  le  7e  en  1685. 


27  1 

ont  leur  peau  aspre,  scabre,  ridée  et 
megale,  ainsique  les  elephans  : ce 
qui  est  dit  aussi  à cause  de  la  gran- 
deur de  la  maladie.  Quelques  chi- 
rurgiens ‘ suiuans  l’opinion  des  Ara- 
bes, luy  ont  attribué  ce  nom  de  Lepre 
( mais  improprement , d’autant  qu’il 
signifie  vne  espece  de  seabie,  ou  galle 
et  vice  du  cuir,  appellé  du  commun 
peuple,  le  mal  S.  Main ) duquel  nous 
vserons,  et  le  retiendrons  pour  le  pré- 
sent , comme  estant  fort  commun  et 
vsité. 

Donc  nous  dirons  premièrement , 
que  Lepre  ou  Ladrerie  (selon  Paulus 
Ægineta2)est  vn  chancre  vniuersel 
de  tout  le  corps.  Auicenne  l’appelle 
maladie  vniuerselle,  laquelle  cor- 
rompt la  complexion,  forme  ou  figure 
des  membres.  Galien  dit  que  c’est 
vne  maladie  tres-grande  , prouenant 
de  l’erreur  de  la  vertu  digesliue  et 
sanguificaliue  du  foye,  par  lequel 
erreur  et  defaut  la  vertu  assiiniia- 
tiue  de  la  chair  est  grandement  de- 
prauée  et  changée.  Le  mesme  Galien, 
hure  deuxième  à Glaucon,  définit 
ceste  maladie  : effusion  de  sang- 
trouble  et  grossier,  contenu  és  veines 
par  tout  le  corps  et  habitude  d’ice- 
luy  J.  Outre  , Lepre  est  dite  maladie 
tres-grande,  à cause  qu’elle  parti- 
cipe d’vn  virus  veneneux , corrom- 
pant les  membres  et  la  beauté  du 
corps4:  car  qu’elle  participe  de  venin, 
il  est  aisé  à connoistre  : c’est  qu’il 
n’est  pas  necessaire  que  tous  ceux 
qui  en  tout  leur  corps  sont  melaucho- 
liques , soient  ladres. 

1 Édition  de  1568  : Le  vulgaire  des  Chi- 
rurgiens. 

2 Paul  Ægin.  li.  4.  chap.  1. — A.  P. 

3 Celte  deuxième  citation  de  Galien  a été 
ajoutée  en  1575. 

4La  fin  de  cette  phrase  est  aussi  une  addi- 
tion de  1576. 


LE  VlNGT-DEVXlÉME  LIVRE, 


272 

Elle  contient  les  trois  genres  de 
maladies  : et  premièrement  elle  est 
de  mauuaise  complexion  , àsçauoir, 
chaude  et  seiche  au  commencement , 
et  enfin  l’ebullition  et  ardeur  passée 
et  esuanoüie,  froide  et  seiche,  qui 
est  la  cause  immédiate  de  lepre  con- 
firmée. Elle  est  de  mauuaise  compo 
silion , pource  qu’elle  corrompt  la 
forme  et  figure  des  membres.  Aussi 
elle  fait  solution  de  continuité , qui 
est  maladie  commune. 


CHAPITRE  VIII. 

DES  C AV  SES  DE  LEPRE. 

Les  causes  de  lepre  sont  trois , à 
sçauoir  primitiue,  antecedente et con- 
ioinle.  La  cause  primitiue  est  double, 
à sçauoir  celle  qui  est  introduite  au 
ventre  de  la  mere,  comme  lors  que 
quelqu’vn  est  engendré  au  temps 
des  menstrues,  ou  qu’il  a esté  fait  de 
la  semence  d’vu  pere  ou  mere  lé- 
preux, et  partant  on  la  peut  asseuré- 
ment  dire  estre  vne  maladie  heredi 
taire  : car  vn  ladre  engendre  vn  ladre, 
veu  que  la  semence  ou  geniture  pro- 
uient  de  toutes  les  parties  du  corps  : 
partant  les  parties  principales  estans 
viciées  , et  la  masse  du  sang  altérée , 
corrompue  et  infectée  , pour-ce  il  est 
necessaire  que  la  semence  le  soit 
aussi,  dont  celuy  qui  est  engendré  est 
infecté.  Pareillement  ceste  maladie 
peut  venir  d’autres  causes,  àsçauoir, 
pour  faire  sa  demeure  en  lieux  mari- 
times 1 , où  l’air  estant  coustumiere- 

1 Après  celle  première  cause  , l’édition  de 
1568  ajoutait  directement:  ou  pour  commu- 
niquer el  frequente r auec  les  ladres  ; les  quinze 
lignes  qui  séparent  aujourd’hui  ces  deux 
membres  de  phrase  sont  de  1575. 


ment  espais  et  nébuleux ,.  rend  par 
succession  de  temps  telle  toute  l'habi- 
tude de  nostre  corps,  selon  le  dire 
d’Hippocrates  : Que  quel  est  l’air,  tels 
sont  les  esprits , tels  sont  nos  humeurs. 
Ou  pour  l’habitude  des  lieux  et  pays 
trop  chauds,  dont  nostre  sang  de- 
uient  aduste  et  bruslé  : ou  lieux  trop 
froids , dont  il  deuient  espais,  tardif 
et  congelé  : ainsi  voyons  nous  en  quel- 
que partie  d’Allemagne  beaucoup  de 
ladres , et  en  Afrique  et  Espagne  plus 
qu’au  reste  du  monde , et  en  nostre 
Languedoc,  Prouence  et  Guyenne, 
plus  qu’au  reste  de  la  France.  Ou 
pour  communiquer  et  frequenler 
auec  les  ladres  , et  coucher  auec  eux, 
pour  ce  que  leur  sueur  et  exhalation 
des  vapeurs  qui  sortent  hors  de  leurs 
corps , sont  veneneuses.  Ainsi  est  de 
leur  haleine,  et  de  boire  aux  verres 
et  autres  vaisseaux  ausquels  ils  au- 
ront beu  : car  de  leur  bouche  ils  y 
laissent  vne  saliue  sanieuse  contenue 
entre  leurs  genciues  et  contre  les 
dents,  laquelle  est  veneneuse  en  son 
espece , ainsi  que  la  baue  du  chien 
enragé  est  en  la  sienne-  Pour  ceste 
cause,  les  magistrats  leur  enioignent 
ne  boire  qu'en  leur  baril  : et  à la 
mienne  volonté  que  tous  les  ladres  le 
fissent,  à celle  fin  qu’ils  n’eussent 
occasion  d’infecter  personne  par  ce 
moyen. 

Or  icy  se  peut  esmouuoir  vne 
question , à sçauoir,  si  vne  femme 
peut  auoir  compagnie  d’homme  lé- 
preux , sans  qu’elle  soit  infectée.  Ce 
qui  est  possible  , si  bien  tost  après  ses 
mois  coulent,  d’autant  que  nature  se 
purge  et  nettoye  par  tel  flux  : mais  au 
contraire  l’homme  à tard  et  difficile- 
ment se  peut  sauuer  qu’il  ne  soit 
lepreuXjS'il  a compagnie  d’vnefemme 
lepreuse , ou  qui  recentement  ait  ha- 
bité auec  vn  lepreux  , et  qu’elle  ait 


* 


DE  LA  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE 


encor  quelque  portion  de  la  matière 
spermatique  demeurée  aux  rugosités 
du  col  de  sa  matrice , pour  ce  que 
1 homme  estaple  et  prompt  à receuoir 
le  virus  ou  venin  lepreux , à cause 
que  la  verge  virile  est  fort  spongieuse 
et  rare , au  moyen  dequoy  reçoit  faci- 
lement le  virus  esleué  des  vapeurs 
de  la  matière  spermatique,  qui  est 
communiquée  aux  esprits  par  les 
veines  et  arteres,  et  aux  membres 
principaux,  et  de  là  en  toute  l’habi- 
tude du  corps  , ainsi  qu’on  voit  com- 
munément que  la  grosse  verolle  se 
prend  par  tel  acte. 

Or  les  lepreux  désirent  grandement 
Je  coït,  principalement  lors  que  leur 
maladie  est  en  son  commencement  et 
en  estât,  à cause  qu’ils  sentent  grande 
chaleur  estrangeaux  parties  internes 
de  leurs  corps,  et  partant  bruslent 
du  désir  de  dame  Venus  : mais  tel  dé- 
duit leur  est  fort  contraire,  d’autant 
que  par  iceluy  les  esprits  et  chaleur 
naturelle  se  resoluent,  dont  la  cha- 
leur estrange  est  fort  augmentée  et  les 
brusled'auantage.Aussiceste  maladie 
peut  aduenir  pour  auoirvsé  de  viandes 
trop  salées,  espicées  et  acres,  grosses 
et  crasses,  comme  chair  de  porc,  d’as- 
ne , d ours  : aussi  de  pois , féues  et 
autres  legumes,  laictages,  poissons  et 
semblables  , tant  alimens  que  medi- 
camens,  qui  generalement  engen- 
drent sang  cacochyme  et  melancho- 
lique,  aduste  et  bruslé  : aussipar  trop 
crapuler,  et  boire  de  vins  trop  forts  : 
pareillement  grand  trauail  assiduel , 
soing  et  sollicitude,  vie  misérable  et 
en  perpétuelle  crainte  : lesquelles 

choses  font  vne  intemperatu  rechaude 

et  seiche,  qui  engendre  vn  sang  me 
lancholique,  féculent , aduste  et  brus- 
lé par  vne  chaleur  immodérée,  lequel 


delà  masse  sanguinairevenant  à s’es- 
pandre  aux  parties  extérieures,  chan- 
ge toute  1 habitude  du  corps,  et  de- 
praue  sa  forme  ou  figure. 

Autre  cause  de  lepre  peut  estre  as- 
signée sur  la  rétention  des  super- 
fluités et  excremens  melancboliques, 
comme  des  hemorrhoïdes,  flux  mens- 
truel , grosse  et  petite  verolle  , rou- 
geolle,  vieilles  vlceres,  fiéures  quar- 
tes, oppilalion  de  râtelle,  excessiue 
chaleur  du  foye.  Or  il  faut  icy  en- 
tendre que  la  cause  de  lepre  par  la 
rétention  des  superfluités  se  fait  à 
cause  que  le  sang  corrompu  n’est  na- 
turellement euacué,  dont  il  regorge 
par  tout  le  corps,  et  corrompt  le  sang 
qui  doit  nourrir  tous  les  membres  : 
parquoy  la  vertu  assimilatiue  ne  peut 
bien  assimiler , pour  la  corruption  et 
vice  du  suc  dont  la  lepre  est  causée. 

Les  causes  antécédentes  sont  les 
humeurs  préparés  à se  brusler  et  cor- 
rompre, et  conuertiren  melancholie, 
par  vne  chaleur  aduste  et  du  tout  es', 
trange  à nature1  : car  és  corps  possè- 
des de  telle  chaleur,  les  humeurs  par 
adustion  sont  aisément  tournés  en 
alrabilis  : laquelle  par  long  temps 
venant  à s’enuenimer  et  corrompre, 
donne  commencement  et  essence  à la 
ladrerie. 

Les  coniointes,  sont  les  humeurs  ja 
pourris  et  veneneux,  ja  espandus  par 
l’habitude,  qui  allèrent  et  corrom- 
pent tout  le  corps  par  vne  intempera- 
lure  froide  et  seiche,  contraire  au 
principe  de  vie,  dont  la  mort  s’en 
suit  : car  nostre  vie  consiste  en  cha- 
leur et  humidité  naturelle. 


1 La  fin  de  ce  paragraphe  a été  ajoutée  en 
1575. 


III. 


18 


274 


LE  V1NGT-DEVXIÉME  LIVRE 


CHAPITRE  IX. 

DES  SIGNES  QVI  MONSTRENT  EA 
PREPARATION  DE  LEPRE. 

Ceste  maladie  est  conneuë  par  les 
signes  et  accidens  qui  s’ensuiuent  : 
pource  que  chacune  maladie  a ses 
propres  accidens  qui  la  suiuent, 
comme  l’ombre  fait  le  corps.  Et  enlre 
les  signes,  aucuns  signiüent  la  prépa- 
ration , les  autres  l’effet , lequel  a 
quatre  temps,  à sçauoir  commence- 
ment , accroissement , estât,  et  décli- 
naison. 

Le  commencement  est  quand  le 
virus  louche  les  membres  intérieurs, 
dont  leurs  actions  sont  diminuées  et 
affoiblies. 

L’accroissement , lors  que  le  virus 
apparoist  au  dehors  , et  les  signes  et 
accidens  se  multiplient  et  accroissent. 

L’estât  est  quand  les  membres 
commencent  à s’vlcerer. 

La  déclinaison  est  que  la  face  est 
hideuse  à regarder , et  que  les  extré- 
mités des  doigts  tombent,  et  alors  les 
signes  sont  populaires  et  conneus  à 
vn  chacun. 

Or  les  signes  qui  demonstrent  la 
préparation  ou  disposition  à la  lepre, 
sont,  mutation  de  couleur  naturelle 
en  la  face  , comme  goutte  rose , sa- 
pbyrs,  cheute  de  poil,  grande  altéra 
tion  tant  de  iour  que  de  nuit,  l’ ha- 
leine forte  et  puante,  et  vlceralions  à 
la  bouche,  mutation  de  voix,  et  vn 
grand  désir  de  l’acte  vencrien. 


CHAPITRE  X. 

SIGNES  QVI  MONSTRENT  LA  LEPRE  ESTRE 
JA  CONFIRMÉE  ‘. 

Suiuant  la  doctrine  des  anciens  , il 
faut  examiner  toute  la  teste,  et  prin- 
cipalement la  face  du  malade,  en  la- 
quelle apparoissenl  les  propres  signes 
et  les  plus  véritables  , pource  que  la 
face  est  molle  et  rare , et  en  icelle  le 
cuir  de  ténue  substance  : au  moyen 
dequoy  l’humeur  melancholique  et 
aduste  y est  facilement  conneu  , fai- 
sant lésion  à icelle  plustost  qu’aux 
autres  parties  extérieures. 

Premièrement  donc  faut  regarder 
la  leste,  et  sçauoir  si  les  malades  ont 
vne  alopécie  , c’est  à dire,  cheute  de 
poil,  assez  semblable  à celle  à laquelle 
sont  suiels  naturellement  les  re- 
nards, et  régénération  de  cheueux 
gresles,  courts  et  subtils  : qui  se  fait, 
pource  que  l’action  de  nature  en  l’ha- 
bitude des  poils  est  corrompue  par 
le  defaut  ü’alimens  propres,  et  par- 
tant il  est  necessaire  qu’ils  tombent. 
Adiouste  que  les  humeurs  et  vapeurs 
enuoyées  et  suscitées  des  parties  na- 
turelles et  inferieures  d’vn  ladre  , 
en  haut,  sont  si  adustes,  que  de 
leur  acrimonie  ils  rongent  la  ra- 
cine des  poils  et  aliment  qui  pourroit 
eslre  enuiron  icelle,  de  sorte  qu’iceux 

1 Ce  chapitre  est,  comme  le  précédent, 
de  16GS;  mais  il  a été  fort  augmenté  en  1675. 
Les  additions  portent  sur  la  plupart  des  pa- 
ragraphes, et  on  peut  remarquer,  en  thèse 
générale,  que  presque  tout  ce  qui  est  de 
description  positive  dans  l’énumération  des 
signes  est  de  l’édition  primitive  , et  que  la 
plupart  des  explications  sont  de  l’édition  sui- 
vante. Je  noterai  d’ailleurs  les  principales. 


DE  LA.  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE. 


ue  peuuent  aucunement  subsister1: 
et  à cause  de  l'imbécillité  de  la  par- 
tie, ils  y reuiennent  plus  déliés  et 
gresles.  Pareillement  on  leur  arra- 
chera des  cheueux  et  de  la  barbe,  et 
des  sourcils,  et  verra-on  si  auecques 
leur  racine  on  arrache  quelque  por- 
tion de  chair  : car  telle  chose  ne  se 
lait  que  par  pourriture  et  corruption 
de  suc  alimentaire. 

Pour  le  second  signe,  faut  taster  du 
doigt  les  sourcils  et  derrière  les  oreil- 
les, sçauoir  s’ils  ont  des  tubercules 
granuleux , c’est  à dire  grains  ronds 
et  durs,  à cause  qu'en  la  lepre  la 
vertu  assimilatiue  defaillant,  fait  que 
le  nou crissement  venant  aux  parties 
ne  se  peut  assimiler  entièrement  et 
parfaitement  : parquoy  arresté  et 
comme  conglobé  en  lieu  estroit , 
comme  derrière  les  oreilles , de  sa 
propre  crassitie  et  terreslrité,  il  de- 
meure granuleux:  laquelle  chose  ap- 
pert et  se  monstre  principalement  au 
visage  et  aux  parties  desnuées  de 
chair  : et  tel  signe  est  fort  certain. 

P auantage,  ils  ont  les  orei.les  ton- 
des , pour  la  consomption  de  leurs 
lobes  et  parties  charneuses  par  de 
faut  d aliment  suffisant , grosses,  es- 
paisseset  tuberculeuses  à cause  de 
la  crassitie  et  terreslrité  de  l’aliment 
qui  afflué  à la  partie2:  ce  que  nous 
mettrons  pour  le  troisième  signe. 

Pour  le  quatrième , ils  ont  le  front 
ridé  comme  vn  lion,  dont  aucuns  ont 
appellé  ceste  maladie  morbus  l oni- 
mis.  Et  telle  siccilé  vient  de  toute 
1 habitude  du  corps  : aussi  voyons- 
nous  l escorce  d’vn  vieux  chesne  et 

1 Le  commencement  de  celte  phrase  est 
une  addition  de  1575. 

2 L’édition  de  156S  portait  seulement  : ils 
oui  les  oreilles  rondes,  grosses,  espaisses  et  tu- 
berculeuses: le  reste  est  de  1575. 


275 

la  face  de  nos  vieilles  gens  estre 
toutes  pleines  de  rides  *. 

Le  cinquième,  ils  ont  le  regard 
fixe  et  immobile,  à cause  que  les  mus- 
cles faisans  le  mouuemenl  de  l’œil, 
reseichés  par  faute  d’humidité,  qui 
les  rend  glissans  et  lubriques,  sont 
moins  prompts  à se  mou aoir.  Et  les 
yeux  ronds  : car  les  yeux  de  soy,  et 
de  leur  propre  substance,  sont  pres- 
que ronds.  Or  ce  qui  fait  qu’ils  appa- 
roissent  en  nous  plats  par  deuant,  et 
tendans  en  pointe  par  derrière , vient 
de  la  concurrence  et  figure  des  mus- 
cles et  graisse  qui  les  en uironne.  Par- 
quoy iceux  consommés  par  faute  de 
nourriture,  ou  par  l’acrimonie  de 
1 humeur  qui  leur  est  enuoyé,  ce  n’est 
de  merueille  si,  comme  desnués  de 
leur  vertement,  ils  se  montrent  ronds. 
Pareillement  ils  ont  les  yeux  rouges, 
enflammés  et  luisans  comme  ceux  des 
chats , à cause  de  l’ardeur  des  esprits 
et  humeurs  acres  et  adustes  : et  vraye- 
ment  le  tempérament  des  ladres  est 
tort  semblable  à celuy  du  chat , sça- 
uoir scc  et  melancholique , comme 
aussi  les  mœurs,  en  ce  qu’ils  sont 
malicieux  comme  eux2. 

Le  sixième  , ils  ont  les  narines  lar- 
ges par  dehors  et  eslroites  par  dedans, 
à cause  de  l’aliment  terrestre , gros- 
sier et  melancholique, , lequel  poussé 
du  dedans  en  l’extremilé  des  narines, 
les  esleue  en  tumeur  par  dehors  : 
dont  s’ensuit  que  pour  l’espaisseur  du- 
dit humeur,  leur  cauilé  intérieure  se 
monstre  moindreet  comme  bouschée. 
Icelles  narines  sont  pareillement  cor- 
rodées, crousleuses  et  vlcerécs,  dont 

1 Cette  dernière  phrase  est  encore  de  1575. 

2L’édition  de  15G8  portait  simplement  : 

« Le  cinquiesme,  ils  ont  le  regard  fixe  et  im- 
mobile, et  les  yeux  ronds,  rouges  et  enflam- 
més comme  chats.» 


Q-Ü  LE  VINGT-DE  VXIEME  LIVRE 


souuent  en  sort  du  sang  : et  le  septum 
cartilaginosum  corrodé  et  consumé: 
et  sont  veusestre  camus,  d’autant  que 
toute  la  face  est  tuméfiée  , imbue  et 
enflée  de  mauuais  suc1,  ce  qui  aussi 
peut  procéder  de  l’acrimonie  de  l'hu- 
meur qui  corrode  les  os  qui  font  l’e- 
minence  du  nez  , ou  font  contraction 
d’iceux  au  dedans,  dont  pour  la  ca- 
uité  apparente  ils  deuiennent  camus. 

Le  septième,  ils  ont  les  léures  fort 
grosses,  esleuées , et  les  genciues  or- 
des,  puantes  et  corrodées,  à cause  des 
vapeurs  acres:  dont  les  dents  sont  des- 
charnées. 

Le  huitième,  ils  ont  la  langue  en- 
flée et  noire2,  pour  mesme  cause  que 
leurs  narines  : car  comme  l’air  extrê- 
mement chaud  de  l’Afrique,  par  ré- 
solution de  la  portion  plus  subtile, 
espaissit  les  humeurs  attirés  en  l’ex- 
tremité  des  léures  des  hommes  de  ce 
pais  : ainsi  la  chaleur  intérieure  des 
ladres  fait  le  semblable  des  humeurs 
poussés  au  dehors  vers  ceste  partie , 
laquelle  outre  se  monstre  renuersée 
à faute  d’appuy , pour  soustenir  vn 
tel  faix  d’humeurs.  Ont  dessus  et  des- 
sous des  tubercules,  ou  petites  glan- 
dulettes,  ou  grains,  comme  on  voit 
aux  pourceaux  ladres,  et  les  veines 
de  dessous  apparoissent  grosses  et  va- 
riqueuses. La  cause  est  que  la  langue 
est  vn  corps  spongieux:  parquoy  il 
est  aisément  imbu  des  humeurs  qui 
régnent  par  tout  le  corps 3. 

Et  pour  le  dire  en  vn  mot,  ils  ont 

* Le  reste  de  cette  phrase  manque  en  1568, 
de  même  que  la  fin  de  la  phrase  précédente, 
à partir  de  ces  mots  : « cause  de  l’aliment 
terrestre,  etc. 

2 L’édition  de  1568  portait  : Ils  ont  la  lan- 
gue enjlee  et  noire,  et  ont  dessus  et  dessouz  des 
tubercules,  etc. 

3 Celte  dernière  phrase  est  encore  une 
addition  de  1575. 


toute  la  face  tuméfiée  et  couperosée, 
de  couleur  rouge  obscure,  liuide,  et 
les  yeux  flamboyans  , hideux  et  es- 
pounentables  à regarder,  comme  sa- 
tyres : laquelle  chose  procédé  de  la 
cachexie  et  mauuaise  habitude  de 
tout  le  corps.  Or  la  couleur  du  cuir 
est  vn  signe  très- certain  des  humeurs 
qui  abondent  et  dominent  aux  corps  : 
partant  veu  que  l’humeur  melancho- 
lique  qui  cause  la  lepre  est  gros  et 
aduste  , il  s’ensuit  que  la  couleur  du 
cuir,  et  principalement  de  la  face,  soit 
liuide  et  plombine  *.  Ce  qu’il  faut  en- 
tendre de  ce  qui  apparoist  le  plus 
souuent  : car  autrement  la  couleur 
à quelques  ladres  tend  sur  le  iaune, 
à autres  sur  le  blanc,  selon  qu’est 
l’humeur  qui  en  iceux  régné.  Car 
ainsi  la  plus  part  des  médecins  font 
trois  especes  de  ladrerie  : rouge  ou 
noiraslre,  faite  de  sang  ou  melan- 
cholie  naturelle  : iaunastre,  faite  de 
cholere  : blancheastre,  faite  de  pi- 
tuite : le  tout  bruslé  et  recuit  par  la 
chaleur  non  naturelle. 

9°  Leur  haleine  est  fort  puante,  et 
generalement  tous  les  excremens  qui 
sortent  de  leurs  corps,  sentans  la  sau- 
uagine  qui  commence  ja  à se  pourrir, 
pour  le  venin  conceu  en  leurs  hu- 
meurs. 

Le  dixiéme,  ils  ont  la  voix  enrouée, 
et  outre  qu’ils  parlent  du  nez  : ce 
qui  aduient  â cause  que  leurs  poul- 
inons, nerfs  recurrens , et  muscles  du 
larynx  sont  offensés  et  imbus  de  la 
matière  virulente,  et  qu'ils  ont  la 
cauité  du  nez  bouchée  : la  trachée 
artere,  comme  toutes  les  parties  du 
corps,  fort  desseichée,  trop  aspreet 
inégalé,  ainsi  que  l’on  voit  aduenir  à 
ceux  qui  ont  largement  beu  des  vins 

1 Le  paragraphe  finissait  là  en  1568  ; le 
reste  est  de  1575. 


PF.  LA  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE. 


trop  chauds , forts  et  puissans  : pour 
laquelle  mosme  cause  ils  ont  grande 
difficulté  de  respirer,  pour  la  seiche- 
resse  des  muscles  seruans  à la  respi- 
ration. 

Le  onzième  est  qu’ils  ont  morphea 
et  defedation  vniuerselle  de  leur  peau , 
et  l’ont  pareillement  crespie  comme 
une  oye  maigre  déplumée,  à sçauoir, 
aspre,  aride  et  inégalé,  icelle  se  ridant 
et  grillant  par  l’adustion  et  siccité  in- 
térieure des  humeurs  , de  mesrne  fa- 
çon qu’vn  cuir  au  feu  ou  au  soleil. 
Aussi  ont  plusieurs  dartres  et  vilaines 
galles,  desquelles  souuentesfois  sor- 
tent des  croustes,  comme  escailles  de 
carpe,  ou  autres  poissons,  et  ont  aussi 
plusieurs  glandules  : lesquelles  cho- 
ses procèdent  à cause  des  humeurs 
altérés  et  corrompus,  et  principale- 
ment de  la  malice  du  gros  sang  me- 
lancholique  et  aduste,  pour  n’estre 
bien  elabouré  par  l’œuure  de  la  na- 
ture, et  régi  par  la  faculté  nutritiue  : 
et  partant  il  se  procrée  vne  chair 
crasse,  scirrheuse,  dure,  aspre  et  iné- 
galé. Donc  veu  qu’en  ceste  maladie  il 
y a grand  erreur  en  la  faculté  nutri- 
tiue, et  par  conséquent  en  l’assimila- 
tiue,  de  là  s’ensuit  que  l’aliment  n’es- 
tant bien  elabouré,  ne  peut  estre 
changé  ny  assimilé.  Et  par  tel  defaut, 
il  est  necessaire  que  ces  tubercules  se 
facent  en  la  chair,  et  qu’elle  soit  dure, 
et  toute  la  peau  aride,  inégalé  et  de 
mauuaise  couleur , et  vlcerée  en  plu- 
sieurs endroits,  tant  à cause  de  la 
crassilie  et  terrestrité  que  pour  l’a- 
crimonie d’iceux  : et  cestuy  cy  doit 
estre  bien  noté  entre  tous  les  signes. 

Le  douzième,  ils  sentent  par  fois 
grande  ardeur  et  ponctions  par  tout 
le  corps,  comme  si  on  les  piquoit  d’ai- 
guilles: qui  se  fait  à cause  d’vne  va- 
peur maligne  qui  s’esleue  des  parties 
intérieures , et  est  retenue  sous  la 


277 

peau,  et  ne  peut  librement  sortir, 
pour  ce  que  le  cuir  est  fait  gros,  dense, 
et  espais,  par  l’adustion  des  humeurs 
pourris  : partant  la  vertu  expulsiue 
est  continuellement  stimulée  à ietter 
hors  les  vapeurs  acres  et  mordicantes. 

Le  treiziéme  est  qu’ils  ont  vne  éma- 
ciation ou  amaigrissement , et  con- 
somption des  muscles  qui  sont  entre 
le  poulce  et  le  doigt  index  , non  point 
seulement  pource  que  la  faculté  nu- 
tritiue a defaut  d’alimens  pour  nour- 
rir lesdits  muscles  (car  tel  defaut  est 
general  par  tous  les  muscles  du  corps) 
mais  pource  qu’iceux  , comme  le  te- 
nar,  ayans  vne  eminence  manifeste, 
la  dépréssion  et  émaciation  , comme 
chose  estrange  et  inaccoustumée,  est 
plustost  remarquée  en  iceux.  Et  pour 
ceste  raison  ils  ont  les  espaules  pro- 
tubérantes en  forme  d’ailes,  à cause 
de  la  consomption  et  émaciation  de 
la  partie  intérieure  du  muscle  tra- 
pèze. 

Le  quatorzième,  ils  ont  vne  stupeur 
ou  diminution  de  la  faculté  sensiliue, 
à cause  que  les  nerfs  sout  remplis 
d’humeurs  melancholiques  gros  et 
terrestres:  qui  fait  que  l’esprit  animal 
ne  peut  reluire  et  estre  porté  par 
iceux  aux  parties  qui  en  ont  besoin, 
dont  s’ensuit  stupeur. 

Véritablement  ie  me  suis  souuent 
Irouué  à l’espreuue  des  ladres,  et  en- 
tre tous  les  signes  dignes  d’estre  bien 
notés,  cestuy-cy  m’estoit  commun, 
c’est  que  les  ayant  piqués  d’vne  assez 
grosse  et  longue  espingle  au  gros 
tendon  qui  s’attache  au  talon, qui  est 
fort  sensible  par  dessus  les  autres,  et 
voyant  qu'ils  n’en  sentoient  rien,  bien 
que  i’eusse  poussé  l’aiguille  fort  auant, 
ie  conclus  que  véritablement  ils  sont 
ladres.  Or  pourquoy  ils  perdent  ainsi 
le  sentiment,  lemouuement  leur  de- 
meurant entier , la  cause  est  que  les 


270  LE  V1NGT-DEVXIÉME  LIVRE 


nerfs  qui  sont  disséminés  au  cuir 
sont  plus  affectés,  et  ceux  qui  sont 
aux  muscles  ne  le  sont  tant  : et  pour- 
ce  quand  on  les  pique  profondément 
ils  sentent  la  piqueure,ce  qu’ils  ne 
font  à la  superficie  du  cuir. 

Le  quinziéme,  ils  n’ont  point  ou 
peu  de  sentiment  en  leurs  extrémi- 
tés, et  icelles  tombent  principale- 
ment en  la  déclinaison,  à cause  que 
la  faculté  expultrice  iette  les  hu- 
meurs pourris  qui  la  molestent  le 
plus  loing  qu’elle  peut  des  parties  no- 
bles, dont  vient  que  l’humeur  melan- 
cholique  estant  de  substance  grosse, 
accompagnée  du  virus  lepreux,  op- 
pille  les  nerfs . de  façon  que  l’esprit 
sensitif  ne  peut  penetrer  et  reluire 
iusqu’aux  extrémités,  lesquelles  sont 
loing  delà  chaleur  naturelle  : ioinct 
que  depuis  que  l’vne  des  principales 
facullés  manque  en  vue  partie,  les 
autres  la  desdaignent  et  n’y  reluisent 
assez  suffisamment,  pour  la  sympathie 
qu’elles  ont  les  Arnes  auec  les  autres  : 
et  par  ainsi  la  partie  tombe  en  totale 
mortification. 

Le  seizième,  ils  ont  songes  et  idées 
en  dormant  fort  espouuentables  : car 
quelquesfois  il  leur  est  aduis  qu’ils 
voyent  des  diables,  serpens,  et  ma- 
noirs obscurs,  sepulchres,  corps  morts 
et  autres  choses  semblables, lesquelles 
impressions  sont  faites  au  sens  com- 
mun à cause  des  vapeurs  fuligineuses 
del’humeur  melancbolique  qui  mon- 
tent au  cerueau  : ainsi  que  nous 
voyons  aussi  aduenir  à ceux  qui  es- 
tant mords  de  chiens  enragés  tom- 
bent en  hydrophobie. 

Pour  le  dixsepliéme,  nous  mettrons 
qu’ils  sont  quasi  touscauteleux,  trom- 
peurs, et  furieux  sur  le  commence- 

i  La  phrase  finit  là  en  1568;  tout  le  reste 

est  de  1575. 


ment  et  incrément  de  leur  maladie, 
à raison  de  l’adustion  des  humeurs, 
à laquelle  d’auantage  la  siccité  sert 
d’aiguillon  : mais  en  l’estât  et  decli 
naison  delà  maladie , ils  deuiennent 
cauteleux  et  trompeurs,  et  soupçon- 
neux, à cause  qu’ils  sont  deffians 
d’eux-mesmes,  à raison  de  la  melan- 
choüque  qui,  froide  et  seiche,  les  rend 
ineptes  à executer  toutes  choses,  soit 
de  corps  ou  d’esprit  : d’où  vient  que 
craignans  toutes  choses , voire  les 
plus  asseurées  , ils  taschenl  tousiours 
à paruenir  et  suppléer  par  malice  ce 
qu’ils  sçauent  leur  défaillir  d’esprit  et 
d’adresse  : qui  est  la  mesme  cause 
pourquoy  les  vieilles  gens , les  mala 
des  et  femmes  sont  sur  tous  su- 
jets à tels  vices.  Ils  désirent  aussi 
grandement  la  compagnie  des  fem- 
mes, et  principalement  au  temps  de 
l’accroissement  et  estât  de  leur  mala- 
die, à raison  de  la  chaleur  estrange 
qui  les  brusle  au-dedans  : mais  en  la 
déclinaison  ils  abhorrent  tel  déduit, 
parce  que  leur  chaleur  naturelle  est 
presque  exhalée  et  esteinte  b Cela 
peut  aussi  prouenir  de  la  crassitie  de 
leurs  humeurs,  lesquels  outre  que  ils 
sont  terrestres,  sont  d’auantage  em- 
brouillés d’vn  esprit  flalulenl  excité 
et  proumené  dedans  la  masse  sangui- 
naire par  la  chaleur  non  naturelle. 

Le  dixhuiliéme , leur  vrine  est  es- 
paisse  comme  celle  des  iumens , et 
quelquesfois  subtile  pour  l’anguslie 
des  vaisseaux  par  où  passe  l’vrine, 
par  lesquels  le  plus  subtile  s’euacuei  2 : 
icelle  est  aussi  quelquefois  blatfarde, 
et  de  couleur  cendrée  et  fetide,  com- 
me tous  leurs  autres  excremens. 

Le  dixneufiéme,  ils  ont  le  sang  fort 

1 La  fin  de  ce  paragraphe  est  de  1575. 

2 Ce  membre  de  phrase  ; et  quelquesfois 
subtile,  etc.,  est  de  1575, 


DE  LA  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE. 


279 


gros,  aduste,  et  de  couleur  noirastre 
et  plombine  : et  si  on  le  laue,  on  le 
trouuera  arenuleux  en  sa  profondité 
pour  la  grande  aduslion. 

Le  vingtième  est  qu’ils  ont  le  pouls 
fort  debile  et  languide,  à raison  que 
le  cœur  et  faculté  pulsatile  residenle 
en  iceluy , est  tellement  opprimée  des 
vapeurs  fuligineuses  qui  s’esleuenlde 
leurs  humeurs  grossiers  et  melan- 
clioliques,  qu’elle  ne  peut  librement 
battre  *. 

Or  nous  auons  plusieurs  autres  si- 
gnes de  ladrerie,  comme  dureté  de 
ventre,  à raison  de  l’ardeur  du  foye  : 
rots  frequens,  à cause  de  la  frigidité 
del’estomach  causée  de  l’humeur  me- 
lancbolique  qui  regorge  en  iceluy  : 
frequente  sternutation,  pour  la  pléni- 
tude du  cerueau  : mais  entre  tous 
cestuy  leur  est  fort  frequent  : c’est 
que  leur  visage  et  tout  leur  cuir  ap- 
paroist  tousiours  onctueux,  à raison 
de  l’ardeur  et  chaleur  non  naturelle 
qui  dissout  et  liquéfié  toute  la  graisse 
qui  est  sous  la  peau,  dont  elle  semble 
toute  arrcusée.  Ce  qui  se  connoistra 
si  on  leur  iette  de  l’eau  nette  sus  la 
peau  : car  l’on  verra  icelle  nes’arres- 
ter  en  aucun  lieu  par  faute  de  prise  2 * * 5. 

Or  des  signes  susdits  les  vns  sont 
vniuoques,  c’est  à dire  qui  demons- 
trenl  véritablement  la  lepre  : les  au- 
tres sont  equiuoques  ou  communs, 
et  suruenans  à d’autres  maladies  qu’à 
icelle  lepre,  toutesfoisseruent  grande- 
ment à la  connoistre.  Et  pour  conclu- 
sion, si  toutes  ces  choses  là  ou  la  plus 
part  sont  trouuées , elles  demonstrent 
véritablement  la  ladrerie  parfaite. 

1 Cette  explication  est  de  1576  ; l’édition 

primitive  portait  .•  à raison  que  la  chaleur 

naturelle  est  suffoquée  parcelle  qui  est  estrange 

causée  du  virus  lepreux. 

5 Ce  paragraphe  est  entièrement  de  la  date 
de  1575. 


CHAPITRE  XI. 

DV  PROGNOSTIC  DE  LEPRE. 

La  lepre  est  une  maladie  hérédi- 
taire1, et  contagieuse,  quasi  comme  la 
peste,  et  du  tout  incurable,  comme 
aussi  soutient  est  la  peste.  Geste  con- 
tagion est  si  grande  qu’elle  vient  aux 
enfans  des  enfans,  et  encore  plus 
loing,  de  quoy  l’experience  fait  foy. 
Or  elle  est  incurable,  parce  que 
(comme  nous  auons  dit)  c’est  vn  chan- 
cre vniuersel  de  tout  le  corps  : car  si 
vn  chancre  qui  est  en  vne  seule  partie 
d’iceluy  ne  reçoit  aucune  curation, 
comment  se  pourra  guérir  celuy  qui 
occupe  vniuersellement  tout  le  corps? 
Aussi  elle  ne  se  peut  guérir,  parce 
que  le  mal  est  plus  grand  que  re- 
mède aucun  qu’on  ait  iusques  à pré- 
sent peu  trouuer  et  inuenter. 

Outre-plus  il  faut  estimer  que,  lors 
que  les  signes  apparoissent  au  dehors, 
le  commencement  est  long  temps  au- 
parauant  au  dedans,  à raison  qu’elle 
se  fait  tousiours  plustost  aux  parties 
intérieures  qu’exterieures:  toutesfois 
aucuns  ont  la  face  belle,  et  le  cuir 
poli  et  lissé,  ne  donnant  aucun  indice 
de  lepre  par  dehors , comme  sont  les 
ladres  blancs2,  appellés  Cachots,  Ca- 
gols  et  Capots,  que  l’on  trouue  en 
basse  Bretagne  et  en  Guyenne  vers 

1 L’édition  de  1568  ajoutait  ici  entre  pa- 
renthèses : ( comme  nous  auons  par  cy deuant 
déclaré .) 

2 L’édition  de  1568  portait: 

« ...comme  sont  les  ladres  blancs,  appelés 
cachos,  que  l’on  trouue  en  basse  Bretagne, 
et  plusieurs  autres  lieux,  qui  m’est  vne  chose 
indicible.  » 

Le  texte  actuel  et  le  reste  du  paragraphe 
sont  de  1575. 


qRo  le  vipjgt-devxi éme  livre 


Bordeaux,  où  ils  les  appellent  Galets , 
és  visages  desquels  bien  que  peu  ou 
point  des  signes  sus  allégués  apparois- 
sent , si  est-ce  que  telle  ardeur  et 
chaleur  estrange  leur  sort  du  corps, 
ce  que  par  expérience  i’ay  yen  : quel- 
quesfois  l’vn  d’iceux  tenant  en  sa 
maison  l’espace  d’vne  heure  vne 
pomme  fraische, icelle  après  apparois- 
soit  aussi  aride  et  ridée  , que  si  elle 
eust  esté  l’espace  de  huit  iours  au 
soleil.  Or  tels  ladres  sont  blancs  et 
beaux,  quasi  comme  le  reste  des 
hommes,  à cause  que  leur  ladrerie 
consiste  en  matière  pituiteuse , la- 
quelle reseichée  par  adustion,  est 
faite  atrabilaire:  si  que  retenant  tous- 
iours  sa  couleur  blancheastre , ap- 
porte toutesfois  tels  inconueniens  aux 
actions  de  ceux  qu’elle  possédé,  quels 
nousauonscy  dessusmentionnés  des 
vrais  ladres  et  descouuerls. 

1)  auantage,  on  voit  qu’en  ceste 
maladie  les  trois  vertus  et  facultés  du 
corps  sont  corrompues  et  viciées  : car 
premièrement  l’animale  procedente 
du  cerueau  est  altérée  et  changée  : 
ce  qui  est  conneu  par  les  imaginations 
et  songes  terribles  elespouuentables, 
et  par  la  difficulté  du  sentiment  et 
mouuement  qu’ont  les  malades  : la 
corruption  de  la  vitale  est  aussi  con- 
neuë  par  la  voix,  et  difficulté  d’ha- 
leine, et  puanteur  d’icelle,  et  par  le 
pouls  tardif  et  depraué  : le  vice  de  la 
naturelle  se  connoist,  par  ce  que  le 
foye  ne  fait  sa  sanguification  , et  par 
les  excremens  de  tout  le  corps  proce- 
dans  du  foye  : parquoy  nous  pouuons 
conclure  que  les  trois  membres  prin- 
cipaux pâtissent  en  la  lepre. 


CHAPITRE  XII. 

DE  1 AIRE  SEPARER  LES  LADRES  DE  LA 
CONVERSATION  ET  COMPAGNIE  DES 
SAINS. 

Or  ayant  conneu  par  les  signes  sus- 
dits que  quelqu'vn  sera  espris  de  le- 
pre ja  confirmée,  et  considérant  le 
danger  qu’il  y a de  conuerser  auec 
telles  gens,  les  magistrats  lesdoiuent 
faire  séparer  et  enuoyer  hors  de  la 
compagnie  des  sains,  d’autant  que  ce 
mal  est  contagieux  quasi  comme  la 
peste,  et  que  l’air  ambiens  ou  enui- 
ronnant,  lequel  nous  inspirons  et  at- 
tirons en  nos  corps , peut  eslre 
infecté  de  leur  haleine,  et  de  l’exha- 
lalion  des  excremens  qui  sortent  de 
leurs  vlceres  : et  l’homme  sain  con- 
uersant  auec  eux  l’attire,  cequ’ayant 
fait,  il  luy  altéré  et  infecte  les  esprits, 
et  par  conséquent  les  humeurs,  dont 
après  les  parties  nobles  sont  saisies, 
qui  cause  la  lepre.  Et  pour  ceste  oc- 
casion, il  est  bon  et  necessaire  de  les 
faire  séparer,  comme  i’ay  dit  : ce  qui 
ne  répugné  point  aux  sainctesEcrilu- 
res.  Car  il  est  escrit  que  le  Seigneur 
fit  séparer  les  lepreux  hors  de  l’ost 
desenfans  d’Israël.  Aussi  aux  leuites 
est  commandé  le  semblable  1 : et  est 
ordonné  pour  les  connoistre , qu’ils 
ayent  les  vestemens  deschirés,  et  la 
teste  nue,  et  soient  couuerls  d’vne 
barbute,  et  appellés  sales  et  ords  : 
mais  auiourd  huy  on  leur  baille  des 
cliquetiesetvn  baril,  à fin  qu’ils  soient 
conneus  du  peuple. 

Neantmoins  ie  conseille  que  lors 
qu’on  les  voudra  séparer,  on  le  face 
le  plus  doucement  et  aimablement 


1 Nombre  5.  — Leuit.  13.  — A.  P. 


DE  LA.  PETITE  VEROLLE  ET  LEPRE.  q8  1 


qu’il  sera  possible,  ayant  mémoire 
qu’ils  sont  semblables  à nous  : et  où  il 
plairoit  à Dieu,  nous  serions  touchés 
de  semblable  maladie,  voire  encor 
plus  griefue.  Et  les  faut  admonester 
que  combien  qu’ils  soient  séparés  du 
monde,  toutesfois  ils  sont  aimés  de 
Dieu  en  portant  patiemment  leur 
croix.  Qu’il  soit  vray,  Iesus  Christ 
estant  en  ce  monde  a bien  voulu 
communiquer  et  verser  auec  les  lé- 
preux, leur  donnant  santé  corporelle 
et  spirituelle  : car  il  est  escrit  qu’vn 
lepreux  s’inclina  deuant  Iesus  Christ; 
disant  : Seigneur,  si  tu  veux  tu  me 
peux  nettoyer  : et  Iesus  estendant  sa 
main  le  loucha,  et  luy  dit  : le  le  veux, 
sois  net  : et  incontinent  la  lepre  fut 
nettoyée.  Outre  plus  est  escrit  que 
Iesus  vne  autre  fois  guerisl  dix  ladres 1 . 


CHAPITRE  XI 11. 

DE  LA  CVRE  POVR  CEVX  QVl  SONT 
PREPARES  A LA  LEPRE. 

Il  nous  faut  maintenant  parler  de 
la  cure,  toutesfois  seulement  pour 
ceux  qui  sont  préparés  à tomber  en 
tel  desastre  et  disposition  : c’est  qu’il 
leurconuient  euiter  toutes  choses  qui 
eschauffent  et  bruslent  le  sang,  et 
généralement  contrarier  à toutes  cel- 
les que  nous  auons  dites  cy  dessus 
pouuoir  procréer  la  lepre,  et  qu’ils 
vsent  de  viandes  qui  engendrent  bon 
suc  et  aliment,  lesquelles  descrirons 
cy  après  au  régime  de  la  peste  : et 
seront  purgés,  saignés,  baignés,  et 

1 Mal.  6.  — Luc.  5.  — Marc.  1.  — Luc.  17. 

— A.  P. 


cornetés  selon  l’aduis  d’vn  docte 
Médecin,  à fin  de  réfréner  l’intempe- 
rature  du  foye,  et  par  conséquent  de 
tout  le  corps. 

Valescus  de  Tarenle  1 conseille 
qu’on  leur  oste  les  teslicules,  dequoy 
iesuis  aussi  d'aduis  : car  par ‘l’incision 
et  amputation  d’iceux,  l’homme  est 
mué  en  température  féminine,  et  par 
ainsi  en  complexion  froide  et  humide, 
laquelle  est  contraire  à la  chaleur  et 
seicheresse  de  la  lepre  : partant  le 
foye  est  refroidi,  et  par  conséquent 
ne  brusle  les  humeurs,  qui  sont  cause 
première  d’icelle  maladie. 

Or  quant  à la  cure  de  la  lepre  con- 
firmée, il  n’y  en  a point,  comme  nous 
auons  dit  , encor  qu’on  donne  des 
serpens  à boire  et  à manger,  et  qu’on 
saigne,  ventouse,  corneleet  baigne  les 
malades, ou  qu’on  vse  de  plusieurs  et 
diuers autres  remedes  II  est  vray  que 
par  ce  moyen  on  peut  pallier  et  re- 
pousser l’humeur  au  dedans,  à fin 
qu’ils  ne  soient  conneus  : ce  que  ie 
ne  voudrois  conseiller  de  faire,  de 
peur  qu’ils  n’abusassent  les  femmes 
et  eussentconuersation  auec  les  sains  : 
mais  pou  r les  faire  viure  plus  longue- 
ment, ie  leur  conseilleray  tousiours 
qu’ils  se  facent  chaslrer  pour  les 
raisons  susdites,  et  aussi  à fin  qu’on 
en  puisse  perdre  plus  facilement  la 
progéniture2. 

Maintenant  nous  parlerons  som- 
mairement de  la  lepre  des  Grecs. 

1 Dans  toutes  les  éditions  on  lit  Valesien, 
ce  qui  est  une  erreur.  L’opinion  citée  et  ap- 
prouvée par  Paré  appartient  bien  en  effet  à 
Valescus. 

2 Ici  se  terminaient  le  chapitre  et  le  livre 
dans  les  trois  éditions  de  1568,  1575  et  1579, 
Le  chapitre  suivant  est  de  1585. 


\ 


1 


v 


v 


q82 


IE  VINGT-DEVXIÉME  LIVRE. 


CHAPITRE  XIY. 

DE  LA  LEPRE  DES  GRECS,  DICTE  DV 

WLGAIRE  MAL  SAINCT  MAIN,  QVI  EST 

VNE  RONGNE. 

Rongne  est  vue  aspérité  du  cuir,  ou 
vue  vlceration  legere  coniointe  auec 
vn  prurit,  causée  d’vne  pituite  ni- 
treuse et  sallée,  et  de  melancholie 
qui  se  pourrit  sous  le  cuir  : et  est  tres- 
difficile  à guarir. 

Pour  la  curation,  il  faut  estre  purgé 
et  saigné,  euiter  toutes  viandes  de 
haut  goust  qui  enflamment  le  sang. 
On  baignera  le  malade  par  diuerses 
fois , et  l’on  mettra  dedans  le  bain 
choses  remollientes  : et  au  partir  du 
bain  tout  le  corps  du  malade  sera 
frotté  de  beurre  frais,  à fin  de  faire 
tomber  les  croustes,  et  amollir  l’aspé- 
rité du  cuir.  En  après  on  retournera 
au  bain,  et  dans  iceluy  seront  appli- 
qués plusieurs  cornets  auec  scarifica- 
tions, pour  euacuer  le  sang  contenu 
entre  cuir  et  chair.  Et  quelques  iours 
après  sera  frotté  le  corps  de  l’onguent 
qui  s’ensuit. 

2 Olel  iuniperi  5 . ij. 

Olei  nucum  § . j. 

Olei  tartari  albi  § . j. 

Vitrioli  Romani,  salis  communis  , sul- 
phuris  viui  ana  3.  iij. 

Terebent.  lotæ  in  succo  limonum  § . ij. 

Litbargyri  §.  fi. 

Ceræ  modicum. 

Fiat  ynguentum. 

Or  ce  médicament  sera  de  plus 
grande  efficace,  si  on  y adiouste  deux 
onces  de  vif-argent,  et  deux  dragmes 
de  sublimé  : et  aura  grande  vertu, 
appliqué  après  le  bain.  Car  le  bain 
amollit  et  ouure  les  pores,  et  par  con- 
séquent le  fait  penetrer  plus  fort. 


Autre. 

Prenez  racines  d’enula  campana  §.  iiij. 
cuites  en  fort  vinaigre  , puis  pilées,  et 
passées  par  l’estamine  : adiouslez  : 
Soulphre  vif  ^ . fi . 

Jus  de  limon  5 . ij. 

Beurre  frais  5 . iiij. 

Et  de  ce  soit  fait  onguent. 

Si  la  rongne  est  rebelle  à guarir,  les 
parties  malades  seront  frottées  de 
l’onguent  Enulatum  cam  Mercurio. 

Autre. 

lirenez  axongede  porc  5.  iiij. 

Soulphre  vif  5 . j. 

Sel  subtilement  puluerisé,  tcrebenthine 
lauée,  vne  once  et  demie. 

Et  de  ce  soit  fait  onguent. 


CHAPITRE  XV. 

DES  DARTRES1. 

Les  dartres  sont  aspérités  du  cuir, 
comme  petites  enleueures  auec  gran- 
de démangeaison,  qui  iettent  vne  ma- 
tière sereuse. 

Pour  les  remedes  topiques,  Hippo- 
crates au  liure  De  morbis  mulierum, 
recommande  le  vinaigre  où  l’on  aura 
fait  tremper  de  la  pierre  ponce , ou 
soulphre  vif  Pareillement  l’huile  de 
fourment  extraite  sur  vne  enclume 
auec  vne  pelle  toute  rouge  : et  en 
frotter  la  dartre  tant  de  fois  que  l’on 
connoistra  estre  guarie.  L’eau  de  su- 
blimé aura  pareille  vertu,  ou  l’eau 
forte  qui  aura  serai  aux  orféures. 

1 Cet  article  des  Dartres  se  lit  déjà  en 
1585;  mais  il  faisait  suite  au  chapitre  précé- 
dent, bien  (|u’en  étant  tout— à— fait  distinct 
par  son  titre.  C’est  afin  d’établir  plus  nette- 
ment cette  distinction  que  j’en  ai  fait  un 
chapitre  séparé. 


LE  YINGT-TROISIÉME  LIVRE, 

TRAITANT 

DES  VENINS  ET  MORSVRE  DES  CHIENS  ENRAGES, 

ET  AVTRES  MORSVRES  ET  PIQVEVRES  DE  BESTES  VENENEVSESC 


CHAPITRE  I. 

POVRQVOY  l’aVTHEVR  A ESCMT  DES 
VENINS. 

Cinq  choses  m’ont  incité  de! colli- 
ger des  anciens  ce  petit  traité  des  ve- 
nins : dont  la  première  est,  à fin 
d instruire  le  ieune  Chirurgien  des 

1 Ce  livre  des  Venins  , que  l'on  pourrait 
s'étonner  de  voir  parmi  les  OEu  vies  de  Paré, 
s y rattachait  cependant  dès  l’origine  par 
une  connexion  bien  naturelle.  Il  avait  paru 
pour  la  première  Ims  dans  la  grande  édition 
de  1675  sous  ce  titre  : 

LIVRE  DES  MORSVRES 

des  chiens  enrayez  : ensemble  des  piqueures 
el  morsures  de  certaines  besles  venimeuses 
trouuees  en  ce  pays  de  France. 

C était  donc,  d’après  ce  titre,  un  livre  pu- 
rementchirurgical,  et  comme  le  complément 
de  son  livre  des  Playes  d'harquebuses  (Voyez 
tome  II,  pages  189  et  193).  On  en  jugera 
bien  mieux  encore  par  la  table  des  24  cha- 
pitres dont  il  était  alors  composé  ; j’indique- 
rai en  même  temps  leur  correspondance 
avec  ceux  du  livre  actuel. 

Ciiap.  i.  — Des  venins  en  general.  La  rédac- 
tion en  a été  complètement  changée;  il  ré- 


remedes  qu’il  doit  vser  pour  promp- 
tement suruenir  aux  affligés , atten- 
dant le  secours  du  docte  Médecin.  La 
seconde,  à fin  qu’il  puisse  auoir  vraye 
et  exacte  connoissance  cle  ceux  qui 
pourroient  eslre  empoisonnés , pour 
fidèlement  en  faire  rapport  à justi- 
ce , lors  qu’il  en  sera  requis.  La  troi- 
sième aussi,  à fin  que  ceux  qui  sont 

pond  en  partie  aux  chapitres  1,6  et  11  du 
livre  actuel. 

Ciiap.  ii. — Du  venin  naturel.  —Fait  aujour- 
d’hui le  chao.  12. 

Ciiap.  iii.  — Des  besles  venimeuses.  — Au- 
jourd’hui le  chap.  13. 

Ciiap.  iv  — De  la  cure  vniuerselle  des  mor- 
sures ou  piqueures  venimeuses.  — Devenu 
le  chap.  14. 

Ciiap.  v.  — La  cause  pourquoy  les  chiens  de- 
Uiennentplustost  enragez  que  les  autres  besles. 
Ciiap.  vi.  — Signes  pour  cognoistre  vn  chien 
eslre  enragé. 

Ciiap.  vu.  — Les  signes  pour  cognoistre  vn 
homme  auoir  esté  mordu  d’vti  chien  enragé. 
Ciiap.  viii.  — Des  accidens  de  la  morsure 
d’vn  chien  enragé. 

Ciiap.  ix.  — Pronostic  de  la  morsure  d’vn 
chien  enragé. 

Chap.x. — Cure  de  la  morsure  d'vn  chien  en- 
ragé. 

Chap.  xi.  — De  la  cure  de  1‘ hydrophobie. — 


y 


q84  LE  VINCT-l  RO'SI^ME  livre 


residens  aux  champs, commeles  nobles 
et  peres  de  familles,  ayans  mes  œu 
ures,  puissent  secourir  leurs  pauures 
suiets,  où  ils  seroient  piqués  ou  mor- 
dus des  bestes  venimeuses,  ou  des 
chiens  enragés,  et  autres  bestes  La 
quatrième,  à fin  que  chacun  se  puisse 
preseruer  d’est re  empoisonné,  et  sur- 
uenir  aux  accidens.  La  cinquième  est 

Ces  six  chapitres  en  font  sept  dans  cette 
édition,  placés  dans  le  même  ordre,  du 
chap.  15  au  chap.  22  inclusivement. 

Chap.  xii  — Question  si  on  peut  manger  des 
bestes  qui  se  nourrissent  de  bestes  venimeu- 
ses , sons  aucun  danger.  — Correspond  au 
chap.  4. 

Chap.  xiii.  — De  la  morsure  et  piqueure 
d’aucunes  bestes  venimeuses,  et  principale- 
ment de  la  vipere.  — Devenu  le  chap.  23. 
Chap.  xiv.  — Delà  morsure  des  aspics. 

Ciiap.  xv.  — Delà  morsure  des  couleuures. 
Ciiap.  xvi.  — De  la  morsure  du  crapuut. 
Ciiap.  xvii.  — De  la  piqueure  du  scorpion. 
Chap.  xviii.  — De  ta  morsure  et  piqueure  des 
mouches. 

Chap.  xix. — De  la  morsure  des  chenilles. 
Chap.  xx.  — De  la  morsure  des  araignes. 
Chap.  xxi.  — Du  venin  des  mouches  canthari- 
des. 

Chap.  xxii.  — Du  venin  de  la  mouche  bupreste. 
Chap.  xxiii.  — Du  venin  de  la  sangsue.  — 
Ces  dix  chapitres  se  suivent  actuellement 
dans  le  même  ordre,  mais  réduits  au 
nombre  de  neuf  par  la  réunion  de  deux 
en  un,  du  30e  au  38e  chapitre. 

Chap.  xxiv.  — De  la  piqueure  d'une  viue.  — 
Devenu  le  40e  chapitre  du  livre  actuel. 

En  1579,  le  livre  changea  dé  titre  et  de 
plan  tout  à la  fois;  il  comptait  4S cliapitres, 
le  double  de  l’édition  précédente,  et  traitait 
de  tons  les  poisons,  animaux,  végétaux  et 
minéraux.  Dés  lors  il  devenait  essentielle- 
ment médical,  ce  qui  justifie  la  place  que 
nous  lui  avons  donnée. 

En  1585,  il  s’augmenta  bien  autrement 
encore,  et  alla  jusqu’à  65  chapitres  en  vertu 
del’adjonction  desseizechapitresduDiscours 
de  la  licorne.  Cet  énorme  appendice  le  fai— 


le  désir  quei’ay  tousiours  eu  et  auray 
toute  ma  vie  , de  seruir  à Dieu  et  au 
public , auec  protestation  deuant 
Dieu  de  ne  vouloir  enseigner  à mal- 
faire, comme  aucuns  mal-vueillans 
me  pourroienl  taxer  : ains  ie  desire- 
rois  que  les  inuenteurs  des  poisons 
fussent  auortés  au  ventre  de  leurs 
meres  *. 

sait  manquera  son  plan  et  à son  titre;  il  m’a 
paru  convenable  de  m’en  tenir  à la  distri- 
bution de  1579  , et  de  reproduire  à part  le 
Discours  de  la  licorne,  ce  qui  me  permettra 
surtout  de  donner  la  curieuse  préface  de  ce 
Discours,  publié, comme  il  a été  dit, en  1582. 

Le  premier  livre  devait  beaucoup  à Gré- 
vin,  comme  Paré  en  convenait  lui-même 
(Voyez  la  note  suivante).  Le  livre  nouveau 
ne  lui  doit  pas  moins  ; mais  de  plus  Paré  a 
emprunté  un  peu  partout,  et  notamment  il 
a pris  un  chapitre  à Thierry  de  Héry. 

Il  convient  d’ajouter  qu’il  avait  fait  gra- 
ver sur  bois,  pour  l’ornement  de  ce  livre,  les 
ligures  du  serpent  coule- sang , du  pourris- 
seur,  du  basilic  , de  la  salamandre , de  la  tor- 
pille, de  la  tareronde,  du  liéure  marin,  et 
enfin  de  l 'aconit.  Ces  figures  , assez  médio- 
cres, étaient  tout  au  moins  inutiles;  je  ne 
me  suis  pas  fait  scrupule  de  les  supprimer. 

’ Dans  l’édition  de  1575,  Paré  commen- 
çait aussi  son  premier  chapitre  en  exposant, 
comme  il  le  dit  en  marge,  Yintention  del’au- 
theur  ; voici  ce  passage,  qu’il  sera  curieux  de 
comparer  avec  le  texte  actuel  : 

« Il  m’a  semblé  estre  bon  d’escrire  som- 
mairement au  ieune  Chirurgien  de  la  mor- 
sure et  piqueure  des  bestes  venimeuses , et 
principalement  de  celles  qui  sont  communes 
en  ce  pais,  comme  de  chiens  enragez,  vipè- 
res, aspics,  couleuures,  crapaux,  scorpions, 
araignes,  chenilles,  mousches  à miel , fres- 
lons,  guespes  et  lahons,  à fin  qu’il  soit  in- 
struit à cognoistrc  la  différence  de  la  mali- 
gnité qui  eslen  leur  venin, et  parconsequent 
il  y puisse  mieux  approprier  les  remedes 
quand  il  en  sera  besoin.  Lesquels  remedes 
i’ay  recueillis  de  plusieurs  autheurs,  et  mes- 
mes  de  laques  Greuin  , docteur  regent  en 


DES  VElNINS. 


Pour  donc  entrer  en  matière , nous 
commencerons  par  la  diuision  des 
venins  en  general , puis  nous  pottr- 
suiurons  vne  chacune  espece  en  par 
ticulier.  Et  dirons  premièrement, 
que  venin  ou  poison  est  vne  chose  , 
laquelleestant  entrée  ou  appliquée  au 
corps  humain  , a la  vertu  de  le  com- 
battre et  vaincre,  tout  ainsi  que  le 
corps  est  victorieux  de  la  nourriture 
qu’il  prend  journellement  : qui  se  fait 
par  qualités  manifestes,  ou  par  pro- 
priétés occultes  et  sécrétés.  Le  con- 
ciliateur l,  au  liure  qu’il  a fait  des  Ve- 
nins, dit  que  tout  venin  pris  dedans 
le  corps  , de  toutes  ses  propriétés  est 
du  tout  contraire  à la  viande  de  la- 
quelle nous  sommes  nourris.  Car 
comme  la  viande  se  conuertit  en 
sang,  et  rend  toutes  les  parties  sem- 
blables aux  membres , lesquels  princi- 
palement elle  nourrit , se  mettant  au 
lieu  de  ce  qui  continuellement  s’es- 
coule  de  nostre  corps  , se  résout  et 
consomme  : aussi  le  venin  tout  au 
contraire  transmue  le  corps  et  les 
membres  qu’il  touche  en  vne  nature 
particulière  et  venimeuse.  Donc  ne 
plus  ny  moins  que  tous  animaux  et 
tous  fruits  que  la  terre  produit,  se 
pouuansconuertir  en  aliment,  si  nous 
les  mangeons,  se  tournent  en  nour- 
riture : aussi  à l’opposite  les  choses 
venimeuses  prises  dedans  le  corps, 
rendent  tous  les  membres  de  nostre 
corps  venimeux.  Car  comme  tout 
agent  est  plus  fort  que  le  patient  : 
aussi  le  venin  par  saplusgrande  force 

la  faculté  de  medecine,  qui  en  a escrit  vn 
liure.  » 

Voyez  ce  que  j’ai  dit  deGrévin  dans  mon 
Introduction,  page  cccxxxm. 

1 Le  conciliateur,  Pierre  de  Abano,  souvent 
désigné  sous  ce  nom,  et  qu’on  trouvera  plu- 
sieurs fois  cité  dans  le  courant  de  ce  livre. 


285 

surmonte  notre  substance  , et  la  con 
uertit  en  sa  nature  venimeuse  : par 
mesme  raison  que  le  feu  par  sa  tres- 
grande  chaleur  conuertit  soudaine- 
ment la  paille  à soy  et  la  consomme. 
Et  pource  les  anciens  grands  inquisi- 
teurs des  choses  naturelles  ont  dit , 
que  le  venin  tue  les  hommes  d’autant 
qu'il  corrompt  la  température  et 
complexion  de  leurs  corps. 

Or  tous  venins  et  poisons  procè- 
dent de  l’air  corrompu  ou  des  fou- 
dres et  tonnerres  et  leurs  esclairs  : ou 
du  naturel  des  bestes,  plantes  et  mi- 
néraux : ou  par  artifice  et  sublima- 
tions des  meschans,  traislres,  empoi- 
sonneurs et  parfumeurs,  desquelles 
choses  se  prennent  les  différences. 
Car  tous  venins  ne  font  pas  leurs  ef- 
fets d’vne  mesme  sorte,  et  ne  procè- 
dent lesdits  effets  d’vne  mesme  cause  : 
car  aucuns  opèrent  par  l’excès  des 
qualités  élémentaires  desquelles  ils 
sont  composés  : autres  opèrent  par 
leur  propriété  spécifique  ou  secrete  : 
dont  aucuns  tuent  plustost,  les  autres 
plus  tard  *.  Aussi  tous  venins  ne  cher- 

1 Le  premier  chapitre  de  l’édition  de  1 575 
disait  déjà  quelque  chose  de  semblable; 
mais  à la  suite  du  passage  reproduit  dans 
la  note  de  la  page  précédente,  on  lisait  : 

« Or  toutes  les  bestes  dessus  dites  sont 
plus  ou  moins  veneneuses,  selon  la  quan- 
tité ou  qualité  de  la  malignité  deleur  venin. 
Et  pourtant  il  y a différence  en  la  longueur 
oubrieuetédu  temps,  auquel  elles  font  leurs 
accidents.  Outre  plus  faut  entendre,  qu’il  y 
a diuersité  és  operations  des  venins  artifi- 
ciels , d’autant  que  aucuns  agissent  par  vne 
qualité  manifeste,  comme  chaleur,  froidure, 
secheresse  et  humidité,  autres  par  vne  pro- 
priété spécifique,  laquelle  ne  peut  estre 
cogneue  que  par  seule  expérience.  » 

Immédiatement  après,  il  passait  aux  si- 
gnes des  venins  chauds,  froids,  etc.,  que 
nous  retrouverons  au  chapitre  5. 


q8G  le  vingt-troisième  LIVRE 


cbent  premièrement  le  cœur  pour 
luy  nuire,  mais  nuisent  à certains 
membres  : comme  l’on  voit  les  can- 
tharides qui  offensent  la  vessie,  la  ci- 
guë le  cerueau , le  liéure  marin  les 
poulinons  , la  torpille  qui  engourdit 
et  stupéfié  les  mains  de  ceux  qui  tou- 
chent seulement  les  rets  où  elie  est 
prise  Autres  blessent  autres  parties, 
puis  après  le  cœur  : comme  l’on  voit 
les  médecines  qui  confortent  le  cœur, 
comme  le  safran , autres  le  cerueau , 
comme  le  stecas,  autres  l'estomach, 
comme  la  canetle,  autres  autres  par- 
ties. Il  y a aussi  des  venins  qui  opè- 
rent par  qualités  manifestes  et  par 
qualités  spécifiques  tout  ensemble  , 
comme  l’euphorbe , lequel  iaçoit  que 
par  sa  force  venimeuse  qu’il  a de  l’ex- 
cès de  sa  chaleur,  il  infecte  toulesfois 
aussi  par  son  autre  force , qui  procédé 
de  sa  vertu  spécifique  : ce  qui  se  con- 
noist  par  le  theriaque , la  propre 
vertu  duquel  est  de  surmonter  toutes 
poisons  qui  opèrent  de  leur  vertu 
occulte,  lequel  est  de  très-grand  effi- 
cace contre  l’euphorbe.  Que  si  ledit 
euphorbe  nuisoil  de  sa  seule  excessiue 
qualité,  tant  s’en  faut  que  le  théria- 
que qui  est  de  soy  fort  chaud , luy 
fusl  contraire , que  pluslosl  il  entre- 
tiendroit  sa  force  et  nuisance , ce 
qu’il  ne  fait. 

Les  venins  qui  opèrent  par  leur 
vertu  spécifique,  ne  le  font  pas 
parce  qu’ils  sont  chauds,  froids,  secs, 
ou  d’humidité  excessiue  : mais  c’est 
parce  qu’ils  ont  ce  naturel  particu- 
lier des  influencescelestes,  contraires 
à la  nature  humaine.  Pource  tels  ve- 
nins pris  en  bien  petite  quantité  sont 
neantmoins  d’vne  force  si  maligne  et 
tant  cruelle , que  quelquesfois  en  vne 
heure  ou  moins  ils  tuent. 

Les  venins  ne  tuent  pas  seulement 
pris  par  la  bouche,  mais  aussi  appli- 


qués extérieurement.  Semblablement 
les  bestes  ne  tuent  pas  seulement  par- 
leurs morsures  ou  piqueures  ou  es- 
gratigneures  : mais  aussi  par  leur 
baue  , regard,  ou  par  le  seul  attou- 
chement , ou  par  leur  baleine , ou  par 
manger  et  boire  de  leur  sang , ou  par 
leur  cry  et  sifflement,  ou  par  leurs 
excremens  *. 


CHAPITRE  II. 

QVESTION. 

Comme  se  peut  faire  que  le  poison 
baillé  en  petite  quantité,  ou  la  pi- 
queure  d’vne  beste  venimeuse , mons- 
tre ses  effets  en  si  peu  d’heures  par 
toutes  les  actions  du  corps,  tant  ani- 
males que  vitales  et  naturel  les,  fait  en- 
fler tout  le  corps  comme  vne  beste 
que  l’on  veut  escorcher  qu’on  aura 
soufflée?  Et  comment  aussi  se  peut 
faire  que  la  contre -poison  puisse 
rabbattre  vne  telle  vertu  : attendu 
qu’il  est  impossible  qu'vne  pelite  por- 
tion de  liqueur  se  transporte  à tant  de 
parties? 

Galien  dit  que  la  substance  du  poi- 
son et  contre-poison  n’est  point  distri- 
buée par  le  corps , mais  seulement  la 
qu  alité  d’iceluy  . Tou  tesfois  les  Philoso- 
phes tiennent  que  nulle  qualité  ne  peut 
estre  sans  corps.  Nous  dirons  que  ces 
qualités  sont  tellement  distribuées 
par  tout  le  corps , qu’il  n’est  pas  ne- 
cessaire que  la  pelite  portion  du  poi- 
son soit  partie  en  tant  et  tant  de 
parts  (car  il  seroil  impossible)  mais 
il  faut  entendre  que  quant  et-quant 

1 Cette  dernière  phrase  est  textuellement 
répétée  au  chap.  9,  sans  en  être  plus  vraie 
pour  cela. 


DES  VENINS. 


Q87 


que  ce  peu  de  poison  est  entré  de- 
dans le  corps , le  venin  gaigne  et  con- 
uerlit  en  sa  propre  substance  ce  qui 
de  prime  face  luy  vient  au  deuant,  soit 
le  sang  qui  est  és  veines  et  arteres , 
soit  du  phlegme  dedans  l’estomach  , 
et  autres  humeurs,  ou  és  boyaux, 
dont  puis  après  s’aide  à gaigner  le 
reste  du  corps  : ainsi  qu’vn  capitaine 
voulant  liurer  vue  ville  entre  les 
mains  d’vn  ennemi,  tasche  d’attirer 
le  plus  d’hommes  qu’il  peut  pour  se 
seruir  au  iour  donné  Le  poison  donc- 
ques  par  ce  moyen  que  i’ay  dit,  com- 
mence a s'espandre  par  les  veines, 
arteres  et  nerfs,  et  ainsi  se  commu- 
nique au  foye,  au  cœur  et  au  cerueau, 
mesme  conuerlit  en  sa  nature  tout 
le  reste  du  corps.  Et  quant  est 
de  contre-poison  , pour  autant  qu’il 
est  pris  en  assez  grande  quantité, 
estant  entré  dedans  l’eslomach  , 
où  il  s’eschauffe,  il  esleue  des  va- 
peurs lesquelles,  esparses  par  tout  le 
corps,  combattent  par  leurs  vertus 
la  force  du  venin.  C’est  pourquoy  le 
contre-poison  pris  en  trop  petite 
quantité  ne  peut  vaiucre  le  poison,  à 
cause  que  les  vapeurs  ne  sont  suffi- 
santes pour  estre  enuoyées  en  tant  j 
d’endroits,  et  partant  il  faut  que  le 
contre-poison  soit  plus  fort  que  le 
poison , à fin  de  surmonter  et  vaincre 
le  venin  du  poison. 


CHAPITRE  III. 

AVTRE  QVESTION. 

A sçauoir,s  il  est  possible  de  donner 
des  poisons  qui  lacent  mourir  les 
hommes  à certain  temps  prefix  , 
comme  d’vn  mois, plus  ou  moins? 


Théophraste  dit,  que  neantmoins 
qu’il  y a des  venins  qui  tuent  plustost, 
autres  plus  tard,  toulesfois  qu’il  est 
impossible  de  pouuoir  donner  vn  ter- 
me prefix,  comme  aucuns  pensent. 
Car  ce  que  les  venins  tuent  ou  plus- 
lost  ou  plus  tard , il  ne  procédé  selon 
les  Médecins  de  leur  propre  naturel 
et  force,  mais  de  ce  que  la  nature  de 
celuy  qui  l’aura  pris  résisté  plus  ou 
moins  ausdils  venins  , ce  que  l’expe- 
rience  monstre  : car  il  est  certain 
qu’vn  mesme  venin  d’vn  mesme  poids 
et  mesme  quantité , baillé  à diuerses 
personnes  de  diuerses  natures  , 
tuera  les  vns  dedans  vne  heure , 
les  autres  dedans  quatre,  autres 
dedans  vn  iour,  et  à d’aucuns  ne 
portera  grande  nuisance.  Ce  qu’on  ex- 
périmente tous  les  iours  aux  médeci- 
nes laxaliues  : car  si  diuerses  person- 
nes prennent  vne  mesme  medecinede 
mesme  poids,  quantité  et  qualité  , en 
aucuns  elle  monslrera subit  son  eOet, 
en  aucuns  tard  : en  aucuns  fera 
bien  petite  operation,  en  d’autres  tres- 
grande  , és  autres  point  du  tout  : en 
aucuns  purgera  sans  fascherie  , 
en  autres  auec  grand  trauail  et 
douleur  : ce  qui  ne  procédé  d’autre 
cause  que  de  la  diuerseet  dissembla- 
ble température  des  malades,  laquelle 
ne  se  peut  si  parfaitement  connoistre, 
qu’on  puisse  sçauoir  iusques  à quand 
la  chaleur  naturelle  ait  puissance  de 
résister  au  venin.  II  procédé  aussi  de 
ce  qu’aucuns  ont  les  arteres  larges  ou 
fortserrées. Carie  venin  ayant  trouué 
les  chemins  et  conduits  larges,  non 
seulement  il  pénétré  legerement, 
mais  aussi  aisément  il  passe  auec 
l’air,  qui  continuellement  entre  en 
nostre  corps  pour  llabeller  et  réfri- 
gérer le  cœur. 


288  LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE, 


CHAPITRE  IV. 

A SÇAVOIR  SI  LES  AN1MAVX  V1VANS  DES 
BF.STES  VENIMEV SES  , SONT  VENI- 
MEVX,  ET  SI  ON  EN  PEVT  MANGER  SANS 
DANGER1. 

Les  canars,  les  cicoignes,  les  hé- 
rons, les  paons,  les  cocqs  d’Inde  et 
autres  poullailles  mangent  et  viuent 
de  crapaux  , viperes,  aspics,  couleu- 
ures,  scorpions,  araignes,  chenilles, 
et  autres  bestes  venimeuses.  Sçauoir, 
si  tels  animaux  ayans  mangé  telles 
bestes , puis  mangés  des  hommes  , les 
peuusnl  infecter  et  empoisonner? 

Mathiole  dit,  que  tous  les  moder- 
nes qui  ont  escritdes  venins  tiennent 
asseurément  que  tels  animaux  man- 
gés ne  peuuent  aucunement  nuire  : 
au  contraire  nourrissent  le  corps  ne 
plus  ne  moins  que  lesautresqui  n’au- 
ront mangé  telles  viandes  venimeu- 
ses, parce  que  ces  animaux  conuer- 
tissent  en  leur  nature  leurs  viandes 
venimeuses  Laquelle  raison  et  opi- 
nion, encore  qu’elle  aye  grande  ap- 
parence, que  ce  venin  se  digéré  et  se 
conuertisse  en  la  substance  de  ces 
animaux  qui  en  viuent  ordinaire- 
ment : toulesfois  ie  croy  qu'il  ne  s’en- 
suit pas  que  la  chair  faite  de  tel  ali- 
ment venimeux,  mangée  des  hom- 
mes, ne  porte  quelque  nuisance , et 
croy  que  si  on  en  mangeoit  souuent , 
elle  pourroit  causer  plusieurs  mala- 
dies, et  en  fin  la  mort.  I’ay  pour  tes- 

i Ce  chapitre  répond  essentiellement  au 
chap.  4 de  l’édition  de  1575,  mais  la  rédac- 

tion en  a été  presque  entièrement  refondue. 
Toutefois,  comme  ces  changements  ne  por- 
tent guère  que  sur  la  forme,  je  noterai  seu- 
lement ceux  qui  affectent  davantage  le  sens 
et  la  doctrine. 


moins  Dioscoride  et  Galien , qui  as- 
sent  ent  le  laict,  qui  n’est  autre  chose 
que  le  sang  deux  fois  cuit,  tiré  des 
bestes  qui  paissent  la  scamonée,  l’el- 
lébore  ou  le  litbymal,  estre  merueil- 
leusement  laxatif,  si  on  en  boit  ’. 

Pareillement  on  voit,  quand  les  Mé- 
decins veulent  purger  vn  enfant  es- 
tant encore  à la  mamelle,  donnent 
des  médecines  laxatiues  aux  nourri- 
ces, pour  rendre  leur  laict  médica- 
menteux et  purgatif.  Ce  que  i’ay  veu 
de  recenle  mémoire , qu’vne  nourrice 
malade  , les  Médecins  luy  ayans  or- 
donné vne  medecine  laxatiue , et  l’en- 
fant l’ayant  après  lelée  auoir  le  cours 
de  ventre,  et  estoit-on  bien  empesché 
de  l’arrester,  et  fut-on  contraint  luy 
bailler  vne  aulre  nourrice , attendant 
le  temps  que  la  medecine  eust  du  tout 
fait  son  operation 2. 

1 Ce  paragraphe  se  présente  assez  diffé- 
remment dans  l’édition  de  1575.  D’abord 
Paré  ne  citait  pas  Malthiole  ; il  disait  sim- 
plement : aucuns  tiennent  qu’elles  ne  peuuent 
aucunement  nuire  ; puis  il  ne  mettait  pas  en 
avant  son  opinion  personnelle,  et  il  se  con- 
tentait de  dire  : Les  autres  tiennent  le  con- 
traire. Enfin  il  ajoutait,  pour  terminer  le 
paragraphe  : 

« ...  En  quoy  on  peut  cognoistre,  que  les 
plantes  laxatiues  et  venimeuses  ne  perdent 
leur  vertu  laxatiue,  ny  leur  venin,  encore 
qu’elles  soyent  cuites,  et  bien  digérées.  Cela 
se  voit  és  griues , qui  mangent  et  se  repais- 
sent de  geneure:  leur  chair  sent  vn  goust  de 
geneure,  etc.  » 

Cet  exemple,  de  même  que  ceux  qu’il  ci- 
tait à la  suite,  se  retrouvera  un  peu  plus 
loin  dans  le  texte  actuel. 

2 Ce  paragraphe  est  de  la  rédaction  nou- 
velle de  1579.  Tout  ce  que  l’ancienne  édi- 
tion portait  à ce  sujet  consiste  dans  le  pas- 
sage que  voici  : 

« Plus  on  voit  pareillement,  que  le  iour 
qu’vne  nourrice  aura  pris  vne  medecine 
laxatiue,  l’enfant  tétant  son  laict  subit,  le 


DES  VENINS. 


D’auantage  on  voit  les  griues  ayans 
mangé  de  la  graine  de  genéure,  que 
leur  chair  s’en  ressent.  Aussi  les  poul- 
lailles  ayans  mangé  de  l’aluyne,  leur 
chair  est  amere,  et  s’ils  ont  mangé 
des  ails,  le  sentent  semblablement. 
Les  morues  et  autres  poissons,  ayans 
esté  prins  auec  les  ails,  ils  sentent  si 
fort  que  plusieurs  n’en  peuuent  man- 
ger : neantmoins  qu’on  les  salle,  fri- 
casse,  ou  qu’on  les  face  boüillir,  re- 
tiennent tousiours  l’odeur  et  saueur 
des  ails.  Aussi  les  connins  ayans  esté 
nourris  de  pouliot  eldegenéure,  leur 
chair  s’en  ressent,  retenant  l’odeur  et 
goust  plaisant.  Au  contraire,  s’ils  sont 
nourris  de  choux  et  de  sang  de  bœuf 
(comme  on  fait  à Paris),  difficilement 
on  en  peut  manger,  à cause  qu’ils  re- 
tiennent le  goust  de  choux.  le  diray 
encore  d’auantage,  que  les  Médecins 
commandent  de  nourrir  les  cliéures, 
vaches  et  asnesses  d’herbes  propres, 
quand  ils  veulent  faire  boire  leuriaict 
aux  cliques,  ou  à d’autres  malades  1 : 
ce  que  Galien  2 dit , qu'il  n’ignore 
point  que  les  chairs  des  animaux 
sont  altérées  et  fumées  par  la  viande 
et  nourriture  qu’ils  prennent. 

Or  pour  le  dire  en  un  mot , ie  suis 
d’aduis  qu’on  ne  mange  de  tels  ani- 
maux qui  auront  deuoré  les  besles 
venimeuses,  si  n’esloit  long  temps 
après,  et  que  premièrement  le  venin 

ventre  se  laschera,  voire  quelquesfois  si 
fert,  que  l’on  est  contraint  changer  de 
nourrice  pour  allaicler  l’enfant,  de  peur  qu’il 
n’eust  trop  grand  flux  de  ventre,  qui  luy 
pourroit  nuire  et  le  faire  mourir,  iusques 
à ce  que  son  laict  soit  retourné  en  son  na- 
turel. » 

1 L’édition  de  1575  disait  -.pour  bailler  aux 
phtisiques  , ou  à autres  malades  qui  eu  oui  be- 

soiug  ; et  la  citation  de  Galien  n’a  été  ajou- 
tée qu’en  1579. 

1 Liu.  2.  des  simples.  — A.  P. 


289 

n’eust  esté  labouré  et  digéré,  et  trans- 
mué en  autre  qualité  par  le  bénéfice 
de  la  chaleur  naturelle  des  animaux 
qui  les  auroient  mangées  1 : car  on 
voit  des  mortssubitesaduenir.dont  la 
cause  est  inconneuë  aux  hommes,  qui 
peut  estre  pour  auoir  mangé  de  telles 
besles,  dont  l’vnpeut  eschapper,  et 
l'autre  mourir.  Cela  se  fait  pour  la 
préparation  et  disposition  des  corps 
qui  reçoiuenl  et  répugnent  au  venin. 


CHAPITRE  Y. 

LES  SIGNES  DES  VENINS  EN  GENERAL. 

Nous  dirons  les  signes  des  venins 
en  general , puis  nous  poursuiurons 
vne  chacune  espece  en  particulier. 
Nous  connoissons  vn  homme  estre 

1 Ce  paragraphe  était  fort  différent  dans 
l’édition  primitive;  on  y lisait  : 

« D’abondant  nous  auons  dit,  que  les  an- 
ciens tiennent  comme  vne  chose  résolue, 
que  les  besles  venimeuses,  qui  mangent  les 
autres  besles  venimeuses,  que  leurs  inorsu- 
sures  ou  piqueures  sont  plus  dangereuses, 
que  de  celles  qui  ne  les  mangent  : aussi  que 
la  chair  des  bestes  qui  ont  esté  tuees  par 
les  bestes  venimeuses  ou  enragees,  ou  ont 
esté  frappées  de  fouldre , est  venimeuse: 
tout  ainsi  que  nous  auons  ditcy  dessus  d’vne 
nourrice  ayant  pris  vne  médecine  laxatiue, 
pendant  qu’elle  opéré,  si  elle  donne  à teter 
à son  enfant,  luy  causera  vn  flux  de  venlre 
iusques  à le  faire  mourir.  Semblablement  le 
chapon,  le  canard , ou  autre  volaille  ayant 
mangé  vn  crapaut,  ou  vipere,  ou  autre  besle 
venimeuse  , peuuent  donner  détriment  à 
ceux  qui  en  mangeront,  si  premièrement 
n’est  bien  digeree,  alteree,  et  changée  de  sa 
nature  par  la  chaleur  et  alteration  d’icelle 
volaille  : parquoy  faut  désister  d’en  manger. 
On  voit  souuent  des  morts  subites  adue- 
nir,  etc.» 


V 


III. 


19 


LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE, 


290 

empoisonné  par  quelque  façon  que  ce 
soit,  quand  il  se  plaint  d’une  grande 
pesanteur  de  tout  le  corps,  qui  fait 
qu’il  se  desplaist  en  soy-mesme  ; 
quand  de  l’estomach  il  luy  mopte 
quelque  goust  horrible  à la  bouche, 
tout  autre  que  les  viandes  communes 
ne  font,  quelques  mauuaises  qu’elles 
soient  : quand  la  couleur  de  la  face 
se  change,  maintenant  liuide,  tan- 
tost  citrine,  et  de  toute  autre  couleur 
estrange  et  difforme  : quand  il  sent 
nausée  et  volonté  de  vomir  : quand 
il  a inquiétude  de  tout  le  corps,  et 
qu’il  luy  semble  que  tout  tourne 
sens  dessus  dessous. 

Nous  connoissons  ledit  venin  prins 
agir  de  toute  sa  substance  et  pro- 
priété occulte,  quand  sans  apparence 
de  grande  et  insigne  chaleur,  ou  froi- 
deur, le  malade  tombe  souuent  en 
défaillance  de  cœur,  auec  vne  sueur 
froide,  à raison  que  tel  venin  n’a 
point  pour  obiect  aucune  certaine 
partie,  contre  laquelle  de  certaine 
affection  et  quasi  comme  par  choix 
elle  agisse,  comme  font  les  cantha- 
rides contre  la  vessie , et  le  liéure 
marin  contre  les  poulmons.  Mais 
comme  ce  venin  agit  de  toute  sa  sub- 
stance et  forme  secrete  : ainsi  à 
guerre  ouuerte  il  oppugne  la  forme 
et  essence  de  la  vie , qui  gist  en  la  fa- 
culté vitale , qui  est  au  cœur. 

A présent  nous  faut  déclarer  par- 
ticulièrement les  signes  des  venins 
qui  opèrent  par  leurs  qualités  pre- 
mières et  manifestes. 

Les  venins  ou  poisons  qui  opèrent 
par  leurs  qualités  manifestes,  causent 
leurs  propres  accidens , desquels  ils 
monstrent  leurs  signes  apparens.  Car 
ceux  qui  ont  vne  chaleur  excessiue , 
subit  ils  enflamment  la  langue  et  le 
gosier,  l’estomach,  les  intestins,  et 
generalement  toutes  les  parties  inté- 


rieures, auec  grande  alteration  et 
inquiétude , et  sueur  continuelle.  Et 
si  auec  leur  chaleur  eveessiqe  ils  ont 
vne  force  corrosiue  et  putrefacfiue  , 
comme  l’arsenic,  le  sublimé,  r.eagal, 
verd  de  gris,  l’orpiment,  et  autres 
semblables,  ils  causent  en  l’estomach 
et  aux  boyaux  des  peuplions  into- 
lérables et  grandes  ventosités,  les- 
quelles on  oit  souuent  bruire  dedans 
le  ventre , et  ont  vne  soif  intolérable. 
Après  ces  accidens  surujenpent  sou- 
uenl  vomissemens  auec  sueurs,  tan- 
tost  chaudes  tautost  froides,  et  der 
faillance  de  vertus , puis  la  pmi  L 

1 b»  séméiotique  des  venins  chauds, 
froids,  secs,  et  humides,  ayai).  déjà  été  don- 
née dans  le  premier  chapitre  de  J575,  et 
ceux  des  venins  chauds  et  froids  dans  le  1U 
vre  des  Playes  d’harquebuses  de  1545.  Ces 
descriptions  ne  sont  pas  contraires  sans 
doute,  mais  elles  sont  a?sez  différentes  pour 
demander  à être  comparées.  Nous  avons 
donné  ailleurs  le  texte  de  1645,  légèrement 
corrigé  en  1664  ( voyez  tome  II , page  193)  -, 
voici  maipteqapt  le  teste  de  1675  : 

« Signes  que  le  venin  est  chaud. 

« Cela  est  cogneu  par  les  accidents  qu’il 
cause  , à sçauoir  douleur  mordante,  corro- 
sion , inflammation  , fleure,  grande  altera- 
tion, déliré,  resolution  de  la  chaleur  natu- 
relle, rougeur  et  tumeur  aux  yeux,  auec 
grandes  inquiétudes  : les  patients  ne  peu- 
uenl  dormir,  et  sont  en  perpétuelle  sueur, 
qui  vient  parle  combat  et  trauail  de  Nature, 
et  ont  le  pouls  fort  frequent. 

» Signes  que  le  venin  est  froid. 

» C’est  qu’il  cause  vn  sommeil  profond, 
de  sorte  qu’à  grande  peine  on  peut  reueiller 
les  paliens  : aussi  ils  ont  horreur  et  tremble- 
ment de  tout  le  corps,  et  ont  l’entendement 
troublé,  en  sorte  qu’on  diroit  qu’ils  seroyent 
yures  et  fols  : d’auanlage  ils  ont  tout  le 
corps  froid , et  iettent  vne  sueur  froide  : 
aussi  ont  la  couleur  du  visage  liuide  et 
plombine  : et  leurs  vomissemens  et  cra- 


DES  VENINS. 


Les  venins  qui  sont  d’vne  excessiue 
froûjeur  causent  aux  malades  vn 
sommeil  profond , que  sonnent  on  ne 
les  peut  resueiller  qu’à  bien  grande 
peine  : aucunesfois  ils  eslnurdissent 
le  cerueau , que  les  malades  sont  con- 
traints faire  plusieurs  mouuemens 
desordonnés,  tant  de  la  bouche  que 
des  yeux,  et  des  bras  et  jambes, 
comme  s'ils  fussent  yure$  ou  insensés: 
d’abpndant  il  leur  suruient  vne 
grande  sueur  froide  , et  ont  la  cou- 
leur du  visage  liuide  et  iaunastre , 
et  fort  hideuse  à voir  : et  ont  tout  le 

chats  sont  fort  visqueux,  et  leur  sang  se  con- 
gelé. 

» Signes  des  venins  secs. 

» Les  patiens  ont  vne  aridité  et  seiche- 
resse  à la  langue  et  au  gosier,  auec  vne 
soif  intolérable , parceque  le  venin  se  com- 
munique au  corps  par  tes  veines,  arteres,  et 
nerfs  : dont  U aduient  qu’il  desseicbe  et 
consomme  l’humilité  substanlifique , qui 
fait  refirer  le  cuir  fil  tpulpf  les  pa i ti.es  ppr- 
ueuses , aipsj  qu’on  v.ojf  resserrer  ,vp  par: 
cbenjin  /ieaant  Je  l’eu  ; au  rapyen  de  qupyij 
s’epsuit  vne  copstipatipn  dp  ventre  , et  aux 
conduits  tant  de  l’vrine  que  de  la  sueur,  et 
estans  estoupcz  ne  permettent  que  l’eau  ex- 
cessiuement  beuë  soit  euacuee  : dont  il 
s’ensuit  vne  grande  douleur  par  tout  le 
corps,  et  en  fin  la  mort. 

« Signes  des  venins  humides. 

«Les  maladesontvn  continuel  et  profond 
sommeil,  et  quasi  est  impossible  de  les  gar- 
der de  dormir  : aussi  ils  ont  vn  grand  flux 
de  ventre  , auec  vne  lassitude  et  resolution, 
ou  relaschement  de  tous  les  nerfs,  mesme 
que  les  yeux  sortent  quelquesfois  hors  de  la 
teste. 

« Or  voila  les  signes  et  indices  vniuersels 
des  venins  qui  opèrent  par  qualitez  mani- 
festes : lesquels  si  on  voit  qu’ils  perseuerent 
et  augmentent , quelque  chose  qu’on  y 
puisse  faire,  il  faut  faire  présagé  de  la  mort  : 
aussi  au  contraire,  s’ils  diminuent,  c’est  si- 
gne 4e  guarison.  » 


291 

I corps  sfupide  et  endormi , et  s’ils  ne 
j sont  bien  tost secourus,  ils  meurent. 

Lesquels  venins  sont  comme  ciguë, 
pauot,  morelle , iusquiame,  mandra- 
gore et  autres  semblables. 

Les  venins  secs  ont  presque  tous- 
iours  la  chaleur  pour  compagne, 
auec  vne  certaine  humidilé  : car 
neantmoins  que  l’on  die  que  le  soul- 
phre  soit  chaud  et  sec,  toutesfois  il  a 
vne  humidité  pour  congreger  sa 
forme,  comme  toutes  autres  choses 
composées  requièrent  : maison  donne 
aux  choses  la  qualité  qui  domine  en 
elles.  Les  venins  secs  rendent  la 
langue  aride,  et  la  gorge  seiche, 
auec  vne  soif  non  extinguible,  c’est 
à dire,  qui  ne  se  peut  appaiser.  Le 
ventre  se  resserre,  et  les  autres  par- 
ties intérieures,  ainsi  que  le  parche- 
min fait  deuanl  le  feu.  A ceste  cause 
l’vrine  ne  sort  qu’à  grande  difficulté, 
tous  les  membres  deuiennent  secs  et 
retirés,  et  les  malades  ne  peuuent 
dormir  : lesquels  venins  sont  comme 
litarge,  ceruse,  piastre,  escaille  d’ai- 
rain , limeure  de  plomb  , antimoine 
préparé,  et  autres  semblables. 

Les  venins  humides  causent  vn 
perpétuel  sommeil , flux  de  ventre, 
auec  relaschement  de  tous  les  nerfs 
eliointures  : tellement  que  quelques- 
fois les  yeux  sortent  hors  de  la  teste. 

II  s’ensuit  aussi  souuent  vne  pourri- 
ture des  mains , pieds , nez , oreilles, 
et  vne  soif  extreme  pour  la  chaleur 
qui  prouientdela  grande  pourriture, 
puis  la  mort  s’ensuit.  Aucuns  tien- 
nent qu’il  ne  se  trouue  point  de  poi- 
son humide,  parce  qu’il  est  impossi- 
ble de  trouuer  d’humidités  iusques  au 
quatrième  degré.  Toutesfois  le  con- 
traire se  vérifié  par  l’exemple  de  ce- 
luy  qui  dormant  de  nuict  fut  mordu 
d’vn  serpent,  ainsi  que  Gilbertus  An- 
glicus  recite  : et  mourant,  son  valet 


<29-2 


LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE, 


au  matin  le  tirant  par  le  bras  le  pen- 
sant resueiller,  toute  la  chair  dudit 
bras  pourrie  tomba,  les  os  desnués 
de  chair  : ce  qui  ne  peut  estre  aduenu 
que  par  l’excessiue  humidité  du  venin 
qui  estoit  aux  dents  et  baue  du  ser- 
pent. Aussi  Hippocrates  a bien  dit1, 
que  la  disposition  de  l’année  estant 
pluuieuse  et  humide,  suiette  au  vent 
de  midy,  il  est  aduenu  par  ceste  hu- 
midité veneneuse  et  corrompue,  qu’en 
aucuns  la  chair  des  bras  et  des  Jam- 
bes pourrie  tomboit  en  pièces , et  les 
os  demeuroient  nuds  et  desnués  d’i- 
celle : non  seulement  à d’aucuns  la 
chair  se  trouuoit  pourrie , mais  aussi 
la  propre  substance  des  os.  D’où  on 
peut  conclure  qu’il  y a des  venins 
d’vne  humidité  si  excessiue,  qu’ils 
peuuent  faire  mourir  les  personnes 
par  l’entiere  putréfaction  des  mem- 
bres : ce  qu’on  voit  aduenir  à la  ve- 
roile,  tant  grosse  que  petite,  et  aux 
charbons  et  anthrax  pestiférés. 

Et  quand  tels  et  pareils  signes  ap- 
paroissent,  il  sera  facile  les  combat- 
tre par  leurs  contraires,  encore  que 
l’on  ne  connoisse  le  venin  particuliè- 
rement. 

Il  n’y  a point  de  signes  certains  des 
venins  qui  opèrent  par  propriété  spé- 
cifique ou  occulte2,  parce  qu’ils  ont 
ceste  nature  de  l’influence  du  ciel, 


qui  ne  s’esmeut  iamais  à faire  sa  pro- 
pre action , sans  que  l’obiect  de  son 
contraire  se  présente  : et  partant  on 
ne  les  connoist  que  par  expérience, 
sans  en  pouuoir  donner  aucune  rai- 
son , comme  la  torpille  qui  stupéfié  le 
bras  de  celuy  qui  la  touche, le liéure 
marin  qui  gaste  les  poulmons,  les 
cantharides  qui  blessent  la  vessie , la 
piqueure  de  la  viue  qui  cause  gan- 
grené et  autres  accidens.  Ce  que  nous 
dirons  cy  après. 


CHAPITRE  VI. 

l’opinion  d’avcvns  reprovvée. 

Ceux  errent  grandement,  qui  di- 
sent que  le  venin  desbestes  venimeu- 
ses est  froid , parce  que  ceux  qui  en 
sont  mordus,  ou  piqués,  subit  de- 
uiennent  froids,  et  que  les  serpens 
( comme  craignans  le  froid  quand 
l’hyuer  s’approche)  se  cachent  és  ca- 
uernes  sous  terre,  ou  sous  les  pierres, 
qui  est  le  naturel  des  viperes , où 
quelquesfois  on  les  trouue  si  surprises 
de  froid , qu’elles  demeurent  toutes 
amorties  et  immobiles,  comme  si  elles 
estoient  gelées.  Or  véritablement  la 
froideur  de  ceux  qui  en  sont  mordus 


1 Premier  liu.des  Temperamens. — A.  P. 

: 2 En  1552,  Paré  ne  disait  que  quelques 
mots  de  ces  venins  ; en  1575,  il  avait  un  para- 
graphe assez  différent  du  texte  actuel.  On 
lisait  ce  passage  après  celui  de  la  note  delà 
page  précédente. 

« Signes  des  venins  qui  operenl  par  propriété 
occulte. 

» Les  signes  que  le  venin  opéré  par  vne 
propriété  occulte,  c’est-à-dire,  qualité  non 
manifeste,  mais  de  toute  leur  substance,  ne 
se  peuuent  bien  descrire,  pour  la  diuersité 


des  accidens  qui  aduiennent  : car  tantost 
les  malades  ont  froid,  tantost  chaud,  en 
sorte  qu’on  voit  grande  diuersité  des  mou- 
vemens  de  nature:  aussi  aucuns  font  mou- 
rir promptement,  les  autres  lentement  : qui 
se  fait  pour  la  diuersité  du  venin  , dequoy 
on  ne  peut  bien  rendre  raison.  Les  anciens 
ont  nommé  vne  vertu  occulte,  ou  cachée, 
celle  de  laquelle  nous  ne  pouuons  rendre 
les  raisons  naturelles , mais  sont  cogneues 
par  la  seule  expérience , laquelle  ferme  le 
pas  à toutes  les  raisons,  depuis  que  légiti- 
mement elle  apparoist.  » 


DES 

ou  piqués,  ne  procédé  pas  de  la  froi- 
deur du  venin  : mais  de  ce  que  la 
clialeur  naturelle  se  retire  des  parties 
extérieures  aux  inferieures,  pour  se- 
courir le  cœur,  et  aussi  qu’elle  est 
surmontée  et  esteinte  par  le  venin.  Et 
ne  faut  conclure  que  tous  serpens 
soient  froids,  parce  qu’on  les  trouue 
en  hyuer  en  leurs  trous,  tous  comme 
immobiles,  et  comme  morts:  cela  ne 
procédé  sinon  que  leur  chaleur  na- 
turelle est  retirée  en  leur  ventre, 
pour  résister  à l'air  ambiens  qui  est 
froid. 


CHAPITRE  VII. 

POVR  SE  DONNER  GARDE  D’eSTRE 
EMPOISONNÉ. 

La  maniéré  de  se  donner  garde 
d’estre  empoisonné  est  fort  difficile  : 
car  les  meschans  empoisonneurs  et 
parfumeurs,  qui  secrètement  baillent 
les  poisons,  conduisent  leur  trahison 
et  leur  mescbancelési  finement,  qu’ils 
trompent  les  gens  les  plus  experts  et 
de  meilleur  jugement  qu’on  sçauroit 
trouuer.  Car  ils  ostent  l’amertume 
des  venins,  et  lesmeslent  auec  choses 
douces  : ainsi  ils  leur  font  perdre  leur 
mauuaise  odeur  par  la  mixtion  des 
choses  odorantes  et  parfums.  Aussi  la 
poison  donnée  auec  saulses  appétis- 
santes est  fort  dangereuse,  d’autant 
qu'elle  est  auallée  auidement,  et 
plus  difficilement  vomie. 

Et  partant  ceux  qui  craignent  d'estre 
empoisonnés,  comme  souuent  aduient 
aux  prélats  et  beneficiers  pour  auoir 
leur  despoüille,  se  doiuent  garder 
de  toutes  viandes  appareillées  ( par 
gens  suspects)  auec  saulses  qui  sont 
fort  douces  ou  fort  salées,  ou  aigres,  et 


VENINS.  2q3 

généralement  toutes  celles  qui  sont 
de  haut  goust.  Pareillement  eslans 
bien  altérés,  ne  doiuent  boire  à 
grands  traits,  ne  manger  goulûment  : 
mais  bien  considérer  le  goust  de  ce 
qu’ils  mangent  et  boiuenf.  D’auan- 
tage  ils  doiuent  manger  des  choses 
qui  rompent  toute  la  force  du  venin 
deuant  toutes  viandes,  et  principale- 
ment vn  boüillon  gras  fait  de  bon- 
nes viandes.  Semblablement  doiuent 
prendre  au  matin  vn  peu  de  methri- 
dat  ou  theriaque,  auec  vn  peu  de 
conserue  de  roses,  puis  boire  vn  peu 
de  bon  vin  ou  maluoisie,  ou  des  fueil- 
les  derue,  auecques  vne  noix  et  figues 
seiches  , qui  est  vn  singulier  remede. 

Et  où  quelqu’vn  auroit  soupçon 
d’auoir  pris  quelque  poison  par  la 
bouche,  ne  faut  dormir  en  tel  cas  : 
car  la  force  du  venin  est  quelquesfois 
si  grande  et  si  forte  ennemie  de  Na- 
ture , qu’elle execute  son  pouuoir,  que 
souuent  elle  monstre  tel  effet  en  nos 
corps  que  fait  le  feu  allumé  en  la 
paille  seiche.  Car  souuent  aduient 
que  ceux  qui  sont  empoisonnés,  de- 
uant que  pouuoir  auoir  secours  des 
Médecins  et  Chirurgiens,  meurent. 
Dont  subit  il  se  doit  faire  vomir  en  pre- 
nant de  l’huile  et  eau  chaude: en  lieu 
de  l’huile  on  fera  fondre  du  beurre, 
et  le  prendre  auec  eau  chaude , ou 
décoction  de  graine  de  lin  , ou  fenu- 
grec,  ou  quelque  boüillon  gras  : car 
telles  choses  font  ietter  le  venin  hors 
par  le  vomissement  : ioint  qu’ils  las- 
chent  le  ventre,  et  par  telles  euacua- 
tions  le  venin  est  vuidé  hors,  et  son 
acrimonie  amortie.  Ce  qu’on  voit  par 
expérience,  que  lors  que  nous  vou- 
lons appliquer  des  cautères  poten- 
tiels ou  vésicatoires,  si  la  partie  est 
ointe  de  choses  huileuses  , tels  reme- 
des  acres  ne  pourront  vlcerer  la  par- 
tie. D’auantage,  le  vomissement pro- 


LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE, 


294 

fite,  non  seulement  parce  qu’il  euacue 
le  venin  : mais  aussi  que  souuent  il 
manifeste,  ou  par  l’odeur,  ou  par  la 
couleur,  ce  qui  aura  esté  prins:  et 
ainsi  par  tel  moyen  on  pourra  auoir 
recours  aux  remedes  contrarians  au 
venin. 

Après  auoir  vomi , si  on  a coniec- 
ture  que  la  poison  soit  descendue  aux 
boyaux , on  pourra  vser  de  clysteres 
acres , pour  euacuer  ce  qui  pourroit 
estre  demeuré  et  attaché  contre  les 
intestins.  Et  où  le  malade  ne  pour- 
roit vomir,  il  luy  faut  faire  prendre 
des  purgations  propres,  qui  résistent 
aux  venins , comme  est  l’agaric  , l’a- 
loés,  lapelite  centaure,  larheubarbe, 
et  autres  choses  ordonnées  par  le 
docte  Médecin.  L’on  doit  vser  puis 
après  de  clysteres  composés  de  casse, 
de  boüillon  gras,auee  suif  de  mou- 
ton ou  beurre,  ou  laict  de  vache,  et 
mucilages  de  lin , et  psillij , où  de 
coings  , à fin  que  la  poison  n’adhere 
contre  les  boyaux  , comme  on  a ac- 
coustumé  donner  aux  dysenteries. 
Par  leur  onctuosité  et  visquosité,  ils 
amortissent  l’acrimonie  du  venin  qui 
se  peut  adhérer  contre  les  boyaux, 
et  défendent  les  parties  saines  qu’el- 
les ne  sentent  la  force  du  venin. 
Ils  sont  bons  pareillement  quand  le 
venin  a vlceré  les  parties  intérieures. 
Pour  ceste  cause  le  laict  beu  en  grande 
quantité,  après  le  vomissement,  et 
baillé  par  clysteres,  est  vn  remede 
tres-singulicr , parce  qu’il  rompt  la 
force  du  venin  , et  souuent  le  guarit. 
Il  faut  icy  noter,  qu’on  doit  tousiours 
commencer  à tirer  le  venin  par  la 
voye  où  il  aura  entré.  Comme  s’il  a 
esté  baillé  par  odeur,  faut  faire  es- 
ternuer  : si  par  le  boire  ou  manger, 
par  vomissement  : si  par  le  siégé,  par 
clysteres  : si  par  le  col  de  la  matrice , 
par  syringuer  : si  par  morsures,  ou 


piqueures  ou  esgratigneures , par  re- 
medes qui  l’attiren  t au  dehors,  comme 
nous  dirons  cy  après 


CHAPITRE  VIII. 

DES  DIVERSIONS. 

Les  diuersions  sont  bonnes  etneces- 
saires , à cause  que  non  seulement 
empeschent  que  le  venin  n’aille  au 
cœur,  mais  au  contraire  elles  l’atti- 
rent du  dedans  au  dehors  : et  partant 
les  ligatures  fortes  , faites  aux  bras, 
cuisses  et  iambes,  sont  bonnes.  Aussi 
les  grandes  ventouses  auec  grande 
flambej  appliquées  sur  plusieurs  par- 
ties du  corps.  Pareillement  le  bain 
d'eau  chaude  , auec  des  herbes  con- 
traires aux  venins,  comme  l’aurosne, 
le  calament  5 rue*  betoine,  mou- 
laine  blanche,  marrubium,  pouliot, 
laurier,  le  scordium , Tache*  sca- 
bieuse,  menthe,  valerienne*  et  autres 
semblables;  Aussi  les  estuues  seiches, 
et  y faire  suer  longuement  le  malade* 
prenant  tousiours  indication  de  sa 
force  et  vertu. 

Or  si  le  patient  est  grand  seigneur, 
en  lieu  de  bains  et  estuues , il  sera 
mis  dedans  le  ventre  d’vn  bœuf  ou 
d’Vne  vache  ^ ou  d’vn  cheual  ou  mu- 
let , à fin  de  le  faire  suer,  et  attirer 
par  ce  moyen  le  venin  au  dehors  : et 
quand  ils  seront  refroidis,  il  sera  mis 
dedans  vn  autre  * et  fera-on  toutes 
autres  choses  necessaires  et  requises 
en  tel  cas,  et  tout  par  le  conseil  du 
docte  Médecin  , s’il  se  peut  trouuer. 


DES  VENINS. 


CHAPITRE  IX. 

DES  VENINS1  EN  PARTICVL1ER. 

Après  auoir  discouru  sommaire- 
ment des  choses  vniuerselles  des  ve- 
nins, maintenant  il  nous  faut  venir 
aux  particulières,  commençans  à l’air, 
puis  aux  morsures  et  piqueures  et 
esgratigneures  des  besles  venimeuses, 
puis  aux  plantes  et  minéraux. 

Les  bestes  venimeuses  sont  aspics, 
crapaux,  viperes,  dragons,  scorpions, 
liéures  marins,  pastenaques , viues  , 
torpedes,  araignées,  cantharides,  bu- 
prestes , chenilles  de  pin,  sangsues,  et 
infinité  d’autres.  Or  lesdites  besleS  ne 
ttient  pas  seulement  par  leurs  piqueu- 
res et  morsures  ou  esgratigneures, 
mais  aussi  par  leur  baue  , baleine  , 
escume,  regard,  cry  et  sifflement, 
veue,  et  par  leurs  autres  excremens. 
Aussi  celles  qui  sont  mortes  d’elles 
mestties,  ou  pour  peste,  oufouldre, 
ou  rage. 

11  y a aussi  des  venins  artificiels , et 
si  cruels,  quesionenmetsürvneselle 
de  cheual,  font  mourir  celuy  qui  aura 
esté  quelque  temps  dessus  1 et  autres, 
que  si  on  en  frotte  lesestriers,  percent 
les  bottes  de  ceux  qui  ont  les  pieds 
dedans1  : desquels  Venins  les  Turcs  et 
autres  Barbares  vsent  souuent  en 
leurs  fléchés  et  dards,  pour  faire  mou- 
rir leurs  ennemis , et  les  cerfs  et  au- 
tres besles  saUuages  qui  en  sont 
frappées  : qui  est  vne  chose  difficile  à 
croire , veu  que  le  Vefain  appliqué  à 
la  selle  et  aux  eslriers  n’a  touché  à la 
chair  hue  : toutesfoiS  cela  se  peut 
faire  : car  pour  toucher  les  rets  où 
sera  prins  le  poisson  nommé  Torpede, 

1 Mathiolet  — A.  b. 


295 

les  mains  demeurent  stupides,  et  fait 
mourir  l’homme,  comme  auons  dit 
cy  dessus.  Ainsi  le  basilic  par  son  seul 
regard  et  par  son  cry  fait  mourir  les 
hommes  , et  tue  toutes  autres  bestes 
venimeuses  qui  sont  prés  où  il  fait 
sa  demeure.  le  diray  d’auantage 
que  le  meilleur  vin  est  poison  , parce 
qu’il  oste  le  sens  et  entendement , et 
suffoque  : et  semblablement  toutes 
autres  bonnes  viandes,  lorsqu’on  en 
prend  en  trop  grande  quantité. 


CHAPITRE  X. 

DE  LA  CORRVPTION  DE  l’AIR. 

L’air  est  venimeux  et  corrompu 
par  Certaines  vapeurs  meslées  aucc 
luy,  comme  par  vne  grande  multi- 
tude de  corps  morts , non  assez  tost 
enseuelis  en  la  terre  , comme  d’hom- 
mes et  cheuaux  , et  autres  faisans 
vne  vapeur  putredineuse  : ce  qui  ad- 
uienl  souuent  après  vne  grande  ba- 
taille, ou  après  vn  grand  tremblement 
de  terre  : lequel  sort  dehors,  qui  auoit 
esté  retenu  par  long  temps  aux  en- 
trailles de  la  terre  , et  par  faute  d’a- 
uoir  esté  esuenté,  il  a acquis  vne 
pourriture , laquelle  est  dispersée  en 
l’air,  et  la  tirant  en  nos  corps,  il 
nous  empoisonne  : comme  par  vne 
seule  inspiration  d’vn  pestiféré,  on 
prend  la  peste.  Il  y a encores  d’au- 
tres causes  de  la  corruption  de  l’air, 
que  nous  dirons  cy  après  au  liure  de 
la  peste. 

Il  y a pareillement  du  venin  en 
l’air , qui  accompagne  les  tonner- 
res, fouldres  et  esclairs,  lequel  tue 
ceux  qui  en  sont  frappés,  ou  à grand 
peine  en  peuuenl  ils  reschapper,  qui 
se  fait  par  vne  certaine  vénénosité 


LE  VINGT-TROISIÈME  LIVRE, 


2(j6 

sulphurée,  ce  qu’on  connoist  aux 
corps  qui  en  sont  touchés.  Et  si  les 
h es  tes  mangent  celles  qu’il  aura  tuées, 
elles  meurent  et  enragent.  Et  quant 
au  feu  du  fouldre  , il  est  plus  chaud 
que  nul  autre  feu,  parquoy  à bon 
droit  il  est  appellé  le  feu  des  feux  : à 
cause  qu’il  a vne  chaleur  tres-vehe- 
mente  et  plus  subtile  que  l’air  : ce 
qui  se  voit,  qu’il  fond  le  fer  d’vne 
pique  sans  brusler  le  bois,  ainsi  fond 
l’or  et  l’argent  dedans  vne  bourse 
sans  l’endommager.  Et  partant  il  ne 
se  faut  esmei  ueiller  s’il  fracasse, brise 
et  comminue  les  os  à ceux  qu'il 
touche.  Aussi  l’esclair  esteint  et  suf- 
foque laveuë  à ceux  qui  le  regardent. 
Le  tonnerre  par  son  grand  bruit  et 
tintamarre  tue  lesenfansau  ventre  de 
leurs  mcres.  Ce  qui  se  prouue  par 
lierodian  en  la  vie  des  Empereurs 

Sur  Martia,  noble  dame  Romaine, 

Tomba  du  ciel  de  la  fouldre  soudaine  : 

Sans  que  son  corps  fut  blessé  et  altaint, 

Son  enfant  fut  dedans  son  corps  eslaint. 

Pareillement  rend  les  hommes 
sourds,  et  fait  plusieurs  autres  choses 
grandes  et  admirables  , qu’il  est  im- 
possible aux  hommes  d’en  donner  rai- 
son : et  partant  nous  pouuons  dire, 
qu’aux  fouldres  et  tonnerres  il  y a 
quelque  diuinité.Ce  qui  se  peut  prou- 
uer  par  Dauid,  psaume  cent  quatriè- 
me, qui  dit  : 

Et  fouldre  et  feu  fort  prompts  à ton  seruice, 

Sont  les  sergents  de  ta  haulte  Iustice. 

L’air  pareillement  est  enuenimé  par 
parfums  et  odeurs, et  par  l’artifice  des 
trahislres  empoisonneurs  et  parfu- 

1 Cette  citation  vient  du  Discours  des  ve- 
nins, imprimé  en  1582  avec  celui  de  lu  Li- 
corne. 


meurs,  lequel  nous  cojiuient  attirer 
pour  la  conseruation  de  nostre  vie  : 
car  sans  luy  ne  pouuons  viure.  Or 
nous  l’attirons  par  l’attraction  qui  se 
fait  des  poumons  et  des  parties  pecto- 
rales dediées  à la  respiration , et  par 
le  nez  és  ventricules  du  cerueau: pa- 
reillement par  la  transpiration  qui  se 
fait  és  petits  pores  ou  pertuis  insen- 
sibles de  tout  le  corps,  et  aussi  des  ar- 
tères espandues  au  cuir  : ce  qui  se 
fait  tant  pour  la  génération  de  l’es- 
prit de  vie,  que  pour  refraichir  et  fer- 
menter nostre  chaleur  naturelle.  A 
ceste  cause,  s’il  est  enuenimé,  il  al- 
téré nos  esprits,  et  corrompt  aussi  les 
humeurs,  et  les  conuerliten  sa  qua- 
lité venimeuse,  et  infecte  toutes  les 
parties  nobles,  et  principalement  le 
cœur  : et  alors  il  se 'fait  vn  com- 
bat entre  le  venin  et  Nature  , la- 
quelle, si  elle  est  plus  forle,  par  sa 
vertu  expulsiue  les  chasse  dehors 
par  la  sternutation  et  vomisscmens, 
sueurs  et  flux  de  ventre , ou  par  au- 
tres maniérés, comme  par  flux  de  sang 
ou  par  les  vrines.  Au  contraire  si  le 
venin  est  plus  fort,  Nature  demeure 
vaincue,  et  par  conséquent  la.  mort 
s’ensuit,  auec  griefs  et  diuers  acci- 
dens,  selon  la  nature  et  qualité  du 
venin. 

Or  le  venin  prins  par  l’odeur  est 
merueilleusement  subit,  parce  qu’il 
n’a  que  faire  d’aucun  humeur  qui  luy 
serue  de  conduite  pour  entrer  en  nos- 
tre corps,  et  agir  en  iceluy  : car  la 
vapeur  estant  subtile,  est  facilement 
portée  auec  l’air  que  nous  attirons  et 
expirons.  Et  si  quelqu’vn  me  vouloit 
obiecler  que  par  vne  torche  ou  cas- 
sole  on  ne  peut  empoisonner,  attendu 
que  le  feu  purifie  et  consomme  le  ve- 
nin, si  aucun  y en  auoit  : Response, 
neantmoiris  que  le  feu  soit  espris  en 
vne  allumette  sulphurée,  la  flamme 


DES  VENINS. 


est  tres-puante,  sentant  le  soulphre  : 
semblablement  le  feu  estant  esprisau 
bois  d’aloés  ou  genéure  , ou  en  autre 
bonne  senleur,  ne  laisse  à sentir  vne 
odeur  plaisante  et  bonne. 

Or  si  on  veut  voir  l’experience,  ie 
mettrav  sus  le  bureau  le  pape  Clé- 
ment , oncle  de  la  royne  mere  du  roy, 
qui  fut  empoisonné  de  la  vapeur 
d’vne  torche  enuenimée.  Matbiolesur 
ce  propos  parlant  des  venins,  dit, 
qu’en  la  place  de  Senes  il  y auoit  deux 
charlatans  tberiacleurs  : l’vn  des 
deux  auoit  empoisonné  vn  œillet,  le- 
quel il  bailla  à fleurer  à son  compa- 
gnon, et  l’ayant  senti,  subit  tomba 
en  terre  roide  mort.  D’auantage,  vn 
quidam  de  recente  mémoire  ayant 
odoré  vne  pomme  de  senleur  enueni- 
mée, subit  le  visage  luy  enfla,  et  eut 
vne  grande  vertigine  , de  façon  qu’il 
luy  sembloit  que  tout  tournast  sens- 
dessus -dessous,  et  perdit  pour  quel- 
que temps  la  parole  et  toute  connois- 
sance  : etn'eust  esté  qu’il  fut  promp- 
tement secouru  par  sternutatoires  et 
autres  choses,  il  fust  allé  auec  le  pape 
Clément. 

Le  vray  alexitere  de  ces  parfums 
enuenimés,  c’est  de  non  iamais  les 
odorer,et  fuir  tels  parfumeurs  comme 
la  peste, et  les  chasser  hors  du  royau- 
me de  France,  et  les  enuoyer  auec 
les  Turcs  et  infidèles. 


CHAPITRE  XI. 

PROGNOSTIC  DES  VENINS  EN  GENERAL  >. 

Il  y a plusieurs  sortes  de  venins, 
aussi  ils  ont  diuersilés  d’accidens  : car 

1 Le  premier  chapitre  de  1675  se  termi- 
nait par  un  paragraphe  intitulé  : Du  pro- 


297 

il  est  impossible  que  tous  accidensqui 
suruiennent  aux  poisons  suiuent  à 
vn  certain  poison  : car  autrement 
c’eust  esté  chose  superflue  aux  au- 
theurs  de  traiter  chacun  poison  à 
part,  et  des  remedes  particuliers  de 
chacun.  Donc  on  ne  trouuera  point 
qu’vn  seul  et  mesme  venin  cause  vne 
excessiue  chaleur  d’estomacb,  de  ven- 
tre, de  foye,  vessie,  reins,  qu’il  face  ve- 
nir le  hocquet , qu’il  face  trembler  et 
frissonner  tout  le  corps,  qu’il  osle  la 
parolle,  qu’il  face  conuulsion  : qui 
rende  le  pouls  languide,  qui  empes- 
che  la  respiration,  qui  rende  la  per- 
sonne toute  endormie  et  assoupie, qui 
cause  vertigine  ou  tournement  de 
leste,  qui  esbloüisse  la  veuë,  qui  es- 
Irangle,  qui  altéré,  quifacefiuxde 
sang,  qui  cause  la  fiéure,  qui  retienne 
l’vrine,  qui  prouoque  continuel  vo- 
missement, qui  face  rougir  le  malade, 
qui  le  rende  liuide,  pâlie,  insensé,  qui 
le  face  ronfler  et  peter,  perdre  toute 
force,  et  plusieurs  autres  accidens 
que  les  venins  particulièrement  font. 

gnosiic.  Le  texte  en  est  presque  entièrement 
différent  du  chapitre  actuel  ; le  lecteur  sera 
à même  d’en  juger. 

« Du  prognoslic. 

» Les  venins  chauds  tuent  plustost  que  les 
froids,  pourcc  que  la  chaleur  naturelle  les 
réduit  plus  promptement  de  puissance  à 
leur  effect,  qu’elle  ne  fait  les  froids  : et  par- 
tant les  accidens  sont  plus  grands  ou  moin- 
dres, selon  la  force  et  vehcmencedu  venin, 
et  la  nature  de  la  partie  : toutesfois  le  pro- 
pre de  tous  venins  en  general  est  d’assail- 
lir le  cœur  comme  principe  de  vie.  Voila  ce 
qu’il  me  semble  en  somme  de  l’action  des 
venins  artificiels  : maintenant  il  nous  con- 
vient parler  du  venin  naturel  des  bestes 
trouuees  en  ce  pays  de  France.  » 

Ici  donc  finissait  le  chapitre  m ; le  chapi- 
tre, 2 répond  comme  il  a été  dit  au  chapitre 
actuel. 


Ü2g8  LE  VINGT-TRC 

Et  quatid  cèS  accidens  suruiennent 
aux  empoisonnés,  il  est  difficile  de 
bien  connoîstfe  quel  est  le  venin 
qd’oh  aura  pris.  Il  est  vray  que  les 
venins  chauds  tuent  plustost  que  les 
froids,  parce  que  la  chaleur  naturelle 
les  réduit  plus  promptement  de  puis- 
sance à leur  effect  qu’elle  ne  fait  les 
froids 

Galien  dit  qu’il  se  peut  engendrer 
èn  nos  corps  vne  substance  appro- 
chant du  venin 2.  le  dis  qüe  tel  venin 
est  bien  difficile  estre  conneu. 


CHAPITRE  XII. 

PROGNOSTIC  DV  VENIN  DES  RESTES3. 

Cornélius  Celsus,  et  tous  les  an- 
ciens médecins  tiennent  que  tontes 
morsures  et  esgratigneures,  piqueu- 
res  et  baue  des  animaux,  participent 
de  quelque  mauüaise  qualité,  toutes- 
fois  les  vnes  plus  et  les  autres  moins. 
Les  plus  sont  celles  qui  sont  faites  de 
bestes  venimeuses,  comme  d’aspics, 
viperes,  couleilures  et  autres  ser- 
pens,  basilic,  dragon,  crâpaux,  chien 
enragé,,  scorpion,  araignes,  mous- 
ches  à miel,  guespes,  et  vne  infinité 
d’autres.  Les  moins  venimeuses  sont 
celles  qui  sont  faites  d’autres  ani- 
maux non  venimeux,  comme  le  che- 
ual,  le  singe,  le  chat,  le  chien  non  en- 
ragé, et  plusieurs  autres  : lesquels, 
encores  qu’ils  ne  soyent  venimeux  , 
leurs  rtiorsures  sont  toutesfois  plus 
douloureuses  et  difficiles  à guarir  que 

1 Le  chapitre  se' terminait  ici  en  1579;  le 
reste  a été  ajouté  en  1585. 

2 Liure  de$\lieux  affectés, {c.  5. J — A.  P. 

s Ce  chapitre  est  presque  littéralement  le 
même  que  le  chapitre  2 du  livre  de  1575, 
qui  portait  pour  titre  : Du  venin  naturel. 


SIÉME  LIVRE  , 

les  playes  ordinaires  faites  d’autres 
causes  : ce  qui  aduient  parce  qu’ils 
ont  en  leur  saliue  ou  baue  quelque 
chose  contraire  à nostre  nature,  la- 
quelle induit  vne  mauuaise  qualité 
en  l’vlcere,  la  rendant  plus  doulou- 
reuse et  rebelle  aux  remedes  : ce  que 
non  seulement  nous  apperceuous  en 
telles  morsures,  mais  aussi  aux  esgra- 
tigneures  des  bestes  qui  ont  des  on- 
gles, comme  les  lions,  les  chats,  et 
autres. 

Aucuns  ne  veulent  excepter  de 
cesle  condition  de  morsure  celle  des 
hommes  , affermans  icelle  participer 
de  quelque  vénénosité,  et  principale- 
ment des  rousseaux  piquotés  de  mar- 
ques tannées,  noires  et  autre  couleur, 
qu’ils  ont  partout  leur  corps,  et  en- 
cores plus  s’ils  sont  en  colere.  Quant 
à ceux  qui  ne  sont  de  tel  tempéra- 
ment, on  peut  tenir  leur  morsure 
n’estre  participante  d’aucune  vénéno- 
sité à raison  de  leur  saliue , laquelle 
on  voit  par  expérience  estant  appli- 
quée és  petites  vlceres,  les  guarir. 
Parquoy  la  difficulté  qui  vient  de  gua- 
rir  la  morsure  qu’aura  fait  vn  homme 
non  roux,  vient  à raison  de  la  meur- 
trisseure  qui  se  fait  au  moyen  des 
dents,  qui  sont  mouces  et  non  tren- 
chanles,  lesquelles  ne  peuuent  entrer 
dedans  la  chair  sinon  en  escachant  et 
contusant,  comme  se  font  les  coups 
orbes  et  les  playes  faites  auec  des 
pierres  ou  bastons,  ou  autres  sembla- 
bles, lesquelles  on  voit  estre  plus  dif- 
ficiles à guarir  que  celles  qui  sontfai- 
tes  auec  glaiues  trenchdns. 

Et  pour  retourner  à nostre  propos, 
nous  dirons  qu’entre  les  bestes  que 
nous  auons  dit  estre  les  plus  venimeu- 
ses, il  s’en  trouue  peu  qui  soyent  de 
lardiue  operation  : mais  elles  font 
communément  mourir  soudainement 
ceux  qui  en  sont  mords  ou  piqués. 


DÈS  VEtfîNÈ. 


Sur  quoy  faut  obseruerque  ies  venins 
iettés  par  les  animaux  vifs  sont  plus 
forts  et  violents  que  de  ceux  qui  sont 
morts,  d’autant  plus  qu’ils  ont  vne 
chaleur  naturelle  qui  leur  sert  de  vé- 
hiculé pour  les  conduire  au  corps. 
Aussi  outre  ce,  la  tenuité  de  la  sub- 
stance fait  que  le  venin  en  est  plus 
lrastif. 

D’auantage,  il  y a des  besles  qui  ont 
le  venin  si  dangereux*  qu’il  fait  mou- 
rir vne  personne  en  moins  d’vne 
heure*  comme  sont  les  aspics,  basilic, 
et  erapaux.  Les  autres  n’ont  leur 
venin  si  furieux,  donnans  induces 
deux  ou  trois  iours,  et  quelquesfois 
plus,  deuant  que  faire  mourir  la  per- 
sonne, comme  la  couleuure,  et  au- 
tres. Outre  lesquelles  il  y en  a qui 
donnent  encores  plus  long  espace  de 
vie,  comme  le  scorpion  et  araignes. 

Bref,  il  y a certains  venins,  lesquels 
estans  entrés  au  corps  de  l’homme, 
voire  en  petite  quanlité,  y opèrent 
d’vne  si  grande  violence  et  prompti- 
tude que  fait  le  feu  en  la  paille  sei- 
che, tellement  que  l’on  n’y  peut  re- 
médier par  aucune  maniéré,  à cause 
que  la  vertu  du  venin  est  piusgrande 
que  le  remede  n’est  fort  : et  partant 
alors  il  renuerse,  conuerlit  et  trans- 
mue promptement  les  esprits  et  hu- 
meurs en  son  naturel.  Car  tout  ainsi 
que  les  viandes  que  nous  mangeons 
se  conuertissent  en  nostre  nature  : 
aussi  au  contraire , tels  venins  estans 
dedans  nostre  corps  rendent  tous  les 
membres  infectés , non  moins  que 
l’air  pestilent  estant  receu  par  vne 
seule  inspiration  d’vn  homme  pesti- 
féré. De  ceste  malignité  aduient  qu’au- 
cuns ont  vne  grande  inquiétude,  et 
meurent  furieux  et  enragés  : au  con- 
traire* bn  en  voit  d’autres  qui  sont 
fort  assopis  et  efadormis,  et  deuiennent 
enflés  comme  hydropiques. 


299 

Outre  ces  fcbôses  faut  entendre,  que 
le  lieu  et  le  temps  auquel  les  besles 
venimeuses  sont  nourries,  donnent 
plus  ou  moins  de  vigueur  à leur  poi- 
son. Car  celles  qui  sont  nourries  aux 
montagnes  et  lieux  secs,  sont  plus 
dangereuses  qUe  celles  qui  Sont  nour- 
ries és  lieux  froids  et  marescageux. 
Aussi  toutes  morsures  de  bestes  ve- 
neneuses  apportent  plus  de  danger  en 
esté  qü’ën  hÿuer. 

D’auantage  , celles  qui  sont  affa- 
mées, ou  ont  esté  irritées,  sont  plus 
dangereuses  que  les  autres,  et  leur 
venin  est  plus  pernicieux  à ieun , 
qu’aprés  qu’ils  Ont  mangé;  Pareille- 
ment les  iéunes , et  qui  sont  amou- 
reuses , C’est  à dire  en  rut , sont  plus 
malignes  que  les  vieilles,  et  que  celles 
qui  ne  sont  en  rut.  Aussi  on  tient  que 
le  vehin  des  femelles  est  plus  dange- 
reux que  Oelüy  des  masles.  Plus  les 
piqueüres  et  morsures  des  bestes  ve- 
nimeuses qui  Uiangerttles  autres  bes- 
tes veneneuses  (comme  les  couleuures 
qüi  mangent  les  erapaux , et  les  vi- 
pefes  qüi  mangent  les  scorpions  et 
araignes,  et  les  cahtharides  et  bu- 
prestes) sbht  beaucoup  plus  perni- 
cieuses que  les  autres  qui  n’en  man- 
gèUt  point. 

Or  l’Impression  subite  , ou  la  résis- 
tance aü  venin,  aduient  le  plus  sou- 
dent Selon  que  le  venin  est  de  subtile 
ou  de  grosse  substance , ou  que  la 
complexion  et  température  de  ceux 
qui  sont  mords  ou  piqüës,  est  chaude 
ou  froide , forte  ou  debile.  Car  ceux 
qui  sont  dé  température  chaude,  ont 
leurs  veines  et  arleres  plus  grosses  et 
dilatées,  comme  nous„  auonsj  dit  par 
cy  deüant,  et  par  conséquent  tous  les 
conduits  du  corps^plus  pmuerls,  qüi 
fait  que  le  venin  passe  et  entre  promp- 
tement iu;quesj,aücœur|:  ce  qui  ne  se 
fait  si  subitement  à ceux  qui  sont  de 


3oo 


LF.  VINGT-TROISIEME  LIVRE, 


température  froide,  et  qui  ont  les 
veines  et  arteres  plus  serrées,  et  par 
conséquent  le  venin  ne  pénétré  si  tost, 
qui  fait  qu’ils  meurent  plus  tard  : 
non  plus  ne  moins  que  nous  voyons 
aduenir  souuentesfois  par  les  méde- 
cines laxatiues  qu’on  donne  aux  ma- 
lades, que  deux  dragmes  de  rheu- 
barbe  feront  plus  à vn,  que  quatre  à 
vn  autre,  pour  la  diuersité  des  com- 
plexions  de  ceux  qui  la  prennent. 
D’auantage,  les  venins  ne  peuuent 
tant  nuire  à ceux  qui  ont  mangé  et 
beu  qu'à  ceux  qui  sont  à ieun,  à 
cause  que  par  les  alimens,  les  veines 
et  arteres  et  les  conduits  du  corps 
eslans  remplis,  et  les  esprits  fortifiés, 
cela  garde  que  le  venin  n’agist  si  fort 
et  promptement  qu'il  feroit  si  le  ma- 
lade n’auoit  mangé  ny  beu.  Et  voila 
les  raisons  pourquoy  ceux  qui  sont 
mords  ou  piqués  meurent  plus  tost 
ou  plus  tard  les  vns  que  les  autres, 
ayans  esté  empoisonnés  de  bestes  ve- 
nimeuses. 

Or  si  le  venin  opéré  par  qualité  oc- 
culte, le  prognostic  et  la  cure  en  sont 
fort  difficiles  : et  alors  faut  auoir  re- 
cours aux  alexileres  , qui  ont  aussi 
vne  propriété  inconneuë,  et  principa- 
lement au  theriaque,  pource  qu’en 
sa  composition  il  y entre  des  venins 
chauds , froids  , secs  , et  humides  : et 
pourtant  il  résisté  à tous  venins,  et 
principalement  aux  naturels,  comme 
des  bestes,  plantes  et  minéraux  : et 
non  aux  artificiels,  desquels  à la 
mienne  volonté  que  iamais  homme 
n’eustmisla  main  à la  plume  pour  en 
escrire,et  n’eussent  iamais  esté  in- 
uentés,  à fin  que  nous  n’eussions  à 
combattre  que  les  naturels  des  bes- 
tes, pource  qu'on  s’en  peut  mieux 
garder  que  de  ceux  qui  sont  faits  par 
la  malice  des  traistres  mechans  bour- 
reaux empoisonneurs  et  parfumeurs. 


CHAPITRE  XIII. 

CVRE  DE  LA  MORSVRE  ET  VIQVËVRE 
DES  RESTES  VEN1MEVSES  '. 

Il  faut  promptement  et  sansdelay 
remedier  à la  morsure  et  piqueure 
desbestes  enragéeset  venimeuses, par 
tous  moyens  qui  consument  le  venin, 
à fin  qu’il  n’entre  dedans  le  corps, 
et  ne  corrompe  les  parties  nobles, 
desquelles  tout  venin  de  son  na- 
turel ne  demande  que  la  mort  et 
destruction.  El  si  par  nonchalance 
ou  ignorance,  les  remedes  propres 
sont  délaissés  et  inlermis  au  commen- 
cement, certainement  en  vain  seront 
appliqués  en  autre  temps , principa- 
lement si  la  matière  venimeuse  a 
desia  saisi  les  parties  nobles. 

Donc  pour  commencer  ceste  cure, 
les  anciens  nous  proposent  deux  in- 
dications, à sçauoir,  vacuation  de 
l’humeur  virulent  et  venimeux,  et 
alteration  d’iceluy.  Or  comme  ainsi 
soit  qu’il  y ait  deux  maniérés  de  va- 
cualion,  à sçauoir,  par  voye  vniuer- 
selle  ou  intérieure,  et  par  particulière 
ou  extérieure,  nous  commencerons  à 
la  particulière,  declarans  les  remedes 
topiques  propres  pour  attirer  et  ab- 
baltre  le  venin,  combien  que  la  com- 
mune opinion  d’aucuns  est  qu’il  faut 
commencer  aux  choses  vniuerselles  : 
ce  qui  me  semble  ne  deuoir  eslre  au- 
cunement obserué  és  maladies  ex- 
ternes, comme  playes,  fractures,  luxa- 
tions, et  aux  morsures  et  piqueures 
des  bestes  venimeuses,  esquelles  la 
première  chose  que  l’on  doit  faire, 

1 Ce  chapitre  est  presque  entièrement  co- 
pié du  chapitre  3 de  1575;  seulement  ce- 
lui-ci avait  simplement  pour  titre  : Des 

bestes  venimeuses. 


des  venins. 


3oi 


est  de  procéder  incontinent  aux  to- 
piques : puis  auoir  esgard  aux  choses 
vniuerselles , comme  régime,  purga- 
tion, breuuages,  saignée,  et  autres 
telles  choses,  selon  qu’il  en  sera  be- 
soin. Parquoy  en  ceste  maladie,  la 
première  chose  que  l’on  fera  sera 
d’appliquer  promptement  medica- 
mens  conuenables  sur  la  morsure  ou 
piqueure  : et  sur  tout  est  fort  conue- 
nable  de  lauer  incontinent  la  playe 
d’vrine  ou  d’eau  salée,  ou  d'eau  de 
vie,  ou  en  lieu  d’icelles,  de  bon  vin 
ou  vinaigre,  et  y dissoudre  du  thé- 
riaque le  plus  vieil  qu’on  pourra  trou- 
uer,  frottant  assez  rudement  la  par- 
tie : et  faut  que  le  lauement  soit  le 
plus  chaud  que  le  malade  pourra  en- 
durer : puis  le  laisser  dessus , et  à 
l’entourdela  playe  du  charpy  trempé 
en  icelle  mislion. 

Or  aucuns  tiennent  qu’il  ne  faut 
appliquer  ledit  theriaque  sur  la  mor- 
sure, pource  (disent-ils)  qu’il  repousse 
le  venin  au  dedans  : mais  (sauf  leur 
reuerence)  leur  opinion  est  renuersée 
par  authorité , raison  , et  expérience, 
comme  ie  diray  en  mon  liure  de  la 
Peste.  Par  authorité  : Gallien  au  liure 
des  Commodités  du  theriaque  *,  com- 
mande en  donner  par  dedans  et  par 
dehors,  pour  les  morsures  et  pi- 
queures  venimeuses,  lesquelles  (dit-il) 
il  guarit,  si  on  en  vse  deuant  que  le  ve- 
nin ail  saisi  les  parties  nobles.  Par 
raison,  pource  qu’en  sa  composition 
il  y entre  de  la  chair  de  vipere  , qui 
est  vn  serpent  venimeux , qui  par  sa 
similitude  attire  le  venin,  ainsi  quele 
magnés  attire  le  fer,  et  l’ambre  le 
fétu:  et  l’ayant  attiré,  les  autres  me- 
dicamens  qui  entrent  en  sa  composi- 

1 La  première  édition  posthume  ajoute 
à cette  indication  les  mots:  ad  Pisonem,  qui 
ne  se  trouvent  point  dans  les  précédentes. 


tion  resoluent  et  consument  sa  viru- 
lence et  vénénosité  : et  estant  pris 
par  dedans , il  defend  le  cœur  et  au- 
tres parties  nobles,  et  fortifie  les  es- 
prits. Quant  à l’experience,  ie  puis 
asseurer  auoir  pensé  plusieurs  ayans 
esté  mords  et  piqués  de  bestes  veni- 
meuses, qui  par  le  bénéfice  du  the- 
riaque ont  tous  receu  guarison,pour- 
ueu  que  (comme  i’ay  auerli  cy 
dessus  ) on  les  ait  traités  auparauant 
que  le  venin  eust  saisi  les  parties  no- 
bles. Partant  on  pourra  asseurément 
vser  de  theriaque,  ou  en  lieu  d’iceluy 
on  prendra  du  methridat,  lequel  a 
pareillement  grande  vertu  pourcest 
effect. 

D’auantage,  pour  faire  la  vacuation 
dessusdite , les  remedes  doiuent  estre 
de  ténue  substance,  tant  ceux  qu’on 
applique  dehors,  que  ceux  qu’on 
prend  par  dedans  , à cause  qu’ils  pé- 
nétrent le  corps  promptement,  pour 
dompter  et  abbattre  la  malice  du  ve- 
nin. Et  parlant  les  ails,  oignons,  por- 
reaux, sont  vliles,  pource  qu’ils  sont 
vaporeux,  fumeux  et  de  ténue  sub- 
stance : pareillement  la  rue  , le  scor- 
dion,  le  diclamnus,  centaurea  minor, 
prassium  , roquette,  laict  de  figues 
non  meures,  et  autres  semblables  : 
aussi  la  buglosse  sauuage  entre  tou- 
tes les  herbes  a vertu  contre  les  mor- 
sures de  tous  serpens  , et  a esté  nom- 
mée Viperie , et  ce  pour  deux  raisons  : 
l’vne  pour-ce  qu’elle  porte  la  graine 
semblable  à la  teste  d’vne  vipere  : et 
l’autre  à cause  qu’elle  guarit  la  mor- 
sure d’icelle,  pilée  et  appliquée  par 
dehors,  et  par  dedans  prise  auec  du 
vin  : le  serpolet  a la  mesme  vertu.  Et 
neanlmoins  que  le  venin  soit  chaud, 
si  est-ce  que  les  remedes  susdits  sont 
conuenables,  parce  qu’ils  resoluent 
la  substance  du  venin,  et  le  consu- 
ment et  euaporent.  Toutesfois  on 


LE  VINGTVTROISntME  LIVRE  , 


3û2 

aurg  psgapd  à la  qualité  de  l'humeur, 
pour  l’alterer  s’il  est  besoin  , comme 
noqs  t’auertirons  cy  après. 

Outre  plus  l’application  de  ven- 
touses et  cornets,  auec  grande  flambe, 
et  profondes  scarifications,  est  profi- 
table, si  le  lieu  permet  de  ce  faire. 
Aussi  est  bon  de  fomenter  et  lauer 
promptement  la  partie  de  fort  vin  ai- 
gre, le  plus  cfiaud  (pue  l’on  pourra 
enfiprer  : ou  oq  prendra  de  l’eau  et 
du  sel,  et  de  ce  on  en  frottera  laplaye 
asspz  ru4pment>  Qu  mesme  de  l’vrine 
dqpatjopt,  comme  nous  auons  dit. 
Pareillement  la  qioustarde  fielayée 
en  vrine  ou  vinaigre  est  propre.  Q’a- 
uantage  sera  bon  faire  fort  succer  le 
lieu  par  quelque  personne  de  basse 
condition,  moyennant  qu’il  ait  laué 
sa  bouche  de  vjn  auquel  on  aura 
disspqlt  du  thepiaque  ou  methridat, 
et  apres  auec  huile  commune  : aussi 
faut  prendre  gqrde  qu’il  n’ait  vlcere 
en  la  bouche,  de  peur  que  le  venin 
ne  s’y  imprime  facilement.  Les  sang- 
sues sont  pareillement  propres  pour 
cesf  effet  *. 

On  pourra  aussi mettresur laplaye 
le  cul  ,d,es  poulailles,  et  entre  autres, 
des  poqlles  qui  ponnent,  par  cequ’el 
les  ont  le  cul  plus  grand  et  plus  ou- 
uert  : ou  en  lieu  d’icelles , prendre 
des  coqs  ou  poulies  d’Inde,  par  ce 
qu’elles  ont  plus  de  vigueur  d’attirer 
que  les  communes,  et  leur  faut  met- 
tre vu  grain  de  sel  dedans  le  cul,  et 
leur  clorre  le  bec  et  l’ouurir  par  in- 
terualles  : et  si  elles  meurent , en 
remettre  d’autres.  Si  on  veut , on 
pourra  fendre  lesdites  volailles  toutes 

i On  retrouve  déjà  les  principales  idées  de 

ce  paragraphe,  et  même  avec  un  peu  plus 
de  développement,  dans  le  livre  des  Playes 
d’harquebuses  de  1664.  Comparez  tome  II, 

page  130. 


viues  1 * : lesquelles  d’vn  discord  na- 
turel résistent  au  venin,  par  ce  que 
les  poulailles  sont  de  nature  fort 
chaude.  Qu’il  soit  vray,  elles  man- 
gent et  digèrent  les  bestes  venimeu- 
ses, comme  crapaux,  viperes,  aspics, 
scorpions  et  autres  : et  consomment 
pareillement  les  plus  seiches  graines 
qui  soient,  mesmes  de  petites  pierres 
et  sablon  : parquoy  appliquées  dessus 
ont  grand  force  d’attirer  le  venin.  Qu 
en  lieu  d’icelles,  on  prendra  des  petits 
chiens  ou  chatons,  lesquels  estans 
fendus,  seront  appliqués  tous  chauds 
sur  la  playe  et  sur  les  scarifications, 
les  y laissansiusquesà  ce  qu’ils  soient 
refroidis  : puis  on  en  remettera  d’au- 
tres tant  qu’il  en  sera  de  besoin  a. 

Outre  toutes  ces  choses,  fiappüca- 
tion  des  cautères  est  grandement  à 
louer  pour  abbalre  et  consommer  la 
malignité  du  venin  : mais  en  ce  cas, 
l’actuel  est  plus  excellent  que  le  po- 
tentiel, d’autant  que  l’action  du  feu 
consomme  le  venin  plus  promptement, 
et  fait  que  la  playe  demeure  plus 
longuement  ouuerte.  Mais  ils  doiuent 
estre  appliqués  deuant  que  le  venin 
ait  saisi  les  parties  nobles  : car  autre- 
ment ils  ne  pourroient  en  rien  pro- 
fiter, ains  donneroient  fascherie  en 
vain  au  pauure  malade.  Et  s’il  craint 
le  feu,  on  vsera  de  potentiel  3.  Et 

1 La  phrase  s’arrêtait  là  en  1575  pour  ce 
qui  regarde  les  volailles,  et  reprenait  immé- 
diatement : ou  en  lieu  d'icelles  on  prendra 
des  petits  chiens,  etc.  Les  dix  lignes  intermé- 
diaires ont  éfé  ajoutées  en  1570. 

8 Les  mêmes  préceptes  avaient  déjà  été 
donnés  à peu  prés  dans  le  livre  des  Playes 
d’harquebuses  de  1552  et  15,64.  Comparez 
tome  IJ,  page  192. 

3 Comparez  ce  qu’il  avait  déjà  écrit  sur  le 
cautère  dès  1545  (tome  II,  page  193,  à la  fin), 
et  plus  tard  en  1552  et  1564  ( tome  II,  page 
192).  On  verra  dans  cette  même  page  le  coa- 


DES  VENINS. 


après  l’application  d’iceux , faut 
promptement  faire  cheoir  l’escarre, 
à fin  de  donner  plus  subite  issue  au 
venin.  Partant  l’escarre  estant  faite, 
on  fera  des  scarifications  dessus,  péné- 
trantes iusques  à la  chair  viue  : puis  on 
y appliquera  des  choses  onctueuses, 
comme  beurre  et  axonge  : et  dessus 
la  playe  et  parties  voisines,  on  vsera 
d’emplastres  atlracliues , faites  de 
gommes,  comme  galbanum  de  téré- 
benthine, poix  noire,  poix  grasse 
meslée  auec  ius  de  poireaux  et 
oignons , et  autres  semblables.  Et 
lors  que  l’escarre  sera  tombée  , on 
appliquera  de  l’onguent  basilicum  , 
auquel  on  adioustera  poudre  de  mer- 
cure, qui  en  ce  cas  a grande  efficace, 
d’autant  qu’elle  attire  la  sanie  et  vi- 
rulence du  profond  de  la  playe,  et  ne 
la  permet  reclorre  : ce  qui  est  bien 
necessaire,  car  on  la  doit  tenir  long 
temps  ouuerte , à fin  d’euacuer  la 
matière  venimeuse.  Et  pour  ce  faire, 
on  appliquera  de  l’esponge , ou  raci- 
nes de  gentiane,  ou  d’hermodactes, 
ou  quelques  medicamens  acres , 
comme  egypliac,  ou  poudre  de  mer- 
cure meslée  auec  alum  cuit,  ou  vn 
peu  de  poudre  faite  de  cautere  po- 
tentiel. Et  ne  faut  oublier  àmesler 
lousiours  auec  lesonguens  vnpeude 
theriaque  ou  methridat,  ou  jus  d’hy- 
pericon,  ou  de  nepeta,  et  autres  sem- 
blables, qui  ont  vertu  d’attirer  et 
résoudre  le  venin,  et  d’absterger  et 
nettoyer  l’vlcere.  Toutesfois  si  on 
voyoit  qu’il  y eust  trop  grande  cha- 
leur, douleur,  et  acuité,  laquelle  con- 
traint l’humidité  de  faire  ébullition, 
qui  se  tourne  quelquesfois  en  viru- 
lence et  pourriture  , gangrené , et 

seil  d’appliquer  une  ligature  au-dessus  de 
la  morsure  ou  piqûre;  précepte  excellent, 
qui  ne  se  retrouve  pas  dans  le  livre  actuel. 


3q3 

mortification,  alors  faut  laisser  la 
propre  cure  pour  suruenir  aux  acci- 
dens.  Et  voila  quant  à l’euacuation 
particulière  qui  se  doit  faire  és  mor- 
sures et  piqueures  venimeuses. 


CHAPITRE  XIV. 

DE  LA  GVRE  VNIVERSELLE  '. 

Quanta  l’euacuation  vniuerselle, il 
faut  obseruerque  l’on  ne  face  saignée, 
et  que  l’on  ne  donne  medecine  laxa- 
tiue,  ny  clystere,  ny  vomitoire,  ny 
bains,  ou  autres  sudatoires,  qu’il  n’y 
ait  pour  le  moins  trois  iours  passés 
après  la  morsure  faite  : aussi  que  le 
patient  euite  le  coït,  de  peur  de  faire 
commotion  et  perturbation  aux  hu- 
meurs et  esprits,  et  que  le  venin  fust 
par  ces  moyens  plus  promptement 
porté  au  cœur  : mais  quand  la  matière 
venimeuse  sera  esparse,  et  l’acuité 
diminuée  , alors  telles  euacuations 
pourront  estre  faites,  et  non  autre- 
ment. Mais  pour  tous  medicamens 
intérieurs  suffira  vserde  contre  poi- 
sons au  commencement,  comme  de 
toutes  sortes  de  theriaque,  methri- 
dat , et  autres  semblables  choses  : 
lesquelles  estans  contraires  aux  ve- 
nins, changent  et  altèrent  tout  le 
corps.  Non  pas  qu’il  faille  entendre, 
que  leur  substance  pénétré  et  passe 
tout  le  corps  ( car  il  est  impossible 
qu’en  si  peu  de  temps  vne  si  petite 
quantité  de  matière  , qu’on  donne 
pour  contre  poison,  puisse  passer  vne 
si  grosse  masse  de  nostre  corps)  mais 
elle  s’espand,  et  enuoye  ses  vertus  et 
qualités  : comme  iournellementnous 
voyons  que  quand  nous  auons  pris 

1 C’est  le  chapitre  4 du  livre  de  1575. 


3oA  LE  vingt-troisième  livre 


des  pilules,  neanlmoins  que  leur  sub- 
stance ou  maliere  demeure  en  l’est  o- 
mach,  leur  vertu  est  espandue  ius- 
ques  au  cerueau,et  partout  le  corps. 
On  en  peut  autant  dire  d’vn  clystere, 
qui  estant  dans  les  intestins,  a puis- 
sance d’attirer  les  humeurs  du  cer- 
ueau  *.  On  voit  aussi  cest  effet  és 
médecines , qui  attirent  par  leur 
vertu  iusquesau  dedans  des  iointures 
et  de  toutes  les  parties  du  corps.  Et 
pour  le  dire  en  vn  mot,  les  contre- 
poisons opèrent  en  nos  corps,  pour 
combattre  le  venin,  et  le  chasser,  et 
vaincre  sa  virulence,  ainsi  que  le  ve- 
nin fait  pour  exercer  sa  tyrannie,  et 
saisir  le  cœur  : loulesfois  il  faut  bien 
notter , que  la  contre-poison  doit 
estre  plus  forte  que  la  poison,  à fin 
qu’elle  domine  : et  partant  en  faut 
vser  en  plus  grande  quantité  que  n’est 
le  venin,  à ce  qu’elle  soit  plus  forte  à 
le  vaincre  el  chasser.  El  en  faut  don- 
ner deux  fois  le  iour,  continuant  tant 
que  l’on  verra  le  venin  eslre  amorti, 
et  les  accidens  cessés.  Et  cecy  est  non 
seulement  profitable  pour  l’euacua- 
tion  de  la  poison,  mais  aussi  pour 
fortifier  les  parties  nobles. 

Or  outre  les  choses  susdites,  faut 
auoir  esgard  à altérer  l’humeur  : ce 
que  nous  auons  dit  estre  la  seconde 
indication  qu’on  se  doit  proposer  en 
la  cure  présente.  Ce  qui  se  fera  en 
changeant  vne  qualité  contraire  par 
vne  autre  contraire2.  Exemple  : si  le 
patient  sent  vne  vehemente  chaleur 
au  lieu  où  est  la  morsure,  ou  en  tout 
le  corps , alors  il  faudra  appliquer 

1 Le  texte  de  1575  ajoutait  ici  : comme 
tesmoigne  Galien  au  Hure  des  simples  rnedica- 
mens  ; et  de  plus  on  lisait  en  note  : Gai.  au 
lin.  5.  des  simples  , cha.  19.  Tout  cela  a été 
rayé  dès  1579. 

2 On  retrouve  déjà  les  bases  de  ce  traite- 
ment en  1564.  Voyez  tome  II,  page  193. 


remedes  refrigerans  : au  contraire 
s’il  sent  froidure,  remedes  calefaclifs, 
et  ainsi  des  autres  qualités. 

Cecy  te  suffise  pour  le  regard  des 
venins  el  de  leur  cure  en  general  : il 
en  faut  iraiter  maintenant  en  particu- 
lier. El  premièrement  nous  commen- 
cerons aux  morsures  des  chiens  en- 
ragés. 


CHAPITRE  XV. 

LA  CAVSE  POVRQVOY  LES  CHIENS  DE- 
VIENNENT PLVSTOST  ENRAGÉS  QVE  LES 

AVTRES  BESTES1. 

Cela  aduient  parce  que  de  leur  na- 
ture ils  sont  préparés  et  enclins  à 
telle  disposition  : et  pource  aussi 
qu’ils  mangent  quelquesfois  corps 
morts  charongneux,  et  autres  choses 
pourries  et  pleines  de  vers,  et  boi- 
uent  des  eaux  de  semblable  nature  : 
aussi  par  vne  trop  grande  melancho- 
lie  d’auoir  perdu  leur  maislre,  dont 
courent  çà  et  là  pour  le  trouuer,  de- 
laissans  le  manger  et  boire  : dequoy 
s’ensuit  ébullition  de  leur  sang,  qui 
puis  après  se  tourne  en  melancholie, 
et  puis  en  rage.  D'auantage  pour 
deux  autres  causes  contraires  : la 
première  par  la  trop  grande  chaleur, 
la  seconde  par  l’extreine  froidure  : 
comme  l’on  voit  que  le  plus  souuent 
ils  enragent  és  iours  caniculaires,  et 
en  hyuer  durant  les  grandes  gelées. 
Ce  qui  aduient , parce  que  les  chiens 
sont  de  leur  nature  froids  el  secs2,  et 

1 Reproduction  du  chap.  5 de  1575. 

2 Galien  , cha.  20.  li.  2.  simpl.  el  cha.  11. 
liu.  3.  simpl.  semble  eslre  d’opinion  contraire 
touchant  le  tempérament  des  chiens , id  est , il 
dit  qu’il  est  chaud  el  sec. — A.  P.  Celte  note 
est  de  1585. 


DES  VEN  J NS. 


par  conséquent  ils  ont  beaucoup  d’hu- 
meurs melancholiques,  lesquels  en 
telles  saisons  chaleureuses  se  tour- 
nent aisément  en  humeurs  atrabilai- 
res par  adustion  : comme  en  hyuer 
par  constipation  de  cuir  et  suppres- 
sion d’excremens  fuligineux,  qui  leur 
causent  vne  heure  continue  grande- 
ment ardente,  et  vne  phrenesie  et 
rage.  Le  grand  froid  de  l’air  aug- 
mente semblablement  leur  chaleur 
du  dedans,  laquelle  estant  repoussée, 
s’augmente  et  allume  les  humeurs 
préparés  à telle  rage  et  pourriture  : 
lesquels  sont  d’autant  plus  dange- 
reux, que  ne  pouuans  sortir  et  eua- 
cuer  par  les  pores  ou  perluis  du  cuir 
(qui  pour  lors  sont  du  tout  fermés) 
ils  demeurent  dedans,  et  font  alors  les 
mesmes  accidens  que  fait  la  grande 
chaleur  de  l’esté.  Aussi  deuiennenl 
enragés  pour  vser  de  viandes  trop 
chaudes  qui  leur  eschauffent  le  sang, 
et  leur  causent  fleure , puis  la  rage  : 
semblablement  aussi  pour  auoir  esté 
mords  d’autres  chiens,  ou  loups,  ou 
autres  animaux  enragés. 


CHAPITRE  XVI. 

SIGNES  POVR  CONNOISTRE  LE  CHIEN 
ESTRE  ENRAGÉ 

Lors  qu’il  voit  de  l’eau  , il  tremble 
et  la  craint,  et  a vne  horripilation  , 
c’est  à dire  que  le  poil  lui  dresse.  11  a 
les  yeux  rouges  et  fort  flamboyans , 
et  renuersés  , auec  vu  regard  vehe- 
rnent,  fixe  et  horrible,  regardant  de 
trauers.  Il  porte  sa  teste  fort  bas  et 

1 Ce  chapitre  où  Paré  trace  le  tableau  le 
plus  net  et  le  plus  précis  des  signes  de  la 
rage,  est  textuellement  copié  du  rliap.  6 de 
1575. 

111. 


3o5 

la  tourne  de  costé.  Ilouuresa  gueule, 
et  tire  la  langue  qu’on  voit  liuide  et 
noire,  halette,  et  ielle  grande  quan- 
tité de  baue  escumeuse , et  plusieurs 
autres  humidités  découlent  de  sen 
nez.  Il  chemine  en  crainte,  lanlost  à 
dextre,  tantosl  à senestre,  comme  s’il 
estoit  yure,  et  tombe  souuent  en 
terre.  Lors  qu’il  voit  quelque  forme, 
il  court  à l’encontre  pour  l’assaillir, 
soit  que  ce  soit  vne  muraille  , ou  vn 
arbre  , ou  quelque  animal  qu’il  ren- 
contre. Les  autres  chiens  le  fuyent  tt 
le  sentent  de  loing  : et  s’il  s’en  trouue 
quelqu’vn  présdeluy,il  le  flatte  et  luy 
obéît,  et  tasebe  à se  desrober  et  fuir 
de  luy , encores  qu’il  soit  plus  grand 
et  plus  fort.  Il  ne  boit  ny  mange:  il 
est  du  tout  muet , c’est  à dire  qu’il 
n’aboye  point  : a les  oreilles  fort 
pendantes,  et  la  queue  retirée  entre 
les  cuisses  : il  regarde  de  trauers , et 
plus  tristement  que  de  couslume  : il 
mord  egalement  besles  et  gens , tant 
domestiques  et  familiers  qu’estran- 
gers,  et  ne  connoist  aucunement  son 
maislre , ny  la  maison  où  il  a esté 
nourri:  parce  que  l’humeur  melan- 
cholique  luy  trouble  tous  les  sens.  Ce 
quiaduient  pareillement  aux  hommes 
qui  sont  vexés  de  telle  humeur  me- 
lancholique  : car  ils  tuent  quelques- 
fois  leurs  peres,  meres,  femmes  ou  en- 
fans,  et  souuentesfois  eux-mesmes. 


CHAPITRE  XVII. 

LES  SIGNES  POVR  CONNOISTRE  VN  HOMME 
AVOIR  ESTÉ  MORD V D’VN  CHIEN  EN- 
RAGÉ 

Il  est  fort  difficile  de  connoistre  du 
commencement  quand  quelqu’vn  a 

1 Reproduction  littérale  du  chap.  7 de  1575. 

20 


3o6 


LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE  , 


esté  mords  d’vn  chien  enragé  ou  non  : 
parce  que  la  playe  faite  par  la  mor- 
sure n'afflige  au  commencement  le 
malade  non  plus  qu’vne  autre  playe, 
au  contraire  de  celles  qui  sont  faites 
par  morsures  ou  piqueures  des  autres 
bestes  venimeuses  : car  subitement  on 
y sent  vne  extreme  douleur , et  la 
partie  s’enflamme  et  enfle,  et  suruien- 
nent  grands  et  diuers  accidens,  selon 
la  diuersité  de  la  malignité  du  venin, 
comme  nous  dirons  cy  après.  Dont 
nous  conclurons , que  le  venin  fait 
par  la  rage  ne  se  monstre  pas  au 
commencement,  et  qu’il  n’ait  pre- 
mièrement saisi  et  altéré  les  parties 
nobles. 

Parquoy  si  on  doute  au  commen- 
cement que  la  morsure  ne  fust  faite 
d’vn  chien  enragé,  on  la  pourra  véri- 
tablement connoistre  en  mouillant  du 
pain  au  sang  ou  en  la  sanie  de  la 
playe  , que  l’on  donnera  à vn  chien 
affamé;  et  s’il  le  refuse  à manger, 
mesmes  qu’il  desdaigne  le  fleurer  , 
cela  demonslre  que  la  playe  est  fuite 
d’vn  chien  enragé  ; au  contraire  s’il 
le  mange,  il  n’estoit  point  enragé. 

D’auantage,  plusieurs  ont  escrit 
que  si  on  donne  le  pain  ainsi  trempé 
à vne  poulaille , et  qu’elle  le  mange , 
elle  mourra  dans  vn  iour  ou  enui- 
ron,  si  le  chien  estoit  enragé.  Mais 
pour  certain  i’ay  fait  telle  expérience, 
et  sçauois  véritablement  que  le  chien 
estoit  enragé  par  les  signes  prédits: 
toulesfois  les  poulailles  ne  mouroient 
point  après  auoir  mangé  dudit  pain. 
Parquoy  l’espreuue  du  pain  donné 
aux  chiens  est  plus  certain,  pour-ce 
qu’ils  ont  vn  sentiment  exquis  de 
fleurer  naturellement,  qui  fait  qu’ils 
sentent  l’odeur  du  sang  ou  sanie  de 
la  playe  faite  d’vn  chien  enragé , et 
pour-ce  aucunement  n’y  touchent. 


CHAPITRE  XVIII. 

DES  ACCIDENS  QVI  VIENNENT  A CEVX 

AVXOVELS  CE  VENIN  DV  CHIEN  EN- 
RAGÉ EST  COMMENCÉ  d’eSTRE  IMPRIMÉ 

AVX  PARTIES  NOBLES  l. 

Au  commencement  le  malade  de- 
uient  fort  pensif,  et  murmure  entre 
ses  dents  ; il  respond  sans  propos , et 
dénient  cbolere  plus  que  de  cous- 
tume  : il  pense  voir  en  dormant  vne 
infinité  de  choses  fantastiques  , et  fi- 
nalement tombe  en  vne  maladie 
nommée  des  Grecs  hydrophobia,  c’est 
à dire  crainte  d’eau. 

Puis  après  que  le  venin  s’est  d’a- 
uantage  augmenté,  et  a ja  du  tout 
changé  P économie  ou  harmonie  des 
parties  nobles , alors  la  vertu  imagi- 
natiue , et  toute  raison  et  mémoire 
et  autres  sens  se  perdent  : et  par  con- 
séquent le  malade  deuient  fol  et  in- 
sensé, et  ne  connoist  aucunement  ses 
familiers  amis  et  domestiques , et  se 
deschire  et  esgratigne  , et  mord  soy- 
mesme  et  les  premiers  venus  qu’il 
peut  attraper  ; qui  se  fait  à cause  des 
vapeurs  et  fumées  melancholiques 
qui  montent  au  cerueau  , et  altèrent 
et  corrompent  le  tempérament  d’ice- 
luy  : «parquoy  la  raison  est  perdue, 
ensemble  tous  les  autres  sens , dont 
le  pauure  malade  est  incité  à cour- 
roux et  à mordre.  Semblablement  il 
a souuent  des  mouuemens  et  tres- 
saillemens  inuolontaircs , et  contrac- 
tions de  nerfs  : qui  se  fait  à cause  de 
la  siccilé  vehemente  , prouenant  du 
venin  chaud  et  sec,  qui  blesse  le  tem- 
pérament des  nerfs  qui  sont  dissemi- 

1 Ce  chapitre  est  presque  en  entier  copié 
du  chap.  8 de  l’édition  de  1675. 


DES  VENINS. 


nés  és  muscles,  et  aussi  qui  leur  con- 
somme l’humidité  substantifique. 
Pareillement  le  patient  a vne  grande 
seicheresse  en  la  bouche,  et  la  langue 
aride  et  seiche  , auec  vne  soif  intolé- 
rable, toulesfois  sans  appétit  de 
boire,  pourtant  que  desia  son  corps  a 
pris  vne  affection  contraire  à ses  ac- 
tions naturelles,  dont  il  aduient  qu'il 
ne  desire  les  choses  qui  naturelle- 
ment appaisent  la  soif.  Plus  il  a la 
face  et  les  yeux  rouges  et  grande- 
ment enüambés,  et  pareillement  tout 
le  corps,  à cause  de  l’extreme  cha- 
leur et  siccité  prouenante  du  virus 
veneneux  et  malin.  Il  imagine  qu’il 
voit  et  oit  des  chiens,  et  veut  pareil- 
lement japper  et  mordre  : qui  se  fait 
parce  que  le  venin  du  chien  enragé 
change  et  altère  toute  la  température 
de  l’homme  en  toute  sa  complexion 
et  similitude  : en  sorte  que  tous  ses 
sens  , pensées , parolles  et  visions , et 
généralement  toutes  ses  actions  sont 
deprauées  par  l’humeur  melancholi- 
que  et  veneneux  espandu  és  ventri- 
cules du  cerueau,  lequel  leur  change 
l’esprit , . tellement  que  le  malade 
pense  voir  et  ouïr  des  chiens , voire 
croit  luy-mesme  estre  chien,  duquel 
aussi  il  ensuit  la  voix  enrouée,  parce 
qu’il  jappe,  aboyé,  crie  et  hurle 
comme  les  chiens  , sans  honte  et  res- 
pect de  son  honneur,  au  grand  es- 
pouuentement  de  ceux  qui  sont  pre- 
sens  et  qui  l’oyent.  L’enroüeure  vient 
par  la  grande  seicheresse,  quia  des- 
seiché  la  trachée  artere  et  les  instru- 
mens  delavoix.il  fuit  grandement 
la  lumière,  à cause  que  l’humeur  me- 
lancholique , qui  est  obscur  et  téné- 
breux, est  contraire  à icelle:  qui  fait 
que  le  malade  desire  les  tenebres,  qui 
luy  sont  semblables.  Il  craint  aussi  à 
voir  l’eau  (encore  que  ce  soit  vn  re- 


307 

mede  fort  vtile  pour  rafraîchir  son 
extreme  chaleur  et  siccité)  ou  quand 
il  regarde  en  vn  miroir,  il  luy  est 
aduis  et  imagine  qu’il  voit  des  chiens, 
et  que  ce  souuenir  luy  fait  auoir 
ceste  crainte.  Pour  cesle  cause  il 
craint  l’eau,  et  toutes  choses  transpa- 
rentes et  luisantes,  ayans  quelque  re- 
uerberation  : et  quand  il  les  voit,  il 
crie  et  tremble , de  peur  d’estre  cn- 
cores  mords  : dont  vient  qu’il  tombe, 
et  se  veautre  en  terre  pour  se  cuider 
couurir  d’icelle.  Et  telle  chose  se  fait 
à cause  que  les  vapeurs  altérées  et 
corrompues  pénétrent  par  les  yeux  , 
et  estans  paruenues  à l’eau  ou  mi- 
roir, ou  autres  corps  semblables, 
par  leur  reuerberalion  luy  représen- 
tent des  choses  ‘. 

Or  ils  disent  que  celuy  qui  est 
mords  d’vn  chien  enragé , s’imagine 
tousiours  voir  le  chien  duquel  il  a 
esté  mordu,  la  crainte  duquel  luy  fait 
ainsi  fuir  et  craindre  l’eau.  Autres 
disent  cela  aduenir,  à cause  que  par 
la  rage  le  corps  tombe  en  vne  ex- 
treme siccité,  qui  le  fait  fuir  l’hu- 
midité comme  son  contraire.  Rufus 
dit  que  la  rage  est  vne  espece  de  ma- 
ladie melancholique.  Or  nous  sça- 
uons  estre  chose  propre  à tous  me- 
lancholiques , d’auoir  quelque  chose 
particulièrement  en  crainte,  par  l’A- 
phorisme vingteinquiéme  de  la  sec- 
tion sixième:  mais  principalement  ils 
craignent  toutes  choses  luisantes 
comme  l’eau , les  miroirs , à cause 
qu'ils  cherchent  les  tenebres,  pour- 

1 L’édition  de  1575  ajoutait  ici  : Tout 
ainsi  qu’on  voit  que  des  yeux  d’vne  jemme 
ayant  ses  fleurs,  sortent  des  vapeurs  lesquelles 
infectent  et  gaslent  le  miroir.  Cette  fable  ab- 
surde se  trouvait  encore  répétée  en  1579  et 
1585;  elle  11’a  disparu  que  dans  la  première 
édition  posthume. 


3oS 


JLli  VJi\ GÎ'-TKÜISIBME  livre 


ce  qu’à  icelles  les  inuile  leur  humeur 
noir,  obscur  et  tenebreux  >. 

Il  a vne  sueur  froide,  et  sort  de 
l’vlcere  vn  virus  escumeux,  felide, 
virulent  et  erugineux,  c’est  à dire  de 
couleur  de  roüilleure  d’arain  : qui 
aduient  par  l’extreme  chaleur  et 
acuité  de  l’acrimonie  du  virus  adhé- 
rant en  la  partie,  laquelle  fait  ébul- 
lition et  pourriture.  Aussi  on  trouue 
l’vlcere  quelquesfois  aride  et  sec. 
L’vrine  est  le  plus  souuent  claire  et 
subtile,  à cause  que  les  colatoires  des 
reins  sont  fort  resserrés  et  estressis , 
pour  la  chaleur  et  siccité  du  venin  : 
aussi  quelquesfois  est  fort  espaisse  et 
noire,  qui  se  fait  à cause  que  la  vertu 
expultrice  chasse  tant  qu’elle  peut 
par  les  vrines  l’humeur  melancholi- 
que , qui  a esté  corrompu  par  le  ve- 
nin. Pareillement  elle  est  aucunesfois 
totalement  supprimée  et  retenue,  par 
la  siccité  du  virus  et  des  matières 
crasses,  visqueuses  et  gluantes,  dont 
se  fait  totale  obstruction  des  parties 
dediéesà  l’vrine.  Bref,  le  pauure  ma- 
lade est  tellement  tourmenté  par  ces 
accidens,  qu’en  la  lin  vaincu  de  dou- 
leur et  de  trauail,  à faute  de  manger 
et  boire , il  meurt  furieux  et  enragé. 

Mais  lors  que  du  commencement 
(et  douant  que  le  venin  ait  entré  au 
corps  et  gaigné  les  parties  nobles  ) on 
administre  les  remedes  propres,  les 
malades  ne  faillent  à guarir , et  peu 
de  personnes  sont  morts  ausquels  on 
ait  diligemment  pourueu. 

‘Tout  ce  paragraphe  est  une  addition  de 
1579. 


CHAPITRE  XIX. 

PROGNOSTIC  ’. 

On  ne  se  peut  bien  garder  de  la 
morsure  des  chiens  enragés , attendu 
qu'ils  sont  tousiours  parmy  les  hom- 
mes, au  moyen  de  quoy  on  est  en 
plus  grand  danger  d’eux  que  de  tou- 
tes autres  bestes  venimeuses  en  leurs 
morsures.  Et  d’autant  que  le  chien 
est  domestique  et  familier  à l’homme 
pendant  qu’il  est  sain,  d’autant  luy 
est-il  ennemy  depuis  qu’il  est  sorti  de 
sa  nature  accouslumée,  qui  se  fait 
par  vne  rage. 

Or  le  virus  qui  est  en  sa  baue  est 
chaud  et  sec , malin , veneneux  et 
contagieux,  tellement  qu’il  commu- 
nique la  mesme  affection  à eeluy  qu’il 
mord  (si  on  n’y  pouruoil  de  bonne 
heure  ) soit  vn  homme , ou  vne  autre 
beste  : et  son  venin  est  tant  subtil , 
que  facilement  pénétré  par  les  pores 
du  cuir  : et  estant  attiré  par  les  artè- 
res, par  le  continuel  mouuemenl  d’i- 
celles, il  est  conduit  au  demeurant 
du  corps.  Parquoy  on  peut  conclure 
que  le  venin  de  sa  rage  a la  vertu 
non  seulement  de  faire  enrager  ceux 
qu’il  mord , mais  aussi  ceux  ausquels 
il  aura  ietlé  son  escume  ou  baue  con- 
tre leur  peau  , si  elle  y fait  long  se- 
iour  : mais  si  elle  est  essuyée,  et  le 
lieu  proprement  laué  d’eau  salée  ou 
d’ vrine,  elle  n’y  fera  aucun  mal. 

Et  faut  icy  entendre,  que  toute 
morsure  de  chien  enragé  ne  nuit  pas 
egalement  et  ne  lue  pas  en  mesme 
temps , ainsi  qu’auons  cy  dessus  de- 
monstré  du  venin  des  bestes  venimeu- 

1 Le  chapitre  est  le  même,  sauf  un  para- 
graphe ajouté,  que  le  cbap.  9 de  1575. 


DES  VENINS. 


ses  Car  selon  la  disposition  de  l’air 
chaud  ou  froid  et  la  vehemence  du 
venin,  et  le  lieu  et  profondeur  de  la 
morsure,  et  la  diuersité  des  forces  de 
ceux  qui  sont  mordus,  et  la  cacochy- 
mie et  mauuaise  habitude,  c’est  à 
dire  selon  que  leurs  humeurs  sont 
ja  préparés  à estre  pourris,  ou  qu’ils 
ont  leurs  conduits  estroits  ou  plus  lar- 
ges, de  là  vient  que  les  accidens  ap- 
paroissent  plustost  ou  plus  tard.  Car 
aucuns  viennent  quarante  iours  après 
la  morsure,  autresfois  six  mois,  voire 
vn  an,  et  autres  plus  tard  ou  plus- 
tost , comme  nous  auons  dit  cy  dé- 
liant. Plusieurs  après  auoir  esté 
mords  deuiennent  epileptiques  , puis 
démoniaques  et  enragés.  Ceux  qui 
sont  tombés  en  hydrophobie,  iamais 
ne  guarissent  : toutesfois  Auicenne 
dit  qu’encores  y a esperance  , pour- 
ueu  qu’ils  se  commissent  en  vn  mi- 
roir : car  on  voit  par  cela  que  le  ve- 
nin n’a  encores  du  tout  occupé  les  fa- 
cultés animales  : et  ceux-là  ont  besoin 
d’estre  violenlement  purgés,  comme 
nous  dirons  cy  après. 

Aëce  raconte  d’vn  Philosophe  mor- 
du d’vn  chien  enragé,  lequel  voulant 
d’vn  grand  courage  résister  à ce  mal 
d'hydrophobie,  vint  au  bain  , où  l'ap 
parence  d’vn  chien  se  présentant  dé- 
liant luy  (car  il  auoit  ceste  vision, 
comme  les  autres  frappés  de  sembla 
ble  maladie)  et  ayant  longuement 
pensé  en  soy-mesme  : Qu’y  a-il,  dit- 
il  , entre  vn  chien  et  vn  bain  ? Après  ces 
paroles  il  entra  dedans  le  bain , et  en 
beut  sans  auoir  peur,  dont  il  surmonta 
le  mal  et  guarit1. 

Quand  le  malade  se  veautre  contre 
la  terre,  comme  les  chiens , c’est  si- 
gne de  mort  prochaine,  parce  que 
telle  chose  demonstre  que  l’humeur 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1579. 


3°9 

melancholique,  virulent  et  veneneux 
est  en  grande  abondance,  et  est  com- 
muniqué par  tous  les  membres.  Aussi 
quand  le  patient  a la  voix  enrouée  , 
c’est  vn  Ires-mauuais  signe,  pour-ce 
que  telle  chose  demonstre  qu’en  la 
trachée  artere  il  y a quelque  aspérité 
par  siccité  du  virus  venimeux.  En 
somme,  quand  les  parties  nobles  sont 
saisies  du  venin,  il  n’y  a plus  espe- 
rance de  guarison. 

Les  hommes  peuuenl  estre  surpris 
de  la  rage  sans  estre  mords  de  chiens 
enragés  : car  tout  ainsi  que  les  hu- 
meurs se  bruslent,  causans  vn  chan- 
cre ou  ladrerie , pareillement  la  rage 
peut  aduenir  , et  principalement  aux 
melancholiques. 

D’auantage  les  morsures  des  bes- 
tes , comme  viperes  et  autres  animaux 
venimeux,  ne  causent  tels  accidens 
comme  celles  des  chiens  enragés , 
par-ce  qu’elles  font  mourir  douant 
que  les  accidens  susdits  puissent  ve- 
nir : ioint  aussi  que  la  qualité  d’iceux 
venins  est  diuerse. 

Plus,  les  grandes  playes  faites  par 
morsure  de  chiens  enragés  ne  sont  si 
dangereuses  que  les  petites,  pour-ce 
que  par  vne  grande  playe  sort  beau- 
coup de  sang  et  de  sanie,  qui  euacue 
le  venin. 


CHAPITRE  XX, 

CVRE  DE  LA  MORSVRE  ü’VN  CHIEN 
ENRAGÉ  >. 

Nous  auons  dit  par  cy  douant , 
qu’aux  piqueures  et  morsures  des 
hestes  venimeuses , il  falloit  vser  de 

1 Ce  chapitre  est  presqueenlièrement  co- 
pié du  chap.  10  de  l’édition  de  1575. 


3lO  LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE 


prompfs  et  subtils  remedes , à fin  que 
le  venin  n’entre  dedans  le  corps  et  ne 
corrompe  les  parties  nobles.  Et  s’ils 
sont  obmis  au  commencement,  en 
vain  seront  appliqués  en  autre  temps. 
Ainsi  qu’arriua  à Balde,  grand  Iuris- 
consulte , se  ioüant  auec  vn  sien  petit 
chien  qui  estoit  enragé,  duquel  estant 
tant  soit  peu  mordu  en  la  léure  , ne 
scachant  qu’il  fust  enragé , négligea 
sa  morsure,  et  quatre  mois  après 
mourut  furieux  et  enragé,  et  n’y  eut 
nul  remede  qui  le  peustsauuer , pour 
ne  l’auoir  pris  d’heure. 

Donc  pour  preuoir  à tel  accident , 
tout  ce  que  nous  auons  déclaré  cy 
dessus  en  !a  cure  generale  des  bestes 
venimeuses,  tant  pour  l’euacuation 
de  l’humeur  virulent  que  pour  l’al- 
teration d’iceluy,  doit  estre  pareille- 
ment obserué  en  la  morsure  des 
chiens  enragés.  Et  partant,  si  quel- 
qu’vn  connoist  qu’il  est  mords  d’vn 
chien  enragé,  il  s’efforcera  d’attirer 
le  venin  par  tous  moyens,  comme 
pa  r ven  touses , corn  ets , scarifications, 
sangsues,  applications  de  volailles 
et  autres  animaux,  et  par  medica- 
mens  propres  à ce  faire , qui  présen- 
tement seront  déclarés.  Et  si  la  playe 
est  grande,  il  la  faut  laisser  saigner 
le  plus  qu’il  sera  possible , à fin  que  le 
venin  sorte  auec  le  sang.  Et  là  où  elle 
ne  sera  assez  grande,  on  y pourra 
faire  des  scarifications  ou  y appliquer 
cautères  actuels  : et  sera  tenue  ou- 
uerte  pour  le  moins  iusques  à ce  que 
quarante  iours  soient  passés. 

L’ozeille  pilée  et  appliquée  sur  la 
morsure,  et  le  bouillon  d’icelle  pris 
par  la  bouche,  est  de  grande  vertu. 
Ce  qu’Aëce  nous  a laissé  par  escrit , 
disant  auoir  conneu  vn  vieillard  chi- 
rurgien, lequel  n’vsoit  d’autre  re- 
mede pour  curer  telles  morsures. 

De  ma  part,  ie  conseille  de  prendre 


promptement  de  l’vrine,  et  en  frotter 
assez  rudement  la  playe , et  y laisser 
vn  linge  trempé  dessus.  Aussi  la 
moustarde  bien  delayée  en  vrine  ou 
vinaigre,  est  propre  à ccst  effet.  Pa- 
reillement tous  remedes  acres,  poi- 
gnans  et  fort  atlirans. 

Autre.  Prenez  roquette  boullue  et 
pilée  auec  beurre  et  sel,  et  l’appli- 
quez sur  la  morsure. 

Autre.  Prenez  farine  d’orobe,  miel, 
sel  et  vinaigre,  et  ce  soit  tout  chaud 
appliqué  dessus. 

Autre.  La  fiente  de  chéure  boullue 
en  fort  vinaigre  , et  appliquée. 

Autre.  Prenez  soulphre  subtilement 
puluerisé  et  incorporé  auec  saline 
d’homme,  et  l’appliquez  dessus. 

Autre.  Prenez  poix  noire  fondue 
auec  sel  et  vn  peu  d’euphorbe , et 
l’appliquez  dessus. 

Autre.  Le  poil  du  chien  enragé  ap 
pliqué  dessus  la  playe  tout  seul , a 
vertu  d’attirer  le  venin  par  quelque 
similitude  : ce  qu’on  a plusieurs  fois 
expérimenté,  ainsi  que  fait  le  scor- 
pion estant  escaché  et  mis  sur  la  pi- 
queure  d’iceluy.  Aucuns  autheurs 
ont  laissé  par  escrit , que  ledit  poil  de 
chien  , bruslé  et  puluerisé  , et  donné 
à boire  auec  du  vin.preserue  la  rage  ». 

Attire.  Prenez  froment  masché  cru , 
et  l’appliquez  sur  la  morsure. 

Autre.  Prenez  des  féues , et  les  met- 
tez vn  peu  sous  les  cendres  chaudes  , 
puis  les  pelez  et  fendez , et  les  appli- 
quez dessus. 

Autre  retnecle  approuuè  d’Aëlius. 
Il  faut  faire  bouillir  du  lapalhum 
acutum  , et  de  la  décoction  en  lauer  et 
fomenter  la  piaye  , puis  y laisser 
l’herbe  pilée  dessus  : aussi  en  faut 
donner  à boire  de  la  décoction  au  pa- 

1 Cette  dernière  phrase  a été  ajoutée  en 
1685. 


DES  VENINS. 


tient.  Il  afferme  auoir  fait  de  grandes 
cures  auec  ce  seul  remede  : et  dit 
que  ceste  décoction  fait  beaucoup 
pisser,  qui  est  vne  chose  excellente  à 
ceste  maladie. 

Autre.  Prenez  betoine,  fueilles d’or- 
tie et  sel  commun , broyez-les  et  ap- 
pliquez dessus. 

Autre.  Prenez  vn  oignon  commun, 
fueilles  de  rue  et  sel , broyez  les  en- 
semble , et  appliquez  dessus. 

Or  entre  tous  les  remedes , le  thé- 
riaque est  singulier,  comme  il  a esté 
dit , le  faisant  dissoudre  en  eau  de  vie 
ou  vin  , et  en  frottant  assez  rudement 
la  playe , tant  que  elle  saigne.  Puis  y 
faut  laisser  du  charpy  imbu  en  icelle 
mixtion  : et  par  dessus  la  playe  y ap- 
pliquer des  ails  ou  oignons  pilés  auec 
miel  commun  et  terebenthine  • et  tel 
remede  est  excellent  par  sus  tous 
ceux  quei’ay  veus  par  expérience. 

Et  pour  la  probation  de  mon  dire , 
i’allegueray  icy  vne  histoire  de  l’vne 
des  fdles  de  Mademoiselle  de  Gron  , 
natiue  de  ceste  ville  de  Paris,  laquelle 
fut  mordue  d’vn  chien  enragé  au 
milieu  de  la  iambe  dextre , où  le  chien 
imprima  ses  dents  bien  profondément 
en  la  chair  : laquelle  fut  guarie  par  le 
moyen  du  thériaque  , sans  queiamais 
luy  suruint  aucun  mauuais  accident  : 
lequel  theriaque  ie  meslois  dans  les 
medicamens  détersifs  et  autres,  ius- 
ques  à la  fin  de  sa  guarison. 

Or  de  vouloir  icy  déclarer  tous  les 
autres  que  i’ay  pensé  de  telles  morsu- 
res, ce  seroit  vne  chose  trop  prolixe: 
et  partant  ceste  histoire  suffira  pour 
le  présent,  pour  instruire  chacun  à 
remedier  à tel  accident. 

Autres  remedes  qu’on  peut  prendre 
par  dedans.  Il  faut  promptement  man- 
ger vn  ail,  auec  vn  peu  de  pain,  puis 
boire  vn  peu  de  vin  : et  c’est  vn  sou- 
uerain  remede , à cause  que  l’odeur 


3l  1 

et  la  grande  chaleur  spiritueuse  qui 
est  aux  ails , prohibe  que  le  venin  de 
la  morsure  n’offense  les  parties  no- 
bles. Autres  commandent  de  manger 
du  foye  rosli  du  chien  qui  a mordu, 
ou  du  foye  de  bouc  : ce  que  ie  n’ay 
esprouüé. 

Autre  remede.  Prenez  vne  dragme 
de  semence  d’agnus  castus,  auec  vin 
et  beurre,  et  en  soit  donné  à boire. 

A utre.  Prenez  poudre  d’escreuisses 
bruslées,  et  la  delayez  en  vin  , et  en 
donnez  à boire. 

Autre.  Prenez  racine  de  gentiane 
deux  dragmes,  escreuisses  de  riuierc 
bruslées  au  four  et  puluerisées  trois 
dragmes,  terre  sigillée  quatre  drag- 
mes. La  dose  sera  vne  dragme,  auec 
eau  en  laquelle  on  aura  fait  bouillir 
quantité  d’escreuisses,  et  en  soit  donné 
à boire  comme  dessus. 

Aucuns  se  sont  plongés  en  la  mer 
après  estre  mords  de  chiens  enragés, 
qui  n’ont  laissé  d’estre  surpris  de  la 
rage,  ainsi  que  tesmoigne  Ferrand 
Pouzet,  cardinal,  en  son  liure  dis  Ve- 
nins : partant  ne  s’y  faut  fier,  mais 
plustost  aux  remedes  approuués  des 
anciens  et  modernes  Médecins  et  Chi- 
rurgiens. Il  est  vray  que  la  confidence 
que  peut  auoirlemalade  aux  remedes 
et  au  Chirurgien,  sert  beaucoup  en 
ceste  cure  : au  contraire , l’effroy  et 
la  crainte  nuit  beaucoup , et  accéléré 
la  rage.  Partant  il  faut  tousiours  bien 
asseurer  le  patient  de  sa  parfaite 
guarison. 

Or  il  faut  entendre  que  le  venin  du 
chien  enragé , ou  la  saliue  d’vne  vi- 
père, ou  la  baue  d’vn  crapaut,  et 
d’autres  bestes  venimeuses,  n’enueni- 
ment  pas  en  touchant  seulement,  mais 
faut  que  le  venin  entre  dedans,  telle- 
ment que  si  à l’heure  on  l’essuye,  ne 
pourra  faire  aucun  mal. 
t 


3 1 Q LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE, 


CHAPITRE  XXI. 

DE  LA  CVRE  DE  CEVX  QVl  SONT  JA  TOM- 
BÉS EN  HYDROPHOBIE,  ET  NEANTMOINS 

SE  RECONNOISSENT  ENCORES  EN  VN 

MIROIR  *. 

Ceux  ausquels  le  venin  n’a  encores 
occupé  les  facultés  animales,  il  les 
conuient  grandement  purger  par  mé- 
decines bien  fortes.  Et  en  cela  il  me 
semble  que  l’antimoine  seroit  profi- 
table, d’autant  qu’il  prouoque  la 
sueur,  flux  de  ventre,  et  vomisse- 
ment Car  ce  seroit  grande  folie 
bailler  en  tels  cas  medicamens  légers, 
quand  le  venin  est  fort  malin,  et  ja 
imprimé  aux  parties  intérieures. 

Semblablement  les  bains  leur  sont 
bons  pour  leur  prouoquer  la  sueur  : 
la  saignée  ne  doit  estre  faite , de  peur 
d’attirer  le  venin  du  dehors  au  de- 
dans. Aussi  il  faut  qu’ils  vsent  sou- 
rient de  thériaque  ou  methridat.  En 
ce  temps-là  pareillement  leur  faut 
faire  boire  de  l’eau,  et  la  bailler  aux 
malades  dedans  quelque  vaisseau 
couuert,  de  peur  qu’ils  ne  la  voyent, 
pour  les  raisons  susdites. 

1 Ce  chapitre  est  le  même  que  le  chap.  2 
du  livre  de  1575. 

2 Voici  un  premier  endroit  où  Paré  re- 
commande l’antimoine;  mais  pour  connaî- 
tre toute  sa  pensée  à cet  égard  , il  faut  lire 
le  chapitre  complémentaire  que  j’ai  ajouté 
au  livre  delà  Pente,  d’après  un  long  passage 
écrit  en  1568  et  supprimé  en  1579. 


CHAPITRE  XXII. 

DV  REGIME  DE  CEVX  OVI  ONT  ESTÉ  EM 

POISONNÉS  ET  MORDS  DES  CHIENS  EN- 
RAGÉS, ET  DES  PIQVEVRES  ET  MOR- 

SVRES  DES  RESTES  VENIMEVSES  C 

Le  malade  doit  demeurer  en  lieu 
chaud,  et  en  air  bien  clair,  de  peur 
que  le  venin  ne  soit  chassé  au  dedans 
par  le  froid,  et  aussi  à fin  que  les  es- 
prits soient  recréés,  et  esmeus  du  cen- 
tre à la  circonférence  par  le  moyen 
de  la  clarté.  Aussi  on  doit  parfumer 
la  chambre  de  choses  odoriférantes. 
Semblablement  il  doit  manger  au 
commencement  viandes  acres  et  sa- 
lées, comme  ails,  oignons,  porreaux, 
espiceries.iambon  de  Mayence,  et  leurs 
semblables,  et  boire  bon  vin  et  sans 
eau,  à raison  que  telles  choses  sont 
fort  vaporeuses  et  pleines  d’esprits 
qui  résistent  au  venin,  et  ne  permet- 
tent que  sa  vertu  soit  espandue  au 
corps  et  ne  se  saisisse  des  parties  no- 
bles. Pareillement  on  doit  vser  de 
viandes  crasses  et  visqueuses,  par  ce 
qu’ils  font  obstruction , et  estoupent 
les  conduits  et  parties  vuides  : aussi 
en  faut  plustot  manger  plus  que  trop 
peu,  à cause  que  l’inanition  accroist 
la  malignité  des  humeurs,  qui  est 
chose  contraire  aux  playes  venimeu- 
ses : loutesfois  il  y faut  tenir  médio- 
crité. Et  cinq  ou  six  iours  après  on 
laissera  lesdites  viandes,  et  en  lieu 
d’icelles  on  vsera  de  lemperées,  et 
pluslost  humides  que  seiches  : les- 

1 Dans  les  anciennes  éditions , même  dans 
celle  de  1575,  ce  chapitre  était  confondu  en 
quelque  sorte  avec  le  précédent,  c’est-à- 
dire  qu’il  portait  un  titre  spécial,  mais  sans 
figurer  au  nombre  des  chapitres.  Il  m’a 
paru  plus  logique  de  l’en  séparer  lout-à-fait. 


DES  VENINS. 


3 1 3 


quelles  seront  esleuës  selon  qu’on  les 
ordonne  aux  melancholiques  : et  met- 
tra-on  en  leurs  potages  racines  ape 
riliues,  lesquelles  ont  vertu  de  faire 
vriner.  On  leur  tiendra  le  ventre  as- 
sez lasche  : et  s’il  y a repletion  de 
sang  , leur  en  sera  tiré,  non  au  com- 
mencement, mais  cinq  ou  six  iours 
après  la  morsure  faite,  pour  les  rai- 
sons qu’auons  deuanl  dites  Pour  le 
boire  au  repas,  on  vsera  de  vin  mé- 
diocrement trempé,  à sçauoir  cinq  ou 
six  iours  après  la  morsure,  ou  d’oxy- 
mel,  ou  de  syrop  de  acctositale  citri, 
auec  eau  boüillie  : et  entre  les  repas, 
de  iulep  fait  en  ceste  maniéré. 

Prenez  demie  once  de  jus  de  limons,  et  au- 
tant de  citrons. 

Vin  de  grenades  aigres , deux  onces 
Eau  de  petite  ozeille,  et  eau  rose.de  cha- 
cune vne  once. 

Eau  de  fontaine  boüillie  tant  qu’il  sera 
besoin. 

Et  soit  fait  julep. 

Il  faut  que  le  malade  euite  le 
dormir,  iusques  à ce  que  la  force  du 
venin  soit  amortie  et  consommée  : 
car  par  le  dormir,  le  sang  et  les  es- 
prits se  retirent  au  centre  du  corps, 
et  par  ce  moyen  le  venin  est  porté 
aux  parties  nobles.  Aussi  on  luy  doit 
faire  vser  de  choses  qui  résistent  aux 
venins,  comme  limons,  oranges,  ci- 
trons, racines  de  gentiane,  angéli- 
que, tormentille,  pimpernelle,  ver- 
bene,  chardon  benist,  bourache,  bu- 
glosse , et  autres  semblables  : et 
generalement  toutes  viandes  qui  en- 
gendrent bon  suc,  comme  veau,  ché- 
ureau,  mouton,  perdrix,  pouiailles, 
et  autres  semblables. 


CHAPITRE  XXIII. 

DE  LA  MORSVRE  OV  PICQVEVRE  DE  LA 
VIPERE  , ET  DE  SES  ACCIDENS  *. 

Tous  les  remodes  qui  ont  esté  cy 
deuant  escrils  desmorsures  des  chiens 
enragés,  peuuent  pareillement  aider 
à toutes  morsures  et  piqueures  des 
autres  animaux  venimeux.  Toutesfois 
on  Irouue  des  particuliers  remedes 
pour  chacune  morsure  et  piqueure. 
Ce  que  dirons  le  plus  succinctement 
qu’il  sera  possible. 

Les  viperes  ont,  entre  leurs  genci- 
ues,  certaines  petites  vessies  pleines 
de  venin  2,  qui  s’imprime  incontinent 
au  lieu  où  elles  font  ouuerlure.  Les 
patiens  sentent  douleur  grandement 
poignante  en  la  partie,  laquelle 
promptement- s’enfle  bien  fort,  voire 
tout  le  corps,  si  on  n’y  donne  subit 
remede.  11  sort  de  la  playe  vne  sanie 
crasse  et  sanguinolente  : et  autour 
d’icelle  il  se  fait  des  vessies  comme 
celles  des  bruslures  : et  l'vlcere  cor- 
rode et  mar.ge  la  chair.  Aussi  les  ma- 

1 Ce  chapitre  est  presque  littéralement  co- 
pié duebap.  3tle  l’édition  de  1575;cepcndanl 
il  y a quelques  modifications.  I.e  titre  d’a- 
hord  n’était  pas  le  meme;  il  portail  : De  la 
morsure  cl  piqueure  d'aucunes  belles  venimeu- 
ses ; et  après  le  premier  paragraphe  seule- 
ment venait  ce  litiesecondaire  : De  la  mor- 
sure de  vipere  et  Je  ses  accidens.  L’arrangement 
actuel  est  de  1579. 

2 Ceci  est  le  texte  corrigé  en  1585  ; le  livre 
de  1575  portait  : Les  viperes  ont  en  leurs  gen- 
ciues  entre  leurs  dents  certaines  petites  vessies 
pleines  de  venin,  lequel  de  sa  nature  est  froid, 
comme  de  tous serpens,  et  s’imprime,  etc.  L’é- 
dition de  1579  s’était  borné  à retrancher  les 
derniers  mots  : lequel  de  sa  nature  est  froid 
comme  de  tous  serpens. 


3 l 4 LE  VINGT-TROISIÈME  LIVRÉ 


Jades  sentent  inflammation  au  foye, 
et  aux  genciues  : et  tout  Je  corps  de- 
uienl  fort  aride  et  sec,  et  de  couleur 
pâlie  et  blafarde,  et  ont  vue  soif  in- 
extinguible, Iis  sentent  par  lois  gran- 
des tranchées  au  ventre,  et  vomissent 
plusieurs  humeurs  cholériques,  et 
tombent  souuent  en  syncope,  et  ont 
bocquels,  comme  vneconuulsion  d’es- 
tomach,  auec  vne  sueur  froide  : et  la 
mort  s ensuit,  s’ils  ne  sont  secourus 
deuant  que  le  venin  ait  saisi  les  par- 
ties nobles. 

Matthiole  dit  auoir  veu  vn  paysan 
qui,  fauchant  vn  pré,  auoit  par  for- 
tune coupé  vne  vipere  par  le  milieu  : 
et  iceluy  print  le  tronçon  de  la  teste, 
l’estimant  morte.  Aduint  que  la  leste , 
se  courbant  contre  la  main,  le  mor- 
dit aspremeni  au  doigt  : et  sucçant  la 
playe  pour  cuider  attirer  le  sang  (qui 
ja  auoit  esté  enuenimé)  il  mourut  sur 
le  champ. 

Or  ie  veux  icy  réciter  vne  autre 
histoire,  à lin  de  tousiours  instruire 
le  ieune  Chirurgien.  Le  roy  Charles 
estant  à Montpellier,  ie  fus  mords 
d’vne  vipere  au  bout  du  doigt  index, 
entre  l'ongle  et  la  chair,  en  la  maison 
d’vn  Apoticaire  nommé  de  Farges , 
lequel  dispensoit  alors  le  theriaque, 
auquel  iedemanday  à voiries  viperes 
qu  il  deuoit  mettre  en  la  composition. 
11  m’en  fit  monstrer  assez  bon  nom- 
bre qu  il  gardoit  en  vn  vaisseau  de 
verre,  où  i’en  prins  vne,  et  fus  mords 
d’icelle  voulant  voir  ses  dents,  qui 
sont  en  la  mandibule  supérieure  de 
sa  gueule , couuertes  d’vne  petite 
membrane  en  laquelle  elle  garde  son 
venin,  lequel  s’imprime  (comme  i’ay 
dit)  en  la  partie,  incontinent  qu’elle  y 
a fait  ouuerlure.  Et  ayant  receu  ceste 
morsure,  ie  6entis  subit  vne  extreme 


douleur,  tant  pour  la  sensibilité  de  la 
partie  qu’à  cause  du  venin  : alors  ie 
me  serray  bien  fort  le  doigt  au  dessus 
de  la  playe,  à fin  de  faire  sortir  le 
sang  et  vacuer  le  venin,  et  garder 
qu’il  ne  gaignast  au  dessus  Puisde- 
manday  du  vieil  theriaque,  lequel 
delayay  auec  eau  de  vie,  en  la  main 
de  l’vn  des  seruiteurs  dudit  de  Far- 
ges, et  trempay  du  cotton  en  la  mis- 
lure,  et  l’appliquay  sur  la  morsure  : 
et  après  peu  de  iours  ie  fus  guary 
sans  aucun  accident,  auec  ce  remede 
seul. 

En  lieu  de  theriaque,  on  peut  as- 
seurémentvserdemethridat.  On  peut 
pareillement  vser  de  tous  remedes 
poignans  et  fort  altirans,  pour  ob- 
tondre  la  malice  du  venin  : comme  la 
squille  cuite  sous  la  cendre,  ou  des 
ails  et  porreaux  pilés,  et  appliqués 
dessus. 

Autre.  Prenez  farine  d’orge  dé- 
layée auec  vinaigre,  miel,  crottes  de 
chéure,  et  appliquez  dessus  en  forme 
de  cataplasme. 

Autre.  Tout  promptement  on  doit 
lauer  et  fomenter  la  playe  auec  vinai- 
gre et  sel,  et  vn  peu  de  miel 2. 

Galien  dit  au  liure  de  la  Theriaque 
à Vison , que  l’on  attire  le  venin  d’vne 
morsure  de  vipere,  y appliquant  vne 
teste  de  vipere  sur  la  playe  : autres 
y mettent  la  vipere  entière  bien  pi- 
lée. 

1 J’appcllemi  l’attention  du  lecteur  sur 
celte  sage  précaution  delà  ligature,  queParé 
a oublié  de  mentionner  dans  les  préceptes 
généraux  du  livre  actuel , mais  qu’il  avait 
très  bien  signalée  dans  le  livre  des  Plage. s 
d’Uarquebiutei  de  1652  et  1564.  Voyez  tome  II, 
page  192. 

2 Ici  se  terminait  le  chapitre  en  1575;  le 
reste  esi  de  1579. 


DES  VENINS. 


CHAPITRE  XXIV. 

DV  SERPENT  APPELE  COVLE-SANG. 

Le  Coule-sang  a esté  ainsi  appellé , 
pour  autant  que  le  sang  coule  par 
tous  les  conduits  du  corps  qui  en  a 
esté  mordu.  C’est  vn  petit  serpent 
comme  vne  vipere,  ayant  les  yeux 
fort  ardans,  et  sa  peau  fort  luisanle. 
Auicenne  dit  qu’il  a le  dos  marqueté 
de  taches  noires  et  blanches,  et  le 
col  fort  estroit,  et  la  queue  fort  me- 
nue. 

Les  accidens  qui  suiuent  sa  mor- 
sure,c’est  que  la  partie  deuienl  noire, 
à cause  que  la  chaleur  naturelle  est 
esteinte  par  la  malice  du  venin  , le- 
quel luy  est  ennemy  mortel,  puis  vn 
mal  de  l’estomach  et  du  cœur  qui 
facilement  se  ressentent  du  venin, en- 
nemy capital  desdites  parties,  et  prin- 
cipalement en  maladie  veneneuse  : 
ainsi  que  nous  voyons  aduenir  en  la 
peste,  laquelle  est  suiuie  incontinent 
parles  vomissemens,  qui  ne  se  font 
pour  autre  cause  que  pour  la  mau- 
uaise  disposition  qu  ils  sentent  II 
s’ensuit  aussi  grand  flux  de  ventre , 
qui  se  fait  tant  à cause  de  l’eslomach 
debile.quine  peut  faire  son  deuoir, 
que  pour  autant  que  les  veines  es- 
parses  par  les  intestins  laissent  couler 
le  sang,  lequel  meslé  par  les  viandes 
non  digérées,  est  cause  de  ce  flux  de 
ventre.  Et  d’auantage  le  sang  sort  par 
le  nez , par  la  bouche , oreilles , siégé, 
par  la  verge,  vulue , et  par  les  coins 
des  yeux , et  des  genciues , lesquelles 
se  poui rissent,  et  les  dents  tombent. 
D’abondant  vne  difficulté  d’vriner  et 
respirer,  conuulsion  vniuerselle,puis 
la  mort. 

Les  remedes  sont  de  scarifier  promp- 


3 1 5 

tement  et  brusler  la  partie,  ou  du 
tout  la  couper,  s’il  est  possible  : puis 
vser  de  remedes  attractifspropres  aux 
venins. 


CHAPITRE  XXV. 

DV  SERPENT  NOMMÉ  POVRIUSSEVR. 

Le  Pourrisseur  a esté  ainsi  nommé, 
pour  autant  que  la  partie  de  ceux 
qu’il  a mordus  est  subitement  pour- 
rie par  la  malignité  de  son  venin.  Il 
est  semblable  au  Coule-sang,  reste 
qu’il  esleue  sa  queue  en  haut  et  l’en- 
torlille  comme  vn  pourceau  fait  la 
sienne  *. 

Pausanias  escrit  que  le  Roy  d’Arca- 
die fut  blessé  par  vn  pourrisseur,  et 
dit  que  ce  serpent  est  de  couleur  cen- 
drée, ayant  la  teste  large,  le  col  es- 
troit, le  ventre  gros,  et  la  queue 
courbée , et  chemine  obliquement  en 
la  maniéré  des  Cancres,  ayant  des 
taches  séparées  les  vnes  des  autres, 
riolées  piolées,  c’est  à dire  de  diuer- 
ses  couleurs,  comme  un  lapis  velu. 

Les  accidens  que  cause  sa  morsure 
sont,  grande  douleur,  qui  est  faite  à 
cause  de  son  venin  bruslant  et  pour- 
rissant entre  tous  autres  venins, puis 
vne  cheute  vniuerselle  du  poil.  Aëce 
adiouste  d’auantage  encore  plusieurs 
autres  : comme  flux  de  sang  par  la 
playe,  et  peu  après  vne  sanie  puante, 
et  grande  enfleureen  la  partie.  Voila 
comme  par  la  malignité  de  ce  venin 
pourrissant,  non  seulement  les  esprits 
sont  vaincus,  mais  aussi  tout  le  corps, 
comme  si  le  feu  y auoit  passé  : ainsi 
que  nous  voyons  aduenir  en  temps  do 
peste,  chaud  et  humide,  où  il  appert 

1 JVicandre . — A.  P. 


3 1 6 LE  VINGT-TROISIÈME  LIVRE 


aposteme  pestifere,  charbons,  el  au- 
tres pourritures. 

Et  quant  aux  remedes,  ils  doiuent 
estre  semblables  comme  ceux  que 
nous  auons  escrit  de  la  vipere. 


CHAPITRE  XXVI. 

DV  BASILIC. 

Entre  tous  les  serpens,  le  Basilic 
est  le  plus  venimeux  , comme  estant 
mesine  le  venin  des  autres. 

Nicandre  dit  que  lors  qu’il  se 
traîne,  tous  les  autreslefuyentet  luy 
quittent  la  place  : estant  comme  ad- 
uerlis  par  son  sifflet , tant  de  l’heure 
de  son  arriuée  que  de  son  départ. 

Galien  dit  1 que  le  basilic  est  vn 
serpent  iaunastre,  ayant  la  leste  mu- 
nie de  trois  petites eminences,  ou  en- 
leucures,  marquetée  de  taches  bian- 
cheastres,  en  forme  de  couronne,  et 
pour  ceste  cause  il  a esté  nommé  Koy 
des  Serpens.  Par  sa  morsure,  et  son 
siffler,  et  toucher,  fait  mourir  tous 
autres  animaux.  D’auantage  son  ve- 
nin est  si  cruel , que  si  on  le  regarde 
trop  altentiuement , tue  ceux  qui  le 
regardent. 

Solin  escrit  que  le  corps  mort  du 
basilic  a encore  de  grandes  vertus  : 
pour  ce  ceux  de  Pergame l’ont  achepté 
à grand  prix , pour  emposcher  les 
araignes  de  faire  leurs  toiles  dedans 
le  temple  d’Apollon,  et  les  oiseaux  d’y 
faire  leurs  nids,  estant  pendu  audit 
temple.  Estant  mort,  nulles  bestes 
sentant  1 odeur  de  sa  charongne,  n’o- 
sent le  toucher  pour  le  manger  : et 
si  par  fortune  ils  en  mangent,  ils 

1 Galien  , liure  de  la  theriaque  à Pison. — 
A.  P. 


meurent  subitement,  non  seulement 
pour  auoir  mangé  de  son  corps,  mais 
aussi  pour  auoir  mangé  des  bestes 
mortes  par  sa  morsure.  Pour  ces  rai- 
sons Lucain  escrit  : 

Le  Basilic  lout  seul  est  régnant  par  le  sable  , 

Où  sifflant  il  se  rend  à tout  autre  effroyable  : 
Plus  qu'vn  autre  venin  le  sien  est  dangereux  , 
Qui  chacun  va  chassant  du  regard  de  ses  yeux. 

Il  fait  mourir  les  herbes  et  arbris- 
seaux par  où  il  passe, non  seulement 
par  son  toucher,  mais  aussi  par  son 
haleine. 

Pline  dit 1 qu’en  Egypte  y a vne 
fontaine  nommée  Nigris,  près  de  la- 
quelle y a vn  animal  petit,  et  mal- 
aisé de  ses  membres,  qui  est  la  mort 
du  genre  humain.  Il  est  de  longueur 
de  douze  doigts,  et  est  orné  par  la 
teste,  comme  vn  diadesme,  d’vne  ta- 
che blanche:  son  corps  est  iaunastre. 
Lors  qu’il  rempe,  il  leue  la  partie  de 
deuant  de  son  corps,  et  la  porte 
droite,  ne  s’aidant  à cheminer  que 
de  celle  de  derrière.  La  région  Cyré- 
naïque le  produit.  Pline  dit  que  la 
belette  est  son  ennemie  mortelle,  et 
qu’elle  le  fait  mourir  de  sa  seule  ha- 
leine : qui  est  que  la  bonne  Nature 
n’a  iamais  voulu  laisser  vne  telle 
peste,  sans  vn  contraire  qui  est  la 
belette,  laquelle  a autant  de  force 
contre  le  basilic,  que  luy  mesme  a 
contre  les  hommes.  Aussi  que  le  lion, 
combien  qu’il  soit  hardy  et  furieux 
entre  tous  les  animaux,  craint  toutes- 
fois  le  coq,  qui  est  vne  besle  sans 
force  et  résistance  à comparaison. 

Erasistrate  dit  que  le  lieu  de  la 
morsure  du  basilic  tout  subit  deuient 
iaulne  comme  or,  et  le  corps  tout  en- 
flé, et  que  la  chair  des  muscles  tombe 
par  morceaux  toute  pourrie:  et  baille 


1 Pline,  lia.  S.  cliap.  SI.  — A.  P. 


des  venins. 


contre  son  venin  vue  drâgme  de  cas- 
torée  à boire  auec  du  vin  ou  du  suc 
de  pauot. 

Aëce  dit  estre  vue  chose  superflue 
que  (Tescrire  aucun  remede  contre  sa 
morsure,  d'autant  que  la  subite  dis- 
solution des  esprits  estant  faite,  il 
est  impossible  de  donner  remede  à 
temps. 


CHAPITRE  XXVli. 

DE  CERTAINS  SERPENTS  ESTRANGES- 

Iean  Leon  Africain  escrit  en  son 
liure  d’Afrique,  qu’à  Calicot  on 
trou ue  des  serpens  d’eslrange  façon, 
estans  de  la  hauteur  d’vn  gros  pour- 
ceau, ayans  la  teste  plus  grosse  et 
plus  hideuse,  et  quatre  pieds,  estans 
fort  dommageables  aux  habitons.  Il 
y en  a qui  sont  si  venimeux , que  par 
leur  morsure  la  personne  tombe  su- 
bitement morte.  Et  si  quelqu’vn  auoit 
tué  vne  de  ces  bestes,  le  roy  le  feroit 
mourir  comme  s’il  auoit  tué  vn  hom- 
me. Le  roy  et  les  habitons  du  pais  ont 
vne  folle  opinion  de  ces  bestes,  esti- 
mons qu’ils  sont  les  esprits  de  Dieu  , 
disant  que  si  ainsi  n’estoit , ils  n’au- 
roient  la  puissance  de  meltre  un 
homme  à mort  par  leur  simple  mor- 
sure : de  sorte  que  ces  animaux  ont 
ce  crédit  de  se  pourmener  parmy  la 
ville , connoissant  bien  ceux  qui  ne 
les  craignent  pas,  ausquels  ne  font 
aucun  mal.  Combien  (dit-il)  que  de 
son  temps  il  soit  aduenu,  que  par  vne 
nuict  l’vn  de  ces  animaux  entra  de- 
dans vne  maison  où  il  mordit  neuf 
personnes,  que  l’on  trouua  au  matin 
roides  mortes,  et  fort  enflées.  Et 
nonobstant  cela  , ils  ne  laissent  les 
auoir  en  grande  admiration , tellement 


que  si  en  allant  en  quelque  voyage  ils 
rencontrent  vne  de  ces  bestes,  ils  le 
repuient  de  bon-heur,  esperans  de 
cela  que  leurs  affaires  et  entreprises 
ne  peuuent  venir  qu’à  bon  port. 

Il  dit  plus,  qu’au  royaume  de  Sene- 
gua  y a des  serpens  longs  de  deux 
pas  et  plus,  et  n’ont  ailes  ny  pieds  : 
mais  ils  sont  si  gros  qu’ils  engloutis- 
sent vne  chéure  cnliere  sans  la  des- 
mcmbrer  : croyez-Ie  si  vous  voulez 


CHAPITRE  XX VIII. 

DE  LA  SALAMANDRE. 

La  Salamandre  ne  fait  seulement 
mourir  les  personnes  par  le  venin  de 
sa  morsure,  comme  les  autres  serpens 
venimeux  : mais  aussi  infecte  de  sa 
baue  les  fruicts  et  les  herbes  par  où 
elle  passe,  et  d’une  certaine  humeur 
espaisse  qui  lui  sort  de  tout  le  corps, 
comme  vne  sueur,  au  grand  danger 
de  ceux  qui  mangent  desdites  herbes, 
comme  on  a veu  par  expérience  en 
plusieurs  qui  en  sont  morts.  Par- 
quoy  ne  faut  trouuer  estrange  si 
aucuns  modernes  ont  dit,  qu’aucu- 
nes maisons  estojenl  entièrement  pe- 
ries  pour  auoir  beu  de  l’eau  despuys, 
dedans  lesquels  vne  salamandre  es- 
loit  par  fortune  tombée  sans  y pen- 
ser : car  si  elle  grimpe  sur  vn  arbre, 
elle  infecte  tout  le  fruict,ct  fait  mou- 
rir tous  ceux  qui  en  mangent,  de  la 
qualité  froide  et  humide  de  son  ve- 
nin , n’estant  en  rien  differente  de 
l’aconit. 

Aëce  dit  que  ceux  qui  auront  auallé 
du  venin  de  la  salamandre , il  sort 
• 

1 Cette  singulière  façon  d’exprimer  le 
doute  ne  se  lisait  pas  en  1579;  elle  n’a  été 
ajoutée  ici  qu’en  1585. 


3 1 8 


LE  VINGT -TROISIEME  LIVRE  , 


de  leurs  corps  taches  blanches,  puis 
noires , lesquelles  se  pourrissans,  font 
tomber  le  poil  de  tout  le  corps l. 

On  remedie  à leur  venin  par  vo- 
missemens  et  clysteres,  en  donnant 
aussi  du  theriaque  et  metliridat.  Aui- 
cenne  ordonne  mesmes  remedesqu’on 
donne  contre  l’opion , parce  qu’ils 
sont  tous  deux  de  nature  froide:  et 
pour  l’alexitere  propre  à tel  venin , 
c’est  la  terebenthine , le  storax,  la 
graine  d’ortie,  et  les  fueilles  de  cyprès. 

Dioscoride  dit  la  salamandre  est 
vne  espece  de  lezart  de  diuerses  cou- 
leurs : et  est  folie  de  dire  qu’elle  ne 
se  brusle  point  au  feu.  Pline  dit 
qu’elle  est  si  froide,  qu’elle  esteint 
le  feu  au  toucher  seulement , comme 
la  glace  2 : ce  qu’elle  fait  mise  sur  les 
charbons  , comme  on  feroit  vne  car- 
bonnade  qu’on  y voudroit  rostir. 
Toutesfois  Matthiole  dit,  qu’estant 
iettéeau  milieu  d’vne  grande  flamme, 
subit  est  consommée.  C’est,  dit-il, 
grande  folie  vouloir  croire  que  le  feu 
ne  la  peut  consommer,  et  qu’elle  en 
vit  comme  le  caméléon  de  l’air. 

La  salamandre  est  noire , semée  de 
grandes  taches  iaunes,  en  figure  d’es- 
toiles.  Elle  a vne  vertu  chaude,  corro- 
siue,et  vlceratiue  : on  en  vse  aux  rne- 
dicamens,  comme  des  cantharides , à 
faire  vessies,  pour  nettoyer  et  consom- 
mer les  matières  conjointes  en  quel- 
que partie  extérieure  du  corps  aux  lé- 
preux. 


CHAPITRE  XXIX. 

DE  LA  TORPILLE. 

La  torpille  est  ainsi  nommée,  à 
cause  qu’elle  rend  les  membres  en- 

1 Aèceliu.  18.-^  A.  P. 

1 Luire  10.  chap.  67.  — A.  P. 


dormis.  Elle  vit  aux  riuages  fangeux, 
de  chair  des  autres  poissons,  qu’elle 
prend  par  finesse  : car  estant  cachée 
dans  le  limon  , elle  rend  les  poissons 
qui  s’approchent  d’elle  tellement  en- 
dormis, eslourdiset  immobiles,  qu’elle 
les  prend , et  en  ioüit  à son  plaisir. 
Non  seulement  a ce6te  vertu  contre 
les  poissons,  mais  aussi  contre  les 
hommes  : car  si  vn  homme  luy  tou- 
che aucc  vne  verge,  elle  luy  endor- 
mira le  bras  : aussi  fait-elle  aux  pes- 
cheurs  qui  l’ont  prise  en  leurs  rets. 

Ce  que  tesmoigne  Pline  liure  xxxij. 
chap.  j Ce  qui  est  confirmé  par  le  docte 
seigneur  du  Bartas  au  cinquième  li- 
ure de  la  Sepmaine,  par  ces  vers  1 : 

La  Torpille,  qui  sçait  qu’elle  porte  en  son  flanc 
Vn  byuer  insensible , vn  pestiféré  sang , 

Vn  inconnu  panot,  vne  baleine  cruelle, 

Qui  roidit  tous  les  corps  qui  s'auoisinent  d'elle  : 
Verse  traîtreusement  sur  les  proches  poissons 
le  ne  sçay  quels  venins,  ie  ne  sçay  quels  glaçons, 
Dont  l'estrange  vertu  s’espandant  par  les  ondes 
X’arreste  seulement  leurs  troupes  vagabondes, 
Ains  mesme  endort  leurs  sens  : puis  se  paist  de 

leurs  corps, 

Dont  les  membres  gelés  sont  et  morts  , et  non 

morts. 


CHAPITRE  XXX. 

DE  LA  MOK8VRE  D’ASPICS2. 

La  playe  de  l’aspic  estpetiteeomme 
la  piqueure  d’vne  aiguille,  et  ne  fait 
aucune  enfleure.  Les  accidens  qui 
aduiennent  après  la  morsure  , sont, 
que  les  malades  se  sentent  lost  après 

1 Ces  citations  de  Pline  et  de  Dubartas 
n’ont  été  ajoutées  ici  qu’en  1685. 

2 Ce  cbapilre  est  exactement  copié  du 
chap.  14  de  1575,  sauf  le  dernier  paragraphe, 
qui  est  d’une  date  plus  récente. 


DES  VENINS. 


la  veuë  troublée  , et  plusieurs  dou- 
leurs par  le  corps  assez  legeres,  et 
sentent  douleurs  à l’estomacb,  et  la 
peau  du  front  se  ride,  et  le  malade  cli- 
nolte  tousiours  les  yeux  , comme  s’il 
auoit  vouloir  de  dormir  : et  tost 
après,  et  le  plus  souuent  dedans  trois 
iours  , autres  en  huit  heures,  meurt 
en  conuulsion,si  on  n’y  donne  ordre. 
Le  masle  fait  deux  piqueures  , et  la 
femelle  quatre,  comme  font  les  vi- 
pères. 

Or  le  venin  de  l’aspic  fait  congeler 
le  sang  és  veines  et  arteres  : et  par- 
tant faut  donner,  pour  contrariera 
iceluy  , choses  calefactiues  et  de  té- 
nue substance , comme  eau  de  vie  en 
laquelle  on  aura  dissout  theriaque  ou 
methridat,  et  autres  semblables  : 
aussi  on  en  appliquera  dedans  la 
playe,  et  fera  l’on  eschauffer  le  pa- 
tient par  bains  , frictions  et  annula- 
tions, et  autres  semblables.  Lors  que 
la  partie  morse  deuient  purpurée, 
noire  ou  verdoyante , telle  chose  de- 
monstre  que  la  chaleur  naturelle  est 
suffoquée  et  esteinte  par  la  malignité 
du  venin  : alors  la  faut  amputer  s’il 
est  possible  , et  que  les  forces  le  per- 
mettent. 

De  Yigoen  sa  Pratique  de  Ch  irurgie , 
dit  auoir  veu  à Florence  vn  charla' 
tan  Triacleur,  lequel  pour  mieux 
vendre  son  theriaque,  se  fit  mordre 
à vn  aspic  , de  laquelle  morsure  il 
mourut  en  quatre  heures.  Matthiole 
semblablement  le  recite  , et  dit  qu’ils 
estoient  deux  charlatans  , dont  l’vn 
habloit  et  haranguoit  mieux  que 
l’autre  pour  mieux  faire  valoir  ses 
denrées , lequel  conceut  vne  enuie 
mortelle  contre  son  compagnon  : par- 
quoy  trouua  moyen  de  luy  changer 
son  aspic , qui  auoit  ja  perdu  sa  viru- 
lence par  la  longue  nourriture,  et 
l’ayant  osté  de  sacassole,  y en  mit  vn 


3l9 

autre  recentement  pris  et  tout  affamé. 
Dont  aduint  que  ce  habladour  pen- 
sant que  ce  fust  le  sien,  se  fit  mordre 
au  tetin,  ainsi  qu’il  auoit  de  eous- 
tume,  etprint  après  de  son  theriaque, 
lequel  ne  luy  seruoit  qu’à  donner 
couleur  pour  abuser  et  tromper  le 
peuple , qui  voyant  ceste  beste  le 
mordre  sans  en  ressentir  aucune  of- 
fense, couroit  après  luy,  estimant 
son  theriaque  souuerain.  Mais  le 
pauure  charlatan  trompé  par  son 
compagnon  , qui  luy  auoit  changé  sa 
beste  priuée  et  altérée  de  son  venin , 
en  moins  de  quatre  heures  laissa  la 
vie  : et  les  accidens  qui  luy  suruin- 
drent , furent  qu  il  perdit  la  veuë  , et 
tousses  autres  sens  : sa  face  deuint 
liuide,  et  la  langue  fort  noire:  et  eut 
grand  tremblement  de  tous  ses  mem- 
bres, auec  sueur  froide  et  défaillance 
de  cœur,  puis  la  mort,  et  ce  en  la  pré- 
sence des  assistans  : et  subit  le  meur- 
trier gaigna  au  pied. 

Matthiole  dit  que  ces  charlatans 
triacleurs,  pour  tromper  le  peuple  à 
mieux  vendre  leur  theriaque , pren- 
nent aspics  et  viperes,  longtemps 
après  le  printemps,  lors  qu’ils  ont 
ieîté  le  plus  dangereux  de  leur  venin  : 
puis  les  appriuoisent  par  viandes  non 
aecoustumées,  el  leur  font  changer 
en  partie  la  nature  venimeuse  : et 
après  ce,  les  font  mordre  dedans  de 
gros  morceaux  de  chair,  à fin  de  tirer 
leur  venin  enclos  en  vne  petite  mem- 
brane qui  est  entre  leurs  dents  et 
genciues  : puis  ils  leur  font  remordre 
sur  l’heure  quelque  composition,  qui 
leur  estouppe  les  conduits  par  les- 
quels le  venin  a de  coustume  de  sor- 
tir : tellement  qu’ après  qu’elles  mor- 
dent , leur  morsure  n’apporte  aucun 
danger.  Et  par  ce  moyen  ces  larrons 
et  pipeurs  de  charlatans  se  font  ad- 
mirer au  simple  peuple,  auquel  ils 


LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE, 


320 

vendent  leur  theriaque  falsifié  bien  et 
chèrement  *. 

Christofle  l’André  , en  son  iiure  in- 
titulé Occoialrie , dit  qu’aux  isles 
d’Espagne  y a grande  multitude  de 
serpens , aspics  et  autres  bestiaux 
veneneux  , contre  la  morsure  des- 
quels iamais  le  thériaque  ne  peut  ser- 
uir  : et  par  expérience  on  a trouué  ce 
remede  Ires-excellent. 

Prenez  des  feuilles  de  Tapsus  barbatus,  ca- 
ryophy llata  , giroflier  rouge,  autant  d’vn 
que  d’autre  : faites  les  bouillir  en  fort 
vinaigre  et  vrine  d’homme  bien  sain,  et 
en  fomentez  la  partie. 

Et  si  le  venin  a esté  ja  long  temps 
gardé,  faut  que  le  malade  boiue 
quatre  doigts  de  ladite  décoction  à 
ieun,  deux  heures  deuant  manger. 
Ledit  autheur  iure  Dieu  , que  tel  re- 
mede est  bien  expérimenté , et  qu’il 
s’oseroit  bien  faire  mordre  au  plus 
dangereux  aspic , sans  en  receuoir 
aucun  mal. 


CHAPITRE  XXXI. 

DE  LA  M0RSVRE  DE  COVLEVVRE2. 

Quant  est  de  la  morsure  de  la  cou- 
leuure  , ie  produiray  icy  vue  histoire. 

Le  Roy  estant  à Moulins , M.  le 
Féure  Médecin  ordinaire  du  roy, 
M.  laques  le  Roy,  chirurgien  ordi- 
naire dudit  seigneur,  et  moy , fusmes 
appellés  pour  medicamenler  le  cuisi- 

1 Ici  finissait  le  chapitre  en  1575;  le  reste 
est  de  1579. 

* Ce  chapitre  est  entièrement  le  même 
quelechap.  15  du  livre  de  1575. 


nier  de  madame  de  Castelpers,  le- 
quel en  cueillant  en  vue  haye  du 
houblon  pour  faire  vne  salade,  fut 
mords  d’vne  couleuure  sur  la  main  , 
et  sueça  le  sang  de  la  playe,  dont  tost 
après  la  langue  s’enfla  si  fort  qu’il  ne 
pouuoit  qu’à  bien  grand’peine  parler 
ny  estre  entendu.  D’auantage  tout  le 
brasiusqu’à  l’espaule  s’enfla  et  bour- 
sonffla  grandement,  de  façon  qu’on 
eust  dit  qu’on  l’auoit  soufflé  : et  di- 
soit le  patient  y sentir  vue  extreme 
douleur,  et  tomba  en  nos  présences 
deux  fois  en  défaillance  de  cœur, 
comme  estant  mort , et  auoil  la  cou- 
leur du  visage  et  de  tout  le  corps 
iaunastre  et  plombine.  Nous  , voyans 
tels  accidens,  disions  la  mort  estre 
prochaine  : neantmoins  il  ne  fut  laissé 
sans  secours  : qui  fut  luy  lauer  la 
bouche  de  theriaque  destrempé  en 
vin  blanc,  puis  luy  en  fut  donné  à 
boire  auec  eau  de  vie.  Et  sur  son  bras 
boursouffié,  ie  luy  fis  plusieurs  scari- 
fications assez  profondes  , et  mesme- 
inent  sur  la  morsure  , et  laissay  suf- 
fisamment Huer  le  sang  ( qui  n’estoit 
qu’vne  sérosité;:  puis  après  furent 
lauées  d’eau  de  vie  en  laquelle  i’auois 
fait  dissoudre  du  theriaque  et  me- 
(hridat.  Et  après  le  patient  fut  posé 
dedans  vn  lit  bien  chaudement , et  le 
fit -on  suer,  le  gardant  de  dormir, 
de  peur  que  le  venin  ne  se  retirast 
auec  la  chaleur  naturelle  au  cœur.  Et 
véritablement  le  lendemain  tous  les 
accidens  furent  cessés,  et  fut  tost 
après  guari  desdiles  scarifications . 
Toulesfois  l’vlcere  de  la  morsure  fut 
tenue  longuement  ouuerte,  y appli- 
quant tousiours  du  theriaque  auecles 
autres  medicamens.  Ainsi  ledit  cuisi- 
nier receut  entière  et  parfaite  gua- 
lison. 

Et  te  suffise  de  cesle  histoire  pour 
preuoir  à la  morsure  de  la  couleuure. 


DÛS  VENINS. 


CHAPITRE  XXXII. 

DE  LA  S10RSVRE  DV  CRAPAVT1. 

Encores  que  les  crapaux  n’ayent 
des  dents,  neantmoins  ne  laissent 
d’empoisonner  la  partie  qu’ils  mor- 
dent de  leurs  babines  et  genciues,  qui 
sont  aspres  et  rudes,  faisans  passer 
leur  venin  par  les  conduits  de  la  par- 
tie qu’ils  mordent.  Aussi  iettent  leur 
venin  par  leur  vrine , baue  et  vo- 
missement sur  les  herbes,  et  princi- 
palement sur  les  fraises,  dont  ils  sont 
fort  friants.  Et  ne  se  faut  esmerueil- 
ler  si,  après  auoir  pris  de  tel  venin, 
les  personnes  meurent  de  mort  subite. 
Dont  en  cest  endroit  ne  veux  laisser 
en  arriéré  vne  histoire,  que  depuis 
peu  de  iours  vu  homme  d’honneur 
m’a  récité. 

Deux  marchans  estans  à vne  dis- 
née prés  de  Toulouse,  s’en  allèrent  au 
iardin  de  leur  hoste  cueillir  des  fueil- 
les  de  sauge , lesquelles  mirent  en 
leur  vin  sans  estre  lauées  : et  deuant 
qu’ils  eussent  acheué  de  disner , per- 
dirent la  veuë , ayans  premièrement 
vne  verligine , tellement  qu  il  leur 
sembloit  que  la  maison  tournast  sens 
dessus  dessous:  et  tombèrent  en 
spasme  et  défaillance  de  cœur,  ayans 
les  léures  et  la  langue  noire,  et  bal- 
butioient,  et  auoient  le  regard  hi- 
deux et  de  trauers,  ayans  vne  sueur 
froide  auec  grands  vomissemens,  et 
enflerent  bien  fort,  et  peu  après  mou- 
rurent : dont  l’hoste  et  generalement 
tous  ceux  de  la  maison  furent  bien 

i Ce  chapitre  répond  mot  pour  mot  au 
chap.  16  de  l’édition  de  1575,  sauf  quelques 
additions  à la  fin,  qui  sont  d une  date  plus 
récente. 


321 

fort  estonnés.  Et  tost  après  on  les 
saisit  et  les  mit-on  en  prison , leur 
mettant  sus  auoir  empoisonné  les 
deux  marchands.  Et  les  ayant  tous 
inlerrogués  sur  le  crime  qu’on  leur 
imposoit  de  les  auoir  empoisonnés, 
dirent  qu’ils  auoient  mangé  et  beu 
de  mesmes  viandes  , reste  qu’ils  n’a- 
uoient  mis  de  la  sauge  en  leur  vin. 
Adonc  le  iuge  fit  appeler  vn  Médecin 
poursçauoir  si  on  pouuoit  empoison- 
ner la  sauge  : et  dit  que  ouy,  et  qu'il 
falloit  aller  au  iardin , pour  sçauoir 
si  on  pouuoit  apperceuoir  quelque 
beste  venimeuse,  qui  peust  auoir  ietlé 
son  venin  dessus.  Ce  que  véritable- 
ment on  trouua,  qui  estoit  grand 
nombre  de  crapaux  gros  et  petits,  les- 
quels estoient  logés  en  vn  trou  sous 
la  sauge,  assez  profondément  en  terre, 
et  les  fit-on  sortir  en  fouillant  et  iel- 
tant  de  l’eau  chaude  autour  de  leur 
demeure.  Et  là  fut  conclu  que  la 
sauge  estoit  empoisonnée  , tant  par 
la  baue  que  de  T vrine  des  crapaux 
et  l’hoste  auec  sa  famille  absoult. 

Et  partant  nous  recueillirons  par 
ceste  histoire,  qu’on  ne  doit  manger 
aucunes  herbes,  ny  des  fraises,  que 
premièrement  elles  n’ayent  esté  bien 
lauées:  et  aussi  que  l’exhalation, 
morsure,  baue , et  vrine  des  crapaux 
sont  fort  venimeuses.  Pareillement  il 
se  faut  bien  garder  de  dormir  aux 
champs , ayans  la  bouche  prés  de 
quelque  trou  où  les  crapaux  et  au- 
tres bestes  venimeuses  font  leur  de- 
meure, de  peur  d’attirer  leur  venin 
en  respirant,  qui  pourroit  estre  cause 
de  la  mort  du  dormant.  Aussi  faut 

1 J’ai  adopté  en  cet  endroit  le  texte  uni- 
forme de  toutes  les  éditions  faites  du  vivant 
de  l’auteur.  Il  est  bon  de  noter  cependant 
que  la  première  édition  posthume  ajoutait  : 
el  par  leur  vapeur  venimeuse. 


III. 


21 


LE  YINGT-TROJSIÉME  LIVRE 


322 

euiter  de  manger  des  grenouilles  au 
mois  de  May,  à cause  que  les  crapaux 
fiaient  auec  elles  : ce  qu’on  voit  à 
l’œil  au  mois  de  May,  aux  marests  et 
autres  lieux  où  elles  habitent.  Il  y en 
a de  petiîs,  quisont  quelquesfoisaual- 
lés  des  bœufs  et  vaches  auec  les  her- 
bes qu'ils  paissent , et  tost  après  il 
leur  suruient  vne  telle  enfleure  de 
tout  le  corps,  qu’ils  en  creuent  le 
plus  souuent. 

Or  ce  venin  n’est  seulement  dange- 
reux pris  par  dedans,  mais  aussi  es- 
tant attaché  au  cuir  par  dehors,  ainsi 
qu’il  aduient  lors  qu’ils  iettent  leur 
venin  quand  on  les  tue  ou  autrement. 
Parquoy  il  faut  promptement  essuyer 
et  lauer  le  lieu  d’vrine , ou  d’eau  sa- 
lée, ou  autres  choses  qui  ont  esté  cy 
dessus  déclarées  aux  morsures  des 
chiens  enragés. 

Lesaccidensqui  aduiennent  de  leur 
venin  sont,  que  le  malade  deuient 
iaune , et  tout  le  corps  luy  enfle,  en 
sorte  qu’il  ne  peut  auoir  son  haleine, 
et  halette  comme  vn  chien  qui  a gran- 
dement couru  : parce  que  le  dia- 
phragme (principal  instrument  de  la 
respiration)  ne  pouuant  auoir  son 
mouuement  naturel,  redouble  incon- 
tinent, et  fait  haster  le  cours  de 
la  respiration  et  expiration.  Puis 
luy  viennent  d’abondans  vertigines, 
spasme,  défaillance  de  cœur,  et  après 
la  mort , s’il  n’est  promptement  se- 
couru. Ce  qui  aduient  non  à raison 
de  la  qualité  de  leur  venin,  lequel  est 
froid  et  humide,  mais  de  sa  malignité 
particulière,  laquelle  pourrit  les  hu- 
meurs. 

Or  d’autant  que  ce  venin  est  en- 
ncmy  mortel  de  toute  sa  substance,  il 
le  faut  combattre  tant  par  qualités 
manifestes,  que  par  antidotes  ou  con- 
trepoisons. Qui  se  fera  par  voraisse- 


roens  (principalement  si  le  venin  est 
donné  par  boire  ou  manger)  par  clys- 
teres,  et  toutes  choses  chaudes  et  de 
subtiles  parties,  comme  bon  vin  au- 
quel on  aura  dissout  theriaque  ou 
melhridat,  et  autres  choses  qu’auons 
parcy  deuanl  déclarées  aux  morsures 
des  chiens  enragés.  Aussi  Jes  bains, 
estimes,  et  grand  exercice  sont  à 
louer,  à fin  de  dissoudre , sublilier  et 
euacuer  l’humeur  venimeux  t. 

Rondelet  en  l’Histoire  des  Poissons 
dit  que  le  crapaut  est  vestu  d’vne 
grosse  peau  dure,  et  mal-aisée  à per- 
cer et  rompre,  parce  qu’il  se  coutle  et 
enfle,  se  remplissant  d’air  , au  moyen 
de  quoy  il  résisté  aux  coups  : peu 
souuent  mord,  mais  il  iette  vne  vrine 
et  haleine  venimeuse  à ceux  qui  le 
sentent , demeurans  enflés  par  tout 
le  corps,  et  bienlost  meurent.  Il  dit 
auoir  veu  vne  femme  qui  mourut  pour 
auoir  mangé  des  herbes  sur  lesquelles 
vn  crapaut  auoit  baleiné  et  ietté  son 
venin.  Les  mecüans  bourreaux  em- 
poisonneurs en  font  plusieurs  venins, 
lesquels  il  faut  plutost  taire  que 
dire. 

Iceluy  a la  vessie  fort  grande,  où 
il  garde  quantité  d’vriue,  qu’il  iette 
contre  ceux  quil’assaillent.  Les  alexi- 
teres  et  contrepoisons  sont,  boire  du 
jus  de  betoine,  de  plantain  et  d’ar- 
moise : pareillement  le  sang  de  tor- 
tue, auec  farine,  et  réduit  en  pilules, 
puis  deslrempé  auec  du  vin. 

Pline  dit  que  leur  ratle  et  cœur  ré- 
sisté contre  leur  venin. 

L’opinion  du  vulgaire  est  fausse, 
pensant  qu’on  trouue  dedans  leur 
teste  vne  pierre  nommée  crapaudine , 
bonne  contre  le  venin. 

1 Là  finissait  te  chapitre  en  1575;  tout  ce 
qui  suit  a été  ajouté  en  1579. 


DES  VENINS. 


CHAPITRE  XXXIII. 

DE  LA  PIQVEVRE  DV  SCORPION 
TERRESTRE  ‘. 

Le  scorpion  est  vne  petite  beste 
ayant  le  corps  en  oualle,  et  a plu- 
sieurs pieds,  et  la  queue  longue,  faite 
en  maniéré  de  patenostres  attachées 
bout  à bout  l’vne  contre  l’autre,  la 
derniere  plus  grosse  que  les  aulres  et 
vn  peu  plus  longue  , à l’exlremité  de 
laquelle  il  y a vn  aiguillon,  et  aucuns 
en  ont  deux,  lesquels  sont  creux,  rem- 
plis de  venin  froid,  par  lesquels  ils  iet- 
tenl  leur  venin  dedans  la  playe  qu’ils 
piquent.  lia  de  chaque  coslécinq  Jam- 
bes fourchues  en  manière  de  tenailles  : 
les  deuxdedeuant  sontbeaucoupplus 
grandes  que  les  autres,  et  faites  en 
maniéré  de  celles  d’vne  escreuisse.  11 
est  de  couleur  noirastre  , comme  de 
couleur  de  suye  : il  chemine  de  biais: 
il  s’attache  si  forlauec  le  bec  et  pieds 
contre  les  personnes,  que  bien  diffi- 
cilement on  le  peut  arracher.  Aucuns 
ont  des  ailes  semblables  à celles  des 
sauterelles  qui  mangent  les  bleds, 
qui  ne  sont  trouués  en  France  : et 
iceux  volent  de  région  en  autre,  ainsi 
qu’on  voit  des  fourmis  volans.  Ce  qui 
est  vray-semblable , parce  que  les 
paysans  de  Castille  (ainsi  qu’cscrit 
Matlhiolus)  en  labourant  la  terre, 
trouuent  souuent  en  lieu  de  fourmi- 
lières, vne  bien  grande  quantité  de 
scorpions  qui  s’y  retirent  l’hyuer. 
Pline  escrit1  2 qu'en  Ethiopie , y a vn 
grand  pays  desert  pour  raison  des 

1 Ce  chapitre  répond  presque  mot  pour 
mot  au  chap.  17  du  livre  primitif,  qui  por- 
tait seulement  pour  titre  : De  la  piqueur e du 
scorpion. 

2 Pline,  Nu.  8.  chap.  29.  — A.  P. 


3‘i3 

scorpions , qui  n’y  ont  laissé  ny  gens 
ny  bestes. 

Les  anciens  font  plusieurs  especes 
et  différences  de  scorpions , lesquels 
sont  distingués  selon  les  diuersités 
de  couleurs,  comme  iauncs,  roux, 
cendrés,  verds,  blancs,  noirs  : les  vns 
ayans  des  ailes,  les  aulres  point.  Ils 
sont  plus  ou  moins  mortels,  selon  les 
régions  où  ils  habitent,  comme  en  la 
Toscane  et  en  Scylhie  sont  fort  veni- 
meux : en  autres  régions  comme  en 
l’isle  de  Pharo  et  à Trente  >,  leur  pi- 
queure  n’est  venimeuse,  et  n’en  ad- 
uient  aucun  mauuais  accident. 

Il  suruient  inflammation  en  la  par- 
tie offensée,  aucc  grande  rougeur, 
dureté,  tumeur  et  douleur , laquelle 
se  change,  à sçauoir  , tantost  chaude 
et  tantost  froide  : aussi  accroist  in- 
tempestiuement , et  par  interualle 
cesse , puis  tost  après  accroist  : pa- 
reillement le  malade  a vne  sueur  et 
frissonnement,  comme  ceux  qui  ont 
la  fiéure,  et  a vne  horripilation,  c’est 
à dire  que  les  cheueux  luy  dressent. 
Il  sent  aussi  des  ponctions  parmy  le 
corps,  comme  si  on  le  piquoit  aucc 
aiguilles,  et  grande  quantité  de  vents 
par  le  siégé  : il  a volonté  de  vomir,  et 
aller  à ses  affaires,  et  n’y  peut  toutes- 
fois  aller  : et  tombe  en  défaillance  de 
cœur,  fiéure  continue,  et  dénient  en- 
flé : et  si  on  ne  luy  donne  secours,  la 
mort  s ensuit. 

Àntonius  Beniuenius  au  liure  1, 
chap.  50,  dit  auoir  eu  vn  seruiteur, 
lequel  fut  piqué  d’vn  scorpion,  et  tout 
subit  luy  suruint  vne  sueur  froide 
comme  glace  : fut  preserué  de  la 
mort  en  beuuant  du  theriaque  dissout 
en  vin  2. 

1 Edition  de  1575  : et  aux  régions  froides, 
comme  à Trente. 

2 Cette  citation  de  Benivenius  est  une  ad- 
dition de  1585. 


3 '2  X LE  VlKGT-TllOISlÉMË  LIVRE 


Dioscoride  liure  2,  chapitre  10  *,  dit 
que  le  scorpion  terrestrecrudescaché 
ou  broyé,  et  mis  sur  la  piqueure,  ou 
l'huile  d’iceluy,  est  son  vray  alexitere. 
On  le  mange  aussi  rosti  et  bruslé 
pour  ce  mesme  effect,  de  quoy  l’expe- 
rience  fait  foy. 

Autre  remede.  Prenez  laict  de  figuier, 
et  instillez  en  la  playe  : tel  remede 
guarit  promptement. 

Autre.  Prenez  calament  broyé,  et 
appliquez  dessus.  Aussi  la  farine 
d'orge  incorporée  en  décoction  de  rue 
et  appliquée  dessus. 

Et  pour  remede  excellent,  il  se  faut 
ietler  dedans  vn  bain,  et  se  faire  tres- 
bien  suer.  Pour  seder  la  douleur 
promptement,  il  faut  piler  des  escar- 
gots auec  leur  coquille,  et  les  appli- 
quer dessus  la  piqueure.  Aussi  le  soul- 
phre  vif  puluerisé,  et  incorporé  auec 
terebenthine,  est  souuerain  remede. 
La  rue  pilée , et  appliquée  dessus,  est 
bonne.  Aussi  pour  vn  singulier  re- 
mede on  y applique  l’herbe  nommée 
Scorpioïdes , dont  on  a pris  le  nom. 

Autre  remede.  Racine  de  couleurée 
boulue,  et  pilée  auec  vn  peu  de  soul- 
phre. 

Autre.  Les  aulx  pilés , soulphre  et 
huile  vieille  meslés  ensemble  elappli- 
pliqués  dessus. 

Autre.  L’agaric  puluerisé  ou  en  dé- 
coction, cure  leur  piqueure. 

Pour  les  chasser,  il  faut  faire  suf- 
fumigation  de  soulphre  et  galbanum. 
L’huile  aussi  faite  d’iceux,  appliquée 
aux  trous  où  ils  habitent,  garde  qu’ils 
n’en  peuuent  sortir.  Autant  en  fait  le 
jus  de  raifort2.  Et  pour  les  garder 
qu’ils  n’approchent  et  piquent  per- 

1  L’édition  de  1675,  au  lieu  de  Dioscoride, 
citait:  Matheolus,  liure  deuxieme. 

2 Le  livre  de  1575  ajoutait  : et  de  laid,  et 
huille  faite  d’iceux.  Je  ne  sais  ce  qu’il  enten- 


sonne,  il  se  faut  frotter  de  jus  de  rai- 
fort ou  d’aulx  : car  par  ce  moyen  ja- 
mais n’approchent  de  celuy  qui  s’en 
sera  frotté. 

Plusieurs  autres  remedes  ont  escrit 
les  anciens,  mais  ie  n’ay  pris  que  ceux 
qu’on  peut  aisément  recouurer,  et 
sont  grandement  loués  par  dessus 
tous  autres. 


CHAPITRE  XXXIV. 

DE  LA  MORSVRE  ET  PTQVEVRE  DES 
MOVSCHES  ET  CHENILLES1. 

Les  abeilles  ou  auettes,  les  gues- 
pes,  les  freslons,  les  bourdons,  les  ta- 
lions, après  auoir  fait  ouuerture  au 
cuir,  les  vnes  par  leur  morsure,  les 
autres  parleur  piqueure,  causent  vne 
grande  douleur  pour  la  malignité  du 
venin  qu’elles  iettent  en  la  playe,  la 
quelle  loulesfois  n’est  pas  tousiours 
mortelle  : vray  est  que  se  iettans  icel- 
les bestes  en  grand  nombre  sur  vn 
homme,  elles  le  peuuent  tuer  : car  on 
en  a mesme  veu  mourir  lesebeuaux. 

Ceux  qui  en  sont  inopinément  of- 
fensés, pour  la  grande  douleur  qu’ils 
sentent,  estiment  que  ce  soit  quelque 
autre  beste  venimeuse  : et  pour  ceste 
cause  il  est  bon  sçauoir  les  signes  et 
accidens  de  leur  pointure  C’est  qu’ils 

dait  par  le  jus  de  lait,  à moins  qu’il  ne 
faille  lire  : et  te  laid;  dans  tous  tes  cas,  ceci 
a été  rayé  dès  1579. 

1 Ce  chapitre  est  formé  de  la  réunion  de 
deux  chapitres  du  livre  de  1575,  le  18', 
ayant  pour  titre  : De  la  morsure  et  de  la  pi- 
queure des  rnousches;  et  le  19',  intitulé  : De 
la  morsure  des  chenilles.  Il  n’y  a du  reste  ab- 
solument rien  de  changé  au  texte  primitif, 
si  ce  n’est  une  petite  addition  qui  sera  notée 
plus  bas. 


DES  VENINS. 


3a5 


causent  grande  douleur,  laquelle  de- 
meure iusques  à ce  que  leurs  dents 
ou  piquerons  soyent  oslés:  et  le  lieu 
dcuient  promptement  rouge  et  enflé 
à l’entour,  et  s’y  forme  vne  vessie, 
pour  cause  de  la  virulence  qu’elles 
ietteut  ayans  fait  ouuerture  du  cuir. 

Pour  la  curation,  il  faut  prompte- 
ment sucer  le  lieu  le  plus  fort  que 
l’on  pourra,  pour  oster  leurs  dents  ou 
aiguillons  : et  si  par  ce  moyen  ne 
peuuentestre  extraites,  faut  inciser  le 
lieu  (si  la  partie  le  permet)  ou  pren- 
dre cendres  et  leuain  et  huile  incor- 
porés ensemble,  et  l’appliquer  dessus. 

Autreremede.  Il  faut  mettre  la  partie 
en  eau  chaude  et  la  bassiner  par  l’es- 
pace de  demie  heure  ou  plus,  et  après 
lauer  la  playe  d’eau  sallée. 

Autre.  Le  cresson  pilé  et  appliqué 
dessus  sede  la  douleur,  et  résout  l’hu- 
meur contenu  en  la  tumeur.  Autant 
en  fait  la  fiente  de  bœuf  destrempée 
en  huile  et  vinaigre,  et  appliquée  as- 
sez chaude  dessus. 

Autre.  Féues  maschées  et  appli- 
quées dessus,  sedent  pareillement  la 
douleur.  Aussi  fait  la  berle  pilée  auec 
oxycrat.  Aucuns  commandent  pren- 
dre desdites  mouches  et  les  escacher 
et  en  frolter  le  lieu,  et  les  laisser  des- 
sus, ainsi  qu’on  fait  aux  piqueures  de 
scorpions. 

Autre.  Faut  prendre  vinaigre,  miel 
et  sel,  et  le  plus  chaud  qu’on  pourra 
en  frolter  le  lieu,  et  y laisser  vn  linge 
en  double  dessus. 

Autre.  Prenez  soulphre  vif  pulue- 
risé,  et  incorporé  en  saliue  d’homme, 
et  appliquez  dessus. 

Autre.  Laict  de  figues  non  meures, 
incorporé  auec  du  miel,  est  aussi  vn 
souuerain  remede. 

On  peut  estre  asseuré  sur  tous  re- 
medes,  du  theriaque  (que  Galien  ap- 
prouue  au  liure  De  theriaca  ad  Piso- 


nem)  le  disant  estre  le  plus  salubre 
remede  dont  on  puisse  vser  aux  pi- 
queures et  morsures  des  bestes  veni- 
meuses, comme  i’ay  dit  cy  dessus. 

Pour  garder  que  lesdiles  mouches 
ne  mordent  et  piquent,  il  se  faut  oin- 
drelecorps  de  jus  de  maulue  incor- 
poré auec  huile  : et  pour  les  chasser 
bientosf,  il  faut  faire  parfum  de  soul- 
pbreet  d’aulx  l. 

Galien  dit  que  la  guespe  a ceste 
malice,  que  voyant  vne  vipere  morte, 
elle  s’en  va  tremper  son  aiguillon  au 
venin  d’icelle,  et  de  là  i dit-il)  les 
hommes  ont  appris  à empoisonner  les 
fléchés. 

Les  chenilles  rousses  et  velues,  ap- 
pellées  en  latin  Multipedes , engen- 
drent grande  démangeaison,  rougeur 
et  tumeur  au  lieu  qu’elles  mordent, 
où  seront  attachées  ou  escachées  : et 
celles  qui  seront  nourries  és  pins  en- 
cores  plus.  Les  oignons  pilés  auec  vi- 
naigre est  vn  singulier  remede  pour 
appliquer  au  lieu,  et  pareillement  les 
autres  remedes  qu’auons  escrit  aux 
morsures  et  piqueures  des  mousches. 


CHAPITRE  XXXV. 

DE  LA  MORSVRE  DES  ARAIGNES2. 

Les  araignes  ourdissent  leur  toile 
de  diuerse  façon,  et  y font  vn  petit 
trou,  dans  lequel  sont  tousiours  en 
embuscade  pour  attraper  et  prendre 
les  mousches  et  mouscherons,  des- 
quels elles  se  nourrissent.  Il  y en  a de 

1 Ici  se  terminait  le  chapitre  18  du  livre 
de  1575  ; ie  paragraphe  qui  suit  est  de  1579, 
et  le  dernier  paragraphe  constituait  à lui 
seul  le  chap.  19  du  livre  primitif. 

2 Ce  chapitre  est  textuellement  le  même 
que  le  20e  chapitre  du  livre  de  1575. 


3sG 


LE  VINGT-TROISIÈME  LIVRE, 


plusieurs  especes  : l’vne  est  appellée 
Rhagion,  laquelle  est  ronde  et  de  cou- 
leur noire,  comme  vn  grain  de  raisin 
dont  elle  porte  le  nom  : elle  a la  bou- 
che au  milieu  du  ventre,  et  les  iam- 
bes  courtes,  et  fait  mesme  douleurque 
le  scorpion.  Il  y en  a vne  autre  espece 
nommée  Loup,  pour-ce  qu’elle  ne 
chasse  seulement  aux  mouschescom- 
munes,  mais  aussi  aux  abeilles  et  aux 
talions,  el  generalement  à toutes  peti- 
tes bestioles  qu’elle  peut  attraper  en  sa 
toile.  La  troisième  espece  est  appellée 
Formillon^  pource  qu’elle  ressemble  a 
vne  grande  formis,  et  est  noire,  et  a 
le  corps  marqueté  de  certaines  peti- 
tes esloiles  luisantes,  et  principale- 
ment vers  le  dos.  La  quatrième  es- 
pece est  appellée  de  Malthiolus  Dys- 
deris,  et  est  semblable  aux  mousches 
guespes,  reste  qu'elle  n’a  milles  ailes, 
et  est  de  couleur  aucunement  rouge, 
laquelle  ne  vit  que  d’berbes. 

Or  les  anciens  tiennent  que  leur 
morsure  est  fort  venimeuse,  et  que  le 
venin  est  froid,  parce  que  les  acci- 
dens  qui  en  prouiennent  sont  grandes 
ventosités  au  ventre  et  froideur  des 
extrémités  : el  au  lieu  de  leur  mor 
sure  le  malade  sent  vne  stupeur  et 
vne  grande  réfrigération,  et  a vne 
grande  horripilation. 

Il  faut  lauer  la  playe  promptement 
de  vinaigre  le  plus  chaud  qu’on  le 
pourra  endurer.  Pareillement  faut 
piler  des  aulx  et  oignons  el  les  appli- 
quer dessus  : ou  bien  de  la  fiente  de 
chéure  fricassée  en  vinaigre.  Sembla- 
blement est  bon  qu’on  prouoque  la 
sueur,  soit  par  bains,  estuues,  ou  au- 
trement. Et  sur  tout  le  theriaque  est 
excellent , tant  donné  par  dedans 
qu’appliqué  par  dehors. 


CHAPITRE  XXXVI. 

DES  H10VSCHES  CANTHARIDES  *. 

m 

Les  mousches  cantharides  sont  res- 
plendissantes comme  or,  et  sont  fort 
belles  à voir,  à raison  de  leur  couleur 
azurée  parmy  le  iaune,  loutesfois  de 
tres-mauuaise odeur.  Elles  sont  chau- 
des et  seiches  iusques  au  quatrième 
degré,  et  parlant  corrosiues,  brus- 
lantes  et  venimeuses,  non  seulement 
à cause  de  leur  chaleur  et  seicheresse 
excessiue,  mais  aussi  à cause  d’une 
particulière  inimitié  que  Nature  leur 
a donnée,  principalement  contre  les 
parties  dediées  à l’vrine  2,  non  seule- 
ment prises  par  la  bouche,  mais  aussi 
appliquées  par  dehors,  quand  il  est 
besoin  de  vessier  ou  vlcerer  quelque 
partie. 

Les  signes  ou  dccidens  d’auoir  pris  des 
cantharides  par  dedans. 

Le  premier  est  que  le  malade  sent 
au  goust  comme  poix  noire  fondue, 
qui  procédé  des  humeurs  vaporeuses 
bruslées  en  l’estomach  et  au  foye  par 
la  vehemente  chaleur  pulredineuse 
de  leur  poison3  : et  tost  après  qu’elles 
sont  entrées  dans  l’estomach,  le  ron- 
genl  el  corrodent,  et  y causent  grande 
douleur,  et  excitent  vne  inflamma- 
tion au  foye  et  aux  boyaux,  dont  il 
s’ensuit  flux  de  ventre , par  lequel  le 
malade  iette  par  ses  selles  des  excre- 
mens  semblables  à l’eau  dans  laquelle 

1 Ce  chapitre  est  presque  entièrement  co- 
pié du  chapitre  21  du  livre  de  1675. 

2 La  phrase  s’arrêtait  là  en  1575;  le  reste 
est  de  1579. 

3 Cette  phrase  explicative  : qui  procédé  des 
humeurs  vaporeuses,  etc.,  est  une  addition  de 
1579. 


DES  VENINS. 


on  a laué  chair  sanglante,  ou  comme 
le  flux  des  dysenteries  et  caquesan- 
gues.  Et  à cause  de  l’aduslioh  qu’el 
les  font  aux  humeurs,  suruienl  fié- 
ure  ardente,  de  façon  que  les  malades 
deuiennent  vertigineux  et  insensés, 
ne  se  pouuans  tenir  en  place , poul- 
ies fumées  et  exhalaisons  venimeuses 
qui  moulent  des  parties  basses  au  cer- 
ueau,  lequel  ressentant  telle  vapeur, 
peruertit  le  iugement  et  la  raison  : 
tous  lesquels  signes  apparoissans,  on 
peut  iuger  la  maladie  eslre  incurable. 
Et  quant  aux  parties  dediées  à l’v- 
rine,  causent  inflammation  , excoria- 
tion et  vlcere , auec  vne  exlreme 
douleur,  érection  de  la  verge  et  tu- 
meur aux  hommes,  et  aux  femmes  de 
toutes  leurs  parties  génitales,  qui  fait 
que  l’vrine  sort  en  moindre  quantité, 
et  encores  le  peu  qui  en  sort  est  san- 
guinolent : voire  souuentesfois  les  pa- 
tiens  pissent  le  sang  tout  pur,  et 
quelquesfois  aussi  les  conduits  de  l’v- 
rine sont  du  tout  cstoupés,  dont  s’en- 
suit gangrené  et  mortification,  et  par 
conséquent  la  mort. 

La  cure  du  venin  des  cantharides 
prises  par  dedans  ou  par  dehors  , ne 
différé  que  selon  plus  ou  moins.  Lors 
que  quelqu’vn  aura  pris  des  cantha- 
rides, faut  promptement  le  faire  vo 
mir,  et  luy  donner  du  laict  de  vache 
à boire,  lequel  a vertu  d’esteindre 
l’ardeur  de  ia  poison,  et  restreindre  le 
flux  de  ventre,  seder  la  douleur,  parce 
qu’il  lenit  et  adouci!  la  chaleur  et 
seicheresse.  Pour  ceste  cause  , on  en 
vsera  tant  au  boire  qu’en  clysteres  et 
inieclions  : et  qui  n’aura  du  laict,  on 
vsera  d’huile  d’oliue  ou  d’amendes 
douces,  pour  adoucir  l'acrimonie  de 
leur  venin,  qui  pourroit  eslre  atta- 
ché contre  les  parois  de  l’estomach  et 
intestins.  Et  leur  fera  on  autres  cho- 
ses qui  seront  recitées  par  ceste  his- 


327 

toire,  laquelle  il  m’a  semblé  bon  de 
reciter,  non  pour  enseigner  le  moyen 
d’en  vser,  mais  au  contraire  à fin  de 
s’en  preseruer,  et  endoctriner  le  chi- 
rurgien où  telle  chose  aduiendroil  d’y 
remedier  >. 

Vn  Abbé  de  moyen  aage , estant  en 
ceste  ville  pour  solliciter  vn  procès, 
sollicita  pareillement  vne  femme  hon- 
nestede  sonmeslier,  pour  deuiser  vne 
nuict  auec  elle,  si  bien  que  marché 
fait,  ilarriuaensa  maison.  Elie  re- 
cueillit monsieur  l’Abbé  amiable  - 
ment,  et  le  voulant  gratifier,  luy 
donna  pour  sa  collation  quelque  con- 
fiture en  laquelle  y entroit  des  can- 
tharides, pour  mieux  l’inciter  au  dé- 
duit venerique.  Or  quelque  temps 
après,  à sçauoir  le  lendemain,  les  ac- 
cidens  que  i’ay  par  cy  deuant  décla- 
rés aduindrent  à monsieur  l’Abbé,  et 
encores  plus  grands,  parce  qu’il  pissoit 
et  ietloit  le  sang  tout  pur  par  le  sicge 
et  par  la  verge.  Les  Médecins  estans 
appelés,  voyans  l’Abbé  auoir  tels  ac- 
cidens , auec  érection  de  verge , 
conneurent  qu’il  auoit  pris  des  can- 
tharides. Ils  luy  ordonnèrent  des  vo- 
miloires  et  clysteres  , faits  d’orge 
mondé,  de  ris,  de  décoction  de  maul- 
ues,  semence  de  lin,  de  fenugrec, 
d’huile  de  lis,  suif  de  bouc  ou  de  cerf, 
et  puis  après  vn  peu  de  theriaque 
mixlionné  auec  conserue  de  roses, 
pour  faire  sortir  la  poison  dehors. 
Pareillement  on  luy  donna  à boire  du 
laict,  et  on  luy  en  fit  aussi  des  iniections 
en  la  verge,  et  aux  intestins , auec 
autres  choses  réfrigérantes,  glaireu- 
ses et  gluantes,  pour  cuider  obtondre 
et  amortir  la  virulence  et  malignité 
du  venin.  Or  telles  choses  à bon  droit 

1 L’édition  de  1575  disait  simplement  : 
et  leur  fera-on  autres  choses , qui  seront  réci- 
tées par  ceste  histoire. 


LE  VINGT-TROISIÈME  LIVRE, 


328 

ont  esté  ordonnées  des  anciens  Méde- 
cins, parce  qu’elles  demeurent  long- 
temps attachées  aux  parties  intérieu- 
res offensées  et  vlcerées  : ioint  aussi 
qu’elles  gardent  que  le  virus  n’y  peut 
penetrer  : et  partant  le  laict  y est  fort 
bon.  Aussi  le  beurre  frais  beu  eliettéen 
la  vessie,  et  l’huile  d’amendes  douces 
recentemenl  tirée  : semblablement  les 
mucilages  de  psyllium,  de  maulues, 
de  coings  : etlesyrop  de  nénuphar, 
de  pauot,  de  violes,  le  jus  de  laictues, 
pourpié,  concombres,  de  courges,  et 
de  melons.  Or  son  boire  estoil  eau 
d’orge  et  plisane1  :son  manger  estoit 
poullailles,  veau,  cliéureau,  cochons 
gras  boulins  auec  laictues,  pourpié, 
maulues,  violiers  de  Mars,  orge,  les- 
quels alimens  luy  estoient  aussi  me- 
dicamens,  tant  pour  lascher  le  ventre, 
que  pour  adoucir  et  seder  les  dou- 
leurs de  l’acrimonie  du  venin  : et  sur 
la  région  des  reins,  lombes,  et  sur  le 
penil,on  mil  plusieurs  choses  réfri- 
gérantes et  humectantes.  D'auantage 
il  fut  baigné,  pour  cuider  donner  issue 
au  venin  par  les  pores  du  cuir  : mais 
pour  tous  ces  remedes  faits  selon  l’art, 
monsieur  l’Abbé  ne  délaissa  à mourir 
auec  gangrené  de  la  verge. 

Et  partant  ie  conseille  à telles  da- 
mes ne  prendre  de  telles  confitures, 
et  moins  encores  en  donnera  homme 
viuant,  pour  les  accidens  qui  en  ad- 
uiennent. 

1 L’édition  de  1575  portait  : Or  son  boire 
estoil  d’orge  et  plisane:  mais  pour  tous  ces  re- 
medes faits  selon  l’art,  monsieur  l’Abbé  ne  dé- 
laissa à mourir  le  troisième  iour  auec  gan- 
grené de  la  verge. 

Ainsi  les  autres  détails  qui  suivent  sur  le 
traitement  ont  été  ajoutés  en  1579;  mais  en 
revanche  cette  édition , et  par  suite  toutes 
les  autres  , avaient  omis  ce  point  important 
pour  l’observalioi>,  que  la  mort  était  arrivée 
le  troisième  iour. 


le  raconleray  encore  ceste  his- 
toire. 

Depuis  quelques  ans  en  ça,  vne  da- 
moiselle  vint  à Paris  fort  couperosée 
au  visage,  y ayant  de  gros  saphirs, 
ou  boutons,  auec  grande  rougeur, 
en  sorte  que  plusieurs  qui  la  voyoienl 
l’estimoient  estre  lepreuse , iusques  à 
luy  interdire  de  non  plus  entrer  en 
l’eglise  de  sa  paroisse  de  peur  qu’elle 
ne  gastast  les  sains.  Icelle  appella 
auec  moy  messieurs  laques  Hollier, 
et  Robert  Greaume  , Docteurs  Re- 
gens en  la  faculté  de  Medecine,  auec 
Estienne  de  la  Riuiere  et  Germain 
Chenal , Chirurgiens  iurés  à Paris, 
pour  donner  aide  à son  mal.  Et  après 
qu’elle  nous  eut  monstré  plusieurs 
receples  des  remedes  qu’elle  auoit 
pris  pour  cuider  estre  guarie  : après 
aussi  l’auoir  exactement  visitée  et 
examinée,  fut  conclu  et  accordé, 
qu’ellen’estoil  aucunement  lepreuse  : 
parquoy  pour  guarir  sa  couperose,  on 
luy  appliqueroit  vn  vésicatoire  fait 
de  cantharides,  sur  toute  la  face,  à 
fin  d’attirer  la  matière  des  boutons, 
et  l'humeur  superflu  qui  estoit  pareil- 
lementimbuen  loutson  visage. Ce  que 
ie  fis.  El  trois  ou  quatre  heures  après 
que  le  vésicatoire  fut  réduit  de  puis- 
sance en  effet,  elle  eut  vne  chaleur 
merueilleuse  à la  vessie,  et  grande 
tumeur  au  col  de  la  matrice,  auec 
grandes  espreintes  : et  vomissoit,  pis- 
soit  et  asselloit  incessamment,  se  iet- 
tant  çà  et  là  comme  si  elle  eust  esté 
dans  vn  feu,  et  estoit  comme  toute 
insensée,  et  fébricitante  : dont  ie  fus 
alors  esmerueillé  de  telle  chose. 
Parlant  ie  r’appellay  la  compagnie, 
tant  les  Médecins  que  Chirurgiens. 
Et  voyant  que  tels  accidens  venoient 
à raison  des  cantharides  qu’on  luy 
auoit  appliquées  pour  faire  le  vésica- 
toire, fut  aduisé  qu’on  luy  donneroit 


t)F.S  VENINS. 


du  laict  à boire  en  grande  quantité, 
aussi  qu’on  luyen  bailleroit  en  clys- 
teres  et  iniections,  tant  au  col  de  la 
vessie  que  de  la  matrice.  Semblable- 
ment elle  fut  baignée  en  eau  modé- 
rément chaude  , en  laquelle  auoit 
bouilli  semence  de  lin  , racines  et 
fueilles  de  raauues  et  guimauues  , 
violiersde  Mars,  iusquiame,  pourpié, 
laiclues  : et  s’y  tint  assez  long  temps, 
à cause  qu’en  iceluy  perdoit  sa  dou 
leur  Puis  estant  posée  dedans  le  lict, 
et  essuyée,  on  luy  appliqua  sur  la  ré- 
gion des  lombes  et  autour  des  parties 
génitales,  onguent  rosat  et  popu- 
lcum,  incorporés  en  oxycrat,  à tin  de 
refrener  l’intemperature  de  ses  par- 
ties. Et  par  ces  moyens  les  autres  ac- 
cidens  furent  cessés. 

Et  quant  à son  visage,  il  fut  entière- 
ment vessié,  et  ietta  grande  quantité 
de  sanie  purulente  : et  par  ce  moyen 
perdit  cesle  grande  deformité  de  la 
face  qu’elle  auoit  auparauant.  Et 
après  estre  guarie,  nous  luy  donnas- 
mes  attestation  qu’elle  n’estoit  aucu- 
nement entachée  de  lepre  Et  tost 
après  estant  retournée  en  sa  maison, 
lut  mariée,  et  a eu  depuis  de  beaux 
enfans,  et  vit  encore  sans  qu’on  l’ap- 
perçoiue  auoir  eu  la  face  escorchée. 

Ces  deux  histoires  instruiront  le 
ieune  Chirurgien  à remédier  à ceux 
qui  auront  pris  des  cantharides,  tant 
par  dedans  que  par  dehors,  s’ils  sont 
appelés  pour  y preuoir.  Or  deuant 
que  les  susdits  accidens  soyent  surue- 
nus  et  grandement  accreus,  on  fera 
au  malade  boire  de  l’huile,  ou  quel- 
que décoction  relaxante  : pareille- 
ment on  en  baillera  par  clysteres  elin- 
ieclions,à  fin  de  prouoquer  le  vomir, 
et  lascher  le  ventre  : et  principale- 
ment pour  garder  que  le  venin  n’ad- 
here  contre  les  parties  par  où  il  passe  : 
comme  lors  que  nous  voulons  appli- 


329 

quer  vn  caulere  potentiel  ou  vn 
vésicatoire  sur  vne  partie,  si  elle  est 
huileuse  ou  engraissée,  ils  ne  pour- 
ront faire  leur  operation  que  pre- 
mièrement on  n’ait  osté  l’onctuosité. 
Et  pour  le  dire  en  vn  mot,  si  vn  venin 
a esté  prins  par  la  bouche,  et  est  en- 
core en  l’eslomach,  il  faut  prouoquer 
le  vomir:  et  s’il  est  ja  descendu  aux 
boyaux  gros,  il  faut  donner  clysteres  : 
et  si  on  a opinion  que  sa  vertu  soit 
espandue  par  tout  le  corps,  il  faut 
donner  choses  qui  ont  puissance  de 
chasser  le  venin  du  centre  à lacircon  - 
ference,  comme  bains,  esluues  : ou 
mettre  le  malade  dedans  les  corps 
des  besles  recentement  tuées , comme 
bœufs,  vaches , mules  et  mulets,  et 
faire  autres  choses  qui  prouoquent  la 
sueur,  comme  auons  dit  cy  deuant. 


CHAPITRE  XX XVII 

DE  LA  MOVSCHE  NOMMÉE  DVPUESTE  '. 

La  Bupreste  est  vne  mousche  sem- 
blable à la  cantharide,  laquelle  estant 
mangée  auec  l’herbe  par  les  animaux 
paissans,  comme  bœufs,  moutons,  et 
autres,  les  fait  mourir  enflés  comme 
tabourins.  Et  pour  ceste  cause  est 
appellée  des  pasteurs,  Enfle-bœuf.  Et 
si  vn  homme  en  mange,  il  aura  sem- 
blables accidens  que  s’il  auoit  pris  des 
cantharides  : et  le  fait  pareillement 
enfler,  ainsi  que  si  le  malade  estoit 
affligé  de  l’hydropisie  nommée  Tym- 
panités.  Cela  aduient  par  les  vapeurs, 
lesquelles  s’esleuenl  des  humeurs  li- 
quéfiés et  fondus  par  la  vertu  de  leur 
venin. 

1 Ce  chapitre  est  le  même  que  le  chap.  22 
du  livre  de  1575. 


33o  LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE 


Les  romedes  sont  semblables  à ceux 
des  cantharides. 


CHAPITRE  XXXVIII. 

DE  LA  SANGSVE  OV  SVCE-SANG1. 

Les  sang-sues  sont  venimeuses,  et 
principalement  celles  qui  sont  nour- 
ries es  eaux  bourbeuses  : et  celles  qui 
sont  es  eaux  claires  moins.  Et  pour 
ceste  cause  , lorsqu’on  s’en  veut  ser- 
uir,  il  les  faut  premièrement  faire 
desgorger  en  eau  claire,  trois  ou  qua- 
tre iours  pour  le  moins  : autrement 
elles  laissent  le  plus  souuent  des  vl- 
ceres  où  eiles  seront  attachées,  les 
quelles  puis  apres  seront  difficiles  à 
curer  : ce  qui  se  fait  encore  d’auantage 
si  on  les  arrache  parforce,  pour-ce 
qu’elleslaissent  leurs  dentsen  la  chair. 

Or  si  quelqu’vn  en  a avalé  vne  par 
inaduertence,  il  le  faut  interroger 
pour  sçauoir  l’endroit  où  il  la  sent 
tirer.  Et  si  elle  demeure  au  gosier, 
ou  au  milieu  d’iceluy,  pour  la  faire 
desmordre  faut  que  le  malade  se  gar- 
garise plusieurs  fois  de  vinaigre  au- 
quel on  aura  dissout  vn  peu  de  mous- 
tarde  : et  si  elle  estoit  prés  de  l’ori- 
fice de  l’estomach,  il  faut  qu’il  aualle 
peu  à peu  d’huile  auec  vn  peu  de  vi- 
naigre : et  où  elle  seroit  descendue  au 
fond  de  l’estomach,  le  malade  la  sen- 
tira tirer  et  succer,  et  quelquesfois 
crachera  le  sang  , et  tombera  en  vne 
peur,  comme  ayant  perdu  le  sens  : et 
pour  la  faire  détacher,  boira  bonne 
quantité  d’eau  liede  auec  huile.  Et 
où  elle  seroit  opiniaslre,  pour  la  faire 

1 Ce  chapitre  est  textuellement  le  même 
que  le  chap.  23  du  livre  de  1575  , à l’excep- 
tion du  dernier  paragraphe  , qui  sert  seu- 
lement de  transition  aux  chapitres  suivants. 


encore  plus  promptement  débusquer, 
on  y meslera  vn  peu  d’aloés,  ou  quel- 
que autre  chose  amere,  et  par  ce 
moyen  elle  sera  détachée  et  vomie  : 
ce  qui  se  connoist  en  celles  qui  sont 
attachées  extérieurement , car  on  les 
fait  démordre  et  quitter  la  place  en 
mettant  telles  choses  sur  leurs  lestes. 
Puis  on  donnera  quelque  chose  as- 
tringente pour  estaneher  le  sang  de 
la  morsure , comme  conserue  de  ro- 
ses, auec  vn  peu  de  terre  scellée,  et  bol 
armenic,  et  autres  choses  plus  astrin- 
gentes, s’il  en  est  besoin.  Car  si  elles 
s’attachent  contre  vn  gros  rameau  de 
veine  ou  arlere,  le  sang  coulera  en 
plus  grande  abondance,  et  par  consé- 
quent sera  plus  difficile  à estre  estan- 
ché  qu’en  vn  petit  rameau  *. 

Les  animaux  venimeux  ne  sont 
seulement  sur  terre-,  et  és  caueroes 
d’icelle  : mais  aussi  ils  se  trouuent  en 
la  mer  des  poissons  venimeux,  comme 
la  murene,  la  paslenaque,  la  viue,  la 
torpille  , le  liéure  marin  , desquels 
nous  finit  à présent  parler,  commen- 
çant à la  murene. 


CHAPITRE  XXXIX. 

DE  LA  MVRENE. 

La  murene  est  vn  poisson  de  mer  , 
ressemblant  à la  lamproye,  toutesfois 
elle  est  plus  large  et  a la  gueulle  plus 
grande  : elle  a les  dents  fort  longues, 
aiguës  et  courbées  au  dedans.  Elle 
es!  de  couleur  brune,  sa  peau  cou- 
uerte  de  petites  taches  blanchastres, 
le  corps  long  de  deux  coudées.  Les 
anciens  les  prisoient  beaucoup  en 

1 Là  finissait  le  chapitre  23  du  livre  de 
1575;  ce  qui  suit  est  de  1579. 


DES  VENINS. 


viandes,  tant  à raison  (jn’elles  sont  de 
bon  goust,  que  pour  autant  qu’on  les 
peut  longuement  garder  dedans  les 
viuiers  et  boutiques  pour  s’en  seruir 
en  temps  : elles  sont  faciles  à s’appri- 
uoiser,  tesmoin  celle  de  Crassüs,  de 
laquelle  auons  parlé  cy  deuant.  Leurs 
morsures  ameinent  semblables  acci- 
dens  que  celles  des  viperes  : et  par- 
tant sont  guaries  par  les  mesmes  re- 
medes. 

Ælian  dit  *,  que  la  murene  se  iette 
sur  terre,  et  qu’elle  va  chercher  la 
vipereiusquesdedanssacauernepour 
frayer  auec  elle.  Ce  qui  est  prouué 
par  les  vers  de  Nicandre. 

Il  court  de  la  Murene  vn  bruit  tout  asseuré, 

C'est  qu'vu  serpent  l'espouse,  et  que  de  son  plein 
Elle  sort  de  la  mer,  puis  toute  desireuse  [gré 
Ello  va  s'accoler  à la  beste  amoureuse 


CHAPITRK  XL. 

DE  LA  PICOVEVRE  D’VNE  VIVE. 

La  viue  a eu  ce  nom  à cause  de  sa 
grande  viuacité,  car  estant  tirée  de 
la  mer  , demeure  long  temps  en  vie  : 
ses  aiguillons  sont  vénéneux,  princi- 
palement ceux  qui  sont  au  bout  de 
ses  ouyes.  Pour  ceste  cause  les  cuisi- 
niers leur  coupent  la  teste  deuant  que 
les  seruir  à table.  A Rouen  les  pois- 
sonniers ne  les  osent  vendre,  que 
premièrement  ne  leur  ayent  coupé 
la  teste. 

Ceux  qui  en  sont  piqués  sentent 

1 Premier  liure  des  animaux.'  — A.  P. 

- Le  chapitre  ne  s’arrêtait  point  là  dans 
les  anciennes  éditions  ; mais  l’auleur  y avait 
réuni  deux  paragraphes  concernant  la  vive 
et  sa  piqûre,  qu’il  m'a  paru  plus  logique 
de  reporter  en  tète  du  chapitre  suivant. 


33 1 

grande  douleur  à la  partie  , auec  in- 
flammation d’icelle,  fiéure , défail- 
lance de  cœur,  gangrené  et  morlifl- 
cation,  et  par  conséquent  la  mort,  si 
promptement  on  n’y  remedie  *. 

Puis  n’agueres,  la  femme  de  mon- 
sieur Fromaget,  greffier  aux  requestes 
du  palais  , fut  piquée  d’vne  viue  au 
doigt  médius  : et  peu  de  temps  apres 
il  s’enfla  bien  fort,  auec  grande  rou- 
geur et  peu  de  douleur.  Elle  voyant 
que  la  tumeur  s’augmentoit  iusqu’à 
la  main,  craignoit  qu’il  ne  luy  sur- 
uint  vn  tel  accident  qui  de  n’agueres 
pour  vn  cas  semblable  estoit  aduenu 
à vne  sienne  voisine,  vefue  de  feu 
monsieur  Bargelonne,  lieutenant  par- 
ticulier au  Chastelet  de  Paris,  pour 
auoir  esté  ainsi  piquée  : dont  luy  es- 
toit suruenu  (pour  sa  négligence)  vne 
gangrené  et  mortification  totale  du 
bras,  et  en  fin  mourut  misérablement. 
Or  estant  arriué  vers  madame  Fro- 
maget,  et  ayant  entendu  la  cause  de 
son  mal , promptement  ie  luy  appli- 
quaysurle  doigt,  et  semblablement 
sur  la  main  , vn  cataplasme  fait  d’vn 
gros  oignon  cuit  sous  la  braise,  et  du 
leuain  auec  vn  peu  de  theriaque.  Et 
le  lendemain  malin  ie  luy  fis  tremper 
toute  sa  main  en  do  l’eau  assez  chau- 
de, à fin  d’attirer  le  venin  au  dehors  : 

1 Ce  sont  là  les  deux  paragraphes  que  l’au- 
teur avait  laissés  dans  le  précédent  chapitre, 
et  qui  sont  de  1579.  Ce  qui  suit,  au  con- 
traire,est  de  1575;  c’éta;t  le  24e  et  dernier 
chapitre,  qui  alors  débutait  de  la  manière 
suivante  : 

« le  ne  veux  encores  laisser  à reciter 
ceste  tiistoire  d’vne  piqueure  de  viue,  qui 
est  vn  poisson  qui  nous  est  fort  en  vsage  : 
et  de  sa  piqueure  sourdent  de  pernicieux 
accidens , voire  la  mort,  qui  n’y  donne  or- 
dre de  bonne  heure.  » 

Après  quoi  l’auteur  passait  au  récit  des 
deux  histoires  suivantes,  dont  la  date  peut 
être  ainsi  assez  bien  assignée. 


33a  LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE 


et  après  ie  luy  fis  plusieurs  scarifica- 
tions superficielles  autour  du  doigt: 
puis  luy  appliquay  des  sangsues  sur 
lesdites  scarifications,  lesquelles  tirè- 
rent suffisamment  de  sang  : et  après 
i'appliquay  du  theriaque  dissout  en 
eau  de  vie  : et  le  lendemain  trouuay 
son  doigt  et  sa  main  presque  toute 
desenflée,  et  sans  nulle  douleur: 
et  quelques  iours  après  fut  entière- 
ment guarie. 

Autant  en  auois-ie  fait  n’agueres 
au  cuisinier  de  monsieur  de  Soussy, 
trésorier  de  TEspargne  , lequel  se  pi- 
qua semblablement  d’vne  viue,  dont 
tout  le  brasesloit  enflé  et  enflammé 
iusqu'à  l’espaule , et  en  brefs  iours 
fut  pareillement  guari. 

Ces  histoires  seruiront  aux  ieunes 
chirurgiens,  quand  ils  se  trouueront 
à l’endroit  de  pareilles  piqueures1. 

Dioscoride  escrit  que  pour  remé- 
dier à la  piqueure,  faut  appliquer  la 
viue  fendue  par  la  moitié,  ou  de  l’a- 
luyne,  ou  de  la  sauge,  ou  du  soul- 
plire  incorporé  auec  du  vinaigre. 


CHAPITRE  XLI. 

PIQVEVP.E  DE  LA  TARERONDE  OV 
PASTESJ  AQVE. 

Aëce  escrit 2 qu’aprés  la  playe  de 
ceux  que  la  tareronde  aura  piqués , 
s’ensuit  vne  douleur  continuelle,  et 
vn  endormissement  de  tout  le  corps, 
et  aucuns  en  meurent  promptement 
auec  conuulsion. 

Pline  dit3  qu’il  n’y  a rien  de  plus 

1 Ici  finissait  le  chap.  24  du  livre  de  1575; 
le  dernier  paragraphe  est  une  addition  de 
1579. 

* Liure  3.  — A.  P. 

8 Lib.  9,  cap.  4S. — A.  P. 


execrable  que  l’aiguillon  enleué  sur 
la  queue  de  la  pastenaque,  lequel  est 
de  grandeur  de  cinq  pouces.  Il  fait 
mourir  les  arbres  qui  en  sont  piqués 
par  la  racine.  Il  dit  d’auantage,  que 
l’aiguillon  est  bon  pour  la  douleur 
des  dents,  quand  l’on  en  scarifie  les 
genciues  : et  réduit  en  poudre  auec 
ellebore  blanc  , les  fait  tomber  sans 
douleur.  Ce  poisson  est  bon  à man- 
ger, horsmis  la  leste  et  la  queue.  Au- 
cuns de  ces  poissons  ont  deux  aiguil- 
lons , autres  vn  seul , lesquels  sont 
pointus,  garnis  de  dents  des  deux  cos- 
tés,  comme  dents  de  scie,  se  tournant 
vers  la  teste. 

Oppian  escrit  que  l’aiguillon  est 
plus  venimeux  que  les  fléchés  des 
Perses  enuenimées , lequel  garde 
son  venin  encore  que  le  poisson  soit 
mort , et  n’est,  dit-il , seulement  ve- 
nimeux aux  animaux,  mais  aussi  aux 
arbres  et  plantes.  Les  dents  des  ai- 
guillons de  ce  poisson  ont  esté  ren- 
uersées  par  nature  vers  la  teste,  à fin 
qu’elles  entrent  et  percent  plus  aisé- 
ment , et  plus  mal-aisément  sortent , 
pour-ce  qu’en  les  tirant  on  les  tire  à 
contrepoil.  Et  s’il  en  pique  quelque 
poisson, il  le  tient  enferré  comme  d’vn 
hameçon.  Rondelet  dit  que  ses  aiguil- 
lons sont  au  milieu  de  la  queue  *. 

Il  faut  qu’il  y en  ait  de  plusieurs 
sortes  : car  i’ay  vne  queue  d’vne  pas- 
tenaque, longue  de  cinq  pieds  et  plus, 
au  commencement  de  laquelle  nais- 
sent et  sont  attachés  deux  aiguillons, 
qti’vn  gentilhomme  de  Bretagne  m’a 
donnée , que  ie  garde  en  mon  cabi- 
net, laquelle  est  toute  semée  de  pe- 
tites boucles  semblables  à estoiles, 
fort  aiguës. 

Les  pescheurs  subit  qu’ils  ont  pris 
ce  poisson,  ils  luy  ostent  les  aiguil- 


1 Rondelet,  nu  liure  des  Poissons.  — A.  P. 


t>ES  VENINS. 


333 


Ions , de  peur  qu’il  ne  les  blesse  de 
son  venin  : et  lors  qu’ils  en  sont  pi- 
qués, ils  1’ouurent,  et  prennent  le 
foye,  et  l’appliquent  sur  la  playe  : 
aussi  estant  bruslé  et  mis  en  cendre, 
et  posé  sur  la  playe,  est  la  vraye  con- 
tre-poison de  son  venin.  Elle  vit  en 
lieu  fangeux  prés  des  riuages  de  la 
mer,  et  vit  des  poissons  qu’elle  prend 
de  son  aiguillon.  La  figure  est  comme 
vne  raye. 


CHAPITRE  XLII. 

DE  LA  VENENOSITE  DV  LIEVRE  MARIN. 

Le  liéure  marin  est  appellé  de  Pline 
masse  o 1 piece  de  chair  sans  forme  : 
Ælien  le  compare  à vn  limaçon  hors 
sa  coquille.  Il  est  fort  venimeux,  par 
le  tesmoignage  de  tous  les  anciens,  et 
partant  il  est  bon  de  le  connoislre  , 
pour  se  garder  d’en  vser  en  viandes, 
et  aussi  le  sentir  ou  le  regarder  par 
trop  , et  pour  en  vser  contre  son  ve- 
nin mesme.  Il  naist  en  la  mer  et  aux 
estangs  de  la  mer,  principalement 
fangeux.  Il  est  de  couleur  de  poil 
d’vn  liéure  de  terre.  A la  leste  il  a vn 
trou , par  lequel  il  ielte  hors  vne  chair 
mucqueuse,  laquelle  il  retire  quand 
il  veut.  Il  vit  dans  l’eau  limonneuse, 
et  d’ordure  et  vilennie.  Paulus  Ægi- 
neta  , Aëce,  Pline,  Galien  , Nicandre, 
disent  qu’il  est  si  venimeux , que  si 
vne  femme  grosse  le  regarde , elle  vo- 
mira , puis  auortera.  Les  hommes  qui 
ont  beu  de  son  poison,  comme  dit 
Dioscoride , ont  douleur  de  ventre  : 
l’vrine  s’arreste  : et  s’il  aduient  qu’ils 
vrinent , leur  vrine  sera  rouge  et  san- 
guinolente : ils  ont  vne  sueur  puante, 
sentant  le  poisson  : ils  vomissent  de 
la  cholere  mesme  auec  du  sang.  Aëce 


dit  qu’ils  deuiennent  iaunes  par  tout 
le  corps.  La  face  s’enfle , et  les  pieds, 
et  principalement  le  membre  génital, 
qui  est  cause  que  l’vrine  ne  peut  cou- 
ler. Galien  dit  que  le  liéure  marin 
blesse  et  vlcere  le  poulmon  >. 

Son  alexilere  et  contre-poison  est  le 
lait  d’asnesse  et  du  vin  cuit,  ou  de  la 
décoction  de  fueilles  de  maulues.  Ce 
liéure  marin  est  bon  à faire  tomber  le 
poil  : la  figure  t’est  icy  représentée  , 
prinse  au  liure  des  Poissons  de  Ron- 
delet2. 


CHAPITRE  XLIII. 

DV  VENIN  DV  CHAT. 

Les  chats  n’infectent  seulement  par 
leur  ceruelîe , mais  aussi  par  leur  poil, 
haleine  et  regard  : car  jaçoit  que  tout 
poil  aualé  sans  y penser  puisse  suffo- 
quer la  personne,  en  esloupant  les 
conduits  de  la  respiration  , loutesfois 
le  poil  du  chat  est  dangt  reux  par  sus 
tous  autres  : leur  haleine  est  infecte 
d’vne  poison  tabifique.  Et  dit  Mat- 
thiole  auoir  conneu  aucuns , prenans 
plaisir  aux  chats  qu’ils  n’eussent  ja- 
mais dormi  sans  en  auoir  quelques- 
vns  couchés  auprès  d’eux  , de  l’halei- 
ne  desquels  longuement  attirée  auec 
l’air,  ils  deuindrenl  phthisiques,  et 
en  fin  misérablement  moururent.  Les 
chats  aussi  offensent  de  leurs  regards, 
tellement  qu’aucuns  voyons  ou  oyans 
vn  chat,  tremblent  et  ont  vne  peur 
grande,  qui  se  fait  par  vne  antipathie 
venant  de  l'influence  du  ciel. 

Malthiole  escrit  qu’estant  en  Alle- 
magne, soupant  en  bonne  compagnie 

1 Liure  de  la  lheriaque  à Pison.  — A.  P. 

* J’ai  gardé  cette  phrase  parce  qu’elle  in- 
dique une  des  sources  où  l’auteur  a puisé. 


33A  LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE  , 


en  vn  poille , en  temps  d’byuer , l’v  n 
de  la  troupe  estoit  suiet  à cela.  L’hos- 
tesse  connoissant  le  naturel  de  l’hom- 
me,  enferma  vn  petit  chat  (qu’elle 
nourrissoil)  dedans  vn  coffre  audit 
poille  , de  peur  que  ce  personnage  le 
voyant  ne  se  courrouçast  : mais  en- 
core qu’il  ne  vist  ny  ouyst  le  chat , 
peu  de  temps  après  auoir  attiré  l’air 
infect  de  l’haleine  du  chat,  sa  tempe- 
rature  ennemie  des  chats  irritée,  il 
commença  à suer  et  pallir , et  en 
tremblant  crier  ( non  sans  grande  ad- 
miration de  tous  ) qu’il  y auoit  vn 
chat  en  quelque  coin  dudit  poille  : 
alors  on  mit  le  chat  hors  de  la  maison. 

Or  le  chat  infecte  aussi  ceux  qui 
mangent  de  sa  ceruelle,  et  sont  tour- 
mentés de  grandes  douleurs  de  teste, 
et  quelquesfois  en  deuiennent  insen- 
sés. Pour  les  guarir  , il  les  faut  faire 
vomir , et  le  vray  alexitereest  le  musc 
donné  à boire  demie  scrupule  auec  de 
bon  vin  , et  reilerer  ce  remcde  tant 
qu’on  verra  estre  besoin. 

le  diray  d’auantage  , que  le  chat 
est  vue  beste  pernicieuse  aux  enfans 
du  berceau , par  ce  qu’il  se  couche 
sur  leurs  visages,  et  les  estoufe  : par- 
quoy  il  s’en  faut  bien  donner  garde. 


CHAPITRE  XLIV. 

DE  LA  VENENOSITE  DE  CERTAINES 
PLANTES  L 

Après  auoir  discouru  de  la  vénéno- 
sité des  animaux,  à présent  il  nous 

1 Ce  chapitre  se  compose  d’un  assez  grand 
nombre  d’articles  divers.  Les  uns  étaient 
distingués  par  une  note  marginale,  les  au- 
tres par  un  titre  en  italique  ; j'ai  jugé  à pro- 
pos de  faire  des  titres  avec  les  notes  margi- 
nales à ceux  qui  n’en  avaient  point,  et  il  n’y 
a que  le  Dorycnium  pour  lequel  il  m'ait  fallu 
faire  le  titre  moi-même. 


conuient  escrire  de  celle  d’aucunes 
plantes,  et  les  accidens  qui  aduicn- 
neqt  à ceux  qui  en  auront  pris,  et 
commencerons  à 1 ’Apium  risus. 

4pium  risus. 

L ’Apium  risus  , autrement  appellé 
Sardon  a , espece  de  ranunculus , 
rend  les  hommes  insensés , induisant 
vne  conuulsion  et  distension  des  nerfs 
telle  que  les  létires  se  retirent , en 
sorte  qu’il  semble  que  le  malade  rie, 
dont  est  venu  en  prouerbe , Ris  Sar- 
donien,  pour  vn  ris  malheureux  et 
mortel.  Son  bezahard  ou  contre-poi- 
son est  le  suc  de  melisse. 

Napellus  , est  chaud  au  A.  degré. 

Le  suc,  fruict  ou  substance  de  Na- 
peilus , tue  son  homme  en  vn  iour , ou 
en  trois  au  plus  tard.  Mcsmes  si  par 
antidotes  et  contre-poisons  exhibés 
en  temps  et  lieu  on  en  réchappé  , le 
malade  tombe  en  tîéure  hectique  , ou 
en  chartre,  ou  en  mal  caduc,  comme 
dit  Auicenne  : c’est  de  quoy  les  Bar- 
bares empoisonnent  leurs  fléchés  K 
Les  accidens  qu’il  induit  sont  tels  : 
incontinent  les  léures  s’enflamment, 
et  la  langue  s’enfle  : en  sorte  qu’elle 
ne  peut  demeurer  en  la  bouche  , ains 
soit  dehors  auec  grande  hideur:  les 
yeux  aussi  s’enflamment  et  sortent 
hors  la  teste  : les  malades  tombent  en 
vertiginosilés  et  défaillance  de  cœur, 
ils  ne  peuuent  mouuoir  ny  bouger 
les  iambes  , tant  ont  les  cuisses  foi- 
bles  et  débilitées  : d’ailleurs  ils  ont  le 
corps  enflé  et  terni,  tant  est  grande 
la  malignité  de  ce  poison.  Son  bezahar 
est  vn  petit  animal  comme  vne  sou- 
ris , qui  s’engendre  prés  la  racine  du- 

1 Tels  venins  sont  premièrement  descri is  par 
Maithiole  , sur  le  6.  lia.  de  Dioscoride.  et  par 
Leuinius  au  Hure  des  venins.  — A.  P, 


DES  VENINS.  335 


dit  Napellus , seiché  et  pris  en  breu- 
uage du  poids  de  deux  dracbnies  : ou 
à faute  de  ce,  la  graine  de  raue  ou  de 
naueaux  mise  en  breuuage:  oignant 
le  corps  d'huile  de  scorpions. 

Matlhiole,  liure  quatrième  de  Dios- 
coride,  dit  que  toute  la  plante  du  na- 
pellus est  tres-pernicieuse  et  vene- 
neuse  : mais  la  racine  est  plus  cruelle 
que  toutes  ses  autres  parties  : telle- 
ment que  tenue  quelque  espace  de 
temps  dedans  la  main,  iusques  à ce 
qu’elle  s’y  eschauffe,  fait  mourir  celuy 
qui  la  tient.  le  sçay,  dit-il,  des  bergers 
eslre  morts  pour  auoir  pris  impru- 
demment vne  tige  de  napellus,  pour 
leur  seruir  de  broche  à rostir  de  pe- 
tits oyseaux. 

Dorycnium  et  solanum  manicum. 

Le  donjcnium  et  solanum  manicum, 
ou  mortale , ont  accidens  assez  sem- 
blables. Le  dorycnium,  baillé  en  breu- 
uage, donne  vn  goust  comme  de  laict 
à celuy  qui  en  a beu,  induit  sanglots 
continuels,  charge  la  langue  d’humi- 
dilés,  fait  ielter  le  sang  par  la  bouche, 
et  par  embas  vne  certaine  matière 
baueuse,  tout  ainsi  qu’on  voit  és  dy- 
senteries et  caquesangues.  Son  beza- 
liar,  sont  toutes  sortes  de  poissons  à 
coquilles,  soyentcruds  ou  roslis  : les 
langoustes  aussi  et  escreuisses  de  mer 
y sont  bonnes,  et  le  bouillon  où  elles 
ont  cuit. 

Quant  à la  racine  de  solanum  ma- 
nicum\ prise  en  breuuage  auec  vin 
au  poids  d’vne  dragme , cause  des 
visions  assez  plaisantes  : mais  si  on  re- 
double le  poids,  ou  qu’on  en  prenne 
trois  dragmes,  elle  rend  la  personne 
insensée  : et  qui  en  prendroit  quatre, 
elle  la  feroit  mourir , comme  escrit 

1 Solunum  manicum,  froid  au  4.  degré.  — 

A.  P. 


Dioscoride.  Le  bezahar  est  semblable 
à celuy  du  dorycnium. 

lusquiame,  froide  au  4.  degré. 

La  iusquiame  induit  vne  alienation 
d’esprit  telle  que  si  on  estoil  yure,  vn 
tournement  de  corps  tel  que  les  ma- 
lades se  distordent  les  membres,  auec 
tremblement.  Sur  tout  ce  symptôme 
en  ce  venin  est  insigne  : c’est  que  les 
malades  sortent  tellement  hors  du 
sens,  que  l’imagination  en  eux  trou- 
blée, pensent  qu’on  les  fouette  par 
tout  le  corps,  begayans  de  voix,  et 
bramans  comme  asnes,  puis  hennis- 
sans  ainsi  que  cheuaux,  comme  escrit 
Auicenne.  Son  bezahar  sont  les  pista- 
ches mangées  en  bonne  quantité. 
Auicenne  loué  le  thériaque  et  le  me- 
thridat,  et  boire  du  vin  pur.  Aussi  de 
l’aluyne,  et  de  la  rue,  et  du  laict, 

Champignons. 

Des  champignons,  les  vns  sont  vé- 
néneux de  leur  nature,  sçauoir  ceux 
qui  rompus  changent  incontinent  de 
couleur,  et  se  corrompent  subit  (à 
ceste  cause  Auicenne  disoit  que  les 
champignons  pers  et  verds  estoient 
venimeux  ) : les  autres,  bien  que  de 
leur  nature  ne  sont  tels,  si  est-ce  que 
pris  en  trop  grande  quantité  engen- 
drent en  nous  ace  idens  mortels.  Vraye- 
ment  ie  ne  puis  qu’esmeu  de  compas- 
sion de  la  plus  part  des  hommes  qui, 
poussés  d’vne  trop  grande  friandise, 
ne  se  peuuent  saouler  de  ceste  se- 
mence mortelle,  ie  ne  puis,  dis-ie,que 
ie  n’enseigne  le  moyen  comment  on 
pourra  manger  les  champignons  sans 
en  sentir  dommage,  sçauoir  : les  fai- 
sant cuire  auec  poires  sauuages  : au 
defaut  desquelles  on  pourra  vser  de 
poires  domestiques , pourueu  qu’on 
prenne  de  celles  qui  sont  plus  aspres, 
sans  regarder  si  elles  sont  fraiches  ou 


336  LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE 


seicliées  au  soleil  : et  non  seulement 
les  poires,  mais  aussi  les  fueilles  et 
escorces  du  poirier,  tant  sauuage 
que  domestique,  y sont  bonnes  1 Car 
la  vraye  contrepoison  du  champi- 
gnon, c’est  le  poirier. 

Tous  les  champignons  en  general 
estranglent  et  estouffent  ceux  qui  en 
mangent  : mais  ceux  qui  sont  vene- 
neux  en  outre  rongent  les  boyaux, 
gouflent  et  enflent  l’eslomach,  don- 
nent pointures,  sanglots,  tremble- 
mens,  oppression  d’arteres,  del ail- 
lance  de  cœur,  sueurs  froides,  et 
finalement  la  mort.  La  raison  de  tous 
ces  accidens  est  que  tous  champignons 
sont  naturellement  fort  froids  et  hu- 
mides, et  mesmes  fort  visqueux  et 
gluans  : car  pour  parler  à la  vérité 
de  leur  essence,  ils  ne  sont  autre  chose 
sinon  vne  pituite  excremenlitielle  de 
la  terre,  ou  des  arbres  sur  lesquels  ils 
naissent  : de  là  vient  que  si  on  en 
prend  en  quantité,  ils  surmontent  et 
suffoquent  la  chaleur  du  corps,  et 
estouffent  la  personne. 

Leur  bezahar  est  l’ail  mangé  tout 

'Cet  endroit  du  texte  offre  quelque  chose 
de  singulier  dans  les  éditions  ordinaires. 
Le  texte  qui  précède  indique  que  l’auteur 
parie  sérieusement , et  une  note  margi- 
nale, non  moins  sérieuse,  porte:  Moyen  de 
manger  en  seureté  des  champignons.  Si  on  I i l le 
texte  primitif  de  l’édiiion  de  1579,  tel  que 
je  l’ai  conservé  ici,  il  n’y  a rien  que  de  très 
naturel  et  de  très  logique.  Mais  à partir  de 
1585 , à l’endroit  même  de  cette  note , l’au- 
teur avait  intercalé  cette  décision  tran- 
chante : Ainsi  accouslrés  , les  foui  ieiier  aux 
priais , et  parlant  ne  feront  nul  mal.  Cela  est 
de  toute  évidence,  mais  alors  ce  n’était  pas 
la  peine  d’annoncer  un  moyen  de  les  man- 
ger en  sûreté.  C’est  pourquoi  j’ai  préféré  le 
texte  primitif,  sauf  à appeler  l’attention  du 
lecteur  sur  le  passage  de  1585,  qui  contredit 
aussi  absolument  la  première  opinion  de 
l’auteur. 


cru,  comme  dit  le  Conciliatorde  Aba- 
no  : ou  bien  aussi  le  vinaigre,  de  tant 
que  par  la  tenuité  de  sa  substance, 
il  a vertu  d’attenuer  et  inciser  les 
humeurs  gluans  et  visqueux  qui,  en- 
gendrés en  nouspar  l’vsage  des  cham- 
pignons, causent  suffocation  : comme 
dit  Galien  sur  la  section  5.  des  Epidé- 
mies. 

Ephemerum. 

Ceux  qui  ont  pris  de  Vephcmcrum  , 
que  quelques  vus  nomment  cholchi- 
cun , ou  bulbe  sauuage , sentent  vue 
démangeaison  generalement  par  tout 
le  corps,  tout  ainsi  que  qui  se  seroit 
frotté  d’ortie  ou  de  squille  : sentent 
vn  rongement  d’intestins,  auec  gran- 
de pesanteur  et  ardeur  d’eslomach  : 
mais  quand  le  mal  s’augmente,  on 
vuide  par  le  bas  des  raclures  de 
hoyaux  meslées  auec  du  sang.  Le 
bezahar  est  le  laict  de  femme,  d’as- 
nesse,  ou  de  vache , pris  tiede. 

Mandragore. 

La  mandragore,  prise  en  quantité 
extessiue,  est  venimeuse,  et  de  sa  ra- 
cine et  de  son  fruict  : elle  assopit  les 
sens,  elle  rend  les  hommes  lasches, 
tristes,  eteslancés, mornes,  et  sans  au- 
cune force,  et  fait  que  les  patiens,  après 
auoir  bien  prié  et  s’estre  bien  tour- 
mentés, s’endorment  en  toute  telle 
sorte  et  habitude  de  corps  que  la 
force  du  venin  les  aura  rencontrés  et 
surpris  : de  façon  que  les  Médecins 
en  vsoient  anciennement  lors  qu’on 
vouloit  brusler  ou  couper  vn  mem- 
bre, pour  oster  le  sentiment  de  dou- 
leur. Quant  aux  pommes  d’icelles,  el- 
les peuuent  estre  mangées  eslans 
meures  , et  desnuées  de  leurs  pé- 
pins de  dedans,  sans  danger:  mais 
les  mangeant  verdes,  et  au'  C leurs 


DES  VENINS. 


grains,  elles  sont  mortelles,  et  cau- 
sent des  accidens  mortels.  Car  en 
premier  lieu,  elles  engendrent  vn  feu 
et  vne  ardeur  qui  brusle  toute  la  par- 
tie superficielle  du  corps  : le  malade 
a la  bouche  si  seiche,  qu’il  est  con- 
traint de  demeurer  tousiours  à gueulle 
bée  pour  attirer  l’air  froid  : et  qui  n’y 
donne  prompt  remede  mourra  en 
spasme.  Son  bezahar  est  manger  trois 
iours  durant  du  refort  auec  du  pain 
et  du  sel,  comme  escrit  le  Conciliator. 
Il  faut  faire  esternuer  le  malade  : ce 
mal  se  cure  en  baillant  à boire  de  la 
graine  de  coriandre , ou  de  pouliot 
auec  eau  chaude. 

Pauot  noir. 

L’odeur  fascheuse  du  suc  de  pauot 
noir,  qu’on  appelle  opium,  fait  qu’il 
est  malaisé  à mesler  parmy  le  boire 
sans  qu’on  s’en  apperçoiue,  tout  ainsi 
qu’on  fait  de  la  mandragore  : entendu 
principalement  qu’il  ne  fait  mourir  la 
personne,  si  l’on  n’en  prend  grande 
quantité  : mais  de  tant  qu’il  y a dan- 
ger pour  l’ignorance  des  Médecins  ou 
Apoticaires  qui  en  peuuent  ordonner 
plus  qu'il  ne  faut,  l’on  le  connoistra, 
pour  ce  que  par  sa  frigidité  insigne  il 
induit  vn  sommeil  très-profond,  auec 
vn  prurit  et  démangeaison  et  frisson, 
si  grande,  que  souuent  le  malade  en 
est  excité  de  son  profond  sommeil  : 
au  reste  ils  tiennent  tousiours  les  yeux 
fermés  sans  se  mouuoir.  Ce  trauail 
cause  vne  sueur  puante  qui  distille 
goûte  à goule  : tout  leur  corps  est 
pâlie  et  transi,  et  ont  les  léures  en- 
flammées, et  leur  voit-on  relascher  la 
mandibule  d’embas  : ils  iellent  vn 
souffle  froid  et  lent,  et  lors  qu’on  leur 
verra  les  ongles  ternis,  le  nez  tors,  et 
que  les  yeux  leur  enfonceront,  c’est 
signe  qu’ils  sont  prochains  de  mort. 

Le  bezahar  est  le  castoreum  donné 
lit. 


337 

à boire  en  poudre  iusques  à deux 
dragmes  auec  du  vin. 

De  la  Ciguë. 

La  ciguë,  prise  en  breuuage,  cause 
vertigines,  troublant  l’entendement, 
tellement  qu’on  diroit  les  malades 
estre  enragés  : offusque  la  veuë,  elle 
prouoque  hocquets,  rend  les  extré- 
mités toutes  gelées,  cause  conuulsion  : 
la  trachée  artere  serrée  et  estoupée, 
ils  meurent  comme  si  on  les  estran- 
gloit.  Parquoy  il  faut  faire  vomir 
promptement  le  malade,  et  luy  bail- 
ler clysteres.  Cela  fait,  il  luy  faut  faire 
boire  de  bon  vin  tout  pur,  ou  mal- 
uoisie,  ouhypocras,  à tin  d’eschauffer 
les  parties  intérieures,  et  mesmes  trois 
ou  quatre  doigts  d’eau  de  vie. 

Matthiole,  sur  le  liure  sixième  de 
Dioscoride,  dit  auoir  conneu  lesdits 
accidens  par  expérience  à vn  vigne- 
ron : cultiuant  ses  vignes  auec  sa 
houë,  par  fortune  arracha  des  raci- 
nes de  ciguë,  cuidant  que  ce  fussent 
racines  de  paslenades,  lesquelles  il 
fit  cuire  en  sa  maison,  et  les  mangea 
à souper  auec  sa  femme  : après  souper 
s’en  allèrent  coucher.  « A la  minuit 
« estans  resueillés  couroient  çà  et  là 
» par  la  maison , ne  voyans  goule, 
» comme  fols  et  enragés,  se  hurlans 
» la  teste  contre  les  parois,  tellement 
» qu’au  matin  ils  estoienl  tous  ineur- 
» tris,  et  les  paupières  des  yeux  gros- 
» ses , monstrans  vne  hideuse  face. 
» Les  voisins  m’appellerent  pour  les 
» guarir  : et  m’estant  enquis  des  do- 
» mesliques  de  ce  qu’ils  auoient  man- 
» gé  à leur  souper,  ié  trouue  qu’ils 
» auoient  mangé  des  racines  de  ci- 
» guë,  en  lieu  de  pastenades.  Car  ie 
» me  transporte  en  la  vigne,  où  on  me 
« monstra  le  lieu  d’où  le  vigneron 
» auoit  tiré  lesdites  racines  : on  en 
» trouua  d autres  qui  commençoient 


22 


338  LE  VJKGT-TRO: 

» à produire  desfueilles.  Ce  qu’ayant 
» considéré , ie  reuins  subit  vers 
» les  malades  ausquels  , moyennant 
« l’aide  de  Dieu  , ie  fis  retourner  en 
>■  peu  de  temps  leur  première  santé  et 
» entendement.  » 

Petrus  Aponensis  estime  fort  en  ce 
cas  vn  breuuage  fait  de  deux  drag- 
mes  de  theriaque  auec  décoction  de 
dictame  ou  de  racine  de  gentiane 
auec  du  vin  : et  affirme  que  c’est  le 
vrajT  antidote  contre  la  ciguë. 

De  l'Aconit. 

L’Aconit  est  vne  berbe  qu’aucuns 
appellent  Luparia,  parce  qu’elle  tue 
les  loups.  Elle  croist  en  Acones,  dont 
elle  a pris  le  nom,  qui  est  vn  village 
des  Periendins.  Matthiole  dit  qu’on 
en  trouue  en  abondance  aux  mon- 
tagnes de  Trente  : les  païsans  d’a- 
lentour l’appellent  Vulparia  , parce 
qu’outre  qu’elle  tue  les  loups,  elle  tue 
aussi  les  regnards  : semblablement 
les  ebiens,  cbats,  et  tous  autres  ani- 
maux qui  en  mangent:  elle  tue  les  rats 
et  souris  de  sa  seule  odeur.  Auicenne 
l’appelle  Slrangulator  leopardi,  parce 
qu’elle  estrangle  les  leopars.  Dieco- 
ridc  dit  que  les  scorpions  touchés  de 
sa  racine  demeurent  tous  estourdis, 
et  meurent  : et  meslée  parmy  la  cbair 
lue  les  sangliers,  loups  et  panthères, 
et  généralement  toutes  autres  bestes 
sauuages.  Les  fléchés  trempées  dedans 
son  jus,  leurs  blessures  sont  mortel- 
les. 

Les  personnes  qui  auront  pris  de 
l’aconit  en  beuuant  ou  mangeant, 
sentent  un  goût  astringent  et  aucu- 
nement doux,  mais  après  ceste  as- 
preté  et  douceur  ils  sentent  une  cer- 
taine amertume , ce  qu’escril  Aëcius. 

Il  cause  vertigine,  et  perturbation 
de  l'esprit.  Il  fait  venir  les  larmes  aux 
yeux  : il  cause  grande  pesanteur  d’es- 


siéme  livre  , 

tomach  et  au  ventre , et  fait  peter 
souuent.  II  induit  tremblement  de 
tout  le  corps  auec  grande  enfleure, 
comme  si  on  estoil  hydropique.  Pline 
escrit  au  lin . 27.  chap.  2.  que  son  ve- 
nin est  vne  poison  si  subite , que  si 
on  en  touche  les  parties  honteuses 
des  animaux  femelles, il  les  fait  mou- 
rir le  tnesme  iour. 

Son  principal  antidote  est  de  promp- 
tement vomir.  Le  conciliateur  Petrus 
de  Abano  1 ordonne  de  la  sarrasine, 
ou  de  l’aristoloche  longue.  Matthiole 
dit  que  s’il  y a du  venin  dans  le  corps, 
il  se  combat  contre  luy,  ayant  fait 
rencontre  de  pareil  : et  donne  seule- 
ment ce  combat , quand  il  trouue  le 
venin  dedans  les  parties  nobles.  C’est 
miracle  que  deux  venins  mortels 
estans  dedans  vn  corps,  l’yn  amortit 
l’autre,  tellement  que  la  personne 
demeure  sauue.  Or  ceste  herbe  est 
figurée  en  Matthiole,  lequel  dit  auoir 
scs  fueilles  semblables  au  concom- 
bre , et  n’en  a que  quatre  pour  le 
plus,  et  aucunement  velues  et  héris- 
sées, et  pleines  d’aiguillons , sembla- 
blement les  queues.  Sa  racine  est  re- 
luisante comme  albastre  quand  elle 
est  recenle,el  de  grosseur  d’vn  doigt, 
large  au  commencement,  puis  peu 
à peu  finissant  en  pointe  courbée 
noueuse,  ressemblant  à la  queue 
dvn  scorpion.  Sa  tige  est  longue  d’un 
empan.  Au  sommet,  a vn  heaume 
semblable  àceluy  d’vn  homme  d’ar- 
mes (pour  monstrer  qu’il  est  armé 
enuers  tous  et  contre  tous  animaux) 
où  est  enclose  sa  semence , conte- 
nant vn  cruel  venin,  mortel  et  dia- 

1 Toutes  les  éditions  portent:  le  Concilia- 
teur et  Petrus  de  Abano.  C’est  sans  doute  une 
faute  d’impression,  car  il  s’agit  ici  d’un  seul 
et  unique  auteur,  déjà  cité  plusieurs  fois 
dans  ce  chapitre. 


DES  VENINS. 


bolique,par  vne  occulte  et  indicible 
cause. 

Del’ If. 

Il  y a semblablement  des  arbres 
venimeux,  comme  l’if  et  le  noyer. 
Les  cheuaux,  bœufs  et  vaches  qui 
mangent  des  fueilles  de  l’if,  et  les 
hommes  qui  dorment  dessous,  le  plus 
souuent  meurent.  Les  accidens  qu’il 
cause  sont  flux  de  ventre , vn  froid 
par  tout  le  corps,  et  vn  estouffement  à 
l’endroit  de  la  gorge.  Ce  qui  aduient 
non  seulement  à cause  de  sa  froideur, 
mais  aussi  par  vne  particulière  nature 
et  malignité  cachée  en  luy  : laquelle 
aussi  particulièrement  pourrit  les  hu- 
meurs, et  escorehe  le  dedans  des 
boyaux. 

Sa  contre-poison  est  semblable  à 
celle  de  la  ciguë.  Nicandre  ordonne 
à boire  de  bon  vin  pur. 

Du  Noyer. 

Le  noyer  est  semblablement  veni- 
meux comme  l’if.  Ce  que  Greuin  1 dit 
auoir  expérimenté  sans  y penser.  Car 
ayant  dormi  long  temps  sous  vn 
noyer  en  plein  esté,  il  sentit  tout  le 
corps  refroidi,  auec  vn  grand  mal 
de  teste,  qui  luy  dura  cinq  ou  six 
iours. 

On  peut  user  contre  son  poison  de 
chose  semblable  que  contre  l’if. 


CHAPITRE  XLV. 

DV  BEZAHAR. 

D’autant  qu’en  parlant  des  signes 
de  chacun  venin  à part , nous  auons 

1 En  son  Hure  des  venins.  — A.  P.  C’est  la 
seule  fois  que  l’on  retrouve  le  nom  de  Grévin 
conservé  dans  ce  livre  ; il  n’en  demeure  pas 


339 

nommé  son  antidote  bezahar , il  faut 
sçauoirce  que  veut  dire  ce  mot. 

Vrayement  venin  n’est  autre  chose 
que  ce  qui  destrult  la  vie  : parquoy 
les  antidotes  et  contre-poisons  ont 
esté  appellés  par  les  Arabes  en 
leur  langue  bezahar , c’est  à dire 
en  leur  baragoüin , conseruateur 
de  vie.  De  là  est  venu  que  tous 
antidotes  et  contre-poisons  par  ex- 
cellence ont  esté  appellés  bezardica, 
d’vn  mot  emprunté  des  Arabes  : par- 
ce que  telle  contre  poison  estant  ve- 
nue d’Arabie  et  de  Perse , a esté  con- 
neuë  et  celebrée  par  leurs  escrits , 
sans  que  les  Grecs  en  ayent  fait  au- 
cune mention.  Mais  entre  tous  ceux 
de  nostre  temps , en  a fort  distincte- 
ment parlé  vn  médecin  du  vice-roy 
des  Indes  pour  le  roy  de  Portugal , 
nommé  Garcia  du  Iardin  *,  en  l’his- 
toire qu’il  a composée  des  aromates 
et  simples  naissans  és  Indes. 

Au  pays  de  Perse  (dit-il)  et  en  quel- 
que région  des  Indes , se  voit  vne  es- 
pece de  bouc  appellé  en  langue  per- 
sique pazain  Mont  la  pierre  à propre- 
ment parler  doit  estre  appellée  pazar, 
du  mot  pazain,  qui  signifie  bouc  : 
mais  nous  d’vn  mot  corrompu  l’appel- 
ions bezar ) pour  la  plus  part  roux  en 
couleur,  de  hauteur  moyenne,  au 
ventricule  duquel  se  concrée  cestc 
pierre  appelée  bezar,  en  forme  de 
presure,  tousiours  augmentant  et 
grossissant  entour  vne  paille,  en 
forme  de  tuniques  d’oignon  couchées 
l’vne  sur  l’autre , de  sorte  que  la  pre- 
mière lame  leuée,  celles  de  dessous 
se  monstrent  tousiours  claires  et  res- 
plendissantes de  plus  en  plus,  qui  est 
vn  signe  entre  autres  de  bonne  et  le- 

moins  vrai  que  c’est  à lui  que  Parc  a fait  le 
plus  d’emprunts. 

1 Garcia  de  Horlo.  — A.  P. 


3âO  LE  VINGT-TROISIÈME  LIVRE 


gilime  pierre  bezahar.  Ceste  pierre 
se  voit  (le  plusieurs  formes  et  figures, 
mais  ordinairement  elle  se  rencontre 
de  figure  de  gland,  ou  de  noyau  de 
dalle,  de  couleur  de  sang,  tantost 
de  miel,  tantost  de  iaune  paille,  mais 
pour  la  plupart  deverd  brun, comme 
nous  voyons  és  pommes  qu’on  ap- 
pelle Mala  insana,  ou  les  chats  qui 
font  la  ciuette.  Ceste  pierre  n’a  point 
de  cœur,  ou  noyau  au  milieu  , mais 
estcaue  en  iceluy,  pleine  d’vne  pou- 
dre qui  a mesme  vertu  et  substance 
que  la  pierre  : au  reste  elle  est  lice  et 
douce,  et  telle  qu’on  la  peut  aisément 
rappel-  comme  l’albastre,  mesme 
qu’elle  se  fond  estant  long  temps  en 
l’eau.  Du  commencement  elle  estoit 
assez  commune  et  de  vil  prix,  par-ce 
que  les  marchands  de  ce  pays  de  deçà 
trafiquans  en  Perse  et  és  Indes,  en 
pouuoient  recouurer  aisément  :’mais 
depuis,  sa  force  estant  conneuë,elle  a 
esté  plus  rare  et  chere,  de  tant  que 
par  Edicl  des  ltoys  du  païs,  il  a esté 
défendu  de  vendre  aucun  bouc  aux 
marchands  de  dehors,  que  premier 
il  n’eust  esté  tué , et  sa  pierre  portée 
auroy.  L’vn  des  moyens  d’espiouuer 
ceste  pierre  si  elle  est  légitimé  ou  i on 
(car  on  en  apporte  par  deçà  plusieurs 
adultérées  et  faulses,  qui  fait  que  l’on 
n’adiousle  foy  à la  vertu  du  bezahar 
tant  singulière)  a esté  dit  cy  dessus. 
L’autre  est  qu’on  la  comprime  auec 
les  doigts,  après  on  la  fait  bouffer  de 
vent  comme  le  cuir  de  bulle  : car  si 
on  s’apperçoit  que  l’air  et  vent  passe 
outre,  elle  est  tenue  pour  faulse  et 
adultérée.  Ils  en  vsent  à notre  exem- 
ple, non  seulement  contre  les  poisons 
et  venins,  mais  aussi  contre  les  mor- 
sures desbestes  veneneuses.  Les  plus 
riches  du  païs  se  purgent  deux  fois 
l’an,  sçauoir  en  Mars  et  en  Septem- 
bre : cinq  iours  continus  après,  ils 


prennent  pour  chaque  iour  dix  grains 
de  ceste  pierre , macérés  en  eau  de 
roseï  et  pour  tel  remede  ils  disent  la 
ieunesse  et  force  des  membres  leur 
estre  conseruée.  Quelques- vns  en 
prennent  iusques  à trente  grains,  mais 
les  plus  sages  n’approuuent  point  si 
grande  dose. 

Ledit  autheur  Garcia  dit  auoir 
coustume  d’en  vser  heureusement 
aux  maladies  melancholiques  inue- 
terées,  comme  en  la  galle,  lepre,  dé- 
mangeaison, impetigine  : et  par  mes- 
me raison  pense  qu’elle  seroit  fort 
propre  contre  la  fiéure  quarte,  et  dit 
sçauoir  pour  vray  que  la  poudre  de 
ceste  pierre , en  estant  mise  sus  les 
morsures  des  bestes  venimeuses,  de- 
liure  promptement  de  danger , et 
auoir  mesme  force  sur  les  charbons 
de  la  peste,  iceux  estans  ouuerts, 
sçauoir  qu’elle  chasse  entièrement 
le  venin  pestilent.  Et  de  tant  (dit-il) 
qu’és  Indes  la  verolle  et  rougeolle 
et  herpes  sont  fort  frequens  et  tres- 
dangereux  et  mortels , nous  en  don- 
nons fort  heureusement  par  chacun 
iour  vn  ou  deux  grains  dans  de  l’eau 
rose. 

Voilà  ce  que  Garcia  du  Iardin  es- 
crit  de  la  génération  et  effets  de  la 
pierre  Bezahar,  non  pas  pour  l’auoir 
leu  ou  ouy  dire , mais  (comme  il  as- 
seure  ) pour  l’auoir  veu  et  expéri- 
menté. Matthiole  chapitre  73  du  Com- 
mentaire sur  le  5.  liure  de  Dioscoride, 
dit  auoir  souuentesfois  csprouué  que 
ceste  pierre  est  plus  exquise  contre 
tous  venins,  que  tous  autres  simples 
mcdicamens,  voire  que  le  theriaque 
mesme , et  tous  autres  contre-poi- 
sons. Abdalanarach  en  escrit  ainsi: 
I’ay  veu  la  pierre  appellée  Bezahar 
entre  les  mains  des  fils  d’Almizama 
gardien  de  la  loy  de  Dieu  , pour  la- 
quelle il  bailla  en  cschauge  vne  ma- 


DES  VENINS. 


gnifique  maison  , et  presque  vn  pa- 
lais qu’il  auoit  à Corilube. 

Toutes  lesquelles  choses  ainsi  ex- 
pliquées , il  sera  aisé  au  chirurgien 
iuger  de  tel  et  tel  venin  , par  les  si- 
gnes d’vn  chacun  d’iceux  mentionnés, 
et  en  faire  rapport  en  iustice  lors  qu’il 
sera  appel  lé. 

Expérience  du  Bezahar  faite  par  le  comman- 
dement du  Roy  Charles  neufiéme. 

Le  Roy  dernièrement  décédé  estant 
en  sa  ville  de  Clermont  en  Auuergne, 
vn  seigneur  luy  apporta  d’Espagne 
vne  pierre  de  Bezahar,  qu'il  luy  af- 
fermoit  eslre  bonne  contre  tous  ve- 
nins , et  l’estimoit  grandement.  Or 
estant  alors  en  la  chambre  dudit  sei- 
gneur Roy  , il  m’appella  , et  me  de- 
manda s’il  se  pouuoit  trouuer  quel- 
que certaine  et  simple  drogue,  qui 
fust  bonne  contre  toute  poison  : où 
tout  subit  luy  respons  , que  non  , di- 
sant qu'il  y auoit  plusieurs  sortes  et 
manières  de  venins,  dont  les  vns  pou- 
uoient  estre  prins  par  dedans,  les  au- 
tres par  dehors.  le  luy  remonstre  que 
les  venins  ne  font  leurs  effets  d’vne 
mesme  sorte , et  ne  procèdent  lesdits 
effets  d’vne  mesme  cause  : car  aucuns 
opèrent  par  l’excès  des  qualités  élé- 
mentaires, desquelles  ils  sont  com- 
posés : autres  opèrent  par  leur  pro- 
pre qualité  spécifique  , occulte  et  sé- 
crété , non  suiette  à aucune  raison  : 
et  selon  la  diuersité  d’iceux  falloit 
contrarier  : comme  s’ils  estoient 

chauds  , estoient  guaris  par  remedes 
froids , et  les  froids  par  remedes 
chauds  , et  ainsi  des  autres  qualités. 
Ledit  seigneur  qui  apporta  la  pierre, 
voulut  outre  mes  raisons  soustenir 
qu’elle  estoit  propre  contre  tous  ve- 
nins. Adonc  ie  dis  au  Roy , qu’on 
auoit  bien  moyen  d’en  faire  certaine 
expérience  sur  quelque  coquin,  qui 


34 1 

auroit  gaigné  le  pendre  : lors  promp- 
tement enuoya  quérir  monsieur  de 
la  Trousse  , preuost  de  son  bostel , et 
lui  demanda  s’il  auoit  quelqu’vn  qui 
eusl  mérité  la  corde.  11  luy  dist  qu’il 
auoit  en  ses  prisons  vn  cuisinier  , le- 
quel auoit  desrobé  deux  plats  d’ar- 
gent en  la  maison  de  son  maistre,  où 
il  estoit  domeslique,  et  que  le  lende- 
main deuoit  eslre  pendu  et  estranglé. 
Le  roy  luy  dist  qu’il  vouloit  faire  expé- 
rience d’vne  pierre  qu’on  disoit  eslre 
bonne  contre  tous  venins , et  qu’il 
sceust  dudit  cuisinier  après  sa  con- 
damnation, s’il  vouloit  prendre  quel- 
que certaine  poison,  et  qu’à  l’instant 
on  luy  bailleroit  vne  contre  poison  , 
et  que  où  il  eschapperoit,  il  s’en  iroit 
la  vie  saune  : ce  que  ledit  cuisinier 
tres-volontiers  accorda  , disant  qu’il 
aimeroit  trop  mieux  encore  mouiir 
de  ladite  poison  en  la  prison , que 
d’estre  oslranglé  à la  veuë  du  peuple. 
Et  tost  après  vn  Apoticaire  seruant 
luy  donna  certaine  poison  en  potion, 
et  subit  de  ladite  pierre  de  Bezahar. 
Ayant  ces  deux  bonnes  drogues  en 
l’estomach  il  se  print  à vomir,  et  bien 
tost  aller  à la  selle,  auecques  grandes 
espreintes,  disant  qu’il  auoit  le  feu 
au  corps,  demandant  de  l’eau  à boire, 
ce  que  ne  luy  fut  refusé.  Vne  heure 
après,  estant  aduerti  que  ledit  Cui- 
sinier auoit  pris  ceste  bonne  drogue, 
pi'iay  ledit  seigneur  de  la  Trousse  me 
vouloir  permettre  l’aller  voir,  ce 
qu’il  m’accorda,  accompagné  de  trois 
de  ses  archers  : et  trouuay  le  pauure 
cuisinier  à quatre  pieds,  cheminant 
comme  vne  beste  , la  langue  hors  la 
bouche,  les  yeux  et  toute  la  face 
flamboyante,  désirant  tousiours  vo- 
mir, auec  grandes  sueurs  froides  : et 
iettoit  le  sang  par  les  oreilles  , nez  , 
bouche,  par  le  siège  et  par  la  verge, 
le  luy  fis  boire  enuiron  demy  sexlier 


3 Zi  2 I,E  VINGT-TROISIEME  LIVRE 


d’huile , pensant  luy  aider  et  sauuer 
la  vie  : mais  elle  ne  luy  seruit  de  rien, 
par-ce  qu’elle  fut  baillée  trop  tard  : 
et  mourut  misérablement,  criant  qu’il 
luy  eust  mieux  valu  estre  mort  à la 
potence l.  Il  vescut  sept  heures  ou  en- 
uiron.  Et  estant  décédé,  ie  fis  ouuer- 
ture  de  son  corps  en  la  présence 
dudit  seigneur  de  la  Trousse  et  qua- 
tre de  ses  archers  , où  ie  trouuay  le 
fonds  de  son  estomach  noir,  aride  et 
sec , comme  si  vn  cautere  y eust 
passé  : qui  me  donna  connoissance 
qu’il  auoit  auallé  du  sublimé,  et  par 
les  accidens  qu’il  auoit  pendant  sa 
vie. 

Et  ainsi  la  pierre  d’Espagne,  comme 
l’experience  le  monstra, n’eut  aucune 
vertu . A ceste  cause  le  Roy  commanda 
qu’on  la  iettast  au  feu  : ce  qui  fut 
fait. 


CHAPITRE  XL VI. 

DES  METAVX  ET  MINER AVX  VENIMBVX2. 

Les  métaux  et  minéraux  viennent 
de  la  terre  et  des  fournaises.  Aucuns 
sont  veneneux,  comme  arsenic,  subli- 
mé, piastre,  ceruse,  litharge,verd  de 
gris,  orpiment,  limeure  de  fer  et  d’ai- 
rain, aymant,reagal,  chaux,  et  autres. 

De  l’arsenic  sublimé. 

Ceux  qui  ont  pris  du  sublimé,  subit 
la  langue  et  le  gosier  leur  deuien- 

1 Malthiole  narre  vite  semblable  histoire  du 
Pape  Clement  1.  lequel  voulut  faire  espreuue 
pour  le  bien  public  d’vn  antidote,  cha.  9.  liu.  9. 
sur  Dioscoride.  — A.  P. 

2 Ce  chapitre  contenant  un  grand  nombre 
d’articles  très  divers,  je  les  ai  séparés  en 
érigeant  en  titres  spéciaux  les  notes  margi- 
nales qui  les  annonçaient  dans  les  éditions 
flnelenuesi 


nent  si  aspres  que  s’ils  auoient  pris 
du  jus  de  copmes  vertes,  laquelle  as- 
prêté  ne  se  peut  osier  par  nuis 
gargarismes  lenilifs , sinon  qu’auec 
grande  difficulté  et  longueur  de 
temps.  Car  subit  qu’il  est  descendu 
en  l’estomach,  il  s’attache  contre: 
pour  ceste  cause  il  le  ronge  et  vlcere 
peu  de  temps  après.  11  cause  vne  soif 
insatiable  et  des  angoisses  indicibles. 
Il  suruient  enfleure  à la  langue,  dé- 
faillance de  cœur  , suppression  d’v- 
rine,  difficulté  de  respirer,  trenchées 
au  ventre  et  Ù l’estomach  intoléra- 
bles, auec  vne  contorsion  de  membres 
si  grande , qqe  si  on  n’y  remédié 
promptement,  les  panures  empoison- 
nés meurent,  les  intestins  et  estomach 
rongés  et  percés,  et  de  couleur  noire, 
comme  si  vn  fer  aidant  y eust  passé. 
Les  patiens  ietlent  le  sang  par  les 
oreilles,  nez,  bouche,  par  la  Yerge  et 
le  siégé  : et  i’atteste  auojr  veu  au  pau- 
ure  larron  cuisinier,  cy  dessus  men- 
tionné , tous  les  accidens  susdits. 

On  guariteeux  qui  en  ont  auallé, 
et  tous  autres  venins  corrosifs,  par 
mesmes  remedes  qui  ont  esté  cy  des- 
sus baillés  à Ceux  qui  ont  pris  des 
canlharides. 

Perd  de  gris. 

Le  verd  de  gris  estoupe  si  fort  les 
conduits  de  la  respiration,  qu’il  es- 
touffe  ceux  qui  en  auront  auallé,  On 
les  guarit  comme  ceux  qui  auront 
pris  de  l’arsenic:  le  bain  pareillement 
leur  est  profitable. 

La  lilliarge. 

La  lilbarge  beuë , cause  vne  pe- 
santeur d'estomach  et  du  ventre , 
empesche  d’vrinpr , et  rend  le  corps 
collé  et  liuide.  On  y remedie  faisant 
vomir  le  malade,  puis  subit  luy  don- 
nant de  la  fiente  seiche  de  pigeon, 


DES  VENINS. 


delayée  en  bon  vin.  Petrus  Aponensis 
commande  boire  de  l’huile  d’ainen- 
des  douces,  et  manger  des  figues 
seiches.  Il  est  pareillement  bon  leur 
bailler  clysteres  relaschans  et  hu- 
mectons, et  leur  frotter  le  ventre  de 
beurre  frais  ou  huile  de  lys. 

L’eecaille  d’airain. 

L’escaille  d’airain  estant  beuë , 
cause  flux  de  ventre  et  grand  vomis- 
sement, qui  prouient  des  pointures  et 
douleurs  de  l’estomach.  Son  contre- 
poison est  de  faire  vomir  prompte- 
ment le  malade , puis  après  le  faire 
baigner  dans  vn  bain  où  l’on  aura 
mis  grande  quantité  d’escargots  : et 
luy  frotter  le  thorax  et  le  ventre  de 
beurre  et  huile  de  lis , et  luy  donner 
clysteres  relaxans  et  humectons. 

L’aimant. 

L’aimant  rend  fols  ceux  qui  en  ont 
pris:  son  contre-poison  est  l’or  sub 
lilement  puluerisé  , et  la  pierre  d’e- 
rneraude  beuë  auec  bon  vin,  et  clys- 
teres  de  laict  et  d’huile  d’amendes 
douces. 

Limeur e de  plomb , et  merde  de  fer. 

La  limeure  de  plomb  et  merde  de 
fer  font  grands  tournions  pareille- 
ment à ceux  qui  en  auront  pris  par 
dedans.  Leur  contre  poison  est  boire 
grande  quantité  de  laict , et  beurre 
fraisfondu.ou  huile  d’amendesdouces 
tirée  sans  feu  , et  leur  donner  clyste- 
res relaschans  et  humectons  : et  con- 
tinuer ces  remedes  iusques  à ce  que 
les  douleurs  et  tranchées  soient 
passées. 

Du  Reagal. 

Le  reagal,  pour  estre  dénaturé  fort 
chaude  et  seiche,  induit  soif  et  es- 
cbauffaison  et  ardeur  par  tout  lo 


343 

corps , auec  telle  consommation  do 
toutes  les  humidités , qu’cncorcs  que 
l’on  sauue  la  vie  aux  patiens  par 
prompts  et  souuerains  remedes,  si 
demeurent- iis  to’utesfois  perclus  de 
leurs  membres  par  vehemente  resic- 
cation  et  contraction  de  toutes  les 
iointures.  Son  alexitere  est  l’huile  de 
pignolat , donnée  promptement  ius- 
ques à demie  liure,  et  puis  vomir: 
après  donner  à boire  du  laict , et  en 
faire  clysteres,  et  nourrir  le  malade 
de  bouillons  gras. 

Chaux  viue  et  orpigment. 

La  chaux  viue  et  orpigment,  que  les 
Grecs  appellent  arsenicum , pris  en 
breuuage,  rongent  l’estomach  et  les 
intestins  auec  grandes  douleurs  : ils 
causent  vue  soif  intolérable,  auec  vne 
aspérité  de  gorge,  difficulté  de  respi- 
rer, suppression d’vrine  et  dysenterie. 
Il  faut  remedier  auec  toutes  choses 
qui  ont  vertu  d’esteindre  leur  acrimo- 
nie , et  qui  soient  relaxans  et  humée 
tans  : comme  le  suc  de  guimauue, 
mauue , violiers  de  Mars,  décoction 
de  graine  de  lin  , bouillons  gras , et 
généralement  toutes  choses  cy-dessus 
mentionnées  aux  remedes  des  cantha- 
rides. 

L’eau  forte. 

Il  est  fort  difficile  pouuoir  reme- 
dier à l’eau  forte,  de  laquelle  lesor- 
féures  séparent  l’or  de  l’argent , par- 
ce que  tout  subit  elle  bruslela  gorge 
et  l’estomach.  Il  y faut  remedier 
comme  à la  chaux  et  orpigment. 

La  Ceruse. 

La  ceruze  cause  hocquets  et  la 
toux,  et  rend  la  langue  seiche,  et 
les  extrémités  du  corps  froides  et  stu- 
pides, et  leurs  yeux  dinettent  tou- 
siours  ; et  souuent  en  plein  iour  U 


344 


LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE, 


semble  au  malade  qu’il  voit  quelque 
fantosme  : leur  vrine  est  noire,  et 
soutient  sanglante  : s’ils  ne  sont 
promptement  secourus  ils  suffoquent 
et  meurent.  Le  remede,  selon  Aëce 
et  Auicenne,  est  de  leur  faire  boire  de 
la  scammonée  , auec  eau  miellée  , et 
autres  choses  qui  ont  vertu  de  les 
faire  beaucoup  vriner.  Il  ne  faut  ou- 
bliera les  faire souuent  vomir, et  leur 
donner  clysteres  humectans  et  relas- 
cbans. 

Piastre. 

Le  piastre  s’endurcit  comme  pierre 
en  l’estoniach , et  ceux  qui  en  ont 
auallé  estranglent  , par-ce  qu’il  re- 
serre les  conduits  de  la  respiration 
On  les  guarit  comme  ceux  qui  ont 
mangé  des  champignons.  Auicenne 
dit  qu’il  faut  remedier  comme  à ceux 
qui  ont  pris  de  la  ceruze.  Et  si  le 
ventre  est  constipé,  on  leur  baillera 
clysteres  composés  d’huile  et  de 
gresse  de  canard  , et  leur  oindre  le 
ventre  d’huile  de  lys  et  de  beurre. 


CHAPITRE  XLVII. 

DE  LA  PROPRIETE  DE  L’ARGENT-VIF  1 . 

L’argent-vif  a esté  ainsi  nommé 
par-ce  qu’il  représente  l’argent  en 

i Ce  chapitre  se  lisait  d’abord  , au  moins 
en  partie,  dans  le  livre  de  la  grosse  V erolle, 
édition  de  1576,  où  il  faisait  le  chapitre  10 
(voyez  tome  II,  page  641).  Dès  1579,  il  avait 
été  transporté  ici  avec  de  très  grandes  aug- 
mentations. Le  fond  et  souvent  la  forme  en 
sont cmprunlésàThierry  de Héry  : Lameihode 
curaloire  de  la  maladie  venericnne , 1562,  page 
101  ; et  il  est  à regretter  peut-être  que  Paré 
n’ait  pas  toujours  suivi  une  aussi  compé- 
tente autorité.  Je  signalerai  les  passages  qui 
se  trouvaient  déjà  dans  l’édition  de  1575. 


couleur,  et  aussi  pour-ce  qu’il  est 
quasi  en  vn  perpétuel  mouuement, 
et  semble  qu’il  soit  vif. 

Il  y a grande  contrariété  entre  les 
anciens  qui  ont  escril  du  vif-argent. 
Les  vns  tiennent  qu'il  est  chaud, 
comme  Galien , liure  quatrième  des 
Simples,  Haliabbasen  sa  seconde  prac- 
tique,  chapitre  cent  quarante  huit  : 
Khases  au  3.  ad  Almensor  : Aristote  4. 
Meteor.,  Constantin,  Isaac,Platearius, 
Nicolas  Massa.  Or  véritablement  ils 
ont  tous  raison  sur  ce  qui  est  dit , 
que  l’on  prend  indication  des  remedes 
qui  aident  et  qui  nuisent  : d’auantage 
il  est  d’vne  substance  si  ténue,  qu’il 
pénétré  les  corps  métalliques  fort 
durs  et  les  dissout , et  fait  autres  ac- 
tions de  chaleur,  comme  d’attenuer, 
inciser,  penelrer  , subtilier,  résoudre, 
seicher,  prouoquer  sueurs , flux  de 
ventre,  vrines  , flux  de  bouche  : et 
non  seulement  vacue  les  humeurs 
subtils,  mais  aussi  les  gros,  cras  et 
visqueux,  ce  qu’on  voit  à l’œil  aux 
verollés  qui  en  vsent  par  les  frictions 
ou  par  emplaslres  : lesquelles  choses 
ne  se  peuuent  faire  que  par  medica- 
mens  chauds  et  de  subtile  substance  , 
ce  que  fait  l’argent  vif.  Autres  disent 
qu’il  est  extrêmement  froid  et  hu- 
mide , d’autant  qu’il  stupéfié  et  ap- 
paise  toutes  douleurs  , estant  appli- 
qué aux  onguens  et  emplaslres, 
réfrénant  les  ardentes  pustules  phleg- 
moneuses  et  cholériques  : d’auantage, 
pour  sa  grande  humidité  , il  amollit 
les  tumeurs  dures,  et  dissdtilt  celles 
qui  sont  faites  par  concrétion  ; ce 
qu’on  voit  auxtophes  et  nodusdesos: 
aussi  ceux  qui  en  ont  esté  frottés , 
ou  pris  par  parfums,  ont  leur  haleine 
puante,  qui  est  vn  signe  qu’il  pourrit 
par  son  excessiue  humidité , les  hu- 
meurs qu’il  trouue  en  l’estomach  et 
parties  voisines. 


1ÎF.S  VENINS. 


D’abondant , Auicenne  ameine  vn 
exemple  d’vn  singe , lequel  ayant 
beu  de  l’argent- vif,  mourut  : et  l’ayant 
ouuert.on  trouua  du  sang  coagulé 
autour  du  cœur.  Semblablement 
Malthiole  sur  le  Commentaire  de 
Dioscoride,  chapitre  vingt-huitième, 
dit  que  le  vif-argent  fait  mourir  les 
personnes  qui  en  prendroient  en  trop 
grande  quantité  , par  son  excessiue 
froideur  et  humidité  , par  ce  , dit-il, 
qu’il  congele  le  sang  et  les  esprits  vi 
taux  de  toute  la  substance  du  cœur. 

Ce  qui  a esté  conneu  de  Petrus 
Aponensis  , par  ceste  histoire  : qu’vn 
Apoticaire  surpris  d’une  fiéure  très- 
ardente,  tourmenté  d’une  soif  intolé- 
rable, et  troubléde  son  entendement, 
allant  çà  et  là  , vint  en  sa  boutique 
cherchant  quelque  breuuage  pour  se 
desallerer  : par  fortune  il  peint  la 
boëtte  du  vif-argent,  et  en  beut  en 
grande  quantité  , en  lieu  d’eau  : cela 
fait,  il  s’en  retourna  coucher,  ou  peu 
d’heures  après  il  mourut.  Ses  serui- 
teurs  ayans  trouué  grande  quantité 
de  vif-argent  sorti  par  le  fondement, 
appelleront  les  Médecins  pour  sça- 
uoir  la  cause  de  la  mort , qu’ils  esli- 
moient  vn  grand  miracle  : lesquels 
commandèrent  d’apporter  la  boëtte 
du  vif-argent , laquelle  estant  vuide , 
ils  conneurent  la  cause  de  la  mort 
aduenue  à l’apoticaire.  D’auanlage , 
le  corps  mort  et  ouuert,  trouuerent 
encore  dedansl’eslomach  et  intestins, 
enuiron  vne  liure  d’argent-vif,  et  du 
sang  congelé  autour  du  cœur  '. 

Qui  est  cause  pour  prouuer  le  vif- 

1 Celle  histoire  est  absurde,  ou  du  moins 
la  conclusion  que  l’auteur  prétend  en  tirer; 
cl  on  a d’autant  plus  sujet  de  s’étonner  que 
Paré  l’ait  admise,  que  Thierry  de  Héry  avait 

donné  des  preuves  irréfragables  de  l’inno- 
cuité du  mercure  pris  à l’intérieur.  D’ait- 


345 

argent  estre  extrêmement  froid,  pour 
raison  de  ladite  coagulation.  Autres 
le  disent  froid  , pour-ce  qu’il  est  fait 
de  plomb  et  autre  matière  froide  , 
qui  ne  s’ensuit  pas  : car  la  chaux  viue 
est  faite  de  cailloux  et  pierres  froi- 
des, neanlmoins  est  chaude  et  caus- 
tique. 

Paracelse  , liure  quatrième  De  la 
nature  des  choses1,  dit  le  vif-argent 
estre  chaud  au  dedans,  et  froid  au  de- 
hors : c’est  à sçauoir,  qu'estant  tel 
comme  il  vient  de  la  mine,  qu’il  est 
froid  : mais  quand  il  est  préparé  par 
art , que  sa  frigidité  est  oslée  , et  que 
sa  chaleur  qui  est  au  dedans  se  ma- 
nifeste , en  sorte  qu’il  sert  de  teinture 
à la  transmutation  des  métaux.  C’est 
vne  reigle  generale  des  Alkemistes, 
que  tous  métaux  sont  froids  en  leur 
dehors  , à cause  de  la  partie  aqueuse, 
laquelle  y prédominé  : mais  au  de- 
dans ils  ont  vne  grande  chaleur,  la- 
quelle apparoist  lors  que  la  froideur 
se  séparé  auec  l’humidité,  par  le 
moyen  du  mesme  suiet  qu’elles  ont. 
à sçauoir l’humidité:  deuiennenl caus- 
tiques par  la  calcination2. 

Aucuns  ont  opinion  qu’il  est  vene- 
neux,  neanlmoins  l’experience  mons- 
tre le  contraire  : ce  que  plusieurs 

leurs  on  verra  lout-à-Theurc  Paré  lui-même 
apporter  des  exemples  to u t— à-fa i t contra- 
dictoires avec  celte  conclusion. 

1 Nous  avons  vu  déjà  Paré  citer  ailleurs 
Paracelse:  mais  i!  avait  ensuite  effacé  sa 
citation , tandis  que  celle-ci,  donnée  en 
1579,  est  restée  dans  toutes  les  éditions. 

2 Au  lieu  de  cette  longue  discussion,  le 
chapitre  de  1575  portait  seulement  : 

«Quant  aux  qualitez  du  vif  argent,  plu- 
sieurs en  sont  en  grande  controverse  -.  car 
aucuns  disent  qu’il  est  froid  , les  auties 
chaud.  Or  véritablement  par  ses  operations 
011  peut  le  dire  eslre  chaud  , parcequ’il  at- 
ténué, incise,  pénétré,  et  résout,  etc.  » 


3A6  LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE  , 


(Iodes  personnages  tesmpignent.  Ma- 
riamis  Sanctus  Harolilanus , homme 
forl  expérimenté  en  la  Chirurgie, 
traitant  De  casu  et  ofl'cnsionc1 , dit 
atioir  vcu  plusieurs  qui  en  ont  auallé 
sans  aucune  incommodité  ou  lésion. 
Et  pour  confirmation  de  son  dire, 
raconte  vne  histoire  d’vne  femme,  à 
laquelle  afferme  auoir  veu  prendre 
pour  quelque  intention  , à plusieurs 
et  diuerses  fois  , vne  liure  et  demie 
de  vif-argent , qu’elle  reieltoil  par  le 
siégé  sans  aucun  dommage.  Mesmes 
il  dit  , qu’en  l’Iliaque  passion  (dite 
Miserere  mei , maladie  mortelle)  que 
plusieurs  esloient  eschappés  en  pre- 
nant trois  onces  d’argenl-vif  auec  de 
l’eau  simplement4.  Ce  qui  aduient, 
d’autant , dit-il , que  par  sa  pondero- 
silé  destourne  l’intestin , et  pousse 
la  matière  l'ecale  endurcie  en  bas  : 
ainsi  qu’auons  escrit  cy  deuant  par- 
lans  de  la  colique.  D’auantage  il  af- 
ferme autres  auoir  esté  guaris  de  la 
colique,  en  prenant  trois  onces  de  vif- 
argent3. 

1 Cette  citation  e6t  empruntée  à Thierry 
de  Iléry. 

2 L’autheur  u’ apprenne  çesie  quantité  d’ar- 
gent vif.  — A.  P. 

s Ce  paragraphe  se  trouve  déjà  presque 
textuellement  dans  le  livre  de  la  grosse  Ve- 
rolle  de  1575  ; mais  auparavant  on  en  lisait 
un  autre  assez  curieux  qui  a été  retranché 
en  1579  : 

« Or  plusieurs  estiment  que  le  vif  argent 
par  les  frictions  ou  emplastres  pénétré  au 
dedans  des  parties  où  il  est  appliqué  : ce 
qui  est  faux.  Car  ii  n’y  a que  sa  puissance 
et  faculté  qui  besongne,  sans  aucunement  y 
entrer  : ce  qui  se  voit  par  l’application  des 
emplastres  de  de  Vigo  cum  mercurio  où  ia- 
mais  le  vif  argent  ne  laisse  la  masse  de 
l’emplastre , neanlmoins  fait  son  action: 
comme  prouoquer  flux  de  bouche  et  de  ven- 
tre : et  apres  son  operation  estant  fondue , 
on  troiute  le  vif  argent  en  telle  Iquentité 


Antonius  Musa  dit  qu’il  a de  cous- 
tume  en  donner  à boire  aux  petits 
enfans  estans  demy  morts,  à l’occa- 
sion des  vers1.  Ce  qui  est  encore 
approuué  par  Auicenne,  où  il  dit, 
que  plusieurs  en  boiuentsans  en  estre 
aucunement  endommagés  2.  Aussi 
ledit  Auicenne  l’ordonne  pour  la 
teigne  des  petits  enfans , et  mesme 
en  ses  onguens  pour  la  rongne.  Sem- 
blablement on  voit  ordinairement  les 
bonnes  femmes  de  village  en  frotter 
la  teste  de  leurs  petits  enfans,  estant 
mixtionné  auec  beurre  , ou  gresse  de 
porc,  pour  faire  mourir  leurs  poux. 
Matlhiole  dit , qu’aucuns  en  donnent 
pour  le  dernier  remede  aux  femmes 
quinepeuuent  accoucher,  le  proteste 
que  i’en  ay  fait  aualler  vne  liure  à 
vn  petit  et  ieune  chien  , l’ayant  re- 
ietlé  par  le  siégé  , sans  ressentir  au- 
cun mal 3.  Toutes  lesquelles  choses 
me  font  iuger  iceluy  n’estre  veni- 
meux. 

Voila  ce  que  i’ay  pu  recueillir  des 
autheurs,  tant  anciens  que  modernes. 
Et  ne  nous  faut  arrester  aux  dispu- 
tes, mais  à l’action  et  faculté  d’iceluy, 
chose  plus  necessaire  que  toutes  dis- 
putes qu’on  en  peut  faire. 

Et  quant  à ses  actions  et  facultés, 

comme auparauant  qu’elle  y fust  appliquée  : 
par  quoy  on  peut  dire  que  sa  substance 
n’entre  au  dedans,  mais  sa  seule  qualité.  » 

1 Antonius  Musa  , au  traité  des  métaux. — 
A.  P. 

2 Auicenne,  au  chapitre  de  argento  t duo.  — 
A.  P. 

3 Thierry  deHéry  avait  fait  et  répété  cette 
expérience  avant  Paré  : ouv.  cité,  page  102. 
Au  reste  la  première  et  la  dernière  phrase 
de  ce  paragraphe  se  lisaient  déjà  à la  lin 
du  chap.  de  1575.  On  y trouvait  aussi,  mais 
dans  une  autre  place,  la  citation  d’Avicenne 
pour  la  rongne  et  l’exemple  des  bonnes  fem- 
mes de  village. 


DES  VENINS. 


nous  le  voyons  estre  le  vray  alexilere, 
et  contre  poison  de  la  grosse  verolle  : 
et  propre  aux  vlceres  malings  de 
quelque  genre  qu’ils  puissent  estre  , 
de  façon  qu’il  consomme  la  virulence 
et  malignité  qui  est  en  eux,  plus  que 
nuis  autres  remedes  operanspar  leurs 
qualités  premières.  Spécialement  si 
on  en  frotte  yne  lamine  de  plomb  , 
comme  l’enseigne  le  bon  vieillard 
Guidon  , et  qu’on  l’applique  sur  l’vl- 
cere  en  le  bandant  proprement , ra- 
mollit les  bords  desdits  vlceres  : es- 
tant continuée  ameine  l’vlcerc  à 
cicatrice , ce  que  i’ay  conneu  par  dir 
uerses  fois.  Ce  qui  est  aussi  confirmé 
par  Galien,  lequel  l’appreuue  pour  les 
vlceres  malings  et  pour  les  chancres 1 . 

Mesmcs  nous  voyons  par  expé- 
rience,que  le  plomb  (lequelaucuns  di- 
sent veneneux  , par-ce  quel’argent- 
vifest  faitdeluy)  peut  demeurer  long 
temps  en  nostre  corps  sans  faire  au- 
cune corruption  : comme  l’on  peut 
connoistre,  en  ceux  qui  ont  eu  des 
coups  de  harquebuses  , la  balle  de- 
meurer aux  parties  charneuses  par 
l’espace  de  trois , quatre , voire  dix 
ans,  et  descendre  du  haut  en  bas  sans 
faire  aucune  putréfaction  ou  nui- 
sance à nature  : qui  demonstre  n’a- 
uoir  nulle  vénénosité,  mais  plustost 
quelque  chose  de  familiarité  auec 
nostre  nature.  Galien  ne  dit  pas  que 

1 Ce  paragraphe  se  lisait  déjà  dans  l’édi- 
tion de  1575,  où  il  suivait  immédiatement 
le  texte  reproduit  à la  note  de  la  page  précé- 
dente; seulement  il  y avait  une  variante 
qu’il  n’est  pas  sans  intérêt  de  noter  : 

« Le  bon  vieillard  Guidon  , parlant  de  la 
nature  de  telles  vlceres , ordonne  y appli- 
quer platines  de  plomb  frottées  de  vif-ar- 
gent, et  dit  estre  en  ce  remede  vne  vertu  ca- 
chée. le  puis  aussi  attester  que  i’en  ay 
soutient  vsé  pour  tel  elfect,  en  ayant  acquis 
honneur  ctprofiet.  » 


347 

le  plomb  soit  veneneux,  mais  dit  que 
l’eau  contenue  long  temps  és  canaux 
de  plomb  , pour  le  limon  qui  s’y  atta- 
che, cause  dysenteries  et  flux  de  ven- 
tre *,  ce  que  feroit  bien  l’airain  ou  le 
cuyure. 

Thierry  de  Hcry  récité  ceste  his- 
toire. 

Ces  iours  passés  ie  fus  enuoyé  qué- 
rir pour  visiter  vn  enfant  en  la  mai- 
son d’vn  docteur  en  medecine,  lequel 
auoit  vne  parotide  (qui  est  vne  apo- 
steme  aux  enuirons  des  oreilles)  auec 
grande  tumeur  et  inflammation,  don 
leur,  pulsation  , et  tels  signes  signi- 
fient génération  de  matière.  Au 
moyen  dequoy  nous  adujsasmes  qu’il 
seroil  bon  y appliquer  vn  médica- 
ment anodyn , ce  qui  fut  fait  : et  au 
premier  remuement  de  l’cmplaslre  se 
trouua  grande  diminution  de  la  tu- 
meur, et  de  tous  les  autres  accidcns, 
dont  nous  fusnjes  esbahis,  par-ce  que 
nous  auions  délibéré  ce  iour,  ou  le 
lendemain,  y faire  vne  ouuerture.  A 
la  seconde  fois  se  trouua  sans  inflam- 
mation , pulsation , ny  douleur,  et 
apparente  diminution  de  la  tumeur, 
et  sentoit  l’enfant  la  partie  quasi  estre 
toute  deschargée.  Au  troisième  ap- 
pareil , i’apperceu  dedans  le  cata- 
plasme du  vif-argent:  parquoy  nous 
enquerans  d’où  pouuoit  procéder  ce- 
la , trouuasmes  qu’vn  seçuiteur,  au- 
quel on  auoit  commandé  faire  ce  mé- 
dicament (faute  de  curiosité)  l’auoit 
meslé  avec  vn  onguent  estant  au  mor- 
tier, auquel  y auoit  de  l’argent-vif. 
Toutesfois  cest  enfant  fut  guari  quatre 
ou  cinq  iours  apres,  sans  suppuration 
ny  aucun  accident. 

Autre  histoire  dudit  de  Hery.  Quel- 
que temps  après,  vne  damoiselle  fut 
affligée  d’vne  semblable  maladie,  la- 

1 Galien,  7.  calaiopus,  — A,  P. 


348  LE  VINGT-TROISIEME  LIVRE 


quelle  non  seulement  luy  comprenoit 
le  derrière  des  oreilles,  mais  aussi 
vue  partie  de  la  gorge,  et  quasi  toute 
la  iouë.  Nonobstant  quelque  dili- 
gence , nous  ne  sceusmes  tant  faire 
que  Nature  voulust  tendre  à aucune 
euacuation,  et  auoit  vne  telle  dou- 
leur que  iour  ny  nuit  ne  pouuoit  re- 
poser : quoy  voyant  ie  raconte  aux 
médecins  Phistoire  precedente,  les- 
quels furent  d’aduis  qu’on  adiouste- 
roit  du  vif-argent  aux  emplastres,  ce 
qui  fut  fait  : et  la  damoiselle  sentit 
amelioration  de  sa  douleur,  et  peu  de 
iours  aprésla  tumeur  fut  entièrement 
résolue  L 

Voila  deux  histoires  que  ie  croy 
eslre  vrayes.  L’onguent  où  entre  le 
vif-argent  guarit  la  rongne,  appellée 
du  vulgaire  mal  sainct  Main  ( supple 
apres  auoir  fait  les  choses  vniuersel- 
les,  comme  purgations,  saignées, 
bains)  ce  que  les  autres  medicamens 
ne  peuuent  faire.  le  tiens  que  l’ar- 
gent-vif est  l’antidote  de  la  verolle 
( aussi  fait  Kondelet  ) et  de  ses  acci- 
dens,et  la  guarit  en  quelque  sorte 
qu’elle  soit  : par-ce  qu’il  esmeut  les 
sueurs,  et  deseiebe  la  cause  de  sa 
substance:  ce  que  ne  font  point  les 
autres  medicamens,  au  moins  que 
i’aye  peu  connoistre 1  2. 

Or  quelques-vns  tiennent  qu’il  re- 
soull  et  dissipe  la  vertu  des  nerfs, 
comme  l'on  voit  à quelques-vns  qui 
ont  esté  frottés  pour  la  verolle,  ont 
vn  tremblement  des  membres  : il  est 

1 Voyez  ces  deux  histoires  dans  Thierry 
de  Héry , page  I0S  et  suivantes.  Il  convient 
de  dire  que  Paré  ne  transcrit  pas  exacte- 
ment le  texte.  Déjà  du  reste  il  avait  cité  ces 
deux  histoires  en  1575  au  livre  des  Tumeurs 
en  particulier,  et  avec  une  rédaction  un  peu 
dillérente.  Comparez  tome  Ier,  pages  380  et 
381. 

2 Cette  dernière  phrase  est  de  1585. 


vray,  quand  l’on  en  vse  indiscrette- 
ment  et  sans  raison,  qu’il  en  pourra 
estre  cause.  Autant  en  aduiendra-il 
aux  doreurs  et  fondeurs  de  plomb , 
et  à ceux  qui  sont  aux  minières  : car 
par  l’indeuë  et  assiduelle  réception 
des  vapeurs,  il  se  fera  non  seulement 
vacuation  des  humeurs  malings  et 
corrompus,  mais  aussi  resolution  et 
consomption  des  esprits  et  humidités 
radicales,  lesquelles  résolues,  spécia- 
lement des  parties  nerueuses,  il  s’en- 
suit vn  tremblement  quelquesfois 
perpétuel,  non  par  la  malice  du  vif- 
argent,  mais  par  l’indeuë  application 
et  mauuais  vsage. 

Estant  esteint  auec  axonge  de 
porc , qu’on  en  oigne  vne  lisiere  de 
drap  , puis  qu’on  l’applique  à nud  en 
ceinture  au  milieu  du  corps,  il  chasse 
les  poux,  puces,  punaises  et  mor- 
pions : et  tue  les  vers  contenus  au 
ventre,  et  principalement  si  on  en 
frotte  le  creux  du  nombril.  Si  on  en 
frotte  le  lieu  où  habitent  les  punaises 
et  scorpions , il  les  fait  mourir,  et 
empesche  que  plus  n’y  retournent. 

Or  il  y a de  deux  especes  d’argent  v if, 
naturelle  et  artificielle  : de  la  natu- 
relle, il  s’en  treuue  coulant  par  les 
veines  et  cauités  de  la  terre,  comme 
on  voit  en  diuers  lieux  : et  aussi  il  se 
treuue  entre  les  métaux,  et  aux  vous- 
les  des  fodines  d’argent-  De  l’artifi- 
cielle, il  s’en  fait  de  minion , aussi  de 
ratisseures  de  marbre,  comme  escrit 
Vitruue  L II  est  vray-seinblable  qu'il 
s’en  pourroit  tirer  de  tous  métaux 
par  artifice,  et  principalement  du 
plomb  et  du  cinabre.  Telles  especes 
et  différences  se  peuuent  connoistre 
par  leur  couleur  fusque  et  noirastre, 
par  leur  substance  lente  et  espaisse, 

1 Vitruue,  au  7.  li.  de  son  architecture.  — 
A.  P. 


DES  VENINS. 


qui  en  coulant  laisse  vestige  cras , 
comme  excrement  de  plomb.  Le  meil- 
leur de  tous  est  celuy  qui  est  pur, 
clair,  subtil , et  blanc.  Et  pour  le  pu- 
rifier de  son  plomb  et  autres  excre- 
mens , et  le  rendre  bon  et  tres-subtil, 
c’est  le  faire  bouillir  en  vinaigre  auec 
sauge,  rosmarin,  thym,  lauande, 
ou  le  faire  aualler  à vn  chien  vne 
liure  à la  fois  : puis  l’ayant  reietlépar 
le  siégé,  le  cueillir,  et  de  rechef  le 
faire  vn  peu  bouillir  audit  vinaigre. 
Cela  fait , on  peut  dire  eslre  vn  mais- 
tre  Jehan , qui  fait  choses  grandes  et 
quasi  miraculeuses,  pourueu  qu’on 
le  sçache  bien  manier  à luy  faire  sau- 
ter le  baston  : car  à peine  se  trouue-il 
homme  qui  se  puisse  vanter  d’enten- 
dre sa  nature  et  verlu  en  tout  et  par 
tout.  Les  Alchemistes  ont  si  grande 
opinion  de  ce  maistre  Iehan , que  la 


349 

pluspart  d’iceux  l’ont  couru  à force 
d’or  et  d’argent , pour  cuider  l’arres- 
ter,  et  toutesfois  n’en  ont  encore  sceu 
venir  à bout.  Les  riches  en  sont  deue- 
nus  panures,  pour  l’auoir  soufflé:  et 
les  pauures , idiots , insensés , et  tous 
deschirés.  Il  n’a  plus  grand  ennemy 
que  le  feu  , lequel  le  fait  monter  en 
haut , encore  qu’il  soit  fort  pesant,  et 
aussi  luy  fait  quitter  l’or,  son  plus 
grand  amy  qu’il  ait  point 

1 L’édition  de  1579  portait  à la  fin  de  ce 
chapitre  : Fin  desvenins,  bien  qu’il  fût  im- 
médiatement suivi  du  chapitre  47  et  der- 
nier (48e  par  faute  d’impression  ),  intitulé  : 
Discours  de  la  licorne.  Comme  ce  chapitre 
assez  long  a été  refondu  dans  le  grand  Dis- 
cours publié  en  1583,  que  l’on  trouvera  en 
entier  reproduit  après  le  livre  de  la  Peste,  }C 
n’ai  pas  cru  devoir  faire  un  double  emploi 
sans  intérêt  en  le  donnant  ici. 


LE  VINGT-Q VATRIÉME  LIVRE, 

TRAITAIT 

DE  LA  PESTE1. 


CHAPITRE  I. 

DESCRIPTION  DE  LA  PESTE. 

Peste  est  vne  maladie  venant  de 
Lire  de  Dieu  , furieuse,  lempestàtiue, 
hastiue,  monstrueuse,  espouuentable, 
contagieuse,  terrible,  appelée  de  Ga- 
lien beste  sauuage,  farouche,  et  fort 
cruelle,  ennemie  mortelle  de  la  vie 
des  hommes,  et  de  plusieurs  besles, 

i Ce  livre  de  la  P este  avait  paru  en  1568 
réuni  à quelques  chapitres  sur  la  petite  \é- 
role  , la  rougeole  et  la  lèpre,  sous  le  litre  de 
Traielé  de  lu  peste,  etc.  Il  se  composait  alors 
de  50  chapitres,  plus  le  cliap.  55 , placé 
après  l’histoire  de  la  petite  véroleet  intitulé  : 
Des  incommoditez  de  la  pesie,  en  total  51 
chapitres.  En  1575,  il  lut  séparé  du  livre  de 
la  petite  vérolle,  et  réduit  à 50  chapi- 
tres , (bien  que  la  table  en  indique  par  er- 
reur 51  ) par  la  suppression  du  chap.  34  : 
Du  charbon  non  pestiféré.  En  1579,  il  regagna 
51  chapitres  par  la  division  en  deux  du  50e; 
en  1585,  il  arriva  au  chiffre  de  52  par  l’ad- 
jonction du  30e,  intitulé  : Accidens  de  pesie  ; 
et  enfin  j’ai  cru  devoir  rétablir  le  chapitre 
supprimé,  ce  qui  donne  pour  celte  édition 
73  chapitres. 

J’ai  ajouté  en  outre  un  chapitre  complé- 
mentaire tout  spécial,  pour  un  article  retran- 
ché dès  1579,  et  qui  n’avait  pas  reparu  de- 
puis. Je  veux  parler  du  fameux  passage  sur 
l’antimoine,  qui  appartenait,  dans  les  édi- 
tions de  1508  et  1575,  au  chap.  27  : Des  rne- 
dicamens  purgatifs. 


plantes , et  arbres2.  Les  anciens  l’ont 
appelée  Epidémie,  quand  la  corrup- 
tion venoit  de  l’air  qui  promptement 
fait  mourir  plusieurs  en  vn  instant, 
et  en  mesme  région  : aussi  ont  ils  ap- 
pelé Endemie  vne  maladie  qui  est 
propre  et  familière  en  certain  pays, 
comme  les  escrouélles  en  Espagne , 
le  gouëlron  en  Sauoye,  la  lepre  en 
Guyenne  vers  Bordeaux,  qu’on  ap- 
pelle Gabctz,  et  en  la  basse  Bretagne 

2 Cette  définition,  un  peu  trop  poétique, 
est  de  1585  , de  même  que  tout  le  reste  de 
ce  chapitre  jusqu’à  la  phrase  finale.  Dans  les 
éditions  précédentes,  le  titre  du  chapitre 
était  le  même,  mais  le  texte  différait  com- 
plètement; c’est  pourquoi  il  est  essentiel  de 
le  reproduire  : 

« Peste  est  vne  maladie  furieuse , qui 
court  généralement  sur  tous  les  hommes,  ou 
sur  autres  hestes,  contagieuse,  cruelle  et 
pernicieuse,  accompagnée  de  grands  acci- 
dens, (qui  viennent  quant  et  elle  en  vn 
mesme  temps)  comme  fleure  continue,  bu- 
bons, charbons,  pourpre,  nausee,  vomis- 
sements, et  autres.  Or  elle  nuit  par  sa  qua- 
lité veneneuse,  de  laquelle  la  force  surpasse 
la  condition  de  pourriture  et  corruption  or- 
dinaire, et  non  pas  à cause  de  quelque  qua- 
lité élémentaire,  comme  par  trop  excessiue 
chaleur,  froidure,  seichcresse  et  humidité, 
ou  de  toute  sa  nature:  car  si  elle  estoil  telle, 
elle  tueroit  toute  personne  indifféremment, 
combien  que  ne  ie  vueille  pas  nier  qu’elle 
ne  soit  plus  griefue  en  certains  corps,  temps, 
saisons  et  pays,  comme  sont  aussi  toutes  au- 


I.E  VINGT- QVATRIÉJUE  LIVRE,  DE  LA  PESTE.  35 1 


Cacots,  et  sont  nommés  Ladres  blancs  : 
el  ainsi  d’autres  maladies  qui  régnent 
és  autres  prouinces.  Or  la  peste  est 
souuent  accompagnée  de  tres-cruels 
et  pernicieux  accidens,  qui  sourdent 
iournellement  auec  elle  : comme  He- 
ure, bubons,  charbons,  pourpre, flux 
de  ventre,  déliré,  frenesie,  et  douleur 
mordicatiue  d'estomach , palpitation 
de  cœur,  pesanteur  et  lassitude  de 
tous  les  membres  , sommeil  profond , 

très  maladies,  ainsi  que  dit  Hippocrates  au 
troisième  liure  des  Aphorismes  ( Aphor.  3). 
Or  tel  venin  est  du  tout  contraire,  princi- 
palement à l’esprit  vital , contenu  au  cœur  : 
et  si  l’esprit  est  plus  fort  que  le  venin  pes- 
tiféré, il  le  chasse  loing  du  cœur  : au  con- 
traire, si  le  venin  est  plus  fort  que  les  for- 
ces de  l’esprit  vital  et  qu'il  ne  puisse  résister 
à son  ennemy,  il  s’enfuit  arriéré  de  luy  , et 
demeure  vaincu.  Et  aussi  s’il  s’espand  en  la 
masse  sanguinaire  où  sont  contenues  les 
humeurs,  il  les  infecte  par  sa  qualité  vene- 
neuse,  et  engendre  fleures  pestilentielles 
simples,  ou  compliquées  auec  bubons  et 
charbons,  et  quelquefois  aussi  plusieurs 
éruptions  et  ébullitions  de  sang,  et  taches 
noires  parmy  le  corps,  lesquelles  sont  trou> 
uees  aucunes  fois  de  diuerses  couleurs,  que 
1 on  nomme  communément  le  pourpre,  et 
le  tout  prouient  par  la  vertu  cxpultrice  ir- 
ritée (forte  ou  debile),  et  aussi  se  font  diuer- 
ses alterations  selon  la  diuersité  des  tempé- 
raments et  corruption  de  l’humeur  où  telle 
vénénosité  est  fondée. 

« Voila  ce  qu’il  me  semble  de  la  descrip- 
tion de  ceste  peste  , etc. 

Ceci  est  le  textepurdel568;  en  1375,  après 
ces  mois  : au  troisième  liure  des  sipkorismes, 
l’auteur  ajoutait  : 

« ...  mais  de  cela  peut  on  seulement  con- 
clure, que  l’effort  et  furie  de  la  peste  peut 
estre  augmentée  ou  hebetee  , par  le  moyen 
ou  association  d’vne  des  quatre  qualitez  : et 
non  pas  que  son  essence  gise  et  dépende  en- 
tièrement de  l’vne  ou  plusieurs  d’icelles.  » 

Il  y a aussi  plus  bas  quelques  mots  ajou- 
tés, mais  qui  n’altèrent  en  rien  le  sens.  L’é- 
dition de  167'J  avait  suivi  celle  de  1575. 


et  les  sens  tous  hébétés.-  Aucuns  ont 
vne  chaleur  interne  bruslante , et 
sont  froids  au  dehors,  auec  inquié- 
tude, difficulté  de  respirer,  vomissc- 
mens  frequens,  flux  de  ventre,  flux 
de  sang  par  le  nez  et  par  autres  par- 
ties du  corps,  appétit  perdu,  grande 
alteration, la  langue  seiche  , noire  et 
aride,  regard  haue  et  hideux , la  face 
pâlie  et  plombine  , et  quelquesfois 
rouge  et  enflambée , tremblement 
vniuersel,  crachement  de  sang,  puan- 
teur des  excremens  , et  plusieurs  au- 
tres, qui  se  font  selon  la  pourriture 
et  alteration  de  l’air  pestiféré,  et  de 
la  cacochymie  de  ceux  qui  en  sont 
frappés.  Neanlmoins  tous  ces  acci- 
dens ne  se  trouuent  pas  tousiours  à 
vne  fois,  ny  en  toutes  personnes,  mais 
en  aucunes  s'en  apperçoiuent  plu- 
sieurs, aux  autres  peu  : voire  à grand’ 
peine  voit-on  deux  malades  infectés 
de  ceste  peste  les  auoir  semblables, 
mais  diuers  les  vns  des  autres,  selon 
les  effects  qu’elle  produit  Ce  qui  pro- 
uient pour  la  diuersité  du  venin,  de 
la  cacochymie  et  complexion  des  ma- 
lades, des  années  et  saisons,  et  des 
parties  qu’elle  aura  saisies  : aussi 
qu’elle  n’est  pas  tousiours  d’vne  niesme 
sorte , mais  diuerse  l’vne  de  l’autre  : 
qui  a esté  cause  que  l’on  lui  a donné 
diuers  noms,  à sçauoir  fiéure  pesli- 
lente,  caquesangue,  coqueluche,  suette, 
trousse  - galant  , bosse , charbon  , 
pourpre,  et  autres,  que  déduirons 
cy  après.  Or  1 essence  de  ce  venin 
pestiféré  est  inconneu  et  inexplicable, 
dont  nous  pouuons  dire  la  peste  estre 
vn  quatrième  genre  de  maladie.  Car 
si  elle  estoit  vne  intemperature  sim- 
ple , elle  serait  chaude  ou  froide  , ou 
humide  ou  seiche,  ou  composée  d'i- 
celles : et  lors  auec  medicamens  con- 
trarians  par  leur  seulequalitéchaude, 
froide,  seiche,  humide,  ou  mixtion- 


35a  LE  VUVGT-QVATRl  ÉME  LIVRE 


nées  ensemble , seroit  guarie.  Si  c’es- 
toit  incommoderalion , c’est  à dire 
mauuaise  composition  , elle  seroit  en 
indeuë  conformation  ou  figure,  ou 
en  nombre,  ou  en  magnitude,  ou  en 
situation.  Si  c’esloit  aussi  solution  de 
continuité  , ce  seroit  érosion  , contu- 
sion, incision,  perforation,  morsure, 
piqueure  et  ruption,  toutes  lesquelles 
choses  seroient  guaries  par  les  reme- 
des  escrits  des  anciens  : mais  elle  vient 
non  seulement  d’vne  simple  corrup- 
tion, mais  aussi  d’vne  contagion  d’air 
pestiféré  indicible  et  inconneuë,  qui 
imprime  sur  vn  corps  ja  préparé  le 
caractère  de  son  venin.  Or  me  dira 
quelqu’vn  : comment  sera-il  possible 
à vn  Chirurgien  pouuoir  guarir  ceste 
contagion  par  vraye  méthode,  at- 
tendu que  sa  cause  ne  peut  estre  con- 
neuë?  A quoy  faut  respondre,  qu’il 
fautsuiure  le  mouuement  de  Nature: 
car  ayant  en  horreur  la  qualité  veni 
meuse  qui  premièrement  saisit  le 
cœur,  tasche  et  s’efforce  de  chasser 
et  pousser  dehors  les  matières  que  le 
venin  a corrompu,  lesquelles  entre- 
tiennent le  mal , et  dont  s’engendrent 
fiéures  pestilentielles,  carboncles,  bu- 
bons, pourpre,  et  autres  aecidens,  au 
grand  soulagement  des  parties  no- 
bles : tellement  que  si  le  tout  (ou  la 
plus  grande  partie)  peut  estre  oinsi 
poussée  dehors  sans  rentrer  au  de- 
dans, le  patient  peut  eschapper  du 
danger.  Parquoy  le  Médecin  et  Chi- 
rurgien, qui  sont  ministres  et  coad- 
iuteurs  de  Nature,  n’ont  autre  chose 
à faire  que  poursuiure  tels  mouue- 
mens  : comme  en  prouoquant  les 
sueurs  et  vomissemens  dés  le  com- 
mencement , et  par  choses  qui  forti- 
fient le  cœur,  vsant  de  tous  remedes 
esprouués  contre  ia  putréfaction  et 
vénénosité.  En  somme,  il  faut  munir 
le  cœur  par  antidotes,  et  attirer  au 


dehors  la  matière  conioinle,  etpour- 
uoir  aux  aecidens,  diuersiliant  les  re- 
mèdes selon  la  nature  d’iceux. 

Voila  ce  qu'il  me  semble  de  la  des- 
cription de  la  Peste,  laquelle  n’est  ja- 
mais vniuerselie,  ny  d’vne  mesme  sor- 
te, comme  nous  auons  dit  cy  dessus. 


CHAPITRE  II. 

DES  CAV SES  DIVINES  DE  LA  PESTE. 

C’est  vne  chose  résolue  entre  les 
vrais  Chrestiens , ausquels  P Eternel  a 
reuclé  les  secrets  de  sa  sapience , que 
la  peste  et  autres  maladies  quiaduien- 
nent ordinairement  aux  hommes, pro- 
cèdent delà  main  de  Dieu,  ainsi  que  le 
Prophète  nous  enseigne  : Quelle  aduer- 
sité  sera  en  la  cité,  que  le  Seigneur  n’aye 
faite1?  Ce  que  nous  deuons  en  tout 
temps  soigneusement  méditer  pour 
deux  raisons  : la  première  est  pour 
reconnoistre  que  ce  que  nous  auons 
de  vie , santé  , mouuement  et  estre , 
procédé  directement  de  la  pure  bonté 
de  Dieu,  qui  est  le  Pere  des  lumières, 
à fin  que  par  ce  moyen  nous  luy  ren- 
dions grâces  de  ses  bénéfices.  L’autre 
est  que  la  connoissance  des  afflictions 
qui  nous  sont enuoyées  de  Dieu, nous 
achemine  à vne  droite  intelligence 
de  sa  iustice  sur  nos  péchés,  à fin 
qu’à  l’exemple  de  Dauid  2,  nous  nous 
humilions  sous  sa  main  puissante, 
pour  garder  que  nostre  ame  ne  peche 
par  impatience  : aussi  qu’estans  rele- 
ués  de  desespoir,  nous  inuoquions 
sa  Maiesté  pour  nous  deliurer  de 
tous  maux  par  sa  miséricorde.  Voila 
comme  nous  apprendrons  de  cher- 
cher et  en  Dieu  et  en  nous,  au  ciel  et 

1 Amos  3.  — Actes  17.  — A.  P. 

2 t'oyez  à ce  propos  le  Pseau.  39.  — A.  P. 


CE  LA  PESTE. 


en  la  terre , la  droite  connoissance 
des  causes  de  la  peste,  de  laquelle 
nous  sommes  visités:  et  comment  par 
la  Philosophie  diurne  nous  sommes 
instruits  que  Dieu  est  le  principe  et 
cause  des  causes  moyennes , sans  la- 
quelle les  secondes  causes  et  inferieu- 
res ne  peuuent  produire  aucun  effet, 
ains  sont  conduites  et  addressées  par 
la  volonté  secrette  et  conseil  priué 
d'iceluy,  qui  s’en  sert  comme  d’ins- 
trumens  pour  accomplir  son  œuure 
selon  son  decret  et  ordonnance  im- 
muable. 

Pourtant  il  ne  faut  attribuer  sim- 
plement la  cause  de  la  peste  aux  cau- 
ses prochaines,  à l’exemple  des  Lu- 
cianistes,  Naturalistes,  et  autres  infi- 
dèles : mais  il  nous  faut  considérer 
que  tout  ainsi  que  Dieu  par  sa  toute- 
puissance  a créé  toutes  choses  hautes, 
moyennes  et  basses,  aussi  que  par  sa 
sagesse  il  les  conserue,  modéré  , en- 
cline où  bon  luy  semble,  mesmes 
souuent  change  le  cours  naturel  d’i- 
celles, selon  son  bon  plaisir.  Voila 
pourquoy  le  Prophète  nous  exhorte  : 
N’apprenez  point  les  voyes  des  Gentils, 
et  ne  craignez  point  les  signes  du  ciel 
comme  les  Gentils  les  craignent  >.  Et  ne 
faut  que  nul  soit  si  hardy  et  plein  de 
rage,  de  vouloir  attacher  Dieu,  qui 
est  la  souueraine  cause  de  toutes  cho- 
ses, aux  causes  secondes  et  inferieu- 
res et  à ses  créatures,  ou  à la  pre- 
mière disposition  que  luy-mesme  a 
baillée  : et  seroit  rauir  à Dieu  ce  titre 
de  Tout-puissant,  et  luy  oster  la  li- 
berté de  plus  rien  changer  et  dispo- 
ser autrement  qu’il  n’a  fait  du  com- 
mencement , comme  si  l’ordre  qu’il  a 
establi  le  tenoit  suiet  et  lié , sans  qu’il 
peust  rien  innouer 2.  Car  quelque  or- 

1 leremie  10.  — A.  P. 

5 Cette  phrase  a été  ajoutée  en  1579. 


353 

dre  ou  disposition  que  Dieu  aye  mis 
en  Nature,  en  la  reuolution  des  sai- 
sons, au  mouuement  des  astres  et 
planètes,  tant  y a qu’il  n’est  point  lié 
ny  suiet  à créature  quelconque  : ains 
besongne  et  fait  ses  œuures  en  toute 
liberté,  et  n’est  aucunement  suiet  de 
suyyre  l’ordre  qu’il  a establi  en  na- 
ture : mais  s’il  veut  punir  les  hommes 
à cause  de  leurs  péchés , à fin  de  leur 
monstrer  sa  iustice,  ou  les  combler  de 
biens  pour  leur  faire  sentir  sa  bonté 
paternelle,  il  change  sans  difficulté 
eest  ordre  quand  bon  luy  semble  , et 
le  fait  seruir  à sa  volonté  , selon  qu’il 
voit  eslre  bon  et  iuste.  Car  tout  ainsi 
qu’au  commencement  de  la  création 
du  monde,  par  le  commandement  de 
Dieu,  la  terre  produit  verdure,  ar- 
bres fruitiers , la  mer  ses  poissons,  la 
lumière  aussi  esclairoit  auant  que  ces 
deux  grands  luminaires,  le  soleil  et 
la  lune,  fussent  créés,  pour  nous  ap- 
prendre que  c’est  le  Tout  puissant , 
qui  par  soy-mesme  a fait  toutes  cho- 
ses1 -.aussi  depuis  que  le  gouuerne- 
ment  des  créatures  a esté  assigné  au 
soleil  et  aux  planètes , desquels  la 
terre  et  ce  qu’elle  contient  reçoit  ali- 
ment et  nourriture,  nous  sçauons 
comme  ce  grand  Dieu  a changé  le 
cours  naturel  d’iceux  pour  le  bien  et 
profit  de  son  Eglise.  C’est  ce  que 
nous  lisons,  que  le  Seigneur  alloit  dé- 
liant les  Israélites, par  iouren  colorn- 
ne  de  nuée  , pour  les  conduire  par  la 
voye  , et  de  nuit  en  colonne  de  feu  , 
pour  les  esclairer 2.  En  ceste  mesme 
façon  le  soleil  et  la  lune  furent  arres- 
tés  et  changèrent  leur  cours,  à la 
priere  de  Iosué3.  Aussi  par  la  prière 
d’Elie,  il  ne  pleut  point  pendant  Fes- 

1 Genese,  1. — A.  P. 

2 Exode  13.  — A.  P. 

3 Josué.  10.  — A.  P. 


III. 


35A  LE  VINGT-QVATRIEME  LIVRE, 


pace  de  trois  ans  et  six  mois  Par  ces 
exemples  donc  , il  appert  clairement 
que  Dieu  dispose  de  ses  créatures  se- 
lon son  bon  plaisir,  tant  pour  sa 
gloire  que  pour  le  salut  de  ceux  qui 
l’inuoquent  en  esprit  et  véritéi 2. 

Or  comme  le  Seigneur  se  sert  de  ces 
choses  inferieures  pour  estre  minis- 
tres de  sa  volonté,  et  tesmoignages  de 
sa  grâce  à ceux  qui  le  craignent,  aussi 
elles  luy  seruent  de  lieraults  et  exé- 
cuteurs de  sa  iustice  pour  punir  les 
iniquités  et  offenses  des  pécheurs  et 
contempteurs  de  sa  Maieslé.  El  par- 
tant, pour  le  dire  en  vn  mot , c’est  la 
main  de  Dieu  qui,  par  son  iuste  iuge- 
ment,  darde  du  ciel  ceste  peste  et  con- 
tagion , pour  nous  chastier  de  nos  of- 
fenses et  iniquités,  selon  la  menace 
qui  est  contenue  en  l’Escriture.  Le 
Seigneur  dit  ainsi  : leferay  venir  sur 
vous  le  glaiue  exécuteur , pour  la  ven- 
geance de  mon  alliance,  et  quand  vous 
serez  rassemblés  en  vos  villes,  ie  vous 
enuoyeray  la  pestilence  au  milieu  de 
vous , et  serez  liurés  en  la  main  de  l'en- 
ncmy  3.  Qu’on  lise  aussi  ce  qui  est  es- 
crit  en  Habacuc,  chapitre  3.  Le  Sei- 
gneur des  armées  dit:  Voicy,  ïenuoye 
sur  eux  l’espée,  la  famine  et  la  peste 4. 
Semblablement  Dieu  commanda  à 
Moyse  ietter  en  l’air  certaine  poudre 
en  la  presence  de  Pharaon,  à fin 
qu’en  toute  la  terre  d’Egypte  les 
hommes  et  autres  animaux  fussent 
affligés  d’apostemes  pestilentiels,  vl- 
ceros,  et  plusieurs  autres  maladies 5. 
Ce  que  Dauid  a confirmé  disant , que 
Dieu  enuoya  en  Egypte  des  mousches 
qui  deuorerent  le  pays , et  des  gre- 
nouilles qui  les  destruisirent,  et  donna 

i 1.  Rois  17.  — A.  P. 

5 Epistre  saincl  laques,  ch.  5.  — A.  P. 

3 Leuil.  26.  — A.  P. 

4 lerernie  29.  — A.  P.  , 

5 Exode  9.  — A.  P. 


leurs  fruits  aux  chenilles  et  leur  la- 
beur aux  sauterelles  : et  gasla  leurs 
vignes  par  gresle , et  leurs  figuiers 
sau uages  par  la  tempesle  : et  lima 
leurs  i u mens  à la  gresle  et  leurs 
troupeaux  à la  foudre.  Puis  adiousle 
qu’il  dressa  voye  à son  ire , et  n’es- 
pargna  de  les  mettre  à mort,  et  liura 
leur  vie  à la  peste  >.  Pareillement  au 
Deuteronome , Moyse  menace  les 
transgresseurs  de  la  loy  de  Dieu  de 
plusieurs  malédictions,  et  entre  au- 
tres de  peste , apostemes,  enfleures,  et 
maladies  ardentes 2. 

Or  le  seul  exemple  de  Dauid  nous 
monstre  l’execution  de  ces  menaces 
terribles,  quand  Dieu  , pour  son  pé- 
ché, fit  mourir  de  peste  septante 
mille  hommes , ainsi  que  l’Escriture 
tesmoigne3.  Le  prophète  Cad  fut  en- 
uoyé  à Dauid  auec  commandement 
de  Dieu  : le  t'offre  trois  choses , esly 
l’vne  d’icelles,  et  ie  le  l'eray.  Lequel 
veux-tu,  ou  que  sept  ans  de  famine 
viennent  sur  la  terre  : ou  que  par 
l’espace  de  trois  mois  tu  fuyes  do- 
uant tes  ennemis , et  qu’ils  te  pour- 
suiuent  : ou  que  par  trois  iours  la 
peste  soit  sur  la  terre?  Lit  dessus  Da- 
uid prie  de  cheoir  pluslosl  entre  les 
mains  de  Dieu  qu’entre  celles  des 
hommes:  d’autant,  dit-il,  qu’il  est 
miséricordieux. 

Et  quelqu’vn  pourra  dire  que  ce 
peuple  n’auoit  pas  mérité  la  mort 

1 Pseau.  78.  — A.  P. 

îDeut.  28.  — A.  P. 

8 Ce  paragraphe  se  terminait  là  en  1568; 
le  reste  ne  fut  ajouté  qu’en  1679.  Il  faut  dire 
en  outre  que  dans  l’édition  de  1585  et  les 
suivantes  on  lit  : ainsi  que  l’Escrilure  tesmoi- 
gne au  2.  liure  des  Rois,  chap.  24.  Cette  cita- 
tion est  fausse , et  c’est  pourquoi  je  l’ai  re- 
tranchée , d’autant  mieux  que  dès  1568  une 
note  marginale  donnait  la  citation  légitime: 
2.  Samuel,  24. 


DE  LA  PESTE. 


355 


pour  l’offense  de  son  roy.  On  peut 
respondre  qu’il  estoit  encore  plus 
meschant  que  luy , car  il  le  reserua 
pour  la  gloire  de  son  saint  nom  ». 

Nous  lisons  pareillement  que  le 
Seigneur  punit  l’idolâtrie  et  profana- 
tion de  son  seruice  par  le  fléau  de  la 
peste.  Car  voicy  comme  il  parle  : 
Pour-ce  que  tuas  violé  monsainct  lieu 
en  tes  infametés  et  abominations , ie  le 
briseray  aussi , et  mon  œil  ne  l’es  par- 
quera point,  et  n’en  aur appoint  de  pitié  : 
car  latroisiémepartiemourradepcste 2. 

Concluons  donc  que  la  peste  et  au- 
tres maladies  dangereuses,  sont  tes- 
moiguage  de  la  fureur  diuine  sur  les 
péchés , idolâtries  et  superstitions  qui 
régnent  en  la  terre,  comme  mesmes 
vn  aulheur  profane  est  contraint  de 
confesser  qu’il  y a quelque  chose  de 
diuin  aux  maladies  3.  Et  pour  tant , 
lors  qu’il  plaist  au  Seigneur  des  Sei- 
gneurs, cl  Créateur  de  toutes  choses, 
vser  de  ses  iustes  iugemens , nulle  de 
ses  créatures  ne  peut  euiter  sa  fureur 
espouuantable  : voire  raesme  ciel  et 
terre  en  tremblent,  ainsi  que  Dauid 
nous  enseigne 4 : 

Les  deux  fondirent  en  sueur  : 

La  terre  trembla  de  la  peur 
De  ta  face  terrible. 

Que  sera-ce  donc  de  nous,  pauures 
humains,  qui  nous  escoulons  comme 
la  neige?  Comment  pourrons-nous 
subsister  deuant  le  feu  de  l’ire  de 
Dieu,  veu  que  nous  sommes  foin  et 
paille,  et  que  nos  iours  s’euanoüis- 

1 Ce  petit  paragraphe  a été  intercalé  ici 
en  1585.  La  dernière  phrase  n’en  est  pas  très 
claire,  mais  le  texte  est  le  même  dans  tou- 
tes les  éditions. 

2 Ezechiel , 5.  — A.  P. 

i Hippocrates, c/wp.  ï.  du  1.  luire  des  Pro- 
gnostiques.— A.  P. 

4 Pseaume  68.  — A.  P. 


sent  comme  vapeur  de  fumée?  Ap- 
prenons de  nous  conuertir  de  nos 
voyes  mauuaises  à la  pureté  du  ser- 
uice de  Dieu,  et  ne  suiuons  point 
l’exemple  des  fols  malades , qui  se 
plaignent  de  la  chaleur  et  alteration 
de  la  heure,  et  cependant  reiettent  la 
medecine  qui  leur  est  représentée 
pour  les  guarir  de  la  cause  de  la  ma- 
ladie. Sçachons  que  c’est  icy  le  prin- 
cipal antidote  contre  la  peste,  que  la 
conuersion  et  amendement  de  nos 
vies.  Et  tout  ainsi  que  les  Apolicaires 
font  du  theriaque  de  la  chair  du  ser- 
pent, pour  guarir  de  la  morsure  veni- 
meuse : aussi  de  la  cause  de  nos  mala- 
dies, c’est  à scauoir  de  nos  péchés, 
tirons-en  le  remede  et  guarison  , en 
regardant  vers  le  fils  de  Dieu  Iesus 
Christ  nostre  Seigneur,  lequel  ne  gua- 
rit  pas  seulement  le  corps  de  ses  infir- 
mités et  maladies,  mais  nettoyé  l'ame 
de  tout  péché  et  ordure  : et  à l’exem- 
ple de  Dauid,  gémissons  et  reconnois- 
sons  nospechés,  prians  ce  bon  Dieu  de 
cœur  et  de  bouche,  comme  il  s’ensuit 1 : 


Ne  vueille  pas , ô Sire , 

Me  reprendre  en  ton  ire , 

Moy  qui  t’ay  irrité,  etc. 

Voila  la  première  et  principale  con- 
sidération que  tous  chrestiens  doiuent 
connoistre,  en  recherchant  les  causes 
diuines  de  la  peste,  et  le  préparatif 
qu’il  faut  prendre  pour  la  guarison 
de  telle  maladie.  Et  outre  ce,  ie  con- 
seille au  Chirurgien  ne  vouloir  aussi 
négliger  les  remedes  approuués  par 
les  Médecins  anciens  et  modernes  : car 
combien  que  par  la  volonté  de  Dieu, 
telle  maladie  soit  enuoyée  aux  hom  - 
mes, si  est  ce  que  par  sa  saincte  volonté 
les  moyens  et  secours  nous  sont  don- 
nés pareillement  de  luy,  pour  en  vser 
comme  d’instrumens  à sa  gloire  , 

1 Pseaume  6.  — A.  P, 


356  LE  VINGÏ-QVÀTRIÉMË  livre, 


chcrchans  remedes  en  nos  maux  , 
mesmes  en  ses  créatures,  ausquelles 
il  a donné  certaines  propriétés  et 
vertus  pour  le  soulagement  despau- 
ures  malades  : et  veut  que  nous 
vsionsdes  causes  secondes  et  naturel- 
les, comme  d’instrumens  de  sa  béné- 
diction : autrement  nous  serions  bien 
ingrats , et  mespriserions  sa  bene- 
licence.  Car  il  est  escrit,  que  le  Sei- 
gneur a donné  la  science  aux  hommes 
de  l’art  de  Medecine,  pour  estre  glo- 
rifié en  ses  merueilles  Et  partant 
ne  faut  négliger  tous  autres  moyens, 
que  descrirons  cy  après. 

Il  reste  maintenant  rechercher  les 
causes  et  raisons  naturelles  de  cesle 
peste. 


CHAPITRE  III. 

DES  CAVSES  HVMAINES  OV  NATVRELLES, 

ET  SEMENCES  GENERALES  DE  LA  PESTE, 

PRISES  DE  LA  CORRVPTION  DE  L’AIR. 

Les  causes  generales  et  naturelles 
de  la  peste  sont  deux  : à sçauoir  l'air 
infecté  et  corrompu  , et  l’alteration 
des  humeurs  viliés  en  noslre  corps, 
et  préparés  à prendre  la  peste  el  air 
peslilent.  Ce  qui  est  prouué  par  Ga- 
lien, qui  dit,  queleshumeurs  denostre 
corps  se  peuuent  pourrir,  et  acquérir 
vénénosité  2. 

Or  l’air  se  corrompt  lors  qu’il  y a 
excès  és  saisons  de  l’année,  lesquelles 
ne  tiennent  leur  constitution  naturel- 
le, qui  se  fait  parce  que  presque  toute 
l’année  a esté  humide,  à cause  des 
pluyes  et  grosses  nuées.  L’hyuer  pour 
la  plus  grande  partie  n’a  esté  froid, 
ny  pareillement  le  printemps  tiede 

1 Ecoles.  38.  — A.  P. 

2 Galien,  6. de  locis  offeclis. — A.  P. 


ou  temperé,  comme  il  a de  coustume  : 
aussi  qu’en  automne  on  voit  en  l’air 
flambes  ardentes,  estoilles  courantes, 
et  cometes  de  diuerses  figures,  les- 
quelles choses  sont  produites  des  ex- 
halations seiches.  L’esté  est  chaud,  et 
les  vents  n’ont  soufflé  sinon  du  Midy, 
et  encor  iceux  ont  venté  tant  douce- 
ment qu’à  peine  on  les  a peu  sentir  : 
et  quelquesfois  aussi  on  a veu  que  les 
nuées  estoient  poussées  du  Midy  au 
Septentrion.  Telles  constitutions  de 
saisons  sont  escrites  par  Hippocrates 
auliure  premier  des  Epidémies, et  au 
troisième  liure  des  Aphorismes  1 : et 
véritablement  elles  rendent  l’air  du 
tout  pestiféré  : car  alors  par  son  in- 
temperalure  il  dispose  à pourriture 
les  humeurs  sereux  de  nostre  corps, 
et  par  sa  chaleur  non  naturelle  les 
brusle  et  enflamme  : toutesfois  toutes 
constitutions  non  naturelles  n’engen- 
drent pas  lousiours  la  peste,  mais 
plustost  autres  maladies  epidemiales. 
Quelquesfois  l’air  pestilent , qui  est 
attiré  au  corps  par  vne  seule  inspira- 
tion d’vn  pestiféré , rend  tous  les 
membres  infectés  2. 

D’auantage,  l’air  se  corrompt  par 
certaines  vapeurs  meslées  auecluy, 
comme  nous  auons  dit  cy  deuant, 
comme  par  grande  multitude  de  corps 
morts  non  assez  tost  enseuelis  en  la 
terre,  comme  d’hommes,  cheuaux,  et 
autres  choses  faisans,  vne  vapeur  pu- 
tride et  cbarongneuse  qui  infecte  l’air: 
ce  qui  souuent  aduient  après  vne  ba- 
taille, ou  de  plusieurs  hommes  péris 
par  naufrage,  puis  ieltés  par  les  flots 
delà  mer  au  riuage  : ou  quand  la 
mer  a ietté  plusieurs  poissons  et 

1 Toutes  les  éditions  du  vivant  de  l’auteur 
portent  seulement  : au  liure  des  Epidémies  ; 
la  leçon  actuelle  est  de  1598. 

2 Cette  phrase  a été  ajoutée  en  1585. 


DE  LA  PESTE. 


bestes,  lors  que  lesriuieres  fonl  gran 
des  inondations  sur  la  terre,  et  les 
rauissent  en  la  mer,  dont  ils  meurent, 
n’estanspas  accouslumés  de  viureen 
l’eau  salée.  Or  la  mer  laisse  quelques- 
l'ois  grande  quantité  de  poissons  à sec, 
quand  les  gouffres  ou  ouuertures  de 
la  terre  faites  par  le  mouuement  d'i- 
celle s’emplissent  d’eau  , ou  quand  le 
flot  de  la  mer  laisse  les  grands  pois- 
sons en  estant  sortis  du  profond  : ainsi 
que  de  nostre  temps  vne  baleine  fut 
putréfiée  en  la  coste  delaTuscane,  et 
amena  la  peste  par  tout  le  pays.  Or 
les  poissons  , ( bien  que  rarement  , 
comme  dit  Aristote  au  8.  de  l'Histoire 
des  Animaux l),  peuuent  estre  infec- 
tés par  les  mauuaises  exhalations 
esleuées  de  la  terre  qui  est  au  des- 
sous de  l’eau,  et  passans  par  dedans 
icelle  : aussi  peuuent  sentir  la  conta- 
gion de  l’air  ambiens,  lors  qu’ils  se 
mettent  sur  l’eau.  Et  pour  ces  deux 
causes,  il  se  fait  que  la  peste  estant  en 
quelque  pays,  les  poissons  sont  trou- 
ués  morts  en  grand  nombre,  princi- 
palement és  eslangs,  lacs,  et  riuieres 
qui  sont  peu  agitées,  que  l’on  appelle 
eaux  dormantes  : ce  qui  ne  se  fait  en 
la  mer  : car  par  son  grand  mouue- 
ment impétueux,  et  par  sa  salsitude, 
n’est  suiette  à pourriture  : et  partant 
les  poissons  qui  sont  en  icelle  ne  re- 
çoiuent  l’infection  pestilente,  comme 
ceux  des  eaux  dormantes. 

Outre-plus,  l’air  est  infecté  des 
meschantes  vapeurs  de  quelques  lacs, 
estangs  bourbeux  et  marescageux , 
eaux  croupies  és  maisons  où  il  y a des 
esgouts  et  conduits  sous  la  terre,  qui 
ne  s’escoulent  point, et  secorrompent 
en  Esté,  esleuans  certaines  vapeurs 
par  vne  excessiue  chaleur  du  soleil. 

1 Cette  parenthèse  est  une  addition  de 

1670. 


357 

Comme  l’on  trouue  par  escrit,  qu’à 
Padouë  il  y auoil  vn  puits  que  l’on 
auoit  longuement  tenu  couuert  : puis 
ayant  esté  descouuert , qui  fut  en 
Esté,  il  en  sortit  vne  grande  exhala- 
tion putride,  tellement  que  l’air  cir- 
conuoisin  fut  du  tout  corrompu:  dont 
procéda  vne  peste  merueilleuse,  qui 
dura  fort  long  temps,  dont  bien  grand 
nombre  de  peuple  mourut. 

Pareillement  l’air  extérieur  est  cor- 
rompu par  certaines  exhalations , 
fumées  et  souspirs  des  vapeurs  pour- 
ries et  infectées,  enfermées  és  entrail- 
les de  la  terre,  ayant  esté  long  temps 
retenues,  croupies  et  estouffées  és 
lieux  tenebreux  et  profonds  d’icclle, 
sortans  par  vn  tremblement  de  terre. 
Par  tremblement  de  terre  les  eaux 
sentent  le  soulphre  ou  autre  matière 
métallique,  et  sont  chaudes  et  trou- 
bles : cela  se  fait  des  exhalations  de 
la  terre  par  lesecouëment  ou  esbran- 
lement  d’icelle.  On  oit  diuerses  voix, 
comme  gemissemens  de  ceux  qui 
meurent  aux  batailles,  et  aussi  di- 
uers  cris  d’animaux  Semblablement 
on  voit  sortir  de  terre  plusieurs  ani- 
maux , comme  crapaux,  couleuures , 
aspics,  viperes  et  autres  vermines  *. 
Et  par  lesdites  exhalations  eslans  sor  - 
ties , infectent  non  seulement  les  hom- 
mes et  autres  animaux  , mais  aussi 
les  plantes  , fruits  et  grains , et  géné- 
ralement toute  leur  nourriture  2 : 
de  tant  que  comme  l’eau  troublée 
et  puante  ne  laisse  viure  le  poisson 
qui  est  dedans , aussi  l’air  maling  et 
pestiféré  ne  laisse  viure  les  hommes, 
mais  altéré  les  esprits  et  corrompt  les 

1 Les  trois  phrases  qui  précèdent,  et  dont 
les  deux  dernières  au  moins  n’ont  pas  grand 
rapport  avec  le  reste  du  chapitre,  ont  été 
ajoutées  là  en  1579. 

2 La  peste  îles  piaules  esl  appellée  sidéra- 
tion. — A.  P. 


358 


LE  VINGT-QVA 

humeurs,  et  finalement  les  fait  mou  - 
rir , et  mesmement  les  bestes  et  plan- 
tes, comme  nous  auons  dit. 

D’auantage  on  a veu  quelques  vns 
creusans  la  terre  pour  faire  des  puits, 
sentir  vne  vapeur  si  puante  et  infecte, 
qu’ils  mouroient  promptement.  Et  en- 
cores  n’agueresés  faulxbourgssainct 
Honoré  de  ceste  ville  de  Paris,  mou- 
rurent cinq  hommes  ieunes  et  forts, 
en  curant  vne  fosse  où  l’esgout  du 
tiens  des  pourceaux  estoit  de  long 
temps  croupi  et  retenu  sans  aucune 
exhalation  : et  fut-on  contraint  em- 
plir de  terre  ladite  fosse,  pour  l’estou- 
per  promptement,  et  obuier  à plus 
grands  accidens. 

Semblable  chose  a esté  dés  long 
temps  obseruée  par  Empedocles  phi- 
losophe , lequel  voyant  qu’il  y auoit 
vne  ouuerlure  de  terre  entre  les 
montagnes,  laquelle  causoit  la  peste 
pour  les  mauuaises  vapeurs  qui  en 
sorloient,  la  fit  boucher,  et  par 
ainsi  chassa  la  peste  du  pays  de  Si- 
cile. 

On  a conneu  combien  cecy  estoit 
vray,  par  la  corruption  aduenue  des 
corps  morts  au  chasteau  de  Pene,  sur 
la  riuiere  de  Lot  : auquel  lieu  l’an 
1562,  au  mois  de  septembre,  pendant 
lestroubles-premicrs  aduenusà  cause 
de  la  Religion,  fut  ietté  grand  nom- 
bre de  corps  morts  dedans  vn  puits 
profond  de  cent  brasses  ou  enuiron, 
duquel  deux  mois  après  s’esleua  vne 
vapeur  puante  et  cadauereuse,  qui 
s’espandit  par  tout  le  pays  d’Agenois 
et  lieux  circonuoisins,  iusques  à dix 
lieues  à la  ronde,  dont  plusieurs  fu- 
rent infectés  de  la  peste.  Dequoy  ne 
se  faut  esmerueiller,  veu  mesme  que 
les  vents  soufllaus  poussent  les  exha- 
lations et  fumées  pourries  d’vn  pays 
en  autre  : dont  aussi  on  y voit  pro- 
uenir  la  peste,  comme  auons  dit  cy 


il'me  livre  , 

deùant  en  la  première  Apologie 

Or  si  quelqu’vn  vouloil  obiecter, 
disant  que  si  la  putréfaction  de  Pair 
est  cause  de  la  poste,  il  s’ensuiuroit 
par  nécessité  qu’en  tous  lieux  où  il  y 
a cbarongnes,  estangs,  marescages, 
ou  autres  lieux  putrides,  la  peste  y 
seroit  tousiours,  à cause  que  l’air  re- 
çoit facilement  putréfaction  ; aussi 
que  toute  putréfaction,  quand  elle 
est  entrée  au  corps  par  inspiration, 
engendreroil  la  peste  : laquelle  chose 
est  contre  l’expericnce,  comme  l’on 
voit  en  ceux  qui  habitent  et  fréquen- 
tent és  lieux  putrides , comme  és 
poissonneries,  escorcherles,  cemetie- 
res,  hospitaux,  cloaques,  et  tanne- 
ries : aussi  és  laboureurs  qui  manient 
et  meuuent  les  tiens  pourris  et  cor- 
rompus par  putréfaction , et  ceux  qui 
curent  les  latrines  et  plusieurs  autres 
choses  semblables.  A cela  fautrespon- 
dre,  que  la  putréfaction  de  la  peste 
est  bien  differente  de  toutes  autres 
putréfactions,  pour  ce  qu’il  y a vne 
malignité  cachée  et  indicible,  de  la- 
quelle on  ne  peut  donner  raison,  non 
plus  que  de  l’aimant  qui  tire  le  fer, 
et  plusieurs  medicamens  qui  attirent 
et  purgent  certaines  humeurs  de  nos- 
tre  corps.  Pareillement  la  malignité 
occulte  qui  est  en  ceste  putréfaction 
pestiférée,  n’est  point  aux  autres 
choses  corrompues  de  corruption  or- 
dinaire, lesquelles  toutesfois  en  temps 
de  peste  se  tournent  facilement  en 
semblable  malignité,  tellement  que 
toutes  les  apostemes,  et  liéures  pu- 
trides, et  autres  maladies  procedan- 

1 Cette  dernière  phrase  est  de  1579;  elle 
fait  allusion  a V Apologie  de  1572,  qui  fait 
aujourd’hui  le  cliap.  15  du  livre  des  Plages 
d’harquebuses,  et  où  en  ell'el  il  avait  déjà  ra- 
conté la  même  histoire.  Voyez  tome  II, 
page  173  et  suiv. 


DE  LA  PESTE. 


tes  de  putréfaction  en  temps  de  peste, 
se  tournent  facilement  en  telle  cor- 
ruption extraordinaire  et  du  tout  es- 
trange.  Et  parlant, en  telle  constitu- 
tion de  temps,  il  fait  bon  euiter  les 
lieux  infects  et  la  fréquentation  des 
pestiférés,  de  peur  que  par  la  vapeur 
et  exhalation  de  l’air  corrompu  nous 
ne  soyons  infectés  : combien  qu’aussi 
il  n’est  pas  necessaire  que  tous  ceux 
qui  attirent  l’air  pestiféré  prennent  la 
peste  : car  on  ne  la  peut  prendre 
qu'il  n’y  ait  quelque  préparation  et 
disposition  : ce  que  l’experiencc  jour- 
nalière demonstre.  Aussi  Galien  le 
déclaré  au  liure  des  différences  des  fle- 
ures, disant  que  nulle  cause  ne  peut 
produire  son  effet  sans  que  le  corps  y 
soit  apte  et  préparé,  autrement  tous 
seroient  infectés  de  mesme  cause. 
Neantmoins  par  continue  fréquenta- 
tion des  lieux  et  personnes  enueni- 
mées  de  tel  venin , on  peut  acquérir 
vne  disposition  et  préparation  à rece- 
uoir  icelle  peste  : car  combien  que  le 
bois  verd  ne  soit  disposé  il  brasier,  si 
est  ce  que  pour  estre  long  temps  au 
feu,  il  brusle.  Partant  ie  conseille  de 
se  preseruer  tousiours , et  euiter  les 
lieux  et  personnes  pestiférées  : car  le 
venin  pris  par  l’odeur  des  vapeurs 
venimeuses  , est  merueilleusement 
soudain,  et  n’a  affaire  d’aucun  hu- 
meur qui  luy  serue  de  conduite  pour 
entrer  en  nostre  corps  et  agir  en  ice- 
luy,  comme  nous  auons  dit  par  cy 
deuant.  Car  lesdites  vapeurs,  estans 
subtiles,  sont  facilement  attirées  auec 
l’air  dedans  les  poulmons,  et  d’iceux 
dedans  le  cœur  ( domicile  de  la  vie  ), 
puis  passent  par  les  arteres,  et  d’elles 
se  communiquent  par  tout  le  corps, 
gastans  premièrement  les  esprits,  puis 
les  humeurs,  et  en  la  fin  la  substance 
mesme  des  parties  solides  >. 

1 Toutes  les  éditions  portent  ici  simple- 


359 

Or  quand  nous  parlons  de  l’air  pes- 
tilent,  nous  11e  voulons  qu’il  soit  es- 
timé simple  et  élémentaire  : car  estant 
simple,  iamais  n’acquiert  de  pourri- 
ture, mais  par  addition  et  meslange 
des  vapeurs  pourries  esparses  en  luy. 
Parquoy  veu  que  l’air  qui  nous  en- 
uironne  et  est  contigu,  est  perpétuel- 
lement necessaire  à nostre  vie,  et  que 
sans  luy  nous  ne  pouuons  viure,  il 
faut  que,  selon  la  disposition  , noslro 
corps  soit  en  plusieurs  et  diuerses 
maniérés  altéré,  à cause  que  conti- 
nuellement nous  l’attirons  par  l'at- 
traction qui  se  fait  des  poulmons  és 
parties  pectorales  dediées  à la  respi- 
ration, et  pareillement  par  la  trans- 
piration qui  se  fait  par  les  porcs  et 
petits  pertuis  insensibles  de  tout  le 
corps,  et  des  arteres  espandues  au 
cuir  : ce  qui  se  fait  tant  pour  la  gé- 
nération de  l’esprit  de  vie,  que  pour 
rafraichir  nostre  chaleur  naturelle. 
A ces  te  cause,  s’il  est  immodérément 
chaud,  froid,  humide,  ou  sec,  il  al- 
téré et  change  la  température  du 
corps  en  semblable  constitution  que 
la  sienne.  Mais  entre  loules  les  con- 
stitutions de  l’air,  celle  qui  est  chaude 
et  humide  est  fort  dangereuse , car 
telles  qualités  sont  cause  de  putré- 
faction : ainsi  que  l’experience  nous 
fait  voir  és  lieux  où  le  vent  marin  en 
Esté  exerce  sa  tyrannie,  csquels  vne 
viande,  tant  soit  elle  fraiebe,  se  cor- 

ment  : la  substance  même  des  parties.  Mais 
cela  vient  de  ce  qu’elles  ont  copié  trop  fidè- 
lement l’édition  primitive  de  15G8,  sans 
faire  attention  à l 'erratum  unique  de  cette 
édition,  ainsi  conçue  : 

« AV  LECTBVR. 

» Amv  lectevr  , à la  page  JG.  ligne  0. 
apres  ce  mot,  parties,  faut  adiousterce  mot, 
solides.  S’il  se  trouue  d’autres  fautes,  elles 
sont  ou  de  petite  conséquence , ou  aisces  à 
vn  chacun  de  corriger.  « 


3Go 


LE  VINGT  QVATR1ÉME  LIVRE 


rompt  et  pourrit  en  moins  (le  demie 
heure  Semblablement  nous  voyons 
que  l’abondance  des  pluyes  engendre 
beaucoup  de  vapeurs,  lesquelles  lors 
que  le  soleil  ne  les  peut  résoudre  et 
consumer , altèrent  et  corrompent 
l’air,  et  le  rendent  idoine  à la  peste. 
Mais  il  faut  icy  noter  que  la  pourri- 
ture qui  vient  des  corps  morts  des 
hommes , est  plus  pernicieuse  aux 
hommes  que  celle  des  autres  ani- 
maux : aussi  celle  des  bœufs  aux 
bœufs,  des  cheuaux  aux  cheuaux, 
des  pourceaux  aux  pourceaux,  ainsi 
des  moutons  et  autres  animaux  : ce 
qui  prouient  pour  la  sympathie  et 
concordance  qu’ils  ont  les  vns  aux  au- 
tres, comme  on  voit  qu’en  vne  fa- 
mille et  personnes  qui  sont  de  sem- 
blable tempérament,  si  l’vn  est  espris 
de  pesle , elle  se  communique  ordi- 
nairement à tous.  ToutesTois  on  a veu 
aussi  pour  escorcher  des  bœufs  et 
autres  bestes  mortes  de  peste,  l’es- 
corcheur  mourir  subitement,  et  le 
corps  d’iceluy  deuenir  tout  enflé. 

Le  tonnerre  et  esclairs,  par  son 
grand  bruit  et  tintamarre,  esmeut  si 
vehemenlement  l’air,  qu’il  fait  ren- 
forcer la  pesle  *. 

Or  pour  conclure  des  effets  diuers 
de  l’air,  nous  dirons  que,  selon  qu’il 
est  diuers  et  dissemblable , aussi  il 
rend  dissimilitude  d’affections  et  dif- 
ferens  effets  mesmes  es  esprits,  les- 
quels il  rend  gros  et  hébétés,  ou  sub- 
tils et  aigus  : et  pour  le  dire  en  vn 
mot,  l’air  a empire  sur  tous  les  hom- 
mes et  autres  animaux,  plantes,  ar- 
bres, et  arbrisseaux. 

1 Cette  courte  phrase,  qui  rompt  la  liai- 
son des  idées,  a été  intercalée  ici  en  1585. 


CHAPITRE  IV. 

DE  1,’ALTERATION  DES  HVMEVRS  , QVI 

SE  FAIT  PRINCIPALEMENT  PAR  LA  MA- 
NIERE DE  VIVRE. 

Après  auoir  suffisamment  déclaré 
les  causes  de  l’alteration  de  l’air  qui 
nous  enuironne,et  que  nous  inspirons 
par  nécessité,  vueillons  ou  non  : 
maintenant  il  nous  faut  déclarer  la 
cause  de  la  corruption  des  humeurs 
de  nostre  corps. 

Or  nos  humeurs  se  corrompent  et 
tournent  en  pourriture  par  vne  trop 
grande  plénitude  ou  obstruction, 
ou  intemperalure.  ou  malignité  de 
matière,  qui  se  fait  principalement 
par  la  mauuaise  maniéré  de  viure  : 
et  de  là  procèdent  les  causes  princi- 
pales de  corruption  , par  lesquelles 
tels  corps  sont  soudainement  frappés 
de  pesle  : car  après  auoir  beu  des 
vins  poussés  et  corrompus , et  des 
eaux  mauuaises  et  putrides,  comme 
celles  qui  sont  bourbeuses  et  mares- 
cageuses,  dans  lesquelles  se  desgor- 
gent les  esgouts  puantset  corrompus, 
sans  qu’iceux  ayent  aucun  cours  : 
esquelles  aussi  on  aura  ictlé  quelque 
ordure  et  laué  le  linge,  et  iellé  les 
excremens  des  pestiférés,  comme  est 
vn  esgout  de  l Hostel-Dieu  de  Paris  : 
où  après  auoir  mangé  meschantes 
viandes,  comme  grains  pourris,  her- 
bes, fruits  sauuages,  et  autres  ali- 
mens  altérés  et  non  accoustumés, 
comme  on  fait  par  vne  grande  fami- 
ne, et  aux  villes  et  places  assiégées 
(ce  que  ie  sçay  pour  y auoir  esté), 
tellement  que  par  nécessité  les  hom- 
mes sont  contraints  de  manger  la 
viande  des  pourceaux,  comme  on  a 
veu  en  l'an  1566,  à cause  de  la  cherté, 


DE  LA  PESTE. 


faire  du  pain  d’auoine,  feues,  pois,  de 
lentilles,  vesse,  de  glands,  racine  de 
feugere,  et  dent  de  chien  : aussi  man- 
ger troncs  de  choux,  et  autres  choses 
semblables  : après,  dis  ie,  telle  ma- 
niéré de  viure,  suruient  ordinaire- 
ment vne  peste.  Car  telle  nourriture 
engendre  obstructions  et  pourriture 
d'iiumeuis,  dont  s’ensuiuent  galles, 
apostemes,  vlceres  et  heures  putri- 
des, qui  sont  préparatifs  à la  peste  : à 
quoy  aussi  aide  grandement  la  per- 
turbation des  esprits  et  humeurs , 
comme  de  crainte,  frayeur,  fascherie, 
ou  autre  cause  : car  telles  choses 
changent  l’œconomie  de  toute  l’habi- 
tude du  corps. 

Et  comme  és  iours  caniculaires  on 
voit  que,  par  la  grande  chaleur  et 
ébullition,  la  lie  est  esleuée  en  haut 
et  meslée  parmy  le  vin  : ainsi  la  me- 
lancholie  et  autres  humeurs  , estans 
meslés  et  perlroublès , infectent  le 
sang  et  le  disposent  à pourriture  et 
vénénosité,  dont  la  peste  est  souuent 
procréée,  et  autres  pourritures1.  Ce 
que  n’agueres  nous  a esté  manifesté 
en  plusieurs  de  ceux  qui  furent  bles- 
sés à la  bataille  prés  Sainct  Dcnys, 
leurs  playes  degeneroient  en  grandes 
pourritures,  accompagnées  defiéures 
putrides  et  autres  grands  accidens  : 
et  presque  tous  mouroient,tant  d’vue 
part  que  d’autre,  voire  encore  que 
leurs  playes  fussent  petites,  et  en 
lieux  du  corps  non  dangereux  : et 
aussi  qu’ils  fussent  traités  de  toutes 
choses  necessaires,  tant  à leur  ma- 
niéré de  viure  que  autres  choses. 
Dont  plusieurs  affirmoient  et  philo- 
sophaient que  c’estoit  à raison  de  la 
poudre  à canon  et  des  boulets  em- 
poisonnés :ce  qui  me  semble  n’estre 
vray,  ainsi  que  i’ay  amplement  dis- 

1 Rondelet , en  sa  pratique.  — A.  P. 


36 1 

couru  au  Traité  des  playes  faites  par 
liarquebuses  et  autres  bastons  à feu, 
tant  par  autorité,  raison,  qu’expe- 
rience.  D’auantage,  les  pourritures  et 
autres  accidens  ne  venoient  seule- 
ment aux  playes  faites  par  bastons  à 
feu,  mais  aussi  à celles  qui  esloicnt 
faites  par  autres  armes,  comme  d'es- 
pées,  de  piques,  de  lances,  et  autres. 
Partant  il  me  semble  (sous  correc- 
tion ) que  les  accidens  ne  venoient 
par  la  malignité  de  la  poudre  à ca- 
non, et  moins  des  boullets  qu’on  di- 
soit estre  enuenimés  : mais  plustost  à 
cause  de  l’ebullition  du  sang  et  des 
autres  humeurs,  se  broiiülans  et  mes- 
lans  ensemble,  tant  pour  l’extreme 
cliolere  et  effroy  de  l’apprehension 
de  la  mort  qu’on  voit  si  proche,  et 
principalement  aussi  pour  la  consti- 
tution et  pourriture  de  l’air.  Et  qu’il 
soit  vray,  vn  iour  ou  deux  qu’on  ti- 
roit  du  sang  aux  malades  pour  sur  • 
uenir  aux  accidens,  il  se  trouuoit  de 
couleur  non  rouge,  mais  du  tout 
changé  de  sa  nature,  à sçauoir  blanc 
ou  verdoyant  comme  sanie  des  apos- 
temes, qui  demonstroit  estre  du  tout 
corrompu.  Ioint  aussi  lors  qu’on  fai- 
soit  ouuertures  de  corps  morts,  on 
trouuoit  presque  à tous  des  aposte- 
mes aux  parties  intérieures,  comme 
au  foye  et  aux  poulmons 1 : qui  se 

1 Je  ne  sache  pas  qu’on  trouve  dans  aucun 
auteur  avant  Paré  la  mention  de  ces  abcès 
métastatiques,  constatés  à l’autopsie.  J’ai 
déjà  fait  cette  remarque  pour  les  abcès  du 
foie  succédant  aux  plaies  de  tête  ( tome  II, 
page  32).  On  trouve  aussi  la  mention  d’ab- 
cès internes  a la  suite  des  plaies  d’arquebu- 
ses dans  la  première  Apologie  (tome  II, 
page  176);  mais  cette  Apologie,  datée  de 
1572,  e^t  postérieure  de  quatre  ans  au 
Traité  de  la  peste,  et  ne  s’exprime  pas  d’une 
manièie  aussi  nette  et  précise  (pie  le  chapi- 
tre auquel  se  rattache  cette  note. 


✓ 


362  LE  VINGT-QVATRIEME  LIVRE, 


faisoil  pour  la  pourriture  acquise  par 
le  broüillement  du  sang-,  et  principa- 
lement de  l’air  ambiens  altéré  et  cor- 
rompu, et  non  par  la  poudre  à canon, 
ny  les  boulets,  qu’aucuns  tenoient 
cstre  empoisonnés. 

Maintenant  nous  descrirons  les  si 
gnes  et  présagés  de  la  peste  à adue- 
nir,  pris  de  la  corruption  de  l’air. 


CHAPITRE  V. 

SIGNES  OV  PRESAGES  DE  LA  PESTE  A 
ADVENIR,  Pr.lS  DE  LA  CORRVPTION  DE 
L’AIR. 

Quand  les  saisons  de  l’année  ne 
gardent  leurs  qualités  et  tempéra- 
tures naturelles,  et  sont  fort  immodé- 
rées, à sçauoir  quand  on  voit  le 
temps  fort  pluuieux  et  Austral , et 
l’esté  fort  chaud , et  que  le  vent  Aus- 
tral dure  long  temps  sans  pluye,et 
que  l’on  voit  au  ciel  cometes  et  estoil- 
les  ardentes , qui  voltigent  et  partent 
de  leurs  places,  tant  qu’il  semble  quel- 
les tombent,  auec  abondance  de  ton- 
nerres , et  autres  choses  que  nous 
auons  par  cy  deuant  dit  : aussi , si  on 
voit  grande  quantité  de  chenilles , et 
autre  vermine  qui  broustent  et  ron- 
gent les  fueilleset  geltons  des  arbres, 
et  les  fruits  estre  vermineux  1 , et 
les  oyseaux  laisser  leurs  nids,  voire 
leurs  œufs  et  leurs  petits,  et  plusieurs 
femmes  enceintes  auorter  (qui  se  fait 

i L’édition  de  1568,  suivie  par  celles  de 
1515  et  1579,  portait  seulement  : Aussi  si  on 
voit  les  fruicts  pleins  de  vermines , etc.  Le 
texte  ac'uel  est  donc  de  1585.  Il  convient 
d’avertir  que  l'édition  de  1598  et  toutes  les 
autres  après  elle  ont  écrit  : Us  Jruicts  estre 
venimeux  ; faute  d’impression  qui  dénaluie 
le  sens. 


pour  la  vapeur  venimeuse  de  l’air 
pestilent , lequel  estant  inspiré  par  la 
mere,  estouffe  l’enfant  par  sa  mali- 
gnité ennemie  de  nature):  si  ces 
choses  , dis  ie,  sont  veuës,  on  peut 
véritablement  presagir  et  dire  que 
les  causes  et  signes  de  corruption  sont 
presens,  et  qu’ils  nous  menacent  de 
la  peste. 

Toutefois  il  faut  icy  entendre  que 
telles  choses  apparentes  en  l’air  ne 
sont  point  propres  causes  de  la  peste, 
mais  que  telles  impressions  aeriennes 
sont  engendrées  des  exhalations  et 
vapeurs  de  la  terre,  lesquelles  enfin 
infectentl’air,  dont  la  peste  procédé  : 
car  l’air  se  corrompt  par  les  vapeurs 
putrides  esleuées  des  entrailles  de  la 
terre,  pour  les  corruptions  qui  sont 
en  icelle,  comme  de  corps  morts  , es- 
gouts , eaux  croupies,  et  autres  cau- 
ses qu’auons  déclarées  cy  deuant, 
lesquelles  le  soleil  par  sa  vertu  attire 
en  la  moyenne  région  de  l’air,  en 
temps  de  grandes  chaleurs.  Et  pour 
ce  il  ne  se  peut  faire,  qu’à  cause  de 
l’air  estant  ainsi  corrompu , ne  s’en- 
suiuent  diuers  effects  selon  la  diuer- 
silé  de  la  corruption.  Et  de  là 
s’engendrent  plusieurs  maladies  epi- 
demiales,  c’est  à dire,  populaires  ou 
vulgaires,  ainsi  que  l’an  1510. sur- 
uint  vne  maladie  par  tout  le  royaume 
de  France,  tant  és  villes  qu’és  vil- 
lages, nommée  par  le  commun  Co- 
queluche: par-ce  que  quand  aucuns 
estoient  espris  de  ceste  maladie,  ils 
sentoient  grande  douleur  en  la  teste, 
ensemble  en  l’estomach , és  reins,  et 
ésiainbes,  et  auoient  liéure  continue, 
auec  déliré  et  frenesie  : et  lorsqu’on 
les  purgeoit  ou  saignoil,  on  abbre- 
geoit  leurs  iours.  Et  d’icelle  mourut 
vn  bien  grand  nombre  d’hommes, 
tant  riches  que  panures. 

Aussi  l’an  1328.  suruint  vne  autre 


DE  LA  PESTE. 


^aladie  en  Angleterre,  et  aux  basses 
Allemagnes  , qui  fut  nommée  du 
peuple  la  Suelte , pour-ce  que  les  pa- 
liens  auoient  vne  bien  grande  sueur 
par  tout  le  corps,  avec  grand  frisson, 
tremblement, et  palpitation  de  cœur, 
accompagnée  de  fiéure  continue  : et 
mouraient  en  peu  de  iours:  et  ceste 
maladie  tua  aussi  vn  bien  grand 
nombre  de  personnes. 

Pareillement  l’an  1546.  régna  en  la 
ville  du  Puy  en  Auuergne,  vne  autre 
maladie  nommée  du  peuple  Trousse- 
galand , pour-ce  que  peu  de  ceux  qui 
en  estoient  espris,  escbappoient,  ains 
mouraient  en  deux  ou  trois  iours,  ou 
moins,  et  plustost  les  robustes  que 
les  debiles,  et  les  riches  que  les  pau- 
ures.  Au  commencement  les  patiens 
auoient  grande  pesanteur  de  tout  le 
corps,  auecvne  exlreme  douleur  de 
leste,  et  fiéure  continue,  etperdoient 
toute  connoissance,  et  faisoient  tous 
leurs  excremens  involontairement 
sous  eux,  et  auoient  grand  délire,  de 
sorte  qu’il  les  falloit  lier  et  attacher. 
Que  si  aucuns  escbappoient,  leurs 
cheueux  lomboient  : et  ladite  maladie 
estoit  fort  contagieuse.  L’année  sui- 
uante  vint  en  ladite  ville  vne  autre 
plus  grande  peste  accompagnée  de 
bubons  et  charbons,  qui  fit  aussi 
mourir  grand  nombre  de  peuple. 

Ce  que  i’ay  bien  voulu  icy  annoter, 
à fin  que  le  chirurgien  prenne  garde 
à la  grande  diuersité  et  malignité  de 
ceste  maladie  pestilente  pour  y ob- 
uier,  l’aduertissanl  d’auantage,  qu’en 
certains  temps  aduiennent  plusieurs 
autres  maladies  populaires,  comme 
fiéures  putrides  , flux  de  ventre, 
rheumes,  toux,  frenesies,  esquinan- 
cies  , pleurésies  , peripneumonies  , 
ophthalmies,  apoplexies,  léthargies, 
pourpre,  rougeolle , petite  verolle, 
galles,  anthrax  ou  charbons,  et  au- 


363 

très  pustules  malignes,  lesquelles 
prennent  en  mesme  temps.  Partant 
la  peste  n’est  pas  tousiours  ny  en 
tout  temps  d’vne  mesme  sorte,  mais 
diuerse  l'vne  de  l’autre  : qui  a esté 
cause  qu’on  Juyadonné  diuersnoms, 
selon  les  effets  et  accidens  qu’elle 
produit  : ce  qui  prouient  principale- 
ment pour  la  diuersité  du  venin  qui 
est  en  l’air.  Car  ainsi  qu’il  est  cause 
de  la  vie  aux  animaux,  aussi  est-il 
cause  des  maladies  et  de  la  mort 
d’iceux  , pour-ce  que  sans  iceluy  l’a- 
nimant ne  peut  estre  ne  durer,  mesmes 
vn  bien  peu  de  temps,  d’autant  qu’il 
est  du  tout  necessaire  qu’il  soit  attiré 
par  la  respiration  des  poulmons  : 
lequel  estant  pourri  et  attiré  en  la 
substance  du  cœur,  abbat  toutes  les 
forces  du  corps  , et  fait  mourir  plu- 
sieurs animaux  pourla  nécessité  qu’ils 
ont  de  respirer.  Parquoy  lors  que 
l’air  pourri  et  pestiféré  exerce  sa 
tyrannie , il  tue  non  seulement  le 
genre  humain , mais  aussi  les  bestes 
de  la  terre  et  les  oyseaux  du  ciel. 

Et  pour  le  dire  en  vnmot,  tel  air 
pestilenl  estsi  furieux  qu’il  renuerse  , 
dissipe,  altéré,  brise  et  corrompt 
l’harmonie  naturelle  et  température 
de  tous  animaux  , ainsi  qu’vn  certain 
foudre  et  tonnerre  liquéfié  et  con- 
sume l’argent  d’vne  bourse  sans  la 
gaster  : pareillement  fait  sortir  le  vin 
des  tonneaux,  sans  qu’on  puisse  ap- 
perceuoir  aucune  ouuerture  . aussi 
fond  le  fer  d’vne  pique  sans  toucher 
au  bois  : comminue  et  brise  les  os  du 
corps  sans  aucune  apparence  en  la 
chair  : qui  se  fait  par  vne  chose  indi- 
cible , de  laquelle  on  ne  peut  donner 
raison.  Combien  qu’Aristote  liure  5. 
des  Meleores , chap.  1.  ayant  pour 
résolution  de  ces  questions  fait  diui- 
sion  des  foudres, en  ceux  qui  sont  plus 
parlicipans  deterrestrité  , et  en  ceux 


364  LE  VINGT-QVATRlÉME  LIVRE 


qui  retiennent  plus  de  la  nature  et 
substance  de  la  flamme  , et  qui  sont 
plus  subtils  : dit  cela  aduenir,  par-ce 
que  tels  foudres  de  leur  subtilité  pé- 
nétrent aisément  au  trauers  descorps 
rares  et  poreux,  comme  sont  les  bois, 
le  cuir,  la  chair  et  peau  , sans  les  of- 
fenser : mais  qu’au  trauers  des  denses 
et  solides,  ils  ne  peuuent  passer  sans 
effort  et  violence,  dont  vient  que 
pour  la  résistance  qui  leur  est  faite 
au  passage , ils  les  rompent  et  fra- 
cassent. Ce  que  mesme  après  Aristote 
a confirmé  Pline,  liure  2.  cbap.  51, 
et  Seneque  liure  2.  de  ses  Questions 
naturelles1.  Ainsi  est-il  de  la  peste, 
qui  destruit  et  corrompt  toute  l’œco- 
nomie  de  nature. 


CHAPITRE  VI. 

SIGNES  DE  LA  PESTE,  PRIS  DE  LA  COR- 
RVPTION  QVI  EST  EN  TERRE. 

Les  signes  de  la  peste  à aduenir, 
pris  de  la  corruption  de  la  terre, 
sont,  que  l’on  voit  sortir  d'icelle 
abondance  de  champignons  ou  poti- 
rons , et  le  froment  produire  yuraye  , 
et  autre  chose  contre  leur  nature  2. 
Aussi  que  sur  icelle  apparaissent 
grandes  troupes  de  petits  animaux , 
comme  araignes,  chenilles,  papil- 
lons , cigales  , hannetons,  mousches 
et  mouscherons,  scorpions,  escar- 
gots, limaçons,  sauterelles,  grenoüil- 
lettes , vers,  et  autres  semblables, 
qui  se  procréent  de  pourriture  : pa- 
reillement les  bestessauuages  laissent 
leurs  cauernes  et  cachots  : aussi  en 

1 Toute  cette  longue  citation  d’Aristote  a 
été  ajoutée  ici  en  1575. 

2 Ces  mots  : et  le  froment  produire  yuraye, 
etc.,  ont  été  ajoutés  en  1585. 


sortent  plusieurs  autres,  comme  taul- 
pes,crapaux,  viperes,  couleuures, 
lézards,  aspics,  crocodiles,  et  autres 
de  plusieurs  et  diuerses  especes  : tou- 
tes lesquelles  bestes  sortent  pour  la 
fascherie  de  la  vapeur  putride  et  ve- 
neneuse  qui  est  contenue  és  entrailles 
d’icelle,  de  laquelle  mesme  la  plupart 
de  telle  Termine  se  fait:  ioint  aussi 
qu’on  les  trouue  quelquesfois  mortes 
en  grand  nombre.  Ce  que  ne  trouuera 
fascheux  à croire  celuy  qui  considé- 
rera que  Dieu  a dislribué  aux  ani- 
maux quelque  chose  particulière 
pour  demonstrer  et  prédire,  non  seu- 
lement la  peste  à aduenir,  mais  aussi 
le  changement  du  temps , comme 
pluye,  vent,  gresle,  tempesle,  le 
printemps,  l’esté,  automne  et  hyuer, 
et  autres  choses  semblables  : et  ce 
tant  par  gestes,  chansons,  cris,  que 
par  troupes  et  arriuées , sorties  de  la 
terre,  laissans  leurs  petits,  et  fuyans 
en  autre  région  , comme  nous  auons 
dit  : lesquelles  choses  viennent  de 
leurs  sens  extérieurs,  et  occulte  con- 
uenance  de  leurs  corps  auec  l’air.  Et 
si  quelqu’vn  demande  autre  cause , ie 
le  renuoysray  au  grand  architecteur, 
duquel  les  thresors  de  science  et  sa- 
gesse sont  cachés , et  nous  les  mani- 
festera quand  bon  luy  semblera. 

Or  ces  vapeurs  pourries,  lesquelles 
nous  auons  dit  chasser  les  bestes  de 
leurs  cauernes  , s’esleuent  en  l’air  et 
causent  grosses  nuées,  et  tombent 
quelquesfois  sur  les  fruits,  et  les 
corrompent,  dont  ceux  qui  en  man- 
gent sont  espris  de  la  peste.  Elles  n’in- 
fectent seulement  les  fruits,  mais 
aussi  font  mourir  les  arbres  et  les 
bestes,  comme  bœufs,  vaches,  che- 
naux, pourceaux , moutons,  poulail- 
Ies,  et  autres  volatiles  , comme  nous 
auons  dit.  Sur  quoy  tu  dois  obseruer, 
que  les  bestes  à quatre  pieds  sont 


DK  LA  PKSTE. 


plustot  saisies  et  frappées  de  ceste 
peste  que  les  hommes,  parce  qu’elles 
paissent  les  herbes  imbues  des  exha- 
lations putrides  de  la  terre  : et  partant 
on  ne  les  doit  faire  paistre  que  le  so- 
leil n’ait  premièrement  consommé  la 
rosée,  s’il  est  possible. 

Qu’il  soit  vray,  on  a veu  vn  paysan 
de  la  Beausse  auoir  esté  accusé  en 
justice  d’estre  sorcier,  parce  que  ses 
brebis  ne  mouroient  point,  et  toutes 
celles  de  ses  voisins  perissoient.  Sur 
quoy  estant  interrogué  deuant  les 
iuges,  il  fit  response , que  Jamais  il  ne 
permettoit  que  son  bestail  sorlist 
hors,  que  premièrement  le  soleil 
n’eust  consommé  la  rosée,  et  que  plu- 
sieurs petites  bestioles  qui  estoient 
sur  les  herbes  ne  fussent  retirées  de- 
dans la  terre  : et  dit,  que  quelques- 
fois  il  l’auoit  déclaré  à aucuns  de  ses 
voisins  : ce  qui  fut  trouué  vray,  et 
fut  absoult  pour  les  raisons  susdites. 

Or  pour  ce  qu’il  est  fait  icy  mention 
des  bestioles  qui  nuisent  aux  trou- 
peaux qui  paissent,  nous  déclarerons 
icy  en  passant,  qu’il  y a vue  petite 
bestiole  semblable  à la  cantharide, 
trouuée  aux  herbages,  qui  enfle  si 
fort  vn  bœuf  quand  il  l’a  mangée, 
qu’il  créue  : et  pour  ceste  cause  est 
nommée  de  Pline,  Buprestis 


CHAPITRE  VIL 

LA  CVRE  PRESERVATIVE , ET  PREMIERE- 
MENT DE  L’AIR,  DV  VIVRE,  ET  DE  LA 
MAISON. 

Après  auoir  descrit  la  peste,  et  dé- 
claré les  causes,  signes,  et  présagés 

1 Pline,  30.  chap.  4.  — A.  P.  Plus  tard 
Paré  a consacré  un  chapitre  particulier  de 


365 

par  lesquels  on  peut  conieclurer 
qu’elle  doitaduenir  : maintenant  nous 
faut  dire  comment  on  s’en  doit  pre- 
seruer,  d’autant  que  la  précaution 
doit  précéder  la  curation  d’icelle. 

Or  véritablement  le  plussouuerain 
remede  que  ie  puisse  enseigner  auec 
tous  les  anciens,  est  s’enfuir  tosl  et 
loing  du  lieu  infect,  et  se  retirer  en 
air  sain,  et  retourner  bien  tard,  si  on 
le  peut  faire  A Et  où  il  ne  sera  possi- 
ble, fautobseruer  deux  choses  en  ge- 
neral : la  première  est  rendre  le 
corps  fort  pour  résister  à l’infection 
de  l’air  : la  seconde  moyenner  que 
l’air  infect  ne  soit  assez  fort  pour  im- 
primer en  nous  son  venin  : qui  se  fera 
en  le  corrigeant  par  qualité  contraire, 
comme  s’il  est  trop  chaud,  par  choses 
froides,  et  ainsi  des  autres  qualités. 

Le  corps  résistera  au  venin,  s’il  est 
net  et  fortifié  par  remedes  propres, 
comme  par  bon  régime,  purgation, 
et  saignée  s’il  en  est  besoin.  Aussi  faut 
euiter  la  grande  variété  des  viandes, 
et  celles  qui  sont  fort  chaudes  et  hu- 
mides, et  principalement  celles  qui  se 
corrompent  aisément  : et  ne  faut 
manger  pâtisseries,  ny  yurongner,ou 
se  trop  saouler , mais  on  se  leuera  de 
table  auec  appétit.  Pareillement  faut 
que  les  viandes  soient  de  bon  suc  , et 
faciles  à digerer  : car  les  bons  alimens 
pris  avec  vne  médiocrité  en  temps  et 
lieu  engendrent  bonnes  humeurs, 
qui  sont  cause  de  santé,  et  par  con- 
séquent preserualifs  de  peste.  Aussi 
il  faut  prendre  moyen  exercice  au 
matin,  et  au  vespre  auant  le  repas,  et 
en  lieu  non  suspect  d’air  pestiféré  : 
pareillement  auoir  bon  ventre , soit 

son  livre  des  Venins  à la  Bupreste;  voyez 
ci-devant  page  329.  Il  ne  faut  pas  oublier 
que  le  livre  de  la  Peste  est  de  166S. 

» Cit'o , longe , tarde.  — AP. 


LE  VINGT-QVA.TRIÉME  LIVRE  , 


366 

par  art,  ou  par  nature  : aussi  faut 
fortifier  le  cœur  et  autres  parties  no- 
bles par  choses  cordiales,  comme 
epithemes  , linimens  , emplastres, 
eaux  , pilules , poudres , tablettes  , 
opiates,  parfums,  et  autres  que  dirons 
cy  apres. 

D’auantage  faut  eslire  vn  bon  air, 
et  loing  des  lieux  félidés  : car  le  bon 
air  aide  beaucoup  à la  conseruation 
de  la  santé  d’vn  chacun,  el  recrée  les 
esprits  et  toutes  les  vertus  : au  con- 
traire l’air  obscur  et  de  mauuaise 
odeur  nuist  merueilleusement,  parce 
qu'il  engendre  plusieurs  maladies , 
fait  perdre  l’appetit,  rend  le  corps 
languide  et  mal  coloré,  et  estouffe  le 
cœur,  et  pour  le  dire  en  vn  mot,  il 
abbrege  la  vie.  Le  vent  de  Bize,  qui 
vient  du  Septentrion,  est  bon,pource 
qu’il  est  froid  et  sec  : au  contraire  le 
vent  austral,  qui  vient  duMidy,  est 
tres-dangereux.  parce  qu’il  est  chaud 
et  humide,  qui  débilité  le  corps,  et 
ouure  les  conduits,  qui  fait  que  le 
venin  pénétré  plus  facilement  au 
cœur.  Et  celui  d’Occident  est  sembla- 
blement insalubre,  à cause  qu’il  tient 
beaucoup  du  méridional.  Et  pour 
ceste  cause,  on  fermera  les  fenestres 
de  la  maison  du  costé  où  ils  frappent, 
et  on  ouurira  au  matin  celles  qui 
ont  esgard  vers  le  Septentrion  et 
Orient,  si  d’auenture  la  peste  n’estoit 
de  ce  costé  là  : et  se  faut  donner  garde 
que  nulle  mauuaise  vapeur  n’entre 
dedans.  Puis  après  on  fera  du  feu  par 
toutes  les  chambres,  et  on  les  parfu- 
mera de  choses  aromatiques,  comme 
d’encens,  myrrhe,  benioin,  ladanum, 
styrax,  roses,  lueilles  de  myrte,  la- 
uande,  rosmarin,  sauge,  basilic, 
sarriette  , serpolet , mariolaine , ge- 
nest,  pommes  de  pin  , petites  pièces 
de  bois  de  pin,  de  genéureetsa  graine, 
doux  de  girolle , oiselets  de  Cypre , 


et  autres  semblables  choses  odorifé- 
rantes. Et  de  ceste  mesme  fumée  faut 
parfumer  les  habillemens. 

On  dit  aussi,  qu’il  est  bon  en  temps 
de  peste  de  nourrir  vn  bouc  en  la 
maison  où  on  habite,  et  le  tient-on 
pour  vn  singulier  remede  contre  la 
contagion  du  mauuais  air  : pource 
que  la  vapeur  du  bouc  ayant  empli 
le  lieu  où  il  habite,  empesche  que 
l’air  pestiféré  n’y  trouue  place  : la- 
quelle raison  peut  aussi  seruir  au 
conseil  de  parfumer  les  habits  de 
bonnes  suffumigations.  Et  me  sem- 
ble (sauf  meilleur  iugement)  qu’elle 
peut  aussi  estre  employée  à ce  qu’on 
dit,  qu’vn  homme  à ieun  est  plus  apte 
à estre  pris  de  la  peste,  qu’vn  qui 
aura  mangé,  non  pas  à satiété,  mais 
médiocrement.  Car  auec  ce  que  par 
le  manger  Nature  fortifiée  chasse 
plus  aisément  d’elle  le  poison  et  vé- 
nénosité : aussi  du  manger  et  boire 
se  peuuent  porter  par  toutes  les  po- 
rosités du  corps  des  vapeurs,  qui  les 
emplissans  occuperont  les  vacuités 
que  Pa  r pestilent  prendroit.  Toutcs- 
fois  quant  est  du  bouc,  le  vulgaire 
dit  vne  autre  raison,  c’est  qu’vne 
mauuaise  odeur  chasse  l’autre. 

Ceste  raison  est  semblable  à celle 
qu’Alexandre  Benedictus  recite  à 
sçauoir  qu’vn  Médecin  de  Scythie  fit 
cesser  la  peste , laquelle  prouenoit  de 
l’air,  faisant  tuer  tous  les  chiens  et 
chats , qui  estans  espars  par  les  rues 
emplirent  Pair  de  leur  vapeur  putride  : 
et  par  ce  moyen  promptement  la  peste 
cessa.  Pource  (dit-il)  que  telle  pourri- 
ture changea  la  nature  de  Pair,  la- 
quelle auparauant  estait  pernicieux 
aux  hommes  : qui  se  fait  pour  la  dis- 


I1  Histoire  d’ Alexandre  Benedictus  en  son 
liure  de  la  Peste.  — A.  P. 


DE  LA  PESTE. 


similitude  des  choses , et  qu’vn  venin 
chasse  l’autre. 

On  ne  doit  sortir  de  la  chambre  en 
temps  de  peste,  que  deux  heures 
après  le  soleil  leué,  à fin  qu’il  ait  pu- 
rifié l’air  par  sa  clarté  et  chaleur, 
et  principalement  quand  l’air  est 
trouble  et  nébuleux , et  en  pays  de 
fondrières,  et  enuironné  de  monta- 
gnes. Et  faut  aussi  se  garder  de  gran- 
des assemblées  de  peuple  J,  et  prin- 
cipalement des  dances  : d’autant  que 
lecoips  estant  eschauffé  et  lassé,  et 
que  les  conduits  sont  ouuerts,  alors 
faut  qu’on  tire  grande  quantité  d'air 
pour  la  réfrigération  du  cœur  : et 
partant  s’il  est  infecté,  nous  donne  la 
peste  par  l’haleine  et  sueur. 

Que  siquelqu’vn  voyage  audit  temps 
de  peste  causée  du  vice  de  l’air,  et 
que  la  saison  de  l’année  soit  fort 
chaude,  il  doit  plustost  cheminer  la 
nuit  que  le  iour,  parce  que  la  peste 
assaut  et  prend  plus  facilement  du- 
rant la  chaleur  et  splendeur  du  so- 
leil qui  subtilie,  eschauffe,  et  raréfié 
l’air,  et  qui  outre  ouurant  le  cuir, 
rend  nostre  corps  plus  accessible  à 
reccuoir  l’air  pestiféré.  Partant  la 
nuit  est  plus  salubre,  à cause  que  l’air 
est  plus  froid  et  espais  : toutesfois  il  se 
faut  garder  de  la  pleine  lune,  pour- 
ce  qu’en  ce  temps  là  la  nuit  est  plus 
tiede  et  dangereuse,  ainsi  que  l’expe- 
rience  le  monstre 1  2 : considéré  mesme 
que  les  bois  coupés  en  icelle  sont 
plus  suiets  à pourriture,  comme  ex- 
périmentent à leur  dam  ceux  qui  en 
font  bastir  : la  raison  est  de  ce  que  la 
lune,  estant  humide,  remplit  (lors 

1 La  phrase  s’arrêtait  là  en  15G8 , le  reste 
est  de  1585. 

2 Ici  se  terminait  le  paragraphe  dans  l’é- 
dition primitive;  ce  qui  suit  a été  ajouté  en 
1575. 


367 

principalement  qu’elle  est  pleine)  les 
corps  d’humidité  superflue  dont  sur- 
uient  pourriture. 

Or  pour  retourner  à nostre'propos, 
le  plus  seur  remede  de  preseruation, 
pour  ceux  qui  ne  bougent  du  lieu 
pestilent,  est  qu’auant  que  sortir  de 
la  chambre,  et  après  quelques  prome- 
nades, ils  ne  sortent  sans  auoir  des- 
ieuné  : pour  autant  que  les  parties 
nobles  du  corps  (ausquelles  le  venin 
s’attache  principalement  ) n’estans 
ehcores  soustenues  par  les  viandes, 
ne  peuuent  pas  se  defendi  e comme  si 
elles  esloient  fortifiées  : ioint  aussi 
que  les  veines  et  artères,  non  encores 
remplies  de  nouueau  aliment,  atti- 
rent et  laissent  plus  facilement  en  li  er 
le  venin , lequel,  trouuant  place 
vuide,  se  r’empare  des  parties  nobles, 
et  principalement  du  cœur.  Parquoy 
ceux  qui  auront  accouslumé  de  des- 
ieuner  au  matin,  mangeront  du  pain, 
et  beurre  frais  salé,  et  quelque  car- 
bonnade,  et  autres  bons  alimens  : et 
boiront  du  meilleur  vin  qu’il  leur 
sera  possible  recouurcr.  Les  rustiques 
et  gens  de  trauail  pourront  manger 
quelque  gosse  d’aulx  ou  eschallol- 
tes,  auec  du  pain  et  du  beurre,  et 
bon  vin,  s’ils  en  peuuent  fournir,  à 
fin  de  charmer  la  broüée  : puis  s’en 
iront  à leurœuure,  en  laquelle  Dieu 
les  aura  appellés.  Les  aulx  sont  souue- 
rains  aux  rustiques  et  villageois  , et  à 
ceux  qui  ont  accouslumé  d’en  vser  : 
aussi  à ceux  ausquels  ils  n’engendrent 
point  de  douleur  de  teste , et  ne  les 
eschauflent  par  trop,  à raison  que  le 
tempérament  de  ceux-là  est  plus  ro- 
buste , et  leur  sang  moins  aisé  à s’en- 
flammer : au  contraire  ils  nuisent  aux 
délicats,  comme  femmes,  enfans,  et 
cholériques , et  à ceux  qui  viueut  en 
oisiueté,  et  qui  ont  le  sang  aisé  à 
s’enflammer  : partant  à iceux  les  aulx 


368  LE  VINGT-QVA.TRIÉME  LIVRE 


seroient  poison,  au  lieu  qu’ils  sont 
medecine  aux  rustiques,  ausquels 
tels  remedes  ainsi  forts  sont  propres: 
et  ont  esté  inuentés  par  bonne  raison, 
pour-ce  qu'ils  contrarient  du  tout  au 
venin,  à cause  qu’ils  sont  remplis 
d’vne  très  grande  vapeur  spirilueuse, 
laquelle  suffoque,  allere,  corrompt, 
et  chasse  le  venin  hors  du  corps. 

Quant  à l’eau  , de  laquelle  on  doit 
vser  en  temps  pestilent,  il  faut  auoir 
esgard  si  la  peste  prouient  du  vice  de 
l’air  : car  alors  ne  faut  vser  d’eau 
de  pluye,  pour-ce  que  l’air  dont  elle 
prouient  est  infecté  , partant  alors 
sera  meilleur  de  boire  de  l’eau  des 
puits  fort  profonds:  au  contraire,  si  le 
vice  vient  de  la  terre, on  vsera  del’eau 
de  cisterne  et  de  fontaine  : et  faut  at- 
tendre à en  boire  iusques  à ce  que  le 
soleil  l’ait  purifiée  par  ses  rayons  : et 
si  on  craint  qu’elle  soit  vitiée,  on  la 
corrigera,  la  faisant  vn  peu  bouillir, 
ou  la  ferrer  auec  acier,  ou  or,  ou  ar- 
gent chaud,  ou  par  mie  de  pain  rostie 
ou  non  rostie.  Or  à fin  que  tu  la  puis- 
ses mieux  eslire,  tu  la  pourras  esprou- 
uer  en  trois  maniérés,  à sçauoir,  par 
la  veuë,  le  gousl,  et  l’odeur  : quant 
à la  veuë,  elle  se  doit  monstrer  claire 
et  nette  : et  à la  bouche,  de  nulle  sa- 
ueur  ny  qualité  aucune  : aussi  ne 
doit  point  auoir  d’odeur.  Outre  plus, 
celle  qui  sera  tost  eschauffée  et  tost 
refroidie , est  plus  legere,  et  par  con- 
séquent meilleure  : et  pour  la  faire 
encore  plus  excellente,  la  faut  faire 
vn  peu  bouillir  : ie  dis  vn  peu , car 
l’estant  trop  elle  deuient  amere  et 
salée. 


CHAPITRE  VIIÏ. 

DESCRIPTION  D'EAVX  CORDIALES,  ELEC- 
TV AIRES,  OPIATES,  PILVLES,  ET  AV- 
TRES  REMEDES  A PRENDRE  PAR  LA 
BOVCHE,  PRESERVATIFS  ET  CVRATIFS 
DE  LA  PESTE. 

Ceux  qui  n’ont  accouslumé  et  ab- 
horrent à manger  au  matin,  pren- 
dront quelque  médicament  conl ca- 
riant au  venin  : et  entre  tous  l’eau 
lheriacale  est  tres-excel lente,  de  la- 
quelle, apres  s’eslre  babillé,  et  ayant 
rendu  ses  excremens , et  fait  quelque 
exercice,  il  en  conuient  boire  un 
doigt,  la  meslant  auec  bon  vin  : et 
d’icelle  aussi  on  s’en  lauera  les  mains 
et  la  face,  et  pareillement  la  bouche 
et  les  oreilles , et  on  en  tirera  aussi 
vn  peu  par  le  nez.  Car  elle  conforte  le 
cœur,  chasse  le  venin  loin  d’iceluy,  et 
n’est  seulement  vtile  pou r precau  lion, 
mais  aussi  est  propre  pour  la  cura- 
tion, à prendre  promptement  qu’on 
se  sent  frappé,  par-ce  qu’elle  prouo- 
que  grandement  la  sueur,  et  partant 
chasse  le  venin  des  parties  internes 
aux  externes  : et  la  doit-on  faire  au 
mois  de  Iuin,  attendu  que  les  herbes 
en  iceluy  temps  sont  en  leur  grande 
vigueur  et  force.  La  composition  en 
est  telle  *. 

’if.  Radicum  gentianæ,  cyperi,  lormentillæ, 
dictamni , cnulæ  campanæ  ana  § . j. 
Foliorum  tapsi  barbati,  cardui  bcnedicti, 
morsus  diaboli,  pirnpinellæ,  scabiosæ, 
oxalidis  agrestis  minoris  ana  m,  fi. 
Summilalum  rulæ  p.  j. 

1 Nous  avons  déjà  vu  au  chap.  38  du  livre 
de  la  grosse  Ferolle , deux  recettes  d'eaux 
ilieriacales celle-ci  en  est  tout-à-fait  diffé- 
rente. Comparez  tome  II,  page  590. 


DE  LA  PESTE. 


Baccarum  myrtl  §.j. 

Rosarum  purpurearum,  floruin  buglosst, 
borraginis  et  hypericonis  ana  5 j. 
Mundentur  omnia,  pistentur  et  macerentur 
xxiiij.  borarum  spatio  in  vini  albi  aut 
malualici , aquæ  rosarum  et  oxalidis 
ana  1b.  j.  deinde  reponantur  in  vase  vi- 
treo,  et  addatur  theriacæ  et  milhridalij 
ana  5 • 6 . fiat  distillatio  in  balneo  Mariæ. 

Et  l’eau  estant  distillée,  on  la  mettra 
en  vne  phiole  de  verre,  et  de  rechef 
on  y adioustera 

Croci  5.  j. 

Terræ  sigillatæ,  boli  armeniæ,  santali  ci- 
trini,  rasuræ  eboris,  limaturæ  cornu 
cerui  iunioris  prope  caput  assumpti 
ana  § . fi. 


Puis  on  estoupera  la  phiole,  et  la 
laissera-on  fermenter  au  soleil  par 
l’espace  de  huit  ou  dix  iours,  et 
sera  gardée  : et  lors  qu’on  en  voudra 
vser,  on  en  prendra  deux  doigts  en 
vn  verre , plus  ou  moins , selon  la 
force  et  vigueur  des  personnes.  On 
en  peut  bailler  aux  petits  enfans  qui 
encore  tettent,  et  à ceux  qui  sont  ja 
sevrés,  et  aux  femmes  grosses  : et  à 
fin  qu’elle  soit  plus  gracieuse  et  facile 
à boire,  on  la  peut  faire  passer  par 
la  chausse  d’Hippocrates,  lors  qu’on 
la  voudra  prendre,  y adiouslant  vn 
peu  de  succre  et  canelle  concassée. 

Autres  prennent  au  matin  par  pré- 
caution, de  la  racine  d’enuie  cam- 
pane , ou  zedoar,  ou  angelique,  en  les 
maschant  et  tenant  en  la  bouche.  Les 
autres  prennent  de  la  racine  de  gen- 
tiane pilée,  le  poids  d’vn  escu , et 
trempée  la  nuit  en  vin  blanc , et  en 
boiuent  deux  doigts  au  matin  à ieun  : 
les  autres  prennent  du  x in  d’aluyne  : 
autres  vsent  de  conserue  de  roses, 
de  buglosse,  de  chicorée,  violettes  de 
mars , fenoil  doux  : autres  prennent 
de  la  terre  sigillée , ou  de  la  corne  de 
in. 


36g 

cerf  ra lissée,  le  poids  d’vn  escu  , de- 
dans vn  œuf  mollet  auec  vn  peu  de 
sa  1 Iran  , puis  boiuent  deux  doigts  de 
vin  : aucuns  prennent  de  l’eau  de 
v>e  et  y meslent  de  bon  vin  blanc 
du  bol  d’Armenie,  racine  de  gentiane’ 
toi men tille,  dictam,  semence  de  ge- 
neure,  doux  de  girofle,  macis,  ca- 
ne le,  saffran,  et  autres  semblables, 
es  faisant  distiller  in  balneo  Mariæ 
On  pourra  aussi  vser  de  ceste  eau 
cordiale,  qui  a très  grande  vertu. 

"if.  R ad  ici  s aristolochiæ  longæ  et  rotundæ 
toimentillæ  , dictamni  ana  3.  ijj 
Zedoariæ  |.  ij.  ’ 

1-igni  aloës,  santali  citrini  ana  3 j 
Foliorum  scordij,  hypericonis,  acetosæ, 
rutæ , saluiæ,  ana 

Scminis  iuniperi , baccarum  lauri  ana 
3.  iij. 

Seminis  citri  3.  j. 

Caryophyllorum , macis,  nucis  moscatæ 
ana  3.  ij. 

Mastiches,  olibani,  boli  Armeniæ,  terræ 
sigillatæ,  rasuræ  eboris,  cornu  cerui 
ana  3.  j. 

Croci  9 . j. 

Conseruæ  rosarum,  florum  buglossi  et 
nenupharis , theriacæ  veteris  ana  x . i 
Caphuræ  5.  fi. 

Aquæ  vitæ  &.  fi. 

Vini  albi  ft.  ij.  fi. 

Fiat  distillatio  in  balneo  Mariæ. 


Geste  eau  sera  reseruée  en  vne 
phiole  de  verre  bien  bouschée , pour 
en  vser  au  matin , comme  de  l’eau 
cy  dessus  nommée  theriacale,  la 
quantité  de  deux  doigts  en  vn  verre  : 
elle  est  aussi  de  merueilleux  efTect. 

Pareillement  cest  electuaire  est 
profitable  pour  preseruer. 

■¥•  Theriacæ  optimæ  §.iij. 

Radicis  tormentillæ , seminis  iuniperi  et 
cardui  benedicti  ana  3.  j.  fi . 

Boli  Armeniæ  præparati  5.  fi. 

24 


370  LE  VINGT-QVATRIEMIi  LIVRE  , 


Pulucris  clectuarij  de  gemmis  et  dia- 
marg.  frigidi , rasuræ  cornu  cerui , co- 
ralli  rubri  ana  3.  j. 

Cum  syrupo  de  corticibus  et  acetosilate  ci- 
tri  misce,  et  fiat  elecluarium  liquidum 
in  forma  opiatæ. 

De  ceste  composition  en  faut  pren- 
dre tous  les  matins  la  grosseur  d’vne 
auelaine,  auec  vn  peu  d’eau  de  roses, 
ou  d’endiuc , chardon  benist , ou  sca- 
bieuse  , ou  de  cerises,  ou  autre  eau 
cordiale  : ou  en  lieu  d’icelle  vn  peu 
de  bon  vin. 

Aussi  l’opiate  suiuante  est  bonne  et 
excellente,  de  laquelle  on  peut  faire 
des  tablettes. 

^.  Radicis  genlianæ  etangelicæ,  zedoariæ, 
enulæ  campanæ  ana  3.  ij. 

Seminis  ci  tri  et  acetosæ  ana  3.  fi . 
Corticis  citri  sicci , cinnamomi,  bacca- 
rum  lauri  et  iuniperi,  croci  ana  3.  j. 
Conseruæ  rosarurn  et  buglossi  ana  §.  j. 
Saccliari  optiini  quantum  sufficit. 
Formentur  labellæ  ponderis  3.  fi.  vel  fiat 
opiala,  cum  æquis  partibus  conseruæ  bu- 
glossi et  mellis  anthosati  ilia  omnia  arida 
excipiendo. 

Si  vous  les  laissez  en  tablettes,  on 
en  prendra  vne  au  matin,  et  les  petits 
enfans  et  femmes  grosses  demie  : et 
conuient  demeurer  deux  heures  après 
sans  manger  ny  boire,  si  on  ne  vouloit 
aualler  vn  peu  de  vin  incontinent 
après  les  au oir  prises.  Si  vous  en  faites 
opiale,  la  dose  sera  comme  des  sui- 
uantes: 

“if.  Radicum  valerianæ  , tormcntillæ , dic- 
tarnni , foliorum  rutæ  ana  § . fi . 
Croci,  macis,  ntfcis  moscatæ  ana  3.  fi. 
Boli  Armenicæ  præparati  3.  iiij. 
Conseruæ  rosarurn  etsyrupi  de  limonib. 
ana  quantum  sufficit. 

Fiat  opiala  satis  liquida. 


Autre. 

2 i.  Radicum  arislolochiæ  vtriusque,  gentia. 
torinentiliæ,  dictamni  ana  3.  j.  fi. 

Zinziberis  3.  iij. 

Folior.  rutæ.  saluiæ,  mentæ,  pulcgij  ana 
3.  ij. 

Baccarum  lauri  et  iuniperi,  sem.  citri 
ana  9 . iiij. 

Macis , nucis  moscalæ,  caryophyllorum, 
cinnamomi  ana  3.  ij. 

Xylaloes  , etsanlali  citrini  ana  3.  j. 

Thuris  masculi,  mastiches,  rasuræ  ebo- 
ris,  cornu  cerui  ana  3.  ij. 

Croci  3.  fi . 

Boli  Armeniæ,  lerræ  sigillalæ,  coralli 
rubri,  margaritarum  electarumana  3.  j. 

Conseruæ  rosarurn,  buglossi  et  nym- 
phææ,  lheriacæoptimæ  et  veterisana  5 j • 

Sacchari  albissimi  S>.  j. 

Adde  sub  finem  confectionis  alkermes 
3.  ij. 

Caphuræ  in  aqua  rosarurn  dissolut®  3 j. 
Fiat  opiala  secundum  artem. 

La  dose  sera  demie  dragme,  ou  vn 
scrupule,  ou  dix  grains  selon  les  per- 
sonnes. Et  après  l’auoir  prise,  on  peut 
boire  vn  doigt  ou  deux  de  bon  vin,  ou 
quelque  eau  cordiale. 

Le  thcriaque  et  methridat  fidelle- 
ment  composés  sont  les  principaux  de 
tous  les  remedes,  et  les  plus  approu- 
ués,  en  y adioustant  pour  vne  demie 
once  de  chacun  ou  enuiron  , vne 
once  et  demie  de  bonne  conserue  de 
roses,  ou  de  buglose,  ou  viole,  et  la 
pesanteur  de  trois  escus  de  bon  bol 
armene  préparé:  puis  le  tout  bien 
battu  et  incorporé,  en  faire  conserue, 
de  laquelle  on  vsera  au  matin  deux 
heures  deuant  le  repas,  la  grosseur 
d’vne  auelaine.  Et  faut  entendre  que 
le  bon  theriaque  ne  doitestre  recent 
que  de  quatre  ans,  ne  plus  vieil  que 
de  douze  ans,  et  qu’il  laisse  sa  saueur 
longuement  en  la  bouche  : estant 
nouueau  il  est  propre  aux  choléri- 
ques : et  estant  vieil  il  conuient  aux 


DE  LA  PESTE. 


vieux,  et  à ceux  qui  sont  de  tempé- 
rature froide,  comme  les  pituiteux  et 
melancholiques  : à cause  de  la  vertu 
refrigeratiue  de  l’opium,  qui  entrant 
en  la  composition  du  theriaque,  re- 
tient sa  pleine  force  pour  quelques 
premières  années  : en  ün  par  la  fer- 
mentation estant  rabattue , fait  que 
toute  la  composition  demeure  plus 
chaude. 

La  confection  d’alkermes  est  sem- 
blablement bonne,  tant  pour  preser- 
uer , que  donner  à ceux  qui  sont  frap- 
pés du  venin.  Aussi  la  rheubarbe  te- 
nue en  la  bouche,  et  maschée  au 
matin,  la  grosseur  d’vne  auelaine, 
auec  vn  clou  de  girofle,  est  preserua- 
tiue.  Pareillement  ceste  composition 
est  profitable  pour  preseruer,  quand 
on  va  en  vnlieu  suspect. 

if.  Corticura  citri  et  mali  aurei  sacchaio 
condilorum  ana  3.  j. 

Conseruæ  rosarum  et  radicis  buglossi 
ana  3.  iij. 

Sein,  citri  3.  iij.  fi  . 

Sem.  anisi  et  fœnicuti  ana  3 û . 

Radicis  angelicæ  3 . iiij. 

Sacchari  rosati  quantum  sufllcit. 

Fiat  conditum  coopertum  foliis  aureis , quo 
vtalur  ex  cochleari,  vt  dixi,  in  exitu  do- 
mus. 

Ou , 

2 £.  Granorum  pini  mundatorum  et  pistato- 
rum , infusorum  in  aqua  rosaruin  et 
scabiosæ  per  sex  horas  ana  § . ij . 
Amygdalarum  excorticatarum  in  aquis 
prædiclis  ïb.  fi . 

Corlicum  citri  et  mali  aurei  saccharo 
condilorum  ana  3.  j.  fi. 

Radicis  angelicæ  3.  iiij. 

Misce  secundum  arlem  ad  formam  panis 
maraud  vet  confectionis  alterius,  et  teneat 
fruslulum  fréquenter  in  ore. 

Pareillement  en  ce  cas  ces  tablettes 
sont  profitables  : 


37i 

Radicis  dictamni,  tormenlillæ , vale- 
rianæ,  enulæ  campanæ,  eryngij  ana 

3.  fi. 

Roli  armenicæ , terræ  sigillalæ  ana  3 . j . 

Caphuræ,  cinnamomi,  seminis  oxalidis 
agrestis,  zedoariæ  ana  3.  j. 

Pulueris  elcctuarij  diamargarit.  frigidi 
3.  ij. 

Conseruæ  rosarum,  buglossi,  corlicis 
citri  conditi,  mithridatij,  theriaeæ  ana 
5.j. 

Sacchari  oplimi  dissoluti  in  aqua  sca- 
biosæ , et  cardui  benedicti  quantum 
sutficit. 

Fiant  tabellæ  ponderis  3.  j.  vcl  3.  fi. 

On  prendra  de  ces  tablettes  tous 
les  iours  à ieun  , deux  heures  deuant 
le  repas,  comme  dessus  est  dit. 

Outre  plus,  les  pilules  de  la  compo- 
sition de  Rufus  sont  fort  approuuées 
des  doctes  Médecins,  pource  qu’on  les 
a trouuées  de  grand  effet  : et  dit  ledit 
Rufus,  que  iamais  ne  veit  personne 
en  auoir  vsé  qui  n’ait  esté  présenté 
de  peste,  pourueu  que  les  parties  no- 
bles n’eussent  esté  ja  grandement  in- 
fectées. La  composition  desdites  pilu- 
les est  telle  : 

7(..  Aioës  liepaticæ  3.  fi . 

Ammoniaci  eleeti  3.  iij. 

Myrrhæ  3.  ij.  fi . 

Masliches  3.  ij. 

Crocig  r.  vij. 

Contundantur  omnia,  et  incorporentur  cum 

succomali  citrini  autsyrupo  delimonibus, 

et  fiat  massa. 

Laquelle  on  gardera  bien  enuelop- 
pée  dedans  vn  cuir  : et  lors  qu’on  en 
voudra  vser , on  en  formera  vne 
pilule  ou  deux,  qu’on  prendra  au 
matin  deux  heures  ou  trois  deuant  le 
repas,  ou  bien  le  poids  de  demy  escu 
ou  d’vn  escu,  selon  la  volonté  d’vn 
chacun.  Et  après  les  auoir  prises,  on 
peut  prendre  deux  doigts  de  bon  vin 


o’j‘2  LE  VINGï-QVA 

ou  d'eau  d'oseille,  laquelle  a pareille- 
ment grande  vertu  contre  le  venin 
pestiféré,  à cause  qu’elle  est  de  ténue 
substance,  et  garOe  de  putréfaction 
par  son  acetosité  : mesmes  on  a trou- 
ué par  expérience.,  qu'à  celuy  qui  en 
auroit  mangé  deuant  qu’vn  scorpion 
le  morde,  il  n’ ad  ui  an  droit  aucun  mal. 
Et  quant  à la  faculté  des  choses  qui 
entrent  en  la  composition  desdiles 
pilules,  l’aloés  nettoye  et  purge,  la 
myrrhe  résiste  à pourriture,  le  mastic 
roboreet  fortifie,  et  le  saffran  res- 
ioüit  les  facultés  : partant  nous  con 
durons  qu’elles  sont  de  merueilleux 
effet,  comme  la  raison  et  expérience 
le  demonstre.  On  les  peut  donner  en 
potion,  comme  le  mesme  autheur  fai- 
soit. 

Autres  pilules  pour  mesme  effecl  cl  bien 
expérimentées. 

If.  Aloës  o • î- 

Mirrhæ  § . fi . 

Croci  orientalis  3 . j. 

Agarici  trochiscali  3.  ij. 

Rhabarbari  elecli  puluerisati  5.  j. 

Cinnamomi  electi  3.  ij. 

Masliches  5.  j.  fi. 

Seminis  ci  tri  g . xij. 

ruluerisentur  omnia  vt  decet,  et  cum  sy- 

rupo  capi.loruin  vencris  liai  massa. 

Laquelle  on  gardera  bien  enuelop- 
pée  dedans  du  cuir,  et  en  prendras 
comme  dessus,  plus  ou  moins,  selon 
qu’il  sera  necessaire.  Et  si  lesdites pi- 
lules estoient  trop  dures,  on  lesamol- 
lira auec  du  syrop  de  limons,  ou  autres 
semblables  à cesteffet.  Ces  pilules  qui 
s’ensuiuent  sont  pareillement  de 
grande  operation. 

3f.  Aloës  lolæ  § . ij. 

Croci  3.  j. 

Myrrhæ  § . fi  . 

Ammo.  diss.  in  vino  albo  g . j. 


TRI EM E LIVRE  , 

Mell.  ros.  zedoariæ, santal. rubr.  ana 3.  j. 

Boli  armen.  præp.  3.  ij. 

Corallirubri  g fi. 

Caphuræ  3.6. 

Fiant  pilulæ  secundum artem. 

La  dose  pour  se  preseruer  est  en 
prendre  tous  les  matins  vne,  et  si  on  se 
veut  purger,  on  prendra  vne  dragme 
au  matin,  qui  est  le  temps  le  plus  pro- 
pre à faire  les  euacualions,  à raison 
que  le  sang  domine,  et  est  en  sa  force 
et  vigueur,  aussi  que  les  vertus  sont 
réparées  par  le  repos  de  la  nuit,  et 
que  la  digestion  est  faite.  Ceux  qui 
ont  le  flux  deshemorrhoïdes  excessif 
ne  doiuent  vser  d’aucunes  pilules  où 
il  entre  de  l’aloés,  de  peur  d’augmen- 
ter le  flux,  et  le  faire  trop  grand  et 
impétueux. 

D’abondant,  les  anciens  escriuent, 
qu’aprés  la  mort  du  roy  Milhridates, 
on  trouuapar  escritdesapropremain, 
en  son  cabinet,  entre  ses  choses  plus 
précieuses,  que  si  quelqu’vn  prend 
deux  noix  de  noyer  seiches  non  moi- 
sies,  deux  figues,  vingt  fueilles  de 
rue,  et  deux  ou  trois  grains  de  sel 
pilés  et  broyés  ensemble,  et  en  mange 
la  grosseur  d'vne  auelaine,  puis  sou- 
dain aualle  vn  peu  de  vin,  et  ce  deux 
heures  auant  que  prendre  le  repas, 
cesluy  iour  celuy  qui  en  aura  pris  ne 
peut  estre  en  danger  de  prendre  au- 
cun venin.  Outre  plus,  ce  remede  est 
singulier  à ceux  qui  ont  esté  mords 
ou  piqués  de  quelque  beste  veneneu- 
se,  à cause  de  la  rue  principalement  : 
loutcsfois  les  femmes  grosses  n’en 
doiuent  vser  aucunement,  de  peur  de 
nuire  à leur  fruit  >,  principalement 
pour  le  respect  de  la  rue,  qui  estant 
chaude  et  seiche  au  troisième  degré, 

1 Ce  paragraphe  se  terminait  ici  en  I5G8  ; 
ce  qui  suit  est  de  1575. 


v* 


DE  LA  PESTE. 


purge  violemment  l’amarry,  et  fait 
couler  les  mois  promptement  : dont 
estant  substraite  la  nourriture  à l'en- 
fant, il  est  necessaire  qu’il  meure. 

On  eslira  les  remedes  cy  dessus 
mentionnés  au  goust  de  chacun,  et 
les  changera-on  par  fois,  de  peur  que 
Nature  n’en  face  habitude,  et  aussi 
pour  la  diuersité  des  temperamens; 
et  si  on  n’en  trouue  de  l’vn,  on  pren- 
dra de  l’autre. 


CHAPITRE  IX. 

DES  REMEDES  PAR T1CVLIERS , OV  CHOSES 

QV’ON  APPLIQVE  PAR  LE  DEHORS. 

Outre  les  choses  cy  deuant  escrites 
à prendre  parle  dedans,  ne  faut  en- 
cor négliger  de  tenir  en  la  main  quel- 
ques choses  aromatiques,  astringen- 
tes, et  pleines  de  vapeurs,  lesquelles 
ayent  propriété  de  chasser  cest  air 
pestiféré,  et  empescher  qu’il  ne  trou- 
ue place  en  aucune  partie  de  uostre 
corps: aussi  quelles  ayent  vertu  de 
roborerle  cerneau  et  autres  membres 
principaux,  lesquels  eslans  fortifiés, 
confortent  pareillement  toute  l’ha- 
bitude du  corps  : comme  sont  la 
rue,  la  melisse,  rosmarin,  scordium, 
sauge,  absinthe,  doux  de  girofle, 
muguet  te,  saflïan,  racine  d’angelique, 
racine  de  liuesche,  qui  a pareille  vertu 
et  autres  semblables  , lesquelles  on 
fera  tremper  vnenuitenfort  vinaigre 
et  eau  de  vie  : et  en  prendra  on  de 
toutes  ensemble  la  grosseur  d’vn  œuf, 
enueloppée  en  vn  mouschoir,  ou  en 
vue  esponge  trempée  et  imbue  en  la- 
dite eau  : car  il  n’y  a rien  qui  con- 
tienne plus  les  vertus  et  esprits  des 


3/3 

choses  aromatiques  et  odorantes  que 
faitl’esponge,  et  partant  on  en  doit 
plustost  vser  que  d’autre  matière,  soit 
pour  flairer  au  nez,  ou  pour  appliquer 
sur  le  cœur,  pour  faire  epilhemes  et 
fomentations. 

Or  telles  choses  odoriférantes  seront 
diuersifiées selon  que  l’air  sera  chaud 
ou  froid  : comme  pour  exemple,  en 
esté  vous  prendrez  vne  esponge  trem- 
pée en  vn  bon  vinaigre  rosat  et  eau 
rose  autant  d’vn  que  de  d’autre,  ca- 
nelleetcloux  de  girofle  concassés,  y 
adioustant  vn  peu  de  saffran  : et  la 
tenez  enueloppée  en  la  main  dedans 
vn  mouschoir,  et  la  sentez  souuent  .• 
ou  faites  ainsi  : 

~2f.  Absinlbij  m.  G . 

Caryophyll.  numéro  x. 

Radieis  genlianæ  et  angelica;  ana  3.  ij. 

Aceli  et  aquæ  rosarum  ana  3 • ij- 

Thcriacæ  et  milhridalij  ana  3.  j. 

Le  toutsoit  pilé  ensemble,  puiscn- 
ueloppé  en  vn  mouschoir  auec  vne 
petite  esponge  : laquelle  gardera  que 
la  liqueur  ne  tombe.  On  peut  aussi 
enfermer  telles  choses  en  des  boettes 
de  bois  odoriférant,  comme  de  ge- 
néure,cedre,  cyprès,  lesquelles  seront 
trouées  en  plusieurs  endroits,  et  te- 
nues prés  la  bouche  en  les  flairant 
souuent.  Aussi  en  pareil  cas  sera  bon 
de  faire  des  pommes  de  senteurs  , 
comme  cesle-cy  : 

"if.  Santali  citrini,  macis,  corlicum  citri,  ro- 
sarum, foliorum  myrli  ana  3.  ij. 

Benioin,  ladani,  styracis  ana  3.  ft. 

Cinnamoini,  croci  ana  3.  ij. 

Caphuræ  et  ambræ  ana  3.j. 

Algaliæ,  mosci  ana  g . iij. 

Cum  aqua  rosarum  infusionis  tragacantbi 

formetur  pomum. 


07/f  LE  VINGT-QVATRltfME  LIVRE, 


Autre. 

'if..  Rosarum  rubrarum , florum  nymphææ , 
violarum  ana  g . j. 

Sanlalorum  omnium,  coriandri,  corticis 
citri  ana  g . fi  . 

Caphuræ  5.  j. 

Puluerisentur  omnia , et  cum  aqua  rosarum 
et  tragacantho  fiat  pomum. 

En  hyuer  vous  pourrez  vser  d’vne 
telle  pomme  : 

if.  Styracis  calamitæ,  benioin  ana  3.  j.  fi. 
Mosci,  algaliæ  ana  3.  j. 

Caryophyllorum,  lauandulæ,  cyperi  ana 
S.ij. 

Radicis  ireos  Florentiæ  et  calami  aroma- 
tici  ana  3.  ij  fi . 

Ambræ  griseæ  3.  iij. 

Gummi  tragacantlii  dissoluti  in  aqua 
vitæ  et  rosarum  quantum  sufiicit. 

Fiat  pomum. 

On  peut  pareillement  porter  sur 
soy  des  poudres  aromatiques,  comme 
d’ambre  , styrax , iris  de  Florence, 
noixmuguette,  canelle,  macis,  doux 
de  girofle,  saffran,  benioin,  musc, 
camphre  , roses,  violettes  de  Mars, 
squinant,  mariolaine,  et  autres  sem- 
blables, et  les  sentir  au  nez.  Et  de  ces 
simples  on  en  pourra  faire  des  com- 
posées, comme  ceste-cy  : 

if.  Radicis  ireos  Florentiæ  3.  ij. 

Cyperi,  calami  aromatici,  rosarum  ru- 
brarum ana  § . fi . 
iCaryophyllorum  3.  fi. 

Styracis  calamitæ  3.  j. 

Musci  g . viij. 

Misce,  et  fiat  puluis  in  sacculo. 

Autre  poudre  aromatique. 

if.  Radicis  ireos  Florentiæ  S.  ij. 

Rosarum  rubrarum,  santali  albi,  styracis 
calamitæ  ana  g . j. 

Cyperi  3.  j. 

Calami  aromatici  g.j. 


Maioranæ  g.  fi. 

Caryophyllorum  3.  iij, 

Lauandulæ  3.  (t. 

Coriandri  3 ij. 

Mosci  boni  9.  fi. 

Ladani,  benioin  ana  3.  j. 

Nucis  moscatæ,  cinnamomi  ana  3.  ij. 

Fiat  puluis  sublilis , concludatur  sacculo. 

D’auantage,  on  portera  sur  la  ré- 
gion du  cœur,  santal  citrin,  macis, 
doux  de  girofle,  canelle,  saffran  et 
theriaque  : le  tout  concassé,  incor- 
poré et  arrousé  de  vinaigre  bon  et 
fort  et  eau  rose  en  esté , en  hyuer 
de  bon  vin  ou  maluoisie.  Tous  ces 
remedes  ainsi  forts,  et  qui  ont  vne 
grande  vertu  aromatique  et  vapo- 
reuse, pleine  d’esprits  subtils,  font 
au  corps  de  merueilleux  effets , forti- 
fient les  parties  principales,  stimu- 
lans  la  vertu  expulsiue  à chasser  le 
venin  hors  et  prohiber  qu’il  n’entre 
dedans  : au  contraire  l’odeur  puante 
cause  vne  nausée  ou  volonté  de  vo- 
mir et  défaillance  de  cœur.  Parquoy 
ceux  qui  conseillent  en  temps  de  peste 
prendre  l’odeur  des  retraits  et  autres 
lieux  infectés,  font  mal,  et  contre 
l’opinion  d'Hippocrates , comme  nous 
démons! rerons  cy  après. 

Or  il  ne  suffit  pas  seulement  porter 
preseruatifs  sur  soy  : mais  on  se 
pourra  lauer  tout  le  corps  de  vinai- 
gre, auquel  on  aura  fait  boüillir 
graine  de  genéure , laurier , racine 
de  gentiane,  souchet,  hypericon,  et 
autres  semblables,  et  y destremper 
du  theriaque  ou  methridat.  Or  le  vi- 
naigre est  contraire  aux  venins 
tant  chauds  que  froids,  et  garde  de 
pourriture,  d’autant  qu’il  est  froid 
et  sec,  qui  sont  deux  choses  contrai- 
res et  répugnantes  à la  putréfaction  : 
ce  que  l’experience  monstre  : car  en 
iceluy  on,  garde  corps  morts],  chairs , 


DE  LA  PESTE. 


herbes,  fruits  et  autres  choses  , sans 
qu’elles  se  pourrissent.  Et  si  quel- 
qu’vn  veut  obiecter  que  le  vinaigre 
n’est  vtile  à se  lauer  le  corps , à cause 
qu'il  feroit  obstruction  des  pores  et 
empescheroit  la  perspiration  (ce qui 
est  fort  conuenable  à pourriture  J,  il 
doit  aussi  considérer  qu’on  ne  le  met 
seul,  et  que  ses  qualités  froides  et 
seiches  sont  corrigées  par  les  autres 
choses  meslées  auec  luy.  Et  partant 
est  bon  d'en  vser , comme  nous  auons 
dit , et  qui  ne  se  voudra  lauer  tout  le 
corps , pour  le  moins  on  se  frottera 
les  aisselles  et  la  région  du  cœur  , les 
temples,  les  aines  et  parties  génita- 
les, parce  qu’elles  ont  vn  grand  con- 
sentement au  cœur  et  à toutes  les 
parties  nobles  : parquoy  seront  frot- 
tées et  lauées  de  ce  lauement,  ou  d’au- 
tre fait  de  bonnes  senteurs,  ou  de 
cest  onguent  : 

"if..  Olei  rosati  5 iiij. 

Olei  de  spica  § . ij. 

Pulueris  cinnamomi , caryophyllorum 
ana  5.  j.  G. 

Assæ  odoratæ.  5-  fi* 

Mosci  g . vj. 

Theriacæ  3.  fi . 

Terebentliinæ  Venelæ  3.  j.  fi. 

Ceræ  quautum  suflîcit. 

Fiat  vnguentum  molle. 

On  peut  pareillement  mettre  és 
oreilles  vn  peu  d’huile  de  mastic,  ou 
de  sauge,  ou  de  doux  de  girofle,  ou 
autres  semblables , y délayant  vn 
peu  de  musc  ou  de  ciuelte. 


375 


CHAPITRE  X. 

4 

d’avcvnes  choses  ove  l’on  doit  ob- 
server OVTRE  LES  PRECEDENTES  , 

POVR  LA  PRESERVATION. 

En  cest  endroit  ie  veux  bien  en- 
core déclarer  aucunes  choses , les- 
quelles pourroient  nuire  à vn  cha- 
cun , et  le  rendre  plus  idoine  à prendre 
la  peste  : partant  aussi  est  bon  pour  la 
preseruation  de  les  obscruer. 

El  sur  toutes  autres  choses  faut 
euiter  la  fréquentation  des  femmes  , 
d’autant  que  par  icelle  les  forces  et 
vertus  sont  diminuées , et  les  esprits 
se  resoluent  et  affoiblissent  , princi- 
palement tost  après  le  repas,  pour-ce 
qu’on  débilite  l’estomach,  et  par  ce 
moyen  se  fait  crudité , de  laquelle 
procédé  corruption  et  autres  infinis 
accidens  : parquoy  on  peut  conclure 
que  dame  Venus  est  la  vraye  peste  , 
si  on  n’en  vse  auec  discrétion.  Aussi 
se  faut  garder  de  viure  en  oisiueté, 
et  manger  et  boire  auec  discrétion  : car 
telles  choses  engendrent  aussi  ob- 
structions et  des  humeurs  vicieux , 
dont  ceux  qui  font  tels  excès  sont  plus 
suiets  à prendre  la  peste.  Si  les  fem- 
mes sont  réglées  de  leurs  fleurs , cela 
les  preserue  beaucoup  : aussi  si  elles 
sont  retenues,  cela  leur  peut  gran- 
dement nuire,  parce  qu’en  temps  de 
peste  elles  se  corrompent  facilement  : 
parquoy  elles  doiuent  prendre  garde 
à les  prouoquer , comme  nous  décla- 
rerons cy  après.  Pareillement  ceux 
qui  auront  vieils  vlceres  , fistules  et 
galles , ne  les  feront  cicatriser  en 
temps  de  peste,  mais  plustost  en  fe- 
ront de  nouuelles , à fin  que  par  icel- 
les , comme  par  vn  esgoul  de  tout  le 
corps,  le  venin,  si  aucun  [y  en  auoit 


376 


LE  vingt-qvatriéme  livre  , 


on  nous,  se  puisse  euacuer  sans  s’y 
accroupir  aucunement.  Aussi  ceux 
qui  on  t flux  de  sang-  par  le  nez  ou  par 
hemorrhoides,  le  laisseront  fluer,  et 
ne  I estancberonl  s’il  n’estoit  excessif. 
Bref  en  temps  de  peste,  ne  faut  rete- 
nir aucun  ^humeur  vicieux  dedans  le 
corps  , ny  pareillement  faire  trop 
grande  euacualion. 

Outre-plus  on  se  doit  garder  audit 
temps  d’acheter  choses  esquelles  l’air 
peslilent  se  peut  couuer  aisément  et 
garder,  comme  en  chanure,  lin,  lits 
où  auront  couché  les  pes’iferés,  four- 
rures , habillemens  de  draps  de  laine, 
1apisseries,et  autres  semblables.  D’a- 
uantage,  il  ne  faut  faire  sa  demeure 
prés  les  cemetieres  ( et  principa- 
lement prés  de  ceux  esquels  les  corps 
morts  ne  sont  enterrés  profondément, 
comme  ordinairement  on  fait  à sainct 
Innocent , de  façon  que  quelquesfois 
les  chiens  les  deterrent  et  mangent  ) 
ny  prés  des  voiries , escorcheries  , 
poissonneries,  tanneries,  teinturiers, 
chandeliers , frippiers , reuendeurs  , 
peaussiers , corroyeurs , et  tous  lieux 
où  on  fond  les  métaux  : ny  souffrir 
flenspréssa  maison, et  principalement 
celuy  des  pourceaux , ny  cloaques, 
eaux  croupies  et  charongneuses,  et 
semblables  choses  infectes  et  puantes. 

D’auantage,  ne  faut  aller  aucune- 
ment à la  selle  és  retraits  où  on  iette 
les  excremens  des  pestiférés.  Aussi 
faut  euiter  la  fréquentation  de  ceux 
qui  hantent  les  malades  de  peste  , 
comme  les  Médecins,  Chirurgiens  , 
Apoticaires,  Barbiers,  Prestres,  gar- 
des, seruiteurs  et  fossoyeurs  qui  en- 
terrent les  corps  morts  de  peste  : car 
iaçoit  qu’vn  homme  n’ait  la  peste, 
neantmoins  venant  de  l’air  pestiféré  , 
la  peut  porter  auec  soy  en  ses  habil- 
lemens. Ce  qui  est  conneu  par  ex- 
périence , que  si  on  demeure  quelque 


temps  en  la  boutique  d’vn  parfumeur, 
sortant  de  là  on  sent  le  parfum  , bon 
ou  mauuais,  à raison  que  l’exhala- 
tion et  vapeur  du  parfum  s’estend 
parmy  l’air  qui  est  à l’entour  , lequel 
entre  en  nos  habillemens,  et  par  ce 
moyen  baille  l’odeur  qu’il  areceu  des 
drogues  du  parfumeur  : aussi  l’air 
pestiféré  fait  le  semblable  : partant 
faut  euiter  telles  choses. 

Finalement  il  faut  auoir  esgardaux 
choses  appeilées  non  naturelles , des- 
quelles nous  en  auons  ja  par-auant 
louché  aucunes  : et  adiouslerons  en- 
core qu’il  faut  euiter  de  se  courrou- 
cer grandement  : car  par  la  cholere 
il  se  fait  grande  ébullition  du  sang  et 
des  esprits,  et  dilatation  des  ouuertu- 
res  et  conduits , et  par  ce  moyen  l’air 
peslilent  en  tel  cas  engendre  promp- 
tement la  fiéure  pestilente  , ce  qu’on 
a veu  aduenir  souuent.  Au  contraire, 
il  se  faut  tenir  ioyeux,  en  bonne  et 
petite  compagnie , et  par  fois  oüyr 
chantres  et  instrumens  de  musique  , 
et  aucunes  fois  lire  ou  oüyr  lire  quel- 
que lecture  plaisante , et  principale- 
ment de  lasaincte Escrilure *.  D’auan- 
tage, il  faut  euiter  le  trop  veiller  la 
nuit , les  grands  et  excessifs  mouue- 
mens,  l’ardeur  du  soleil,  la  faim 
et  soif,  parce  que  telles  choses  es- 
chauffent  les  esprits  et  causent  la  fle- 
ure ephemere,  de  laquelle  prouient 
souuent  la  pestilentielle.  Que  diray-ie 
plus?  c’est  que  si  quelqu’vn  est  con- 
traint de  faire  sa  résidence  en  vne 
maison  ou  chambre  d’vn  pestiféré,  il 
la  faut  auparauant  parfumer,  et  tout 
reblanchir  auec  de  la  chaux  : car  le 
venin  pestiféré  et  contagieux  s’atta- 
che longuement  aux  parois2. 

1 Cette  phrase  est  une  addition  de  1585. 

2 Ce  dernier  paragraphe  a été  également 
ajouté  en  1585. 


DK  LA 


CHAPITRE  XI. 

DE  L'OFFICE  DES  MAGISTRATS  ET  OFFI- 
CIERS VVBLICS,  QYI  ONT  LA  CHARGE 
DE  LA  POLICE. 

Les  Magistrats  doiuenl  faire  tenir 
les  maisons  et  rues  nettes , et  n’y  souf- 
frir Tiens  ny  autres  ordures,  et  faire 
porter  les  bestes  mortes  et  autres  im- 
mondices loing  de  la  ville,  et  les  en- 
terrer profondément  : aussi  faire  te- 
nir les  riuieres , puits  et  fontaines 
nettes  de  toute  impurilé  : pareille- 
ment defendre  exprès  de  ne  vendre 
bleds  corrompus,  et  chair  infecte  aux 
boucheries , ny  poissons  altérés  et 
corrompus.  Ils  doiuent  defendre  les 
estimes  et  bains,  à raison  qu’aprés 
qu’on  en  est  sorti,  la  chair  et  toute 
l’habitude  du  corps  en  est  ramollie  , 
et  les  pores  ouuerts  : et  partant  la 
vapeur  pestiférée  peut  entrer  promp- 
tement dedans  le  corps  et  faire  mourir 
subitement  : ce  qu’on  a ven  aduenir 
plusieurs  fois,  ils  doiuent  chasser  et 
tuer  les  chiens  et  chats  , de  peur  qu’ils 
n’apportent  la  peste  des  maisons  aux 
autres,  pource  qu’ils peuuent  manger 
le  reste  des  malades  pestiférés  ou 
leurs  excremens , et  par  ce  moyen 
peuuent  prendre  la  peste  et  la  porter 
ailleurs  : toutesfois  rarement  en  sont 
malades,  pource  que  leur  tempéra- 
ment n’y  est  pas  disposé. 

Us  feront  visiter  les  malades  par 
Médecins  et  Chirurgiens  et  Apoti- 
caires  gens  de  bien,  expérimentés:  et 
sçauront  ceux  qui  seront  pestiférés, 
et  les  feront  séquestrer , les  enuoyans 
aux  lieux  estahlis  pour  les  faire  trai- 
ter, ou  bien  les  feront  enfermer  en 
leurs  maisons  (ce  que  toutesfois  ie 


PESTIL  ’ 377 

n’approuue  pas , mais  plustost  leur 
defendre  la  conuersation  des  sains) 
et  les  enuoyeront  penser  et  alimenter 
à leurs  despens , s’ils  ont  de  quoy,  et 
s’ils  sont  pauures  aux  despens  des 
deniers  communs  de  la  \ille.  Aussi  11e 
doiuenl  permettre  que  les  citoyens 
mettent  en  vente  aucuns  meubles  de 
ceux  qui  sont  morts  de  peste. 

Ils  doiuent  fermer  les  portes  de 
leurs  villes  non  encor  entachées  du 
venin  , pourobuier  que  les  voyageurs 
venons  de  quelque  lieu  infect  ne  leur 
apportent  la  peste:  car  ainsi  qu’vne 
brebis  galleuse  peut  infecter  tout  vn 
troupeau  , aussi  vn  pestiféré  peut  in- 
fecter toute  vne  ville. 

D’auantage,  il  doiuent  faire  pendre 
vne  nappe  ou  autre  signal,  aux  fe- 
nestres  des  maisons  où  aucuns  seront 
morts  de  peste.  Il  faut  aussi  que  les 
chirurgiens,  et  ceux  qui  conuersent 
auec  les  pestiférés,  portent  vne  verge 
blanche  en  la  main  , lorsqu'ils  iront 
par  la  ville , à lin  qu’ils  lacent  retirer 
le  peuple  arriéré  d’eux. 

Pareillement  ils  feront  enterrer 
promptement  les  corps  morts,  par-ce 
qu’ils  se  corrompent  et  pourrissent 
plus  en  vne  heure  , que  11e  feront  en 
trois  iours  ceux  qui  ne  sont  morts  de 
peste,  et  d’iceux  s’esleuent  certaines 
vapeurs  putrides  par  exhalation  fort 
fetide,  voire  plus  sans  comparaison 
que  lors  qu’ils  viuent,  pour  l’absence 
de  la  chaleur  naturelle  , qui  tenoit  en 
bride  et  temperoit  la  pourriture  : et 
de  lait , on  voit  que  les  corps  morts 
de  peste  ne  sont  mangés  d’aucun  ani- 
mal : mesme  les  corbeaux  n’y  touchent 
point,  et  s’ils  en  mangeoient,  ils 
mourroient  soudainement.  Car  com- 
bien que  vrayement  les  esprits  des 
corps  morts  ne  se  communiquent  pas 
si  aisément  comme  des  vin  ans,  à 


LE  VINGT-QVATREÉlUE  LIVRE  , 


378 

cause  de  l’expiration  et  transpiration 
perdue,  si  sont-ils  plus  pernicieux1. 

D’au  a otage,  pour  connoistre  qu’vn 
homme  est  mort  de  peste , est  que 
toute  la  cbarnure  de  son  corps  est 
fort  mollaslre,  qui  est  cause  de  la 
putréfaction  : car  bien  que  ceste  mol- 
lesse fust  aussi  au  malade  estant  vif, 
toutesfois  à cause  de  la  pourriture 
adgmentée,  elle  est  aussi  augmentée, 
principalement  après  que  la  vie  et 
chaleur  naturelle  est  esteinle.  Dont 
connoissant,  tant  par  les  signes  des 
susdits,  que  par  ceux  qui  auront  pré- 
cédé en  la  maladie  , qu’vn  homme 
sera  mort  de  peste,  on  le  doit  enter- 
rer en  vu  lieu  à ce  destiné  le  plustost 
que  faire  se  pourra , comme  nous 
auons  dit. 

Or  pour  ce  qu’entre  toutes  les 
choses  qui  peuuent  rectifier  l’air,  le 
feu  est  le  plus  requis  et  singulier,  on 
imitera  en  cecy  Hippocrates,  lequel 
( ainsi  que  les  anciens  nous  ont  laissé 
par  escrit)  fit  cesser  vne  grande  et 
merueilleuse  peste  en  la  ville  d’ Athè- 
nes, en  faisant  faire  grands  feux  la 
nuit  par  les  maisons  et  parmy  les 
rues  de  la  ville  et  autour  d’icelle,  et 
ietter  sur  la  braise  choses  odorifé- 
rantes, comme  genéure,  et  térében- 
thine , genest , et  semblables  choses 
rendans  grande  fumée  aromatique, 
et  par  ce  moyen  la  peste  cessa  : par- 
quoy  les  citoyens  luy  firent  eriger 
vne  statue  d’or  au  milieu  delà  place, 
et  par  eux  fut  adoré  comme  vn  Dieu 
et  conserualeur  du  pays  : ce  que  ia- 
mais  n’auoit  esté  fait  à aucun. 

Outre  plus,  Leuinus  Leuinius  au 
liure  2.  de  occultis  naturœ  miracuiis , 
chapitre  10  dit , que  la  peste  estant  à 
Tournay,  les  soldats  pour  y preuoir 

1 Cette  dernière  phrase  a été  ajoutée  en 
1675. 


mettoient  de  la  poudre  à canon  sans 
boulet  dedans  les  pièces  d’artillerie, 
qu’ils  delaschoient  la  nuit  , et  sur  le 
point  du  iour  : ainsi  par  ce  son  vio- 
lent et  odeur  fumeuse,  la  contagion 
de  l’air  fut  corrigée  et  chassée , et  la 
ville  deliurée  de  peste.  Partant  les 
magistrats,  pour  bien  s’acquitter  de 
leur  charge  enuers  la  republique, 
feront  aussi  toutes  choses  necessaires 
pour  présenter  leur  ville. 

Que  diray-je  plus?  C’est  qu’ils  doi- 
uent  auoir  l’œil  sur  certains  larrons, 
meurtriers  et  empoisonneurs , plus 
qu’inhumains,  qui  gressent  et  bar- 
bouillent les  parois  et  portes  des 
bonnes  maisons,  de  la  sanie  des  char- 
bons et  bosses,  et  autres  excremens 
des  pestiférés , à fin  de  les  infecter  , 
pour  puis  après  auoir  rqoyen  d’entrer 
dedans , piller  et  desrobber,  voire 
estrangler  les  pauures  malades  en 
leur  lit  : ce  qui  a esté  fait  à Lyon  l’an 
1505.  O Dieu  , que  tels  galands  mé- 
ritent grande  punition  exemplaire  ! 
que  ie  laisse  à la  discrétion  desdils 
magistrats  qui  ont  charge  de  la  po- 
lice. 


CHAPITRE  XII. 

COMMENT  I.’ON  DOIT  PROCEDER  A L’E- 
LECTION  DES  MEDECINS,  CH1RVRGIENS 
ET  AI’OTIC  AIRES,  POVR  MEDICAMENTER 
LES  PESTIFERES. 

Quant  aux  Médecins  , Chirurgiens 
et  Apoticaires,  lesdils  magistrats  esli- 
ront  gens  de  bien  et  expérimentés 
pour  secourir  le  pauure  peuple,  non 
par  le  son  de  trompette , faisans  pro- 
clamer (pour  auoir  bon  marché  d’vne 
mauuaise  marchandise  ) que  s’il  y a 
aucuns  compagnons  barbiers  etapo- 


DE  LA  PESTE. 


ticaires  qui  veulent  penser  les  pesti- 
férés, qu’ils  seront  pour  cela  receus 
maistrcs.  O Dieu  ! quels  bons  inais- 
tres  ! en  lieu  de  guarir,  ils  font  le 
plus  souuentparleurimperitie  ouurir 
le  ciel  et  la  terre , parce  que  iamais 
n’aurons  veu  ni  conneu  vn  seul  ma- 
lade de  ceste  maladie  : parquoy  ils 
seront  cent  fois  plus  à craindre  que 
les  brigans  et  meurtriers  guettans  par 
les  bois  et  chemins  , parce  qu’on  les 
peut  euiter  et  chercher  vn  autre 
chemin  : mais  le  Chirurgien  est  cher- 
ché du  pauure  pestiféré,  qui  tend  la 
gorge , espérant  auoir  secours  de 
celuy  qui  luy  oste  la  vie.  Que  s’ils 
prennent  quelques  Médecins  et  Chi- 
rurgiens expérimentés , ce  sera  par 
faulses  promesses  ou  par  violence, 
menaçant  de  les  chasser  à iamais  de 
leurs  villes.  le  vous  laisse  à penser, 
messieurs,  commeles  panures  malades 
peuuent  estre  bien  traités,  si  ceux 
qui  sont  ordonnés  pour  les  médica- 
menter y sont  employés  par  ceste 
force  et  violence  : puis  l’accident 
passé , sont  cassés  de  leurs  gages  : 
et  voila  les  pau lires  Médecins , Chi- 
rurgiens , Apoticaires  et  Barbiers  à 
blanc , lesquels  ayans  ceste  marque 
d’auoir  esté  constitués  à penser  les 
pestiférés,  tout  le  monde  après  les 
fuit  comme  la  peste  mesme , et  ne 
sont  plus  appelés  à l’exercice  de  leur 
art  : puis  leurs  compagnons  les 
voyans  après  quasi  mendier  leur  vie, 
doutansde  tomber  puis  après  en  tel  de- 
sastre dcpauureté,  qu'ils  craignent 
cent  mille  fois  plus  que  la  peste , n’y 
veulent  aller  : car  c’est  vne  grande 
peste  à l’homme,  n’auoir  point  d’ar- 
gent pour  secourir  sa  pauure  vie. 

Partant  ie  supplie  messieurs  les 
Magistrats,  qu’ils  eslisent  (comme 
i’ay  dit)  gens  bien  expérimentés  pour 
secourir  les  malades  pestiférés , et 


379 

leur  donnent  vne  pension  lionneste, 
non  seulement  pendant  la  nécessité, 
mais  toute  leur  vie.  Adonc  ne  faudra 
nulle  trompette  : mais  au  contraire  se 
présenteront  au  seruice  d’eux  et  de 
leurs  citoyens. 


CHAPITRE  XIII. 

CE  QVE  DOIVENT  FAIP.E  CEVX  OVI  SE- 
RONT ESLEVS  A PENSER  ET  MEDICA- 
MENTER LES  PESTIFERES. 

Premièrement  il  faut  qu’ils  con- 
sidèrent qu’ils  sont  appellés  de  Dieu 
en  ceste  vocation  pour  exercer  la 
Chirurgie  : partant  y doiuent  aller 
d’vn  franc  courage  sans  aucune 
crainte,  ayans  ferme  foy  que  Dieu 
nous  consei  lle  et  oslo  la  vie  ainsi  et 
quand  il  luy  plaisl  : toutesfois  (comme 
i’ay  dit  cy  deuant)  ne  faut  négliger 
et  mespriscr  les  remedespreseruatifs, 
ou  autrement  nous  serions  accusés 
d’ingratitude,  veu  que  Dieu  nous  les 
a donnés»  ayant  tout  fait  pour  le  bien 
de  l’homme. 

Doncques  les  Chirurgiens  qui  seront 
appellés  pour  medicamenter  les  ma- 
lades de  peste,  se  feront  purger  et 
saigner  s’ils  en  ont  besoin  , à fin  de 
rendre  leurs  corps  nets  , et  non  dis- 
posés à prendre  ce  venin  : puis  après 
se  feront  deux  ouuerlures  (s’ils  n’a- 
uoient  quelque  vlcere  qui  coulast) 
auec  cautères  potentiels  : l’vne  au 
bras  droit  vn  peu  au  dessous  du  mus- 
cle Epomis , l’autre  trois  doigts  au 
dessous  du  genoüil  senestre  partie 
externe  : car  véritablement  on  a con- 
neu par  expérience  , que  ceux  qui 
auoient  telles  ouuerlures  n’ont  esté 
suiets  à prendre  la  peste,  et  n’ont 
receu  aucun  mal,  combien  qu’ils  fus- 


38o 


LE  VINGT-QVATRlÉlVIE  LIVRE, 


sent  journellement  auecles  pestiférés. 
Pareillement  ils  selaueront  bien  sou- 
vent tout  le  corps  auec  cesle  eau  , la- 
quelle a grande  vertu  aromatique,  et 
est  fort  pleine  d’esprits  vaporeux  et 
subtils,  et  du  tout  contraire  à tel 
venin. 

E'ju  preserualiue. 

"if.  Aquæ  rosarum  , aceli  rosati  aut  sambu- 
cini,  vini  albi  aut  maluatici  ana  1b.  vj. 

Rad.  enulæ  campanæ,  angelicæ,  gen- 
tianæ,  bistortæ,  zedoariæ  ana  5.iij. 

Baccarum  iuniperi  et  hederæ  ana  5 ij. 

Saluiæ , rorismarini , absinthij , rutæ 
ana  in.  j. 

Corticis  citri  5 . fi . 

Theriacæ,  rni lliridalij  ana  5 . j. 
Conquassanda  conquassenlur , et  bulliant 

lento  igni , et  seruentur  ad  usum. 

On  se  lauera  tout  le  corps  de  ceste 
eau  auec  vne  esponge  , la  faisant  vn 
peu  tiédir.  Et  mesme  conuient  en  la- 
uer  la  bouche  et  en  tirer  vn  peu  par 
le  nez  , aussi  en  mettre  quelque  pe- 
tite quantité  dedans  les  oreilles. 

Ils  doiuent  pareillement  porter  et 
poser  sur  la  région  du  cœur  vn  sa- 
chet ou  epilheme,  semblable  à ceux 
que  nous  auons  descrits  cy  deuant. 
Sur  quoy  Iean  Baptiste  Theodose,  en 
la  seconde  de  ses  Epislres  medecinciles, 
escrite  à Athanase  médecin  florentin, 
dit  estre  vtile  qu’on  porte  de  l’arse- 
nic ou  autre  poison  sur  la  région  du 
cœur,  à fin  qu'il  accoustume  le  cœur 
au  venin  , et  que  par  ainsi  il  en  soit 
moins  offensé,  d’autant  que  tous  ve- 
nins cherchent  le  cœur.  Toutesfois  tu 
noieras  sur  ce  propos  ce  que  nous  en 
auons  dit  auparauant.  Leurs  habille- 
mens  seront  de  camelot , sarge  d’Ar- 
ras, satin,  taffetas,  ou  semblables.  Et 
s’ils  n’ont  la  puissance,  ils  auront  du 
marroquin,  ou  trilly  d’Allemagne,  ou 
autre  belle  toile  noire  : et  non  dedrap, 


ny  de  frise,  ou  de  fourrure,  de  peur 
que  le  venin  n’y  soit  reserué,  et  qu’ils 
puissent  porter  la  mort  aux  sains.  Ils 
changeront  souuent  d’habits,  che- 
mise et  de  linceux,  si  leur  commodité 
le  porte,  et  les  parfumeront  en  fumée 
de  choses  aromatiques  : et  lors  qu’ils 
approcheront  des  malades,  se  garde- 
ront de  prendre  leur  haleine  et  l’o- 
deur de  leurs  excremens,  et  pareille- 
ment de  se  couurirde  leurs  liabille- 
mens  ou  couuerture,  ny  manger  et 
boire  auecques  eux,  ou  le  reste  qu’ils 
auront  touché  de  la  bouche. 

Plus,  il  leur  conuient  desieuner  de 
bon  matin  : et  s’ils  abhorrent  le  man- 
ger, comme  font  aucuns,  en  lieu  d’a- 
limens  ils  pourront  prendre  quelques 
medicamens  preserualifs , desquels 
nous  auons  cy  deuant  fait  mention: 
et  lors  qu’ils  approcheront  du  ma- 
lade, ils  tiendront  en  leur  bouche  vn 
clou  de  girofle , ou  vn  peu  de  ca- 
nelle  , ou  de  racine  d’angelique , ou 
graine  de  genéure  , ou  autres  choses 
alexiteres,  pour  occuper  et  emplir  les 
spaliosilés  vuides:  et  ainsi  la  vapeur 
pestiférée  ne  pourra  trouuer  place 
pour  s’y  loger. 

l’allegueray  icy,  pour  exemple  du 
danger  qu’il  y a de  hanter  les  infectés, 
ce  qui  m’aduint  vne  fois  allant  penser 
vn  pestiféré,  qui  auoit  vn  bubon  pes- 
tiféré en  l’aine  dextre,  et  deux  grands 
charbons  au  ventre  : prés  duquel  es- 
tant arriué,  ie  leuay  de  dessus  luy  le 
drap  et  la  couuerture,  dont  après  me 
vint  saisir  vne  odeur  très  fetide,  pro- 
uenant  tant  de  la  sueur  de  son  corps, 
que  de  l’exhalation  putride  du  cou- 
lement  de  la  boue  de  son  aposteme  et 
de  ses  charbons  : et  lors  ayant  esté 
englouti  de  ceste  vapeur,  ie  tombay 
promptement  à terre  comme  mort, 
ainsi  que  font  ceux  qui  syncopisent, 
c’est  à dire  à qui  le  cœur  defaut,  mais 


DE  LA  PESTE. 


sans  aucune  douleur , ny  mal  de 
cœur,  signe  manifeste  que  la  seule 
faculté  animale  esioit  offensée:  puis 
tosî  après  m’estant  releué,  il  me  sem- 
bioit  que  la  maison  tournast  sens  des- 
sus dessous  , et  fus  contraint  d’em- 
brasser vn  des  pillicrs  du  lit  où  esioit 
couché  le  malade,  autrement ie  fusse 
tombé  de  rechef.  Et  ayant  quelque 
peu  de  temps  repris  mes  esprits,  i’es- 
ternuay  dix  ou  douze  fois,  auec  vne 
telle  violence  que  le  sang  me  sortit 
par  le  nez  : qui  fut  cause,  à mon  opi- 
nion (sauf  meilleur  iugement)  que  la 
vapeur  pestiférée  ne  me  fit  aucune 
impression.  Or  ie  laisse  au  lecteur  à 
philosopher  si  la  mort  ne  s’en  fust  pas 
ensuiuie , n’eust  esté  la  force  de  la 
vertu  expultrice  de  mon  cerueau , 
veu  que  tous  mes  sens,  et  principale- 
ment la  faculté  animale,  me  défailli- 
rent en  vn  moment,  qui  sont  les  ins- 
trumens  de  l’ame. 

Pour  ces  choses,  ie  conseille  tant  aux 
médecins  qu’aux  chirurgiens,  mesmes 
à tous  ceux  qui  fréquentent  ceux  qui 
sont  infectés  de  ceste  pernicieuse  ma- 
ladie, qu’ils  se  gardent,  tant  qu’il  leur 
sera  possible,  de  receuoir  leur  ha- 
leine et  vapeurs  de  leurs  excremens  , 
tant  gros  que  liquides  et  vaporeux  : 
aussi  qu'ils  desieunent  les  matins  , 
ou  prennent  quelque  contre-poison 
auparauant  que  de  les  aller  voir,  à 
fin  de  mieux  se  munir  contre  le  venin 
pestiféré.  Et  pour  conclusion,  on  ob- 
seruera  toutes  choses  que  l’on  con- 
noistra  estre  profitables  ou  nuisibles 
en  ceste  maladie  pestilente,  à tin  de 
les  suiure  ou  euiler  selon  qu’il  en 
sera  besoin,  reconnoissant  toulesfois 
que  la  preseruation  gist  plus  en  la 
prouidence  diuine  qu’au  conseil  du 
médecin  ou  chirurgien. 


38 1 


CHAPITRE  XIV. 

DES  SIGNES  DE  LA  PESTE  PRESENTE. 

Plusieurs  désirent  sçauoir  les  signes 
de  la  peste  présenté  , à fin  d’y  pour- 
uoir  de  bonne  heure,  pour-ce  qu’or- 
dinairement  on  y est  deceu  : et  le 
commun  peuple  ne  la  connoist  iamais 
iusques  à ce  qu’il  sente  quelque  dou- 
leur et  apostemes  aux  emonctoires, 
ou  quelques  taches  sur  le  corps,  ou 
charbons  : qui  est  trop  tard,  parce 
que  plusieurs  meurent  deuant  que 
telles  choses  apparoissent  : parquoy 
ne  faut  lousiours  attendre  tels  acci- 
dens,  mais  faut  prendre  indication 
qu’en  la  peste,  le  cœur,  auquel  gist  la 
vie,  est  principalement  assailli,  et  en- 
dure plus  que  tous  les  autres  mem- 
bres: dont  les  signes  pris  de  luy  sont 
plus  certains  que  de  nulle  autre  par- 
tie principale. 

1.  Signe  de  la  peste  présente  l.  Par- 
quoy les  malades  frappés  de  peste 
ont  souuent  défaillance  de  cœur,  et 
tombent  comine  esuanoüis. 

2.  Signe.  Le  pouls  est  quelquesfois 
remis , et  parfois  trop  frequent , et 
principalement  la  nuit. 

3.  Signe.  Ils  sentent  des  ponctions 
et  démangeaison  par  tout  le  corps,  et 
principalement  aux  narines,  comme 
piqueures  d’espingles , qui  procèdent 
de  la  vapeur  maligne,  montant  des 

1 Le  texte  de  tous  les  signes  se  suivait  sans 
interruption,  et  souvent  même  sans  sépa- 
ration des  phrases  dans  l’édition  primitive; 
mais  l’édition  de  1575  et  toutes  les  autres 
ensuite  ayant  accusé  chacun  de  ees  signes 
par  une  note  marginale,  il  m’a  paru  conve- 
nable de  faire  usage  de  ces  notes  pour  le 
texte. 


382 


LE  VINGT-QVATRIEME  LIVRE  , 


parties  inferieures  à la  superficie  du 
corps  et  à la  leste. 

4.  Signe.  Ils  ont  semblablement  la 
poitrine  chaude  et  ardente , auec 
grande  palpitation  et  battement  de 
cœur,  disans  sentir  grande  douleur 
sous  le  mammelon  du  tetin  senestre  , 
auec  courte  baleine  et  grande  diffi- 
culté de  respirer  : et  balcttent  comme 
vn  chien  qui  a grandement  couru  , à 
cause  que  le  diaphragme , principal 
instrument  de  la  respiration,  ne  pou- 
uant  auoir  son  mouuement  naturel, 
redouble  incontinent,  et  auance  le 
cours  de  la  respiration  et  expiration. 

5 .Signe.  Pareillement  ils  ont  toux  et 
douleu  r d’es  tom  ach , enlleu  re  de  flancs 
ou  costés  : pour-ce  qu’à  cause  de  la 
débilité  de  la  chaleur  naturelle , se 
multiplient  beaucoup  de  ventosités, 
qui  sont  cause  de  ladite  extension  : 
voire  que  le  ventre  en  est  quelqucs- 
fois  si  fort  enflé , qu’on  diroit  estre 
vne  espece  d’hydropisie  nommée 
TympanUes ■ 

6.  Signe.  D’auantage,  ils  ont  nausée, 
ou  appétit  de  vomir,  c’est  à dire  que 
restomach  leur  bondit  : qui  vient  à 
raison  qu’il  a connexion  auecques  les 
parties  nobles,  et  se  ressentent  du  ve- 
nin mortel  de  tout  le  corps  : autres 
ont  grands  vomissemens  et  frequens, 
iellans  vne  cholere  iaune,  et  aucunes- 
fois  verde  ou  noire , correspondante 
aux  selles  en  variété  de  matière  et 
couleur  : et  à aucuns  sort  le  sang 
tout  pur  en  grande  abondance  , 
non  seulement  par  le  vomisse- 
ment, mais  aussi  quelquesfois  par 
le  nez,  par  le  siégé  et  par  la  verge,  et 
aux  femmes  par  leur  matrice  : et 
ceux-là  ne  passent  gueres  le  troi- 
sième iour,  tant  est  grande  l’acrimo- 
nie du  venin. 

7.  Signe.  Aucuus  ont  grande  froi- 
dure aux  parties  extérieures,  mais 


neantmoins  sentent  vne  extreme  cha- 
leur et  ardeur  merueilleuse  au  de- 
dans. Or  la  cause  pour  laquelle  nous 
voyons  qu’és  fiéures  pestilentielles  le 
dedans  brusle,  et  le  dehors  est  froid, 
c’est  pour-ce  qu’il  y a inflammation 
en  quelque  partie  profonde  du  corps, 
en  sorte  que  toute  la  chaleur  auec  le 
sang  et  les  esprits  est  attirée  comme 
d’vne  ventouse  : par  les  parties  inté- 
rieures enflammées,  dont  les  parties 
extérieures  apparoissent  froides  : et 
alors  la  face  se  monstre  hideuse , et 
est  veuë  de  couleur  plombée  et  liuide, 
les  yeux  ardens,  estincelans,  rouges 
et  comme  pleins  de  sang , ou  d’autre 
couleur,  et  larmoyans. 

8.  Signe.  Le  tour  des  paupières  est 
liuide  et  noir,  comme  si  elles  auoient 
esté  battues  et  meurdries,  et  ont  la 
face  hideuse  à voir  et  tout  le  corps 
iaunastre,  tellement  qu’ils  ne  res- 
semblent point  à eux-mesmes,  de  fa- 
çon qu'on  les  deconnoist  : et  telle 
chose  signifie  la  mort  proche. 

9.  Signe.  Aucuns  ont  la  lîéure  si 
tres-ardente,  qu’elle  cause  vlceres  au 
profond  de  la  gorge  et  autres  parties 
de  la  bouche , auec  vne  seicheresse 
qui  rend  la  langue  aride  et  seiche,  li- 
uide et  noire,  accompagnée  d’vne  al- 
teration et  chaleur  si  grande,  qu’ils 
se  disent  brusler  comme  s’ils  estoient 
dedans  vn  feu,  auec  vne  extreme 
douleur  de  teste , qui  le  plus  souuent 
les  fait  resuer,  de  sorte  qu’ils  ne  peu- 
uent  jamais  reposer  ny  dormir  : et 
tombent  en  vne  fureur  cruelle,  comme 
frénétiques,  s’enfuyans  tous  nuds,  se 
iettans  és  puits,  riuieres,  et  par  les  té- 
nestres  se  precipitans  du  haut  en  bas. 
Au  contraire,  ils  sont  quelquesfois  en 
vne  si  grande  resolution  de  tous  les 
membres , qu’ils  ne  se  sçauroient 
soustenir , et  aussi  sont  au  commen- 
cement tant  endormis , qu’on  ne  les 


DE  LA  PESTE. 


383 


peut  esueiller,  pour-ce  que  la  cha- 
leur de  la  Heure  fait  esleuer  à la  teste 
des  vapeurs  grosses,  crues  et  froides, 
lesquelles  abondent  au  corps  : ce  qui 
aduient  communément  lors  que  la 
matière  de  la  bosse  ou  le  charbon  se 
fait,  ou  petites  taches  et  éruptions  es- 
parses  au  cuir,  qui  souuent  s’appa- 
roissent  à leur  resueil,  accompagnées 
d’vne  sueur  fort  puante.  Or  lesdites 
exhalations  et  fumées  acquièrent  sou- 
uent acrimonie,  et  sont  quelquesfois 
si  mordantes  qu’elles  gardent  les  ma- 
lades de  dormiretleurincitent  grande 
douleur  de  teste , qui  les  fait  tomber 
en  resuerie , puis  frenesie , manie  et 
rage.  Parquoy  la  variété  de  ces  der- 
niers signes  et  accidens  ne  procédé 
que  de  la  diuersité  du  venin  pestiféré, 
et  des  températures  des  malades. 
Qu’il  soit  vray , nous  voyons  en  cer- 
taines saisons  ce  venin  exercer  diuer- 
sement  sa  tyrannie  , voire  en  toutes 
températures , et  extraordinairement 
et  egalement  à plusieurs  et  de  toutes 
aages  et  lemperamens,  comme  nous 
auons  cy  deuant  monstré  de  la  suette, 
trousse-galand , coqueluche,  et  au- 
tres maladies  epidemiales. 

10.  Signe.  Quant  est  de  la  diuersité 
des  températures,  ceux  qui  sont  de 
complexion  chaude , comme  les  san- 
guins et  cholériques , on  voit  estre 
souuent  vexés  de  fiéures  ardentes,  et 
tombent  souuent  en  furie  : au  con- 
traire, les  melancholiques  et  pitui- 
teux estre  tant  assoupis  et  endormis 
qu’à  peine  on  les  peut  resueiller.  Les 
vrines  ne  sont  pas  tousiours,  ny  en 
tous,  trouuées  d’vne  mesme  couleur 
et  consistence  : car  quelquesfois  elles 
sont  trouuées  semblables  à celles  des 
sains,  à sçauoir  belles  en  couleur  et 
bonnes  en  leur  substance , à raison 
que  la  Heure  fait  plus  son  effort  de- 
dans les  arleres,  qu’és  veines  conte- 


nantes le  sang,  duquel  procédé  l’v- 
rine  : veii  que  le  foye  le  plus  souuent 
ne  souffre  si  fort  en  vne  Heure  pesli- 
lente  que  les  autres  parties,  et  sur 
toutes  le  cœur,  mesmement  quand  il 
n’y  a point  de  tumeur  apparente  aux 
aines,  où  cela  se  fait  : pour-ce  que  les 
humeurs  contenus  aux  vaisseaux , 
iaçoit  qu’ils  soient  en  chemin  , et 
comme  in  fieri 1 d’estre  viciés  et  enta- 
chés de  ce  venin,  ce  neantmoins  ne 
sont  point  pourris  ne  corrompus  : 
ceste  corruption  estant  vrayement  ja 
parfaite  eu  la  substance  des  esprits 
(supposé  que  telle  peste  est  de  celles 
qui  ont  leur  cause  et  origine  de  la 
malignité  de  l’air)  et  p’iceux  n’ayant 
encores  passé  et  coulé  dans  les  hu- 
meurs ; car  si  la  pourriture  estoit  ja 
imbue  en  iceux,  ils  en  donneroient 
certain  tesmoignage  par  les  vrines, 
qui  sont  certains  et  propres  signes  des 
affections  des  humeurs  contenus  aux 
veines.  Et  parlant  ne  deuons  point 
estimer  que  cela  aduienne  (comme 
aucuns  ont  pensé)  à raison  que  Na- 
ture, comme  cspouuantée  et  fuyante 
la  malignité  de  ce  venin,  n’ose  assail- 
lir la  maladie.  Aucuns  ont  les  vrines 
fort  dissemblables  des  sains,  desquels 
nous  parlerons  cy  après. 

11.  Signe.  Pareillement  aucuns  iel- 
tent  par  le  siégé  vne  matière  fort  lc- 
tide,  liquide,  subtile,  gluante,  et  de 
diuerses  couleurs  : ce  que  déclarerons 
aussi. 

12.  Signe.  Il  y en  a d’autres  qui  ont 
l’appétit  depraué  , ou  du  tout  perdu, 
tellement  qu’on  en  a veu  qui  ont  de- 
meuré trois  ou  quatre  iours  sans 
manger  : ce  qui  procédé  d’vne  dou- 
leur mordante  et  poignante  qui  est 

1 Ceci  est  le  texte  de  1575;  l’édition  pri- 
mitive portait  : iuçoil  qu’ils  soyent  vitiez  et 
attachez  de  ce  venin. 


384  LE  VINGT-QV ATR I ÈME  LIVRE, 


enl’estomach,  laquelle  prouient  des 
vapeurs  veneneuses  enuoyées  à ice- 
luy . 

Et  pour  le  dire  en  vn  mot,  on  voit 
en  ceste  pernicieuse  peste  vne  grande 
bande  et  multitude  de  plusieurs  es- 
peces de  symptômes  et  accidens  con- 
fus sourdre  journellement , qui  se 
font  selon  la  pourriture  et  alteration 
de  l’air,  et  la  cacochymie  et  mauuaise 
température  de  ceux  qui  en  sont 
frappés.  Parquoy  faut  b en  icy  noter 
que  tous  ces  signes  et  accidens  ne  se 
trounent  pas  lousiours  en  vne  lois, 
ny  en  toutes  personnes,  mais  à au- 
cuns s’en  appvrçoiuent  plusieurs,  à 
autres  peu,  voire  à grande  peine  voit- 
on  deux  hommes  , infectés  de  ceste 
contagion , auoir  semblables  acci- 
dens : et  qui  plus  est,  il  y a aucuns  à 
qui  ils  apparoissenl  subii  et  dés  le 
commencement , et  les  autres  plus 
tard  Et  de  tous  ces  signes,  il  y en  a 
qui  sont  totalement  mortels,  autres 
moins  mauuais,  et  d’autres  ambigus, 
y 


CHAPITRE  XV. 

DES  SIGNES  MORTELS  DE  LA  PESTE. 

Les  signes  mortels,  et  qui  dernons- 
trentle  cœur  estre  saisi,  sont  fiéures 
très  ardentes  et  continues  , la  langue 
aride  et  seiche,  de  couleur  noire,  et 
quand  les  malades  ont  grande  diffi- 
culté d’inspirer,  tellement  qu’ils  ont 
plus  de  peine  à attirer  l’air  qu’à  le 
rendre  : qui  se  fait  pour  la  veliemenle 
chaleur  qu’ils  ont  au  corps  : et  ont 
vne  soif  si  grande  qu’on  ne  la  peut 
esteindre. 

Autres  ont  veilles  continuelles , 
dont  s’ensuit  resucrie  et  alienation 
d’esprit,  et  souuent  meurent  comme 


furieux  et  enragés.  Aucuns  ont  vne 
contraction  ou  conuulsion  de  tous  les 
membres,  défaillances  frequentes  de 
cœur,  accompagnées  de  hocquets,  et 
tombent  souuent  en  syncope 

Autres  ont  vne  palpitation  ou  trem- 
blement de  cœur,  qui  est  vn  mouue- 
ment  manifeste  de  la  vertu  expul- 
trice  qui  s’efforce  de  repousser  le 
venin,  qui  luy  est  du  tout  contraire 
et  mortel.  Le  pouls  pareillement  se 
meut  hasliuement  et  excessiuement 
sans  mesure,  qui  monstre  que  la  fa- 
culté vitale  est  grandement  enflam- 
mée, et  alors  les  malades  sont  en 
grande  agitation  et  inquiétude,  c’est 
à dire  se  remuent  çà  et  là,  sans  qu’ils 
se  puissent  tenir  à recoy  et  en  re- 
pos : et  ont  appétit  continuel  de  vo- 
mir, qui  prouient  de  la  vénénosité  de 
la  matière,  laquelle  se  communique 
au  cœur  et  à l’orifice  de  l’estomach  : 
et  le  vomissement  est  puant  et  de 
matière  vcrde,  comme  jus  de  por- 
reaux , et  quelquesfois  de  couleur 
noire  ou  rouge  : aussi  aucunesfois 
est  de  sang  tout  pur,  comme  nous 
auons  dit,  et  ont  sueur  froide  , la 
face  liuide,  hideuse  et  noire,  et  le  re- 
gard esgaré.  Ils  ont  semblablement 
grand  tressaillement,  frémissement  et 
aiguillonnement  entre  cuir  et  chair, 
baaillement  et  estendue  des  mem- 
bres, tournans  les  yeux  en  la  teste, 
et  parlent  enroüé  et  bégayent,  voire 
quelquesfois  dés  les  premiers  iours  , 
et  ne  ratiocinent  pas,  et  quand  on 
parle  à eux,  ils  ne  respondent  à pro- 
pos. Ils  ont  la  langue  fort  aride  et 
seiche,  liuide  ou  noire  qui  se  fait  des 
exhalations  putrides  qui  l’eschauffent 
et  desseichent,  leur  causant  des  es- 
corcheures  en  la  bouche. 

Outre  plus,  aucuns  ont  les  vrines 
liuidcs  ou  noires,  et  troublées,  comme 
grosse  lexiue,  et  y voit  on  des  nuées 


DE  LA  l'ESTE. 


385 


liuidesetde  diuerses  couleurs,  comme 
verdoyante,  plombée  ou  noire,  qui 
est  vu  vray  signe  mortel.  Aussi  quand 
on  voit  vn  cercle  par  dessus,  comme 
graisse,  ou  toiies  d’araignées  iettées  les 
vnes sur  les  autres. 

Si  les  malades  ont  charbons,  et  la 
chair  d’iceux  est  noire  et  seiche , 
comme  vne  chair  bruslée,  et  les  par- 
ties prochaines  liuides  , les  bosses , 
charbons  et  taches  retournans  au  de- 
dans et  n’apparoissans  plus  au  de- 
hors : flux  de  ventre  cholérique,  qui 
ne  donne  aucun  allégement  au  ma- 
lade , fort  fetide,  liquide,  subtil , 
gluant,  et  dediuerse  couleur,  comme 
noire,  verdoyante,  ressemblante  à 
verd  de  gris , et  de  tres-mauuaise 
odeur,  auec  grande  quantité  d vers, 
qui  dénoté  grande  corruption  et 
pourriture  aux  humeurs  : s’ils  ont  vn 
esbloüissement  qui  vient  par  l'imbé- 
cillité et  defaut  des  esprits,  et  de 
toute  l’œconomie  de  Nature  qui  ja 
commence  à chancelier  : si  la  chaleur 
naturelle,  se  retirant  au  dehors, 
fuyant  ce  venin,  esmeut  vne  sueur 
fort  puante,  et  les  yeux  du  malade 
s’enfoncent  pour  l’absence  de  ladite 
chaleur,  accompagnée  du  sang  et 
esprits  : si  le  bout  du  nez  est  retors 
auec  vn  ris  sardonic,  c’est  à dire  vn 
ris  forcé,  qui  se  fait  pour  la  retraction 
des  fibres  disséminées  aux  muscles 
de  la  face,  desseichés  par  l’absence 
du  sang  et  de  l’esprit  animal  : si  aussi 
les  ongles  noircissent,  comme  appro- 
chans  d’vne  mortification  : puis  sur- 
uiennent  sanglots  et  commision  vni- 
uerselie  pour  la  resolution  des  nerfs, 
si  qu’en  fin  la  pauure  chaleur  natu- 
relle demeurant  suffoquée  et  estein- 
te,  induhitablement  la  mort  s’ensuit. 

En  tous  ces  signes  ne  faut  saigner, 
mais  bailler  choses  cordiales  aux  ma- 
lades, et  les  recommander  à Dieu. 


Neanlmoinsie  prie  les  Chirurgiens  de 
non  laisser  et  abandonner  les  pau- 
mes malades,  encores  qu’ils  eussent 
tous  ces  signes  mortels,  mais  tous- 
iours  s’efforcer  à faire  ce  que  l’art 
commande  : car  Nature  fait  qucl- 
quesfois  choses  merueilleuses  contre 
l’opinion  des  Médecins  et  Chirur- 
giens, ainsi  que  i’ay  demonstré  cy 
dessus  en  mon  liure  des  Playes  de 
harquebuses- 

Or  pour  conclusion,  la  diuersité  de 
ces  accidens  vient  pour  la  diuersité  du 
venin,  et  des  temperamens,  et  de  l’air 
ambiens  : et  tant  plus  on  trouuera 
des  signes  et  accidens  susdits,  tant 
plus  les  panures  pestiférés  sont  pro- 
ches de  la  mort  : mais  si  vn  ou  deux 
apparoissent  seulement,  il  n’est  pas 
necessaire  qu’ils  meurent  :ioint  aussi 
que  plusieurs  de  ces  signes  sont  com- 
muns à d’autres  maladies. 


CHAPITRE  XVI. 

DES  SIGNES  PAR  LESOVELS  ON  PEVT 
CONNOISTRE  QVE  LE  MALADE  EST  IN- 
FECTÉ DE  LA  PESTE  VENANT  DV  VICE 
DE  L’AIR,  ET  NON  DES  HVMEVRS. 

Encores  que  nous  ayonsamplement 
déclaré  les  signes  de  la  peste  pré- 
sente, si  est-ce  que  considerans  qu’il  y 
a deux  sortes  de  peste,  pour  la  diuer- 
sité des  causes  : l’vne  prouonante  du 
vice  de  l’air,  l’autre  de  la  corruption 
des  humeurs,  nous  auons  bien  voulu 
spécifier  les  signes  qui  sont  propres  à 
l’vne  et  à l’autre,  commençans  par 
celle  qui  vient  du  vice  de  l’air. 

Donc  les  signes  par  lesquels  on  la 
pourra  connoistre  sont  tels,  à sça- 
uoir,  qu’elle  est  plus  maligne  et  con- 
tagieuse , et  les  hommes  meurent  en 
25 


in. 


386 


LE  VINGT-QVATRIEME  LIVRE  , 


plus  grand  nombre  et  plus  subite- 
ment : car  plusieurs  faisans  leurs  ac- 
tions accoustumées,  se  pourmenans 
par  les  temples  et  rues  sans  aucune 
contagion  apparente,  meurent  en  peu 
d’heures,  voire  promptement,  sans 
sentir  auparauant  aucune  douleur  : 
par  ce  que  l’air , corrompu  par  sa  vi- 
rulence , gaste  promptement  les  es- 
prits, et  suffo  iue  le  cœur  d’vn  feu  ca- 
ché. D’auantage,  les  malades  ne  sont 
si  tourmentés  d'inquietude,  et  ne  se 
iettent  point  çà  et  là,  pour  ce  que  la 
force  naturelle  est  du  tout  prosternée 
et  abbatue  : et  partant  ils  ont  conti- 
nuelle défaillance  de  cœur,  et  à plu- 
sieurs ne  suruiennent  bubons  ou  au 
très  pustules,  ny  aucun  flux  de  ventre, 
à cause  que  le  venin  pestiféré  abbat 
tellement  les  forces  et  le  cœur,  qu’ils 
ne  peuuent  chasser  d’eux  aucune 
chose  nuisible,  qui  est  cause  de  la 
mort  ainsi  subi  e.  Leur  vrine  est  sem- 
blable à la  naturelle,  parce  qu’il  n’y 
a point  de  vice  aux  humeurs,  d’au- 
tant que  les  vrines  demonstrent  cer- 
tainement le  vice  qui  est  aux  hu- 
meurs, comme  il  a esté  déclaré  cy 
deuant. 


CHAPITRE  XVII. 

SIGNES  QVE  LE  MALADE  EST  INFECTÉ  DE 
LA  PESTE  PROVENANT  DE  LA  CORRVP- 
TION  DES  HVMEVRS. 

Nous  auons  par  cy  deuant  déclaré 
les  causes  de  la  corruption  des  hu- 
meurs de  noslre  corps  , laquelle  se 
fait  comme  d’vne  trop  grande  pléni- 
tude, ou  par  obstruction  des  vaisseaux 
des  viscères  ou  entrailles,  causée  par 
humeurs  espais  et  visqueux,  ou  par 
in  température  ou  malignité  de  ma- 


tière, toutes  lesquelles  choses  se  font 
par  la  mauuaise  maniéré  de  viure  : il 
faut  maintenant  déclarer  les  signes 
par  lesquels  on  peut  connoistre  vu 
chacun  humeur  dominant  estre  in- 
fecté et  corrompu,  à fin  de  contrarier 
à iceluy. 

Quand  donc  on  verra  la  couleur  de 
tout  le  corps  estre  plus  iaune  que  de 
coustume  , cela  demonstre  que  le 
corps  abonde  en  cholere  : si  elle  est 
plus  fluide  et  noire,  en  melancholie  : si 
elle  est  plus  blanche,  en  pituite  ou 
phlegme  : et  si  elle  est  plus  rouge,  et 
les  veines  sont  fort  enflées,  il  abonde 
en  sang  : aussi  les  apostemes  et  pus- 
tules tiennent  semblablement  la  cou- 
leur de  l’Juimeur  qui  cause  icelles  : 
pareillement  les  excremens,  comme 
vomissemens  , les  selles  et  vrines. 
Aussi  si  le  malade  est  fort  assoupi  et 
endormi,  cela  demonstre  la  pituite  : 
au  contraire,  s’il  a veilles,  demonstre 
la  cholere.  Semblablement  la  nature 
de  la  fié uré  demonstre  l’humeur  qui 
abonde  ,:rcar  la  liéure  tierce  demons- 
tre la  cholere,  la  quarte  la  melan- 
cholie, la  quolidiane  la  pituite,  la 
continue  le  sang.  Le  temps  le  demons- 
tre pareillement  : car  au  priu temps 
le  corps  accumule  plus  de  sang  , en 
cslé  de  la  cholere  : en  automne  la 
melancholie,  en  byuer  la  pituite  do- 
mine. Après  s’ensuit  le  pays,  lequel 
s’il  est  temperé,  le  sang  abonde  : s’il 
est  chaud  et  sec,  la  cholere  : s’il  est 
froid  et  humide,  la  pituite.  D’auanta- 
ge, l’aage  le  demonstre  : caries  ieunes 
abondent  plus  en  sang,  et  les  vieux 
en  phlegme.  Finalement  l’art  et  ma- 
niéré de  viure  : car  ceux  qui  cuisent 
les  métaux,  et  fabriquent  ouurages 
métalliques,  comme  mareschaux,  ser- 
ruriers, orféures,  affineurs,  fondeurs 
de  lettres,  abondent  plus  en  cholere  : 
les  se  dent  aires,  estudiaus,etpescheurs, 


DE  LA  PESTE. 


en  pituite.  Voila  les  obseruations 
qu’on  doit  auoir  pour  connoistre  vn 
chacun  humeur  dominant  en  noslre 
corps,  à fin  de  le  purger  quand  il  en 
sera  besoin.  Or  pour  desboucher  les 
orifices  des  vaisseaux,  tant  du  foye, 
que  de  la  rate  et  des  reins,  les  medi- 
camens  doiuent  auoir  faculté  et  puis- 
sance d’inciser,  penetrer,  atténuer,  et 
delerger  : ce  que  ie  laisse  à faire  à 
messieurs  les  médecins  Et  faut  icy 
noter  , que  communément  les  hu- 
meurs se  pourrissent  en  temps  de 
peste,  dont  se  font  non  seulement  des 
fleures  continues,  mais  aussi  des  in- 
termittentes, c’est  à dire  qui  laissent 
le  malade  vn  ioiir  ou  deux,  plus  ou 
moins,  sans  fiéure,  puis  l’assaillent 
de  rechef,  comme  font  les  fleures 
tierces  et  quartes  : ce  qui  se  fait  selon 
la  diuersité  de  la  pourriture  de  l’hu- 
meur dont  elles  sont  faites,  comme 
nous  auons  dit  par  cy  deuant. 

Pareillement  on  les  peutconnoistre 
par  les  accidens  : comme  si  la  peste 
est  en  l’humeur  cholérique,  elle  occit 
la  plus  grande  part  des  hommes,  et 
meurent  promptement  : el  ont  vomis- 
semensassiduels  de  couleur  iaunastre 
et  flux  de  ventre,  auec  exlremes  dou- 
leurs el  désir  perpétuel  d’aller  à la 
selle,  parce  que  la  cholere  pique  et 
vlcere  les  boyaux  : aussi  ont  vneinap- 
petence,  et  tout  ce  qu’ils  boiuent  et 
mangent  leur  semble  amer.  S’ils  ont 
quelques  éruptions  ou  tumeurs  con- 
tre nature,  elles  sont  trouuées  auec 
peu  d’enfleure,  et  de  couleur  citrine. 
Quand  elle  est  aux  grosses  humeurs, 
et  au  sang  adusle , elle  occit  plus 
tard , et  les  malades  ont  grandes 
sueurs,  flux  de  ventre  de  diuerses 
couleurs,  et  principalement  sangui- 
nolentes, et  ietlent  souuent  le  sang 
pur  : ils  ont  communément  bubons 
et  charbons , ou  éruptions  par  tout 


387 

le  corps  , auec  grandes  tumeurs  en- 
flammées, fleures  continues  et  délires, 
et  l'haleine  puante.  Lors  qu’elle  est 
à l’humeur  pituiteux,  ils  ont  lassi- 
tudes de  tous  les  membres  , et  tout  le 
corps  bien  fort  appesanti,  et  sont 
grandement  endormis  et  assoupis,  et 
à leur  resueil  ont  un  tremblement 
vniuersel  de  tout  le  corps , qui  se  fait 
pour  l’obstruction  des  conduits  clos 
aux  esprits  : et  s’il  y a quelques  bu- 
bons, charbons  ou  éruptions,  elles 
sont  laxes  et  de  couleur  blanchaslre, 
et  difficiles  à suppurer.  Et  quand 
l’humeur  melancholique  en  est  vicié, 
les  malades  sont  fort  attristés,  ayaws 
grande  pesanteur  et  douleur  de  teste, 
et  ont  le  pouls  petit  et  profond , et  la 
couleur  de  leur  aposteme , voire  de 
tout  le  corps  , plombée  et  noire  : car 
chacun  humeur  donne  sa  couleur  au 
cuir.  Or  qui  demonslre  encore  les 
humeurs  eslre  corrompus,  c’est  que 
les  vrines  des  malades  sont  troublées 
et  semblables  à celles  des  iumens  : 
aussi  quelquesfois  sont  veuës  noires 
auec  vn  cercle  verdoyant,  qui  signifie 
grande  pourriture  estre  aux  hu- 
meurs : car  il  est  impossible  que  les 
humeurs  puissent  estre  corrompus, 
que  les  vrines  ne  le  soient.  Aucuns 
ont  grande  soif,  les  autres  nulle, 
parce  que  la  pituite  putride  abonde  à 
l’orifice  de  l’estomach  , et  luy  change 
son  tempérament,  el  le  rend  languide 
auec  inappétence.  Semblablement  au- 
cuns ont  fiéure  grandement  ardente , 
et  se  disent  brusler  au  dedans  : ce 
neanlmoins  les  parties  extérieures 
sont  trouuées  quelquesfois  fort  froi- 
des. 

Que  si  la  peste  prouient  du  vice 
de  l’air,  eldes  humeurs  compliqués, 
comme  ils  sont  le  plus  souuent,  on 
ne  les  peut  bien  distinguer,  et  les  si- 
gnes sont  fort  confondus  ensemble. 


LE  VINGT-QVATRIÉME  LIVRE, 


388 


CHAPITRE  XVIII. 

DV  PÜOGNOSIIC. 

Prognostiquer  est  prédire  les  cho- 
ses à aduenir  , qui  se  fait  par  la  con- 
noissance  de  la  maladie  et  de  ses  ac- 
cidens,  et  principalement  de  la  tem- 
pérature et  dignité  de  la  partie 
malade  et  action  d’icelle  : par  quoy 
pour  ce  faire,  sera  bien  necessaire 
que  le  Chirurgien  aye  connoissance 
de  l’anatomie,  et  aye  veu  plusieurs 
malades  : car  ainsi,  faisant  bon  pro- 
gnoslic,  et  déduisant  bien  aux  pa- 
reils et  amis  du  malade  les  accidens 
qui  peuuent  aduenir  en  la  maladie, 
acquerra  honneur  et  profit. 

Toulesfois  quant  à la  peste  , nous 
disons  qu’il  n’y  a point  de  iugement 
certain  de  la  vie  , ou  de  la  mort:  car 
ceste  détestable,  abominable  et  frais- 
tresse  maladie  a ses  mouuemens  par 
inlcrualles  inégaux  et  incerta  ns,  et 
est  quelquesfois  tant  hasliue  et  fal- 
lace  , qu’elle  tue  l’homme  sans  qu’on 
y puisse prendregarde  : ce  qui  aduient 
à aucuns  en  dix,  quinze,  ou  vingt 
quatre  heures  , ou  beaucoup  moins. 
El  tel  venin  est  quelquesfois  si  vio- 
lent, qu’incontinent  qu’on  reçoit  le 
soufflement  ou  haleine  du  pestiféré, 
on  voit  subit  s'esleucr  pustules  et 
ampoullesau  cuir,auec  douleur  acre, 
comme  si  on  esloil  mords  d’vne 
mousche  à miel.  Et  par  la  violence 
de  ce  venin  si  prompte  et  subite, ceux 
qui  sont  frappés  sont  pluslost  morts 
qu’ils  n’ont  pensé  à mourir;  et mesme 
en  beuuant , mangeant  et  vacquant à 
leurs  affaires,  tombent  morts  en  che- 
minant par  les  rues  et  temples,  ce 
qu’auons  veu  nagueres  le  Roy  estant 
à Lyon. 


Quelquesfois  aussi  les  accidens  se 
relascbent , et  semble  que  le  malade 
se  doiue  bien  porter,  faisant  bonne 
chere  : ce  qui  aduint  à vne  des  da- 
moiselles  de  la  Royne,  nommée  la 
Mare , le  Roy  estant  au  chasteau  de 
Roussillon  : laquelle  fut  frappée  de 
ceste  peste , ayant  vn  bubon  en  l’aine, 
qui  s’en  retourna  au  dedans,  et  letroi 
siéme  iour  disoil  ne  sentir  aucun  mal, 
forsqu  vne  difficulté  d’vriner  (à  cause 
de  1 inflammation  qui  occupoit  les 
parties  dediées  à l’vrine)  se  pourme- 
nant  par  la  chambre,  auec  bonne 
ratiocination  : toulesfois  ce  iour  mes- 
me rendit  l'esprit  à Dieu  : qui  fut 
cause  de  nous  faire  promptement  dé- 
busquer dudit  lieu. 

Et  partant  les  Médecins  et  Chirur- 
giens sont  le  plus  souuent  deceus  en 
telle  maladie  : car  aucuns  meurent 
plus  tost,  les  autres  plus  tard,  selon 
que  le  venin  est  violent  et  fort  : et 
pour  le  dire  en  vn  mot , en  ceste  ma- 
ladie il  n’y  a point  d’heure,  de  iour, 
ny  de  temps  pretix. 

Outre-plus,  on  voit  par  expérience 
que  gens  de  toute  nature,  sexe,  et  di- 
uerses  complexions,  soient  enfans, 
adolescens  ou  hommes  en  aage,  con- 
sistons, foibles  ou  robustes,  ieuncs 
ou  vieux,  yurongnes,  crapuleux  , et 
ceux  qui  font  abstinence  en  leur  viure, 
tant  oiseux  que  ceux  qui  trauaillent , 
riches  ou  panures,  lloys,  Roynes, Prin- 
ces, Princesses,  Papes  et  Cardinaux', 
sont  tous  suiels  à estre  pris  de  la 
peste.  Neantmoins  on  voit  que  les 
ieunes  cholériques  et  sanguins,  qui 
sonlde  tempérament  chaud  et  humi- 
de, y sont  plus  suiels  que  les  vieux  qui 
sont  de  température  froide  et  seiche, 
pour  ce  que  leur  sang  ne  s’enflamme 
pas  si  tost  : aussi  que  l’humidité  ù’i- 


1 Le  pape  Pelagius  mourut  de  peste. — A.  P. 


DE  LA.  PESTE. 


ceux  , dont  s'engendre  la  corruption, 
est  exhalée  et  aucunement  consumée. 
Mais  les  humeurs  des  ieunes  se  cor- 
rompent pour  legere  occasion,  et  par 
conséquent  reçoiuent  la  vapeur vene- 
neuse,  laquelle  facilement  est  attirée 
et  pénétré  au  centre  du  corps,  qui 
est  de  telle  température  chaude  et 
humide,  et  partant  disposée  à rece- 
uoir  inflammation  et  pourriture  : à 
cause  qu’ils  ont  les  veines  et  arteres 
plus  larges , et  par  conscqnent  tous 
les  conduits  du  corps,  dont  il  aduient 
que  l’air  peslilent  trouuant  les  pores 
ouuerls,  entre  dedans  plus  facile- 
ment auecques  l’air  attiré  par  le  con- 
tinuel mouuement  des  arteres. 

D'auantage  la  peste  venant  de  l'air 
prend  pluslost  les  ieunes  que  les 
'ieux  , parce  qu’ils  ont  les  pores  plus 
ouuertsque  n’ont  les  vieux.  Pareille- 
ment ceux  qui  sont  hors  des  maisons 
sont  alors  pluslost  espris  que  ceux 
qui  demeurent  dedans.  Et  quand  la 
peste  vient  de  la  corruption  des  hu- 
meurs, elle  n’est  pas  tant  contagieuse 
que  celle  qui  vient  du  vice  de  l’air  : 
mais  les  pituiteux,  melancholiques, 
et  gens  aagés  sont  en  plus  grand 
danger  de  mort,  lorsqu’ils  sont  frap- 
pés d’iceluy  venin  venant  de  cause 
corporelle,  parce  qu’il  ne  se  peut 
bien  exhaler  et  sortir  hors,  à cause 
de  la  closture  ou  condensation  de 
leurs  conduits  ou  pores  du  cuir.  Aussi 
ceux  qui  sont  cacochymes  et  remplis 
d’humeurs  vicieux  sont  plus  prompts 
et  disposés  à en  eslre  infectés  , et  en 
plus  grand  danger  que  ceux  qui  sont 
de  bonne  température  : tout  ainsi 
qu’vn  fagot  sec  est  pluslost  allumé  du 
feu  et  bruslé  qu’vn  verd,  ainsi  sont-ils 
préparés,  de  mesme  façon  que  le 
soulphre  est  préparé  à prendre  le  feu. 
Et  par  ainsi  on  voit  communément  , 
qu  en  temps  de  peste , nu  lies  ou  peu 


389 

d’autres  maladies  apparoissent,  d’au 
tant  qu’elics  se  tournent  facilement 
en  icelle  : et  lorsqu'elles  commencent 
à regner,  la  peste  aussi  commence  à 
cesser. 

Donc  comme  vn  homme  cacochyme 
est  plus  disposé  à eslre  frappé  de 
peste  , aussi  au  contraire  vn  homme 
bientemperé  difficilement  en  peut  es- 
tre  frappé.  Car  combien  que  le  feu 
soit  violent,  neantmoins  il  demeure 
amorti  et  vaincu  quand  il  ne  trouue 
contre  quoy  agir.  Semblablement  vn 
corps  bien  sain  et  nettoyé  de  mau- 
uaises humeurs, bien  lard  et  à grande 
peine  est  malade  de  ceste  peste  : et 
où  il  en  seroit  espris,  elle  ne  pourroit 
luy  faire  telle  nuisance  comme  aux 
autres  qui  sont  remplis  de  mauuaises 
humeurs  : toutesfois  on  obserue  que 
ceuxquionl  lïéure  quarte  et  chancres 
vlccrés,  aussi  les  punais,  ladres,  ve- 
rollés  , escroüelleux  , teigneux  , et 
ceux  qui  ont  fistules  et  vlceres  ca- 
rieuses coulantes , ne  sont  fort  su- 
iels  à prendre  la  peste  : parce  qu’ils 
ne  sont  seulement  cacochymes,  mais 
à demy  pourris  : et  leur  cacochymie 
ne  permet  souuent  la  peste  entrer  en 
leurcorps,  quasi  comme  si  elle  leur 
estoit  vn  alexitere  contre  le  venin 
pestiféré.  Les  femmes  enceintes  sont 
fort  suietles  à estre prises  delà  peste, 
à cause  de  la  grande  abondance  d’hu- 
meurs superflus  et  corruptibles  qui 
abondent  en  elles  pour  le  defaut  de 
leurs  purgations,  ioint  aussi  qu  elles 
ont  tous  leurs  conduits  fort  ouuerts  : 
et  quand  elles  sont  frappées  de  ceste 
maladie  et  font  leurs  enfans,  elles 
meurent  presque  toutes,  dequoy  l’ex- 
perience  fait  foy.  Aussi  les  filles  aus- 
quelles  le  flux  menstruel  commence 
àfluer,  sont  fort  suietles  à prendre 
ce  venin  , comme  aussi  les  petits  en- 
fans,  parce  qu’ils  sont  lanuleux,  c’est 


3ûO  LE  VINGT-QV A.TRIF.ME  LIVRE  , 


à dire  mois  et  tendres  et  de  rare  tex- 
ture , ioint  qu’ils  viuent  desreglé- 
ment-  Le  menu  peuple  souffreteux  , 
et  qui  habitent  és  maisons  ordes,  et 
qui  en  tous  temps  viuent  ordement, 
et  qui  ne  changent  point  d babils, 
d’autant  qu'ils  approchent  plus  prés 
de  la  putréfaction  , s’acquierent  vne 
disposition  et  conformité  grande  à la 
peste,  et  parlant  sont  pluslost  assaillis 
que  ceux  qui  viuent  au  contraire  l. 

Outre-plus,  ceux  qui  en  ceste  ma- 
ladie ont  sommeil  profond,  meu- 
rent quasi  tous,  à cause  de  la  crassi 
tude  des  vapeurs  qui  montent  au  cer- 
ueau , lesquelles  Nature  ne  peut 
vaincre.  Aussi  ceux  qui  ont  la  respi- 
ration fort  puante  outre  leur  cous- 
tume,  meurent  tous  : pource  que  la 
pourriture  est  du  tout  confirmée  en 
la  substance  du  cœur  et  aux  poul- 
inons. 

Or  plusieurs  meurent  subitement 
delà  peste,  à cause  que  le  venin  sai- 
sit le  cœur  et  instrumensquiseruent 
à l’inspiration  et  expiration,  lesquels 
estans  serrés  et  comprimés  à cause 
de  l’inflammation  qui  est  aux  poul- 
mons,  au  diaphragme  et  aux  muscles 
du  larynx,  fait  que  le  panure  malade 
est  subit  eslranglé  et  suffoqué  par 
faute  de  respiration. 

Aussi  si  les  bosses,  charbons,  ou 
pustules  et  éruptions,  qu’on  appelle 
pourpre,  qui  viennent  à la  superficie 
du  cuir,  sont  de  couleur  noire,  ou 
verte,  ou  violette,  ou  liuide  , peu  en 
reschappent,  parce  qu’ils  demons- 
trent  mortification  de  la  chaleur  na- 
turelle. 

Quand  le  bubon  apparoist  premier 
que  la  fleure,  c’est  bon  signe  : car  il 
demonslre  que  le  venin  est  moins  fu- 

• Cette  dernière  phrase  est  une  addition 
de  1585. 


rieux,  et  queNaturea  eslémaistresse 
et  qu’elle  a eu  victoire,  l’ayant  ietté 
et  chassé  hors  : au  contraire,  s'il  ap- 
paroist après  la  fiéure,  cela  vient  de 
l’impétuosité  du  venin,  lequel  do- 
mine : partant  est  vn  signe  pernicieux 
et  le  plus  souuent  mortel,  qui  de- 
monstreNature  es're  gaignée  et  ab- 
batue. 

D’abondant,  au  decours  de  la  lune, 
les  malades  meurent  pluslost,  ou 
pour  le  moins  leur  mal  et  accidens 
s’augmentent,  parce  que  les  vertus 
sont  plus  débités  , ioint  aussi  que  les 
humidités  de  notre  corps  abondent 
d’auanlage  '.  Or  que  les  vertus  de 
nostre  corps  soient  plus  débiles  au 
decours  de  la  lune,  la  cause  est  que 
la  vigueur  des  facultés  consiste  en 
chaleur  : or  est-il  qu'au  decours  de  la 
lune  les  corps  sont  plus  froids  et  hu- 
mides, pour  la  défectuosité  de  la  lune 
qui  est  la  cause  pourquoy  sur  la  fi 
du  mois  les  femmes  ont  reglément 
leur  flux  : car  lors  le  sang  estant  plus 
humide,  est  plus  prompt  à couler,  et 
nostre  chaleur  estant  moindre  ne 
peut  retenir  vn  tel  cours,  comme  elle 
souloit  estant  fortifiée  et  guidée  de  la 
vertu  de  la  lune,  qui  a plus  de  lu- 
mière, et  par  conséquent  de  chaleur, 
estant  pleine,  qu’en  decours  : comme 
Ires-bien  dit  Aristote,  liure  7 de  His- 
toria  animalium,  chap.  2. 

Aussi  faut  noter  que  si  l’air  pesti- 
féré est  subtil  comme  hize,  il  est  plus 
dangereux  et  contagieux,  et  tue  plus- 
tost  que  lors  qu’il  est  gros  et  nubi- 
leux.  Qu’il  soit  vray,  lorsque  la  peste 
est  en  ceste  ville  de  Paris,  elle  n’est  si 
dangereuse  que  lors  qu’elle  est  en 
Prononce  et  en  Gascogne  : qui  se  fait 
à cause  que  l’air  de  ceste  ville  est  plus 

1 Là  s’arrête  ce  paragraphe  dans  l’édition 
primitive  ; le  reste  est  de  1575. 


DE  LA.  PESTE. 


gros  et  nubileux  : et  est  tel , tant  à 
raison  delà  situation,  que  de  la  grande 
multitude  du  peuple,  et  excremens 
des  besles,  boucheries,  cuisines,  la- 
trines et  auircS causes,  qui  fontesle- 
uer  plusieurs  grosses  vapeurs , les- 
quelles estant  attirées  des  poulinons, 
ne  perrrie lient  que  l'air  pèstileré  en- 
tre si  lëgeremënt  au  profond  de  nos- 
ire  corps. 

Outre  les  causés  de  mort  cy  dessus 
alléguées,  nous  voyons  plusieurs  per- 
sonnes mourir  par  faute  d’estré 
promptement  secourus  , parce  qu’il 
yen  a bien  peu  qui  veulent  prendre 
conseil  de  bonne  heure,  et  parauant 
que  le  venin  ait  saisi  le  cœur,  et  que 
plusieurs accidehs  ne  leur  soient  desia 
suruenus.  Or  le  coeur  estant  saisi, 
alors  il  y a pëu  d’esperance  de  santé, 
ce  que  toutesfois  on  attend  ordinai- 
remënl  : d’autant  qu’il  est  tres-dil'li- 
cile  de  Counoistre  la  peste  dés  le  éom- 
mencement,  parce  que  les  accidens 
ne  sont  pas  touiours  semblables, 
comme  nousauonsdèsîa  dit  : parquoy 
plusieurs  Médecins  èt  Chirurgiens  y 
sont  abusés,  tant  experts  puissent  ils 
estre  : dont  ne  se  faut  ésmerueiller  si 
lë  prognostic  de  cèslë  maladie  ne 
peut  estre  certain.  Qui  plus  est,  elle 
est  si  détestable  et  espouuentable 
qu’aucuns  de  la  seule  apprehetision 
meurent,  parce  cpie  la  vertu  îmagi- 
natiue  ou  fantasie  a si  grande  sei- 
gneurie en  nous  ainsi  que  i’ay  escrit 
en  mon  libre  de  l’Anatomie  du  corps 
humain)  que  le  corps  naturellement 
luy  obéît  en  plusieurs  et  diuerses  sor- 
tes, lors  qu’elle  est  fermement  arces- 
tée  en  quelque  imagination.  Donc 
en  crainte  et  peur,  beaucoup  de  sang 
se  retire  au  coeur,  qui  éstoüffe  et  suf- 
foque du  tout  la  Chaleur  naturelle  et 
les  esprits, la  rendant  plus  foiblc  pour 
résister  au  venin,  dont  la  mort  s’en- 


391 

suit:  au  contraire,  il  aduient  quel- 
quesfoisque  ceux  qui  fréquentent  or- 
dinairement les  pestiférés  n’en  re- 
çôiuent  aucun  mal , parce  qu’ils 
n’apprehendenl  rien. 

Pour  conclusion , on  voit  commu- 
nément que  tous  ceux  qui  en  sont 
frappes  ne  meurent  pas,  combien 
(Ju’ils  n’ayént  recou  grands  secours  , 
et  ceux  qui  vsent  de  bons  antidotes, 
ou  choses  contrariantes  à tel  venin, 
ne  laissent  souuent  à estre  pris  et 
mourir.  Bref  quand  on  en  reschappe, 
on  peut  bien  dire  que  c’est  vne  chose 
plus  diuinc  que  humaine,  veu  qu'on 
est  sonnent  incertain  de  la  cause  : 
partant  douons  estimer  que  telle 
chose  est  faite  par  la  volonté  de 
Dieu,  auquel  quand  il  plaist  faire 
sonner  sa  trompette  pour  nous  appcl- 
ler,  on  ne,  la  peut  aucunement  euiter 
par  artiGce  humain. 


CHAPITRE  XIX. 

COMMENT  SE  FAIT  LA  FIEVRE  PESTI- 
LENTIELLE. 

Déuant  que  venir  à la  curatioP  de 
ceste  maladie  pestilentielle,  il  nous 
conuient  premièrement  déclarer  com- 
ment se  fait  la  fiéure  en  icelle.  C’est 
que  quand  la  personne  a attiré  cest 
air  pestilcntpar  inspiration  faite  par 
le  nez  et  la  bouche,  au  moyen  de 
l'attraction  que  font  les  poulmons  et 
autres  parties  dédiées  à ce  faire,  et 
aussi  vniuersellement  par  les  pores 
et  petits  trous  du  cuir,  et  cauilés  des 
afteres  et  veines  qui  sont  disséminées 
par  iceluy  : lequel  air  estant  attiré  et 
conduit  en  toute  la  masse  sanguinaire 
et  aux  humeurs  qui  sont  plus  aptes 
à receuoir  tel  venin  , les  conuerlit  en 


LE  VINGT -QVATRIEME  LIVRE, 


392 

sa  qualité  veneneiise  r et  comme 
si  c’estoit  chaux  viue  sur  laquelle 
on  iettast  de  l’eau  , s’esleue  vne 
vapeur  putride,  qui  est  communi- 
quée aux  parties  nobles,  et  princi- 
palement au  cœur,  sang  et  esprit, 
lequel  bouillonne  dedans  ses  ventri- 
cules, dont  se  fait  vne  ébullition  ap- 
pellée  fiéurc,  qui  est  communiquée 
par  tout  le  corps  par  le  moyen  des 
arteres,  voire  iusques  en  la  substance 
des  paries  les  plus  solides,  qui  sont 
les  os , les  eschauff  mi  si  fort  comme 
s’ils  brusloieat,  faisant  diuerses»  alti- 
rations  selon  la  diu  use  température 
des  corps,  et  nature  de  l’humeur  où 
ladite  fiéu  re  est  fondée  : et  lors  se  fait 
vn  combat  entre  le  venin  et  Nature, 
laquelle  si  elie  est  plus  forte,  par  sa 
vertu  expuiirice  le  chasse  loin  des 
parties  nobles  , et  cause  par  dehors 
sueurs,  vomissemens,  flux  de  sang, 
apostemes  aux  emoncloires , char- 
bons, ou  autres  pustules  et  éruptions 
par  tout  le  corps  : aussi  flux  de  ventre, 
flux  d’vrine,  cuacuations  par  insensi- 
ble transpiration , et  autres  que  dé- 
clarerons cy  après.  Au  contraire,  si 
le  venin  est  plus  fort  que  la  vertu 
expultrice,  Nature  demeure  vaincue, 
et  par  conséquent  la  mort  s’ensuit. 

Or  pour  connoistre  que  la  fleure 
est  pestilentielle,  c’est  que  dés  le  pre- 
mier iour  qu’elle  commence,  les 
forces  sont  prosternées  et  abbalues 
sans  aucune  cause  qui  ait  procédé 
auparauanl1  : car  sans  grande eua- 
cuation  faite  , les  panures  malades 
sont  tant  debiles  et  affoiblis,  qu’on 
estimeroit  qu’ils  auroient  esté  vexés 
de  quelque  grande  maladie  ; et  plu- 
sieurs sentent  mordication  à l’orifice 
de  l’estomach  , et  grande  palpitation 
de  cœur,  et  ont  sommeil  profond , et 


les  sens  de  l’entendement  hébétés* 
Ils  sentent  aussi  grande  chaleur  au 
dedans  de  leurs  corps , et  les  parties 
extérieures  sont  trouuées  froides , de 
façon  que  ceux  qui  ne  sont  expéri- 
mentés en  (elle  maladie  sont  facile- 
ment deceus,  estimans  qu'il  n*y  ait 
nulle  fleure,  pource  que  le  pouls  et 
vrines  des  malades  ne  sont  gueres 
changés  : et  toutesfois  ils  ont  grande 
inquiétude  et  difficulté  de  respirer,  et 
ont  leurs  excremens  fort  fetides  et 
autres  griefs  accidens  , et  le  plus  sou- 
vent le  troisième  iour  ont  resueries 
et  grand  flux  de  ventre  et  vomisse- 
mens, auec  vne  exlreme  soif,  et 
n’ont  point  d’appetit.  Partant  il  faut 
prendregarde  qu’aucuns  de  ces  signes 
sont  tousiours  presens,  et  les  autres 
viennent  lors  qu’il  y a quelque  partie 
offensée  : comme  s’il  y a difficulté  de 
respirer , cela  demonstre  que  les 
parties  pectorales  sont  offensées  , et 
quand  le  déliré  vient,  cela  signifie 
qu’il  a vice  au  diaphragme  et  au 
cerueau,  qui  se  fait  quand  la  matière 
du  charbon  se  putréfié  prés  d’icelles 
parties,  ou  en  icelles  mesmes.  Or  en 
toutes  ces  choses  l’imbécillité  des 
forces  est  commune,  et  les  affections 
du  cœur  pareillement,  veu  que  ce 
venin  pestiféré  est  contraire  à noslre 
nature,  et  qu'il  infecte  principale- 
ment le  cœur,  fontaine  de  vie. 

Et  combien  que  cesle  fiéure  sur- 
passe en  malignité  les  autres  qui  ne 
participent  point  du  venin  pestiféré,  si 
est-ce  qu’elie  est  aussi  diuerse  comme 
icelles  : car  quelquesfois|elle  est  tierce, 
autresfois  quarte,  autresfois  quoli- 
diane  , selon  la  diuersité  de  l’humeur 
qui  est  principalement  affecté  : ce 
qu’on  connoist  par  les  inlerualles, 
c’est-à-dire,  l’espace  interposé  entre 
les  accès.  Pareillement  elle  est  dite 
simple , quand  la  qualité  veneneuse 


* Rondelet  en  sa  pratique.  — A.  P. 


DE  I.A.  PESTE. 


consiste  seulement  en  l’esprit  vital, 
et  que  les  humeurs  ne  sont  encore 
corrompus.  Elle  est  dicte  composée 
ou  compliquée,  quand  ladite  qualité 
est  lour  de  és  esprits  et  aux  hu- 
meurs, en  toute  la  substance  du 
corps,  auec  charbons,  bosses  et 
pourpre  *.  Aussi  il  y a d’autres  diffé- 
rences et  diuersilé  d’icelles,  qui  se 
commissent  par  les  vrines,  excre- 
mens.  habitude  vniuerselle  du  corps, 
température  d’iceluy  : aussi  par  les 
accès , la  chaleur,  le  pouls  et  autres. 
Donc  selon  que  la  fléure  tiendra  la 
nature  de  tierce,  quarte,  quolidiane, 
ou  continue,  faudra  diuersiüer  les 
remedes  pour  la  curation  d’icelle  : ce 
que  ie  laisse  à messieurs  les  Mé- 
decins. 


CHAPITRE  XX. 

COMMENT  LE  MALADE  SE  DOIT  RETIRER 
DV  L1EV  INFECT,  SVBIT  QV’lL  SE  SENT 
FRAPPÉ  DE  PESTE. 

Ayant  amplement  descrit  la  peste  , 
et  tous  ses  signes  et  accidens  , et  la 
maniéré  de  s’en  preseruer,  il  faut 
ma  ntenant  traiter  de  la  curation. 
En  laquelle  il  faut  auoir  esgard  sur 
toutes  choses,  de  prendre  inconti 
nenl  quelque  alexitere  pour  contra- 
rier au  venin  : mais  pour  l’ordre  de 
démonstration  Renseignement,  nous 
déclarerons  premièrement  la  cure 
vniuerselle,  commençant  par  le  lieu 
auquel  celuy  qui  se  sent  frappé  doit 
habiter. 

1 Cette  dislinclion  de  la  fièvre  en  simple, 
composée  ou  compliquée , manque  dans  les 
premières  éditions  ; elle  a été  intercalée  ici 
en  1 1)85. 


3g3 

Et  partant , il  est  bon  que  le  ma- 
lade se  relire  subit  en  quelque  lieu 
prochain  , où  l’air  soit  bien  sain  , et 
faut  auoir  cela  en  singulière  recom- 
mandation: car  en  cegist  vne  grande 
partie  de  la  cure  , parce  que  l’air  est 
vne  des  choses  premières  et  plus  ne- 
cessaires pour  la  canserualion  de 
noslre  vie  : veu  que  vueillonsou  non, 
et  en  quelque  lieu  que  ce  soit,  il  nous 
conuient  l’atlirer  au  dedansdu  corps, 
et  le  ietter  au  dehors  par  le  moyen 
des  poulmons  et  imperceptibles  011- 
uertures  des  petites  arleres  qui 
sont  disséminées  en  noslre  cuir,  et 
delà  se  communiquent  aux  grandes 
arleres,  lesquelles  l'enuoyent  au 
cœur  fontaine  de  vie  : et  derechef  ice- 
luy  le  distribue  par  tout  le  corps, 
quasi  de  mesme  façon  que  ccste  por- 
tion d’air  qui  entre  par  les  nanties, 
est  promptement  espandue  par  la  sub- 
stance du  cerueau.Et  pour  cestecause, 
il  est  1res  nccessaire'eslire  vu  bon  air 
au  malade,  contrariant  à la  cause  de 
la  peste , à fin  que  pluslost  et  plus 
seulement  il  soit  garanti. 


CHAPITRE  XXI. 

DE  LA  SITVATION  ET  HABITATION  DE  LA 
MAISON  DV  MALADE  DE  PESTE,  ET 
MOYEN  D’Y  RECTIFIER  l’AIR. 

Quand  la  peste  vient  de  l’intempe- 
rature  de  l’air  , on  ne  se  doit  tenir  en 
lieu  haut  esleué,mais  en  bas  lieu,  en 
uironné  d’air  froid,  espais  et  maresca- 
geux,  et  se  tenir  caché  dans  les  mai- 
sons : et  partant  ceux  qui  sont 
prisonniers,  et  les  moines  et  nonnains 
enfermés  en  leurs  cachots  et  couuens, 
sont  plus  seurement,  et  hors  de  la 
portée  du  canon  pestiféré,  que  ceux 


LE  VINGT-QVATRIÉME  LIVRE  , 


3g4 

qui  habitent  en  autre  lieu.  Toutesfois 
il  ne  se  faut  tenir  tant  enfermé,  qu’on 
n’ouure  quelquesfois  les  portes  et  fe- 
nestresau  vent  contraire  à celuy  d’où 
vient  l’air  pestilent,  à tin  que  l’air 
frais  et  bon  y entre  le  matin  et  le  soir, 
pour  purifier  la  maison  des  exhala- 
tions et  vapeurs  qui  y sont  retenues, 
et  le  corrompent  d’auanlage  s’il  n’est 
esuenté  et  flabellé  : et  sur  le  midy 
seront  closes  et  fermées.  Outre-plus 
lors  qu’il  ne  fait  vent,  comme  on  voit 
aux  grandes  chaleurs,  il  faut  esmou- 
uoir  l’air  autour  du  malade  auecques 
vn  esuentoir , ou  auec  vn  grand  sac 
de  toile  dans  lequel  on  porte  la  fa- 
rine au  moulin.  Et  faut  qu’il  soit 
trempé  en  eau  et  vinaigre,  et  posé  sur 
vn  gros  et  long  baston  , puis  l’agiter 
fort  : car  par  ceste  agitation  on  rend 
vne  très  grande  réfrigération  par 
toute  la  chambre,  ainsi  que  l’expe- 
rience  le  monstre. 

Or  si  la  peste  vient  du  vice  des  va- 
peurs de  la  terre,  on  se  logera  és 
lieux  médiocrement  hauts  et  bien 
aérés  : et  pour  le  dire  en  vn  mot, 
on  fera  toutes  choses  qui  peu  lient 
contrarier  à l’intemperature  de  l’air 
pestilent , de  quelque  cause  que  la 
peste  soit  procréée. 

Aussi  conuient  faire  changer  tous 
lesiours  de  chambre  et  linceux  aux 
malades,  s’ils  le  peuuent  commodé- 
ment faire  : principalement  quand 
ils  ont  sué,  de  peur  que  les  ordures 
que  Nature  a iettées  ne  soient  attirées 
par  Ips  pores  et  arteres  qui  sont  dis- 
séminées au  cuir  , qui  succent  et  atti- 
rent l'air  indifféremment,  soit  bon  ou 
mauuais.  Semblablemeut  faire  du 
feu  en  la  chambre,  principalement  la 
nuict,  à fin  de  rendre  l’air  plus  puri- 
fié des  vapeurs  nocturnes,  et  de  l’ex- 
halation et  expiration  du  malade,  et 
de  ses  excremens.  Parquoy  ilcouchera 


vne  nuict  en  vne  chambre , et  l’autre 
nuict  en  vne  autre.  En  quoy  on  doit 
auoir  esgard  à la  disposition  du  temps  : 
car  aux  grandesel  ex  tremes  chaleurs, 
il  n’y  faut  faire  grand  feu,  de  peur 
d’augmenter  la  chaleur  de  l’air,  ny 
pareillement  vser  de  parfums  fortsct 
odiferans  , parce  que  telles  choses 
augmentent  la  fiéure  et  la  douleur 
de  teste,  d’autant  qu’en  tel  temps  nos- 
tre  chaleur  naturelle  est  languide,  et 
les  esprits  et  humeurs  bouillent  et 
bruslent  : parquoy  il  faut  plustost 
vser  de  choses  qui  rafraîchissent,  que 
de  celles  qui  eschauffenl.  Partant  en 
esté  il  fautarrouser  la  chambre  d’eau 
froide  meslée  en  vinaigre,  et  y espan- 
dre  fueilles  de  vigne , qui  auront 
trempé  en  eau  froide  , cannes  ou  ro- 
seaux, aubespine,  ioncs,  fueilles  et 
fleurs  de  nénuphar,  peuplier,  ra- 
meaux de  chesne,  et  leurs  semblables  : 
lesquels  seront  renouuellés  soutient, 
comme  aussi  l’agitation  de  l’air  auec 
le  sac  cy  deuant  dite  doit  eslre  reï- 
lerée  quand  il  en  sera  besoin.  Pareil- 
lement on  attachera  autour  du  lict 
du  malade  des  linceux  gros  et  neufs, 
et  non  fort  blancs  (pource  que  la 
blancheur  dissipe  la  veuëetaugmente 
la  douleur  de  teste),  lesquels  serui- 
ront  de  custodes:  et  les  faut  arrouser 
souuentesfois  d’eau  et  de  vinaigre, 
ou  eau  rose  si  le  malade  est  riche. 
On  pourra  tendre  en  la  chambre  plu- 
sieurs linceux  de  toile  neuue  trempés 
en  oxycrat,  qui  lui  seruiroqt  de  ta- 
pisserie. El  faut  que  le  iour  il  soit  en 
peu  de  clarté,  et  au  contraire  la  nuict 
auec  grande  lumière,  pource  que  par 
la  grande  clarté  du  iour  les  esprits 
se  dissipent  et  affoiblissent,  et  par 
conséquent  tout  le  corps  : et  par  la 
lumière  de  la  nuict  ils  sont  reuoqués 
au  dehors. 

Aussi  on  fera  brusler  par  fois  bois 


DE  LA.  PESTE. 


de  genest , de  genéure  , fresne,  et  ta 
marix,  mis  en  petites  pièces:  escortes 
d’orenges  , citrons,  limons,  pelu- 
res de  pommes  de  court -pendu, 
doux  de  girotle,  benioin,  gomme  ara- 
bique, racine  d’iris,  myrrhe,  prenant 
dechacun  tant  qu’on  voudra.  El  se- 
ront concassés  grossement , et  mix- 
tionnés  ensemble,  et  ieltés  sur  vu 
reschaut  plein  de  braize,  et  ce  soit 
réitéré  tant  qu'il  sera  besoin  : mais 
entre  tous,  le  bois  et  graine  de  gené- 
ure ont  grande  vertu  contre  le  venin, 
ainsi  que  les  anciens  ont  laissé  par 
escrit,  ce  qu’on  connoist  aussi  par 
effecl  : car  lors  qu’on  en  brusle,  ils 
chassent  tous  serpens  veneneux  qui 
sont  autour.  Le  fresne  a semblable- 
ment grande  vertu  : car  nulle  beste 
veneneuse  n’ose  approcher  seulement 
deson  ombre,  lellertienl  qu  vil  animal 
veneneux  se  mettra  plusloSt  dedans 
le  feu,  que  d’approcher  ou  passer  par 
dessus  le  bois  de  fresne,  comme 
monstre  Pline , et  dit  sçauoir  par  ex- 
périence, liurje  10,  chap.  13  *. 

Pareillement  le  parfum  süiuant  est 
doux  et  amiable.  Il  faut  faire  fort 
chauffer  des  pierres  de  graiz,  et  les 
metlrededans  des  chauderons,  puison 
versera  dessus  du  vinaigre  auquel  on 
aura  fait  bouillir  de  la  rue , sauge, 
rosmarin,  graine  de  laurier,  genéure, 
noix  de  cyprès  et  leurs  semblables  : 
ce  faisant  il  s’esleuera  vrte  grosse  va- 
peur et  fumée,  qui  rectifiera  l’air,  et 
donnera  bonne  odeur  par  toute  la 
chambre. 

On  pourra  aussi  vser  d’autres  en 
autre  façon  , dont  la  matière  pourra 
eslre  plus  crasse  et  visqueuse , à fin 
qu  en  bruslant  elle  puisse  rendre  plus 

1 La  citation  de  Pline  est  de  1579  ; toute- 
fois le  texte  auquel  elle  se  rapporte  existait 
déjà  en  1668. 


395 

grande  fumée,  comme  sont  ladanum, 
myrrhe,  masfc,  résiné,  terebenthine, 
styrax  calamite,  oliban  , benioin  , se- 
mences de  laurier,  genéure.  pommes 
de  pin  , doux  de  girotle  : et  peut-on 
piler  auec  iceux  de  la  sauge,  rosma 
rin  , marjolaine  et  leurs  semblables  , 
à fin  qu’auec  les  gommes,  la  fumée  et 
vapeur  dure  plus  long  temps.  On 
pourra  pareillement  faire  aux  riches, 
chandelles,  torches  ei  flambeaux, 
meslant  auec  la  cire  des  poudres  de 
senteurs  composées  des  choses  dessus 
dites.  On  fera  aussi  sentir  aux  mala- 
des choses  douces  aromatiques,  à fin 
de  corroborer  l’esprit  animal  : car  la 
bonne  odeur  recrée  et  conforte  les 
parties  nobles  : au  contraire  la  mau- 
uaise  prouoque  le  vomir  et  fait  venir 
défaillance  de  cœur  b Donc  ils  pour- 
ront tenir  en  leurs  mains  vne  esponge 
trempée  en  eau  rose,  vinaigre  rosat , 
doux  de  girofle , et  vn  bien  peu  de 
camphre  concassé,  et  l’odorer  sou- 
uenl  : ou  faut  vser  de  l’eau  suiuanle , 
laquelle  est  bien  odoriférante  et  fort 
singulière  pour  tel  effet. 

7f.  Ireos  flor.  § . iiij. 

Zedoariæ,  spicæ  nardi  ana  5.  vj. 

Styracis  calamilæ,  benioin  , cinnamomi, 
nucis  moscalæ , caryophyllorum  ana 
o • 3-  • 

Theriacæ  veteris  § . fi. 

Ces  choses  seront  grossement  pul- 
uerisées,  et  trempées  en  quatre  lim  es 
de  bon  vin  blanc  par  l’espace  de 
douze  heures,  dessus  des  cendres 
chaudes , puis  les  ferez  distiller  en 
alambic  de  verre.  En  ceste  eau  fau- 
dra tremper  souuent  vne  esponge,  la- 

i La  fin  de  cette  phrase,  depuis  ces  mots  : 
car  la  bonne  odeur , etc.,  manque  dans  les 
premières  éditions,  et  n’a  été  ajoutée  qu  en 
1686. 


LE  VINGT-QVATRIEME  LIVRE, 


396 

quelle  sera  mise  en  vn  mouchoir , ou 
en  vne  boëlte,  et  flairer  souuent. 

Autre. 

7f.  Aquæ  iosar.  et  areti  rosati  ana  iiij. 

Caph.  g . vj. 

The.  3.  6. 

Fa  h es  dissoudre  le  tout  ensemble  et 
le  mettez  en  vne  phiole  de  verre,  et  le 
faites  sentir  souuent  au  malade  , ou 
vne  esporige  ou  mouchoir  imbus  en 
ceste  mixtion.  Aussi  on  pourra  à ccste 
intention  vser  de  ce  noüet , lequel  est 
de  bonne  odeur  et  bien  expérimenté: 

if.  Rosar.  p.  i j . 

Ireos  Florenliæ  § . fi  . 

Calaini  aromatici , cinnamomi,  earyo- 
|>tiy II.  ana  3.  ij. 

Styracis  calamitæ,  benioin  ana  3.  j.  fi. 

Cyperi  3.  fi . 

Redigantur  in  pulucrem  crassiorcin , et  Cat 

nodulus  inter  duas  syndones. 

Ledit  noiiet  doit  eslre  de  la  grosseur 
d’vnesleuf,  et  le  faut  laisser  tousiours 
tremper  en  huit  onces  de  bonne  eau 
rose,  et  deux  onces  de  vinaigre  rosat  : 
et  le  baillerez  souuent  à odorer  au 
malade. 

Nous  délions  bien  obseruer  que, 
selon  la  diuersilé  des  temps,  il  faut 
diuersifier  les  parfums  : car  en  esté 
ne  faut  vser  de  musc  , ciuetie , styrax 
calamite,  benioin,  iris,  ny  pareilles 
odeurs  fortes,  pour  les  causes  que 
nous  auons  dites  cy  dessus  : mais  en 
hyuer,  l’air  estant  froid  et  humide, 
gros  et  nébuleux,  on  en  peut  vser. 
D’auantage  il  faut  noter  que  les  fem- 
mes sujettes  à suffbcat  on  de  la  ma- 
trice, et  les  febricilans , et  ceux  qui 
ont  grande  douleur  de  leste,  ne  doi- 
uent  vser  de  parfums  et  odeurs  fortes, 
mais  de  doux  et  bénins,  à fin  qu'ils 
ne  leur  puissent  aucunement  nuire  : 


partant  ils  pourront  vser  d’eau  rose 
et  vinaigre,  et  bien  peu  de  camphre, 
et  doux  de  girofle  concassés. 


CHAPITRE  XXII. 

DV  REGIME  ET  MANIERE  DE  VIVRE  DV 

MALADE,  ET  PREMIEREMENT  DV  MAN- 
GER. 

En  teste  maladie  pestilente  la  ma- 
niéré de  viure  doit  eslre  réfrigérante 
et  desseichante , et  ne  faut  tenir  vne 
diele  fort  ténue,  mais  au  contraire 
est  necessaire  que  les  malades  se  nour- 
rissent  assez  copieusement  de  bons 
alimens  : ce  que  plusieurs  doctes  Mé- 
decins approu  uent , et  tiennent  que  la 
maniéré  de  viure  ténue  est  domma- 
geable aux  pestiférés,  à cause  delà 
grande  résolution  d’esprits  et  débili- 
tation des  forces  naturelles  qui  est 
faite  par  icelle  maladie,  et  fait  com- 
munément troubler  le  cerueau , ren- 
dant les  malades  , frénétiques  , ioint 
aussi  qu’ils  syncopisent  souuent.  Pour 
à quoy  obuier,  faut  vser  de  grande 
et  subite  réparation,  par  alimens  de 
bonne  substance  : ce  que  l’experience 
nous  a enseigné  : car  ceux  qui  en 
ceste  maladie  ont  vsé  d’vne  maniéré 
de  viure  assez  ample,  sont  plustost 
eschappés  que  les  autres  , ausquels 
on  a fait  tenir  liele  ténue  : et  parlant 
on  y prendra  garde.  D’auanlage  faut 
euiter  les  viandes  douces,  humides, 
crasses  et  visqueuses, et  celles  qui  sont 
fort  ténues  : parce  que  les  douces 
s’enflamment  promptement,  les  hu- 
mides se  pourrissent,  les  crasses  et 
visqueuses  font  obstruction,  et  pro- 
uoquenl  les  humeurs  à pourriture  : 
celles  qui  sont  de  lénue  substance 
subtilienl  trop  les  humeurs,  et  leses- 
chauffent  et  enflamment,  et  font  esle- 


DE  LA  PESTE. 


lier  vapeurs  chaudes  et  acres  au  cer- 
ueau,  dont  la  fleure  et  autres  accidens 
s’accroissent.  Parquoy  les  viandes  sa- 
lées et  espicées , moustarde , ails , oi- 
gnons et  semblables,  et  généralement 
toutes  choses  qui  engendrent  mauuais 
nourrissement  ne  sont  propres.  D’a- 
uantage  leslegumes  seront  pareille- 
ment cuites,  parce  qu’ils  sont  ven- 
teux, et  causent  obstruction  : loutes- 
fois  leur  bouillon  n’est  à reietter, 
parce  qu’il  est  apéritif  et  diurétique. 
On  vsera  doneques  de  la  maniéré  de 
viure  qui  s’ensuit. 

Et  premièrement  le  pain  sera  bien 
leué  et  bien  cuit,  et  vn  peu  salé,  et  de 
bon  froment,  ou  de  meteil  : et  qu’il 
ne  soit  trop  rassis  ne  trop  tendre, 
mais  moyen  entre  deux.  On  vsera  de 
chair  qui  engendre  bon  aliment  et  fa- 
cile à digerer,  et  laisse  peu  d’excre- 
mens  : comme  soutiennes  moulons, 
veaux,  chcureaux,  lapereaux,  poulets, 
heloudeaux , perdreaux,  pigeon- 
neaux, griues,  aloüeltes,  cailles,  mer- 
les, tourterelles, francolins,  phaisans, 
et  generalement  tous  oiseaux  sauna- 
ges qu’on  a accouslumé  de  manger, 
excepté  ceux  qui  viuent  éseaux:  tous 
lesquels  seront  diucrsifîés  selon  le 
goust  et  la  puissance  de  la  bourse  du 
malade.  Et  faut  que  le  malade  mas- 
cbe  fort  ses  viandes  : pource  que  lors 
qu’elles  sont  bien  maschées,  elles  sont 
à demy  cuittes  cl  préparées , et  par 
ainsi  les  vapeurs  montent  moins  au 
cerueau.  La  saulce  d’icelles  sera  ver- 
jus, vinaigre,  jus  de  limons , orenges, 
citron  , grenades  aigres,  espine-vi- 
nelte,  groseilles  rouges  et  verdes, 
jus  d’ozeille  champeslre  et  domesti- 
que. Or  toutes  ces  choses  aceleuses 
sont  fort  louées,  parce  qu’elles  irri- 
tent l’appetit,  et  résistent  à la  cha- 
leur et  ébullition  de  la  fiéure  putride, 
et  gardent  que  la  viande  ne  se  cor- 


397 

rompe  en  l’estomach  : aussi  contra- 
rient à la  putréfaction  du  venin  et 
pourriture  des  humeurs,  mais  ceux 
qui  ont  mauuais  estomac!)  ou  viceaux 
poulinons,  en  vseront  moins  que  les 
autres,  ou  seront  corrigées  auecsuc- 
cre  et  canelle.  Et  quelquesfois  aussi 
le  malade  pourra  bien  manger  quel- 
ques viandes  boullues  auec  bonnes 
herbes,  comme  laictue,  pourpié,  sca- 
riole  , bourrache,  ozei'.le , houblon, 
buglosse,  cresson  , pimprenelle,  sou- 
cie , cerfueil,  tormenlille  , quinte- 
fueille,  scabieuse,  semences  froides, 
orge  et  auoine  mondés  , et  leurs  sem- 
blables, auec  vn  peu  desaflïan,  qui 
pareillement  en  tel  cas  est  souuerain, 
d’autant  qu’il  corrige  le  venin. 

Les  potages  ne  sont  à loüer,  si  ce 
n’est  en  petite  quantité,  à cause  de 
leur  grande  humidité  (ausquels  on 
fera  cuire  racines  et  semences  aperi- 
liues,  lesquelles  ont  vertu  de  prouo- 
quer  l’vriue  et  desopiler)  ny  pareil- 
lement les  choses  grasses  et  oléagi- 
neuses, parce  qu’elles  s’enflamment 
promptement.  Les  câpres  sont  bon- 
nes, à cause  qu’elles  aiguisent  l’ap- 
petit  et  desopilent,  et  doiuent  eslre 
bien  dessalées  et  mangées,  au  com- 
mencement du  repas,  auec  vn  bien 
lieu  d’huile  d’oiiue  et  vinaigre  : on  en 
peut  pareillement  vscr  en  potages. 
Les  oliues,  prises  en  pelile  quantité, 
ne  sont  aussi  à reietter.  Aux  iours 
maigres , si  le  malade  est  scrupuleux 
et  friant  de  poisson  ( ce  que  ie  n’ap- 
prouue,  pour-ce  qu’il  est  facile  à se 
corrompre  et  engendrer  mauuais  suc) 
il  en  pourra  vser  : mais  on  luy  efllra 
les  moins  nuisibles,  comme  sont  les 
saxatiles,  c’est  à dire  viuans  en  eau 
claire,  où  il  y a force  grauier,  pier- 
res et  rochers  : aussi  ceux  qui  sont 
friables,  c’est  à dire  aisés  à commi- 
nuer  et  froisser,  comme  truicles,  bro- 


398 

chefs,  gardons,  perches,  dars,  loches, 
escreuisses  principalement  estouffées 
en  laicl,  tortues,  et  autres  sembla- 
bles. Quant  aux  poissons  de  mer,  il 
pourra  vser  de  dorades,  rougets, 
gournauds,  merlus,  celerins,  sardi- 
nes fraîches  et  non  salées , mulots, 
merlans,  esperlans,  aigrefins,  tur- 
bots, et  leurs  semblables,  lesquels  se- 
rontcuits  en  eau  et  vinaigre,  et  bonnes 
herbes.  Aussi  les  œufs  pochés  en  eau, 
mangés  auec  jus  d’ozeille  et  autres 
cy  dessus  mentionnés  leur  seront 
propres.  L’orge  mondé  auquel  on 
mettra  graine  de  grenades  aigres,  est 
pareillement  fort  excellent  en  tel 
cas,  pour-ce  qu’il  est  de  facile  diges- 
tion et  de  bonne  nourriture  : aussi 
qu’il  rafraîchit,  humecte,  deterge  et 
laschc  vn  peu  le  ventre.  On  y pourra 
adiouster  de  la  graine  de  pauot  et  se- 
mences de  melons,  si  la  fleure  est 
grande.  Toutesfois  aucuns  ne  le  peu- 
uent  digerer,  et  leur  cause  vnc  nau- 
sée et  douleur  de  teste  : et  à tels  ne 
leur  en  sera  baillé  aucunement,  mais 
en  lieu  d’iceluy  on  lenrdonn  ra  pa 
nades,  ou  pain  gratté  auec  bouillon 
de  chapon  , auquel  on  fera  bouillir 
lesherbescy  dessus  mentionnées,  auec 
des  semences  froides. 

Quant  aux  fruits,  le  malade  pourra 
vser  de  raisins  desseichés  et  confits 
entre  deux  plats  auec  eau  rose  et 
succre,  pruneaux  de  Damas  aigrels, 
figues,  cerises  aigrettes,  pommes  de 
court -pendu  , poires  de  bon-chres- 
tien,  et  autres  tels  bons  fruits.  Et 
après  le  repas,  on  luy  donnera  coings 
cuits  sur  la  braize,  ou  cotignac,  ou 
conserue  de  roses,  de  buglose,  vio- 
lettes, bourrache,  et  leurs  sembla- 
bles, ou  cesle  poudre  cordiale  : 


Coriandri  præparati  3.  Ij. 

Margaritarùm  electirum,  rosarum,  ra- 
suræ  cboiis,  cornu  cerui  ana  3.  £J. 
Carabes  3 . ij. 

Cinnamomi  3 . j. 

Et  ossis  de  corde  cerui  3.  fi. 

Sacchari  rosati  5 . iiij. 

Fiat  puluis  : vtatur  post  pastum. 

Si  le  malade  est  fort  debile,  on  luy 
donnera  de  la  gelée  faite  de  chapon 
et  veau,  y faisant  bouillir  eau  d’ozeil- 
le, de  chardon  benist,  bourrache,  et 
vn  peu  de  vinaigre  rosat,  canelle, 
succre,  et  autres  choses  qu’on  verra 
estre  necessaires.  La  nuit  ne  faut  es- 
tre  dégarni  de  quelques  bons  pres- 
sis  et  bouillons  (y  adioustant  vn  peu 
de  jus  de  citron  ou  de  grenades  aigres) 
lesquels  en  ceste  maladie  sont  plus  à 
loüer  que  les  coulis,  à cause  qu’ils 
sont  trop  espa  s,  font  obstruction  aux 
veines  mesaraïques  et  capillaires  du 
foye,  et  causent  soif  pour  la  lardi- 
uelé  de  leur  distribution,  et  donnent 
peine  à l’eslomach  de  les  cuire  : lequel 
(comme  aussi  le  cœur  cl  autres  mem- 
bres nobles)  a assez  d’autres  empes- 
cbemens  à vaincre  son  ennemy.  Il 
n’est  aussi  impertinent  tenir  et  faire 
préparer  le  restaurant  qui  s’ensuit,  à 
fin  de  n’ennuyer  le  malade  d’vne 
•sorte  de  viandes,  mais  le  recreer  au- 
cunement  en  diuers  vsages  d’alimens: 
non  que  par  ce  moyen  on  luy  vueille 
rechercher  et  conciler  vn  appétit, 
mais  le  fortifier,  et  cependant  le  con- 
tenter en  quelque  façon,  et  luy  don- 
ner courage  de  résister  à sa  maladie  : 
partant  on  pourra  vser  de  cestuy-cy. 

Prenez  conserue  de  buglose,  bourrache,  vio- 
lettes de  Mars,  nénuphar  et  cichorée,  de 
chacun  deux  onces. 

Poudre  d’electuaire  de  diamargaritum 
froid  et  diatragacant  froid,  trochisques 
de  camphre,  de  chacun  trois  drachmes. 


LE  VINGT-QV  ATRIÉME  LIVRE  , 


DE  LA  PESTE. 


399 


Semence  de  citron  , chardon  benist,  et 
acelcuse,  racine  de  dictamne,  et  lor- 
menlille,  de  chacun  deux  dragmes. 

Eau  de  décoction  d’vn  ieune  ciiapon , 
six  liures. 

Meslez  auec  fueiiles  de  laictue , aceteuse, 
pourpié,  bugtose  et  bourrache  , de  cha- 
cun demie  poignée. 

Le  tout  soit  mis  en  vn  alembic  de 
verre,  auec  la  chair  de  deux  pou- 
lets et  deux  perdrix  : soit  faite  dis- 
tillation à petit  feu.  Puis  sera  pris 
demie  liure  de  la  distillation  prédite, 
auec  deux  onces  de  succre  blanc  et 
demi  dragme  de  canelle  : ces  choses 
soient  passées  par  la  manche  d’hip- 
pocras,  et  que  le  malade  en  boiue 
quand  il  aura  soif  : ou  qu’il  vse  de 
cesluy  suiuant. 

Prenezvn  vieil  chappon  et  vnjarretde  veau. 
Deux  perdrix  hachées. 

Canelle  entière,  deux  drachmes. 

Le  tout  mis  en  un  vaisseau  de  verre 
bien  estouppé  sans  aucune  autre  li- 
queur.et  soient  faits  bouillir  au  bain 
Marie  iusques  à ce  qu’ils  soient  par- 
faitement cuits1:  ou  en  un  vaisseau 
d’eslain  , qui  t’est  icy  représenté,  le- 
quel se  clost  à vis,  de  façon  que  nulle 
vapeur  ne  peut  sortir  dehors : et  est 
propre  pour  faire  restauraus,  et  po- 
tions vulnéraires,  et  décoction  de 
gaiac,  salseparille,  et  esquine,  et 
generalement  toutes  choses  qui  se 
doiuent  cuire  au  bain  Marie. 

1 La  phrase  s’arrêtait  là  dans  les  premiè- 
res éditions  , ou  plutôt  elle  se  continuait  di- 
rectement avec  la  phrase  qui  suit  la  figure  : 
car  pur  ce  moyen  la  chair  se  cuit  en  son  pro- 
pre jus,  etc.  La  figure  et  le  texte  qui  s’y  rap- 
porte se  trouvent  pour  la  première  fois  dans 
le  petit  Discours  de  la  peste  publié  en  1582 
à la  suite  des  Discourt  de  la  mamie  et  de  la 
licorne,  folio  55  ; et  ils  ont  été  repris  dans  la 
grande  édition  de  1585. 


Car  par  ce  moyen  la  chair  se  cuit 
en  son  propre  jus,  sans  que  le  feu  y 
porte  dommage  : puis  le  jus  soit  ex- 
primé dedans  des  presses  propres  à 
telle  chose.  Duquel  en  sera  donné 
vne  once  ou  plus  pour  chacune  fois  , 
auec  vn  peu  d’eaux  cordiales, comme 
eau  de  bourrache,  de  violettes,  de 
buglose,  de  scabieuse,  de  roses,  ou 
de  conseille  d’icelles,  et  du  triasan- 
tal , diamargarilum  frigidum , des- 
quelles on  en  dissoudra , et  en  sera 
donné  sonnent  au  malade,  àsçauoir, 
de  trois  heures  en  trois  heures , plus 
ou  moins , selon  que  le  malade  le 
pourra  digerer,  et  que  la  fleure  et 
autres  accidens  le  permettront  : car 
selon  que  la  fleure  sera  grande  ou 
diminuée,  il  faudra  diuersifier  les 
alimens,  tant  en  quantité  qu’en  qua- 
lité. Or  on  ordonne  les  reslaurans, 
coulis  et  pressis,et  eau  de  chair,  à 
ceux  qui  ont  l’estomach  debile,  et  ne 
peuuent  cuire  les  viandes.  Outre  plus, 
il  est  bon  de  manger  soutient  en  pe- 
tite quantité  confitures  aigrettes, 
comme  prunes, cerises,  et  autres  dont 
dous  auons  fait  mention  cy  dessus. 
Et  faut  du  tout  euiter  les  confitures 


400  LE  VINGT-QVATRIÉME  LIVRE 


douces  : car  (comme  nous  auons  dit 
cy  dessus)  toutes  choses  douces 
promptement  s’enflamment  en  nostre 
corps,  se  tournans  en  cholere,  et  sou- 
rient engendrent  obstruction  au  foye 
et  à la  râtelle. 

Et  faut  icy  noter,  qu'il  n’y  a point  de 
maladie  qui  débilité  tant  Nature  que 
fait  la  peste.  Parquoy  il  faut  donner 
à manger  au  malade  peu  et  souuent, 
selon  qu’on  verra  estre  necessaire, 
ayant  esgard  à lacouslume,  àl’aage, 
au  temps,  à la  région,  et  sur  toutes 
choses  à la  vertu  du  malade,  à lin  que 
le  venin  qui  a esté  chassé  et  expulsé 
aux  parties  extérieures  ne  soit  de 
rechef  attiré  au  dedans  par  inanition  : 
considéré  aussi  que  la  putréfaction 
veneneuse  corrompt,  altéré  et  dissipe 
les  esprits  vitaux  et  naturels,  lesquels 
doiuent  estre  souuent  restaurés  par 
manger  et  boire,  comme  nous  l’auons 
desia  aduerli  cy  deuant.  Toulesfois 
il  faut  prendre  garde  par  trop  man- 
ger on  ne  charge  le  malade  de  matière 
superflue  : parlant  en  ce  on  tiendra 
médiocrité.  Et  quand  l’appelit  sera 
venu  , il  ne  faut  différer  de  donner  à 
manger  et  boire,  tant  pour  les  causes 
susdiles^que  aussi  de  peur  que  l’esto- 
machnese  remplisse  d’humeurs  acres, 
bilieuses  et  ameres,  dont  s’ensuiuent 
plusieurs  extorsions  et  mordicalions 
en  iceluy,  inquiétude  et  priuation  de 
sommeil , rétention  des  excremens , 
lesquels  aussi  sont  faits  plus  acres  et 
mordicans.  D’auanlage , faut  auoir 
esgard  de  donner  en  hyuer  plus  à 
manger  qu’en  esté,  à cause  que  la  cha- 
leur naturelle  est  plus  grande.  Plus, 
ceux  qui  sont  de  eomplexion  froide, 
et  qui  ont  débilité  d’eslomach  , vse- 
ront  moins  de  choses  refrigerenles , 
ou  seront  corrigées  auecques  autres 
choses  chaudes,  comme  canelle, 
doux  de  girofle , muguelle,  macis, 
et  autres. 


Outre-plus,  ceux  qui  ont  grand  flux 
de  ventre  doiuent  vser  de  jus  de 
grenades,  tant  au  manger  qu’au 
boire.  Et  l’ordre  de  prendre  les  vian- 
des , c’est  que  les  liquides  et  de  facile 
digestion  seront  prises  deuant  les 
solides  et  plus  difficiles  à digerer. 
Et  ce  te  suffise  du  manger  du  ma- 
lade : à présent  il  nous  faut  traiter 
du  boire. 


CHAPITRE  XXIII. 

DV  BOIRE  DV  PESTIFERE  MALADE. 

Si  le  malade  a grande  fleure  et  ar- 
dente, il  ne  boira  aucunement  de  vin, 
s’il  ne  luy  suruient  défaillance  de 
cœur  : mais  en  lieu  d’iceluy  il  pourra 
boire  de  l’oxymel  fait  comme  s’ensuit. 

Vous  prendrez  la  quantité  que 
voudrez  de  la  meilleure  eau  que 
pourrez  recouurer,  et  pour  six  liures 
d’eau  y mettrez  quatre  onces  de  miel, 
et  le  ferez  boüjllir  en  l’escumant 
iusques  à la  consomption  de  la  troi- 
sième pal  lie  : puis  sera  coulé  , et  mis 
en  quelque  vaisseau  de  verre  : puis 
on  adioustera  trois  ou  quatre  onces 
de  vinaigre  : et  sera  aromatisé  de  ca- 
nelle fine. 

Pareillement  pourra  vser  de  l’hip- 
pocras  d’eau  fait  en  ceste  sorte. 

Prenez  vnc  quarte  d’eau  de  fontaine  -,  six 
onces  de  succrc,  deux  dragmes  de  ca- 
nelle, et  le  tout  ensemble  coulerez  par 
vne  manche  d’hippocras , sans  aucune- 
ment le  faire  bouillir. 

El  s’il  n’est  assez  doux  au  goust  du 
malade,  vous  y pourrez  adiouslcr 
d’auantage  de  succre,  ensemble,  un 
peu  de  jus  de  citron,  et  lors  mesme- 
menl  qu’il  demande  à boit  e. 


DE  LA  PESTE. 


Le  syrop  de  acctosilate  citri  emporte 
le  prix  entre  tous  les  autres  contre  la 
peste. 

Il  pourra  vser  du  iulep  qui  s’ensuit 
entre  les  repas  auec  eau  bouillie,  ou 
eau  d’ozeille,  de  laictues,  scabieuse 
et  b i glose,  de  chacune  égalé  portion, 
comme  : 

Prenez  jus  d’ozeille  bien  purifié,  demie  liure. 
Jus  de  laictues  aussi  bien  purifié,  qua- 
tre onces. 

Succre  fin , vne  liure. 

Clarifiez  le  tout  ensemble,  et  le  faites  bouil- 
lir à perfection  et  le  coulez  , y adioustant 
sur  la  fin  vn  peu  de  vinaigre  : et  en  vsera 
comme  dessus  est  dit. 

Et  s’il  n’est  aggreable  au  malade 
en  cesle  sorte,  vous  le  pourrez  faire 
en  la  maniéré  suiuanle. 

Prenez  quatre  onces  dudit  iulep 
clarifié  et  coulé,  et  le  meslez  auec 
vne  liure  desdites  eaux  cordiales,  et 
les  ferez  bouillir  ensemble  trois  ou 
quatre  boüillons,  et  estant  hors  du 
feu  y ielterez  vne  dragme  de  santal 
citrin,  et  demie  dragme  de  canelle 
concassée  : ce  fait,  le  coulerez  par  vne 
manche  d’hippocras,  et  estant  froid, 
en  baillerez  à boire  au  malade  auec 
jus  de  citron,  comme  dessus. 

Ceux  qui  ont  accoustumé  de  boire 
du  peré,  ou  du  pommé,  ou  de  la 
ceruoise  ou  biere , le  pourront  faire , 
pourueu  que  la  biere  soil  bonne, 
claire  et  deliée , et  le  peré  et  pommé 
faits  de  pommes  et  poires  aigres,  qui 
soient  bien  purifiées  : car  s’ils  estoient 
gros  et  troubles,  non  seulement  en- 
gendreroient  mauuaises  humeurs, 
mais  aussi  grandes  crudités  et  inflam- 
mations à l’estomach,  et  plusieurs 
obstructions,  dont  la  fiéure  se  pour- 
roit  augmenter,  et  par  conséquent 
faire  mauuais  accidens  : parquoy  ie 
conseille  n’en  vser  aucunement,  si  le 


4o  t 

malade  ne  le  desiroit,  et  fust  accous- 
tumé à boire  de  tels  breuuages. 

Pour  estancher  la  grande  soif,  et 
contrarier  à la  matière  putride  et  ve- 
neneuse,  on  donnera  à boire  au  ma- 
lade de  l’eau  et  vinaigre  faits  comme 
s’ensuit. 

Oxycrat  composé. 

Prenez  deux  liures  d’eau  de  fontaine , trois 
onces  de  vinaigre  blanc  ou  rouge,  qua- 
tre onces  de  succre  fin , deux  onces  de 
syrop  de  roses  : le  tout  soit  fait  bouillir 
vn  petit  bouillon,  et  en  soit  donné  à 
boire  au  malade. 

Ce  iulep  suiuant  est  pareillement 
propre  pour  donner  à ceux  qui  sont 
fort  febricitans, lequel  a vertu  de  ra- 
fraîchir le  cœur,  et  retient  en  bride 
la  fureur  du  venin,  et  garde  les  hu- 
meurs de  pourriture. 

Prenez  demie  once  de  jus  de  limons , et  au- 
tant de  citrons. 

Vin  de  grenades  aigres , deux  onces. 

Eau  de  petite  ozeille  et  eau  rose , de  cha- 
cune vne  once. 

Eau  de  fontaine  bouillie  tant  qu’il  sera 
besoin. 

Et  soit  fait  iulep,  duquel  en  sera  vsé  entre 
le  repas. 

Autre. 

Prenez  syrop  de  citrons  et  de  grozeilles  rou- 
ges appellées  ribes,  de  chacun  \ne  once. 
Eau  de  nénuphar,  quatre  onces. 

Eau  de  fontaine,  huit  onces. 

Et  de  ce  soit  fait  iulep  à boire  comme  des- 
sus. 

Autre. 

Prenez  syrop  de  nénuphar,  et  syrop  acetcux 
simple,  de  chacun  demie  once. 

Soient  dissoults  en  cinq  onces  d’eau  de  pe- 
tite ozeille,  et  vne  liure  d’eau  de  fon- 
taine , et  de  ce  soit  fait  iulep. 

Et  si  le  malade  estoit  ieune  , et  de 
température  chaude,  et  l’eslomach 
bon,  il  pourra  boire  de  bonne  eau 

26 


111. 


4 02  LE  YINGT-QY ATRIEME  LIVRE, 


froide  venant  d’vne  claire  et  viue 
fontaine  à grands  traits,  à fin  d’es- 
teindre  son  extreme  soif,  et  la  vehe- 
raente  fureur  et  ardeur  de  la  fiéure. 
le  dis  à grands  traits,  pource  que  s’il 
beuuoit  peu  et  souuent,  iamaissa  soif 
nepourroit  eslre  estanchée  ni  ta  cha- 
leur diminuée,  mais  plustost  se- 
roient  augmentées.  Ce  que  nous  con- 
noissops  par  l’exemple  du  mareschal, 
qui  voulant  escliauffer  le  fer  arrouse 
son  feu  auec  vne  escouuelte  , et  par 
ce  la  vertu  du  feu  en  est  rendue  plus 
chaude  et  ardente  : et  lors  qu’il  le 
veut  esteindre , il  iette  bonne  quan- 
tité d’eau  dessus,  qui  fait  que  le  feu 
en  est  suffoqué  et  du  tout  esteinl  : 
aussi  le  pauure  fébricitant  altéré 
d’vne  extreme  soif,  lors  qu'on  luy 
donne  vu  grandirait  d’eau  fraiche, 
par  ce  moyen  on  lui  suffoque  sa  ve- 
hemente  chaleur  et  désir  de  boire. 
Et  en  telle  extreme  soif  ne  faut  tenir 
mesure  du  boire  : et  où  le  malade  vo- 
mira après,  il  n’y  aura  pas  grand 
danger  : et  cecy  est  mesme  approuué 
de  Celse  >,  qui  dit,  qu’aprés  que  l’eau 
froide  aura  réfrigéré  les  parties  inté- 
rieures , il  la  couuient  vomir  : ce  que 
toutcsfois  aucuns  ne  font  pas,  mais 
en  vsent  comme  de  médicament. 

D’auanlage,  le  malade  tiendra  en  sa 

bouche  ces  trochisques1 2  : 

/ 

Seminis  psyllij  3.  ij. 

Seminis  cittioniorum  3.j.  £>. 

Sacchari  candi  in  aqua  rosar.  dissol.  § .j. 
Misce  : fiant  trochisci  lupinis  similes  : teneat 

sempcr  in  ore. 

Ces  trochisques  humectent  gran- 
dement la  bouche  du  malade.  Aussi 
pour  appaiser  la  soif,  on  pourra  faire 
tenir  en  la  bouche  vn  morceau  de 

1 Celse,  liur.  3.  chap.  7.  — A.  P. 

2 Cette  formule  a été  ajoutée  en  1585. 


melon , ou  concombre , ou  courge , 
ou  quelques  fueilles  de  laictues,  ou 
d’ozeille,ou  pourpié  trempé  en  eau 
froide,  et  le  renouueller  souuent.  11 
pourra  pareillement  y tenir  des  les- 
ches  de  citron  vn  peu  succrées  et  as- 
pergées d’eau  rose  : semblablement 
aussi  des  grains  de  grenades  aigres. 
Oulre-plus,  le  vinaigre  mixtionné 
auec  eau,  ainsi  qu’on  le  préparé  de- 
dans les  galeres  pourboire,  refroidit 
et  garde  de  pourriture,  fait  passer  et 
descendre  l’eau  parles  parties, dissipe 
les  obstructions,  et  estanche  mer- 
ueilleusement  la  soif,  par  la  vertu  de 
sa  froideur  et  acidité  : aussi  il  résisté 
et  amortit  beaucoup  l’ebullilion  des 
humeurs  qui  causent  la  fiéure  pu- 
tride. Pareillement  les  syrops  sui- 
uans  sont  propres, comme  aceteux, 
de  nénuphar,  violât,  de  pipauere, 
de  limons,  citrons,  deribes,  berberis 
et  grenades,  L’vn  d’iceux  sera  battu 
et  mixtionné  auec  eau  bouillie , et  en 
sera  donné  à boire  aux  malades, 
comme  i’ay  cy  dessus  dit , moyennant 
qu’ils  n’ayenl  toux,  ny  crachats  de 
sang,  ou  le  sanglot,  ou  l’estomach 
debile  : car  alors  on  doit  du  tout  fuir 
telles  choses  aeeteuses. 

Or  encor  que  i’aye  cy  deuant  dé- 
fendu le  vin , i’enlendois  que  le  ma- 
lade fusl  ieune  et  robuste,  et  eust 
fiéure  ardente  : mais  s’il  esloit  vieil 
et  debile,  et  de  température  pitui- 
teuse, et  eust  accoustumé  de  boire 
lousiours  vin , aussi  qu’il  eus^  passé 
l’estai  de  sa  maladie,  et  n’eust  fiéure 
trop  grande  ne  ardente , il  peut  boire 
à ses  repas  vin  blanc  ou  clairet  fort 
trempé,  selon  la  force  du  vin  , et  la 
diuersité  des  chaleurs  du  temps.  Et 
ce  n’est  à reietter  : car  il  n’y  a rien 
qui  conforte  plustost  les  vertus,  et 
qui  augmente  et  reuiuifie  les  esprits 
que  fait  le  bon  vin,  et  partant  en  tel 


DE  LA.  PESTE. 


cas  en  faudra  donner  : et  à la  fin  de  la 
table  on  luy  donnera  quelque  petit 
vin  vermeil,  verdelet  et  astringent, 
à fin  qu’il  ferme  et  serre  l’orifice  de 
l’eslomach,  et  repousse  les  viandes 
au  profond,  aussi  qu'il  abbate  les  fu- 
mées qui  montent  à la  leste.  Et  pour 
ce  fait  on  donnera  pareillement  un 
peu  de  cotignac,  conserue  de  roses, 
ou  quelque  poudre  cordiale. 

Et  noteras  que  le  malade  ne  doit 
endurer  la  soif,  et  partant  gargari- 
sera souuent  sa  bouche  d’eau  et  vi- 
naigre, ou  vin  et  eau  , et  en  lauera 
pareillement  la  face  et  ses  mains  : car 
telle  lotion  resioüitet  fortifie  les  ver- 
tus 

Si  le  malade  a flux  de  ventre,  il 
boira  de  l’eau  ferrée  , auec  quelques 
syrops  astringens:  aussi  le  laict  bouil- 
li. auquel  on  aura  esleint  des  cailloux 
par  plusieurs  fois,  luy  sera  fort  vtile. 
Quant  à ceux  qui  ont  la  langue  sei- 
che et  raboteuse,  et  toutes  les  parties 
de  la  bouche  desseichées,  pour  la 
leur  rafraîchir  et  adoucir,  on  leur 
fera  lauer  souuent  la  bouche  d’eau 
mucilagineuse  faite  de  semences  de 
coings  et  de  psyllium,  auec  eau  de 
plantin  et  de  roses,  et  un  peu  de 
camphre  : puis  après  l’auoir  lauéeet 
humectée,  il  la  faut  nettoyer  auec 
vne  ralissoire,  puis  l’oindre  d’vn  peu 
d’huile  d’amendes  douces  tirée  sans 
feu  , meslée  auec  du  syrop  violât.  Et 
s’il  suruenoit  quelques  vlceres  en  la 
bouche , on  les  touchera  d’eau  de  su- 
blimé , ou  eau  forte  qui  aura  serui 
aux  orféures  : aussi  on  fera  des  gar- 
garismes, et  autres  choses  neces- 
saires. 

Election  de  la  bonne  eau  1. 

H y a plusieurs  malades,  et  aussi 
des  sains , qui  iamais  pour  leur  breu- 

1 Cet  article  a été  ajouté  en  1579;  bien 


4o3 

uage  ne  veulent  et  ne  peuuenl  boire 
autre  breuuage  que  la  seule  eau.  A 
cesle  cause,  vouloir  m’a  pris  en  cest 
endroit  monslrer  par  escril  la  bonne 
eau  remarquée  par  les  anciens  : et 
est  bien  necessaire  la  connoistre,  veu 
que  noslre  vie  consiste  la  plus  grand 
part  en  l’vsage  d’icelle  : car  c’est  le 
principal  breuuage,  ioint  que  le  pain 
que  nous  mangeons  en  est  peslri,  et 
la  plus  part  des  viandes  apprestées 
et  cuilles. 

Or  la  meilleure  est  celle  de  pluye 
qui  tombe  en  Esté,  et  gardée  en  vne 
bonne  cisterne.  Après  est  celle  des 
fontaines,  qui  descend  des  monta- 
gnes, et  découlé  par  dedans  les  pier- 
res et  rochers.  Puis  l’eau  des  puits, 
ou  celle  qui  sourd  au  bas  d’vue  mon- 
tagne. Celle  de  la  riuiere  est  pareille- 
ment bonne,  prise  au  fil  courant  d’i- 
celle , entre  deux  eaux.  Celle  des 
estangs  ou  marais  est  mauuaise.et 
principalement  celle  qui  ne  court 
point  est  tres-pernicieuse  et  pesti- 
lente,  à cause  qu’en  icelle  naissent 
plusieurs  animaux  venimeux,  comme 
couleuures.  crapaux,  vers,  et  autres. 
Celle  de  neige  et  de  glace  est  aussi 
mal  saine,  à cause  de  sa  grande  froi- 
deur et  terreslrilé.  Et  quant  à l’eau 
des  puits  et  des  fontaines,  laquelle 
est  lousiours  ou  le  plus  souuent  trou- 
uée  bonne,  sa  bonté  sera  couneué  , 
si  elle  n’a  aucune  saueur,  odeur, 
ny  couleur , neanlmoins  bien  claire 
comme  l’air  serain.  Elle  doit  estre 
liede  en  Hyuer,  et  froide  en  Esté,  fa- 
cile à eschauffer,  et  subite  à refroidir  : 
en  laquelle  les  pois  el  les  féues  et  na- 
uets , et  autres  semblables  choses  se 

qu’il  ait  un  titre  spécial,  il  lient  de  trop 
près  à la  matière  traitée  dans  le  précédent 
chapitre  pour  qu’il  eût  été  utile  de  l’en  sé- 
parer. 


/i O 4 LE  V I N GT-Q V ATR l ÉM E LIVRE, 


cuisent  facilement.  Et  ceux  qui  en 
vsent  ont  la  voix  claire  et  la  poi- 
trine saine,  et  le  teint  du  visage  beau 
et  clair  : et  la  plus  legere  trouuée  au 
poids  est  la  meilleure. 


CHAPITRE  XXIV. 

DES  H1 EDICAMENS  ALEXITERES,  c’EST  A 

DIRE  CONTREPOISONS,  QVI  ONT  VEP.TV 

DE  CHASSER  LE  VENIN  PESTIFERE. 

Maintenant  il  est  temps  que  nous 
traitions  de  la  propre  curation  de 
ceste  maladie  pestilenle  , laquelle  est 
fort  difficile,  à cause  de  la  diuersitéet 
fallace  de  plusieurs  accidens  qui  la 
suiuent:  tellement  que  le  Médecin  et 
Chirurgien  à grande  difficulté  peu- 
uent-ils  iuger  et  connoislrc  si  le  ma- 
lade est  frappé  de  peste,  veu  mesme- 
ment  que  quelquesfois  il  n’aura 
qu’vne  petite  fiéurc,  à raison  que  ce 
venin  ne  sera  imprimé  en  humeur 
chaud  , et  partant  il  ne  se  disperse  et 
ne  se  fait  apparoislre  certainement, 
dont  aduient  que  le  pestiféré  meurt 
promptement , sans  aucune  cause 
manifesie  ou  signe  quelconque.  Par- 
quoy,  en  temps  de  peste,  ii  ne  faut 
prolonger  le  temps  en  cherchant  les 
vrais  signes  de  ceste  maladie  : car  bien 
souuent  on  seroit  deceu,  et  le  venin 
tuera  bien  tost  le  malade,  si  on  ne  se 
haste  de  luy  donner  promptement 
son  alexitere  ou  contrepoison.  A ceste 
cause,  lors  qu’on  verra  la  liéure  à 
quelqu’vn  en  temps  de  peste,  ii  faut 
présupposer  qu’eile  est  pestilentielle, 
attendu  mesmement  que  tant  que 
l’influence  venimeuse  de  l’air  durera, 
tout  l’humeur  superflu  est  facilement 
enuenimé. 

, Or  pour  commencer  la  curation, 


aucuns  sont  d’aduis  de  faire  la  sai- 
gnée, les  autres  de  donner  purgation, 
et  les  autres  de  donner  incontinent 
quelque  contrepoison  : mais  consi- 
dérant la  vehemence  de  ceste  mala- 
die, et  la  diuersité  et  fallace  des  acci- 
dens qui  la  suiuent , ausquels  faut 
subuenir,  en  contemplant  la  princi- 
pale partie,  qui  est  la  matière  verne- 
neuse  et  du  tout  ennemie  du  cœur, 
nous  sommes  d’aduis,  que  le  plus  ex- 
pédient est  de  donner  premièrement 
subitement  au  malade  quelque  médi- 
cament alexitere  et  cardiaque,  pour 
contrarier  et  résister  au  venin , non 
en  tant  qu’il  soit  chaud  ou  froid,  seo 
ou  humide  , mais  comme  ayant 
vue  propriété  occulte.  Car  si  c’estoit 
vne  intemperalure  seule  ou  compli- 
quée, elle  pourroit  estre  curée  auec 
medicamens  contrarians  par  vne 
seule  qualité,  ou  mislioDnés  suiuant 
les  remedes  escrits  et  appi  ouués  des 
anciens  et  modernes  : mais  nous 
voyons  que  par  tels  remedes  com- 
muns et  méthodiques,  tel  venin  ne 
peut  estre  vaincu  : parquoy  nous 
sommes  contraints  pour  la  curation 
venir  aux  medicamens  qui  opèrent 
par  vne  propriété  occujte , qui  ne 
peuuent  estre  expliqués  par  raison, 
mais  conneus  par  seule  expérience, 
comme  sont  les  alexileres  ou  antido- 
tes, c’est  à dire,  remedes  dédiés  con- 
tre les  venins 

Or  il  y en  a deux  sortes  : l’vne  qui 
arreste  et  rompt  la  vertu  du  venin 
par  sa  propriété  cachée  ou  particu- 
liere,  de  laquelle  on  ne  peut  donner 
raison  : l’autre  leielle  hors  du  corps, 
à sçauoir  par  vomissement,  flux  de 
ventre,  sueur,  et  autres  vacualions 
que  dirons  cy  après  : lesquels  estons 
contraires  aux  venins,  changent  et 
allèrent  tout  le  corps,  non  pas  (comme 
dit  laques  Greuin  en  son  liure  desVe- 


DE  LA.  PESTE. 


4o5 


vins)  qu’il  faille  entendre  que  leur 
substance  pénétré  et  passe  tout  le 
corps  : car  il  est  impossible  qu’en  si 
peu  de  temps  et  si  peu  de  matière 
qu’on  donne  pour  contrepoison, 
puisse  passer  vne  si  grosse  masse  de 
nostre  corps.  Mais  estant  en  l’esto- 
macb,  là  il  s’eschauffe  : puis  s’esle- 
uent  certaines  vapeurs  lesquelles  se 
communiquent  par  tout  le  corps,  de 
telle  sorte  que , soustenu  d’icelles,  il 
combat  par  sa  vertu  la  force  du  ve- 
nin en  quelque  part  qu’il  le  rencon- 
tre, le  maistrisantet  le  chassant  hors, 
non  seulement  par  sa  substance, 
mais  par  renuoy  de  ses  vertuset  qua- 
lités : comme  journellement  nous 
voyons  que  quand  nous  auons  pris 
des  pilules,  ou  quelque  medecine  la- 
xaliue,  neanlmoins  que  leur  sub- 
stance ou  matière  demeure  en  l’esto- 
mach,  leur  vertu  est  espandue  en 
toutes  les  parties  du  corps.  Ou  en 
peut  autant  dire  d“vn  clystere,  qui  es- 
tant dedans  les  intestins,  a puissance 
de  faire  reuulsion  des  humeurs  du 
cerueau  '.  Autre  exemple  : comme 
nous  voyons  de  l’emplastre  de  Vigo 
cum  mercurio,  qui  liquéfié  et  chasse 
le  virus  verollique  tant  par  sueurs, 
flux  de  ventre,  que  flux  de  bouche, 
sans  que  la  substance  du  mercure  en- 
tre aucunement  dedans  les  parties  in- 
térieures du  corps  : pareillement  les 
alexiteres  opèrent  en  nos  corps  en 
combattant  et  chassant  la  virulence 
du  venin.  Mais  ainsi  que  par  la  mor- 
sure d’vne  vipere,  ou  piqueure  d’vn 
scorpion,  ou  d’autre beste  veneneuse, 

'Galien,  lib.  2.  de  comp.  rned.  secundum 
locos.  — A.  P.  Cette  note  se  lit  pour  la  pre- 
mière fois  dans  l’édition  de  1598;  celles  de 
1579  et  1585  n’ofTrent  rien  de  semblable,- 
mais  dans  celles  de  15G8  et  1575  on  lisait 
dans  le  texte  : comme  lesmoigne  Galien  au 
lib.  5.  des  Simples,  chap.  19. 


vne  bien  petite  quantité  de  leur  venin 
fait  en  pende  temps  grande  mutation 
au  corps,  à cause  que  leur  qualité 
s’espand  par  toutes  les  parties,  et  les 
altéré  et  conueriit  en  sa  nature  , 
dont  la  mort  s’ensuit  si  on  n’y  met 
remede  : et  pareillement  vne  petite 
quantité  de  contrepoison  donné  en 
temps  et  heure,  abat  la  malice  du 
venin,  soit  appliqué  par  dehors,  ou 
donné  par  dedans.  Toutesfois  il  faut 
icy  noter,  que  l’alexitere  doit  estre 
plus  fort  que  le  venin,  à fin  qu’il  do- 
mine et  le  chasse  hors  : et  en  sera 
donné  deux  fois  le  iour,  et  partant  il 
en  faudra  vscr  en  plus  grande  quan- 
tité que  n'est  présupposé  estre  le  ve- 
nin, à fin  qu’il  le  domine.  Aussi  n’est- 
il  pas  bon  en  vser  en  trop  grande 
quantité,  de  peur  qu’il  ne  blesse  la 
nature  du  corps,  encores  qu’il  fust 
maislre  du  venin  : partant  on  y tien- 
dra médiocrité,  et  en  sera  continué 
iusqu’à  ce  qu’on  verra  les  accidens 
diminués  ou  du  tout  cessés. 

Or  les  alexiteres  ou  contrepoisons, 
sont  souuentesfois  faites  d’vne  partie 
de  venins  meslés  auec  autres  sim- 
ples en  quantité  bien  accommodée 
(comme  on  voit  en  la  composition  du 
theriaque,  qu'il  y entre  de  la  chau- 
de vipere),  à fin  qu’ils  ser aient  de  vé- 
hiculé ou  conduite  pour  les  mener  là 
par  où  est  le  venin  dans  le  corps, 
pource  qu’vn  venin  cherche  son  sem- 
blable, comme  aussi  font  toutes  cho- 
ses naturelles.  D’auantageil  se trouue 
des  venins  qui  sont  contrepoisons  les 
vns  des  autres,  voire  vn  venin  contre 
son  semblable , comme  on  voit  le 
scorpion  propre  contre  sa  piqueure. 
Mais  entre  tous  les  alexiteres  du  ve- 
nin pestiféré,  sont  principalement  le 
theriaque  et  melhridat , lesquels  on 
a conneu  résister  à la  malice  du  venin 
! en  fortifiant  le  cœur,  et  généralement 


4o6  LE  VINGT-OVATRIÉME  LIVRE 


(ous  les  esprits,  non  seulement  pris 
par  dedans,  mais  aussi  appliques  par 
dehors  , comme  sur  la  région  du 
cœur,  et  su  ries  bubons  et  charbons, 
et  vniuersellen  eut  par  tout  le  corps  : 
parce  qu’ils  attirent  le  venin  vers  eux 
par  vne  propriété  occulte  ( ainsi  tjue 
le  Magnes  atiire  le  fer,  et  l’Ambre  le 
feslu,  et  les  arbres  et  herbes  tirent  de 
la  terre  ce  qui  leur  est  familier),  et 
l’ayant  attiré  l’alterent,  corrompent 
et  mortifient  sa  virulence  et  vénéno- 
sité : ce  qui  est  bien  prouué  par  Ga- 
lien au  liure  des  Commodités  du  Thé- 
riaque : ioint  que  tous  les  anciens  ont 
tenu  pour  résolu,  qu’en  la  composi- 
tion d’iceux  y a vne  chose  merueil- 
leuse  et  conuenable  à la  forme  de 
l’esprit  vital.  Dequoy  nous  a fait  foy 
le  Roy  Mithridales , inuenteur  du 
metliridat,  lequel  en  ayant  pris  par 
long  vsage , ne  se  peusl  faire  mourir 
qu’aucc  peine  extreme  par  poison, 
pour  ne  tomber  entre  les  mains  des 
Romains  ses  ennemis  mortels  *.  El 
quant  au  lheriaque,  Galien  afferme 
qu’il  peut  guarir  de  la  morsure  d’vn 
chien  enragé,  estant  pris  auparauant 
que  le  venin  ait  saisi  les  parties  no- 
bles. 

Et  si  quelques-vns  me  vouloient 
mettre  en  auant  que  le  theriaque  et 
methridat,  et  plusieurs  autres  medi- 
camens  alexiteres  de  la  peste,  sont 
chauds,  et  qu’elle  commence  le  plus 
souuent  par  fleure  ardente  et  conti- 
nue, et  que  partant  tels  remedes  la 
pourvoient  augmenter  , et-  qu’estant 
augmentée  , nuiroient  plustost  aux 
malades,  qu  ils  ne  leur  profileroient  : 
A cela  ie  respons  et  confesse  qu’ils 
sont  chauds  : mais  d’autant  qu’ils 
résistent  au  venin  eslans  baillés  et 

1 Val.  Max.  li.  9.  chap.  2.  — A.  P.  Note  de 
1698. 


admis  par  proportion  conuenable, 
peu  uent  plus  aider  que  nuire  à la 
fiéure,  à laquelle  ne  faut  auoir  tant 
d’esgard  qu’à  sa  cause.  Vray  est  que 
quand  la  fiéure  est  fort  grande,  i!  les 
faut  meslerauec  choses  réfrigérantes, 
comme  trochisques  de  camphre  ( le- 
quel mesme  preserue  le  corps  de 
pourriture,  et  pource  est  commodé- 
ment moslé  és  antidotes  contre  la 
peste  ) syrop  de  limons,  citrons  , né- 
nuphar, eau  d’ozeille,  et  autres  sem- 
blables, et  au  reste  ne  choisir  vn 
methridat  ou  theriaque  trop  vieils  , 
ains  du  moyen  aage,  comme  de  qua- 
tre ans  . ou  recent,  comme  de  deux  : 
car  ainsi  elle  n eschautfe  pas  tant. 

Or  la  quantité  dudit  lheriaque  et 
methridat  se  doit  diuersifier  selon  les 
personnes  : car  les  forts  et  robustes  en 
pourront  prendre  la  quantité  d’vne 
dragme  ou  plus  : les  moyens,  demie  : 
et  quant  aux  enfans  qui  tettent  en- 
cores,  nous  en  parlerons  cy  après. 
Quand  le  malade  aura  pris  ledit  lhe- 
riaque ou  autre  alexdere,  faut  qu'il 
se  pourmene  quelque  espacede  temps, 
non  pas  toutesfois  comme  aucuns 
font  , lesquels  incontinent  qu'ils  se 
sentent  frappés  de  peste,  ne  cessent 
de  cheminer  tant  qu’ils  ne  se  peuuent 
soustenir  : ce  que  ie  n’approuue,  veu 
qu’iis  débilitent  par  trop  Nature,  la- 
quelle estant  ainsi  débilitée,  ne  peut 
vaincre  son  ennemy  pestiféré  : par- 
tant on  ne  doit  point  faire  ainsi,  mais 
y procéder  par  médiocrité.  Et  après 
que  le  malade  se  sera  pourmené,  il 
le  faut  mettre  dedans  vn  lit  chaude- 
ment, et  le  faire  bien  couurir,  et  luy 
appliquer  des  pierres  chaudes  aux 
pieds,  ou  bouteilles  remplies  d’eau 
chaude,  ondes  vessies,  et  le  faire 
Ires-bien  suer  : car  la  sueur  eu  tel 
cas  est  vne  des  vrayes  purgations  des 
humeurs  qui  causent  la  pesté  et  les 


DE  LA  PESTE. 


4 °7 

heures  : puis  soit  passé  par  dedans  la 
chausse  d’hippocras,  et  après  repassé 
auec  six  onces  de  succre  rosat , et  vn 
peu  de  lheriaque  : et  d’icelle  eau  es- 
tant vn  peu  chaud.e,  en  sera  donné 
plein  vn  verre,  ou  moins,  à boire  au 
malade  pour  le  faire  suer,  ü’auan- 
tage,  on  pourra  asseurément  prendre 
de  la  poudre  suiuante,  laquelle  est 
fort  singulière. 

if.  Foliorum  dictamni , rutæ  , radicis  lor- 
mentillæ,  betonicæ  ana  5.  15. 

Bol i armeniæ  præparati  § . j. 

Terra;  sigillatæ  3.  iij. 

Aloës  , myrrhæ  ana  § . 15 . 

Croci  orienlalis  3.  j. 

Mastiches  3.  ij. 


fiéures  putrides,  soient  chaudes  ou 
froides. 

Toutesfois  toute  sueur  n’est  pas 
profliable,  comme  il  appert  par  ce 
que  George  Agricola,  excellent  Mé- 
decin au  pays  d’Allemagne,  a escrit 
en  son  liuré  de  la  Peste,  où  il  asseure 
auoir  veu  vue  femme  de  Misne,  ayant 
la  peste,  suec  le  sang  par  la  teste  et 
la  poitrine  l’espace  de  trois  iours,  et 
ce  nohobstant  elle  décéda.  Aussi  An 
tbonius  Ëeriiuenius,  Médecin  floren- 
tin, au  liure  1.  cbap.  4.  dit  auoir  con- 
neu  vn  homme  assez  robuste,  aagé 
de  trente  six  ans,  lequel  tous  les  mois 
suoit  le  sang  par  les  pores  du  cuir, 
lequel  fut  gu  ad  par  section  de 
veine  J. 

Or  pour  retourner  à nostre  pro- 
pos, ce  qui  s’ensuit,  estant  pris  inté- 
rieurement, sera  bon  pour  prouoquer 
la  sueür. 

if.  Rnd.  chlnæ  in  talleolas  disseclæ  § . j.  15 . 

Gaiaci  § . ij. 

Corlicls  lamarisci  § . j. 

Rad.  artgelieæ  5.  ij. 

Rasuræ  cornu  cerui  § j. 

Baccarum  iuniperi  3.  iij. 

Le  tout  soit  mis  dans  vne  phiole  de 
vet  re,  tenant  de  cinq  à six  pintes,  et 
soient  mises  dans  ladite  phiole  quatre 
pintes  d’eau  de  riuiere , ou  d vne 
claire  fontaine:  et  soit  estoupée,  et 
laissé  en  infusion  toute  la  nuit  sur  les 
cendres  chaudes,  et  le  lendemain  soit 
bouilli  in  balneo  Marne  : et  au  cul 
du  chauderon  sera  mis  du  foin  ou 
feutre,  de  peur  que  ladite  bouteille 
ne  touche  au  fonds,  et  que  par  ce 
moyen  elle  ne  se  rompe.  L’ebullition 
se  fera  iusqu’à  la  consomption  de  la 
moitié  , qui  se  pourra  faire  en  six 

1 Cètie  histoire  de  Benivenius  est  une  ad- 
dition de  1585. 


Le  tout  soit  pùluerisé  selon  l’art, 
et  soit  faite  poudre  , de  laquelle  on 
baillera  au  malade  vne  dragme  dis- 
soute en  eau  rose,  ou  de  vinelte  sau- 
uage  : et  après  auoir  pris  ladite  pou- 
dre, il  se  pourmenera , puis  s’en  ira 
coucher,  et  se  fera  suer,  ainsi  qu’a- 
uons  dit  Pareillement  ceste  eau  est 
tres-excellente. 

if.  Radictim  gentianæ  et  cyperi  ana  3.  iij. 
Cardui  benedicti,  plrnpincllæana  m.j.  (5 . 
Oxalidis  agrestis  et  morsus  diaboli  ana 
P-  ij- 

Baccarum  hederæ  et  iuniperiana  §.  fi. 
Florum  buglossi , violarum,  et  rosarum 
rubrarum  ana  p.  ij. 

Le  tout  soit  mis  en  poudre  grossement, 
puis  le  ferez  tremper  en  vin  blanc  et  eau 
rose  par  l’espace  d’vne  nuit  seulement , 
et  après  on  y adioustera  : 

Boli  Armeniæ  § . j. 

Theriacæ  § . 15 . 

Cela  fait,  on  distillera  le  tout  au 
bain  marie , et  on  le  gardera  en  vne 
phiole  de  verre  bien  bouchée  : et 
lors  qu’on  en  voudra  prendre , on  y 
mettra  vn  bien  peu  de  canelle  et  saf« 


LE  VINGT-OVATRIEME  LIVRE, 


4<>8 

fran  : el  si  le  malade  est  délicat,  com- 
me sont  les  femmes  et  enfans,  on  y 
mettra  du  succre.  La  dose  sera  six 
onces  aux  robustes , aux  moyens 
trois,  et  aux  délicats  deux,  plus  ou 
moins,  selon  qu’on  verra  eslre  ne- 
cessaire. Et  après  l’auoir  prise,  on  se 
pourmenera  et  suera  comme  dessus. 

Les  eaux  theriacale  et  cordiale,  cy 
dessus  mentionnées,  sont  aussi  de 
merueilleux  effet  pour  ceste  inten- 
tion, et  en  faut  prendre  quatre,  cinq, 
ou  six  doigts  en  vn  verre.  Sembla- 
blement celle  qui  s’ensuit  est  bien  ap- 
prouuée. 

if..  Oxalidis  agrestis  minoris  m.  vj. 

Rutæ  p.  j. 

Pistentur  et  maeerentur  in  aceto  xxiiij. 

horarum  spatio,  addendo  theriacæ  §. 

iiij. 

Fiat  distillatio  in  baîneo  Mariæ. 

Et  incontinent  que  le  malade  se 
sentira  frappé,  il  en  boira  quatre  on- 
ces, plus  ou  moins,  selon  sa  vertu, 
puis  se  pourmenera  et  suera,  comme 
il  a esté  dit  cy  dessus.  Le  temps  de 
faire  cesser  la  sueur  est,  ou  qu’elle  se 
refroidisse,  ou  qu’on  ne  la  peut  plus 
endurer  par  foiblesse  ou  autrement  : 
alors  faut  essuyer  le  malade  auec 
linges  vn  peu  chauds.  Et  note  qu'il  ne 
le  faut  iamais  prouoquer  à la  sueur, 
l’estomach  estant  plein  1 : car  par 
ainsi  la  chaleur  est  dissipée  , ou  pour 
le  moins  reuoquée  du  ventricule  en 
l’habitude  du  corps,  dont  s’ensuit 
crudité. 

D’auantage,  faut  garder  le  ma- 
lade de  dormir  pendant  qu’il  suera,  et 
principalement  au  commencement 
qu’il  se  sent  frappé  et  atteint  de  ce 
mal  : parce  que  nostre  chaleur  na- 

1  La  phrase  finissait  ici  en  15G8;  le  reste 
est  de  1575. 


turelle  et  esprits  en  ce  faisant  se  reti- 
rent au  profond  du  corps , et  parlant 
le  venin  que  Nature  tasche  à chasser 
hors,  est  porté  au  cœur  et  autres 
parties  nobles  auec  iceux  : et  pour 
ceste  cause  faut  que  le  malade  fuye 
grandement  le  dormir  : ce  qui  se  fera 
en  l’entretenant  de  parolles  ioyeuses, 
luy  faisant  des  contes  pour  le  faire 
rire,  s'il  peut  : et  pour  ce  faire,  luy 
dire  et  asseurer  que  son  mal  n’est 
lien,  et  qu’il  sera  bien  tost  guari  : 
pareillement  on  fera  bruit  en  la 
chambre,  ouurant  les  portes  et  fe- 
nestres.  Et  si  pour  tout  cela  il  vouloit 
dormir,  on  luy  fera  des  frictions  as- 
pres,  et  luy  liera  les  bras  et  iambes 
assez  estroitement  : aussi  on  luy  ti- 
rera les  cbeueux  par  derrière  le  col, 
et  le  nez  , et  les  oreilles.  D’auantage 
on  dissoudra  du  casloreum  en  fort 
vinaigre  et  eau  de  vie,  et  on  luy  en 
appliquera  dedans  le  nez  et  les  oreil- 
les Ainsi  on  procédera  par  toutes 
maniérés  selon  la  grandeur  du  mal  et 
qualité  des  personnes,  à fin  que  le 
malade  ne  dorme,  et  principalement 
le  premier  iour,  iusques  à ce  que  Na- 
ture, aidée  par  les  remedes,  ait  ietté 
le  venin  du  dedans  au  dehors  par 
sueur,  vomissement,  ou  autrement. 
Donc  ne  suffit  defendre  seulement  le 
premier  iour,  mais  aussi  iusques  à ce 
qu’ils  ayent  passé  le  quatrième,  pen- 
dant lesquels  ne  leur  sera  permis  de 
dormir  que  deux  ou  trois  heures  par 
iour,  plus  ou  moins , selon  la  vertu  : 
car  en  ce  faut  tenir  médiocrité  (comme 
on  doit  faire  en  toutes  choses)  et  con- 
sidérer que  par  trop  veiller  les  es- 
prits se  dissipent,  dont  souuent  s’en- 
suit grande  débilitation  : et  Nature, 
estant  prosternée  et  abbatue,  ne  peut 
vaincre  son  aduersaire.  Partant  le 
Chirurgien  y aura  esgard  : car  si  les 
sains  sont  atténués  et  affoiblis  par 


DF,  LA  PESTE. 


veilles,  combien  plus  se  trouueront 
mal  ceux  qui  sont  malades , leurs 
forces  estant  ja  abbatues  et  dimi- 
nuées. 

Or  pour  conclure  nostre  propos, 
après  que  le  malade  aura  bien  sué, 
ii  le  faut  essuyer  et  changer  de  draps, 
et  ne  mangera  de  deux  ou  trois  heu- 
res après  : mais  pour  conforter  les 
vérins,  on  luy  pourra  donner  vn 
morceau  d’escorce  de  citron  confit , 
ou  de  la  consei  lle  de  roses,  ou  vne 
petite  roslie  trempée  en  bon  vin  , ou 
vn  mirabolan  confit , si  le  malade 
est  riche. 


CHAPITRE  XXV. 

» 

DES  EPITHEMES  OV  FOMENTATIONS,  POVR 

CORROBORER  LES  PARTIES  NOBLES. 

Entre  les  alexiteres  peuuent  estre 
référés  aucuns  remedes  locaux , c’est 
à dire  qu’on  applique  par  dehors, 
comme  epilhemes  cordiaux  et  hépa- 
tiques, desquels  faut  vser  dés  le  com- 
mencement ( toutesfois  après  auoir 
fait  quelques  euacuations  vniuer- 
selles)  s’il  est  besoin,  pour  munir  les 
parties  nobles  en  roborant  leurs 
vertus,  à fin  qu’ils  repoussent  les  va- 
peurs malignes  et  veneneuses  loing 
d’icelles. 

Lesepithemes  doiucnt  auoir  double 
faculté,  à sçauoir  d’escbauffer  et  re- 
froidir. Leur  froidure  sert  pour  réfri- 
gérer la  grande  chaleur  eslrange,  et 
leur  chaleur  est  cordiale,  parce  que 
les  medicamens  cordiaux  plus  com- 
munément sont  chauds  : et  partant 
ils  seront  changés  et  diuersifiés  selon 
l’ardeur  de  la  fiéure,  et  doiuent  estre 
appliqués  tiedes  auec  vne  piece  d’es- 
carlale,  ou  vn  drapeau  en  plusieurs 


4og 

doubles,  bien  délié,  ou  vne  esponge: 
desquels  seront  faites  fomentations, 
et  laissés  moüillés  sur  la  région  du 
j cœur  et  du  foye , pourueu  que  le 
charbon  11e  fust  en  ces  lieux  là  : 
pour-ce  qu’il  ne  faut  appliquer  sur 
iceux  aucuns  medicamens  repercus- 
sifs.  Tu  pourras  faire  lesuils  epilhe- 
mes selon  les  formulaires  qui  s’en- 
suiuent. 

if.  Aquaruin  rosarum,  plantaginis  cl  solani 
ana  g . iiij. 

Aquæ  acctosæ,  vini  granatorum  et  aceti 
ana  g . iij. 

Santali  rubri  et  coralli  rubri  puluerisali 
ana  3.  iij. 

Theriacæ  veteris  g.  fi. 

Caphuræ  3 . ij. 

Croci  3 . j. 

Caryopbyllorum  3.  (à. 

Misce , el  fiat  epithema. 

Autre  Epiilieme  fort  aisé  à faire. 

if  Aquaruin  rosarum  et  plantaginis  ana  g .x. 
Aceti  rosati  g . iiij. 

Caryophyllorum  , santali  rubri  et  coralli 
rubri  pulucrisati,  et  pulueris  diamarga- 
rili  frigidi  ana  3.  j.  fi . 

Caphuræ  et  inoschi  ana  3 . j. 

Fiat  epithema. 

Autre  Epiilieme. 

if.  Aquarum  rosarum  et  melissæ  ana  g . iiij. 
Aceti  rosati  g . iij. 

Santali  rubri  S.  j. 

Caryopbyllorum  3.  fi. 

Croci  3 . ij. 

Caphuræ  3 . j. 

Boli  Arrneniæ  , lerræ  sigillatæ,  zedoariæ 
ana  3.  j. 

Fiat  epithema. 

Autre. 

if.  Aceti  rosati  et  aquæ  rosarum  ana  tb.  fi 
Caphuræ  3.  fi. 

Theriacæ  et  mithridatij  ana  3.  j. 

Fiat  epithema. 


4lO  LE  VINGT-QVATRIÉME  LIVRE, 

^lutre. 


~îf.  Afjuarum  rosarum,  nenupharis,  bu- 
g'ossi,  acetosæ , aceti  rosali  ana.  tbft. 

Sanlüli  rubvi,  rosarum  rubrarum  ana 
3.  iij. 

Florurn  nenupharis,  violariæ,  caphuræ 
ana  3 û . 

Milhridalij  et  thcriaca:  ana  3.  ij. 

Toutes  ces  choses  seront  pilées  et 
incorporées  ensemble  : puis  quand  il 
faudra  en  vser,  on  en  mettra  dans 
quelque  vaisseau  pour  eslre  vn  peu 
eschauffé,  et  on  en  fomentera  le  cœur 
et  le  foye,  comme  dessus. 


CHAPITRE  XXVI. 

A SÇAVOIR  SI  LA  SAIGNÉE  ET  PVRGA- 
TION  SONT  NECESSAIRES  AV  COMMEN- 
CEMENT DE  LA  MALADIE  PESTILEN I E. 

Ayant  muni  le  cœur  de  medica 
meiis  alexiteres,  on  procédera  à la 
saignée  et  purgation,  s’il  en  est  be- 
soin : en  quoy  il  y a grand  different 
entre  les  Médecins,  desquels  aucuns 
commandent  la  saignée , les  autres  la 
défendent. 

Ceux  qui  la  commandent,  disent 
que  la  fiéure  pestilenle  est  communé- 
ment engendrée  au  sang  pour  la  ma- 
lignité du  venin  : lequel  sang  ainsi 
altéré  et  corrompu  pourrit  les  autres 
humeurs  , et  partant  concluent  qu’il 
conuient  saigner.  Ceux  qui  la  défen- 
dent, disent  que  le  plus  souuenl  le 
sang  n’est  point  corrompu,  mais  que 
ce  sont  les  autres  humeurs , et  par- 
tant concluent  qu’il  les  conuient  seu- 
lement purger.  Quant  à moy  , consi- 
dérant les  différences  de  peste  que 
i’ay  déclarées  par  cy  deuant,  à.sça- 
uoir  que  l’vne  prouient  du  vice;  de 
l’air,  et  l’autre  de  la  côrrupÏÏon7"dt*s 


humeurs,  et  que  le  venin  pestiféré 
s'espand  dedans  les  conduits  du  corps, 
et  de  là  aux  parties  principales  , 
comme  on  voit  par  les  apostemes  qui 
apparoissent  tantost  derrière  les  oreil- 
les, tanlost  aux  aisselles,  ou  aux  ai- 
nes, selon  que  le  cerueau  , le  cœur  et 
le  foye  sont  infectés  : duquel  venin 
procèdent  aussi  les  charbons  et  érup- 
tions aux  autres  parties  du  corps,  qui 
se  font  à cause  que  Nature  se  des- 
charge et  ielfe  hors  ledit  venin  aux 
cmonctoires  constitués  pour  receuoir 
les  excremens  des  membres  princi- 
paux : en  tel  cas  il  me  semble  qu’il 
faut  que  le  Chirurgien  aide  Nature  à 
faire  sa  descharge  où  elle  prétend , 
suiuant  la  doctrine  d’Hippocrates  *,et 
qu’il  suiue  le  mouuement  d’icelle, 
qui  se  fait  des  parties  intérieures  aux 
extérieures.  Parquoy  ne  faut  en  telle 
chose  purger  ny  saigner,  s’il  n’y  a 
grande  plénitude,  de  peur  d’inter- 
rompre le  mouuement  de  Nature,  et 
de  retirer  la  matière  veneneuse  au 
dedans  : ce  qui  est  ordinairement 
conneu  en  ceux  qui  ont  commence- 
ment de  bubons  vénériens  : car  lors 
qu’on  les  purge  ou  saigne,  on  est 
souuenlesfois  cause  qu’ils  ne  viennent 
à suppuration,  et  que  la  matière  vi- 
rulente se  retire  au  dedans  , dont  la 
verole  s’ensuit. 

Parquoy  au  commencement  des 
bubons,  charbons,  et  éruptions  pesti- 
férées, causées  seulement  dü  vice  de 
l’air , ne  faut  purger  ny  saigner,  mais 
suffira  de  munir  le  cœur  et  toutes  les 
parties  nobles  de  médecines  alexile- 
res , qui  ont  vertu  et  propriété  occtilte 
d’abattre  la  malignité  dtl  venin  tant 
par  dedans  que  par  dehors,  par  où 
elle  prétend  faire  sa  descharge.  Et 
note  ce  que  i’ay  dit  du  vice  de  l’air, 


1 Hippocrates,  Aph,  21,  liu.  1.  — A.  P. 


de  la  peste. 


parce  que  l’on  voit  ordinairement 
que  ceux  que  l’on  saigne  et  purge  en 
tel  cas,  sont  en  grand  péril  de  leurs 
personnes  : pour-ce  qu’ayant  vacué 
le  sang  et  les  esprits  contenus  auec 
luy , la  contagion  prouenanle  de  l’air 
pestiféré  est  plus  promptement  portée 
aux  poulmons  et  au  cœur,  et  est  ren- 
due plus  forte,  et  partant  elle  exerce 
plustost  sa  tyrannie.  Semblablement 
le  corps  estant  esmeu  par  grandes 
purgations, il  se  fait  promptement  re- 
solution des  esprits,  à cause  que  la 
chair  de  toute  l’habitude  du  corps  se 
liquéfié  et  consume  par  vne  grande 
vacuation. 

Sur  quoy  ie  te  veux  bien  aduertir 
de  ce  que  i’ay  obserué  au  voyage  de 
Bayonne,  que  i’ay  fait  auec  mon  Roy 
en  l’an  1565.  C’est  que  ie  me  suis 
enqtiis  des  Médecins,  Chirurgiens  et 
Barbiers  de  toutes  les  villes  où  nous 
auons  passé,  esquelles  la  peste  auoit 
esté,  comme  il  leur  estoit  aduenu 
d’auoir  saigné  les  pestiférés  : lesquels 
m’ont  attesté  que  presque  tous  ceux 
qu  on  auoit  saignés  et  grandement 
purges,  esloient  morts,  et  ceux  qui 
n’auoient  esté  saignés  ny  purgés , es- 
chappoient  presque  tous  : qui  fait  es- 
tre  vray-semblable quela peste  venoit 
du  vice  de  l’air , et  non  de  la  corrup- 
tion des  humeurs. 

Semblable  chose  auoit  desia  esté 
au  parauanl  obseruée  en  la  maladie 
nommée  Coqueluche , comme  i’ay  es- 
crit  cy  deuant  : car  alors  qu’on  pur- 
geoit  et  saignoit  ceux  qui  en  estoient 
espris , tant  s’en  faut  qu’on  les  fisl 
eschapper,  que  mesme  on  leur  ab- 
bregeoit  leur  vie,  et  en  mouroient 
plustost. 

Or  telle  chose  a esté  conneuë  par 
eiperience  , à sçauoir  après  la  mort 
de  plusieurs  : loulesfois  il  y a quelque 
raison , en  ce  qu’aucuns  ont  obserué , 


4t  1 

lors  que  la  peste  venoit  du  vice  de 
1 air,  les  bubons  et  charbons  le  plus 
souuenl  apparoistre  auparauant  la 
tiéure.  Donc  veu  que  l’experience  est 
iointe  auec  la  raison , il  ne  faut  indif- 
féremment, comme  l’on  fait  commu- 
nément, aussi  tosl  qu’on  voit  le  ma- 
lade frappé  de  peste,  luy  ordonner 
la  saignée,  ou  quelque  grande  pur- 
gation. : ce  qui  a esté  par  cy  deuant 
bien  souuent  cause  de  la  mort  d’vne 
infinité  de  personnes.  l’outesfois  s’il  y 
auoit  grande  repletion  ou  corruption 
d’humeurs,  au  commencement  de  la 
douleur  et  tumeur  du  bubon  et  char- 
bon pestiféré,  supposé  aussi  qu’il  n’y 
eust  que  bien  peu  de  matière  conioin- 
te , Nature  estant  encor  en  rut,  c’est 
à dire  en  son  mouuement  d’expeller 
ce  qui  la  moleste,  alors  on  doit  don- 
ner médicament  grandement  pur- 
geant. pour  ietler  hors  l’abondance 
et  plénitude  de  la  matière  veneneuse 
contenue  aux  humeurs  et  en  toute 
1 habitude  du  corps  ; et  ce  suiuanl 
l’Aphorisme  d'Hippocrates  qui  dit  , 
que  toutes  maladies  qui  sont  faites  de 
plénitude,  sont  curées  par  euacua- 
tion  *.  Plus  en  vn  autre  lieu  nous  en- 
seigne  qu’il  faut  donner  medecine  aux 
maladies  violen  tes  et  1res- aiguës,  voire 
le  mesme  iour , si  la  matière  est  tur- 
genle2  : car  en  telle  chose  il  est  dan- 
gereux de  retarder. 

Or  si  la  matière  est  turgente  en 
quantité,  qualité  et  mouuement, 
faut  tirer  vne  resolution  , qu’en 
la  peste  causée  du  vice  de  l’air,  auec 
plénitude  de  sang  et  d’humeurs,  la 
saignée  et  purgation  y sont  neces- 
saires. Parquoy  les  medicainens  by- 
percatharliques,  c’est  à dire,  qui  font 
operation  effrenée  par  propriété  oc- 

1 Hippocrates , Aph.  22.  liu.  2.  — A.  P. 

2 Aph.  10.  liu . 4.  — A.  P. 


4 I 2 LE  VINGT-QVAT 

culte  , comme  alexiteres  resistans  au 
venin  , sont  propres  pour  estre  bail- 
lés au  commencement  de  ce  mal , 
pou  ru  eu  que  Nature  soit  assez  forte: 
car  à ceux  qui  sont  constitués  au  La- 
zard de  leur  vie , et  au  danger  de 
mourir,  vaut  mieux  tenter  de  donner 
vu  fort  remede  que  de  la  sser  le  ma- 
lade despourueu  de  tout  aide,  estant 
à la  miséricorde  de  l’ennemy,  qui 
est  l’humeur  pestilent  : ce  qui  est 
aussi  approuué  de  Celse,  qui  dit  que 
d’autant  que  la  peste  est  vne  maladie 
liasliue  et  tempeslatiue,  faut  promp- 
tement vser  de  remedes,  mesmes  auec 
témérité1. 

Parquoy  faut  considérer  si  le  ma- 
lade pestiféré  a vne  fiéure  ardente  et 
grande  repletion  aux  conduits,  et  que 
la  vertu  soit  forte  : qui  se  peut  con- 
noistre , lors  que  les  veines  sont  fort 
pleines  et  estendues,  les  yeux  et  la 
face  grandement  enflammés  : aussi 
que  quelquesfois  a crachement  de 
sang  , auec  grande  pulsation  des  ar- 
tères des  temples,  douleur  au  gosier, 
difficulté  de  respirer,  espoinçonne- 
ment  par  tout  le  corps,  auec  tres- 
grande  pesanteur  et  lassitude  , les 
vrines  estans  rougeastres , troubles  et 
espaisses.  En  tel  cas,  faut  saigner 
promptement  pour  aider  Nature  à se 
descharger,  de  peur  qu'il  ne  se  face 
suffocation  de  la  chaleur  naturelle  , 
pour  la  trop  grande  abondance  de 
sang,  comme  la  mesche  s'esleint  en 
vne  lampe  lors  qu’il  y a trop  d’huile  : 
adonc  tu  ouuriras  plustost  la  \eine 
basilique  du  costé  senestre  que  du 
dextre,  à cause  que  le  cœur  et  la  râ- 
telle en  ceste  maladie  sont  fort  affec- 
tés : ettireras  du  sang  en  abondance, 
selon  que  verras  estre  necessaire , 
prenant  indication  sur  toutes  choses 

1 Celse,  tiu.  3.  chap.  7.  — A.  P. 


l’RlÉME  LIVRE, 

de  la  force  et  vertu  du  malade.  Et 
garderas  que  tu  ne  faces  la  saignée 
pendant  qu’il  y aura  frisson  de  fiéure, 
parce  que  la  chaleur  naturelle  et  les 
esprits  sont  retirés  au  dedans,  et  alors 
les  parties  externes  sont  vuides  de 
sang  , et  si  on  en  liroit  lors,  on  debi- 
literoit  grandement  les  vertus.  Aussi 
pendant  que  lu  saigneras  le  malade, 
tu  luy  feras  tenir  vn  grain  de  sel  en 
sa  bouche , ou  de  l’eau  froide , et  luy 
feras  sentir  du  vinaigre,  duquel  aussi 
luy  en  frotteras  le  nez , la  bouche  et 
les  temples,  de  peur  qu’il  ne  tombe 
en  syncope.  D’auantage,  il  ne  doit 
dormir  tost  après  la  saignée  : car  par 
le  dormir,  le  venin  et  chaleur  na- 
turelle se  retirent  au  centre  du  corps 
et  augmentent  la  chaleur  estrange  , 
dont  la  fiéure  et  autres  accidens  ac- 
croissent. 

Or  il  faut  icy  noter  qu’en  telle  re- 
pletion la  saignée  se  doit  faire  autre- 
ment en  fiéurepestilenle  simple,  qu’en 
celle  qui  est  accompagnée  d’vn  bubon 
ou  charbon  : car  s’il  y auoil  l’vn  ou 
tous  les  deux  conioints  auec  la  fiéure 
grande  et  furieuse,  alors  il  faudroit 
ouurir  la  veine  plus  proche  de  l’apos- 
teme  ou  charbon  , et  selon  la  rectitu- 
de des  fibres,  à fin  que  par  icelle  le 
sang  soit  tiré  eteuacué  plus  directe- 
ment : pour  autant  que  toute  rétrac- 
tion et  reuulsion  de  sang  infect  vers 
les  parties  nobles  est  defendue  de 
tous  bons  autheurs,  Médecins  et  Chi- 
rurgiens. Posons  donc  pour  exemple 
que  le  malade  ait  vne  grande  reple- 
tion , laquelle  surpasse  la  capacité 
des  veines  et  les  forces  naturelles,  ce 
que  les  Médecins  nomment  ad  vasa, 
et  ad  vires,  et  qu’il  ait  vn  aposteme 
pestiféré  ou  vn  charbon  és  parties  de 
la  leste  et  du  col , il  faut  que  la  sai- 
gnée soit  faite  de  la  veine  céphalique 
ou  médiane,  ou  de  l’vn  des  rameaux 


DE  LA.  P ESTE. 


d’icelle,  au  bras  qui  est  du  costé  ma- 
lade. Et  où  telles  veines  ne  pourront 
apparoistre  pour  cslre  ouuertes,  à 
cause  de  la  grande  quantité  dégraissé 
ou  autrement , il  faut  ouurir  celle  qui 
est  entre  le  pouce  et  le  second  doigt , 
ou  vne  autre  prochaine  et  plus  appa- 
rente, mettant  la  main  du  malade  en 
eau  chaude  : car  la  chaleur  de  l’eau 
fait  enfler  la  veine,  et  attire  le  sang 
du  profond  aux  parties  extérieures 
du  corps.  Et  si  l’aposfeme  est  sousles 
aisselles  ou  aux  enuirons , faut  aussi 
tirer  du  sang  de  la  veine  basilique  ou 
médiane  au  dessus  de  la  main.  Et  si 
la  tumeur  s’apparoist  aux  aines,  on 
ouurira  la  veine  poplilique,  qui  est 
au  milieu  du  jarret,  ou  la  veine  sa- 
phene,  qui  est  au-dessus  de  la  che- 
nille du  pied  de  dedans,  ou  vn  autre 
rameau  le  plus  apparent  qui  soit  sur 
le  pied,  et  tousiours  du  costé  mesme 
del’aposleme,  mettant  aussi  le  pied 
en  eau  chaude  pour  la  cause  dessus- 
dite. 

Et  sera  tiré  du  sang  selon  que  le 
malade  sera  ieune  et  robuste,  ayant 
les  veines  fortenflées,  et  autres  signes 
cy  dessus  mentionnés , lesquels  s’ils 
apparoissent  tous,  ou  la  plupart  d’i- 
ceux,  ne  faut  craindre  d’ouurir  la 
veine  : ce  qui  se  doit  faire  deuanl  le 
troisième  iour,  à cause  que  ceste  ma- 
ladie pestilenle  vient  promptement 
en  son  estât , voire  quelquesfois  en 
vinglquatre  heures.  Et  en  tirant  le 
sang , tu  considéreras  les  forces  du 
malade  , luy  touchant  le  pouls  , si  le 
Médecin  n’est  présent  : car  Galien  dit 
que  le  pouls  monstre  infailliblement 
la  vertu  et  force  du  malade.  Donc  il 
le  faut  toucher,  et  auoir  esgard  à sa 
mutation  et  inégalité  : et  s’il  est  trouué 
lent  et  petit , alors  on  doit  soudaine- 
ment cesser  et  cloi  re  la  veine , ou 
faire  la  saignée  à deux  ou  trois  fois , 


4 1 3 

si  la  force  manque.  Il  faut  bien  icy 
obseruer,  qu’aucuns  par  vne  timi- 
dité tombent  en  syncope deuant  qu’on 
leur  ait  tiré  vne  palette  de  sang  : 
parquoy  il  faut  connoistre  les  signes 
de  syncope  : qui  se  fera  par  vne  pe- 
tite sueur  qui  commence  à venir  au 
front,  et  mal  de  cœur,  comme  volonté 
de  vomir,  et  bien  souvent  d’aller  à la 
selle,  baaiilement  et  changement  de 
couleur,  les  léures  estans  pâlies  : et 
le  signe,  infaillible  ( comme  i’ay  dit  ) 
est  le  pouls  qui  sera  trouué  lent  et 
petit.  Et  lorsque  tels  signes  apparois- 
tront  ,faut  mettre  le  doigt  sur  le  per- 
tuis  de  la  veine,  tant  que  le  malade 
soit  plus  asseuré,  et  luy  donner  vne 
rostie  de  pain  trempée  en  vin , ou 
quelque  chose  de  semblable. 

Et  après  la  saignée  ainsi  faite  , on 
ne  laissera  de  donner  promptement 
à boire  au  malade  quelque  alexi- 
tere  ayant  vertu  et  puissance  de  vain  - 
crela  malignité  du  venin  et  le  chas- 
ser hors,  comme  pour  exemple,  du 
theriaque  ou  methridat  dissout  auec 
eau  d’ozeille  sauuage , ou  de  l’eau 
theriacale,  ou  autres  semblables  que 
nous  auons  cy  deuant  descrits.  Or 
c’est  assez  parlé  de  la  saignée , venons 
maintenant  à la  purgation. 


CHAPITRE  XXVII 

DES  MED1CAMENS  PVRGATIFS. 

Si  on  voit  que  la  purgation  soit  ne- 
cessaire par  les  intentions  susdites,  on 
y procédera  comme  la  chose  le  re- 
quiert, c'est  à sçauoir,  en  considé- 
rant que  c’est  icy  vne  maladie  vio- 
lente, laquelle  a besoin  de  remedes 
prompts  pour  combattre  et  vacuer  la 
pourrituredeshumeurshorsdu  corps. 


4l4  LE  VINGT-QVATRIEME  LIVRE 


Et  les  fautdiuersiGer  selon  qu’on  con- 
noislra  l’humeur  péchant  : aussi  en 
prenant  indication  du  tempérament 
du  malade,  de  l’aage,  couslume,  pays, 
saison  de  l’année,  sexe  , air  ambiens, 
el  plusieurs  autres  choses  semblables, 
qu’on  verra  estre  necessaires,  et  prin- 
cipalement de  la  vertu.  Partant  si  on 
voit  qu’il  soit  necessaire  que  le  ma- 
lade soit  purgé,  et  qu’il  soit  fort  ro 
buste  , on  luy  donnera  vne  dragme 
de  lheriaque,  auec  six  grains,  voire 
dix  grains  de  scammonée  en  poudre. 
On  peut  semblablement  bailler  des 
pilules  faites  ainsi. 

"if.  Thcriacæ  et  mithridalij  ana  3.  j. 

Sulphurisviuisubtiliterpuluerisati3.  6 . 

Diagredij  g . iiij. 

Fiant  pilulæ. 

Autres  pilules. 

If.  Aloës  3.  iij 

Myrrhge  croci  ana  3.  j. 

Ilellebori  albi,  azari  ana  3 . iiij. 

Cum  theriaca  veteri  fiat  massa,  capiat  3. 

iiij.  pro  dosi , tribus  Loris  ante  pastum. 

Les  pilules  de  Rufus,  dont  nous 
auons  parlé  cy  deuant,  sont  propres 
pour  donner  aux  moins  forts  el  ro- 
bustes pour  vn  remede  gracieux,  des- 
quelles faut  prendre  vne  dragme  en 
pilules  ou  potion. 

Les  anciens  ont  fort  loué  l’agaric , 
par  ce  qu’il  attire  les  humeurs  de 
tous  les  membres  , et  a vertu  appro- 
chante du  theriaque,  par-ce  qu’il 
renforce  le  cœur,  et  le  purge  de  tout 
venin  : on  en  peut  donner  deux  drag- 
mes  aux  robustes,  vne  aux  médiocres, 
et  demie  aux  délicats.  Et  par  ainsi 
selon  la  force  du  malade , en  sera 
donné  en  trochisques  et  bien  préparé. 
Et  vaut  mieux  qu’il  soit  baillé  en  dé- 
coction qu’en  substance,  par-ce  que 
quelquesfois  il  n’est  pas  bien  esleu  et 


préparé  : que  s’il  est  bien  esleu  et  pré- 
paré, on  le  peut  dire  estre  vne  méde- 
cine diuine  contre  la  peste  causée  par 
le  vice  des  humeurs , de  laquelle  plu- 
sieurs expériences  ont  esté  faites. 

Quelques  vns  approuuentel  recom- 
mandent fort  l’antimoine , alleguans 
plusieurs  expériences  qu’ils  ont  veu. 
Toutesfois,  par-ce  que  l’vsage  d’iceluy 
est  reprouué  par  messieurs  de  la  fa- 
culté de  Medecine , ie  me  deporteray 
d’en  rien  escrire  en  ce  lieu  b 

Maintenant  venons  aux  autres  re- 
medes,  desquels  on  vse  principale- 
ment lors  que  le  vice  gist  en  l’intem- 
peralurede  l’air  et  non  des  humeurs  : 
lesquels  ont  la  vertu  d’esmouuoir  les 
sueurs , lequel  remede  en  tel  cas  est 

1 C’est  ici  ie  fameux  endroitoù  Paré,  dans 
les  premières  éditions,  s’étendait  avec  tant 
de  complaisance  sur  l’usage  et  les  vertus  de 
l’antimoine.  A ce  propos,  il  importe  que  je 
revienne  sur  une  assertion  émise  dans  mon 
Introduction,  page  cci.xxui,  où  il  est  dit  que 
ce  morceau  fut  supprimé  dans  la  première 
édition  ries  OEuvres  complètes.  C’est  unecr- 
reur;  on  le  lit  en  1375  lout-à-fait  semblable 
au  texte  de  1508.  Ce  ne  fut  donc  qu’en  1579 
que  Paré  consentit  à le  supprimer,  sans 
doute  par  la  même  raison  qui  lui  avait  fait 
supprimer  le  livre  des  Fiéures,  et  pour  se 
remettre  en  paix  avec  la  Faculté.  L’auteur 
avait  laissé  cependant  en  d'autres  endroits 
de  ses  OEuvres  percer  l’opinion  qu’il  avait 
de  ce  remède:  ainsi  au  chap.  48  du  livre  de 
la  Génération , ainsi  encore  au  chap.  21  du 
livre  des  Venins  (voyez  tome  II,  page  745, 
et  tome  III,  page  312)  ; et  ces  courtes  phra- 
ses avaient  échappé  à la  censure  de  la  Fa- 
culté. Mais  on  ignorait  que  Paré  eût  eu 
l’occasion  de  se  prononcer  sur  une  question 
de  pratique  qui  agita  et  div  sa  les  médecins 
pendant  près  de  deux  siècles,  et  on  me  saura 
gré  d’avoir  reproduit  ce  long  passage  dans 
ceUe  nouvelle  édition  ; on  le  trouvera  sous 
le  titre  de  Chapitre  complementaire  à la  fia 
du  livre  de  la  Peste. 


DE  LA  PESTE. 


le  premier  et  plus  excellent  entre 
tous  autres  : entre  lesquels  celuy  qui 
s’ensuit , est  de  merueilleuse  vertu  , 
et  l’ay  entendu  de  messire  Matthias 
Rodler,  chancelier  de  monseigneur  le 
duc  Georges  , comte  Palatin,  homme 
de  bien  et  d’honneur,  demeurant  à 
Schimeren.  Lequel  m’a  depuis  n’a- 
gueres  escrit  qu’on  a esté  fort  vexé  de 
peste  en  Allemagne,  et  le  plus  grand 
et  singulier  rcmede  qu’ils  ayent  peu 
trouuer  (par  le  moyen  d vu  docte 
Médecin)  estoit  prendre  vne  brassée 
de  l’herbe  nommée  Armoise  et  de  la 
cendre  d’icelle  on  faisoit  de  la  lesiue 
auec  vne  quarte  d’eau  pure  , puis  on 
la  taisoit  bouillir  et  consumer  sur  le 
feu  dedans  vn  vaisseau  de  terre 
plombé,  iusqu’à  ce  qu’elle  delaissast 
vne  matière  espaisse  comme  sel,  et  de 
ce  on  faisoit  trochisques,  chacun  de 
la  pesanteur  d’vn  florin  d’or.  El  lors 
qu’on  se  sentoit  frappé  de  peste  , on 
faisoit  dissoudre  l’vn  desdils  trochis- 
ques , ou  deux  , plus  ou  moins , selon 
la  force  et  aage  des  malades,  auec 
quatre  ou  cinq  doigts  de  bon  vin  ou 
maluoisie  : puis  se  pourmenoient 
après  l'espace  de  demie  heure , et  se 
mettoienl  dans  le  lit , et  suoient  deux 
ou  trois  heures,  plus  ou  moins,  selon 
que  la  force  et  vertu  des  malades 
estoit  grande,  aussi  vomissoienl  et 
alloient  à la  selle,  comme  s’ils  eus- 
sent pris  de  l’antimoine  : et  par  ce 
remede,  ceux  qui  en  ont  vsé  aupara- 
vant que  le  venin  eust  saisi  le  cœur , 
sont  presque  tous  eschappés  : ce  que 
i ay  expérimenté  depuis  en  ceste  ville 
de  Paris,  auec  bonne  issue.  Les  an- 
ciens ont  fort  loué  l’Armoise  prise 
par  dedans  et  dehors,  contre  la  mor- 
sure des  serpens  : et  partant  est  à 
louer  donnée  à la  peste. 

Aussi  il  m’a  esléasseuré  par  maislre 
Gilbert  Eroüard  , docteur  en  Mede- 


4 1 5 

cine  à Montpellier,  que  luy  estant  en 
Sicile,  médecin  du  vice-roy  d’icelle 
prouince,  entra  en  familiarité  et  ami- 
tié auec  vn  Nauanois,  qui  auoil 
serai  auec  grande  reputalion  la  reli- 
gion de  Malle  l’espace  de  quarante 
ans  : lequel  estant  à Rhodes,  en  l'hos- 
pital de  ladite  religion  , pour  penser 
les  pestiférés,  à la  grande  instance  et 
prière  d’vn  patron  de  nauire  Ragu- 
sois,  malade  de  peste,  auroit  esté 
contraint  luy  permettre  de  boire  vn 
grand  plein  verre  de  saumure  d’an- 
chois, pour  ce  que  ledit  malade  disoit 
cela  estre  vn  singulier  remede  contre 
la  peste  : duquel  breuuage  , en  moins 
de  vingt  quatre  heures  après  l’auoir 
pris,  luy  ayant  succédé  vne  grande 
sueur,  se  trouua  sans  fiéure,  et  en- 
tièrement guar:  : et  asseuroit  ledit 
Nauan  ois  auoir  donné  depuis  ce  re- 
mede à plusieurs  qui  ont  esté  guaris. 
R’auantage , ledit  Eroüard  m’a  af- 
firmé, qu’ayant  oüy  ce  récit , il  en  « 
fait  l’experience  à plusieurs,  et  mesme 
en  a donné  à deux  enfans  de  monsieur 
de  la  Terrasse,  maistre  des  reques- 
les  du  roy,  qui  estoient  malades  de 
peste,  et  ont  esté  guaris.  Ile  l’effet  du- 
quel remede  luy  ayant  demandé  quelle 
raison  il  en  pourroit  donner,  il  m’al- 
legua  que  la  peste  n’est  autre  chose 
qu’vne  espece  de  putréfaction  et  cor- 
ruption insigne,  à laquelle  les  medi- 
camens  grandement  desseichans  sont 
propres  et  vtiles  : et  partant  le  sel 
( comme  estant  fort  excellent  à gar- 
der toutes  choses  suiettes  à corrup- 
tion) a force  et  vigueur  de  consumer 
l’indicible  putréfaction  où  le  venin 
pestilentiel  est  attaché.  Or  il  faut  icy 
au  ieune  Chirurgien  noter,  qu’il  ne 
faut  attribuer  ce  remede  aux  anchois, 
mais  du  tout  à la  salsilude. 

Aucuns  prennent  le  poids  d’vne 
dragme  de  semence  d’hiebles  mises 


Alt)  LE  VrNGT-QVATRjÉMlî  LIVRE 


en  infusion  en  vin  blanc , qui  fait 
presque  semblable  effet  que  l’anti- 
moine : ce  que  iesçay  par  expérience. 
Autres  prennent  vne  dragme  de  se- 
mence de  rue  pilée,  y meslans  le  gros 
d’vue  feue  de  theriaque,  et  donnent 
cela  à boire  au  malade  auec  quatre 
doigts  de  maluoisie.  Il  y en  a aussi  au- 
cuns qui  prennent  vne  poignée  de 
fueilles  et  sommités  de  genest,  et  les 
pilent  auec  demy-seplier  de  vin  blanc, 
et  le  donnent  à boire  : et  tosl  après 
les  malades  vomissent,  assellent  et 
suent  : ce  que  i’approuue,  d’autant 
qu’on  voit  par  expérience , que  ceux 
qui  sont  mords  de  bestes  veneneuses , 
lians  du  genest  dessus  la  morsure, 
ont  gardé  que  le  venin  ne  passe  plus 
auant.  Pareillement  on  en  donne  à 
boire,  pour  garder  que  le  venin  ne 
saisisse  le  cœur.  Autres  vsenl  de  raci- 
nes de  enula  campana , gentiane, 
tormenlille,  graine  d’escarlale  et  de 
genéure  , limure  d’iuoire  et  de  corne 
de  cerf,  prenans  de  chacun  d'iceux 
à la  volonté,  à sçauoir  demie  dragme 
pour  l’ordinaire  , et  le  tout  concassé 
et  mis  en  infusion  en  vin  blanc  et  eau 
de  vie  par  l’espace  de  vingtquatre 
heures  sur  les  cendres  chaudes , cou- 
lent le  tout,  et  d’icelle  colature  en 
donnent  trois  ou  quatre  doigts,  plus 
ou  moins , au  malade  de  peste  , selon 
qu’il  est  besoin  : puis  on  le  met  dedans 
le  lit,  et  on  le  couure  bien.  Icelle 
meslange  prouoque  beaucoup  la 
sueur,  et  chasse  le  venin  , d’autant 
qu’elle  est  cordiale,  et  a vne  grande 
euaporation  spiritueuse,  ioint  qu’elle 
est  alexitere,  comme  on  peut  voire 
par  ses  ingrediens. 

Aussi  la  potion  suiuante  a esté 
expérimentée  auec  heureux  succès,  et 
est  principalement  propre  pour  les 
rustiques. 


Prenez  moustarde  a re  (et  non  faicte  de 
mousl),  demi  once;  deslayez-la  en  vin 
blanc  et  vn  peu  d’eau  de  vie,  et  y ines- 
lez  le  gros  d’vne  feue  de  theriaque  ou 
nielhridat. 

Puis  l’ayant  beuë,  se  faut  pourme- 
ner  et  suer,  comme  dessus  est  dit. 

Pareillement  le  remede  suiuant  leur 
sera  conuenable.  Il  faut  prendre  vn 
gros  oignon  et  le  creuser,  et  y mettre 
du  theriaque  ou  methridat,  demie 
dragme  auec  vinaigre  , et  faire  cuire 
le  tout  ensemble,  puis  l’exprimer  : et 
deceon-en  baillera  à boire  au  ma- 
lade auec  eau  d’ozeille  ou  de  char- 
don benist,  ou  autre  eau  cordiale,  ou 
de  bon  vin  : puis  on  le  fera  pourme- 
ner  tant  et  si  peu  qu’il  sera  besoin, 
et  après  on  le  mettra  dans  vn  lit 
pour  suer,  comme  dessus  : ou  on  fera 
comme  s’ensuit 

Prenez  teste  d’ail  la  quantité  d’vne 
noix  assez  grosse,  vingt  fueilles  de 
rue  et  autant  d’esclaire,  qu’on  ap- 
pelle en  latin  Chelidonium  mains  : 
pilez  tout  auec  vin  blanc,  et  vn  peu 
d’eau  de  vie  , puis  exprimez  = et  en 
beuuez  cinq  ou  six  doigts.  Aucuns 
prennent  du  jus  d’esclaire  et  de  mau- 
ues,  tiré  auec  quatre  doigts  de  vi- 
naigre, qu’ils  boiuent  auec  deux 
doigts  d’huile  de  noix  : puis  se  pour- 
menenl  assez  longuement , et  tost 
après  vomissent,  et  leur  ventre  s'ou- 
ure,  et  vont  à la  selle  : et  par  ce 
moyen  sont  guarantis.  Autres  vsent 
de  fueilles  delaureole  desseichées , le 
poids  d’vn  escu,plusou  moins,  selon 
la  vertu  du  malade,  lesquelles  ils 
trempent  deux  iours  dedans  du  vi- 
naigre et  en  donnent  à boire  : cela 
les  fait  suer,  vomir  et  asselier,  et  par 
ce  moyen  chasse  le  venin  : qui  est  vn 
remede  plus  commode  lors  que  le  vice 


\ 


£>e  î,a  peste. 


est  aux  humeurs  , connue  aussi  sont 
les  suiuans  *. 

Matlhiole,  au  liure  de  la  Verole , dit 
que  la  poudre  de  mercure  donnée 
auec  vn  peu  de  suc  de  chardon  benist, 
ou  elecluaire  de  gemmis , chasse  la 
peste  deuant  qu’elle  soit  confirmée, 
en  faisant  vomir,  suer,  et  asseller. 
Outre-plus  ledit  Matlhiole  conseille 
de  donner  de  la  coupperose  dissoute 
en  eau  rose,  le  poids  d’vn  escu,  aux 
pestiférés,  parce  qu’elle  fait  vomir  et 
suer  et  asseller:  et  par  ce  moyen 
chasse  le  venin. 

Autres  donnent  de  l’huile  de  scor- 
pions en  petite  quantité  auec  vin 
blanc , laquelle  prouoque  grande- 
ment le  vomir,  et  peut  attirer  et  va- 
cuer  auec  soy  le  venin  pestiféré  : et 
mesmemenl  en  frottent  la  région  du 
cœur  , et  les  arteres  des  temples  et 

1 II  y a encore  eu  ici  un  retranchement, 
opéré  cette  fois  dès  1575  sur  le  texte  primi- 
tif; en  effet,  après  ce  paragraphe,  on  lisait  : 

« Aucuns  ne  craignent  à prendre  la  pe- 
santeur d vn  escu  de  poudre  de  mercure 
bien  calcinée  , et  la  mistionnent  auec  con- 
serue  de  roses  ou  cotignac  la  quantité  d’vnc 
drachme , et  la  donnent  à avaler  comme 
autres  pilules  : puis  font  pourmener  le  ma- 
lade, et  le  gardent  de  dormir  : et  certaine- 
ment la  dicte  poudre  fait  grande  euacualion 
tant  par  haut  que  par  bas,  et  Tait  ietter  di- 
uerses  couleurs  d’humeurs  par  les  selles,  ce 
que  i’ay  expérimenté  : aussi  Maihiole  le  con- 
firme au  livre  de  la  F erole,  disant  qu’icelle 
poudre  de  mercure,  donnée  auec  vn  peu  de 
suc  de  chardon  hencit,  etc.  » 

Je  ne  saurais  comprendre  pourquoi  Paré 
a supprimé  cette  mention  d’un  remède  qu’il 
dit  avoir  Iui-mème  expérimenté  ; mais,  quoi 
qu’il  en  soit,  on  est  frappé  de  voir  avec 
quelle  hardiesse  il  essayait  les  médicaments 
les  plus  nouveaux  et  les  plus  héroïques;  et 
l’on  comprend  qu’il  n’avaitpu  voir  employer  ^ 
autour  de  lui  l’antimoine  sans  chercher  à 
en  apprécier  directement  la  valeur. 

III. 


4 » 7 

(lu  poignet.  Et  d’au  tant  que  ce  venin 
peslilent  est  ennemy  mortel  de  Na- 
lute,  partant  il  faut  le  combattre, 
tant  par  qualités  manifestes,  que  par 
antidotes. 

O*  telles  grandes  euacuations  ne 
sont  louées  pour  cure  reguliere,  mais 
irreguliere,  et  ne  sont  aussi  à reiet- 
ter,  pour  ce  qu’ils  diuertissent  et  va- 
cuent  l’humeur  veneneux,  tant  par 
le  ventre,  vomissement,  que  par 
sueurs.  Et  ne  faut  vser  de  médecines 
trop  debiles  en  maladie  si  cruelle  et 
forte,  pource  qu’elles  ne  font  gueres 
d’action , ains  seulement  esmeuuent 
les  humeurs  sans  les  euacuer,  dont 
souuent  la  fiéure  s’augmente.  Et  par- 
lant si  on  connoist  que  tels  remedes 
puigatifs  n ayent  fait  suffisamment 
leui  deuoir , tu  les  dois  reïlerer  et 
augmenter:  car  (comme  nous  auons 
dit;,  aux  fortes  maladies  il  faut  vser 
de  forts  et  soudains  remedes  '.  Tou- 
tesfois  se  faut  donner  garde  que  la 
medecine  ne  soit  trop  forte,  parce 
qu’elle  prosterneroit  et  abbattroit  les 
vertus,  lesquelles  ne  pourroient  ba- 
tailler en  vn  mesme  temps  contre 
deux,  à sçauoir , contre  la  medecine 
et  le  venin  : et  par  ainsi  on  pourroit 
empescher  le  mouuement  de  Nature 
à ietter  le  venin  hors  : partant  sur 
toutes  choses  la  vertu  et  force  du 
malade  doit  estre  recommandée.  Et 
pour  ceste  cause , ie  conseille  que  les 
remedes  ainsi  forts  et  violens  ne  soient 
donnés  qu’aux  forts  et  robustes, 
comme  laboureurs,  mariniers,  cro- 
cheteurs,  chasseurs,  etautres  de  forte 
complexion,  si  ce  n’est  en  petite  quan- 
tité. Et  après  auoir  vsë  de  medica- 
mens  laxatifs,  il  faut  donner  des 
choses  qui  roborent  l’estomach , et 
repoussent  le  venin  du  cœur , et  ap- 

i Hippocrates,  Aph.  6.  lia.  I.  — A.  P. 

2? 


LE  VINGT-QVATRIÉME  LIVRE, 


4i8 

paisent  l’agitation  des  humeurs , 
comme  la  composition  d’alkermes,  ou 
autres  choses  cy  dessus  mentionnées 
au  chapitre  des  Alexileres. 


CHAPITRE  XXVIII. 

DES  ACCIDENS  ET  COMPLICATIONS  DES 
MALADIES  QVJ  ADVIENNENT  AVX  PES- 
TIFERES : ET  PREMIEREMENT  DE  LA 
DOVLEVR  DE  TESTE. 

Il  nous  conuient  à présent  traiter 
des  accidens  qui  le  plus  soutient 
aduiennent  en  ceste  delestable  ma- 
ladie , et  de  la  correction  d’iceux  : 
comme  sont  douleur  de  teste  et  de 
reins,  éruptions  et  pustules  faites  au 
cuir,  apostemes , charbons  , flux  de 
ventre,  et  vne  infinité  d’autres:  et 
commencerons  par  la  douleur  de 
teste,  laquelle  est  fort  commune  en 
ceste  maladie.  Car  si  le  venin  est  raui 
au  cerneau,  et  que  Nature  ne  l’ait 
peuexpeller,  a donc  aduitnt  en  iceluy 
et  en  ses  membranes  inflammation  , 
laquelle  venant  principalement  à 
saisir  et  occuper  la  partie  anterieure, 
le  sens  commun  et  imagination  se 
troublent  : si  c’est  au  milieu,  il  ne  ra- 
tiocine point  : et  si  c’est  en  la  partie 
postérieure, il  perd  sa  mémoire:  dont 
le  plus  souuent , par  faute  d’y  remé- 
dier , le  malade  tombe  en  déliré , 
frenesie,  manie  et  rage  : laquelle  ne 
vient  seulement  à cause  de  la  qualité 
chaude,  mais  par  vne  particulière 
malignité  du  venin. 

Or  ceste  douleur  si  grande  et  ex- 
trême prouient  d’vne  trop  grande  et 
abondante  quantité  de  sang,  et  de 
certaines  vapeurs  putrides  qui  mon- 
tent des  parties  inferieures  à la  teste. 
Qu’il  soit  vray,  on  leur  voit  la  face  et 
jes  yeux  fort  enflammés,  rouges  et 


larmoyons,  auec  grande  pesanteur  et 
chaleur  de  toute  la  teste  : partant  il 
faut  soigneusement  subuenirà  tel  ac- 
cident. 

Donc  pour  la  curation,  il  faut  pre- 
mièrement ouurir  le  ventre  parclys- 
teres,  et  après  saigner  la  veine  cé- 
phalique du  costé  auquel  sera  la 
plus  grande  douleur.  Et  si  pour  cela 
la  douleur  ne  cesse  pas,  alors  on  in- 
cisera les  arteres  des  temples  , et  on 
tirera  du  sang  selon  la  vehemence 
du  mal  et  la  vertu  du  malade.  Et 
ne  faut  différer  à ouurir  telles  arteres 
des  temples,  et  tirer  du  sang,  pour 
crainte  qu’aprés  on  ne  peust  estan- 
cher  le  sang  à cause  de  leur  mouue- 
ment  (qui  est  systolé  et  diastole,  c’est 
à dire  contraction  et  dilatation)  : car 
véritablement  ie  l’ay  fait  plusieurs 
fois,  et  n’ay  trouué  non  plus  de  dif- 
ficulté à l’estancher  que  des  veines  , 
ioint  aussi  qu’au  lendemain  on  trou- 
uoit  l’ouuerlure  aussi  tost  consolidée 
qu’es  veines.  Parquoy  ne  faut  crain- 
dre à inciser  lesdiles  arteres  : et  vous 
puis  asseurer  qu'on  voit  grand  effet 
du  sang  qui  est  vacué  par  icelles, 
voire  cent  fois  plus  que  des  veines  : 
qui  demonstrebien  que  la  matière  pu- 
tride et  vaporeuse  est  plus  contenue 
en  icelles  qu’és  veines  '. 

On  pourra  semblablement  prouo- 
quer  la  saignée  par  le  nez  , si  on  voit 
que  Nature  y tende  : car  elle  profile 
grandement  aux  obstructions  et  in- 
flammations du  cerueau  et  de  ses 
membranes,  et  peut  par  icelles  eslre 
vacué  beaucoup  de  sang  pourri  et 
corrompu:  car  par  telle  vacuation,  on 
voit  délires  et  fléures  ardentes  allégées 
et  du  tout  guaries  : ce  qui  est  aussi 

1 Comparez  ce  passage  surl’artériotomie  à 
ce  qu’il  en  a dit  au  chapitre  de  la  Migraine, 
tome  II , page  412. 


DE  LA  PESTE. 


prouué  par  Hippocrates  *,  disant  qu’à 
celny  qui  a grande  douleur  de  teste, 
la  boue,  eau,  ou  sang  découlant  parla 
bouclieetparlenez,6uparlesofeilles, 
guarit  la  maladie.  Parqiloy  faut  que 
le  chirurgien  aide  Nature  à ietter  hors 
ce  qui  luy  nuit  : à quoy  elle  par- 
uit  ndra , en  faisant  que  le  malade 
s’efforce  à moucher,  et  gratter  auec 
l’ongle  le  dedans  son  nez , ou  qu’il  se 
pique  auec  soye  de  porc,  et  qu'il 
tienne  sa  teste  en  bas,  à fin  d’ouurir 
quelque  veine  de  iaquelle  la  matière 
coniointese  peut  euacuer, 

Qdelquesfois  à aucuns  le  sang  s’es- 
coule  de  soy-mesme  , par  ce  qu’il  est 
chaud,  subtil  et  bilieux,  aussi  que 
Nature  veut  faire  sa  crise  : ce  que  i’ay 
veu  aduenir  à monsieur  de  Fontaine, 
cheualier  de  l’ordre  du  Roy  (su  Ma- 
jesté estant  à Bayonne),  lequel  auoit 
vne  fiéure  continue  et  peslilente,  ac- 
compagnée de  plusieurs  charbons  en 
diuerses  parties  du  corps,  et  fut  deux 
iours  sans  cesser  de  saigner  par  le 
nez  : et  par  iceluy  flux  sa  fiéure  cessa 
aued  vne  Ires-grande  sueur  : et  lost 
après  ses  charbons  suppurèrent,  et 
fut  par  moy  pensé , et  par  la  grâce 
de  Dieu  guari.  En  tel  cas  faut  laisser 
couler  ledit  flux  : mais  si  on  voyoit 
que  Nature  fust  desreiglée  et  iettast 
trop  de  sang, par  la  vuidange  duquel 
les  forces  s’affoiblissent  trop,  adonc 
il  doitestre  arresté,  tant  par  ligatures 
fortes  faites  aux  bras  et  iambes , ap- 
plication de  ventouses  sous  lesmam- 
melles  et  sur  les  parties  honteuses, 
ou  sous  les  aisselles , estouppes  ou 
esponges  imbues  en  oxycral  ou  quel- 
que autre  liqueur  froide,  et  appli- 
quées froides  et  reïterées  soutient. 
Pareillement  ou  luy  fera  tenir  en  sa 

1 Hippocrates  , Aph.  10.  liu.  6.  — A.  P. 


4 1 9 

bouche  eau  froide,  et  dedans  le  nez 
du  cotlon,  du  saulx,  ou  quelque  res- 
trainctif  fait  de  poil  d’entre  les  cuis- 
ses ou  la  gorge  du  liéure,  bol  ar- 
mene,  terre  sigillée  incorporée  auec 
jus  de  planlin  et  centinode , ou  autre 
semblable:  et  le  situer  en  lieu  frais, 
et  qu'il  puisse  attirer  l’air  à son  aise. 

Et  pour  retourner  à nostre  propos, 
après  la  saignée,  si  la  douleur  perse- 
ueroit , et  qu’on  veist  les  veilles  estre 
grandes,  de  façon  que  le  pauure  ma- 
lade ne  peust  dormir  ny  nuit  ne  iour, 
à cause  des  vapeurs  putrides  qui  ont 
escbauffé  et  desseiché  le  cerueau , 
alors  il  faut  vser  de  remedes  qui  pro- 
uoquent  le  dormir,  et  ayenl  la  fa- 
culté  de  refroidir  et  humecter,  les- 
quels seront  administrés  tant  par  de- 
dans que  par  dehors.  Et  pour  exem- 
ple, on  pourra  donner  à manger  au 
malade  orge  mondé,  fait  auec  eau  de 
nénuphar  et  d’ozeille , de  chacun 
deux  onces,  opium  six  ou  huit  grains, 
des  quatre  semences  froides  et  du 
pauot  blanc,  de  chacun  demie  once. 
En  ses  potages  on  mettra  laiclues, 
pourpié,  semence  de  pauot,  et  des 
semences  froides  concassées.  On  luy 
pourra  aussi  donner  vne  pilule  de 
cynoglossa,  dans  laquelle  y entre 
de  l'opium.  Semblablement  on  luy 
pourra  faire  prendre  vii  peu  de  dia- 
codiotl  sine  speciebus.  Et  pour  son 
boire, eaux  de  laiclues  et  de  nénu- 
phar, atisquels  oh  aura  fait  boüillir 
semences  de  pauot , à sçauoir  demie 
oiice  d’iceluy  auec  (rois  onces  des- 
dites eaux,  ou  vne  once  et  demie  de 
syropde  nénuphar, ou  de  pauot, auec 
trois  onces  de  la  décoction  de  laictucs, 
ou  la  potion  suiuante  h 

1 Cette  formule  manque  dans  les  édition* 
de  15GS  et  de  1575. 


4ad 


LE  VIÎJGr-QVATRliME  LIVRE  t 


7f.  Lactucarum  recentium  m.j. 

Floruin  nénuphar,  elviol.ana  p.  ij. 

Caput  vnum  papatier.  albi  contusuni 
cum  seminib.  pondéré  3.  ij. 

LiquirUiæ,  passul.  ana  3.  j.  6. 

Fia  tdecoctio:  incolatura  dissolue  : 

Liacodij  sine  specieb.  § . j. 

Fiatpotio  larga  danda  liora  somni. 

Outre-plus , on  doit  vser  de  clyste- 
res  dortnitifs  pour  refroidir  la  vehe- 
menle  chaleur  qui  est  au  centre  du 
corps,  faits  en  la  maniéré  qui  s’en- 
suit. 

%.  Dccoctionis  hordei  mundali  quartaria  iij. 
Olei  violati  et  nenupharis  ana  § . ij. 
Aquæ  planlaginis  et  portulacæ  vel  suc- 
corum  § . iij. 

Caphuræ  g . vij. 

Album,  ouor.  iij. 

Fiat  clyster. 

Et  quant  aux  choses  qu’il  conuient 
faire  par  dehors,  il  faut  raser  le  poil, 
et  appliquer  spr  toute  la  teste  de 
l’oxyrhodinum , qui  est  huile  et  vi- 
naigre niistionnés  ensemble  , et  luy 
laisser  dessus  vn  linge  en  double 
trempé,  lequel  sera  renouuellé  et 
remouillé  soutient.  Pareillement  on 
appliquera  poulmons  de  veau  ou  de 
mou  Ion  recentement  tirés  de  la  beste, 
ou  vn  coq  vif  fendu  en  deux  , et  le 
renouuellera-on  ainsi  qu’on  verra 
estre  besoin.  Semblablement  on  ap- 
pliquera des  ventouses  derrière  le 
col  et  sur  les  espaules , sans  scarifica- 
tiou,  et  auec  scarification.  Aussi  on 
fera  des  frictions  et  ligatures  aux 
bras  et  aux  iambes,  à fin  de  diuertir 
et  euacuer  vne  partie  de  la  matière. 
Outre-plus,  luy  sera  fait  vn  frontal 
en  cesle  maniéré. 


2 c.  Olei  rosati  et  nenupharis  ana  J . ij. 

Olei  papaueris  § . fi . 

Opij  3.  j. 

Aceti  rosati  § . j. 

Caphuræ  3.  fi . 

Ces  choses  soient  incorporées  en- 
semble , et  soit  fait  vn  frontal , lequel 
doit  estre  réitéré  par  fois  : et  seront 
continuées  ces  choses  seulement  ius- 
qu’à  ce  que  la  vehemente  inflamma- 
tion soit  passée,  de  peur  de  trop  ré- 
frigérer le  cerueau. 

Aussi  on  luy  fera  sentir  au  nez 
fleurs  de  pnuot,  iusquiame,  nénuphar, 
mandragore,  broyées  auec  vinaigre  et 
eau  rose,  et  vn  peu  de  camphre, 
enueloppées  ensemble  en  vn  mou- 
choir : et  soient  tenues  assez  longue- 
ment contre  le  nez , à fin  que  l’odeur 
se  puisse  communiquer  au  cerueau, 
et  par  ce  moyen  soit  prouoqué  le 
dormir.  On  luy  peut  pareillement  ap- 
pliquer cataplasmes  sur  le  Iront  à ces 
mesmes  fins,  comme  peut  estre  le 
suiuant. 

Mucilaginis  seminis  psyllij  et  cydonio- 
rum  in  aqua  rosarurn  extraclæ  5 . iij. 
Farina:  bordei  § . iiij. 

Pulueris  rosarurn  rubrarum  , florum  ne- 
nupharis, violarum  ana  5.  fi. 

Seminis  papaueris  et  portulacæ  ana  5 . ij. 
Aquæ  rosarurn  et  aceti  rosati  ana  iij. 
Fiat  cataplasma. 

Et  l’appliquez  tiede  sur  le  front  et 
mesme  sur  toute  la  teste. 

Autre. 

?f.  Succorum  lactucæ,  nenupharis,  hyos- 
cyami,  portulacæ  ana  lî>.  fi. 

Rosarurn  rubrarum  puluerisalarum , se- 
minis  papaueris  ana  § . fi. 

Olei  rosati  § . iij. 

Aceti  § . ij. 

Farinæ  hord.  quantum  sutTrcit. 

Fiat  cataplasma  ad  formam  pullis  satis  li- 
quidæ. 


DE  LA  PESTE. 


4q 


Après  l’inflammation  appaisée,  on 
fera  des  fomentations  resolutiues,  à 
lin  de  résoudre  quelque  humeurcon- 
tenu  au  cerueau  et  en  ses  membra- 
nes. Et  en  cest  endroit  noteras, que 
plusieurs  sont  deceus  aux  grandes 
douleurs  de  teste  causées  par  inflam- 
mation , qui  commandent  de  serrer 
et  lier  très-fort  la  teste  pour  appaiser 
la  douleur  : car  tant  s’en  faut  que 
cela  y profite  , qu’au  contraire  l’aug- 
mente, parce  qu’au  moyen  de  ceste 
astriction  le  mouuement  des  arteres 
estempesché  : desquelles  l’vsage,qui 
est  d’euentiller  et  rafraîchir  le  corps, 
tant  par  attraction  de  l’air  qui  nous 
auoisine  que  par  expression  d’excre- 
mens  chauds  et  fuligineux,  est  de 
beaucoup  empesché  et  aboli  : outre- 
plus serrent  et  compriment  les  sutu- 
res ou  iointures  des  os  du  crâne  , et 
en  ce  faisant,  gardent  que  les  vapeurs 
et  fumées  ne  se  peuuent  euaporer.  Et 
partant  sont  cause  d’accroistre  vne 
exlreme  douleur  et  chaleur,  fiéure, 
resuerie,  et  autres  grands  accidens, 
voire  quelquesfois  iusqu’à  faire  sortir 
et  creuer  les  yeux  hors  de  la  teste , et 
estre  cause  de  la  mort  des  pauures 
malades  : ce  que  i’atleste  auoir  veu, 
ainsi  que  i’ay  escrit  en  mon  liure  des 
Fia  ,es  de  la  leste  humaine  l. 

D’auantage , aucuns  sont  si  endor- 
mis et  assommés , qu’ils  ne  se  peu- 
ueut  aider  : partant  il  leur  faut  met- 
tre dedans  le  nez  choses  odorantes , 
et  qui  ont  vertu  de  les  faire  esternuer, 
à Gn  que  la  faculté  animale  soit  ai- 
guillonnée et  excitée  à se  défendre  : 
et  s’ils  ne  se  peuuent  aider,  il  leur 
faut  ouurir  la  bouchepar  force,  pour 
leur  faire  aualler  quelque  aliment  ou 
médicament. 

1 Voyez  tome  II,  pages  47  et  79. 


CHAPITRE  XXIX. 

DE  LA  CHALE V R DES  REINS. 

Pareillement  pour  d’auantage  di- 
minuer la  chaleur  des  reins,  on  ap- 
pliquera dessus  de  l’onguent  réfrigé- 
rant de  Galien  recentement  fait,  y 
adioustant  blancs  d’œufs  tres-bien 
battus,  à fin  que  son  humidité  soit 
plus  longuement  gardée  : et  faut  re- 
nouueller  à chaque  quart  d’heure, 
et  l’essuyer  quand  on  en  meltra  d’au- 
tre : ce  que  l’on  fera  iusqu’à  quatre 
fois  : car  autrement  estant  eschaufië 
en  la  partie,  il  ne  refrigereroil  pas , 
mais  plustost  augmenteroit  la  cha- 
leur. Aussi  on  pourra  vserduremede 
suiuant. 

2£.  Aquavum  rosanirn  lb.  ft. 

Succi  plantaginis  g.  iiij. 

Albumina  ouorum  iiij. 

Olei  rosacei  et  nenupharis  ana  g . ij 

Aceli  rosati  g . iij. 

Misce  ad  vsum. 

Les  reins  eslans  frottés  del'vn  des- 
dits onguens  , on  appliquera  dessus 
fueilles  de  nénuphar  recenles,  ou 
autres  semblables  herbes  réfrigéran- 
tes, puis  après  vne  seruielle  trempée 
en  oxycrat , et  espreinle  et  renouuel- 
lée  souuent. 

Aussi  le  malade  ne  couchera  sur 
lits  de  plume  : ains  luy  sera  mis  par 
dessus  vn  mattelas,  ou  vne  paillasse 
d’auoine,  ou  vn  gros  linceul  de  toile 
neufue  ployé  en  plusieurs  doubles, 
ou  du  camelot , de  peur  que  la  plume 
n’augmente  d’auanlage  la  chaleur 
des  reins , et  vniuersellemenl  de  tout 
le  corps.  On  pourra  aussi  appliquer 
sur  la  région  du  cœur  vn  médicament 


/|2‘i  LE  VINGT-QVATRIEME  LIVRE, 


réfrigérant  et  contrariant  au  venin , 
comme  cestuy  suiuant. 

if.  Vngiienti  rosati  § . iij. 

Olci  nenupharis  g . ij. 

Aceti  rosati  et  aquæ  resa  ana  § • j. 

Tberiacæ  3.  j. 

Çroci  3.  G . 

Lesdilcs  choses  soient  incorporées 
et  fondues  ensemble,  et  soit  fait  on- 
guent mol,  lequel  sera  estendu  sur 
vne  pièce  d'escarlate,ou  sur  du  cuir, 
et  appliqué  sur  la  région  du  cœur. 

Autre, 

•2f.  Theriacæ  optimæ  3.  j. 

Succi  acidi  ci  tri  et  limonis  ana  §.  G. 

Coralli  rubri,  semin.  rosar.rub.ana3.  G. 

Caphuræ,  croci.ana  g • ü'j- 
Incorporentur  omnia  simul  : fiat  vnguen- 

tum  vel  liuimenlum. 

D’abondant  on  fera  pleuuoir  par 
artifice,  en  faisant  découler  de  l’eau 
de  quelque  haut  lieu  dans  vn  bassin, 
et  qu  elle  face  tel  bruit  qu’elle  puisse 
estre  entendue  du  malade.  Et  aussi 
luy  faudra  frotter  doucement  les 
mains  et  pieds,  euitanl  tout  bruit  en 
la  chambre,  de  laquelle  on  tiendra 
les  portes  et  fenestres  closes,  à fin 
qu’elle  soit  rendue  plus  obscure  : 
aussi  sera  rafraîchie  auec  les  choses 
prédites,  codant  lousiours  les  odeurs 
chaudes,  pour-ce  qu’elles  nuisent 
beaucoup  à la  douleur  de  leste , cau- 
sée de  matière  chaude. 


CHAPITRE  XXX. 

ACCIDENS  DE  PESTE  *. 

Il  y a vn  accident  de  peste,  appelle 
Caque-sangue,  qui  est  vu  flux  de  ven- 

î Ce  chapitre  vient  de  la  petite  édition  du 
Discours  de  la  Peste  de  1582  , et  a été  trans- 
porté Ici  en  1585. 


tre  qui  vlcere  et  corrode  les  intestins, 
tellement  que  par  les  selles  on  voit 
sortir  comme  vne  raclure  de  boyaux, 
et  du  sang  tout  pur,  autresfois  du  pus 
ou  boue,  ou  autres  matières  puru- 
lentes, auec  vne  extreme  douleur, 
qui  irrite  le  malade  d’aller  souuent  à 
la  selle  : el  n’y  peut  rien  faire,  ou 
bien  peu , encore  est-ce  auec  de  bien 
grandes  espreintes  : et  ce  qu’il  ielle 
est  fort  puant,  et  de  diuerse couleur, 
comme  rousse,  iaunastre,  verte, 
cendrée,  noire,  voire  le  sang  tout 
pur. 

Ce  que  i’ay  yeu  plusieurs  fois  adup- 
nir,  mesme  au  camp  d’Amiens,  où 
plusieurs  moururent  de  tel  llux , le- 
quel esloit  fort  contagieux,  et  prin- 
cipalement à ceux  qui  alioient  aux 
priués  après  eux,  et  pour  y auoir 
ietté  tels  excremens.  Si  que  voulant 
sçauoii  le  lieu  d’où  cesle  grande  quan- 
tité de  sang  pouuoit  sortir,  ie  fis  ou- 
uerture  de  quelques  vus  après  leur 
mort,  et  trouuay  les  bouches  des  vei- 
nes el  arteres  mezaraïques  ouuertes 
el  tuim  fiées  là  par  où  elles  aboutis- 
sent dedans  les  intestins,  en  forme  de 
petits  cotylédons  de  grosseur  d’vn 
petit  pois,  desquels  lors  que  ie  les 
pressois,  le  sang  sorloit  à veué  d’œil  : 
et  par  là  ie  conneus  les  voyes  par 
lesquelles  le  sang  esloit  ietté  par  les 
selles.  Monsieur  Le  Grand,  médecin 
ordinaire  du  Roy,  qui  esloit  auec 
moy  au  camp  par  le  commandement 
du  roy  defuncl  Henry,  ensauua  plu- 
sieurs : et  entre  autres  remedes  leur 
laisoil  boire  du  lait  de  vache  ferré, 
et  aussi  en  faisoit  souuent  iellerpar 
le  siégé,  pour  corriger  et  adoucir 
i acrimonie  üe  l'humeur. 

De  la  Coqueluche. 

11  y a vn  accident  de  peste  appellé 
Coqueluche,  ainsi  dit,  parce  que  ceux 


DE  LA  PESTE. 


qui  en  estoient  esprins  sentoient  vne 
extrême  douleur  de  teste , et  à l’esto- 
mach,  aux  reins  et  aux  iambes,  auec 
fiéure  continue,  et  souuent  auec  de- 
lire  et  frenesie  : et  lors  qu’on  lespur- 
geoit  ou  saignoit , on  a conneu  leur 
auoir  abbregé  leurs  iours. 

La  Suelte. 

Il  y a vn  autre  accident,  appelle  la 
Suelte,  qui  a esté  en  Angleterre  et 
aux  basses  Allemagnes, ainsi  nommée 
parce  que  les  pa  liens  au  oient  vne  bien 
grande  sueur  vniuerselle,  auec  grand 
frisson  , tremblement  et  palpitation 
de  cœur,  accompagnée  de  tiéure  con- 
tinue , et  mouroient  en  peu  de  iours: 
et  tua  vn  bien  grand  nombre  de  peu- 
ple. 

Trousse-galaml, 

Il  y a vn  autre  accident,  appellé 
trousse-galand , qui  a esté  au  Puy  en 
Auuergne,  ainsi  nommé  parce  que 
ceux  qui  en  estoient  esprins , mou- 
roienl  en  deux  ou  trois  iours,  et  plus- 
tost  les  robustes  que  les  foibles  et  de- 
biles,  et  les  riches  que  les  pauures: 
auec  fiéure  continue,  déliré  et  frene- 
sie, et  mouroient  comme  enragés,  en 
sorte  qu’il  les  falloit  lier  et  attacher. 
Si  quelqu’vn  reschappoit,  tout  le  poil 
luy  tomboit:  et  ceste  maladie  esloit 
fort  contagieuse. 


CHAPITRE  XXXI. 

DES  ER VPTIONS  ET  PVSTVLES  APPELLÉES 
POVRPRE. 

A aucuns  aduiennent  éruptions  au 
cuir,  semblables  à morsures  de  puces  j 
ou  de  punaises  : aussi  sont  quelques-  ; 
foisesleuées,  comme  petits  grains  de 
mil,  ou  de  petite  verolle  qu’on  voit 


423 

aux  enfans.  Et  lors  qu’elles  sont  trou- 
uées  en  grande  quantité,  c’est  bon  si- 
gne : au  contraire  non.  Aussi  selon 
la  vehemence  du  venin  et  la  matière 
dont  elles  sont  procréées,  sont  veuës 
de  diuerses  couleurs , à sçauoir  rou- 
ges, citrines,  tannées,  violettes,  azu- 
rées, liuides  ou  noires.  Les  vulgaires 
les  appellent  le  Tac,  les  autres  le  Pour- 
pre, pour-ce  qu’elles  sont  souuentes- 
fois  trouuées  à la  similitude  de  graine 
de  pourpre  : autres  les  appellent  len- 
ticules, parce  qu’elles  sont  veuës  quel- 
quesfois  comme  petites  lentilles  : aussi 
aucuns  les  nomment  papillots,  à cause 
qu’elles  se  manifestent  tantost  au  vi- 
sage, tantost  aux  bras  et  iambes,  vol- 
tigeons de  place  en  place  comme  po- 
lils  papillots  volans.  Et  quelquesfois 
occupent  tout  le  corps,  non  seule- 
ment la  superficie  du  cuir,  mais  pé- 
nétrent plus  profondément  dedans  la 
chair,  principalement  lors  qu’elles 
sont  faites  de  grosse  matière  adusle. 
Aucunes  sont  trouuées  grandes  et 
larges , occupant  presque  tout  vn 
bras, ou  vneiambe,  ou  la  face, comme 
vn  erysipele , et  partant  diuersifient 
selon  que  l’humeur  peche  en  quantité 
ou  en  qualité.  El  si  elles  sont  de  cou- 
leur purpurée,  noire,  ou  violette, 
auec  défaillance  de  cœur,  et  s’en  re- 
tournent sans  cause  manifeste,  c’est 
vn  signe  infaillible  de  mort. 

La  cause  desdites  éruptions  est  la 
fureur  de  l’ebullition  du  sang , faite 
par  l’humeur  malin  et  veneneux. 

Elles  viennent  communément  auec 
la  fiéure  pestilentielle,  et  quelques- 
fois deuant  que  la  bosse  ou  charbon 
soient  apparus,  quelquesfois  aussi 
après  : qui  alors  demonstrent  vue 
| grande  corruption  d’humeurs  au 
i corps  : car  outre  l’expulsion  de  la 
matière  de  la  bosse  ou  du  charbon , 
i ladite  corruption  est  si  abondante, 


LE  VIJVGT-QY'ATRIÉME  LIVRE, 


4^4 

qu'elle  se  demonstre  aux  autres  lieux 
du  corps,  dont  le  plus  souuent  le  pau- 
me pestiféré  meurt.  Quelquesfois 
aussi  sont  trouuées  seules,  à sçauoir 
sans  bosse  ny  charbons , et  alors 
qu’eiles  sont  rouges,  sans  estre  ac- 
compagnées d’autres  mauuais  acci- 
dens,  ne  sont  mortelles.  Elles  appa- 
roissent  communément  au  troisième 
ou  au  quatrième  iour,  et  quelquesfois 
plus  tard  : aussi  souuenlesfois  ne  sont 
apperceuës  qu’aprés  la  mort  du  ma- 
lade, à cause  que  l’ebullition  des  hu- 
meurs faite  par  la  pourriture  n’est  du 
tout  esteinte  : et  partant  la  chaleur 
qui  reste,  excitée  de  pourriture,  iette 
des  excremens  au  cuir,  qui  fait  sortir 
les  éruptions 1 Ou  plustost  parce  que 
Nature  sur  le  dernier  combat  , ayant 
monslré  quelque  effort  plus  grand 
(comme  est  la  coustume  de  toutes 
choses  qui  tirent  à leur  fin)  que  d’or 
dinaire  , s’est  despestrée  sur  l'instant 
de  la  mort  de  quelque  portion  de  l’hu- 
meur pestilent  vers  le  cuir  : telle- 
ment toutesfois  qu’aflfoiblie  de  tel  ef- 
força succombé  sous  le  faix  et  mali- 
gnité du  reste  de  la  matière. 


CHAPITRE  XXXII. 

DE  LA  CVIîE  DES  ERVPTIONS. 

Pour  la  curation  des  éruptions,  il 
faut  se  garder  sur  tout  de  repousser 
l’humeur  au  dedans  : et  parlant  faut 
euiter  le  froid  , pareillement  les  mé- 
decines laxatiues,  la  saignée,  et  le 
dormir  profond , parce  que  telles 
choses  retirent  les  humeurs  au  de- 
dans, et  partant  pourroient  interrom- 

1 Le  chapitre  se  (erminait  ici  en  i56S  et 
1575  ; le  reste  est  de  1579. 


pre  le  mouuement  de  Nature, laquelle 
s’efforce  de  ietter  hors  ce  malin  hu- 
meur : mais  au  contraire  faut  suiure 
Nature  là  par  où  elle  tend  1 , c’est  à 
dire,  donner  issue  aux  humeurs  où 
elle  veut  faire  sa  descharge,  par  re- 
medes  qui  attirent  le  venin  au  de- 
hors, et  principalement  par  sueurs C 
Et  pour  encore  aider  Nature  à pous- 
ser le  pourpre  hors,  faudra  donner 
au  malade  vne  once  de  syrop  de  li- 
mons, ou  de  grenades,  auec  deux  on- 
ces d’eau  cordiale,  comme  de  melisse 
ou  scabieuse,  y adioustant  vne  demie 
dragme  de  theriaque  ou  de  metbri- 
dat.  Aussi  pour  attirer  le  venin  au 
dehors , on  mettra  autour  du  col , 
sous  les  aisselles  et  aux  aines,  espon- 
ges  trempées  et  exprimées  en  vne  dé- 
coction d’herbes  resolutiues,  comme 
lauande,  laurier,  sauge,  rosmarin  , 
et  semblables.  Car  si  les  éruptions  ne 
sortent,  il  y a danger  que  le  venin  ne 
suffoque  le  cœur,  ou  qu’il  ne  face  vn 
flux  de  ventre  mortel. 

Et  pour  obuier  à tels  accidens,  ie 
mettray  icy  sur  le  bureau  vn  remede 
singulier,  que  i’ay  trouué  de  grand  et 
excellent  effet  (principalement  quand 
la  vertu  expullrice  est  foible  et  le 
cuir  trop  dur  et  reserré,  de  sorte  que 
le  pourpre  ne  peut  estre  ietté  dehors, 
mais  demeure  sous  le  cuir,  y faisant 
petites  tubérosités)  qui  est  vn  on- 
guent duquel  i’ay  guari  (par  la  grâce 
de  Dieu)  plusieurs  verollés.  Et  con- 
noissant  qu’en  la  verolle  y auoit  vn 
certain  venin  , qui  ne  se  peut  dire  ny 
escrire,  non  plus  que  celuy  qui  cause 
la  peste  (non  que  je  vueille  dire 

1 Hippocrates , Aph.  2t.  liu.  1.  — A.  P. 

5 Jusqu’ici  le  chapitre  conserve  le  texte  de 
1568  ; mais  les  deux  phrases  qui  suivent , 
jusqu’aux  mots:  car  si  les  éruptions  ne  sor- 
tent, ont  été  ajoutées  en  1585. 


DE  LA  PESTE. 


qu’elle  soit  maladie  epidemiale  , de- 
pendante  des  astres,  ny  de  l’inspira- 
tion de  l’air,  mais  de  Dieu,  qui  par  ce 
moyen  punit  les  offenses  des  hommes 
et  femmes,  et  par  especial  du  péché 
de  luxure), ce  qu'on  voit  en  ce  qu’elle 
prend  le  plus  souuent  son  commen- 
cement par  contagion  des  parties  gé- 
nitales, principalement  pour  habiter 
auec  hommes  ou  femmes  infects  ou 
souillés  de  venin  verollique,  lequel 
traîne  auec  soy  vn  bien  grand  nom- 
bre d’accidens,  ainsi  que  fait  ceiuy  de 
la  peste , comme  sont  pustules  ma- 
lignes et  corrosiues,  qui  commencent 
aux  parties  honteuses,  puis  tost  après 
se  manifestent  à la  teste  et  au  front, 
et  par  toutes  les  parties  du  corps: 
puis  vlceres  en  la  bouche  et  aux  par- 
ties honteuses  et  autres,  qui  les  man- 
gent et  rongent  iusques  aux  os  : en 
après  leur  suruiennent  apostemes 
dures  aux  os,  appellées  nodus,  ou 
goûtes  notices,  auec  extremes  dou- 
leurs, et  principalement  la  nuit , qui 
passionnent  et  font  quasi  desesperer 
les  panures  verollés:  et  quelque  temps 
après  leur  aduient  pourriture  aux  os, 
et  le  plus  souuent  sans  enfleure  ou 
tumeur  extérieure  apparente,  dont 
les  vns  perdent  les  yeux,  autres  le 
nez,  les  autres  le  palais,  qui  est  cause 
qu’ils  parlent  regnaud  : à aucuns  la 
bouche  deuient  torse,  comme  à vn 
renieur  de  Dieu,  et  bien  souuent  dc- 
uiennent  ladres  , et  ont  autres  infinis 
accidens  : et  pour  le  dire  en  vn  mot, 
ce  virus  venerien  rend  le  plus  sou- 
uenl  le  pauure  verollé  impotent  de 
tous  ses  membres,  et  finalement  pro- 
duit vne  fiéure  hectique,  qui  après 
l’auoir  rendu  tout  sec  , n’ayant  plus 
sur  le  corps  que  la  peau  , le  confine 
misérablement  à la  mort.  Tous  les- 
quels accidens  ne  peuuent  estre  ap- 
paisés  ny  curés  par  aucun  remede, 


425 

fors  que  par  les  onctions  et  emplas- 
tres  vif-argentées,  ou  parfums  cinna- 
barisés  , qui  sont  les  vrais  alexiteres 
de  ceste  détestable  verolle,  ainsi  que 
le  theriaque  et  melhridat  sont  du 
tout  contraires  au  venin  pestiféré. 
Parquoy  cor  noissant  que  par  le  moyen 
du  vif-argent  ceste  verolle  se  curoit, 
ie  voulus  semblablement  expérimen- 
ter la  friction  vniuersclle,  pour  attirer 
le  venin  desdites  éruptions  au  dehors 
par  sueurs  , auec  l’onguent  propre  à 
curer  la  verolle  : considérant  que  le 
vif-argent  est  la  vraye  contre-poison 
à la  verolle  , et  qu’il  est  de  tres-sub- 
tile  substance  : aussi  qu’il  liquéfié  les 
humeurs  gros  et  visqueux,  et  les  rend 
mobiles,  auec  le  theriaque  et  les  au- 
tres medicamens  qui  entrent  en  la 
composition  de  cest  onguent , et  sti- 
mule la  vertu  expulsiueà  ietter  hors 
du  corps  et  abbatre  par  sa  faculté 
occulte  le  venin  pestiféré,  comme  il 
fait  au  virus  verollique , à sçauoir 
tant  par  sueurs,  que  par  insensible 
transpiration  , vomissemens , flux  de 
ventre  , flux  d’vrine  , et  par  pustules 
euoquées  au  cuir  par  flux  de  bouche 
(spécialement  à ceux  qui  sont  dis- 
posés à cracher)  et  autres  euacua- 
tions  : parquoy  voyant  que  Nature 
lendoit  à se  descharger  du  venin  par 
lesdites  éruptions  et  pustules  pur- 
purées,  i’en  ay  fait  frotter  quelques- 
vns,  comme  s’ils  eussent  eu  la  verolle  : 
loutesfois  auparauantleur  faisois  don- 
ner vn  clyslere , puis  l’ayant  rendu , 
leur  donnois  à boire  quatre  doigts 
d’eau  theriacale,  l’estomach  estant 
vuide,  à fin  de  prouoquer  la  sueur, 
pour  faire  mieux  sortir  les  humeurs, 
et  ce  pendant  corroborer  le  cœur.  Et 
au  lieu  de  l’eau  theriacale,  on  pourra 
vserde  la  décoction  de  gaiac,  d’autant 
qu’il  eschaufleet  seiche,  prouoque  la 
I sueur,  et  résisté  à la  pourriture.  Et 


\ 20  LE  VINGT  OVATRI^ME  LIVRE 


pour  le  faire  plus  vigoureux,  on  met- 
tra en  ladite  décoction  vn  peu  de  vinai- 
gre, à fin  de  le  rendre  de  plus  subtile 
substance  : ce  faisant  résistera  d’a- 
uantage  à la  putréfaction  , et  mes- 
memenl  si  le  corps  est  pituiteux.  Or 
quant  à l’onguent  il  se  fera  ainsi  C 

"if.  Axungiæ  suillæ  ffi.  j. 

Coqualur  aliquantulum  cum  foliorum  sal— 
uiæ,  thymi , rorismarini  ana  m.  6. 
postea  colelur,  et  in  ea  exlinguatur  ar- 
genli  viui,  quod  prias  in  aceto  ebullie- 
rit  cum  prædictis  herbis  g . v. 

Salis  ni  tri  3.  iij. 

Thcriacæ  et  mithridatij  ana  § . ft. 

Terebenthinæ  Venetæ , olei  de  scorpio- 
nibns  et  laurini  ana  § . iij. 

Vitellos  ouorum  ad  duiiliem  coctos  nu- 
méro vj. 

Aquæ  vitæ  3.  iij. 

Le  tout  soit  incorporé  en  vn  mor- 
tier, et  soit  fait  onguent  : duquel  on 
frottera  le  corps  du  malade,  et  prin- 
cipalement les  aisselles  et  les  aines, 
euitant  la  teste,  les  parties  pectorales, 
et  l’espine  du  dos  : puis  soit  enue- 
loppé  en  vn  drap  cbaucl,  et  mis  de- 
danslelit  et  couuert,  et  qu’il  sue  deux 
heures  ou  plus  : et  doit-on  mettre 
autour  de  son  lit  des  draps  rouges, 
et  qu’il  les  regarde  assiduellementet 
attenliuement  : car  par  ce  regard  la 
matière  veneneuseest  attirée  du  de- 

1 Bien  que  ce  chapitre  ait  été  écrit  fort 
long-temps  avant  le  livre  de  la  grosse  V e- 
rolle,  il  est  remarquable  que  Paré  n’en  ait 
rien  emprunté,  et , par  exemple,  que  celte 
formule  d’un  onguent  dont  il  se  loue  si  fort 
ait  été  omise  dans  ce  livre  spécial.  Du  reste, 
on  voit  que  l’idée  de  recourir  aux  frictions 
rpercurielles  dans  les  grandes  épidémies 
p’est  rien  moins  que  nouvelle,  et  ceux  qui 
l’ont  mise  à exécution  à l’époque  du  choléra 
ne  se  doutaient  guère  probablement  qu'ils 
avaient  été  précédés  par  A.  Paré. 


dans  au  dehors.  Puis  il  sera  essuyé 
legerement,à  fin  que  le  médicament 
produise  d’auantage  son  effet,  et  sera 
mis  en  vn  autre  lit,  s’il  y a commo- 
dité : puis  on  luy  donnera  quelque 
boiiil Ion  de  chappon  , ou  des  œufs 
mollets,  ou  autres  bons  alimens  : et 
faut  de  rechef  reïterer  la  friction  ius- 
ques  à ce  qu’on  voye  que  lesdites 
éruptions  soient  sorties  et  esteinles, 
qui  se  fait  en  deux  ou  trois  iours.  Que 
s’il  aduienl  (lux  de  bouche,  ne  le  fau- 
dra empescher. 

Et  quand  on  voit  que  le  pourpre 
est  du  tout  sorti  , et  les  sueurs  pas- 
sées, encore  est-il  bon  de  donner  cho- 
ses diurétiques,  c’est  a dire,  prouoca- 
tiues  d’vrine,  parce  que  soutient  on 
voit  lesdites  éruptions  estre  curées 
par  telle  déchargé. 

Outre-plus  seroit  bon  pour  les  ri- 
ches, en  lieu  de  cest onguent,  fendre 
le  ventre  d’vn  cheual  ou  mulet,  et 
osier  les  entrailles,  et  y mettre  le 
malade  nud  ayant  la  teste  dehors,  et 
qu’il  y demeure  iusques  à ce  qu’il 
commence  à se  refroidir  : puis  qu’il  se 
remette  subit  dans  vn  autre,  et  réi- 
téré tant  de  fois  qu’on  verra  estre 
necessaire.  El  telle  chose  est  fort 
louée  des  anciens,  à cause  que  la  cha- 
leur naturelle  de  ces  bestes  attire 
merueilleusement  le  venin,  tant  par 
sueur  que  par  insensible  transpi.  a- 
tion  : ce  qu’on  a conneu  par  expé- 
rience , comme  dit  Matlhiolus  au 
proeme  sur  le  sixième  liure  de  Diosco- 
ride,  où  il  déclaré  que  le  seigneur 
Valentin , fils  du  Pape  Alexandre 
sixième,  eschappa  par  ce  moyen  delà 
mort,  encor  qu’il  fusî  empoisonné  : 
car  voulant  empoisonner  certains 
Cardinaux  en  vn  festin,  il  s’empoi- 
sonna soy-mesme  , et  pareillement 
monsieur  son  pere  le  Pape  sans  y 
penser. 


DE  LA. 


CHAPITRE  XXX III. 

DE  l’apOSTEME  PESTIFEREE , APrELLÉE 
BYRON  OV  BOSSE. 

Or  posons  Je  cas  que  Nature  ne 
s’est  peu  descharger  par  aucuns 
moyens  et  remedes susdits,  mais  plus- 
tosl  par  aposleme  faite  aux  emonc- 
toires,  laquelle  d'aucuns  est  appellée 
bubon  pestiféré , d'autres  la  bosse,  d’au- 
tres la  peste  ou  fusée,  et  de  Galien 
beste  sauuage  et  farouche1,  et  aux 
autres  parties  du  corps,  charbon, 
anthrax  et  carboncle.  Donc  nous  di- 
rons que  la  bosse  est  vne  tumeur  qui 
est  en  son  commencement  de  forme 
longuette  et  mobile , et  en  son  estât 
ronde  ou  pointue,  et  immobile,  fixe 
et  attachée  fort  profondément  aux 
emonctoires,  comme  du  cerueau  à la 
gorge,  du  cœur  aux  aisselles,  du  foye 
aux  aines  : et  est  faite  de  matière  plus 
crasse  et  visqueuse  que  le  charbon, 
lequel  est  fait  d’vne  matière  plus 
acre,  bouillante  et  furieuse,  faisant 
escarre  où  il  s’arreste. 

Au  commencement  que  la  fluxion 
de  la  bosse  se  fait,  les  malades  disent 
sentir  à l’emonctoire  comme  vne 
corde  tendue,  ou  vn  nerf  dur,  auec 
douleur  poignante  : puis  la  matière 
s’assemble  comme  vne  glande,  et  peu 
à peu  et  en  brief  temps  s’engrossit 
et  s'enflamme,  et  est  accompagnée 
d’autres  accidens  dessus  mentionnés. 

Si  la  tumeur  est  rouge  et  se  grossit 
peu  à peu,  c’est  bon  signe.  Celle  qui 
eslliuide  et  noire,  et  tardiue  à venir, 
est  dangereuse.  Aussi  ily  en  a qui  vien- 
nent promptement  et  d’vne  grande 

1 Galien,  au  liu,  de  Theriaca  ad  Pisonem. 

— A.  P. 


PESTE.  43  7 

furie  , et  ne  tiennent  la  forme  com- 
mune , c’est  à dire  que  subitement 
deuiennent  enflammées,  auec  grande 
tumeur  et  douleur  intolérable , et 
telles  sont  communément  mortelles. 
On  en  a veu  aussi  qui  tenoienl  de  la 
couleur  du  cuir  naturel,  et  sembloient 
estre  vne  tumeur  œdemaleuse,  qui 
toutesfois  laisoient  mourir  le  malade 
aussi  tost  que  celles  qui  estoient  de 
couleur  noire  ou  plombée  : parquoy 
il  ne  s’y  faut  fier. 


CHAPITRE  XXXIV. 

DE  LA  CVRE  DE  L’APOSTEME  PESTIFEREE. 

On  appliquera  dessus  prompte 
ment  vne  ventouse  auec  grande  flam- 
me , si  elle  n’estoit  telle  comme  celle 
qu’auons  dit  cy  dessus , à sçauoir , 
auec  grande  inflammation  et  douleur 
intolérable,  et  auec  grande  tumeur. 
Aussi  on  doit  premièrement  oindre  le 
cuir  d’huile  de  lis,  à l’endroit  où  on 
appliquera  ladite  ventouse  , à fin  de 
le  rendre  plus  laxe  , et  que  par  ce 
moyen  elle  face  plus  grande  attrac- 
tion : et  sera  reïlerée  de  trois  en  trois 
heures,  et  y demeurera  à chacune  fois 
vn  quart  d’heure,  plus  ou  moins  , se- 
lon la  vertu  du  malade  et  la  vehe- 
mence*de  la  matière,  à fin  d’attirer  le 
venin  des  parties  nobles  au  dehors,  et 
aussi  aider  Nature  à faire  suppuration 
plus  subite,  ou  resolution  : qui  se  fera 
en  appliquant  dessus  vn  tel  Uniment. 

if..  VngueiUi  diallheæ  5 . j.  fi>. 

Olei  de  scorpionibus  §.  fi. 

Milhridatij  dissoluticum  aquavitæ.  3.j. 

Ce  Uniment  a vertu  de  relaxer  le 
cuir,  et  ouui  ir  les  pores,  et  faire  exha- 


428  LE  VINGT-QVATR1&V1E  LIVRE 


lations  de  quelque  portion  de  la  ma- 
tière pestiférée,  et  qui  a esté  attirée 
par  la  ventouse. 

On  peut  aussi  en  lieu  d’iceluy  faire 
des  fomentations  remolliliues,  dis- 
cutienleset  resolutiues,  et  autres  re- 
medes  attractifs  et  suppuratifs,  que 
descrironscy  après. 

D’auanlage,on  doit  faire  vn  vésica- 
toire au  dessous  de  la  bosse,  et  non 
au  dessus:  ce  que  i’ay  fait  plusieurs 
fois  auec  heureuse  issue.  Comme  pour 
exemple , si  l’aposteme  estoil  à la 
gorge,  sera  appliqué  sur  l’espauleet 
du  coslé  mesme  : et  si  elle  est  sous 
l’aisselle,  au  milieu  du  bras  partie  in- 
terne : et  si  elle  est  aux  aines,  au 
milieu  du  plat  de  la  cuisse,  à fin  de 
donner  prompte  issue  à vue  partie  du 
venin,  et  le  départir  en  deux  : dont 
par  ce  moyen  la  partie  où  première- 
ment s’assembloit  le  venin  en  l'apos- 
teme,  sera  plus  deschargée.  Or  pour 
faire  ampoulles  ou  vessies,  les  choses 
suiuantes  sont  propres,  à sçauoir , 
tilhymal , balrachium  nommé  ranun- 
culus,  ou  apium  risus  : aussi  le  ranun- 
culus  bulbosus,  persicaria  , pes  leonis , 
autrement  nommé  pommelée,  vilis 
alba  vel  bryonia,  et  principalement 
par  dessus  tous  la  moyenne  escorce 
de  vibumum  appellé  viorne,  aussi  l’es- 
corce  de  tapsus  barbatus  ou  flambe 
(laquelle  est  ainsi  nommée  des  an- 
ciens, parce  qu’elle  est  caustique,  et 
fait  vessies,  et  enflamme  la  partie)  et 
autres  semblables  simples.  El  où  ne 
pourras  trouuer  d<  sdits  remedes, 
comme  on  fait  difficilement  en  hy- 
uer,  lu  vseras  de  cesluy  composé,  le- 
quel on  peut  faire  en  tous  temps. 

Médicament  propre  pour  exciter  des  vessies 
et  ampoules. 

if.  Cantharidum  pul.  piperis,  euphorbij , 
pyrcthri  ana  3.  G . 


Fermenti  acris  3.  ij. 

Sinapi  3.  j. 

Aceti  parum. 

I’y  adiouste  peu  de  vinaigre,  d’au- 
tant qu’il  abbat  la  vertu  des  cantha- 
rides. 

Et  en  vne  exl  remité,  qu’on  ne  peust 
recouurer  tels  remedes,  faut  prendre 
huile  feruenle,ou  eau  bouillante,  ou 
vne  chandelle  flambante  , voire  vn 
charbon  ardent,  qui  fera  vne  vésica- 
tion telle  qu’on  désirera.  Et  après  que 
les  vessies  ou  ampoulles  seront  faites, 
il  les  faut  subit  couper,  et  laisser  les 
vlceres  long  temps  ouuertes,  en  met- 
tant dessus  fueilles  de  choux  rouges, 
bette,  ou  poirée,  ou  de  lierre,  amor- 
ties en  eau  chaude,  et  les  oindre  auec 
huile  et  beurre  frais. 

Aucuns  appliquent  des  cautères 
pour  faire  lesdites  ouuertures  : mais 
les  vessies  sont  beaucoup  plusà  louer, 
parce  que  parauanlque  lesescharres 
fussent  cheutes,  le  malade  pourroit 
mourir.  El  faut  entendre  que  les  ou- 
uerlures  faites  par  les  vésicatoires 
seruent  beaucoup  pour  euacuer 
promptement  le  venin  ( ce  quia  esté 
expérimenté  par  plusieursfois)  parce 
que  le  venin  pestiféré  peche  plus  en 
qualité  qu’en  quantité. 

Et  sur  l’apostrine  seront  appliquées 
des  fomentations,  comme  nous  auons 
dit  cy  dessus  : puis  on  vsera  de  ce 
remede,  qui  a vertu  d’attirer  la  ma- 
tière au  dehors. 

if.  Cæpam  magnam  excaua,  et  impie  the- 
riaca  cum  foliis  rutæ  : deinde  coque  sub 
cineribus  calidis  , postea  contunde  cum 
pauco  fermento  et  axungia  suilla  ad 
quantitatem  suflicienlem. 

Et  ce  soit  appliqué  chaud  sur  la 
bosse  , et  le  faudra  renouueler  de  six 
en  six  heures. 


DÈ  LA  Pl-.STÉ. 


Autre  attractif. 

if.  Radicumbismaluæ cl liliorum  ana  1b.  fi. 

Seminis  Uni,  fœnugræci  et  sinapi  ana 
S-  it>. 

Theriacæ  5.  j. 

Ficus  pingues  numéro  x. 

Axungiæsuillæ  quantum  su fficit. 

Fiat  calaplasma  secundum  artem. 

Autre  remede  plus  attractif. 

if.  Cæparum  et  alliorum  sub  cineribus  coc- 
toruru  ana  g . iij. 

Contunde  cum  fermenti  acris  § , addendo: 

Vnguenti  basiliconis  g.j. 

Theriacæ  3.  j. 

Mithridatij g . fi. 

Axungiæsuillæ  veteris§ . j. 

Cantharidum  puluerisatarurn  9.  j. 

Slercoris  columbini  3.  ij. 

Le  tout  soit  pislé  etmeslé  ensemble, 
et  soit  fait  cataplasme. 

Autre. 

La  vieille  presure  est  fort  acre 
et  chaude,  et  par  conséquent  at- 
tractiue,  meslée  auec  vieil  leuain,  et 
vn  peu  de  basilicum1. 

On  en  peut  faire  d’autres  sembla- 
bles, desquels  on  vsera  iusqu’à  ce 
qu’il  y aura  suffisante  attraction  , et 
que  la  bosse  soit  fort  esleuée  en  tu- 
meur : mais  si  on  voit  que  dés  le 
commencement  il  y eust  tres-grande 
inflammation  et  douleur  extreme, 
comme  il  se  fait  bien  souuent,  et  prin- 
cipalement aux  charbons,  en  tel  cas 
se  faut  garder  d’vser  de  tels  remedes 
ainsi  chauds  et  attractifs  , et  de  ceux 
aussi  qui  sont  fort  emplastiques  et 
visqueux,  lesquels  condensent  et  opi- 
lent  les  pores  du  cuir  , ou  resoluent, 

1 Cette  dernière  formule  a été  ajoutée  en 
1579. 


4^9 

consument  et  seichent  l’humeur  sub- 
til qui  pourroit  estre  cause  d’aider  à 
la  suppuration  : pareillement  aug- 
mentent la  douleur  et  la  fiéure , et  at- 
tirent trop  grande  quantité  d’hu- 
meurs chaudes,  dont  le  venin  s’en 
fait  plusgrattd  et  dangereux,  rendant 
la  matière  plus  rebelle,  la  tournant 
plustoslà  corruption  qu’à  maturation  : 
parfluoy  souuent  s’ensuit  douleur 
extreme  causant  spasme,  gangrené, 
et  par  conséquent  la  mort  subite. 
Donc  en  tel  cas  tu  euiteras  tels  reme- 
des, et  appliqueras  de  froids  et  tem- 
pe és , à fin  de  diminuer  la  grande 
ferueur  et  ébullition  de  sang  : ce  fai- 
sant Nature  sera  aidée,  dontlasuppu- 
ration  se  fera  mieux.  Et  de  telle  sorte 
sont  les  cataplasmes  faits  de  fueilles 
deiusquiameetozeille  cuittes  sous  la 
braize,  aussi  la  pulte  de  Galien,  et  au- 
tres que  déclarerons  cy  après. 

On  a veu  des  malades  de  peste,  les- 
quels oni  eu  si  grande  appréhension 
de  la  mort , que  d’vn  grand  courage 
et  constance  eux  mesmes  se  sont  tirés 
la  bosse  auec  tenailles  de  mareschal. 
Autres  l’ont  coupée  en  plusieurs  en- 
droits, la  cernans  tout  autour  : les 
autres  ont  esté  si  asseurés,  qu’eux 
mesmes  sesoni  appliqués  fers  ardens, 
et  se  sont  bruslés  pour  donner  issue  à 
l’humeur  pestiféré  : ce  que  ie  n’ap- 
prouue.  Car  la  malignité  peslilente 
n’est  pas  comme  la  morsure  et  pi- 
queure  des  bestes  veneneuses  , parce 
que  le  venin  vient  du  dedans  , et  non 
du  dehors  , comme  en  la  morsure  et 
piqueure  des  bestes  veneneuses.  Et 
telles  cruautés  si  violentes  accrois- 
sent plustosl  la  douleur  et  chaleur  de 
la  fiéure , empirent  et  augmentent  la 
vénénosité  : et  pour  ceste  cause  ab- 
bregent  leur  vie.  Parquoy  tu  te  con- 
tenteras eu  tel  cas  de  remedes  re- 
laxans  et  ouurans  les  pores  du  cuir,  et 


430  LE  VINGT-QVAÏR1EMK  LIVRE 


euacuans  par  resolution  et  insensible 
transpiration  vue  portion  (lu  venin. 
Et  de  tels  t’en  donneray  plusieurs 
bien  approuués  et  promptement  pa- 
rab'es , comme  sont  ceux  qui  s’en- 
suiuent. 

Radicum  bismàluæ  et  liliorunri  ana§  . vj. 

Florum  camoinillafe  et  melil.  anà  m.  G. 

Scmitiis  linl  § . G . 

Follorum  rütæ  m.  G . 

Le  tout  soit  bouilli , puis  coulé,  et 
en  ceste  décoction  soit  trempé  vn 
feutre,  ou  vne  esponge,  et  soit  faite 
fomentation  assez  longuement. 

Autre  remede. 

2f.  Micam  panls  calidi,  et  asperge  aqua  thé- 

riacævel  aquayitæcum  tacte  vaccino, 

vel  caprillo,  et  tribus  vitellis  ouorufn. 

Le  tout  soit  incorporé  et  appliqué 
dessus  cbaudement  auec  des  es- 
touppes. 

Autre. 

2 f.  Fermenti  acris  ex  secali  § . iiij. 

Basiliconis  § . ij. 

Vitel'.os  ouorum  numéro  iij. 

Thcriacæ  3.  j. 

Olel  liliorum  § . ij. 

Le  tout  soit  meslé  et  appliqué 
comme  dessus, 

AutrCi 

2f.  Diachylonis  commuais  et  basiliconis  ana 
D-'j- 

Olei liliorum  §.  j.  G. 

Soient  llqUeflés  et  fondus  en- 
semble, et  en  soit  appliqué  comme 
dessus. 

Et  lors  que  l’on  verra  que  la  bosse 
sera  suppurée  (ce  qui  se  peut  connois  - 
tre  à la  veuë  et  au  tact,  d autant  que 
la  tumeur  est  esleuée  aucunement  en 
pointe  ou  pyramide,  et  le  cuir  blanch1 


et  délié,  et  au  sentiment  du  toucher 
on  trouue  l’enfîeure  obéissante  aux 
doigls  ailée  vne  inondation  mollette, 
et  la  bouëVa  de  lieu  en  autre  . pareil- 
lement Iqs  accidens  sont  grandement 
diminués,  comme  douleur  pulsatile, 
et  les  elancemens,  et  inflammation  ) 
alors  qu’on  voit  telles  choses,  il  faut 
faire  ouuerture  par  lancette  , ou  par 
cautères  potentiels  ou  actuels  : mais 
les  potentiels  sont  plus  à louer  en  tel 
cas  , s’il  n’y  auoit  grande  inflamma- 
tion , parce  qu  ils  attirent  le  venin  du 
profond  à la  superficie,  et  donnent 
plus  ample  issue  à la  matière.  Et  ne 
faut  attendre  que  Nature  face  ouuer- 
ture d’elle  mesme , de  peur  que  la 
boue  estant  faite,  ne  s’esleue  quelque 
vapeur  veneneuse,  qui  se  conununi- 
queroit  par  les  arteres,  veines  et 
nerfs  au  cœur  et  autres  parties  no- 
bles. Parquoy  l’ouuerlure  se  doit 
faire  par  la  main  du  Chirurgien  , et 
non  par  Nature. 

Aucuns  commandent  faire  l’ouuer- 
turc  deuanl  que  la  suppuration  soit 
faite  et  apparente,  disans  qu’il  la 
faut  ouurir  entre  le  verd  et  le  sec. 
Toutesfois  ie  vous  puis  asseurer,  que 
si  i’aposleme  n’est  assez  malurée  , on 
est  cause  d’induire  grande  douleur  et 
inflammation  , et  accroissement  de 
liéure  : qui  est  souuent,  cause  d vue 
gangrené,  ou  de  rendre  1 vlcere  ma- 
ling  , ce  que  i’ay  veu  aduenir  sou- 
uentesfois. 

La  suppuration  se  fait  volontiers 
en  dix  ou  douze  iours,  plus  ou  moins, 
selon  qu’elle  sera  traitée,  et  1 hu- 
meur maling  : aussi  selon  la  partie 
affectée. 

Or  après  l’ouuerture  faite  , on  doit 
encore  vser  de  medicamens  suppura- 
tifs et  remollitifs  tant  qu’il  sera  be- 
soin, pour  Vousiours  aider  nature  à 
suppurer  et  amollir,  mondifiant 


DE  LA. 

neantmoins  l’vlcere  et  cauité  d’iceluy 
par  onguens  detersift  * qtie  déclare- 
rons cy  après  traitons  des  charbons 
Mais  si  on  voyoit  que  la  bosse  ou  tu- 
meur retournast au  dedans  , alors  on 
doit  appliquer  ventouses  auec  scari- 
fications, et  autres  remedcs  plus  forts 
et  attractifs  bien  acres,  voire  iusques 
aux  cautères  actuels  ou  potentiels. 
D’auanlage  , comme  i’ay  dit,  en  tel 
cas  il  est  besoin  de  faire  ouuerture 
sous  la  bosse  auec  vésicatoires,  à fin 
d’euacuer  quelque  partie  du  venin 
pendant  que  l’escharre  faite  par  les 
cautères  tombera.  Pareillement  au 
tour  des  bosses  et  charbons  on  fera 
des  scarifications,  et  y sera  appliqué 
plusieurs  sangsues,  et  réitérées  par 
plusieurs  fois,  à fin  d’attirer  et  va- 
cuer  l’humeur  conioint  à la  partie. 
Or  que  telles  ouuerlures  seruenl , 
mesmes  soient  necessaires  à deschar- 
ger la  partie  du  venin  qui  la  moleste, 
et  par  conséquent  tout  le  corps,  on  le 
voit  journellement  par  expérience  en 
ceux  qui  ont  la  verolle  : car  ce  pen- 
dant qu’ils  ont  quelques  vlceres  ou- 
uerles,  et  qu’elles  Huent,  les  pau- 
ures  verollés  n’ont  point  de  douleur , 
ou  en  ont  bien  peu  : et  subit  qu’elles 
sont  closes,  leur  douleur  vient  et 
s’augmente , à cause  que  le  virus  ve 
nerien  n’a  plus  d’issue. 

Si  on  voyoit  que  la  peste  ou  le 
charbon  fussent  malins  et  enflam- 
més, et  de  couleur  verdoyante  ou 
noire  (comme  l’on  voit  principale- 
ment en  ceux  qui  sont  faits  d’humeur 
melancholique  bruslé , qui  est  le  pire 
humeur  de  tous,  parce  qu’il  est  froid 
et  sec,  et  par  aduslion  est  fait  gros  et 
rebelle  aux  remedes,  et  parlant  est 
difficilement  vaincu  par  Nature)  et 
qu’aussi  on  vist  qu’il  y eust  grand 
danger  de  gangrené  et  mortification 
en  la  partie , alors  il  faudroit  vser  de 


PH3TE.  43 1 

[ mcdicamens  repercusslfs  autour,  et 
non  dessus  , à fin  de  prohiber  que  la 
fluxion  ne  s’augmenlast  par  trop,  et 
que  la  partie  ne  receusl  tant  d’hu- 
meurs que  la  chaleur  naturelle  fust 
suffoquée  et  esleinle  , et  que  la  ma- 
tière veneneuse  ne  remoritast  au 
coeur  : alors  on  appliquera  autour  nie- 
dicamens  repercussifs,  lesquels  seront 
renouueliés  souuent  : et  en  ce  faisant 
on  laisse  la  propre  cure  pour  suruenir 
aux  accidens. 

Exemple  de  tepetemsifs. 

"if.  Pomum  granatum  acidum  : coque  in 
aceto  : poslca  contunde  cum  vnguento 
rosato  vel  populeone  recenler  facto. 

Et  ce  soit  appliqué  autour  du  char- 
bon ou  bosse  , et  renouuellé  souuent. 

Autre. 

2£.  Succi  sempeiuiui,  portulacæ  acetosæ,  so- 
laniana  5 . ij. 

Aceti  §.j. 

Albumina  ouorbttl  numéro  iij, 

Olei  ros.  et  nenuph.  ana  § . ij.  fi. 

Ces  choses  soient  agitées  et  appli- 
quées comme  dessus. 

Et  si  on  voit  que  la  bosse  ou  charbon 
fussent  fort  veneneux  et  de  mau- 
uaise couleur,  auec  trop  grande  mul- 
titude de  matière,  et  qu’il  y eust  dan- 
ger de  gangrené  et  mortification , il 
faut  faire  dessus  et  aux  enuirons  plu- 
sieurs et  profondes  scarifications  ( si 
la  partie  le  permet),  à fin  d’attirer,  et 
la  descharger,  et  euacuer  le  venin  et 
la  trop  grande  mullilude  des  humeurs 
qui  suffoquent  et  esteindent  la  cha- 
leur naturelle  de  la  partie,  à fin 
que  plus  facilement  puisse  auoir  air, 
euilant  lousiours  les  grands  vais- 
seaux , comme  nerfs,  veines  etarteres, 
de  peur  de  spasme  et  flux  de  sang,  le- 


432  LE  VINGT-QVATRIEME  LIVRE 


quel  en  tel  cas  est  difficile  à estan 
cher,  à cause  que  le  lieu  est  grande- 
ment enflammé,  et  que  les  parties 
voisines  sont  tant  eschauffées  de  la 
malice  de  l’humeur,  et  aussi  pour  le 
désir  que  Nature  auec  sa  vertu  expul- 
trice  a de  soy  descharger  : ce  qui  fait 
que  souuenlesfois  on  ne  peut  estan- 
cher  le  sang,  dont  le  malade  meurt 
entre  les  mains  du  Chirurgien.  Ce  que 
i’atteste  auoir  veu  aduenir  plusieurs 
fois  : parquoy  tu  y prendras  garde. 

Or  tu  dois  sçauoir  que  telle  eua- 
cualion  faite  du  lieu  affecté  profite  à 
merueilies  : car  par  ce  moyen  Nature 
se  descharge  par  le  mesme  lieu  où 
elle  a fait  amas  du  venin  pour  estre 
euacué  : partant  lu  laisseras  couler 
la  quantité  du  sang  que  tu  connois- 
tras  estre  besoin  , prenant  tousiours 
indication  de  la  vertu  du  malade,  qui 
pourra  principalement  estre  conneué 
par  la  force  du  pouls  , et  autres  indi- 
ces, qu’auons  par  cy  deuant  escrits. 
Aussi  on  fera  des  fomentations  re- 
laxantes , remollitiues  et  resoluliues , 
pour  tousiours  euaporer  et  donner  is- 
sue au  venin. 

Exemple  a’ vue  fomentation  remolttiiue  et 
resolutiue. 

’2f.  Radicis  altheæ,  lilioruin  etenulæ  cam- 
panæ  a ü>.  j, 

Seminis  lini  et  fcenugr.  ana  g . j. 

Seminis  fœniculi,  ainsi  ana  g.  fi. 

Foliorurn  rula,  saluiæ,  rorism.  an.  ni.  j. 

Flor.  camom.  meliloli  ana  m.  iij. 

Rulliant  omnia  simul  : fiat  decoctio  pro  fotu 

secundum  artem. 

De  reste  décoction  on  en  fomentera 
la  partie  assez  longuement  auec  feu- 
tres, ou  esponges,  ou  linges  en  de- 
faut d’esponges. 

On  pourra  aussi  prendre  vne  pou- 
laille,  et  principalement  vne  poulie 


commune  qui  ponde  , à fin  qu’elle  ai1 
le  cul  plus  ouuert,  ou  vne  grosse 
poulie  d’Inde  : et  leur  faudra  plumer 
le  cul,  et  mettre  dedans  deux  ou  trois 
grains  de  sel  profondément , à fin 
que  l’acrimonie  du  sel  irritant  le 
boyau  culier,  le  leur  tienne  tous- 
iours ouuert:  et  leur  tenir  le  cul  des- 
sus la  bosse  ou  charbon  ( après  auoir 
fait  premièrement  des  scarifications 
superficielles]  iusques  à ce  qu’elles 
meurent  : puis  estans  mortes , on  y 
en  remettra  d’autres  au  nombre  de 
cinq  ou  six  ou  d’auanlage,  par  l’es- 
pace de  demie  heure , si  le  malade  le 
peut  souffrir,  leur  serrant  par  fois  le 
bec  à fin  qu’elles  attirent  pins  viue- 
ment  le  venin.  Ceste  attraction  faite 
par  le  cul  des  pouiaillcs  attire  plus 
ledit  venin  que  ne  fait  la  ventouse: 
parce  qu’on  tient  qu’elles  ont  vne 
contrariété  naturelle  contre  le  venin, 
comme  il  se  peut  prouuer  par  ce 
qu’elles  mangent  et  digèrent  les  bes- 
les  veneneuses,  comme  crapaux,  vi- 
pères, couleuures,  aspics  et  autres 
serpens,  sans  qu’elles  en  reçoiuent 
aucun  mal.  On  peut  pareillement 
prendre  lesdites  volailles  ou  pigeons, 
ou  petits  chiens  et  chats  nouuelle- 
ment  nés , fendus  tout  vifs  , et  les  y 
appliquer  tous  chauds,  et  lors  qu’on 
connoistra  qu’ils  se  refroidiront , 011 
y en  remettra  d’autres  : semblable- 
ment poulinons  de  mouton  ou  de 
veau  appliqués  tout  subit  estant  ti- 
rés de  la  beste:  car  par  ceste  chaleur 
modérée  et  naturelle  de  ces  bestes,se 
fait  attraction  familière  du  venin,  et 
la  partie  malade  est  par  ce  moyen 
deschargée  et  fortifiée.  Et  faut  met- 
tre subit  ces  bestes  mortes  profondé- 
ment en  terre,  ou  les  brusler,de  peur 
que  les  chiens  et  chats  11e  les  mangent, 
et  apportent  le  venin  aux  maisons. 

Et  si  on  voyoit  que  la  bosse  ou 


DE  LA  PESTE.  433 


charbon  tendissent  à vne  gangrené , 
qui  est  préparation  de  mortification  , 
alors  on  doit  faire  plusieurs  scarifica- 
tions profondes  , toutesfois  euitanl  les 
grands  vaisseaux  (comme  i’ay  dit) 
laissant  fluer  du  sang  ainsi  que  ver- 
ras estre  necessaire,  à fin  d’alleger  la 
partie  : et  après  feras  ablution  d’eau 
sallée,  vinaigre  et  eau  de  vie,  auec 
lesquels  dissoudras  egypliac , metlirj- 
dat  ou  theriaque  : car  telle  ablution 
a très  grande  vertu  de  corriger  la 
pourriture  gangreneuse  , et  garder 
que  le  sang  ne  se  coagule , et  deter- 
ger  la  virulence  de  l'humeur  imbu  au 
lieu  infect  tendant  à pourriture.  Et 
où  on  connoistra  que  la  gangrené  ne 
voulust  obéir  à tels  remedes,  alors 
faut  venir  aux  plus  forts,  qui  sont  les 
cautères  actuels  ou  potentiels,  parce 
qu’aux  fortes  maladies  il  faut  vser  de 
grands  et  forts  remedes.  Et  en  tel  cas 
les  cautères  actuels  sont  plus  excel- 
lens  que  les  potentiels,  à raison  que 
leur  action  est  plus  subite  et  plus 
contraire  au  venin , et  laissent  meil- 
leure disposition  à la  partie.  Après  la 
cautérisation  , promptement  on  sca- 
rifiera l’eschare  iusques  à la  chair 
viue,  à fin  de  faire  exhaler  quelque 
vapeur,  et  donner  issueà  quelque  hu- 
meur contenu  en  la  partie.  Et  ne  faut 
attendre  que  l’eschare  tombe  de  soy- 
mesme  , mais  on  appliquera  remedes 
pour  la  faire  tost  tomber , comme 
cesluy  : 

"if.  Mucilaginis  altheæ,  seminis  liniana.  g ij. 

Butyri  rccenlis  vel  axungiæ  porci  g.  j. 

Vitellos  ouorum  numéro  iij. 

Incorporentur  simul,  et  fiat  linimentum- 

Aussi  on  peut  vser  de  beurre  frais , 
ou  sein  de  porc,  huile  rosal,  auec 
moyeux  d’œufs  : puis  après  la  cliente 
de  l’eschare,  tu  vseras  de  mondifica- 
tifs,  comme  : 
lit. 


'if-,  Sueci  plantaginis,  clymeni  et  apij  aiia 
3-  iü- 

Me! ! is  rosati  g . iiij. 

Terebeulhinæ  Venetæ  g . v. 

Far.  hord.  3 iij. 

Pulueris  aloës  5.  ij. 

Olei  rosati  g . iiij. 

Theriacæ  5.  fi. 

Fiat  mundificaliuum  secundum  arlem. 
Autre. 

If.  Vnguenti  Ægyptiaci  et  basiliconis  g . ij. 

Pulueris  mercurij  3.  fi. 

Incorporentur  simul  : fiat  vnguentum. 

Autre. 

'if.  Terebenthinæ  Venetæ  g iiij. 

Syrupi  de  rosis  siccis  et  de  absinthio  ana 
ana  g . j. 

Pulueris  aloës,  mastiches,  myrrhæ,  far. 
hord.  ana  3.  j. 

Mithridalij  3.  fi 

Incorporentur  simul  : fiat  medicamentum. 

Ou  on  vsera  d’vn  tel,  qui  est  ap- 
proprié aux  vlceresdepascentes,  pu- 
trides , virulentes  et  gangreneuses. 

"if.  Auripigmenti  rubri  g . j. 

Calcis  viuæ,  aluminis  vsti,  corticum  gra- 
natorum  ana  3.  vj. 

Thuris,  gallarum  ana  3.  iij. 

Ceræ  et  olei  quantum  sufficit. 

Fiat  vnguenlum. 

Cestuy  onguent  est  fort  detersif,  et 
consomme  la  chair  pourrie , et  des- 
seiche l’humidité  virulente , qui  est 
mere  nourrice  de  pourriture  gangre- 
neuse. Pareillement  en  lieu  de  cestuy 
on  vsera  de  l’egyptiac  fortifié , lequel 
aussi  corrige  la  chair  pourrie , et  con- 
somme celle  qui  croist  par  trop:  d’a- 
uantage  oblond  et  esleint  l’humeur 
virulent  qui  est  en  la  partie,  qui 
cause  souuenlesfois  tres-grande  dou- 
leur, et  est  excellent  pardessus  tous 

28 


A3A  LE  VmGT-QVATRIEME  LIVRE, 


autres  remedes  pour  tel  effet  : d’au- 
tant qu’en  sa  composition  n’entrent 
huile  ny  cire,  lesquelles  choses  rom- 
pent la  force  et  acrimonie  des  medi- 
camens  acres,  qui  sont  propres  à tels 
vlceres.  Ces  medicamens  detersifs  se- 
ront diminués  ou  augmentés  de  leur 
force,  selon  qu’on  verra  l’vlcere  estre 
sordide  et  putride,  et  selon  la  nature 
du  tempérament  de  tout  le  corps  et 
de  la  partie. 

Et  faut  tenir  l’vlcere  ouuert  le  plus 
longuement  qu’on  pourra  : car  on  a 
veu  aucuns  desquels  la  bosse  et  les 
charbons,  ayans  ietté  beaucoup  de 
matière,  sembloient  estre  du  tout 
guéris,  et  bien  tost  apres  ils  mou- 
roient:  et  partant  on  tiendra  l’vlcere 
long  temps  ouuert,  et  confortera 
continuellement  le  cœur  : aussi  on 
donnera  au  malade  par  fois  quelque 
petite  medecine,  à fin  de  purger  et 
rectifier  les  humeu  rs  m auuaises,  pour- 
ries et  veneneuses. 


CHAPITRE  XXXV. 

DV  CHARRON  NON  TEST1FERÉ1. 

Après  auoir  suffisamment  traité  de 
l’aposteme  pestiférée , il  nous  con- 
uient  escrire  des  charbons,  d’autant 
que  la  cure  d’iceux  est  presque  sem- 
blable. Et  faut  sçauoir  qu’il  y en  a de 

1 Ce  chapitre  manque  dans  toutes  les 
grandes  éditions  ; il  a été  retranché  dès  1575, 
et  on  ne  le  trouve  que  dans  l’édition  pri- 
mitive de  I5t3S.  Je  l’ai  reproduit  en  cet  en- 
droit, n’en  ayant  pas  trouvé  de  plus  conve- 
nable; et  on  le  lira  peut-être  avec  d’autant 
plus  d’intérêt,  que  nulle  autre  part  dans  ses 
OEuvres  volumineuses  A.  Paré  n’a  parlé  du 
charbon  bénin. 


deux  sortes  et  différences,  à sçauoir 
de  pestiférés  et  non  pestiférés , et  par- 
tant nous  les  distinguerons  : mais 
nous  traiterons  premièrement  de  ceux 
qui  neparticipenl  du  venin  pestilent , 
parce  qu’ils  sontsouuentesfoisauant- 
coureurs  des  autres. 

Donc  iceux  viennent  le  plus  sou- 
tient de  plénitude  de  sang  non  du 
tout  altéré  et  corrompu,  et  fort  di- 
uers  de  celuy  que  font  les  apostemes 
phlegmoneuses  : pareillement  les  ac- 
cidens  sont  moins  grands  et  dange- 
reux, leur  eschare  n’est  trouuée 
noire,  mais  blanche , appelée  des  chi- 
rurgiens vulgaires  le  limaçon  des 
charbons  blancs  : et  est  quelquesfois 
trouuée  de  grosseur  de  demy  œuf, 
plus  ou  moins  , selon  la  partie  où  il 
est:  comme  s’il  est  au  muscle  fessier, 
ou  au  milieu  du  bras  et  de  la  cuisse, 
et  qu’il  ait  quantité  de  matière,  sera 
trouué  plus  gros  qu’en  autre  partie 
nerueuse.  D’auantage  l’eschare  se 
séparé  plus  tost  ou  plus  tard  selon  les 
parties  : exemple,  si  c’est  au  genoüil 
ou  au  coude,  ou  en  autre  partie  ner- 
ueuse, sera  plus  tardiue  et  beaucoup 
plus  douloureuse  que  lors  qu’elle  est 
en  partie  charneuse. 

La  cure  sera  diuersifiée  de  celuy 
qui  est  pestiféré  , et  principalement 
en  la  saignée  : car  à celuy  là , la  sai- 
gnée est  profitable  faite  au  commen- 
cement, parce  que  ( comme  i’ay  dit) 
il  vient  le  plus  souuent  de  plénitude, 
et  le  sang  n’est  du  tout  corrompu.  Et 
pour  ceste  cause , on  ouurira  la  veine 
du  costé  opposé,  de  peur  de  faire 
trop  grande  attraction  à la  partie 
charbonnière , et  y causer  vne  gan- 
grené : au  contraire  à celuy  qui  est 
pestiféré,  jamais  ne  faut  tirer  du 
sang  de  la  partie  contraire  , de  peur 
de  retirer  le  venin  vers  le  cœur. 


CHAPITRE  XXXVI. 

DESCRIPTION  DV  CHARBON  PESTIFERE, 
ET  DE  SES  CAVSES,  SIGNES  ET  MAR- 
ÇtVES. 

Charbon  pestiféré  est  vne  petite 
tumeur  ou  pustule  maligne , feruenle 
et  furieuse , faite  d’vn  sang  gros  et 
noir,  corrompu  en  sa  substance,  par 
transmutation  de  sang  louable,  de 
façon  que  le  plus  souuent  ne  peut 
estre  régi  ne  gouuerné  par  Nature, 
parce  qu’il  peche  en  vne  qualité  ma- 
ligne qui  lui  est  inuincible.  Il  est  de 
figure  ronde  et  aiguë , et  en  son  com- 
mencement n’est  point  plus  gros 
qu’vn  petit  grain  de  mil,  ou  vn  pois, 
adhérant  fort  contre  la  partie  immo- 
bile , tellement  que  le  cuir  de  dessus 
ne  se  peut  enleuer  de  la  chair  de  des- 
sous : et  cruist  promptement  ainsi 
que  fait  la  bosse,  et  quelquesfois 
pluslost,  aucunesfois  plus  tard,  selon 
que  la  matière  est  plus  ou  moins  fu- 
rieuse , auecques  grande  chaleur,  ar- 
deur, et  douleur  lancinante  et  poi- 
gnante, comme  pointes  d’aiguilles, 
laquelle  est  très  cuisante  et  intoléra- 
ble , principalement  vers  le  soir,  et  la 
nuit  plus  que  le  iour , et  plus  lors  que 
la  concoction  se  fait  en  Testomach 
que  quand  elle  est  faite  : et  au  milieu 
apparoist  vne  petite  vessie,  en  la- 
quelle semble  estre  contenue  quelque 
sanie  : et  si  on  Tourne,  et  qu’on  des- 
couure  le  cuir , on  trouue  au  dessous 
la  chair  bruslée  et  noire  , comme  si 
vn  charbon  ardent  y auoit  esté  appli- 
qué , et  pour  ceste  cause  les  anciens 
Tont  appelé  Charbon.  Et  la  chair 
d’entour  est  trouuée  de  diuerse  cou- 
leur, comme  on  voit  en  Tare  du  ciel, 
à sçauoir,  rouge,  brune,  perse,  vio- 


lette, plombée  et  noiraslre,  auec 
splendeur  ou  lueur  estincellante, 
comme  poix  noire  embrasée  et  en- 
flammée, ayant  pareillement  simili- 
tude à vne  pierre  nommée  Escarbou- 
c/e,  dont  aussi  aucuns  lui  ont  attri- 
bué ce  non».  Les  vulgaires  les  appel- 
lent Clouds , parce  que  la  matière 
d’iceux  cause  douleur  semblable 
comme  si  vn  cloud  estoit  fiché  à la 
partie. 

Il  y a aucuns  charbons  qui  pren- 
nent leur  commencement  d’vn  vlcere 
crousteux,  sans  pustule,  comme  si 
on  y auoit  appliqué  vn  caulere  po- 
tentiel ou  vn  fer  ardent,  de  couleur 
noire , qui  croist  aussi  subitement,  et 
quelquesfois  plus  tard  , selon  que  la 
matière  est  plus  ou  moins  maligne, 
comme  nous  auonsdil.  Tous  lesquels 
charbons  pestiférés  sont  tousiours 
accompagnés  de  fiéure  continue,  et 
autres accidens  fort  cruels  : et  semble 
au  malade  qu’il  a vne  grande  charge 
de  plomb  sur  la  partie  charbonnière, 
et  qu’elle  soit  estroittement  liée  (et 
véritablement  ie  lesçay  pour  l’auoir 
senti  en  mon  corps)  qui  se  fait  à 
cause  de  la  corruption  et  suffocation 
des  esprits,  et  de  la  chaleur  naturelle 
de  la  partie  en  laquelle  est  le  char- 
bon, dont  souuentesfois  s’ensuit  dé- 
faillance de  cœur,  inquiétude,  alie- 
nation d’esprits  et  furie,  gangrené 
et  mortification,  et  par  conséquent  la 
mort,  non  seulement  de  la  partie, 
mais  aussi  de  tout  le  corps,  a nsi  qu’on 
voit  aussi  souuent  aduenir  à l’apos- 
leme  pestiféré.  Et  à la  vérité  on  peut 
dire  que  le  charbon  et  la  bosse  sont 
comme  cousins  germains,  lesquels  ne 
vont  gueres  Tvn  sans  l’autre:  et  la 
matière  d’iceux  ne  différé  seulement, 
sinon  que  eelle  de  la  bosse  est  plus 
crasse  et  visqueuse,  et  celle  du  char- 
bon plus  acre,  boüillante,  furieuse 


À36  LE  VliN'GT-QVATRIÉME  LIVRE 


et  subtile,  faisant  eschare  au  lieu  où 
il  se  sied  , ainsi  qu’auons  déclaré  cy 
dessus. 


CHAPITRE  XXXVII. 

rnOGNOSTIC  DES  apostemes  et  char- 
bons PESTIFERES. 

Aucuns  n’ont  qu’vn  charbon,  les 
autres  plusieurs  : et  sc  ietlent  par 
toutes  les  parties  du  corps. 

Il  aduient  à aucuns  qu’ils  auront 
le  charbon  et  la  bosse  douant  la  He- 
ure, et  n’ont  autres  uiauuais  aecidens, 
qui  est  vn  bon  signe  : car  cela  de- 
monstre  que  Nature  a esté  forte 
( comme  nous  auons  dit  cy  dessus)  et 
qu’elle  a ielté  le  venin  au  dehors  de- 
uant  que  le  cœur  en  fust  saisi  : mais 
quand  ils  apparoissent  après  la  üé- 
ure,  c’est  mauuais  signe  : car  cela  si- 
gnifie que  les  humeurs  sont  allerés  et 
corrompus  1 , et  que  le  cœur  mesme 
en  est  saisi , de  tant  que  la  Heure 
ayant  sou  propre  siégé  au  cœur,  se 
respand  d’iceluy,  comme  d’vn  centre, 
en  toule  la  circonférence  du  corps. 

Si  le  malade  n’est  point  troublé 
d’entendement  du  commencement 
iusques  au  septième  iour,  c’est  bon 
signe. 

Lors  que  la  bosse  et  le  charbon 
s’en  retournent,  c’est  vne  chose  le 
plus  souuenl  mortelle,  spécialement 
quand  mauuais  aecidens  suruiennent 
aptes.  Pareillement  quand  ils  sont 
suppures,  et  se  desscichent  sans  cause 
raisonnable,  c’est  signe  de  mort. 

Les  charbons  qui  sont  faits  de 
sang,  font  plus  grande  eschare  que 

1 La  phrase  s’arrêtait  là  en  1568  ; le  reste 

est  de  1575. 


ceux  qui  sont  faits  d’humeur  cholé- 
rique, d’autant  que  le  sang  est  de 
plus  grosse  substance  : partant  occu- 
pent et  prennent  plus  grande  quan- 
tité de  chair  que  ne  fait  l’humeur 
cholérique,  qui  est  plus  superficiel, 
ainsi  que  voyons  aux  erysipeles. 

I’ay  veu  des  charbons  qui  de  leur 
eschare  occupoient  presque  la  moi- 
tié du  dos , les  autres  les  deux  claui- 
icules  tirant  vers  la  gorge,  et  auoient 
congé  si  fort  les  parties  subiacentes, 
que  l’on  pouuoit  voir  la  trachée  ar- 
tère descouuerle  : autres  occupoient 
la  moitié  des  muscles  de  l’epigastre, 
et  l’eschare  cheute  on  voyoit  à l’œ  1 
le  péritoine  descouuert  : ce  qui  est 
aduenu  à moymesme  d’vn  charbon 
que  i’ay  eu  au  ventre,  duquel  la  ci- 
catrice m’est  demeurée  de  la  gran- 
deur de  la  palme  de  la  main  *.  Et 
lors  qu’ils  sont  ainsi  grands  et  énor- 
mes, le  plus  souuent  sont  mortels. 

Il  y a des  charbons  et  bosses  qui 
commencent  sous  le  menton  , puis  la 
tumeur  s’augmente  peu  à peu  ius- 
ques aux  clauicules,  et  estranglent  le 
malade.  Semblablement  il  y en  a aux 
aines,  qui  occupent  grande  partie  des 
muscles  du  ventre2:  mais  la  plus  dan- 
gereuse aposleme  est  celle  qui  se  fait 
sous  les  aisselles , d’autant  qu’elle  est 
plus  proche  du  cœur. 

11  y en  a aussi  qui  sont  énormes, 
grands  et  hideux  à regarder,  et  de 
tels  le  plus  souuenl  le  malade  meurt, 
ou  la  parlie  demeure  meheignée,  y 
restant  apres  la  consolidation  vne  tu- 

1 Paré  ajoulait  ici  en  note  marginale: 
IJ  Aulheur  a eu  le  charbon  et  ta  peste. — Voyez 
à ce  sujet  mon  Introduction,  page  cclzxii 
et  cccxvi. 

2 La  phrase  finissait  là  dans  les  premières 
éditions;  ce  qui  regarde  le  charbon  des  ais- 
selles est  une  addition  de  1585. 


DE  I,A  PFSTE. 


meur  elephan tique,  et  quelquesfois 
son  action  est  du  tout  perdue  :ceque 
i’ay  veu  plusieurs  fois.  D’auantage 
aucunesfois  pour  la  grande  pourri 
ture  de  la  matière,  la  chair  laisse  les 
os  desnues  : et  les  iointures  et  liga- 
mens  se  trouuent  tous  résolus,  tant 
est  la  pourriture  chaude  et  humide. 

Les  charbons  ieltent  vne  sanie  vi- 
rulente, très  puante,  d’estrange  na- 
ture, qui  fait  l’vlcere  corrosif  et  am- 
bulatif,  pourri  et  corrompu,  et  le 
plus  soutient  se  procréent  plusieurs 
vessies  aux  parties  voisines,  lesquel- 
les après  s’assemblent  toutes  en  vne, 
et  ieltent  sanie  en  petite  quantité, 
principalement  ceux  qui  sont  faits  de 
cholere,  à cause  de  la  siccité  de  la 
matière  bruslée  qui  fait  eschare  : et 
tard  se  conuertissenl  en  bonne  boue 
ou  sanie  louable,  parcequela  matière 
est  bruslée  et  non  pourrie,  par  l’acti- 
uité  excessiue  de  l’inflammation  et 
corrosion.  Outre-plus,  la  tumeur  de 
la  bosse  et  du  charbon  est  quasi  tous- 
iours  rebelle,  et  Ires-difficile  à estre 
résolue  ou  suppurée,  pour  la  mali- 
gnité de  leur  nature.  Et  quand  ils  ne 
suppurent  paraucuns  medicamens,  et 
la  tumeur  demeure  de  couleur  noire, 
et  si  on  veut  attenter  à les  ouurir,  il 
n’en  sort  qifvne  sérosité  noirastre,  et 
le  plus  souuent  nulle  humidité  : de 
mille  malades  ainsi  affectés,  à peine 
en  reschappe  vn  seul.  Ce  que  i’ay 
plusieurs  fois  remarqué,  pensant  les 
pestiférés  à l’Hostel-Dieu  de  Paris  '. 

Ilya  des  cbarbonsausquels, quand 
ils  sont  ouuerts,  on  trouue  vne  chair 
molle  et  spongieuse  qui  ne  se  peut 
corriger  : car  quand  on  en  consume 
quelque  portion,  il  en  reuient  d’a- 
uantage : et  tels  sont  mortels,  parce 

1 Cette  dernière  phrase  est  aussi  une  ad- 
dition de  1 585. 


437 

qu'ils  ne  cedenl  aux  remedes,  ce  que 
i’ay  veu  souuentesfois  à mon  grand 
regret. 

D’auantage,  aucuns  sont  faits 
d’vne  si  grande  corruption  d’hu- 
meurs, et  si  rnalings,que  les  membres 
tombent  en  mortification,  tellement 
qu’on  voit  le  pied  se  séparer  de  la 
iambe,  et  le  bras  de  l’espaule. 

Aussi  autour  d’aucuns  charbons 
et  bosses , se  font  petites  vessies  , 
comme  s’ils  auoient  esté  piqués  il’or- 
ties,  ou  comme  celles  qu’on  voit  aux 
herpès  miliaires,  lesquelles  sont  pro- 
créées de  vapeurs  exhalantes  des  ma- 
tières coniointes  et  arrestées  en  la 
partie,  que  Nature  ietle  hors.  Telles 
vessies  ne  présagent  pas  nécessaire- 
ment la  mort  : mais  si  la  partie  char- 
bonnière deuient  boursouflée  , et  de 
couleur  purpurée  ou  verdoyante  , 
plombine  et  noire,  et  au  tour  on  trcuue 
les  ampoulles  semblables  à celles  des 
brusleures,  et  que  le  malade  dit  n'y 
sentir  plus  de  douleur,  soit  que  l’on 
le  pique,  coupe,  ou  brusle,  c’est  si- 
gne non  seulement  de  gangrène , 
mais  de  mortification  totale,  et  que  la 
chaleur  naturelle  est  suffoquée  et  es- 
teinte  par  la  malignité  du  venin. 

Outre-plus,  i’ay  esté  curieux,  estant 
à l’Hostel-Dieu  de  Paris,  et  ayant  veu 
des  malades  de  peste  ausquels  s’es- 
toienl  apparues  quelques  tumeurs 
aux  emoncloires,  lesquelles  le  len- 
demain n’apparoissoient  aucune- 
ment, dont  les  malades  mouroient, 
de  chercher  à la  partie  la  cause  de  la 
mort  : et  véritablement,  i'ay  trouué 
à aucuns , ayant  fait  incision  assez 
profonde  , la  chair  y estre  bruslée 
comme  si  vn  caulere  actuel  y auoit 
passé. 

Les  bosses  et  charbons  ne  sont  ia- 
mais  gueres  sans  fiéure,  laquelle  est 
plus  grande  lors  qu'ils  se  font  aux 


LE  V1NGT-QVATRIÉME  LIVRE, 


/,38 

emonctoires  et  aux  parties  nerueu- 
ses , qu’aux  charneuses  : toutesfois 
ceux  qui  sont  de  bonne  température, 
ayans  les  vertus  et  facultés  fortes , 
ont  la  fiéure  moindre,  et  pareillement 
tous  les  autres  accidens. 

Les  charbons  n’occupent  pas  seule- 
ment les  parties  externes,  mais  aussi 
quelquesfois  les  internes,  et  quel- 
quesfois  les  deux  ensemble.  Si  inté- 
rieurement le  cœur  en  est  saisi  sans 
aucune  apparence  extérieure,  la  vie 
est  déplorée  et  briefue,  et  les  malades 
meurent  souuent  en  mangeant,  beu- 
uant,  et  en  cheminant.  Si  le  poulmon 
ou  le  diaphragme,  et  autres  parties 
dediées  à l'inspiration  et  expiration 
en  sont  occupées,  le  malade  meurt 
en  vingt-quatre  heures,  ou  moins, 
parce  qu’il  est  suffoqué  par  faute  de 
respiration.  Si  le  cerueau  en  est  as- 
sailli, s’ensuit  frenesie  et  rage,  puis 
la  mort.  Si  le  venin  se  iette  sur  les 
parties  dediées  à l’vrine,  le  malade 
meurt  par  faute  d’vriner.  Ce  qui  ad- 
uint,  au  chasteau  de  Roussillon,  à vne 
damoiselle  de  la  ltoyne,  de  laquelle 
auons  parlé  cy  dessus.  Aussi  si  le 
charbon  se  iette  en  l’eslomach  , cela 
est  mortel  : ce  qui  suruint  au  gou- 
uerneur  des  Dames  de  l’Hostel-Dieu 
de  Paris,  lors  que  i’estois  audit  lieu 
pensant  les  malades. 

Or  iceluy  estoit  vn  moine  ieune , 
haut , droit , fort  et  puissant , de  l’or- 
dre de  sainct  Victor,  auquel  suruint 
vne  fiéure  continue,  et  auoit  la  lan- 
gue aride , seiche , et  raboteuse , de 
couleur  noire,  à cause  de  l’extreme 
chaleur  de  la  fiéure,  et  de  la  vapeur 
putride  qui  montoit  des  parties  inté- 
rieures à la  bouche  (car  selon  le  dire 
vulgaire,  quand  vn  four  est  bien 
chaud,  la  gueule  s’en  ressent)  et  ti- 
roit  la  langue  hors  la  bouche,  comme 
vn  chien  qui  a longuement  couru,  et 


auoit  vne  extreme  alteration,  dési- 
rant perpétuellement  boire,  auec 
grande  défaillance  de  cœur,  et  appé- 
tit continuel  de  vomir  : et  mourut  au 
troisième  iour  en  conuulsion  vniuer- 
selle  de  tous  ses  membres  Les  Da- 
mes, voyans  le  pauure  moyne  dcs- 
pesché  en  si  brief  temps,  et  conside- 
rans  les  accidens  qui  furent  si  cruels, 
affirmoient  qu’il  auoit  esté  empoi- 
sonné : dont  messieurs  les  Gouuer- 
neurs  dudit  Hostel-Dieu,  en  ayans 
esté  aduertis,  commandèrent  que  le 
corps  du  moyne  fust  ouuert,  pour  en 
sçauoir  la  vérité.  Et  pour  ce  faire  fu- 
rent appellés  vn  Médecin  et  vn  Chi- 
rurgien auec  moy,  et  l'ayans  ouuert, 
nous  trouuasmes  au  fond  de  son  es- 
tomac!) vn  vestige  semblable  à celuy 
que  laisse  vn  caulere  potentiel,  auec 
vne  eschare  ou  crouste  de  largeur 
d’vne  ongle,  et  le  reste  de  l’estomach 
fort  retiré  et  bien  dur.  Alors  tous 
d’vn  consentement  , promptement 
conclusmes  qu’il  auoit  esté  empoi- 
sonné de  sublimé  ou  arsenic , veu 
l’eschare  laquelle  pénétrait  bien  fort 
profondément.  Et  ainsi  que  ie  recou- 
sois  le  corps  d’iceluy,  i’apperceus  plu- 
sieurs petites  taches  noires,  semées 
sur  son  corps  : et  lors  ie  r’appellay  la 
compagnie  pour  contempler  lesdites 
taches,  leur  disant  et  affirmant  que 
c’estoit  du  pourpre  : mais  le  Médecin 
et  Chirurgien  me  dirent  que  c’es- 
loient  morsures  de  puces  ou  de  pu- 
naises : ce  que  ne  voulus  aucunement 
accorder,  parce  qu’il  y en  auoit  en 
grande  quantité.  Et  pour  vérifier 
mon  dire,  ie  prins  vne  espingle,  la 
poussant  assez  profondément  dans  le 
cuir  en  plusieurs  endroits,  et  le  le- 
uay  en  haut,  puis  le  coupay  auec  ci- 
seaux, et  fut  trouuée  la  chair  de  des- 
sous bien  fort  noire.  Pareillement 
nous  considerasmes  la  couleur  liuide 


DE  LA  PESTE. 


du  nez,  des  oreilles,  et  des  ongles, 
mesmes  de  tout  le  corps,  plus  noire 
qu’elle  n’a  coustume  d’eslre  aux 
morts  d’autres  maladies,  et  principa- 
lement le  visage  changé,  tellement 
qu’il  esloit  quasi  impossible  de  le 
pouuoir  reconnoislre.  Adonc  chan- 
gèrent d’opinion,  et  fismes  rapport 
que  le  moyne  estoit  mort  d’vn  char- 
bon pestiféré , et  non  d'autre  poison. 


CHAPITRE  XXXVIII. 

DE  EA  CVRE  DV  CHARBON  PESTIFERE. 

Nous  auons  ditpar  cy  deuant  qu’au 
charbon  y auoit  grandeinflammalion 
et  extreme  douleur , qui  entretient  et 
augmente  la  fleure,  et  autres  griefs 
accidens , lesquels  affaiblissent  et  ab- 
batent  les  vertus,  ce  que  souuenles- 
fois  est  cause  de  la  mort  des  paum  es 
malades  : et  cela  prouient  de  la  pu- 
tréfaction et  corruption  qui  se  fait  de 
la  substance  du  sang  corrompu  et  de 
la  vénénosité  d’iceluy.  Parquoy  il 
faut  que  le  Chirurgien  ait  esgard  à 
contrarier  à la  cause  d’icelle  douleur, 
et  n’applique  dessus  le  charbon  reme- 
des  fort  chauds  et  attractifs,  ny  fort 
emplastiques  et  visqueux , comme 
nous  auons  dit  du  bubon  , parce  qu’ils 
empesebent  quelque  exhalation  du 
venin  , eschauffent  et  opilent  trop  , 
dont  les  tumeurs  sont  rendues  plus 
rebelles  à suppuration.  Et  partant  il 
vsera  de  relaxatifs , qui  ouurent  les 
pores,  et  contrarient  à la  vehemente 
chaleur  du  venin , et  suppurent  *.  Ce 
qui  se  fait  rarement , à cause  que  la 
partie  charbonnière  estant  roslie  de 

1 La  ûn  de  cette  phrase  manque  dans  les 
premières  éditions,  et  a été  ajoutée  en  1585. 


439 

chaleur  estrange.  iette  vn  morceau 
de  chair  nommé  eschare  : et  après  es- 
tre  cheule,  demeure  vn  vlcere  caue, 
sordide,  et  de  difficile  curation. 

Donc  pour  le  commencement , on 
fomentera  le  lieu  d’eau  chaude  et 
d’huile , en  laquelle  on  mettra  vn  peu 
detheriaque,  y laissant  dessus  estou- 
pes,  ou  laine  grasse,  ou  du  cotton  : ou 
en  lieu  de  telles  choses,  on  A'sera 
d’vne  décoction  faite  de  guimauues, 
oignons  de  lys , semence  de  lin  , figues 
grasses,  huile  d’hypericon  , à fin  de 
raréfier  le  cuir  et  attirer  la  matière 
au  dehors  : puis  le  lendemain  on  y 
appliquera  ce  cataplasme. 

if..  Foliorum  aeetosæ  et  hyoscyami  ana  m.  ij. 
Coquanlur  sub  cineribus  calidis,  postea  pis- 
tentur  cum  : 

Vitellis  ouorum  numéro  iiij. 

Theriacæ  3.  ij. 

Olei  liliorum  g . iij. 

Farinæ  hordei  quantum  sufFicit. 

Fiat  cataplasma  ad  formant  pultls  satis  li 
quidæ. 

Tel  cataplasme  sede  la  douleur,  re- 
prime l’inflammation,  et  suppure  , et 
ce  faisant  fortifie  les  forces  du  ma- 
lade. 

Autre. 

if.  Radicum  altheæ  et  liliorum  ana  § . iiij. 
Seminis  lini  g . 15 . 

Coquanlur  complété,  et  colentur  per  seta- 
ceum , addendo  : 

Butyris  recenti  g.j.<C>. 

Mithridalij  3.  j. 

Farinæ  hordei  quantum  sufïicit. 

Fiat  cataplasma  vt  decet. 

Les  cataplasmes  suiuans  sont  pro- 
pres pour  attirer  la  matière  vene- 
neuse,  et  aider  Nature  à faire  suppu- 
ration , lors  que  la  fluxion  n’est 
grande. 


\ l\ O LF.  VINGT-QVATRIÉME  LIVRE 


'if.  R idicis  liliorum  alborimi , cæparum  , 
fer monti  ana  5 . fi . 

Seminis  sinapi , fimi  columbini,  saponis 
mollis  ana  3.  j. 

Limaces  vj.  cum  teslis. 

Sacchari  oplimi,  theriaeæ  et  mithrida- 
tij  ana  3.  fi. 

Pistentur  omnia,  et  incorporentur  simul 
cum  vitellis  ouorurn , et  fiat  cataplasma. 

Lequel  sera  appliqué  vu  peu  chaud 
sur  le  charbon.  Et  le  puis  asseurer 
que  d icelui  verras  vn  effet  merueil- 
leux,  pour  suppurer  et  attirer  la  ma- 
tière virulente  du  dedans  au  dehors. 

Autre. 

if.  Vitellos  ouorum  numéro  vj. 

Salis  commuais  puluerisati  g.j. 

Olei  liliorum  et  theriaeæ  ana  3.  fi. 
Farinæ  hordei  quantum  sufficit. 

Fiat  cataplasma. 

Et  en  iieu  d'iceux , on  vsera  du  mé- 
dicament suiuant : 

if.  Diachylonis  parui  § iiij. 

Vnguenti  basiliconis  § . ij. 

Oleiviolarum  §.  fi. 

Fiat  medicamenlum 

Plusieurs  auteurs  ont  loué  à grand’- 
merueille  la  scabieuse  broyée  entre 
deux  pierres,  et  mixtionnée  auecques 
vieil  oing,  iaunes  d’œuf  et  vn  peu  de 
sel,  pour  faire  suppurer  le  charbon. 
Aussi  l’œuf  entier  meslé  auecques 
huile  violât  et  farine  de  froment , ap- 
paisela  douleur  et  suppure.  D’auan- 
tage,  la  racine  de  raifort  coupée  en 
pelites  pièces,  et  appliquée  sur  les 
charbons  et  aposlemes  pestiférées,  et 
renouuellée  souuent , attire  grande- 
ment le  venin. 

Et  pour  esleindre  la  grande  inflam- 
mation, on  pourra  pareillement  ap- 
pliquer sur  les  bosses  et  charbons  ca- 


taplasmes faits  d’escargots  ou  lima- 
çons auoc  leur  coquille  subtilement 
pilés  et  broyés,  y adioustant  du  thé- 
riaque ou  methridat , et  renouuellés 
souuent. 

Aulre.  Prenez  vers  de  terre  tant 
qu'il  sera  besoin  , comme  vne  bonne 
poignée  , et  les  y appliquez  dessus,  es- 
tant mis  dedans  vn  petit  linge  bien 
délié  , fait  en  maniéré  de  sachet. 

Autre.  Prenez  grenoüilles  hachées 
et  pilées , et  les  appliquez  dessus. 

Autre.  Prenez  escreuisses  broyées 
et  pilées  subtilement  auec  leur  co- 
quille. 

Autre.  Prenez  huistres  auec  leur 
coquille  et  leur  eau,  et  les  pilez  et  ap- 
pliquez dessus. 

Tels  animaux  ainsi  appliqués  se- 
dent  la  douleur  et  esleignent  la  gran- 
de ferueur  et  inflammation,  et  atti- 
rent à merueille  le  venin  pestiféré.  Si 
on  abhorre  cesdils  animaux , en  lieu 
d'iceux  on  vsera  sur  toute  la  partie 
charbonnière  enflammée  et  embrasée 
de  remedes  froids  et  humides , comme 
Cueilles  d’ozeille , iusquiame,  man  - 
dragore, ciguë,  morelle,  plantain, 
et  autres  semblables,  de  chacun  vne 
poignée  : et  seront  appliqués  auec 
leur  jus,  et  renouuellés  souuent , et 
continués  seulement  tant  que  la 
grande  douleur,  ferueur  et  ébulli- 
tion de  l’inflammation  sera  esteinte. 
Que  si  quelqu’vn  dit  que  tels  remedes 
extrêmement  froids  pourroient  re- 
percuter le  venin  du  dehors  au  de- 
dans, et  suffoquer  la  chaleur  natu- 
relle de  la  partie  par  leur  extreme 
froideur  : à cela  il  est  aisé  de  respon- 
dre,  que  l’intention  pourquoy  on  les 
applique  est  pour  seder  la  douleur,  et 
esteindre  l’impétuosité  et  ferueur  de 
la  grande  inflammation  qui  fait 
augmentation  de  la  fiéure,  aussi  pour 
cuiter  la  gangrené  et  mortification 


DF.  LA  PFSTF. 


de  la  partie , comme  nous  auons  dit  *. 

Aussi  le  jus  de  l'herbe  nommée 
Tussilaijo,  ou  pas  d’asne , esleint  pa- 
reillement l’inflammation  des  char- 
bons : comme  aussi  fait  l’herbe  nom- 
mée Mot  sus  diaboli,  pistée  et  appli- 
quée dessus. 

l’ay  soutient  vsé  du  reinede  sui- 
uant,pour  reboucher  et  •abbaltie  la 
grande  lenteur  et  douleur,  et  aider 
Nature  à faire  suppuration. 

Prenez  quatre  onces  de  suye  qui  est  adhé- 
rante contre  les  panés  de  la  cheminée: 
deux  onces  de  gros  sel  : et  les  pul- 
uerisez  subtilement,  y adioustant  des 
moyeux  d'œufs,  tanl  que  le  tout  soit  en 
forme  de  boüiilie  : et  ce  soit  appliqué 
vn  peu  tiede  sur  le  charbon. 

D’auantage  ne  faut  omellre,  à 
l’augmentation  du  charbon , de  caule 
riser  la  pointe, si  elle  apparoist  noire, 
auec  huile  feruenle  ou  eau  forte  : car 
par  ladite  cautérisation  on  abbat  et 
foudroyé  le  venin,  et  appaise-on  la 
grande  douleur  et  autres  accidens  : 
et  te  puis  asseurer  que  ie  l’ay  fait 
plusieurs  fois  auec  bonne  et  heureuse 
issue  : et  puis  bien  asseurer  qu  elle  ne 
fait  grande  douleur , à cause  qu’on  ne 
touche  que  la  pointe  du  charbon,  qui 
est  le  commencement  d’eschare  quasi 
insensible.  Et  après  l’auoir  cautéri- 
sée, on  continuera  les  remedes  sus- 
dits iusques  à ce  que  l’on  verra  que 
l’eschare  se  séparé  d’autour  comme 
vn  cercle , qui  est  lors  vn  bon  présa- 
gé, signifiant  que  Nature  est  forte, 
et  qu’elle  domine  sur  le  venin.  Et 
après  que  l’eschare  sera  du  tout 

1 Tout  ce  long  passage,  qui  commence  à 
la  page  précédente  à ces  mois  : ei  pour  esieiu- 
dre  la  grande  inflammation,  etc.,  a été  inter- 
calé ici  seulement  en  I5S5,  niais  il  avait  déjà 
parudans  le  petit  Discours  de  lu  P este  de  16S2. 


44 1 

hors , on  vsera  de  remedes  detersifs  , 
doux  et  benings,  comme  ceux  qu’a- 
uons  descrits  cy  dessus  au  chapitre  de 
l’aposteme  pestiférée,  les  diuersiflant 
selon  la  nature  de  l’vlcere  et  de  la 
partie,  et  température  des  malades  : 
car  aux  délicats , comme  femmes,  en- 
fans,  et  ceux  qui  ont  le  cuir  mollet  et 
fort  rare,  faut  vser  de  remedes  plus 
doux  et  moins  forts  qu’à  ceux  qui 
sont  robustes,  lesquels  ont  la  chair 
et  le  cuir  plus  dur  et  les  pores  plus 
serrés.  Aussi  ce  pendant  qu’il  y aura 
dureté  et  tumeur  en  la  partie  char- 
bonnière , on  doit  tousiours  continuer 
les  medicamens  suppuratifs  , remolli- 
tifs  et  detersifs  , à fin  de  tousiours  ai- 
der Nature  à iefter l’humeur  superflu 
entièrement  dehors,  à cause  qu’il  y a 
double  indication, c’est  à sçauoir,  d’a- 
mollir et  suppurer  l’Jiumeur  superflu 
qui  est  autour  de  la  partie , et  finale- 
ment mondiûer  et  tarir  celuy  de  l’vl- 
cere. 


CHAPITRE  XXXIX. 

DV  PRVRIT  RT  DEMANGEAISON  QVI  VIENT 
AVTOVR  1)E  L’VLCERE,  ET  DE  LA  MA- 
NIERE DE  PRODVIRE  LA  CICATRICE. 

Les  parties  d’autour  de  l’vlcere 
le  plus  souuent  s’escorcheut  super- 
ficiellement , par  le  moyen  de  petites 
pustules  vlcereuses  situées  sans  ordre, 
auec  ponction,  ardeur,  et  prurit  aigu 
et  poignant.  Or  la  cause  peut  venir 
du  dedans , et  aussi  du  dehors  : du 
dedans,  par  vne  sanie  aiguë  et  mor- 
dicante  resudante  de  l’vlcere,  qui  ar- 
rouse  les  parties  voisines,  prouenant 
du  virus  veneneux  qui  est  commu- 
nément en  l’humeur  cholérique , ou 
pblegme  salé  : de  la  cause  extérieure, 


I.E  VINGT-QVATRIEME  LIVRE, 


44^ 

par  opilation  des  remedes  desquels  on 
a longuement  vsé,  qui  ferment  et 
bouchent  les  pores,  et  eschauflent  la 
partie. 

Et  pour  la  cure  d’iceluy , on  doit 
fomenter  la  partie  de  choses  discu- 
lientcs  et  remollitiues,  et  par  ablu- 
tion d’eau  bleue  (qui  est  eau  forte es- 
teinle  et  ayant ja  serui  aux  orféures) 
ou  alumineuse,  ou  eau  de  chaux,  ou 
saumme  , et  semblables  choses. 

Or  véritablement  les  vlceres  faits 
par  les  charbons  sont  fort  difficiles  à 
eslre  consolidés,  parce  que  la  sanie 
est  aiguë  et  corrosiue,  tantost  crasse, 
tanlost  subtile,  ioint  que  la  figure  de 
l’vlcere  est  quasi  tousiours  ronde.  La 
cause  d’icelle  sanie  est  le  sang  aliéné 
et  changé  du  tout  de  sa  nature,  par 
l’excessiue  chaleur  et  corruption  : et 
aussi  à cause  que  la  partie  a receu 
vue  bien  grande  inlemperalure  par 
le  vice  de  l’humeur.  Quant  à ce  que 
la  figure  ronde  de  l’vlcere  est  difficile 
à consolider , cela  se  fait  à cause  que 
la  sanie  ne  se  peut  bien  euacuer , la- 
quelle par  sa  trop  longue  demeure 
acquiert  vne  chaleur  et  nitrosilé  ou 
acrimonie , qui  par  l’attouchement 
des  parois  de  l'vlcere  augmente  la 
cauité,  à cause  qu’elle  ronge  la  chair 
d’autour  : et  puis  l’entour  se  borde  et 
deuient  calleux  et  dur,  dont  après  ne 
peut  estre  consolidée  que  première- 
ment on  ne  l’ait  esté  : car  les  poro- 
sités de  la  chair  ainsi  calleuse  et  dure, 
sont  serrées  et  eslreinles  , et  ne  per- 
mettent que  le  sang  puisse  penetrer 
pour  faire  génération  de  chair.  Sem- 
blablement les  bords  esleués  par  ex- 
croissance de.  chair  répugnent  à la 
consolidation,  comme  estans  chose 
superllue  : parquoy  ies  faut  couper  et 
consumer , soit  par  fer , ou  par  medi- 
camens.  Et  après  auoir  rendu  i’vi- 
cere  applani  et  sans  tumeur,  et  rem- 


pli de  chair,  on  vsera  de  medicamens 
cicatrisalifs  , lesquels  ont  puissance 
de  condenser  et  endurcir  la  chair,  et 
produire  peau  semblable  au  cuir. 
Desquels  en  y a de  deux  maniérés  : 
l’vne  de  ceux  qui  n’ont  aucune  éro- 
sion, mais  ont  grande  vertu  astrin- 
gente et  desiccaliue , comme  sont  es- 
corces  de  grenades,  escorce  de  chesne, 
tulhie,  lilharge,  os  bruslës,  squamme 
d’airain . noix  de  galle,  noix  de  cyprès, 
minium  , pompbolyx  lauée,  antimoi- 
ne, bole  armene,  coquilles  d'huistres 
bruslées  et  lauées,  et  la  chaux  lauée 
par  neuf  fois,  et  plusieurs  métaux: 
les  autres  sont  presque  semblables 
à ceux  qui  rongent  et  consument  la 
chair  : mais  il  faut  qu’ils  soient  ap- 
pliqués en  bien  petite  quantité , 
comme  sont  vitriol  laué , alum  cuit , 
et  autres  semblables.  Or  l’alum  cuit 
sur  tous  les  cicatrisalifs  est  singulier 
pour  sa  vertu  desiccatiue  et  astrin- 
gente, rendant  la  chair  ferme  et  dure, 
laquelle  est  molle  et  spongieuse,  et 
arrousée  d’humidité  superflue  : et 
partant  il  aide  à faire  le  cuir  solide 
et  dur.  Toulesfois  les  remedes  seront 
diuersifiés  selon  les  lemperamens  : 
car  aux  enfans  et  femmes , et  géné- 
ralement à ceux  qui  ont  la  chair 
molle  et  délicate  , on  en  vsera  de 
moins  forts  qu’aux  températures  ro- 
bustes et  seiches,  de  peur  qu’au  lieu 
de  faire  le  cuir,  on  ne  corrodast  la 
chair. 

Et  après  auoir  fait  la  cicatrice, 
pour-ce  qu’elle  demeure  en  telle  ma- 
ladie touiours  laide  et  hideuse  avoir, 
à cause  sde  la  grande  adustion  qui  a 
bruslé  la  partie,  comme  si  le  feu  d’vn 
charbon  ardent  y auoit  passé,  ie  ne 
puis  encore  passer  que  ie  ne  descriue 
quelque  moyen  pour  l’embellir  : car 
le  plus  souuent  elle  demeure  rouge, 
liuide  ou  noire,  esleuée  et  raboteuse  : 


DE  LA  PESTE. 


443 


ce  qu’on  fera  principalement  en  la 
partie  où  le  malade  desire  ladite  ci- 
catrice estre  moins  apparente. 

Exemple  pour  vnir  le  cuir  qui  demeure 
inégal. 

Prenez  vne  lame  de  plomb  frottée  de  vif-ar- 
gent, et  la  liez  dessus  la  partie  eslroit- 
tement. 

Et  pour  rendre  le  cuir  blanc,  il  faut 
prendre  de  la  chaux  viue  lauée  par 
neuf  fois,  à fln  qu’elle  ait  perdu  son 
acrimonie:  puis  sera  incorporée  auec 
huile  rosal,  et  soit  fait  onguent. 

Autre.  Prenez  deux  liures  de  tar- 
tare,  c’est  à dire,  lye  de  bon  vin  qui 
adhéré  contre  les  tonneaux  , et  soit 
bruslée  et  mise  en  poudre  : puis  on 
la  metlra  dans  vn  couure-chef  de 
toile  médiocrement  deliée , laquelle 
sera  pendue  en  vne  caue  humide,  et 
on  mettra  vn  vaisseau  dessous  pour 
receuoir  la  liqueur  laquelle  distil- 
lera goute-à-goute  : et  d’icelle  la  cica- 
trice en  soit  frottée  assez  long  temps. 

Semblablement  la  sueur  des  œufs 
appliquée  souuent  dessus  la  cicalrice, 
oste  grandement  la  rougeur  qui  de- 
meure en  icelle.  L’onguent  citrin  re- 
centement  fait  a pareille  vertu , 
comme  aussi  l’emplastre  de  ceruse , 
lequel  sera  pareillement  fait  de  nou- 
ueau.  Outre-plus,  les  trois  composi- 
tions suiuantes  sont  bie  n approuuées. 

if.  Axungiæ  suillæ  nouies  lotæ  in  aceto  acer- 
rimo  3 . iiij. 

Cinabrij , succi  citrij , et  aluminis  vsti 
ana  § . G. 

Sulpburis  viui  ignem  non  experti  3.  ij. 

Caphuræ  9 . ij.' 

Puluerisentnr , deinde  incorporentur  omnia 

simul , et  fiat  vnguentum. 

Il  sublilie  le  cuir  et  efface  grande- 

ment les  taches, 


Autre. 

"if.  Olei  hyoscyami  et  olei  seminis  cucurbilæ 
ana  § . j. 

Olei  tartari  g . G. 

Ceræ  albæ  3.  iij. 

Liquéfiant  ista  simul  lento  igné , deinde 
adde  spermalis  ccti  3.  vj.  remoueantur 
prædicta  ab  igné,  donec  infrigidcnlur, 
postea  addes  : 

Trocbiscorum  alborum  Rhasis  pulucrisa- 
torum  3.  iij. 

Caphuræ  3.j. 

Tandem  cum  mali  citrij  succo  omnia  dili- 
genter misce  : et  fiat  linimentum. 

Autre. 

if.  Radicis  serpentariæ  g.j. 

Bulliat  in  aquæ  communis  tb.  j.  ad  dirni- 
dias , deinde  adde  sulphuris  viui  ignem 
non  experti,  et  aluminis  crudi  pulucrisali 
ana  3.  j.  G : postea  colentur  prædicta , et 
addalur  : 

Caphuræ  3.  j. 

Succi  hyoscyami  3.  j.  G . 

On  gardera  cela  en  vn  vaisseau  de 
plomb  ou  de  verre . et  quand  on  en 
voudra  vser,  faut  tremper  des  pièces 
de  linge,  les  appliquant,  sur  la  par- 
tie. On  peut  vser  desdits  medicamens 
pour  osier  la  rougeur,  et  principale- 
ment du  visage,  les  appliquant  des- 
sus au  soir,  et  les  y laissant  toute  la 
nuit  : puis  au  matin  on  se  lauera  d’eau 
de  son  vn  peu  tiede. 


CHAPITRE  XI,. 

DE  PLVSIF.VRS  F.VACVATIONS  QVI  SE  FONT 
OVTRF.  DES  PRECEDENTES,  ET  PRESllE 
REMENT  DE  LA  SVEVR. 

Ayant  parlé  des  euacuations  qui  se 
fout  par  l’aposteme  pestiféré  , par  les 


444  IF  VFNGT-QVATRIEMR  LIVRE, 


charbons  et  autres  éruptions  du  cuir, 
il  nous  reste  de  présent  à parler  de 
coites  qui  se  font  par  sueur  , vomis- 
semens , flux  de  sang  par  le  nez , ou 
hemorrhoïdes,  et  par  les  mois  aux 
femmes,  aussi  par  le  flux  de  ventre, 
et  autres,  à fin  que  par  telles  eua- 
cuations  on  aide  encores  Nature  à 
expeller  le  venin  du  dedans  au  de- 
hors , et  principalement  que  celuy 
qui  n'est  encores  paruenu  iusquesau 
cœur  ri'y  puisse  aller  aucunement. 
Et  en  telles  euacuations  le  chirurgien 
aura  esgard  où  Nature  est  coustu- 
miere  à faire  sa  descharge  , et  aussi 
où  elle  tend  à faire  sa  crise  : toutes- 
fois  ici  lies  euacuations  ne  sont  pas 
tousiours  critiques , mais  symptoma- 
tiques ou  accidentaires , comme  Na- 
ture n’ayant  tousiours  puissance  de 
faire  bonne  concoction  comme  elle 
drsireroit,  à cause  de  la  malignité  de 
la  inatiere,  qui  est  altérée  et  corrom- 
pue, et  du  tout  contraire  aux  princi- 
pes dont  nous  sommes  composés. 

Et  pour  commencera  la  sueur,  si 
Nature  tend  à se  descharger  par  icelle, 
elle  sera  prouoquée  en  faisant  cou- 
cher le  malade  en  vn  lit  bien  chaud 
et  bien  couuert , et  luy  mettant  cail- 
loux chauds,  bouteilles  ou  vessies  de 
porc  ou  de  bœuf  remplies  d’eau 
chaude,  ou  esponges  trempées  en 
quelque  décoction  chaude  et  puis  es- 
preintes , et  faisans  ce  qu’auons  dit 
cy  deuant pour  prouoquer la  sueur. 
Les  anciens  nous  ont  laissé  par  escrit, 
que  toutes  sueurs  sont  bonnes  aux 
maladies  aiguës,  pourueu  qu’elles 
soient  faites  aux  iours  critiques,  et 
soient  vniuerselles  et  chaudes,  et  par- 
auant  signifiées  en  iour  démonstra- 
tif: mais  en  telle  maladie  de  peste,  ne 
faut  attendre  la  crise,  comme  nous 
auons  dit,  mais  aider  Nature  à chas- 
ser subitement  le  veniu  hors  par  tous 


moyens  où  on  verra  que  Nature  s’en- 
clinera  le  plus.  Le  malade  donc  suera 
vne  heure  ou  deux  , plus  ou  moins  , 
selon  qu’on  verra  estre  necessaire. 


CHAPITRE  XLI. 

DV  VOMISSEMENT. 

Aussi  le  vomissement  purge  les  hu- 
meurs que  les  médecines  fortes  ne 
peuuent  bien  faire  , et  par  le  moyen 
d’iceluy  l’humeur  veneneux  est  ietté 
le  plus  souuent  hors.  Parquoy  si  Na- 
ture tend  à se  descharger  par  iceluy, 
on  luy  aidera  en  donnant  à boire  au 
malade  demie  liure  d’eau  tiede,  qua- 
tre onces  d’huile  d’oliue,  vne  once  de 
vinaigre,  et  vn  peu  de  jus  de  raifort  : 
puis  tost  après  luy  faisant  mettre  en 
la  gorge  vne  plume  d’oye  imbue 
en  huile,  ou  vne  petite  branche  de 
rosmarin  : ou  mettra  les  doigts  au 
profond  de  la  gorge  , pour  se  prouo- 
quer à vomir. 

Autre  vomitoire. 

Prenez  eau  de  semence  de  lin , laquelle  soit 
mucilagineuse , et  en  faut  boire  vn 
verre  d’icelle  estant  vn  peu  tiede. 

Autre. 

Prenez  de  la  décoction  de  raifort  ou  de  sa 
semence,  et  semence  d’arroche,  de 
chacun  trois  dragrnes. 

Demie  once  d’oxjmel,  et  autant  de  sy- 
rop  aceteux. 

Et  faut  en  donner  à boire  au  ma- 
lade en  bonne  quantité  vn  peu  tiede. 

s 

Autre. 

Prenez  six  onces  d’oxymel  de  Galien  et 
deux  onces  d’huile  commune,  et  :oit 
donné  tiede. 


DE  LA  PESTE. 


445 


Or  si  Nature  n'est  facile  à se  des- 
charger  par  le  vomissement , ne  la 
faut  contraindre  : car  estant  fait  par 
vehemence , il  cause  distension  aux 
fibres  nerueuses  de  l’estomacli , et 
abbat  les  vertus  , et  quelquesfois 
rompt  quelque  vaisseau  aux  poul- 
mons , dont  s’ensuit  flux  de  sang  qui 
abbrege  la  vie,  du  malade.  Parquoy 
en  tel  cas  ne  faut  prouoquer  le  vo- 
mir : mais  pliastost  l’estomach  sera 
corroboré  par  dehors  de  sachets  faits 
de  roses,  absinthe,  santaulx  ( ce  que 
descrirons  plu«  amplement  cy  après) 
et  par  dedans  de  jus  de  coings  ou 
berberis,  et  bons  boüiilons,  et  autres 
choses  qui  corroborent  l’estomach. 


CHAPITRE  XLII. 

DE  CRACHER  ET  BAVER. 

Par  cracher  et  bauer  se  fait  aussi 
grande  euacuation  : ce  qu’on  voit  par 
expérience  à plusieurs  qui  ont  eu 
aposteme  aux  costes,  nommée  pleu- 
résie, alors  que  la  suppuration  est 
faite,  la  sanie  est  iettée  par  la  sub- 
stance rare  et  spongieuse  des  poul- 
inons, et  de  là  conduite  par  la  trachée 
artere  en  la  bouche.  Et  quant  au 
bauer,  il  est  bien  manifeste  que  les 
pauures  verollés  se  purgent  par  ice- 
luy,  comme  aussi  par  le  cracher. 

Or  on  pourra  prouoquer  le  cracher 
et  bauer  auec  masticatoires  faits  de 
racine  d’iris,  et  de  pyrethre,  mastic, 
et  autres  semblables  : aussi  en  tenant 
dedans  la  bouche  et  gargarisant , 
mucilage  de  semence  de  lin. 


CHAPITRE  XLIII. 

DE  L’ESTERNVER  ET  MOVCHER. 

Aussi  par  esternuer  et  moucher, 
Nature  euacue  souuent  ce  qui  luy  est 
superflu  ou  nuisible,  quand  le  cer- 
ueau  de  son  propre  naturel  ou  par 
artifice  se  descharge  par  le  nez,  ce 
qu’on  voit  manifestement  en  ceux 
qui  ont  le  cerueau  fort  humide , 
comme  petits  enfans  et  vieilles  gens, 
lesquels  se  purgent  fort  par  cest  en- 
droit. La  cause  d’iceux  est  intérieure 
ou  extérieure  : intérieure  , comme 
vne  matière  pituiteuse  ou  vaporeuse 
qui  moleste  le  cerueau,  pluslost  tou- 
tesfois  à l’esternuer  qu’au  moucher  : 
extérieure,  comme  lors  que  le  soleil 
donne  droit  dedans  le  nez,  ou  alors 
qu’on  y met  vne  plume  ou  autre 
chose  semblable,  ou  quelque  poudre 
mordicaliue,  comme  hellebore,  eu- 
phorbe , poiure , mouslarde , ou 
autre  semblable  sternutaloire  : car 
alors,  par  le  bénéfice  de  la  faculté 
naturelle  expullrice,  le  cerueau  s’as- 
treint et  serre  pour  ietler  ce  qui  luy 
nuit  : et  cela  procédé  principalement 
de  la  partie  anterieure  d’iceluy.  Or 
ladite  sternutation  se  fait  auec  son  et 
bruit,  à raison  que  les  matières  pas- 
sent par  lieux  augustes  et  estroits, 
qui  sont  les  colatoires,  ou  les  os  cri- 
bleux  qui  sont  au  nez.  El  ne  se  doit 
procurer  en  grande  repletion  , si  les 
choses  vniuerselles n’ont  précédé,  de 
peur  de  faire  trop  grande  attraction 
au  cerueau,  qui  pourroit  causer  apo- 
plexie, vertigine,  et  autres  mauuais 
accidens. 


446 


LE  VINGT-QVÀTRLÉME  LIVRE, 


CHAPITRE  XLIY. 

de  l’ervctation  ov  rovcteiment  , 

ET  DV  SANGLOT. 

D’auantage  il  se  fait  quelque  va- 
cualion  par  l’éructation,  ou  roucte- 
ment,  et  par  le  sanglot.  Quant  à 
l’éructation,  elle  prouientdes  vento- 
sités contenues  en  l'eslomach,  iettées 
par  la  faculté  expultriced'ieeluy,  les- 
quelles sont  procréées  par  indiges- 
tion, c’est  à dire  faute  de  concoction, 
comme  pour  auoir  pris  trop  de  vian- 
des ou  breuuages,  pour  auoir  vsé  de 
choses  vaporeuses, comme  pois,  fé- 
ues,.  chaslaignes,  nauets,  raues,  pas- 
teuad  s,  carottes,  vin  nouueau,  et 
leurs  semblables  : ou  par  faute  de 
dormir,  et  generalement  par  toutes 
choses  qui  corrompent  ou  empeschent 
la  vertu  concoctrice  : selon  la  diuer- 
sité  desquelles  l’odeur  de  l’éructation 
sera  diuerse,  à sçauoir  douce  ou  fé- 
tide, amere , acide , poignante , ou 
d’autre  qualité. 

Si  le  rouctement  est  doux,  et  se  fait 
seulement  deux  ou  trois  fois,  cela  est 
bon  : au  contraire  s'il  est  puant  et 
réitéré  par  plusieurs  fois,  cela  est 
mauuais  : car  c’est  signe  que  la  vertu 
digestiue  est  corrompue.  Et  pour  y 
subuenir  , s’il  vient  en  trop  grande 
abondance  , il  faut  faire  vomir  le 
malade  : que  si  c’est  par  intempe- 
rature  de  l’estomach,  il  sera  corrigé 
par  le  conseil  d’un  docte  Médecin. 

Quant  au  sanglotou  hocquet,  c’est 
vne  contraction  et  extension  des 
fibres  nerueuses  de  l’estomach,  qui 
se  fait  pour  expeller  et  ietter  hors 
certaines  vapeurs  qui  luy  nuisent.  Les 
causes  d’iceluy  sont  inanition  ou  re- 
pletion,  ou  certaines  vapeurs  proue- 


nantes  de  quelque  putréfaction  qui 
est  en  la  capacité  de  l’estomach,  ou 
comme  leplus  souuentatlachée  obsti- 
nément aux  tuniques,  ou  portée  en 
iceluy  de  quelques  bosses,  charbons, 
ou  aulresapostemes  et  vlccres  putri- 
des qui  sont  és  autres  parties,  ou 
pour  auoir  mangé  choses  fort  aigres 
et  aiguës,  comme  vinaigre,  fortes  es- 
piceries,  et  autres  semblables,  qui 
mordent  et  piquent  l’estomach. 

Si  le  sanglot  vient  après  vnegrande 
vacuation,  soit  naturelle  ou  artifi 
cielle,  ou  suruient  en  playe,  spéciale- 
ment si  elle  est  en  la  teste,  dont  la 
sanie  tombant  en  l’estomach  procrée 
ledit  sanglot,  et  qu’il  continue,  c’est 
chose  périlleuse.  Aussi  s’il  vient  apres 
le  vomir,  c’est  mauuais  signe  : que  si 
après  iceluy  le  spasme  suruient,  cela 
est  mortel. 

Or  pour  y remedier,  il  faut  consi- 
dérer la  cause  : car  s’il  vient  par  re- 
plelion,on  y remédiera  par  euacua- 
lion  : au  contraire  si  par  vacuation 
ou  inanition,  on  y procédera  parre- 
pletion  : s’il  prouient  par  vapeurs 
esleuées  de  putréfaction,  il  laut  don- 
ner du  theriaque,  et  autres  choses 
alexiteres  qui  contrarient  à la  pour- 
riture, qu’auons  déclarées  cy  deuant  : 
et  si  c’est  de  choses  aigres  et  aiguës, 
il  faudra  vser  de  remedes  qui  contra- 
rient à icelles  : et  ainsides  autres. 


CHAPITRE  XL  Y. 

DE  l’VRINE. 

Autre  euacuation  se  fait  par  l’vrine, 
et  grandes  maladies  se  terminent  par 
icelle,  comme  nous  voyons  quelques- 
fois  aduenir  aux  verollés,  ausquels 
l’onction  vif-argentée  n’ayant  peu 


DE  LA  PESTE. 


procurer  aucun  flux  débouché,  sur- 
uient  flux  d’vrine  , et  guérissent  : 
comme  aussi  souuent  adulent  à au- 
cunes fleures,  et  plusieurs  autres  ma- 
ladies. Orl’vrine  sera  prouoquée  par 
les  remedes  diurétiques  escrits  en 
mon  liure  des  Pierres  1 : toutesfois  il 
se  iaut  bien  donner  garde  d’en  vser 
de  trop  forts,  s’il  y auoit  inflamma- 
tion à la  vessie,  à cause  que  l’on  feroil 
fluer  d’auantage  les  humeurs  : chose 
qui  la  pourroit  gangrener,  et  accélé- 
rer la  mort  du  pauure  malade.  Donc 
en  ce  cas  il  sera  plus  expédient  de  di- 
uertir  par  sueur,  ou  autre  maniéré. 


CHAPITRE  XLVI. 

DV  FLVX  MENSTRVEL. 

Pareillement  si  on  voit  aux  femmes 
que  Nature  se  vueille  descharger  par- 
le flux  menstruel,  on  leur  aidera  par 
remedes  qui  le  prouoquent,  tant  pris 
par  dedans  qu’appliqués  par  dehors. 

Ceux  que  l’on  doit  prendre  par  la 
bouche  sont , escorce  de  canne  de 
casse  ratissée,  escorce  de  racine  de 
meurier,  saffran,  agaric,  noix  mu- 
guette,  sauinier,  racine  de  bouillon 
blanc,  pastel,  diagrede,  et  plusieurs 
autres.  Et  s’il  est  question  d’vser  de 
plus  forts,  on  prendra  racines  de  ti- 
thymal , antimoine  , et  cantharides 
(toutesfois  en  petite  quantité)  lesquels 
prouoquent  grandement  tel  flux2. 

Aussi  on  fera  frictions  et  ligatures 
aux  cuisses  et  aux  iambes,  applica- 

1 Ce  renvoi  date  de  1568 , et  concerne  en 
conséquence  le  livre  des  Pierres  de  1564, 
qui  aujourd’hui  fait  partie  du  livre  des  Ope- 
rations. 

s Remedes  pris  d’Hippocrates,  De  nat. 
mulierum.  De  Dioscoride  Lia.  3.  Maltli.  Syl- 
uius,  liure  des  Mois.  — A.  P. 


447 

tion  de  ventouses  sur  le  plat  des  cuis- 
ses, apertion  de  la  veine  saphene, 
sangsues  appliquées  à l’orifice  du  col 
de  la  matrice,  pessaires,  nom  ts,  clys- 
terës,  bains,  fomentations  faites  de 
choses  odoriférantes, qui  eschauffent, 
subtilient  et  incisent  la  grosseur  des 
humeurs,  et  omirent  les  orifices  des 
veines  qui  sont  esloupées  par  obstruc- 
tion, comme  sont  racines  de  bottil- 
lon blanc,  guimauue,  iris,  persil,  fe- 
noil,  bruscus,  fueilles  et  fleurs  de 
millepertuis,  asperges,  roquette,  ba- 
silic , melisse , cerfueil  , armoise  , 
menthe,  pouliot,  sarriette,  rosmarin, 
rue , thym , hyssope,  sauge,  bayes  de 
laurier  et  de  genéure,  gingembre  , 
doux  de  girofle,  poiure,  muguette, 
et  autres  semblables,  qu’on  fera 
bouillir,  et  en  receuoir  la  vapeur  au 
col  de  la  matrice  par  vn  entonnoir 
dedans  vne  chaire  percée  : ou  en  fau- 
dra faire  bains  vniuersels.  Aussi  on 
en  pourra  faire  des  particuliers,  aus- 
quels  la  femme  se  mettra  seulement 
les  iambes  iusques  au  dessus  du  ge- 
noüil,  et  s’y  tiendra  le  plus  longue- 
ment qu’il  luysera  possible.  Ou  bien 
vsera  de  pessaires,  comme  ceux  qui 
s'ensuiuent. 

2 C.  Theriacæ  et  milhridalij  ana  3.  (5. 

Caslorei  et  gunimi  ammomaci  ana  5.  j. 
Misce  cum  bombace  in  succo  mercurialis 
tincta,  et  fiat  pessavium. 

Attire. 

7f.  P,adices  petroselini  et  fœniculisub  cine- 
ribus  codas,  deinde  contusas  cum  pul. 
slaphys.  pyrethri,  croco  et  oleo  liliorum. 

Et  de  ce  soit  fait  vn  pessaire  en 
forme  de  suppositoires  ou  nouëts,  qui 
seront  enueloppés  en  linge  tissu,  en 
maniéré  d’vn  sac  de  longueur  de 
quatre  ou  cinq  doigts  ou  plus. 


44 8 


LE  VINGT-QV  ATRIUM  E LIVRE, 


Autre. 

if.  Pul.  myrrhæ  et  aloës  ana  5.  j. 

Fol.  sabinæ,  nigellæ,  artemis.  ana  3.  ij. 
Rad.  helleb.  nigri  3.  j. 

Croci  3 . 

Cum  succo  mercur.  et  mellecomrn.  liai  pes- 
sarium  cum  bombace. 

Autre  plus  furt- 
if. Succi  rutæet  absinlh.  ana  3.  ij. 

Myrrhæ , euphorb.  caslorei,  sabinæ,  dia- 
gredij,  terebenlh.  galbani,  theria,  ana 
3.j. 

Fiat  pessarium  secundum  artem. 

Ces  pessaires  seront  liés  et  attachés 
apec  du  fil,  lequel  pendra  assez  long, 
à lin  de  le  retirer  du  col  de  la  matrice 
quand  on  voudra. 

Aussi  le  Chirurgien  doit  considérer 
que  si  le  flux  est  par  trop  excessif,  le 
faut  estaucher,  qui  se  fera  en  plu- 
sieurs manières  : premièrement  par 
atimens  qui  espaississent  le  sang  : 
aussi  par  la  saignée  (aile  au  bras, 
par  application  de  ventouses  sous 
les  mammelles,  par  frictions  et 
ligatures  faites  au  bras,  apposilion 
de  pessaires,  emplastres  , et  autres 
medicamens  froids  et  aslringens 
posés  sur  la  région  des  lombes.  Et 
faut  que  la  femme  soit  située  en 
lieu  propre , non  couchée  sur  la 
plume , de  peur  que  par  icelle  le  sang 
ne  fust  eschauffé  d’auanlage.  Et  sera 
bon  aussi  vser  de  cesle  iniection  pour 
arrester  lelllux. 

If.  Aquæ  plantag.  et  fahr.  ana  ib.  j. 

Nue.  cup.  gallar.  non  malur.  ana  3.  ij. 
Berb.  suniach,  balaust.  vitriol!  Piom. 
alumin.  roebæ  ana  3.  ij. 

But.  omnia  simul , et  fiat  decoctio. 

De  laquelle  en  sera  fait  iniection 
en  la  matrice. 


El  faut  que  le  Chirurgien  se  gou- 
uerne  sagement,  tant  à la  prouoca- 
lion  que  restriction  , de  pe  ur  qu’il  n’y 
commette  erreur  : parquoyen  ce  cas 
doit  prendre  le  conseil  d’\n  de;  te 
Médecin,  s’il  luy  est  possible  : ie  dis 
s’il  luy  est  possible , par  ce  qu’il  s’en 
trouue  peu  qui  vueillenl  Visiter  Ües 
pauures  pestiférés:  chose  qui  m’a  in- 
cité d’amplifier  cest  escrit,  pour  in- 
struire les  ieunes  Chirurgiens  à mieax 
penser  ceux  qui  seront  malades  de 
peste. 


CHAPITRE  XLV1I. 

DES  HEMOttlUtOÏDES. 

Si  on  connoist  que  la  nature  se 
voulust  descharger  par  les  hemor- 
rlioïdes  , elles  pourront  estre  prono- 
quées  par  frictions  et  ligatures  assez 
fortes  laites  aux  cuisses  et  aux  jam- 
bes , application  de  grandes  ventou- 
ses auec  grandes  flambes  sur  ie  plat 
du  dedans  des  cuisses  : aussi  on  met- 
tra des  choses  chaudes  et  attractiues 
sur  le  siégé,  comme  fomentations,  et 
oignons  cuits  sous  les  cendres , pilés 
auec  vn  peu  de  theriaque.  D’auan- 
lage, on  frottera  les  veines  hemor- 
rhoïdales  de  linges  rudes,  ou  auec 
fueilles  de  figuier,  ou  oignon  crud , 
ou  fiel  de  bœuf  incorporé  auec  vn 
peu  de  poudre  de  colocynlhe:  pa- 
reillement y seront  appliquées  sang- 
sues préparées  et  bien  choisies,  et 
pour  le  dernier  la  lancette , si  les  vei- 
nes sont  assez  sorties  hors  du  siégé  , 
et  enflées  et  pleines  de  sang.  Toutes- 
foissi  le  flux  n’est  reiglé  , mais  exces- 
sif, il  sera  estanché  par  les  remedes 
qu’auons  déclarés  pour  arrester  le 
! flux  menstruel. 


' DK  LA 


CHAPITRE  XLVIII. 

rOVR  PROVOOVER  LE  FLVX  DV  VENTRE. 

Il  se  fait  semblablement  vacuation 
île  l'humeur  peslilent  par  le  flux  de 
ventre,  àsçauoir  quand  Nature  de  son 
propre  mouuement , ou  par  l’aide  de 
medicamens  laxatifs,  purge  et  ictte 
tous  les  excremens  et  humeurs  conte- 
nus au  ventre,  à sçauoir  par  flux  diar- 
rheïque,  lienlerique  et  dysentérique. 

Et  pour  bien  discerner  vn  flux  (l’a- 
ucc  l’autre,  il  faut  voir  les  selles  du 
malade  : et  s’il  iette  humeurs  liquides 
sincères  , c’est-à-dire,  d'vne  sorte  ou 
d’espece,  comme  de  pituite  seule, 
cholere  ou  melancholie,  et  en  grande 
quantité,  sans  vlceralion  aucune  des 
intestins,  et  douleur  grande  : tel  flux 
est  appelle  diarrhéique,  c’est-à  dire, 
humoral. 

Flux  lienlerique  est , lors  que  les 
intestins  ne  retiennent  point  deué- 
menlles  viandes  : mais  douant  qu’elles 
soient  bien  cuites  en  l’estomach,  elles 
découlent  crues  et  telles  qu’elles  ont 
esté  mangées.  Tel  flux  vient  de  la  dé- 
bilité de  la  vertu  reteutiue  de  l’esto- 
mach  , pour  vne  trop  grande  abon- 
dance d’humeurs,  ou  de  la  débilité  de 
la  coucoctrice  d’iceluy,  pour  vne  trop 
grande  frigidité. 

Flux  dysentérique  est , lors  qu’il  y 
a vlceralion  aux  intestins,  auec  gran- 
des douleurs  et  tranchées , qui  se  fait 
d’vne  corruption  d’humeurs,  princi- 
palement d’vne  cholere  bruslée  , la- 
quelle corrode  la  tunique  des  intes- 
tins , dont  s’ensuit  que  le  sang  sort 
tout  pur  par  le  siégé. 

Or  en  cesle  abominable  maladie 
peslilenle,  suruient  à aucuns  grand  et 
excessif  flux  do  ventre , par  lequel 
ni. 


PESTE.  44  g 

quelques- vns  iettent  vne  matière  li- 
quide , subtile,  glulincuse  et  escu- 
meuse,  ressemblant  quelquesfois  à 
giaisse  fondue,  à cause  de  la  chaleur 
putride  qui  liquéfié  et  corrompt  les 
excremens  et  empeschc  la  concoc- 
tion , dont  les  selles  sont  quelquesfois 
voués  de  diuerscs  couleurs,  comme 
rousses  , violettes,  iaunastres,  vertes, 
noires,  cendrées,  ou  d’autre  couleur, 
dont  sort  vne  feteur  intolérable, 
comme  aussi  de  leur  sueur  et  haleine, 
qui  prouient  d’vne  chaleur  putredi- 
neuse  engendrée  d humeur  ténues, 
cholériques,  et  acres  par  pourriture, 
dont  est  grandement  irritée  la  vertu 
cxpulsiue  à excrétion.  Et  quelques- 
fois aussi  s’y  trouue  quantité  de  vers, 
qui  demonstrent  pareillement  grande 
pourriture  des  humeurs.  Et  quand 
l’humeur  est  ardent  et  bruslant,  il  ir- 
rite Nature  à ietter  non  seulement  les 
excremens  et  humeurs,  mais  aussi 
le  sang  tout  pur,  dont lamorts’ensuit. 

Ce  que  i’ay  veu  aduenir  au  camp 
d’Amiens  à plusieurs  soldais  forts  et 
puissans.  Et  véritablement  ie  fis  dis- 
section de  quelques-vns  après  leur 
mort , pour  connoistre  d’où  ceste 
quantité  de  sang  ainsi  pur  pouuoit 
sortir  : et  trouuay  la  bouche. des  vei- 
nes et  artères  mesaraïques  ouuertes 
cteslcuées,  ou  tuméfiées  là  par  où 
elles  aboutissent  dans  les  intestins  en 
forme  de  petits  cotylédons,  desquels 
lors  que  les  comprimois , le  sang  en 
sorloit  tout  pur. 

Or  quelquesfois  ce  vice  n’est  qu’aux 
gros  intestins , quelquesfois  seule- 
ment aux  gresles,  et  aucunes  fois  aux 
gros  et  aux  gresles  : partant  le  Chi- 
rurgien prendra  indication  du  lieu  où 
le  malade  d t sentir  contorsions  et 
douleurs.  Car  si  ce  n’est  qu’és  gresles 
ou  menus,  la  douleur  sera  vers  l’es- 
toinach  : au  contraire,  si  c’est  au 

29 


A5o  LE  VINGT-QVATRIEME  LIVRE, 


gros,  la  douleur  sera  vers  le  petit 
ventre  au  dessous  du  nombril. 

Donc  si  le  mal  est  aux  intestins 
gresles , on  baillera  remedes  par  la 
bouche  : au  contraire  si  c’est  aux  gros, 
faut  procéder  par  clysleres  : et  si  l’af- 
fection est  en  tous  , faut  y remedier 
par  haut  et  par  bas.  El  pour  ces  cau- 
ses, le  Chirurgien  rationel  prendra 
indication  de  la  diuersité  du  flux  de 
ventre,  et  des  accidens  qui  se  présen- 
teront : comme  si  on  voit  que  le  ma- 
lade ait  tenesine  et  grandes  esprcin- 
les(qui  est  vn  signe  que  Nature  se 
veut  descharger  par  le  ventre)  on 
luy  aidera  par  medicamens  pris  par 
la  bouche , comme  demie  once  de 
hiere  simple  auec  deux  onces  d'eau 
d’absinthe,  en  y adiouslant  vne 
dragme  de  diaphœnicum,  ou  autres 
semblables:  aussi  à cesteintenlion les 
clysteres  apportent  grand  profit,  pour 
ce  qu’ils  purgent  les  superfluités  des 
intestins, dissipent  les  ventosités,  ap- 
paisent  les  douleurs  : et  en  tirant  les 
ordures  contenues  aux  boyaux  , par 
conséquent  ils  attirent  aussi  par  suc- 
cession des  parties  supérieures,  et 
mesmemenl des  veines,  et  diuer lissent 
des  parties  nobles. 

Exemple  d'vn  Clystere  , pour  irriter  la  vertu 
expullrice  à ietier  dehors  les  superfluités. 

%.  Foliorum  maluæ , violariæ , mercurialis 
ana  m.  j. 

Seminis  lini  § . G. 

Fiat  decoctio  ad  lî>.  j.  in  qua  dissolue  : 

Confeclionis  bamech,  diapruuis  solutiui 
ana  § . fi . 

Theriacæ  5.  iij. 

Olei  violati et  liliorum  ana  §.j.  fi. 

Mellis  violati  § . ij. 

Fiat  clysler. 

Lequel  sera  réitéré , s’il  est  besoin. 
Toulesfois  s’il  y a vlcere  aux  bojaux, 
ou  veines  ouuertes , ou  lienterie,  ou 


diarrhée,  ce  clystere  serait  mau- 
uais , comme  aussi  les  suppositoires 
aigus. 

Autre. 

'if.  Decoclionis  communis  clysteris  lb . j. 

In  colatura  dissolue  : 

Catholici  et  cassiæana  3.  G. 

Mellis  anthosati  § . j. 

Sacchari  rubri  § . j.  fi . 

Olei  violarura  5.  iij. 

Fiat  clyster. 

Autre  plus  fort. 

if.  Decoclionis  clysteris  communis  lb.  j. 

In  colatura  dissolue  : 

Hieræ  § . fi . 

Catholici  et  diapbœnici  ana  3.  ij. 

Mellis  anthosati  §.j.  fi. 

Olei  anethinietcbamæmelini  ana  5 . j.fi . 
Fiat  clyster. 

Si  le  Chirurgien  estoit  en  quelque 
lieu  où  il  ne  peust  trouuer  vn  Apoti- 
caire , ny  syringue  , ny  chausse  à 
clystere  , ou  que  le  malade  ne  peust 
ou  ne  voulust  prendre  clystere  (com- 
me aucuns  font),  alors  il  pourra  faire 
suppositoires  ou  nouëts,  forts  ou  de- 
biles  , selon  qu’il  verra  eslre  besoin 
pour  accomplir  son  intention. 

Exemple  d’vn  Suppositoire , pour  irriter  la 
vertu  expulsiue  des  boyaux. 

if.  Mellis  cocli  5 . j. 

Hieræ  picræ  et  salis  communis  ana  3.  G . 
Et  de  ce  soit  fait  vn  suppositoire. 

On  en  peut  aussi  faire  de  sauon,  de 
longueur  d’vn  doigt,  et  de  grosseur 
moyenne  : et  au-parauant  qu’on  les 
applique,  on  les  doit  huiler  ou  en- 
graisser, à fin  qu’ils  entrent  au  siégé 
plus  aisément  et  à moindre  douleur. 

Exemple  d’vn  plus  fort  suppositoire. 

if.  Mellis  § . iij. 

Fellis  bubuli  5. J. 


DK  LA  PESTE. 


Scaninionij , pulucrisati  euphorbij . co- 
locynlidis  ana  3.  G. 

El  de  ce  soient  faits  suppositoires. 

Les  nouëls  ont  mesme  vsage  que  les 
suppositoires,  et  seront  pareillement 
faits  forts  ou  debiles,  selon  qu’il  en 
sera  besoin. 

Exemple. 

If.  Vitellos  ouorum  numéro  iij. 

Fellis  bubuli  et  mellis  ana  g . G. 

Salis  communis  5.  6. 

Le  tout  soit  battu  et  incorporé  en- 
semble , et  de  ce  soient  faits  nouëls, 
mettant  des  choses  prédites  dedans  vn 
linge  : en  quantité  d’vne  grosse  ave- 
laine  , et  le  faut  lier  et  mettre  dans  le 
fondement.  Si  on  veut  qu’ils  soient 
plus  forts,  on  y adiouslera  vn  peu  de 
poudre  d’euphorbe  ou  colocynthe. 


CHAPITRE  XLIX. 

PO YR  ARRESTER  LE  FLVX  DE  VENTRE. 

Si  on  connoist  le  flux  de  ventre  es- 
tre  trop  grand,  et  la  vertu  affoiblie, 
et  que  tel  mal  vint  de  l’affection  de 
tous  les  intestins,  alors  le  faut  aires - 
ter  : à quoy  on  procédera  par  re- 
medes  baillés  tant  par  la  bouche 
que  par  clysteres,  de  peur  que  la  vie 
du  malade  ne  sorte  par  le  siégé.  Par- 
quoy  on  donnera  à manger  aux  ma- 
lades de  la  bouillie  faite  de  farine  de 
lourment , auec  vne  décoction  d'eau 
en  laquelle  on  aura  fait  boüillir  vne 
grenade  aigre,  berberis,  bol  d’Arme- 
nie , terre  scellée,  et  semence  de  pa- 
uot,  de  chacun  vne  dragme. 

Autre  bouillie. 

Prenezamandes  douces  cuittescneau  d’orge, 
en  laquelle  on  auraUait  estcindre  des 
carreaux  d’acier  ou  de  fer  ardens,  puis 


45  l 

pilez-les  en  vn  mortier  de  marbre,  et 
les  faites  en  forme  de  laict  d’amandes, 
et  y adiouslez  une  dragme  de  poudre 
de  diarrhodon  abbatis,  à fin  que  l’acri- 
monie de  l’humeur  cholérique  soit  a- 
doucie,  et  l’estomach  corroboré. 

Autre  rcmede  de  merueilleux  ejfect , lequel  ie 
liens  de  feu  monsieur  Chapelain,  premier 
Médecin  du  Roy , qui  l’auoit  comme  grand 
secret  de  defunct  son  pcre  , et  proteste  luy  en 
auoir  veu  ordonner  auec  vn  ires-bon  succès. 

~2f.  Boli  armen.  terræ  sigil.  lapis  hæmat.  ana 
3.  j. 

Picis  naualis  3 j.  G. 

Coralli  rub.  mar.  elcelar.  cornu  cerui 
vsli  et  loti  in  aqua  plantag.  ana  3.  j. 
Sacchari  rosat.  g . ij. 

Fiat  puluis. 

De  laquelle  le  malade  en  prendra 
plein  vne  cuillier  deuant  le  repas,  ou 
bien  auec  le  iaune  d’vu  œuf.  On 
vsera  de  ce  remede  en  prenant  plus 
ou  moins,  selon  que  le  flux  sera  grand 
ou  petit  L 

1 11  m’a  fallu  ici  rectifier  le  texte,  qui  va- 
rie suivant  les  éditions.  En  15GS,  au  lieu  de 
la  formule  de  Chapelain,  on  trouvai  t celle-ci  : 

« Autre  remede  de  merueilleux  effect. 

« "f.  Picis  naualis  § . j. 

Boli  armen.  et  lapidis  hæmat.  ana  3.  ij. 
Sacchari  g . i. 

«Et  de  ce  le  malade  en  prendra  plein  vne 
cuillier  deuant  le  repas.  On  vsera  de  ce 
rcmede  en  prenant  plus  ou  moins  selon 
que  le  flux  sera  grand  ou  petit  » 

En  1375,  ce  remède  fut  remplacé  par  ce- 
lui de  Chapelain,  avec  les  mêmes  préceptes 
pour  son  administration.  Mais  en  1579  l’au- 
teur ajouta  la  citation  qui  suit  de  Chris- 
tophe Landré,  et  l’intercalation  fut  faite  si 
négligemment,  que  cette  phrase:  on  vsera 
de  ce  remede,  etc.,  suivait  la  citation  , et  se 
rapportait  conséquemment  à \a  fiente  de  chien, 
et  non  plus  au  remede  de  Chapelain,  comme 
en  1575.  'Voilà  ce  que  j’ai  dû  rectifier. 


LE  V!K(J f-QV ATWI KME  LIVr.K 


45‘J 

Christofle  l'André  en  son  Oecoia- 
trie  loué  grandement  la  fiente  de 
chien  qui  ait  rongé  par  trois  iours 
des  os. 

Pareillement  on  peut  faire  manger 
deuanl  le  repas  de  la  chair  de  coings, 
ou  mesmes  des  coings  cuits  sous  la 
cendre,  ou  en  composte:  ou  conserue 
du  fruit  de  cornalier , et  berberis 
confit,  et  quelquesfois  aussi  vn  mi- 
raboIan,ou  vnenoix  muguette  rostie 
pour  corroborer  l’estomach.  Il  faut 
semblablement  que  le  malade  mange 
de  bonnes  viandes  et  de  facile  diges- 
tion, et  plustost  rosties  que  bouillies. 
D'auanlage , il  conuicnt  concasser 
vne  grenade  aigre  auec  son  escorce, 
et  la  faire  cuire  en  eau  ferrée,  et  d’i- 
celle en  bailler  à boire  : ou  de  l’eau 
en  laquelle  on  aura  fait  bouillir  vne 
pomme  de  coings,  neffies,  cormes,  ou 
meures  de  ronces,  et  autres  sembla- 
bles : car  telles  choses  astreignent  et 
consomment  beaucoup  d’humidités 
superflues  du  corps.  On  peut  pareil- 
lement vser  des  syrops  cy  dessus  es- 
crits,  comme  de  citrons , ribes,  iulep 
rosat,  et  autres  donnés  auec  eau  fer- 
rée. 

L’eslomach  sera  pareillement  frotté 
extérieurement  d’huile  de  mastic,  de 
noix  muguette,  de  coings,  de  myrrhe, 
et  autres  semblables.  Aussi  on  peut 
mettre  sur  iceluy  la  crouste  d’vn 
gros  pain  tiré  vn  peu  auparauant  du 
four,  trempée  en  vinaigre  et  eau 
rose,  ou  vn  cataplasme  fait  de  décoc- 
tion d’eau  ferrée,  roses  rouges,  su- 
naach,  berberis,  myrtilles,  chair  de 
coings,  mastic,  farine  de  féues,  et  miel 
rosat. 

Or  si  on  voit  que  le  malade  iette 
des  vers,  on  y procédera  ainsi  qu'il 
sera  déclaré  cy  après  *,  à lin  de  les 

1 Cy  après;  c’est  le  texte  de  1568  , qui  n’a 


faire  mourir,  et  ietler  hors  du  ven- 
tre. Aussi  on  pourra  vser  de  clysteres 
anodins,  abstersifs,  consolidâtes,  res- 
trictifs et  nutritifs,  selon  qu’on  verra 
eslre  besoin.  Et  premièrement , lors 
que  le  malade  sent  grande  douleur 
de  tranchées  et  contorsions  au  ven- 
tre, à fin  de  rafraîchir  l’acrimonie 
des  humeurs,  on  pourra  donner  vn 
tel  clyslere. 

TL.  Lad.  hyos.  foliorum  acetosæ,  portulacæ 
ana  ni.  j. 

Florutn  violarum  et  nenuph.  ana  p.  j. 
Fiat  decod.  ad  lb . j . in  colalura  dissolue: 
(.assise  fislulæ  5 . vj . 

Olci  rcsati  et  nenupharis  ana  5 . j.  6 . 
Fiat  elyster. 

Autre  ano'Jyn  propre  pour  vue  douleur  aiguë 
et  poignante  es  intestins •. 

Tf.  Rosarum  rubrarum , hordei  mundati  et 
seminis  ptantaginis  ana  p.  j. 

Fiat  decoclio  : in  colatura  adde  : 

Olei  rosali  § . ij. 

Vitcllos  ouorum  numéro  ij. 

.Fiat  cîystcr. 

Autre  Clyslere  réfrigérant. 

TL.  DcGoctionis  caponis,  cru  ris  viluli  et  ca- 
pilis  vcruecis  vnà  cum  pelle  lb  ij . 

In  quibus  coquantur  foliorum  violarum,  mi- 
luæ,  mercuriaiis  et  plantag.  ana  m.  j. 
Hordei  mundati  3 j. 

Quatuor  seminum  frigidorurn  maiorum 
ana  3.  6 . 

I11  colatura  lb.  6.  dissolue  : 

Cassiæ  rcccnter  extractæ  § . j. 

n’a  jamaisélé  corrigé,  et  qui  était  juste  alors, 
puisque  le  chapitre  des  Vers  venait  après 
l’histoire  de  la  peste.  Aujourd’hui  il  faudrait 
dire  cy  deiiunt;  en  effet,  le  chapitre  des 
Vers  a été  reporté  par  Paré  lui-même  au  li- 
vre (le  la  petite  f^crolle,  avant  le  livre  de  la 
Peste. 


DE  LA.  PESTE. 


Olei  violati  ^ . iiij. 

Vitell.  ouorum  ij. 

Sacchari  rubri  § . j. 

Fiat  clyster. 

Autre  Clyslere  anodijn. 

Florum  camom.  meliloli et  anetlii  anap.  j. 
Radicis  bismaluæ  § . j. 

Fiat  decoctio  iu  lacté,  et  in  colatura  adde  : 
Mucilaginis  scminis  lini  et  fœnugræci 
extraclæ  inaqua  maluæ  §.  ij. 

Sacchari  rubri  3 . j. 

Olei  camæmeli  et  anethi  ana  § . j.  F>. 
Vitellos  ouorum  ij. 

Fiat  clyster. 

Il  faut  garder  long  temps  tels  clys- 
teres,  à fin  qu’ils  puissent  mieux  ap- 
paiser  la  douleur. 

Lors  qu’on  verra  aux  excrcmens 
comme  raclures  de  boyaux  (qui  est 
vn  signe  infaillible  qu’il  y a des  vl- 
ceres  és  intestins)  alors  il  faut  bailler 
des  clysteres  detersifs  et  consolida- 
tifs,  comme  ceux  cy. 

Exemple  d’vn  Clyslere  detersif. 

Of.  Hordei  integri  p.  ij. 

Rosarum  rubrarum  et  florum  camo- 
millæ,  planlaginis , apîj  ana  p.  j. 

Fiat  decoctio  : in  colatura  dissolue  : 

Mellis  rosati  et  syrupi  de  absynthio  ana 
5 • j-  G- 

Vitellos  ouorum  numéro  ij. 

Fiat  clyster. 

Exemple  d’vn  Clyslere  pour  consolider  les 
vlccrcs  aux  intestins. 

2g.  Succi  planlaginis,  ccnlinodiæ  et  portu- 
lacæ  ana  5 . ij. 

Roli  Armenicæ,  sanguinis  draconis, 
amili  ana  5.  j. 

Scui  hirciui  dissoluli  5.  iij. 

Fiat  clyster. 

Pareillement  le  lait  de  vache  vn 
peu  bouilli  auec  plantain  et  syrop 


453 

rosat,  est  souuerain  remede  aux  vl- 
ceres  des  intestins.  Et  si  on  voit 
(comme  i’ay  dit)  que  le  flux  fust  trop 
impétueux,  et  que  le  malade  fust  de- 
bile,  alors  on  luy  donnera  clysteres 
aslringens. 

Exemple  d’vn  Clyslere  astringent. 

2£.  Caudæ  equinæ,  plantaginis,  polygoni 
ana  m.  j. 

Fiat  decoctio  in  lacté  vstulato,  ad  quarlaria 
iij  ; et  in  colatura  adde  : 

Roli  Armenicæ,  terræ sigillatæ , sangui- 
nis draconis  an  5.  ij. 

Albumina  duorum  ouorum. 

Fiat  clyster. 

Autre. 

2£  Succorum  plantaginis,  arnoglossi , eenli- 
nodiæ,  portulacæ  depuratorum  residentia 
facta  quantum  suflicit  pro  clystere,  ad- 
dendo  : 

Pulueris  bol i Armenicæ  , terræ  sigillatæ  , 
sanguinis  draconis  ana  3.  j. 

Olei  myrthini  et  rosati  ana  g . ij. 

Si  le  sang  sort  tout  pur  par  les  in- 
testins, il  faut  vser  de  plus  forts  as- 
tringens  : et  pour-ce  ie  loue  beau- 
coup les  décoctions  faites  d’escorce 
de  grenade,  noix  de  cyprès , roses 
rouges,  sumach,  et  quelque  portion 
d’alum  et  de  couperose  bouillies  en 
eau  de  mareschal , et  de  ce  soient 
faits  clysteres  sans  huile  , ou  autres 
semblables  >. 

On  doit  aussi  fomenter  le  siégé 
d’v ne  décoction  astringente.  Mais  il 
faut  noter  que  tels  remedes  fort  as- 
tringens  ne  doiuent  estre  baillés, 
que  premièrement  on  n’ait  purgé  le 
malade,  parce  qu’ils  arresleroienl  les 
humeurs  corrompus  qui  sont  la 
principale  cause  de  cesle  maladie,  et 
les  empescheroient  d’estre  vacués,  et 

1 L’édition  de  15G8  ajoutait  : comme  cesiuy 


I 


45/f  LE  VINGT-QVATRIÉME  LIVRE 


seroit  on  cause  (le  la  mort  du  ma- 
lade : mais  seront  baillés  après  qu'il 
aura  esté  suffisamment  purgé,  aussi 
qu’on  connoistra  les  forces  affoiblies 
et  abbalues,  et  le  ventre  fort  lu- 
brique. 

Si  le  malade  est  fort  debile,  et  ne 
peut  prendre  alimens  par  la  bouche, 
on  luy  pourra  bailler  clysteres  nu- 
tritifs, comme  1 : 

suiuant,  et  donnait  ces  deux  formules  de 
clystères,  qui  ont  été  retranchées  dès  1575. 

« "if..  Succorum  rnespilorum,  sorborum,  cor- 
norum , fructuum  aut  foliorum  quar- 
tarium  j. 

Tanni  vel  corticis  quercini  g . i. 

Seminis  anellii,  sumach,  berberis  hypo- 
cystidis,  gallarum  ana  § . i. 

Seminis  plantaginis  g . fi . 

Fiat  decoctio  : in  quâ  dissolue  : 

Vitellos  duorum  ouorum  induratorum  in 
aceto. 

Adipis  renum  capræ  g , i. 

Fiatclysler.  ad  quantitatem  lb.  G vel  quar- 
tariorum  trium. 

« Autre. 

» Decoctionis  hordei  integri  perfectè 
cocti  îb.  j.  . 

Inquàadde  foliorum  plantaginis,  centino- 
diæ,  et  foliorum  granalorum  ana  m.  j 
Rosarum  rubrarum  ni.  ij. 

Fiat  iterum  decoctio,  et  in  colaturâ  dissolue 
saccharum  rubrum,  vitellos  duorum  ouo- 
rum, pulueris  foliorum  granatorum  quan- 
tum volueris  : liât  clyster.  » 

1 Cette  formule  se  lisait  bien  dans  l’édi- 
tion primitive  de  1568  , mais  non  pas 
immédiatement  après  la  phrase  qui  précède  ; 
et  de  même  aussi  la  formule  ne  terminait 
point  le  chapitre  II  y avait  donc  avant  et 
après  une  assez  longue  discussion  sur  les 
clystères  nutritifs,  de  la  page  214  à la  page 
271 , et  le  chapitre  se  terminait  par  cette 
transition  : 

î « le  laisseray  pour  le  présent  telles  trop 


?f.  Decoctionis  caponis  pinguis  et  cruris  vl- 
tuli  coclorum  cuni  acetosa,  buglosso  , 
borragine,  pimpinella,  et  lactuca  g . x. 
vel  xij. 

In  qua  dissolue  vitellos  ouorum  numéro  iij. 
Saccliari  rosali  et  aquæ  vilæ  ana  § . j. 
Bulyri  rccentis  non  saliti  § . ij. 

Fiat  clyster. 


CHAPITRE  L. 

DE  L’EVACVATION  FAITE  PAR  INSEN- 
SIBLE TRANSPIRATION. 

Le  venin  pestiféré  se  peut  quel- 
quesfois  exhaler  et  euacuer  par  in- 
sensible transpiration  : qui  se  fait  par 
le  moyen  de  la  chaleur  naturelle,  la- 
quelle agit  perpétuellement  en  nostre 
corps,  soit  en  dormant  ou  en  veillant, 
et  fait  insensiblement  exhaler  les  ex- 
cremens  du  corps  auec  les  esprits , 
par  les  porosités  du  cuir  : ce  qui  se 
peut  bien  connoistre  aux  tumeurs  et 
apostemes  contre  Nature,  mesmes  y 
ayant  ja  de  la  boue  faite,  lesquelles 
bien  soutient  nous  voyons  se  résoudre 
par  le  seul  bénéfice  de  Nature,  sans 
aide  d’aucuns  medicamens.  Parquoy 
lors  que  Nature  est  forte,  elle  peut 
aussi  ielter  quelquesfois  le  venin  pes- 
tiféré au  dehors  par  insensible  trans- 
piration, voire  encores  qu’il  y eust  ja 
quelque  tumeur,  et  humeur  amassé 
et  cueilli  en  quelque  partie  de  nostre 

curieuses  disputes,  pour  parler  d’vne  autre 
euacüation,  qui  se  fait  par  insensible  trans- 
piration. » 

Tout  cela  disparut  en  1575,  mais  cependant 
ne  fut  pas  perdu,  et  Paré  ne  fil  que  trans- 
porter sa  discussion,  notablement  amplifiée, 
au  chapitre  22  du  livre  des  Medicamens , 
qui  traite  des  Clysteres  en  général  et  en  par- 
ticulier. 


UE  LA. 

corps  : car  rien  n’est  impossible  à Na- 
ture forte  aidée  de  la  liberté  des 
conduits  de  tout  le  corps. 


CHAPITRE  LT. 

DE  LA  CVRAT10N  DES  ENFAXS  ESPRIS 
DE  LA  PESTE. 

Pource  que  les  petits  enfans  mala- 
des demandent  diuerse  et  autre  cu- 
ration que  celle  des  grands,  nous 
auons  reserué  d'en  traiter  à part, 
tant  de  ceux  qui  lettent,  que  de  ceux 
qui  sont  sevrés. 

Parlant  pour  commencer  au  ré- 
gime de  l’enfant  qui  telle , il  faut  que 
sa  nourrice  l’obserue  pour  luy,  tout 
ainsi  que  si  elle-mesme  auoil  la  peste. 
Et  le  régime  consiste  és  six  choses 
non  naturelles,  c’est  à dire  qui  sont 
hors  de  nature  et  essence  de  la  per- 
sonne, comme  sont  l’air,  le  mouue- 
ment  et  repos,  dormir  et  veiller,  man- 
ger et  boire,  replelion  et  vacuation 
delà  superfluité  des  excremens,et 
les  mouuemens  et  accidens  de  l’aine. 
De  toutes  lesquelles  choses,  quand 
on  en  vse  auec  modération , c’est  à 
dire,  en  qualité  et  quantité,  et  selon 
que  la  maladie  de  l’enfant  le  requiert, 
elles  rendent  le  laict  de  la  nourrice 
profitable  à la  santé  de  l’enfant  : car 
comme  l’enfant  ne  prend  que  du  laict, 
aussi  quand  il  sera  rectifié  et  modéré 
selon  que  la  maladie  le  requiert,  non 
seulement  il  nourrit  l’enfant,  mais 
aussi  il  combat  contre  la  maladie, 
comme  ayant  en  soy  deux  qualités, 
vne  qui  nourrit,  et  l’autre  raedica- 

' Là  finissent  la  phrase  et  le  chapitre  dans 
les  éditions  de  1 5GS  et  1575;  le  reste  est  de 
1570. 


PESTE.  455 

menteuse  : parquoy  le  laict  succé  par 
l’enfant  supplée  le  lieu  de  son  régime. 
Pareillement  on  fera  que  l’enfant  ob- 
seruera  le  régime  en  ce  qu’il  pourra , 
comme  de  ne  trop  dormir  ou  veiller, 
et  de  la  vuidange  des  excremens,  et 
des  choses  qu’on  verra  estre  besoin 
d’appliquer  par  dehors,  comme  lini- 
mens,  emplastres,  fomentations  et 
autres. 

Or  que  le  laict  de  la  nourrice  soit 
médicamenteux , on  le  voit  ordinaire- 
ment en  ce,  que  le  iour  qu’elle  aura 
pris  quelque  médecine  laxatiue,  le 
ventre  de  l’enfant  se  lasche  subite- 
ment , voire  quelquesfois  si  fort 
qu’on  est  contraint  changer  de  nour- 
rice pour  allaiclcr  l’enfant  (de  peur 
qu’il  n’eust  trop  grand  flux  de  ventre, 
qui  luy  pourroit  nuire  et  le  faire 
mourir)  iusqu’à  ce  que  son  laict  soit 
retourné  à son  naturel.  Mais  si  l’en- 
fant est  opiniaslrc  et  ne  veut  prendre 
vne  autre  nourrice,  alors  il  faut  sup- 
porter quelque  chose  de  l’alteration 
du  laict,  pluslost  qu’il  mourust  de 
despit  et  de  faim,  par  faute  de  tel- 
ter. 

Et  pour  retourner  à nostre  propos, 
il  faut  que  la  nourrice  vse  de  remè- 
des propres  contre  la  fiéure , commo 
potages  et  viandes  qui  refrènent  la 
chaleur  et  fureur  de  l’humeur  fer- 
uent,  à fin  que  son  sang,  qui  est 
matière  de  son  laict,  soit  rendu  médi- 
camenteux. Et  pour  ceste  cause,  elle 
ne  boira  aucunement  de  vin  pour 
quelque  temps  : et  doit  lauer  souuent 
le  bout  de  sa  mammelle  d’eau  d’o- 
zeille,  ou  de  suc  d’icelle  délayé  auec 
succre  rosat , et  vsera  des  remodes 
qui  seront  déclarés  cy  après. 

Outre-plus,  l’enfant  prendra  vn 
scrupule  de  tlieriaque  délayé  au 
laict  de  sa  nourrice,  ou  en  bouillon 
d’vn  poulet,  ou  quelque  eau  cor- 


diale  : aussi  on  luy  pu  frottera  par 
dehors  la  région  du  cœur,  et  les 
emoncloires  et  les  poignets  : pareil- 
lement on  luy  en  fera  sentir  au  nez 
et  à la  bouche,  les  délayant  en  vi- 
naigre rosat  et  eau  rose,  et  vn  peu 
d’eau  de  vie,  à fin  de  lousiours  aider 
Nature  à chasser  et  abbaltrc  la  ma- 
lice du  venin. 

Les  enfans  sevrés  et  ja  grandelels 
peuuent  prendre  medicamens  par  la 
bouche  : car  comme  ainsi  soit  que 
leur  estomaeh  digéré  bien  plus  gros- 
ses viandes  que  le  laict,  et  que  le  foye 
en  fait  du  sang,  ils  pourront  pareil- 
lement réduire  vne  petite  medecine 
de  puissance  en  son  etfet.  Parquoy  on 
leur  baillera  à aualler  du  tberiaque 
la  quantité  de  douze  grains  délayés 
en  quelque  eau  cordiale,  auec  vn  peu 
de  syrop  de  chicorée  , ou  mixtionnés 
en  conserue  de  roses,  ou  en  quelque 
bouillon  de  chapon,  ou  en  autre  ma- 
niéré qu'ils  pourront  prendre.  Et  faut 
bien  auoir  esgard  en  quelle  quantité 
on  donnera  ledit  thériaque  : car  s'il 
n’est  donné  en  petite  quantité  aux 
enfans,  il  leur  excite  la  fiéure,  et  es- 
leint  leur  chaleur  naturelle.  On  leur 
pourra  semblablement  donner  vn 
boüillon  de  chapon , auec  lequel  on 
aura  fait  cuire  petite  ozeille,  laielue, 
pourpié,  semences  froides,  auec  vne 
once  de  bol  armene  et  au  tant  de  terre 
sigillée  enueloppée  dedans  vn  linge: 
puis  les  espreindre,  el  leur  en  donner 
souuent  auec  vne  cuiliier.  Sur  ce  il 
faut  noter,  que  le  bol  d’Armenie  el  la 
terre  sigillée  ont  grande  vertu  de 
conforter  le  cœuf,  el  empescher  que 
le  venin  ne  l’infecte  : et  ce  par  vne 
propriété  occulte  que  l’on  a conneué 
par  seule  expérience.  Aussi  Galien  af- 
firme, que  le  bol  d'Armenie  a ceste 
propriété  contre  la  peste,  qu’en  vn  ins- 
tant ceux  qui  en  vsent  sont  preser- 


nés  cl  guéris,  pourueu  que  les  parties 
nobles  ne  soient  ja  grandement  in- 
fectées. 

D’auantage,  il  sera  bon  de  leur 
prouoquer  la  sueur  : car  par  icelle  la 
matière  putride  est  souuent  euacuée, 
ioint  qu’il  y a en  eux  grande  abon- 
dance de  fumées  et  vapeurs.  Partant 
on  la  prouoquera  en  leur  donnant  h 
boire  vne  décoction  de  semences  de 
persil,  raisins  de  Damas,  figues,  ra- 
cine d’ozeille,  auec  vn  bien  peu  de 
saffran,  et  corne  de  cerf  ou  d’yuoire 
rappé. 

A ces  mesmes  fins  aucuns  baillent 
delà  licorne,  maison  nescait  encore 
que  c’est  : ioint  que  la  corne  de  cerf 
el  l’y  noire  peuuent  faire  plus  grand 
effet  ». 

Pareillement  pour  prouoquer  la 
sueur,  on  pourra  vser  d’esponges 
trempées  en  décoction  de  sauge, 
rosmarin,  lauande,  laurier,  camo 
mille,  melilot  et  mauucs  : puis  les 
espreindre  el  les  mettre  aux  coslés, 
aux  aines  et  sous  les  aisselles  chaude- 
ment : ou  en  lieu  d’icelles  on  prendra 
vessies  de  porc  à demy  pleines  de  la- 
dite décoction,  lesquelles  faut  chan- 
ger incontinent  qu’elles  ne  seront 
assez  chaudes,  et  les  continuer  ius- 
ques  à ce  que  la  sueur  sorte  en  abon- 
dance. Et  se  faut  bien  garder  de  faire 
trop  suer  les  enfans,  parce  qu’ils  sont 
de  facile  résolution,  et  se  desseichent 
en  peu  de  temps,  et  tombent  promp- 
tement en  défaillance  de  la  vertu,  à 
laquelle  il  faut  lousiours  auoir  l’œil. 
Et  pendant  qu’ils  suent,  il  leur  con- 
uienl  esuenliler  la  face  auec  vn  es- 
uerdoir,  à fin  qu’ils  puissent  aspirer 
l’air  froid,  doux  et  suaue,  pour  for- 

1 Voilà  le  premier  indice , en  15G8 , de  la 
guerre  que  plus  lard  Taré  devait  faire  à la 
Licorne.  Voyez  le  Discours  à la  fin  de  ce  livre. 


Dlî  ï. A l'ÜSTK. 


tifler  la  vert u , laquelle  estant  forti- 
fiée, pourra  mieux  iot  1er  la  sueur 
hors.  Aussi  leur  faut  faire  sentir  vi- 
naigre mislionné  auec  eau  rose  , en 
laquelle  on  aura  dissout  vn  peu  de 
lheriaque.  Et  après  qu’ils  auront  suf- 
fisamment sué , ils  seront  essuyés,  et 
après  on  leur  donnera  à manger  vn 
peu  de  conserue  de  roses,  auec  pou- 
dre de  corne  de  cerf  et  yuoire , et  boi- 
ront de  l’eau  de  buglose  auec  vn  peu 
d’ozeille,  tant  pour  rafraischïr  que 
pour  tousiours  preseruer  le  cœur.  Et 
où  l’enfant  après  auoir  pris  lesalexi- 
teres  ne  sueroit,  ne  faut  pourtant 
auoir  desespoir  de  la  cure,  parce  que 
Nature  ne  laisse  à faire  son  profit  des 
antidotes  et  contrepoisons  qu’on  luv 
aura  donnés. 

» Et  s’il  leur  suruenoit  quelque  tu- 
meur aux  emonctoires,  ou  charbons 
en  quelque  partie,  on  leur  y fera 
promptement  vne  fomentation  de 
choses  qui  amollissent  et  relaschent 
le  cuir,  et  qui  attirent  modérément  : 
puis  on  vsera  de  suppuratifs  propres, 
comme  limaces  pistées  subtilement 
auec  leurs  coquilles,  moyeux  d’œufs, 
auec  vn  peu  de  theriaque  : ou  bien  on 
leur  fera  vne  pulte  de  farine,  d’huile, 
d’eau,  et  iaunes  d’œufs,  et  autres 
choses  propres  : et  on  conduira  le 
reste  de  la  cure  le  plus  doucement 
qu’il  sera  possible,  ayant  esgard  à 
leur  ieunesse  et  délicatesse.  Et  s’il 
est  besoin  de  les  purger,  on  leur 
pourra  donner  vne  dragme  de  rheu- 
barbe  en  infusion,  ou  trois  dragmes 
de  casse,  ou  vne  once  de  sirop  rosat 
laxatif,  ou  demie  once  de  sirop  de 
chicorée  composé  auec  rheubarbe  , 
ou  cesle  medecine  qui  s’ensuit: 

'if.  Rhab.clecti  put.  5.  j. 

Infundc  in  aquà  eanlui  benedicti  cum 
cinnamomi  3.  j.  iu  cojatura  dissolue  : 


457 

Calholici  5.  ij. 

Syrupi  rosali  luxatiui  5 iij. 

Fiat  parua  potio. 

Or  toutes  ces  choses  se  doiuent 
faire  par  le  conseil  d’vn  docte  méde- 
cin, s’il  est  possibledelerecouurer.  Et 
quant  à la  reste  de  la  cure,  elle  se 
parfera  ainsi  qu’auons  déclaré  par  cy 
deuant , ayant  esgard  à leur  nature 
tendre  et  délicate. 


CHAPITRE  1.II. 

DISCOVRS  DES  INCOMMODITÉS  OVE  LA 
TESTE  APPORTE  ENTRE  LES  HOMMES, 
ET  DV  SOVVER AIN  REMEDE  '. 

l’ay  cy  dessus  remonstré , sur  les 
causes  de  la  peste , qu’estant  vn  des 
fléaux  de  l ire  de  Dieu  , nous  ne  poll- 
uons sinon  tomber  en  toute  extré- 
mité de  maux,  quand  l’enormilé  de 
nos  péchés  a prouoqué  sa  bonté  ù 
retirer  sa  main  fauorable  de  nous, 
et  nous  enuoÿer  vne  telle  playe  : il 
me  suffira  donc  pour  la  fin,  de  re- 
mémorer quelques  incommodités , ou 
plustost  à vray  dire,  horribles  cala- 
mités qui  aduiennent  en  la  société  hu- 
maine par  cesle  dangereuse  maladie, 
à fin  que  selon  les  moyens  humains 
que  Dieu  a ordonnés  pour  y pour- 
ueoir,  nous  soyons  par  la  grandeur 
du  mal  plus  enclins  à chercher  et  à 
vser  de  remedes  qui  nous  en  peuuent 
preseruer.  Considérons  donc,  qu’aussi 
tost  que  la  peste  est  en  quelque  pro- 
uince,  tout  commerce  de  marchan- 

1 Ce  chapitre  ne  suivait  pas  immédiate- 
ment le  précédent  dans  l’édition  de  1608; 
mais , comme  il  a été  dit,  il  en  était  séparé 
parles  quatre  chapitres  consacrés  à la  petite 
vérole  cl  aux  vers.  11  a repris  la  place  qu’il 
occupe  actuellement  dès  1576, 


458  LE  VJNGT'QVATRIÉME  livre 


(lise,  dont  les  hommes  ont  besoin  de 
s’entretenir  par  aide  réciproque  des 
vns  et  des  autres,  vient  à eslre  in- 
terrompu et  délaissé  : car  nul  ne  se 
veut  bazarder  de  venir  rien  apporter 
au  lieu  où  est  la  peste,  de  peur  de 
perdre  sa  vie.  De  là  s’ensuit  que  les 
viures  viennent  bien  tost  en  grande 
cherté,  et  en  fin  à défaillir  du  tout, 
mesniement  aux  villes  fameuses  où 
il  y a grand  peuple  qui  a accoustumé 
de  viure  au  iour  la  iournée,  sans 
faire,  prouision  : car  les  marchands 
allans  cà  et  là  pour  en  apporter,  ne 
peuuent  non  seulement  entrer  aux 
villes  ny  villages,  mais  soutient  en 
sont  dechassés  par  armes  et  à coups 
debarquebuses,arbales(es, et  pierres, 
pour  ne  les  laisser  approcher,  tant 
que  quelquesfois  ils  sont  tués  ou 
massacrés  inhumainement,  au  lieu 
du  secours  qu’on  leur  deuroit  donner 
en  leurs  nécessités.  De  là  vient  que 
les  autres  n’y  veulent  aller,  et  eux 
qui  souloient  subuenir  à ce  que  leur 
ville  ne  tombast  en  defaut  de  viures 
et  autres  choses,  sont  contraints 
d’endurer  la  famine  auec  leurs  con- 
citoyens. Souvient  les  en  fans  sont 
contraints  d’enterrer  leurs  peres  et 
meres,  les  peres  et  meres  leurs  en- 
fans,  les  maris  leurs  femmes,  et  les 
femmes  leurs  maris  (qui  leur  est  un 
grand  creue-cœur)  pour  ne  trouuer 
personne  qui  les  vueille  enterrer. 
Souucnt  aussi  on  laisse  les  corps  sans 
les  enterrer,  desquels  s’esleuent  va- 
peurs pulredincuses  qui  renforcent 
la  peste  >.  Outre-plus,  les  plus  opu- 
lents, mesmes  les  magistrats,  et  au- 
tres qui  ont  quelque  autorité  au  gou- 
uernement  de  la  chose  publique, 
s’absentent  ordinairement  des  pre- 

1 Les  deux  phrases  qui  précèdent  sont  de 
1585. 


miers,  et  se  retirent  ailleurs,  de  sorte 
que  la  iustice  n’est  plus  administrée , 
n’y  estant  personne  à qui  on  la  puisse 
requérir  : et  lors  tout  s’en  va  à con- 
fusion, qui  est  vn  mal  des  plus  grands 
qui  sçauroient  aduenir  à vne  répu- 
blique. quand  la  iustice  defaut  : et 
adonc  les  meschans  ameinent  bien 
vne  autre  peste  : car  ils  entrent  és 
maisons,  et  y pillent  et  desrobent  à 
leur  aise  impunément , et  coupent  le 
plus  souuent  la  gorge  aux  malades, 
voire  aux  sains  mesmes,  à fin  de 
n’eslre  conneus  et  accusés  après. 

Qui  en  voudra  des  exemples  bien 
récentes , il  en  pourra  sçauoir  des  ha- 
bitans  de  Lyon,  au  voyage  que  le 
Roy  y a fait  b Aussi  en  ceste  ville  de 
Paris  se  sont  trouués  des  gens,  qui 
auec  l'aide  de  tels  maistres,  ayansfait 
entendre  à vn  quidam  leur  ennemy 
qu’il  auoit  la  peste,  sans  auoir  mal 
quelconque,  et  le  iour  qu’il  deuoit 
parler  de  son  procès,  ou  faire  quelque 
acte  où  sa  presence  estoit  requise , 
l’ont  fait  rauir  et  emporter  à l’Hoslel- 
Dieu,  par  la  force  de  ces  galands, 
quelque  resislence  qu’il  peusl  faire , 
estans  plusieurs  contre  vn  : et  si  (1e 
fortune  il  imploroit  l’aide  et  miséri- 
corde du  peuple  qui  le  voyoit,  les 
larrons  et  meurtriers  l’empeschoient 
et  crioient  encores  plus  fort  que  luy, 
à fin  qu’il  ne  fust  entendu  : ou  bien 
ils  donnoient  à entendre  que  le  mal 
l’auoit  rendu  furieux  et  démoniaque, 
pour  faire  fuir  chacun  d’auprès,  et  ce 
pendant  auoir  moyen  de  le  pousser 
audit  Hoslel-Dieu  , et  le  faire  lier  et 
coucher  auec  les  pestiférés.  Et  quel- 
ques iours  après  mourut,  tant  dedes- 
plaisir  que  de  l’air  infecté,  ayant  esté 
sa  mort  auparauant  vendue  et  achep- 
tée  à beaux  deniers  contans. 


1 1565.  — A.  P. 


DE  PESTE. 


le  n’ay  que  faire  dealeduirc  icy  au 
long:  ce  que  l'on  ne  sçait  que  Irop  : 
c’est  à sçauoir  que  les  villes  délais- 
sées deuiennénl  cliampeslres,  iusques 
à voir  l’herbe  croistre  par  les  rues  : 
les  laboureurs  delaissans  leurs  mai- 
sons et  les  fruits  sur  la  terre,  laquelle 
demeure  en  friche:  les  troupeaux  sont 
csgarés  et  esperdus  parles  champs  : 
les  hommes  s’entre-renconlrans  s’en- 
fuyent  arriéré  les  vns  des  autres  , si- 
gne de  grande  punition  de  Dieu.  le 
me  conlenteray  d’adiouster  icy  que 
ceste  maladie  rend  par  tout  l’homme 
si  misérable,  que  si  tost  qu’il  est 
soupçonné,  sa  maison  ( qui  luy  estoit 
lieu  le  plus  seur  et  le  plus  libre)  luy 
sert  d’vne  cruelle  prison  : car  on 
l’enferme  dedans  sans  qu’il  puisse 
sortir , ny  que  personne  y soit  admise 
pour  le  secourir.  Si  ce  pendant  quel- 
qu’vn  de  ceux  qui  sont  ainsi  reserrés 
et  enfermés  se  meurt,  il  faut  que  les 
autres  qui  sont  là  dedans  voyent 
quelquesfois  durant  long  temps  cest 
horrible  spectacle  du  corps  rempli  de 
vermine  et  pourriture , auec  vnc 
grande  puanteur  charongneuse , qui 
fait  renforcer  l’infection  et  vénénosité 
de  l’air  , qui  puis  après  fait  redoubler 
la  peste,  et  est  souuent  cause  de  la 
mort  de  tous  ceux  qui  sont  en  la 
maison.  Et  si  on  se  retire  aux  champs, 
la  mesme  crainte  et  horreur  y est , et 
se  trouue  en  tout  chacun  qui  les  voit, 
et  plus  encores , d’autant  qu’on  a 
moins  d’amitié  ou  çonnoissance.  Tout 
est  clos  et  fermé  aux  villes,  villages 
et  bourgades,  voire  les  maisons  pro- 
pres sont  closes  à leus  maistres , tel- 
lement que  souuent  on  est  contraint 
de  faire  quelque  logette  aux  champs, 
arriéré  de  toute  conuersation  et  con- 
noissance  : comme  on  faisoil  à Lyon 
sur  le  ltosne,  là  où  les  malades  s’es- 
tans  retirés,  le  chaud  du  iourles  es- 


459 

louffoit , et  le  froid  de  la  nuit  les 
morfondoit  et  leur  amenoit  d’autres 
mortelles  maladies.  Et  qui  plus  est, 
n’a  on  pas  veu  esdites  loges  , que  le 
pere  et  la  raere  estans  griefuement 
malades , et  ne  pouuans  aider  à 
leur  enfant,  l’ont  veu  suffoquer  et 
manger  aux  mouches  guespes,  et  la 
merecuidant  le  secourir,  se  leuer  , 
puis  tomber  morte  entre  l’enfant  et 
le  mary  ? Plus , on  n’est  reconneu 
des  vassaux  , suiels  , ou  seruileurs 
qu’on  ait:  chacun  tourne  le  dos,  et 
personne  n’y  oseroit  aller  : mesmes 
le  pere  abandonne  l’enfant , et  Ten- 
tant le  pere  : le  mary  la  femme  , et  la 
femme  le  mary  : le  frere  la  sœur , et 
la  sœur  le  frere  : voire  ceux  que  vous 
pensez  les  plus  intimes  et  feables 
amis,  en  ce  temps  vous  abandonnent 
pour  l’horreur  et  danger  de  ceste  ma- 
ladie. Et  s’il  y a quelqu’vn  qui,  meu 
de  pitié  et  charité  chrestienne,  ou  pour 
la  consanguinité,  vueille  s’auancer 
pour  secourir  et  visiter  vu  malade,  il 
n’aura  après  parent  ny  amy  qui  le 
vueille  fréquenter  ny  approcher. 
Qu’ainsi  soit , on  a veu  à Lyon  , lors 
qu’on  apperceuoit  seulement  és  rues 
les  Médecins , Chirurgiens  et  Barbiers 
esleus  pour  panser  les  malades,  cha- 
cun couroit  après  eux  à coups  de  pier- 
res pour  les  tuer  comme  chiens  enra- 
gés, disans  qu’il  falloil  qu'ils  n’allas- 
sent que  de  nuit , de  peur  d’infecter 
les  sains. 

Combien  de  pauures  femmes  gros- 
ses, sans  estre  aucunement  malades 
de  peste  (pour-ce  qu’en  tel  temps 
toutes  autres  maladies  sont  suspec- 
tes) ont  esté  pour  le  seul  souspçon 
délaissées  et  abandonnées  à leur  en- 
fantement, dontest  prouenuela  mort 
des  meres  et  des  en  fans.' 1 le  puis  véri- 
tablement dire  auoir  trouué  aux 
mammelles  d’vne  femme  morte  de 


» 


46 0 LE  VINGT-QVATRlliME  LIVRE 


peste,  son  enfant  teltant  encores  le 
venin  mortel , qui  le  deuoit  tuer  bien 
tost  apres. 

Si  la  nourrice  d’vn  enfant  vient  à 
dcceder , cncores  que  ce  ne  fust  de  la 
peste,  il  ne  s’en  trouuera  point  d’au- 
tre, pour  le  souspçon  qu’on  a que 
elle  soit  morte  de  peste  : tant  est 
ceste  maladie  effroyable  et  espou- 
uentable  , que  si  tost  que  quelqu’vn 
en  est  surpris,  il  ne  trouue  secours 
de  personne,  ains  attend  seulement  la 
mort  misérable.  Qu’il  soit  ainsi,  entre 
vne  infinité  d’autres  exemples  que 
l’on  en  voit  ordinairement,  nous  li- 
sons1 qu’vne  ieune  femme,  son  mary 
estant  mort  et  deux  de  ses  enfans,  se 
voyant  frappée  , commença  a s’ense- 
uelir  elle-mesme,  et  fut  trouuée  à 
demy  enseuelie  , ayant  encore  le  fil  et 
l’aiguille  entre  ses  mains.  Outre-plus, 
vn  homme  fort  et  robuste  ayant  la 
peste  , est  allé  au  cimetiere , et  en  sa 
presence  a fait  faire  sa  fosse,  et 
auant  qu’elle  fust  paracheuée , il 
mourut  sur  le  bord. 

Au  contraire  il  y en  a qui  ont  eu 
telle  appréhension  de  la  mort , estans 
frappés  de  ceste  maladie  pestilente, 
que  pour  se  secourir  eux-mesmes  , se 
sont  appliqués  des  fers  ardens  sur  la 
bosse,  se  bruslans  tous  vifs:  autres 
auec  tenailles  l’ont  arrachée,  se  pen- 
sans  garantir.  Aussi  aucuns  par  la 
ferueur  et  rage  de  ceste  maladie  se 
sont  ieltés  dedans  le  feu , autres  dans 
les  puits,  aucuns  és  riuieres  : autres  se 
sont  précipités  par  les  fenestres,  au 
très  se  sont  heurtés  la  teste  contre  la 
muraille  iusqu'à  en  faire  sortir  la  cer- 
uelle,  ce  que  i’ay  veu  : autres  aussi 
se  sont  tués  eux-mesmes  à coups  de 
dague  ou  de  Cousteau. 

Lucrèce  , poète  Latin  , a remarqué 

1 Au  lim  e des  Histoires  prodigieuses. — A . P. 


la  peste  auoir  esté  autresfois  si  fu- 
rieuse au  pays  d’Alhenes,  que  plu- 
sieurs surmontés  de  la  vehemence  de 
la  maladie  se  precipiloient  dedans 
l’eau.  On  raconte  que  la  peste,  il  y a 
enuiron  quatre  vingts  ans  , auoit  de 
telie  rage  couru  par  la  Gaule  Lyon- 
noise,  que  les  femmes  principale- 
ment, sans  apparence  d’aucun  mal  en 
leur  corps,  se  iettoient  dedans  leurs 
puits,  surmontées  de  la  fureur  de 
telle  maladie  *. 

Et  à ce  propos  m’a  esté  asseuré  que 
depuis  n’agueres,  vn  Prestre  de  la  pa- 
roisse sainct  Eustache  en  ceste  ville 
de  Paris,  estant  malade  de  la  peste 
en  riioslel  Dieu , de  furie  se  leua  du 
lict , et  prit  vne  dague , de  laquelle  il 
frappa  plusieurs  des  panures  malades 
couchés  dedans  leur  lict , et  en  tua 
trois  : etn’eust  estéqu’il  fut  apperceu 
et  empoignédu  Chirurgien  dudit  hos- 
lel  (qui  récent  de  luy  vn  coup  de  da- 
gue dedans  le  ventre , le  voulant  sai- 
sir, dont  il  cuida  mourir)  il  en  eust 
occis  autant  qu’il  en  eust  trouué: 
mais  si  tost  qu’il  fut  retenu  , et  que 
ceste  furie  diminua,  il  rendit  l’esprit. 

Vn  autre  cas  non  moins  horrible 
est  aduenu  à Lyon,  rue  Merciere,  où 
la  femme  d’vn  Chirurgien  nommé 
Amy  Baston  (quiestoit  mort  de  peste) 
six  iours  après  estant  esprise  de  la 
mesme  contagion,  tomba  en  resuerie, 
puis  en  frenesie,  et  se  mist  à la  fenes- 
tre  de  sa  chambre,  tenant  et  tourmen- 
tant son  petit  enfant  entre  ses  bras  : 
ce  que  voyans,  ses  voisins  l’admones- 
toient  de  ne  luy  faire  mal  : mais  au 
lieu  d’auoir  esgard  à leur  aduerlisse- 
ment,  le  ietta  incontinent  en  terre, 
puis  tost  apres  elle  s’y  précipita  : ainsi 
la  more  et  l’enfant  moururent. 

11  y a vne  infinité  d’autres  sembla- 

1 Ce  paragraphe  a été  intercalé  ici  en  1679. 


UE  LA  l’i.S  i l'. 


blés  exemples , lesquels  si  ie  voulois 
raconter,  iamais  la  matière  ne  me 
defaudroit : mais  tant  y a,  que  le  tout 
aduient  le  plus  souuent  aux  malades 
par  faute  qu’on  n’ose  conuerser,  ny 
estre  alentour  d’eux  pour  les  secou- 
rir : ce  qui  ne  se  fait  aux  autres  ma- 
ladies , rnesmes  en  lepre  , car  en  icelle 
les  malades  sont  secourus  : mais  en 
ccste-cy  on  est  deehassé  de  ses  parons 
et  amis,  voire  de  sa  propre  maison  , 
comme  nous  auons  dit  : dequoy  se 
laut  d’autant  moins  esmerueiller , 
veu  que  la  charité  des  hommes  est 
auiourd’hui  tellement  refroidie,  que 
ceux  rnesmes  qui  ont  toute  liberté, 
encore  qu'ils  ayent  or  et  argent  pour 
satisfaire , ne  peuucnt  en  temps  de 
peste  auoir  secours  d’autruy  L 

Icy  ne  veux  encore  passer  que  ne 
recite  ce  que  le  bon  vieillard  Guidon 
a escrit,  qu’en  l’an  mil  trois  cens 
quarante  et  huit,  vint  vne  mortalité, 
dont  ceux  qui  estoient  espris  de  peste 
mouroient  en  trois  iours  ou  en  cinq 
au  plus:  et  estoit  si  contagieuse  , que 
non  seulement  en  conuersant  en- 
semble , mais  aussi  en  regardant  l’vn 
l’autre  se  prenoit  : et  les  personnes 
mouroient  sans  seruiteurs , et  es- 
toient enterrés  sans  prestres,  et  mou- 
roit  de  iour  en  iour  en  vn  si  grand 
nombre  de  pestiférés,  que  ne  pouuant 
suffire  à les  enterrer,  on  estoit  con- 
traint faire  de  grandes  fosses  aux  cime- 
tières et  les  ielter  dedans  à monceaux, 
les  vns  morts  , les  autres  estans  en- 
core en  agonie.  Le  perene  visitoil  l’en- 
fant. ny  l’enfant  le  pere,  ny  la  femme 
le  mary, ny  le  mary  la  femme,  comme 
auons  dit  cy  dessus  : toute  charité 

1 Le  texte  correspondant  au  chapitre  ac- 
tuel, dans  l’édition  de  15G8,  n’allait  pas 
plus  loin,  et  le  long  extrait  de  Guy  de  Chau- 
liac  qu’on  va  lire  a été  ajouté  en  1675. 


4 (h 

estoit  morte,  et  espérance  abbalue. 
Ceste  maudite  pestilence  fut  quasi 
par  tout  le  monde  , et  n’en  laissa 
presque  la  quarte  partie.  Elle  fut  fort 
honteuse  et  non  profitable  aux  Mé- 
decins cl  Chirurgiens  , lesquels  n’o- 
soient  visiter  les  malades,  de  peur 
d’estre  infectés  : ioint  aussi  que  tous 
leurs  remedes  ne  profitoient  en  rien  : 
car  tous  ceux  qui  estoient  frappés  de 
ceste  peste  mouroient.  En  aucunes 
contrées  de  pays,  on  estimoit  que  les 
Iuifs  eussent  enuenimé  le  monde  , et 
à ceste  cause  on  leur  conroil  sus  et 
les  assommoit.  Les  autres  cuidoient 
que  ce  fussent  les  pauures  manchets, 
pour  laquelle  occasion  estoient  chas- 
sés. Les  autres  en  soupçonnoient  les 
Nobles,  et  pourcc  n’osoient  aller  par 
le  monde.  Et  linablement  les  portes 
des  villes  furent  gardées,  et  ne  lais- 
soient  nul  entrer  dedans  s'ils  n’es- 
toient  bien  conneus.  El  si  quelques- 
vns  auoient  poudre  ou  onguens,  pen- 
soient  que  ce  fussent  poisons,  qui  es- 
toit cause  de  leur  faire  aualler.  La- 
dite peste  dura  sept  mois  sans  cesser. 
Voila  ce  que  le  bonhomme  de  Guidon 
en  escrit,  chose  à la  vérité  de  grande 
remarque,  touchant  l'ire  de  Dieu. 


CHAPITRE  LI1I. 

EPILOGVE  ov  CONCLVSION  DE  CE  DIS- 
COVRS  DE  LA  PESTE  L 

Or  ie  m’asseure  que  le  Lecteur  qui 
aura  appris  en  ce  petit  traité  le  moyen 
de  s’en  preseruer,  et  mesme  sans 
danger  visiter  et  secourir  son  pro- 

1 Ce  chapitre  était  confondu  avec  le  pré- 
cédent en  15GS  et  1575  ; il  n’en  a été  séparé 
qu’en  1579. 


4D2  le  vijngt-qvatriéme  livre  , 


chain,  ne  mesprisera  point  mon  la- 
beur, combien  que  (si  faire  se  pou- 
uoit)  i’aimerois  beaucoup  mieux  qu’il 
ne  fust  besoin  à personne  s’en  aider, 
et  que  la  sérénité  de  l’air  par  la  bonté 
de  nostre  Dieu  fust  tousiours  telle, 
que  la  peste  perdist  son  nom  et  ses 
effets.  Mais  puis  que  cela  prouient 
par  l’iniquité  des  hommes,  laquelle 
se  perpelue  auec  eux  tout  le  cours 
de  leur  vie,  en  receuant  patiemment 
ce  qu’il  plaist  à Dieu  nous  enuoyer, 
nous  suiuons  aussi  sa  volonté,  quand 
nous  apprenons  et  vsons  des  remè- 
des selon  qu’en  toutes  choses  il  en  a 
mis  la  propriété  et  vertu,  pour  seruir 
à l’vsage  de  l’homme,  tant  à la  nour- 
riture du  corps  qu’à  la  conseruation 
et  recouurement  de  la  santé  d’iceluy. 
Et  de  tant  plus  que  ce  mal  est  grand, 
d’autant  faut  il  recourir  prompte- 
ment au  remede  qui  est  seul  et  ge- 
neral : c’est  que  grands  et  petits,  de 
bonne  heure  implorions  la  miséri- 
corde de  Dieu  par  confession  et  des- 
plaisance de  nos  forfaits,  auec  cer- 
taine deliberation  et  propos  de  nous 
amender  et  donner  gloire  au  nom 
de  Dieu , cherchans  en  tout  et  par 
tout  de  luy  obéir  et  complaire  sui- 
uant  sa  sainte  parole,  sans  estriuer  à 
l’encontre  de  luy  par  nos  desordon- 
nées passions , comme  nous  auons 
fait  et  faisons  journellement.  Et  s’il 
luy  plaist  encores  après  cela  nous 
battre  de  ces  verges  là,  ou  de  quel- 
ques autres  selon  son  conseil  eternel, 
faut  l’endurer  patiemment,  sçacbanl 
que  c’est  tout  pour  nostre  profit  et 
amendement  : et  ce  pendant  s’entre- 
aider  des  remedes  qu’on  pourra  iiou- 
uer,sans  abandonner  ainsi  les  \ns 
les  autres,  par  vnc  extreme  barbarie 
et  inhumanité. 

Croyons  que  le  mal  seroit  beau- 
coup moindre,  ayans  aideetconsola- 


lion  les  vns  des  autres.  Le  Turc  le 
fait,  et  nous,  Chresliens  de  nom,  n’en 
tenons  compte  : comme  si  nous  pen- 
sions en  ceste  sorte  eschapper  des 
mains  de  Dieu.  Helas,  où  nous  pour- 
rons-nous cacher  que  ne  soyons  Irou- 
ués?  Reconnoissons  plustost  auec  le 
Psalmiste:  Si  ieprcns  les  ailes  de  l’aube 
du  iour,  et  que  i’hubite  aux  dernières 
parties  de  la  mer , là  aussi  ta  main  me 
conduira,  et  ta  dexlre  m'empoignera ‘. 
Croyons  que  quand  nous  pourrions 
euiler  la  mort  de  ce  costé  là  (ce  qui 
ne  peut  eslrc)  il  a cent  mille  morts 
plus  honteuses  et  misérables  pour 
nous  altrappcr,  et  confondre  le  corps 
et  l’ame  pour  estre  tourmeulésà  tout 
iamais.  Parquoy  ayans  nos  cœurs 
remplis  de  charité,  il  nous  faut  re- 
tourner à luy,  d’autant  qu’il  est  plein 
de  clemence  et  bénignité,  prest  à 
nous  soulager  en  nos  tribulations,  et 
est  tout  bon,  et  nous  aime  comme  ses 
enfans  : et  quand  il  luy  plaira,  il  re- 
tournera toutes  nos  afflictions  en 
nostre  salut , voire  mieux  que  nous 
ne  sçaurions  souhaiter  ou  imaginer. 
De  là  prenons  ceste  résolution  ferme, 
de  nous  assuieltir  et  ranger  paisible  - 
ment à sa  bonté  et  saincte  volonté, 
qui  est  la  reigle  de  toute  sagesse,  à 
laquelle  nous  deuons  conformer  tou- 
tes nos  cogitations  et  actions.  Voila 
vn  Ires-bon  onguent  alexitere  pour 
adoucir  nostre  peste,  et  vn  remede 
salutaire  pour  appaiser  nos  mur- 
mures et  nous  imposer  silence,  et  vu 
an  est  certain  pour  faire  cesser  le 
procès  que  nous  intentons  cousiu- 
mierement  contre  Dieu,  quand  il 
nous  chaslie  plus  rudement  qu’il  ne 
nous  semble  bon  et  profitable  (au  bi- 
gornent de  la  chair  et  non  de  l’esprit.) 

Parquoy  apprenons  à nous  capli- 

1 P heaume  139.  — A.  P. 


DE  LA  PESTE. 


uer,  et  brider  nostre  appétit,  esti- 
mans  que  Dieu  fait  toutes  choses  en 
poids  et  mesure  : et  quoy  qu’il  nous 
enuoye  peste,  famine,  ou  guerre,  et 
autres  infinies  calamités,  il  ne  fait 
rien  qui  ne  soit  bon  et  droit  Et  quand 
il  luy  plaira  nous  retirer  de  ce  monde, 
de  là  naislra  nostre  bonheur  et  féli- 
cité, veu  que  ceste  vie  traine  auec  soy 
vne  infinité  de  trauaux  et  miseres, 
où  nous  sommes  presque  abysmés  de 
choses  caduques  et  transitoires  *.  Et 
par  ceste  mort  sommes  appelles  à la 
pleine  fruition  du  royaume  celeste, 
comme  par  vn  herault  et  embassade 
enuoyé  du  Ciel.  Si  vn  roy  par  vn  mes- 
sager appelloit  vn  pauure  et  misé- 
rable à soy  pour  le  faire  participant 
de  son  royaume,  quel  plaisir  et  sou- 
las  receuroit-il?  A plus  forte  raison 
deuons  nous  estre  ioyeux , quand 
Dieu  par  la  mort  nous  enuoye  ce 
messager  qui  nous  guide  à luy,  pour 
heriter  son  royaume  elernel  et  bien- 
heureux. Veu  donc  que  l’eschange 
est  tel,  nous  auons  matière  de  conso- 
lation, la  mort  nous  estant  cest  heu- 
reux messager,  lequel  nous  fait  pas- 
ser de  ce  monde  au  ciel,  de  ceste  vie 
misérable  à la  vie  elernelle,  de  mal- 
heur en  félicité,  d’ennuy  en  liesse,  de 
misere  en  prospérité,  qui  nous  doit 
grandement  consoler,  et  tollir  toute 
occasion  de  lamenter.  Et  par  tel  ar- 
gument de  resioüyssance  , quand  il 
plaist  à Dieu  nous  appeller  et  enuoyer 
la  mort,  laquelle  il  a souffert  pour 
nostre  rédemption,  Ezechias  desire  la 
mort,  non  qu’il  fust  despilé  contre 
Dieu  : mais  estant  ennuyé  des  fas- 
cheries  et  tourmens  du  monde,  il  de- 
siroit  d’en  sortir,  pourueu  loutesfois 

1 Ici  finissait  ce  paragraphe  dans  les  deux 
premières  éditions  de  ce  livre;  tout  ce  qui 
suit  est  de  1570. 


463 

que  Dieu  s’y  accordast.  Car  nostre 
vie  est  comme  vne  garnison  en  la- 
quelle Dieu  nous  a mis,  nous  enjoi- 
gnant y demeurer  iusques  à ce  qu’il 
nous  appelle,  et  nous  licence  pour  en 
sortir  auec  foy,  et  qu'il  n’est  pas 
venu  en  ce  monde  souffrir  et  estre 
mis  en  croix  que  pour  la  rédemption 
des  pécheurs,  et  non  des  iustes, 
comme  il  a dit  (d’autant  qu’vn  homme 
sain  n’a  que  faire  de  Médecin).  Donc 
il  se  faut  humilier,  et  auoir  ferme 
fiance  qu’il  nous  pardonnera  toutes 
nos  fautes,  pourueu  que  nous  luy  ad- 
dressions  nos  prières  du  profond  de 
nostre  cœur,  et  de  droite  et  ardente 
affection,  croyans  que  luy  mcsme  a 
dit  qu’il  ne  vouloit  la  mort  du  pé- 
cheur, mais  sa  rédemption.  Esaïe  dit 
qu’il  mettra  nos  péchés  derrière  le 
dos,  voire  au  profond  de  la  mer,  et 
n’en  aura  iamais  de  recordation.  Ces 
choses  considérées,  nous  ne  deuons 
craindre  la  mort  , n’estans  en  ce 
monde  que  comme  en  maison  em- 
pruntée, de  laquelle  il  nous  faut  des- 
loger quand  il  plaira  au  Seigneur,  à 
laquelle  elle  appartient.  Que  si  le 
parlement  de  ce  monde  est  vne  en- 
trée à vie,  qu’est-ce  de  ce  monde  si- 
non vn  sepulchre  ou  tombeau?  Et 
comme  les  mariniers  désirent  vn  bon 
port,  aussi  deuons  nous  desirer  de 
sortir  de  ceste  grande  mer  de  misere 
et  calamité , pour  aller  au  port  de 
salut  où  tout  mal  cessera,  et  n’y  aura 
orage  ne  tourmente,  mais  toute  ioye 
et  repos.  lob  dit  que  l'homme  nay  de 
femme  est  de  peu  de  iours  et  rempli 
de  miseres,  qui  sort  hors  comme  la 
fleur,  et  est  coupé,  et  s’enfuit  comme 
l’ombre,  et  n’arresle  point  h Autres 
comparent  ceste  vie  à vne  fumée , ou 
vapeur  d’vnebouteille  d’eau,  qui  s’es- 


lIob,  H.  — A.  P. 


4(34  LK  V I NGT-QVATn.1  KJUJî  LIVRE 


leue  en  temps  de  pluye  : autres  à vne 
nacelle  estant  au  milieu  delà  mer, 
agitée  çà  et  là  des  vents  et  des  ondes, 
heurtant  contre  les  rochers,  qui  sou- 
rient se  perd  aux  gouffres  et  abysmes 
profondes.  Et  par  ainsi  il  faut  mettre 
en  la  protection  de  Dieu  la  garde  de 
noslre  ame,  qu’il  nous  a donnée  pour 
estre  reunie  en  ce  corps  : lequel  sera 
glorifié  en  la  résurrection  vniuerselle 
des  morts. 

Et  pour  conclusion,  si  nous  l’ap- 
portons le  tout  au  conseil  de  Dieu, 
nous  aurons  dequoy  nous  consoler 
au  milieu  des  plus  grandes  angoisses 
et  destresscs  qui  nous  pourroient 
aduenir  : lequel  nous  prions  de  bon 
cœur,  et  de  ferme  et  viue  foy,  qu’il 
nous  pardonne  nos  péchés,  lesquels 
sont  cause  de  ceste  maladie  pestiférée 
et  autres,  croyant  que  c’est  le  vray 
an  idole  contre  la  peste.  Car  lesus- 
Christ,  voulant  guarir  le  Paralyti- 
que, luy  dit  : Tes  péchés  le  sont  par- 
donnés  : monslranl  et  déclarant  par 
cela,  que  la  cause  et  racine  de  sa  ma- 
ladie procedoit  de  son  péché,  et  que 
pour  en  auoir  la  fin,  il  falloit  que  l’ire 
de  Dieu  fust  appaisée,  et  qu’il  luy 
fust  propice  et  fauorable  par  la  ré- 
mission de  ses  péchés.  Ainsi  donc 
nous  implorerons  sa  grâce  d’vn  cœur 
ardent,  ayant  fiance  qu’il  nous  gar- 
dera et  défendra , nous  donnant  ce 
qui  nous  est  necessaire  tant  au  corps 
qu’à  Pâme.  Que  s'il  luy  plaist  nous 
appeller,  il  sera  nostre  rédempteur, 
et  nous  ayant  retiré  de  ce  labyrinthe 
et  gouffre  de  tous  maux  et  miseres,  il 
nous  introduira  en  l’heritage  de  sa 
gloire,  pour  l’amour  de  son  cher  fils 
nostre  sauueur  Iesus-Christ,  auquel 
soit  gloire  éternelle.  Ainsi  soit-il  K 

1 C’est  ainsi  que  se  terminait  le  livre  de 


ADVERTISSEMENT  DE  E’âVTHEVR. 

L’autheur  a fait  ceste  petite  admo- 
nition pour  le  ieune  Chirurgien,  se 
trouuant  quelquesfois  aux  lieux  où 
il  n’y  a preslres , nv  autres  gens  d’E- 
glise  à la  mort  des  pauu res  pestiférés. 
Comme  i’ay  veu,  le  roy  Charles  es- 
tant à Lyon,  pendant  la  grande  mor- 
talité, où  l’on  enfermoit  aux  bonnes 
maisons  vn  Chirurgien  pour  médica- 
menter ceux  qui  esloient,  pestiférés, 
sans  pouuoir  estre  secourus  d’aucu- 
nes personnes  pour  les  consoler  à 
Pextremilé  de  la  mort  : et  ledit  Chi- 
rurgien, ayant  esté  instruit  de  ceste 
pel  itc  admonition , pourra  seruir  à la 
nécessité  d’vn  plus  grand  clerc  que 
luy.  Et  ne  veux  icy  passer  les  bornes 
de  ma  vocation  : mais  seulement  ai- 
der aux  paumes  pestiférés  en  leur 
extrémité  de  la  mort. 

La  mort  est  la  peur  des  riches  , 

Le  désir  des  panures , 

La  ioye  des  sages , 

La  crainte  des  meschans  , 

L'in  de  toutes  miseres  , 

Et  commencement  de  la  vie  éternelle  , 
Lien-heureuse  aux  esleus , 

Et  mal-heureuse  aux  reprouués S 

la  Peste  en  156S  et  1575;  l’avertissement 
qu’on  va  lire  a été  ajouté  en  1579. 

1 L’édition  de  1579  portait:  El  commence- 
ment de  lu  vie  elernelle  à ceux  gui  croyant  en 
Dieu  et  ont  espérance  vn  sa  miséricorde  infinie. 
Du  reste,  ces  sentences  accompagnaient 
une  figure  de  squelette  debout,  le  bras  dioit 
appuyé  sur  une  bêche,  et  destinée  sans 
doute  à frapper  les  yeux  en  même  temps  que 
le  texte  frappait  l’esprit.  Je  n’ai  vu  aucune 
raison  pour  la  conserver. 


CHAPITRE  COMPLEMENTAIRE. 


DE  L’VSAGE  DE  x’ ANTIMOINE 


Quelques  vns  semblablement  don- 
nent aux  robustes  quatre  ou  cinq 
grains  d’antimoine,  préparé  auec  vn 
œuf,  ou  auec  conserue  de  roses  ou 
succre  rosat,  et  aux  foibles  deux  ou 
trois  grains. 

Vn  Chirurgien  , homme  de  bien , 
demourant  à Bordeaux,  nommé  mais- 
trelean  de  Sainctlean,  m’a  affirmé 
en  auoir  baillé  trois  grains  à sa  fille, 
aagée  de  dix-sept  ans,  laquelle  auoit 
eu  apparence  de  tumeur  pestiférée  en 
l’aine,  qui  depuis  s’en  estoit  retournée 
au  dedans  : et  voyant  les  accidens 
continuer,  et  l’antimoine  n’auoir  rien 
fait,  luy  en  bailla  iusques  à cinq 
grains,  dont  s’ensuiuit  grand  vomis- 
sement, flux  de  ventre,  et  sueur  : et 
par  ces  vacuations,  elle  fut  (dit-il) 
preseruée. 

Par  ainsi  nous  voyons  qu’il  n’y  a 
point  de  réglé  certaine  à la  dose  des 
medicamens  purgatifs  : partant  il  les 
faut  augmenter  selon  la  nature  du 
malade,  facile  ou  difficile  à esmou- 
uoir. 

Toutesfois  qui  ne  voudra  vser  d’an- 
timoine préparé,  ne  laissera  d’en  vser 
sans  estre  préparé,  en  prenant  trois 
onces  d’iceluy  bien  esleu,  à sçauoir 
fort  pondéraux  et  lucide,  et  qui  facile- 
ment se  comminue  : lequel  sera  sub- 

1 Ceci  est  le  fameux  article  sur  l’antimoine 
extrait  du  chaj>.  27  des  éditions  de  1568  et 
1575,  et  retranché  en  1579  en  même  temps 
que  le  livre  des  Fiêures.  Voyez  ci-devant  la 
note  de  la  page  414.  Dans  l’édition  de  15G8, 
il  occupe  six  pages  pleines,  de  la  129'  à la 
135'. 


tilementpuluerisé,el  mis  en  vnephiole 
de  verre  auec  vn  posson  de  bon  vin 
blanc  ou  maluoisie  : puis  assez  lon- 
guement agité  et  battu  en  ladite 
pbiole  : et  apt  es  le  faut  laisser  trem- 
per ou  infuser,  et  rasseoir  six  ou  sept 
heures,  et  passer  le  vin  sans  aucune 
portion  du  corps  dudit  antimoine  : et 
soit  donné  à boire  au  malade,  et  ver- 
rez que  ledit  vin  antimonien  fera  tel 
elfet  que  la  poudre  de  celuy  qui  est 
calciné  et  préparé  : ce  que  ie  sçay  par 
expérience. 

Ledit  antimoine  est  fort  loiié  en 
cesle  peste,  parce  qu’en  peu  de  temps, 
voire  en  demie  heure,  qu’il  est  entré 
au  corps,  il  prouoque  le  vomissement, 
sueur  et  flux  de  ventre,  ce  qui  se  fait 
par  sa  force  et  vehemence:  laquelle  ir- 
rite la  vertu  expultrice  à chasser  la  ma- 
tière* veneneuse  hors,  et  quant  et  quant 
l’humeur  vicieux  qui  y est  attaché, 
chasse  hors  principalement  les  matiè- 
res acqueuses  : toutesfois  alors  que 
Nature  se  sent  chargée  d’autre  hu- 
meur, il  l’euacue  aussi,  voire  en  tous 
temperamens  et  à toutes  heures , 
neantmoinsque  l'humeur  soit  cuit  ou 
crud  : et  fait  ce  par  vue  propriété  oc- 
culte, laquelle  (comme  aussi  à cha- 
cune chose  naturelle)  luy  a esté  don- 
née dés  le  iour  qu’il  a esté  créé  au 
monde,  outre  l’action  des  quatre  qua- 
lités premières  et  leurs  dépendances. 
Qu’il  soit  vray,  soit  qu’on  le  calcine, 
ou  brusle,  ou  donne  crud  en  infusion, 
il  purge  tousiours  les  aquosités  : et 
encore  que  l’on  baille  l’infusion  du 
calciné,  il  ne  laissera  pas  de  faire  les 

3o 


in. 


466  CHAPITRE  COMPLEMENTAIRE  . 


mesmes  actions  qu’il  fesoit  estant 
baillé  en  corps,  voire  en  aussi  petite 
quantité,  il  n’a  aucune  saueur  ny 
odeur,  et  donne  peu  de  tranchées  au 
ventre  : partant  quelques-vns  en 
donnent  aux  enfans  ja  grandelets  en 
petite  quantité. 

Or  si  quelques-vns  me  vouloient 
obiecter,  que  plusieurs  ont  pris  dudit 
antimoine  qui  n’ont  esté  guéris  : ie 
leur  responds  pareillement,  que  tous 
ceux  ausquels  on  a administré  tous 
les  autres  remedes  n’ontlaissé  à mou- 
rir : parquoy  il  ne  faut  imputer  la 
fauleaudit  antimoine,  mais  au  venin 
pestiféré  , qui  a esté  plus  grand  et 
plus  fort  que  la  vertu  du  médicament  : 
ou  qu’on  ne  l’a  pas  donné  opportuné- 
ment au  parauant  que  le  venin  eust 
saisi  le  cœur,  ou  pour  la  diuersité 
des  temperamens  : car  quelquesfois 
ce  qui  profite  à l’vn  nuit  à l’autre. 

Or  dés  le  premier  iour,  ou  du  se- 
cond, on  doit  prendre  ledit  antimoine, 
et  diuersifier  la  dose,  plus  ou  moins, 
selon  la  force  des  malades  : i’entens 
ceux  qui  ont  meslier  d’estre  pur- 
gés, ausquels  i’aymcrois  trop  mieux 
(si  faire  le  falloit)  bailler  de  l'infusion 
du  crud  que  de  celuy  qui  est  calciné, 
comme  estant  moins  veneneux.  Les 
robustes  le  prendront  auec  bon  thé- 
riaque, et  les  délicats  auec  vn  iaune 
d’œuf,  ou  succre  rosal,  ou  conserue 
deroses  : et  au  parauant  que  le  pren- 
dre, on  doit  bailler  vn  clystere  ou 
suppositoire  : puis  deux  heures  après 
l’auoir  pris  , faut  donner  au  malade 
vn  bouillon  fait  de  chapon  et  vn  iar- 
ret  de  veau,  auecques  vue  poignée 
d’orge  mondé,  à fin  de  lenir  l’esto- 
mach  et  les  intestins. 

Aucuns  mesprisent  l’anlimoine  es 
tant  donné  par  dedans,  pour  purger 
les  pestiférés,  quoy  qu’il  soit  calciné 
ou  crud,  affermans  qu’il  est  poison, 


d’autant  que  par  sa  calcination  il  est 
rendu  plus  sec  et  plus  dur,  et  acquiert 
vne  nature  de  feu  : aussi  estant  crud 
et  non  calciné,  disent  qu’il  ne  con- 
uient  à nostre  nature,  laquelle  con- 
siste en  chaleur  et  humidité,  d’autant 
qu’il  est  froid  et  sec  au  tiers  degré 
(toutesfois  il  me  semble  qu’estant 
crud,  illuy  demeure  vne  nature  sul- 
phurée  qui  peut  corriger  sa  froideur)  : 
plus  adioustent  qu’il  ne  se  peut  dé- 
layer en  l’estomach,  ce  que  les  bons 
medicamens  purgeans  fout,  pour  en- 
uoyer  leurs  vapeurs  par  dedans  les 
veines  : et  finalement  adioustent  que 
tous  medicamens  qui  purgent  en 
mesme  temps  par  haut  et  par  bas, 
sont  violens  et  malings  de  toute  leur 
substance. 

Or  laissans  telles  questions,  nous 
dirons  seulement  que,  outre  les  qua- 
lités qu’a  l’antimoine  crud  ou  calciné, 
il  luy  demeure  tousiours  vne  vertu 
propre,  particulière  et  spécifique,  qui 
est  admirable  et  diuine,  comme  nous 
auonsdemonstré  : en  ce  qu’il  fait  sor- 
tir grande  quantité  d’excremens,  tant 
par  vomissement,  flux  de  ventre,  que 
par  la  sueur,  purgeant  principale- 
ment les  humidités  sereuses  : toutes- 
fois il  fait  vacualion  des  autres  hu- 
meurs par  le  bénéfice  de  Nature,  la- 
quelle estant  agitée  comme  de  furie 
du  venin  pestiféré,  et  aidée  ou  aiguil- 
lonnée par  la  vertu  de  l’antimoine, 
ou  semblables  medicamens  acres,  ne 
iette  seulement  les  aquosités  ou  séro- 
sités, mais  aussi  les  autres  humeurs 
qui  la  molestent,  les  deschargeant 
par  les  voyes  prédites.  Et  ce  faisant , 
ne  le  pouuons  dire  incommode  pour 
donner  aux  pestiférés,  ny  estre  poi- 
son, s’il  n’estoit  donné  en  trop  grande 
quantité,  parce  qu’il  n’agit  point  par 
sa  seule  qualité  : ioiut  aussi  qu’on  le 
baille  en  petite  quantité,  comme  trois, 


DE  l’vSAGE  DE 

quatre,  cinq  ou  six  grains,  et  qu’on  le 
raistionne  auec  certains  correctifs, 
comme  moyeux  d’œufs, vin,  décoction 
de  chapon,  ou  autres  choses  sembla.- 
bles  qu’on  connoist  estre  necessaires  : 
et  ainsi  on  n’en  voit  point  aduenir 
d’inconuenient. 

Au  surp!us,ie  confesse  bienquelors 
qu'il  est  calciné  ou  bruslé,  qu’aucuns 
appellent  préparé  , il  est  rendu  plus 
sec  et  plus  dur,  et  acquiert  vne  na- 
ture de  feu  : lesquelles  choses  luy  es- 
tans  acquises  par  la  calcination  , il 
est  rendu  plus  chaud  , et  par  conse 
queut  plus  acre,  à cause  que  toutes 
choses  calcinées  perdent  leur  humi- 
dité et  sont  rendues  plus  seiches,  el 
celles  qui  ne  sont  point  acres  et  poi- 
gnantes acquièrent  beaucoup  de  cha- 
leur par  la  calcination  : dont  nous 
pouuons  conclure  que  celuy  qui  est 
crud  est  moins  mauuais  que  le  cal- 
ciné , veu  qu’il  ne  laisse  à faire  son 
operation  sans  le  calciner , et  n’est  si 
acre  ne  poignant  : partant  on  en  doit 
pluslost  vser.  Ce  que  l’on  fera  auec 
vin  en  la  maniéré  que  nous  auons 
descrite  : car  par  ce  moyen  on  attire 
son  essence  et  vertu  par  l’esprit  du 
vin  : et  fait  semblable  vacuation  que 
celuy  qui  est  calciné.  Toutesfois  ie  se- 
rois  bien  d’aduis  que  l’on  n’vsast  de 
ce  remede  si  ce  n’est  en  vne  grande 
nécessité,  et  que  premièrement  on  ne 
fust  bien  résolu  que  la  peste  ne  pro- 
cedast  du  vice  de  l’air,  ains  seulement 
de  celuy  des  humeurs. 

Or  outre  les  vertus  que  l'antimoine 
crud  a de  purger  par  dedans,  aussi  il 
a faculté  de  refroidir  et  desseicher 
auec  vne  astriction  : et  partant  on  en 
met  és  collyres  des  yeux  : il  arresle  le 


l’antimoine.  4^7 

sang  qui  tlue  des  membranes  du  cer- 
ueau.  Il  est  bon  aussi  pour  les  playcs 
recentes,  et  contre  les  vieilles  vlceres, 
et  principalement  cellesquisont  faites 
par  morsure  de  chien.  Pareillement 
on  en  fait  vn  onguent  pour  les  brus- 
lures  auec  gresse,  litharge,  ceruse  et 
cire.  Et  lorsqu’il  est  appliqué  du  com- 
mencement sur  icelles,  il  empesche 
qu’il  n’y  vienne  aucune  ampoule.  On 
en  fait  des  parfums  pour  arrester  le 
flux  menstruel,  lors  qu’il  est  excessif  : 
et  cicatrise  les  vlceres.  Il  purifie  tous 
métaux  : partant  les  fondeurs  de  clo- 
ches en  mettent  dans  leur  métal,  à 
fin  que  les  cloches  sonnent  mieux  : 
aussi  ceux  qui  font  des  miroirs  en 
vsent  pour  les  rendre  plus  resplen- 
dissons. Voila  ce  que  i’ay  trouué  de 
la  louange  dudit  antimoine,  tant  en 
Dioscoride  que  plusieurs  autres  bons 
autheurs. 

Et  à fin  qu'on  puisse  mieux  con- 
noislre  sa  nature  et  le  recouurer 
quand  il  en  sera  besoin,  il  faut  enten- 
dre que  c’est  vne  pierre  métallique, 
plombeuse  et  sulphurée.  Qu’il  soit 
vray,  lors  qu’on  le  calcine,  vne  par- 
tie se  conuertit  en  plomb,  et  rend 
vne  odeur  puante  sentant  bien  fort 
le  soulphre.  Il  y en  a de  deux  especes, 
à sçauoir  masle  et  femelle.  Le  masle 
n’est  si  bon  que  la  femelle  : et  se  con- 
noist parce  qu’il  est  moins  luisant  et 
pesant  : au  contraire  , la  femelle  est 
plus  pondereuse  et  luisante , et  plus 
friable , ioint  qu’elle  se  fond  plus  ai- 
sément : parquoy  ceux  qui  en  vou- 
dront vser  la  prendront  plustost  que 
le  masle. 

Et  ce  suffise  de  l’antimoine. 


DISCOVKS 


DE  LA  MVMIE  ET  DE  LA  LICORNE1. 


A TRES-HAVT  ET  TVISSANT  SEIGNEVR , MESSIRE  CHR1STOPHLE  DES  VRSAINS  , 

Cheualkr  des  ordres  du  Roy , Conseiller  en  son  Conseil  priué  , et  d’Estat, 
Capitaine  de  cent  hommes  d’armes  des  ordonnances  de  sa  Maiesté  : Seigneur  de 
la  Chappelle,  Baron  de  Treiguel,  Doue,  et  Armenonuille,  etc. 


Monseigneur,  vous  auez  souue- 
nance  que  l’an  mil  cinq  cens  octante , 
le  dernier  iour  d’aoust , entre  l’ab- 
baye de  Chally  et  Armenonuille,  l’vn 
de  vos  grands  cheuaux  se  cabra  et 
renuersa  sur  vous,  et  tombastessur 
vn  gros  et  aigu  caillou  à l’endroit  des 
reins.  Le  cheual  estant  bon  et  géné- 
reux, se  mit  en  deuoirpoursereleuer: 
mais  ne  se  releuant  qu’à  demy  tomba 
de  rechef,  et  vous  donna  vn  second 
heurt,  et  n’eust  esté  le  prompt  et 
fulelle  secours  d’vn  de  vos  gentils- 
hommes nommé  de  Selles,  qui 
promptement  descendit  de  cheual  et 

!Ces  discours  ont  été  publiés  à part  en 
1582  (voir  dans  mon  Introduction  la  Biblio- 
graphie)-, mais  dès  1585  ils  avaient  été  refon- 
dus dans  les  OEuvres  complètes , savoir,  le 
Discours  de  la  l\lumie  au  livre  des  Collu- 
sions ei  gangrenés , et  le  Discours  de  la  Li- 
corne au  livre  des  Venins.  Comme  tous 
deux  formaient  des  digressions  trop  éten- 
dues dans  les  lieux  où  l’auteur  les  avait  en- 


vous  retira  à bien  grand’peine  de  des- 
sous , vous  estiez  en  extreme  danger 
de  vostre  personne  : de  fait  que  à l’ins- 
tant tombaslcs  en  syncope,  et  dé- 
faillance de  cœur  et  de  parolle,  et 
fustes  porté  en  voslre  maison  , où  es- 
tant couché  au  lit  lesmesmesaccidens 
retournèrent  et  perseuererent  l’espace 
de  quatre  heures , durant  lesquelles 
par  la  diligence  de  madame  vostre 
compagne  ( Dame  certes  de  grandes 
vertus)vne  fut  rien  oublié  de  tout  ce 
que  l’on  peut  imaginer  pour  vous  se- 
courir. Et  pour  ce  faire  furent  appel- 
lés  Médecins  et  Chirurgiens  des  lieux 

cadrés,  il  m’a  paru  plus  convenable  de  les 
reproduire  à part,  d’aulant  plus  que  cela 
me  permettait  de  donner  l’épi: re  dédica- 
toire  qui  les  précède  dans  l’édition  originale, 
et  qui,  bien  que  plusieurs  passages  en  soient 
copiés  des  Discours  mêmes,  n’en  est  pas 
moins  une  pièce  très  intéressante,  qu’on  re- 
grettait de  ne  pas  trouver  dans  les  grandes 
éditions  de  Paré. 


DISCOVRS  DE  LA  MVMIE  F.T  DE  LA  LICORNE. 


proches,  comme  Senlis,  Dampmar- 
tiri , et  mesmement  madame  la  Con- 
nostable  vous  envoya  monsieur  le 
Féure,  médecin  ordinaire  du  roy  qui 
lors  cstoit  à Genlilli,  qui  vous  fit  sai- 
gner et  adapter  tous  autres  remedes 
propres  à telles  blessures:  et  ne  fut 
rien  oublié  pour  seder  les  douleurs, 
et  résoudre  le  sang  meurtri  quiesloit 
espandu  aux  lombes  ,et  pareillement 
iusques  au  petit  ventre  et  aux  cuisses  : 
et  voyant  que  vous  ne  sentiez  tel  et 
si  prompt  allégement  que  eussiez 
désiré  , m’enuoyastes  quérir  à Paris. 

Ayant  receu  vos  lettres,  pour  le  ser- 
uicequeie  vous  dois,  ensemble  à toute 
vostre  maison  , ie  montay  prompte- 
ment à cheual.  Arriué  i’apperceu  vne 
bien  grande  tumeur  et  enfieure  mol- 
lasse , vn  peu  au  dessus  de  l’os  sa- 
crum : fus  d’auis  de  faire  ouuerture , 
pour  donner  issue  à beaucoup  de 
sang  caillebotlé,  et  aux  sérosités,  qui 
arrestées  sous  le  cuir  pouuoient  causer 
pourriture,  gangrené,  et  autres  plu- 
sieurs accidcns  mortels,  qui  en  telles 
et  si  grandes  contusions  ont  de  cous- 
tume  suruenir.  U ouuerture  faite,  ne 
sortoit  par  l’espace  de  dix  ou  douze 
iours  moins  de  choppine  desdites  sé- 
rosités et  sang  caillé,  à chaque  fois 
qu’on  vous  habilloit1,  de  sorte  que 
les  seruiettes  et  couurechefs  qu’on 
vous  mettoit  sur  vostre  playe,  ployées 
en  quatre  ou  cinq  doubles,  estans  tor- 
ses distilloient  comme  qui  les  eust  ti- 
rées d’vn  plein  seau  d’eau.  Ce  que  con- 
sidérant, iecommençayàcraindreque 
par  là  il  ne  se  fist  vne  colliquation  de 
tout  votre  corps,  et  par  conséquent 
linissiez  vos  iours  tahide,  attendu 
mesmesqu’à  raison  de  plusieurs  gran- 
des cauilés  d’où  sorloient  les  matières 
mentionnées , il  conuenoit  faire  en- 

‘ Hubiller,  synonyme  de  panser. 


46g 

core  quelques  autres  incisions.  De 
quoy  ie  voulus  bien  aduertir  madite 
dame,  et  monsieur  de  Paleseau  vostre 
gendre,  et  madame  vostre  fille,  qui 
fort  curieux  estoient  de  vostre  santé  : 
les  suppliant  au  reste  que,  tant  pour 
le  regard  du  danger  apparent,  que 
vostre  respect  qui  estes  vn  des  plus 
signalés  de  la  France,  que  nous  eus- 
sions d’auantage  de  conseil.  A quoy 
madite  dame  ne  voulant  rien  espar- 
gner , fit  soudain  escrire  au  Roy  qu’il 
plust  à sa  Maieslé  luy  enuoyer  mon- 
sieur Pigray  , homme  bien  entendu 
en  la  chirurgie  : ce  que  le  Roy  fit  vo- 
lontiers. Aussi  on  envoya  quérir  mon- 
sieur de  Mouron , homme  estimé 
entre  les  hommes  doctes  et  bien  en- 
tendu en  la  medecine  et  chirurgie,  et 
pareillement  à Paris  quérir  monsieur 
Hautin  , Docteur  regent  en  la  Faculté 
de  Medecine,  messieurs  Cointeret  et 
leFort, Chirurgiens,  qui  arriués,  après 
auoir  veu  , sondé  et  considéré  vostre 
playe , conclurent  auec  nous  vna- 
nimement  qu’il  estoit  plus  que  neces- 
saire faire  nouuellesouuerlures,  à fin 
d’auoir  plus  de  commodité  et  liberté 
pour  mondifier  les  cauités  qui  es- 
toient sous  le  cuir  tout  moulu  et 
contus.  Dieu  benist  notre  labeur,  et 
en  auez  esté  bien  guari,  grâces  à 
Dieu. 

Lorsque  commençastes  à vous  bien 
porter,  et  vos  douleurs  à s’appaiser, 
vous  me  listes  cest  honneur  de  dis- 
courir de  plusieurs  belles  choses, 
entre  les  autres  comme  on  ne  vous 
auoit  point  donné  à boire  de  Mumie 
au  commencement  de  vostre  cheutte  : 
lors  ie  vous  fis  responsc  que  i’en  es- 
tois  ioyeux  , parce  qu  elle  pouuoit 
beaucoup  plus  nuire  que  aider,  à 
cause  que  c’est  de  la  chair  des  corps 
morts  puants  et  cadauereux  , et  que 
iamais  n’auois  veu  que  ceux  ausquels 


D1SCOVRS 


47° 

on  en  auoit  donné  à boire  ou  à man- 
ger, qu’ils  ne  vomissent  tost  après  en 
auoir  pris , auec  grande  douleur  d’es- 
tomach.  Et  tant  s’en  faut  qu’elle 
puisse  arrester  le  sang  qui  descoule 
des  vaisseaux  d’vne  contusion,  que 
plustost  par  l’agilation  que  fait  ceste 
bonne  drogue  au  corps  , il  en  flueroit 
encore  d’auantage.  Aussi  que  les  an- 
ciens Iuifs,  Arabes,  Chaldées,  Ægyp- 
tiens,  n’ont  iamais  pensé  faire  em- 
baumer leurs  corps  pour  estre  man- 
gés des  chrestiens  : mais  auoient  en 
si  grand  honneur,  reuerence  et  re- 
commandalion  les  corps  des  trespas- 
sés,  pour  l’esperance  de  la  résurrec- 
tion , qu’ils  ont  recherché  de  les  em- 
baumer pour  les  conseruer  et  garder 
à iamais,  s’ils  eussent  peu  faire  , en 
plusieurs  et  diuerses  sortes , comme 
on  verra  par  ce  discours.  D’auantage 
seruoient  iceux  corps  ainsi  embaumés 
de  souuerains  gages  et  asseurance  de 
leur  foy  : si  bien  que  s’il  estoit  adue- 
nu  que  aucuns  eussent  affaire  de 
quelque  grosse  somme  d’argent , ils 
ne  failloient point  delà  trouuerà  em- 
prunter sur  gage  de  l’vn  de  leurs 
parens , se  tenans  tout  asseurés  les 
créditeurs  que  moyennant  tel  gage, 
le  debiteur  manqueroit  plustost  de  vie 
que  de  foy,  tant  ils  auoient  à cœur 
de  retirer  tel  gage.  Et  si  la  fortune 
faisoit,  et  le  malheur  fust  si  grand 
que  aucun  s’oubliast  de  tant  en  ses 
nécessités  que  de  ne  vouloir  ou  sça- 
uoir  trouuer  moyen  de  retirer  son 
gage,  il  tomhoit  en  tel  deshonneur  et 
infamie,  qu’il  n’eust  pas  esté  bon  à 
donner  à manger  aux  chiens,  et  ne 
se  fust  aussi  osé  monstrer  en  public  : 
car  on  luy  faisoit  la  huée  comme  l’on 
fait  à vn  loup  ou  vn  chien  enragé, 
et  de  liberté  tomboit  en  vue  ignomi- 
nieuse seruitude,  comme  ayant  desa- 
uotié  sa  race  et  son  origine.  Par  ces 


choses  , l’on  voit  comme  les  anciens 
Iuifs  n'ont  fait  embaumer  leurs  corps 
pour  les  faire  manger  aux  chrestiens. 
D’auantage,  Hippocrates  et  Galien 
n’en  parlerentny  ordonnèrent  iamais 
pour  quelque  cause  que  ce  fust.  Et  si 
elle  eust  esté  propre  aux  contusions 
ou  autres  maladies,  il  est  certain 
qu’ils  ne  l’eussent  oublié  à descrire. 

De  la  corne  de  Licorne. 

Monseigneur,  après  vous  auoir  dis- 
couru de  la  Mumle , voulustes  aussi 
sçauoir  ce  qu’il  me  sembloil  de  la 
corne  de  Licorne,  et  si  i’auois  conneu 
par  quelque  expérience  qu’elle  eust 
puissance  contre  les  venins.  Lors  ie 
vous  fis  response,  qu’on  ne  sçait  à la 
veri-té  quelle  est  ceste  beste  , mesme 
que  aucuns  doutent  que  ce  ne  soit 
vne  chose  controuuée.  Car  les  vns 
disent  que  c’est  vne  beste  inconneué, 
et  qu’elle  naist  aux  Indes  : les  autres 
en  Æthiopie  : d’autres  és  terres  neuf- 
ues,  et  les  autres  és  deserls  inaccessi- 
bles : et  n’en  parlent  tous  que  par 
oüy  dire.  Et  comme  ils  sont  dlfferens 
de  la  description  des  lieux  où  naist 
ladite  Licorne , ils  sont  pareillement 
discordans  de  la  forme  et  figure  et 
couleur  et  de  sa  corne , et  des  pieds , 
et  des  mœurs  : car  les  vns  disent 
qu’elle  est  la  plus  furieuse  et  cruelle 
de  toutes  les  bestes,  et  qu’elle  hurle 
fort  hideusement,  et  que  iamais  on 
ne  la  prend  viue  : autres  au  contraire 
la  disent  fort  douce  et  bcnigne,  et 
s’amouracher  des  filles,  prenant  plai- 
sir à les  contempler  , et  qu’elle  est 
soutient  prise  parce  moyen.  Plusieurs 
tiennent  que  si  l’on  fait  tremper  de 
la  corne  de  Licorne  en  de  l’eau , et 
que  de  ceste  eau  on  face  vn  cercle 
sur  vne  table  , puis  qu’on  mette  de- 
dans ledit  cercle  vn  scorpion  ou  arai- 
gnée, ou  vn  crapaut , que  ces  bestes 


DE  LA  MVMIE  ET  DE  LA  LICORNE. 


meurent , et  qu’elles  ne  passent  au 
cunement  pardessus  le  cercle.  le  l’ay 
voulu  expérimenter, et  a y trouuécela 
estre  faux  et  mensonger. 

Autres  disent  que  si  on  faisoit  aual- 
ler  à vn  poulet  ou  pigeon  qui  eust 
pris  arsenic,  ou  sublimé,  ou  quelque 
autre  venin  , il  n’en  sentiroit  aucun 
mal  : cela  est  pareillement  faux , 
comme  l’experience  en  fera  foy. 

Autres  tiennent  pour  chose  véri- 
table que  la  vraye  Licorne  estant 
mise  en  l’eau,  se  prend  à bouillonner, 
fesant  esleuer  petites  bubes  d’eau  1 
comme  perles.  le  dis  que  cela  se  fait 
aussi  bien  aux  cornes  de  bœuf  et  de 
mouton  , et  d’autres  animaux  , voire 
es  tez  de  pots,  tuilles  et  bricques  : ce 
que  vous  vistes  par  expérience,  lors 
que  ie  mis  en  vn  verre  d’eau  des  os  de 
mouton  et  des  tez  de  pots  : et  vous  en 
dis  la  raison,  dont  fustes  fort  content 

Autres  disent  auoir  grande  vertu 
contre  la  peste  et  autres  venins:  et 
croy  pareillement  estre  chose  fabu- 
leuse. Quelqu’vn  me  dira  que  possi- 
ble les  cornes  dont  i’ay  fait  mes  es- 
preuues  n’estoient  vrayes  cornes  de 
Licorne.  A quoy  ie  responds,  que  celle 
de  Salnct  Denis  en  France,  et  celle  du 
Roy  que  l’on  tient  en  grande  estime, 
et  celles  des  marchands  de  Paris  que 
l’on  vend  à grand  prix  ne  sont  donc- 
ques  vrayes  cornes  de  Licorne  : car 
c’a  esté  sur  celles  là  que  i’ay  fait  es- 
preuue  : et  si  on  ne  me  veut  croire , 
qu’on  vienne  à l’espreuue  comme 
moy  : et  on  connoistra  la  vérité  con- 
tre le  mensonge. 

Or,  Monseigneur,  ces  contrariétés 
d’opinions,  et  les  espreuues  qu’on  en 
fait,  font  iuger  que  tout  ce  que  l’on 
dit  des  Licornes  est  chose  controuuée 

1 Bubes , pour  bulles  ; les  Espagnols  appel- 
aient les  pustules  de  la  vérole,  las  babas. 


47 1 

à plaisir  par  les'peintres  et  histo- 
riographes. Et  ne  suis  seul  de  ceste 
opinion  : car  il  y a plusieurs  doctes 
Médecins  gens  de  bien , craignans 
Dieu  , qui  sont  de  mon  auis,  comme 
ie  monstreray  cy  apres  en  ce  dis- 
cours : et  principalement  feu  mon- 
sieur Chappelain  , Conseiller  et  pre- 
mier Médecin  du  Roy  Charles  ,neu- 
fiéme , lequel  en  son  viuant  esloit 
grandement  estimé  entre  les  gens 
doctes.  Vn  iour,  luy  parlant  du  grand 
abus  qui  se  commettoit  en  l’vsage  de 
corne  de  Licorne,  le  priay,  veu  l’au- 
thorité  qu’il  auoit  à l’endroit  de  la 
personne  du  Roy  nostre  maistre,  d’en 
vouloir  oster  l’vsage  et  abus  : et  prin- 
cipalement d’abolir  ceste  couslume 
qu’on  auoit  de  laisser  tremper  vn 
morceau  de  Licorne  dans  la  coupe  où 
le  Roy  beuuoit,  craignant  la  poison  : 
et  qu’elle  est  beaucoup  plus  chere 
que  l’or,  comme  l’on  peut  voir  par  la 
supputation  : car  à vendre  le  grain 
d’or  fin  onze  deniers  pile,  la  liure  no 
vaut  que  sept  vingts  huit  escus  sol  : 
et  le  grain  de  Licorne  vallant  dix  sols, 
la  dragme  à raison  de  soixante  grains 
vaut  trente  iiures,  et  l’once  à raison  de 
huit  dragmes  vaut  deux  cens  quarante 
Iiures,  et  consequemment  la  liure  à 
raison  de  seize  onces  vaut  trois  mil 
cens  quarante  Iiures,  lesquels  réduits 
en  escus  vallent  douze  cens  quatre 
vingts  escus  : à ceste  cause  il  feroit 
beaucoup  d’osier  ceste  superstition 
et  larcin  qu’on  fait  au  peuple. 

Il  me  fit  response,  qu’il  voyoit  l’o- 
pinion qu’on  auoit  de  la  Licorne  tant 
inueterée  et  enracinée  au  cerueau  des 
princes  et  du  peuple , que  ores  qu’il 
l’eust  volontiers  oslée,  il  croyoit  bien 
que  par  raison  n’en  pourroit  estre 
maistre  : et  que  les  Médecins  ayans 
vne  bonne  ame,  encores  qu’ils  sa- 
chent qu’elle  ne  vaut  rien,  n’ayant 


D1SC0YRS 


4?  2 

aucunes  vertus  qu’on  luy  attribue  , 
sont  sonnent  contraints  de  permettre 
aux  malades  d’en  vser , parce  qu’ils 
la  désirent  et  en  veulent  : et  que  s’il 
aduenoit  qu’ils  mourussent  sans  en 
auoir  pris , les  parens  donneroient 
tous  la  chasse  susdits  médecins,  et  les 
descriroient  comme  la  l’aulse  mon- 
noyé.  D’auantage  disoit  que  tout 
homme  qui  entreprend  à descrire  de 
choses  d’importance,  et  notamment 
de  réfuter  quelque  opinion  receuë  de 
long  temps,  il  ressemble  au  hibou  ou 
chat  huant , lequel  se  monstrant  en 
quelque  lieu  eminent,  se  met  en  butte 
à tous  les  autres  oiseaux,  qui  le  vien- 
nent becqueter  et  courir  sus  à toute 
reste  h 

Aussi  ie  vous  discourus  pareille- 
ment que  la  licorne  n’a  nulle  vertu 
contre  les  venins,  comme  le  monde 
luy  attribue,  parce  que  tous  venins 
ne  font  pas  leurs  effets  d’vne  mesme 
façon.  Car  il  y en  a de  chauds , de 
froids,  de  secs,  d’humides  : autres 
qui  opèrent  par  qualité  occulte  et  se- 
crette,  et  que  chacun  a son  propre 
accident  lequel  doit  estre  guari  par 
son  contraire.  Parlant  la  licorne  ne 
peut  résister  à tous  venins , comme  il 
sera  demonstré  cy  après. 

le  vous  fis  pareillement  vn  pe- 
lit  discours  de  la  Peste,  où  i’ay 
monstre  que  la  licorne  n’a  nulle  force 
et  vertu  pour  contrarier  au  venin 
pestiféré  : où  ie  me  suis  efforcé  tant 
qu’il  m’a  esté  possible  d’enseigner  les 
ieunes  Chirurgiens  qui  sont  appelés  à 
penser  les  pestiférés  : où  ie  suis  bien 
asseuré  qu’il  y en  a qui  ne  virent  Ja- 
mais aposteme , ny  charbon , ny  pour- 
pre pestiféré,  à qui  ce  petit  traité 

1 A toute  reste;  Je  ne  sais  ce  que  veut  dire 
cette  expression , à moins  qu’il  ne  faille  lire  : 
à toute  haste. 


pourra  grandement  seruir  : aussi  que 
les  pauures  malades  touchés  de  ceste 
contagion,  délaissés  de  tout  secours, 
se  pourront  eux  mesmes  aider  à leur 
guarison,  à raison  que  i’ay  escrit  en 
langage  vulgaire  et  fort  familier,  et 
les  remedes  aisés  à connoislre,  et  la 
maniéré  de  les  préparer , et  comme  il 
faut  lesdiuersifier , si  bien  que  toutes 
personnes  s’en  pourront  aider.  Ori’en 
ay  escrit,  ce  me  semble,  le  plus  prés 
approchant  de  la  vérité,  parce  que 
i’ay  esté  touché  de  ce  mal , et  souffert 
l’aposteme  sous  l’aisselle , et  le  char- 
bon au  ventre.  Et  s’il  est  bien  séant  à 
vn  vieil  Capitaine  de  parler  de  la 
guerre,  et  au  Marinier  de  discourir 
de  la  nauigation  , aussi  ne  me  sera-il 
pas  mal  séant , après  auoir  longue- 
ment exercé  la  Chirurgie,  spéciale- 
ment à l’endroit  des  pestiférés,  de 
mettre  de  rechef  en  lumière  ce  petit 
extrait  du  vingt-cinquième  liure  1 
de  mes  œuures,  pour  enseigner  les 
ieunes  Chirurgiens,  et  les  pauures 
malades  délaissés  de  tout  le  monde 
pour  se  secourir  eux  mesmes- 

Ayant  entendu  ces  discours,  me 
priasles  (ce  que  ie  receus  pour  com- 
mandement ) les  mettre  par  escrit , à 
fin  d’enuoyer  ces  abus  à vau  l’eau,  et 
que  le  monde  n’en  fust  plus  trompé  : 
lors  ie  vous  dis  que  i’en  auois  aucu- 
nement escrit  en  mes  œuures  : vous 
me  repliquastes  que  plusieurs  ne 
pourroient  auoir  toutes  mes  œuures, 
et  qu’ils  auroient  tous  ces  discours 
plus  facilement  et  à meilleur  prix  : ce 
que  volontiers  vous  accorday.  Tou- 
tesfois  ie  croy  que  ce  ne  sera  sans 

1 Je  respecte  ici  le  texte,  mais  il  y a er- 
reur de  la  part  de  Paré;  le  livre  de  la  Peste 
était  le  21'  des  éditions  de  1575  et  1579,  et  il 
est  devenu  le  22'  en  1585.  Il  forme  le  24'  de 
l’édition  actuelle. 


DE  L/l  MVMIE  ET  DF.  LA  LICOBNE. 


contredit  : mais  i’espere  qu’en  serez 
le  protecteur  et  défenseur,  veu  la 
grande  authorité  et  crédit  qu’auez  en 
tonie  la  France  : car  lors  que  ce  petit 
liure  sera  en  lumière,  ie  ressemble- 
ray  au  Hibou,  et  croy  qu’il  y aura 
quelque  Gay  ou  meschant  Corbeau  , 
ennemy  de  la  vérité  et  de  la  Républi- 
que, qui  me  caiolleront  et  becquette- 
ront. Mais  ie  leur  tendray  volontiers 
mes  espaules  pour  me  battre  fort 
(toutesfois  sans  me  faire  aucun  mal  ) : 
et  s’ils  me  peuuent  assaillir  de  quel 
que  bon  trait  de  raison  ou  d’expe- 
rience,  tant  s’en  faut  que  ie  m’en 
trou  ne  offensé  qu’au  contraire  ieleur 
en  sçauray  fort  bon  gré,  de  m’auoir 
monstré  ce  qu’oncques  ie  n’ay  peu 
apprendre  des  plus  doctes  et  signalés 


473 

personnages  qui  furent  et  sont  encore 
en  estime  pour  leur  doctrine  singu- 
lière J. 

Voila,  Monseigneur,  ce  qu'il  me 
semble  de  la  Mumie,  de  la  corne  de 
Licorne,  et  de  la  Peste.  Priant  Dieu, 
Monseigneur,  vous  donner  et  à Ma- 
dame vostrc  compagne,  ensemble  à 
tous  ceux  de  vostre  maison , prospérité 
en  ce  monde,  et  félicité  perpétuelle. 

Votre  tres-bumble  et  tres-affec- 
tionné  seruileur  à iamais. 

A.  Paré. 


1 Modestie  de  l’autheur.  — Cette  note  mar- 
ginale est  de  Paré  lui-même. 


DISCOVRS 


DE  LA  MVMIE  '. 


CHAPITRE  T. 

La  Mumie  a pris  son  nom  et  origine 
des  anciens  Iuifs,  Arabes,  et  Chal- 

1 Ce  mot  de  mumie  est  celui  qu’on  trouve 
dans  les  éditions  de  1575  et  1582,  et  par  suite 
dans  toutes  les  éditions  postérieures.  Mais  il 
faut  noter  qu’en  1 579  Paré  avait  écrit  Mom- 
mye  et  même  Mommie,  ce  qui  se  rapproche 
beaucoup  de  l’orthographe  moderne:  tou- 
tefois j’ai  dû  accepter  celle  qu’il  avait  défi- 
nitivement adoptée. 

Au  reste,  on  aurait  tort  de  regarder  ce 
livre  comme  hors  de  propos  dans  les  OEu- 
vres  de  Paré;  c’est  le  monument  d’une  véri- 
table réforme  dans  une  question  de  chirur- 
gie qui  n’était  pas  sans  importance.  On  peut 
voir  dans  mon  Introduction,  page  clxxxviii, 
la  source  et  la  puissance  de  ce  préjugé  de  la 
Mumie,  contre  lequel  Paré  le  premier  osa 
s’élever.  Nous  avons  vu  au  livre  des  Contu- 
sions , chap.  6,  la  première  attaque  qu’il 
dirigea  contre  en  1575;  en  1579,  nous  avons 
dit  qu  il  avait  ajouté  un  long  article  dont  on 
retrouvera  les  morceaux  épars  aux  chapitres 
1 , 8 et  12  du  présent  Discours;  et  enfin  le 
Discours  parut  en  1582,  comme  il  a été  dit. 

2 Ce  premier  chapitre  formait,  dans  l’édi- 
tion de  1585  et  les  suivantes , le  chap.  7 du 
livre  des  Contusions ; voyez  tome  II,  page 
202.  Il  débutait  alors  par  celte  phrase  : 

« Il  ne  se  faut  donner  merueille,  si  en  ce 
traité  des  Contusions  ie  n’ay  fait  aucune 
mention  de  la  Mumie,  pour  en  donner  à 
boire  et  à manger,  comme  font  la  pluspart 


dées , et  principalement  des  Egyp- 
tiens, mesmes  long  temps  aupnrauant 
Moyse,  et  depuis  eux  les  Grecs  et 
Latins  : tous  lesquels  ont  eu  en  si 
grand  honneur,  reuerence , et  re- 

des  Médecins  et  Chirurgiens  : parcequ’elle 
ne  vaut  rien,  ce  que  ie  prouueray  par  ce  dis- 
cours. » 

Ensuite  venait  le  texte  actuel,  qui  est 
presque  absolument  le  même  pour  tout  ce 
discours  que  celui  de  l’édition  de  1582. 

L’article  spécial  de  1579  commençait  aussi 
par  la  phrase  qu’on  vient  de  lire  ; mais  après 
ces  mots  : la  pluspart  des  Médecins  et  Chi- 
rurgiens, il  continuait  ainsi  : 

« Car  si  en  toute  prescription  et  ordon- 
nance des  remedes  contre  les  maladies,  il 
faut  prendre  indication  du  contraire, 
comme  i’ay  apris  de  mes  maistres , qui  est- 
ce  qui,  suyuant  la  réglé  des  indications, 
pourra  sçauoir  si  la  mommye  est  contraire 
aux  accidens  qu’amene  la  cheule  et  contu- 
sion, s’il  ne  sçayt  que  c’est  que  mommie. 
Or  le  cas  est  tel,  que  ny  les  Médecins  et  Chi- 
rurgiens qui  ordonnent  la  mommie,  ny  ceux 
qui  en  ont  escrit,  ny  les  Apoticaires  qui  la 
vendent,  ne  sont  point  asseurés  de  l’essence 
d'icelle  : Lisez  les  anciens,  Serapion  et  Aui- 
cenne  : Lisez  les  modernes,  Belon , Ma- 
theolle  et  Theuet,  vous  les  trouucrez  tous 
d’opinions  en  ce  cas  dissemblables:  interro- 
gez les  Apoticaires,  interrogez  les  mar- 
chans  qui  la  leur  aportent , l’vn  vous  dira 
d’vn  , l’autre  d’vn  autre , de  sorte  qu’il  sem- 
ble impossible  en  telle  et  si  grande  variété 
d’opinions,  de  rien  sçauoir  au  vray  de  la 


DISCOVRS  DE  LA  MVMIE. 


commandation  les  corps  des  trespas- 
sés,  pour  l’esperance  de  la  résurrec- 
tion , qu’ils  ont  fort  recherché  les 
moyens,  non  seulement  de  les  ense- 
uelir,  mais  aussi  de  les  conseruer  à 
iamais,  s’ils  l’eussent  peu  faire,  par 
certaines  drogues  précieuses  et  cho- 
ses odoriférantes  : lesquels  corps  ainsi 
embaumés  se  gardoient  longuement 
entiers  sans  se  pourrir.  Et  par  lesdils 
Arabes  ont  esté  appelés  Mumie,  qui 
vaut  autant  à dire,  qu’vn  corps  mort 
accoustré  de  choses  odoriférantes  et 
conseruatricesde  pourriture.  Or  pour 
le  premier,  Hérodote  1res  ancien  his- 
torien grec,  et  après  luy  Diodore  Si- 
cilien, parlans  de  la  sepullure  et  con- 
duite des  corps  des  trespassés,  et  des 
pleurs  et  gemissemens  qui  se  faisoient 
sur  iceux  par  les  anciens  Egyptiens, 
racontent  que  lors  qu’il  decedoit 
quelqu’vn  des  domesliques  d’vne  mai- 
son qui  estoit  de  respect  et  appa- 
rence, comme  vn  grand  Seigneur  ou 
Dame,  alors  se  transportoient  tout 
d’vn  costé  toutes  les  femmes  de  la  fa- 
mille et  parentage  au  lieu  où  le  de- 
funct  estoit  décédé  , habillées  toutes 
de  deüil , pleurantes  et  lamentantes. 
Puis  ayans  laissé  le  corps  mort  en  son 
lieu , s’en  alloient  par  la  ville  comme 
vagabondes , courant  çà  et  là  , estant 
ceintes  et  troussées  par  le  milieu  du 
corps,  déplorantes  leurs  vies  et  mise 
res,  auec  leurs  mannnelles  et  parties 
plus  proches  toutes  nues  et  descou 
uertes.  De  l’autre  costé  alloient  les 
hommes,  ayans  pareillement  la  poi- 
trine toute  descouuerle , et  se  frap- 
poient  et  baltoient  en  détestation  du 

mommie.  Car  quant  à Serapion  et  Avi- 
cenne, ils  n’ont  cogneu  autre  inoininie,  etc.  » 
La  suite  de  ce  texte  se  retrouvera  au  8e 
chapitre  du  Discours  actuel , à l’avant-der- 
nier paragraphe. 


475 

defunct.  Cela  estant  fait,  ils  se  trans- 
portoient par  deuers  ceux  qui  estoient 
députés  pour  embaumer  les  corps 
morts, qu’on  appel loit  Salleurs  ou  Em- 
baumeurs, lesquels  leur  monstroient 
trois  figures  de  corps  morts  embau- 
més, peintes  en  vn  beau  linceul,  de 
diuerse  valeur  et  estimation  : l’vne 
comme  la  plus  riche , exquise  et  ela- 
bourée,  vallant  vn  talent:  l’autre  vn 
demy,  et  la  tierce  de  vil  prix  et  à 
bon  marché,  qui  estoit  pour  le  com- 
mun populaire,  qui  leur  donnoit 
selon  leur  puissance.  Ayans  mar- 
chandé l’vne  des  trois  effigies  ou  figu- 
res pour  les  embaumer  ou  enseuelir, 
ils  laissoient  le  corps  mort  entre  leurs 
mains-  Et  lors  les  embaumeurs  li- 
roient  tout  aussi  tost , auec  vn  fer 
courbé,  par  les  narines,  toute  la  sub- 
stance du  cerueau:  puis  incisoient 
auec  vne  pierre  aiguë  et  bien  tran- 
chante le  ventre,  et  en  ostoient  les 
entrailles:  et  puis  lauoient  tout  le 
corps  de  vin  auquel  auoient  bouilli 
plusieurs  choses  aromatiques.  Cela 
fait,  remplissoient  le  corps  de  myrrhe, 
d’aloës,  de  cinamome,  saffran,et  au- 
tres choses  odoriférantes  et  précieu- 
ses : puis  après  le  salloient  et  met- 
toient  en  vn  saloir  par  l’espace  de 
70  iours.  Lequel  temps  expiré,  le 
retiroient  pour  faire  seicher.  et  après 
l’enueloppoient  en  vn  beau  drap 
précieux , et  derechef  l’oignoient  de 
certaines  gommes  assez  communes. 
Après  toutes  ces  choses,  luy  faisoient 
faire  vne  effigie  sur  sa  tombe  et  se- 
pulchre,  où  ils  vouloient  qu’il  fust 
posé  pour  la  mémoire  eternelle:  et  le 
laissoient  là  pour  dormir  et  reposer, 
iusques  (disoienl  ils)  au  grand  iour  de 
la  résurrection.  Les  deux  autres  fa- 
çons d’embaumer  se  faisoient  d’autres 
drogues  non  si  précieuses  ny  si  chè- 
res, et  selon  l’argent  on  estoit  serui. 


D'SCOVRS 


4 76 


CHAPITRE  IL 

Strabo  dit  que  les  Iuifs , pour  la 
confiture  de  leurs  corps,  souloient 
vser  de  bitume,  qui  est  vne  poix  li- 
quide qui  se  prend  en  la  mer  Rouge, 
prés  Sodome. 

Or  bien  à peine  s’est-il  trouué  na- 
tion , tant  barbare  fust  elle , qu’ils 
n’ayent  embaumé  les  corps  morts, 
non  pas  mesme  les  Scythes,  qui  sem- 
blent en  barbarie  auoir  surpassé  le 
reste  des  hommes.  Car  iceux,  comme 
dit  Hérodote,  liure  quatrième  de  son 
Histoire , n’enterrent  point  le  corps 
de  leur  Roy,  que  premièrement  ils  ne 
Payent  mis  en  cire,  après  auoir  curé 
le  ventre  et  nettoyé,  puis  rempli  de 
cypre  concassé,  d’encens,  de  graine 
de  persil  et  d’anis , et  en  après  re- 
cousu. 

De  ceste  mesme  chose  les  Ethiopiens 
se  sont  monstrés  curieux,  faisans 
leurs  sépultures  de  verre,  en  ceste 
sorte  : c’est  qu’aprés  qu’ils  auoient 
vuidé  et  descharné  iusques  aux  os  , 
comme  vne  anatomie  seiche,  le  corps 
de  leurs  amis  défunts,  ils  les  accous 
troient  et  lissoient  de  piastre,  sur 
lequel  ils  ieltoient  après  vne  peintu- 
re qui  approchoil  du  vif  autant  qu’il 
leur  estoit  possible  : et  ce  fait , ils  l’en- 
fermoient  dans  vne  colonine  de  verre 
creux.  Le  corps  ainsi  enchâssé  appa- 
roissoit  au  trauers  le  verre, sans  ren- 
dre mauuaise  odeur,  et  sans  desagreer 
aucunement.  Les  plus  proches  parcns 
le  gardoientchez  eux  l’espace d’vn  an, 
en  luy  faisans  offrandes  et  sacrifices, 
et  au  bout  de  l’an  le  transportoient 
hors  la  ville  au  lieu  desliné , ainsi  que 
nous  faisons  aux  cimetières , comme 
escrit  le  mesme  Hérodote. 


CHAPITRE  III. 

Mais  le  soing  et  curiosité  est  encore 
entré  plus  auant  dedans  le  cœur  des 
Egyptiens  que  de  nulle  autre  nation, 
dont  ils  ont  mérité  grande  louange  , 
s’estans  monstrés  tant  affectionnés  à 
la  mémoire  de  leurs  parens , que  pour 
la  conseruation  d’icelle  ils  estoient 
coustumiers  d’embaumer  les  corps 
tous  entiers  d’i<  eux  en  vaisseaux  de 
verre  diaphanes  et  lransparens,et  les 
metloient  en  lieu  le  plus  honorable 
de  leurs  maisons,  pour  en  auoir  tous- 
iours  la  mémoire  deuant  les  yeux , et 
leur  seruir  d’aiguillon  pour  les  sti- 
muler de  les  ensuiure  et  imiter  leurs 
vertus,  à fin  de  ne  degenerer  et  for- 
ligner  de  leur  naturel  et  inclination. 
Et  d’auanlage  seruoient  iceux  corps 
ainsi  embaumés,  de  souuerains gages 
et  asseurance  de  leur  foy  : si  bien  que 
s’il  estoit  aduenu  qu’aucun  desdits 
Egyptiens  eust  affaire  de  quelque 
grosse  somme  d’argent,  il  ne  failloit 
point  delà  trouuer  à emprunter  chez 
ses  voisins  sur  le  gage  d’vn  corps  de 
ses  parens , se  tenans  tous  asseurés 
les  créditeurs,  que  moyennant  tel 
gage  le  debiteur  manqueroit  plustost 
de  vie  que  de  foy,  tant  ils  auoient  à 
cœur  de  retirer  tel  gage  Et  si  la  for- 
tune faisoit,  et  le  malheur  fust  si 
grand , qu’aucun  s’oubliast  de  tant  en 
ses  nécessités,  que  de  ne  vouloir  ou 
scauoir  trouuer  moyen  de  retirer  son 
gage , il  tomboit  en  tel  deshonneur  et 
infamie,  qu’il  n’eust  pas  esté  bon  à 
donner  à manger  aux  chiens,  et  ne 
se  fust  osé  monstrer  en  public  : car 
on  luy  faisoitla  huée  comme  l’on  fait 
à vn  loup  ou  vn  chien  enragé,  et  de 
liberté  tomboit  en  vne  ignominieuse 


SVR  LA  MVMIE. 


seruitude,  comme  ayant  desauoüé  et 
renoncé  sa  race  et  origine.  Ce  qui  est 
tesmoigné  par  Claude  Paradin  , en  la 
Préfacé  du  liure  qu’il  a fait  des  Al- 
liances et  Généalogies  des  Roys  et  Prin- 
ces de  la  Gaule. 

Pierre  Messie  en  ses  diuerses  Le- 
çons , chap.  8.  escrit,  que  les  anciens 
Romains  auoient  vne  coustume  de 
brusler  les  corps  morts , et  que  le  pre- 
mier des  Sénateurs  qui  fust  bruslé 
après  sa  mort , fut  Sylla , et  après  luy 
plusieurs  autres  hommes  notables  et 
illustres  : les  cendres  desquels  on  gar- 
doit  dedans  des  vrnes  ou  vaisseaux  de 
terre,  puis  on  les  posoit  dedans  les 
sepulchres  ou  tombeaux  sous  terre  , 
faits  en  voulte. 

Les  Grecs  auoient  aussi  ceste  ma- 
niéré de  brusler  les  corps  morts. 

Stobée  escrit  que  les  Colches  n’en- 
terroienl  point  leurs  morts , mais  les 
pendoient  aux  arbres. 

Les  Scythes  d’Asie  se  seruoient 
pour  boire  de  l’os  du  crâne  de  leurs 
parens  et  amis,  enchâssés  en  or,  pour 
en  auoir  tousiours  mémoire  : et  entre 
tous  leurs  thresors  et  choses  precieu 
ses  estimoient  lesdites  tasses. 


CHAPITRE  IV. 

D’auantage  les  Egyptiens,  recon- 
noissans  ceste  vie  estre  de  peu  de  du- 
rée au  regard  de  celle  que  nous  auons 
à viure  après  la  séparation  du  corps 
d’auec  l’ame , estoient  fort  negligens 
à bastir  maisons  pour  eux  loger,  mais 
au  reste  si  magnifiques  à édifier  Pyra- 
mides, desquelles  ils  se  vouloient 
seruir  pour  leurs  sepulchres,  que 
pour  le  basliment  d’vne  qui  fut  entre- 
prise par  Cheopes,  l’vn  de  leurs  Rois, 


477 

cent  mille  hommes  y furentemployés, 
chacun  trois  mois , par  l’espace  de 
vingt  ans  : laquelle  estant  de  forme 
quarrée,  auoit  de  profondeur  cinq 
stades,  et  en  chacun  front  huit  cens 
piedsde  large,  et  autant  de  haut,  cha- 
que pierre  ayant  le  plus  ordinaire- 
ment trente  pieds,  fort  bien  ouurée, 
comme  raconte  Hérodote  1.  Or  de- 
uant  qu’enfermer  les  corps  dedans 
ces  superbes  sepulchres  , ils  les  por- 
toient  auec  pompes  magnifiques 
vers  les  Salleurs  ou  Embaumeurs  (of- 
fice bien  salarié  du  peuple)  qui  les 
embaumoient  de  choses  aromatiques 
et  exquises,  selon  la  volonté  et  puis- 
sance des  parens  et  amis,  comme 
nous  auons  dit  cy  dessus  : lesquels  re- 
souls  ils  retournoient  prendre,  et  es- 
tansbienlaués  et  nettoyés,  leslioient 
de  bandes  faites  d’vn  drap  de  soye 
collé  auec  certaines  gommes.  Et  lors 
les  parens  et  amis  reprenoient  le 
corps,  et  luy  faisoient  faire  vn  estuy 
de  bois  moulé  et  effigie  d’homme , 
dedans  lequel  ils  le  posoient.  Voila 
comme  lesEgyptiensenlerroient  leurs 
Roys  et  Princes. 

Autres  mettoient  dedans  les  corps 
ainsi  préparés  vne  idole  faite  de  cui- 
ure  ou  marbre,  et  quelquesfois  d’or 
et  d’argent,  qu’ils  adoroient  : et 
auoient  ceste  opinion  , que  le  corps 
estoit  gardé  et  conserué  de  putréfac- 
tion , ayans  leurs  Dieux  reposans 
auec  leurs  corps  dedans  leurs  monu- 
mens,  et  que  telle  superstition  don- 
noitsoulagemenl  à l’ame.  I"ay  veu  au 
cabinet  de  Theuet  vne  petite  idole  de 
marbre,  blanche,  marqueltée  d'vn 
certain  vert,  qu’il  affirme  auoir  appor- 
tée de  ce  pays  là,  et  qu’elle  auoit  esté 
trouuée  en  vn  corps  mumié.  Ainsi 
voit-on  comme  les  Egyptiens  estoient 

1 Hérodote,  liure  2.  — A.  P. 


DISCOVRS 


47b 

fort  cérémonieux,  et  grauds  idolâtres. 

Loiiis  de  Paradis , Chirurgien  , na- 
tif deVitry  en  Parfois,  m’a  dit  qu’es- 
tant au  grand  Caire,  il  vit  dix-huit  ou 
vingt  pyramides  faites  de  bricques. 
Entre  autres  il  en  vit  vne  de  merueil- 
leuse  grandeur,  de  figure  quarrée, 
ayant  en  chaque  face  trois  cens  pas. 
Celle-là  estoit  la  plus  grande  , appel- 
le la  Pyramide  de  Pharaon  , où  sont 
plusieurs  corps  mumiés.  En  outre, 
qu’il  entra  dedans  vne  desdites  Pyra- 
mides, où  ii  vit  plus  de  deux  cens 
corps  encore  tous  entiers,  quiauoient 
les  ongles  rouges  : parce  que  c’estoit 
la  coutume  de  ce  pays  là , que  pour 
auoir  de  belles  mains  , il  falloit  auoir 
les  ongles  rouges.  Les  gens  du  pays  ne 
veulent  souffrir  qu’on  transporte  au- 
cun desdits  corps  , disans  que  les 
Chrestiens  sont  indignes  de  manger 
leurs  corps  morts  Que  si  on  les  tire 
hors  du  pays , c’est  par  le  moyen  de 
quelques  Iuifs , qui  les  desrobent  et 
emballent  auee  leur  marchandise , à 
fin  qu’on  ne  les  puisse  connoislre. 

Le  Seigneur  de  la  Popeliniere,  en 
son  troisième  liure  Des  trois  mondes , 
dit,  que  quand  les  Indiens  de  Cana- 
rie  meurent,  c’est  pitié  des  hurle- 
mens  et  plaintes  que  font  les  femmes, 
lesquelles  racontent  leurs  louanges 
d’auoir  bien  tué  et  mangé  des  hommes 
eslans  leurs  ennemis  : et  qu’aprés  leur 
auoir  lié  les  bras  et  pieds,  elles  les 
enuetoppent  de  leur  lit  de  cotton  , et 
les  enterrent  en  vne  fosse  ronde  et 
profonde,  et  presque  tout  debout, 
auec  quelques  colliers  et  plumasseï  ie 
qu’ils  auront  plus  aimé  : comme  les  In- 
diens du  Pérou  font  de  leurs  Rois  et 
Caciques , auec  quantité  d’or  et  pier- 
res précieuses  : et  les  Celtes  ancienne- 
ment, qui  estoient  enterrés  auec  le 
plus  beau  de  leurs  meubles,  et  la 
femme  qu’ils  auoient  la  plus  aimée. 


CPIAPiTRE  Y. 

De  ceste  mesme  curiosité  nos  Fran- 
çois esmeus  et  incités,  font  la  plus 
grand’  part  embaumer  les  corps  des 
Rois  et  grands  Seigneurs , et  dressent 
des  figures  enleuées  en  bosses  ou  en 
plates  peintures,  approchans  de  la 
grandeur  et  figure  au  plus  prés  qu’ils 
peuuent  du  trespassé.  On  en  trouue 
tesmoignage  en  l’Eglise  de  S.  Denys  en 
France,  et  en  beaucoup  d’autres 
lieux  , là  où  l’on  voit  plusieurs  effi- 
gies des  Rois  et  Roynes,  et  autres 
grands  Seigneurs  : ce  que  clirestien- 
nement  ils  ont  euidenunent  tiré  tant 
du  nouueau  Testament  que  du  vieil , 
et  façon  de  faire  ancienne  des  Iuifs. 
Cari!  est  ditau  nouueau  Testament1, 
que  Ioseph  acheta  vn  linceul , et  que 
Nicodeme  apporta  vne  mixtion  de 
myrrhe  et  d’aloës,  iusques  au  poids 
d’enuiron  cent  liures , de  laquelle 
auec  autres  odeurs  aromatiques  ils 
embaumèrent  et  enseuelirent  Iecorps 
de  Iesus  Christ,  comme  la  coustume 
des  Iuifs  estoit  d’enseuelir  leurs  corps 
embaumés , en  signe  de  ceste  incor- 
ruption qu’ils  esperoient  en  la  ré- 
surrection des  morts  (comme  nous 
auons  dit.  ) Ce  que  mesmes  depuis 
eux  voulurent  faire  les  Maries  : ce 
qu’ils  auoient  appris  de  leurs  peres 
anciens.  Car  Ioseph  au  vieil  Testa- 
ment commanda  à ses  Médecins  d’em- 
baumer son  pere  2. 

Or  qui  est  cause  qu’à  présent  nos 
Rois , Princes,  et  grands  Seigneurs, 
encores  qu'ils  soient  vuidés  et  laués 
d’eau  de  vie  et  de  vinaigre,  et  saul- 
es. Iean , 20.39. —A.  P. 

2 Genese , à.  2.  — . A.  P. 


DE  Là.  MVMIE. 


poudres  de  choses  grandement  aro- 
matiques, n’y  espargnans  aucunes 
choses  pour  les  embaumer,  néant- 
moins  auec  tout  cela , en  cinq  ou  six 
iours,  ou  moins,  sentent  si  mal,  qu’on 
ne  peut  endurer  estre  aux  lieux  où 
ils  sont,  et  est-on  contraint  les  enfer- 
mer en  leur  cercueil  de  plomb?  Car 
nonobstant  tel  appareil,  parce  qu’ils 
ne  sont  plongés  en  saumeures  auec 
lesdites  choses  aromatiques,  comme 
anciennement  on  faisoit,  et  aussi  pour 
la  grande  multitude  de  gens  qui  y 
entrent  pour  les  voir,  et  le  grand 
nombre  de  torches  et  lumières  y es- 
tans  iour  et  nuit,  l’air  s’eschauffe  si 
fort  que,  le  corps  n’ayant  esté  imbu 
assez  longtemps  de  choses  qui  gar 
dent  la  pourriture,  il  aduienl  qu’en 
peu  de  iours  s’esleue  vne  vapeur 
puante  et  cadauereuse,  qui  offense 
grandement  ceux  qui  la  sentent  Icy 
donc  ie  veux  aduertir  le  Lecteur,  sur 
ce  qu’on  m’a  voulu  donner  quelques- 
fois  blasme  de  n’auoir  sceu  bien  em- 
baumer les  Rois,  attendu  la  pourri- 
ture qui  tost  après  s’esleuoit  de  leurs 
corps  : car  ma  response  esloit  facile 
à faire  L C’est  qu'ils  n’auoient  esté 
trempés  et  sallés  soixante  et  dix  iours, 
comme  les  anciens  faisoienl , dedans 
le  vinaigre  et  choses  aromatiques,  et 
que  la  faute  ne  procedoit  que  de  là  : 
comme  il  se  peut  prouuer  que  le  vi- 
naigre garde  de  pourriture  , d’autant 
qu’il  est  froid  et  sec  : qui  sont  deux 
choses  répugnantes  à putréfaction, 
ce  que  l’experience  monstre  : attendu 
qu’en  iceluy  on  garde  les  herbes, 
fleurs,  fruits,  voire  fort  humides, 
comme  concombre,  pourpié,  et  autres 
choses,  sans  qu’elles  se  pourrissent. 

le  puis  dire  auoir  vn  corps  en  ma 
maison,  lequel  me  fut  donné  par  le 

1 Docte  response  de  l'Autheur. — A.  P. 


479 

Lieutenant  criminel  nommé  Seguier, 
seigneur  de  la  Verriere,  après  auoir 
esté  exécuté  par  iuslice,  il  y a vingt- 
sept  ans  passés  *,  que  i’anatomisay  : et 
leuay  presque  tous  les  muscles  du 
corps  de  la  partie  dexlre  ( à fin  que 
lors  que  ie  veux  faire  quelques  inci- 
sions à quelque  malade,  voyant  les 
parties  de  recente  mémoire , ie  sois 
plus  asseuré  en  mes  œuures)  la  partie 
senestre  laissée  en  son  entier  : pour 
lequel  mieux  conseruer,  ie  le  piquay 
d’vn  poinçon  en,  plusieurs  endroits, 
à fin  que  la  liqueur  penelrast  au  pro- 
fond des  muscles  et  autres  parties  : et 
voit -on  encore  à présent  les  poul- 
inons entiers,  cœur,  diaphragme, 
mediaslin,  estomach,  râtelle,  reins, 
semblablement  le  poil  de  la  barbe,  et 
d’autres  parties,  voire  les  ongles,  les- 
quels i’ay  apperceu  euidemment  re- 
croislre,  après  les  auoir  par  diuerses 
fois  coupés. 


CHAPITRE  VI. 

Par  ce  recueil  on  peut  voir  que  les 
anciens  estoient  fort  curieux  d’em- 
baumer leurs  corps,  mais  non  pas  à 
l’intention  qu’ils  seruissent  à manger 
et  à boire  aux  viuans,  comme  on  les 
a fait  seruir  iusques  à présent  : car 
iamais  ne  pensèrent  à telle  vanité  et 
abomination  , mais  bien , ou  pour 
l’opinion  qu’ils  auoient  de  la  résurrec- 
tion vniuerselle , ou  pour  vne  mé- 
moire de  leurs  parens  et  amis  décé- 
dés. Cela  est  confirmé  par  André 
Theuet  en  sa  Cosmographie,  où  il  dit 
auoir  esté  en  Egypte  en  des  cauernes 

1 Il  faut  se  rappeler  que  ceci  a été  écrit 
en  1682. 


DISCOVRS 


480 

longues  d’ vn  Irait  d’arc,  et  de  largeur 
assez  grande,  dans  lesquelles  il  y a 
des  tombeaux  où  anciennement  es- 
toient  posés  les  corps  morts  embau- 
més, où  il  faut  porter  du  feu  à raison 
de  l’obscurité , et  des  bestes  vene- 
neuses  qui  y habitent.  Il  y a (dit  il) 
des  corps  passé  deux  mil  ans  enclos 
en  des  tombeaux  de  pierre,  fermés  et 
cimentés.  le  laisse  à penser  quelle 
bonne  viande  on  feroit  d’en  boire  ou 
manger  à présent  '. 

Ou  dit  que  la  Mumie  dont  on  a vsé 
iusques  auiourdliuy,  est  venue  de 
là  : à raison  d’vn  mastin  Médecin 
Iuif  qui,  par  vne  brutalité;  auoit  es- 

1 Ce  paragraphe  se  lisait  déjà  au  chap.  6 
du  livre  des  Contusions  de  l’édition  de  1579, 
mais  avec  un  peu  plus  de  développement. 
Ainsi,  au  lieu  des  deux  dernières  phrases, 
on  y lisait  : 

«La  vraye  mommie,  dit-il,  se  tire  des 
tombeaux  bien  fermez  et  cimentez  de  toutes 
parts,  et  tellement  embaumez,  que  le  mesme 
linge  qu’on  leur  donna  lorsqu’ils  furent  en- 
terrez, se  trouue  encore  tout  entier,  et  les 
corps  pareillement,  tellement  qu’on  diroit 
qu’il  11’y  a pas  quatre  iours  qu’on  les  a mis 
dedans.  Toutefois  il  y a tel  corps  qui  y est 
passé  de  deux  mil  ans  : les  corps  ou  parties 
d’iceux  sont  apportez  à Venise,  deSirie  et 
Egypte,  et  de  Venise  espandus  dans  toute 
la  Chreslienté. 

« Or  sont  ces  corps  embaumez  de  diuerses 
drogues,  selon  la  diuersité  de  leur  estât  et 
condition.  Ceux  des  nobles  sont  embaumez 
de  myrrhe  , d’aloës  et  safran  , et  autres  dro- 
gues aromatiques  et  de  grand  prix.  Ceux  des 
pauures  sont  farcis  simplement  d’aspbalte, 
ou  pisalphaltc,  à raison  que  leur  pauureté 
ne  peut  porter  la  dcspence  des  choses  aro- 
matiques plus  précieuses.  De  ceste  derniere 
espece,  d ici  Matheolle.est  toute  la  mommye 
qui  nous  est  aportee  par  deçà.  Considérant 
que  les  nobles,  riches,  et  anciennes  mai- 
sons, etc.  » 

On  retrouvera  la  suite  de  ce  raisonnement 
dans  le  paragraphe  suivant  du  texte  actuel. 


crit  que  ceste  chair,  ainsi  confite  et 
embaumée,  seruoit  grandement  à la 
curalion  de  plusieurs  maladies,  et 
principalement  aux  cheutes  et  coups 
orbes  et  meurtrisseures,  pour  garder 
que  le  sang  ne  caillebottast  et  conge- 
last  dedans  le  corps  : qui  a esté  cause 
que  J’on  les  tiroit  furtiuement,  ou  par 
argent,  hors  des  tombeaux.  Ce  qui 
semble  chose  fabuleuse  , parce  que 
les  nobles,  riches , et  anciennes  mai- 
sons n’eussent  iamais  enduré,  pour 
rien  du  monde,  que  les  sepulchres  de 
leurs  parens  et  amis,  desquels  ils  es- 
toient  tant  curieux,  fussent  ouueris, 
et  les  corps  emportés  hors  de  leurs 
pays,  pour  estre  mangés  des  Ch  res- 
liens:  et  disent  qu’ils  ne  sont  dignes 
de  manger  de  leurs  corps.  Et  s’il  est 
aduenu  que  l’on  en  ait  transporté, 
c’a  esté  de  la  populace,  qui  ont  esté 
embaumés  de  la  seule  poix  asphalte, 
ou  pisasphalle,  dequoy  on  poisse  les 
nauires. 

Autres  disent  que  Mumie  n’est  autre 
chose  qu’vne  simple  chair  humaine, 
prise  des  corps  morts  trouués  dans 
les  sables  et  arenes  qui  sont  és  déserts 
d'Arabie,  où  l’on  dit  que  lesdites 
arenes  s’esleuent  si  haut  par  la  vio- 
lence des  vents,  que  souuent  elles 
couurent  et  estouffent  les  passans  : 
d’où  vient  que  les  corps  morts  re- 
seichés  tant  par  la  chaleur  et  aridité 
des  arenes,  que  par  le  soufflement 
des  vents,  se  donnent  et  seruent  en 
vsage  medecinale  pour  Mumie.  Mat- 
theole  , suiuanl  la  plus  commune 
opinion,  dit  que  Momie  n'est  autre 
chose  qu’vne  liqueur  reseichée,  sor- 
tant des  corps  humains  aromatisés  et 
embaumés  ‘. 

1 Ce  paragraphe  se  lisait  au  chap.  6 de  l’é- 
dition de  1579  ; mais  alors  il  venait  après  le 
suivant. 


DE  LA.  JM  V MIE. 


Serapion  et  Auicenne  n’ont  conneu 
autre  Muinie  que  pisasphalte,  qui  est 
vne  sorte  d’escume  qui  prouient  de 
la  mer.  Ladite  escume , pendant 
quelle  nage  et  flotte  sur  l’eau,  est 
molle  et  comme  liquide  : mais  peu 
après  estant  portée  par  l’impétuosité 
des  vagues  aux  riuages,  et  arreslée 
entre  les  rochers  et  cailloux  , se  de- 
seiche  et  affermit  plus  dure  que  la 
poix  reseichée,  comme  il  est  discouru 
par  Dioscoride  liure  1,  chap.  81  ’. 

Autres  tiennent  que  la  Mumie  se 
fait  et  façonne  en  nostre  France  : et 
que  l’on  desrobe  de  nuict  les  corps 
aux  gibets,  puis  on  les  cure  ostant  le 
cerueau  et  les  entrailles,  et  les  fait  on 
seicher  au  four,  puis  on  les  trempe 
en  poix  noire  : après  on  les  vend 
pour  vraye  et  bonne  Muinie,  et  dit- 
on  les  auoir  achetés  des  marchands 
Portugais,  et  auoir  esté  apportés  d’E- 
gypte -.  Mais  qui  voudra  rechercher, 

‘Ce  paragraphe  venait  avant  le  précédent 
dans  l’édition  de  1579  ; mais  entre  les  deux 
on  lisait  cette  phrase,  qui  manque  dans  le 
texte  actuel  : 

« Belon  dicl  telle  muinie  estre  seule- 
ment cogneue  et  en  vsage  en  Egypte  et  en 
Grece.  » 

* L’édition  de  1579  allait  plus  loin;  après 
avoir  signalé  les  difficultés  d’avoir  des  mo- 
mies embaumées  de  substances  précieuses, 
elle  ajoutait  : 

* Cequia  esmeu  quelquesfoisquelques  vns 
de  nos  Apoticaires,  plus  hardiset  plus  auides 
de  gain,  à prendre  de  nuy  t des  corps  au  gibet  : 
les  sallent  et  aromatisent  de  bonnes  drogues, 
et  apres  les  secber  au  four  ainsi  farcis  poul- 
ies vendre  bien  chèrement,  pour  vraye  et 
bonne  mommie  : voila  comme  on  nous  laid 
aualer  indiscrètement  et  brutallement  la 
charogne  puante  et  infecte  des  pendus,  et 
de  la  plus  vile  canaille  de  la  populace  d’E- 
gypte. Comme  s’il  n’y  auoit  moyen  de  sauner 
vn  homme  tombé  de  hault  et  contus,  etc.  » 

Voyez  la  suite  detce  texte  au  chapitre  8. 


48i 

comme  i’ay  fait,  chez  les  Apoticaires, 
on  trouuera  des  membres  et  portions 
de  corps  morts,  voire  de  tous  entiers, 
eslre  embaumés  de  poix  noire,  les- 
quels sentent  vne  odeur  cadauereuse. 
Neantmoins  ie  croy  qu’ils  sont  aussi 
bons  que  ceux  qu’on  apporte  d’E- 
gypte  : parce  que  tout  n’en  vaut 
rien  *. 


CHAPITRE  VII. 

Depuis  n’agueres  deuisant  auec  Gui 
de  la  Fontaine,  Médecin  célébré  du 
Roy  de  Nauarre,  sçaehant  qu’il  auoit 
voyagé  en  Egypte  et  en  la  Barbarie , ie 
le  priay  me  faire  participant  de  ce 
qu’il  auoit  appris  de  la  Licorne  et  de 
la  Mumie.  Il  me  dist  que  c’esloient 
toutes  bayes  ce  qu’on  bruyoit  par 
deçà  de  la  Licorne,  et  que  jamais  n’en 
auoit  rien  sceu  descouurir.  Et  quant 
à la  Mumie,  qu’estant  l’an  mil  cinq 
cens  soixante  quatre  en  la  ville  d’A- 
lexandrie d’Egypte,  il  ouyt  dire  qu’il 
y auoit  vn  luif  qui  en  faisoit  grand 
trafic;  en  la  maison  duquel  allant, 
le  supplia  de  luy  vouloir  monstrer  les 
corps  mumiés.  Ce  qu’il  fit  volon- 
tiers, et  luy  ouurit  vn  magazin  où  il 
y auoit  plusieurs  corps  entassés  les 
vns  sur  les  autres.  Iceluy  priant  de 
rechef  le  luif  de  luy  vouloir  dire  où 
il  auoit  recouuré  ces  corps,  et  s’ils  se 
trouuoient , comme  en  auoient  es- 
crit  les  anciens,  és  sepulchres  du 

1 Les  éditions  de  1582  et  1585  portent  plus 
simplement  : iecroy  qu'ils  sont  aussi  bons  les 
vns  que  les  autres.  Mais  la  phrase  actuelle  se 
lisait  alors  même  dans  une  note  marginale, 
et  elle  a été  transportée  dans  le  texte  des  la 
première  édition  posthume. 


III. 


3i 


DISCOVRS 


48-2 

pays  : ledit  Iuif,  en  se  mocquant  de 
ceste  imposture,  se  print  à rire,  l’as- 
seurant  et  affermant  qu’il  n’y  auoit 
point  quatre  ans  que  tous  lesdits 
corps  qu’il  voyoit  là  ( en  nombre  de 
trente  ou  quarante)  il  les  preparoit 
luy-mesme,  et  que  c’estoient  corps 
d’esclaues , ou  autres  personnes.  Le- 
dit de  la  Fontaine  luy  demandant  en- 
core, de  quelle  nation,  et  s’ils  n’es- 
toient  point  morts  de  mauuaise  ma- 
ladie, comme  de  lepre,  verolle,  ou 
peste  : il  luy  respoudit  qu’il  ne  se 
soucioit  point  d’où  ils  fussent,  ny  de 
quelle  mort  ils  estoient  morts,  ou 
s’ils  estoient  vieils  ou  ieunes , masles 
ou  femelles,  pourueu  qu’il  en  eust, 
et  qu’on  ne  les  pouuoit  connoistre 
quand  ils  estoient  embaumés.  Encore 
luy  dist  qu’il  s’esmerueilloit  grande- 
ment comme  les  Chrestiens  estoient 
tant  frians  de  manger  les  corps  des 
morts  *.  Ledit  de  la  Fontaine  l’impor- 
tunant de  luy  déclarer  la  façon  qu’il 
teuoit  à les  embaumer,  dist  qu’il  vui- 
doit  le  cerueau  et  les  entrailles,  et 
faisoit  de  grandes  incisions  au  pro- 
fond des  muscles,  et  après  les  rem- 
plissoit  de  poix  Iudée,  appellée  as- 
phaltile,  et  prenoit  des  vieux  linges 
trempés  en  ladite  liqueur,  et  les  po- 
soit  dans  lesdites  incisions,  après  ban- 
doit  chacune  partie  séparément  : et 
eslans  ainsi  bandés,  enueloppoit  tout 
le  corps  d’vn  drap  trempé  sembla- 
blement en  ladite  liqueur  : lesquels 
ainsi  accoustrés , les  mettoit  en  cer- 
tains lieux,  où  il  les  laissoit  pour 
confire  deux  ou  trois  mois.  Finale- 
ment ledit  de  la  Fontaine  disant  que 
les  Chrestiens  estoient  doncques  bien 
trompés  de  croire  que  les  corps  mu- 

1 Le  Iuif  se  mocque  des  Chrestiens,  qui 
sont  si  frians  de  manger  de  la  chair  des  corps 
morts.  — A.  P. 


miés  fussent  tirés  des  sepulchres  an- 
ciens des  Iuifs  : le  Iuif  lui  fit  res- 
ponse  *,  qu’il  estoit  impossible  que 
l’Egypte  eust  peu  fournir  de  tant  de 
milliers  de  corps  qui  ont  esté  enle- 
ués,  depuis  que  ceste  ceremonie  a 
esté.  Car  de  dire  auiourd’huy  qu’elle 
s’obserue,  cela  est  faux  : d’autant 
que  ceste  région  est  seulement  ha- 
bitée des  Turcs,  des  Iuifs  et  des  Chres- 
tiens, qui  ne  sont  couslumiers  d’vser 
de  telle  ceremonie  d’embaumement, 
comme  du  temps  que  les  Roys  d’E- 
gypte y commandoient. 


. CHAPITRE  VIII. 

Or  par  ce  discours  du  Iuif,  on  voit 
comme  on  nous  fait  aualler  indiscrè- 
tement et  brutalement  la  charogne 
puante  et  infecte  des  pendus,  ou  de 
la  plus  vile  canaille  de  la  populace 
d’Egypte,  ou  de  verolés,  ou  pesti- 
férés , ou  ladres  : comme  s’il  n’y 
auoit  moyen  de  sauuer  vn  homme 
tombé  de  haut,  contus  et  meurtri, 
sinon  en  luy  insérant  et  comme  en- 
tant vnautrehomme dedans  le  corps: 
et  s’il  n’y  auoit  autre  moyen  de  re- 
couurer  santé,  sinon  que  par  vne 
plus  que  brutale  inhumanité.  Et  si 
en  ce  remede  y auoit  quelque  effica- 
ce, véritablement  il  y auroit  quelque 
pretexte  d’excuse.  Mais  le  fait  est  tel 
de  ceste  meschante  drogue,  que  non 
seulement  elle  ne  profile  de  rien  aux 
malades,  comme  i’ay  plusieurs  fois 
veu  par  expérience  à ceux  ausquels  on 
en  auoit  fait  prendre,  ains  leur  cause 

1 Response  du  Iuif  digne  d’eslre  bien  notée. 
— A.  P. 


DE  LA  MVMIE. 


grande  douleur  à l’estomach,  auec 
puanteur  de  bouche,  grand  vomisse- 
ment, qui  est  plnstost  cause  d’esmou- 
uoir  le  sang,  et  le  faire  d’auantage 
sortir  hors  de  ses  vaisseaux,  que  de 
l’arrester.  Les  pescheurs  vsent  d’ap- 
pasts  puants  pour  allicher  les  pois- 
sons : à ceste  cause  ils  vsent  de  Mu- 
mie,  parce  qu’elle  est  fort  puante. 
Theuet  dit  l’auoir  expérimenté  en  soy- 
mesme,  en  ayant  quelquesfois  pris  en 
Egypte,  à la  suscitation  d’vn  nommé 
Idere  Iuif.  A ceste  cause  ie  proteste 
deiamais  n’en  ordonner , ny  permet- 
tre à aucun  en  prendre,  s’il  m’est 
possible  *. 

Quoy,  dira  quelqu’vn,  que  fera-on 
donc  pour  garder  que  le  sang  ne  se 
coagule  dedans  le  corps  de  ceux  qui 
seront  tombés  de  haut  en  bas , ou 
auront  receu  coups  orbes , comme  de 
pierre  ou  de  baston , ou  de  quelque 
autre  chose  lourde  et  pesante  : ou  se 
seront  violentement  heurtés  contre 
quelque  chose  dure,  ou  par  vne 
grande  extension  , comme  ceux  les- 
quels on  tire  sur  la  gehenne , ou 
pour  extrêmement  crier,  dont  quel- 
que vaisseau  du  poulmon  se  peut 
rompre,  ou  pour  vn  coup  de  harque- 
buse,  ou  d’espée,  ou  autre  instrument 

1 On  retrouve  une  partie  du  texte  de  ce 
paragraphe  dans  l’édition  de  1579.  Voyez 
ci-devant  ta  note  2 de  la  page  481  ; mais  à 
partir  de  ces  mots:  comme  t’ay  plusieurs  fois 
veu  par  expérience,  Paré  ajoutait  : 

« Et  comme  Theuet  se  dict  auoir  expéri- 
menté en  soy  mesme  , en  ayant  quelquefois 
pris  en  Egypte , d’où  elle  vient , à la  susci- 
tation d’vn  médecin  Iuif,  mais  d’auantage 
luy  causa  plusieurs  fois  fâcheries  et  acci- 
dents, comme  douleur  et  deuoyement  d’es- 
tomach,  vomissement  et  puanteur  de  bou- 
che : pour  ces  raisons  non  seulement  ie  n’en 
ay  voulu  ordonner,  mais  ainsi  ie  conseille, 
bien  de  n’en  prendre  aucunement.  » 


483 

semblable  : et  pour  le  dire  en  vn  mot, 
toutes  choses  qui  peuuent  inciser , 
confondre  et  meurtrir,  casser,  esca- 
cher  et  rompre,  non  seulement  les 
parties  molles , mais  aussi  les  os , et 
faire  sortir  le  sang  hors  des  veines  et 
arteres,  qui  à cause  de  ce  sont  pressées, 
exprimées  , rompues  et  dilacerées  , 
dont  le  sang  tombe  dedans  les  parties 
intérieures  du  corps,  et  soutient  est 
ietté  non  seulement  par  les  playes , 
mais  par  la  verge , siégé , et  par  la 
bouche  ? Ce  que  i’ay  veu  plusieurs 
fois  : mesmes  les  parties  extérieures 
en  sont  pareillement  contusées  et 
blessées  auec  playes,  et  souuent  sans 
playe , de  sorte  que  le  cuir  demeure 
tout  entier,  mais  le  sang  est  respandu 
par  la  chair  des  muscles , et  entre 
cuir  et  chair  seulement  : dont  la  par- 
tie est  rendue  liuide  et  noire,  laquelle 
disposition  est  nommée  des  anciens 
Grecs  Ecchymosis.  En  quoy  l’on  ob- 
serue  entre  autres  choses,  que  si 
quelqu’vn  est  tombé  de  haut,  ou 
frappé  de  coup  orbe,  et  qu’il  saigne 
par  le  nez,  bouche  et  oreilles,  cela 
véritablement  demonstre  qu’il  y a 
quelque  veine  ou  artere  rompue  et 
ouuerte  dedans  la  teste,  et  souuent 
aduient  que  le  malade  meurt.  Les  si- 
gnes de  mort  sont  vomissemens , dé- 
faillance de  cœur , perdition  de  pa- 
role, déliré  ou  resuerie,  sueur  froide, 
vrine  retenue,  et  les  eicctions  sortent 
hors , ou  sont  retenues  inuolontai- 
rement. 

En  tout  cecy  faut  suiure  la  doc- 
trine des  anciens,  comme  Hippocrates 
en  la  seconde  section  des  Fractures, 
qui  dit,  qu’en  toutes  grandes  contu- 
sions il  faut  saigner  ou  purger,  ou 
faire  les  deux  ensemble , à fin  de  re- 
tirer le  sang  qu’il  ne  flue  aux  parties 
intérieures,  et  pour  l’euacuer  quand 
il  y a plénitude.  Pareillement  Galien 


DISCOVRS 


48  i 

sur  la  sentence  62.  de  la  troisième 
section  du  liure  des  Articles , que  si 
quelqu’vn  est  tombé  de  haut , en- 
core qu’il  n’eust  assez  de  sang,  si  est- 
ce  qu’il  iuy  en  faut  tirer.  Parquoy  le 
chirurgien  ne  faudra  à tirer  du  sang, 
selon  la  grandeur  du  mal,  et  pléni- 
tude et  force  du  malade. 

Ce  que  ayant  fait , on  luy  donnera 
à boire  de  l’oxycrat , par  le  comman- 
dement du  mesme  Galien  liure  5.  de 
la  Méthode , cbap.  5,  qui  a faculté  de 
refrigerer  et  restraindre  et  inciser  les 
trombus  et  caillots  de  sang,  et  garde 
qu’il  ne  se  coagule  dedans  les  parties 
tant  intérieures  qu'exterieures.  Tou- 
tesfois il  ne  faut  donner  àboireàceux 
qui  ont  vlceres  aux  poulinons  et  qui 
ont  l’estomach  plein  de  viandes  ‘.  Au 
lieu  de  1 oxycrat,  on  fera  prendre  au 
malade  de  la  rheubarbe,  qui  est  ainsi 

:Ce  paragraphe  se  retrouvait  aussi,  mais 
avec  quelques  modifications,  dans  l’édition 
de  1679;  ainsi  à la  suite  du  texte  rapporté 
dans  la  note  précédente , on  lisait  : 

« Mais  au  lieu  d’icelle  , faut  vser  des  cho- 
ses susdites  (susdites  au  livre  des  contusions), 
et  donner  à boire  de  l’oxycrat,  qui  a faculté 
de  refrigerer,  restreindre  et  inciser.  La  ré- 
frigération despend  de  l’eau,  et  pour  ceste 
cause,  Gai.  au  liu.  6.  de  la  melh.  chap.  6, 
l’ordonne  à boire  et  à appliquer  par  dehors. 
L’astriction  et  incision  procédé  du  vinaigre, 
lequel  mesme  sert  de  véhiculé  à l’eau, 
pour  la  faire  pénétrer,  et  par  sa  tenuité  et 
faculté  incisiue,  discute  et  dissipe  les  trom- 
bus de  sang,  et  garde  qu’il  ne  se  coagule  de- 
dans les  parties  intérieures  et  extérieures  du 
corps.  Toutesfois  il  faut  noter  qu’y  ne  faut 
donner  à boire  ledit  oxycrat  à ceux  qui  ont 
vlcere  aux  poulmons,  et  à ceux  qui  ont  l’es- 
tomach  remply  de  viandes  (ce  que  i’ay  fait 
plusieurs  fois  auec  vne  bonne  et  heureuse 
issue),  o 

Cette  dernière  parenthèse  n’est  pas  bien 
logiquement  placée;  mais  tel  est  le  texte. 
Du  reste,  là  flnillc  chapitre  de  1579. 


ordonnée  par  Rhasis  et  Mesué,  comme 
s’ensuit  : 

7f.  Rheubarbari  elccti  puluerisati  3.  j. 

Aquæ  rubiæ  maioris  et  plantaginis  ana 
3 • j- 

Theriacæ  3.  G . 

Syrupi  de  rosis  siccis  § . G . 

Fiat  potus. 

Lequel  sera  donné  tout  aussi  tost 
que  le  malade  sera  tombé , et  sera 
réitéré  par  trois  matins,  s’il  est  neces- 
saire. Autres  l’ordonnent  en  ceste  fa- 
çon : 

24.  Radicum  gentianæ  § . iij. 

Rulliant  in  oxycrato,  in  quo  dissolulio  rheu- 

barbari^clecti  3.  j.  Fiat  potio. 

D’auantage  l’eau  de  noix  vertes  ti- 
rée par  l’alambic  est  aussi  fort  louée, 
donnée  à boire  la  quantité  d’vne  ou 
deux  onces,  qui  a grandissime  vertu 
de  dissoudre  le  sang  caillé  tombé 
dedans  le  corps,  ce  que  i’ay  dit  cy 
dessus.  Qu’à  la  mienne  volonté,  les 
Apoticaires  fussent  autant  curieux 
d’en  estre  fournis,  comme  ils  ont  esté 
et  sont  encore  d’auoir  de  la  Mumie, 
et  qu’ils  la  vendissent  au  quadruple  , 
ce  seroit  le  mieux  pour  les  malades. 
Et  i’espere  qu’aprés  auoir  entendu 
par  cest  escrit  la  bonne  drogue  que 
c’est  que  la  Mumie,  ils  n’en  vou- 
droient  tenir  à leurs  boutiques,  ny 
la  plus  vendre  qu’aux  pescheurs  pour 
prendre  les  poissons. 

Mais  pour  retourner  à noslre  pro- 
pos, après  auoir  baillé  au  malade  les 
potions  susdites,  il  le  faut  enuelopper 
dedans  la  peau  d’vn  mouton  ou  d’vn 
veau  fraîchement  escorché,  sur  la- 
quelle sera  aspergé  et  espandu  de  la 
poudre  de  myrlhe  : puis  le  poser  de- 
dans vn  lit  chaudement,  où  il  sera 
bien  couuert , et  suera  tout  à son 


DE  LA  MVMIE. 


aise,  sans  toulesfois  dormir  de  quatre 
ou  de  cinq  heures , à fin  que  le  sang 
ne  se  relire  au  dedans  du  corps  : et 
le  lendemain  on  luy  ostera  la  peau  , 
et  sera  oint  de  ce  Uniment,  lequel  a 
puissance  de  seder  la  douleur  et  ré- 
soudre le  sang  meurtri. 

7f.  Vnguenti  de  alth.  g . vj. 

Olei  lumbricorum , camomillæ  et  ane- 
thi  ana  § . ij. 

Terebenthinæ  Venetæ  g . iij. 

Farinæ  fœnugræci.et  rosarum  rubrarum, 
myrtillorum  puluerisatorum ana  g.j. 
Fiat  linimentum. 

Et  si  c’est  quelque  homme  qui  ne 
puisse  auoir  telles  commodités , il  le 
faut  mettre  dedans  du  tien  : mais 
premièrement  dessus  vn  peu  de  foin, 
ou  paille  blanche  , puis  l’enuelopper 
en  vn  drap,  et  le  couurir  dudit  lien 
iusques  à la  gorge,  et  l’y  faire  tenir 
tant  qu’il  ait  bien  sué. 

D'auantage  faut  que  les  malades 
tiennent  bon  régime  de  viure,  et  ne 
boire  vin  de  sept  iours,  ains  seule- 
ment de  l’hydromel , ou  oxymel,ou 
hypocras  d’eau.  Et  si  le  mal  est 
grand,  de  sorte  que  le  malade  fust 
tant  meurtri  qu’il  ne  peusl  remuer 
les  membres,  on  luy  donnera  vne 
potion  sudorifique,  et  le  baignera-on 
en  eau  où  on  aura  fait  bouillir  her- 
bes neruales  , et  principalement  les 
semences  que  l’on  trouue  sous  le 
foin , qui  ont  grande  vertu  de  dissou- 
dre le  sang  meurtri,  tant  des  parties 
intérieures  qu’exterieures.  Toutes- 
fois  s’il  y auoit  fiéure,  ne  le  faudroit 
mettre  au  bain , et  serois  d’aduis 
qu’on  appellast  vn  docte  médecin. 

Or  après  auoir  discouru  sommaire- 
ment des  remedes  pour  garder  que 
le  sang  ne  se  congele,  caillebolte  et 
pourrisse  dedans  les  parties  inte- 


485 

Heures  du  corps , nous  traiterons  à 
présent  des  contusions  et  meurtris- 
seures  qui  se  font  aux  parties  exté- 
rieures, quelquesfois  auec  playe,  au- 
tresfois  sans  playe  , en  sorte  que  le 
cuir  demeure  tout  entier,  mais  le 
sang  est  respandu  par  les  muscles  et 
entre  cuir  et  chair  seulement  : la- 
quelle indisposition  a esté  nommée 
des  anciens  Ecchymose. 


CHAPITRE  IX. 

Il  faut  diuersifier  les  remedes  se- 
lon les  parties  blessées.  Au  commen- 
cement on  doit  vser  de  remedes 
froids  et  astringens,  à fin  que  le  sang 
ne  tombe  sur  les  parties  offensées,  et 
resserrer  les  veines  et  a itérés  pour  em- 
pescher  la  fluxion,  comme  cestuy-cy. 

Prenez  onguent  de  bolo:  blanc  d'oeuf,  huile 
rosat  et  de  myrlhe,  poudre  de  mastic, 
alun  cuit. 

Autre  que  i’ay  en  vsage  ordinairement. 

if.  Alburnina  ouor.  numéro  tria. 

Olei  myrlill.  et  rosarum  ana  g.j. 

Nucum  cupressi , et  gallarum  puluerisa- 
tarum,  aluminis  vsti  ana  g.  ij. 
Incorporentur  simul  , addendo  aceti  parurn. 
Fiat  vnguentum. 

Après  auoir  vsé  suffisamment  de 
repercussifs , on  vsera  de  fomenta- 
tions, emplastres  et  cataplasmes  ré- 
solutifs. 

Exemple. 

Prenez  de  la  boue  de  vache,  lie  de  vin  , son 
de  froment,  térébenthine  commune, 
beurre  frais  : et  soit  fait  calaplasme  , y 
adioustant  de  l’eau  de  vie  et  vn  peu 
de  vinaigre. 


DISCOVRS 


480 

Ce  cataplasme  est  propre  à résou- 
dre quelque  grande  meurtrisseure 
sur  les  bras  et  iambes  des  pauures 
gens. 

Aux  riches  on  vsera  de  ces  emplas- 
tres,  qui  ont  esté  de  long  temps  or- 
données pour  les  Roys,  Princes,  et 
grands  Seigneurs  allans  à la  chasse. 
Lors  qu’ils  tomboient  de  cheual,  ou 
se  beurtoient , les  chirurgiens  appli- 
quoient  cest  emplastre  au  commen- 
cement *. 

2f.  Boli armeni,  terræ sigillatæ ana  §.j.  G. 
Rosarum  rubrarum,  myrtill.  ana  3.  vj. 
Nucis  cupressi  3.  ij. 

Omnium  sandalorum  ana  5.  j. 

Nucis  moscatæ3.  fi. 

Mastichis,  styracis  calamitæ  ana3.j.  6. 
Ceræ  nouæ  § . vj. 

Picis  naualis  g . ij. 

Terebenlhinæ  Venetæ,  quantum  sufficit. 
Fiat  emplastrum. 

Et  quand  il  estoit  besoin  de  résou- 
dre d’auantage , on  vsoit  de  ces- 
tuy-cy. 

2£.  Styracis  calamitæ,  labdani,  benjoin, 
ana  3.  iij. 

Mastichis,  ireos  Florentiæ,  baccarum 
lauri , cinamomi,  cariophylli,  calami 
aromatici  ana  3.  j. 

Ligni  aloës,  florum  camomillæ,  lauan- 
dulæ,  nucis  moscatæ,  ana 5.  G. 

Moschi  3.  j. 

Ceræ  nouæ  § . vj. 

Resinæ  § . ij. 

Terebenthinæ Yenetæ  g.iij. 

Olei  rosarum  quantum  suflicit. 

Fiat  emplastrum. 

1 La  première  édition  avertit  en  marge 
que  ces  formules  se  retrouvent  auparavant 
au  chap.  4 du  livre  des  contusions.  La  re- 
marque est  juste;  mais  toutes  les  éditions 
ayant  conservé  ce  double  emploi,  je  n’ai  pas 
cru  devoir  en  rien  retrancher. 


S’il  aduient  qu’on  soit  blessé  au  vi- 
sage , et  que  l’on  ait  les  yeux  (comme 
l’on  dit)  pochés  au  beurre  noir,  faut 
subit  prendre  vn  mouchoir  trempé  en 
eau  froide  et  vinaigre  , et  en  bassiner 
la  partie.  Ce  pendant  on  aura  blancs 
d’œufs  battus  en  eau  rose, pour  les 
appliquer  dedans  et  autour  des  yeux, 
et  parties  proches.  Et  subit  que  tel 
remede  sera  sec,  on  y en  remettra 
d’autre  : et  après,  du  sang  de  pigeon 
ou  d’autre  volaille,  qui  ont  faculté 
de  seder  la  douleur,  et  résoudre  le 
sang  meurtri  des  yeux. 

Aussi  on  fera  vne  fomentation  de 
sauge,  thim,  rosmarin.  marjolaine, 
bouillies  en  eau  et  vin.  D’auantage 
on  peut  prendre  de  l’aluyne  hachée, 
et  posée  sur  vne  pelle  chaude,  et 
l’appliquer  dessus  entre  deux  linges. 
La  farine  de  feues  cuitte  en  oxymel 
y est  aussi  bien  propre.  Quant  aux 
emplastres  de  diachylon  ireatum  , de 
melüolo  oxycroccum,  elles  sont  pa- 
reillement resoluliues  : mais  sur  tous 
autres  remedes  (pourueu  qu'il  n’y 
ait  ny  douleur  ny  chaleur)  la  racine 
de  sigillum  beatœ  Mariæ  appliquée 
par  rouelles,  ou  ratissée,  discute  et 
resoult  le  sang  meurtri , comme  chose 
miraculeuse. 

Que  si  l’on  s’estoit  heurté  des 
doigts  contre  quelque  chose  dure,  ou 
receu  quelque  coup,  ou  pressé,  ou 
escaché  les  ongles,  qui  sont  en  dan- 
ger de  tomber,  ou  marqués  de  noir- 
ceur à raison  du  sang  qui  est  tlué 
dessous  : cela  aduenant,  tout  subit 
on  prendra  vn  linge  trempé  en  vi- 
naigre froid,  et  estraindra  le  doigt 
blessé  de  l’autre  main,  le  plus  fort 
que  l’on  le  pourra  endurer,  à tin  de 
reprimer  la  fluxion  : et  pour  seder  la 
douleur,  on  mettra  dessus  vn  cata- 
plasme fait  de  fueilles  d’ozeille  cuit- 
tes  sous  les  cendres  chaudes,  puis 


DE  LA  MVM1E. 


pilées  auec  onguent  rosat  ou  beurre 
frais.  Et  pour  résoudre  le  sang  ja  de- 
flué,  on  y appliquera  cataplasmes 
faits  de  crottes  de  chéures,  incorporé 
auec  poudre  de  soulpbre,  et  vn  peu 
d’eau  de  vie.  La  cure  sera  parache- 
uée  selon  que  l’on  verra  estre  de  be- 
soin. D’auantage  si  par  vne  grande 
contusion  et  meurtrisseure  suruient 
quelquesfois  gangrené  et  mortifica- 
tion, qui  se  connoist  quand  la  partie 
dénient  fort  liuide  et  noire,  iusques 
à sembler  que  sa  chaleur  est  presque 
suffoquée  et  estainte  pour  la  grande 
concrétion  du  sang  deflué  en  la  partie, 
qui  empescbe  que  les  esprits  ne  peu- 
uent  paruenir  pour  l’entretenir  en 
son  estre  : alors  il  faut  vser  de  scari- 
fications superficielles  ou  profondes, 
et  appliquer  des  ventouses,  pour 
faire  attraction  et  vacuation  du  sang 
espandu  hors  des  veines  : et  s’il  n’y 
auoit  totale  mortification , conuien- 
droit  faire  amputation  de  ce  qui  se- 
roit  rnort. 

Si  quelqu’vn  a sauté  et  tombé  sur 
le  talon  de  haut,  à plomb  sur  quelque 
chose  dure,  et  par  la  contusion  le 
sang  sort  hors  de  ses  veines,  dont  il 
suruint  grande  douleur,  puis  tu- 
meur, et  après  il  se  noircist , et  se 
fige,  puis  se  pourrit.  La  douleur  vient 
pour  la  contusion  qui  s’est  faite  à l’a- 
poneurose  du  gros  tendon  composé 
des  trois,  muscles  du  pommeau  de  la 
iambe,  qui  s’implante  sous  le  talon, 
et  sus  toute  la  solle  du  pied , et  des 
nerfs  qui  sont  en  ces  parties  là  : à 
quelques-vns  leur  suruient  fiéure, 
spasme  et  autres  cruels  accidens  : 
ce  que  ie  certifie  auoir  veu  aduenir. 
Partant  il  y faut  obuier  tant  que 
possible  sera,  en  faisant  la  saignée 
au  bras  du  costé  malade  : puis  faire 
vacuation  du  sang  meurtri,  à sça- 
uoir  en  coupant  la  peau  de  dessous  le 


487 

talon  pour  luy  donner  transpiration, 
de  peur  qu’il  ne  se  pourrisse,  et  qu’il 
ne  face  aposteme  et  gangrené.  Et  si 
la  peau  esloitdure,  comme  elle  est 
ordinairement , il  est  besoin,  aupara- 
uant  que  la  couper,  faire  des  fomen- 
tations d’eau  chaude  et  huile  assez 
longuement  : puis  y appliquer  dessus 
du  cerat  et  autres  remedes  : la  mus- 
cosité  des  limaçons,  auec  poudre  d’en- 
cens, aloës  et  myrrhe,  seichent  à mer- 
ueille  le  sang  meurtri  : faisant  le 
bandage  comme  l’on  a accoustumé 
aux  fractures,  commençant  sur  le  ta- 
lon, à fin  de  chasser  le  sang  loing 
de  la  contusion , et  situant  le  pied 
plus  haut  que  le  reste  du  corps  : et 
les  guarissent  en  soixante  iours  , s’ils 
se  tiennent  en  repos  sans  nullement 
marcher.  Hippocrates  dit  que  si  l’os 
du  talon  vient  carieux,  la  maladie 
dure  vn  siecle,  c’est  à dire  de  la 
vie  de  l’homme  : et  que  le  ma- 
lade ne  doit  boire  vin , ains  en  lieu 
d’iceluy , de  l’hydromel , et  non  oxy- 
mel  : car  lors  que  les  nerfs  sont  offen- 
sés, le  vinaigre  leur  est  du  tout  con- 
traire L Pareillement  pour  quelque 
coup  orbe , ou  s’entorser  pour  quel- 
que mesmarcheure  ou  entorsure,  que 
les  os  peuuent  sortir  de  leurs  places, 
et  se  rompre , fendre  et  esclatter  , et 
enfoncent  quelquesfois  iusques  à la 
moelle  : et  selon  les  différences  faut 
diuersifier  la  cure.  Et  sommairement 
pour  ce  faire,  faut  tenir, pousser,  es- 
leuer,  situer , bander  et  lier  la  par- 
tie, et  la  tenir  en  repos  : toutes  les- 
quelles choses  trouueras  amplement 
escrites  en  l’onzième , quatorzième 
et  quinziéme  liures  de  mes  OEuures  2. 

1 Hippocrates,  auliure  des  Articles. — A.  P. 

2 Ce  sont  les  livres  des  Contusions,' des  Ban- 
dages, et  des  Fractures , les  10e,  12e  et  13e  de 
l’édition  actuelle. 


mscovRs 


488 


Le  douzième  iour  de  mars  1582  , vu 
Genliiliomme  de  la  suitte  de  Mon- 
sieur le  Mareschal  de  Biron,  nommé 
Bernault  de  l’Estelle,  seigneur  dudit 
lieu  , ioüantà  l’escrime  au  logis  dudit 
Mareschal,  eut  vne  playe  contuse 
dans  l’œil  senestre  , trauersant  de 
l’autre  part  prés  la  quatrième  verte 
bre  du  col,  icelle  faite  d’vue  espée 
rabbatue,  au  bout  de  laquelle  yauoit 
vn  boulon  rond  et  plat  de  grosseur 
d’vn  bon  pouce , qui  fut  donné  par  vn 
Gentilhomme  du  pays  de  Quercy  , 
nommé  le  Baron  du  Bouluet.  Toutes- 
fois  ledit  coup  n’auoit  passé  tout  ou- 
tre de  l'autre  part,  ne  rompu  entiè- 
rement le  cuir , mais  y estoit  demeuré 
vne  petite  tumeur  liuide  el  noire , de 
la  grosseur  d’vne  auelaine  : d’abon- 
dant toute  la  leste  et  le  col  luy  enflè- 
rent , ne  la  pouuant  tourner  , pour  le 
sang  qui  estoit  respandu  entre  les 
muscles  du  col  : aussi  ledit  Seigneur 
ietta  le  sang  par  le  nez  et  par  la  bou- 
che, et  fut  fort  eslonné  dudit  coup. 
Et  ne  veux,  oublier  que  ledit  Seigneur 
Baron , homme  fort  et  puissant,  ayant 
blessé  ledit  Bernault,  aussi  tost  qu’il 
eut  donné  le  coup,  voulant  retirer 
l’espéc , ne  le  peut  qu’à  grande  diffi- 
culté, et  s’efforça  par  deux  diuer 
ses  fois  auparauant  que  de  la  r’auoir, 
à cause  que  les  os  de  l’orbite  de  l’œil 
auoient  esté  rompus  et  enfoncés  au 
dedans  par  la  grande  violence  du 
coup.  Mondil  Seigneur  le  Mareschal 
m’enuoya  prier  d’aller  en  sa  maison 
pour  penser  ledit  blessé  : où  estant 
arriué,  le  me  recommanda  d’autant 
bonne  affection  que  si  c’eust  esté  vn 
de  ses  propres  enfans.  Adonc  ie  luy  fis 
promesse  queie  le  solliciterois comme 
si  c’estoit  sa  personne.  L’ayant  veu  , 
ie  fus  d’auis  auec Paradis,  Chirurgien 
de  mondit  seigneur  le  Mareschal , et 


Solin  Crinel , chirurgien  des  bandes 
Françoises  (hommes  bien  entendus 
en  la  Chirurgie,  pour  leurs  grandes 
et  longues  expériences,  qui  le  sollici- 
tèrent auec  moy  iusques  à ce  qu’il 
fut  du  tout  guari  ) qu’il  fust  saigné  de 
la  veine  céphalique,  du  costé  de  la 
blesseure  : et  en  l’œil  fut  appliquédu 
sang  de  pigeon  ( qui  est  vn  vray  bau- 
me des  yeux)  et  aux  parties  voisines 
blancs  d’œufs  battus  en  eau  rose  et 
plantain  , et  sur  toute  la  teste  luy  fut 
faite  vne  embrocation  d’oxyrrhodi- 
num  : puisluyful  appliqué  vn  emplas- 
trediachalciteos  (après  luy  auoir  osté 
le  poil)  dissout  en  huile  rosat  et  vinai- 
gre, pour  euiter  l’inflammation  des 
parties  intérieures  du  cerueau.  Il  luy 
fut  semblablement  fait  ouuerture  à 
l’endroit  où  le  bout  de  l’espée  n’auoit 
passé  outre,  de  laquelle  en  sortit 
bonne  quantité  de  sang  noir  et  cail- 
lebotté,  et  fu  t tenue  ouuerte  tant  que 
nous  vismes  la  teste  et  le  col  tout 
desenflés  : et  les  accidens  passés,  nous 
luy  Gsmes  plusieurs  autres  choses 
que  ie  laisse  à cause  de  briefueté. 

le  ne  veux  passer  sous  silence  que 
messieurs  Pigray , Coinleret , Le  Fort, 
Dioniau,  Viard,  et  Nicolas  Marc,  et 
plusieurs  autres , tant  Médecins  que 
Chirurgiens,  vindrent  voir  penser 
ceste  blesseure,  sans  perdre  la  veuë , 
qui  est  véritablement  chose  admira- 
ble. Il  fut  guari,  grâces  à Dieu,  en 
vingt-quatreiours,et  ce  sans  que  nul- 
le portion  d’os  en  fust  sortie,  qui  est 
encor  plus  esmerueillable.  Que  si 
quelqu’vn  demande  comment  cela 
s’est  peu  faire:  ie  luy  respondray, 
que  peut  estre  les  os  de  l’orbite  qui 
auoient  esté  poussés  au  dedans , peu- 
rent  aussi  estre  réduits  en  leur  lieu  , 
retirant  l’espée  au  dehors. 


DK  LA.  MVMIE 


CHAPITRE  X. 

Le  septième  iour  de  Juin  mil  cinq 
cens  quatre  vingts  et  deux,  le  fils  de 
Malhurin  le  Beau,  marchant  bonne- 
tier , demeurant  rue  S.  Denys  , à l’en- 
seigne de  la  Couronne  d’argent,  aagé 
de  vingt-six  mois  , estant  au  milieu 
de  la  rue,  vne  coche  chargée  de 
cinq  Genlils-hommes,  la  roue  de  do- 
uant passa  au  trauers  du  corps  dudit 
enfant.  Le  peuple  criant  au  cocher 
qu’il  arrestast  ses  cheuaux , les  fil 
reculer  en  arriéré,  et  la  roue  repassa 
encore  vne  fois  par  dessus  le  corps 
de  l’enfant.  Il  fut  porté  en  la  maison 
de  son  pere , et  pensoit-on  qu’il  fust 
mort,  et  tout  euentré.  Subit  ie  fus 
enuoyé  quérir  pour  penser  ledit  en- 
fant : lequel  ie  reuisitay  bien  exacte- 
ment, et  pe  trouuay  aucune  fracture 
ny  luxation  en  aucun  endroit  de  son 
corps.  Tout  à l'heure  i’enuoye  quérir 
à la  porte  de  Paris  vn  mouton  que  ie 
fis  escorcher  : et  après  auoir  frotté 
le  corps  dudit  enfant  d’huile  rosat 
et  de  myrtille,  ie  l’enueloppay  nud 
en  la  peau  dudit  mouton  tout  chau- 
dement : puis  luy  fis  boire  de  l’oxy- 
crat  en  lieu  de  Mu  mie  , pour  garder 
que  le  sang  ne  se  caillebottast  et  fi- 
geast  dedans  le  corps.  D’abondant 
iedis  à lamere,  qu’elle  le  gardast 
de  dormir  le  plus  qu’elle  pourroit  , 
pourle  moinsquatreou  cinq  heures1, 
à fin  que  le  sang  ne  courust pas  tant 
aux  parties  intérieures  du  corps  (ce 
qu  (die  fit).  En  outre  ie  luy  appliquay 
des  fomentations  d’herbes  reso’ uti- 
les, et  emplastres  propres  aux  contu- 


4^9 

sions,  pour  résoudre  lesang  meurtri. 
Trois  ou  quatre  iours  après,  apper- 
ceuantque  ledit  enfant  ne  se  pouuoit 
tenir  debout , et  moins  cheminer , ie 
fis  appeler  monsieur  Pielre,  Docteur 
Regent  en  la  Faculté  de  médecine, 
homme  d’excellent  sçanoir,  qui  luy 
ordonna  quelque  petite  médecine, 
parce  qu’il  auoit  le  ventre  fort  con- 
stipé : et  craignant  que  la  rétention 
desexc.emens  ne  procedast  pour  la 
lésion  de  l’espineet  les  nerfs  qui  las- 
chent  et  estraignent  les  excremens  : 
comme  ainsi  soit  que  les  malades  qui 
ont  fracture  ou  luxation  aux  vertè- 
bres , souuenl  laissent  aller  leurs  ex- 
cremens inuolontairemenl.aulresfois 
sont  retenus  sans  les  pouuoir  ielter 
dehors,  ce  que  i’ay  veu  plusieurs 
fois  : ioint  aussi  que  par  vne  grande 
contusion  les  costes  se  peuuent  sépa- 
rer desvertebi  es,  où  elles  sont  ioinles  : 
pareillement  le  defaut  de  se  souste- 
nir  et  mai  cher  me  faisant  craindre 
que  ie  n’eusse  trouue  le  vice  par  la 
veué  et  au  toucher , sçaehant  que 
deux  yeux  voyent  plus  qu’vu  , ie  fis 
semblablement  appeller  Iean  Coin- 
teret, et  Iaçques  Guillemeau,  Chirur- 
giens du  Roy,  autant  bien  entendus 
en  la  chirurgie  qu’il  y en  ait  à Paris  : 
où  estans  arriués  visitèrent  ledit  en- 
fant, sur  lequel  ne  trouuerenl  au- 
cune fracture  ne  luxation.  Ainsi 
poursuiuanl  la  cure  iusqucsà  la  fin, 
est  du  tout  guari . grâces  à Dit  u , et 
chemine  comme  il  laisoit  auparauant 
qu’il  fust  blessé. 

Et  si  l’on  demande  comment  la 
roué  de  la  coche  chargée  de  cinq 
hommes  puisse  auoir  passé  au  trauers 
du  corps  de  l’enfant,  sans  auoir 
rompu  les  costes  et  verlebres  : ie  res- 
pondray  que  les  costes,  et  princi- 
palement les  fausses,  sont  cartila- 
gineuses et  mollasses,  nommément 


1 Bon  adiierti.isemeiu.  — A.  P. 


DISCOVES  DE  LA  MVMIE. 


490 

aux  jeunes  enfans,  et  partant  se  peu- 
uent  grandement  ployer  sans  estre 
rompues.  Ceste  présente  histoire  pour- 
ra encore  seruir  au  ieune  Chirur- 
gien , pour  faire  le  semblable,  ou 
mieux  s’il  peut,  à l’endroit  de  telles 
blessures. 

Voila  comme  les  anciens  Médecins 
commandent  de  traiter  ceux  qui  sont 
tombés  de  haut , ou  ont  esté  frappés, 


contus  et  meurtris,  pour  obuier  que 
le  sang  ne  se  coagule,  ou  caillebotte, 
ou  se  pourrisse,  tant  aux  parties 
intérieures  qu’exterieures  : lesquels 
n’ont  iamais  parlé,  ny  ordonné  à man- 
ger ny  à boire  de  la  Mumie , et  cbair 
des  corps  morts.  Partant  nous  la  ren- 
uoyerons  en  Egypte  , comme  nous 
ferons  de  la  Licorne  aux  deserts  inac- 
cessibles. 


DISCOVRS 


DE  LA  LICORNE  l. 


CHAPITRE  I. 

INTRODVCTION  DE  L’AVTHEVR  : DESCRIp) 
TION  DE  LA  LICORNE. 

Parce  que  plusieurs  s’estiment  bien 
asseurés  et  munis  contre  la  peste,  et 
toutes  sortes  de  poisons  et  venins , 

I J’ai  déjà  dit  plus  haut  (voyez  pages  284  et 
349)  que  l’édition  de  1579  contenait  à lafindu 
livre  des  Venins  un  chapitre  isolé  intitulé  : 
Discours  de  la  Licorne,  qui  était  comme  la 
première  ébauche  de  celui-ci.  On  en  re- 
trouve en  effet  le  texte  éparpillé  dans  di- 
vers chapitres,  où  j’aurai  soin  de  le  signa- 
ler dans  mes  notes.  Quant  au  texte  actuel , 
il  est  presque  absolument  resté  dans  les 
grandes  éditions  tel  qu’il  avait  paru  dans 
l’édition  particulière  de  1582;  seulement  il 
convient  de  dire  que  quelques  chapitres  ont 
été  empruntés  au  livre  des  Monstres  de  1579, 
commeje  le  noterai  en  temps  et  lieu.  Voyez 
d’ailleurs  l’appendice  des  Monstres  marins, 
terrestres  et  volatiles , à la  lin  de  ce  volume. 

II  reste  à ajouter  un  mot  touchant  les  fi- 
gures que  j’ai  supprimées.  Elles  étaient  au 
nombre  de  dix,  savoir  : le  Camphur,  Y Elé- 
phant , le  Rhinocéros , le  combat  du  Rhinocé- 
ros contre  V Eléphant,  le  Taureau  de  la  Flo- 
ride, le  Pirassoipi,  V Eléphant  de  mer,  le 
poisson  Caspilly,\e  poisson  Vlelif,  le  poisson 
ayant  la  teste  d'vn  porc  sanglier;  dont  sept 
avaient  été  empruntées  au  livre  des  Mons- 
tres de  1572  et  1579.  J’ai  essayé  du  moins  de 
garder  les  titres  que  Paré  donnait  à ces 


par  le  moyen  de  la  corne  de  Licorne 
ou  Monoceros,  prise  en  poudre  ou  en 
infusion  : i’ay  pensé  faire  chose  ag- 
greable  et  profitable  au  public,  si 
par  ce  discours  i’examine  ceste  opi- 
nion tant  inueterée2,  et  toutesfois 
fort  incertaine. 

Premièrement  on  entend  par  ce 

figures,  en  les  érigeant  en  titres  de  chapi- 
tres, et  pour  d’autres  chapitres  je  me  suis 
servi  dans  le  même  but  de  certaines  notes 
marginales.  Il  faut  donc  savoir  que  dans 
les  anciennes  éditions  il  n’y  avait  pas  de  ti- 
tres de  chapitres,  mais  que  ceux  qu’on  trou- 
vera dans  celle-ci  sont  bien  du  texte  de  Pa- 
ré; à ce  point  que  quand  les  notes  margi- 
nales m’ont  manqué,  je  n’ai  pas  voulu  y 
suppléer. 

2 Ce  premier  paragraphe  est  copié  jus- 
qu’ici textuellement  du  chapitre  de  1579; 
mais  celui-ci  ajoutait  ce  qui  suit,  qui  s’é- 
carte assez  de  la  rédaction  actuelle. 

« Quoy  faisant  nous  nous  proposerons  trois 
principaux  poincls,  auccques  (il  faut  sans 
doute  suppléer  lesquels ) nous  rapporterons 
toutes  noz  recerches.  Le  premier  sera  de  la 
signification  du  mot  de  Licorne,  (il  faut  en- 
core ici  suppléer  le  second , ) sçauoir  si  c’est 
chose  qui  soit  vrayement  en  nature,  ou  seu- 
lement ymaginee  : c’est-à-dire  s’il  y a quel- 
que beste  du  nom  de  Licorne.  La  troisiesme 
si  la  corne  d’icelle  peut  auoirquelque  vertu 
et  propriété  contre  les  venins. 

» Or  quant  au  premier,  le  mot  de  Licorne 
ne  signifie  autre  chose  que  beste  à vne 


DISCOVRS 


4g2 

mot  de  Licorne,  vne  beste  naissante 
en  fort  lointain  pays,  ayant  vne  seule 
corne  au  front,  qui  est  prise  comme 
chose  miraculeuse  contre  Ions  ve- 
nins,et  fort  estimée  des  Rois,  Princes, 
et  grands  Seigneurs , et  mesme  du 
vulgaire.  Les  Grecs  l’appellent  Mono- 
Ct-ros,  et  les  Latins  Vnicornis.  Et  de 
pouuoir  dire  et  asseurer  à la  vérité 
quelle  est  ceste  beste,  il  est  fort  diffi- 
cile, mesme  que  aucuns  doutent  que 
ce  ne  soit  vne  chose  fausse,  et  con- 
trouuée  par  le  vulgaire,  laquelle 
auec  le  temps  soit  venue  en  opinion  : 
et  que  quelqu’vn  en  peut  auoir  es- 
cril,  soit  par  simplicité  ou  délecta- 
tion . voulant  emplir  ses  liures  de 
choses  merueilleuses  et  extrauagan 
tes,  se  souciant  bien  peu  si  elles  es- 
loient  vrayes  ou  fausses.  De  fait , la 
description  de  ladite  Licorne  porte 
auec  soy  vne  doute  manifeste,  veu 
que  les  vns  disent  que  c'est  vne  beste 
inconneuë  et  estrange,  et  qu’elle  naist 
aux  Indes,  les  autres  en  Æthiopie, 
d’autres  és  terres  Neufues,  les  autres 
és  deserts  : dont  on  peut  coniecturer 

corne,  comme  si  on  vouloit  dire  vnicorne  : 
car  mesmes  les  Latins  ont  appellé  ceste  sorte 
de  beslc  vnicornis , et  les  Grecs  Monoceros , 
conformant  au  mot  latin  et  François. 

■>  Et  quant  au  second  , il  me  semble  , sauf 
meilleur  jugement,  que  la  Licorne  est  plus- 
tost  chose  imaginée  , que  vraye  et  natu- 
relle : mes  raisons  sont  qu'il  ne  se  trouue 
auiourd’huy  homme  qui  ayant  voyagé  et 
reeerché  curieusement  tout  le  monde,  se 
vante  en  auoir  veu.  Mesmes  les  Romains 
apres  auoir  su  biugué  toutes  les  nations,  cu- 
rieux des  choses  rares,  s’ils  eussent  ouy  par- 
ler de  ceste  beste,  ils  en  eussent  bien  recou- 
uert  et  mis  en  leurs  monnoye  et  médaillés , 
comme  ils  ont  fait  des  Crocodiles,  Elcphans, 
aigles,  Panthères,  lions,  tigres,  et  autres 
estranges  animaux.  » 

On  retrouvera  ce  dernier  argument  re- 
produit et  amplifié  au  chap.  3. 


(comme  dit  André  Marin , Médecin 
tres-docte  de  Venise,  au  bure  qu’il  a 
fait  de  la  fausse  opinion  de  la  Licorne  ') 
que  ce  peu  de  eonnoissance  que  l’on 
en  a eu  iusques  à présent  en  nostre 
Europe,  comme d’vne  chose  estrange, 
a esté  donnée  par  gens  Barbares,  les- 
quels, comme  il  appert,  n'ont  peu 
dire  autre  chose  sinon  qu’elle  naist 
és  deserts  , et  qu’elle  est  solitaire  , et 
liante  les  lieux  inaccessibles,  et  par- 
tant que  c’est  vne  chose  qui  se  voit 
fort  rarement.  Qui  demonstre  assez 
que  ces  gens  là  n’en  sçauent  rien  au 
vray  , et  qu’ils  n’en  parlent  que  pat- 
opinion  et  par  oiiyr  dire. 


CHAPITRE  II. 

VARIÉTÉS  D’OPINIONS  TOVCHANT  LA  DES- 
CRIPTION DE  LA  LICORNE. 

D’auanlage  les  autheurs  qui  en 
ontescritdu  commencement  estoient 
fort  peu  renommés,  et  n’en  faisoit-on 

1 L’édition  de  1582  portait:  ( comme  dit 
stndré  Baccy , Médecin  1res  docte  , en  son  ti- 
are De  lu  nature  de  la  Licorne ).  Au  chap.  14, 
Paré  dit  qu’André  Baccy  était  de  Florence; 
puis , dans  sa  Répliqué  ( voyez  à la  fin  de  ce 
Discours),  il  dit  également  que  Marin  était 
de  Florence,  en  sorte  qu’il  semble  les  pren- 
dre l’un  pour  l’autre  et  en  parler  confusé- 
ment. Il  est  essentiel  de  rétablir  les  faits. 
André  Baccy,  qui  n’était  point  de  Florence, 
mais  de  Milan  , avait  publié  à Rome,  vers 
15(i0  ( la  date  est  incertaine),  un  ouvrage  in- 
titulé : Discorso  ilell’ulicorno , délia  naturel 
dell’alicorno , etdelle  sue  eccellentissime  virtù. 
Ce  livre  fut  traduit  en  latin,  disent  les  bi- 
bliographes, par  André  Marin,  ou  Marini, 
et  la  traduction  publiée  à Venise  en  1 666. 
Je  n’ai  point  vu  cette  traduction;  mais, 
d’après  le  texte  de  Paré,  il  faut  bien  croire 
que  Marin  ne  s’était  point  contenté  de  Ira- 


DE  I.A.  LlCOlUNE. 


pas  grand  cas.  Car  le  premier  qui  en 
a escril  (comme  on  peut  voir  en  Pline 
au  liure  8.  clia  21.)  fut  Ctesias,  du- 
quel Aristote,  en  son  liure  8.  de  son 
Listoire  des  Animaux,  chapitre  28., 
parle  comme  d’vn  autheur  peu 
croyable.  Or  louchant  Ælian,  il  sem- 
ble qu'il  en  doit  auoir  parlé  à la  vé- 
rité, comme  ne  faisant  profession  que 
de  parler  des  animaux  : et  toutcsfois 
l’on  voit  qu'il  est  en  doute,  en  parlant 
lousiours  en  ces  termes  : on  dit,  iis 
disent , on  entend.  Et  ce  parce  que 
tous  les  autheurs  qui  en  ont  escrit 
iusques  à présent,  en  ont  tous  parlé 
diuersement.  De  fait , que  comme  ils 
sont  differens  en  la  description  des 
lieux  où  naist  ladite  Licorne , ainsi 
sont  ils  de  la  forme  d’icelle.  Les  vns 
disent  qu’elle  ressemble  à vn  cheual, 
les  autres  à vn  asne,  les  autres  à vn 
cerf,  les  autres  à vn  éléphant,  autres 
ù vn  rhinocéros  , autres  à vn  leurier 
d’attache.  Bref,  chacun  en  dit  ce  qu’il 
en  a ouy  dire,  ou  ce  qu’il  luy  plaist 
de  controuuer.  Les  vns  en  font  deux 
especes,  d’autres  trois.  Il  y en  a qui 
disent  qu’eile  a la  corne  du  pied  en- 
tière comme  celle  d’vn  cheual,  autres 
fendue  comme  celle  d’vne  chéure , 
autres  comme  d’vn  éléphant,  comme 
Pline  et  Ælian.  Or  lesdils  autheurs 
ne  discordent  pas  seulement  pour  le 
regard  des  lieux  de  la  naissance,  ny 
de  la  forme  de  ladite  Licorne,  mais 
aussi  en  la  description  de  la  corne 
d’icelle.  Car  les  vns  la  figurent  noire, 
les  autres  de  bay  obscur,  et  qu’elle 
est  blanche  en  bas  et  noire  en  haut 
Vn  autre  dit  que  vers  le  haut  elle  tire 

duire  le  Discours  de  Baccy,  et  qu’il  avait 
pris  à tâche  de  le  réfuter. Quoi  qu’il  eu  soit, 
c’est  sans  doute  pour  avoir  pris  d'abord  le 
réfutateur  pour  l’auteur  que  Parc  a été  ainsi 
obligé  de  changer  un  nom  pour  l’autre. 


493 

sur  le  pourpre,  vn  autre  qu’elle  est 
polie,  et  d’autres  que  depuis  le  haut 
iusques  en  bas  elle  est  rayée  tout  à 
l’entour,  comme  vnecoquille  de  lima 
çon,  par  vn  artifice  tres-beau.  Plus, 
les  vns  la  descriuent  moins  large,  les 
autres  plus  longue.  Conclusion  , tous 
different,  tant  les  anciens  que  les 
modernes  : mesmes  ils  se  sont  trou- 
ués  confus  en  l’experience  de  plu- 
sieurs cornes  prétendues  de  Licornes, 
qui  se  trouuent  és  thresors  des  Roys 
et  Princes  Chrestiens,  en  ce  que  les- 
dites  cornes  ne  se  sont  trouuées  tou 
tes  propres  à vn  mesme  vsage  : mais 
en  certaines  choses  ils  ont  trouué 
vray  ce  qu’en  ont  dit  les  anciens,  et 
en  beaucoup  d’autres,  non  1 

Et  ce  qui  en  fait  douter  d’auanlage, 
ce  sont  les  promesses  excessiues  et 
effioyables  que  quelques-vns  met- 
tent en  auant  de  ceste  corne  contre  la 
peste,  le  spasme,  mal  caduc,  la  fléure 
quarte,  la  morsure  des  chiens  enra- 
gés, vipères,  et  piqueures  de  scor- 
pions, et  contre  tous  venins.  Et  pour 
le  faire  croire  aux  Princes , ils  disent 

1 Celte  argumentation  était  déjà  traitée  en 
1579  de  la  manière  suivante  : 

« Quand  à ceux  qui  ont  escrit  de  la  Li- 
corne, ou  par  ouïr  dire,  ou  par  fantaisie,  à 
peine  s’en  trouuera-il  deux  qui  s’accor- 
dent ensemble,  soit  en  la  description  du 
corps,  soit  en  la  description  des  meurs  et 
conditions  de  la  beste.  Pline  dict  les  Licor- 
nes auoir  entièrement  le  corps  comme  vn 
cheual  : (c’est-à-dire  , comme  Cardan  , de 
grandeur  d’vn  cheual),  la  teste  et  les  picdz 
d’Elephant,  la  queue  de  Sanglier,  et  vne 
corne  au  milieu  du  front,  qui  est  de  deux 
couldees  de  long.  Munster,  qui  comme  dict 
Matheole,  n’a  jamais  veu  Licornes  qu’en 
painture,  etc.  >> 

Cette  citation  de  Munster,  suivie  d’une 
autre  de  Cardan  et  d’une  troisième  d’André 
ïheuet.se  retrouvera  presque  textuellement 
au  cbap.  4. 


discovrs 


qu’il  n’est  besoin  en  prendre  par  la 
bouche,  comme  l’on  fait  de  la  thé- 
riaque et  autres  alexiteres  preserua- 
tifs,  mais  qu’il  suffit  que  ceste  corne 
soit  tenue  seulement  à l’opposite  du 
lieu  où  sera  le  venin , et  que  subit  le 
venin  se  decouure.  Et  pour  faire 
croire  ces  miracles  , ils  se  veulent 
preualoir  de  quelques  tesmoignages 
des  anciens1,  que  les  Rois  d’Indie 
faisoient  faire  des  tasses  de  cer- 
taines cornes,  où  personne  qu’eux 
ne  beuuoit,  et  que  par  ce  moyen  ils 
s’asseuroient  d’estie  exempts  de  tou- 
tes maladies  incurables  : et  que  le 
iour  qu’ils  auoient  beu  dans  ces  tas- 
ses, ils  ne  deuoient  craindre  aucun 
venin,  ny  autres  aduersités.  Bref, 
vne  infinité  d’autres  promesses  im- 
possibles, lesquelles  d’autant  qu’elles 
excédent  toute  creance  humaine  , 
d’autant  donnent -elles  occasion  à 
ceux  qui  ont  quelque  peu  d’esprit  de 
tenir  pour  faux  tout  le  reste  qui  en  a 
esté  dit  et  escrit. 


CHAPITRE  III.. 

Quelques-uns  pourroienl  penser  , 
veu  la  conformité  de  ces  deux  noms, 
Rhinocéros  et  Monoceros , c’est  à dire 
Licorne  , que  ce  fust  tout  vn.  Mais  si 
cela  estoit  vray , il  n’y  auroit  desia 
plus  de  doute  qu’il  ne  fust  des  licor- 
nes : d’autant  qu’il  est  tout  certain 
que  leRliinocerosaesté  veu  plusieurs 
fois  aux  spectacles  publiques  des  Ro- 
mains. Que  si  c’est  vn  autre  animal 
different , comme  il  est  à présuppo- 
ser, il  sourd  vne  autre  difficulté  plus 
grande.  Car  parray  tant  d’animaux 

1 Philostrate,  chap.  1.  liu.  3.  — A.  P. 


que  l’on  menoit  de  toutes  les  parties 
du  monde  és  merueilleux  spectacles 
de  Rome,  il  ne  se  trouue  point  que 
l’on  ait  iamais  veu  vne  seule  licorne. 
El  quand  l’amphitheatre  de  ! iocle- 
tian  fut  dédié,  l’on  y mena  pareille- 
ment de  tous  costés  vn  bien  grand 
nombre  d’animaux  fort  estranges,  et 
ne  lit  on  point  qu’il  se  soit  fait  iamais 
vne  plus  grande  recherche  qu’au 
temps  de  Gordian.  Car  voulanttriom- 
pher  des  Perses,  et  celebrer  la  feste 
seculiere  pour  ceste  année  glorieuse, 
qui  estoit  mil  ans  après  l’édification 
de  Rome,  que  Philippe  premier,  Em- 
pereur chrestien  son  successeur,  a de- 
puis encore  célébré , il  y fit  conduire 
desOurs,  des  Lions,  des  grands  Cerfs, 
des  Rhinocéros,  Taureaux  sauuages, 
Sangliers , Chameaux  , Elephans,  Ti- 
gres, Ellens,  Porcs-espics,  Ciuettes, 
Crocodiles,  Cheuaux  sauuages  et  ma- 
rins, appellés  Hippopotarties,  et  au- 
tres innumerables  animaux  cruels  et 
farouches,  dont  la  plus  part  se  trouue 
és  deserts  de  l’Egypte,  et  ésisles  loin- 
taines : entre  lesquels  fut  grand  mer- 
ueille  que  la  Licorne  ne  fut  point 
amenée  auec  les  autres  animaux. 
Quand  Gordian  voulut  triompher  des 
Perses,  la  Licorne  n’y  estoit,  et  ne 
precedoit  tous  les  autres  animaux  à 
cause  de  sa  rareté,  si  elle  se  trouue, 
comme  l’on  dit , en  ces  costés  là  : qui 
me  fait  croire  que  la  licorne  se  trouue 
bien  rarement.  El  semble,  à voir  ceste 
variété  d’opinion  entre  les  aulheurs 
qui  en  ont  escrit,  attendu  aussi  les 
promesses  excessiues  et  incroyables 
(comme  a esté  dit)  de  Ælian  et  autres, 
que  ce  soit  vne  chose  fabuleuse. 

Cest  argument  aussi  pris  des  triom- 
phes des  Empereurs,  seroit  par  moy 
mal  conduit,  et  ne  concluroit  pas,  s'il 
n’estoit  prouué,  comme  ie  fais  après 
au  7.  chap.  de  ce  traité,  par  l’aulho- 


DE  LA.  LICORNE. 


rite  de  Pausanias,  que  Monoceros  et 
Rhinocéros  sont  diuers  animaux.  Par- 
quoy  ce  seroit  alléguer  faux  contre 
moy,  qu'il  y eust  des  licornes  en  ces 
triomphes,  pource  qu’on  y vit  des 
rhinocéros,  qui  sont  autres  animaux 
que  la  licorne  : veu  que  le  rhinocéros 
a deux  cornes,  l’vneau  nez  et  l’autre 
sur  le  dos,  au  dire  de  Pausanias  : et  la 
licorne  n’en  a qu’vne,  comme  monstre 
le  nom  Monoceros; 


CHAPITRE  IV. 

Aucuns  sont  d’opinion  que  la 
corne  que  l’on  monstre  pour  corne 
de  licorne,  est  vne  dent  de  Rohart, 
qui  est  vn  poisson  de  mer.  Autres  di- 
sent que  l’on  ne  peut  iainais  prendre 
viue  la  licorne  : d’autres  dient  en 
auoir  veu  vne  troupe,  comme  l’on 
voit  icy  les  moutons  Partant  ces  cho- 
ses considérées,  le  lecteur  en  croira 
ce  qu’il  voudra.  Et  quant  à moy,  ie 
croy  que  la  Licorne  n’a  encores  esté 
descouuerle,  ou  pour  le  moins  bien 
rarement,  et  que  ce  n’est  qu'vne  im- 
posture de  vendre  tant  de  cornes  de 
Licorne  que  l’on  fait  accroire,  comme 
l’on  en  peut  tirer  de  grandes  coniec- 
tures  de  ce  que  ie  diray  cy  après. 

Æneas  Siluius  Picolomini,  qui  a esté 
depuis  Pape  Pie  second,  en  son  liure 
de  l’Asie  chap.  10.  escrit  de  l’authorité 
d’vn  Nicolas  Venetien,  que  vers  la  fin 
d’Asie,  en  vne  prouince  nommée  Mar- 
cino,  entre  les  montagnes  de  l’Indie 
et  de  Cathay,  il  se  trouue  vn  animal 
quia  la  teste  comme  vn  porc,  la  queue 
comme  vn  bœuf,  de  couleur  et  gran- 
deur d'vn  éléphant,  auec  lequel  il  a 
vne  perpétuelle  inimitié,  portant  vne 


495 

seule  corne  au  front  d’vne  coudée 
de  long,  laquelle  est  fort  prisée  en  ces 
régions  là,  pour  estre  (comme  ils  di- 
sent) bonne  contre  tous  venins. 

Marc  Paul  Venetien  en  tesmoigne 
de  mesme,  lequel  a demeuré  long 
temps  au  seruice  du  grand  Chain  de 
Tartarie,  où  il  a fait  plusieurs  voya- 
ges lointains  en  Indie  : et  entre  les 
autres  choses  dignes  de  mémoire , il 
escrit  qu’au  royaume  de  Basine,  où 
les  gens  sont  du  tout  barbares  et 
brutaux,  la  licorne  se  trouue,  qui  est 
vne  beste  sans  proportion  peu  moin- 
dre qu’vn  éléphant,  ayant  la  leste 
semblable  à vn  pourceau,  et  si  pe- 
sante, que  tousiours  la  tient  basse  et 
courbée.  Elle  aime  à demeurer  à la 
fange,  ayant  vne  seule  corne  au  mi- 
lieu du  front,  de  couleur  noire,  et 
longue  de  deux  coudées. 

Aloysius  Cadamustus,  en  sa  Naui- 
gation  , chap.  5,  dit  qu’en  vne  cer- 
taine région  des  terres  neuues  l’on 
trouue  des  licornes,  que  l’on  prend 
viues. 

Louys  de  Berlhame,  Espagnol,  en 
son  voyage  d’Ætliiopie  et  mer  Rouge, 
descrit  auoir  veu  en  la  Mecque,  cité 
principale  de  l’Arabie,  dedans  le  sé- 
rail du  Roy , deux  licornes  , l’vne 
semblable  à vn  cheual  de  trente  mois, 
et  l’autre  à vn  poulain  d’vn  an,  ayant 
chacune  vne  corne  au  front,  i’vne  de 
trois  brassées  de  long,  et  l’autre  de 
deux,  ayant  la  couleur  d’vn  cheual 
bay,  la  teste  de  cerf,  le  col  court,  peu 
de  crins , les  iambes  menues,  l’ongle 
fendu  comme  vne  chéure. 

Pline  dit  que  la  corne  de  licorne 
est  noire,  solide,  et  non  creuse  par  le 
dedans.  Solinus  et  certains  autres  au- 
theurs  la  descriuent  de  couleur  de 
pourpre,  et  non  noire. 

Or  pour  le  désir  que  i’ay  toujours 
eu  de  sçauoir  la  vérité  touchant  ce 


mscovRs 


4y6 

que  l’on  pouiToit  souhaiter  de  la 
Licorne,  scachant  que  Louis  Paradis, 
Chirurgien  natif  de  Vilry  en  Partois  , 
à présent  demeurant  en  ceste  ville  de 
Paris,  auoit  long  temps  voyagé,  ie  le 
priay  me  dire  s'il  n’auoit  point  veu 
de  licornes.  Il  me  dit  qu  il  en  auoit 
veu  vne  en  Alexandrie  d’Ægypte  , et 
vn  éléphant  au  logis  du  gouuerneur 
de  la  ville,  que  le  Prestre-Iean  en- 
uoyoit  au  Grand-seigneur,  de  gran- 
deur d’vn  grandleurier  d’attache,  non 
si  gresle  par  le  corps.  Son  poil  estoit 
de  couleur  de  Castor,  fort  lissé,  le 
col  gresle,  petites  oreilles,  vne  corne 
entre  les  deux  oreilles  fort  lissée , de 
couleur  obscure,  bazanée,  de  lon- 
gueur d’vn  pied  de  Uoy  seulement, 
la  teste  courte  et  seiche,  le  muffle 
rond,  quasi  semblable  à celuy  d’vn 
veau,  les  yeux  assez  grands,  ayant 
vn  regard  fort  farouche  , les  iambes 
seiches,  les  pieds  fendus  comme  vne 
biche , la  queue  ronde  et  courle 
comme  celle  d'vn  cerf.  Elle  «‘sloit 
touled’vne  mesme  couleur,  fors  vn 
pied  de  deuant,qui  estoil  de  couleur 
iaune.  Son  manger  estoit  de  lentilles, 
pois,  féues,  mais  principalement  des 
cannes  de  succre.  Ce  fut  au  mois  d’A- 
uril  mil  cinq  cens  soixante  et  treize. 
11  s’enquist  par  vn  truchement  de 
ceu  x qui  auoient  amené  ladite  licorne, 
s’il  y auoit  beaucoup  de  pareils  ani- 
maux en  ceste  prouince.  On  lui  fit 
response  qu’ouy,  et  que  c’estoil  vn 
animal  fort  furieux  et  tres-difficile  à 
prendre,  principalement  lorsqu’il  est 
en  rut,  et  que  les  habitans  du  pays  le 
craignent  plus  que  nul  autre  animal 
feroce.  Ledit  Paradis  affirme,  qu’ils 
luy  montreront  vn  fragment  de  corne 
de  licorne  , qui  estoit  comme  de  cou- 
leur du  dedans  d’vne  piece  de  rheu- 
barbe  fraîchement  rompue. 

Albert  escrit  auoir  veu  vne  corne 


de  licorne,  et  mesme  maniée  de  sa 
main  propre,  large  en  sa  base  d’vne 
palme  et  demie,  et  en  diamètre  large 
de  dix  pieds , sans  aucune  raye , et  au 
demeurant  semblable  à vne  corne  de 
cerf.  Et  par  la  proportion  de  ceste 
longueur  et  grosseur,  si  nous  consi- 
dérons la  grandeur  de  la  teste  qui 
doit  produire  et  soustenir  vne  si  des- 
mesurée corne , et  venans  par  là  à 
coniecturer  quel  doit  estre  tout  le 
corps  , nous  serons  contraints  de  con- 
fesser que  cest  animal  doit  estre  aussi 
grand  qu’vn  grand  nauire,  et  non 
comme  vn  éléphant.  Quant  à moy,  ie 
croy  que  ceste  corne  doit  estre  quel- 
que corne,  os  , ou  areste  de  quel- 
que monstre  marin  merueilleusemcnt 
grand. 

Munster,  lequel  ( comme  dit  Mat- 
thiole)  n’a  iamais  veu  de  licornes 
qu’en  peinture,  dit  icelles  estre  sem- 
blables non  à vn  cheual , mais  à un 
poulain  de  trois  mois , ayans  les  pieds 
non  semblables  à ceux  d’vn  elepliant, 
mais  fendus  comme  ceux  d vne  ebé- 
ure  : au  reste,  portant  vne  corne  es- 
leuée  au  front,  noire,  el  longue  de 
deux  ou  trois  coudées.  Quant  à la 
beste,  elle  est  de  couleur  d’vne  be- 
lette, ayant  la  teste  comme  vn  cerf, 
le  col  non  pas  fort  long,  et  garni  de 
peudecrins,  pendans  seulement  d’vn 
costé  : les  iambes  gresh's  et  minces, 
les  cuisses  heronnieres , fort  couuer- 
tes  de  poil.  Toutesfois  Cardan  , con- 
tredisant à tous  deux  , dit  ceste  beste 
porter  au  milieu  du  front  vne  corne 
longue  non  de  deux  ou  trois  coudées, 
mais  de  deux  ou  trois  doigts  seule- 
ment. 

André  Theuet  en  sa  Cosmographie  , 
de  l’aulhorité  et  récit  d’vn  Sangiac  , 
Seigneur  Turc,  fait  mention  d’vne  li- 
corne veué  par  ledit  Seigneur , grande 
comme  vn  taureau  de  cinq  ou  six 


DE  LA  LICORNE. 


mois,  portant  vne  seule  corne  droit 
au  sommet  de  la  leste,  et  non  au 
front,  ainsi  que  l’on  dit  des  autres, 
ayant  les  pieds  et  iambes  peu  diffe- 
rentes des  asnes  de  noslre  Europe  , 
mais  le  poil  long . et  les  oreilles  sem- 
blables à celles  d’vn  rangifere  *. 

Garcias  ab  Horto,  Médecin  fort  cé- 
lébré du  Viceroy  d’Indie,  dit  qu’au 
promontoire  du  cap  de  Bonne-Espc- 
rance , l’on  a veu  vu  animal  terrestre, 
lequel  aussi  se  plaisoit  d’estre  dedans 
la  mer , ayant  la  leste  et  la  perruque 
d’vn  cheual , et  vne  corne  longue  de 
deux  palmes, qui  est  mobile,  laquelle 
il  tourne  à son  plaisir  , tantosl  à dex- 
tre,  tantost  à senestre , en  haut  et  en 
bas.  Cest  animal,  dit-il , combat  con- 
tre les  elephans  tres-cruellement.  La 
corne  d’iceluy  est  fort  recommandée 
contre  les  venins. 

Du  Camphur  , animal  ampliil/ie. 

André  Theuet,  en  sa  Cosmographie , 
dit  qu’il  s’en  trouuevn  autre  en  Æthio- 
pie  presque  semblable,  nommé  Cam- 
phur, en  l’isle  de  Moluque,  qui  est 
amphibie,  c’est  à dire  viuant  en  l’eau 
et  en  la  terre , comme  le  crocodile. 
Ceste  beste  est  de  grandeur  d’vne  bi- 
che , ayant  vne  corne  au  front,  mo- 
bile , de  longueur  de  trois  pieds  et 
demy , de  grosseur  comme  les  bras 
d’vn  homme , plein  de  poil  autour  du 
col  , tirant  à la  couleur  grisastre. 
Elle  a deux  pattes  comme  celles  d'vne 
oye , qui  luy  seruent  à nager , et  les 
autres  deux  pieds  de  deuant  comme 
ceux  d’vn  cerf  ou  biche  : et  vit  de 
poisson.  Il  y en  a quelques-vnsqui  se 
sont  persuadés  que  c’esloit  vne  espece 
de  Licorne,  et  que  sa  corne  est  fort 

1 Les  deux  paragraphes  qui  précèdent  se 
lisaient  déjà  dans  le  chapitre  de  157!).  Voir 
la  note  de  la  page  491. 


497 

riche  et  excellente  contre  les  ■ve- 
nins *. 

Or  il  y a plusieurs  autres  animaux 
marins  qui  n’ont  qu’vne  seule  corne  , 
et  beaucoup  d’autres  animaux  terres- 
tres : car  on  a veu  des  cheuaux,  ehé- 
ures,  et  daims,  pareillement  des  tau- 
reaux, vaches,  et  asnes,  auoir  vne 
seule  corne.  Parquoy  Monoceros  ou 
Vnicorne  est  vn  nom  qui  conuient  à 
tout  animal  qui  n’a  qu’vne  seule 
corne.  Or  considérant  la  variété  des 
escriuains , et  des  cornes  qui  sont  tou- 
tes differentes  les  vnes  des  autres , 
l’on  peut  croire  véritablement  qu’el- 
les sont  dediuerses  bestes  engendrées 
en  la  mer  et  en  diuorses  contrées  de 
la  terre.  Et  pour  la  renommée  des 
vertus  qu’on  attribue  à la  Licorne, 
chacune  nation  se  plaist  à luy  donner 
le  nom  de  Licorne 1  2. 


CHAPITRE  Y. 

Idatz  Aga , orateur  de  Soliman,  at- 
teste auoir  veu  en  l’Arabie  deserte 
des  Licornes  courantes  çà  et  là  à 

1 Ce  paragraphe  a été  emprunté  au  livre 
des  Monstres  de  1579,  ainsi  qu’une  méchante 
figure  que  j’ai  supprimée.  Voyez  l’tppen- 
dice,  à la  fin  du  volume.  L’animal  était 
alors  appelé  Camphnrch;  et  après  sa  des- 
cription, Paré  ajoutait  : 

« Le  roy  de  l’isle  porte  volontiers  le  nom 
de  ceste  beste,  comme  les  autres  seigneurs 
des  plus  grands  apres  le  Roy  prennent  le 
nom  de  quelque  autre  beste  : les  vns  des 
poissons,  les  autres  des  fruicts,  comme  nous 
a laissé  peint  et  descrit  André  Theuet  en  sa 
Cosmographie.  » 

El  en  marge  : Lin.  12.  chapitre  5.  tome  1. 

2 Ce  paragraphe  manque  dans  l’édition 
j de  15S2,  et  date  de  1585. 


ni. 


32 


DISCQVBS 


498 

grands  troupeaux.  Quant  à moy , ie 
croy  que  c’estoient  plustostdes  daims 
ou  chéures  de  ce  pays-là , et  non  des 
licornes. 

Philostrate  en  la  vie  d’Apollonius 
Tyaneus,  chapitre  1.  Hure  à.  dit  , 
qu’aux  marests  voisins  du  fleuue 
Phasis  se  trouuent  des  asnes  sauua- 
gcs,  portons  vne  corne  au  front,  auec 
laquelle  ils  combattent  furieusement 
comme  taureaux  : de  laquelle  corne 
les  Indiens  font  des  tasses  qui  garan- 
tissent l’homme  de  toute  sorte  de  ma- 
ladie le  iour  qu’il  y a beu , et  s’il  est 
blessé  ce  iour  là , il  ne  sent  aucune 
douleur.  D’auantage  il  peut  passer 
par  le  trauers  d’ vn  feu  sans  se  brusler 
nullement l.  Mesme  il  n’y  a venin  ny 
poison  beu,  ou  autrement  pris,  qui 
lu  y puisse  nuire  : et  que  pour  ceste 
cause  il  n’y  a que  les  Rois  quiboiuent 
dans  lesdiles  tasses  : de  fait  que  la 
chasse  desdits  asnes  n’est  permise 
qu’aux  Rois  du  pays  : et  dont  on  dit 
qu’Apollonius , philosophe  graue , re- 
garda curieusement  ceste  besle  sau- 
u âge,  et  auec  grande  admiration  con- 
sidéra sa  nature.  Quoy  voyant  Damis, 
luy  demanda  s’il  croyoit  ce  qu’on  di- 
soit de  la  vertu  desdites  tasses  : le  le 
croiray,  dit-il , quand  i’entendray  que 
le  Roy  de  ce  pays  sera  immortel.  Res- 
ponse  que  ie  délibéré  d’oresnauant 
faire  à tous  ceux  qui  me  demande- 
ront si  ie  croy  ce  que  l’on  dit  des  ver- 
tus de  la  corne  de  Licorne. 

1 Croyez  ce  porteur.  — A.  P.  — Cette  note 
ne  se  lit  que  dans  l'édition  de  1582. 


CHAPITRE  VI. 

DISCORD  DES  AVTHEVRS TOVCHANT  LE 
NATVREL  DE  LA  LICORNE. 

Moindre  n’est  la  contrariété  des 
autheurs  touchant  le  naturel  de  la- 
dite licorne.  Car  Pline , au  lieu  cy 
dessus  allégué,  la  dit  estre  la  plus  fu- 
rieuse de  toutes  les  bestes  : mesmes 
qu’elle  hurle  fort  hideusement,  et 
que  iamais  on  ne  la  prend  viue.  Car- 
dan la  dit  pareillement  estre  fort 
cruelle,  comme  naissant  és  lieux  dé- 
serts d’Æthiopie,  en  terre  orde,  et 
entre  les  crapaux  et  bestes  venimeu- 
ses L 

Gesnerusditque  le  Roy  d’Æthiopie, 
en  l’Epistre  Hébraïque  qu’il  a escrite 
au  Pontife  de  Rome , dit  que  le  Lion 
craint  infiniment  la  Licorne,  et  que 
quand  il  la  voit,  il  so  relire  vers 
quelque  gros  arbre,  et  se  cache  der- 
rière ledit  arbre.  Lors  la  Licorne , le 
voulant  frapper,  fiche  sa  corne  bien 
auant  dans  l’arbre , et  demeure  là 
prise,  et  lors  le  Lion  la  tue':  loutes- 
foisil  aduient  aucunesfois  autrement. 

Autres  au  contraire  la  disent  fort 
douce,  benigne,  et  d’vne  mignotise 
la  plus  grande  du  monde,  pourueu 
que  l’on  ne  l'offense  point.  Louys  de 
Barthame,  en  ses  Nauigations  cy  des- 
sus alléguées,  est  de  ceste  opinion, 
niant  les  Licornes  estre  cruelles , 
comme  en  ayant  veu  deux  enuoyées 
d’Æthiopie  au  Soudan  , qui  les  faisoit 
nourrir  en  la  Mecque,  ville  de  l’A- 
rabie heureuse  (où  est  le  sepulchre 
de  Mahomet)  enfermées  en  certains 
treillis , qui  n’esloient  nullement  fa- 

1 Ce  paragraphe  se  lisait  déjà  textuelle- 
ment dans  le  chapitre  de  1579. 


DE  LA  LICORNE. 


rouches.  Theuet  dit  auoir  voyagé  en 
ces  régions  là , et  s’estre  enquis  dili- 
gemment des  habitans  : n’auoir  tou- 
tesfois  iamais  sceu  rencontrer  homme 
qui  en  eust  veu,  ou  qui  eust  peu  rap- 
porter quelque  certitude  delà  figure 
et  nature  de  ceste  besle  *. 

Othodit  auoir  veu  et  manié  à Rome, 
au  magasin  du  thresor  des  Papes, 
vne  corne  de  licorne  qui  estoit  lui- 
sante et  polie  comme  yuoire , et  qu'il 
fust  fort  esmerueillé  de  la  voir  si  pe- 
tite, se  prenant  à rire,  veu  qu’elle 
n’auoit  à grand’peine  que  deux  pal- 
mes de  longueur  : on  luy  dist  que  par 

1 Tout  ce  paragraphe  est  copié  du  chapi- 
tre de  1579,  où  il  suivait  immédiatement  ce- 
lui auquel  se  rapporte  la  note  précédente; 
mais  il  était  d’abord  un  peu  plus  étendu. 
Ainsi  la  première  phrdsc  était  ainsi  conçue  : 

« Autres  au  contraire  la  disent  estre  fort 
douce  etbenigne,  et  d’vne  mignotise  la  plus 
grande  du  monde,  p<  uruéu  que  malicicuse- 
iWêiït  on  riel'offence  : car  ils  disent  comme 
ainsi  soit  qu’elle  ne  paslureén  lerre,  estant 
la  longueur  de  la  corne  qu’elle  a au  front, 
force  est  qu'elle  pasture  és  arbres  fruitiers, 
et  és  râteliers,  ou  en  main  mangeant  toutes 
sorles  de  fruicts  qu’on  lui  offre , comme 
herbes*,  gerbes,  pommes  , poires,  oranges, 
Ihouzelle,  et  toutes  sortes  de  legumaige, 
iusqucs  là  qu’ils  feignent  icelle  s’amoura- 
cher des  filles,  prenant  tel  plaisir  à les  con- 
templer, qu’elle  est  souuent  prise  par  ce 
moyen.  » 

Et  à la  fin  du  paragraphe,  l’auteur  ajou- 
tait : 

« Or  ces  contrarielez  d’opinions  me  font 
iuger,  que  tout  ce  qu’on  dict  des  Licornes 
est  chose  controuuee  à plaisir  par  les  pein- 
tres et  historiens  : car  comme  le  chemin  qui 
va  droit  en  quelque  lieu  est  vn,  et  les  des- 
tiurs  au  contraire  sont  plusieurs  : ainsi  la 
sentence  de  vérité  est  tousiours  vne  et  sem- 
blable à Soy,  et  celle  de  mensonge  est  tous- 
iours diuerse  et  bigarrée  de  contrariété  et 
répugnance.  » 


499 

le  trop'  grand  et  frequent  vsage  de 
l’auoir  maniée,  elle  estoit  dcuenue 
ainsi  petite. 

Il  y en  a aussi  qui  est  gardée  par 
grande  singularité  dans  le  chœur  du 
grand  temple  de  Strasbourg,  laquelle 
est  de  longueur  de  sept  pieds  et  de- 
my,  encore  l’on  a coupé  furliuement 
le  bout  de  la  pointe , laquelle  sans 
cela  seroit  encore  plus  longue.  Elle 
est  par  le  bas  de  la  grosseur  d’vn 
bras,  èt  va  en  tortillant  comme  vn 
cierge  qui  est  tors,  et  s’estend  vers  la 
pointe  en  forme  de  pyramide,  estant 
de  couleur  noiraslre  par  dehors, 
comme  vn  blanc  salli  pour  auoir  esté 
manié  : et  par  dedans  elle  est  blanche 
comme  yuoire,  ayant  vn  trou  au  mi- 
lieu comme  pour  mettre  lé  petit 
doigt,  qui  va  tout  au  long. 

Les  cornes  qui  se  monstrent  aux 
festes  solennelles  publiquement  à Ve- 
nise, au  temple  de  sainct  Marc,  dif- 
ferent de  cestc-là  en  grandeur,  cou- 
leur, et  figure,  t lement  qu’il  n’y  a 
nulle  conformité  entre  elles. 

Pareillement  en  l’eglise  de  sainct 
Denys  en  France,  il  y a,  à ce  qu’on 
dit,  vne  corne  de  licorne  qui  en  gros- 
seur, longueur,  et  figure,  se  rapporte 
aucunement  à celle  de  Strasbourg. 

Or  si  lesdites  cornes  ne  sont  de 
vfayes  Licornes , de  quelles  bestes 
sont  elles?  dira  quelqu’vn.  Theuet  a 
opinion  que  telles  cornes  ne  sont  que 
dents  d’elephans , ainsi  cernelées  et 
mises  en  œuure  : Car  ainsi,  dit-il,  les 
desniaiseurs  qui  se  trouuent  en  Le- 
uant,  vendent  les  rouelles  des  dents 
de  Rohart  pour  cornes  de  licornes  , 
les  creusent  et  allongent  à leur  aise. 
El  à la  vérité  ceste  corne  de  licorne , 
estant  bruslée,  rend  et  respire  sem- 
blable odeur  que  Tyuoire.  Et  à fin 
que  ceste  façon  de  contrefaire  ne 
semble  impossible,  Cardan  dit  que  les 


JMSCOVRS 


5o  O 

dents  des  elephans  se  peuuent  amol- 
lir et  eslendre  comme  les  cornes  de 
bœuf1. 

Lonys  de  Paradis,  Chirurgien  natif 
de  Vitry  en  Partois,  duquel  i’ay  fait 
mention  cy  deuant , dit  auoir  veu  en 
Alexandrie  d’Egypte  deux  aiguilles, 
appellées  les  aiguilles  de  César,  hau- 
tes et  grandes  à merucilles,  néant- 
moins  chacune  toute  d’vne  pièce  : et 
tient-on  pour  vray  qu’elles  sont  de 
pierres  fondues.  Hors  ladite  ville  cn- 
uiron  huit  cens  pas,  il  y a vne  colom- 
ne,  qui  s’appelle  la  colomue  de  Pom- 
pée, de  merueilleuse  grosseur  et 
hauteur,  tellement  que  c’est  tout  ce 
que  peut  faire  le  plus  fort  homme  de 
ietter  vne  pierre  sur  le  sommet  d’i- 
celle. La  grosseur  est  telle  que  cinq 
hommes,  ayans  les  bras  estendus  , ne 
la  pourroient  entourer  : neantmoins 
on  dit  qu’elle  est  toute  d’vne  piece  , 
et  de  diuerses  couleurs  de  pierres , 
comme  noire,  grise,  blanche,  incar- 
nate, et  dit  on  qu’elle  est  aussi  de 
pierres  fondues.  Que  si  ainsi  est  que 
de  telle  matière  on  ait  peu  construire 
lesdites  aiguilles  et  colomne,  qui  em- 
peschera  que  l’on  ne  puisse  contre- 
faire les  cornes  de  licornes? 

1 Ce  paragraphe  est  extrait  presque  tex- 
tuellement du  chapitre  de  1579,  et  il  finis- 
sait alors  par  cette  réflexion  : mais  qui  a-il 
sous  le  ciel , que  l’auare  curiosité  des  hommes 
du  temps  présent  ne  contreface ? — D’un  autre 
côté  il  convient  de  noter  qu’il  y avait  ici 
une  figure  d’éléphant  empruntée  au  livre 
des  Monstres  de  1579,  sans  le  texte  qui  l’ac- 
compagnait, lequel  s’était  trouvé  dès  lors 
supprimé.  J’ai  reproduit  ce  texte  dans  l’ap- 
pendice des  Monstres,  à la  fin  de  ce  volume. 


CHAPITRE  VII. 

DESCRIPTION  DV  RHINOCEROS. 

Pausanias  escrit  que  le  Rhinocéros 
a deux  cornes , et  non  vne  seule  : 
l’vne  sur  le  nez,  assez  grande,  de  cou- 
leur noire,  et  de  grosseur  et  de  lon- 
gueur de  celle  d'vn  buffle,  non  tou- 
tesfois  creuse  dedans,  ny  tortue,  mais 
toute  solide,  et  fort  pesante  : l’autre 
luy  sort  en  haut  de  l’espaule,  assez 
petite,  mais  fort  aiguë.  Par  cela  appa- 
roist  que  ce  ne  peut  estre  la  Licorne, 
laquelle  n’en  doit  auoir  qu’vne, 
comme  teslifie  son  nom  Monoceros. 
On  dit  qu’il  ressemble  à l’elephant, 
et  quasi  de  la  mesme  stature,  sinon 
qu’il  a les  iambes  plus  courtes,  et  les 
ongles  des  pieds  fendus , la  teste 
comme  un  pourceau,  le  corps  armé 
d’vn  cuir  escaillé  et  tres-dur,  comme 
celuy  du  crocodile , ressemblant  aux 
bardes  d’vn  cheval  guerrier. 

Festus  dit  que  quelques-vns  pen- 
sent que  ce  soit  vn  bœuf  sauuage 
d’Egypte  '. 


CHAPITRE  VIH. 

André  Baccy  dit  qu’il  y a des  Méde- 
cins portugais,  qui  ont  demeuré  long 
temps  és  terres  neufues  pour  recher- 
cher les  choses  rares  et  précieuses, 
lesquels  afferment  qu’ils  n’ont  ia- 
mais  peu  descouurir  de  la  Licorne, 
sinon  que  les  gens  du  pays  disent 

' Ici  était  une  figure  de  rhinocéros  em- 
pruntée au  livre  des  Monstres  de  1579.  Quant 
au  texte  qui  accompagnait  alors  cette  fi- 
gure, il  a été  reporté  au  chapitre  suivant. 


DE  I A LICORNE. 


5oi 


que  c’est  seulement  vne  corne  de 
rhinocéros,  et  qu’elle  esttenue  au  lieu 
de  licorne,  et  comme  preseruatif  con- 
tre tous  venins. 

Toutesfois  Pline  escrit  particulière- 
ment ec  son  liure  8,  chapitre  20,  que 
le  rhinocéros  est  vne  espece  d’animal 
cruel,  different  de  la  licorne,  et  dit 
que  du  temps  de  Pompée  le  grand  il 
fut  veu  vn  rhinocéros  qui  auoit  vne 
corne  sur  le  nez.  Or  le  rhinocéros  es- 
tant tnerueilleusemcnl  ennemy  de 
Felephant,  il  aiguise  sa  corne  contre 
vn  rocher,  et  se  met  en  bataille  contre 
luy  valeureusement,  comme  vn  tau- 
reau, et  demeure  vainqueur,  et  lue 
l’elephanl1  : duquel  combat  Salluste 
du  Bartas  en  son  6.  liure  de  la  Sep- 
maine , fait  mention  par  ces  vers  : 

Mais  cest  esprit  subtil,  ny  cest  enorme  corps 
Ne  le  peut  guarantir  des  cauteleux  efforts 
Du  fin  Rhinocéros,  qui  n’enlre  onc  en  bataille 
Conduit  d'aueugle  rage  : ainsplustost qu'il  assaille 
L’aduersiure  Eléphant,  affile  comrevn  roc 
De  son  armé  museau  le  dangereux  esloc  : 

Puis  venant  au  combat,  ne  tire  à l’auenture 
La  rouleur  de  ses  coups  sur  sa  cuirasse  dure  : 
Ains  choisit,  prouideut,  sous  le  ventre  vne  peau, 
Qui  seule  craint  te  fil  de  l’aiguisé  Cousteau. 


1 Ceci  paraît  emprunté  au  livre  des  Mons- 
tres de  1579,  à l’article  du  Rhinocéros. Mais 
le  texte  primitif  était  plus  étendu  ; le  voici  : 

« 11  y a vne  chose  digne  d’eslre  notée  en 
ceste  beste  dicte  Rhinocéros,  c’est  qu’il  a 
vne  perpétuelle  inimitié  contre  l’Elephant, 
et  lorsqu’il  veut  se  préparer  au  combat,  il 
esguise  sa  corne  contre  vn  roc,  et  tasche 
tousiours  de  prendre  l’Elephant  par  le  ven- 
tre, lequel  il  a beaucoup  plus  tendre  que  le 
dos  : il  est  aussi  long  que  l’Elephant,  mais 
toutesfois  il  est  plus  bas  de  iambes,  et  a son 
pelage  de  couleur  de  bouys,  piccoté  en  plu- 
sieurs endroits.  Pompee,  comme  escrit 
Pline,  cliap.  20.  liu.  8.,  en  fislvcoirle  pre- 
mier à Rome.  » 


.CHAPITRE  IX. 

DV  TAVREAV  DE  LA  FLORIDE. 

Il  so  trouue  és  Indes  plusieurs  sor- 
tes d’animaux  ayons  vne  seule  corne, 
comme  vaches  et  taureaux,  cheuaux, 
asnes,  chéures,  daims,  monoceros  : 
autres  ayons  deux  cornes,  et  plus.  Et 
pour  la  renommée  des  vertus  que 
l’on  attribue  à la  licorne  , il  est  vray- 
semblable  que  chacune  nation  se 
plaist  à luy  donner  le  nom  de  Licorne, 
comme  auons  dit  cy  dessus. 

Theuet  tome  2,  liure  23,  chapitre  2, 
dit  qu’en  la  Floride  se  trouuent  de 
grands  taureaux,  que  les  saunages 
appellent  Bulrol , qui  ont  les  cornes 
longues  seulement  d’vn  pied,  ayans 
sur  le  dos  vne  tumeur  ou  bosse 
comme  d’vn  chameau,  le  poil  long 
par  dessus  le  dos,  de  couleur  fauue, 
la  queue  comme  celle  d’vn  Lion.  Cest 
animal  est  des  plus  farouches  qu’on 
sçache  trouuer,  à cause  dequoy  ia- 
mais  ne  se  laisse  appriuoiser,  s’il  n’est 
desrobé  et  raui  petit  à sa  mere.  Les 
sauuages  se  seruent  de  leur  peau 
contre  le  froid  : et  sont  ses  cornes  fort 
estimées,  pour  la  propriété  qu’elles 
ont  contre  le  venin  : et  partant  les 
Barbares  en  gardent , à fin  d’obuier 
aux  poisons  et  vermines  qu’ils  ren- 
contrent allans  par  pays  >. 


CHAPITRE  X. 

DESCRIPTION  DV  riRASSOIPI  , ESPECE 
DE  LICORNE  D’ARABIE. 

En  l’Arabie  prés  la  mer  Rouge  , il 
se  trouue  vne  autre  beste  que  les 

1 A cc  paragraphe  était  jointe  la  figure  du 


002 


DISCOVRS 


sauuages  appellent  Pirassoipi,  grande 
comme  vn  mulet,  et  sa  teste  quasi 
semblable,  tout  son  corps  velu  en 
forme  d’vn  ours,  vn  peu  plus  coloré, 
tirant  sur  le  fauueau,  ayant  les  pieds 
fendus  comme  vn  cerf.  Cest  animal  a 
deux  cornes  à la  teste  fort  longues  , 
sans  rameures,  haut  esleuées,  qui  ap- 
prochent des  licornes  : desquelles  se 
seruent  les  sauuages  lorsqu’ils  sont 
blessés  ou  mords  des  bestes  portons 
venin , les  meltans  dedans  l’eau  par 
l’espace  de  six  ou  sept  heures  , puis 
après  font  boire  ladite  eau  au  patient. 
Etvoicy  le  portrait,  tiré  du  cinquième 
liure  de  la  Cosmographie  d’André  Tlie- 
uet  ». 

Les  sauuages  l’assomment  quand 
ils  la  peuuent  attrapper,  puis  l’escor- 
chent,  et  la  mangent. 


CHAPITRE  XI. 

ELEPHANT  DE  MER. 

Hector  Boetius , au  liure  qu’il  a es- 
çrit  de  la  description  d’Escosse,  dit, 
que  l’animal  duquel  cy  après  suit 
l’effigie  , se  nomme  Eléphant  de  mer, 

Taureau  de  la  Floride;  le  tout,  texte  et 
planche,  emprunté  au  livre  des  Monstres  de 
1579. 

1 J’ai  gardé  cette  phrase  bien  que  suppri- 
mant la  figure,  parce  qu’elle  indique  la 
source  où  Paré  l’avait  puisée.  Tout  ce  para- 
graphe, avec  une  figure  qui  suivait,  était 
extrait  du  livre  des  Monstres  de  1579;  il  dé- 
butait alors  d’une  autre  manière  : 

« Allans  le  long  de  la  coste  d’Arabie  sur 
la  mer  rouge,  se  descouure  l’isle  nommee 
des  Arabes  Cademothe,  en  laquelle  vers  le 
quartier  qui  est  le  long  de  la  riuiere  de 
Plate , se  trouue  vne  beste  que  les  sauuages 
appellent  Pyrassoupi,  etc.  » 


et  plus  gros  qu’vn  éléphant  : lequel 
habite  en  l’eau  et  en  la  terre,  ayant 
deux  dents  semblables  à celles  d’vn 
éléphant , par  lesquelles  lors  qu’il 
veut  prendre  son  sommeil , il  s’atta- 
che et  pend  aux  rochers,  et  dort  si 
profondément,  que  les  mariniers  l’ap- 
perceuans  ont  le  loisir  de  prendre 
terre,  et  le  lier  auec  de  grosses  cordes 
en  plusieurs  endroits.  Puis  meinent 
vn  grand  bruit , et  luy  iettenl  des 
pierres  pour  le  resueiller  : et  lors 
tasche  à se  ietter  comme  de  coustume 
auec  grande  impétuosité  en  la  mer. 
Mais  se  voyant  pris,  se  rend  tellement 
paisible  que  l'on  en  peut  facilement 
ioüyr:  l’assomment,  et  en  tirent  la 
graisse , puis  l’escorchenl  pour  en 
faire  des  courroyes  , lesquelles  parce 
qu’elles  sont  fortes  et  ne  pourrissent, 
sont  fort  estimées  1 : et  encores  plus 
ses  dents,  que  par  artifice  ils  dressent 
et  creusent,  et  les  vendent  pour  corne 
de  Licorne,  comme  on  fait  celles  du 
Rohart  et  de  l’Elephant. 


CHAPITRE  XII. 

DV  POISSON  NOMMÉ  CASPILLY. 

Il  se  voit  au  goulfe  d’Arabie  vn 
poisson  nommé  Caspilly,  armé  d’ai- 
guillons, dont  il  en  a vn  au  milieu 
du  front  comme  vne  corne,  long  de 
quatre  pieds,  fort  aigu.  Iceluy  voyant 
venir  la  Baleine,  se  cache  sous  les 
ondes,  et  choisit  l’endroit  plus  aisé  à 
blesser,  qui  est  le  norpbril  : et  la  frap- 
pant , il  la  met  en  telle  nécessité  que 
le  plus  souuent  elle  meurt  de  telle 

1 Tout  ce  paragraphe,  jusqu’en  cet  en- 
droit , est  extrait , avec  une  méchante  figure 
qui  suivait,  du  livre  des  Monstres  de  1579. 


DE  LA  LICORNE. 


5o3 


blessure  : et  se  sentant  touchée  au 
vif,  commence  à faire  un  grand  bruit, 
se  tourmentant  et  battant  les  ondes, 
escumant  comme  vn  verrat,  et  va 
d’vne  si  tres-grande  fureur  et  roideur 
se  sentant  prés  des  abboys  de  la  mort, 
qu’elle  culbute  et  renuerse  les  naui- 
res  qu’elle  rencontre,  et  fait  tel 
naufrage  qu’elle  les  enseuelit  au 
profond  de  la  mer.  Ledit  poisson  est 
merueilleusement  grand  et  fort,  et 
lors  que  les  Arabes  le  veulent  pren- 
dre, ils  font  comme  au  crocodile, 
sçauoir  est  auec  vne  longue  et 
forte  corde,  au  bout  de  laquelle  ils 
attachent  vne  piece  de  chair  de  cha- 
meau , ou  autre  bcste  : et  lorsque  ce 
poisson  apperçoit  la  proye,  il  ne  faut, 
à se  ielter  dessus  et  l’engloutir.  Et  es- 
tant l’hameçon  auallé,  et  se  sentant 
piqué,  il  y a plaisir  à lui  voir  faire 
dessaults  en  l’air,  et  dedans  l’eau  : 
puis  estant  las,  les  Arabes  le  tirent  à 
coups  de  fléchés,  et  luy  donnent  tant 
de  coups  de  leuier  qu’ils  l’assomment  : 
puis  le  mangent,  et  gardent  sa  plus 
grande  corne  pour  en  vser  contre  les 
venins,  ainsique  les  autres  font  des 
cornes  de  Licornes. 


CHAPITRE  XIII. 

DV  POISSON  NOMMÉ  VLETIF  , ESPECE 
DE  LICORNE  DE  MER. 

André  Theuet  en  sa  Cosmographie , 
dit  que  courant  fortune  en  l’Océan 
és  costes  d'Afrique , visitant  la  Gui- 
née et  l’Anopie  , il  a veu  le  poisson  cy 
après  représenté,  ayant  vne  corne 
sur  le  front  en  maniéré  d’vnc  scie, 
longue  de  trois  pieds  et  demy , et  large 
de  quatre  doigts , ayant  ses  pointes 
des  deux  costés  fort  aigues.  Il  se  com- 


bat furieusement  de  ceste  corne. 
Ceux  de  la  Guinée  l’appellent  en  leur 
iargon  Vletif. 

Défunt  monsieur  le  Coq,  Auditeur 
en  la  Chambre  des  Comptes  à Paris  , 
me  donna  vne  corne  dudit  poisson 
qu’il  gardoit  en  son  cabinet  bien  chè- 
rement : lequel  scachant  que  i’estois 
curieux  de  rechercher  les  choses  ra- 
res et  monstrueuses,  desira  qu’elle 
fust  mise  en  mon  cabinet,  auec  mes 
autres  rarités.  Ladite  corne  est  lon- 
gue de  trois  pieds  et  demy,  pesant 
cinq  liures  ou  enuiron,  ayant  cin- 
quante et  vne  dents  aiguës  et  lien» 
chantes , longues  du  trauers  d’vn 
pouce  et  demy  : estaus  icelles  dents 
vingt-cinq  d’vn  costé,  et  vingt-six  de 
l’autre.  Ceste  corne  en  son  commen- 
cement est  large  d’vn  demy  pied  ou 
enuiron , allant  tousiours  en  dimi- 
nuant iusqu’à  son  extrémité , où  elle 
est  obtuse  ou  mousseuse , estant 
plalle , et  non  ronde  comme  les  au- 
tres cornes.  Le  dessus  est  de  cou- 
leur comme  d’vne  sole,  et  le  dessous 
aucunement  blanc,  et  fort  poreux. 
11  s’en  trouue  d’autres  moindres,  et 
plus  petites,  selon  l’aage  du  poisson. 

Plusieurs  estiment  ledit  animal  estre 
vne  licorne  marine , et  s’en  serueùt 
contre  les  morsures  et  piqueures  de 
bestes  venimeuses , comme  l’on  fait 
de  la  corne  de  licorne.  Le  populaire 
l’estime  estre  vne  langue  de  serpent, 
qui  est  chose  faulse. 


CHAPITRE  XIV. 

POISSON  F.ESSEMBLANT  PAR  LA  TESTE 
AV  PORC  SANGLIER. 

Gesnerus  dit  qu’en  la  mer  Oceane 
nftisl  vn|  poisson  ayant  la  teste  d’vn 


DISCOVRS 


5o4 

porc  sanglier,  lequel  est  de  merueil- 
leuse  grandeur,  estant  couuert  d’es- 
cailles  mises  par  grand  ordre  de  Na- 
ture, ayant  les  dents  canines  fort 
longues  , trenchantes  et  aiguës,  sem- 
blables à celles  d’vn  grand  porc  san- 
glier ',  lesquelles  on  estime  estre  bon- 
nes contre  les  venins,  comme  la  li- 
corne. 

Ainsi  voit-on  comme  chacune  na- 
tion pense  auoir  la  bicorne,  luy  don- 
nant plusieurs  vertus  et  propriétés 
rares  et  excellentes  : mais  ie  croy 
qu'il  y a plus  de  mensonge  que  de 
vérité. 

Or  qui  a esté  cause  de  la  réputa- 
tion de  la  Licorne,  c’a  esté  ceste  pro- 
priété occulte  que  l’on  luy  a attribué 
de  preseruer  de  peste  et  de  toutes 
sortes  de  venins.  Dont  quelques- vns 
voyans  que  l’on  en  faisoit  si  grand 
cas,  poussés  d’auarice,  ont  mis  en 
auant  certains  fragmens  de  quelques 
cornes,  disans  et  asseurans  que  c’es- 
toit  de  la  vraye  licorne  : et  toulesfois 
le  plus  soutient  ce  n’est  autre  chose 
que  quelques  pièces  d’yuoire,  ou  de 
quelque  beste  marine , ou  pierre  fon- 
due. Parlez  aujourd’hui  à tous  les 
Apoticaires  de  la  France,  il  n’y  a 
ceîuy  qui  ne  vous  die  et  asseure  auoir 
de  la  licorne,  et  de  la  vraye , et  quel- 
quesfois  en  assez  bonne  quantité.  Or 
comment  sepourroit  faire,  veu  que 
la  plus  part  des  escriuains  disent  que 
le  naturel  de  la  licorne  est  de  demeu- 
rer aux  deserts  et  és  lieux  inaccessi- 
bles , et  s’esloigner  si  fort  des  lieux 

1 Ce  paragraphe , jusqu’à  l’endroit  de  la 
note,  est  extrait  du  livre  des  Monstres  de 
1579,  avec  une  méchante  figure  qui  le  sui- 
vait et  que  j’ai  relranchée. — L’animal  était 
alors  dénommé  Sutujlier  Marin. 


fréquentés,  que  c'est  quasi  vne  chose 
miraculeuse  d’en  trouuer  quelques- 
fois  vne  corne  , qui  peut  auoir  esté 
apportée  par  les  inondations  des 
eaux  iusqu’aux  riuages  de  la  mer,  et 
ce  quand  l’animal  est  mort?  Qui  est 
toulesfois  vne  chose  encore  dou- 
teuse : car  la  pesanteur  de  la  corne 
la  feroit  plustost  aller  au  fond.  Mais 
c’est  tout  vn  , posons  qu’il  s’en 
trouue  quelquesfois  vne  : comment 
seroit  il  possible  que  ces  trompeurs 
en  fussent  tous  si  bien  fournis?  A 
cela  connoist-on  qu’il  y a bien  de 
l’imposture. 

Et  certes  n’estoit  l’authorité  de 
l’Escriture  saincte,  à laquelle  nous 
sommes  tenus  d’adiouster  foy,  ie  ne 
croirois  pas  qu’il  fust  des  licornes. 
Mais  quand  i’oy  Dauid  au  Psalme  22, 
verset  22  , qui  dit  : Deliure  moy.  Sei- 
gneur, de  la  gueule  du  Lion,  el  deliure 
mon  humilité  des  cornes  des  Licornes  : 
lors  ie  suis  contraint  de  le  croire.  Pa- 
reillement Esaïe  chap.  34.  parlant  de 
l’ire  de  Dieu  contre  ses  ennemis  : et 
persécuteurs  de  sou  peuple,  dit  : Et 
les  Licornes  descendront  auec  eux,  el  les 
Taureaux  auec  les  puissans.  Eallegue- 
rois  à ce  propos  vne  infinité  de  passa- 
ges de  l’Escrilure  saincte,  comme  le 
chapitre  vingt-huitième  du  Deulero- 
nome , le  trente-neuliéme  chapitre 
vers.  12  et  13  de  lob  , les  Psalmes  de 
Dauid,  28.  77.  80.  el  plusieurs  autres, 
si  ie  necraignois  d’atledier  le  lecteur. 
Il  faut  donc  croire  qu’il  est  des  licor- 
nes, mais  elles  ne  ont  les  vertus  qu’on 
leur  attribue  h 

1 Ces  derniers  mois:  mais  elles  ne  ont  les 
vertus  qu’on  leur  attribue , ont  été  ajoutés  en 
1586. 


DE  LA  LICORNE. 


CHAPITRE  XY. 

QVESTION  TOVCHANT  LES  VERTVS  PRE- 
TENDVES  DE  LA  LICORNE.  RESPONSE. 

Cela  supposé  , et  qu’il  se  trouue 
quantité  de  cornes  de  licornes,  et  que 
chacunenait,àsçauoirsi  ellesont  tel- 
les vertus  et  efficaces  contre  les  ve- 
nins et  poisons  qu'on  leur  attribue? 
le  dis  que  non.  Ce  que  ie  prouueray 
par  expérience,  authorité,  et  raison  >. 

Et  pour  commencer  à l’experience, 
ie  puis  asseurer , après  l’anoir  es- 
prouué  plusieurs  fois,  n’auoir  iamais 
conneu  aucun  effet  en  la  corne  pré- 
tendue de  licorne.  Plusieurs  tiennent 
que  si  l’on  la  fait  tremper  en  l’eau,  et 
que  de  ceste  eau  on  face  vn  cercle  sur 
vne  table,  puis  que  l’on  mette  dedans 
ledit  cercle  vn  scorpion  ou  araignée, 
ou  vn  crapaut,  que  ces  b es  les  m eu 
rent,  et  que  elles  ne  passent  aucune- 
ment par  dessus  le  cercle,  voire  que 
le  crapaut  se  créue.  le  l’ay  expéri- 
menté, et  trouuay  cela  eslre  faux 
et  mensonger:  car  lesdils  animaux 
passoient  et  repassoient  hors  du  cir- 
cuit du  cercle,  et  ne  mouroient  point. 
Mesmement,  ne  me  contentant  pas 
d’auoir  mis  vn  crapaut  dedans  le  cir- 

1 Ce  premier  paragraphe  se  retrouve  à 
très  peu  près  dans  le  chapitre  de  1579.  Mais 
pour  tout  le  reste  du  chapitre  , il  n’y  existe 
qu’en  germe;  alors  Paré  se  bornait  à cette 
phrase  : 

«S’il  est  question  de  l’experience,  ie  puis 
asseurer,  apres  l’auoir  esprouué  plusieurs 
fois,  n’auoir  iamais  trouué  ni  cogneu  aucun 
effect  en  la  corne  de  Licorne.  » 

On  peut  remarquer  du  reste  que  Paré  a 
beaucoup  emprunté  à ce  chapitre  pour  com- 
poser son  Épilre  dédicaloire. 


5o5 

cuit  de  l’eau  où  la  licorne  auoit 
trempé,  par  dessus  lequel  il  passoit 
etrepassoit  : ie  le  mis  tremper  en  vn 
vaisseau  plein  d’eau,  où  la  corne  de 
licorne  auoit  trempé,  et  le  laissay  en 
ladite  eau  par  l’espace  de  trois  iotirs, 
au  bout  desquels  le  crapaut  estoit 
aussi  gaillard  que  lors  que  ie  l’y  mis. 

Qnelqu’vn  me  dira,  que  possible  la 
corne  n’estoit  de  vraye  licorne.  A 
quoy  ie  responds,  que  celle  de  sainct 
Denys  en  France,  celle  du  Roy,  que 
l’on  tient  en  grande  estime,  et  celles 
des  marchans  de  Paris,  qu’ils  vendent 
à grand  prix,  ne  sont  donc  pas  vrayes 
cornes  de  licornes  : car  c’a  esté  de 
celles-là  quei’ay  fait  espreuue.  El  si 
on  ne  me  veut  croire,  que  l’on  vienne 
à l’essay  comme  moy,  et  on  connois- 
tra  la  vérité  contre  le  mensonge. 

Autres  tiennent  que  la  vraye  licorne 
estant  mise  en  l’eau,  se  prend  à bouil- 
lonner, faisant  esleuer  petites  bulles 
d’eau  comme  perles.  le  dis  que  cela 
se  fait  aussi  bien  auec  cornes  de  bœuf, 
de  chéures,  de  mouton,  ou  autres 
animaux  : auec  dents  d’elephant,  lests 
de  pots,  tuillcs.  bois  , bol  armene,  et 
terre  sigillée  : et  pour  le  dire  en  vn 
mot,  auec  tous  autres  corps  poreux. 
Car  l’air  qui  est  enclos  en  iceux  sort 
par  les  porosités,  pour  donner  place  à 
l’eau,  qui  cause  le  boüillonnemenl  et 
les  petites  bubes  qu’on  voit  esleuer 
en  l’eau. 

Autres  disent,  que  si  on  en  laisoit 
aualler  à vn  pigeon  ou  poulet  qui 
eust  pris  de  l’arsenic  sublimé  ou  au- 
tre venin,  qu’il  n’en  sentiroil  aucun 
mal.  Cela  est  pareillement  faux, 
comme  l’experience  en  fera  foy. 

Autres  disent,  que  l’eau  en  laquelle 
aura  trempé  ladite  corne,  esteint  le 
feu  volage,  appelle  herpes  miliaris. 
le  dis  que  ce  n’est  pas  la  vertu  de  la 
corne,  mais  la  seule  vertu  de  l’eau, 


DISCOVRS 


5o6 

qui  est  froide  et  humide,  contraire  au 
mal  qui  est  chaud  et  sec.  Ce  qui  se 
trouuera  par  effet,  en  y appliquant 
de  la  seule  eau  froide,  sans  autre 
chose. 

El  pour  prouuer  mon  dire,  il  y a 
vne  honnesle  dame  marchande  de 
cornes  de  licornes  en  ceste  ville,  de- 
meurant sur  lepont  au  Change,  quien 
a bonne  quantité  de  grosses  et  de  me- 
nues, de  ieunes  et  de  vieilles.  Elle  en 
tient  tousiours  vn  assez  gros  morceau 
attaché  à vne  chaîne  d’argent,  qui 
trempe  ordinairement  en  vneaiguiere 
pleine  d’eau,  de  laquelle  elle  donne 
assez  volontiers  à tous  ceux  qui  luy 
en  demandent.  Or  n’agueres  vne  pau- 
ure  femme  luy  demanda  de  son  eau 
de  Licorne  : aduint  qu’elle  l’auoit 
toute  distribuée , et  ne  voulant  ren- 
uoyer  ceste  pauure  femme,  laquelle 
à iointes  mains  la  prioit  de  luy  en 
donner  pour  esteindre  le  feu  volage 
qu’auoit  vn  sien  petit  enfant,  qui  oc- 
cupoit  tout  son  visage  : en  lieu  de 
l’eau  de  licorne,  ellé  luy  donna  de 
l’eau  de  riuiere  en  laquelle  nullement 
n’auoittrempé  la  corne  de  licorne.  Et 
neantmoins,  ladite  eau  de  riuiere  ne 
laissapas  de  guarirlemal  de  l’enfant. 
Quoy  voyant  ceste  pauure  femme,  dix 
ou  douze  iours  après,  vint  remercier 
madame  la  marchande  de  son  eau 
de  licorne,  luy  disant  que  son  enfant 
estoit  du  tout  guari  ». 

Ainsi  voila  comme  l’eau  de  riuiere 
fut  aussi  bonne  que  l’eau  de  sa  licorne  : 
neantmoins  que  elle  vend  ladite  corne 
prétendue  de  licorne  beaucoup  plus 
chere  que  l’or,  comme  on  peut  voir 
par  la  supputation.  Car  à vendre  le 

1 Histoire  gentille  et  bien  à propos.  — A.  P. 


grain  d’or  fin  onze  deniers  pile,  la  li- 
ure  ne  vaut  que  sept  vingts  huit  es- 
cus  sol  : et  Ialiure  de  corne  de  licorne 
contenant  seize  onces,  contient  neuf 
mil  deux  cents  seize  grains  : et  la  li- 
ure  à dix  sols  le  grain,  la  somme  se 
monteà  quatre  vingt  douze  mil  cent 
soixante  sols,  qui  sont  quatre  mil  six 
cens  huit  liures,  et  en  escus,  mil  cinq 
cens  trente  six  escus  sol.  Et  mesemble 
qu’à  ce  prix  la  bonne  femme  ne  vend 
pas  moins  sa  licorne,  que  fist  vn  cer- 
tain marchand  Tudesque,  lequel  en 
vendit  vne  piece  au  Pape  Iules  troi- 
sième, douze  milescus.commerecile 
André  Baccy,  Médecin  de  Florence, 
en  son  liure  delà  Naturede  la  licorne. 
Mais  laissans  ces  bons  marchands, 
reuenons  à l’expericnce. 

On  dit  d’auantage  que  la  corne  de 
Licorne  sue  en  presence  du  venin. 
Mais  il  est  impossible,  parce  que  c’est 
vn  effet  procédant  de  la  vertu  expul- 
trice.  Or  ladite  corne  est  priuée  de 
telle  vertu  : et  si  on  l’a  veu  suer,  cela 
a esté  par  accident , veu  que  toutes 
choses  polies,  comme  le  verre,  les  mi- 
roirs , le  marbre , pour  quelque  peu 
d’humidité  qu’ils  reçoiuent,  mesmes 
de  l’air  excessiuement  froid  et  humide, 
ou  chaud  et  humide,  apparoissent 
suer  : mais  ce  n’est  vraye  sueur,  car 
la  sueur  est  vn  effet  d’vne  chose  vi- 
uanle.  Or  la  corne  de  Licorne  n’est 
point  vne  chose  viuante  : mais  pour 
estre  polie  et  fraîche , elle  reçoit  vn 
ternissement  de  l’air  froid  et  humide, 
qui  la  fait  suer. 

Autres  disent  que  la  mettant  prés 
le  feu,  elle  rend  vne  odeur  de  musc  : 
aussi  que  l’eau  où  elle  aura  trempé 
deuiendra  laicteuse  et  blanchastre. 
Telles  choses  ne  se  voyeut  point , 
comme  l’experience  le  monstre. 


DE  LA  LICORNE. 


CHAPITRE  XVI. 

PREWE  FAITE  FAR  AVTHOP.ITÉ. 

Quant  à l’authorilé,  il  so  trouuera 
la  plus  part  des  doctes,  gens  de  bien, 
et  expérimentés  Médecins,  qui  asseu- 
reront  ceste  corne  n’auoir  aucune 
des  vertus  qu'on  luy  attribue  *. 

S’il  faut  commencer  aux  anciens,  il 
est  certain  qu’Hippocrates,  ny  Galien, 
qui  toutesfois  se  sont  seruis  de  la 
corne  de  cerf  et  de  l’iuoire,  n’ont  ia- 
mais  parlé  de  ceste  corne  de  licorne 1  2: 
ny  mesme  Aristote,  lequel  toutesfois 
au  chap.  2.  du  liu.  3.  des  Parties  des 
animaux,  pariant  de  ceux  qui  n’ont 
qu'vne  corne,  fait  mention  de  i’asne 
Indien,  et  d’vn  autre  nommé  Oryx, 
sans  faire  aucune  mention  de  la  li- 
corne : combien  qu’il  parle  en  ce  lieu 
des  choses  de  moindre  conséquence. 

Or  s’il  faut  venir  aux  modernes, 
Cbristofle  l’André , Docteur  en  Méde- 
cine, en  son  opuscule  de  VOeeoialrie , 
escrit  ce  qui  s’ensuit.  « Aucuns  Méde- 
cins font  vn  grand  cas  de  la  corne 
d’vne  beste  nommée  Monoceros , que 
nous  appelions  vulgairement  la  Li- 
corne , et  disent  qu’elle  guaranlit 
de  venin , tant  prise  par  dedans, 
qu’appliquée  par  dehors.  Ils  l’or- 
donnent contre  le  poison  , contre  la 
peste,  voire  desia  creée  au  corps  de 
l’homme,  et  pour  le  dire  en  vn  mot 

1 Ce  premier  paragraphe  existait  déjà 
dans  le  chapitre  de  1579;  mais,  immédiate- 
ment après  , l’auteur  en  appelait  à l’auto- 
rité de  Rondelet,  que  l’on  trouvera  alléguée 
plus  bas. 

2 Cette  citation  d’Hippocrate  et  de  Ga- 
lien se  trouve  déjà  dans  le  chapitre  de  1679, 
mais  un  peu  plus  loin  que  le  paragraphe 
précédent. 


ils  en  font  vn  alexitere  contre  tous 
venins. Toutesfois  estant  curieux  de  si 
grandes  propriétés  qu’ils  attribuent 
à ladite  corne,  ie  l’ay  bien  voulu  ex- 
périmenter en  plus  de  dix,  au  temps 
de  pestilence  : mais  ie  n’en  trouuay 
aucun  effet  louable,  et  me  reposerois 
aussi  tost  sur  la  corne  de  cerf  ou  de 
chéure,  que  sur  celle  de  la  Licorne. 
Car  elles  ont  vne  vertu  d’absterger 
et  mondifier  : partant  elles  sont  bon- 
nes à reserrer  genciues  flestries  et 
molles.  D’auantage,  lesdites  cornes 
estans  bruslées  et  données  en  breu 
uage,  apportent  merueilleux  confort 
à ceux  qui  sont  tourmentés  de  flux 
dysentériques.  Les  anciens  ont  laissé 
par  escrit,  que  la  corne  de  cerf  rédi- 
gée en  cendre  est  vne  plus  que  crédi- 
ble medecine  à ceux  qui  crachent  le 
sang,  et  à ceux  qui  ont  coliques,  ilia- 
ques passions,  nommées  miserere  mei; 
et  comme  chose  de  grande  vertu,  la 
meslant  aux  collyres,  pour  faire  sei  ■ 
cher  les  larmes  des  yeux.  «Voila  ce 
que  ledit  l’André  a escrit  delà  corne 
de  licorne. 

Rondelet  dit , que  toutes  cornes  en 
general  n’ont  ny  saueur,  ny  odeur, 
si  on  ne  les  brusle  : parquoy  ne  peu- 
uent  auoir  aucune  efficace  en  mede- 
cine , si  ce  n’est  pour  desseicher.  Et 
ne  suis  point  ignorant,  dit-il,  que 
ceux  qui  tiennent  telles  cornes  pour 
leur  profit,  ne  donnent  à entendre 
au  peuple  qu’icelles  ont  grandes  et 
inestimables  vertus  , par  antipathie, 
de  chasser  les  serpens  et  les  vers, 
et  de  résister  aux  venins.  Mais  ie 
croy  , dit-il , touchant  cela  , que  la 
corne  de  licorne  n’a  point  plus  grande 
efficace  , ny  force  plus  asseurée , que 
la  corne  de  cerf,  ou  que  l’iuoire  : 
qui  est  cause  que  fort  volontiers,  en 
mesmes  maladies  , i’ordonne  la  dent 
d’elephant  aux  pauures,  et  aux  ri- 


DISCOVRS 


4 


5o8 

ches  celle  de  licorne  , parce  qu'ils  la 
désirent,  s’en  proposans  heureux 
succès.  Voila  l’aduis  de  Rondelet . le- 
quel indifféremment  en  pratiquant 
pour  mesmes  effets,  eu  lieu  de  la  ii 
corne  ordonnoit  non  seulement  la 
corne  de  cerf  ou  dent  d’elephant,  mais 
aussi  d’autres  os  ■. 

le  mesuisenquis  de  monsieur  Du- 
re!, pour  la  grande  asseurance  que 
i’auois  de  son  haut  et  tant  célébré 
sçauoir,  quelle  opinion  il  auoil  de  la 
corne  de  licorne  : il  me  respondit, 
qu’il  ne  pensoit  icelle  auoir  aucune 
vertu  contre  les  venins  , ce  qu’il  me 
confirma  par  bonne,  ample  et  val- 
lable  raison  : et  mesme  me  dit  qu’il 
ne  douloit  de  le  publier  en  son  audi- 
toire, qui  est  vn  lheatre  d’vne  infi- 
nité de  gens  doctes  , qui  s'y  assem- 
blent ordinairement  pour  l’oüyr1 2. 

le  veux  bien  encore  aduertir  le  lec- 
teur, quelle  opinion  auoit  de  ceste 
corne  de  licorne  feu  Monsieur  Chap- 
peiain,  premier  Médecin  du  Roy  Char- 
les IX,  lequel  en  son  viuant  estoit 
grandement  estimé  entre  les  gens 

1 Tout  ce  paragraphe  est  repris  du  chapi- 
tre de  1679,  et,  au  lieu  de  ces  mots  qui  le 
terminent  : mais  aussi  d'auires  es,  on  y lisait: 
mais  aussi  les  os  des  cheuaux  et  des  chiens,  et 
des  mirabolans. 

2 On  lisait  également  ce  paragraphe  dans 
l’édition  de  1679,  mais  un  peu  plus  étendu. 
Ainsi,  au  texte  actuel,  l’auteur  ajoutait, 
parlant  toujours  de  Duret  : 

«...Que  si  quelquefois  il  ordonnoit  de 
ceste  corne,  que  ce  n’estoit  seulement  que 
pour  les  débilitations  de  cueur  qui  aduien- 
nent,  à raison  d’vne  grande  quantité  de  se- 
rositez  et  eaux  qui  nagent  en  l’orifice  de 
l’estomach,  qui  affadissent  les  personnes, 
et  Jes  rendent  toutes  decontenancees,  de 
tant  que  telle  racleure  de  corne  meslee  aux 
autres  de  pareille  faculté,  a vertu  pour  sa 
terrestrilé,  de  deseicher  cl  tarir  lesdictes 
humidilcz.  » 


doctes.  Vn  iour  luy  parlant  du  grand 
abus  qui  se  commeltoit  en  vsant  de 
la  corne  de  Licorne , le  priay  ( veu 
l’authorité  qu’il  auoit  à l’endroit  de 
la  personne  du  Roy  nostre  maistre  , 
pour  son  grand  sçauoir  et  expérience) 
d’en  vouloir  osier  l’vsage,  et  princi- 
palement d’abolir  ceste  coustume 
qu’on  auoit  de  laisser  tremper  vn 
morceau  de  licorne  dedans  la  coupe 
où  le  Roy  beuuoit,  craignant  la  poi- 
son *.  Il  me  fit  response,  que  quant  à 
luy,  véritablement  il  ne  connoissoit 
aucune  vertu  en  la  corne  de  licorne: 
mais  qu’il  voyoit  l’opinion  qu’on 
auoit  d’icelle  estre  tant  inueterée  et 
enracinée  au  cerueau  des  princes  et 
du  peuple,  qu’ores  qu’il  l’eust  volon- 
tiers ostée,  il  croyoit  bien  que  par 
raison  n’en  pourroit  estre  maistre. 
Ioint , disoit-il  , que  si  cesie  supersti- 
tion ne  profite,  pour  le  moins  elle  ne 
nuit  point,  sinon  à la  bourse  de  ceux 
qui  l’acheptent  beaucoup  plus  qu'au 
poids  de  l’or , comme  a esté  monstre 
cy  deuant.  Lors  ie  luy  repliquay,  que 
pour  le  moins  il  en  voulust  doneques 
escrire,  à fin  d’effacer  la  faulse  opi- 
nion de  la  vertu  que  l’on  croyoit  es- 
tre en  icelle  A quoy  il  respondit, 
que  tout  homme  qui  entreprend  d’es- 
crire  de  chose  d’importance , et  no- 
tamment de  réfuter  quelque  opinion 
receuë  de  long  temps  , ressemble  au 
Hibou,  ou  Chahuant, lequel  se  mons- 
trant  en  quelque  lieu  eminent,  se 
met  en  butte  à tous  les  autres  oi- 
seaux qui  le  viennent  becqueter , et 
luy  courent  sus  à toute  reste  : mais 
quand  ledit  hibou  est  mort , ils  ne 
ne  s’en  soucient  aucunement2.  Ainsi 

1 Coustumierement  on  laissait  tremper  vn  mor- 
ceau de  Licorne  dans  la  Coupe  du  Roy. — A . P. 

- Response  d’vn  Iwmtne  bien  aditisé.  Relie 
similitude.  — A.  P. 


/ 


DE  LA.  LICORNE. 


rapportant  cesle  similitude  à luy  , il 
me  dit , que  de  son  vivant  il  ne  se 
mettrait  iamais  en  butte  pour  se 
faire  becqueter  des  enuieux  et  médi- 
sons , qui  enlretenoient  le  monde  en 
opinions  si  faulses  et  mensongères  : 
mais  il  osperoit  qu’aprés  sa  mort  on 
trouueroit  ce  qu’il  en  auroit  laissé 
par  escrit  *. 

Considérant  donc  ceste  response 
qu’il  me  fit  lors,  ioint  aussi  qu’on  n’a 
rien  apperceu  de  ses  escrits  depuis  sa 
mort,  qui  fut  il  y a enuiron  onze  ans 
ou  plus,  ie  m’expose  maintenant  à la 
butte  qu’il  refusa  pour  lors.  Que  s’il 
y a quelqu’vn  qui  puisse  m’assaillir 
de  quelque  bon  trait  de  raison  ou 
d’experience , tant  s’en  faut  que  ie 
m’en  tienne  offensé,  qu’au  contraire 
ie  luy  en  sçauray  fort  bon  gré,  de 
m’auoir  monstréce  qu’oncques  ie  n’ay 
peu  apprendre  des  plus  doctes  et  si- 
gnalés personnages  qui  furent , et 
sont  encore  en  estime  pour  leur  doc- 

1 Cette  histoire  de  Chapelain  était  déjà 
mentionnée  en  1579,  mais  avec  une  rédac- 
tion toute  différente.  La  voici  : 

« Parquoy  feu  monsieur  Chapelain  disoit, 
que  fort  volontairement  il  eust  osté  ceste 
coustume  de  laisser  tremper  vn  morceau  de 
Licorne  dedans  la  coupe  où  le  Roy  beuuoit, 
n’eust  esté  qu'il  cognoissoit  ceste  opinion 
estre  si  inueteree  et  enracinée  au  cerueau 
des  hommes,  qu’il  craignoit  bien  que  par 
raison  ne  pourroit  estre  le  maislre  : loinct, 
disoit-il,  que  si  ceste  superstition  ne  profite, 
que  pour  le  moins  aussi  elle  ne  nuisoit 
point,  sinon  à la  bourcede  ceux  qui  l'achè- 
tent au  poix  de  l’or  : ou  bien  aussi  par  acci- 
dent, de  tant  que  les  grands  seigneurs  (il 
faut  sans  doute  lire  ici  un  mot  passe,  con- 
fions) en  la  vertu  alexitaire  de  cesle  Licorne, 
ne  tiennent  conte  de  s’asseurer  et  preseruer 
par  autre  moyen  raisonnable  contre  les  ve- 
nins et  empoisonneurs.  » 

Je  ne  vois  pas  pourquoi  cette  dernière 
réllexion  si  juste  a été  retranchée  en  1582. 


5o9 

trine  singulière,  ny  mesme  d’aucun 
effet  de  nostre  licorne. 

Vous  me  direz  . puis  que  les  Méde- 
cins sçauenf  bien,  et  publient  eux- 
mesmes,  que  ce  n’est  qu’vn  abus  de 
ceste  poudre  de  licorne , pourquoy 
en  ordonnent-ils?  C’est  que  le  monde 
veut  eslre  trompé,  et  sont  contraints 
lesdils  Médecins  bien  soutient  d’en  or- 
donner, ou  pour  mieux  dire,  permet- 
tre aux  paliens  d’en  vser,  parce  qu’ils 
en  veulent.  Que  s’il  aduenoit  que  les 
paliens  qui  en  demandent , mourus- 
sent sans  en  auoir  pris,  les  parens 
donneroient  tous  la  chasse  ausdils 
Médecins,  et  les  descrieroient  comme 
vieille  monnoye. 


CHAPITRE  XVII. 

PREVVE  FAITE  PAR  RAISON. 

Venons  maintenant  à la  raison.  Tout 
ce  qui  résisté  aux  venins  est  cardia- 
que et  propre  à corroborer  le  cœur. 
Rien  n’est  propre  à corroborer  le 
cœur,  sinon  le  bon  air  et  le  bon 
sang  : pour  autant  que  ces  deux 
choses  seulement  sont  familières  au 
cœur,  com me  estan  t l'officine  du  sang 
artériel  et  des  esprits  vitaux.  Or  est- 
il  que  la  corne  de  Licorne  n’a  aucun 
air  en  soy,  ny  aucune  odeur,  ou  bien 
peu,  estant  toute  terrestre  et  toute 
seiche.  D’auantage  elle  ne  peut  estre 
tournée  en  sang,  parce  qu’elle  n'a  ny 
chair,  ny  suc  en  soy  : qui  est  cause 
qu’elle  n’est  chylifiée,  ny  par  consé- 
quent sanguifiée  ’. 

Il  s’ensuit  doneques  qu’elle  n’a 
aucune  vertu  pour  fortifier  et  défen- 
dre le  cœur  contre  les  venins. 

4 Tout  ce  paragraphe  est  extra  t presque 
textuellement  duchapilre  de  1579. 


DISCOVRS 


5lO 

Voire-mais,  dira  quelqu’vn,  en  tant 
d’opiates,  electuaires  et  epithemes 
que  l’on  fait  pour  le  cœur,  qu’y  a-il 
de  tel , qui  contienne  en  soy  vn  bon 
air  ? 

Sia  : sçauoir  est,  les  conserues  de 
bourache,  buglosse,  violiers  de  Mars, 
de  roses , de  fleurs  de  rosmarin , la 
confection  d’alkermes,  le  mithridat, 
le  theriaque,  l’ambre,  le  musc,  la  ci- 
uette,  le  safran,  le  camphre  et  sem- 
blables , lesquels  mesme  l’on  délayé 
en  bon  vin  et  fort  vinaigre , en  eau 
de  vie,  pour  appliquer  sur  le  cœur,  ou 
pour  donner  en  breu uage.  Toutes  les- 
quelles choses  sont  en  soy,  et  rendent 
de  soy  vne  odeur,  c’est  à dire,vo  air  ou 
exhalation  fort  souëfue  , bénigne  et 
familière  à la  nature  et  substance  du 
cœur,  en  tant  qu’elles  peuuent  en- 
gendrer, multiplier,  esclaircir  et  sub- 
tilier  les  esprits  vitaux,  par  similitude 
de  leur  substance  aërée,  spirituelle  et 
ôdorante. 

Ouy,  mais  au  bol  d’ Arménie,  en  la 
terre  sigillée , en  la  corne  de  cerf,  en 
la  raclure  d’yuoire  et  de  corail,  n’y  a- 
il  rien  de  spiritueux  et  aëré? 

Non  eertés.  Pourquoy  donc  sont- 
ils  mis  entre  les  remedes  cardiaques? 
Pource  que  de  leur  faculté  et  vertu 
astringente  fondée  en  la  terreslrité 
de  leur  substance,  ils  ferment  les 
conduits  des  veines  et  arteres,  par 
lesquelles  le  venin  et  air  peslilent 
pourrait  estre  porté  au  cœur.  Car 
ainsi  sont-ils  ordonnés  profitablement 
aux  flux  de  sang  et  vuidanges  immo- 
dérées. Ils  sont  donc  appelles  cardia- 
ques, non  pas  que  de  soy  et  par  soy 
ils  fortifient  la  substance  du  cœur 
par  aucune  familiarité  ou  similitude, 
mais  par  accident , parce  qu'ils  bou- 
chent le  passage  à l'ennemy,  l’arres- 
tant  en  chemin , à ce  qu’il  ne  se  iëtte 
dedans  la  citadelle  de  la  vie. 


CHAPITRE  XVIII. 

DES  PERLES  ET  PIERRES  PRECIEVSES,  SVI- 
VANT  L’OPINION  DE  IOVBERT. 

Quant  aux  perles  et  autres  pierres 
précieuses,  ie  suis  de  l’aduis  de  mon- 
sieur Ioubert , Médecin  ordinaire  du 
Roy, lequel  au  chap.  18.  d’vn  traité 
qu’il  a escrit  de  la  Peste , dit  ainsi  : 

le  ne  sçay  que  ie  doy  dire  touchant 
les  pierres  précieuses,  que  la  plus 
grand’part  des  hommes  estiment  tant, 
veu  que  cela  semble  superstitieux  et 
mensonger  d’asseurer  qu’il  y a vne 
vertu  incroyable  et  secrette  en  elles, 
soit  que  on  les  porte  entières  sur  soy, 
ou  que  l’on  vse  de  la  poudre  d’icelles. 

Or  icy  ne  veux-ie  encore  oublier  à 
mettre  en  mesme  rang  l’or  potable  , 
et  les  chaisnes  d'or  et  doubles  ducats 
qu’aucuns  ordonnent  mettre  aux  res- 
taurans  pour  les  pauures  malades: 
attendu  qu’il  y a aussi  peu  d’asseu- 
rance  qu’en  la  licorne,  voire  moins. 
Car  ce  qui  n’est  point  nourri , ne 
peut  bailler  nourriture  à autruy.  Or 
il  est  ainsique  l’or  n’est  point  nourri. 
Parquoy  il  semble  que  ce  soit  vne  pi- 
perie  de  luy  attribuer  la  vertu  nu- 
tritiue,  soit  qu’il  soit  réduit  en  forme 
potable,  qu’ils  appellent,  ou  qu’il  soit 
boiiilli  auec  des  restaurans  >. 

Or  on  me  dira  qu’aprés  auoir  fait 
bouillir  des  escus  ou  autres  pièces 
d’or  aux  restaurans,  ils  ne  seront  de 
mesme  poids  qu’ils  estoient  aupara- 
uant  : ie  le  confesse,  mais  ce  ne  sera 
que  l’or  soit  en  rien  diminué  par  l’e- 
bullition:  ainsque  l’excremenl qu’au- 
ront accueilli  les  pièces  d’or , pour 
auoir  esté  long  temps  maniées  ou  por- 

1 Le  chapitre  se  terminait  là  en  1582;  le 
reste  est  de  1585. 


DE  LA.  LICORNE. 


téesdu  peuple,  voire  des  verollés,  la- 
dres , et  vieilles  harangeres,  pourra 
estre  demeuré  dans  les  rcstaurans. 

D’abondant  il  y a encore  vue  grande 
piperie  que  les  bons  maistres  quin- 
tessentieux  font  pour  faire  leur  or 
potable,  qu’ils  disent  mettre  aux  res- 
taurans  : c’est  que  d’vne  chaisne  de 
trois  ou  quatre  cens  escus  passée  par 
l’eau  forte,  en  desroberonl  quinze  ou 
vingt  escus,  qui  fera  diminution  d’au- 
tant de  poids,  et  font  accroire  aux 
niais  que  ledit  or  est  diminué  par 
l’ebullition.  Qui  pourra  se  garder  de 
ces  bailleurs  de  baliuernes,  affron- 
teurs et  larrons,  ce  sera  bien  fait. 


CHAPITRE  XIX. 

DV  PIED  d’hELLEXD1. 

Cecymefaitsouuenirdu  pied  d’Hel- 
lend,  duquel  plusieurs  font  si  grand 
cas  , spécialement  Iuy  altribuans  la 
vertu  de  guarir  de  l’epilepsie.  Et  m’es- 
tonne  d’où  ils  prennent  cesle  asseu- 
rance,  veu  que  tous  ceux  qui  en  ont 
escrit,ne  font  que  dire,  on  dil,  on  dil  : 
ie  m’en  rapporte  à Gesnerus,  et  à 
Apollonius  Menabenus.  Et  quand  ce 
ne  seroit  que  la  misere  de  l’animal, 
qui  tombe  si  souuent  en  epilepsie 
(dont  les  Allemans  l’appellent  Hel- 
lend,  qui  signifie  misere  j et  néant- 
moins  ne  s'en  peut  guarantir,  encore 
qu’il  aittousioursson  ongle  quant-et- 
quantsoy  : il  me  semble  que  cela  est 
suffisant  pourreuoquer  en  doute  les 
vertus  qu’on  luy  attribue. 

Voila  cequ’il  me  semble  de  la  corne 
de  licorne  : et  si  quelqu’vn  en  peut 

1 II  s’agit  ici  du  pied  d’élan,  qu’on  devi- 
nerait difficilement  sous  la  bizarre  ortho- 
graphe de  notre  auteur. 


5i  1 

descouurir  d’auantage,  ie  luy  prie  en 
faire  part  au  public,  et  prendre  mon 
escriten  bonne  intention t. 

1 Cette  conclusion  se  lit  déjà  textuelle- 
ment dans  le  chapitre  de  1579;  mais  aupa- 
ravant Paré  l’appuyait  ainsi  : 

« Et  quiconques  auec  moy  s’arrestera  à 
ces  expériences  et  auctoritez  : quiconques 
examinera  diligemment  ces  raisons,  il  con- 
damnera comme  moy  la  corne  de  Licorne, 
et  la  superstition  des  marchans  qui  vendent 
si  cher  la  corne  de  Licorne,  et  la  superstition 
des  cérémonieux  Médecins  qui  l’ordonnent, 
et  la  folle  opinion  du  peuple  qui  la  requiert 
et  desire,  d’autant  qu’en  telle  drogue  il  n’y 
a non  plus  de  vertu  qu’en  l’yuoire  ou  autres 
semblables  denrees.  Voyla  ce  qu’il  me  sem- 
ble de  la  corne  de  Licorne.  » 

Cela  était  d’une  rare  énergie,  et  chacun 
y avait  son  compte,  mais  surtout  les  méde- 
cins; ce  fut  sans  doute  à cause  de  la  Faculté 
què  ce  passage  fut  supprimé  dans  toutes  les 
éditions  suivantes. 

Mais  en  1582,  le  Discours  de  la  Licorne  ne 
se  terminait  pas  ainsi,  et,  après  l’histoire 
du  pied  d’Hellend , l’auteur  ajoutait  : 

« Mais  pour  ne  nous  esloigner  de  nostre 
propos,  retournons  à la  Licorne.  » 

Alors  commençait  une  série  de  neuf  cha- 
pitres, du  20e  au  28e,  sous  ce  titre  général  : 
Des  Venins.  Le  chapitre  20  débutait  de 
cette  façon  : 

« Or  posons  le  cas  que  la  corne  de  ! icorne 
rcsiste  à quelque  espece  de  venin  , ce  que  ie 
croy  piteusement  (sic)  : pour  le  moins  me 
confessera-on  qu’elle  ne  peut  résister  à tou- 
tes les  sortes.  Car  elle  feroit  son  operation 
par  ses  qualitez  manifestes,  ou  par  ses  pro- 
prietez  occultes.  Si  par  ses  qualitez  manifes- 
tes, et  si  elles  sont  chaudes , elles  seruiront 
contre  le  venin  froid  seulement,  et  non  con- 
tre le  chaud , et  ainsi  des  autres  qualitez  : 
et  si  elle  operoit  par  vne  vertu  spécifique,  ce 
seroit  par  occulte  conuenance  qu’elle  auroit 
auec  vne  sorte  de  venin,  laquelle  toutes- 
fois  elle  n’auroit  pas  auec  l’autre.  Or  il  en 
est  de  plusieurs  et  diuerses  sortes , etc.  » 
Après  quoi  l’auteur  exposait  brièvement  les 


5l2 


JD1SC0VRS 


variétés  des  venins,  leurs  signes,  les  règles 
générales  du  traitement,  etc.,  le  plus  sou- 
vent en  analysant  les  premiers  chapitres  de 
son  livre  des  Venins,  rarement  en  y ajou- 
tant de  nouvelle  rédaction.  Cependant,  au 
chap.  26 , il  y a un  passage  qui  manque  en 
1679,  et  que  nous  avons  retrouvé  dans  le 
texte  du  livre  des  Venins  de  1585  ( voyez  ci- 
devant  page  296)  ; mais,  surtout  au  chap.  24, 
fol.  40 , verso  , se  lit  un  passage  qui  n’a  re- 
paru nulle  autre  part,  et  qui  est  fort  intéres- 
sant à reproduire.  Il  s’agit  de  la  corruption 
des  humeurs  du  corps  par  mauvais  régime, 
et  là  c’est  le  chap.  4 du  livre  de  la  Peste  qui 
fournit  tes  premières  phrases.  Mais,  après 
l’énumération  des  mescliuntes  viandes  que  la 
famine  force  à manger,  comme  dans  les 
villes  assiégées , comme  grains  pourris,  her- 
bes . fruits  sauuages , pain  d’auoine , de  poix, 
de  fébues , de  fougere,  d'ardoise,  de  gland, 
de  chiendent,  troncs  de  choux,  etc.  (et  cela 
est  bien  plus  complet  que  dans  le  texte  du 
chapitre  cité  du  livre  de  la  Peste),  l’au- 
teur continue: 

» Tels  aliments  engendrent  pourriture 
et  vénénosité  en  nos  humeurs,  qui  cau- 
sent la  peste  et  autres  mauuaiscs  mala- 
dies en  nos  corps  : comme  vn  chancre  qui 
ronge  et  corrode  la  chair  et  les  os.  De  faict 
que  nous  voyons  soutient  que  par  la  ma- 
lice des  humeurs  venimeux  les  parties  se 
mortifient  et  pourrissent:  ce  qui  est  prouué 
par  Hippocrates  , section  3.  liu.  3.  des  Epi- 
demies , où  il  dit  auoir  veu  des  charbons  en 
temps  de  peste  si  estranges  et  hideux  à voir, 
que  c’estoit  chose  admirable.  Car  il  s’y  fai— 
soit  des  inflammations  douloureuses,  gan- 
grenés, et  mortifications,  et  vlceres,  qui 
rongeoient  toute  la  chair , les  nerfs  et  les  os  : 
tellement  qu’ils  tomboient  toutes  en  pièces 
pourries.  Aux  vns  toute  la  teste  se  pcloil,  et 
le  menton  , de  sorte  que  l’on  voyoit  les  os 
tous  desnuez  et  descouuerts.  Aux  autres  les 
pieds  et  les  bras  lomboient  ( le  semblable  ie 
proteste  auoir  veu  aduenir  à l’Hoslel-Dieu 
de  Paris,  et  ailleurs),  et  ceux  qui  reschap- 
poient  desiroient  estre  morls,  pour  la  grande 
deformité  et  impuissance  qui  leur  resloient 
en  leurs  membres. 

» Ainsi  de  recentc  mémoire  on  a veu  ad- 
uenir à monsieur  Boucquet,  Chanoine  de 


Nostre  Dame  de  Paris,  le  soir  faisant  bonne 
chere,  ne  sentant  aucune  douleur,  on  luy 
trouua  vn  pied  le  lendemain  tout  mortifié, 
sans  aucun  sentiment,  de  couleur  plombine 
et  noirastre , froid  comme  la  glace , où  ne 
fut  en  la  puissance  tant  des  Médecins  que 
des  Chirurgiens  y pouuoir  donner  ordre. 
I’estois  d’auis  qu’on  luy  coupast  le  pied  , et 
d’autres  auec  moy  • mais  ledict  Boucquet 
nous  dist  qu’il  vouloit  mourir  doulcement  : 
toulesfois  au  contraire  ce  fut  fort  douloureu- 
sement. Parceque  la  gangrené  chemina  jus- 
ques  à la  cuisse,  les  vapeurs  de  laquelle  le 
feirent  mourir  en  peu  de  iours. 

» On  pourroit  icy  amener  plusieurs  his- 
toires semblables  qui  sont  aduenucs  pour  la 
vénénosité  des  humeurs  : mais  il  suffira 
pour  le  présent  de  cellc-cy.  » 

Le  lecteur  trouvera  au  chapitre  37  delà 
Peste  quelques  détails  sur  les  vastes  char- 
bons qui  rongeoient  ainsi  toute  la  chair; 
mais  ni  la  citation  d’IIippocrate  ni  l'his- 
toire de  Boucquet  n’ont  été  reproduites 
nulle  part,  probablement  parce  qu’elles  se 
rattachent  à la  peste,  et  que  Paré  ne  se  sou- 
vint pas  d’aller  les  chercher  dans  un  chapi- 
tre du  Discours  des  venins.  Celte  histoire  de 
Boucquet  est  intéressante  sous  un  triple 
point  de  vue  : 1"  comme  exemple  d’une  gan- 
grène sénile  : 2°  à raison  du  conseil  de  cou- 
per le  pied,  qu’on  ne  lit  nulle  autre  part 
dans  les  OEuvres  de  Paré;  3°  enfin  parce 
que  le  mal  ayant  gagné  la  cuisse,  Paré  sem- 
ble le  regarder  comme  sans  rerriede.  Voyez 
la  préface  de  ce  troisième  volume. 

Après  le  Discours  de  la  t.icorne  et  des  Ire- 
nins,  suivait  enfin  le  Brief  Discours  de  la 
Peste  , auquel  demouslrerons  que  la  Licorne 
n’a  nul  effect.  Il  se  liait  aux  discours  précé- 
dent par  la  phrase  suivante  : 

« Maintenant  il  nous  fault  traicter  som- 
mairement du  venin  pestiféré,  à cause  que 
plusieurs  tiennent  la  Licorne  pour  le  plus 
excellent  alexi taire, ou  contre  poison,  pour  la 
précaution  et  curation  d’icelle  : et  commen- 
cerons par  vne  description  allégorique.  » 

Et  en  ctTet  il  procédait  immédiatement  à 
celte  description  allégorique , qui , un  peu 
modifiée  et  augmentée,  a remplacé  en  1 685 
la  description  plus  simple  de  1568.  La  pic- 


DE  LA  LICORNE. 


miere  phrase  en  est  plus  remarquable  ici 
que  partout  ailleurs. 

« Peste  est  vne  maladie  venant  de  l’ire  de 
Dieu,  furieuse,  tempestaliue , hastiue, 
monstrueuse,  espouuantable,  et  effroyable , 
contagieuse,  terrible,  farouche,  traistresse, 
fallacieuse,  etc.  » 

On  pourrait  croire  qu’il  ne  s’est  arrêté  que 
faute  d’épithètes. 

Ce  discours  se  composait  de  24  chapitres, 
dont  la  plupart  ne  présentent  qu’une  courte 
analyse  du  livre  de  la  Peste.  Mais  quelques 
uns  sont  entièrement  nouveaux  , comme  le 
6'  et  le  7',  dont  Paré  a fait  depuis  le  30'  de 
son  livre;  une  partie  du  chap.  22,  intitulé  : 
De  l’espece  de  Charbon  dicl  panaris , et  cure 
d’iceluy.  Cette  histoire  du  panaris  était  em- 
pruntée au  livre  des  Tumeurs  en  particulier, 
ou  on  la  trouve  dans  les  grandes  éditions. 
Enfin  il  y avait  plusieurs  additions  de  détail 
qui  ont  été  reprises  pour  la  plupart  dans  l’é- 
dition de  1585,  et  qui  ont  été  notées  en  leur 
lieu  , pages  399,  422  et  441.  Il  y en  a d’au- 
tres de  moindre  importance,  et  tellement 
perdues  dans  le  texte,  que  l’auteur  même 
n’a  pas  su  les  y retrouver  pour  son  édition 
de  1585;  ainsi,  au  chapitre  18  (ci-devant 
page  388),  il  dit  simplement  en  note  : Le 
pape  Pelagius  mourut  de  peste  ; et,  au  chap.  2 
de  son  Discours,  il  disait  dans  le  texte 
même  : Pelagius  et  Calixttts , papes  , en  mou- 
rurent ; et  il  citait  en  même  temps  David  et 
Ezechias.  Au  chap.  14,  intitulé  : Des  reme- 
des  propres  pour  combattre  et  purger  le  venin 
pestiféré,  et  répondant  conséquemment  au 
chap.  24  du  livre , il  est  assez  remarqua- 
ble qu’il  donne  un  précepie  absolument 
contraire  à celui  qu’il  avait  posé  en  1579, 
et  que  par  mégarde  sans  doute  il  conserva 
encore  en  1585.  Ainsi  on  lit  dans  le  Livre  : 
Aucuns  sont  d’uduis...  donner  purgation  : 
mais...  nous  sommes  d’aduis  que  le  plus  expé- 
dient est  de  donner  premièrement  et  subitement 
au  malade  quelque  alexitere , etc.  Voici  main» 
tenant  le  texte  du  Discours; 

«Hippocrates,  Aphor.  10.  lin.  4.,  dit 
qu’aux  maladies  fort  aiguës,  si  la  matière 
est  en  mouuement  furieux  , fault  purger  du 
mesme  jour  : car  de  prolonger  en  tel  cas  est 
mauuais  et  dangereux.  Parquoy  quand  le 

III. 


01 3 

venin  pestiféré  n’est  encore  arresté  en  vne 
partie  par  vne  bosse  ou  charbon,  il  vague  et 
erre  de  lieu  à autre,  et  se  meut  furieusement 
(convme  la  beste  sauuage  qui  est  en  ruth  et 
en  amour)  auec  douleur,  qui  ne  donne  au- 
cun repos  au  pauure  malade,  à cause  de  la 
grande  malignité  veneneuse  et  furieuse  qui 
ne  cherche  que  à accabler  le  cœur  et  autres 
parties  nobles.  Parquoy  sans  faire  aucun 
delay,  il  le  conuient  vuider  et  euacuer, 
pourueu  que  la  bosse  ou  charbon  n’appa- 
roissent  desia  : d’aultant  qu’alors  il  fauldroit 
s’en  abstenir,  parce  qu’on  interromproit  le 
mouuement  de  Nature,  et  l’empescheroit 
de  ietter  le  venin  hors.  Or  ledit  venin  sera 
vacué  par  vomissemens,  flux  de  ventre, 
sueurs,  et  autres  vacualions  que  descrirons 
icy,  les  plus  signalées  que  i’ay  cognu  par 
expérience.  Entre  lesquels  pardessus  tout 
sont  le  Theriaque  et  Methridat , etc.  » 

Ici  on  retombe  dans  le  texte  du  chap.  24  du 
livre  de  la  Peste , mais  pour  quelques  ligne 
seulement  ; et  voici  la  nouvelle  pratique  : 

« Dont  subit  que  le  patient  se  sentira 
frappé,  prendra  dudit  Theriaque  ou  Mithri- 
dat.  La  quantité  se  doibt  diuersiüer  selon 
les  personnes.  Car  les  forts  et  robustes  en 
pourront  prendre  vne  dragme  et  plus,  uuec 
six  grains  de  scamonee  en  pouldre  : les 
moyens,  demie,  auec  trois  grains  de  ladicte 
scamonee:  et  les  enfans  encore  moins,  'et 
sans  scamonee,  dissoult  en  eau  de  chardon 
benist,  ou  buglosse,  ou  de  l’ozeille.  Apres 
l’auoir  pris  , se  faut  proumener  et  se  mettre 
au  lict  chaudement , etc.  » 

Cette  nouvelle  pratique  ne  venait  pas 
d’une  nouvelle  expérience  ; Paré  cite  en 
marge  comme  autorité  Nicole  Nancel  en  son 
Traicté  de  la  peste,  dont  le  nom  reviendra 
encore  à la  fin  de  ce  discours.  C’est  sans 
doute  à cette  source  qu’il  avait  pris  le  re- 
mède suivant,  omis  dans  le  livre  de  1585. 

« Electuaire  de  l’œuf,  duquel  vsoil  l’empereur 
Maximilien , bien  estimé  des  gens  doctes. 

» Prenez  vn  œuf  frais,  et  faictes  sur  les 
deux  bouts  vn  petit  trou  : puis  on  soufflera 
par  vn  des  bouts  pour  faire  sortir  tout  le 
blanc  et  le  iaulne  : Iceluy  vuidé,  le  fault 
remplir  de  safran  Oriental  subtilement  pul- 

33 


DISCOVRS  DE  LA  LICORNE. 


5 1 4 

uerisé  : Et  apres  estoupper  les  trous  d’vne 
autre  coquille  d’œuf,  auec  mastic  fort  mas- 
ché,  et  le  seicher  près  le  feu,  tant  que  la 
couuerture  tienne  fort.  Cela  faict,  le  fault 
mettre  cuire  soubs  les  cendres  chaudes , et 
l’y  laisser  tant  qu’il  vienne  de  couleur  vio- 
lette, et  qu’il  se  puisse  pulueriser  auec  la  co- 
quille. Puis  pezerla  dicte  pouldre,  et  pren- 
dre autant  de  semence  de  rue  puluerisee,  et 
du  Dictamnus  albus,  racine  de  Tormentille, 
de  chacun  demy-once,  puluerisez  bien  sub- 
tilement , graine  de  Moustarde  deux  drag- 
mes,  aussi  puluerisee,  et  le  tout  incorporé. 
A quoy  on  adioustera  autant  de  bon  Thé- 
riaque, lequel  sera  derechef  incorporé  en 
vu  mortier  de  marbre,  par  l’espace  d’vne 
heure.  Icelle  mixture  sera  gardee  en  vn 
vaisseau  de  verre  bien  bouché. 

» Or  durera  ceste  composition  trente  ans  : 
Et  d’autant  qu’elle  sera  plus  vieille,  d’autant 
sera-elle  meilleure. 

» Elle  preserue  de  la  peste,  en  prenant 
tous  les  matins  à ieun  la  grosseur  d’vn  poix  : 
et  la  tenant  longuement  en  la  bouche,  à fin 
que  la  vapeur  et  vertu  soit  communiquée 
au  cerueau.  Si  l'on  se  sent  frappé  de  peste, 
il  en  fault  prendre  la  grosseur  d’vne  febuc, 
et  la  deslayer  auec  eau  d’Endiue  ou  Acc- 
teuse,  et  vn  peu  d’eau  de  vie.  Puis  se  pro- 
mener, sil’onpeult  : et  apres  se  poser  dedans 
le  lict,  etcouurir  tres-bien,  et  mettre  vue 
grosse  bouteille  remplie  d’eau  bouillante  à 
ses  pieds , et  suer  par  l’espace  de  deux  heu- 
res, plus  ou  moins,  selon  la  vertu  du  ma- 
lade: et  apres  se  faire  bien  essuyer.  Notez 
que  pendant  que  l’on  suera  on  se  doit  gar- 
der de  dormir.  Apres  la  sueur,  sera  baillé 
quelque  bon  bouillon,  auquel  il  y aura  vn 
peu  de  ius  de  citron,  et  du  safran.  » 

J’ai  conservé  cette  recette  à cause  de  son 
titre  et  de  sa  composition  étrange;  elle  est 
suivie  d’autres  dont  j’ai  retrouvé  la  plupart 
éparpillées  en  divers  chapitres  du  livre  de  la 
Peste,  e t la  patience  m’a  manqué  pour  faire 
la  même  recherche  à l’égard  du  reste. 

Au  chap.  23,  correspondant  au  chap.  38 
du  livre  et  portant  le  même  titre,  j’ai  re- 
marqué un  passage  plus  intéressant  touchan  t 
la  cautérisation  des  charbons;  on  pourra  le 


comparer  avec  le  texte  primitif,  ci-dessus, 
page  441. 

« Sur  tout  le  ieune  Chirurgien  doit  bien 
aduiser,  que  si  la  pointe  du  charbon  appa- 
roist  noire , il  la  fault  cautériser  auec  huile 
feruente,  ou  eau  forte,  ou  cautere  actuel  : 
car  par  ce  moyen,  on  luy  faict  perdre  vne 
grande  partie  de  sa  malignité , à cause  que 
l’on  donne  issue  au  venin,  et  s’appaise  la 
douleur,  et  te  puis  asseurer  l’auoir  faict 
auec  heureux  succez.  Or  on  ne  les  doibt  cau- 
tériser, s’ils  ne  sont  noirs,  pareeque  ceste 
noirceur  est  ia  gangrenee,  et  partant  moins 
douloureuse.  Dauantage  il  se  fault  garder  de 
cautériser  ceux  qui  sont  rouges,  doulou- 
reux, ou  enflammez,  de  peur  de  causer  vne 
exlreme  douleur,  et  accroissement  defiéure, 
et  estre  cause  de  la  mort  du  pauure  malade. 
Dieu  sçait  combien  ces  ieunes  Barbiers  es- 
leus  à penser  les  pesliferez  en  ont  fait  mou- 
rir par  ce  moyen. 

» Apres  la  cautérisation  , on  fera  des  sca- 
rifications dessus,  iusques  à ce  que  le  sang 
en  sorte.  Puis  on  y appliquera  le  cul  d’vne 
poule  commune  qui  ponne , à fin  qu’elle  ait 
le  cul  plus  ouuert;  ou  vne  grosse  poule 
d’Inde , etc.  » 

Je  laisse  cette  histoire  du  cul  des  poules, 
trop  longuement  exposée  au  chap.  34  du  Li- 
vre actuel  (page  432).  Après  cela  je  ne  trouve 
plus  rien  de  nouveau  , à l’exception  de  l’es- 
pèce d’épilogue  qui  termine  le  Discours. 

« Fin  du  brief  Discours  de  la  Peste,  extraict 
du  vingt  vniesme  liure  de  mes  OEuures.  Que 
si  aucun  desire  en  auoir  plus  ample  instruc- 
tion et  intelligence,  qu’il  lise  ledit  vingt 
vniesme  liure,  là  où  sont  déduites  au  long 
plusieurs  autres  dispositions  et  accidens  qui 
la  suyuent.  Finalement,  qu’il  voye  vn  traicté 
que  nagueres  a faict  monsieur  Maistre  Nicole 
de  Nancel , Médecin  demeurant  à Tours,  le- 
quel en  a autant  bien  escrit  que  nul  autheur 
que  i’aye  oneques  cognu,  et  d’vn  langage 
facile  à entendre,  selon  la  doctrine  des  An- 
ciens : par  où  l’on  peult  iuger  (si  ie  ne  me 
trompe)  qu’il  a mis  la  main  souuentefois 
aux  armes,  pour  combattre  et  vaincre  ceste 
maladie,  et  les  accidens  qui  la  suyuent.  » 


REPLIOYE 

D’AMBROISE  PARÉ,  PREMIER  CH1RVRGIEN  DV  ROY, 

A LA  RESPONSE  FAITE  CONTRE  SON 


DISCOVRS  DE  LA  LICORNE  *. 


Pauois  souhaitté , discourant  de  la 
Ijcorne.que  s’il  y auoit  quelqu’vn 
qui  en  eust  autre  opinion  que  moy  , 
il  luv  pleust  mettre  ses  raisons  en 
auant  : pensapt  que  par  le  débat  des 
raisons  contraires  , comme  par  le 
heurt  de  deux  pierres,  les  viues  estin- 
■celles  de  la  vérité  viendraient  à pa- 
roislre  <*,  qui  pourroient  exciter  vne 
lumière  si  grande  de  tout  ce  fait  en 
nos  esprits  , qu’on  n’auroit  plus  oc 
casiou  d’en  douter.  Ce  mien  souhait 
m’est  en  partie  aduenu.  Car  il  s’est  j 
trouué  quelqu’vn  qui , controllant 
mesesciits  , m’a  voulu  desdire  en  ce 
point  : duquel  toutesfuis  les  raisons  ne 
me  semblent  si  fortes , que  pour  cela 
,ie  doiue  quitter  mon  party  pour  pren- 
dre le  sien  , ainsi  que  j’espere  rnons- 
trer,  répliquant  sur  vne  chacune  d’i- 
celles : laissant  à part  ses  animosités, 
lesquelles  i’estime  luy  estre  eschap- 

1 Cette  réplique  a paru  isolément  en  15S2, 
comme  je  l’ai  dit  dans  mon  Introduction  à 
l’article  Bibliographie  ;il  n’y  a pas  été  changé 
un  root  depuis.  On  ne  sait  pas  le  nom  de 
l’adversaire  à qui  Paré  répondait.  Voyez  à 
cet  égard  mon  Introduction,  page  cclxxxix. 

* Belle  comparaison.  — A.  P. 


pées,  plus  pour  zele  qu’il  porte  à la  vé- 
rité , que  pour  opinion  qu’il  puisse 
auoir  de  moy  autre  que  d’homme  de 
bien  , et  studieux  du  profit  public. 

Sa  première  raison  est , qu’il  faut 
bien  que  la  licorne  aye  de  grandes  ver- 
tus , veu  que  tous  les  sages  demeurent 
enlr’eux  d’accord  des  admirables  pro- 
priétés d’icelle.  Et  que  parlant  il  faut 
acquiescer  à leur  aulhorilé  : attendu 
qu  il  vaut  mieux  faillir  auec  les  sages , 
que  bien  opiner  contre  leur  opinion. 

le  nie  la  première  partie  de  ceste 
raison,  attendu  que  commei’ay  mons- 
tre en  mon  precedent  discours , mes- 
sieurs Rondelet,  Chappelain  , et  le 
docte  Duret,  ne  font  pas  plus  grand 
cas  de  la  corne  de  Licorne,  que  d’au- 
tre corne  quelconque  : et  toutesfois 
ces  trois  là  sont  sages  et  clairs-voyans 
en  Medecine.  Quanta  la  seconde  par- 
tie. ie  dis  tout  au  contraire,  quei’ai- 
merois  mieux  faire  bien  toutseul.que 
de  faillir  non  seulement  auec  les  sa- 
ges, mais  mesme  auec  tout  le  reste 
du  monde.  Car  l’excellence  de  la  vé- 
rité est  si  grande  , qu’elle  surpasse 
toute  la  sapience  humaine , qui  bien 
souuent  n’est  armée  que  de  brauade, 
n est  enflée  que  de  vent , n’est  parée 


HE I’Ll QUE  POUR  LE  D1SCOVRS 


5 1 6 

que  d’apparence  et  vanité  : parquoy 
la  seule  vérité  doit  estre  cherchée  , 
suiuie  et  cherie. 

La  seconde  raison  est,  quelelcng 
temps  qu’il  y a que  la  Licorne  est  en 
vsage  , monstre  bien  icelle  estre  bonne. 

le  répliqué  que  le  long  temps  n'est 
pas  suffisant  pour  prouuer  la  corne 
de  Licorne  auoir  les  vertus  qu’on  luy 
attribue.  Car  telle  vogue  n’est  fondée 
qu’en  opinion , et  la  vérité  ( connue  il 
dit  lui-mesme)  dépend  de  la  chose , 
et  non  des  opinions.  Parquoy  rien  ne 
sert  de  m’alleguer  les  Papes  , Empe- 
reurs , Roys  et  Potentats , qui  ont  mis 
la  corne  de  Licorne  en  leurs  thresors  : 
car  ils  ne  sont  d’eux -mesmes  iuges 
competans  de  la  propriété  des  choses 
naturelles  : et  ceux  par  les  yeux  des- 
quels ils  ont  veu,  ont  esté  ou  louches 
ou  conniuens,  de  leur  auoir  monstré 
ou  laissé  voir  le  noir  pour  le  blanc. 
Parquoy  à bon  droit  André  Marin  , 
Médecin  excellent  de  Florence  , au 
Discours  qu’il  a fait  de  la  faulse  opi- 
nion de  la  Licorne,  s’esmerueille  com- 
ment iusques  icy  il  ne  s’est  trouué  en- 
core Médecin  ou  autre , tant  amateur 
de  son  Prince,  qui  l’ait  retiré  de  ceste 
erreur,  la  bannissant  de  ses  cabinets 
comme  vn  abus  et  tromperie  mani- 
feste : concluantquesiprecieuxioyau 
n’estoit  propre  qu’aux  basteleurs  et 
imposteurs,  et  mal-seant  aux  Méde- 
cins, qui  ont  des  remedes  plus  asseu- 
rés  et  approuués  pour  combattre  les 
maladies  malignes,  veneneuses,  et 
pestilentes. 

Quant  à ce  qu’il  dit,  qu’il  y a des 
Licornes,  et  que  la  saincle  Escriture  le 
tesmoigne:  le  responds  que  quiconque 
pense  alléguer  cela  contre  moy,  mons- 
tre qu’il  a grande  enuie  de  quereller. 
Car  qui  est-ce  qui  croit  cela  mieux 
que  moy?  Qui  est-ce  qui  le  monstre 
mieux?  I’en  cite  cinq  passages  de  la 


saincte  Escriture  dans  mon  Discours 
de  la  Licorne.  le  croy  donc  qu’il  y 
a tousiourseu,  et  qu’il  y a encore  des 
Licornes,  non  seulement  en  la  terre  , 
mais  aussi  en  la  mer  : mais  que  leurs 
cornes  ayent  les  vertus  qu’on  leur 
attribue  contre  les  venins  et  pestilen- 
ces , c’est  le  point  que  i’attendois  : 
lequel  toutesfois  n’a  esté  touché  que 
par  vne  simple  assertion,  sans  aucune 
démonstration,  raison,  ou  authorité 
ancienne.  Car  de  dire  qu’elle  profite 
contre  la  peste,  pour  ce  qu’elle  re- 
froidit, cela  est  fuir  et  quitter  le  com- 
bat de  la  propriété  occulte,  de  laquelle 
toutesfois  est  nostre  principale  ques- 
tion. Or  quand  ainsi  seroit  qu’elle 
agiroit  par  qualité  manifeste,  il  la 
faudroit  ordonner  en  quantité  raison- 
nable, et  principalement  à la  vehe 
mence  de  l’ardeur  furieuse  et  pesti- 
lence , c’est  à dire  par  onces  ou 
quarterons.  Car  trois  ou  quatre  grains 
qu’on  ordonne  communément , n’ont 
plus  de  vertu  (ce  que  dit  monsieur 
Duret,  de  bonne  grâce  pailant  de  la  Li- 
corne) que  qui  ielteroit  quatre  grains 
de  mil  dans  la  gueule  d’vn  asne  bien 
affamé  >.  C’est  pourquoy  ie  voudrois 
bien  empescher  les  Apoticaires  de  la 
vendre  si  cher,  à fin  que  les  Médecins 
eussent  commodité  de  l’ordonner  en 
plus  grande  dose,  et  que  les  malades 
eussent  moyen  de  la  porter  auec  plus 
de  profit  en  leur  corps,  et  moins  de 
dommage  de  leur  bourse.  Cela  n’est- 
ce  me  rompre  l’esprit  de  ce  que  ie  n’ay 
que  faire  , comme  l’on  me  reproche  ? 
Car  Dieu  a recommandé  à vn  chacun 
le  salut  et  profit  de  son  prochain  : et 
certes  les  Apoticaires  mesmes  , i’en- 
lens  les  plus  anciens  et  expérimentés, 
interrogés  par  moy,  m’ont  confessé 
auoir  honte  de  la  ven  :re  si  chere  , 


1 Bonne  comparaison.  — A.  P. 


DE  LA  LICORNE. 


veu  qu’ils  n’ont  iamais  apperceu  plus 
grand  effet  en  elle  qu’es  autres  cor- 
nes communes  des  vu  lgairesanimaux: 
toutesfois  qu’ils  sont  contraints  de  la 
vendre  ainsi  chere,  parce  qu’ils  l’a- 
chètent chèrement.  Or  rachètent-  ils 
chèrement,  à raison  du  bruit  qu’on 
luy  a donné  à tort  et  sans  cause. 

Y’enons  maintenant  aux  raisons  par 
lesquelles  il  pense  destruire  ma  prin- 
cipale démonstration  , laquelle  par 
moquerie  il  appelle  mon  Achilles. 
Mon  Achilles  donc  estoit  tel  : 

Rien  n'est  bon  à corroborer  le  cœur , 
sinon  le  bon  air  et  le  bon  sang:  la  corne 
de  Licorne  n'a  air  ni  odeur  en  soy,  es- 
tant toute  terr<  stre  et  toute  seiche.  D’a- 
uanlage  elle  ne  peut  estre  tournée  en 
sang,  d’autant  quelle  n’a  en  soy  ni  chair 
ni  suc.  Pourquoy  elle  n’a  vertu  à cor- 
roborer le  cœur. 

La  première  proposition , dit-il , est 
fausse  et  ridicule  : sa  raison  est,  Car 
tels  remedes  alterati fs  fortifient  le  cœur 
par  qualité  manifeste  et  élémentaire,  ou 
occulte  et  formelle , et  toutesfois  n’ont 
ny  bon  air,  ny  habilité  à estre  tournés 
en  sang. 

le  répliqué  et  dis  au  contraire , pre- 
nant le  mesme  exemple  qu’il  a pris  , 
pour  le  battre  de  ses  armes  mesmes  , 
que  la  faculté  des  herbes  et  simples 
qui  entrent  es  apozemes , n’est  point 
communiquée  à l’eau,  par  laquelle  est 
faite  la  décoction  , sinon  par  distrac- 
tion du  suc,  ou  humeur  et  vapeur  des- 
dits simples  : autrement  s’il  n’y  auoit 
que  la  qualité  muée  qui  se  coramuni- 
quast  à l’eau  sans  substance,  c’est- 
à dire,  sans  humeur  ou  vapeur,  com- 
ment connoistrions  nous  la  décoction 
de  pourpié  à sa  noirceur,  la  décoction 
de  psyllium  à sa  viscosité,  la  décoction 
de  cichorée  à sa  saueur  et  amertume, 
l’infusion  de  rhubarbe  à son  odeur? 
La  saueur  y est,  et  s’y  remarque  mani- 


5l7 

lestement  : l’odeur  donc  aussi  y est. 
Car  tout  ce  qui  a saueur  et  odeur  , la 
saueur  y est,  le  suc  donc  ou  humeur  y 
est,  Podeuryest,la  vapeurdonc  yest. 
Car  qu’est-ce  autre  chose  odeur  , 
qu’vne  vapeur,  ou  plustost  fumée  ? 

Quant  au  corail , corne  de  cerf,  et 
semblables,  ie  confesse  qu’ils  ri’ont 
non  plus  d’air  et  de  suc  que  la 
corne  de  Licorne,  mais  aussi  ie  ne  les 
tiens  pas  pour  vrais  cardiaques  : de 
tant  qu’ils  ne  fortifient  point  le  cœur 
en  combattant  contre  les  venins,  ains 
seulement,  ou  en  resserrant  les  con- 
duitsqui  vont  au  cœur,  par  leur  vertu 
astringente  : ou  en  beuuant  et  taris- 
sant la  sérosité  veneneuse,qui  affadit 
le  cœur  et  l’estomach,  par  leur  seiche 
terrestrité,  faisant  l’vn  et  l’autre,  non 
par  simple  infusion  en  quelque  eau  , 
mais  par  assumption  de  leur  propre 
corps  en  poudre. 

Mais  c’est  assez  répliqué  sur  la  ré- 
futation prétendue  de  la  première 
proposition  de  mon  Achilles  : venons 
à la  seconde,  le  disois  que  la  corne  de 
Licorne  n’a  air  ni  odeur  en  soy.  Cela, 
dit-il , est  contraire  aux  principes  de 
Physique.  Car  chaque  corps  élémen- 
taire est  mixte , c'est  à dire , meslé  des 
quatre  elemens  : parquog  à la  corne  il 
y a de  l’air. 

Pour  répliqué  iedis,  que  les  choses 
en  Medecine  ne  se  mesurent  et  consi- 
dèrent que  par  les  sens  et  effects. 
Bien  donc  que  par  discours  de  raison 
nous  comprenions  que  le  poyure,  gin- 
gembre , et  graine  de  paradis  sont 
composés  des  quatre  elemens  (c’est  à 
dire)  de  chaud,  froid,  sec,  et  humide  : 
toutesfois  les  Médecins  n’y  reconnois- 
sent  que  du  chaud  et  du  sec  , pource 
qu’ils  ne  font  en  nous  principalement 
que  les  effects  de  chaleur  et  de  sei- 
cheresse  : ainsi  nous  nions  la  corne 
de  .Licorne  estre  aérée,  parce  qu’elle 


5 1 8 REPLIQUE  POUR  LE  DISCOVRS 


ne  produit  les  effects  des  corps  aërés, 
c’est  à dire  de  vapeur,  fumée,  et 
odeur  Quiconque  trouuera  de  l’air 
en  la  corne  de  Licorne,  il  tirera  de 
l’huile  d’vn  mur.  Ces  deux  points  de 
mon  Acliilles  vuidés,  le  reste  des  rai- 
sons contraires  n’est  pas  difficile  à 
réfuter.  Car  pour  prouuer  que  la 
corne  de  Licorne  se  peut  tourner  en 
sang,  il  allégué,  que  les  chiens  viuent 
d’os  '.  le  dis  au  contraire , qüe  les 
chiens  ne  viuent  pas  d’os , mais  bien 
de  la  moelle  ou  substance  médulleuse 
qui  est  cachée  dedans  les  cauités  in- 
signes ou  porosités  de  l’os.  Or  aux 
cornes  de  Licornes,  que  nous  voyons 
rapper  tous  les  iours,  y a il  rien  de 
moelleux?  Non  plus,  et  encore 
moins  qu’en  la  pierre  ponce. 

N’est  pas  aussi  plus  pertinent  ce 
qu’il  adiouste  : Que  comme  les  bhicns 
viuent  d’os,  aussi  les  austruches  ae  fer1 2. 
L’on  sçait  auiourd’huy  assez  par  expé- 
rience et  inspection  iournaliere,  que 
ceste  opinion  de  la  vieille  histoire  na- 
turelle est  chose  fabuleuse.  Car  bien 
que  l’austruchedeuore  le  fer,  si  ne  le 
digere-elle  pas  : le  lendemain,  on  le 
trouuera  parmy  ses  excremens  tel 
qu’elle  l’a  pris.  le  puis  dire  en  vérité 
auoir  donné  des  clefs  et  clous  de  fer 
à des  austruches  à aualler,  que  le 
lendemain  on  les  trouuoit  auec  leurs 
excremens  , sans  estre  en  rien  dimi- 
nués. Pour  voir  donc  tousiours  les  pe- 
tits enfans  aualler  les  noyaux  de  ce- 
rises et  pépins  de  raisin,  dirons-nous 
qu’ils  les  digèrent  et  s’en  nourrissent? 

Il  dit  que  le  Roy  a refusé  cent  mil 
escus  de  la  corne  de  licorne  qui  est  à 
sainct  Denys.  Il  est  bien  possible  que 
pour  sa  grandeur  et  magnificence  il 
en  ait  autant  refusé  : mais  si  croy-ie 

1 Ceste  comparaison  est  bien  foible.  — A.  P. 

8 Autre  comparaison  moins  vatlàbte>~ A.Pt 


que  si  le  Rôy  l’aüoit  en  telle  estime, 
qu’elle  seroit  mise  en  plus  seure  garde 
quë  d’vn  simple  clerc  , qui  la  fait 
voirindifferemmenlà  vn  chacun  pour 
vii  grand  blanc.  Que  si  elle  auoit  telle 
vertu  qu’on  luy  attribue,  elle  ne  füst 
pas  entière , et  croy  qu’elle  ëust  esté 
limée  et  rappée  , pour  suruenir  à la 
nécessité  des  maladies  de  tant  de  Roys 
qui  ont  tenu  le  sceplrè  de  France. 
Ces  raisons  ont  induit  André  Mdrifi, 
au  lièu  sus  allégué,  à penser  qüe  telle 
corne  ne  füst  pas  naturelle , ains  ar- 
tificielle, fabriquée  par  la  maiü  de 
qüelqüe  ingenieüx  mdistre,  (fui  par 
certaine  mixtion  l’a  contre-faite  au- 
près du  nalurèl.  Cè  qui  est  proüüé 
par  Dioscoride,  liUré  4,  chdpitrë  71, 
fueillet  52,  qui  dit  que  faisdnt  cuire 
là  racine  de  Mandragore  auec  yuoire 
l’espace  de  six  heures,  elle  lé  mollifié 
tellement  qu’on  eh  peut  aisément 
faire  ce  qu’on  voudra.  Pareillement 
Cardan  dit,  que  lesdentsdeselrpbdns 
sepeuuent  amollir  et  estendre  comme 
les  cornes  de  bœuf:  et  de  telles  pipe- 
lies  se  trotiuent  à Metz  et  à Stras- 
bourg, et  en  plusieurs  autres  lieux. 
Parquoy  ie  trouue  bon  ce  que  dit 
l’aduersaire , que  les  Médecins  de- 
uroient  admonester  le  Magistrat  de  l’a- 
bus qui  seroit  en  la  Licorne,  et  non  pas 
moy.  l’eusse  désiré  qu’ils  m’eussent 
deliuré  de  ceste  peiné,  et  m’estuer- 
ueille  comment  ils  ont  tant  atieridü. 
le  sçay  touteSfois  que  monsieur  Cap- 
pel,  Docteur  itegenl  en  la  faculté  dé 
Médecine,  tres-sçauant,  et  hbmtne  de 
bien,  auoit  jd  commencé  bh  Taire  vü 
discours,  pour  dster  l’abus  qui  y es- 
loit  : mais  voyant  lé  mien ja  imprimé, 
il  désista  le  sieh.  l’ay  aussi  entendu 
souuent  que  monsieur  l’Atfilé,  Doc- 
teur en  medeciné  assez  conneu  pour 
sa  vertu  et  doctrine;,  autresfois  auoit 
maintenu  en  pleines  escholes,  que  la 


DE  LA.  LICORNE . 


Licorne  n’auoit  rien  des  propriétés 
cachées  qu’on  luy  attribue,  seulement 
qu’elle  auoil  vertu  de  desseicber  au 
premier  degré,  comme  toute  autre  es- 
pece de  corne.  Plusieurs  autres  Méde- 
cins, voire  la  plus-part  d’entr’eux,  ont 
mesme  opinion,  et  ce  que  i’en  sçay, 
ie  ne  l’ay  appris  que  d’eux  principa- 
lement, et  premièrement  du  docte 
Duret. 

Parquoy  ceste  mienne  opinion,  ac- 
cordante auec  celle  de  tant  de  gens 
de  bien  et  de  sçauoir,  ne  doit  estre 
tenue  pour  monstrueuse,  puisqu’elle 
n’est  ny  nouuelle,  ny  extraordinaire, 
ny  erronée  : ny  pour  cela  ne  dois 
point  estre  réputé  et  peint  comme 
monstre,  ainsi  que  gabbe  l’aduersaire, 
voulant  tirer  en  risée  la  description 
des  Monstres  que  i’ay  insérés  en  mes 
OEuures.  Monsieur  Rondelet, premier 
Médecin  de  nostre  temps,  n’a-il  pas 
fait  portraire  plusieurs  Monstres?  et 
toutesfois  personne  n’a  dit  qu’il  l’eus t 
fait  pour  amuser  les  petits  enfans, 
mais  bien  pour  représenter  à l’œil  ce 
que  l’on  ne  pourroit  si  bien  escrire 
et  comprendre  sans  le  portrait.  Ges- 
nesrus  et  Belon  ont  fait  le  semblable, 
et  toutesfois  personne  ne  leur  a mis 
cela  à blasme.Iecroy  que  l’aduersaire 
n’a  pas  voulu  seulement  taxer  les  fi- 
gures des  Monstres,  mais  aussi  toutes 
les  autres  qui  sont  en  mes  OEuures, 
en  nombre  de  plus  de  trois  cens 
soixante  et  quinze,  pour  lesquelles 
effigier  et  tailler  en  planches,  i’ay 
desboursé  libéralement  du  mien  plus 
de  mille  escus,  et  pense  que  ceux  qui 
s’en  mocquept  ne  voudroient  auoir 
soulagé  le  public  d’vp  seul  escu  de 
leur  bourse.  Comment  que  ce  soit, 
ces  figures -là  sont  telles  qu’elles 
profilent  beaucoup  à plusieurs  Chi- 
rurgiens , pour  le  maniement  et 
vsage  de  plusieurs  instrumens  ne- 


5i9 

cessaires  à la  guarison  des  maladies. 

Qui  me  fait  crpire  que  telle  moque- 
rie est  partie  de  mesme  animosité 
que  celle  qui  est  à la  fin  du  liure  de 
l’aduersaire  , par  laquelle  il  dit  que 
ie  me  suis  fait  traduire  le  liure  fait 
par  Iordanus  de  Peste l.  l’appelle  Dieu 
à tesmoin  si  iamais  i’y  pensay,  et  ne 
l’ay  veu  en  latin  ny  en  françois.  Et 
quand  ie  l’aurois  fait,  ie  n’eusse  oublié 
à le  nommer  honorablement,  comme 
i’ay  fait  tous  les  autbeurs  desquels 
i'ay  peu  apprendre  à tirer  quelque 
profit,  ainsi  que  i’ay  desmontré  eui- 
demment  par  la  table  que  i’ay  dressée 
de  leurs  noms  au  commencement  de 
mes  œuures. 

Voila  ce  que  i’ay  voulu  répliquer 
sur  les  raisons  contraires.  Ce  que  ie 
prie  mon  aduers4ireprendre en  bonne 
part,  et  estimer  que  ce  que  i’en  fais 
est  plus  pour  maintenir  la  vérité  que 
pour  le  desdire.  Car  ie  pense  que  de 
sa  part,  ce  qu’il  en  a fait  n’a  esté  que 
pour  m’instruire  et  le  public  : et  de 
ma  part  ie  m'en  repute  très  heureux 
d’apprendre  de  tout  le  monde,  et  de 
vieillir  tousiours  en  apprenant.  Seu- 
lement ie  le  prie,  s’il  a enuje  d’oppo- 
ser quelques  contredits  à ma  répliqué, 
qu’il  quitte  les  animosités,  et  qu’il 
traite  plus  doucement  le  bon  vieillard. 
11  est  bien  séant  aux  ieunes  gens, 
pour  faire  preuue  de  leur  esprit,  élo- 
quence et  doctrine  , de  discourir  des 
points  problématiques  librement  : et 
aux  gens  de  mon  aage,  de  s’arrester 
tellement  à la  vérité  que  l’on  ne  s’en 
départe  aucunement , pourueu  que 
l’vn  et  l’autre  se  face  sans  pique, 
riotte,  blasme,  et  offense  de  son  pro- 
chain. 

1 J’ai  dit  dans  mon  Introduction  que  le 
livre  de  Jordanus  n’avait  paru  qu’après  ce- 
lui de  Paré. 


LE  VINGT-CINQVIÉME  LIVRE, 

TRAITANT 

DE  LÀ  FACVLTÉ  ET  VERTV  DES  MEDICAMENS  SIMPLES, 

ENSEMBLE  DE  LA  COMPOSITION  ET  VSAGE  D’ICEVX  ». 


PREFACE. 

Entre  les  causes  que  nous  appelions 
salubres,  et  autres  remedes  concer- 
nans  tant  la  santé  de  l’homme  que  la 
guarison  des  maladies , les  medica- 
mens  ont  le  premier  lieu  : lesquels, 
comme  dit  Salomon , Dieu  a produit 
de  la  terre , et  l’homme  sage  ne  les 
mesprisera 1  2.  Car  certainement  il  n’y 
a rien  qui  appaise  et  oste  si  tost,  et 
quasi  comme  auec  miracles,  grandes 
maladies,  que  les  medicamens.  Pour- 
autant  disoit  Herophilus  qu’iceux, 
deuëment  appliqués,  estoient  les 
mains  des  Dieux,  comme  auons  dit 

1 J’ai  peu  de  choses  à dire  de  ce  livre.  Il 
avait  paru  pour  la  première  fois,  en  1575, 
en  40  chapitres;  il  fut  enrichi  d’un  chapitre 
et  de  nombreuses  additions  et  modifications 
de  détail  en  1579,  et  à peine  si  Paré  y re- 
toucha depuis.  Il  est  probable  qu’il  l’avait 
écrit  à l’imitation  de  la  Matière  médicale  de 
Houllier,  que  Tagault  avait  jointe  comme 
complément  à son  Traité  dechirurgie.  Houl- 
liery  est  en  effet  cité  plusieurs  fois;  mais  je 
n’ai  pas  eu  le  courage  de  confronter  les  deux 
livres  assez  exactement  pour  vérifier  cette 
conjecture.  Cependant  il  y a quelques  cha- 
pitres dignes  encore  d’être  consultés. 

2 Ecclesia.  35.  — A.  P. 


cy  deuant.  Aussi  les  Médecins  pre- 
miers ont  esté  réputés  et  tenus  comme 
diuins,  à raison  de  la  connoissance 
des  vertus  et  facultés  des  remedes  et 
medicamens  : laquelle  en  la  Medecine 
est  inestimable  et  plus  que  neces- 
saire, tant  en  la  précaution  des  ma- 
ladies qu’à  la  curation  d’icelles  : et, 
comme  dit  Galien , il  faut  sçauoir  les 
facultés  des  medicamens,  auant  qu’en- 
treprendre la  curation  des  maladies. 


CHAPITRE  I. 

QVE  C’EST  QVE  MEDICAMENT,  ET  LA  DIF- 
FERENCE ENTRE  MEDICAMENT  ET  ALI- 
MENT. 

Médicament  est  la  chose  qui  peut 
altérer  Nature  en  vne  qualité  ou  plu- 
sieurs, et  n’est  point  conuertie  en  sa 
substance  : au  contraire  d’aliment, 
lequel  n’altere  point  ou  peu  Nature, 
et  se  conuerlit  en  la  substance  de 
nostre  corps.  Toutesfois  médicament 
et  aliment  sont  pris  et  vsurpés  par 
comparaison  du  corps  qui  est  médi- 
camenté ou  alimenté , en  sorte  qu’vn 
médicament  peut  estre  aliment  à vn, 


DES  MEDICAMENS. 


5a  1 


et  médicament  à l’autre  : comme  par 
exemple  l’ellebore  est  aliment  à la 
caille,  et  médicament  aux  hommes  : 
aussi  la  ciguë  est  aliment  à l'estour- 
neau,  et  poison  à l’oye  : pareillement 
l’herbe  appellée  fertile,  est  aliment  à 
l’asne,et  est  venin  à toutes  autres 
bestes  cheualines.  Et  ne  se  faut  es- 
bahir  si  ces  choses  sont  alimens  à tel- 
les bestes  : car  il  faut  estimer  qu'elles 
sont  conuenables  à leur  nature.  Ce 
qui  peut  aussi  aduenir  aux  hommes 
par  accoustumance  et  long  vsage, 
desquels  est  faite  naturelle  habitude. 

Et  de  cecy  les  histoires  anciennes 
en  font  foy , esquelles  nous  lisons 
qu’aucuns  ont  esté  nourris  de  ve- 
nins1, comme  la  fille  qui  fut  euuoyée 
à Alexandre-le-Grand,  laquelle  auoit 
esté  nourrie  de  napel  et  autres  ve- 
nins, et  par  longue  pratique  en  auoit 
fait  nature  et  habitude,  de  sorte  que 
son  haleine  estoit  poison  mortelle 
aux  hommes.  Parquoy  ne  se  faut 
donner  merueille  si  les  medicamens 
sont  aucunesfois  conuerlis  en  ali- 
mens : ce  qu’on  voit  aussi  journelle- 
ment auxpoulailles  et  porcs,  lesquels 
mangent  serpens,  crapaux,  et  autres 
choses  venimeuses  sans  dommage  : 
mesmes  que  la  cicoigne  et  plusieurs 
autres  animaux  s’en  nourrissent,  et 
leurs  petits. 


CHAPITRE  II. 

DIVISION  DES  MEDICAMENS  SELON  LEVR 
MATIERE  ET  SVBSTANCE. 

Aux  entrailles  et  veines  de  la  terre, 
et  és  abysmes  des  eaux , est  cachée 

1 L’édition  de  1575  portait  ici  : comme  est 
escrit  des  psylles  déduits  Pline,  tiu.  7.  de 
l’ Histoire  naturelle  , et  Crinilus , en  son  pre- 


et  enseuelie  la  superbelé  des  riches- 
ses de  ce  monde,  comme  or,  argent, 
et  autres  minéraux  , ensemble  plu- 
sieurs pierres  précieuses  accompa- 
gnées de  diuerses  propriétés  singu- 
lières. Aussi  la  superficie  de  la  terre 
est  reuestue  d’vne  infinité  d’arbres, 
herbes , et  arbrisseaux  , où  il  y a vne 
considération  infinie  à contempler 
leur  grand  nombre  et  variété  en 
leurs  racines,  fueilles  , fleurs , fruits , 
gommes,  odeurs,  saueurs.etcouleurs, 
diuersité  de  leurs  grandes  vertus 
qu’elles  ont  : pareillement  est  produit 
sur  icelle  innumerables  animaux  , 
differens  la  pluspart  entre-eux.  A 
quoy  la  bonté  de  ce  grand  Architecte 
se  manifeste  infiniemenl  de  les  auoir 
donnés  à l’homme,  tant  pour  son  con- 
tentement et  plaisir,  que  pour  le  nour- 
rir et  medicamenter.  El  par  ainsi  à 
bon  droit  les  anciens  ont  dit  tous  les 
medicamens  estre  pris  des  bestes,  des 
plantes  , de  la  terre  , de  l’eau , et  de 
l’air. 

Des  bestes,  totales  et  entières,  par- 
ties et  excremens  d’icelles  Des  bestes 
totales  : car  aucunesfois  on  vse  d’vn 
regnard  , d’vn  petit  chien , hérisson  , 
grenouille,  limaçon,  vers  de  terre, 
cancre,  et  autres  sortes  de  bestes.  Des 
parties  des  bestes  que  l’on  prend, 
comme  foye  de  loup  , foye  de  bouc , 
poulmon  de  regnard,  l’os  du  cœur  de 
cerf,  l’os  coronal  de  l’homme,  graisse, 
sang,  chair,  moelle,  testicules  de  cas- 
tor, dont  se  fait  le  castoreum , et  au- 
tres parties.  Des  excremens  d’icelles, 
ou  estans  comme  excremens,  cornes, 
ongles,  poil,  plumes,  cuir,  fiel,  vrine, 
fiente,  saliue,  miel,  œufs,  cire,  laict, 
laine,  sueur,  et  autres  semblables: 

mie r liure  d’ Honnesle  discipline  , et  pareille- 
ment de  la  fille  qui  /ut  enuoyee  à Alexandre- 

le-Grand,  etc.  Le  texte  actuel  date  de  1579. 


522 


LE  V1NGT-C1NQVIÉME  LIVRE, 


sous  lequel  genre  aussi  sont  contenus 
spécialement  les  excromens  de  cer- 
tains animaux,  comme  les  perles,  le 
musc,  la  ciuette,  l’œsypus,  et  l’am- 
bre, sperma  ceti,  et  autres. 

Des  plantes,  soient  arbres,  arbris- 
seaux, ou  herbes  entières,  ou  parties 
d’icelles.  Entières,  comme  souuent 
l’on  vse  de  cichorée , guimauues, 
maulues,  plantain,  et  autres.  Des 
parties  des  plantes,  comme  racine, 
moelle,  bois,  escorce,  iettons,  caule, 
fueilles,  fleurs,  semence,  fruit,  suc, 
ou  jus,  larme,  gomme,  mouce. 

De  la  terre,  lesquels  sont  ou  sortes 
et  especes  de  terre  , ou  pierres  , ou 
métaux.  Les  sortes  et  especes  de  terre, 
bolus  ar  menus,  terra  sigillata,  cimo- 
lia  , creta  , argila , etc.  Les  pierres 
sont,  pumex  , pyrites,  ou  marchasila 
auri , argenti,  œris,  etc,  marmor, 
magnes,  gypsum , calx  viua,  lapis  spe- 
cularis,  etc.  Les  métaux  et  matières 
métalliques,  sont  or,  argent,  estain, 
plomb,  airain,  cuiure,  fer,  acier,  an - 
timonium  , cerussa , sulphur , cinna- 
brium,  lilhargyros  auri , argenti , tu- 
tliia  vulgaris,  pompholix  ver  a,  œrugo , 
alutnen,  vitreolum  vtrunque,  salis  gé- 
néra, arsenicnm  vtrunque,  etc. 

De  l’eau  douce  sont  pris  medica- 
mens,  comme  de  l’eau  de  pluye,  fon- 
taine , fleuue , auec  tout  ce  qui  naist 
en  icelle,  comme  lenticula  aquatica, 
acorus  vulgaris , nymphœa  , sisym- 
brium.  De  l'eau  salée  sont  pris  le  sel , 
ïalcyonium  , omnia  coralla , omnes 
testœ  piscium,  vt  ossa  sepiœ , spougice. 
De  l’eau  meslée  de  douce  et  salée  sont 
pris  l’herbe  androsaces  qui , entachée 
et  enracinée  sur  quelque  pierre  ou 
test  et  coquille  de  poisson,  flotte  sur 
l’eau  douce  és  lieux  où  elle  se  mesle 
auec  la  salée,  comme  és  emboucbeu- 
res  du  Nil,  és  estangs  de  Frontignan 
et  cap  de  Sete.  De  telle  espece  d’eau 


aussi  est  pris  l'asphaltum,  comme  il  se 
voit  és  estangs  de  la  mer  Morte  en 
ludée,  et  en  ceste  fontaine  de  Lan- 
guedoc à Beau-regard  , que  les  habi- 
tans  du  lieu  nomment  en  leur  vul- 
gaire, Fons  de  la  Pege. 

De  l’air  sont  pris  la  manne,  laquelle 
pour  ce  respect  est  appellée  par  Ga- 
lien , miel  aérien , et  toute  autre  es- 
pece de  rosée,  qui  peut  estre  en  vsage 
médicinal  tant  pour  le  respect  des 
vertus  qu’elle  reçoit  du  soleil,  duquel 
elle  est  attirée,  et  de  l’air,  que  des 
herbes  et  plantes  sur  lesquelles  elle 
tombe  et  s’assied. 


CHAPITRE  III. 

DIVISION  DES  MEDICAMENS  SIMPLES 
SELON  LEVRS  QVALITÉS  ET  EFFETS. 

Tous  cesdits  medicamens  simples 
ont  vne  ou  plusieurs  des  quatre  fa- 
cultés, lesquelles  nous  déduirons  à 
présent  L 

* L’édition  de  1575  contenait  ici  un  assez 
long  passage  supprimé  en  1579  : 

«Tous  cesdits  medicamens  simples  ont 
quatre  facullez  qui  peuucnt  opererel  mons- 
• rcr  quelque  ellect  au  corps  humain  bien 
temperé.  Car  s’il  y a intemperature  au  corps, 
l’effect  et  le  iugement  d’iceluy  seront  nuis  : 
comme  aux  febricitans,  à cause  de  leur  in- 
temperature chande  et  seiche,  le  iugement 
du  goust  est  depraué  : ainsi  est-il  aux  yuron- 
gnes  à cause  de  l’humide  intemperature.  Et 
non  seulement  le  iugement  du  goust  se  perd 
par  intemperature,  mais  aussi  les  sens  de  la 
veuë,  oüye,  odorat  ou  flair  , et  du  tact  ou 
touchement  : comme  appert  en  ceux  qui  pis- 
sansaubain  sentent  leur  vrine  froide,  iaçoit 
qu’elle  soit  chaude,  à cause  de  la  plus  grande 
chaleur  du  bain,  qui  a dauanlage  eschauffé 
le  corps.  Les  quatre  facullez  d’iceux  sont, 
première , seconde , troisième,  quatrième,» 


DES  MEDlCAMENS 


Première  fatuité. 

La  première  faculté,  qui  est  com- 
mune à toutes  les  autres,  et  quasi  fon- 
dement, prouenant  immédiatement 
des  quatre  premières  qualités  des  ele- 
mens,  qui  sont  chaleur,  froideur, 


5a3 

humidité , siccité , est  ou  simple , ou 
composée , selon  ce  qu’vne  ou  deux 
de  ces  quatre  premières  qualités  ex- 
cédent et  surpassent  les  autres  en  la 
température  du  médicament:  comme 
tu  peux  voir  par  ceste  table. 


Simple 


Composée  de  deux  qualités 
jointes,  comme 


iD’eschauffer, 
Refroidir, 

Humecter, 

Seiclier. 

V 

ÎEschauffer  seicher, 
Eschauffer  humecter. 
Refroidir  seicher , 
P,efroidir  humecter. 


Chaleur 


Froideur 


Modérée 


Immmoderée 


[ Modérée 


(Eschauffe, 

Sublilie , 

Raréfié, 

(Digéré, 

Suppure , 

Ouure  les  conduits. 

! Desseiche, 

Enflamme, 

BruSle , ! Attraction  , 

Fait  mordication,  ^ Rubrificatioh , 
dont  s’ensuit:  < Consomption  , 

I Eschare , 

V Mortification. 

(Réfrigéré , 

Condense , 

Fait  obstruction. 


« 

Immodérée  et  ex- 
y treihe 


Congele , 
Stupéfié, 
Mortifie. 


Humidité 


Modérée 


Immodérée  et  ex- 
cessiue 


Humecte  , 
Lubrifie, 
Addoucit , 
Glutine. 


Fait  obstruction , 

Flatuosité,  principalement  si  l’humidité  estflatueuse. 


Siccité 


Médiocre 


Excessiue 


( Desseiche, 

Raréfié, 

Atténué. 

(Fait  constriction  , 
Contraction , 

Fissures  et  furfuratlons. 


5a4 


LF.  VINGT-CINQVIÉME  LIVRE, 


Les  effets  d’icelles  qualités,  comme 
Galien  escrit  au  5.  des  Simples  , sont 
distingués  et  mis  par  ordre  certain  , 
que  nous  appelions  degrés,  à fin  de 
les  appliquer  aux  maladies  en  certaine 
mesure  et  proportion,  comme  Galien 


dit  au  premier  des  alimens:  car  à ma- 
ladie chaude  au  second  degré  con- 
uiennent  remedes  froids  en  pareil  de- 
gré Et  pourtant,  tous  medicamens 
simples  sont, 


Chauds 

Froids 

Humides 

Secs 


au 


commencement 
milieu 
à la  fin 


! premier 
' second 
1 troisième 
V quatrième 


degrés. 


La  Chaleur  \ /"premier 

Froideur  f ) second 

Humidité  1 ) troisième 

Siccité  ] \ quatrième 


degré  est 


obscure  et  insensible, 
manifeste  et  apparente, 
vehemente , 

tres-immoderée  et  excessiue. 


Comme  pour  exemple  de  chaleur 
distinguée  par  lesdils  degrés  : l’eau 
tiede  est  temperée  : celle  qui  est  vn 
petit  peu  plus  chaude,  est  au  premier 
degré  : si  elle  a desia  chaleur  appa- 
rente, au  second  : si  elle  a chaleur 
vehemente,  au  troisième  degré:  si 
elle  brusle , elle  est  chaude  au  qua- 
trième degré  Ainsi  peut-on  entendre 
de  froideur,  humidité,  et  siccité.  Donc 
nous  déduirons  les  medicamens  sim- 
ples selon  leur  degré  de  chaleur,  froi- 
deur, humidité  et  siccité. 

Medicamens  simples  chauds,  au  degré  el  ordre 
Premier. 

Absinlhium  ', 

Alihœa , 

Amygdala  dulcia  , 

Bêla, 

Brassica  , 

Chamærnelum, 

Ladanum, 

Semen  Uni , 

Saccharum  , 

Eruum  siue  orobus, 

Finum  nouum  : car  le  vieil,  selon  qu’il  est  de 
plus  ou  moins  d’années,  est  chaud  au  2. 
ou  3.  degré. 

‘Immédiatement  après  Absinlhium,  l’é- 
dition de  1575  ajoutait  : Aloe. 


Second. 

Ammoniacum, 

Apium, 

A r terni  sia , 

Cliamœpilys, 

Crocus, 

Fœnum  græcum. 

Ficus  , 

Mastiche , 

Marrubium  , 

Mel, 

Melissa  *, 

Dracunculus. 

Myrrha , 

A'ux  moscala. 

Pixarida  , comme  aussi  Pix  liquida,  qui  a 
semblables  facultés,  sinon  que  ceste  là  est 
plus  propre  pour  les  corps  et  parties  plus 
robustes  : ceste-cy  pour  les  délicates.. 
Scilla , 

S al, 

Saluia , 

Titus , 

Aneihum , 

Sarcocolta. 

Troisième. 

Abrolonum  , prœsertim  vslum , 

Agnus, 

Anisum, 

Asarum, 

1 L’édition  de  1575  portait  après  Melissa, 
Dracunculus. 


DES  MEDICAMENS. 


5a5 


Aristolochia , 

Cliumœdris, 

Calaminlha , 

Cinnamomum  , 

/ris, 

/uni  perus , 

Hyssopus, 

Origanutn, 

Sagapenum, 

/luta  hortensis, 

Opopanax, 

Galbanum , 

Bryonia , 

Ammi  *. 

Quatrième. 

Allium, 

Cep  a *, 

Euphorbium , 

Naslurlion, 

Pyrelhrum , 

Sinapi , 

Tithymali , 

Chelidonium  minus, 

Anacardi , 

Buta  syluestris  : comme  toutes  plantes  sau- 
uages  que  Nature  produit  d’elle-mesme 
surpassent  en  vigueur  de  mesmes  qualités 
et  facultés,  celles  qui  en  mesme  espece 
viennent  par  art  et  main  d’bomme. 

Medicamens  simples  froids,  au  degré  et  ordre 
Premier. 

A triplex , 

Cotonea , 

Hordeum  , 

Malua 

Pyra, 

Pruna., 

Bosa, 

Viola.  ' 

1 Ce  troisième  degré  est  celui  qui  a subi 
le  plus  de  retranchements  en  1579;  car,  aux 
espèces  citées,  l'édition  de  1675  ajoutait; 
Awomum  , Piper , Sabina,  Laurus , Chelido- 
niurn  maius. 

5 Apres  Cepa,  on  lisait  en  1575  : Coslus. 

* K ce  mot  succédaient  en  1575  ces  deux 
autres  : Milium,  Myrtus. 


Second. 

Acacia , 

Cucurbita, 

Ciicurnis , 

Mata  granata  acida  : caries  grenades  qu’on 
appelle  douces  ou  vineuses,  sont  tempé- 
rées: comme  celles  qu’on  appelle  Dulco- 
acida,  quasi  comme  meslées  de  doux  et 
acide,  qu’on  appelle  aigre-doux,  sont 
froides  au  premier  degré. 

Planlago , 

Polygonon  , 

Sumac  h , 

Solanum  hortense  ; car  celuy  qu’on  appelle 
Somniferum  »,  pour  ce  qu’il  rend  les  hom- 
mes insensés,  stupides  et  endormis,  est 
presque  aussi  froid  que  le  Papauer , de 
sorte  qu’on  ne  le  peut  prendre  dans  le 
corps  sans  dommage,  ains  seulement  doit 
estre  appliqué  par  dehors. 

Troisième. 

Htjoscyamus , 

Semperuiuum , 

Mandragora , 

Solanum  morliferum  *. 

Quatrième. 

Cicuta  , 

Opium  , 

Le  pauot  de  quelque  espece  que  ce  soit: 
excepté  celuy  qu’on  appelle  cormculutum  3. 

Medicamens  simples  humides,  au  degré  et  ordre 
Premier. 

Buglossum , 

V iula , 

Malua , 

Bapum • 

' Edition  de  1575  : car  celuy  qu’on  appelle 
Maniacum.  J’ajouterai  que  cette  liste  était 
alors  aussi  accrue  des  noms  : Gulla,  Plan- 
lago , Polygonon  , tous  effacés  dès  1579. 

1 Jusqu’en  15S5,  ce  troisième  degré  com- 
portait les  quatre  espèces  suivantes  : Byos- 
cyumus,  Purluluca,  Semperuiuum , Mandra- 
gora. 

3 L’édition  de  1575  portait  seulement: 

Papauer  rheas. 


526 


LE  VIDÎGT-CINQVJEME  LIVRE, 


Second. 

Ammoniacum , 

Lactuca , 

Cwurbita , 

Cucurnis  , 

Melones , 

Porlulaca  L 

Medicamens  simples  secs,  au  degré  et  ordre 
Premier. 

Brassica, 

Thus , 

Chamœmelum , 

Sarcocolla , 

Crocus, 

Faba, 

Fœnum  græcum , 

Hordeum. 

Second. 

Artemisia , 

Balauslia, 

Orobus, 

Lens , 

Mel, 

Masliche , 

Sal , 

Aneihum , 

Myrrha , . 

Pix  arida , 

Plaivkttjo , 

JYux  moschaia  2. 

Troisième. 

Abrotonum  vstutn , 

Absinthium , 

Acetum , 

Aloes , 

Cuminum , 

G alla  , 

Clielidonium  maius, 

» En  1575,  le  premier  degré  de  ces  médi- 
caments avait  une  cinquième  espèce,  le 
Satyrium  ; et  le  deuxième  degré  contenait 
aussi  de  plus  qu’aujourd’hui  : Pruna  damas- 
cena,  Vuce  maturcc. 

2 Cette  liste  du  second  degré  avait  trois 
noms  de  plus  en  1575  ; Galbanum,  Opopa - 
nax,  Sagapenum. 


Chamœpilys , 

Myrlus , 

Marrubium , 

Milium , 

Origanum , 

Bryonia, 

Sanguis  draconis , 

Sabina. 

Quatrième. 

Piper  1. 

Allium. 

Naslurtium , 

Sinapi , 

Euphorbium. 

Ces  qualités  susdites  monstrent  les 
effets  et  operations  tant  ja  dites,  que 
plusieurs  autres  ( lesquellesie  délaissé 
à la  Physiologie)  par  soy-mesme  et 
de  leur  propre  nature,  laquelle  ils  re- 
tiennent tousiours  en  leur  vray  effect  : 
toulesfois  elles  ont  autres  operations 
qui  ne  sont  pas  de  leur  nature  s ains 
sont  Xaites  par  accident  : par  ainsi 
nous  les  appelions  acciden laies.  Ce 
qui  sera  manifeste  par  les  exemples 
suiuans. 

La  chaleur  externe  rafraîchit  les 
parties  intérieures  par  accident,  pour- 
ce  qu’icelle  ouure  les  pores,  en  sorte 
qu’en  suant , la  chaleur  issanle  auec 
l’humeur  délaissé , destitue  et  réfri- 
géré les  parties  internes  : et  à cause 
de  ce  la  concoction  est  plus  imbecille, 
et  l’appetit  moindre.  Icelle  mesme 
humecte  par  accident,  en  fondant  et 
liquéfiant  ce  qui  auoil  esté  congelé  et 
arresté  par  le  froid  : car  ainsi  on  dit 
que  Venus  humecte  2. 

Le  froid  semblablement,  non  de  sa 
propre  nature , mais  accidentale , es- 
chauffe  : ce  qu’on  voit  en  hyuer  par 

1 Le  poivre,  piper,  était  rangé  dans  le 
troisième  degré  en  1575. 

2Édition  de  1575  : Ainsi  ditHip.  que  Ve- 
nus eschauffe  et  humecte.  * 


DES  MEDICAMENS. 


le  froid  extérieur,  qui  clost  les  pores, 
et  empescbe  l’expiration  et  issue  de 
la  chaleur  naturelle,  laquelle  rete- 
nue et  repoussée  au  dedans , fait 
bonne  concoction  : qui  est  cause  que 
l’appetit  est  plus  grand  en  hyuer 
qu'en  esté.  Semblablement  ceux  qui 
manient  la  neige  sentent  puis  après 
vne  chaleur  Ires-grande,  pour  la 
mesme  raison,  lceluy  froid  aussi  sei- 
che par  accident,  en  repoussant  la 
matière  humide  tombant  en  vne  par- 
tie. 11  desseiche  aussi  par  trop  grande 
congélation  et  compression  de  la  ma- 
tière humide,  ainsi  que  nous  voyons 
tous  les  iours  *,  que  par  l’indeuë  ap- 
plication de  remedes  repercussifs  en 
matière  pituiteuse,  crasse  et  vis- 
queuse, on  endurcit  l’humeur,  et  fait- 
on  vn  scirrhe. 

Siccilé  et  humidité,  à cause  que 
sont  qualités  plus  passiues  qu’acti- 
ues , n’ont  pas  leurs  operations  si  ma- 
nifestes et  apparentes  que  le  chaud  et 
froid,  ainssont  comme  materielles  au 
regard  d’icelles. 


CHAPITRE  IV. 

DE  LA  SECONDE  FACVLTÉ  DES 
MEDICAMENS. 

La  seconde  faculté  des  medicamens 
est  celle  qui  ensuit  les  effets  des  qua- 
lités premières  : et  est 

RareQer, 

Attirer , 

Ouurir  , 

Atténuer  , 

Aduucir  ou  polir, 
Deterger. 


De  chaleur 


‘Edit,  de  1575  : Ainsique  nous  demonslre 
Galien  , qui  dit , etc. 


D’humidité  j Amollir  , 

( Laxer. 

I Condenser, 

Repousser, 

Fermer , 

uk  r rumeur  ^ Incrasser, 

Exaspérer, 

Emboucher  et  faire  em- 
plastique. 

De  Siccilé  5 Endurcir, 

( Tendre. 

Ainsi  nous  appelions  médicament 
attractif , qui  a vertu  d’attirer:  au 
contraire  repcrcussif,  qui  peut  re- 
pousser. Aussi  rarefactif,  qui  ouure 
les  pores  : et  au  contraire  condensa- 
tif , qui  les  ferme.  Pareillement  deter- 
geant , ce  qui  est  visqueux  : et  emplas- 
tique,  faisant  plus  solide  ce  qui  est 
trop  lluxile.  Et  cousequemment  Jes 
autres  remoliilifs , laxatifs , tensifs  , 
attenuans , et  autres',  desquels  parle- 
rons plus  amplement  cy  après,  en  les 
déclarant  particulièrement  auec  au- 
cuns de  la  troisième  faculté,  de  la- 
quelle faut  dire  à présent. 


CHAPITRE  V. 

DE  LA  TROISIEME  FACVLTÉ  DES 
MEDICAMENS. 


La  troisième  faculté  est  pour  la  plus 
part  produite  des  effets  des  qualilés 
premières  et  secondes  : aucunesfois 
par  complication  de  deux  , aucunes- 
fois d’vne  seule  : souuentesfois  aussi 
elle  ne  suit  ny  la  première  ny  la  se- 
conde faculté , mais  elle  a vne  pro- 
priété et  qualité  indicible,  conneuë 
par  seule  expérience. 


628  LE  V1NGT-CIN( 

Les  effets  et  operations  d’icelle  fa- 
culté sont,  incarner,  glutiner , cica- 
triser, seder  douleurs,  mouuoir  et 
prouoquer  ou  arrester  vrines  , laict , 
semence,  menstrues,  sueurs,  vomis- 
semens , et  autres  semblables  opera- 
tions. 

Par  complication  de  deux  facultés 
prouiennent,  incarner,  par  siccité  et 
detersion  : agglutiner,  cicatriser, 
par  siccité  et  astriction  : prouoquer 
sueurs,  vrines,  menstrues , semen- 
ce , le  laict , par  chaleur  et  tenuité. 
Faut  entendre  au  contraire , pour 
icelles  arrester. 

D’vne  seule  qualité  de  la  première 
faculté  prouient , seder  douleur  (que 
l’on  dit  proprement , et  selon  la  pre- 
mière espece  des  anodyns:  non  de  la 
seconde , qui  est  par  euacuation  de  la 
matière  dolorifique  : ny  de  la  troisiè- 
me, qui  est  par  stupéfaction  du  senti- 
ment) sçauoir  par  chaleur  immodé- 
rée. Prouoquer  le  sommeil, par  froi- 
deur simple  ou  froideur  humide. 

Prouoquer  vomissement  ne  tient  le 
rang  des  effets  dessusdits , ains  est  à 
raison  d’vne  propriété  occulte , la- 
quelle a esté  mise  et  infuse  de  nature 
à l’agaric , et  autres  medicamens  qui 
peuuent  inciter  à vomir  : et  pour  ce 
faire  sont  nés , comme  tous  les  autres 
medicamens  purgatifs,  desquels  di- 
rons promptement  en  la  quatrième 
faculté. 


CHAPITRE  VI. 

DE  LA  QVATR1EME  FACVLTÉ  DES 
MEDICAMENS. 

La  quatrième  faculté  différé  des 
precedentes , à cause  qu’elle  ne  dé- 
pend d’icelles , ny  n'a  aucune  qualité 


nÈME  LIVRE, 

manifeste  ny  élémentaire  pour  faire 
son  action  : mais  par  vne  propriété 
et  vertu  occulte,  monstre  son  effet  en 
vne  partie  plusqu’en  l’autre,  ou  purge 
vn  humeur  plustost  que  l’autre  : ce 
qui  se  connoist  seulement  par  expé- 
rience, comme  ja  est  dit  du  médica- 
ment vomitif  Et  pourtant  les  medica- 
mens de  ceste  quatrième  faculté  ont 
les  noms  des  parties  que  plus  elles 
aident  entre  les  autres. 

Céphaliques  ou  capitales,  c’est  à dire, 
delà  teste  : tels  sont  betoine,  mario- 
laine,  sauge,  stœchas,  rosmarin. 

Pulmoniques , pour  le  regard  des 
poulmons:  comme  reglisse,  amandes 
douces,  iris,  tragacanth,  enula  cam- 
pana,  et  autres. 

Cordiaux,  pour  le  cœur  , comme 
cinnamome,escorcedecitron,saffran, 
buglosse,  corail , iuoire  et  autres. 

Stomachiques  , qui  ont  esgard  au 
ventricule  eteslomach,  sont  poyure, 
gingembre,  noix  muscade,  menthe, 
anis,  mastic  et  autres. 

Hépatiques,  qui  aident  lefoye,  sont 
absinthe,  eupatoire  ou  agrimoine, 
spica  nardi,  cichorium,  santal,  etc. 

Spléniques,  qui  font  leur  operation 
à la  ralte,  sont  thymus,  flos  gcnistœ, 
ceterach,  epithymus,  cortex  tamarisci, 
cortex  radicum  capparis. 

Ceux  qui  ont  esgard  aux  reins,  ou 
les nephritiques,  sont  rad.ces  apij,  as- 
paragi , fœniculi,  brusci  : semina  qua- 
tuor frigida  maiora  : terebenthina , 
plantago,  saxifraga,  etc. 

Arthritiques , qui  regardent  lesioin- 
turcs,sonlceux-cy,  chamœpitys,hcrba 
paralysis,  enula  campana,  calamcn- 
thum,  hermodactyli,  etc. 

Entre  ceux-cy  peuuent  estre  ra- 
comptés  les  medicamens  purgatifs, 
qui  ne  purgent  pas  les  humeurs  de 
nostre  corps  par  leur  chaleur , froi- 
deur, siccité  ou  humidité  : mais  de 


DES  MEDICAMENS. 


tout  leur  tempérament , forme  et 
vertu  spéciale  ou  occulte 1 ,iaçoit  qu’ils 
ayent  esté  mis  auec ceux  de  la  troi- 
sième faculté  : car  ils  besognent  au 
corpshumain  par  propriété  spécifique, 
et  soutient  plus  en  vne  partie  qu’en 
l’autre  : comme  pour  exemple,  l’aga- 
ric tire  plus  le  phlegme  des  iointures 
de  la  teste  que  des  autres.  La 
rheubarbe  est  plus  propre  à purger 
le  foye  et  reins  qu’autres  parties. 
Les  hermodaltes  tireut  principa- 
lement des  iointures  : et  ainsi  des  au- 
tres. La  contemplation  entière  des 
purgatifs  ie  délaissé  à ceux  qui  du 
tout  s’exercent  en  icelle,  pour  tant 
qu’elle  n’appartient  tant  à la  Chirur- 
gie. 

Or  des  medicamens  susdits  aucuns 
ont  vne  faculté  simple,  autres  en  ont 
plusieurs,  autresen  ont  deux  contrai- 
res, comme  sensiblement  nous  con- 
noissons  par  les  saueurs  contraires 
qui  en  goustant  se  manifestent:  ainsi 
qu’appert  en  la  rheubarbe,  laquelle 
en  la  superficie  se  monstre  amere  et 
chaude,  et  puis  monstre  à la  fin  vne 
astriction  de  sa  substance  terrestre  et 
crasse.  Et  pour  raison  que  par  les 
saueurs,  les  facultés  et  effets  des  me- 
dicamens sont  certainement  conneus, 
estans  simples  et  attiédis  appliqués 
sur  la  langue,  à fin  que  le  sens  du 
goust(iuge  desdiles saueurs)  en  puisse 
iuger,  nous  dirons  à présent  des  sa- 
uenrs. 

* Cette  phrase  incidente  : qui  ne  purgent 
pas,  etc. , a été  ajoutée  ici  en  1585. 


Ô29 


CHAPITRE  VII. 

DES  SAVEVRS. 

Saueur,  selon  Aristote  et  Théo- 
phraste, ainsi  que  Galien  le  recite  au 
premier  liure  des  Simples,  est  vne 
concoction  d’humidité  en  siccité,  faite 
par  le  bénéfice  de  chaleur,  laquelle 
estconneuë  estant  appliquée  sur  la 
langue  bien  disposée,  par  le  moyen 
du  nerf  de  ladite  langue,  et  d’vne  sa- 
liue  médiocre. 

Les  différences  des  saueurs  sont 
neuf. 

Trois  chaudes,  qui  sont  acre,  amere 
et  salée. 

Trois  froides,  sçauoir  [est1,  [acide, 
acerbe,  austere. 

Trois  temperées,  qui  sont  douce, 
oleeuse,  insipide  ou  fade. 

Toutes  lesquelles  prouiennent  de 
concoction  : laquelle  est  plus  grande 
aux  saueurs  que  nous  appelions  chau- 
des : plus  petite  en  celles  que  nous 
disons  froides  : médiocre  és  tempe- 
rées. Parquoy  Nature  tient  fort  sou- 
uent  et  plus  communément  tel  ordre 
en  la  concoction  des  saueurs  , que 
premièrement  se  monstre  et  appa- 
roistla  saueur  acerbe,  la  chose  estant 
encores  du  tout  crue  : puis  auec  quel- 
que concoction  est  faite  l’austere  : 
après  ensuiuant  l’acide  1 : puis  l’acide 
par  concoction  plus  grande  est  faite 

1 Le  commencement  de  cette  phrase  était 
fort  différent  en  1575  ; ou  lisait  : 

« Parquoy  Nature  tient  tel  ordre  en  la 
concoction  des  saueurs.  L’insipide  est  la  pre- 
mière, à cause  qu’elle  n’a  receu  aucune 
impression  de  chaleur  : puis  auec  quelque 
concoction  est  faite  l’austere  : apres  l’acerbe 
ensuyuant  l’acide  : puis  l’acide  par  concoc- 
tion plus  grande , etc.  » 


III. 


34 


53o 


I.E  VINGT-CINQVlÉME  LIVRE  , 


douce  ou  oleeuse,  laquelle  auec  cha- 
leur augmentée  est  tournée  en  salée, 
et  de  salée  faite  amere  : iusques  à 
tant  que  par  vne  chaleur  excessiue  et 
trop  grande,  finalement  est  faite  l’a- 
cre, qui  tient  entièrement  la  nature 
du  feu  : à ceste  cause  c’est  la  fin  des 
saueurs,  et  mise  au  dernier  degré  de 
concoction.  De  chacune  saueur  dirons 
particulièrement , commençant  aux 
froides. 

Saueurs  froides. 

L'acerbe  est  froide  et  terrestre, 
moins  aqueuse  que  l’acide , de  crasse 
substance.  Elle  refraischit , espaissit , 
condense,  astreint,  repousse,  princi- 
palement en  la  superficie.  Elle  se  con- 
noist  és  escorces  de  grenade,  noix  de 
galle,  tan,  et  noix  de  cyprès. 

L’acide  est  aqueuse,  froide,  subtile, 
sans  chaleur  naturelle.  Elle  incise, 
atténué,  mord,  purge,  deliure  ob- 
structions : et  se  manifeste  en  toute 
espece  d’ozeille , vinaigre  , cerises  , 
espine-vinette , et  autres. 

L’austere  est  prochaine  quant  au 
tempérament  et  effets  à l’acerbe  : car 
l’acerbe  consiste  en  vne  substance 
terrestre  et  froide.  Icelle  receuant 
mutation  et  auancement,  est  aug- 
mentée ou  de  la  seule  chaleur,  ou  de 
chaleur  et  humidité  , et  icelle  ou  aé- 
rée, ou  aquée  : ou  de  la  seule  humi- 
dité. Si  les  fruits  acerbes,  qui  tels  sont 
deuant  leur  maturité , sont  augmen- 
tés de  la  seule  chaleur,  ils  passent  en 
saueur  douce,  comme  les  chastai- 
gnes.  S’ils  sont  augmentés  de  la  seule 
humidité,  et  icelle  crasse,  d’acerbe 
ils  passent  en  la  saueur  austere  : car 
ces  deux  saueurs  acerbe  et  austere 
sont  en  pareil  degré  de  frigidité  : seu- 
lement l’acerbe  est  plus  terrestre, 
l’austere  est  plus  humide.  Que  si  la 
frigidité  est  persistante,  les  fruits  sont 


augmentés  en  humidité,  et  icelle  aé- 
rée et  ténue  , ils  passeront  en  saueur 
acide.  Que  si  ensemble  ils  sont  aug- 
mentés de  chaleur  et  humidité  aquée, 
ilspasseront  en  saueur  douce  : ou  bien 
saueur  oleeuse,  si  auec  la  chaleur 
l’humidité  qui  suruient  est  aérée.  De- 
quoy  il  a esté  bon  donner  aduertisse- 
ment , à fin  d’entendre  par  quels 
moyens  les  corps  sauoureux,  d’acer- 
bes qu’ils  sont  au  commencement, 
deuiennenl  enfin  doux  par  les  moyens 
d’austérité , acidité  et  saueur  oieeuse, 
selon  qu’ils  sont  augmentés  de  cha- 
leur et  humidité  simple  ou  compli- 
quée : dont  il  est  aisé  à entendre  que 
la  saueur  austere  desseiche  moins 
que  l’acerbe , au  reste  restreint  et 
reserre,  agglutine,  refraichit.  Elle 
se  monstre  és  cornoilles , neffles , 
pommes , poires  de  bois , et  autres 
fruits  cruds,  et  non  encore  meurs1. 

Saueurs  temperées. 

L’insipide  ou  fade,  improprement 
appellée  saueur,  est  froide  et  aqueuse. 
Elle  espaissit,  coagule,  fait  contrac- 
tion des  pores  et  des  orifices  des  vei- 
nes, restreint , esleinl  la  chaleur,  et 
souuentrend  le  membre  stupide.  L’on 
la  connoist  en  vne  chose  qui  n’a  au- 
cune saueur  notable  qui  se  puisse 
discerner,  comme  l’eau  simple. 

L’oleeuse  chaude,  humide  aëreuse. 
Elle  humecte,  Iasche,  emollit,  lu- 
brifie : comme  huile,  beurre  ,axonge, 
mobile,  et  autres  semblables. 

La  douce  chaude,  aëreuse  , et  tem- 
pérée. Elle  laue,rpolit,  cuit,  digéré, 

1 Édition  [de  1575  : Elle  se  monstre  és 
fleurs  de  grenades  saunages , dites  balaustes, 
escorces  de  grenades,  noix  de  galles,  alum , 
coquilles  de  glands  et  autres.  La  phrase 
actuelle  était  alors  attribuée  à la  saveur 
acerbe. 


DES  MEDICAMENS. 


suppure,  laxe,  appaise  les  douleurs  : 
comme  sucre,  miel,  manne,  aman- 
des douces,  laict,  et  les  autres. 

Saueurs  chaudes. 

La  salce  chaude,  astringente,  moins 
terrestre  que  l’amere  , fait  contrac- 
tion des  porosités,  restreint,  preserue 
les  corps  de  putréfaction,  desseiche 
sans  apparence  de  grande  chaleur,  di- 
géré , deterge,  serre.  Toutes  especes 
de  sel,  salpestre,  sal-nitre,  sel  am- 
moniac ',  sal  gemme , sel  commun  , 
eau  salée , et  semblables  qui  retien- 
nent la  saueur  salée. 

L’amere  chaude , terrestre  et  des- 
seichante 1  2,  purge,  deterge  la  sanie 
des  vlceres  et  les  humeurs  superflus 
du  corps,  ouure  les  porosités  et  orifi- 
ces des  veines  , subtilie,  incise  les 
grosses  humeurs,  prouoque  mens- 
trues et  hemorrhoïdes.  Elle  se  mons- 
tre en  aloé,  fiel,  absinthe,  suye, 
gentiane,  centaure  petit , fumeterre, 
et  autres  semblables. 

L’acre  chaude  et  subtile,  de  nature 
du  feu , eschauffe , attire , seiche,  de- 
terge, incise,  atténué,  digéré,  purge, 
prouoque  les  vrines  et  menstrues  , 
sueurs  : consume,  liquéfié,  fait  ves- 
cies  et  eschares , cautérisé  et  brusle. 
Aulx,  oignons,  squilles,  porreaux, 
poyure,  moustarde,  pyrethre,  et  sem- 
blables , représentent  la  saueur  acre. 

Outre  le  iugement  des  saueurs , l’on 
peut  aussi  connoistre  les  medicamens 
par  les  autres  sens  naturels  exté- 
rieurs, comme  par  l'attouchement,  la 
veuë,  l’ouye,  et  le  flair  : par  lesquels 
quelquesfois  nous  iugeons  de  leur 
bonté  ou  malice  en  l’election  , sou- 
uentesfois  aussi  de  leurs  qualités  ac- 

1 L’édition  de  1575  ajoutait  ici  : sel  alcaly. 

* Édition  de  1 575  : L’amere  chaude  el  ter- 
restre , astringente . 


53 1 

liues,  combien  que  le  iugement  en 
soit  beaucoup  incertain. 

L’attouchement  iuge  des  choses  ru- 
des, ou  polies  et  douces  à la  main  : 
dures  ou  molles , tendres  et  gluan  tes  : 
lubriques  et  glissantes,  ou  arides  et 
seiches:  chaudes  ou  froides,  humides 
ou  seiches , pesantes  ou  legeres. 

La  veuë  iuge  des  couleurs  par  vne 
splendeur  estant  és  corps  , pour  la- 
quelle distinguer  les  yeux  sont  ordon- 
nés : de  là  nous  estimons  vn  bon  séné 
qui  tire  sur  le  noir  verdoyant,  et 
n’estimons  le  bîanchastre.  Toutes- 
fois  quant  aux  qualités  premières  des 
medicamens  , le  iugement  pris  de  la 
couleur  est  fort  fallacieux  : car  tous 
medicamens  blancs  comme  neige , ne 
sont  froids  : ains  aucuns  chauds , 
comme  la  chaux  : les  autres  froids. 
Aussi  medicamens  rouges  sont  en 
partie  chauds,  comme  chalcanthum 
calciné  : autres  froids,  comme  roses 
rouges.  Parquoy  d’icelle  nous  ne  fe- 
rons grand  compte  pour  le  iugement 
des  medicamens. 

Le  flair  discerne  l’odeur  bon  du 
mauuais,  et  les  qualités  chaudes  qui 
se  treuuent  és  euaporations  des  me- 
dicamens qui  ont  odeur  : car  en  tant 
qu’ils  ont  odeur,  ils  sont  chauds,  veu 
que  tout  odeur  est  chaud. 

L’oüye  iuge  des  sons  , moyennant 
l’air  extérieur.  Icelle  pour  l’election 
du  médicament  discerne  les  choses 
pleines  des  vuides,  comme  les  basions 
de  casse,  noix  d’Inde,  pierres  d’ai- 
gles, et  les  autres. 

Nous  auons  iusques  à présent  dé- 
claré en  general  les  facultés  des  medi- 
camens, première,  seconde,  troisième, 
quatrième  , et  la  connaissance  et  iu- 
gement d’icelles  : à présent  faut  dé- 
duire en  particulier  aucunes  facultés 
et  vertus  de  la  seconde  et  troisième 
faculté  , à raison  que  pour  le  respect 


532  LE  VINGT-C1NQVIÉME  LIVRE 


de  telles  facultés  les  medicamens 
viennent  et  sont  en  vsage  iournalier 
et  ordinaire  entre  les  Chirurgiens  : 
commençant  aux  medicamens  reper- 
cussifs,  ayant  toutesfois,  première- 
ment , et  en  brief , louché  la  façon  de 
les  préparer. 

Encore  ne  veux  oublier  à descrire 
les  choses  odoriférantes  que  les  Chi- 
rurgiens vsent  en  la  composition  des 
medicamens,  auparauant  que  parler 
de  la  façon  de  les  préparer  : c’est  à 
sçauoir,  musc,  ambre  gris,  ciuette  , 
lignum  aloës , assa  odorata,  galanga, 


spica  nardi , macis , styrax  calamite  , 
clou  de  girofle,  muguette,  souchet , 
iris  de  Florence , camphre , fleurs  de 
lauande , de  rosmarin,  de  camomille, 
de  melilot,  thym  , fleurs  d’oranges  , 
marjolaine,  menthe,  hyssope,  et  plu- 
sieurs autres 

1 Ce  paragraphe  ne  date  que  de  1585. 

Quant  à la  table  qui  suit , et  qui  constitue 
le  chapitre  8,  elle  a été  ajoutée  en  1579  ; tou- 
tefois il  est  bon  de  noter  que  ce  chapitre  8 a 
été  omis  dans  la  table  des  chapitres  jusque 
dans  les  dernières  éditions. 


CHAPITRE  VIH.  — de  la  façon  de  rnEPAJtEr.  les  medicamens. 

( 


Piler 


^Bénins. 


Aiîis  à 
prendre 


Préparer 
les  medi- 
camens , 
n’est  au- 
tre chose 
qu’artifi- 
ciellement 
les  rendre 
propres  à/ 
mettre  en\ 
vsage , ou  ' 
es  compo- 
sitions , à 
fin  qu’ils 
soient,  ou 
plus 


Cribler 


Dissoudre 


O 


Brusler 


Aisés  i 
tnesler. 


î Cuire 


V 


Salutai- 

res. 


^Lauer 


Qui  est  les  réduire  en  \ Bronze, 
poudre,  en  frappant  jFer> 
oubroyant,cequel’on  f Plomb, 
fait  dans  vn  mortier  /Verre, 
auec  pilons , qui  sont  \Bols’ 
ou  de  Marbre, 

J et  autres.  ' 


Con- 

side-< 

ranti 


( Qui  est  séparer  ce  qui  . 

est  net  et  délié  d’auec  Ecorce  de  T.llet1 
\ ce  qui  est  sale  et  gros-  > Parchemin  > 

/ sier.cequesefaitauec  (s°ye<ie  chenal. 


cribles  de 


) Taffetas  et  linge. 


Desseicber 


Infuser 


La  chose  que  l’on  pile,  — 
La  force  et  maniéré  qu’on 
doit  piler,  — Le. temps  et 
espace,  — La  situation  , 
— Ce  qu’on  y adiouste  , 
— I,a  consistence  en  la- 
quelle on  doit  laisser  la 
chose  pilée. 

' Ayant  esgard  qu’il  y a mes- 
me  raison  à cribler  qu’à 
piler,  et  pource  les  choses 
qui  veulent  estre  pilées 
délié , demandent  estre 
passées  aussi  par  vn  crible 
délié , et  au  contraire. 

, Qui  n’est  autre  chose  sinon  des- , Seul  s surquoy  on  /D’amollir 
l mesler  et  ramollir  vn  medica- 1 (peut  compren-  ' 

I ment  qui  esloit  de  consistence  ) auec  1 dre  la  forme 

v dure  et  solide,  ce  qui  se  fait  ou  \ liqueur  ^ ''Fondre. 

(Qui  n’est  autre  chose  que  consommer  ^ Au  soleil,  \ 

l’humidité , laquelle  est  nuisible  , ( I Ayant  esgard 

dommageable  et  superflue  , ce  qui  se  l (au  médicament, 

fait, ou  y au  feu,  J 

Sur  l’infusion  on 
peut  adiouster 
la  nutrition  qui 
est  augmenta- 
tion du  medica 
ment,  l’abreu- 
uant  petit  à petit 
en  le  remuant. 

Les  mettre  plus  facilement 
en  poudre  estant  trop  gluan- 
tes ou  humides. 

Les  rendre  plus  subtiles. 
Acquérir  quelque  qualité 
ignée  , diminuer  leur  force, 
laquelle  estant  acre  s'adou- 
cit, comme  escrit[GaI.  fi.  4. 
des  Sirnp.  cha.  9. 
Lesdeguiser  en  autre  couleur. 

(Augmenter  leurs  facultés  qui 
sont  faibles,  cuisant  auec  eux 
ceux  qui  ont  plus  de  faculté 
et  vertu. 

Amoindrir  leurs  facultés, 
Oster  vne  mauuaise  qualité, 

■ Faire  que  de  plusieurs  simples 
cuits  ensemble  de  diuerses 
facultés,  se  produise  vne 
certaine  vertu, 

Donner  telle  consistence  que 
desirons  garder,  et  les  con- 
seruer  longuement. 

Et  pour  les  bien  lauer , Ies> 
faut  mettre  en  poudre  tres- 
deliée,  à fin  qu'en  toute  leur  |Cou]eur 
substance  l’eau  puisse  péné- 
trer , et  la  changer  tant  de  J 
de  fois  qu’elle  n'aie  aucune  | 
qualité  du  médicament  en 
Lesquelles  faut  fondre  , puis  Rôdeur, 
les  ieter  en  vn  vaisseau  plein  i 
d'eau,  et  les  remuer:  puis  les  I 
laisser  reposer  iusqu'à  ce  quel 
tout  le  gras  vienne  au  des- 1 
sus  : et  le  reiterer  iusques  à fSaueur. 
ce  que  l'eau  ne  retienne  au- 
cune qualité,  soit  en 


Qui  est  tremper  les/ La  liqueur,  / Laict, 

I medicamens  après  I car  autres  ) Vinaigre 
| qu'ils  sont  grossement!  se  infusent  j Huile, 
pilés , considérant  ) en  ( Eau 

If Vne  heure  , 

. 1 deux  heures 

LetemPS  vn  iour,  plus 

v nn  moins. 


'N'est  autre  chose! 
que  consommer! 
l'humidité  qui  est< 
en  iceux,  ce  qui  se  j 
fait  ou 


Auec 

mixtion, 

/et  ce 

> ou  4 

sans 

Ipour 

mixtion. 

N’est  autre  chose/ 
que  faire  bouillir! 
en  quelque  liqueur' 
vn  médicament,  ou 
bien  lui  faire  con-< 
sommer  quelque 
partie  de  son  hu- 
midité , qui  se  fait] 
ou  au 


Qui  est  vne/ 
espece  de 
purgation  | 
et  nettoie- 
ment, qui  , 
i se  fait  pour"' 
oster  quel-i 
que  im- 
mondice  és\ 
choses  ou 


Feu,  "\ 


Ue 

ou 
[ pour 


Soleil, 


/ Résinés, , 
mol-!  Gomme 
les.  ) Axonge’ 
( Huiles. 


534 


LE  VWGT-CINQVIÉME  LIVRE 


CHAPITRE  IX. 

DES  MEDICAMENS  REPERCVSSIFS  OV 
REPOVSSANS. 

Medicamens  repercussifs  ou  re- 
poussans  sont  froids,  et  de  grosses 
parties.  Sous  ce  nom  de  repercussifs, 
nous  entendons  aussi  les  astringents 
et  roboratifs,  pource  qu’ils  semblent 
repousser,  empeschant  la  fluxion  des 
humeurs  tombans  et  coulans  en  quel- 
que partie.  Or  tels  sont-ils  ou  de  soy, 
et  de  leur  propre  nature,  ou  par  ac- 
cident , et  sans  qualités  et  effets  pro- 
pres. 

De  ceux  qui  sont  repercussifs  de 
leur  propre  nature , les  vns  sont 
aqueux  et  humides  sans  aucune  as- 
triction,  pourtant  sont  debiles  : les 
autres  terrestres  et  astringens  : des- 
quels les  vns  sont  chauds,  les  autres 
froids,  qui  sont  forts,  et  proprement 
appellés  repercussifs  : et  d’iceux  les 
vns  simples,  les  autres  composés. 

Medicamens  repercussifs  de  leur 
propre  nature  aqueux  et  humides, 
repoussans  seulement  d’vne  qualité 
froide,  sont  : 

Lactuca , portulaca,  sonchus  *,  lenticula  pa- 
lustris,  vmbilicus  veneris,  cucumis,  me- 
lones,  cucurbita,  semperuiuum  vtrunque  : 
aqua  communis. 

On  peut  aussi  adiouster  à ceux  cy, 

1 L’édition  de  1575  ajoutait:  cicliorium, 
polygomim  , trifolium , auricula  mûris  ; puis 
un  peu  plus  loin  : oxalis , albumen  oui , et 
enfin  au  lieu  de  aqua  communis,  elle  portait: 
rosce  et  aquee  ex  his  distillâtes.  Tout  cela  avait 
été  efl'acé  dès  1579,  et  Vaqua  communis  ne  fut 
ajoutée  que  dans  la  première  édition  pos- 
thume de  1598. 


Poma  mandragoræ  , solanum  , hyoscyamus 
et  succus  papaueris. 

Lesquels  refrigerent  grandement , 
et  pourtant  les  faut  oster  auant  que 
les  parties  où  ils  ont  esté  appliqués 
deuiennent  liuides. 

Les  terrestres  astringens  froids , 
proprement  appellés  repellens  ou  re- 
percussifs, sont  : 

Plantes. 

Plantago,  folia  vitium,  capita  rosarum, 
quercus , cupressus  , rubus , oiyacantha  , 
tbus,  caudaequina. 

Fruits. 

Fructus  sorborum , cornorum,  mespilorum, 
cydoniorum  , myrtillorum  *,  nuces  cu- 
pressi , nuces  aliæ  virides , gallæ  , glan- 
des, sumach,  omnes  fructus  immaturi. 

Jus. 

Omphacium,  acetum , vinum  austerum, 
succus  granatorum  acidorum,  acacia, 
succus  berberis , succus  cydoniorum , hy- 
poclstis. 

Escorces  et  fleurs. 

Malicorium , cortex  quercus , cltrlni , ba- 
laustia. 

Farines. 

Farina  hordei , fabarum  , panicl , auenæ , 
milij , orobi , admixta  succis  ad  modum 
pultis. 

Métaux. 

Bolus  armenus  , sanguis  draconisj,  cerusa , 
lithargyros,  terra  sigillata , cimolia , 
creta,  argilla , magnes,  plumbum  , co- 
ralla  , marcasitæ  omnes,  antimonium  , 
spodium,  pompholyx  vera,  omnis  terræ 
species  : 


i L’édition  de  1575  ajoutait  ici  : spinorum. 


DES  MEDICAMENS. 


535 


Et  autres  tels  medicaraens  repercus- 
sifs  simples. 

Les  composés  sont  : 

Huiles. 

Oleum  rosaceum , omphacinum  , myrtillo- 
rum,  papaueris,  cydoniorum,nenupharis. 

Onguens. 

Vnguentum  rosatum,  album  Rhasis,  ca- 
phuratum,  cmplastrum  diachalciteos  dis— 
solutum  in  aceto  et  oleo  rosato,  desicca- 
tiuum  rubrum,  populeum. 

JEmplaslres. 

Emplastrum  nigrum  siue  triapharmacum 
descriptions  Galeni,  emplastrum  contra 
rupturam  , de  cerusa , pro  matrice. 

Tous  ces  medicamens  repercussifs 
froids  ont  plus  grande  efficace,  quand 
ils  ont  quelque  tenuité  de  substance 
adiointe,  soit  par  leur  nature,  soit 
par  mixtion  : comme  pour  exemple, 
souuent  on  adiouste  aux  autres  re- 
percussifs de  crasse  substance,  vinai- 
gre, camphre,  et  autres  de  parties 
subtiles,  à fin  de  mieux  pénétrer  et 
seruir  comme  de  chariot  à porter  la 
substance  terrestre  et  astringente  ius- 
ques  au  dedans. 

Les  repercussifs  terrestres  astrin- 
gens  chauds  sont  : 

Herbes. 

Absintbium  , centaurium,  gentiana  , eu- 
patorium  , sabina , coriandrum , men- 
tlia,  lauri  folia. 

Conforlans  et  aromatiques. 

Graine  de  paradis1,  cardamomum,  cala- 
mus  aromaticus,  aloës,  spica,  crocus,  nux 
moscata  , cinnamomum,  succinum,  etc. 

1 La  graine  de  paradis  n’a  été  ajoutée  là 
que  dans  l’édition  posthume  de  1698. 


Métaux. 

Sal,  alumen,  vitreolum,  sulphur,  etc. 

Huiles. 

Oleum  absinthij,  mastichinum,  nardinum, 
costinum , cerotum  stomachicum  Galeni, 
6antalinum,  emplastrum  diachalciteos. 

Repercussifs  par  accident  sont , li- 
gatures, compresses,  astelles , cautè- 
res, saignées,  ventouses,  frictions 
doloreuses  és  parties  opposites  : et 
autres  semblables  remedes  que  pro- 
prement on  appelle  reuulsifs. 

L’vsage  des  repercussifs  est  pour 
repousser  l’humeur  coulant  d’vne 
partie  à l’autre,  et  appaiser  l’intem- 
perature  chaude  : car  souuent  par  le 
flux  des  humeurs  est  engendré  dou- 
leur, fiéure,  aposterae,  vlcere  malin, 
gangrené,  mortification,  et  autres  ac- 
cidens. 

Tels  medicamens  repercussifs  faut 
premièrement  appliquer  à la  maladie, 
considérant  la  température  et  com- 
plexion  du  corps,  et  nature  de  la  par- 
tie affectée.  Car  toutes  parties  ne 
peuuent  pas  soustenir  et  endurer 
mesmes  repercussifs , comme  ner- 
ueuses,  spermatiques,  et  autres  telles 
parties  froides.  Ioint  qu’à  d’aucu- 
nes en  tout,  il  ne  faut  vser  des  re- 
percussifs : comme  aux  emonctoires 
du  foye,  du  cœur,  et  du  cerueau  : à 
fin  de  ne  renuoyer  la  fluxion  en  vne 
partie  principale  et  première.  Aussi 
tous  corps  ne  peuuent  pas  endurer 
mesmes  repellens  : car  femmes  , en- 
fans,  chastrés  , et  autres  telles  gens 
délicats,  ou  aagés,  ne  souffriront  me- 
dicamens si  fort  froids,  que  ferdnt  les 
corps  robustes,  chauds  et  forts.  Des 
maladies  aussi  aucunes  demandent 
repercussifs,  autres  non.  Car  caco- 
chymie et  plénitude  ne  requièrent 
' tels  medicamens,  que  l’euacuation 


536  LE  VINGT-CINOVIISME  LIVRE 


vniuerselle  n’aye  précédé.  Pareille- 
ment matière  venencuse,  crasse,  acre 
et  en  multitude,  ne  demande  reper- 
cussifs,  comme  bien  le  déclaré  mon- 
sieu  r maistre  Iacques  Hollier,  Docteur 
en  Medecine  , en  son  liure  de  la  ma- 
tière de  Chirurgie  : ny  pareillement 
la  matière  qui  est  accompagnée  de 
grande  et  intolérable  douleur  : non 
plus  que  celle  qui  flue  par  vne  excré- 
tion critique  : car  en  tels  cas,  au  con- 
traire, il  faut  vser  de  medicamens 
attractifs  et  parégoriques. 

Or  les  maladies  qui  demandent  re- 
percussifs,  quelquesfoissont  grandes: 
parquoy  en  icelles  ne  ferez  rien  de 
petits  remedes , comme  de  laictue  en 
grande  inflammation  : autres  sont 
petites  ou  médiocres , donc  ne  faut 
vser  de  forts  repercussifs  : car  s’ils 
sont  trop  forts,  le  cuir  est  reserré, 
l’humeur  congele  , la  fluxion  et  in- 
flammation accroist,  de  sorte  que  bien 
souuent  la  matière  s’endurcit  en 
scirrhe,  comme  nous  dirons  cy  après 
selon  Galien. 


CHAPITRE  X. 

DES  MEDICAMENS  ATTRACTIFS. 

Médicament  attractif  ou  attirant, 
contraire  au  repoussant  ou  reper- 
cussif,  que  les  Grecs  appellent  helcti- 
que,  est  de  chaude  et  ténue  substance  : 
par  laquelle  il  attire  au  dehors  et  à 
la  circonférence  ce  qui  est  au  dedans 
du  corps  bien  profond  et  auant  : et 
ce,  ou  par  vne  qualité  manifeste,  ou 
par  vn  don  et  propriété  de  nature,  ou 
d’ vne  qualité  accidentale  et  acrimo 
nie.  Medicamens  attractifs  de  leur 
propre  nature  et  qualité  manifeste 
sont  simples  ou  composés. 


Les  simples  sont  : 

Racines. 

Bryonia,  allium,  cepa,  porrum,  aristolo- 
chia,  hermodactyli , cyclamen,  lilium, 
sigillum  beatæ  Mariæ,  arum,  asarum, 
asphodelus,  gentiana,  pyrethrum. 

Herbes. 

Ruta,  sabina  , calamenthum,  omnes  tithy- 
malorum  species , viscum , abrotonum  , 
anagallis , vtrica , ranunculus , struthio , 

et  autres  telles  plantes  acres. 

Gommes. 

Ammoniacum,  bdellium,  galbanum,  opo- 
panax,  sagapenum,  euphorbium,  asptaal- 
tum , etc. 

Métaux. 

Calx  viua , cinis  è fæce  vini  vel  aceti,  sul- 
phur,  sal  ammoniacum,  et  omnes  salis 
species , auripigmenlum. 

Huiles  et  graisses. 

Oleum  vêtus  et  multorum  annorum,  adeps 
leonis,  vrsi.canis,  anseris , viperæ , ra- 
narura1  : axungia  porci  yetustate  acris, 
aut  attriturotarum. 

Les  composés  sont  : 

Huiles. 

Oleum  de  spica,  philosophorum,  de  tere- 
benthina,  de  croco,  de  scorpionibus,  ru- 
taceum , vulpinum,  laurinum,  anethi- 
num,  de  vitriolo. 

Onguens. 

Vnguentum  Agrippæ,  aragon  seu  auxiliare, 
martiatum,  enulatum,  theriaca,  mithri* 
datium. 

1 J’ai  rétabli  ici  d’après  toutes  les  édition» 

du  vivant  de  l’auteur  ce  mot,  ranarian  , qui 

manque  dans  toutes  les  éditions  posthumes. 


DES  MEDICAMENS. 


Emplastres. 

Emplastrum  «le  meliloto,  diaehylon  ma- 
gnum et  paruum , oxycroceum , diuinum. 

Ceux  qui  attirent  d’vn  don  de  na- 
ture et  familiarité  de  substance,  sont  : 

Magnes,  argentum  viuum,  pæonia,  suc- 
cinum,  omnia  alexipharmaca,  c'est-à-dire 
qui  répugnent  aux  venins  : et  theriaca 
médicamenta,  c’est-à-dire  qui  contrarient 
aux  morsures  des  besles  : et  omnia  pur- 
gan.ia  médicamenta. 

Ceux  qui  attirent  par  qualité  acci- 
dentale,  attirent  ou  par  putréfaction, 
ou  autrement. 

Par  putréfaction  attirent  : 

Stercuscolumbinum , caprinum,  vaccinum, 
humanum , et  omnes  aliæ  stercorum  spe- 
cies,  fermentum,  cascus  vêtus,  etc. 

Ceux  qui  attirent  par  autres  qua- 
lités, sont  : 

Cucurbitulæ,  sanguisugæ,  syringa,  frictio 
asperior  et  durior,  suctus,  dolor,  vincula 
astrictoria , cauteria. 

Ces  medicamens  attractifs  ne  doi- 
uent  ny  brusler,  ny  résoudre.  Les 
trop  acres  faut  attremper  d’huile  ro- 
sat , ou  par  medicamens  doux.  Les 
debiles  faut  renforcer  d’huile  laurin  , 
chaux-viue,  et  autres  plus  forts. 

Cesdits  attractifs  seruent  à tirer  le 
venin  à la  peau  : ou  s’il  y a quelque 
chose  pesliferée  et  vitieuse  au  milieu 
du  corps,  ils  la  tirent  ailleurs.  Us  ai- 
dent à maturer  les  abscés  critiques. 
Us  rendent  la  vie  aux  parties  tabides 
et  emaciées,  et  reschauflent  celles 
qui  sont  trop  réfrigérées.  Usespuisent 
la  sanie  vitieuse  des  mauuais  vlceres, 
et  playes  des  nerfs.  Us  esleuent  et  ti- 
rent dehors  les  esquilles  d’os,  doux, 
espines,  sagettes.  Us  euacuent  les 


537 

restes  des  phlegmons  endurcis.  Us 
suruiennent  aux  morsures,  tant  des 
bestes  que  des  hommes. 


CHAPITRE  XI. 

DES  MEDICAMENS  HESQLVTIFS.  ■; 

Médicament  résolutif  est  celuy  qui, 
par  sa  chaleur  et  tenuité  de  sub- 
stance, Guure  les  pores,  atténué,  dis- 
sipe, et  fait  euaporer  et  exhaler  par 
insensible  transpiration  le:'  aumeurs 
et  autres  matières  inutiles  et  super- 
flues és  parties  où  elles  sont  arrestées. 
D’iceluy  y a deux  especes  : car  l’vn 
est  rarefactif,  l’autre  résolutif,  que 
les  Grecs  appellent  diaphoretique. 
Le  rarefactif  par  chaleur  médiocre, 
peu  de  siccité  et  subtile  substance, 
ouure  et  amollit  la  peau,  et  donne 
sortie  à ce  qui  estoit  retenu  : pourtant 
peut  estre  dit  anodyn  , car  il  excede 
bien  peu  le  temperé.  Le  diaphoreti- 
que , par  chaleur  plus  grande  que  le 
rarefactif,  dissipe  insensiblement  ce 
qui  est  arresté  et  impacte  en  vne 
partie  : et  aucunesfois  a plus  grande 
chaleur  que  l’attractif,  selon  les  corps 
où  il  doit  estre  appliqué  : car  aucu- 
nesfois l’attractif,  appliqué  à vn  corps 
dur,  pourra  estre  résolutif,  où  s’il 
estoit  appliqué  à vn  autre,  il  allire- 
roit  du  dedans  au  dehors.  Les  rare- 
factifs  que  nous  pouuons  appeller 
résolutifs  , debiles , sont  simples  ou 
composés. 

Les  simples  sont  : 

Herbes. 

Bismalua  cum  toto,  parietaria,  adianthum, 
mercurialis,  ebulus,  valeriana,  rosmari- 
nus,  saluia,  thymus. 


538 


LE  VmGT-CINQVlÈME  LIVRE  , 


Fleurs. 

Camomilla,  melilotum,  anethum. 

Semences  et  farines  d’icelles. 

Farina  hordei,  tritici , seminislini,  fœnu- 
græci,  nigellæ,  furfur. 

Graisses. 

Adeps  gallinæ,  anseris,  anatis,  cuniculi, 
vitulinus. 

Métaux. 

Metallica  fere  omnia,  nisi  acria  sint. 

Les  composés  sont  : 

Huiles. 

Oleum  camomillæ,  anethinum,  liliorum, 
catcilorum,  lumbricorum , Keiri,  de  vi- 
tellis  ouorum,  tritici,  amygdalarumdul- 
cium. 

Onguens  et  emplaslres. 

Vnguenturn  de  althæa,  emplastrum  diachy- 
lum , ireatum. 

Les  diaphoniques  ou  digestifs , 
semblablement  sont  simples  ou  com- 
posés. 

Les  simples  sont  : 

Racines. 

Aristolochia,  enula  campana,  iris,  cepa, 
scilla,  sigillum  Salomonis,  sigilium  beatæ 
Mariæ,  bryonia  , panis  porcinus,  dracun- 
culus,  acorus,  asphodelus. 

Herbes. 

Origanum,  mentha,  pulegium,  sabina, 
serpyllum,  calamcnthum,  hyssopus,  vr- 
tica , arteinisia , lauendula , chamæpy  lis  '. 

Semences. 

Anisum,  fœniculum,  cuminum,  piper,  nui 

1 L’édition  de  1575  ajoutait  à cette  liste: 
brassica , effacé  dès  1579. 


moscbata,  coriandrum,  baccæ  lauri  etiu- 
niperi.  h 

Farines. 

Farina  fabarum  , lupinorum , orobi,  milij , 
frumenti , furfur,  mica  panis. 

lus. 

Acetum  tepidum,  oxycratum,  vinum  vêtus, 
aromaticum,  mel,  aquavitæ,  muria. 

Graisses. 

Adeps  tauri,  equi,  leonis,  canis,  hirci, 
butyrum,  et  alij  adipes. 

Moelles. 

Medulla  cerui,  cruris  bouis , arielis,  etc. 

Gommes. 

Ammoniacum,  galbanum,  opopanax,  sa- 
gapenum,  myrrha,  bdellium,  thus,  te- 
rebenthina,  pix  nigra,  ladanum,  styrax, 
calamita,  benioinum,  etc. 

F ienles. 

Stercus  caprinum,  columbinum,  caninum, 
bubulum , et  aliæ  stercorum  species. 

Les  résolutifs  composés  sont  : 

Huiles. 

Oleum  amygdalarum  amararum , iuniperi- 
num,  laurinum,  de  scorpionibus,  irinum, 
costinum  , nardinum,  de  terebenthina  , 
de  croco,  cannabinum  , raphaninum  , è 
cucumere  agresti , vulpinum  , ruliceum, 
philosophorum,  delateribus,  de  euphor- 
bio,  de  tarlaro,  de  petroleo,  de  Kerua 
siue  racininum1. 

Onguens. 

Vnguenturn  Agrippæ,  martiatum,  aragon, 
enulatum. 

1 L’édition  de  1575  ajoutait  ici  : oxymel 

simplex. 


DES  MEDICAMENS. 


Emplastres. 

Emplastrum  deVigo  sine  additioneetcum  ad- 

ditione,  oxycroceum,  diachalciteos,  disso- 

lutum  in  oleo  digerente  ad  formam  cerati. 

Les  rarefactifs  conuiennent  à l’ac- 
croissement et  vigueur  d’vne  tumeur 
superficielle , en  lieu  mol , et  matière 
chaude  et  humide  : aussi  en  vne  ma- 
tière venteuse. 

Lès  diaphoretiques  doiuent  estre 
appliqués  à l’accroissement  des  tu- 
meurs, en  y adioustant  quelque  as- 
tringent, de  peur  que  par  trop  digé- 
rer ils  n'attirent  et  augmentent  la 
fluxion.  A la  déclination  desdites  tu- 
meurs, les  faut  appliquer  sans  mix- 
tion aucune  en  vn  corps  qui  a la  peau 
dure,  et  quand  l’humeur  est  froid  et 
crasse,  caché  au  profond  du  corps, 
où  à peine  les  medicamens  peuuent 
imprimer  leurs  vertus  et  effets.  Tou- 
tesfois  il  faut  auoir  esgard  aux  par- 
ties où  l’on  applique  résolutifs.  Car 
au  foye,  à la  ratte,  ventricule,  et  au- 
tres telles  parties,  ne  faut  appliquer 
résolutifs  et  relaxatifs,  sans  y adious- 
ter  quelque  astringent,  comme  choses 
aromatiques  : en  partie  stupide  et 
peu  sensible , faut  mettre  diapho- 
retiques plus  forts  : és  autres  plus 
sensibles , comme  à l’œil  et  parties 
nerueuses,  plus  doux.  Aussi  en  ma- 
tière froide  et  crasse,  faut  vser  pre- 
mièrement de  remedes  incisifs,  at- 
tenuans,  après  des  emolliens,  pour 
petit  à petit  venir  aux  diaphoreti- 
ques : car  autrement  le  plus  subtil  se 
resoudroit,  et  ce  qui  est  cras  et  espais 
s’endurciroit.  D’auantage,  quand  la 
partie  est  tellement  oppressée  de  flu- 
xion qu'il  y a danger  de  gangrené  et 
mortification  , il  faut  délaisser  les  ré- 
solutifs , et  venir  à scarification  : 
comme  doctement  l’escrit  monsieur 
maistre  Iacques  Hollier,  Docteur  en 


539 

Médecine  , en  son  liure  de  la  matière 
de  Chirurgie , lequel  il  nous  a laissé 
au  grand  auancement  et  illustration 
dudit  art. 


CHAPITRE  XII. 

DES  SVPPVRATIFS. 

Médicament  suppuratif  est  celuy 
qui  par  sa  consistence  emplastique 
fermant  les  pores,  et  empesebant  la 
transpiration,  augmente  la  chaleur 
naturelle  en  substance  ou  quantité,  et 
non  en  qualité  : en  raison  de  quoy 
ladite  chaleur  fortifiée  conuertit  et 
transmue  le  sang,  et  autres  matières 
superflues , en  bouë  et  sanie.  Il  est  de 
nature  chaude  et  humide,  semblable 
et  proportionnée  à la  température  et 
chaleur  naturelle  de  la  partie  où  il 
est  appliqué  : de  consistence  emplas- 
tique, à fin  de  retenir  la  chaleur  na- 
turelle, de  peur  qu’elle  ne  s’exhale 
ou  dissipe.  Et  par  ceste  consistence 
emplastique,  il  est  different  des  medi- 
camens emolliens  ou  malactiques  , 
desquels  cy  après  nous  parlerons:  car 
s'ils  estoient  emplastiques , ils  pour- 
roient  suppurer.  Or  il  y a deux  sortes 
de  suppuratifs  : les  vns  sont  suppura- 
tifs de  leur  propre  nature,  les  autres 
par  accident.  Ceux  qui  suppurent  de 
leur  propre  nature , sont  simples  ou 
composés. 

Les  simples  sont  : 

Racines. 

Radix  liliorum,  allium , eepa , bismalua, 
buglossum,  maliia;  omnes. 

Herbes. 

Bismaluæ,  maluæ  folia  etsemina,  branca 
vrsina,  senecio,  violœ,  buglossum,  pa- 
rietaria , crocus,  caules. 


54o 


LE  VINGT-CINQVIÉME  LIVRE  , 


Fruits. 

Ficus  et  passulæ  mundatæ , earumque  de- 
coctum. 

Farines. 

Farina  tritici,  farina  volatilis , farina  hor- 
dei  excorticali , lolij , seminis  Uni  et 
fœnugræci. 

Gommes. 

Galbanum,  ammoniacura,  styrax  pinguis, 
Iadanum,  viscum  aucupatorium , thus, 
pix,  cera,  résina,  colla. 

Graisses. 

Adeps  suillus,  vitulinus,  vaccinus,  capri- 
nus,  butyrum,  vitellus  oui,  œsypus  hu- 
mida. 

Fientes. 

Stercus  suillum,  columbinum,  caprinum, 
pueri. 

Les  composés  sont  : 

Huiles. 

Oleum  liliorum,  lumbricorum,  de  croco,  etc. 

Onguens. 

Vnguentum  basilicon. 

Emplastres. 

Emplastrum  diachylon  commune,  magnum, 
et  de  mucilaginibus. 

Les  suppuratifs  par  accident,  sont 
tous  ceux  qui  ont  vneconsistenceem- 
plastique  , comme  bien  souuent  l’on 
voit  que  les  medicamens  repercus- 
sifs,  à raison  de  leur  substance  crasse, 
suppurent  : tel  est  vnguenlum  de  bolo, 
nulritum  , et  autres.  Aussi  ceux  qui 
par  leur  réfrigération  ferment  les  po- 
res , comme  l’ozeille  , laquelle  estant 
appliquée  est  fort  suppuratiue  : car 
retenant  la  chaleur  naturelle  au  de- 
dans , et  aidant  icelle  à inciser  les 
humeurs , fait  promptement  suppura- 
tion. Bref  tous  medicamens  chauds 
ayans  quelque  humidité,  s’ils  sont 


meslés  auec  des  emplasliques,  ils 
suppurent  : moyennant  qu’ils  ne 
soient  trop  résolutifs  etdetersifs. 

Nous  vsons  des  suppuratifs  aux 
grands  phlegmons , lesquels  n’auons 
peu  empescher  par  repercussifs  ny 
résoudre , aussi  aux  grandes  contu- 
sions et  playes  contuses. 


CHAPITRE  XIII. 

DES  MEDICAMENS  E MOLLI  ENS  OV 
IIEMOLL1TIFS. 

Médicament  remollitif,  est  celuy 
qui  par  sa  chaleur  plus  grande  que 
celle  des  suppuratifs,  au  reste  sans 
aucune  humidité  ou  siccité  manifeste 
et  apparente  , amollit  les  corps  en- 
durcis. Parquoy  différé  du  suppura 
tif  : par  ce  que  le  suppuratif  peut  es- 
tre  chaud  du  premier  au  second 
degré , ou  plus,  selon  la  température 
du  corps  où  il  est  appliqué , agissant 
plus  par  abondance  de  chaleur  mo- 
dérée que  par  qualité  et  acrimonie 
d’icelle.  L’emollient  au  contraire  es- 
tant plus  robuste  en  chaleur , agit 
plus  par  qualité  d’icelle  : temperé  au 
reste  en  humidité  et  siccité , iaçoit 
que  nous  auons  aucuns  remollilifs 
chauds  au  premier  degré  , et  secs  au 
second  et  troisième. 

Les  medicamens  emolliens  sont 
simples  ou  composés,  débiles  ou  forts. 
Les  débiles  sont  : 

Racines. 

Radix  liliorum  alborum  , cucumeris  agres- 
tis,  althæa. 

Herbes , semences  et  fruits. 

Folia  maluæ,  bisinaluæ , liliorum,  anelhi 
summitates , viola,  branca  vrsiua , semen 


DES  MEDICAMEjN'S. 


maluæ , bismaluæ , liai , fœnugræci , ca- 
rie* pingucs , passulæ  mundatæ. 

Pa  nies  des  testes. 

Pedum  , capitum , intestinorum  veruccino- 
rum  decoctum. 

Graisses  des  testes  , oiseaux  et  poissons. 

Adeps  ex  iunioribus  et  caslratis,  domesticis 
fœminis  animalibus.  Adeps  suillus,  vitu- 
linus,  hœdinus,  caprinus,  bubulus  , vul- 
pinus,  gallinaccus,  anserinus,  analinus, 
olorinus,  efficaces. 

Ex  anguillis  etpiscibus  11 uuiatilibus,  débiles. 
Ad  omnia  mediocris  buinanus,  butyrum, 
laoa  succida,  cera  pinguis,  vitellus  oui. 

Moelles. 

Medulla  ex  ossibus,  ceruina,  ouilla,  caprina. 

Les  composés  sont  : 

Olcum  simplex  in  quo  coctæ  fuerint  herbæ 
emollientes,  liliorum,  chamæinelinum , 
amygdalarum  dulcium. 

Les  forts  emoîliens  : 

Acetum,  adeps  taurinus,  vrsinus,  ccruinus, 
leoninus,  pardalinus,  apri,  equi  seuum  i. 

Résinés  et  gommes. 

Pinea  , picea , abietina , terebinthina. 
Ammoniacum,  bdellium  , styrax,  galba- 
num,  ladanum,  propolis,  opopanax , 
vnguentum  de  altbæa. 

Emplastres. 

Emplaslrum  diachylon  commune  et  ma- 
gnum , de  mucilaginibus , ceroneum , 
oiycroceum,  Iohannis  deVigo. 

Nous  vsons  des  medicamens  remol- 
litifs  aux  tumeurs  scirrheuses , qui  se 
font  souuent  és  fins  des  muscles,  quel- 
quesfois  au  milieu  des  muscles , sou- 
uentesfois  és  glandes , és  viscères  , és 

1 L’édition  de  1575  ajoutait  à celte  énu- 
mération gritis  : ce  mot  a etc  raye  en  1579. 


54l 

léures  ou  bords  des  vlceres,  d’vne 
matière  crasse , froide  et  visqueuse  : 
comme  sont  la  pituite  et  le  suc  me- 
lancholique.  Mais  les  tumeurs  faites 
de  cest  humeur  sont  tousiours  chan- 
ses , et  pour  ceste  cause  sont  ren- 
dues plus  malignes  par  l’vsage  des 
emoîliens  : au  contraire  , celles  qui 
sont  faites  de  pituite  demandent  seu- 
lement emoîliens.  Toutesfois  en  l’v- 
sage  desdits  emoîliens  , faut  auoir 
esgard  à trois  choses  : la  première  est, 
qu’il  faut  connoistre  combien  le  vice 
est  grand  , à fin  d’appliquer  remede 
suffisant  : secondement , faut  distin- 
guer les  natures  des  parties  : tierce- 
ment,  faut  colliger  artificieusement 
comme  il  faudra  amollir  : s’il  faudra 
point  adiouster  quelque  médicament 
qui  deterge  et  incise  auec  les  emol- 
liens  : car  aucuns  scirrhes  sont  incu- 
rables, comme  celuy  qui  n’a  point  de 
sentiment,  et  qui  a causé  desia  déper- 
dition de  poil  en  la  partie  où  il  est. 

Il  faut  icy  noter,  que  si  la  partie 
est  grandement  inlemperée  d’inlem- 
perature  froide , et  que  la  chaleur 
naturelle  fust  languide,  qui  feroit 
qu’elle  nepourroit  réduire  les  reine- 
des  de  puissance  en  effet  : pour  aug- 
menter icelle  chaleur,  on  posera  prés 
vne  estuue  de  fer,  en  laquelle  sera 
mis  vn  carreau  de  fer  ardent , puis 
sera  close  : et  par  ce  moyen  la  cha- 
leur sera  gardée  longuement  *. 

A.  Monstre  le  corps  de  restitue. 

B.  Le  carreau  de  fer. 

C.  Lecouuercle. 

JCe  dernier  paragraphe,  avec  la  figure 
qui  le  suit , est  une  addition  de  1579  : mais 
déjà  la  planche  existait  dans  les  Dix  liures 
de  Chirurgie  de  1 564  , fol.  229,  verso  ; et  c est 
là  que  j’ai  trouvé  l’orthographe  estuue  , tan- 
dis que  toutes  les  grandes  éditions  portent 
en  cet  endroit  cswffc. 


542  LE  VINGX-CINQVI^ME  LIVRE, 


CHAPITRE  XIV. 

DES  DETERSIFS  OV  MON  DIF  IC  ATI  FS. 

Médicament  detersif1  ou  mondifi- 
catif,  est  celuyqui,  par  vne  tenuité  de 
substance  accompagnée  de  siccité , 
netloye  et  purge  vn  vlcere  de  deux 
sortes  d’excremens  : desquels  l’vn  est 
gros  et  espais,  appelle  Sordes , vul- 
gairement dit  boue  , qui  est  tiré  du 
profond  des  vlceres  au  dehors  parles 
qualités  dudit  mondificatif  : l’autre 
estsublil  et  aqueux , appellé  desGrecs 
Ichor  , lequel  est  desseiché  par  la  sic- 
cité  du  mondificatif.  Et  pourtant  dit 
Hippocrates  que  tout  vlcere  doiteslre 
mondifié  2. 

Des  medicamens  mondificatifs,  les 
vns  sont  simples  , les  autres  compo- 
sés : les  vns  forts,  les  autres  debiles. 
Les  simples  sont  ou  amers , ou  doux, 
ou  acides. 

1 L’édition  de  1575  disait:  Mcdicamcnt pur- 
gatif, delersif,  etc. 

2 Au  liure  des  vlceres.  — A.  P. 


Ceux  qui  ont  saueur  amere  sont  : 

Hacines. 

Genliana,  aristolochia,  iris,  enulacampana, 
scilla,  serpentaria. 

Herbes. 

Centaurium  minus,  absinthium,  marru- 
bium,  perforata,  abrotonum,  apium, 
chelidonium , ruta,  hyssopus,  scabiosa, 
artemisia , eupatorium,  aloës. 

Semences. 

Fumns  terræ  , hedera  terrestris,  et  lixiuium 
factum  ex  cineribus  horum,  lupini , oro- 
bus, amygdala  amara,  faba. 

Gommes. 

Terebinthina,  myrrha,  mastichc,  sagape- 
num,  galbanum , ammoniacum. 

Excremens  des  bestes. 

Fella  animalium,  stercus  caprinum,  vrina 
bene  coda. 

Métaux. 

Squamma-  æris,  æs  vstum,  ærugo,  scoria 
æris,  antimonium,  calx,  chalcitis , misy, 
sory,  alumen. 

Les  doux  sont  : 

Viola , rosa , melilotum , ficus  pingues,  dac- 
tyli , vuæ  passæ , liquiritia  , aqua  hordei, 
aqua  mulsa , vinum  dulce , mel,  saccha- 
rum , sérum  lactis,  raanna , thus , etc. 

Les  acides  sont  : 

Omnes  acclosæ  specics,  capreoli  vitium, 
acetum , et  cætera  acida. 

Les  composés  sont  : 

Syrupus  de  absinthio , de  fumaria,  de  mar- 
rubio , de  cupatorio,  artemisia , acetosus, 
lixiuium. 

Oleum  de  vilellis  ouorum,  oleum  terebin- 
thinæ,  oleum  de  tarlaro. 

Vnguentum  mundificatiuum  de  apio,  apo- 
stolorum,  puluis  mcrcurialis,  etc. 


DES  MEDICAMENS. 


Nous  vsons  des  medicamens  mon- 
dicatifs,  pour  en  purgeant  les  vlceres 
caues,  donner  moyen  à nature  d’en- 
gendrer chair , et  les  remplir  : mais 
en  l’vsage  d’iceux , faut  auoir  pre- 
mièrement esgard  à tout  le  corps,  car 
il  est  sain  , ou  pléthorique,  ou  caco- 
chyme : secondement,  de  la  partie, 
laquelleesthumideou  seiche,  plus  ou 
moins,  selon  sa  température  et  son 
lieu  de  sentiment  aigu  ou  hebelé  : 
d’auantage  aucunesfois  elle  reçoit 
quelque  vice  estrange,  comme  cal- 
lus,  fluxion  chaude,  douleur  , quel- 
que mauuais  suc  ou  pourriture  , ou 
quelque  autre  mauuaise  qualité.  Fi- 
nablement  faut  considérer  si  l’vlcere 
est  recent  et  puis  n’agueres  fait,  ou  in- 
ueteré  et  vieil.  Car  selon  la  diuersité 
de  telles  considérations , faut  diuer- 
sifier  les  remedes,  tant  en  qualité 
qu’en  quantité  augmentée  ou  dimi- 
nuée : car  le  doux  et  médiocre  est 
quelquesfois  changé  en  acre  et  plus 
desseichant.  Aussi  à vn  vlcere  trop 
sec  et  douloureux  , conuiennent  me- 
dicamens liquides  : àvn  trop  humide , 
faut  appliquer  poudresetmedicamens 
de  consistence  seiche  : et  faut  ainsi 
changer  les  remedes  debiles  ou  forts, 
secs  ou  humides,  durs  ou  mois  , se- 
lon la  disposition  des  vlceres. 


CHAPITRE  XV. 

DES  MEDICAMENS  SAKCOTIQVES. 

Médicament  sarcotique,  c’est  à dire 
regeneratif  de  chair , est  celuy  qui  par 
vne  siccité  aide  Nature  à r’engendrer 
chair  en  vlcere  caue,  ja  bien  net  et 
mondifié , ce  qui  est  fait  d’vn  sang 
médiocre  en  quantité,  et  non  péchant 
en  qualité  : car  pour  parler  propre- 


543 

ment  et  à la  vérité,  nous  n’auons 
point  de  medicamens  qui  puissent 
proprement  eslre  appellés  sarcoti- 
ques:  mais  ceux  qu’on  nomme  de  ce 
nom  sont  sarcotiques  par  accident  , 
à cause  que  sans  érosion  desseichent 
et  mondifient  les  excremens  qui  em- 
peschent  l’œuure  de  nature.  Car  du 
nourrissement  propre  pour  la  géné- 
ration de  la  chair,  prouiennent  deux 
excremens  : l’vn  est  subtil,  appelle  des 
Grecs/cAor,  et  des  LalinsSames;  l’au- 
treest  gros  et  espais,  appellé  des  Grecs 
Rypos , et  des  Latins  Sordes.  Or  du 
premier,  la  playe  est  rendue  humi- 
de : et  de  l’autre  qui  est  gros  et  es- 
pais, sordide.  Parquoy  toute  playe 
qui  requiert  quelque  repletion,  desire 
médicament  ayant  double  qualité  ou 
vertu  : car  d’autant  que  la  playe  est 
humide  , demande  desiccation  : et 
d’autant  qu’elle  est  sordide,  demande 
abstersion.Aussi d’autant  que  la  playe 
est  plus  profonde , desire  lesdits  mc- 
camens  de  substance  plus  liquide,  à 
lin  que  lesdits  medicamens  touchent 
au  fond  de  la  playe. 

Et  seront  diuersiflés  selon  la  tem- 
pérature de  la  partie  : car  si  la  partie 
est  humide,  ils  seront  moins  desicca- 
tifs:  au  contraire  si  elle  est  seiche, 
ils  seront  plus  desiccatifs.  D’auantage 
ils  seront  diuersiflés  selon  la  diuersité 
des  complications  et  dispositions  des 
maladies  qui  accompagneront  la 
playe.  Et  pourtant  Nature  en  la  ré- 
génération de  chair,  est  comme  seule 
ouuriere  et  cause  efficiente  : le  sang 
dont  la  chair  est  faite,  est  la  cause 
materielle  : le  médicament  tient  lieu 
de  cause  adiuuante  et  coëfficiente  : 
car  le  médicament  par  vne  detersion 
et  desiccation  médiocre,  sans  chaleur 
grande,  en  ostant  tous  empesche- 
mens  à Nature , préparé  la  matière 
pour  estre  promptement  tournée  en 


544  le  vingt-cinqvieme  livre 


sang.  Tel  médicament , comme  dit 
Galien  au  5.  des  Simples,  doit  estre 
sec  au  premier  degré  seulement,  à fin 
qu’il  ne  consomme  le  sang  et  nourri- 
ture de  la  parlie  vlcerée  : ce  qu'il 
faut  entendre  en  vn  corps  mol  et 
temperé.  Car  si  l’vlcere  estoit  trop 
humide,  ouïe  corps  trop  dur,  il  ne 
faut  pas  seulement  vn  médicament 
sec  au  premier  degré , mais  iusques 
au  second  et  troisième.  Parquoy  tels 
medicamens  fort  desiccatifs  sont  pre- 
mièrement appellés  mondificalifs,  se- 
condement sarcotiques. 

Médicament  sarcotique  est  simple 
ou  composé  : bening  et  doux  , ou  fort 
et  acre. 

Les  simples  sont  : 

Aristolochia  vtraqiic,  iris,  acorus , dracun- 
culus,  asarum , symphytum  maius,  omnia 
symphyti  gênera,  betonica,  sanicula, 
niillefolium  , lingua  canis,  verbena,  sca- 
biosa,  pimpinella  , hypericum,  scordium, 
plantago , rubia  maior  et  minor,  et  eorum 
succi. 

Gummi  et  corlices. 

Terebinthina  Iota  et  non  Iota,  résina  pini, 
gummi  Arabicum,  sarcocolla,  mastichc, 
colophonia,  manna  thuris,  aloës,  cortex 
eiusdem  , olibanum , myrrha , etc. 

Mel , vinum , sanguis  draconis. 

Melallica. 

Lithargyros  auri,  spodium,  pompholyx,  tu- 
thia  , plumbum  vstum  lotum , scoria 
ferri , etc. 

Les  composés  sont  : 

Olea  seu  balsama. 

Oleum  hypericonis,  oleumouorum,  masti- 
chinum,  et  cætera  olea  quæ  balsami  no- 
mine  appcllantur. 

V hguenta,  Emplaslra. 

Vnguentum  aureum,  emplastrum  de  beto- 
nica , vulgô  de  ianua , emplastrum  gratia 
dei,  emplastrum  nigrurn. 


Nous  vsons  des  sarcotiques  quand 
l’vlcere  est  ja  mondifié,  et  sans  dou- 
leur aucune, sans  fluxion,  sans  phleg- 
mon, sans  callosité  et  intempérie.  En 
l’vsage  desquels  faut  considérer  la 
température  du  corps  et  de  la  partie 
affectée  : car  quelquesfois  vne  partie 
non  trop  seiche  de  sa  nature,  de- 
mande médicament  plus  desseichant 
et  fort  sarcotique , qu’vne  autre  plus 
seiche  , à raison  de  quelque  accident  : 
comme  pour  exemple,  le  balanus 
veut  estre  plus  desseiché  que  le  pré- 
puce , iaçoit  qu’il  soit  de  température 
moins  seiche  : à raison  qu’il  est  la 
voyede  l’vrine.  Ainsi  faut  connoistre 
la  nature  des  parties,  et  connoistre 
quand  le  médicament  est  trop  ou 
moins  sarcotique.  Car  le  moins  et 
trop  sarcotique  laissent  l’vlcere  sor- 
dide, Tvn  à cause  qu’il  desseichc  peu, 
l’au  tre  à cause  de  l’acrimonie  qui  irrite 
fluxion  : ce  qu’il  faut  diligemment  en- 
tendre, à fin  d’approprier  le  médica- 
ment tel  qu’il  conuient  au  corps  et  à 
la  parlie. 


CHAPITRE  XVI. 

DES  MEDICAMENS  EPVLOTIQVES  OV 
CICATRISATIFS. 

Médicament  epulotique  ou  cicatri- 
satif,  c’est  à dire  qui  engendre  cuir, 
est  celuy  qui  par  sa  siccité  et  aslric- 
tion  , sans  mordication  aucune , des- 
seiche , astreint , et  condense  la  chair 
en  substance  calleuse,  approchant  à 
la  nature  du  cuir  : et  nous  appelions 
cela  cicatrice.  Neantmoins  cicatriser 
vn  vlcere  est  ouurage  propre  de  Na- 
ture , comme  engendrer  chair.  Par- 
quoy vn  médicament  est  appellé  epu- 
lotique, à cause  qu’il  aide  Nature  à 


DES  MEDICAMENS. 


545 


produire  une  peau  semblable  au  cuir, 
en  consommant  les  humidités  , con- 
densant et  espaississant  la  chair.  Et 
pour  ceste  raison  il  doit  estre  plus  de- 
siccatif  que  sarcolique. 

D’iceluy  on  fait  trois  especes.  La 
première  est  du  vray  epulolique , 
quand  il  desseiche  et  astreint.  La  se- 
conde du  médicament  acre  et  mor- 
dant, lequel  pour  consumer  et  oster 
la  chair  superflue  est  appelle  Epulo- 
tique:  lequel  appliqué  en  petite  quan- 
tité, fait  cicatrice,  principalement 
aux  corps  durs.  La  troisième  est  du 
médicament  qui  desseiche  sans  as- 
triction.  Desquelles  trois  especes  la 
matière  s’ensuit. 

Racines. 

Aristolochia  longa  et  rolunda,  gentiana, 
iris,  centaurium  maius,  pentaphyllon , 
symphytum  maius,  chamædris,  betonica, 
cauda  equina,  eupatorium,  verbenaca, 
plantaginis  et  symphyti  folia. 

Fleurs  et  fruits. 

Gallæ  , myrti  baccæ,  glandes  et  earuin  cali- 
ces , balaustia , cupressi  nuces. 

Escorces. 

Malicorium,  cortex  quercus,  cortex  tamari- 
cis,  cortex  ligni  aloës,  acacia,  colopho- 
nia,  sarcocolla,  sanguisdraconis,  ladanum. 

Métaux. 

Litbargyros  auri  et  argenti,  cerusa,  plum- 
bum  vstum  , alumen  vstum,  tuthia  , 
squama  æris  et  ferri,  et  eorum  scoria, 
ærugo,  flos  æris,  æs  vstum  et  lolum,  vi- 
treolum  vstum  et  lotum,  sulphur  viuum, 
chrysocolla,  coralla,  bolus  armenus,  terra 
sigillata  , cineres  ostreorum  *,  silicis , ossa 
vsta  et  siccata,  caries  lignorum. 

* L’édition  de  1675  ajoutait  : cineres  buc- 
s inarum. 

III. 


Onguents. 

Vnguenlum  diapompholygos , vnguentum 
album  Rhasis , desiccatiuum  rubrum. 

Emplaslres. 

Emplaslrum  de  cerusa , de  betonica  , dia— 
chalciteos,  emplastrum  nigrurn. 

Nous  vsons  des  cpulotiques  quand 
l’vlcere  est  presque  plein , et  quasi 
égala  la  peau.  Mais  en  l’vsage  d’i- 
ceux  faut  auoir  esgard  au  corps  mol 
ou  dur.  Car  les  medicamens  qui  sont 
catheretiques  aux  corps  délicats  it 
mollets,  aux  durs  sont  cicatrisa  tifs 
Faut  aussi  se  donner  garde  que  le 
corps  ne  soit  pléthorique,  ou  caco- 
chyme : car  cela  retarde  la  cicatrice 
D'auantage , faut  aduiser  que  l’vlcere 
prest  à cicatriser  ne  soit  entretenu  , 
ou  du  vice  de  quelque  partie,  comme 
du  foye , de  la  ratte  , des  poulinons  , 
ou  autres  : ou  d’vne  varice  : car  tel 
vlcere  ne  se  pourra  cicatriser , si  les 
causes  qui  empeschent  la  cicatrice 
ne  sont  premièrement  ostées.  Fina- 
blement  les  bords  calleux  en  vn  vl- 
cere retardent  la  cicatrice  , s’ils  ne 
se  sont  amollis  ou  coupés.  Ces  em- 
peschemens  faut  oster  auant  qu’en- 
treprendre faire  cicatrice  , et  accom- 
moder médicament  desiccalif  tel,  qu’il 
ne  face  cicatrice  caue , car  il  excede- 
roit  la  mesure  : ni  trop  haute  , car  il 
seroit  trop  peu  desseichant,  ains  éga- 
lé : parquoy  sera  bien  proportionné 
tant  au  corps  qu’à  la  partie. 


CHAPITRE  XVII. 

DES  MEDICAMENS  AGGLVTINATIFS. 

Médicament  colleliquc,  c’est  à dire 
agglutinatif , tient  le  moyeu  en- 


LE  VINGT-CINQVIÉME  LIVRE  , 


546 

tre  les  sarcotiques  et  cicatrisatifs  : 
car  il  est  moins  clesiccatif  que  cicatri- 
satif,  et  desseiche  plus  que  le  sarcoti- 
que , à sçauoir  iusques  au  2.  degré. 
Icely  par  sa  siccité  et  astriction  sans 
aucune  detersion , ioint  et  assemble 
les  parties  distantes  et  séparées,  et 
aide  en  ce  Nature  : laquelle  (comme 
auonsdit)  est  première  et  quasi  seule 
opératrice  , tant  à régénérer  chair  et 
cuir,  comme  à glutiner. 

Les  medicamens  agglutinatifs , tant 
foibles  que  forts,  sont  tels  par  soy  et 
de  leur  propre  nature  , ou  par  acci- 
dent. 

Les  agglutinatifs  de  leur  propre  na- 
ture sont  : 

Herbes,  Escorces. 

Plantaginis  species,  consolida  vtraque,  bu- 
gla,  millefolium,  verbena,  pimpinella, 
pilosella,  cauda  equina  , semperuiuum , 
telephium  seu  faba  inuersa,  sanicula, 
atractylis,  folia  quercus  et  dracunculi , 
salix  : ebulus,  sambucus,  pentapbyllon, 
cortex  pini , cortex  vlmi , cortex  palmæ, 
cortex  quercus. 

Jus. 

Aqua  vitis,  aqua  è folliculis  vlmi,  succus 
calamintbæ,  vinum  austerum. 

Gommes  et  métaux. 

Terebinthina,  myrrha,  sanguis  draconis, 
bolus  armenus , terra  sigillata , omnia  de- 
nique  quæ  sapore  sunt  acerbo. 

Il  y a d’autres  glutinatifs  ayans 
lieu  de  medicamens,  qui  empeschent 
fluxion  et  astreignent  la  partie , 
comme  suture,  ou  coustures  seiches, 
ligatures,  repos  de  la  partie,  com- 
presses, et  autres  agglutinatifs  par 
accident. 

Nous  vsons  des  glutinatifs  és  playes 
recentement  faites  et  sanglantes  , et 
pour  ceste  cause  les  Grecs  les  ont 


appellés  Enaimcs.  Or  non  seulement 
les  agglutinatifs  sont  appliqués  és 
playes  nouuelles,  mais  aussi  és  vlce- 
res  malings  et  vieils , és  fistules  et  si- 
nuosités : à raison  qu’ils  empeschent 
la  fluxion  qui  se  pourroit  faire  és 
bords  et  léures  de  l’vlcere.  En  l’vsage 
d’iceux  faut  considérer  si  la  peau  est 
entière,  ou  non.  Car  les  playes  sont 
de  difficile  curation,  qui  ont  souffert 
perdition  de  la  peau  : au  contraire 
celles  qui  ont  la  peau  entière  reçoi- 
uent  facile  guarison.  Pareillement  ne 
faut  omettre  en  l’vsage  particulier 
desdits  glutinatifs,  les  considérations 
du  sexe,  du  corps  mol  ou  dur,  de 
l’vlcere  vieil  ou  nouueau  , grand  ou 
petit  : car  selon  icelles  faut  distinguer 
et  approprier  les  remedes. 


CHAPITRE  XVIII. 

DES  MEDICAMENS  CAVSTIQVES  ET 
CORROSIFS. 

Médicament  pyrotique,  c’est  à dire, 
caustique  et  corrosif,  est  celuy  qui 
par  sa  substance  acre , mordante  et 
terrestre,  vient  à corroder  superfi- 
ciellement , ou  fondre , liquéfier  et 
pourrir  profondément , ou  brusler  et 
manger  la  peau  et  chair,  et  penetrer 
au  dedans  des  corps  durs  et  calleux. 
Et  pourtant  on  fait  trois  différences  de 
pyrotiques.  Les  vns  sont  appelés  Ca- 
theretiques , c’est  à dire  , corrosifs , à 
cause  qu’ils  mangent  et  corrodent  la 
chair  surcroissante  superficiellement 
en  vn  vlcere , ou  autre  eminence  du 
cuir,  qui  sont  les  foibles  et  debiles  py- 
rotiques. Les  autres  sont  Septiques , 
c’est  à dire  putrefactifs  , autrement 
aussi  dits  vesicatifs,  qui  pourrissent  la 
chair  au  dedans,  elesleuent  le  cuir 


DES  MEDICAMENS. 


en  vessie  : lesquels  sont  plus  forts 
que  les  premiers.  Les  tiers  sont  Escha- 
rotiques , c’est  à (lire , faisans  crouste 
et  eschare  par  leur  qualité  ardente  , 
ignée  et  terrestre  : nous  les  nommons 
ruptoires  ou  cautères  potentiels , qui 
sont  les  tres-forts.  Toutes  lesquelles 
différences  ne  sont  que  du  plus  ou 
moins  en  chaleur.  Car  bien  souuent 
il  aduient  que  l’vn  fait  l’operation  de 
l’autre  : aucunesfois  à raison  de  la 
complexion  de  la  partie , quelques- 
fois  pour  la  quantité  et  longue  de- 
meure du  temps. 

Les  catheretiques  ou  corrosifs  sont  : 

Spongia  vsta , alumen  vstum  et  non  vstum, 
vitreolum  vstum,  calx  mediocriter  Iota, 
ærugo,  chalcanthum  , squama  æris , 
olcum  de  vitreolo,  trochisci  andronjs,  pha- 
sionis,  asphodelorum  , vnguentuin  ægyp- 
tiacum,  vnguentum  apostolorum,  puluis 
mercurij , arsenicum  subliinatum,  etc. 

Les  septiques  ou  vesicalifs  sont  : 

Itadix  scillæ , bryoniæ , sigilli  beatæ  Mariæ , 
bulbosa  radix  ranunculi , panis  porcini , 
apium  risus1,  lac  tithymallorum , lac  fici , 
euphorbium,  anacardus,  sinapi,  can- 
tharides , arsenicum  sublimalum  : 

Lesquels  corrompent  la  tempéra- 
ture de  la  partie,  et  y attirent  humi- 
dités estranges. 

Les  escharotiques  ou  caustiques 
sont  : 

Calx  viua,  fæx  vini  cremata,  et  præcipuè 
aceti,  ignis.ad  quem  referuntur  omnia 
cauteria  aclualia  dicta  et  potentialia,  des- 
quels parlerons  cy  apres. 

Nous  vsons  des  medicamens  corro- 
sifs és  corps  délicats,  et  maladies  qui 
ne  sont  trop  rebelles.  Et  pourtant 

1 L’cdition  de  1575  ajoutait  ici  : p alla  leo- 


54? 

d’autant  qu’ils  sont  moins  acres  et 
mordans,  d’autant  sont-ils  de  plus 
grande  operation,  à cause  qu’ils  cau- 
sent moindre  douleur. 

Des  putrefactifs  et  escharotiques 
nous  vsons  és  corps  plus  durs,  et 
maladies  plus  grandes  : comme  és 
vlceres  calleux,  fistuleux,  putrilagi- 
neux,  humides,  et  difficiles  à guarir. 
Mais  des  escharotiques  particulière- 
ment és  chancres , charbons  , hé- 
morrhagies, et  à plusieurs  autres  ma- 
ladies. Toutesfois  en  l’vsagc  d’iceux 
faut  tenir  bon  régime  et  maniéré  de 
viure,  auec  abstinence  de  vin  , et 
auoir  grande  prudence  à les  appli- 
quer : pour  raison  des  grands  symp- 
tômes et  accidens  qui  s’en  ensuiuent, 
comme  extremes  douleurs,  syncopes, 
défaillance  de  cœur,  fiéure,  inflam- 
mations excessiues,  gangrené,  morti- 
fication, et  souuent  la  mort. 

Il  y a grandes  commodités  du  cau- 
tère, tant  actuel  que  potentiel  : comme 
de  corroborer  la  partie,  la  desseicher, 
corriger  son  inlemperalure,  oblon- 
dre  et  hebeter  la  vénénosité  et  cor- 
ruption : et  autres  plusieurs  vlilités, 
lesquelles  sont  descrites  par  Aui- 
cenne. 


CHAPITRE  XIX. 

DES  MEDICAMENS  ANODVNS. 

Auant  que  parler  des  medicamens 
anodyns,  faut  premièrement  déclarer 
la  nature  de  douleur,  à fiu  de  mieux 
déduire  les  anodyns. 

Douleur  donequesest  vn  sentiment 
triste  et  fascheux,  fait  ou  par  vue  al- 
teration subite,  ou  par  solution  de 
continuité  : dont  s’ensuit  que  trois 


wis. 


5A8  LE  VINGT-CINQVIEME  LIN  RE, 


choses  sont  requises  pour  faire  dou- 
leur. La  première  est  les  causes  effi- 
cientes  : qui  sont  deux , alteration 
subite,  et  solution  de  continuité.  Se- 
condement que  la  partie  où  ces  cau- 
ses s’attachent,  soit  sensible.  Tierce- 
ment,  qu'il  se  face  appréhension  de 
ladite  alteration,  ou  solution  de  con- 
tinuité : autrement  si  l’on  n’apperçoit 
point  les  causes  de  douleur,  nonob- 
stant la  sensibilité  de  la  partie,  dou- 
leur ne  sera  point.  A ceste  cause  dit 
Hippocrates  duobus  doloribus  eun- 
dem  locum  simul  occupantibus , maior 
minorera  obscurat,  à raison  de  l’ap- 
prehension  destournée  du  tout  vers 
la  plus  grande  douleur.  L’alteration 
subite  est  faite  de  chaleur,  froidure, 
siccité  et  humidité.  De  chaud  et  froid 
est  faite  douleur  Ires-forte  : de  siccité, 
médiocre  : d’humidité,  presque  nulle 
ou  assoupie  : car  l’humidité  ne  fait 
point  tant  douleur  de  sa  qualité,  que 
de  son  abondance.  La  solution  de 
continuité  est  faite  tant  de  ses  qualités 
coniointes  auec  matière , que  des 
causes  externes,  comme  contusion, 
incision,  et  les  autres.  Douleur  donc- 
ques  est  symptôme  très  grand  du  sens 
de  l’attouchement,  qui  accompagne 
presque  toutes  maladies,  et  bien  sou- 
uentnous  contraint  laisser  la  propre 
cure  d’icelles  pour  estre  première- 
ment appaisé  et  allégé  : ce  que  nous 
faisons  tant  en  ostant  et  adoucissant 
ces  causes  efficientes,  que  hébétant 
la  sensibilité  de  la  partie. 

Qu’il  soit  vray,  si  les  medicamens 
peuuent  obuier  aux  causes  de  dou- 
leur , ou  stupéfier  le  sentiment  du 
tact,  ils  seront  appelés  anodyns,  des- 
quels nous  faisons  trois  différences. 
Les  vns  sont  curatifs  des  maladies, 
anodyns  généralement  dits.  Les  au- 

1 Liu.  2.  Aph.  — a:.1’ 


très,  propres  anodyns.  Les  tiers  sont 
stupelactifs  ou  narcotiques. 

Les  premiers  sont,  tous  medica- 
mens contrarians  aux  causes  des 
maladies,  et  ostans  toute  alteration  : 
comme  en  intempérie  chaude,  l’huile 
rosat , oxycrat , et  autres  semblables 
sont  anodyns,  et  ostent  la  cause  de 
douleur  : en  intempérie  froide,  huile 
laurin,  huile  nardin,  huile  de  casto- 
reum  : en  seiche  intemperalure,  mix- 
tion d’eau  et  d’huile,  baing  d’eau 
douce.  Brief,  tous  medicamens  qui 
curent  les  maladies,  sont  anodyns, 
pris  largement  : aussi  tous  medica- 
mens purgatifs,  phlébotomie,  scarifi- 
cations, cautères  actuels  et  potentiels, 
ventouses,  clysteres,  et  autres,  quand 
en  ostant  la  multitude  et  abondance 
des  matières,  allègent  et  anéantissent 
la  douleur. 

Les  propres  anodyns  sont  de  deux 
sortes  : les  vns  sont  tempérés,  n’ex- 
cedans  en  aucune  qualité  : les  autres 
sont  chauds  et  humides  au  premier 
degré,  approchans  fort  des  tempérés. 

Les  tempérés  sont  ceux  qui  n’ayans 
aucune  qualité  excessiue,  gardent  la 
chaleur  naturelle  en  son  entier,  sans 
la  diminuer  ny  augmenter,  appai- 
sent  douleurs,  et  conuiennent  à tou- 
tes intemperatures.  D’iceux  on  en 
trouue  bien  petit  nombre,  comme  des 
alimens  tempérés.  Entre  iceux  on 
prend  huile  simple,  huile  d’amandes 
douces , moyeux  d’œufs,  et  les  sem- 
blables. 

Les  seconds  anodyns  propres, 
chauds  et  humides  au  premier  degré, 
corroborent  la  chaleur  naturelle,  à 
fin  qu’elle  puisse  mieux  abbaltre  la 
cause  de  douleur  : raréfient , eua- 
cuent,  extenuent,  digèrent,  tant  hu- 
meurs espais  et  visqueux  que  les 
ventosités  vaporeuses  et  froides  qui 
n’ont  issue  ny  sortie,  comme  : 


DF»  MEDICAMFNS. 


Flturs. 

Flores  chamæmeli , meliloti , anethi , crocus. 

Huiles. 

Oleum  chamæmelinum , anelhinum,  oleum 
lini , oleum  ex  sem.  althææ,  oleum  lum- 
bricorum,  oleum  ouorum  , ex  tritico. 

Graisses. 

Bulyrum , lana  succida , suillus  adeps,  vitu- 
linus,  gallinaceus  , anserinus,  humanus, 
ex  anguilla , cuniculo , et  aliis  : lac  mulie- 
bre  et  vaccinum. 

Mucilages  et  décoctions • 

Mucilago  seminislini,  fœnugræci.  althææ, 
maluæ,  aut  earum  decoctio.  Item  decoelio 
liliorum,  violariæ,  capilis  , pedum  et  in- 
testinorum  arîetis,  et  hœdi 

Les  stupefactifs  ou  narcotiques, 
improprement  dits  anodyns  , sont 
froids  iusques  au  quatrième;  degré  : 
par  leur  froidure  extreme  empeschent 
que  l’esprit  animal  ne  peut  venir  ius- 
ques à la  partie:  parlant  ostent  le 
sentiment  d'icelle  , et  par  conséquent 
l’appreliension  qui  se  pourroit  faire  : 
finalement  viennent  à endormir  et 
stupéfier  la  partie  où  ils  sont  appli- 
qués. Et  sont  comme  : 

Hyoscyamus , clcuta,  solanum  furîosum, 
mandragora  papauer,  opium,  philonium> 

et  les  semblables. 

Ligatures  exîremes  et  compressions 
ostent  aussi  le  sentiment  d’vnepartie, 
comme  quand  il  faut  amputer  vn 
membre  : parquoy  elles  seront  mises 
au  nombre  des  anodyns  impropres. 

L’vsage  des  premiers  anodyns  est 
manifeste  en  la  curation  de  chacune 
maladie  par  son  contraire.  Nous 
vsons  des  seconds  en  toute  douleur 
qui  se  peut  ranger,  à fin  d’euiter  flu- 
xion, inflammation,  fleures,  et  autres 


549 

accidens.  Mais  où  la  douleur  est  ex- 
treme et  trop  vehemente,  qui  ne  veut 
obéir  aux  vrays  anodyns,  il  faut  ve- 
nir aux  narcotiques,  puis  qu’il  n’y  a 
autre  remede  : non  pas  seulement 
après  auoir  vsé  des  anodyns , mais 
aussi  du  commencement  des  douleurs 
trop  grandes,  quand  le  mal  ne  per- 
met vser  des  anodyns.  Toutesfois  il 
ne  faut  appliquer  narcotiques  sans  y 
mesler  du  saffran,  ou  myrrhe,  ou 
castoreum,  autrement  il seroit  dange- 
reux : comme  aussi  la  continuelle 
application  d’iceux  est  périlleuse  et 
dommageable.  Car  par  icelle  la  par- 
tie deuient  liuide,  pour  l’extinction 
de  la  chaleur  naturelle  : et  consé- 
quemment se  tourne  en  mortification 
ou  esthiomene.  Or  aux  douleurs  ex- 
trêmes des  grandes  inflammations,  et 
phlegmons , et  gangrènes , ne  faut 
vser  ny  des  vrais  anodyns,  ny  des 
stupefactifs  , car  ils  ne  pourront  ap- 
paiser  telle  douleur  : mais  des  pre- 
miers , à sçauoir  , de  phlébotomie , 
purgation,  et  scarification  de  la  partie 
dolente,  et  que  dolor  sit  medicina  do- 
loris  : commenous  auonsditau  traité 
De  gangrené  et  mortification. 

D’abondant  nous  auons  quelques 
medicamens  purgatifs  estans  appli- 
qués par  dehors,  comme  ceux  que 
Ætius,  Telrab.  1.  serm.  3.  chap.  35  , 
nous  a laissé  par  escrit,  comme  tu 
verras  par  ces  exemples. 

Epilhemata  purgantia. 

IL.  Pulpæ  colocynth.  seminis  erucæ,  rutæ 
syluestris,  elaterij , grani  cnidij , lati- 
ridum  expurgatarum,  galbani,  nitri 
rubri,  ceræ,  singul.  g.  iiij. 

Opopanacis  3.  ij. 

Terebenthinæ  3.  \j. 

Terenda  terito  , et  taurino  telle  paulatim  ir- 
rigato,  donec  aptè  imbibanlur.  Deindc 
circa  vmbilicum  apponito  vsque  ad  pu- 


55o  LE  VmGT-CINQVIÉME  LIVRE  , 

Rem  , et  ventrem  inferius  ducet  : si  verù 
fundo  stomachi  applicabis,  vomitum  ex- 
ci  tabit. 

Aliud. 


X Elaterij  5.  iij. 

Colocynthidis,  scaramoniæ , squammæ 
æris,  radicis  agrestis  cucumeris,  latby- 
ridum  ana  3 j. 

Aut  pro  latbyride  tithymali  succum  terito 
et  cribrato,  et  cum  oieo  plurimum  salis 
habente,  subigito  : magnain  deinde  pi- 
lam  è lana  confectum , hoc  niedicamenlo 
illitam,  cuicumque  parti  volueris  appli- 
cabis , vmbilico  (inquam)  aut  lumbis. 

Composilio  olei  cl  vnguenii  purgantis. 

7f.  Feliis  taurini  g.j. 

Grani  cnidij  viridis  g . iiij. 

Succi  lupinorum  viridium  § . ij. 
Euphor.  g . j. 

Pulpæcolocynt.  tantundem. 

Vulpini  adipis  recen.  g . ij. 

Adipis  viperæ  § j.  fi. 

Stercoris  mûris  g.  iiij. 

Succi  pæoniæ,  castor,  singul.  3 iiij. 

Olei ligustrini  o.vj. 

Olei  antiqui  g . j. 

Fiat  vnguentuin  vel  oleum. 

Purgat  absque  moleslia,  et  præter  cæteras 
vtilitates  etiam  mentis  delirio  confert  : 
mensura  vero  quæ  ad  vsum  assumilur, 
maxima  est,  cochlearia  duo  :nam  quibus- 
dam  et  vnum  sufficit.  Illinitur  vmbilicus, 
et  integra  purgalio  subsequitur  : quæ  si 
plus  æquo  exuberauerit,  spongia  vino  le- 
pido  imbuta  et  expressa  ventrem  fouebis, 
et  confeslim  sisletur. 

Hypoglottides,  c’est  à dire,  sublin- 
guales, que  l’on  tient  en  la  bouche, 
comme  feuilles  de  vinette,  rouelles 
de  cilron  trempées  en  eau  rose  et  suc- 
cre,  grenade  ou  orenge , berberis 
confit,  ou  autres  semblables  qui  ont 
puissance  de  rafraischir  et  humecter 
la  langue  et  toute  la  bouche  *. 

* Cette  phrase,  où  il  manque  quelque 


CHAPITRE  XX. 

DE  LA  COMPOSITION  DES  MEDICAMENS, 
ET  DE  LEVR  VSAGE. 

Iusques  icy  auons  déclaré , tant  en 
general  qu’en  particulier,  les  facultés 
et  effets  des  medicamens  simples  , les- 
quels il  faut  connoislre  auant  qu’en- 
treprendre les  composer.  Qu’il  soit 
vray,  vu  architecte  et  édificateur  doit 
premier  connoistre  les  matières  qui 
luy  sont  necessaires  à maisonner  et 
dresser  son  ouurage.  Ainsi  vn  Chi- 
rurgien voulant  composer  vn  médi- 
cament à sa  nécessité,  doit  entendre 
que  c’est  que  composition,  et  la  na- 
ture des  simples  qui  entrent  en  sa 
composition.  Laquelle  auons  voulu 
déclarer  auant  que  donner  la  maniéré 
de  composer  lesdits  medicamens. 

Composition  doneques  est  mixtion 
des  medicamens  diuers  en  effets  et 
vertus,  faite  par  le  Médecin  *.  A eeste 
cause,  lesmedicamensayansplusieurs 
substances  , comme  la  rheubarbe  , 
ainsi  que  nous  auons  dit , et  l’aloë,  la 
rose  et  l’absinthe,  sont  dits  simples, 
au  regard  des  composés  artificielle- 
ment : iaçoit  qu’ils  soient  bien  com- 
posés par  fournage  de  Nature2.  Ainsi 
plusieurs  compositions  sont  appelées 
simples,  comme  o ocymel  simplex,  oxy- 
saccharum  simplex , et  autres,  pour  la 
comparaison  des  plus  composés. 

Nous  vsons  des  medicamens  compo- 
sés, pour  cause  que  les  simples  n’ont 
tousiours  contrariété  suffisante  en 
pareil  degré  aux  maladies,  et  qu’il 

chose  pour  le  sens  grammatical,  est  une  addi- 
tion de  15S5. 

1 Galien,  au  2.  Des  simples.  — A.  P. 

2 Galien,  au  4.  De  garder  sa  santé.  — A.  P. 


DES  MEDICAMENS. 


faut  augmenter  ou  diminuer  la  force 
de  l’vn  ou  l’autre.  D’auantage  pour  la 
complication  des  maladies  et  des  in- 
dications, sommes  contraints  mesler 
medicamens  simples  : car  la  nature 
du  corps  ou  delà  partie  souuent  de- 
mandent autres  medicamens  que  les 
maladies.  Qu’il  soit  vray,  pour  les  in- 
dications contraires  nous  donnons 
medicamens  composés,  qui  seruentà 
tous  les  deux,  en  augmentant  celuy 
qui  esi  de  plus  grande  importance,  et 
diminuant  l’autre  *.  Quartement,  la 
composition  des  medicamens  a esté 
inuentée,  à fin  de  changer  leur  cou- 
leur, saueur,  et  odeur. 

Les  autres  vsages  et  causes  de  la 
composition  des  medicamens  simples, 
ont  esté  bien  doctement  escrites  par 
monsieur  maistrelacques  Syluius,en 
sa  Méthode  de  composer  les  medica- 
mens , auec  l’election  d’iceux  : à ceste 
cause  le  pourras  voir. 

Des  medicamens  composés. 

Des  medicamens  simples  cy  dessus 
escrits,  les  anciens  ont  fait  diuerses 
compositions  et  remedes  topiques  et 
particuliers , communs  tant  au  Mé- 
decin qu’au  Chirurgien , desquels 
nous  faut  parler.  Telles  compositions 
sont  : 

Clysteres, 

Suppositoire \ 

JYoüets, 

Pessaires, 

Huiles, 

Linimens, 

Onguents, 

Emplastres, 

Ceroüennes, 

Pultes, 

Cataplasmes, 

Fomentations, 

1 Mesué,  en  ses  Canons.  — A.  P. 


55 1 

Embrocations, 

Epithemes, 

V esicaloires, 

Cautères  ou  ruploires , 

Collyres, 

Errbines, 

Slernulaloires, 

Masticatoires, 

Gargarismes, 

Dentifrices, 

Sachets, 

Suffumigalions  et  parfums, 

Insessions  et  bains. 

La  maniéré  de  les  escrire  et  ordon- 
ner, ie  declareray  particulièrement 
et  le  plus  briefuement  que  faire  se 
pourra,  commençant  aux  plus  sim- 
ples, vniuersels  et  plus  necessaires, 
après  que  i’auray  déduit  les  valeurs, 
figures  et  portraits  des  mesures  et 
poids,  desquels  nous  vsons  communé- 
ment à dispenser  et  proportionner  les 
medicamens  les  vns  auec  les  autres. 


CHAPITRE  XXI. 

DES  POIDS  ET  MESVRES,  ET  DE  LEVRS 
FIGVRES. 

Tout  poids  dépend  d’vn  commence- 
ment, et  quasi  element  : car  tout  ainsi 
que  les  corps  ont  leur  commencement 
des  quatre  corps  simples , que  nous 
appelions  Elemens,  esquels  se  peu 
uent  résoudre  , ainsi  tous  poids  sont 
composés  d’vn  grain , qui  est  comme 
element  des  autres  poids , auquel  ils 
sont  terminés. 

Ledit  grain  doit  estre  entendu 
d’orge,  non  trop  sec,  ny  humide  et 
chancy,  ains  bien  nourri  et  médio- 
crement gros. 

De  tels  dix  grains  est  fait  vu  obole, 
ou  demy  scrupule  : 


55s 


LE  VINGT-CINQVJÉME  LIVRE  , 


De  deux  oboles  ou  vingt  grains, 
vu  scrupule  : 

Puis  de  trois  scrupules,  ou  soixante 
grains , est  composée  la  drachme  : 

De  huit  drachmes  l’once  : tant  que 
de  douze  onces  nous  faisons  la  liure 
médicinale,  qui  est  presque  le  plus 
haut  poids  duquel  nous  vscns  com- 
munément : et  se  peut  résoudre  en 
drachmes,  scrupules,  oboles,  etfina- 
blement  en  grains , outre  lesquels 
n’est  possible  descendre  plus  bas. 

Pour  escrire  ces  poids,  nous  vsons 
de  certaines  lettres  et  figures  qui  s’en- 


suiuent. 

La  liure  est  signifiée  par.  . . ft. 
L’once  par  ceste  figure.  ...  5* 

Comme  le  drachme  en  telle.  5- 
Aussi  le  scrupule  ainsi.  ...  3 . 

L’obole  est  escritpar  sespre- 

mieres  lettres obol. 

Le  grain  semblablement  par  g . 

Le  manipule  par m. 

Le  pugile  par p. 

Le  nombre  par n. 


La  moitié  de  chacun  desdits  poids 
est  figurée  par  fi . mise  après  lesdits 
poids,  comme  demie  liure  R>.  fi.  de- 
mie once  5.  fi.,  et  ainsi  des  autres. 

Telles  sont  les  figures  des  poids  et 
mesures  : mais  en  dispensant  medica- 
mens , nous  vsons  aucunesfois  d’vn 
poids,  et  de  l’autre  non  : parquoy 
faut  entendre  que  les  herbes  pertes  et 

seiches  sont  dispensées  par  m.  ou  p.  : 

les  seiches  que  l’on  veut  pulueriser 
par  o • — • — ou  P- 


Les  racines  par 
Les  escorces 
Les  semences 
Les  fruits 
Les  fleurs 
Les  légumes 


§.  — 3.  — p.  — ni. 
5.-3. 

§. -3. 

n.  — p.  — 5 • — 3-  — B • 
p.—  m.  — g .—  5. 
p.  — §.5. 


Tous  autres  medicamcns,  tant  secs 
que  liquides,  sont  dispensés  et  escrils 


par— ft.  — g.  — g . — g obol.  — g . 
desquels  poids  tous  medicamens  bien 
dispensés  des  anciens  sont  seulement 
escrits. 

Ces  choses  entendues,  faut  descrire 
les  maniérés  de  dispenser  et  ordon- 
ner medicamens  composés  : et  pour 
ce  faire  commencerons  aux  clysteres, 
comme  les  plus  communs  et  plus  ne- 
cessaires. 


CHAPITRE  XXII. 

DES  CLVSTERES. 

Clystere,  c’est  à dire,  ablution  ou 
lauement,  est  vne  iniection  appro- 
priée au  siège  et  aux  intestins  en  pre- 
mière intention  : car  autrement  sont 
aussi  faits  et  donnés  des  clysteres, 
tant  pour  le  ventricule,  ratte,  reins, 
vessie,  amarry,  mcsenlere,  et  autres 
parties  voisines,  que  mesme  pour  la 
teste,  de  laquelle  souuent  par  clystere 
acre  est  faite  reuulsion  de  la  matière 
en  bas,  comme  il  se  pratique  Journel- 
lement, et  non  sans  heureux  succès, 
en  l’apoplexie:  de  sorte  qu’il  n’y  a 
aucune  partie  qui  ne  ressente  quel- 
que profil  du  clystere,  mais  les  vnes 
plus,  les  autresmoins. 

Il  a plusieurs  especes  ou  diffé- 
rences : car  ou  il  est  remollitif,  ou 
purgatif,  ou  anodyn,  ou  astringent, 
ou  detersif,  ou  sarcotique,  ou  epuloti- 
que,ou  nutritif.  Touteslesquelles  dif- 
férences sont  composées  et  faites  des 
parties  des  plantes  , des  parties  des 
bestes,  ou  des  medicamens  composés, 
tantsolulifs  qu’autres,  selon  les  inten- 
tions du  composant. 

Les  parties  des  plantes  sont  raci- 
nes, semences,  fueilles,  fleurs,  lruits, 
germes,  jus,  mucilages. 


DES  MEDICAMENS. 


553 


Les  parties  des  bestes  sont,  iaunes 
et  aubins  d’œufs  , miel,  poulet , cha- 
pon, vieil  coq  venéet  préparé,  la  teste 
et  pieds  de  mouton,  laict  clair,  tripes, 
suif  de  bouc,  axonge  : toutes  lesquel- 
les parties,  tant  des  bestes  que  des 
plantes,  on  fait  cuire  et  bouillir,  et  en 
la  décoction  l’on  mesle  et  destrempe 
les  medicamens  laxatifs  et  autres  , 
tant  simplesque  composés.  Quelques- 
fois  sans  mixtion  de  medicamens 
composés  sont  faits  clysteres  . seule- 
ment d’huile,  comme  d’huile  de  noix 
pour  la  colique  : de  laict  clair,  de  dé- 
coction de  pieds,  teste  et  tripes  de 
mouton , potage  de  pois  ciches  , 
d’orge. 

La  quan  lité  du  clystere  est  aucunes- 
fois  grande,  autresfois  plus  petite,  se- 
lon les  températures  et  complexions, 
et  selon  les  intentions.  Aucuns  peu - 
uent  endurer  grande  quantité , les 
autres  moindre  ; aux  enfans,  débiles, 
femmes  grosses , conuient  moindre 
quantité.  Aussi  où  le  ventre  est  fort 
serré  et  dur,  en  vne  colique , dysen- 
terie , lienterie , et  autres  affections 
du  ventre  inferieur,  faut  que  la  quan- 
tité du  clystere  soit  plus  petite.  Au 
contraire,  où  l’on  veut  seulement  es- 
mouuoir  le  ventre,  faut  plus  grande 
quantité  : toutesfois  la  quantité  de  la 
décoction  communément  est  d’vne 
liure  et  demie  , d’vne  liure , ou  tout 
au  moins  de  trois  quarterons  : mais 
le  plus  souuent  nous  laissons  la  quan- 
tité au  iugement  de  l’Apoticaire,  di- 
sant seulement  quant,  suf/icit. 

Il  faut  que  le  clystere  soit  tiede, 
plus  ou  moins,  selon  que  les  patiens 
le  peuuent  endurer,  de  peur  que  s’il 
estoit  froid , il  n’offençast  les  intestins 
et  autres  parties  voisines , qui  sont 
nerueuses  et  froides  de  leur  naturel  : 
et  d’auantage  faut  en  faire  l’iniection 


peu  à peu  et  doucement , de  peur  que 
poussé  d’impétuosité  et  tout  à coup, 
il  ne  chasse  les  flatuosités  (qui  ordi- 
nairement sont  contenues  en  la  capa- 
cité des  intestins)  en  haut,  et  par  ce 
moyen  n’excite  des  tranchées  intolé- 
rables. Pour  donner  le  tout  à enten- 
dre, faut  à présent  venir  à descrire 
les  exemples  de  chacune  différence 
des  clysteres. 

Clystere  remolliiif. 

: if . Maluæ,  violarum,  bismaluæ,  brancæ  vr- 
sinæ  ana  m.  j. 

Radicis  althææ  et  liliorum  alborum  ana 
5-j- 

Passularum  et  ficuum  pinguium  ana 

§•  fi. 

Fiat  decoctio  ad  ft.  j.  in  qua  dissalue: 
Cassiæ,  butyri  recentis  ana  § . j. 

Olci  violati  § . iij. 

Fiat  clyster. 

Les  clysteres  laxatifs  sont  faits  do 
quatre  sortes  de  medicamens,  de  la 
décoction  de  medicamens  laxatifs, 
huiles  et  miel , ou  autre  qui  ait  vertu 
d’irriter.  La  décoction  est  quelques- 
fois  propre  à tirer  les  humeurs  que 
l’on  veut  purger  : comme  pour  tirer 
les  humeurs  froids  et  visqueux  , elle 
se  fera  ainsi  : 

Clystere  pour  l'humeur  visqueux. 

If..  Saluiæ,  origani,  abrotoni,  caniomillæ  et 
meliloti  ana  m.  fi . 

Seminum  anisi,  fœniculi,  curaini  ana  3. 

üj. 

Seminis  cartbami  3.  ij. 

Fiat  decoctio,  in  qua  dissolue: 

Diaphœnici  ethieræsimplicisana  g.  G. 
Olei  anetbi  et  chamæm.  ana  g.j.  fi. 
Mellis  anthosati  et  sacchari  rubri  ana 
5 • j* 

Fiatclyster. 


554 


LE  VJNGT-CINQVIÉME  LIVRE, 


Autre  *. 

if.  Vini  albi  gener.  ïb.  j. 

Bul.  ad  consumpt.  mediela.  in  qua  diss. 
sacchar.  rubri  5.  ij.  iterum  parum  ad- 
dendo  vitell.  ouor.  num.  ij. 

Et  fiat  clyster. 

Pour  purger  et  tirer  l'humeur  cho- 
lérique et  bilieux,  il  sera  fait  en  ceste 
maniéré  : 

Clyslere  pour  l’humeur  bilieux. 

"if..  Quatuor  remollicntium , parietariæ,  ci- 
chorij,  endiuiæ  ana  m.  fi . 

Seminum  quat.  frigidorum  maiorum 
ana  5.  iij. 

Hordei  integri  p.  j. 

Fiat  decoctio,  in  colatura  dissolue  : 

Cassiæ  § . j. 

Olei  violati  et  mellis  rosatî  ana  §.  ij. 
Fiat  clyster. 

Pour  tirer  et  purger  l’humeur  me- 
lancholique,  l’on  fera  tel  clystere  : 

Clyslere  pour  P humeur  melancholique. 

if.  Fumiterræ,  centaurij  minoris,  mercuria- 
lis  ana  m.  j. 

Polypodij  quercini,  folliculorum  senæ 
ana  3.  iij. 

Serninis  agni  casti,  thymi,  epilhymi 
ana  3.  ij. 

Fiat  decoctio,  in  qua  dissolue  : 

Confectionis  hamech  § . fi . 

Cassiæ  recens  extradai  5.  iij. 

Olei  violati  etliliorum  ana  § . fi. 
Saccbari  rubri  et  mellis  violati  ana  § . j. 
Salis  communis3.  j. 

Tels  clysteres  ne  seruent  seulement 
à euacuer  les  humeurs  susdits,  mais 
aussi  souuent  contrarient  aux  intem- 

1 Cette  formule  manque  dans  toutes  les 
éditions  du  vivant  de  l’auteur,  et  se  lit  pour 
la  première  fois  dans  l’édition  posthume  de 
1598. 


peratures  : comme  le  premier  et  der- 
nier altèrent  les  intempéries  froides  : 
le  second  conuient  aux  intempera- 
tures  chaudes. 

Les  medicamens  laxatifs  qui  sont 
mis  aux  clysteres  sont  doux,  ou  forts. 
Les  forts,  comme  confectio  hamech , 6e- 
nedicta,  diaprunis  solutiuum,  diaphœ- 
nicum,  sont  meslés  à part  soy  iusques 
à 5.  vj.  ou  5 . j.  tout  au  plus,  selon  la 
nature  du  patient  facile  ou  difficile  à 
esmouuoir.  Les  debiles  et  bénins, 
comme,  catholicon , cassia , hier  a sim- 
plex, de  5.  vj.  iusques  à o j.  fi.,  g ij. 
au  plus,  selon  les  indications.  Et  tels 
medicamens  l’on  dissout  le  plus  sou- 
uent en  décoction  commune  de  clys- 
teres, qui  est  faite  de  quelques  remol- 
litifs  auec  fleurs  de  camomille  et 
semence  d’anis. 

Le  clystere  anodyn  est  fait  sans  me- 
dicamens laxatifs  des  medicamens 
anodyns,  descrit  en  ceste  maniéré. 

Clystere  anodyn. 

if.  Florum  chamæmeli,  mcliloti,  anetbi  ana 

p.j. 

Radicis  bismaluæ  § . j. 

Fiat  decoct.  in  lacté,  colaturæ  adde  : 

Mucilaginis  serninis  lini  et  fœnugræci 
extractæ  in  aqua  maluæ  g.  ij. 

Sacchari  albi  § . j. 

Olei  camomillæ  et  anethi  ana  § . j. 

Vitellos  duos  ouorum. 

Fiat  clyster. 

Tels  clysteres  faut  garder  long 
temps,  à fin  qu’ils  puissent  mieux  ap- 
paiser  les  douleurs. 

Vn  clystere  astringent  est  fait  de 
choses  astringentes , en  la  façon  qui 
s’ensuit. 

Astrinqent , 

if.  Caudæ  equinæ,  plantaginis,  polygoni 
ana  m.  j. 

Fiat  decoctio  in  lacté  vstulalo  ad  quart,  iij. 

colaturæ  adde  : 


DES  MEDICAMETVS. 


Boli  armeni  et  sangui.  draconis  ana  5.  ij. 

Ole!  rosati  § . ïij . 

Albumina  duorum  ouorum. 

Fiatclyster. 

De  tel  clystere  nous  vsons  en  vne 
dysenterie , après  que  les  grosses  ma- 
tières sont  euacuées  et  nettoyées  , ou 
en  flux  excessif  des  hemorrhoïdes. 

Les  clysteres  sarcoliques,  epulo- 
tiques  , detersifs,  sont  faits  de  medi- 
camens  descri ts  en  leurs  propres 
chapitres,  pour  seruir  aux  vlceres 
des  gros  intestins. 

Les  clysteres  nutritifs  sont  faits  de 
la  décoction  de  poulets,  chapons, 
vieils  coqs  cuits  iusqu’à  pourriture  et 
forte  expression  d’iceux , moelle,  ge- 
lée , et  autre  telle  viande  bien  plus 
cuitle  que  si  on  la  vouloit  prendre 
par  la  bouche,  à raison  que  les  in- 
testins ont  la  vertu  coctrice  plus  foi- 
ble  que  le  ventricule. 

On  fait  quelquesfois  lesdits  clyste- 
res de  vin  et  décoction  d’orge,  quand 
il  n’y  a point  de  fiéure  ny  douleur  de 
teste  : souuentesfois  de  laict  et  de 
iaunes  d’œufs  : on  y adiouste  petite 
quantité  de  sucre  blanc,  de  peur 
qu’il  n’irrite  les  intestins  à excrétion 
par  la  vertu  detersiue  qui  luy  est  na- 
turelle : ou  rosat  ( car  tel  est  aucune- 
ment astringent)  comme  appert  par 
les  exemples. 

2f.  Decoctionis  capi  perfectæ  ft>.  j.  fi . 

Sacchari  albi  vnc.  6 . 

Misce,  iniiciatur  cum  syringa. 

3f.  Decocti  pulli  et  gelatinæ  ana  H>.  fi. 

Vini  optimi  § . iiij. 

Iniiciatur. 

7f.  Decocti  hordei  mundati  et  in  cremorem 
redacti  0>.  fi. 

Lactis  boni  îb.  j. 

Vitellis  ouorum  duos. 

Fiat  clyster. 


555 

Nous  vsons  de  tels  clysteres  pour 
nourrir  enfans  et  gens  debiles,  comme 
en  vn  grand  deuoyementd’estomach, 
quand  il  ne  retient  la  viande  qu’il 
prend.  Toutesfois  en  l’vsage  de  tels 
clysteres  faut  auoir  esgard  à trois 
choses  1 : la  première  est  qu’il  faut 
auant  que  prendre  tels  clysteres  , as- 
seller  le  patient , soit  par  art  auec  vn 
suppositoire  ou  clystere , soit  du  pro- 
pre mouuement  de  nature , de  peur 
que  tels  clysteres  nourrissans  estans 
meslés  auec  les  excremens,  ne  soient 
gastés  et  corrompus  : la  seconde  est 
qu’il  soit  donné  en  grande  quantité , 
à fin  qu’il  soit  porté  par  tous  les  in- 
testins : la  troisième  est , s’il  est  pos- 
sible, qu’on  dorme  après  tels  clysteres, 
tant  à fin  que  le  malade  face  mieux 
son  profit  et  concoction  de  tels  clyste- 
res, qu’aussi  qu’il  les  retienne  mieux  : 
de  tant  que  le  dormir  arreste  toutes 
les  euacuations.  Pour  laquelle  mesme 
raison  les  Médecins  défendent  de  mes- 
ler  en  tels  clysteres,  sel,  miel,  ou 
huile,  par-ce  que  les  deux  premiers 
en  detergeant  irritent  l’excretrice  : et 
la  derniere  en  lubrifiant2. 

Aucuns  veulent  affermer  que  nul 
clystere  peut  estre  nutritif,  à raison 
que  ce  qui  doit  nourrir  doit  auoir 
receu  trois  coctions  : dont  la  pre- 
mière est  au  ventricule  , la  seconde 
au  foye,  la  tierce  en  chacune  partie 
de  nostre  corps.  Mais  telle  opinion 
peut  estre  reprouuée  tant  par  raison 

1 Ces  règles  pour  l’administration  des  la- 
vements nutritifs  ont  été  empruntées  pres- 
que textuellement  au  chapitre  48  du  livre 
De  la  Peste'^At  15GS  (aujourd’hui  ch.  49); 
voyez  ci-dessus  la  note  de  la  page  454. 

2 Le  texte  du  livre  De  la  Peste  disait  seu- 
lement de  cette  dernière  raison  : La  troi- 
siesmci  que  le  malade  retienne  son  clystere  k 
plus  longtemps  qu’il  luy  sera  possible. 


556 


LE  VINGT-CINQVIÉME  LIVRE  , 


que  par  expérience.  Par  raison,  puis 
que  les  parties  de  nostre  corps  ont  vn 
sentiment  naturel  de  la  chose  qui 
defaut,  et  que  la  nutrition  est  reple- 
tion  de  ce  qui  a esté  inany  et  vacué, 
telles  parties  estans  débilitées  par 
trop  grande  inanition  faite  és  mala- 
dies, attirent  premièrement  tout  ce 
qui  est  conuenable  à leur  nature  : ou 
au  defaut  de  tel  aliment  le  premier 
qui  s’offrira.  Or  clysteres  nutritifs  ne 
sont  faits  que  d’alimens  doux , amia- 
bles, et  familiers  à Nature,  grande- 
ment ja  préparés  à concoction  1 : et 
pourtant  telles  choses  estans  és  in- 
testins , seront  attirées  des  veines  et 
arteres  mesaraïques  (qui  ont  quelque 
faculté  de  sanguifier,  ainsi  que  dit 
Galien  au  liure  De  vsu  partium  ) : des 
veines  mesaraïques  sont  distribuées  à 
la  veine  porte  et  au  foye  : et  du  foye 
à toutes  les  parties  du  corps,  lesquel- 
les aux  grandes  maladies,  quand  le 
patient  ne  peut  prendre  aliment  par 
la  bouche,  demandent  à estre  rem- 
plies de  ce  qui  leur  est  plus  propre. 

Par  expérience  aussi,  nous  voyons 
que  gens  malades , estans  long  temps 
sans  manger,  par  l’vsage  de  tels  clys- 
teres nutritifs  ont  esté  aucunement 
soulagés  et  sustentés  : à raison  que 
les  parties  affamées  attirent  prompte- 
ment ce  qui  leur  est  familier,  le  suc- 
çant  des  veines,  lesquelles,  estans 
vuidées,  attirent  du  foye  et  des  veines 
mesaraïques  *. 

Qu’est-il  besoin  d’exemples  plus 

1 Le  chapitre  précité  du  livre  de  la  Peste 
ajoutait  ici  : 

« ....  Comme  tu  pourras  voir  parcestuy  sui- 
uanl  que  nous  le  baillons  pour  exemple  : » 

Et  donnait  ici  la  formule  qui  a été  conser- 
vée au  chapitre  49  du  livre  actuel  de  la  Peste  ; 
voyez  ci-dessus,  page  454. 

* Ici  le  chapitre  cité  du  livre  de  la  Peste 


claires,  veu  qu’aucuns  ( comme  on  a 
veu)  ont  reietté  les  clysteres  par  la 
bouche,  voire  les  suppositoires?  Ce 
qui  monstre  bien  que  l’attraction 
n'est  pas  seulement  faite  des  vçines 
mesaraïques,  mais  aussi  du  ventri- 
cule, et  des  autres  parties  L 

Telles  trop  curieuses  disputes  ie 
laisseray  à présent , pour  déclarer  le 
temps  de  prendre  clysteres,  et  l’v- 
sage. 

L’on  a coustume  de  prendre  clys- 
teres à toutes  heures  deuant  et  après 
disner,  moyennant  que  soit  loin  du 
repas',  de  peur  que  ne  soit  faite  at- 
traction par  le  clystere  de  la  viande 
estant  encores  à cuire  en  l’estomach. 
Parquoy  on  les  peut  prendre  à six, 
sept,  huit,  neuf  heures  du  matin 
auant  disner,  ou  quatre,  cinq,  six 
après. 

L’vsagedes  clysteres  est  assez  mani- 
feste par  la  connoissance  de  la  ma- 
tière qui  entre  en  iceux  : ioint  que 
tous  ont  vn  commun  vsage , qui  est 
d’aider  l’expulsion  des  superfluités 
contenues  és  inteslius , et  successiue- 

ajoutait  le  paragraphe  suivant,  qui  a été  ef- 
facé depuis  : 

« Orque  quelque  substance  se  puisse  atti- 
rer des  intestins  pour  alimenter  nostre  corps, 
on  le  peut  encor  prouuer  par  les  verollez  qui 
ont  nodositez  au*  os  : car  leur  faisant  faire 
la  diette  tenüe,!esdictes  nodositez  se  resol- 
uent,  consument  et  degastent  du  tout  par 
le  moyen  de  la  chaleur  naturelle,  qui  attire 
et  opéré  incessamment,  non  seulement  aux 
aliments,  mais  aussi  aux  humeurs  et  excre- 
ments  qui  ia  auoyent  esté  iettez  par  Nature 
comme  chose  à elle  nuisible  et  superflue, 
ainsi  que  l’on  voit  aussi  en  ce  qu’vn  homme 
ayant  extreme  faim  et  soif  mangera  du  pain 
à demy  pourry,  et  boira  de  l’eaüe  trouble  et 
de  mauuais  goust.  » 

1 Là  se  termine  l’emprunt  fait  au  livre  de 
la  Peste  de  1568. 


ni: S MSDICAMENS. 


ment  des  autres  parties.  D’auantagc 
quand  l’aage  ou  la  vertu  du  malade 
(comme  aduicnl  aux  enfans , et  gens 
debiles  et  malades)  n’est  suffisante  à 
porter  medecine,  lors  sommes  con- 
traints d’vscr  de  clysteres , à cause 
qu’il  ne  débilitent  point  tant  les  for- 
ces que  les  médecines.  Pour  ceste 
cause,  aucuns  ont  coustume  de  pren- 
dre clysteres  de  deux  iours  l’vn  , en- 
cores  qu'ils  soient  sains  , quand 
Nature  est  paresseuse  à ietter  les  ex- 
cremens.  A gens  malades  iis  sont 
ordonnés  plus  souuent , pour  tous- 
iours  tenir  lasche  le  ventre. 

L’vsage  desdits  clysteres  a esté  in- 
uenté  des  cicoignes  , lesquelles  de 
leur  propre  mouuemeut  naturel  iet- 
tent  de  l’eau  delà  mer  (qui  pour  sa 
salsitude  a vertu  d’irriter  et  euacuer  ) 
en  leur  siégé  pour  s’asseller,  ainsi  que 
recite  Galien  en  son  Introductoire  de 
Médecine. 

La  maniéré  de  prendre  clystere  est 
telle,  lorsque  le  patient  lereçoit , qu'il 
ait  la  bouche  ouuerte,  à cause  que 
tous  les  muscles  qui  aident  à l’expul- 
sion sont  laschés,  qu’il  n’ait  rien  qui 
lui  comprime  le  ventre,  et  qu’il  soit 
situé  en  figure  courbe  pour  le  rece- 


557 

uoir  plus  ù l’aise,  estant  couché  sur 
le  costé  droit.  Car  par  telle  situation 
le  clystere  receu  pénétrant  iusques 
au  haut  des  intestins , quasi  comme 
d’vn  rauage,  laue  plus  facilement 
tout  le  ventre  : où  au  contraire  le 
patient  estant  situé  sur  le  costé  gau- 
che, il  aduient  que  le  clystere  est 
contraint  de  demeurer  au  rectum  ou 
au  colon  : pour-ce  qu’iceux  par  telle 
assiette  sont  pressés  de  la  masse  et  pe- 
santeur des  autresintestins  supérieurs. 
Après  qu’il  a receu  , il  doit  demeurer 
quelque  temps  sur  son  dos,  puis  se 
tourner  de  costé  et  d’autre,  ou  sur  la 
douleur,  s’il  luy  est  possible  *. 

Or  il  se  trouue  certaines  femmes 
qui  pour  milles  choses  ne  voudroient 
prendre  vn  clystere  de  la  main  d’vn 
homme , pour  vne  vergongne  et 
honte  qu'elles  ont  de  se  monslrer  : à 
ceste  cause  i’ay  fait  portraire  cest 
instrument,  duquel  elles  se  pourront 
aider  à receuoir  vn  clystere , le  met- 
tant par  deuant  (ayant  vn  peu  les  fes- 
ses louées)  la  cannule  dans  le  siégé 
marquée  B.  puis  versera  la  liqueur 
dedans  la  boëte  marquée  A.  Le  cou- 
uercle  marqué  D. 


Firjure  d'vu  instrument  propre  pour  sa  donner  soij-mesme  vn  clijstcre 


1 Ici  finissait  le  chapitre  en  1576;  ce  qui  | * J’ai  dit  dans  mon  Introduction,  p.  xCiX, 

suit  est  de  15T9.  quand  et  par  qui  avait  été  inventée  la  sé- 


558  LE  VINGT-CINQVIÉME  LIVRE 


Autre  syringue  pour  bailler  clyslere  aux 
hommes. 


CHAPITRE  XXIII. 


DES  SVPPOSITOIP.ES,  NOVETS , ET 
PESSA1RES. 

Suppositoire  est  vne  maniéré  de 
tente  (ayant  le  temps  passé  eu  figure 

ringue  ordinaire  ; A.  Paré  est  le  premier  qui 
ait  parlé  de  cette  seringue  perfectionnée  et 
propre  pour  se  donner  soy-mesme  vn  clyslere. 
Mais  il  ne  semble  pas  donner  l’instrument 
comme  de  lui,  et  nous  ignorons  à qui  est 
due  cette  modification. 

Il  est  à remarquer  que  dans  ce  chapitre 
il  ne  parle  que  des  seringues;  toutefois,  les 
chausses  à clyslere  étaient  encore  en  usage 
de  son  temps,  et  se  trouvent  mentionnées  au 
chapitre  48  du  livre  de  la  Paie.  Voyez  ci- 
dessus,  page  450. 


de  gland,  dont  encore  pour  le  iour- 
d'huy  elle  retient  le  nom  de  glans 1 ) 
qui  se  met  au  siégé , à tin  d’irriter  le 
muscle  sphincter  à l’expulsion  des  ex- 
cremens  contenus  és  intestins.  Ceux 
que  l’on  fait  de  présent  n’ont  figure 
de  gland,  mais  plustost  de  pessaire  : 
car  on  les  fait  ronds  et  longs,  en 
forme  de  chandelle  de  cire,  d’où 
vient  que  le  vulgaire  de  Languedoc 
les  appelle  candeleltes. 

Ils  sont  doux, ou  médiocres, ou  forts. 
Les  doux  et  médiocres  sont  faits  des 
poudres  laxaliues,  comme  de  biere  , 
sel  , et  miel.  Les  forts  sont  composés 
des  poudres  de  scammonée,  euphorbe, 
colocynlhe,  et  semblables,  auec  miel, 
ou  ius  d’herbes  acres,  ou  fiel  de  bes- 
tes.  Quelquesfois  ils  sont  faits  de  seul 
sauon,  souuent  aussi  des  troncs  de 
porée,oude  sa  racine,  aucunesfois 
d’vn  lardon. 

Pour  composer  vn  suppositoire , 
faut  mettre  pour  vne  once  de  miel, 
vne  drqgme  de  sel , ou  de  poudre 
irritante  et  laschante,  comme  il  est  fa- 
cile à connoistre  par  les  exemples. 

Suppositoire  médiocre. 

Of,.  Mellis  cocti  §.j. 

Hieræ  picræ  et  salis  communis  ana  3.  fi . 
Fiat  suppositorium  longum  quat.  digitor. 

2f.  Mellis  cocti  g . j. 

Pulueris  colocynthidos  3.  fi. 

Salis  gemmæ  3 . j. 

Fiat  suppositorium. 

Nous  vsons  des  suppositoires  , 
quand  le  patient  pour  son  imbécillité 
ne  peut  pas  endurer  clysteres,  com- 
me és  Céures  ardentes,  ou  quand  les 
malades  ne  veulent  prendre  clys- 
tere  , aussi  quand  on  ne  rend  point 
le  clyslere  qu’on  a pris  : Cnablement 


1 L’édition  de  1575  disait  : de  balunus. 


DES  MEDICAMENS. 


és  affections  froides  de  la  teste , qui 
endorment  les  malades,  nous  vsons 
communément  de  suppositoires  forts 
et  aigus, à fin  d’exciter  la  vertu  ex- 
pultrice  du  muscle  sphincter,  estant 
assoupie  par  telles  maladies  : ou  bien 
quand  la  maladie  de  son  naturel  est 
telle,  qu’elle  est  euidemment  offen- 
sée par  l’vsage  des  clysteres  : comme 
en  l’enterocele,  en  laquelle  si  le  boyau 
est  rempli  du  clystere  , il  presse  d’a- 
uantage  le  péritoine , et  de  sa  grauité 
tombe  plus  aisément  par  la  partie  re- 
laxée ou  deschirée  dans  le  scrotum. 

Les  nouëts  , que  l’on  appelle  en 
latin  Noduli , ont  mesme  vsage  que 
les  suppositoires , et  souuentesfois 
sont  pris  pour  suppléer  le  defaut , 
tant  des  suppositoires  que  des  clyste- 
res , quand  on  est  en  lieu  où  l’on  n’en 
peut  pas  fournir.  Et  pourtant  les 
nouëts  sont  faits  des  medicamens  que 
l’on  peut  partout  facilement  trouuer  : 
sçauoir  est , de  iaunes  d’œufs  mes- 
lés  auec  du  sel  et  du  beurre,  aucunes- 
fois  fiel  et  miel,  et  le  tout  lié  en  vn 
linge  médiocrement  délié  à la  gros- 
seur d’vne  auelaine,  laissant  du  fil  de 
quelque  longueur  au  bout , à fin  que 
quand  on  les  mettra  dans  le  siégé , 
qu’ils  se  puissent  retirer  quand  on 
voudra.  Vous  le  pouuez  ordonner  en 
ceste  maniéré. 

2f.  Vitellum  vnius  oui. 

Cui  adde  salis  modicum  , fellis  veruecis  et 

mellis  ana  5.6. 

Butyri  § . iij. 

Misce,  fiant  noduli  filo  appensi. 

Les  temps  propres  à prendre  tant 
suppositoires  que  nouëts,  est  le  malin 
auant  disner  comme  des  clysteres, 
car  à telles  heures  N ature  a cousturae 
de  reietter  les  excremens.  Si  on  est 
contraint  d’en  vser  après  disner , que 


55q 

ce  soit  pour  le  moins  quatre  heures 
apres  le  repas. 

Pessaire  est  plus  gros  que  supposi- 
toire , et  est  approprié  à la  matrice  : 
lequel  est  fait  de  cotton  ou  soye,  ou 
linge  et  laine  pignée,  en  laquelle  on 
a mis  quelque  médicament  pour  met- 
tre au  col  de  la  matrice  : lequel  est 
fait  ou  pour  vlceres  du  col  de  la 
matrice,  ou  pour  prouoquer  ou  ar- 
rester  les  menstrues,  ou  pour  la  suf- 
focation de  la  matrice,  et  purger  les 
excremens  d’icelle.  Parquoy  ils  sont 
faits  de  gommes,  jus,  semences , her- 
bes, racines,  appropriées  aux  inten- 
tions que  nous  voulons,  et  incorpo- 
rées en  consistence  emplastique  et  so- 
lide, pour  les  mettre  en  figure  d’vn 
doigt  dedans  la  matrice:  maison  a 
couslume  de  les  lier  au  bout,  comme 
appert  par  les  exemples. 

Petsaire  prouoquant  les  mois. 

2f.  Myrrhæ,  aloës  ana  5.  j. 

Sabinæ,  seininis  nigellæ,  arlemisiæ  ana 
3.  ij. 

Radicis  cllebori  nigri  3.  j. 

Croci  9.  j. 

Cum  succo  mercurialis  et  mellc  fiat  pessa- 
riuin  filo  alligatuin  coxæ. 

Pessaire  pour  arresler  les  mois. 

l£.  Mastiches,  thuris  ana  5 . iij. 

Aluminis,  rosar.  rubr.  nue.  cupressiana 

§•  >j- 

Ladani,  hypocistidos , sumach,  myrtill. 
ana 3.  iij. 

Fiat  pessarium  cum  succo  arnoglossæ,  et  co- 
tone. 

A l’exemple  de  ceux-cy  on  pourra 
faire  d’autres  pessaires  pour  amollir, 
astreindre,  mondifier,  incarner,  cica- 
triser les  vlceresdu  col  de  la  matrice  : 
lesquels  faut  prendre  au  soir  quand 


üGo  Lli  VINGT- CINQ  VI  LME  LIVRE 


on  se  couche,  et  les  faut  garder  six 
ou  sept  heures. 

Or  les  pessaires  se  font , non  seule- 
ment des  poudres  de  medicamens 
receuës  et  abreuuées  de  quelque  suc, 
comme  portent  les  exemples  cy-des- 
sus  mentionnées,  mais  aussi  de  sim- 
ples poudres  receuës  en  vn  sachet  de 
linge  rare  délié  et  farci,  d'vn  peu  de 
cotton  pour  le  faire  enfler  et  bouffer 
en  iuste  grosseur.  De  telle  forme  de 
pessaire  nous  pourrons  commodé- 
ment vser  contre  la  cheulc  et  préci- 
pice de  l’amarry l.  L’exemple  proposé 
par  monsieur  Rondelet  en  son  liure 
des  Medicamens  internes,  est  tel. 

Benioini,  slyrac,  garyoph.  ana  3.  j. 

Galliæ  moscatæ  5.  G. 

Moschi  g.vj. 

Fiat  puluis  exceptus  bombace,  imponalurin 
vlerum. 


CHAPITRE  XXIV. 

DES  HVILES. 

Huile  proprement  dite,  est  celle  qui 
est  tirée  des  oliues  meures,  ou  non 
meures  : mais  abusiuement  elle  est 
prise  pour  toute  liqueur  fluxile,  onc- 
tueuse, et  aérée  , de  laquelle  on  fait 
trois  especes. 

La  première  est  des  huiles  faites 
par  expression,  tant  des  fruits  que  de 
semences  broyées  et  cassées,  àüu  d’en 

1 Paré  décrit  ici  les  pessaires  tels  que  les 
comprenaient  les  anciens;  il  faut  recourir 
à son  livre  de  la  Génération  pour  lui  voir 
donner  aux  pessaires  la  solidité  et  la  forme 
exigées  par  la  moderne  signification  du  mot. 
Noyez  tome  II,  page  741  et  suiv.,  la  longue 
note  où  j’ai  tracé  l’fiistoire  des  pessaires  au 
xvi'  siècle. 


faire  sortir  par  expression  ce  qui  est 
oléagineux.  Aucunesfois  sans  feu  : 
comme  huiles  d’amandes  tant  douces 
qu’ameres  : huile  de  noix  tant  petites 
que  grandes  : huile  de  kerua,  ou 
palmachristi  : lesquelles  aussi  se  peu- 
uent  tirer  auec  feu.  Aucunesfois  seu- 
lement auec  feu  : comme  huile  de  lin, 
de  laurier , de  nauette,  de  clianneuy, 
et  autres  telles  semences.  La  maniéré 
de  les  faire  tu  trouucras  au  troisième 
de  Mesué,  où  il  parle  des  huiles. 

La  seconde  espece  est  des  huiles 
composées  de  medicamens  simples 
auec  l’huile,  à in  d’imprimer  et  laisser 
en  l’huile  la  vertu  des  medicamens  : 
et  se  fait  en  trois  maniérés.  La  pre- 
mière est  par  décoction  des  racines , 
fueilles  et  sommités,  fleurs,  fruits, 
semences , gommes  , bestes  entières 
cuittesauec  du  vin,  ou  eau,  ou  jus, 
en  huile  commun  , omphacin,  ou  au- 
tres , selon  nos  intentions , iusques  à 
la  consomption  dudit  vin  et  eau  : ce 
qui  se  connoistra,  si  vne  goutte  de 
telle  huile  ieltée  dans  le  feu  ne  cré- 
pité point  et  ne  pétillé  auec  bruit. 
Or  telle  consomption  se  fait,  à celle 
fin  que  l’huile  se  puisse  mieux  et  plus 
long  temps  garder  sans  crainte  de 
corruption,  de  laquelle  semble  bailler 
occasion  l’estrange  matière  d’eau  ou 
de  vin  meslée  auec  icelle.  Quelques- 
fois  on  fait  tremper  et  macerer  les 
fruits,  semences,  et  autres ingrediens, 
par  quelque  espace  de  temps  auant 
que  les  faire  cuire.  Et  la  coction  se 
doit  faire  en  double  vaisseau,  à fin 
qu'elles  ne  retiennent  vne  qualité  du 
feu,  que  nous  appelions  Empyreume. 
Ainsi  sont  faites  olenm  costinum,  ru- 
taceum , de  croco,  cydoniorum,  myrtil- 
lorum,  mastichinum,  de  euphorbio , 
vulpinum , de  scorpiunibus,  et  autres 
telles  huiles  cuittes  auec  le  feu.  La 
seconde  maniéré  se  fait  par  macéra- 


DES  MEDICAMENS. 


lion  : quand  on  met  tremper  par  quel- 
que espace  de  temps  les  medicamens 
simples  en  huile  : quelquesfois  sur  les 
cendres  chaudes  : quelquefois  en 
fiente  de  cheual  ou  au  soleil,  à fin  que 
par  ceste  chaleur  modérée  l’huile 
puisse  retenir  la  vertu  des  medica- 
mens macérés.  La  troisième  maniéré 
est  faite  par  insolation,  quand  en  Esté 
l’on  laisse  au  soleil  fleurs  des  herbes 
mises  tremper  en  huile,  à fin  que  la 
dite  huile  estant  eschauffée  de  la  cha- 
leur amiable  du  soleil,  puisse  prendre 
les  facultés  et  effets  desdiles  fleurs  : 
et  de  ce  nombre  sont,  huile  de  roses, 
de  camomille , d’aneth , de  lis,  de 
nymphæa,  de  violes,  et  autres,  les- 
quelles pourras  voir  en  Mesué,  à fin 
d’apprendre  leur  composition  et 
vertu  comme  des  autres  cy-dessus. 

La  troisième  espece  appartient  aux 
alchymistes,  laquelle  est  faite  par  re- 
solution en  diuerses  maniérés , et  a 
vertus  et  effets  merueilleux  : quand 
par  chaleur,  soit  du  soleil,  soit  du 
feu,  soit  de  putréfaction,  vne  liqueur 
huileuse  est  tirée.  Or  l’extraction  de 
ladite  liqueur  est  faite  en  deux  ma- 
niérés, l’vne  per  ascensum,  l’autre  per 
descensum , ainsi  qu’ils  appellent. 

Per  ascensum  sont  faites  huiles  auec 
alembic  et  receptoire,  eschauffés  ou 
en  cendres,  ou  arene,  ou  limature  de 
fer,  à fin  de  faire  monter  en  haut  la 
vapeur  et  exhalation  des  medicamens 
contenus  au  dedans,  laquelle  par  ré- 
frigération du  sommet  de  la  chapelle 
et  alembic  descend  au  réceptoire,  et 
telle  liqueur  est  la  partie  la  plus  té- 
nue et  subtile  qui  soit  esdils  médica- 
ments : ce  qu’ils  appellent  resolution 
en  ses  elemens,  et  extraction  de  l’hu- 
midité substantifique  de  la  matière. 
Ainsi  est  fait  oleum  philosophorum, 
qui  est  descrit  au  troisième  liure  de 
l’Antidotaire  de  Mesué  ; aussi  oleum 


56 1 

sulphuris,  qniest  de  Ires-grande  effi- 
cace et  vertu,  et  presque  toutes  les 
nobles  et  bonnes  compositions  qui 
vulgairement  ont  le  nom  de  baume. 
Aucunesfois  est  faite  telle  sublima- 
tion à la  vapeur  de  l’eau,  qu’ils  ap- 
pellent balneum  Mariœ. 

Per  descensum  sont  faites  huiles, 
quand  la  liqueur  ne  monte  en  la  cha- 
pelle , ains  descend  en  vne  cornue  en 
la  maniéré  que  s’ensuit.  Il  faut  em- 
plir vn  vaisseau  de  terre  bien  plombé, 
qui  ait  le  col  estroit,  de  taillures  me- 
nues du  bois , ou  autre  médicament 
gras  duquel  nous  voulons  auoir 
huile,  et  les  bien  disposer  audit  vais- 
seau par  ordre  : puis  appliquer  au 
col  d’iceluy  vne  lamine  de  fer  ayant 
plusieurs  trous  et  perluis,  et  la  luler 
au  col  tant  dudit  vaisseau  que  d’vn 
autre  vaisseau  de  verre  , qui  doit 
receuoir  ladite  huile,  lequel  faut  met- 
tre en  terre  : puis  faut  eschauffer  l’es- 
pace de  deux  heures  ou  plus  le  vais- 
seau dessus , contenant  les  medica- 
mens que  l’on  veut  distiller , et  par 
ainsi  distillera  huile  dedans  le  vais- 
seau enterré  : telle  distillation,  comme 
auons  dit,  est  faite  per  descensum , 
c’est-à-dire  par  descente  contraire  à 
la  precedente.  Plus  ample  doctrine  de 
telles  sortes  de  distiller  tu  trouucras 
en  Philippe  Vlstade,  en  son  liure  Du 
Ciel  dcsPliilosophes,  et  au  premier  liure 
de  la  matière  de  Chirurgie,  chapitre 
des  Resoluens  : aussi  Mesué  la  descrit, 
parlant  de  l’huile  de  genéure.  Ainsi  se 
peut  tirer  l'huile  du  bois  de  genéure, 
de  gaiac,  de  fresne,  du  bois  de  ros- 
marin,  et  plusieurs  autres  de  vertus 
et  effets  merueilleux  en  la  curation 
des  maladies.  Semblablementest  tirée 
par  resolution,  huile  d’œufs,  de  fro- 
ment, et  de  moustarde:  toutesfois 
elles  se  peuuent  tirer  par  expression, 

' comme  la  première  espece. 

36 


ni. 


LE  VINGT-CINQV1ÉME  LIVRE, 


562 

Il  y a vne  autre  façon  d’extraire 
telles  liuiles  per  descensum , quand  on 
met  le  vaisseau  contenant  medica- 
mens  decliue  et  panché  en  lieu  frais, 
comme  en  la  caue  : ainsi  est  tirée 
huile  de  myrrhe,  huile  de  tartre,  et 
de  vitriol.  Or  faut  noter  qu’en  l’ex- 
traction de  la  quinte-essence  des  ve- 
getables,  c’est  à dire  qui  ont  faculté 
decroistre  ou  diminuer,  comme  sont 
les  herbes , l’humidité  substantiüque 
est  tirée  la  première  : mais  des  miné- 
raux est  tirée  la  derniere,  laquelle 
est  pure  et  nette , semblable  à huile. 
Il  y a d’autre  substance  excremen- 
teuse  qui  se  tire,  mais  elle  n’a  tels 
effets  que  la  substantiüque,  laquelle 
surpasse  toutes  autres  facultés  des 
medicamens , bien  souuent  outre 
toute  opinion  commune. 

Nous  vsons  des  huiles,  à ün  que  la 
vertu  pénétré  au  profond,  ou  à fin  que 
l’huile  puisse  adoucir  la  substance 
des  choses  que  l’on  mesle  auec  ladite 
huile.  Toutesfois  faut  entendre,  que 
quand  on  fait  huiles  froides  compo- 
sées auec  huile  commune,  il  faut 
prendre  de  l’huile  omphacin,  c’est-à 
dire  tirée  d’oliues  vertes  et  non  meu- 
res, comme  l’huile  rosat.  Aussi  quand 
on  veut  faire  huiles  chaudes,  comme 
huile  des  philosophes,  ou  benedicta, 
il  faut  prendre  de  l’huile  douce  et 
bien  meure,  ou  vieille  , ou  d'infusion 
de  rosmarin  et  semblables. 


CHAPITRE  XXV. 

DES  LINIMENS. 

Liniment  est  composition  externe , 
moyenne  entre  huile  et  onguent  : 
ayant  plus  de  consistence  que  l’huile, 
pour  ce  qu’en  sa  composition,  outre 


l’huile  , il  reçoit  beurre,  axonge  , et 
choses  semblables  : lesquelles  estans 
réfrigérées , acquièrent  et  retiennent 
quelque  consistence , qui  est  cause 
que  pour  eschauffer , meurir,  et  ap- 
paiser  douleur,  le  liniment  est  plus 
propre  que  les  huiles  seules , pource 
qu’il  s’attache  mieux  et  a plus  de 
prise  sur  la  partie , et  ne  s’es- 
coule  si  aisément , et  moins  que  l’on- 
guent : lequel  est  ainsi  appellé , à 
cause  qu’il  lenit  et  adoucit  les  par- 
ties rudes  et  exaspérées , et  appaise 
les  douleurs. 

Les  especes  des  linimens  sont  pri- 
ses de  leurs  effets  : car  aucuns  sont 
refrigerans,  autres  eschauffans , au- 
cuns humectans , quelques-vns  ma- 
turatifs,  et  ainsi  des  autres,  selon 
les  indications  des  malad  es. 

La  matière  et  ingrediens  des  lini- 
menssont  huile,  axonge,  suif, beurre  : 
ou  ce  qui  a consistence  d’huile , 
comme  styrax  liquide,  terebenthine, 
mucilage  de  fœnugrec  et  guimauue , 
moelle , laine  succide , et  autres. 
Quelquesfois  on  y adiouste  quelque 
poudre  de  racines,  semences,  fleurs, 
escorces,  minéraux  et  autres,  mais 
en  petite  quantité,  à fin  que  le  lini- 
ment retienne  tousiours  sa  consis- 
tence liquide  : aussi  on  y mesle  bien 
peu  de  cire, pour  lier  vn  petit  et  rete- 
nir les  huiles  ou  axonges.  On  en  peut 
faire  des  autres  medicamens  tant  sim- 
ples que  composés , déclarés  cy  do- 
uant , selon  l’exigence  et  nécessité , 
et  complication  des  maladies.  Les 
exemples  donneront  tout  à con- 
noistre. 

Liniment  cscluiuffant,  atténuant  et  digérant. 

y..  Olei  amygdalarum  amararum,  liliorum 
ana  §.  j. 

Axungiæ  anatis  et  gallinæana  5.  fi. 

liutyri  sine  sale  §.j. 


DES  MEDICAMENS. 


Mucilaginis  seminis  althææ,  et  fænugræci, 
exlractæ  in  aqua  hyssopi  ana  5.  û. 
Addendo  pulueris  croci  et  ireosana3.  j. 
fiat  linimentum. 

Humectant  et  remollilif. 

"if..  Olei  amygdalarum  dulcium  § . ij. 

Axungiæ  huraanæ  §.  C. 

Mucilaginis  seminis  maluæ  extractæ  in 
aqua  parietariæ  5.  C. 

Fiat  linimentum  addito  croco. 

Ainsi  pourras  faire  autres  linimens 
à cest  exemple,  plus  ou  moins  forts 
ou  debiles  , des  remedes  ja  descrits. 

Les  linimens  se  peuuent  appliquer 
à toutes  les  parties  du  corps,  tant 
pour  eschauffer,  refrigerer,  humec- 
ter et  desseicher,  que  pour  digerer, 
maturer,  emollir,  appaiser  douleurs, 
à cause  qu’ils  adhèrent  d’auantage  , 
et  ne  coulent  pas  si  tost  que  les  hui- 
les. Toutesfois  en  la  composition  des 
linimens,  faut  considérer  la  partie  où 
l’on  les  veut  appliquer  : car  si  la  par- 
tie a quelque  conduit , méat  ou  si- 
nuosité, comme  l’oreille,  il  faut  que 
le  liniment  soit  plus  liquide  et  ait  plus 
grande  quantité  d’huile.  S’il  faut 
qu'il  adhéré  sur  la  partie  où  il  est  ap- 
pliqué, faut  y mettre  plus  dégraissés 
ou  axonges,  et  autres  choses  qui  ont 
consistence.  Aucuns  veulent  mettre 
différence  entre  les  linimens  et  on- 
guens  , à cause  qu’aux  linimens  ne 
faut  mettre  cire  comme  aux  onguens  : 
lesquels  certainement  s’abusent  : car 
il  y a des  onguens  où  il  n'y  entre 
point  de  cire,  comme  entre  les  autres 
l’Egyptiac  , non  plus  que  tous  ceux 
qui  sont  préparés  pour  les  gangrenés 
etvlceres  putrides,  pourcequ’à  telles 
maladies,  toutes  choses  grasses  , 
comme  huile,  graisse,  résiné,  cire 
sont  fort  contraires  : en  lieu  desquel- 
les entre  en  l’Egyptiac  le  miel  et 


563 

verd  de  gris , tant  pour  donner  con- 
sistence à l’onguent  que  pour  le  ren- 
dre detersif. 


CHAPITRE  XXVI. 

DES  ONGVENS. 

Les  onguens  ont  plus  de  consis- 
tence et  sont  plus  fermes  que  les  lini- 
mens  , et  de  plus  grands  effets  : ainsi 
nommés  à cause  que  les  parties  où 
l’on  les  applique  sont  ointes  et  en- 
graissées. 

Les  différences  d’iceux  sont  prises 
en  partie  de  leurs  effets,  à cause  qu’ils 
eschauffenl,  refrigerent,  desseichent, 
humectent , mondifient , confortent 
les  parties,  consument  la  chair,  fai- 
sans cicatrices  , et  autres  choses  sem- 
blables : en  partie  de  leurs  couleurs, 
et  des  noms  des  inuenteurs,  comme 
album  Rhasis , dessiccatiuum  rubrum: 
en  partie  aussi  du  nombre  des  sim- 
ples desquels  ils  sont  faits , comme 
vnguentum  telrapharmacum , que 
communément  on  nomme  basilicon , 
et  tripharmacum , que  l’on  dit  nutri- 
tum  : et  de  plusieurs  autres  tels  acci- 
dens  sont  faites  les  différences  des- 
dits onguens,  comme  le  plus  souuent 
ils  retiennent  le  nom  du  principal 
simple  qui  entre  en  la  composition 
d’iceux  : ainsi  nous  disons  vnguentum 
de  lilhargyro  , de  minio , diapompho- 
ligos,  et  les  autres  semblables. 

Ils  sont  faits  d’herbes,  racines,  se- 
mences , fruits,  des  parties  des  bestes, 
des  métalliques,  et  quelques  corps 
terrestres.  Les  jus  et  autres  humidités 
sont  consumées  en  cuisant,  comme 
aux  huiles  : les  herbes  et  parties  d’i- 
celles sout  puluerisées,  si  elles  sont 
seiches , tout  ainsi  que  les  metalli- 


564  LE  VJKGT-»C1NQV1IÎME  LlVIin 


ques  et  corps  terrestres  : si  elles  soïit 
vertes  , elles  sont  cuiltes,  exprimées, 
et  puis  leur  jus  consommé  en  décoc- 
tion. Les  gommes  et  résinés  aucunes- 
fois  sont  puluerisées.  aulresfois  sont 
dissoutes  et  fondues,  ou  par  feu  , ou 
par  quelque  liqueur  conuenable.  La 
cire  se  fond  auec  l’huile  sur  le  feu. 

Or  pour  composer  onguens , on  a 
accoustumé  garder  telle  proportion , 
que  pour  vne  once  de  poudre , on  y 
mette  deux  onces  de  cire,  et  huit  on- 
ces d’huile  : toutesfois  puisque  la  cire 
n’est  mise  aux  onguens  que  pour  leur 
donner  consistence,  il  vaut  mieux 
laisser  la  quantité  de  cire  au  iuge- 
ment  de  celuy  qui  les  fait  : ioint  qu’il 
faut  aussi  moins  y adiouster  de  cire  en 
Esté  qu'en  Hyuer  : à cause  que  la 
chaleur  de  l’Esté  desseichant  d’auan- 
tage  la  composition  totale  de  l’on- 
guent, luy  donne  plus  de  consistence. 
Telle  est  la  reigle  des  communs  pra- 
ticiens pour  ordonner  onguens , la- 
quelle entendras  mieux  par  exemple. 

Onguent  repercussif  et  arrcstant  flux  de  sang. 

3f.  Olei  rosacei  g . iiij . 

Pilorum  leporis,  boli  armeni,  terræ  sigil- 
latæana3.j. 

Balausliorum  et  gallarum  ana  3.  G . 
Tritis  quæ  terenda,  et  simul  mixtis,  addila 
cera  quod  suflicit,  fiat  vnguentum. 

Ainsi  promptement  à ta  nécessité 
pourras  composer  onguens  à cest 
exemple  : mais  souuent  on  en  fait 
d'autre  façon.  Car  il  y a trois  maniè- 
res de  composer  onguens  : la  pre- 
mière est  celle  qui  est  faite  sans  feu  , 
en  pistant  seulement  au  mortier  : 
ainsi  est  fait  vnguentum  nutritum  : 
la  seconde,  quand  auec  feu  nous  fon- 
dons en  l’huile  la  cire,  ou  autre  telle 
graisse  : puis  quand  tout  est  fondu  , 
nous  meslons  les  poudres  en  inesme 


proportion  que  celle  cy  dessus  : en 
ceste  façon  l’on  compose  vnguentum 
aureum,  basilicon,  diapompholygos , 
desiccatiuum  rubrum,  et  enulatum.  La 
troisième  maniéré  est  de  pister  axon- 
ges  auec  les  herbes , puis  les  cuire  en- 
semble et  les  couler,  car  la  coiature 
est  onguent.  Et  pour  facile  intelli- 
gence , ie  le  donneray  la  description 
des  susdits  onguens,  et  la  maniéré 
de  les  faire. 

Vnguentum  nutritum. 

3f. Lithargyri  auri  triti  et  loti  Ib.  fi. 

Olei  rosati  ïb.j. 

Aceli  rosati  g . iiij. 

Et  fiat  vnguentum. 

Vous  prendrez  premièrement  votre 
lilharge,  et  la  mettrez  en  vn  mortier, 
y adioustant  vn  peu  d’huile  à fin 
qu’elle  s’espaississe,  la  remuant  auec 
vn  pilon  : puis  adiousterez  autant  de 
vinaigre,  en  remuant  iusques  à ce 
qu'ils  se  soient  incorporés  ensemble  : 
et  continuerez  àietter  tantost  vn  peu 
de  vostre  huile,  puis  du  vinaigre, 
iusques  à ce  que  l’onguent  soit  rendu 
en  bonne  forme  et  consistence.  Et  si 
tu  veux  faire  de  cest  onguent  Yem- 
plastrum  nigrum,  tu  feras  consom- 
mer petit  à petit  tout  ton  vinaigre , 
et  lors  l’emplastre  viendra  noire  et 
luisante. 

Vnguentum  aureum. 

gi i.  Ceræ  citrinæ  § . vj. 

Olei  boni  ib.  ij. 

Tereb.  § . ij. 

Resinæ,  colopboniæ  ana  §.j.  fi. 

Olibani,  mastiches  ana  § . j. 

Croci  3.  j. 

Fiat  vnguentum. 

En  premier,  ferez  fondre  vostre  cire 
auec  vne  grande  portion  de  l’huile , 


DES  MEDICAMENS. 


565 


puis  vous  adiousterez  la  résiné  et  co- 
lophone  rompue  par  petits  morceaux  : 
et  estans  fondues  , osterez  le  tout  du 
feu , et  adiousterez  vostre  tereben- 
thine  : cela  estant  à demy  refroidi , 
mettrez  l’oliban  et  mastic  puluerisés , 
et  sur  la  fin  le  saffran  dissout  ou  des- 
trempé auec  le  reste  de  vostre  huile. 

Le  tetrapharmacum  est  ainsi  ap- 
pellé,  par-ce  qu’il  est  composé  de 
quatre  simples  , sçauoir  : cire,  résiné, 
poix  et  suif  de  taureau , egalement 
meslés  et  fondus. 

Vnguentum  tetrapharmacum. 

2f.  Resinæ,  picis  nigræ,  ceræ  ana  §.  ij.  fi. 

Olei  veteris  oliuarum  matur.  Q>.  j.  G. 

aut  fi>.  j.  si  durius  id  esse  vis. 

Fiat  vnguentum. 

Faites  fondre  auec  l’huile  la  cire 
coupée  par  petits  morceaux , puis 
adiousterez  la  résiné  et  poix  : et  le  tout 
estant  fondu  aurez  vostre  onguent. 

Aucuns  l’appellent  basilicum. 

Vnguentum  diapompholygos. 

if.  Olei  rosati  § . ix. 

Ceræ  albæ  § . iij. 

Succi  solani  hortensis  3.  iiij. 

Cerussæ  lotæ  3 . j. 

Pompholygos,  plumbi  vsti  et  loti,  olibani 

puri  ana  3 . G. 

Fiat  vnguentum. 

En  l’huile  sera  fondue  la  cire  à petit 
feu , puis  estant  ostée  du  feu , adiouste- 
rez vossusditsingrediens,  et  lesbroye- 
rez  long  temps  en  vn  mortier  de  mar- 
bre, versant  petit  à petit  du  suc  : et  ce 
qui  ne  sera  incorporé  , vous  le  sépa- 
rerez. 

V nguentum  desiccatiuum  rubruin. 

2f.  Lapidis  calaminaris , terræ  sigillatæ  ana 

5 - ij- 

Lithargyri  auri,  cerussæ  ana  5-j-  G. 


Camphoræ  5.  G. 

Ceræ  3 . ij.  G . 

Olei  rosati  et  violarum  ana  3.  iij. 

Fiat  vnguentum. 

Vous  ferez  fondre  la  cire  auec 
l’huile , et  estans  refroidis  vous  mes- 
lerez  vos  poudres , remuant  auec  vne 
spatule  de  bois,  adioustant  sur  la  fin 
le  camphre  dissout  auec  vn  peu 
d’huile  rosat , ou  eau  de  roses. 

V nguentum  enulatum. 

“if.  Radicis  enulæ  campanæ  coctæ  cum 
aceto,  et  pistatæ  vt  decet  lb.  G. 

Axung.  porci,  olei  communis  ana  3. 
j.  fi. 

Argenti  viui  extincti,  et  terebenthinæ 
lotæ  ana  § . j. 

Salis  communis  puluerisati  3.  ij. 
Incorporentur  vt  decet. 

Vous  prendrez  vos  racines  cuites, 
et  passées  par  l’estamine,  lesquelles 
ferez  cuire  auec  vostre  axonge  à petit 
feu,  en  remuant  tousiours,  puis  sou- 
dain ietterez  vostre  sel,  et  l’huile,  et 
cire,  le  tout  meslés  ensemble  : cela 
fait,  sera  ostée  du  feu  la  composition  : 
à laquelle  estant  froide,  adiousterez 
le  vif  argent  esteint  auec  vn  peu  d’a- 
xonge  etterebenthine. 

Vnguentum  album  Rhasis. 

2 c.  Olei  rosati  § . Ix. 

Cerussæ  albæ  § . iij. 

Ceræ  albæ  3 .ij. 

Confiée  sic. 

La  ceruse  sera  bien  puluerisée,  sus 
laquelle  ietterez  l’huile  et  la  cire  que 
vous  meslerez  ensemble  chaudement, 
puis  longuement  battrez  le  tout  en- 
semble, iusques  à ce  que  la  meslange 
vous  en  semble  bien  parfaite. 


566  LE  VINGT-C1NQVIÉME  LIVRE 


Vnguentum  de  althœa. 

if.  r.adicis  allhææ  IL.  j. 

Seminis  Uni,  fœnugræciana  ib.  fi, 
Scillæ  5 . iij. 

Olei  communis  ffi.  ij. 

Ceræifc.  fi. 

Terebenthinæ,  galb.  gummi  hederæ  ana 

§ • j- 

Colophoniæ  et  res.  ana  o • iij- 

Les  racines  et  les  morceaux  de  scille, 
et  les  semences  de  lin,  seront  mises 
en  infusion  chacun  à part , en  cinq 
liures  d’eau  l’espace  de  trois  iours, 
puis  on  les  fera  bouillir  iusques  à la 
consomption  chacun  de  trois  onces  : 
cela  fait,  on  en  tirera  les  mucilages, 
que  l’on  fera  cuire  auec  l’huile,  ad- 
ioustant  la  cire  taillée  en  petits  mor- 
ceaux : puis  l’ostant  du  feu  mettrez  le 
galbanum  dissout  en  vinaigre  meslé 
auec  la  terebenthine  , ensemble  la 
gomme  de  lierre  , colophone  et  ré- 
siné, réduits  en  poudre  : ou  bien  fe- 
rez fondre  vostre  colophone  et  résiné 
auec  la  cire  et  l’huile , qui  seroit 
mieux. 

Vnguentum  populeonis. 

if.  Ocul.  populi  arb.  H» . j . fi. 

Folio,  papauer.  nig.  mandrag.  folior. 
rubiæ.  hyoscya.  vermic.  lactucæ,  sem- 
peruiui,  folior.  violar.  cymbalaris  folior. 
nominati  cortati  nascentis  in  flg.  et  mû- 
ris ana  § . fi . 

Cordus  et  Fernelius,  itemqueNico- 
laus  dozent  les  simples  iusques  à trois 
onces  chacun: 

Adipis  suilli  recentis  expertis  salis  fi>.  ij. 
Vini  boni  ü>.  j. 

Fiat  vnguentum. 

Les  fueilles  de  violes  et  œillets  de 
peuple  seront  pistés  en  vn  mortier  de 
marbre  auec  les  axonges,  puis  seront 


mis  en  vn  pot , et  laissés  l’espace  de 
deux  ou  trois  mois,  attendant  que  les 
autres  herbes  soient  en  leur  vigueur  : 
lesquelles  estans  cueillies,  seront  ha- 
chées et  pistées  comme  les  susdites, 
puis  meslées  ensemble,  et  sera  le  tout 
mis  en  vn  lieu  tiede  l’espace  de  huit 
iours,  adioustant  vne  liure  de  vinai- 
gre fort  : cela  fait,  on  fera  le  tout 
cuire  iusques  à la  consomption  de 
l’humidité,  qui  seconnoistra  lors  que 
l’on  en  ietlera  vn  peu  dessus  le  feu,  et 
s’il  fait  bruit,  c’est  signe  qu’il  y a en- 
core quelque  humidité  : laquelle  es- 
tant consommée,  ledit  onguent  sera 
passé  par  vn  gros  linge,  en  exprimant 
bien  fort  le  marc  des  susdites  herbes. 

Vnguentum  apostolorum. 

'if..  Terebenthinæ,  ceræ  albæ,  resinæ  ana  5. 
xiiij. 

Opopanacis  et  floris  æris  (sou  viridis 
æris  : car  flos  æris  ne  se  prend  pas  icy 
proprement  pour  ces  petits  grains,  qui 
comme  scintilles  saillent  de  l’airain,  lors 
que  les  mareschaux  l’abreuuent  d'eau  pour 
le  rafraichir  : mais  il  se  prend  pour  le 
verd  de  gris,  qui  est  fort  propre  contre  les 
vlceres  malins  contre  lesquels  tout  cest 
onguent  est  préparé ) ana  3.  ij. 

Ammoniaci  5.  xiiij. 

Aristotochiæ  longæ,  thuris  mascu.  ana 
3.  vj. 

Myrrhæ  et  galbani  ana  5.  iij. 

Bdellij  3.  j.  f 

Lithargyri  drach.  ix. 

Olei  ft.  ij. 

Fiat  vnguentum. 

La  litharge  doit  estre  nourrie  auec 
§ .ij.  d’huile,  l’espace  de  cinq  heures, 
en  après  cuitte  à petit  feu  iusques  en 
forme  de  miel,  en  remuant  à fin  qu’elle 
ne  se  brusle,  à laquelle  estant  hors  du 
feu,  adiousterez  la  cire  fondue  auec 
le  reste  de  l’huile,  ensemble  la  résiné  : 
puis  le  tout  estant  refroidi,  mettrez 


DES  MED1CAMENS. 


les  gommes  dissoutes  en  vinaigre,  et 
cuites  incorporées  auec  la  tereben- 
tbine,  ou  bien  les  adiousterez  en  pou- 
dre : cela  fait,  les  poudres  d’aristolo- 
che, myrrhe  et  encens  seront  incor- 
porées : et  par  ainsi  aurez  voslre  on- 
guent, y adioustant  sus  la  fin  / loris 
œris  bien  subtilement  puluerisé. 

Encore  que  parcy  deuant  la  des- 
cription de  l’Egyptiac  soit  mise,  ien’ay 
voulu  faillir  le  mettre  en  ce  lieu. 

Of.  Floris  æris,  aluminis  rochæ,  mellis  com- 
munis  ana  g . iij. 

Aceti  acerrimi  g . v. 

Salis  communis  g . j. 

Vilrioli  Romani  g.  û. 

Sublimali  pulueris.  3.  ij. 

Dulliant  omnia  siinul , et  fiat  vnguentum 
vt  artis  est. 

I’ay  adiousté  le  sublimé  pour  luy 
donner  plus  de  force,  lequel  tu  pour- 
ras diminuer  ou  oster  si  bon  te 
semble. 

Kncjuentum  Comiiissœ. 

if.  Corticum  medianorum  castanearum,  cor- 
ticum  medianorum  arborisglandium,  et 
glandium,  myrlillorum,  caudæ  equinæ, 
corticum  fabarum,  acinorum  vuarum, 
sorborumsiccorum  iminalurorum,  mes- 
pillorum  immaturorum,  radicum  che- 
lidoniæ, foliorum  prunorum  syluestrium 
ana  g . j.  fi. 

Aquæ  plantaginis  H>.  viij. 

Ceræ  nouæ  § . viij.  fi . 

Olei  myrlillorum  1b.  ij.  fi. 

En  après  te  faut  espandre  dru  et 
menu  la  poudre  des  choses  qui  s’en- 
suiuent. 

'}f.  Pulueris  corticis  mediani  castanearum, 
corlicis  mediani  glandium,  corticum 
medianorum  arboris  glandium,  id  est 
quercus,  gallarum  ana  g.j. 

Cineris  ossiunr  cruris  bouis,  myrlillo- 


567 

rum,  acinorum  vuarum,  sorborum  sic— 
corum  ana  § . fi . 

Trochiscorum  de  carabe  g . ij. 

Fiat  vnguentum. 

Premièrement  vous  ferez  vne  dé- 
coction en  l’eau  de  plantain , des 
simples  concassés  qui  s’ensuiuent, 
comme  cortex  medianus  arboris  quer- 
cini,  acini  vuarum,  radix  chclidoniœ , 
mespilla,  sorba,  cauda  cquina,  semen 
myrlillorum,  pruni  sylueslris  folia, 
corlices  fabarum , cortices  mediani 
glandium  , castanearum  cortices  . et 
gallœ  : lesquels  simples  estans  bien 
cuits  , seront  laissés  en  infusion 
l’espace  de  deux  heures , et  ladite 
décoction  sera  passée  et  séparée  en 
neuf  portions,  etauec  vne  des  susdites 
portions  la  cire  estant  fondue  auec 
l’huile  de  myrtils  , sera  lauée  , en 
continuant  telle  ablution  sept  fois  : 
cela  fait,  et  l’ayant  bien  esgoultée, 
de  sorte  qu’il  ne  reste  aucune  goutte 
de  la  décoction,  auec  la  cire  et  l’huile 
la  ferez. fondre , adioustant  les  pou- 
dres qui  s’ensuiuent,  comme  ossium 
cruris  bonis,  corticum  medhrum  ar- 
boris qucrcini , cl  mediorum  corticum 
glandium , corticum  mediorum  casta- 
nearum,  gallarum,  sorborum,  mtspil- 
lorum,  seminum  myrlillomm,  acino- 
rum vuarum,  et  sus  la  fin  trochiscos 
de  carabe  : et  par  ainsi  aurez  vostre 
onguent  fait  selon  l’art. 

fuguentum  pro  stomneho. 

X.  Olei  absinthij,  mastichis,  de  spica  et  ro- 
sali  ana  g . fi. 

Pul.  absinthij,  rosar.  maioranæ,  men- 
thæ  ana  3.  j. 

Garyophyllorum,  cinnamomi,  mastichis, 
galangæana  5.  j. 

Pulucrisentur  puluerisanda,  et  cum  sufli- 
cienli  quantilate  ceræ  liât  vnguentum 
molle,  de  quo  vnguatur  stomachus  ca- 
lidè  per  horarn  ante  paslum,  conti- 
nuando. 


568  LE  VUNGT-CUVOVIÉME  LIVRE 


Nous  vsons  des  onguens  à Gu  qu’ils 
demeurent  et  s’arrestent  en  la  super- 
ficie, sans  couler,  et  aussi  à fin  qu’ils 
ne  pénétrent  trop  au  dedans  : pour 
ceste  raison  ils  sont  moyens  entre  les 
linimens  et  emplastres  : et  bien  sou- 
rient nous  prenons onguens pour  lini- 
mens, vsans  indifféremment  de  l’vn 
et  de  l’autre  *. 

Vnguent  de  hedrus  escrit  par  Galien,  propre 
aux  morsures  des  besles  enragées,  et  à tou- 
tes morsures,  soit  d’hommes  ou  autres  ani- 
maux : aussi  aux  ragadies  du  fondement  : 
on  en  fait  pareillement  des  pessaires  remol- 
lilifs 1  2 * *. 

Of.  Ceræ  albæ  ü>.  ij. 

Cerussæ,  Iithargyri  aurei  ana  îb.j. 
Myrrhæ  et  medullæ  cerui  ana  § . ij. 
Thur.  §.  j. 

Olei  lt>.  ft. 

La  maniéré  de  le  faire  est  telle  : il 
faut  cuire  la  litharge  auec  l’huile 
iusques  à bonne  consislence,  cela  fait 
il  faut  ietter  la  cire  et  ceruse  , et  les 
mouuoir  : et  lors  qu’ils  seront  vois, 
et  n’adhereront  point  aux  doigts,  es- 
tez les  du  feu,  et  y mettez  la  moelle  : 
puis  quand  il  seront  refroidis,  on  y 
adioustera  la  myrrhe  et  le  tbus  sub- 
tilement puluerisés  : et  sera  gardé  tel 
onguent  pour  en  vser  aux  dispositions 
susdites. 

Autre  médicament  de  Galien  propre  aux  mor- 
sures des  chiens  enragés,  et  aux  piqueures 
des  nerfs  et  tendons  : il  prohibe  que  telles 
plages  ne  se  peuuent  gluliner  ny  cicatriser, 
lise  fait  ainsi  5 : 

Prenez  vne  liure  de  poix  grasse,  trois  onces 

1 Ici  s’arrêtait  le  chapitre  en  1575;  le  reste 
est  de  1579. 

2 Liu.  1.  delà  Composition  des  medicamens 

en  general. — A.  P. 

J Liu.  3.  de  la  Composition  des  medicamens 

en  general,  — A.  P. 


d’opopanax,  cuits  en  fort  vinaigre,  huile 
de  lis,  axonge  de  porc  fort  vieille  : et 
soit  fait  onguent. 

Il  dit  que  l’huile  de  moustarde  est 
si  acre,  que  la  mettant  sur  les  playes 
recentement  fermées,  qu’elle  a vertu 
les  faire  ouurir  : et  partant  elle  est 
bonne  ausdites  playes  faites  des  bestes 
estranges,  et  aux  ponctions  des  nerfs 
et  tendons. 


CHAPITRE  XXVII. 

DES  CEROVENNES  ET  EMPLASTRES. 

Les  ceroüennes  et  emplastres  ont 
si  grande  affinité  en  leurcomposition, 
que  souuentesfois  on  escrit  l’vn  pour 
l’autre,  tout  ainsi  que  les  linimens  et 
onguens , lesquels  on  confond  quel- 
quesfois  l’vn  auec  l’autre  : à ceste 
cause  nous  distinguerons  bien  peu  les 
ceroüennes  des  emplastres , car  la 
différence  est  bien  petite. 

Ceroiïenne  est  une  composition  plus 
dure  et  solide  que  les  onguens  , et 
plus  molle  que  les  emplastres , la- 
quelle a son  nom  de  la  cire  qu’elle  y 
reçoit  pour  donner  consistence  et 
arrester  l’huile.  Les  différences  sont 
prises  aucunesfois  des  parties  où  elles 
sont  appliquées  , comme  ceratum  sto- 
machicum  : autresfois  de  leurs  effets , 
comme  ceratum  réfrigérons  Galeni: 
souuentesfois  des  simples  desquels 
ils  sont  composés,  comme  ceratum 
santalinum , et  ainsi  des  autres. 

La  propre  matière  des  ceroüennes 
est  la  cire  neufue  , et  les  huiles  ac- 
commodées aux  parties  et  maladies: 
de  sorte  que  linimens  et  onguens  ne 
different  aucunement  desceroüennes, 
s’ils  reçoiuent  de  la  cire  en  leur  com- 


DES  MEDtCAMENS. 


position  : comme  vnguentum  rosa- 
ceum,  s’il  reçoit  delà  cire,  sera  ap- 
pelle ceroiienne,  non  onguent.  Les 
ceroüennes  qui  sont  composés  de  ré- 
sinés , gommes,  et  métaux , son  t plus- 
lost  appellés  emplastres  que  ceroüen- 
nes, comme  le  ceroüenne  pour  la 
hergne,  communément  appelé  Em- 
plastrum  contra  rw/jfwram.D’auantage 
souuentesfois  s’il  y a douleur  ou  in- 
flammation en  vne  partie  , nous  fai- 
sons ceroüennes  des  emplastres  liqué- 
fiés enhuile,  de  peur  que  la  substance 
trop  solide  , dure  et  pesante  de  l’em- 
plastre  ne  blesse  la  partie  dolente 
par  sa  grauité,  et  n’augmente  l’in- 
flammation , empeschant  la  perspira- 
tion d’icelle  par  sa  solidité.  Et  pour- 
tant delaissantlamaniere  de  composer 
lesdits  ceroüennes,  dirons  des  emplas- 
tres. 

Emplastre  est  vne  composition  faite 
de  toute  sorte  de  medicamens,  princi- 
palement gras  et  secs,  assemblés  et 
amassés  en  vn  corps  espais  et  vis- 
queux, dur  et  solide  , adhérant  aux 
doigts.  Les  différences  des  emplastres 
sont  autant  manifestes  que  celles  des 
onguens.  Qu’il  soit  vray,  elles  sont 
prises  bien  souuent  d’vn  principal 
médicament  qui  entre  en  la  composi- 
tion , comme  diachylon , de  meliloto  , 
de  baccis  lauri , diachalciteos  siue  pal- 
meum , de  betonica  siue  de  ianua.  Au- 
cunesfois  de  leurs  effets,  comme  diui- 
num  , gratia  dei , apostolicon  , contra 
rupturam.  Quelquefois  aussi  de  la 
couleur,  comme  emplastrum  nigrum  , 
griseum,  et  autres  telles  différences  , 
lesquelles  connoistras  à leur  nom 
commun  et  vulgaire. 

La  matière  des  emplastres  est  prise 
des  parties  des  plantes  , des  métalli- 
ques et  corps  terrestres  principale- 
ment , et  des  parties  des  bestes  : des- 
quels les  vns  laissent  seulement  leurs 


069 

vertus , comme  le  vin , vinaigre,  eau, 
et  tous  jus  liquides  désherbés  : les  au- 
tres seruent  principalement  pour  don- 
ner consistence  ferme  aux  emplastres, 
comme  la  litbarge  ( laquelle  selon  Ga- 
lien est  la  principale  matière  à faire 
emplastres1)  la  cire,  l’huile  et  les 
résinés.  Les  autres  sont  mis  aux  em- 
plastres , non  seulement  pour  seruir 
de  matière,  mais  aussi  pour  donner 
leurs  vertus  et  effets,  comme  les  gom- 
mes , quelques  métalliques , parties 
des  bestes,  et  résinés,  comme  la  tere- 
benthine  pour  digerer,  mondifier  et 
desseicher. 

Or  des  emplastres  aucuns  sont  faits 
sans  coction,  les  autres  auec  coction. 
Ceux  qui  sont  faits  sans  feu,  inconti- 
nent sont  desseiebés,  et  ne  son  t aucune- 
ment visqueux.  Ils  sont  faitsdefarine  et 
poudre  meslées  et  incorporées  auec 
jus,  ou  autre  chose  humide. Tels  em- 
plastres doiuent  pluslostestre  appelés 
onguens  durs  ou  cataplasmes,  qu’em- 
plastres.  Qu’ainsi  soit,  par  décoction 
sont  faits  les  vraisemplastres,  laquelle 
est  aux  vns  plus  longue,  auxautres 
plusbriefue,  selon  que  les  ingrediens 
la  peuuent  endurer  de  leur  nature  et 
substance  : parquoy  il  est  fort  vtile 
connoistre  ceux  qui  portent  grande 
décoction  ou  petite. 

Donc  la  méthode  et  moyen  de  bien 
faire  les  emplastres , c’est  que  les  ra- 
cines, bois,  fueilles , tiges,  fleurs, 
semences  seiches  et  puluerisées  , sont 
mises  presque  toutes  les  dernieres  , 
lors  que  l’emplaslre  est  quasi  cuit,  ou 
qu’il  est  ja  hors  du  feu,  ou  autrement 
leur  vertu  s’euaporeroit.  Toutesfois 
si  quelques  vnes  de  ces  choses  en- 
trent en  la  composition  lors  qu’elles 
sont  fraisebes  et  encore  verdes,ouil 

1 Aux  Hures  cle  la  Composition  des  medi- 
camens en  particulier.  — A.  P. 


070  LE  VINGT-CINQVlÉME  LIVRE  , 


les  faudra  faire  cuire  en  quelque 
liqueur , puis  les  passer  et  mesler 
auecques  le  reste , ou  bien  si  elles  ont 
du  suc  , on  le  tire  après  les  auoir  pi- 
lées : et  se  sert-on  de  ce  suc  pour 
cuire  les  autres  choses  , et  les  fait-on 
du  tout  consommer,  n’y  laissant  rien 
que  sa  vertu  et  faculté,  comme  l’on 
peut  voir  en  l’emplastre  de  ianua  ou 
betonica  , et  gratia  dei  : ce  qu’on 
obserue  aussi  és  mucilages  : vray  est 
qu'à  cause  de  leur  viscosité  , ils  ne  se 
consomment  pas  tant  que  les  sucs. 
Quant  au  miel  et  huile,  il  en  demeure 
encore  beaucoup  , encore  que  l’em- 
plastre soit  parfait.  Et  quant  aux  sucs 
solides  et  endurcis  , comme  l’aloés  , 
l’hypocistis,  l’acacia,  et  autres  sem- 
blables, si  quelqu’vn  entre  en  lacom- 
posilion  de  l’emplastre , et  s’il  est 
encores  recent  et  frais , il  le  faudra 
seulement  dissoudre  et  deslremper  en 
quelque  liqueur  propre  en  nostre 
intention  , lequel  neantmoins  il  fau- 
dra faire  consommer  à force  de  cuire, 
auant  que  le  mesler  en  la  composi- 
tion : ou  bien  faire  cuire  toute  la  com- 
position iusques  à la  consomption 
de  l’humidité  des  sucs. 

Les  gommes,  comme  galbanum  , 
opopanax,  sagapenum,  ammonia- 
cum,  et  autres,  se  doiuent  dissoudre 
en  vin , vinaigre , eau  de  vie  , ou  au- 
tre liqueur  : puis  doiuent  eslre  cou- 
lées et  cuites  iusques  à la  consomp- 
tion desdites  liqueurs  et  consistence 
emplastique,  et  seront  mises  aux  em- 
plastres  ja  du  tout  cuitles.  Et  est  à 
noter  , que  pour  bien  auoir  la  quan- 
tité et  poids  des  gommes  , il  les  faut 
premièrement  dissoudre  et  couler,  et 
les  faire  cuire,  à cause  des  petits  es- 
clats  de  bois  et  autres  ordures  qui  s’y 
trouuent  le  plus  souuent.  D’auantage, 
le  Chirurgien  doit  auoir  esgard  en 
quelle  liqueur  il  les  fait  dissoudre  : 


car  le  vinaigre  fait  de  bon  vin  fort  e* 
puissant,  est  de  trop  plus  grande  ver- 
tu pour  subtilier  et  penetrer,  que 
celuy  qui  est  fait  de  petit  vin , brusc  , 
rude,  et  aspre. 

Les  autres  gommes  qui  sont  plus 
seiches  sont  mises  en  poudre , et 
meslées  à la  fin  des  emplastres  : les 
métalliques,  comme  œs  vslum , chalc'i- 
lis,  magnes , bolus  armenus,  sulphur, 
auri  pigmentum , et  les  autres  qui  se 
peuuent  pulueriser, doiuent  estre  mis 
à la  fin,  si  d’auenlure  on  ne  veut  ob- 
tondre  et  réfréner  leur  trop  grande 
force  par  longue  décoction.  Ainsi  est 
fait  des  résinés,  de  la  poix,  de  latere- 
benthine  , laquelle  doit  estre  mise 
après  la  cire,  sans  sentir  aucune  coc- 
tion,  ou  bien  petite  : les  graisses  sont 
meslées  sur  le  feu.  La  litharge  auec 
l’huile  doit  estre  cuitte  à consislence, 
si  l’on  veut  que  l’emplastre  desseiche 
sans  mordication.  La  cerusse  pourra 
bien  endurer  tant  longue  decotion  , 
mais  elle  ne  rendra  l’emplastre  blanc: 
tout  ne  plus  ne  moins  que  la  litharge 
d’argent  ne  donne  tant  belle  couleur 
aux  emplastres  que  la  litharge  d’or. 
Finablement  tel  ordre  garderas  en  la 
décoction  des  emplastres.  La  litharge 
sera  cuitte  à consislence,  les  jus  ou 
mucilages  ja  consumés  : puis  on  y 
adioustera  les  graisses  , en  après  les 
résinés  seiches , les  gommes,  la  cire  , 
la  terebenthine,  et  à la  fin  les  pou- 
dres. 

La  parfaite  coction  des  emplastres 
est  conneuë  par  la  consistance  crasse, 
dure,  glutineuseet  adhérante.  Ce  qui 
est  euident,  quand  en  prenant  quel- 
que portion  de  l’eniplastre  , icelle 
refroidie  , soit  par  l’air  ou  eau  froide, 
ou  marbre , elle  ne  vient  à adhérer 
aux  doigts  : d’auantage,  quand  tout 
est  bien  rneslé,  et  la  paste  et  l’emplas- 
tre  est  bonne  et  bien  amassée,  difficile 


DES  MEDICAMENS. 


5?1 


à rompre  et  mettre  en  morceaux. 

La  quantité  des  medicamens  que  l’on 
veut  mesler  pour  faire  emplastre  nese 
peut  descrire,  ains  est  estimée  par  vne 
coniecture  artificieuse,  ayant  esgard 
aux  medicamens  qui  donnent  consis- 
tence  et  glulinosité:  puis  à la  coclion 
parfaite  on  connoist  sil’emplastre  est 
trop  mol  ou  trop  dur.  La  cire  n’entre 
point  aux  emplastres  esquels  il  y a du 
ladanum  , car  il  sert  de  cire.  D’auan- 
tage , si  la  composition  d'vn  emplas- 
tre reçoit  quelques  medicamens  em- 
plastiques,  la  cire  sera  diminuée  : au 
contraire,  si  les  autres  sont  tous  li- 
quides , l’on  augmentera  la  cire  en 
telle  quantité  qu’elle  puisse  donner 
consistence  emplastique.  Le  temps 
aussi  et  l’air  varient  la  quantité  de  la 
cire , et  pourtant  sera  bon  laisser  la 
quantité  de  la  cire  au  iugement  de  l’o- 
perateur , escriuant  seulement , cerœ 
quantum  sufficit.  Des  onguens  on 
peut  faire  emplastres,  en  y adioustant 
ou  cire  ou  résinés  seiches,  ou  autre 
chose  dure  et  solide.  Aucuns  veulent 
que  pour  vne  poignée  des  medicamens 
grossement  puluerisés , on  y mette 
vne  once  ou  once  et  demie  d’huile  , 
ou  autre  liqueur  : mais  de  cecy  ne 
s’eu  peut  donner  precepte  certain, 
ains  tout  gist  en  l’examen  et  considé- 
ration des  emplastres  ja  composés  des 
anciens , esquels  se  faut  diligemment 
exercer,  pour  bien  entendre  la  ma- 
niéré d’ordonner  emplastres.  A ceste 
raison  nous  descrirons  les  plus  com- 
muns. 

Emplau.  de  V igo  cum  Mercurio. 

2f.  Olei  chamæmeli,  anethi,  de  spica,  lilio- 
rum  ana  § . ij. 

Olci  de  croco  g . j. 

Pinguedinis  porcin®  Ib.  j. 

Pinguedinis  vitulinæ  1b.  ft. 

Euphorbij  3.  y. 


Thuris  3.  x. 

Olei  laurini  5 . j.  fi  • 

Panas  viuentes  n.  vj. 

Pinguedinis  viper®  § . ij  fi. 

Lumbricorum  lotorum  in  vino  § . iij . fc . 

Succi  ebuli,  enulæ  ana  § . ij. 

Schœnanti , stœcados , matricariæ  ana 
m.  ij. 

Vini  odoriferi  1b.  ij. 

Lithargyri  auri  tt>.  j. 

Terebenlhin®  claræ  g . ij. 

Styracis  liquidæ  g.j.  fi. 

Argenti  viui  extincti. 

Fiat  cmplastrum. 

Pour  chacune  liure  d’ingrediens  , 
on  y met  iiij.  § . de  vif-argent,  et  sou- 
uentl’on  le  multiplie,  pour  eslre  la- 
dite emplastre  de  plus  grand  effet. 
Les  vers  doiuent  eslre  laués  auec  eau 
de  fontaine,  puis  auec  vn  peu  de  vin, 
à fin  de  leur  osier  toute  la  terre  qu’ils 
pourroient  auoir  : estant  ainsi  laués  , 
on  les  fera  tremper  au  vin  qui  entre 
en  ceste  composition  , et  les  grenouil- 
les toutes  viues  seront  adioustées  , et 
le  tout  boüilli  ensemble  iusques  à 
la  consomption  de  la  tierce  partie  : 
puis  sera  mise  l’herbe  appelée  matri- 
caria  incisée,  aussi  leschœnanthecon- 
tus,  et  le  stœchas,  et  de  rechef  on  fera 
cuire  le  tout  iusques  à la  consomption 
d’vne  liure.  Telle  décoction  sera  cuitte 
à perfection,  et  quelle  soit  claire:  puis 
sera  laissée  refroidir , puis  coulée  et 
gardée,  attendant  que  la  lilhargeaye 
esté  nourrie  l’espace  de  xij.  heures 
auec  huile  decamomille,  anelh,delis, 
de  saffran  , ensemble  les  axonges  de 
porc  , de  veau,  et  de  vipere  ( en  lieu 
de  l’axonge  de  vipere , on  prendra  de 
l’axonge  humaine),  laquelle  litharge 
ayant  esté  nourrie  , sera  cuitte  bien 
lentement  :'puis  osterez  le  tout  du 
feu,  et  adiousterez  vn  quarteron  de  la 
susdite  décoction  : en  après  sera  mise 
sus  le  feu  , à fin  que  l’humidité  en  soit 


^72  LE  VINGT-CINQVIÉME  LIVRE 


consommée  , et  continuerez  iusques 
à ce  qu’ayez  mis  toute  la  décoction  : 
et  notez  qu’vne  partie  de  l’huile  d’as- 
pic sera  gardée  pour  mettre  à la  fin 
de  ladite  décoction  , à fin  que  l’em- 
plastre  aye  meilleure  odeur.  Cela 
fait,  lors  adiouslerez  succos  ebuli  et 
enulœ  campanæ  , faisant  le  tout  cuire 
iusques  à leur  consomption  : puis 
l’ayant  osté  hors  du  feu  adiousterez 
le  thus , euphorbinm , et  de  la  cire 
blanche  tant  qu’il  en  sera  besoin  , 
puis  mettrez  l’argent  vifesteint  auec 
la  terebenthine  , et  huile  d’amandes 
ameres , et  le  styrax , l’huile  laurin  et 
despica,  en  remuant  tout  iusques  à 
ce  qu’il  soit  froid  : puis  en  ferez  mag- 
daleons.  Le  vif-argent  sera  incorporé, 
esteint , comme  dit  est , auec  l’em- 
plastre,  sur  le  marbre  auec  les  mains. 

Annotation  au  ieune  chirurgien, 
que  tous  les  onguens  ausquels  entre 
du  vif-argent,  on  le  doit  esteindre 
auec  vn  peu  d’axonge  ou  huile  vis- 
queuse, comme  de  lin  ou  tereben- 
thine, puis  après  l’incorporer  auec  le 
médicament,  estant  presque  du  tout 
refroidi  : autrement  il  s’euaporeroiten 
fumée,  ou  se  reüniroit  en  corps 
comme  deuant  qu’il  fust  esteint  : la- 
quelle chose  est  bien  à noter  princi- 
palement, comme  à l’emplastre  de 
de  Vigo  et  autres1. 

Ceratum  œsypi  ex  Philagrio. 

2f.  Croci  3.  ij.  fi . 

Bdellij,  masti.  ammoniaci,  aloes,  styrac. 
liquida;  ana  § . fi . 

Ceræ  albæ  1b.  fi. 

Terebent.  3.vj. 

Mcdullæ  cruris  vaccæ,  adipis  anseris  ana 
o • j- 

OEsypi,  vel  axung.  gall.  si  desit  g . ix. 

Olei  nard,  quantum  satis  ad  magdaleones 
formandos. 


Expressionis  scillæ  g.j.  û. 

Olibani  g . fi. 

Sepi  vitulini  3 . j. 

Vœsipus,  sepum,  adeps  et  medulla 
auec  la  cire , seroqt  fondus  ensemble  : 
et  estant  le  tout  refroidi , adiousterez 
l’ammoniac  dissout  en  vne  demie 
once  d’vne  décoction  faite  de  fœnu- 
grec  et  de  camomille,  et  en  vne  once 
et  demie  de  suc  de  scille,  faisant  con- 
sommer l’humidité  : puis  mettrez  le 
styrax  et  terebenthine,  et  remuant 
tousiours , lors  adiousterez  le  bdel- 
lium,  origan,  mastic,  aloé,  mis  en 
poudre  : le  tout  estant  bien  incorporé 
auec  huile  de  nardinum,  en  formerez 
magdaleons. 

Emplaslrum  de  gralia  dei. 

‘2f.  Tereben.  Q>.  fi . 

Resinæ  D> . j. 

Ceræ  albæ  g . iiij. 

Mast.  g.j. 

Fol.  verb.  bet.  pimpin.ana  m.  j. 

Les  herbes  verdes,  et  principale- 
ment leurs  sommités,  seront  hachées 
et  broyées  en  vn  mortier  de  marbre , 
puis  seront  cuittes  en  bon  vin  rouge 
et  odoriférant , iusques  à la  consomp- 
tion de  la  tierce  partie , et  en  la  cola- 
ture  adiousterez  votre  cire  taillée  en 
petits  morceaux  pour  la  faire  fondre  : 
et  l’humidité  consommée , mettrez  la 
résiné,  et  le  tout  estant  réfrigéré, 
adiousterez  le  mastic  bien  puluerisé, 
le  malaxant  entre  vos  mains  pour  le 
mieux  incorporer. 

Emplast.  de  ianuu,  s eu  de  betonica. 

y.  Succi  béton,  plantag.  apij  ana  1b.  j. 

Ceræ,  picis,  resinæ,  terebenth.  ana  tb.  fi 
Fiat  emplast. 


i1 


1 Cette  annotation  a été  ajoutée  en  1370. 


Les  sucs  seront  mis  auec  la  cire 


DES  MEDiCAMEMS. 


pour  la  liquéfier  et  fondre,  lesquels 
seront  consommés  iusques  à la  con- 
somption de  trois  parties,  puis  adious- 
terez  la  résiné , poix , lesquels  estons 
fondus  seront  passés  tous  chauds, 
adioustant  puis  après  la  terebenlhine, 
après  en  seront  faits  magdaleons. 

Emplasir.  oxycroceum. 

"if.  Croci,  picis  communis  (ou plustost  naua- 
Iis,  laquelle  à la  vérité  semble  plus  propre 
en  ce  cas,  de  tant  que  tel  onguent  est  pré- 
paré pour  amollir,  discuter  et  euoquer  la 
douleur  des  iointur  es)  colopb.  ceræ  ana 
5 • fi- 

Terebenlh.  galb.  ammon.  thuris,  myr- 
rhæ,  mastic,  ana  3.  v.  £> . 

\ ous  ferez  lentement  fondre  la  cire, 
adioustant  la  poix  et  colophane , 
puis  mettrez  vos  gommes  dissoutes 
comme  il  appartient , et  meslées  auec 
la  terebenthine  : et  le  tout  estant  osté 
du  feu,  mettrez  le  thus  et  la  myrrhe 
l’vn  après  l’autre , et  sus  la  fin  le  saf- 
fran  bien  puluerisé  : puis  en  formerez 
magdaleons  auec  huile  de  vers. 

Emplastrum  de  cerussa. 

"if.  Olei  communis  tb.  ij. 

Cerussæ  subtiliss.  tb.  j. 

Si  tu  veux  faire  ton  emplaslre  plus 
blanche , ne  faut  mettre  que  5 . ix. 
d’huile.  Vous  ferez  cuire  votre  em- 
plaslre petit  à petit , mettant  tout  en- 
semble, en  remuant  iusques  à ce  qu’il 
aye  consistence  d’emplastre. 

Emplastrum  iriapharmacum  ou  nigrum. 

X.  Litbarg.  triti,  aceti  fortissimi  ana  1b.  fi . 
Olei  antiqui  1b.  j. 

Fiat  emplastrum. 

^ La  litharge  sera  nourrie  auec  l’huile 
l’espace  de  ix.  heures,  la  faisant  cuire 
à petit  feu,  iusques  à ce  qu’il  soit  es- 


573 

pais,  puis  adiousterez  vostre  vinaigre 
petit  à petit , vous  donnant  de  garde 
qu’il  ne  se  brusle , et  ferez  tout  boüil- 
hr  iusques  à la  consomption  d’iceluy 
vinaigre.  Icelle  empiastre  est  dite 
iriapharmacum , à raison  qu  elle  est 
composée  de  trois  simples. 

Emplastrum  palmeum  siue  diachalciteos. 
if.  Olei  veteris  1b.  Hj. 

Axungiæ  veteris  sine  sale  1b.  ij. 
Lilhargyri  triti  Ib.iij. 

Vitrioli  g.  iiij. 

L huile  et  la  litharge  seront  mises 
ensemble, à fin  de  la  nourrir,  l’espace 
de  xij.  heures,  puis  sera  cuitte  ayant 
quelque  consistence,  adioustant  l’a- 
xonge  : et  faut  lousiours  remuer  auec 
vne  spatule  de  palme , ou  en  lieu  d’i- 
celle auec  vne  racine  de  canne  ou 
baston  de  saulx  : et  estant  cuitte  à 
pet fection , et  osteedu  feu,  adiouste- 
rez votre  vitriol  bien  puluerisé. 

Emplastrum  contra  rupturam. 

'if.  Picis  naualis,  alocs  ana  5 . iij. 

Litbargyri,  ceræ,  colophoniæ,  galbani, 
ammoniaci  ana  5 . ij. 

Visci  quercini  § . vj. 

Gypsi  vsti,  vtriusque  aristolocbiæ  ana 
§•  iüj.  ' 

Myrrhæ,  thuris  ana  § . vj. 

Terebenthinæ  §.ij. 

Pulueris  vermium  terrestrium,  gallarum 
vtriusque  consolida;,  boli  armeniæ  ana 
5 -'iij. 

Sanguinis  humani  tb.  j. 

Fiat  emplastrum. 

Lequel  si  vous  voulez  faire  de  bonne 
consistence , adiousterez  olei  myrtil- 
lorum,  vel  mastiches  tb.  û.,  sinon  que 
tel  après  sa  composition  sera  d’vne 
mauuaise  pasle.  Le  moyen  de  bien 
faire  cest  emplaslre  est  tel. 

Prenez  vne  peau  enlicre  d’vn  bc- 


I 


LE  VINGT-C1NQVJÉME  LIVRE  , 


574 

lier,  laquelle  couperez  en  petits  mor- 
ceaux, et  sera  cuitte  en  cent  liures 
d’eau  et  vinaigre , iusques  à ce  qu’elle 
soit  rendue  comme  vne  colle  ou  ge- 
lée : en  laquelle  dissouldrez  viscus 
quercinum,  adioustant  la  cire,  taillée 
en  petites  pièces , ensemble  la  poix 
rompue  en  petits  morceaux  : et  si 
voulez  adiouster  de  l’huile,  le  fe- 
rez : puis  adiousterez  le  galbanum  , 
ammoniac  dissout  en  vinaigre , puis 
meslés  auecques  la  terebenthine  : en 
après  seront  incorporés  la  litharge , 
gypsum,  le  bol,  l’aristoloche  et  la 
consoulde , les  vers  et  le  sang , et  sus 
la  fin  la  myrrhe,  le  thus,  colophone, 
et  l’aloés , sans  faire  aucune  interposi- 
tion de  remuer  : puis  à fin  que  le  tout 
soit  mieux  incorporé,  on  battra  long 
temps  l’emplastre  en  vn  mortier,  auec 
vn  pilon  chaud. 

Emplast.  de  mucaginibus. 

Of.  Mucag.  seminis  fini  radicum  althææ,  fœ- 
nugræci  et  mediani  corlicis  vlmi  ana 
o-iüj- 

Olci  liliacei , camomelini , auelhini  ana 
5-  j-  fi. 

Araraoniaci,  opopanacis,  sagapeni  ana 

g.  fi. 

Croci  5.  ij. 

Ceræ  nouæ  Ih.j.  g.  viîj. 

Terebenthinæ  g.  ij. 

Fiat  emplastrum. 

Feruel  ne  dose  la  cire  que  iusques  à 
xx.  drachmes,  voulant  au  reste  la 
dose  des  autres  ingrediens  estre  sem- 
blable à celle  qui  est  icy  ordonnée. 
Les  mucilages  et  la  cire  coupée  en 
petits  morceaux,  seront  mises  auec 
les  huiles , et  seront  consommées  en 
remuant  auec  vne  spatule  de  bois  : 
puis  seront  adioustées  les  gommes 
dissoutes  et  meslées  auec  la  tere- 
benthine, puis  après  mettrez  le  saffran 
bien  puluerisé. 


Emplasl.  de  minio. 

il.  Olei  rosati , myrt.  vnguenti  popul.  ana 
g.iiij. 

Pingued.  gall.  g.  ij. 

Sepi  castrati,  sepi  vaccini  ana  5 . vj. 
Pingued.  porcinæ  g . x. 

Cerussæ  ^ . iiij. 

Minij.  g . i i j . 

Terebent.  g . iiij. 

Ceræ  quant,  satis  si  opus  fuerit. 

Fiat  emplastrum  vel  ceratum  molle. 

La  litharge,  ceruse,  et  minium 
chacun  à part,  seront  réduits  en 
poudre  sur  le  marbre,  les  arrousant 
d’vn  peu  d’eau  rose , à fin  que  le  plus 
subtil  ne  s’euapore  : puis  seront  in- 
corporés auec  l’huile  rosat , myrtil , 
les  mettant  sus  le  petit  feu  , iusques  à 
ce  qu’ils  ayent  acquis  la  consistence 
de  miel. Cela  fait,  adiousterez  les  axon- 
ges,  et  la  ferez  cuire  iusques  à ce 
qu’elle  deuienne  noire  : lors  subit 
mettrez  le  sepum  castratum  et  vac- 
cinum , lesquels  estans  fondus,  oste- 
rez  le  tout  du  feu , adioustant  l’w- 
guentum  popubconis,  et  s’il  y a besoin 
de  cire  en  adiousterez , puis  formerez 
vos  magdaleons. 

Diachylon  magnum. 

If.  Lilhargyri  puri  et  puluerisati  §.  xij. 
Olei  irini,  aneth.  chamæmeüni  ana  g . 
viij. 

Mucilaginis  seminis  fini,  fœnugræei  et 
radicis  althææ,  et  Dcuum  pinguiumct 
vuarum  passarum,  succi  ireos  et scillæ, 
œsypi,  ichthyocollæ  ana  5.  xij  G. 
Terebenth.  § . iij. 

Resinæ  pini,  ceræ  flauæ  ana  g . ij. 

Fiat  emplastrum. 

La  litharge  doit  estre  nourrie  auec 
l’huile  auant  que  la  mettre  sur  le 
feu,  puis  estre  cuitte  à petit  feu , ius- 
ques à ce  qu’elle  deuienne  espaisse  : 
après  faut  mettre  petit  à petit  les  mu- 


DES  MEDICAMENS. 


cilages  iusques  à la  consomption  : 
après  les  jus  de  scille  et  iris  soyent 
meslés  auec  ledit  emplastre , aussi  le 
mucilage  de  ichthyocolla  : et  iceux 
estans  consumés,  faut  faire  fondre 
la  cire  et  la  résiné  , et  hors  le  feu  soit 
mise  la  terebenthine  et  œsypus. 

L’vsage  des  emplastres  est  à fin 
que  plus  de  temps  ils  puissent  demeu- 
rer su  r les  parties  où  ils  sont  appliqués, 
et  que  leur  vertu  ne  puisse  si  lost  ex- 
haler , ioint  aussi  que  l’on  les  peut 
garder  long  temps. 


CHAPITRE  XXVIII. 

DES  CATAPLASMES  ET  PVLTES. 

Les  cataplasmes  ont  grande  simili- 
tude auec  les  emplastres  dits  impro- 
prement , à cause  qu’ils  peuuent  estre 
estendus  sur  linges  ou  esloupes  , et 
adhérer  aux  parties  comme  emplas- 
tres  : ils  sont  faits  de  racines,  fueilles, 
fruits,  fleurs,  semences  des  herbes, 
jus  d'icelles,  huiles,  axonges,  moel- 
les, farines,  résinés  : desquelles  vns 
sont  cuits , les  autres  cruds.  Ceux  qui 
sont  cuits,  sont  faits  desdites  herbes 
cuittes  à pourriture,  puis  passées  par 
vn  sasset , en  y adioustant  de  l'huile 
ou  axonge.  Les  cruds  sont  faits  des 
herbes  pilées,  ou  jus  d’icelles,  meslées 
auec  huile  , farine , et  autre  poudre 
accommodée  ou  à la  maladie  ou  à la 
partie , selon  l’intention  du  composi- 
teur. La  quantité  des  medicameusin- 
grediens  n’est  point  déterminée,  ains 
est  laissée  au  iugement  et  estimation 
des  simples  que  l’on  veut  mesler  en 
vne  consistence  molle  et  espaisse,  la- 
quelle doit  estre  visqueuse,  si  nous 
voulons  maturer,  et  au  contraire,  si 
nous  voulons  digerer.  La  chose  sera 


676 

manifeste  des  exemples  lesquels  nous 
mettrons,  après  auoir  descrit  leur 
vsage. 

Nous  vsons  des  cataplasmes  en  la 
curation  des  maladies  pour  appaiser 
douleur,  cuire  et  digerer  tumeurs 
contre  nature,  résoudre  ventosités. 
Ils  doiuent  estre  chauds  modérément, 
et  de  parties  subtiles , à fin  que  mé- 
diocrement ils  attirent.  L’vsage  d’i- 
ceux  est  suspect  et  dangereux  où  le 
corps  n’est  pas  purgé , à cause  qu’ils 
attirent  à la  partie  ja  affectée  : aussi 
ne  faut  vser  d’iceux  quand  la  ma- 
tière que  l’on  veut  digerer  est  grosse 
et  terrestre  , car  ils  resoudroient  le 
subtil,  et  laisseroient  le  gros1  : sinon 
en  cas  que  lesdits  cataplasmes  fussent 
meslés  de  choses  non  seulement  dis- 
culientes , mais  aussi  resoluenles. 

Exemple  d’vn  cataplasme  anodyn. 
if.  Medullæ  panis  1b.  G. 

Decoquatur  in  lacté  pingui,  cui  adde  : 

Olei  camomillæ  § . G. 

Axungiæ  gallinæ  § . j. 

Fiat  cataplasma. 

Exemple  d’vn  maturatif. 

‘if.  Radicis  altbææ  § . iij. 

Foliorum  maluæ,  senecionis  ana  rn.j. 
Seminis  lini,  fœnugræci  ana  5.  ij. 

Ficus  pingues  numéro  vj. 

Decoquanlur  in  aqua,  et  per  setaceum  trans- 
mittantur,  addendo: 

Olei  liliorum  § . j. 

Farinæ  hordei  § . ij. 

Axungiæ  porcinæ  §.j.  G. 

Fiat  cataplasma. 

Autre  exemple  d’vu  résolutif. 

"if.  Farinæ  fabarum  et  orobi  ana  § . ij. 

1 Ici  finissait  ce  paragraphe  en  1675;  le 
reste  est  de  1579. 


LF.  VINGT  CINQVIÉME  LIVRE  , 


076 

Pulueris  camomillæ  et  ineliloti  ana  o.  iij. 
Oiei  i ri  ni  et  amygdalarum  amararum 
ana  § . j. 

Succi  rutæ  5 . G . 

Fiat  cataplasma. 

Les  pultes  ne  different  des  cata- 
plasmes, sinon  à raison  qu’elles  sont 
faites  des  farines  cuiltes  en  huile  et 
eau  , ou  miel , ou  beurre,  ou  axonge. 
L’on  fait  pultes,  pour  la  maturation 
des  tumeurs  contre  nature , de  farine 
d’orge,  ou  de  froment,  et  de  laict 
ferré,  principalement  aux  affections 
des  parties  internes  : ou  pour  dessei- 
cher  et  astreindre,  et  lors  sont  faites 
de  farine  de  ris,  ou  de  lentilles,  ou 
d’orobus,  auec  vinaigre  : ou  pour 
mondifier , et  en  tel  cas  sont  faites  de 
miel , farines  de  feues  , de  lupins  : en 
y adioustant  de  l’huile  vieille,  ou  au- 
tre huile  chaude,  les  ferez  resoluti- 
ues.  D’auantage  l’on  fait  pultes  pour 
appaiser  douleur,  et  lors  sont  faites 
de  laict.  Les  exemples  feront  le  tout 
manifeste. 

Exemple  d’vne  ptilte  maturatiue. 

If.  Farinæ  Iritici  § . ij. 

Micæ  panis  purissimi  5.  iij. 
Decoquantur  in  lacté,  et  fiat  pulticula. 

Vne  mondificatiue  et  resoluente  est  faite  ainsi  ' : 

"if.  Farinæ  hordei  et  fabarum  ana  § . ij. 

Farinæ  orobi  § . iij. 

Decoquantur  in  hydromelile,  addendo: 
Mellis  quart,  j. 

Olei  amygd.  amararum  5.  ij. 

Fiat  pulticula. 

Nous  vsons  des  pultes  au  commen- 
cement des  maladies,  aux  douleurs 

■ Je  reproduis  cette  courte  phrase  d’après 
l’édition  de  1575;  elle  avait  été  effacée,  sans 
doute  par  erreur,  dès  1579. 


et  maturations  des  tumeurs  contre 
nature  eslans  tant  és  parties  internes 
qu’externes.  Quelquesfois  nous  vsons 
d’icelles  pour  tuer  et  occire  les  vers  : 
et  telles  sont  faites  de  farine  de  lu- 
pins cuitte  en  vinaigre  et  en  fiel  de 
bœuf,  et  décoction  d’absinthe,  et  gé- 
néralement toutes  choses  ameres. 


CHAPITRE  XXIX. 

DES  FOMENTATIONS. 

Fomentation  est  vne  euaporation 
ou  estuuement,  faite  principalement 
pour  amollir , relaxer  et  appaiser 
douleur,  des  medicamens  relaxans, 
emolliens  et  anodyns,  à fin  que  par 
sa  chaleur  elle  puisse  incontinent  es- 
chauffer,  digerer  et  maturer.  Icelle 
est  seiche  ou  humide.  La  seiche  ne 
différé  point  des  sachets,  desquels 
nous  dirons  cy-aprés  : partant  icy 
nous  n’en  dirons  rien , mais  seulement 
traiterons  de  l’humide,  laquelle  est 
faite  de  mesme  matière  que  l’embro- 
cation , sçauoir  est,  d’herbes,  raci- 
nes , semences , fleurs  emollientes  , 
relaxantes  et  digerentes,  cuittes  en 
eau  et  vin  : et  différé  seulement  de 
ladite  embrocation,  quant  à la  ma- 
niéré d’appliquer.  Les  racines  de  gui- 
mauues,  mauues,  de  lis.  Les  semen- 
ces de  mauues,  guimauues,  persil , 
ache , de  lin  , fœnugrec.  Les  fleurs  de 
camomille  et  melilot,  figues.  Lesquel- 
les choses  sont  mises  en  telle  quantité 
qu’il  conuient , et  sont  cuittes  en  eau, 
vin  ou  lexiue,  en  plus  grande  quantité 
ou  moyenne , selon  que  la  partie  et 
maladie  le  requiert  : aucunesfois  ius- 
ques  à la  consomption  de  la  moitié, 
quelquesfois  iusques  à la  troisième 
partie,  ce  que  connoistras  par  les 
exemples. 


DES  MED1CAMENS. 


Fomentation  emolliente  et  resoluente. 

If..  Radicis  bismaluæ  et  liliorum  ana  § . ij’ 
Sem.  Uni , fœnugr.  cumini  ana  3.  iij. 

Flor.  camom.  meliloli  et  anethi  ana  p.  j. 
Summitatum  origani  m.  fi. 

Decoquant.  in  æquis  partibusaquæ  et  vini, 
aut  ij.  partibus  aquæ  et  vna  vini,  aut 
in  lixiuio  ciueris  sarmcntorum,  ad  ter- 
tiæ  partis  consumptionem,  et  fiat  fotus. 

A ceste  exemple  pourras  escrire 
autres  fomentations  à autre  vsage, 
selon  ta  nécessité. 

Or  nous  vsons  des  fomentations 
auant  qu’vser  des  cataplasmes  ou  on- 
guens,  à fin  d’ouurir  les  pores,  re- 
laxer les  parties,  et  subtilier  l’humeur, 
de  sorte  que  la  voye  soit  préparée 
aux  autres  remedes.  Elles  sont  faites 
en  toutes  parties  du  corps  : mais  ne 
faut  vser  d’icelles  sinon  après  la  pur- 
gation du  corps,  de  peur  qu’elles  n’at- 
tirent d’auantage  d’humeur  et  sang 
à soy,  qu’elles  ne  puissent  digerer. 

L’application  et  maniéré  d’vser  des- 
dites fomentations  est  telle.  Aucunes- 
fois  l’on  trempe  yne  esponge  femelle 
( car  telle  est  plus  lice  et  douce  pour 
son  égalité  que  l’esponge  masle  ) en 
ladite  décoction  chaude,  ou  feultres , 
ou  linge  , puis  est  espreinte  et  appli- 
quée iusques  à ce  qu’elle  est  refroi- 
die , et  de  rechef  est  trempée , et  sou- 
uentesfois  appliquée.  Aucunesfois 
l’on  emplit  à demy  de  la  fomen- 
tation chaude  vne  vessie  (laquelle 
principalement  est  appliquée  aux  cos- 
tés)  ou  vne  bouteille,  à fin  que  la 
chaleur  soit  gardée  plus  longuement 
en  la  partie  : auec  telle  caution  tou- 
tesfois , que  telle  bouteille , soit  d’ai- 
rain ou  de  terre,  soit  enueloppée  de 
quelque  chose  molle  et  douce,  comme 
laine  surge  1 cardée , ou  autre  sem- 

1 Laine  surge  ; le  latin  traduit  : lana  succida. 


577 

| blable  matière,  de  sorte  que  ledit 
| vaisseau  , ny  de  sa  grauité,ny  de  son 
asperilé  n’offense  la  partie  dolente  , 
comme  admoneste  Hippocrates  au  2. 
De  diœta  in  aculis. 


CHAPITRE  XXX. 

DES  EMBROCATIONS. 

Embrocation  selon  les  Grecs,  ou 
irrigation  selon  les  Latins , est  vn  ar- 
rousement,  quand  d’en  haut  à la  si- 
militude de  la  pluye  l’on  laisse  dis- 
tiller quelque  décoction  sur  quelque 
partie,  principalement  aux  affections 
de  la  teste,  enuiron  la  suture  coro- 
nale,  tant  pource  que  par  les  ouuer- 
lures  manifestes  de  telle  suture , la 
vertu  du  médicament  est  portée  plus 
aisément  au  dedans , qu’aussi  pource 
que  le  crâne  enuiron  ce  quartier  est 
plus  mince  qu’en  aucun  autre  en- 
droit. 

La  décoction  conuenable  à faire 
embrocation  , est  faite  de  racines  , 
fueilles,  fleurs,  semences,  fruits,  et 
autres  semblables  medicamens  choisis 
selon  nos  intentions,  lesquels  sont 
cuits  en  liure  et  demie,  ou  en  deux 
liures  d’eau  et  de  vin,  iusques  à la 
consomption  de  la  moitié  ou  de  la 
tierce  partie.  Aucunesfois  on  fait  em- 
brocations de  lexiues  et  saulmures 
desseichanles,  pour  les  maladies  froi- 
des du  cerueau  : souuentesfois  aussi 
elles  sont  faites  d’huile  seule,  ou  de 
vinaigre  auec  huile , si  c’est  pour  la 
teste  : vn  exemple  seul  suffira  pour 
t’en  donner  la  connoissance. 

Embrocation  repercussiue. 

If.  Foliorum  planlaginis  et  solani  ana  m.  j. 

Seminum  portulacæ  etcucurbi  tæ  ana  3.  ij . 

3 7 


.*>70  LE  VINGT-CINQVIÉME  LIVRE 


Myrlillorum  5.  j. 

Florum  nymphææ  et  rosarum  ana  p.  fi . 
Fiat  decoctio  ad  1b.  j.  ex  qua  inigetur 
pars  inflammata. 

Pour  repercuter  aussi  pourra  estre 
faite  embrocation  d’huile  rosat  auec 
vinaigre. 

Nous  vsons  des  embrocations , à fin 
que  la  partie  la  plus  subtile  puisse 
penetrer  auec  l’air  qui  est  attiré  par 
les  arteres 1 : au  moyen  de  quoy  la  par- 
tie est  euenlilée  et  aucunement  ra- 
fraîchie , qui  est  cause  que  telles  em- 
brocations ont  plus  de  lieu  aux  mala- 
dies froides  que  chaudes.  La  maniéré 
d’en  vser  est  quand,  ou  par  la  crainte 
de  flux  de  sang,  ou  pour  vn  os  rompu 
nous  ne  voulons  de  faire  la  ligature, 
ains  espreignons  de  haut  vn  linge  ou 
du  cotton  trempé  en  décoction  ou 
huile  conuenable  à noslre  propos , 
sur  la  ligature  : car  le  coup  est  rompu 
par  les  bandes.  Aucunesfois  nous  im- 
bibons le  linge  ou  cotton , et  en  tou- 
chant la  partie  nous  faisons  embro- 
cation. Toutesfois  pour  en  parler  à la 
vérité,  telle  chose  mérité  pluslost  le 
nom  de  fomentation  humide  que 
d’embrocation,  comme  l’etymologie 
du  mot  grec  le  monstre  euidemment. 


CHAPITRE  XXXI. 

DES  EPITHEMES. 

Epitheme  est  vne  composition  ap- 
propriée seulement  aux  parties  no- 
bles des  deux  ventres  inferieurs,  sem- 
blable à fomentation,  et  peu  diffe- 
rente d’embrocation.  Les  praticiens 
l’appellent  Humectation  oulrrigation, 
laquelle  est  faite  des  eaux , ou  jus  et 

i Galien  aux  Hures  des  Simples.  — A.  P. 


poudres  appropriées  au  foye , au 
cœur  et  au  thorax,  ausquelles  on 
adiouste  du  vin  plus  ou  moins,  selon 
que  l’affection  froide  ou  chaude  le 
requiert.  Car  lors  qu’il  faut  eschauf- 
fer,  on  adiouste  d’auantage  de  vin, 
comme  en  la  syncope  prouenante  de 
quelque  grumeau  de  sang,  de  cor- 
ruption de  sperme,  de  venin  froid  pris 
par  la  bouche  ( le  contraire  se  doit 
pratiquer  és  fiéures  ) aucunesfois  de 
la  maluoisie,  aucunesfois  du  vinai- 
gre. Les  herbes  et  autres  medicamens 
simples,  conuenables  aux  parties  in- 
ternes, ont  esté  descrits  au  chapitre 
de  la  quatrième  faculté  des  medica- 
mens : on  vse  toutesfois  le  plus  sou- 
uent  des  poudres  d’electuaires  compo- 
sés , comme  d ’clectuarium  triasantali 
pour  le  foye,  diamarguriti  pour  le 
cœur. 

En  la  composition  des  epithemes , 
les  ' praticiens  vsent  de  telle  propor- 
tion : pour  vne  liure  de  jus  et  eaux, 
ils  mettent  vne  once  ou  vne  once  et 
demie  des  poudres,  y adioustant 
quelquesfois  du  vinaigre  iusques  à 
demie  once , et  de  la  maluoisie  ou  vin 
iusques  à vne  once  : ce  que  connois- 
tras  par  vn  exemple  suiuant. 

Epitheme  pour  le  cœur. 

2f.  Aquæ  rosarum,  buglossm  et  borraginls 
ana  §.iij. 

Succi  scabiosæ  g . ij. 

Pulueris  electuarij , diamargariti  frigid. 

5.  ij. 

Corticis  ci  tri  sicci  3.  j. 

Coralli,  rasuræ  eboris  ana  3.  fi. 

Seminis  citri  et  card.  benedicti  ana  3. 
ij.  fi. 

Crocietmoschi  ana  g.  v. 

Addendo  vini  albi  g.  j.  fiat  epilhema  pro 
corde. 

Nous  vsons  d’iceux,  tant  pour  le 


DES  MEDÏCA.MENS. 


foye  que  pour  le  cœur,  et  tout  le  tho- 
rax, és  fiéures  hectiques,  ardentes: 
esquelles  fiéures  hectiquesetardentes 
plus  opportunément  sont  apposés  les 
epithemes  sur  le  thorax  et  région  des 
poulinons,  que  sur  le  cœur  : car  les 
poulmons  ainsi  réfrigérés,  eschauf- 
fent  moins  l’air  attiré  : et  faut  que 
tels  epithemes  soyent  composés  de 
choses  humides  et  froides,  pour  par 
icelles  contemperer  l’ardeur  de  la 
fiéure  (qui  desseiche  par  trop  le  corps) 
à fin  de  refrigerer,  ou  eschauffer,  ou 
conforter  lesdites  parties.  Aucunes- 
fois  nous  en  vsons  pour  garder  et 
preseruer  le  cœur  des  exhalations 
veneneuses , esleuées  de  quelque  par- 
tie , comme  gangrenés , sphaceles,  et 
mortifications. 

La  maniéré  d’appliquer  tels  epithe- 
mes , est  de  tremper  et  moüiller  sou- 
uent  linge  délié,  ou  cotton,  ou  san- 
tal , principalement  quand  c’est  pour 
le  cœur,  et  l’epithemer  assez  chaud, 
et  en  estuuer  les  parties.  Tels  remedes, 
comme  tous  les  autres  topiques,  ne 
sont  appliqués  sinon  après  les  choses 
vniuerselles  faites. 


CHAPITRE  XXXII. 

DES  RVPTOIRES  OV  CAVTERES 
POTENTIELS. 

Ruptoire  est  un  cautere  potentiel, 
lequel  par  sa  vertu  caustique  brusle 
et  fait  eschare.  On  les  applique  pour 
faire  ouuerture  à quelque  partie, 
comme  pour  faire  vacuation , deriua- 
tion , reuulsion  , et  attraction  des  hu- 
meurs. D’auantage  seruent  aux  pi- 
queures  et  morsures  des  bestes  veni- 
meuses, et  aux  apostemesveneriques, 
et  bubons , et  charbons  pestilentiels , 


579 

s’il  n’y  a grande  inflammation  , parce 
que  l’ouuerture  faite  par  iceux  est 
beaucoup  à louer  (ainsi  que  i’ay  es- 
crit  au  traité  de  la  Peste),  d’autant 
qu’ils  obtondent  et  attirent  le  venin 
du  profond  à la  superficie,  et  donnent 
ample  issue  à la  matière  coniointe  : 
semblablement  sont  fort  propres  aux 
apostemes  pituiteuses  et  phlegmati- 
ques , pource  que  par  leur  chaleur  ils 
aident  à cuire  l’humeur  froid  et  crud, 
malaisé  à suppurer,  et  aux  autres 
apostemes  où  il  y a crainte  de  flux 
de  sang  : à couper  les  veines  vari- 
queuses, et  pareillement  à consom- 
mer chairs  superflues  et  pourries 
trouuées  dedans  les  loupes,  et  faire 
cheoir  les  bords  calleux  des  vlceres, 
et  autres  choses  qui  seroient  longues 
à reciter. 

Or  les  matières  desdils  cautères, 
sont  calx  viua  *,  cendre  de  chesne , de 
grauelée,  tilhymal,  pommelée,  de 
figuier,  de  tronc  de  choux , de  féues, 
de  serment  de  vigne , et  autres  sem- 
blables : pa  reillement  des  sels,  comme 
ammoniac,  alkali,  axungia  vitri  ni- 
gra2,  sal  nitrum,  vitriol  romain,  et 
autres  semblables.  Et  de  toutes  ces 
choses  on  fait  vn  sel  qui  sera  fort  cor- 
rosif, selon  la  quantité  et  qualité  des 
choses  dont  ils  seront  composés , le- 
quel par  sa  chaleur  est  caustique, 
faisant  eschare  et  crouste  comme  vn 
fer  ou  charbon  ardent,  et  partant  fait 
ouuerture  en  consommant  et  érodant 
le  cuir  et  la  chair  où  on  les  applique. 

Exemple  de  faire  cautères  potentiels. 

Prenez  chaux  viue  trois  liures,  la- 

1 Ces  mots  calx  viua  n’ont  été  ajoutés  que 
dans  la  première  édition  posthume. 

2 Encore  un  mot  ajouté  dans  la  première 
édition  posthume;  auparavant  on  lisait 
seulement,  axungia  vitri. 


58o  LE  VINGT-C1NQVIÈME  LIVRE 


quelle  sera  esteinte  en  vn  seau  de 
lexiuc  de  Barbier  : et  après  que  ladite 
lexiue  sera  rassise,  on  la  coulera  , et 
dedans  icelle  on  mettra  sein  de  verre, 
et  cendre  de  grauelée , de  chacun 
deuxliures,  sel  nilre  et  sel  ammo- 
niac, de  chacun  quatre  onces  : les- 
dites  choses  se  doiuent  pulueriser 
grossement,  puis  il  les  faut  faire  vn 
peu  hoüillir,  et  les  laisser  infuser  par 
l’espace  d’vn  iour  et  vne  nuit,  en 
les  remuant  par  plusieurs  fois  : puis 
faut  passer  lesdites  choses  par  dedans 
vue  grosse  toile  en  double  *,  à fin  que 
nulle  chose  terrestre  y soit  adiouslée  : 
et  estant  ce  capitel  clair,  comme  pure 
eau,  sera  posé  en  vn  vaisseau  de 
cuiure,  comme  vn  bassin  à Barbier  : 
puis  on  le  fera  hoüillir  promptement 
etauec  grande  flamme  en  le  remuant 
tousiours,  pour  garder  que  le  sel 
n’adhere  contre  le  bassin.  Et  lors 
que  ledit  capitel  sera  consommé  à 
moitié,  il  y faut  ietter  du  vitriol  en 
poudre  deux  onces  (à  fin  que  les  es- 
chares tombent  plustost)  et  laisser  le 
bassin  sur  le  feu  iusqucsâceque  toute 
l’humidité  soit  presque  consommée  : 
alors  faut  tailler  la  terrestrité  ou 
sel  qui  se  fait  du  capitel , et  en  former 
les  cautères  gros  et  petits,  longs, 
ronds , quarrés , et  de  telle  figure  que 
voudras , auec  quelque  instrument  de 
fer  chaud  et  non  froid,  comme  d’vue 
spatule  ou  autre  semblable,  et  les 
faut  tousiours  tenir  sur  le  feu,  ius- 
ques  à ce  que  l’humidité  soit  con- 
sommée : puis  mettras  lesditstrochis- 
ques  ou  cautères  dedans  vne  phiole 
de  verre , et  sera  bien  estoupée , en 
sorte  que  nul  air  n’y  puisse  entrer  : 
puis  en  vseras  à ta  commodité. 

1 Edition  de  1575  : Par  dedans  vn  charrier 

doulle,  ou  autre  toile. 


Autres  cautères  *. 

Prenez  vn  fagot  de  troncs  de  féues 
auec  les  cosses 1  2,  et  deux  fagots  de 
troncs  de  choux,  quatre  iauelles  de 
serment  de  vigne,  et  en  faites  cendres, 
lesquelles  mettrez  en  vn  seau  d’eau 
de  riuiere,  et  laisserez  infuser  par 
l’espace  d’vn  iour  et  vnenuict,les 
remuant  souuent  : puis  après  adious- 
terez  bonne  chaux  viue  deux  liures, 
sein  de  verre  demie  liure , cendre  de 
grauelée  deux  liures,  sel  nitre  quatre 
onces:  le  tout  sera  mis  en  poudre,  et 
les  laisserez  encore  infuser  deux  ou 
trois  iours,  en  les  remuant  par  plu- 
sieurs fois:  puis  on  passera  le  capitel 
par  vne  toile  en  double,  ou  en  vne 
chausse  d’hippocras,  tant  que  lecapitel 
soit  fort  clair,  et  le  ferez  consommer 
sur  le  feu,  comme  il  a esté  dit  : et  sur 
la  fin  qiic  verrez  l’humidité  presque 
consommée,  vous  adiousterez  deux 
ou  trois  onces  de  vitriol,  et  les  tien- 
drez tousiours  sur  le  feu , iusques  à ce 
que  peu  d’humidité  apparoisse  : puis 
formerez  tels  cautères  de  telle  gros- 
seur et  figure  que  voudrez,  comme 
il  a esté  dit  cy  dessus.  Et  noterez  de 
rechef  qu’en  les  cuisant,  vous  empes- 
cherez  auec  vne  spatule  que  le  capi- 
tel. n’adhere  contre  le  bassin,  et  le 
garderez  comme  a esté  dit. 

Autre . 

Prenez  de  la  cendre  de  vieil  bois 

1 L’édition  de  1675  donnait  ici  la  formule 
suivante,  effacée  dès  1579. 

« "if.  Calcis  viuæ  lt>.  iiij. 

Cinerem  sarmentorum,  truncorum  faba- 
rum  et  clauelatorum  ana  ü>.  ij. 

Infunde  ornnia  simili  in  licinio  barbitonso- 
ris,  etfiatcapit.  ad  vsum.  » 

2 Ceci  est  le  texte  de  la  première  édition 
posthume;  les  premières  éditions  portent  : 
Prenez  vn  fayot  de  paille,  ou  tronc  de  fehues. 


DES  MEDICAMENS. 


de  chesne  noueux  en  bonne  quantité, 
non  pourri , et  eu  faites  lexiue , lar 
quelle  ferez  de  rechef  repasser  par 
autres  cendres  dudit  bois,  à fin  de 
rendre  ladite  lexiue  plus  forte,  et 
fera  on  cela  par  trois  ou  quatre  fois  : 
puis  en  icelle  on  fera  esteindre  chaux 
viue,  et  de  ces  deux  choses  sera  fait 
capitel,  duquel  on  fera  bons  cautè- 
res : car  cesle  cendre  est  chaude  au 
quatrième  degré  : et  pareillement  les 
pierres  dont  on  fait  la  chaux  par  leur 
cuisson  sont  ignifiées  et  chaudes  aussi 
au  quatrième  degré.  le  diray  plus, 
que  i’ay  fait  des  cautères  de  la  seule 
cendre  de  bois  de  chesne , voire  qui 
operoient  promptement  et  vigoureu- 
sement1. 

Autre. 

Prenez  vn  demy  boisseau  de  cendres 
communes,  et  les  calcinez  toutes  sei- 
ches iusques  à ce  qu’elles  deuiennent 
blanches,  et  de  ce  en  soit  fait  capitel 
pour  cautères,  lesquels  trouuerez 
eslre  bons2.  Et  pour  sçauoir  si  le  capi- 
tel ou  lexiue  est  assez  forte, faut  qu’vn 
œuf  nage  dessus. 

1 Avant  celte  formule,  l’édition  de  1575 
«n  offrait  encore  une  autre,  qui  a été  aussi 
effacée  en  1579  comme  l’une  des  précé- 
dentes. 

« Autre  caulere  pour  faire  promptement. 

» Prenez  demie-once  desauon  noir,  can- 
tharides subtilement  puluerisees  vn  scru- 
pule, ius  de  pommelée  vne  drachme,  chaux 
viue  en  poudre,  tant  qu’il  en  faut  pour 
faire  vne  paste,  de  laquelle  vseras  pour  cau- 
tère : icelle  ayant  esté  gardee  quelques 
iours  pert  sa  vertu  caustique  , si  ce  n’est 
qu’elle  fust  appliquée  sur  la  chair  où  le  cuir 
seroit  escorché.  » 

* Cette  formule  a été  ajoutée  seulement 
en  1585.  En  conséquence  la  remarque  qui 
suit  s’appliquait  à la  formule  précédente 
dans  les  éditions  de  1575  et  1579. 


58 1 

Autre. 

Prenez  des  cendres  faites  de  troncs 
de  feues  iij.  liures , chaux  viue , cen- 
dre grauelée,  cendres  de  bois  de 
chesne  fort  cuittes  ana  îb.  ij.  Puis  les- 
dites  choses  seront  mises  en  vn  seau 
de  lexiue  faite  de  cendres  de  chesne, 
et  les  remuer  fort  : puis  les  laisser 
infuser  l’espace  de  deux  iours.  Après 
on  les  fera  passer  par  quelque  vais- 
seau propre,  lequel  sera  percé  au 
fond  en  plusieurs  endroits , y ayant 
mis  quelque  bouchon  de  paille  : à fin 
que  le  capitel  puisse  mieux  passer  et 
se  rendre  plus  clair.  Et  faut  le  repas- 
ser par  trois  ou  quatre  fois , à fin  qu’il 
prenne  la  qualité  des  ingrediens  : et 
faut  de  nécessité  qu’il  soit  bien  clair, 
et  qu’il  n’y  reste  aucune  terrestrité. 
Après  le  faut  mettre  en  vn  bassin  de 
cuiure,  et  le  faire  tant  bouillir  sur  le 
feu  qu’il  demeure  espais  : et  subit  qu’il 
commencera  à s’espaissir,  faut  aug- 
menter le  feu  sous  ledit  bassin  : et  la 
matière  estant  assez  congelée,  on 
formera  les  cautères  comme  l’on  vou- 
dra : puis  seront  gardés  comme  des- 
sus , pour  en  vser  à la  nécessité  *. 

Cautères  de  velours. 

Ces  iours  passés  2 ie  me  suis  trouué 
auec  vn  philosophe,  grand  extracteur 
de  quinte-essence,  oùnous  tombasmes 
en  propos  sur  les  cautères  potentiels  : 

1 La  première  édition  ajoutait  ici  : lesquels 
par  dessus  tous  autres  i’ay  trouué  meilleurs. 
Celte  phrase  a dû  être  retranchée  en  1579,  à 
raison  de  l’addition  du  long  article  qui  va 
suivre,  et  dans  lequel  Paré  décrivait  un 
nouveau  cautère  bien  supérieur  aux  précé- 
dents. 

2 Ces  iours  passés  •'  je  répète  que  tout  ce 
long  article  a été  publié  pour  la  première 
fois  en  i 579. 


LE  VINGT-CWQVIÈME  LIVRE, 


58  2 

lequel  me  dit  en  sçauoir  des  plus  ex- 
celleus  que  iamais  furent , et  que 
leur  operation  se  faisoit  en  peu  de 
temps  sans  douleur,  ou  bien  peu, 
aussi  que  leurs  eschares  estoient  mol- 
lasses et  humides,  et  qu’il  ne  falloit 
pour  les  faire  tomber  y faire  aucunes 
scarifications.  Alors  ie  le  priay  bien 
affectueusement 1 m’en  vouloir  don- 
ner la  description , à quoy  il  me  res- 
pond  qu’il  ne  le  pouuoit  faire , parce 
que  c’estoit  l’vn  de  ses  plus  grands 
secrets,  mais  qu’il  m’en  donneroit 
quand  i’en  aurois  affaire  : subit  le  prie 
m’en  donner  vn,  ce  qu’il  fit,  le- 
quel tost  après  i’appliquay  sur  le  bras 
d'vn  de  mes  seruiteurs  pour  en  faire 
preuue.  le  proteste  à Dieu  qu’il  n’y 
fut  qu’enuiron  demie  heure  qu’il  ne 
fist  vn  vlcere  à y mettre  le  doigt  et 
profond  iusqu’à  l’os,  et  n'estoit  ledit 
cautereque  de  la  grosseur  d’vn  pois, 
lequel  laissa  son  eschare  molle  et  hu- 
mide, comme  ledit  extracteur  m’a- 
uoit  dit.  Quand  ie  conneu  par  expé- 
rience tel  effet,  subit  m’en  retourne 
trouuer  le  maistre  quintessencieux  , 
et  le  priay  de  rechef,  quoy  qu’il  m’en 
coustast,  m’en  donner  la  description 
desdits  cautères , et  ensemble  la  ma- 
niéré de  les  faire  :dequoy  il  me  refusa 
tout  à plat,  et  de  tant  que  ie  me  mon- 
trois  affectionné  à auoir  son  secret.de 
tant  plus  il  faisoit  le  renchéri:  en  fin  ie 
luy  dis  que  ie  luy  donnerois  du  ve- 
lours pour  faire  vne  paire  de  chaus- 
ses. Quoy  ouy,  il  accorda  ma  priere , 
à la  charge  que  iamais  ne  le  dirois  à 
personne , et  aussi  que  ne  l’escrirois 
en  mon  liure,  me  reprochant  que  i’es- 
lois  trop  liberal  de  communiquer 

1 Les  éditions  de  1 579  et  1585  disent  sim- 
plement : Alors  ie  le  priay.  Ces  mots  : bien 
affectueusement,  se  lisent  pour  la  première 
fois  dans  l’édition  posthume  de  1598. 


mon  sçauoir*  à quoy  ie  luy  respons 
que  si  nos  deuanciers  eussent  fait  cela, 
nous  sçaurions  peu  de  choses.  Ces 
propos  finis,  ie  luy  fis  bailler  le  ve- 
lours, et  me  donna  la  description  et 
la  maniéré  de  faire  ses  cautères,  à la 
charge  que  ie  ne  le  dirois  à personne, 
ny  pareillement  l’escrirois:  cequeie 
luy  promis  deparolle,  et  non  de  vo- 
lonté, parce  que  tel  secret  ne  doit 
estre  enseueli  en  la  terre,  pour  l’ex- 
cellence desdits  cautères  : qui  est 
qu’ils  opèrent  sans  douleur,  pourueu 
que  la  partie  sur  laquelle  on  les  veut 
appliquer  soit  exempte  d’inflamma- 
tion et  douleur,  et  laissent  leur  es- 
chare assez  molle  et  humide,  princi- 
palement appliqués  aux  corps  mol- 
lasses, comme  femmes  et  enfans,  ce 
qu’aucuns  des  autres  ne  font , au 
moins  que  i’ay  peu  encore  descouurir. 
Et  n’a  esté  faute  de  diligence,  m’en- 
queslant  soigneusement  de  tous  les 
chirurgiens  de  ceste  ville,  lesquels  se 
vantent  chacun  pour  soy  auoir  la 
pierre  philosophale  des  cautères, 
mais  pas  vn  d’eux  ne  m’a  voulu  tant 
fauoriser  que  de  me  départir  ceste 
pierre  philosophique,  disant  que  leurs 
peres  et  freres  la  leur  auoient  laissée, 
comme  vn  héritage  paternel  : ioint 
aussi  que  si  ie  sçauois  ce  grand  secret, 
ie  ne  faudrois  de  le  descrire  en  mon 
liure , et  partant  seroient  frustrés  de 
leurs  chers  et  bienaimés  cautères  : 
mais  ie  sçay  que  ie  leur  feray  laisser 
prise,  et  qu’ils  viendront  à mespriser 
leur  grand  secret , lors  qu’ils  auront 
conneu  par  expérience  l’excellence 
de  ceux  du  philosophe 

Or  il  nous  faut  à présent  descrire 

1 Celte  histoire  est  une  des  plus  curieuses 
et  des  plus  importantes  à la  fois,  pour  faire 
voir  jusqu’où  Paré  portait  l’amour  de  la 
science,  c’est-à-dire  au-delà  même  des  bor- 


DES  MEDICAMENS. 


les  ingrediens,  et  la  maniéré  de  for- 
mer lesdits  cautères,  à fin  que  tous 
les  Chirurgiens  , non  seulement  de 
Paris,  mais  de  toute  l’Europe,  puis- 
sent secourir  les  malades  qui  en  au- 
ront besoin.  A iceux  ie  donneray  le 
nom  de  Cautères  de  velours,  à raison 
qu’ils  ne  font  douleur,  principalement 
quand  ils  seront  appliqués  sur  les 
parties  exemptes  d’inflammation  et 
douleur , comme  i’ay  dit,  et  aussi  que 
ie  les  c.y  recouuerts  par  du  velours. 

Prenez  cendre  de  gosseaux  de  fe- 
ues , en  lieu  desquels  l’on  prendra 
les  troncs , cendre  de  bois  de  chesne 
bien  cuitte  , de  chacun  trois  liures , 
eau  de  riuiere  six  quartes J,  vne  liure 
de  cendre  grauelée,  quatre  onces  d’a- 
lun de  glace  en  poudre,  que  l’on  met- 
tra eu  vn  chaudron, puis  l’on  remuera 
le  tout  ensemble  : cela  fait,  on  y 
mettra  vne  pierre  de  chaux  viue  , de 
la  pesanteur  de  quatre  liures,  et  y 
estant  esteinte,  faut  de  rechef  brouil- 
ler et  mesler  tout  par  plusieurs  fois , 
et  laisser  lesdites  choses  par  l’espace 
de  deux  iours,en  les  remuant  sou- 
uent , à fin  de  faire  le  capitel  ( ou 
lexiue)  plus  forte.  Cela  fait , ferez  le 
tout  vn  peu  bouillir  , à fin  que  par 
l’ebullition  la  qualité  ignée  demeure 
au  capitel 2 : puis  coulerez  le  tout  au 

nés  d’une  probité  stricte  et  d’une  stricte  hu- 
manité; en  même  temps  elle  ne  laisse  pas 
de  jeter  du  jour  sur  l’esprit  de  la  chirurgie 
parisienne  de  ce  temps. 

1 L’édition  de  1579  dit  : Eau  de  riuierevn 
seau,  que  l’on  mettra  en  vn  chaudron,  etc.  Il 
s’ensuit  que  la  formule  n’était  point  alors 
telle  qu’on  la  lit  aujourd’hui;  le  texte  ac- 
tuel est  de  1585.  D’où  est  venu  ce  change- 
ment? Paré  a-t-il  rectifié  la  première  for- 
mule de  lui-même  ou  d’après  de  nouveaux 
renseignements?  c’est  ce  qu’il  est  impossi- 
ble de  déterminer. 

* Ici  encore  le  texte  a varié  suivant  les 


583 

trauers  d’vne  grosse  nappe  ou  cha- 
rier,  et  ceste  colature  la  faut  ietter 
sur  lesdites  cendres  deux  ou  trois  fois, 
à fin  que  ledit  capitel  en  prenne  la 
vertu  ignée  : puis  on  le  fera  bouillir 
dedans  vn  bassin  de  Barbier,  ou  en 
vn  vaisseau  de  terre  plombé,  à grand 
feu  fait  de  charbon , iusques  à ce  que 
le  tout  soit  réduit  en  matière  ter- 
restre , ou  sel. 

Or  voicy  le  secret  et  moyen  de  bien 
faire  tous  cautères  potentiels  : c’est 
qu’il  nefauttenir  ledit  sel  tant  sur  le 
feu  , que  son  humidité  soit  du  tout 
tarie , de  peur  de  consommer  du  tout 
l’humidité  : partant  on  l’ostera  de 
dessus  le  feu  ayant  encore  quelque 
certaine  humidité  : puis  seront  formés 
cautères,  gros  , petits,  ronds,  longs, 
selon  la  volonté  de  celuy  qui  les  for- 
mera, puis  subit  après  seront  mis  en 
vne  ou  plusieurs  fioles  de  verre  ren- 
forcé , bien  bouchées  et  estoupées,  de 
peur  que  l’air  ne  les  réduise  en  eau  : 
et  seront  lesdits  cautères  gardés  en 
lieu  chaud  et  sec  , et  non  humide,  de 
peur  qu’ils  ne  se  fondent  et  réduisent 
en  eau  , pour  en  vser  quand  il  sera 
besoin. 

Et  si  quelqu’vn  me  vouloit  obiecter 
n’auoir  tenu  promesse  audit  extrac- 
teur , que  ne  le  dirois  à personne , ny 
que  les  escrirois  : ie  luy  respons  que 
puis  qu’il  me  les  auoit  vendus,  qu'ils 
estoient  miens  : et  partant  ie  pense 
ne  luy  auoir  fait  tort  ; au  contraire 
luy  et  moy  auons  fait  chose  qui  ser- 
uira  au  public t. 

édifions.  En  1579  on  lisait  seulement  : Cela 
fait,  coulerez  le  tout,  etc.  ; en  1585  : Cela  fait, 
ferez  le  tout  boüillir,  puis  coulerez  te  tout;  en- 
fin le  texte  actuel  est  de  la  première  édition 
posthume. 

1 Ce  dernier  paragraphe  date  seulement 
de  1585.  11  paraît  que  dans  l’intervalle  on 


584  LE  VINGT-CINQVIÉME  LIVRE 


La  maniéré  de  faire  la  poudre  de  mercure,  et 
eau  forte. 

Icy  i’ay  bien  voulu  descrire  la  ma- 
niéré de  faire  la  poudre  de  mercure  , 
qui  pour  son  excellence  a esté  d’au- 
cuns nommée  poudre  Angélique,  la- 
quelle fais  en  ceste  maniéré. 

"if.  Auripig.  citrini,  flor.  æris  ana  3 . ij. 

Salis  nitri  îb.  j.  G . 

Alum.  rochæ  1b.  ij. 

Vitriol,  romani  1b.  iij. 

Ces  choses  soient  pilées  et  bien 
puluerisées,  et  après  mises  en  vne 
retorte  de  verre  ou  terre,  y adious- 
tant  vn  récipient  de  verre  fort  grand 
et  bien  luté  : puis  la  retorte  soit  mise 
sus  le  fourneau,  en  faisant  petit  feu 
au  commencement,  et  soit  le  tout 
distillé  en  fortifiant  le  feu  petit  àpetit, 
tant  que  le  récipient  deuienne  vn  peu 
rouge , et  que  le  tout  soit  distillé.  Et 
de  ceste  distillation  en  est  faite  l’eau 
forte. 

7f.  Argenti  viui  1b.  G. 

Aquæ  fortis  Q>.  j. 

Ponantur  omnia  in  pliiala,  et  fiat  puluis,  vt 
sequitur. 

Vous  prendrez  vn  pot  de  terre  assez 
grand , dans  lequel  mettrez  vostre 
matelas  ou  fiole , où  seront  contenus 
vostre  argent-vif  et  eau  forte , et 
entre  l’espace  de  la  fiole  et  le  pot, 
faut  mettre  des  cendres,  tellement 
que  vostre  fiole  soit  tout  enseuelie 
dedans,  excepté  le  col  : puis  tout  au- 
tour et  contre  le  pot  seront  mis  cen- 
dre et  charbons  ardens , et  par  ainsi 

avait  fait  quelque  reproche  de  ce  genre  à 
Paré,  et  qu’il  sentit  le  besoin  de  se  justifier. 
Je  doute  toutefois  que  sa  défense  satisfasse 
même  ses  plus  grands  admirateurs. 


ferez  bouillir  et  euaporer  vostre  eau 
forte , sans  craindre  que  la  fiole  se 
rompe  : et  l’eau  estant  toute  euaporée, 
ce  que  connoistrez  qu’il  ne  sortira 
plus  de  fumée,  vous  laisserez  tout  re- 
froidir : puis  tirerez  vostre  fiole  des 
cendres  , au  fond  de  laquelle  trouue- 
rez  vostre  mercure  calciné  de  cou- 
leur de  vermillon  , lequel  sera  séparé 
de  toute  autre  superfluité  blanche, 
iaune  ou  noire  : car  la  blancheur  qui 
se  concrée  en  haut  est  le  sublimé,  le- 
quel demeurant  auec  la  poudre  , la 
rendroit  douloureuse.  Iceluy  estant 
séparé,  le  pulueriseras  : puis  le  met- 
tras en  vn  vaisseau  d’airain  sur  les 
charbons  ardens , le  remuant  auec 
vne  spatule  l’espace  d'vne  heure  ou 
deux  : car  par  ce  moyen  il  perd  vne 
partie  de  son  acrimonie  ou  mordacité, 
qui  fait  qu’il  n’est  si  douloureux  en 
son  operation. 


CHAPITRE  XXXIII. 

DES  VESICATOIRES. 

Vésicatoire , ou  Rubrifiant  selon 
les  Latins,  selon  les  Grecs  Phenigme , 
est  vn  onguent,  ou  cataplasme,  ou 
emplastre , fait  de  medicamens  acres, 
qui  a faculté  d’attirer  humeurs  du 
profond  au  dehors,  et  exulcerer  la 
peau , et  faire  vessies , dont  il  retient 
le  nom.  La  matière  a esté  ja  descrite 
au  chapitre  des  caustiques  : laquelle 
est  prise  des  medicamens  septiques , 
comme  moustarde  , anacarde , can- 
tharides, euphorbe,  racines  de  scille, 
bryonia,  et  les  autres,  lesquelles  on 
incorpore  auec  miel,  ou  terebenthine, 
ou  leuain , ou  quelques  gommes  et 
résinés,  pour  en  faire  onguent,  cata- 
plasme ou  emplastre.  Parquoy  la 


DES  MEDICAMENS. 


585 


composition  des  vésicatoires  n’est  dif- 
ferente de  celle  des  onguens  durs  ou 
mois  : à ceste  cause  vn  exemple  suf- 
fira. 

If.  Cantharidum,  euphorbij,  slnapi  ana 
3.  fi  . 

Mellis  anacardini  5.  j. 

Modico  aceti  et  fermento  q.  salis  sit,  exci- 
piantur,  et  fiat  vesicatorium. 

Quelques  anciens  choisissent  plus- 
tosl  l’eau  simple  que  le  vinaigre,  pour 
receuoir  et  incorporer  tel  médica- 
ment : soy  disans  auoir  trouué  par 
expérience  que  la  vertu  de  la  mous- 
tarde  s’abastardit  par  lemeslange  du 
vinaigre,  ce  que  mesme  nous  est  au- 
thorisé  par  Galien  et  Oribasius. 

Nous  vsons  de  ces  remedes  és  af- 
fections longues  , quand  les  autres 
remedes  n’ont  profité  assez  , et  prin- 
cipalement és  douleurs  de  teste,  hé- 
micranies , epilepsies,  à la  sciatique, 
aux  gouttes , aussi  aux  morsures  et 
pointures  des  bestes  veneneuses , et 
charbons  pestiférés , et  plusieurs  au- 
tres maladies  longues  et  rebelles  à 
autres  remedes  : on  en  vse  aussi  pour 
restituer  la  vie  et  vigueur  à la  partie 
ja  presque  morte,  par  reuocation  de 
chaleur  et  esprits  vitaux  à icelle:  pour 
lequel  effet  faut  que  tels  vésicatoires 
soient  vn  peu  plus  doux , de  sorte 
qu’ils  ne  bruslent  sinon  en  cas  qu’ils 
ne  demeurassent  trop  long  temps  sur 
la  partie. 

Le  moyen  d’vser  des  vésicatoires 
est , que  deuant  que  de  les  appli- 
quer sur  la  partie,  on  y face  friction 1 , 

1 Ce  texte  a été  un  peu  tourmenté  dans 
les  diverses  éditions  du  vivant  de  l’auteur. 
Ainsi,  en  1575  on  lisait:  Icelle  (la  partie) 
soil  foüeltee,  fustigée,  et  comme  venee  de  mains 
ou  petits  ais.  En  1579  tout  cela  fut  effacé,  et 
l’auteur  mit  en  place  : On  y fasse  exercice. 
Enfin,  le  texte  actuel  est  de  1585. 


à fin  que  les  pores  d’icelle  eslans  ou- 
uerts , la  vertu  du  médicament  péné- 
tré plus  aisément,  et  la  chaleur  lan- 
guide et  comme  assoupie  en  icelle 
soit  ragaillardie  et  esueillée. 


CHAPITRE  XXXIV. 

DES  COLLYRES. 

Collyre  est  vn  médicament  appro  - 
prié aux  yeux,  fait  de  medicamens 
bien  subtilement  puluerisés,  que  les 
Arabes  disent  comme  Alcohol.  Au- 
cunesfois  collyre  est  dit  impropre- 
ment, pour  quelque  médicament  li- 
quide composé  de  poudres . et  quel- 
ques liqueurs,  qui  s’appliquent  à au- 
tres parties. 

Les  collyres  sont  faits  de  trois  sor- 
tes : les  vns  sont  humides , propre- 
ment appelés  Collyres  : les  autres  sont 
secs,  lesquels  on  confond  auec  les 
trochisqucs  : les  autres  ont  espaisseur 
et  consistence  de  miel  ou  liniment, 
parlant  de  ceux-là  nous  ne  traiterons 
que  l’vsage.  Les  liquides  seruent 
principalement  pour  les  coins  des 
yeux,  sçauoir  est , le  grand  et  le  petit 
canthus.  Ceux  qui  sont  comme  on- 
guens,  seruent  à la  prunelle  des  yeux. 
Ceux  qui  sont  secs  sont  mis  en  pou- 
dre pour  les  souffler  dedans:  quel- 
quefois sontmeslés  auec  des  liqueurs 
ou  jus  pour  en  faire  collyre  humide. 

Les  trois  sortes  de  collyres  ont  di- 
uers  vsages,  et  sont  appliqués  sur  di- 
uerses  parties,  selon  la  diuersité  de 
l’intention  du  Chirurgien  : car  les  li- 
quides rafraîchissent  mieux  estans 
appliqués  aux  angles  des  yeux  : mais 
ceux  qui  ont  plus  ferme  consistence 
demeurentpluslong  tempssur  la  par- 
tie, et  par  conséquent  font  mieux 
leur  operation. 


586 


LE  VINGT-CINQVIÉME  LIVRE 


Les  collyres  humides  sont  faits  de 
jus,  mucilages  des  herbes,  liqueurs, 
fleurs,  semences,  métalliques,  parties 
des  bestes,  comme  fiel,  et  autres  tels 
medicamens  repercussifs,  résolutifs, 
detersifs , anodyns , ou  autres,  selon 
que  les  affections  et  maladies  des 
yeux  le  requièrent.  Aucunesfois  sont 
faits  des  liqueurs  seules , comme  de 
jus  et  eaux  distillées.  Souuentesfois 
l’on  mesle  medicamens  mis  en  pou- 
dre subtile,  ou  autre  collyre  sec , qui 
n’est  autre  chose  que  trochisque, 
auec  jus  ou  eau  distillée,  ou  aubins 
d’œufs.  Les  poudres  sont  meslées 
comme  à deux  drachmes  ou  plus, 
les  eaux  iusques  à quatre  ou  cinq 
onces  ou  plus , mais  pour  les  yeux 
cela  suffit.  Pour  les  autres  parties, 
comme  pour  faire  iniection  à la  verge, 
l’on  fait  collyres  en  plus  grande  quan- 
tité, comme  iusques  à vneliure. 

Les  collyres  arides  et  secs  sont  faits 
des  poudres  bien  subtilement  pulue- 
risées  et  incorporées  auec  quelque 
jus,  dont  ne  semblent  estre  differens 
des  trochisques.  Qu’il  soit  vray,  le 
collyre  blanc  de  Rhasis  est  appellé 
auiourd’huy  trochisque,  et  est  gardé 
auec  les  trochisques.  Or  les  poudres 
corrosiues  ne  sont  appliquées  en 
forme  de  collyre , ains  en  forme  de 
liniment , et  sont  meslées  auec  grais- 
ses ou  huiles  : les  exemples  feront  le 
tout  manifeste. 

Collyre  repercussif. 

if.  Aquæ  plantaginis  et  rosarum  ana  5 . ij. 

Albumen  vnius  oui  bene  agitatum. 
Misce.  Fiatcollyrium. 

Collyre  anodyn. 

if.  Aquæ  rosarum  et  violarum  ana  g . iij. 

Trochiscorum  alborum  Rhasis  cum  opio 
5.ij. 

Fiat  collyrium. 


Autre. 

'if.  Decoctionis  foenugræci  g . iiij. 

Mucilaginis  seminis  fini  g.ij. 

Sacchari  candi  5.j. 

C.roci  3 . j. 

Fiat  collyrium. 

Collyre  sec  delersif. 

if.  Thuris,  myrrhæ  ana  9 . ij. 

Tulhiæ  præparatæ  et  antimonij  loti  ana 
3.  ij. 

Cum  succo  chelidoniæ  , fiat  collyrium  sic- 
candum  in  vmbra. 

Collyre  qui  est  en  forme  de  Uniment  '. 

if.  Fellis perdicis  aut  leporis  3.  G. 

Succi  fœniculi  3.  j. 

Sacchari  candi  3.  ij. 

Syrupo  rosato  excipiantur,  et  fiat  collyrium. 

Nous  vsons  des  collyres  aux  vlceres, 
playes,  fistules,  suffusions,  inflam- 
mations, et  autres  maladies  des  yeux. 
Les  collyres  liquides  pénétrent  plus- 
tost  que  les  autres  : partant  sont  fort 
necessaires  à repercuter  et  appaiser 
douleur.  Les  autres  sont  arreslés  plus 
long  temps  aux  yeux  : et  par  ainsi 
opèrent  d’auantage. 


CHAPITRE  XXXV. 

DES  ERRHINES  ET  STERNVTATOIRES. 

Errhines  sont  medicamens  appro- 
priés au  nez,  à fin  d’expurger  le  cer- 

1 Je  copie  ce  titre,  comme  plusieurs  au- 
tres des  précédents  chapitres,  dans  l’édition 
de  1575;  déjà,  dès  la  suivante,  ils  avaient 
été  reportés  en  marge  pour  la  plupart,  et 
dans  ce  changement  plusieurs  étaient  restés 
oubliés. 


DES  MEDICAMENS. 


ueau,  et  tirer  les  excremens  d’iceluy 
par  le  nez,  ou  pour  nettoyer  et  deter- 
ger  ceux  qui  ja  sont  adherens  et  atta- 
chés au  nez,  comme  il  aduient  aux 
polypes,  ozenes,  et  autres  vlceres  d’i- 
celuy. Ces  errhines  sont  ou  liquides, 
ou  secs,  ou  de  consistence  emplasti- 
que. 

Les  liquides,  que  les  Latins  nom- 
ment Caputpurgia  , sont  faits  aucu- 
nesfois  des  jus  des  herbes,  comme  des 
jus  de  porée,  choux,  mariolaine,  ana- 
gallis,  hyssope,  melisse,  ou  des  eaux 
d’icelles , meslées  ou  cuitles  auec  du 
vin,  ou  quelque  syrop,  comme  oxy- 
mel  scilliticum , syrupus  de  hyssopo, 
syrupus  rosatus,  ou  mel  anlhosatum. 
Souuentesfois  sont  faits  des  poudres 
de  poyure , pyrethre,  marrubium, 
nigella  romana,  castoreum,  myrrhe, 
ellebore  blanc,  euphorbe,  cyclamen, 
et  autres  poudres  meslées  en  petite 
quantité,  comme  à vne  drachme  ou 
vne  drachme  et  fdemie,  selon  la  vio- 
lence du  médicament,  auec  les  jus 
susdits  dépurés,  ou  les  eaux  distillées 
des  mesmes  herbes.  Le  tout  te  sera 
manifeste  par  deux  exemples  sui- 
uantes. 

if..  Succi  betæ,  maioranæ  et  brassicæ  ana 

§.j. 

Depurentur  et  modicè  bulliant  cum  vini 
albi  § . ij. 

Oxymelilis  scillitici  5.  fi. 

Fiat  errhinum. 

Quelquesfois  quand  il  est  question 
de  faire  plus  forte  attraction  du  cer- 
ueau,  l’on  peut  adiouter  ou  faire  dis- 
soudre en  la  décoction  de  l’errhinum 
quelque  médicament  purgatif,  comme 
l’agaric,  le  diaphœnicum,  séné,  car- 
tami,  et  autres  semblables,  dont  est 
venue  la  distinction  des  errhines  en 


587 

ceux  qui  tirent  la  pituite,  bile,  et  me- 
lancholie,  selon  que  le  médicament 
dissout  en  iceux  a vertu  d’attirer  vn 
humeur,  ou  autre.  Exemple  proposé 
par  monsieur  Rondelet,  est  tel. 

If.  Radicum  pyretbri,  irid.  ana  § . j. 

Puleg.  calam.  orig.  ana  ni.  j. 

Agari.  trochis.  3.  iij. 

Florum  anthos  et  stœcbados  ana  p.  j. 
Fiat  decoctio  in  it> . j . eolat.  dissol.  mcllis 
anthos.  et  scill.  ana  . iij. 

Fiat  caputpurg. 

Toutesfois  le  cas  escheant  qu’il  faille 
que  les  purgatifs  entrent  en  la  com- 
position de  l’errhine,  Usera  meilleur 
d’vser  d’iceux  simples,  comme  d’a- 
garic, turbith,  colocynlhe,  et  sem- 
blables, que  de  composés,  comme 
diaphœnicum  et  semblables  : car 
ceux  cy  rendent  la  décoction  plus  es- 
paisse,  et  par  conséquent  mal-habile 
à passer  par  les  conduits  et  os  spon- 
gieux qui  mènent  au  cerueau,  faisant 
en  outre  obstruction  au  nez , et  em- 
peschant  la  liberté  de  la  respiration. 

Exemple  d’vu  errhine  fait  auec  poudres, 
if.  Succi  betæ  § .j. 

Aquæ  saluiæ  et  betonicæ  ana  §.ij.  fi. 

Pulueris  castorei  9.  fi. 

Piperis  et  pyrethriana  3.j. 

Fiat  caputpurgiuro. 

Les  errhines  secs , que  les  Latins 
appellent  Sternutatoria,  à cause  qu’ils 
prouoquent  l’esternuement,  sont  faits 
des  poudres  seulement  bien  pulueri- 
sées.  Les  poudres  sont  semblables 
aux  precedentes,  ou  autres  aromati- 
ques, lesquelles  sont  faites  et  meslées 
en  petite  quantité,  laquelle  commu- 
nément ne  monte  point  à plus  de 
deux  drachmes. 


588 


LE  VJNGT-CINQVIÉmE  LIVRE, 


Exemple. 

"if.  Maioranæ,  nigellæ,  garyophyllorum,  zin- 
ziberis  ana  3 . j. 

Acori,  pyrethri  et  panis  porcini  ana 

3.  fi. 

Eupborbij  3 . j. 

Terantur  diligenter,  et  in  nares  mittantur 
aut  insufllenter. 

Les  errhines  ayans  consistence  era- 
plastique  , que  les  Latins  appellent 
Nasalia,  sont  faits  des  poudres  sus- 
dites, ou  gommes , malaxées  auec 
quelqu’vn  des  jus  des  herbes  cy  des- 
sus déclarées,  incorporées  auec  tere- 
ben  thine  et  cire,  à fin  qu’ils  ay ent  con- 
sistence dure  et  qu’on  en  puisse  faire 
masse,  de  laquelle  on  fait  errhines  en 
figure  de  pyramide,  selon  les  cauités 
internes  du  nez. 

Exemple. 

Of.  Maioranæ,  saluiæ,  nigellæ  ana  3 . ij. 
Piperis  albi,  garyophyllorum,  galangæ 
ana  3.j. 

Pyrethri,  euphorbij  ana  3.j.  fi. 

Panis  porcini,  ellebori  albi  ana  3 . j. 
Terantur,  et  in  puluerem  redigantur,  dein 
cum  terebenthina  et  cera,  et  quantum 
salis  sit,  incorporentur,  fiantque  nasa- 
lia  pyramidis  figura. 

Nous  vsons  des  errhines  aux  lon- 
gues maladies  du  cerueau,  comme  en 
epilepsie  , aueuglement  des  yeux , 
apoplexie , léthargie , conuulsion , et 
odorat  perdu  : mais  faut  que  les  pur- 
gations vniuerselles  ayent  précédé 
auparauant,  de  peur  que  par  l’ester- 
nuement,  et  semblable  esmolion  du 
cerueau  pour  deietter  ce  qui  luy 
nuit , il  ne  se  face  attraction  plus 
grande  d’humeurs  d’vn  corps  impur 
et  cacochyme  vers  iceluy. 

Les  liquides  doiuent  estre  attirés 
par  le  nez,  ou  coulés  dedans  le  nez 


iusques  à demie  once.  Et  lors  faut 
que  le  patient  tienne  de  l’eau  en  sa 
bouche,  afin  qu’en  attirant  l’errhine, 
il  ne  puisse  repasser  portion  dudit 
errhine  en  la  bouche , et  de  là  aux 
poulmons.  Les  secs  doiuent  estre 
soufflés  dedans  les  naseaux  auec  vn 
tuyau  de  plume,  ou  autre  chose.  Les 
emplastiques  sont  mis  dedans  les  na- 
seaux estans  liés  d’vn  fil , à fin  qu’ils 
se  puissent  retirer  quand  on  voudra. 

Le  temps  propre  pour  vser  d’errhi- 
nes  en  general  est  le  matin,  le  patient 
estant  à ieun.  Après  l’vsage  d’iceux, 
si  l’on  sent  quelque  démangeaison  et 
mordication  au  nez,  il  faudra  ietter 
ou  altirer  en  iceluy  laict  de  femme, 
ou  huile  violât. 

L’vsage  des  errhines  attractifs  est 
nuisible  à ceux  qui  sont  suiets  à mal 
des  yeux,  et  qui  ont  vlceres  aux  na- 
seaux, comme  il  aduient  souuent  en 
la  grosse  verolle,  auquel  cas  il  sera 
plus  expédient  d’vser  de  gargarismes 
qui  facent  diuersion  des  yeux. 


CHAPITRE  XXXVI. 

DES  APOPHLEGMATISMES  , OV 
MASTICATOIRES. 

Apophlegmatismes  selon  les  Grecs, 
ou  masticatoires  selon  les  Latins,  sont 
medicamens  lesquels,  estant  tournés 
dedans  la  bouche  et  maschés  quelque 
espace  de  temps,  tirent  par  le  palais 
les  excremens  pituiteux,  ou  autres 
humeurs  nuisans  au  cerueau. 

Iceux  sont  faits  en  quatre  ma- 
niérés. La  première  est,  quand  on  in- 
corpore les  medicamens  propres  à 
mascher  auec  miel  ou  cire , et  en 
fait-on  Irochisques  ou  pillules , les- 
quelles on  donne  à mascher.  La  se- 


DES  MEDICAMENS. 


conde  est,  quand  on  couure  et  lie  les 
medicamens  en  vn  petit  sacbet  de 
sandal  ou  autre  linge  deslié,  pour  les 
mascher.  La  troisième  maniéré  est, 
quand  on  tient  la  décoction  de  medi- 
camens acres  long  temps  en  la  bou- 
che. Aucunesfois  l’on  ne  rneslc  point 
les  masticatoires,  ains  prend- on  vn 
simple  médicament  acre  et  faisant 
cracher,  à la  grosseur  d’vne  petite 
noix,  pour  le  mascher  et  tourner  par 
la  bouche,  comme  mastic,  pyrethrê. 

La  matière  des  masticatoires  est 
prise  des  medicamens  acres  , comme 
de  poyure,  moustarde,  hyssope,  gin- 
gembre, pyrethre , et  autres  medica- 
mens ayans  acrimonie  : entre  lesquels 
il  faut  choisir  ceux  principalement 
qui  n’auront  aucune  saueur  ny  goust 
malplaisant , à lin  que  plus  longue- 
ment et  sans  dédain  ils  puissent  estre 
tenus  en  la  bouche.  Toutesfois  on  en 
fait  des  medicamens  acerbes,  comme 
de  fruit  de  berberis,  raisins,  noyaux 
de  prunes  ou  cerises  : lesquels  estans 
tournés  quelque  temps  en  la  bouche 
et  comme  maschés,  ne  tirent  gueres 
moindre  quantité  de  pituite  que  les 
medicamens  acres:  ce  qui  semble  ad- 
uenir  pluslost  à raison  du  mouue- 
ment  et  agitation  qui  est  faite  en  la 
bouche,  que  d’vne  qualité  manifeste. 

La  quantité  desdits  medicamens  est 
communément  d’vne  demie  once , 
iusques  à vne  once,  ou  vne  once  et 
demie.  Ce  que  connoistras  par  les 
exemples  suiuantes. 

If.  Pyrethri,  slaphisagriæ  ana  3.  j.  fi. 
Mastiches  § . fi . 

Pulueriscnlur  et  inuoluantur  sacculo  pro 
masticatorio. 

Attire. 

2f.  Zinziberis,  sinapi  ana  S.  j. 

ÎEuphorbij  3.  ij. 

Piperis  5.  fi . 


589 

Excipianlur  melle , et  fiant  pastilli  pro  mas- 

licatorio. 

Aulre. 

2f.  Hyssopi , thymi,  origani,  saluiæ  ana 
P- j- 

Dccoquantur  in  aqua  pro  collutione  oris. 

Aulre. 

If.  Zinziberis,  garyophyllorum  ana  3.  j. 

Pyrethri , piperis  ana  3.  1?. 

Staphisagriæ  3.  ij. 

Mastiches  3.  fi. 

Excipiantur,  fiant  pastilli  pro  masticatorio. 

Nous  vsons  des  masticatoires  és 
maladies  vieilles  du  cerueau,  obfus- 
cation  de  la  veuë,  surdités,  pustules 
qui  sont  à la  leste  et  à la  face  : au- 
cunesfois aussi  pour  deriuer  les  ex- 
cremens  qui  coulent  par  le  nez,  prin- 
cipalement quand  il  y a quelque 
vlcere  en  iceluy  : comme  au  contraire 
ils  sont  fort  nuisibles  à ceux  qui  ont 
vlceres  en  la  bouche  ou  au  gosier , et 
à ceux  qui  ont  les  poulmons  suiels  à 
vlceres,  inflammations,  et  fluxions. 
Car  en  tel  cas  les  errhines  sont  plus 
vliles.  pour  deriuer  la  matière  par  le 
nez  : d’autant  que  combien  que  l’hu- 
meur pituiteux  , attiré  du  cerueau 
par  la  force  du  masticatoire,  soit 
purgé  et  mis  hors  en  crachant,  tou- 
tesfois on  trace  et  apprend-on  vn 
chemin  à l’humeur,  lequel  aisément 
il  ne  peut  délaisser  ny  oublier  par 
après  : de  sorte  que  mesme  en  dor- 
mant, suiuant  son  cours  ordinaire,  il 
vient  à tomber  et  fluer  sur  telles  par- 
ties , ou  naturellement , ou  par  acci- 
dent imbecilles. 

Le  temps  commode  pour  en  vser 
est  le  matin,  quand  le  corps  est  purgé 
des  autres  excremens. 

Après  auoir  vsé  des  masticatoires, 
I faut  lauer  sa  bouche  d’eau  tiede,  ou 


oqo  LE  VINGT-C1NQVIÉME  LIVRE 


de  ptisane,  ou  quelque  autre  liqueur, 
à fin  d’oster  la  mauuaise  saueur  qui 
peut  estre  de  reste  du  masticatoire. 


CHAPITRE  XXXVII. 

DES  GARGARISMES. 

Gargarisme  est  vne  liqueur  appro- 
priée au  lauement  de  la  bouche  et  de 
toutes  les  parties  d'icelle , tant  pour 
empescher  fluxion  et  inflammation, 
que  pour  curer  vlceres  de  la  bouche 
et  appaiser  douleurs. 

Les  gargarismes  sont  composés  en 
deux  maniérés.  La  première  est  , 
quand  on  fait  cuire  racines,  lueilles, 
fleurs  , fruits,  et  semences  seruans  à 
noslre  intention.  La  décoction  est 
faite  en  eau  seule , ou  eau  et  vin 
blanc  , ou  en  gros  vin  rouge  et  stip- 
tique , ou  en  ptisane , ou  laict  clair  , 
ou  décoction  d’orge,  ou  décoction 
pectorale  : le  tout  selon  la  diuersité 
de  nostre  intention,  qui  est  ou  de  re- 
pousser, rafraischir,  et  empescher 
l’inflammation , comme  en  mal  de 
dents  qui  se  fait  : ou  de  digerer , 
comme  en  mal  de  dents  qui  est  ja 
fait  : ou  de  mondifier,  comme  en  vl- 
ceres de  bouche  : ou  de  seicher  et  as- 
treindre, comme  quand  il  est  question 
de  fermer  iceux  vlceres  ja  parauant 
mondifiés.  L’autre  maniéré  de  com- 
poser gargarismes  est  sans  décoction, 
quand  nous  faisons  gargarismes,  ou 
auec  les  eaux  distillées  seulement , 
ou  meslées  auec  syrops , ou  auec 
mucilage,  ou  auec  du  laict  de  vache, 
ou  laict  clair  de  chéure,  bien  passé 
et  coulé.  Aucunesfois  on  mesle,  tant 
auec  la  décoction  que  les  eaux  et 
mucilages,  miel  rosal,  oxymel  simple, 
dianucum  , diamoron  , Liera  picra  , 
oxysacchara,  syrop  de  roses  seiches, 


syrop  aceteux,  et  autres  syrops  selon 
nos  intentions  susdites  : alum , ba- 
laustes,  myrrhe,  thus,  gingembre, 
poyure,  canelle,  roses  seiches,  et  au- 
tres : iusques  là  mesme , que  quel- 
quesfois  en  la  décoction  des  garga- 
rismes, nous  y faisons  entrer  medi- 
camens  propres  à attirer  les  humeurs 
du  cerueau  , comme  le  pyrethre  , le 
carthame,  la  racine  de  turbith,  et  au- 
tres , propres  à tirer  la  pituite , 
moyennant  qu’ils  n’ayent  aucune 
amertume  en  soy  : qui  est  cause  que 
ny  l’agaric,  ny  la  colocynthe  , n’ont 
lieu  en  ceste  composition. 

La  quantité  de  la  totale  liqueur 
d’vn  gargarisme  doit  estre  comme  de 
demie  liure  iusques  à vne  liure  : on 
y met  des  syrops,  ou  autre  telle  com- 
position , iusques  à deux  onces.  Les 
poudres  sont  mises  en  bien  petite 
quantité  , comme  iusques  à trois 
drachmes  : d'alum  on  y met  iusques  à 
six  drachmes  : les  mucilages  faits  de 
deux  drachmes  des  semences  mucila- 
gineuses.  Les  exemples  feront  le  tout 
assez  clair  et  facile. 

Gargarisme  astringent  et  repercussif. 

Tf.  Planlaginis,  polygoni,oxalidisanam.j. 

Rosarum  rubrarum  p.  £>. 

Hordei  p.  j. 

Fiat  dccoctio  ad  g . viij.  in  qua  dissolue  : 

Syrupi  myrtillorum  5.  vj. 

Dianucum  § . ft. 

Fiat  gargarisma. 

Gargarisme  anodyn. 

Of.  Chamæmcli,  meliloti , anethi  ana  p.j. 

Rosarum  rubrarum  p.  G. 

Passularum  mundatarum  et  ficuum  ana 
paria  iij. 

Decoquantur  in  æquis  partibus  vini  albi 
et  aquæ  ad  § . vj.  addendo  mucilaginis 
seminis  lini  et  fœnugræci  ana  5 . ij. 
Fiat  gargarisma. 


DES  MEDICAMENS. 


Gargarisme  mondificatif. 

'■ if . Aquæ  plantaginis  , aquæ  ligustri  et  ab- 
sinthij  ana  3 . ij. 

Mellis  rosati  colati  3.  vj. 

Syrupi  rosarum  siccarum  et  de  absinthio 
ana  3.  vj. 

Fiat  gargarisma. 

Nous  vsons  des  gargarismes  au  ma- 
tin et  à ieun,  après  les  purgations 
vniuerselles,  tant  pour  deterger,  re- 
froidir, repercuter,  attirer,  que  pour 
appaiser  douleurs,  et  autres  inten- 
tions. Aucunesfois  l’on  les  prend  tous 
froids,  principalement  quand  il  se  fait 
quelque  distillation  d’humeur  acre 
et  subtil  : autresfois  on  les  fait  tiédir, 
selon  les  indications  que  nous  auons 
tant  des  maladies  que  du  temps. 


CHAPITRE  XXXVIII. 

DES  DENTIFRICES. 

Dentifrices  sont  medicamens  com- 
posés, seruans  aux  dents,  dont  ils  re- 
tiennent le  nom,  pour  les  nettoyer  et 
blanchir  : ils  sont  faits  en  plusieurs 
maniérés.  Les  vus  sont  secs,  les  au- 
tres humides.  Quant  aux  secs,  les  vns 
sont  en  façon  d’opiate , les  autres  en 
poudres  seiches  grossement  pulueri- 
sées.  Les  humides  sont  faits  par  dis- 
tillation. 

La  matière  des  deux  premiers  est 
faite  des  medicamens  detergeans  et 
desseichans  , comme  coralla  , cornu 
cerui,  os  sepiœ,  alumen , crystallus,pu- 
mex , sal  nitrum,  myrrha,  thus , ba- 
laustia,  glandes , omnes  testai  piscium  : 
lesquels  aucunesfois  on  brusle  , et 
après  sont  mis  en  poudre,  souuentes- 
fois  sont  puluerisés  sans  vslion 
(comme  l’os  sepüe,  pour-ce  qu’estant 


5qi 

bruslé  il  exhale  vne  odeur  fetide  et 
mal-plaisante]  en  y adioustant  quel- 
ques medicamens  aromatiques  pour 
donner  odeur  aux  autres,  comme 
cinnamomum,  doux  de  girofle,  noix 
muscade  , et  autres  semblables , l’on 
fait  dentifrices  secs.  Si  telles  poudres 
sont  incorporées  ou  auec  quelque sy- 
rop,  ou  oxymel  scilliticum  , ou  quel- 
que mucilage  de  gomme  arabique  et 
de  tragacantha,  l’on  fera  opiates  ser- 
uantes  à dentifrices,  lesquelles  aucu- 
nesfois sont  figurées  en  pyramides 
longues  d’vn  doigt,  rondes  ou  quar- 
rées , pointues  au  bout , et  seiches 
pour  seruir  de  dentifrices.  Aussi  sou- 
uentesfois  l’on  fait  cuire  racines 
emollientes  auec  du  sel,  ou  de  l’a- 
lum,  et  après  seicher  au  four  pour 
dentifrices.  Les  humides  sont  laits 
des  herbes  desseichantes  mises  en 
alembic  pour  distiller,  auec  aucuns 
des  medicamens  secs  et  astringens  cy 
dessus  descrits.  Les  exemples  donne- 
ront à connoistre  la  quantité  des 
medicamens  seruans  à dentifrices. 

Poudre  pour  blanchir  les  dents. 

'if.  Lapidis  spongiæ,  pumicis,  et  cornu  cerui 
vsti  ana  3.  ij. 

Coralli  rubri  et  cryslalli  ana  3.  j. 

Aluminis  et  salis  vsti  ana  3.  j.  fi . 

Cinnamomi  et  caryopfayllorum , rosa- 
rum  rubrarum  pulueratarum  ana  3 . ij. 
Fiat  puluis  pro  dentifrieio. 

Autre. 

if.  Ossis  sepiæ  3.  fi. 

Mastic,  coralli  rubri  vsti  ana  3.  ij. 

Cornu  cerui  vsti  3.  j.  fi . 

Aluminis , carbonis  rorismarini  ana  3.  j. 

Cinnamomi  3.  ij. 

Fiat  puluis. 

Autre. 

if.  Ossis  sepiæ,  aluminis  et  salis  vsti  ana  5.  j. 


-JQ2  LE  VINGT- CINQ VIÉME  LlVHE 


Crystalli,  glandium,  myrrhæ,  thuris ana 
3 ij. 

Corticis  granatorurn  , macis,  cinnamomi 
ana  3.j. 

Fiatpuluis,qui  excipiaturmucilagine  gummi 
tragacanlbæ,  et  formenlur  pyramides 
longæ  siccandæ  pro  dentifricio. 

A uire. 

Radicis  maluæ  iunioris  et  bismaluæ  ana 

5-  ij- 

Coquantur  in  aqua  salsa  aut  aluminosa , 
deinde  siccentur  in  furno  pro  dentifricio. 

Dentifrice  humide  bien  expérimenté. 

"if.  Salis  § . vj. 

Aluminis  § . iij. 

Thuris,  mastichis,  sanguinis  draconis 
ana  g . . 

Aquæ  rosarum  3.  vj 

Distillentur  in  alembico  vitrco  pro  denti- 
fricio. 

Les  dentifrices  seruent  à polir  les 
dents,  mondifier,  nettoyer,  et  con fer- 
mer. Aucunesfois  on  en  vse  aux  réfri- 
gérations et  douleurs  d’icelles , son- 
uenlesfois  aussi  és  vices  de  la  bouche 
et  genciues  corrodées.  Le  temps  de 
les  appliquer  est  le  matin , ou  deuant 
et  après  le  repas. 

Les  anciens  sans  artifice  faisoient 
des  dentifrices  de  bois  de  lentisque 
pour  affermir  les  dents  tremblantes  : 
ce  qui  se  pratique  encores  journelle- 
ment en  Languedoc  , où  tel  bois  est 
frequent , et  dont  on  en  apporte  en 
Cour  pour  les  Seigneurs  : à mesme 
effet  pourroitseruirla  myrrhe,  et  tout 
autre  bois  astringent.  Nostre  vulgaire 
se  sert  à ceste  intention  de  caules  de 
fenoil , et  sans  raison , veu  qu’en 
telle  plante  n’y  a aucune  astriction  : 
parquoy  ne  peut  eslre  choisie,  sinon 
pour  l’odeur  agréable  qui  est  en  elle, 
et  pour  bien  simplement  se  curer  les 
dents. 


CHAPITRE  XXXIX. 

DES  SACHETS. 

Sachet  est  vne  composition  de  me- 
dicamens  secs  etpuluerisés  mis  en  vn 
petit  sac,  dont  il  retient  le  nom  : et 
semble  telle  composition  estre  seule- 
ment vne  fomentation  aride  et  seiche, 
comme  auons  dit  au  chapitre  des  Fo- 
mentations. 

Les  différences  des  sachets  ne  sont 
prises  que  des  parties  ausquelles  ils 
sont  appliqués.  Ceux  qui  s’appliquent 
à la  teste  doiuent  estre  faits  en  maniéré 
de  bonnet  ou  coiffe.  Les  sachets  pour 
,1’estomach  doiuent  auoir  la  ligpre 
d’vne  cornemuse.  Pour  la  ralle  ils 
sont  faits  en  forme  de  langue  de 
bœuf  : et  ainsi  sont  appropriés  au 
foie,  au  cœur,  à la  poitrine,  selon  la 
figure  des  parties. 

La  matière  des  sachets  le  plus  sou- 
uent  est  prise  des  semences  entières 
fricassées  en  vne  paesle,  ou  mises  en 
poudre  : quelquesfois  on  y adiouste 
racines , fleurs , fruits  , escorces,  pou- 
dres cordiales , et  autres  medicamens 
secs,  et  qui  se  peuuent  mettre  en  pou- 
dre, conuenables  aux  affections  des 
parties  où  nous  les  voulons  appliquer. 
La  quantité  des  poudres  n’est  pas  li- 
mitée, ny  certaine  en  tous  sachets  : 
quelquesfois  elle  est  plus  grande  , 
quelquesfois  plus  petite,  selon  les 
parties  esquellesnous  voulons  mettre 
sachets.  Icelle  doit  estre  obseruée  aux 
aulheurs  qui  ont  ordonné  sachets  : 
esquels  ie  la  trouue  de  trois  onces 
iusques  à six  onces  et  demie.  Aucu- 
nesfois l’on  ordonne  herbes  seiches  et 
fleurs  par  manipules  ou  pugilles  : et 
là  gist  la  considération  de  la  bonne  et 
deuë  quantité  des  poudres.  Le  reste 


DES  MEDtCAMENS. 


ie  délaissé  à plus  curieuse  inquisition  : 
venons  aux  exemples. 

Sachet  pour  conforter  l'eslomach. 

il.  Rosarum  rubrarump.  j. 

Mnstichis  5.  fi>. 

Coralli  rubri  3..  iij. 

Seminis  anisi  et  fœniculi  ana  5.  ij. 
Nueis  moscaUe  3.  j. 

Summitatuni  absiuthij  et  mentbæ  ana 
m.  j. 

Tri  lis  omnibus,  fiat  sacculus  intcrbastatus 
pro  ventriculo. 

Sachet  és  affections  froides  du  cerneau. 

if.  Furfuris  macri  p.j. 

Milij  §.j. 

Salis  3.  ij. 

Rosarum  rubrarum,  florum  rorismarini, 
stœchados , caryophyllorum  ana  3.  ij. 
Foliorum  betonicæ  et  saluiæ  ana  m.  6 . 
Trilis  omnibus  fiat  cucupha  intersuta  et  ca- 
lefacla  futno  thuris  et  sandaracæ  exusto- 
rum , capiti  apponatur. 

Sachet  pour  le  cœur. 

1~.  Florum  borraginis,  buglossæ  et  violarum 
ana  p.  ij. 

Gorlicis  citri  sicci,  macis,  ligni  aloes,  ra- 
suræ  cboris  ana  3.  j. 

Ossis  de  corde  cerui,  croci  ana  9 . ij. 
Foliorum  mclissæ  in.  G. 

Pulueris  diambræ  3.  O. 

Coniritis  omnibus  fiat  sacculus  èserico  pro 
corde,  irrorandus  aqua  scabiosæ. 

Nous  vsons  des  sachets  à conforter 
tant  les  parties  nobles  , le  cerueau,  le 
cœur,  et  le  foye  , que  le  ventricule,  la 
ratte  , la  poitrine,  et  partie  du  ven- 
tre inferieur.  Souuentesfois  aussi  nous 
en  vsons  pour  discuter  et  dissiper  les 
ventosités,  comme  les  coliques  et 
pleurésies  qu’on  appelle  bastardes  , 
à flatu.  Iceux  faut  coudre  en  presses 


5q3 

interbastaloires  1 : les  poudres  estant 
espanchéessur  du  colon , à fin  qu’el- 
les ne  panchent  plus  en  vn  endroit 
qu'à  l’autre.  Aucunesfois  nous  arro- 
sons lesdits  sachets  de  vin , ou  des 
eaux  distillées  : autresfois  non  de  la 
substance,  mais  de  la  simple  vapeur 
de  vin , ou  eau  distillée  et  versée  sur 
vnc  paesle  de  fer,  toute  rouge  de  feu  : 
autresfois  nous  les  eschauffons  avec 
parfums,  ou  les  fricassons  en  paesle. 
Les  sachets  du  cœur  doiuent  eslre 
faits  de  soye  cramoisie  ou  sandal  , 
pour-ce  ( disent-ils  ) que  telles  ma- 
tières sont  teintes  en  escarlale , de 
laquelle  la  graine  nommée  alker- 
mes  resiouït  le  cœur  : les  autres  de 
linge  bien  délié  : aucunesfois  l’on  les 
fait  de  taffetas  comme  les  bonnets. 


CHAPITRE  XL. 

DES  SVFFVMIGATIONS  ET  PAItFVMS. 

Parfum  est  vne  euaporation  de  me- 
dicamens  humides,  visqueux  aucune- 
ment, et  gras.  II  y a deux  maniérés  de 
parfums  et  suffumigations  , les  vns 
sont  secs,  les  autres  humides  : les 
secs  sont  laits  en  deux  sortes  : les  vns 
sont  faits  en  trochisques,  tes  autres  en 
pilules.  La  matière  d’iceux  doit  eslre 
grasse  et  visqueuse , à fin  qu'en  bi  us- 
lant  elle  puisse  rendre  fumée,  comme 
ladanum  , myrrha , mastiche  , pix  , 
cera,  résina  , terebenthina,  castoreum, 
styrax,  thus , olibanum,  et  les  autres 
gommes  , lesquelles  on  peut  mesler 
avec  poudres  conuenables  à nos  in- 
tentions : car  elles  seruent  de  ma- 
tière à incorporer  lesdites  poudres  en 
trochisques  ou  pilules.  Aucuns  vsent 

* Interbastaloires.  J’ignore  ce  que  veut 
dire  ce  mot;  le  latin  l’a  passé  sous  silence. 

38 


m. 


LE  VINGT-CINQVIÉME  LIV11E 


594 

seulement  des  poudres  sans  y adious- 
ler  autre  matière  grasse  : mais  le 
parfum  d’icelles  n’est  tant  long  ny  de 
tel  effet  que  quand  elles  sont  meslées 
auec  gommes,  par  le  moyen  desquel- 
les,outre  cela,  lesingrediens  sont  bien 
mieux  incorporés  l’vn  auec  l’autre. 

Les  poudres  peuuent  estre  mises  és 
parfums  d’vne  demie  once,  iusques  à 
vne  once  et  demie , auec  suffisante 
quantité  des  gommes,  laquelle  aucu- 
nesfois  est  de  deux  onces,  plus  ou 
moins:  toutesfoisla  quantitédu  toutest 
délaissée  au  iugement  du  composant. 

Parfum  desseichani  et  confortant  le  cerveau. 
X.  Sandaracæ , mastiches  et  rosarum  ana 

3j  • 

Benioini,  galangæ  ana  3.  iij. 
Terebenthina  excipiantur,  et  fiant  trochisci, 
quibus  incensis  suffumigentur  tcgumenta 
capitis. 

Autre  pour  les  duresses  des  nerfs. 

7f.  Marcassitæ  § . ij. 

Bdellij,  myrrhæ, styracis  ana  g.j.  û. 
Ceræ  flauæ  et  lerebenthiuæ  quantum  sa- 
lis sit. 

Fiant  formulæ  pro  suflumigio. 

Autre  pour  les  restes  de  la  verole. 

if.  Cinnabaris  § • 'j- 

Styracis  et  benioini  ana  § . j. 

Cum  terebenthina  fiant  trochisci  pro  suffu- 
migio  per  embotum. 

Nous  vsons  des  parfums  aux  gran- 
des obstructions  du  cerueau,  vlceres 
des  poulmons,  à la  toux  ja  vieille,  en 
asthma,  douleurs  de  coslés,  aux  af- 
fections de  la  matrice,  et  autres  affec- 
tions des  parties  du  corps.  On  par- 
fume aucunesfois  tout  le  corps,  pour 
la  curation  de  la  verole,  elesmouuoir 
sueurs:  aucunesfois  vue  partie  seule 


qui  a quelque  relique  de  ladite  verole, 
et  tels  parfums  sont  faits  de  cinnabre, 
qui  a grande  quantité  d’argent  vif. 

La  maniéré  de  parfumer  est  que  la 
fumée  soit  receuë  de  l’emboucheure 
large  d’vn  entonnoir,  qu’ils  appellent 
Embotum,  et  expire  seulement  par  le 
petit  souspirail,  à fin  que  la  fumée  ne 
soit  dissipée , et  soit  seulement  assise 
sur  la  partie  affectée  que  l’on  veut 
parfumer.  Ainsi  faut  faire  à la  ma- 
trice, et  aux  oreilles.  Aux  parfums 
tant  du  cerueau  que  du  thorax,  faut 
ouurirla  bouche,  et  prendre  la  fumée 
tant  auec  la  bouche  que  par  le  nez: 
et  outre  faire  tenir  au  dessus  de  la 
teste  vn  grand  voile  en  forme  de 
paesle,  à fin  que  la  fumée  plus  ra- 
massée en  soy  face  d’auantage  d’im- 
pression et  d’operation. 

Les  humides  sont  faits  aucunesfois 
de  décoctions  d’herbes,  souuentesfois 
d’vn  seul  médicament  simple  que  l'on 
fait  bouillir  auec  huiles  ardentes,  ou 
quelques  marcassites  aussi  ardentes, 
lesquelles  on  fait  esteindre  en  vi- 
naigre , vin  , eau  de  vie  , et  autre 
telle  liqueur,  à Gn  que  soit  leuée  va- 
peur et  fumée  humide.  Nous  vsons 
de  tels  parfums  aux  affections  scir- 
rheuses,  quand  nous  voulons  astrein- 
dre , penetrer , inciser , desseicher,  et 
résoudre.  La  maniéré  de  l'ordonner 
est  telle. 

"if.  Latcrem  vnum  salis  crassam  aut  mar- 
cassitam  ponderis  n>.  j. 

Incandescat  super  carbones  ignilos  .deinde 
extinguatur  in  aceto  acerrimo,  cffun- 
dendo  intérim  paucam  aquain  vitæ,  fiat 
sufïumigalio  pro  parte  laborante. 

Les  parfums  faits  de  décoction 
d’herbes  et  autres  medicamcns  sont 
peu  différons  des  fomentations  hu- 
mides : car,  quant  à la  composition, 


BBS  MEDICÂMEKS. 

Insession  pour  vne  affection  de  reins. 


5g5 


n’y  a aucune  différence  : maisl’appli- 
cationdes  fomentations  humides  n’est 
telle  quedessuffumigations.  Parquoy 
me  contenteray  de  bailler  seulement 
vn  exemple  d’vne  suffumigation  hu- 
mide: 

Suffumigation  pour  l'oreille. 

if-.  Absinthij,  saluiæ,  rutæ,  origani  anap.j. 

Radicis  bryonæ  et  asari  ana  § . fi. 

Seminis  sinapi  et  cumini  ana  3.  ij. 
Decoquantur  in  duabus  parti  bus  aquæ,  et 
vna  vini  albi,  prosuffumigio  auris  cum 
emboto. 

Il  y a de  telles  suffumigations  hu- 
mides vniuerselles  et  pour  tout  le 
corps,  que  nous  appelions  estuues 
seiches,  desquelles  nous  parlerons  cy 
après. 


CHAPITRE  XLI. 

DES  INSESSIONS  OV  DEM YS  BAINGS. 

Insession,  ou  semicupium,  n’est  au- 
tre chose  qu’vu  demy  baing  des  par- 
ties du  ventre  inferieur,  ainsi  appellé 
à cause  qu’il  faut  que  le  patient  soit 
assis  sur  la  décoction  des  herbes 
Insession  est  peu  differente  de  fomen- 
tation humide,  car  elle  est  faite  de 
mesme  matière,  sçauoir  de  la  décoc- 
tion d’herbes,  racines,  semences, 
fruits:  mais  la  quantité  de  la  décoc- 
tion est  plus  grande  és  insessions 
qu’aux  fomentations:  tou tesfois nous 
nedescrirons  icelle  quantité,  ains la 
laisserons  au  iugement  de  l’opera- 
teur, disant  seulement  pro  semicupio 
ou  pro  insessu  ; neanlmoins  il  y faut 
mettre  grande  quantité  d’herbes  et 
racines  que  l’on  veut  cuire  , comme 
iusques  à 6.  ou  7.  manipules.  Vne 
exemple  seule  te  monstreru  le  tout. 


Maluæelbismaluæcumtotoanam.j.  fi. 
Betonicæ,  saxilragiæ,  parietariæ,  ana 
m.  j. 

Semînum  melonis,  milij  solis, alkckengi, 
ana  3.  iij. 

Cicerurn  rubsorum  p.  ij. 

Radicis  apij , graminis  , fœniculi,  eryn- 
gij  ana  §.  j. 

Decoquantur  in  sufficienti  quantilate  aquæ 
pro  insessu. 

Nous  vsons  des  insessions  és  affec- 
tions des  reins,  de  la  vessie  et  de  son 
col,  de  la  matrice  et  de  son  col,  du 
siégé  et  ventre  inferieur,  quand  le 
patient  pour  son  imbecillilé  ne  peut 
endurer  le  baing,  qui  luy  pourroit 
faire  trop  grande  resolution  d’esprits. 

La  maniéré  d’en  vser  est  telle.  Faut 
remplir  des  sachets  de  la  résidence  de 
la  décoction  , et  faire  asseoir  le  pa- 
tient sur  lesdits  sachets:  mais  faut 
ce  temps  pendant  couurir  la  teste, 
de  peur  qu’elle  ne  soit  remplie  de  fu- 
mées et  vapeurs.  Aucunesfois  l’on 
fait  asseoir  le  patient  en  la  décoction 
iusqu  au  nombril,  que  nous  appelions 
Semicupium , ou  demy  baing,  à raison 
que  toutes  les  parties  basses  sont  bai- 
gnées et  estuuées. 

Restemaintenant  escriredes  baings 
tant  naturels  qu’artificiels , à fin  que 
1 vsage  et  artifice  d’iceuxsoit  entendu 
comme  des  autres  cy  dessus. 


CHAPITRE  XLII. 

DES  BAINGS. 

Les  baings  ne  sont  autre  chose  que 
fomentations  vniuerselles  de  tout  le 
corps,  seruans  tant  à garder  la  santé 
d iceluy  (comme  Galien  monstre  au 


LE  V I BfGT-Cl  !N  Q V J lî  M të  LIVUU  , 


5gG 

]iure  2,  de  Sanilate  tuenda)' qu’à  la  cu- 
ralion  delà  plus  pari  des  maladies  : 
remedes  fort  communs  el  familiers 
aux  Médecins  anciens,  tant  Grecs  que 
Latins,  sur  tous  les  autres  remedes 
topiques  et  externes  : car  outre  leur 
vsage  et  profit  (qui  est  d’euacucr  les 
excremens,  el  autres  humeurs  pour- 
ris arrestés  à la  peau,  d’appaiser  dou- 
leurs, lassitudes,  el  corriger  toutes 
intemperatures  du  corps)  en  la  cura- 
tion des  heures  et  en  la  plus  part 
des  autres  maladies  sont  le  dernier 
refuge,  de  grande  aide  et  effets  mer- 
ueilleux.  Outre  ce  ils  sont  délecta- 
bles aux  hommes  : parquoy  d’iceux 
la  connoissance  est  fort  vliie  et  ne- 
cessaire. 

L’on  fait  deux  différences  des 
baings  : les  vns  sont  naturels,  les  au- 
tres artificiels.  Les  naturels  sont  ceux 
qui  de  leur  propre  nature  sortent  tels 
sans  aide  ou  artifice  externe,  et  ont 
quelque  qualité  médicamenteuse.  Car 
l’eau  qui  de  son  naturel  doit  estre 
sans  qualité  apparente  *,  si  d’aduen- 
tureelle  passe  par  les  minières  des 
corps  métalliques,  ou  prés  d’icelles, 
promptement  elle  reçoit  impression 
des  qualités  et  effets  desdits  métalli- 
ques. A ceste  cause  toute  telle  eau, 
ainsi  que  Galien  dit  au  premier  liure 
dcSanitate  tuenda,  a vne  vertu  com- 
mune qui  est  de  desseicher  : mais 
particulièrement  l’vneeschauffe  gran- 
dement et  desseiche  , l’autre  dessei- 
che, astreint  et  réfrigéré.  Lesdites 
eaux  sont  chaudes,  tiedes  ou  bouil- 
lantes, selon  qu’elle  passent  prés  ou 
loin  des  matières  allumées  sous  terre, 
desquelles  retiennent  et  empruntent 
la  vertu,  à cause  qu’elles  passent  par 
les  minières  pleines  de  feu,  et  faisans 
leurs  cours  par  icelles,  acquièrent 


chaleur  actuelle,  sans  autre  artifice  : 
laquelle  chose  est  de  grande  admira- 
tion, d’où  se  concret  telle  chaleur 
sous  la  terre,  où  manifeste  feu  n’ap- 
paroist  : aussi  qui  l’allume,  qui  l’en- 
tretient et  nourrit  par  si  long  temps 
sans  s’esteindre.  Aucuns  philosophes 
voula ns  donner  raison  naturelle,  di 
sent  que  le  feu  s’allume  sous  terre  par 
les  rayons  du  soleil  : les  autres  disent 
que  c’est  par  la  pénétration  des  fou- 
dres : autres  que  c’est  par  l’air  ve- 
hementement  esmeu,  comme  dehors 
du  caillou  est  tiré  le  feu  par  attrition. 
Mais  outre  ces  raisons  humaines,  la 
cause  principale  doit  estre  référée  à 
la  grande  prouidence  du  grand  Ar- 
chilecteur  facteur  de  toutes  choses, 
qui  a voulu  manifester  sa  puissance, 
voire  iusques  aux  entrailles  de  la 
terre.  laçoit  qu’aucuns  veulent  que 
telles  eaux  soient  eschauffées  par  le 
moyen  du  soulphre,  qui  entre  les 
corps  métalliques  retient  plus  la  na- 
ture du  feu,  comme  aussi  on  luy  at- 
tribue la  cause  du  feu  perpétuel  qui 
dés  tout  temps  sort  de  la  montagne 
de  Sicile  nommée  Ætna,  ainsi  qu’a- 
uons  parlé  cy  deuant,  et  selon  que 
descriuent  les  poètes  et  historiens  : à 
ceste  cause  les  eaux  sorians  ainsi 
chaudes  retiennent  principalement  la 
vertu  du  soulphre.  Les  autres  repré- 
sentent la  qualité  de  l’àluin  ou  du 
sel  nitre,  ou  de  bilumen,  ou  chalcan- 
thum.  El  telles  eaux  tant  chaudes 
que  froides  sont  conneuëspar  saueur, 
odeur,  couleur,  el  le  limon  qui  ad- 
héré aux  canaux  aussi  par  séparation 
artificielle  des  parties  terrestres  des- 
dites eauxd’auec  les  subtiles:  comme 
en  faisant  boüillir  l'eau  dudit  baing, 
comme  si  tu  voulois  faire  cautères, 
laquelle  estant  consommée  lu  con- 
noislraspar  lesdites  parties  terrestres 
qui  demeureront,  la  nature  du  baing. 


1 Galien,  au  liu.  des  Aliment. — A.  P. 


DES  MEDICAMENS. 


Comme  s’il  est  sulphuré,  lesdites  par- 
lies  terrestres  sentiront  le  soulphre  : 
s’il  est  alumineux,  auront  le  goust 
d’alum  , et  ainsi  consequemment  des 
autres.  D’auantage  par  les  effets  et 
aides  qu’elles  donnent  aux  maladies, 
lesquelles  déclarerons  particulière- 
ment, commençans  aux  sulphurées. 

Les  eaux  sulphurées  eschauffenl 
grandement,  desseichent,  rcsoluent, 
ouurent,  attirent  du  dedans  au  de- 
hors : elles  nettoyent  la  peau  de  gal- 
les, gratelles,  et  dartres:  sont  profi- 
tables au  prurit,  aux  vlceres,  de- 
fluxions  des  articles,  et  gouttes  : elles 
remédient  au  mal  de  la  colique,  de  la 
ratle  endurcie  : inutiles  au  reste  pour 
boire , à cause  de  leur  mauuaise 
odeur  et  saueur,  et  nuisantes  au 
foye. 

Les  alumineuses,  quant  à leur  sa- 
ueur, ont  vne  grande  stipticité  et 
aslriclion , partant  desseichent  gran- 
dement. Leur  chaleur  n’est  tant  ma- 
nifeste : toutesfois  quand  on  en  boit, 
elles  laschent  fort  le  ventre  : ce  qui 
semble  aduenir  à raison  d’vne  nilro- 
sité  et  chaleur.  Elles  detergent  et  re- 
priment les  fluxions,  et  les  menstrues 
superflues  des  femmes:  conuiennent 
aux  douleurs  des  dents,  aux  vlceres 
corrosifs,  et  apostemes  cachées  et  la- 
tentes, tant  des  genciues  que  d’autre 
partie  de  la  bouche. 

Les  salées  et  nitreuses  sont  mani- 
festes de  leur  saueur  : elles  escbauf- 
fent , desseichent,  astreignent,  de- 
tergent , resoluent , extenuent , résis- 
tent à la  putréfaction , ostent  les 
ecchymoses  : elles  profitent  aux  gra- 
telles vlcereuses  , et  vlceres  malings, 
et  toutes  tumeurs  laxes  : telle  est 
l'eau  de  la  mer. 

Les  bitumineuseseschauffent  conti- 
nuellement, resoluent,  et  par  longue 
espace  de  temps  emollissent  les  nerfs  : 


elles  sont  toutesfois  diuerseset  varia- 
bles, selon  les  espe<esel  diuersilés  de 
bilumen  qui  impriment  leurs  qua- 
lités esdites  eaux. 

Les  eaux  qui  retiennent  la  qualité 
de  l’airain  ou  cuyure,  eschauffent, 
desseichent,  detergent,  resoluent, 
incisent  et  astreignent  : elles  aident 
grandement  contre  les  vlceres  corro- 
sifs , fistules,  duresses  des  paupières, 
des  yeux , et  corrodent  les  carnosités 
tant  du  nez  que  du  siège. 

Les  ferrées  refrigerent,  desseichent, 
et  grandement  astreignent  : à ceste 
cause  sont  profitables  aux  apostemes, 
duretés  et  tumeurs  de  la  ratte,  débilité 
d’estomach,  ventricule,  flux  de  mens- 
trues , intempéries  chaudes  du  foye 
et  des  reins  : telles  sont  aucunes  de 
Luques  en  Italie. 

Les  plombées  refrigerent , dessei- 
chent , et  retiennent  toutes  les  au- 
tres qualités  du  plomb.  Telles  sont 
celles  qui  passent  par  les  canaux  du 
plomb. 

Ainsi  faut  iuger  des  eaux  gypseu- 
ses , ou  ayans  la  nature  de  la  craye  , 
lesquelles  ont  les  mesmes  effets  que 
les  corps  par  où  elles  passent. 

Les  susdites  eaux  chaudes  aident 
grandement  contre  les  maladies  froi- 
des et  humides , paralysie  , spasmes, 
rigueurs  des  nerfs,  tremblement,  pal- 
pitations , gouttes  froides  , inflations 
des  membres,  hydropisies,  iaunisse 
procédant  d'humeur  visqueux , dou- 
leurs de  costés, coliques,  douleurs  ne- 
phritiques , à la  stérilité  des  femmes , 
à la  suppression  des  mois  d’icelles , à 
la  suffocation  de  la  matrice , aux  las- 
situdes spontanées , aux  defedations 
du  cuir,  dartres,  morphées,  galles, 
gratelles,  à la  lepre , et  autres  mala- 
dies prouenantes  d'obstruction  faite 
d’humeur  visqueux  et  froid , à raison 
qu’elles  prouoquent  sueurs  ; mais 


5qB  le  vingt-cinqviéme  litre  , 


icelles  faut  euiter  és  natures  choléri- 
ques, et  és  intemperatures  chaudes 
du  foye  : car  elles  pourroient  causer 
cachexie  et  hydropisie , par  la  mau- 
uaise  complexion  acquise  au  foye 
pour  l’vsage  desdites  eaux. 

Les  froides  sont  fort  conuenables 
aux  intemperatures  chaudes,  tant  de 
tout  le  corps  que  des  parties  d’iceluy  : 
et  sont  plustost  prises  au  dedans , 
qu’appliquées  au  dehors.  Elles  con- 
fortent grandement  et  roborent  les 
parties  internes  relaxées  : comme  la 
vertu  relentricedu  ventricule,  des  in- 
testins, des  reins,  de  la  vessie,  et  des 
autres  parties  du  ventre  inferieur.  Et 
pourtant  elles  corrigent  les  excessiues 
chaleurs  du  foye , le  remettans  à sa 
naturelle  température , et  grandement 
le  corroborent  : elles  arrestent  flux 
de  ventre,  dysenteries,  flux  de  mens- 
trues, flux  d’vrine,  gonorrhées, 
sueurs  immodérées,  flux  de  sang,  et 
guarissent  beaucoup  d’autres  mala- 
dies causées  par  imbécillité  des  par- 
ties dudit  ventre  inferieur.  Entre  les- 
quels ceux  du  Liege,  et  de  Spa,  et  de 
Plombiere,  pris  par  dehors  et  par  de- 
dans , ont  mesme  effet,  faisans  d’vne 
mesme  main  plusieurs  offices  sans 
rien  gaster  : veu  que  ces  eaux  sont 
tellement  potables,  que  ceux  du  pays 
en  vsent  ordinairement  en  leurs 
potages  et  breuuages  sans  mal  en 
receuoir  ?. 

On  fait  des  baings  artificiels  à l’imi- 
tation des  naturels,  pour  suppléer  le 
defaut  d’iceux , en  y mettant  poudre 
des  dessusdits  minéraux,  comme  soul- 
phre , alum,  sel  nilre  , bitumen.  Au- 
cunesfois  on  fait  chauffer  fer,  cuyure, 
or,  argent,  iusques  à rougeur,  et  les 
fait-on  esteindre  plusieurs  fois  en  eau 

1 Cette  dernière  phrase  est  une  addition 

de  1679. 


commune  ou  de  pluye,  pour  en  don- 
ner à boire  aux  patients.  Et  telles 
eaux  retiennent  souuent  la  vertu 
du  métal  qui  a esté  esteint  en  icelles, 
comme  l’on  voit  par  les  effets,  tant 
és  dysenteries  qu’és  autres  excrétions 
immodérées  des  humeurs  bons  et  su- 
perflus au  corps  humain,  quand  elles 
débilitent  nature. 

Outreceux-cy,  il  y a d’autres  sortes 
de  baings  artificiels , desquels  lesvns 
sont  faits  d’eau  simple  seulement 
sans  autre  mixtion  : les  autres  sont 
faits  auec  décoction  de  quelques  me- 
dicamens. 

Les  baings  d’eau  simple  doiuent 
estre  tiedes  et  médiocrement  chauds. 
Car  l’eau  estant  ainsi  tiede , humecte, 
relasche , amollit  les  parties  solides 
trop  seiches,  dures  et  tendues,  ouure 
les  pores  par  vne chaleur  accidentale, 
digéré,  attire  et  resonlt  lesexcremens 
tant  fuligineux  qu’autres,  acres  et 
mordans  , arrestés  entre  cuir  et 
chair  1 : aussi  est  fort  commode  aux 
combustions  imprimées  sur  le  corps 
et  visage  par  insolations,  c’est  à dire, 
trop  grandes  ardeurs  du  Soleil,  et 
aux  lassitudes  , ausquelles  les  parties 
similaires  sont  desseichées2.  D’auan- 
tage  soit  que  nous  soyons  eschauffés, 
ou  réfrigérés,  ou  desseichés,  oq 
qu’ayons  nausée,  ou  quelque  autre 
intempérie,  et  que  le  corps  demande 
quelque  euacuatiop , nous  trouuons 
manifestement  grand  secours  aux 
baings  d’eau  tiede,  et  peuuent  seruir 
de  frictions  ou  d’exercice.  Car  ils  ap- 
portent au  corps  médiocrité  du  tem- 
pérament : ils  augmentent  la  chaleur 
et  la  vertu  , et  auec  sueurs  viennent 
à discuter  ventosités.  Partant  sont 
conuenables  aux fiéures hectiques,  et 

1 Galien,  au  liu.  3.  de  Sanit.  tuend. — A.  P. 

* Galien,  au  liu.  10  delà  Math.  — A.  P. 


DES  MEDICAMETfS. 


à Li  déclination  de  toutes  les  autres 
fleures  : ioint  qu’outre  les  commodi- 
dités  susdites  ils  prouoquent  le  repos 
et  dormir,  ainsi  que  dit  Galien  h Mais 
pour  autant  que  l’eau  seule  ne  peut 
longuement  adhérer  au  corps , on  y 
mesle  de  l’huile  d’oliue  pour  ta  faire 
demeurer  plus  longuement  : et  iceux 
baings  sont  grandement  loties  pour 
ceux  qui  sont  de  température  chaude 
et  seiche  : aussi  sont  proffltables  aux 
inflammations  des  poulmons,  et  aux 
pleureliques,  paree-ce  qu’ils  appai- 
sent  la  douleur,  et  aident  à suppu- 
rer les  crachats, pourueu  qu’ilssoient 
faits  après  les  choses  vniuerselles  : 
pource  que  s’ils  estoient  pris  auantla 
purgation  et  saignée,  ils  seroient  fort 
dangereux,  à raison  qu’ils  pour- 
roient  pauser  fluxion  sur  les  parties 
affligées-  Le  baing,  dit  Galien,  est  ad- 
ministré sans  danger  aux  maladies, 
quand  la  matière  est  cuitle  et  digé- 
rée : ils  sont  'vlilps  aux  fleures  arden- 
tes causées  de  cholere,  par-ce  qu’ils 
refrigerent  et  humectent , et  aussi 
qu’ils  euacuent  portion  de  la  cholere. 
Pour  tels  effets  sont  choisies  les  eaux 
de  pluye  : puis  celles  de  riuiere  pon 
limonneuse, en  après  celles  de  bonnes 
fontaines  : le  dernier  rang  tiennent 
les  eaux  de  paluds  et  estangs  : car  il 
faut  que  l'eau  pour  le  baing,  que 
nous  appelions  aqua  dulcis , soit  lege- 
re,  et  de  substance  ténue  et  subtile. 
Les  baings  d’eau  trop  chaude  ou 
froide  n’ont  pas  tel  vsage , mais  plus- 
tost  apportent  vne  incommodité  : car 
ils  serrent  et  ferment  les  pores  du 
corps,  et  par  cpnsequent  retiennent 
les  excremeusel  autres  humeurs  à la 
peau. 

Les  autres  baings  artificiels  sont 

1 Galien,  liu  2.  de  la  Cotnp.  de 3 tiédie, 
particuliers.  — A.  P. 


599 

faits  de  mesnïe  matière  que  les  fomen- 
tations humides  : parquoy  aucuns 
d’iceux  sont  relaxatifs  : les  autres  se- 
datifsdes  douleurs  : les  autres  mondi- 
ficatifs  et  detersifs  : les  autres  prouo- 
quent ou  arrestent  les  menstrues  des 
femmes , et  ainsi  des  autres. 

Les  relaxatifs  sont  faits  de  la  décoc- 
tion et  permixtion  des  medicamens 
remollitifs  et  résolutifs  descrits  par  cy 
deuant,misen  grande  quantité.  On  y 
adiouste  aucunesfois  du  vin,  quel- 
quesfois  de  l’huile,  quelquesfois  du 
beurre  frais,  du  laict:  et  d'iceux  nous 
vsons  aux  suppressions  d’vrine,  et 
douleurs  nephritiques,  et  contractions 
de  nerfs,  et  habitudes  des  corps  hec- 
tiques. Car  par  medicamens  relas- 
chans,  l’aridité  du  cuir  est  corrigée  : 
et  par  les  humectans  , qui  peuuent 
penetrer  et  enuoyer  leur  humidité 
grasse  et  aérée,  iusques  au  dedans  du 
corps  ja  raréfié  et  ouuert  par  la  tié- 
deur du  baing , arrousée  et  nourrie  , 
comme  d’vn  gras  et  fertile  limon. 

Les  anodyns,  qui  allègent  ou  dimi- 
nuent douleur,  sont  faits  des  medica- 
mens anodyns  et  tempérés  , ausquels 
on  adiouste  quelquesfois  des  medica- 
mens relaxans,  autresfois  des  forts 
résolutifs , et  les  fait-on  cuire  en  eau 
et  vin,  principalement  és  douleurs  de 
coliques  prouenans  de  pituite  vitrée, 
ou  des  ventosités  grosses  encloses  au 
ventre.  Nous  vsonsde  telsbaings  pour 
les  douleurs  du  ventre  inferieur,  des 
reins  , de  la  matrice,  et  de  l’intesti- 
num  colon.  Toutesfois  ne  faut  que  le 
malade  sue  en  iceux,  mais  seulement 
qu’il  y nage  quelque  espace  de  temps, 
iusques  à ce  qu’il  sente  sa  douleur  al- 
légée, de  peur  de  prosterner  d’auan- 
tagela  vertu  affoiblie  par  douleur. 

Les  detersifs  sont  faits  des  medica- 
mens mondificatifs  et  desseichans. 

Quelquesfois  nous  vsons  des  remol- 


6oo 


LE  VINGT-CTNOVIFME  LIVRE  , 


litifs  meslés  nuec  légers  détersifs,  où 
il  v a quelque  dureté  à la  peau  . ou 
que  les  cronstes  et  escailles  «1e  la 
galle  et9  autre  vice  «lu  cuir  sont  dures 
excessiuement,  pour  venir  par  apres 
aux  forts  detersifs  et  desiccatifs.  Us 
sont  fort  requis  és  affections  du  cuir, 
galles,  gratelles,  prurit , morphées, 
et  autres  telles  defedations  du  cuir  : 
après  lesquels , pour  troisième  baing, 
faut  faire  décoction  de  choses  dessei- 
chantes  et  astringentes  lcgeremenl, 
pour  corroborer  la  peau  et  habitude 
du  corps  , à ce  qu’elle  ne  soit  désor- 
mais si  prompte  et  ouuerte  à rece- 
uoir  nouuelles  fluxions , et  que  le  mal 
ne  retourne  comme  parauant. 

On  fait  aucunesfois  d’autres  baings 
composés  et  meslés  ensemble  des  des- 
susdits, selon  les  indications  compli- 
quées. Les  baings  appropriés  aux  fem- 
mes sont  faits  des  medicamens 
appropriés  à la  matrice  , selon  les  in- 
tentions, comme  dcprouoquer  ou  ar- 
rester  les  mois  d’icelles.  Vnc  seule  des- 
cription d’vn  seruira  pour  toute 
description  de  baing. 

Baing  relaxant  et  anodyn. 

If.  Rad.  lilior.  albor.'ct  bismaluæ  ana  tb.  ij. 
Maluæ,  parietariæ,  viol,  ana  m.  vj. 
Semin.  lini,  fœnugr.  et  bismal.  anaïb.  j. 
Flor.  chaniæm.,  melil.  et  anelhi  ana  p.vj. 
Fiat  decoelio  insulïicicnti  aquæ  quantitate, 
cui  pcrmisceto  : 

Olei  liliorum  et  lini,  ana  3b.  ij. 

Vini  albi  Ib.  vj. 

Fiat  balneum , in  quo  diutius  natet  æger. 

Les  baings  tant  naturels  qu’artifi- 
ciels  , sont  remedes  fort  louables  et 
sains,  s’ils  sont  pris  en  temps  deu,  et 
quantité  et  qualité  conuenables , 
comme  tous  autres  remedes  : mais 
s’ils  ne  gardent  telles  reigles , ils  nui- 
sent grandement  : car  ils  exciteut 


horreurs  , frissons  et  douleurs,  den- 
sité «le  la  peau  . débilitent  les  facultés 
de  uoslre  corps,  et  apportent  plu- 
sieurs autres  dommages*.  Parquoy 
faut  auoir  esgard  aux  considérations 
cy après  escrites.  Premièrement  auant 
qu’entrer  au  baing  , faut  qu’il  n’y  ait 
aucune  partie  principale  debile 2.  Car 
telles  parties  débiles  attirent  et  reçoi- 
uent  promptement  les  humeurs  fon- 
dus et  liquéfiés  par  le  baing,  veu  que 
lesvoyes  sontouuertes.  Secondement, 
faut  qu’il  n’y  ait  abondance  et  multi- 
tude d’humeurs  cruds  aux  premières 
veines  : car  tels  humeurs  par  le 
baing  seroient  dispersés  par  tout  le 
corps.  Parquoy  il  est  fort  bon  que  les 
purgations  vniuerselles , et  vacua- 
tions  desdits  humeurs , precedent 
auant  qu’entrer  au  baing.  Et  non  seu- 
lement telles  purgations  vniuerselles 
sont  necessaires  auant  le  baing,  mais 
aussi  les  excrétions  , tant  de  l’vrine 
que  d’autres  excremens.  Après  telles 
purgations,  tant  vniuerselles  que  par- 
ticulières , faut  que  la  vertu  et  force 
du  patient  soit  suffisante , tant  pour 
entrer  et  demeurer  au  baing , que 
pour  se  tenir  sans  manger  et  à ieun. 
Tiercement  , faut  que  tel  baing  soit 
administré  sans  frisson , à cause  qu’il 
pourroit  causer  vne  fiéure. 

Le  temps  commode  pour  se  mettre 
au  baing  est  après  le  soleil  leué,  à 
ieun , ou  six  ou  sept  heures  après  le 
repas,  si  d’aduenlure  on  veut  vser 
deux  fois  le  iour  des  baings.  Car  si  la 
viande  estoit  encore  aux  premières 
veines,  ou  au  ventricule,  elle  seroit 
attirée  auant  sa  parfaite  coction , à 
raison  de  la  chaleur  du  baing  qui 
eschaufferoit  toutes  les  parties  du 

1 Galien  , au  liu.  10  de  la  Meth.  — Galien, 
au  liu.  3.  de  Catis.  puis.  — A.  P. 

1 Galien , 11  .de  la^Melh.  — A . P. 


DES  MEDIC AUTOS. 


corps,  dont  elles  seroient  plus promp- 
les  à adirer  l’aliment  encore  crud. 
A licuns  e«lisen1  la  partie  de  l’année 
commode  pour  lesdits  baings , le  Prin- 
temps et  ündel’Eslé:  autres  vn  iour 
beau  et  clair,  ny  froid , ny  venteux , 
ny  pluuieüx.  Ainsi  la  disposition  et 
vertu  du  corps  et  les  temps  considé- 
rés, faut  entrer  bien  chaudement  au 
baing,  dans  lequel  ne  faut  boire  ny 
manger  pour  les  causes  ja  dites:  si 
d’auenture,pour  le  regard  des  forces, 
l’on  ne  prend  vn  peu  de  pain , ou 
quelques  raisins,  ou  quelque  orange, 
ou  grenade  pour  la  soif. 

Le  temps  d’y  demeurer  ne  se  peut 
dire  Dy  escrire.  Aucuns  toulesfois 
veulent  qu’il  soit  d’vne  demie  heure 
iusques  à vne  heure  : mais  ne  se  faut 
fier  à cela , ains  auoir  esgard  à la 
vertu.  Car  il  ne  faut  que  le  patient 
demeure  au  baing  iusques  à l’extremc 
débilité  et  foiblesse  : à raison  qu’és 
baings  est  faite  grande  résolution  des 
esprits  et  de  l’humeur  substanlifique. 

Au  sortir  du  baing  faut  estre  dili- 
gemment couuert,  et  se  mettre  au 
lict  pour  y suer,  et  euacuér  par  sueurs 
quelques  excremens  attirés  à la  peau 
par  la  chaleur  du  baing.  Après  la 
sueur  diligemment  nettoyée,  faut 
faire  ou  frictions  légères , ou  déam- 
bulations : puis  se  nourrir  de  viandes 
de  bon  suc,  de  facile  digestion  et  dis- 
tribution : car  la  vertu  concoctrice 
du  ventricule  a esté  affoiblie  par  le 
baing.  La  quantité  desdites  viandes 
sera  modérée,  quand  elle  ne  fera  pe- 
santeur à l’estomach.  Finablement, 
après  les  baings  faut  euiter  la  compa- 
gnie des  femmes  : car  le  coït , outre 
l’imbécillité  acquise  du  baing,  il  ab- 
bat  grandement  les  forces  et  vertus, 
tant  de  tout  le  corps  que  principale- 
ment des  parties  nerueuses. 

Ceux  qui  se  baignent  pour  duresse, 


Cot 

ou  tHi't.'ca  vinent  «les  nerfs,  ou  pour 
app.ûser  li‘-  duuh-iirs d’iceux,doiuenl 
frotter  **f  > ntuuivr  les  parties  malades 
de  1 fange  du  baing  : car  par  ce 
moyen  1.;  *.  ••rtu  du  baing  est  conser- 
uée  plus  longuement  en  la  partie  : et 
reçoit-on  plus  grand  profit  en  se  frot- 
tant et  endui  ant  la  partie  d’icelle 
fange,  que  si  on  vsoil  du  seul  baing  *. 

Ces  reigles  icy  diligemment  obser- 
uées  et  gardées,  l’vsage  des  baings 
est  d’vu  effect  diuin  et  merueilleux , 
comme  il  a esté  prédit  : et  non  seule- 
ment telles  reigles  sont  à garder  en 
vsant  des  baings,  mais  aussi  en  pre- 
nant des  estimes,  desquelles  nous 
parierons,  pour  i’affinitéet  vsage  com- 
mun qu’elles  ont  auec  les  baings  : 
ioint  aussi  que  les  anciens  vsoient 
des  estimes  seiches  et  baings  l’vn 
après  l’autre , et  le  tout  auoil  le  nom 
de  baing , comme  il  est  facile  à con- 
noislre  par  les  liures  de  la  Méthode 
de  Galien. 


CHAPITRE  XLIII. 

DES  ESTWES. 

Les  estimes  sont  seiches , ou  humi- 
des. Les  seiches  sont  faites  auec  vne 
euaporalion  d’air  chaud  et  sec  , qui 
en  eschauffant  tout  le  corps  ouurc  les 
pores  d iceluy,  et  esmeut  sueurs.  On 
peut  exciter  et  faire  telle  euaporalion 
d’air  chaud  et  sec  en  plusieurs  maniè- 
res : communément  et  publiquement 
est  faite,  tant  en  ceste  ville,  qu’en 
autre  lieu  où  sont  estimes  publiques, 
auec  vu  fourneau  vousté  sous  lequel 
on  fait  grand  feu , à fin  que  ledit 
fourneau  estant  eschauffé , puisse 
faire  telle  euaporation.  Toutesfois 
chacun  en  peut  faire  parliculicre- 

1 Ce  paragraphe  a été  ajouté  en  1579. 


6o3 


LE  VINGT-CINQVIÉME  LITRE  , 


ment,  auec  telle  industrie  et  artifice. 

On  peut  mettre  en  vne  cuue  des 
pierres  de  grais  rouges  et  ardentes, 
entre  lesquelles  sera  assis  nud  le  pa- 
tient bien  couuert,  et  l’exhalation 
seiche  desdits  grais  estant  ainsi  en- 
close en  ladite  cuue,  eschauffera  et 
esmouuera  sueurs  : toutesfoisdepeur 
que  les  grais  ne  bruslent  la  cuue , 
les  faut  poser  sur  tuilles  ou  lames 
de  fer.  Et  d’auantage,  faudra  auoir 
diligemment  esgard  au  patient,  et 
l’entreuoir  de  fois  à autre  : car  il  est 
aduenu  quelquesfois  qu’iceux , par 
nonchalance  des  assistansou  gardes, 
estans  délaissés  seuls,  venans  subite- 
ment à s’esuanoüir  par  trop  grande 
dissipation  des  esprits,  causée  par  la 
chaleur  de  l’estuue,  et  tombans  sur 
les  pierres  ardentes,  ont  esté  retirés 
demy-morts  et  bruslés. 

Aucuns  prennent  telles  estuues 
seiches  en  vn  four,  après  qu’on  a 
tiré  hors  le  pain  : mais  elles  sont 
fort  incommodes , à cause  que  le  ma- 
lade n’y  peut  pas  demeurer  à son  aise. 

Les  estuues  humides  sont  faites 
auec  vne  vapeur  ou  fumée  chaude  et 


humide  : telle  vapeur  se  fait  par  dé- 
coction des  racines,  fueilles,  fleurs  et 
semences  des  herbes,  lesquelles  on 
fait  boüillir  auec  eau  ou  vin,  ou 
tous  les  deux  ensemble,  en  vne  mar- 
mite bien  close  et  lutée,  et  l'ébulli- 
tion et  vapeur  de  telle  décoction  est 
conduite  par  tuyaux  et  canaux  de 
fer  blanc,  lesquels  s’insèrent  en  vne 
cuue  ayant  deux  fonds,  dont  le  se- 
cond est  troué  et  percé  en  plusieurs 
endroits,  à fin  que  ladite  vapeur  ait 
sortie  de  toutes  parts,  et  puisse  es- 
chauffer  et  ouurir  les  pores  du  corps 
pour  suer.  La  cuue  sera  bien  garnie 
de  couuertures  par  dessus:  le  patient 
aussi  ayant  la  teste  couuerte,  et  hors 
de  la  cuue , s’asserra  sur  vne  petite 
selle  dans  ladite  cuue , et  suera  à sa 
volonté,  auec  telle  chaleur  qu’il  luy 
plaira.  Car  la  chaleur  est  modérée 
par  le  bénéfice  d’vn  trou  estant  au 
haut  des  tuyaux,  lequel  on  destoupe 
lors  que  la  chaleur  est  trop  grande , 
autrement  non  : telle  vapeur  est 
fort  plaisante  à sentir,  et  donne  plai- 
sir en  suant,  comme  lu  peux  voir  par 
ceste  figure  l. 


Figure  d'vne  Cuue  à double  fonds  auec  ses  tuyaux  et  marmite  , propre  pour  receuoir  les 


estuues  humides. 


DES  MEDICAMENTS. 


Si  l’on  n’a  tels  tuyaux,  on  peut 
faire  telles  estuues  humides,  ainsi 
qu’il  s’ensuit.  Faut  faire  cuire  les  her- 
bes en  vn  chauderon  , puis  les  met- 
tras aux  pieds  du  patient  en  la  cuue, 
estant  bien  couuerte  par  dessus  : et 
pour  exciter  vapeur  humide,  faut 
mettre  pierres  de  grais  ardentes  dans 
le  chauderon  : car  elle  boüillira  en  la 
décoction,  etexcitera  grandes  vapeurs 
humides  qui  esmouueront  sueurs. 


CHAPITRE  XLIV. 

DES  FARDS  POVR  DECORER  ET  EMBELLIR 
LA  FACE  DES  FEMMES. 

A telles  femmes  qui  se  fardent  pour 
leur  plaisir  et  delices , ie  ne  leur  vou- 
drois  donner  aucun  aide  : mais  bien 
à celles  qui  sont  honnestes,  fuyans 
les  marques  de  vieillesse  et  de  turpi- 
tude , desirans  euiter  l’indignation  de 
leurs  maris  : et  à icelles  ces  moyens 
qui  s’ensuiuent  s’adressent,  pour  pal- 
lier leurs  rides  et  couleur  mauuaise. 

Or  la  couleur  du  visage  demonstre 
la  bonne  température  ou  mauuaise  , 
et  la  domination  des  humeurs  : car 
chacun  humeur  donne  sa  teinture  au 
cuir,  et  principalement  tt  celuy  de  la 
face.  Car  si  la  cholere  domine , la 
couleur  sera  iaunastre  et  citrine  1 : si 
le  phlegme,  blafarde  : si  la  melancho- 
lie,  plombine  ou  liuide  : et  si  le  sang, 

la  rencontre  déjà  dans  les  Dix  liures  de  chi- 
rurgie de  15G4  avec  cette  note  : 

Cuue  à double  fons,  entre  lesqueli  vne  va- 
peur conduille  par  tuyau  de  fer  blanc  qui  sort 
d’vne  marmitle  , de  certaine  décoction  pour 
prouoquer  le  mer,  que  nous  appelions  Estuues 
seiches. 

1 Hippocrates , au  commencement  du  Hure 

des  Humeurs.  — A.  p. 


6o3 

la  couleur  sera  vermeille.  Il  y a au- 
tres choses  qui  donnent  la  couleur  au 
cuir,  et  luy  changent  sa  couleur  na- 
turelle : telles  sont  les  choses  exté- 
rieures, comme  le  soleil,  le  froid  , 
luxure,  tristesse,  peur , veilles , ieus- 
nes , douleur,  longues  maladies , l’v- 
sage  des  mauuaises  viandes  et  breu- 
uages,  comme  vinaigre  et  mauuaises 
eaux  : au  contraire, les  bonnes  vian- 
des et  le  bon  vin  aident  à faire  bonne 
couleur,  à raison  qu’elles  engendrent 
bon  suc. 

Si  telles  turpitudesprouenoient  par 
les  humeurs  pechans  en  quantité  et 
qualité,  faut  purger  et  saigner.  Et  si 
tel  vice  prenoit  sa  source  de  quelque 
inlemperature  des  parties  principales, 
il  faudroit  premièrement  icelle  robo- 
rer  : ce  qui  se  fera  par  l’aduis  du 
docte  Médecin.  Maintenant  nous  vien- 
drons aux  remedes  particuliers  , qui 
ont  faculté  de  pallier  les  rides  et 
blanchir  le  cuir. 

Premièrement  on  lauera  la  face  en 
eau  distillée  des  fleurs  de  lis,  ou  de  fé- 
ues , ou  nénuphar,  ou  laid  de  vache 
pareillement  distillé,  ou  bien  auec 
eau  d’orge  ou  d’amidon  , de  ris , dé- 
layés en  eau  tiede  : et  la  face  en  es- 
tant lauée  sera  desseichée,  puis  ointe 
des  onguens  que  dirons  cy  après  : car 
tels  lauemens  detergent  et  préparent 
la  face  à receuoir  l’action  d’iceux  on- 
guens, comme  fait  la  lexiue  alumi- 
neuse au  poil , lors  que  l’on  le  veut 
noircir.  Après  auoir  detergé  et  pré- 
paré la  face  , on  vsera  des  remedes 
qui  s’ensuiuent , lesquels  ont  faculté 
d’embellir,  de  teindre  le  cuir,  et  effa- 
cer les  rides , comme  : 

ïf.  Gummi  tragaganthæ  conquass.  3.  ij. 

Distemp.  in  vase,  vitreo  cum  lh.  ij.  aqu® 

communia. 


6o4  LE  vingt-cinqviéme  livre 


icelle  gomme  se  fondra  , el  l’eau 
demeurera  blanche. 

Autre. 

2£.  Lithargyri  auri  § . ij. 

Cerussæ  et  salis  connnunis  ana  5.  fi. 

Aceti , aquæ  plantagin.  ana  g . ij. 

Caphuræ  5.  H>. 

Faut  faire  tremper  la  litharge  et  ce- 
ruse  en  vinaigre  l’espace  de  trois  ou 
quatre  heures  à part , et  le  sel  et 
camphre  en  l’eau  que  prendrez,  puis 
les  faut  distiller  le  tout  à part  par  le 
filtre  : el  après  estre  distillés,  à me- 
sure que  vous  en  vserez,  les  inesler. 

Eau  de  laicl  de  vache, 

if.  Lact.  vaccin.  lb  ij. 

Aurant.  et  limon,  ana  n.  iiij. 

Sacchar.  albiss.  et  alum.  rocli.  ana  § j. 
Distillcntur  omnia  sirnul. 

L’on  mettra  les  citrons  et  oranges 
par  petites  pièces, puis  seront  infusées 
dedans  le  laict , et  adioustant  vostre 
sucre  et  alum  , et  le  tout  sera  distillé 
in  balneo  Mariœ.  Ceste  eau  est  excel- 
lente pour  tenir  le  teint  net  et  frais , 
et  embellir  la  face  : lors  qu’on  se  cou- 
che, on  mettra  linges  qui  en  seront 
imbus,  sur  la  face. 

Autre  eau  fort  excellente  pour  rendre  le  teint 
clair  el  beau  *. 

Faites  distiller  limaçons  de  vignes, 
et  jus  de  limons  , fleurs  de  bouillon 
blanc , de  chacun  quantité  égalé], 
puis  y soit  adiousté  autant  d’eau  con- 
tenue dedans  les  bourse!  tes  de  Forme, 
et  en  soit  vsé  comme  auons  dit. 

1 Celte  formule  est  une  addition  de  1579. 


Autre  eau. 

X.  Micæ  panis  alb.  lb.  iiij, 

Flor.  fab.  rosar.  alb.  florinn  nenuph.  ii- 
lior.  et  ireos  ana  ïb.  ij. 

I.act.  vacc.  lb.  vj. 

Oua  n.  viij. 

Aceti  opt.  Ib.j. 

Distillentur  omnia  sirnul  in  alembico  vitreo, 
et  fiat  aqua. 

D’icelle  on  se  peut  lauer  les  mains 
et  la  lace. 

Autre,  en  forme  de  Uniment. 

"if.  Olci  de  lai  tar.  g . iij. 

Mucag.  sernin.  psyllij.  5.  j. 

Cerussæ  in  oleo  rosar.  dissol.  § . j. 
Boracis,  salis  gemmæ  ana  5.  j. 

Fiat  linimentum. 

Toile  cirée  pour  coniregarder  le  teint  ». 

Ceste  toile  cirée  est  fort  propre  pour 
porter  la  nuit  sur  le  visage,  en  mode 
de  masque. 

Prenez  cire  blanche  grenée  quatre 
onces  , graisse  de  chéureau  fondue  , 
suif  de  bouc  , et  lerebenthine  de  Ve- 
nise vne  once  , nature  de  Balaine 
deux  onces, camphre  vne  drachme  : 
faites  fondre  le  tout  ensemble  , et  y 
tremper  la  toile  : laquelle  lisserez  par 
après,  et  la  garderez  soigneusement 
pour  faire  masques. 

Pour  rendre  le  cuir  de  la  face  tendu  et  délié, 
et  pour  le  blanchir. 

Hf.  Caponem  vnum , et  caséum  ex  lacté  ca- 
prino  recenter  confcctum. 

Limon,  n.  iiij.  oua  n.  vj. 

Cerussæ  lotæ  in  aqua  rosar.  g . ij. 
Borac.  g.  j.ft 
Camphor.  5.  ij. 

Aquæ  florum  fabarum  lb.  iiij. 

Fiat  omnium  infusio  per  viginti  quatuor  ho- 
ras , postea  distillentur  in  alembico  vitreo. 

1 Celte  formule  ne  date  que  de  15*5. 


DES  I\i EDICAMENS. 


Autre. 

I.*e  la  moelle  d’os  de  mouton  se 
fait  vn  fard  fort  excellent , lequel 
adoucit  la  face  et  la  rend  fort  claire. 
La  façon  de  l'extraire  est  de  pren- 
dre les  os  qui  auront  esté  séparés  de 
leur  chair  par  ébullition  : puis  iceux 
concassés,  les  faire  longuement  cuire 
dans  de  l’eau  : lesquels  estans  bien 
bouillis , sera  le  tout  tiré  du  feu  et  re- 
froidi, et  au  dessus  de  la  décoction 
amasserez  la  graisse  qui  nage , et  d’i- 
celle vous  en  frotterez  le  visage  au 
soir,  et  le  lendemain  le  lauerez  de  la 
susdite  eau. 

Autre  *. 

Prenez  cire  blanche  deux  onces  , 
huile  d’amandes  douces  quatre  onces, 
graisse  rccente  des  reins  de  chéureau 
deux  onces  : poudre  de  ceruse  de  Ve- 
nise lauée  en  eau  rose , ou  blanc  d’a- 
midon , autant  qu’il  en  faut  pour  les 
incorporer  en  maniéré  d’onguent, du- 
quel oignez  la  face  au  soir  : et  le  len- 
demain la  lauerez  auec  eau  coulée 
de  son  de  froment , puis  l’essuyerez 
d’vn  linge  blanc  et  délié. 

Autre. 

Prenez  l'eau  qui  se  trouue  és  foli- 
cules  d’orme  : meslée  auec  laict  d’as- 
nesse,  ou  toute  seule,  est  singulière 
pour  tenir  la  face  polie  et  luisante, 
et  faut  s’en  lauer  au  soir,  et  puis  se 
lauer  d'eau  claire. 

Autre. 

ij-.  Salis  cerussæ  3.  ij. 

Voguent.  cilrini  vel  sperrnat.  ceti.  g . j. 
.Mal axent u i-  simul , et  liât  linimentum, 
addenda  olci  ouorum  3.  ij. 

1 Celte  formule  et  la  suivante  n’ont  été 
intercalées  ici  qu’en  1585. 


f)05 

La  maniéré  de  faire  le  sel  de  ceruse, 
c’est  qu’il  faut  prendre  de  la  ceruse 
bien  puluerisée,  et  la  mettre  auec 
vinaigre  distillé  (tellement  que  pour 
liure  y soit  mis  quatre  liures  de  vi- 
naigre) laissant  le  tout  infuser  l’es- 
pace de  quatre  ou  cinq  iours  : puis 
sera  distillé  par  filtre,  laquelle  distil- 
lation sera  mise  sus  le  feu,  en  vn 
vaisseau  de  terre  plombé,  et  tarie 
iusques  à ce  qu’elle  se  rende  en  sel, 
comme  quand  l’on  fait  les  cautères. 

Autre  1 . 

Prenez  fiente  de  pet  ils  lézards  , os 
de  sechc , tartare  de  vin  blanc  , ra- 
clure de  corne  de  cerf , farine  de  ris, 
ana  : faites-en  poudre,  faites  la  trem- 
per en  eau  faite  et  distillée  d’amandes 
douces,  de  limaces  des  vignes  et  de 
fleurs  de  nénuphar.  Ce  fait , adioustez 
le  poids  d’autant  de  miel  blanc , et  de 
rechef  incorporez  le  tout  en  vn  mor- 
tier de  marbre,  et  gardez  ceste  mix- 
tion en  vn  vaisseau  de  verre  ou  d’ar- 
gent , et  vous  en  frottez  le  soir  le 
visage,  et  verrez  chose  merueilleuse 
pour  les  rougeurs  du  visage.  Nota , 
qu’il  faut  laisser  vn  linge  trempé  en 
ladite  eau  sur  le  visage  , y ayant  mis 
l’onguent. 

Autre  excellent. 

if.  Sublimati  g . j. 

Argenti  viui  extincti  in  sali ua  5.  ij. 
Margarilaruin  non  perforât.  5.  j. 

Caphuræ  5.  j.  fi. 

Incorporentur  simul  in  inortario  marmorco 
cum  pislillo  ligneo,  per  très  lioras  du- 
cantur  et  friccntur,  reducanturque  in  le- 
nuissimum  puluerein  : deindc  hic  puluis 
abluatur  aqua  uiyrti  et  dcsiccelur,  serue- 
turque  ad  vsum. 

Addc  foliorum  auri  ctargenti , numéro  x. 

1 Celle  formule  est  de  l’édition  de  1579. 


GoG 


LE  VI]tGT-CI]NQVIEJVXE  LIVRE, 


Quand  lu  voudras  vser  de  ceste 
poudre  , mets  dans  ta  main  tant  soit 
peu  d’iiuiie  de  lenlisque  ou  d’a- 
mandes douces  , auquel  dissous  aussi 
bien  peu  de  la  poudre  susdite , et  in- 
corpore ces  deux  ensemble , de  la- 
quelle faut  s’en  oindre  le  visage  lors 
que  l’on  se  va  coucher  : mais  premiè- 
rement se  faut  lauer  la  face  des  eaux 
susdites , aussi  pareillement  le  lende- 
main au  malin. 

Après  auoir  descrit  la  maniéré  de 
nettoyer  et  estendre  le  cuir,  aussi  pa- 
reillement de  le  blanchir,  reste  à luy 
bailler  la  couleur  rouge  et  vermeille 
au  milieu  des  iouës  et  des  léures  : car 
le  blanc  et  le  rouge  estans  ainsi  mes- 
lés  ensemble  , font  la  couleur  viue  et 
naturelle  : et  pour  ce  faire  on  dissou- 
dera rasure  de  bresil  et  orcanete  en 
eau  alumineuse,  de  laquelle  on  se 
frottera  la  pommette  des  iouës  et 
des  léures  , la  laissant  seicher  : ou 
bien  on  vsera  du  rouge  d’Espagne  , 
ou  l'on  se  frottera  lesdites  parties  de 
peau  de  mouton  teinte  en  rouge.  Pa- 
reillement la  friction  faite  auec  la 
main  rougit , à cause  qu’elle  y attire 
le  sang  et  esprit l. 

Autre. 

Prenez  eau  alumineuse,  en  laquelle 
aurez  fait  tremper  plusieurs  fois  vne 
piecede  tome-sel  rouge,  et  en  frottez 
les  iouës  et  les  léures,  voire  tout  le  vi- 
sage, s’il  estoit  blaffard,  ou  trop  blanc. 

Autre. 

Prenez  vne  once  d’alum  de  roche  , 
faites-le  bouillir  en  vne  liure  d’eau 
claire , et  quand  il  sera  fondu  , tirez 
le  vaisseau  d’auprès  le  feu,  et  le  laissez 
refroidir  : ieltez  vne  once  de  vermil- 

» Le  chapitre  s'arrêtait  là  en  1575  et  1679; 

tout  le  reste  a été  ajouté  eu  t58ô. 


Ion  subtilement  puluerisé  sur  le  mar- 
bre, failes-le  bouillir  iusques  à la 
consomption  de  la  moitié  , coulez-la 
et  la  gardez  en  vne  fiole  de  verre , et 
en  frottez  les  iouës  et  les  léures. 

Autre  en  onguent. 

Prenez  vne  pinte  d’eau  de  vie  bien 
rectifiée,  vne  once  de  bresil,  dix  clous 
de  girofle  , autant  de  grains  de  para- 
dis, cinq  grains  de  cucube  : pulueri- 
sez  tout  cela , et  les  faites  infuser  en 
l’eau  de  vie,  sur  les  cendres  chaudes, 
en  vn  vaisseau  bien  couuert  de  peur 
que  l’eau  ne  s’exhale,  et  en  frottez 
le  visage  et  les  léures. 

Pour  blanchir  le  visage  trop  coloré  et  rouge. 

Prenez  jus  de  limon,  blancs  d’œufs, 
de  chacun  égalé  partie , vn  peu  de 
soulphre  vif  puluerisé,  battez-les  as- 
sez longuement  ensemble,  puis  les 
mettez  dedans  vne  cassole  sur  le  feu, 
les  remuant  auec  vn  bastonde  bois  , 
iusques  à ce  qu’ils  acquièrent  vne  con- 
sistence  de  beurre:  puis  oslez-les  hors 
de  dessus  le  feu,  et  gardez  ceste  mes- 
lange  pour  vous  en  frotter  le  visage 
au  soir,  après  l’auoir  laué  de  son,  ou 
de  mie  de  pain  blanc. 


CHAPITRE  XLV. 

DE  LA  GOVTTE  BOSE. 

Maintenant  nous  parlerons  d’vne 
rougeur  est  range  qui  se  fait  au  nez 
et  aux  iouës , et  quelquesfois  par  tout 
le  visage,  auec  tumeur,  et  quelques- 
fois sans  tumeur,  aucunesfois  auec 
pustules  et  croustes  : qui  se  fait  pour 
certaines  humeurs  salées  et  adustes. 
La  goutte  rose  est  plus  grande  en 
hyuer  qu’en  esté,  parce  que  le  froid 


DES  MEDICAMENS. 


clost  les  pores,  et  partant  la  matière 
ne  se  peut  euacuer  , mais  est  tenue 
sous  le  cuir , qui  fait  qu’elle  acquiert 
vne  acrimonie  et  mordacité,  faisant 
esleuer  des  boutons  et  croustes , ren- 
dant la  couleur  du  visage  plombine. 
Ceste  maladie  est  difficile,  et  souuent 
impossible  à curer. 

Pour  la  cure  generale,  il  faut  que 
le  malade  euite  le  vin  , s’il  n’est  bien 
trempé,  et  generalement  toutes  cho- 
ses qui  eschauffent  le  sang  et  qui  sont 
vaporeuses,  aussi  toute  chaleur  et 
froideur  excessiue  : pareillement  que 
le  malade  aye  le  ventre  lascbe,  soit 
par  art , ou  par  nature.  Il  sera  saigné 
de  la  veine  basilique , puis  de  celle 
du  front , et  de  celle  du  nez  : et  se- 
ront semblablement  appliquées  sang- 
sues en  plusieurs  lieux  de  la  face, 
aussi  ventouses  auec  scarification  sus 
les  espaules. 

Si  le  mal  est  inueteré , on  commen- 
cera la  cure  par  choses  emollientes , 
puis  on  vsera  des  onguens  qui  s’en- 
suiuent , lesquels  seront  changés  à la 
discrétion  du  Médecin  présent,  les 
diuersiûant  selon  que  le  mal  sera  pe- 
tit ou  grand. 

Exemple. 

if.  Succi  citri  5 . iij. 

Cerussae  quantum  sufficit  ad  inspissan- 
dum  prædictum  succum. 

Argenti  viui  3 . fi . extincti  cum  axung. 
porci,  et  cum  3.  15 . sulphur.  viui. 
Incorporentur  simul , et  fiat  vnguentum  1. 

Autre. 

if.  Boracis  5,  ij. 

Far.  cicer.  et  fab.  ana  3.  j.  fi. 

Camph.  3.  j. 

Et  cum  melle  et  succo  cepæ  fiant  trochisci. 

1 Bon  el  expérimenté. — A.  P. — Cette  Ilote 

date  seulement  de  1379. 


607 

Quand  on  en  voudra  vser,  seront 
destrempés  en  eau  rose  ou  de  plan- 
tain , et  en  sera  appliqué  dessus  le 
lieu  auec  linge  délié,  et  laissés  des- 
sus la  nuit , les  renouuellant  souuent. 

Autre. 

if.  Vng.  citrini , recent,  dispens.  § . ij. 
Sulph.  viui  § . fi. 

Et  cum  modico  olei  semin.  cucur.  et  suc.  li- 
mon. fiat  vng.  quo  illinatur  faciès  hora 
somni. 

Le  lendemain  sera  lauée  la  face  auec 
eau  rose,  blanchie  auec  du  son. 

Autre. 

Faut  faire  bouillir  du  vinaigre  bien 
fort  auec  du  son  et  eau  rose,  et  en 
sera  appliqué  comme  dessus  : ledit 
vinaigre  esteint  fort  la  rougeur. 

Autre. 

if.  Cerussæ  et  litharg.  auri,  sulph.  viui  pul  J 
ueris.  ana  5 . fi. 

Ponantur  in  phiala  cum  aceto  et  aqua 
rosarum. 

D’icelle  composition  en  faut  appli- 
quer auec  linges,  et  les  y laisser  toute 
la  nuit  : puis  seront  ostés , et  sera 
lauée  la  face  auec  eau  de  son.  D’ice- 
luy  remede  on  vsera  l’espace  d’vn 
mois.',  plus  ou  moius. 

Autre  *. 

if.  Sang.  taur.  îb.  j. 

Butyri  recent.  û>.  fi. 

Fiat  distill.  vtatur. 

Faut  noter  que  ladite  eau  est  trou- 
ble et  puante  au  commencement  : 
mais  quelques  iours  aptes  deuient 
claire  et  perd  sa  puanteur. 

1 Colle  formule  et  la  suivante  sont  de  1379. 


(>ott  LE  V1NGT-C1N0V1BME  LIVRE 


Autre. 

Faites  bouillir  (lu  son  en  vinai- 
gre et  eau  de  nénuphar,  et  dissou- 
drez du  soulphre  et  vn  peu  de  cam- 
phre, et  de  ce  en  tremperez  linges 
qui  seront  mis  sus  le  visage  au  soir. 

Pour  dcsseiclier  les  pustules  ou  saphirs. 

IL.  Alb.  ouorum  num.  ij. 

Aquæ  rosar.  3 . j.  fi . 

Succi  plantaginis  et  lapatlii  aculi  ana 
5 • C • 

Sublimât.  3 . j. 

Incorpor.  in  mort,  marmoveo. 

Pour  les  lentilles  '. 

Touchez  les  lieux  auec  eau  forte. 

A utre. 

Faites  tremper  vn  ou  plusieurs 
œufs  en  fort  vinaigre  iusques  à ce 
qu’ils  soient  mois,  incorporez  auec 
semence  puluerisée  en  forme  d’on- 
guent, et  en  frottez  les  lentilles, tant 
que  la  peau  s’esleue. 

Autre. 

IL.  Axungîæ  porci  decies  in  aceto  lotæ 
o-i'ij- 

Argenli  viui  g . j. 

Aluin.  sulpbur.  )iui  ana  5j. 

Pistentur  omnia  diu  in  mortario  plumbeo, 
et  fiat  vnguenturn. 

L’argent-vif  11e  se  doit  mettre  qu’à 
la  fin. 

Autre. 

'3L.  Radie,  lapathi  acuti  et  asphod.ana  5.  ij. 

1 Les  deux  remèdes  qui  suivent  pour  les 
lentilles  11c  datent  que  de  1585  ; il  en  résulte 
que  les  formules  qui  viennent  après  étaient 
données  dans  l’origine  contre  les  pustules  ou 
saphirs. 


Coquant.  in  aceto  scillilico,  postea  pistentur 
et  passentur,  addendo  : 

Auripigmenti  5.  ij. 

Sulpbur.  viui  3.  x. 

Incorporenlur,  et  fiat  vnguenturn. 

Duquel  en  sera  mis  sur  les  pustules 
pour  les  desseicher. 

Autre. 

if-  Rad.  lilior.  sub.  cinerib.  coct  3 , iij. 
Pistis  et  passatis  adde  butyri  recent,  et 
nxung.  porci  lotæ  in  aceto  ana  §j. 
Sulpbur.  viui  3.  iij. 

Caïn  pli.  3 . ij. 

Succi  limon,  quant,  suit. 

Malax.  simul , et  liât  vnguenturn. 

Autre. 

2 L.  Lact.  virg.  11).  fi. 

Alum.  3 . fi. 

Sulpbur.  viui  5 . j. 

Suce,  limon.  3,  \j. 

Sal.  connu.  3 . fi. 

Distillentur  omnia  in  alemb.  vitreo. 

Et  d’icelle  eau  on  vsera  comme 
dessus. 

Autre. 

IL,  Succi  lapat. acuti, plantag.  etasphodelo. 
ang.j.  fi. 

Olci  vitelli.  ouor.  § . j. 

Tereb.  Venctæ  3 . fi . 

Succi  litnonum  3.  iij. 

Aluoiinis  combusti  5 j. 

Argent,  viui  extincti  5 . j. 

Olei  lilioruin  3 . fi . 

Pistentur  omnia  in  mortario  plumbeo,  ad- 
dendo sub  finem  argentum  viuum  ne 
mortario  adliærct. 

Autre 

Prenez  eau  de  nénuphar,  de  plan- 

1 Les  trois  ou  quatre  formules  qui  suivent, 
jusqu’à  celle  qui  est  prescrite  pour  osier  les 
scrpliirs  du  visage , sont  de  1585. 


DF.S  ME DIC AMERS.  OOQ 


tain,  de  niorelle,de  chacune  doux 
onces,  vinaigre  fort  vne  once  et  de- 
mie : esteignez  dedans  cinq  ou  six 
coquilles  d’œufs  toutes  rouges  ve- 
nans  du  feu , et  les  y laissez  tremper 
et  ramollir,  comme  ü se  rédiger  en 
poudre,  puis  coulez  le  tout , ët  ver- 
sez dedans  vne  bouteille  de  verre,  en 
laquelle  tremperez  un  petit  nouët 
plein  d'vne  drachme  et  demie  de 
soulphre  vif  subtilement  puluerisé. 

Autre. 

Prenez  soulphre  vne  once,  ce- 
ruse  lauée  deux  drachmes,  os  de  sé- 
ché, camphre,  de  chacun  vne  drach- 
me , jus  de  limons  de  chacun  demie 
liure,  jus  d’oignons  deux  onces  : tri- 
turez subtilement,  et  incorporez  auec 
les  jus  : oignez-en  la  face  au  soir  allant 
au  lit,  et  au  malin  lauez-la  auec  dé- 
coction de  son. 

Et  au  cas  que  les  pustules  ou  bou- 
tons ne  voulussent  ceder  aux  reme- 
des,  il  faut  appliquer  des  vésicatoires 
non  faits  de  cantharides , à fin  d’atti- 
rer du  profond  le  sangadustcet  bruslé 
qui  cause  lesdites  pustules. 

Autre  bien  approuué. 

"if.  Sulphuris  viui  ignis  expert,  g . ij.  3.  j. 

Zinziberis  oplimi  g.j. 

Piperis  nigri  3.  ij. 

Fiat  puluis  sublilissimus , et  incorporetur 
cum  § . iiij.  pommaci  oplimi. 

Faut  oindre  la  partie  rouge  et  bou- 
tons , le  soir , et  lendemain  matin  la- 
uer  ledit  onguent  auec  de  l’eau  qui 
aura  esté  liedie  dans  la  bouche. 

Pour  osier  les  saphirs  du  visaye  1 . 

Prenez  suc  d’oignon  , pilé  auec  sel, 

1 Les  quatre  formules  qui  suivent  ont  été 
ajoutées  en  1379. 


ou  autrement  pilé  auec  moyeux 
d’œufs. 

Pour  amortir  les  dartres. 

Fueillesd’ellebore  pilées  auec  vinai- 
gre, ou  laict  de  figuier  tout  seul , ou 
laict  de  tithymal , ou  moustarde  dis- 
soute auec  vinaigre  fort,  auec  vu 
peu  de  soulphre. 

Autre. 

Prenez  couperose  , soulphre  et 
alum  , de  chacun  vne  drachme,  et 
les  faites  tremper  en  fort  vinaigre  : 
puis  soyent  passées  par  vn  linge , et 
en  soit  appliqué  dessus. 

Autre. 

Prenez  vn  œuf,  et  le  faites  trem- 
per en  fort  vinaigre , auec  cou- 
perose et  soulphre  mis  en  poudre  , 
puis  passez,  et  en  vsez  comme  dessus. 

Si  les  herpès  ou  dartres  sont  au  vi- 
sage, l’eau  de  sublimé  est  excellente, 
aussi  l’aluni  incorporé  auec  blanc 
d œuf,  et  vn  peu  de  jus  de  citron  : 
aussi  fait  l’aloés  destrempé  auec  oxy  • 
mel  scillitic  ‘. 

Or  il  faut  icy  noter,  qu’il  cause  que 
les  susdits  remedes  sont  aucunement 
corrosifs,  rendons  le  cuir  aspre  et 
scabrc,  pour  l’adoucir  et  polir  on 
vsera  de  ce  Uniment. 

7f.  Terebenthinæ  VencLe , tam  diu  lotæ  vt 

acrimoniam  nullarn  habcat , butyri  sa- 
lis expert.  ana  § . j.  O. 

Olei  vitell.  ouor.  § . j. 

Axung.  porci  in  aqua  rosar.  lot.  §.  fi. 

Ceræ,  parum. 

Vt  mile  (iat  linunentum  ad  vsuiii. 

On  peut  aussi  vser  des  autres  remc- 

< Celle  p b rate  est  une  addition  de  lt>S5. 


lit. 


6lO  LE  VmGT-CINQVlÉME  LIVRE 


des  cy  dessus  mentionnés,  qui  ont 
pareille  vertu  *. 

Pour  affermir  les  dents , et  les  tenir  nettes  et 

blanches,  que  nos  dames  de  la  Cour  usent. 

Prenez  eau  commune  et  eau  rose , 
de  chacune  quatre  onces,  deux  drach- 
mes d’alum  de  roche  cuit  et  subtile- 
ment puluerisé,  canelle  entière  demie 
drachme  : mettez  l’alum  et  la  poudre 
dedans  vne  fiole  de  verre  auec  les 
eaux  , puis  exposez  la  phiole  sur  les 
cendres  chaudes,  faites  le  bouillir  ius- 
ques  à la  consomption  de  la  tierce 
partie  des  eaux  : estant  refroidie, 
frottez-en  vos  dents  au  matin  auec 
vn  linge  net. 

Pour  affermir  les  dents  qui  lâchent  et  branlent. 

Faut  vser  de  toutes  choses  qui  as- 
treignent , soit  en  gargarisme  ou 
opiate.  La  décoction  de  berberis , su- 
mach,  balaustes,  alum,  vin  de  grena- 
des, meslé  auec  eau  rose  et  verjus, 
est  singulier  remede  pour  reserrer  et 
affermir  les  genciues. 


CHAPITRE  XLVI. 

LA  MANIERE  DE  FAIRE  NOIRCIR  LE  POIL. 

Il  faut  premièrement  lauer  la  teste 
ou  la  barbe  de  lexiue,  en  laquelle  on 
mettra  vn  peu  d’alum  de  roche , à 
cause  qu’icelle  lexiue  préparé  le  poil 
à mieux  receuoir  la  teinture,  consu- 
mant la  graisse  qui  peut  estre  aux 
cheueux  ou  barbe2.  Les  remedes  par- 

! Ici  se  terminait  le  chapitre  dans  les  deux 
premières  éditions;  le  reste  a été  ajouté 
en  16S5. 

3 Ces  derniers  mots,  consumant  la  grais- 
se, etc.,  ont  été  ajoutés  en  157U. 


ticuliers  pour  noircir  le  poil  doiuent 
estre  aromatiques  et  céphaliques,  et 
vn  peu  stiptiques,  à fin  que  par  leur 
aroinaticité  ils  corroborent  la  vertu 
animale,  et  que  par  leur  sliplicité  ils 
astreignent  : aussi  doiuent  estre  de 
subtile  substance  pour  penetrer  ius- 
ques  à la  racine  du  poil. 

Il  faut  prendre  vne  pierre  de  chaux- 
viue  poisant  vne  liure  et  demie,  et  la 
mettre  dedans  vne  terrine , auec  as- 
sez grande  quantité  d’eau  : et  quand 
ladite  chaux  sera  desteinte,  il  la  faut 
remuer  auec  vn  baston,  et  passer  la- 
dite chaux  et  eau  par  vn  sasset  de- 
dans vn  autre  vaisseau.  Et  quand  la 
chaux  sera  rassise,  il  faut  ietter  toute 
l’eau , et  y en  remettre  de  fraische 
autant  et  plus  qu’à  la  desteindre , et 
la  remuer  comme  à la  première  fois  : 
et  faut  laisser  seicher  ladite  chaux  , 
tant  qu’on  la  puisse  mettre  en  pou- 
dre : et  prendre  de  ladite  chaux  cinq 
quarterons,  et  la  mettre  en  poudre, 
et  demie  liure  de  lilharge  subtilement 
puluerisée  : et  le  tout  passer  ensem- 
ble par  vn  sasset.  Pour  en  faire  paste 
assez  liquide,  faut  prendre  vne  poi- 
gnée de  sauge  fraîche,  la  concasser 
et  mettre  dedans  vn  pot  de  terre  auec 
vne  pinte  d’eau,  et  la  faire  consumer 
iusques  à la  tierce  partie , et  passer 
par  vn  linge  : et  de  ladite  décoction 
ferez  voslre  paste , de  laquelle  vous 
frotterez  le  lieu  que  voudrez  noircir, 
et  lairrez  ladite  paste  l’espace  de 
quatre  ou  cinq  heures  : après  lauerez 
le  lieu  auec  de  l’eau  tiede  en  laquelle 
on  aura  mis  du  son 

A litre, 

2£.  Sulphur.  vitrioli , gallar.  calcis  viuæ, 
lith.  ana  3.  ij. 

1 Tout  cc  paragraphe  manque  dans  les 
premières  éditions,  et  date  seulement  de 
1583. 


DES  MEDICAMEjVS. 


Scoriæ  Terri  3.  fi . 

Puluerisentur  omnia  subtil,  et  cum  aqua 
communi  incorporentur,  vt  inde  fiat 
massa. 

De  laquelle  on  frottera  les  cheueux 
s’en  allant  coucher , puis  on  mettra 
vne  compresse  dessus  auec  vne  coeffe, 
et  le  matin  seront  desueloppés  de  la- 
dite paste. 

Autre. 

If.  Calcis  lotæ  § . j. 

Litharg.  vtriusque  §.  fi. 

Et  cum  decoclo  gallarurn,  eort.  nucum,  fiat 
massa,  addendo  olei  chamom.  3.  ij. 

Autre. 

Litharg.  aur.  3-  ij. 

Ciner.  clauellat.  §.  j.  fi. 

Cale,  viuæ  § . j. 

Dissol.  omnia  cum  vrina  hominis  donec  ac- 
quirat  consistenliam  vnguenli , de  quo 
vngantur  capilli. 

Autre. 

if..  Calcis  lotæ  3 . iiij. 

Litharg.  vtriusque  ana  § . ij. 

Cum  decoclo  saluiæ  et  cortic.  granat.  liât 
pasta  ad  formam  pultissatis  liquida;. 

De  laquelle  on  se  frottera  les  che- 
ueux ou  barbe  s’en  allant  coucher, 
et  le  lendemain  se  lauera  de  vin  et 
eau. 

La  chaux  se  doit  lauer  en  ceste 
sorte  : Vous  prendrez  vne  liure  de 
chaux,  que  vous  ietterez  en  cinq  ou 
six  pintes  d’eau  commune,  laquelle  y 
demeurera  l’espace  de  vingt- quatre 
heures,  puisosterezvostre  eau  par  in- 
clination , en  adioustant  d’autre  eau  : 
et  pour  la  troisième  fois  en  lieu  d’eau 
commune,  mettrez  de  la  décoction  de 
sauge  et  galles,  qui  y demeurera 


(il  1 

l’espace  de  vingt-quatre  heures,  puis 
sera  ostée  par  inclination  : et  par 
ainsi  aurez  vostre  chaux  lauée. 

Il  faut  noter  qu’il  faut  première- 
ment lauer  les  cheueux  et  barbe  auec 
lessiue,  à lin  que  le  médicament 
puisse  mieux  operer , et  n’eslre  eni- 
pesché  par  la  graisse  qui  pourroit  es- 
tre  aux  cheueux  ou  barbe  ». 

Autre  remede  singulier  2. 

Le  jus  de  l’escorce  de  noix  verte, 
comme  l’on  peut  connoistre  par  les 
mains  de  ceux  qui  cernent  les  noix 
nouuelles , qui  en  sont  noircies  per- 
tinacitement.  Ce  qui  aduienl  d’vne 
aslriction  conioinle , auec  vne  te- 
nuité de  substance  , laquelle  fait  que 
son  astriction  descend  au  profond , 
et  se  diffuse  de  toutes  parts  : et  l’as- 
triction  empesche  que  sa  teinture  ne 
se  puisse  effacer  qu’à  grande  peine 
auec  drogues , tant  soient  -elles  abs- 
tergenles. 

Autre  manière  de  noircir  le  poil  par  eaux  3. 

"if.  Argenti  finissimi  3.  ij. 

Reducaturin  tenuissimas  laminas,  ponatur 
in  liolà  vitreâ  vnà  cum  5.  ij.  aquæ  separa- 
tionisauri  et  argenti,  aquæ  rosarumâ.  vj. 

1 J’aij  rétabli  ce  court  et  essentiel  para- 
graphe d'après  l’édition  de  1575;  il  avait  été 
retranché  de  toutes  les  autres , sans  doute 
par  erreur,  et  dans  les  remanieinens  du 
texte  que  nous  allons  avoir  à signaler. 

2 Cette  formule  et  la  suivante  datent  seu- 
lement de  1585. 

3 Je  rétablis  ici  dans  le  texte  cette  formule 
qui  se  lit  dans  toutes  les  éditions  faites  du 
temps  de  l’auteur,  et  qui,  retranchée  je  ne 
sais  pour  quelle  cause  dans  la  première  édi- 
tion posthume  , l’a  été  par  suite  dam  toutes 
les  autres. 


LE  VINGT-CI  NQV1  EM  E LIVRE, 


6l2 

La  maniéré  de  faire  ladite  eau  est 
telle  : c’est  que  l'on  mettra  la  susdite 
bouteille  ou  matelas  auec  l’eau  forte 
et  l’argent  sus  les  charbons,  à fin 
qu’il  se  fonde  auec  icelle  : puis  le 
matelas  estant  refroidi  vn  peu  , en- 
semble ce  qui  sera  dedans,  on  ad- 
ioustera  l’eau  rose.  Or  il  faut  noter, 
si  l’on  veut  que  ladite  eau  noircisse 
d’auanlage , on  y mettra  aussi  plus 
d’argent  : et  si  l'on  veut  qu’elle  ne 
noircisse  tant,  on  y mettra  moins 
d’argent. 

Le  moyen  d’en  vser  est , qu'il  faut 
tremper  vn  pigne  dedans,  et  se  pigner 
d’iceluy. 

Autre  de  merveilleux  effet. 

Prenez  de  la  chaux-viue,  la  laissez 
esteindre  toute  seule  en  lieu  humide, 
et  d’icelle  en  prendrez  trois  onces  : 
plomb  bruslé  sans  estre  laué,  mis  en 
poudre  , deux  onces  , litharge  d’or 
puluerisée  quatre  onces  : le  tout  sera 
mis  dedans  vn  mortier  de  plomb  , et 
auec  eau  sera  fait  comme  vne  pulte  : 
et  de  ce  en  feras  frotter  les  cheueux, 
puis  mettre  vn  bonnet  ou  coeffe  qui 
sera  laissé  la  nuit,  et  au  matin  se  faut 
frotter  la  teste  auec  linges  chauds,  et 
ceste  matière  tombera  toute  en  pou- 
dre. 

Autre. 

. Plumbi  vsti  5 . ij. 

Gall.  non  perfor.  corlic.  nue.  ana  5 . iij. 

Terræ  sigill.  ferretæ  Hispan.  ana  5.  ij. 

Vitr.  rom.  § . vj. 

Sal.  gem.  5.  j.  G. 

Caryoph.  nue.  mosc.  ana  5 . j. 

Sal.  a rnm.  aloësana  3.  G. 

Fiat  puluis  subtitis. 

Lesdites  poudres  seront  trempées 
par  trois  iours  naturels  dans  de  bon 
vinaigre:  après  il  faut  le  tout  distiller 


par  l’alembic,  cl  de  l’eau  en  vser 
comme  il  appartient. 

Pour  faire  les  cheueux  blonds. 

if.  Flor.  genist.  stœcad.  et  cardamo  ana 
§•  j- 

Lupin,  conquass.rasuræ  buti.  cort.  citri, 
radie,  gentian.  et  berber.  ana  5 j.  G. 
Cum  aqua  nitri , fiat  lcnta  decoctio. 

De  laquelle  on  lauera  ses  cheueux 
par  plusieurs  iours. 


CHAPITRE  XLYII. 

PSILOTHRA,  OV  DEPILATOIRES  POVR 
FAIRE  CHEOIR  LE  POIL. 

if.  Recip.  cale,  viuæ  3 . iij. 

Auripig.  5. j. 

La  chaux  sera  esleinle  en  eau  com- 
mune, puis  on  adioustera  l'orpiment 
en  poudre , auec  quelque  chose  odo- 
riférante. 

La  maniéré  d’en  vser  est , que  l’on 
ne  le  doit  tenir  sus  la  partie  sinon 
que  l'espace  de  bien  peu  de  temps , 
autrement  il  brusleroit:  et  aussi  de- 
uant  que  l’appliquer , faut  fomenter 
la  partie  d’eau  chaude,  et  faut  que  le- 
dit dépilatoire  soit  appliqué  chaude- 
ment, et  espais  comme  bouillie.  On 
connoistra  l’effet  en  frottant  la  partie 
legerement  auec  eau  chaude , et  le 
poil  tombera  : et  s’il  auoit  escorché 
la  partie,  on  vsera  de  l’onguent  rosat, 
ou  autre  semblable. 

Autre. 

7f.  Cale,  viuæ,  auripigm.  cilr.  ana  § . j. 

Amyli , spumæ  argent,  ana  3 . G. 
Terantur  et  incorporentur  cum  aqua  com- 
mun!, et  bulliant  simul. 


DES  MEDICAMENS. 


Or  le  signe  de  parfaito  cuisson  est , 
que  l’on  mette  vne  plume  d’oye , et 
elle  sera  subit  desplumée. 

Autre. 

Prenez  chaux-viue  et  orpiment  au- 
tant d’vn  que  d’autre  : soit  le  tout 
puluerisé  et  mis  en  vn  noüet,  lequel 
sera  trempé  en  eau , et  d’iceluy  on 
frottera  la  partie,  puis  passant  le 
doigt  par  dessus,  le  poil  tombera. 

Autre  maniéré  '. 

Prenez  vne  liure  de  chaux-viue , et 
demie  liure  d’orpin  iaune  ; mettez  le 
tout  en  poudre  subtilement,  et  quand 
vous  en  voudrez  vser,  en  prendrez 
telle  quantité  que  voudrez  : et  auec 
de  l’eau  en  ferez  paste  mollasse , la- 
quelle mettrez  sur  la  partie  que  vou- 
drez depiler.  Et  pour  sçauoir  quand 
l’action  dudit  dépilatoire  sera  faite , 
vous  lauerez  la  partie  auec  vn  peu 
d’eau  tiede , et  verrez  que  le  poil 
tombera. 

le  ne  puis  encore  passer  que  ne 
descriue  certaines  eaux  pour  lauer  les 
mains  et  visage,  voire  tout  le  corps , 

1 Cette  autre  manière  est  une  addition 
de  lâ85. 


6 1 3 

et  pour  faire  sentir  bon  les  linges  et 
autres  choses. 

Eau  de  lauande. 

ïf-,  Flor.  lauand.  îb.  iiij. 

Aquæ  ros.  et  vini  albi  ana  îb.  ij. 

Aquæ  vitæ  § . iiij 

Misceantur  omnia  simul , et  fiat  distillatio 
in  balneo  Mariæ. 

On  la  peut  faire  sans  distiller,  met- 
tant infuser  des  fleurs  de  la  lauande 
en  vne  fiole  de  verre  au  soleil  auec 
eau  pure,  ou  aubaing  Marie,  en  y 
adioustant  vn  peu  d’huile  d’aspic,  ou 
vn  peu  de  musc. 

Eau  de  cloux  de  girofle. 

If..  Caryopb.  J . ij. 

Aquærosarum  îb.  ij. 

Macerentur  spatio  xxiiij.  hor.  et  dlstill.  lu 
balneo  Mariæ. 

Eau  de  senteurs. 

7f.  Menth.  maior.  hyssopi,  saluiæ,  rorism. 
lauand.  ana  m.  ij. 

Rad.  ircos  5 . ij. 

Caryoph.  cinn.  nue.  mosc.  ana  5 . û. 
Limo.  num.  iiij. 

Macerentur  omnia  in  aqua  rosar.  xxiiij.  hor. 
omnia  dislillentur  in  balneo  Mariæ,  ad- 
dendo  mosci  a . j. 


LE  VINGT-SIXIÈME  LIVRE, 

TRAITANT 


DES  DISTILLATIONS  \ 


CHAPITRE  I. 

qve  c’est  ove'distillation,  ET  COM- 
BIEN DE  SORTES  OV  MANIERES  IL  Y 
A DE  DISTILLER. 

Or  maintenant  il  nous  reste  encore 
sommairement  traiter  des  medica- 
mens  pyrotiques  et  chimiques,  c’est- 
à dire  extraits  par  distillation  de 
quinte-essence,  en  laquelle  il  y a vne 
vertu  singulière  et  quasi  diuine  des 
choses  qui  sont  distillées  : qui  a tel- 
lement raui  les  esprits  des  hommes, 
que  bien  peu  de  choses  se  trouuent 
ayaus  quelques  effets  et  singularités 

1 Ce  livre  est  une  sorte  de  complément 
du  précédent,  ainsi  que  l’auteur  le  fait  en- 
tendre dès  la  première  phrase;  c’est  en 

quelque  sorte  la  matière  médicale  moderne 
faisant  suite  à la  matière  médicale  des  an- 
ciens. Il  a été  publié  dans  la  première  édi- 
tion des  OEuvres  complètes,  en  1575,  et  à 
peine  y a-t-il  été  fait  plus  tard  quelques 
changements.  Quant  à la  source  d’où  Paré 
Ta  tiré,  elle  me  parait  assez  bien  indiquée 
par  une  phrase  qui  se  lisait  en  1575 , et  qui 
a été  retranchée  dans  toutes  les  autres  édi- 
tions; je  l’ai  reproduite  dans  la  note  sui- 
vante. Du  reste,  le  sujet  tout  spécial  de  ce 
livre  me  dispensait  d’y  joindre  des  notes 
historiques  ou  critiques;  je  me  suis  con- 
tenté de  signaler  avec  soin  les  variantes.  Il 


en  soy,  que  l’on  ne  soubmette  à la 
distillation 1  2. 

Distiller,  c’est  vn  art  et  moyen  par 
lequel  la  liqueur  ou  humidité  d’au- 
cunes choses,  par  la  vertu  et  force  du 
feu,  ou  de  chaleur  semblable  (comme 
les  matières  le  requièrent)  est  extraite 
et  tirée , estant  premièrement  subti- 
liée  en  vapeur,  puis  reserrée  et  es- 
paissiepar  froideur.  Aucuns  appellent 
cest  art  sublimer , qui  ne  signifie  autre 
chose  que  séparer  le  pur  de  l’impur, 
les  parties  plus  subtiles  et  déliées  d’a- 
uec  les  plus  corpulentes,  espaisses,  et 
excrementeuses  : mesmement  faire 
que  les  matières  desquelles  la  sub- 

y avait  un  certain  nombre  de  figures  repré- 
sentant des  appareils  à distillation;  comme 
Paré  n’avait  fait  sans  doute  que  les  copier 
sur  d’autres,  il  m’a  paru  inutile  de  les  con- 
server. 

5 L’édition  de  1575  ajoutait  ici  : 

« Ce  qui  a esté  amplement  descrit  par 
monsieur  Liébault , Docteur  regent  en  la 
Faculté  de  medecine  à Êaris,  personnage 
doué  d’vn  singulier  esprit,  auquel  sommes 
grandement  atteuus,  tant  pour  la  version 
du  second  tome  d’Euuonyme  traittant  de 
telle  matière,  que  pour  sa  Maison  rustique, 
qu’il  a ces  derniers  iours  mise  en  lumière, 
au  grand  profit  et  vtilité  du  public.  » 

Cette  phrase  a été  effacée  dès  1579.  La  tra- 
duction citée  de  Liébault  avait  paru  en  1 573. 


DES  DISTILLATIONS, 


stance  est  grossière  soient  rendues 
plus  pures,  nettes  et  sincères  : ou 
bien  que  les  parties  terrestres  assez 
mal  vnies  et  coniointes,  ou  autrement 
par  trop  confuses,  et  espandues  par 
toute  la  substance  de  leur  corps , 
soient  resserrées , mieux  vnies  et 
amassées  ensemble,  de  façon  que,  sé- 
parées par  chaleur,  chacune  demeure 
à part  au  fond  de  l’alembic  et  vais- 
seau. Ou  bien  distillation  est  vne  ex- 
traction ou  effusion  d’humeur  , de- 
coulante  goulte  à goutte  par  alembic, 
ou  autre  tel  vaisseau  : laquelle , 
moyennant  quelque  coction  qui  se 
fait  par  la  vertu  de  chaleur,  séparé 
plusieurs  substances  les  vnes  d’auec 
les  autres,  et  réduit  quelques  vnes 
d’icelles  séparées  et  esleuées  en  vne 
certaine  forme  et  vertu,  qui  par  après 
sert  et  profite  beaucoup  à plusieurs 
affections  et  maladies. 

Aucunes  matières  demandent  cha- 
leur de  feu  clair,  autres  de  charbon  , 
ou  du  soleil , ou  des  cendres , ou  arè- 
nes , ou  limeures  de  fer  puluerisées  : 
les  autres  veulent  chaleur  de  liens  de 
cheual , ou  d’eau  bouillante  , ou  la 
vapeur  d’icelle  seulement. 

On  remarque  quatre  degrés  de  cha- 
leur au  feu  duquel  on  distille,  dont 
le  premier  est  tiede,  comme  vne  eau 
à demie  chaude,  ou  la  vapeur  d’vne 
eau  bouillante  : le  second  est  vn  peu 
plus  chaud,  toutesfois  on  y peut  souf- 
frir la  main  sans  offense,  comme  est 
la  chaleur  de  la  cendre  : le  tiers  est 
encore  plus  chaud  , tellement  qu’il 
peut  offenser  griefuement  si  on  y 
tient  la  main  longuement , comme 
est  la  chaleur  des  arenes  : le  quart  est 
si  veheinent  que  l’on  n’y  peut  endu- 
rer la  main  sans  brusler,  comme  est 
la  chaleur  d’escaille  ou  limature  de 
fer  Le  premier  degré  est  conuenable 
pour  distiller  les  matières  subtiles  et 


f 5 1 5 

humides,  comme  les  fleurs.  Le  second 
pour  les  subtiles  et  seiches,  ainsi  que 
les  choses  odorantes  et  aromatiques, 
comme  canelle,  gingembre,  doux  de 
girofles  Le  tiers  pour  distiller  les 
matières  de  substance  espaisseet  plei- 
nes de  suc,  comme  sont  plusieurs  ra- 
cines et  gommes.  Le  quart  pour  la 
distillation  des  métaux  et  minéraux , 
comme  l’alum,  le  vitriol,  l'ambre,  le 
gagatés,  et  semblables. 

Pareillement  on  peut  distiller  sans 
chaleur,  comme  nous  voyons  és  cho- 
ses qui  sont  distillées  en  forme  de  co- 
latures,  à sçauoir  quand  la  plus  pure 
partie  est  extraite  et  séparée  de  la 
partie  plus  limonneuse  et  terrestre, 
comme  l’on  fait  du  laict  virginal,  et 
autres  choses  qui  se  font  par  le  moyen 
du  feutre  ou  chausse  d’hippocras, 
ou  piece  de  drap  en  forme  de  lan- 
guette, ou  de  sablon,  ou  de  vaisseaux 
faits  de  bois  de  lierre.  Quelquesfois 
aussi  on  distille  des  matières  par  froi- 
deur et  humidité,  ainsi  que  se  fait 
l’huile  de  tartre  et  myrrhe,  vitriol, 
lors  qu’elles  sont  mises  en  lieu  froid 
et  humide  sur  le  marbre. 


CHAPITRE  II. 

DE  LA  MATIERE  ET  FORME  DES 
FOVRNEAVX. 

Les  matières  et  formes  des  four- 
neaux sont  diuerses  : car  les  vns  sonl 
faits  de  briques  et  de  terre  grasse 
autres  de  terre  grasse  seule  : les 
meilleurs  sonl  faits  de  terre  grasse 
auec  ciment  et  blanc  d’œuf,  et  bourre  : 
toutesfois  si  tu  veux  soudainement 
distiller,  lu  en  peux  faire  vn  de  bri- 
ques mises  les  vnes  sus  les  autres, 
proprement  accommodées. 


6 1 6 


LE  VINGT-SIXIÈME  LIVRE  , 


La  meilleure  et  plus  commode 
forme  des  fourneaux  entre  tous  est 
celle  qui  est  ronde  par  tout,  à raison 
que  le  feu,  porté  en  haut,  va  par  tout 
en  plus  égalé  mesure  : ce  qu’il  ne 
feroit  pas  s’il  estoit  d’autre  figure , 
comme  quand  ou  triangulaire,  à 
cause  que  la  séparation  des  angles 
disioindroit  la  force  du  feu  se  sépa- 
rant çà  et  là.  Ils  seront  de  telle  gran- 
deur qui  sera  requise  selon  le  vais- 
seau qu’on  y vomira  apposer,  et 
seront  espais  plus  ou  moins  que  tu 
aduiseras  estre  necessaire.  Tels  four- 
neaux doiuent  auoir  deux  fonds,  l'vn 
en  bas  pour  receuoir  les  cendres  du 
charbon  ou  d’autres  telles  matières 
de  feu  ; l’autre  plus  haut  qui  tienne 
les  charbons  allumés,  et  fait  en  façon 
de  gril , ou  bien  séparé  par  plusieurs 
petits  trous,  à fin  que  les  cendres  s’es- 
coulent  au  fond  d’embas  plus  facile- 
ment, et  qu’elles  ne  suffoquent  le  feu 
qui  eschauffe  l’alembic.  Autres,  trois 
fonds,  comme  au  four  de  reuerbera- 
lion  , sçauoir  l’vn  pour  receuoir  la 
cendre,  l’autre  pour  mettre  le  char- 
bon, le  tiers  pour  mettre  la  matière 
à calciner  ou  à distiller,  lequel  doit 
estre  couuert  d’vne  couuerture  à 
demy  ronde,  pour  reuerberer  la  cha- 
leur ou  la  flamme  sus  la  matière  à 
calciner  ou  à distiller,  selon  que  la 
matière  le  requiert 1 . Le  fond  d’em- 
bas peut  auoir  vue  ou  plusieurs 
gueulles,  à fin  d’oster  les  cendres  qui 
y seront  tombées  : et  quant  à celuy 
d’en  haut,  il  en  doit  auoir  vne  seule , 
de  grandeur  médiocre,  pour  mettre  le 
charbon  ou  bois  dedans,  et  en  haut 
deux  ou  trois  petits  trous , pour  don- 
ner air  et  euenter  le  feu  , lors  que  tu 
voudras  l’augmenter  : l’vnc  et  l’autre 

i Cette  dernière  phrase , relativeaux  four- 
neaux à trois  fonds , aété  ajoutée  en  1579. 


gueulle  seront  garnies  de  leur  bou- 
chon ou  porte. 

Or  en  defaut  de  fourneau  ou  de 
matière  pour  ce  faire , tu  peux  ac- 
commoder ton  vaisseau , ou  bien  ton 
chaudron  ou  jatte  , sus  vn  trepié , 
comme  il  te  sera  monstré  cy  après  en 
la  distillation  du  baing  Marie. 


CHAPITRE  III. 

DF.S  VAISSEAVX  POVlî  DISTILLER. 

Les  vaisseaux  propres  aux  distilla- 
tions sont  faits  de  diuerse  matière  et 
forme:  car  les  vus  sont  de  plomb, 
d’eslain , d’airain  , de  terre  plombée 
et  non  plombée,  de  grais , lesquels 
sont  fort  bons,  de  verre , d’or,  d’ar- 
gent. 

Quant  aux  vaisseaux  de  plomb,  ils 
sont  du  tout  à reprouuer,  principale- 
ment si  les  liqueurs  tirées  par  iceux 
se  doiuent  prendre  par  la  bouche  , à 
cause  delà  salsitude  quiesl  de  nature 
de  plomb,  et  autres  maléfiques  qua- 
lités du  plomb  : considéré  mesme- 
înent  que  Galien  condamne  et  re- 
prouuc  l’eau  conduite  par  canaux  de 
plomb,  pour-ce  qu’elle  esmeul  flux  de 
ventre  , à cause  de  sa  nature  qui  est 
de  substance  de  mercure.  D’auantage, 
nous  voyons  ordinairement  eaux  dis- 
tillées par  le  plomb  eslre  le  plus  sou- 
tient auec  acre  et  vehemente  vapeur, 
qui  se  fait  à raison  qu’iceluy  sel  est 
dissout  de  la.  voûte  de  l’alembic  , le- 
quel gaste  les  eaux,  les  rendant  blan- 
ches et  espaisses  comme  laict.  Et 
quant  à ceux  d’airain  etcuiure,ils 
rendent  les  eaux  airugineuses,  et  en- 
core plus  nuisantes  que  ceux  de 
plomb.  Ceux  d’or  et  d’argent  sont 
moins  nuisans,  ains  en  appareil  sont- 


DES  DISTILLATIONS. 


ils  plus  difficiles,  à cause  du  coust  qui 
en  oste  le  goust. 

Parquoy  faut  mettre  diligence  que 
les  vaisseaux  dislillatoires  soient  ou 
de  terre  plombée,  ou  de  verre,  ou  de 
grais , nommée  terre  de  Béarnais , 
plustost  que  de  plomb  ou  d’aucun 
métal  : toutesfois  ceux  de  verre  sont 
les  meilleurs,  en  second  lieu  ceux  de 
terre  plombée  ou  vitrée,  ou  de  grais  : 
après,  ceux  d’estain  : et  ceux  de  verre 
ne  doiuent  estre  de  fugere. 

Quant  à la  forme  et  figure  des  vais- 
seaux, ils  sont  de  plusieurs  façons  : 
les  vus  sont  de  figure  ronde  et  oblon- 
gue,  les  autres  tortus,  autres  d’autre 
ligure,  comme  ils  te  sont  présentés 
au  liure  des  Alchymisles  : du  nombre 
infiny  desquels  ie  t’en  donneray  le 
portrait  des  plus  necessaires  , et  de- 
clareray  leur  vsage  en  leur  propre  lieu. 


CHAPITRE  IV. 

OVELI.ES  CHOSES  DOIVENT  ESTRE  CON- 
SIDEREES ÉS  DISTILLATIONS. 

Après  auoir  monstré  que  c’est  que 
distillation , faut  connoistre  quelles 
choses  sont  requises  en  icelle. 

Donc  il  faut  premièrement  choisir 
vn  lieu  conuenable  pour  mettre  le 
fourneau,  à fin  qu’il  ne  face  tort  à la 
maison  , ny  'aussi  que  rien  ne  puisse 
tomber  sus  les  vaisseaux.  Lors  qu’on 
distillera  quelque  matière  qui  soit  de 
qualité  maligne  et  veneneuse,  du- 
rant la  distillation  on  ne  doit  appro- 
cher que  le  moins  qu’on  pourra.  Si 
on  fait  distillation  en  vaisseaux  de 
verre  , il  les  faut  choisir  bien  cuits , 
sans  bulles,  non  fissurés , égaux  de 
toutes  parts.  Le  feu  ne  doit  estre  vio- 
lent du  commencement,  tant  pour  la 


617 

sauuegarde  des  vaisseaux  qui  se 
pourroient  casser,  receuans  la  cha- 
leur trop  subite,  tant  aussi  que  les 
matières  reçoiuent  la  chaleur  tout 
doucement.  Ne  faut  mettre  dans  le 
vaisseau  trop  grande  quantité  de  ma- 
tière, autrement  pourroit  regorger 
et  sortir  hors.  Les  matières  chaudes, 
pour  estre  de  plus  grande  efficace, 
requièrent  bien  d’estre  distillées  par 
deux  ou  trois  fois , en  les  mettant 
sus  autre  matière , ou  bien  les  recti- 
fier à part,  comme  sont  gommes,  cire, 
axonges,  huiles  d’os,  d’ambres,  iam  me 
etjayet,  et  à chacune  distillation  faut 
diminuer  la  chaleur  d’vn  demy  de- 
gré, et  ainsi  consequeinment,  attendu 
qu’il  11’est  requis. si  grande  chaleur, 
par  ce  que  la  matière,  estant  subti- 
liée  de  plus  en  plus  par  chacune  dis- 
tillation, ne  mérité  si  grande  chaleur 
à la  fin  qu’au  commencement,  qu’elle 
est  plus  grosse  et  plus  espaisse.  Mais 
quant  aux  choses  aromatiques  , 
comme  girofle,  canelle,  et  sembla- 
bles, et  aussi  ce  qui  est  extrait  de  la 
sauge,  rosmarin,  thym  et  semblables, 
11e  se  doiuent  rectifier , par-ce  qu’elles 
sortent  toutes  pures1. 

En  toutes  distillations  faut  diligem- 
ment séparer  et  mettre  à part  le 
phlegme,  c’est-à-dire  l’humeur  plus 
aqueux,  et  pour  ce  faire  faut  aduiser 
soigneusement  à la  matière  que  l’on 
distille  : car  au  commencement  le 
phlegme  sort  du  vinaigre  quand  on 
le  distille,  cl  au  contraire  en  l’eau  de 
vie  le  phlegme  sort  le  dernier,  en- 
core qu’elle  soit  distillée  plusieurs 
fois.  Si  on  veut  que  les  eaux  ayent 
l’odeur  ou  saueur,  ou  autre  qualité 
de  quelque  chose,  comme  de  canelle, 
de  camphre , de  musc,  ou  autres  tel- 

1 Cette  dernière  phrase  : mais  quant  aux 
choses  aromatiques,  estime  addition  de  1579. 


6 1 8 LE  VINGT-SIXIEME  LIVRE 


les  matières  odorantes,  sera  bon  de 
mettre  la  matière  odorante,  comme 
musc,  canelle,  ou  semblable,  dedans 
et  auec  la  substance  que  vous  vou- 
drez distiller  *,  à fin  que  par  ces  ma- 
tières l’eau  distillante  en  retienne 
l’odeur,  ou  autre  qualité. 

Les  liqueurs  distillées  au  feu  de 
cendre  ou  au  sable  acquièrent  ordi- 
nairement quelque  empyreume , et 
pour-ce  est  très  - expédient  de  les 
mettre  au  soleil , la  fiole  bien  bou- 
chée, et  par  fois  l’ouurir,  à fin  de  faire 
exhaler  telle  odeur,  et  consommer  le 
phlegrae  , si  peu  qu’il  en  seroil  resté. 

Or  combien  qu’en  toute  distillation 
plusieurs  choses  soient  requises  et 
necessaires,  toutesfois  faut  auoir  es- 
gard  principalement  à ces  deux  cy , 
lesquelles  se  proposent  tous  bons  ou- 
uriers  et  artistes  en  cest  art.  L’vne 
est  la  matière  qu’on  veut  traiter  et 
mettre  en  œuure,  à sçauoir  quelle 
elle  est,  à quoy  de  son  naturel  elle 
est  propre  pour  endurer  ou  agir  : 
l’autre , que  l’on  choisisse  les  four- 
neaux et  vaisseaux  conuenables,  tant 
en  leur  matière  que  figure.  Et  si 
l’ouurier  veut  considérer  ces  deux 
points,  il  ne  faut  douter  que  son  œu- 
ure ne  soit  bien  conduite  : car  tous 
corps  ne  sont  faits  et  formés  de  toute 
sorte  de  matière,  ny  les  artisans  peu- 
uent  indifféremment  faire  d’vn  seul 
bois  tout  ouurage.  Ainsi  en  cest  art 
lors  qu’on  veut  extraire  huile  ou  eau 
de  quelque  matière  , faut  sçauoir  si 
elle  est  telle  qu’on  en  puisse  esperer 
huile  ou  autre  chose  semblable  : puis 

i Le  texte  de  cette  phrase  était  fort  dif- 
férent en  1575;  on  lisait  : « Sera  bon  d’en  frot- 
ter le  chapiteau  auec  ces  matières,  ou  enfermer 
quelques  vues  d'icelles  dans  vu  i>eiil  uoüel  de 
toille,  et  les  mettre  à l' extrémité  du  chapiteau, 
à fin  que  par  ces  matières,  etc.  » La  rédaction 
actuelle  date  de  1579. 


choisir  et  chercher  les  instrumens 
pour  l’œuure  que  l'on  desire.  Car  si 
l’on  distille  quelque  matière  qui  soit 
destituée  de  la  liqueur  ou  humeur 
que  nous  cherchons  , que  sera -ce 
autre  chose  sinon  que  vouloir  extraire 
de  l’huile  d’vn  mur?  Attendu  que 
tous  corps  sont  mixtionnés  des  quatre 
elemens,  et  qu’entre  iceux  les  vns 
participent  plus  de  l’air,  les  autres 
plus  de  l’eau,  autres  plus  du  feu,  au- 
tres plus  de  la  terre.  Ce  considéré 
sera  facile,  moyennant  la  force  du 
feu,  extraire  l’eau  des  matières  plus 
aqueuses,  comme  l’huile  de  celles 
qui  sont  plus  aérées  et  ignées. 

D’abondant  est  à considérer,  que 
quelquesfois  l’eau  vient  la  première  : 
puis  l’huile  en  donnant  feu  plusaspre, 
comme  de  toutes  les  herbes  froides, 
bois  et  racines  : et  des  chaudes,  l’huile 
vient  la  première  auec  l’eau. 


CHAPITRE  Y. 

EN  QVELS  VA1SSEAVX  FAVT  DISTILLER 
LES  EAVX. 

Pour  distiller  toutes  sortes  d’eaux , 
deux  vaisseaux  sont  principalement 
necessaires,  qu’on  nomme  en  vn  mot, 
alembic  : l’vn  d’iceux  est  appelé  pro- 
prement cucurbite,  ou  vaisseau  conte- 
nant : l’autre  est  dit  chapiteau  ou  c/tape, 
auquel  sont  amassées  les  vapeurs 
conuerties  en  eau  , pour-ce  qu’il  re- 
présente quelque  certaine  forme  et 
figure  de  chef  ou  de  teste , au  regard 
du  dessous  qui  est  plus  grand,  large 
et  long.  En  ce  vaisseau  il  y a vn  ca- 
nal en  forme  de  bec  d’oiseau,  par  le- 
quel l’eau  distille  goutte  à goutte  en 
vne  fiole,  ou  autre  vaisseau  L 


1 Ici  se  trouvait  la  figure  d’un  fourneau 


DES  DISTILLATIONS.  6lO 


Or  à fin  que  ton  alembic  ne  vacille 
de  costé  et  d’autre , et  qu’il  ne  nage 
estant  à demy  vuide  : pareillement 
aussi  craignant  qu’il  ne  se  rompe  es- 
tant immédiatement  contre  la  cuue, 
ie  t’ay  bien  voulu  bailler  vne  maniéré 
fort  commode  pour  y obuier  ». 

Pareillement  tu  peux  distiller  par 
la  vapeur  de  l’eau  , ce  que  tu  feras 
commodément  par  tel  fourneau  et 

de  baiug  Marie , auec  lescdembics  et  recipiens. 

On  peut  s’en  faire  une  idée  d’après  la  ru- 
brique suivante,  que  j’ai  voulu  conserver 
au  moins  en  note  : 

«A  Monstre  la  cuue  de  cuiure,  laquelle 
est  pleine  d’eau. 

B Le  couuercle  de  ladite  cuue  percée  en 
deux  endroits  pour  passer  le  vaisseau. 
C Le  canal  de  cuiure  attaché  à la  cuue, 
auquel  est  contenu  le  feu  pour  es- 
chauffer  l’eau. 

D L’alembic  auec  son  chapiteau. 

E Le  récipient  dans  lequel  distille  l’eau.  » 
Cette  première  figure  était  suivie  d’une 
autre  avec  ce  titre  : Autre  maniéré  de  baing 
Marie,  lequel  n’est  si  portatif.  C’est  un  vais- 
seau contenant  l’eau  „ surmonté  de  trois 
alembics;  le  feu  est  placé  au-dessous,  tan- 
dis que  dans  le  précédent  le  feu  était  porté 
dans  la  cuve  même,  dans  le  canal  de  cuiure 
indiqué. 

1 Cette  maniéré  fort  commode,  illustrée  par 
deux  figures,  consistait  en  ceci  : l’alembic 
était  placé  sur  une  platine  de  plomb  circu- 
laire, de  la  circonférence  de  laquelle  par- 
taient quatre  cordelettes  qui  allaient  em- 
brasser le  col  de  l’alembic  pour  le  tenir  fixe 
et  droit  sur  la  platine.  Voici  d’ailleurs  les 
rubriques  jointes  aux  figures  : 

«A  Monstre  le  vaisseau  ou  alembic  de  verre. 
B La  platine  de  plomb,  sus  laquelle  est 
posé  le  vaisseau  ou  alembic. 

C Les  cordelettes  qui  tiennent  le  vaisseau 
à la  platine. 

D L’anneau  auquel  sont  attachées  les  cor- 
delettes. » 


vaisseaux  qui  te  sont  icy  présentés  ». 

Quant  à la  vertu  des  eaux  distil- 
lées, il  est  tout  certain  que  celles  qui 
sont  extraites  in  lalneo  Mariœ,  c’est  à 
dire  en  double  vaisseau  de  verre  en 
eau  bouillante,  ou  sur  la  vapeur  d'i- 
celle, sont  sans  comparaison  meilleu- 
res et  plus  excellentes  : d’autant  qu’el- 
les retiennent  exactement , non  seu- 
lement l’odeur,  mais  aussi  la  saueur 
et  couleur  lucide  , acidité  , aspérité  , 
austérité  , douceur  , amertume  , et 
autres  qualités  de  leurs  plantes,  sans 
sentir  tant  soit  peu  la  fumée.  Ce  qui 
se  fait , par-ce  que  le  baing  d’eau 
bouillante  par  son  humidité  retient , 
garde  et  conserue  les  parties  plus 
subtiles  des  plantes  : par  ce  moyen 
empescbant  qu’elles  ne  se  resoluent 

1 Ici  venait  la  figure  d’un  : Fourneau  avec 
son  vai&seaupour  distiller  à ta  vapeur  de  l’eau. 
On  en  aura  une  idée  par  la  rubrique  sui- 
vante •. 

« A Monstre  le  chapiteau  ou  chape  de  ton 
alembic. 

B Monstre  l’alembic  situé  dans  vn  vais- 
seau de  cuiure  à ce  propre  et  ac- 
commodé. 

CG  Monstre  le  vaisseau  de  cuiure  troué  et 
percé  en  plusieurs  endroit,  à fin  de 
receuoir  la  fumée  et  vapeur  de  l’eau  : 
iceluy  vaisseau  contiendra  l’alem- 
bic,  lequel  estant  posé  sera  enui- 
ronné  de  scieure  d’ais  , à fin  qu’il 
reçoiue  mieux  la  vapeur  : pareille- 
ment y sera  mis  de  ladite  scieure 
de  bois  au  fond , de  crainte  que  l’a- 
lembic  ne  rompe,  estant  immédia- 
tement contre  le  vaisseau  de  cuiure. 
D Monstre  le  vaisseau  d’airain  contenant 
l’eau,  posé  dans  le  fourneau. 

E Le  fourneau  auquel  estposé  le  vaisseau. 
F Monstre  vn  entonnoir , lequel  sert  à 
remettre  l’eau . selon  qu’elle  s’est 
exhalée  en  vapeur. 

G Le  récipient.  » 


LE  VINGT-SIXIEME  LIVRE, 


620 

et  exhalent,  comme  il  se  fait  de  celles 
qui  sont  distillées  par  le  feu  violent 
de  bois  , de  charbon  : lesquelles  re- 
présentent tousiours  au  gouster  quel- 
que nitrosité  et  acrimonie  de  saueur, 
de  fumée  , et  vne  empyreume  ou 
ignité  d’adustion.  Et  semblablement 
acquièrent  vne  mauuaise  qualité  des 
vaisseaux  où  elles  sont  distillées  , et 
principalement  deplomb,  quisouuent 
porte  dommage  aux  parties  pectora- 
les, comme  à l’estomach  , au  foye,  et 
autres  parties  intérieures.  Qu’il  soit 
vray  , on  peut  facilement  connoistre 
qu’elles  ne  sont  de  tel  effet  et  ne  re- 
tiennent leurs  qualités,  comme  celles 
qui  sont  distillées  au  baing  Marie.  Car 
celles  qui  sont  distillées  des  plantes 
acres,  poignantes  et  ameres,  ne  se 
ressentent  de  l’amertume  et  acrimo- 
nie de  leurs  plantes , mais  plustost 
d’vne  douceur  aucunement  fade  : ce 
qu’on  connoist  aperlement  en  l’eau 
d’aluine  distillée  en  vaisseau  de 
plomb , qui  est  douce,  et  non  amere 
comme  sa  plante.  Dont  pour  le  dire 
en  vn  mot , les  herbes  distillées  au 
baing  Marie  sont  de  plus  grande 
vertu  , et  plus  gracieuses  au  gouster, 
et  plus  plaisantes  à odorer  et  à voir, 
que  celles  qui  sont  distillées  par  alem- 
bics  de  plomb,  d’estain,  ou  de  cuiure, 
d’airain,  de  terre,  par-ce  que  du  vais- 
seau de  verre  ne  peuuent  acquérir 
nulle  mauuaise  qualité. 

Les  eaux  sont  distillées  non  seule- 
ment d’vne  seule  plante,  mais  aussi 
de  plusieurs  meslées  ensemble  : et 
telles  eaux  sont  appelées  eaux  com- 
posées, à raison  de  la  mixtion  de  plu- 
sieurs plantes  et  matières.  Et  de  ces 
eaux  les  vnes  sont  alimenteuses  , les 
autres  purgatiues,  les  autres  odorifé- 
rantes, les  autres  seruent  aux  fards 
et  ornemens  du  corps  , lesquelles  se- 
ront cy  après  déclarées. 


CHAPITRE  VI. 

COMME  IL  FAVT  PREPARER  LES  MATIERES 

DEVANT  QV’EN  DISTILLER  LES  EAVX. 

Il  faut  que  les  matières  qu’on  veut 
distiller  soient  préparées  auant  que 
les  mettre  aux  alembics  : et  telle  pré- 
paration n’est  autre  chose  que  les  in- 
ciser, piler  et  macerer , c’est-à-dire 
tremper  en  quelque  liqueur,  pour 
rendre  les  matières  plus  promptes  et 
faciles  d’estre  distillées,  et  aussi  pour 
en  tirer  plus  de  suc , et  pour  garder 
leur  odeur  et  vertu.  Vray  est  que 
cesle  préparation  n’est  necessaire  à 
toutes  matières  : car  aucunes  n’ont 
besoin  d’estre  infuses  et  trempées, 
mais  au  contraire  desseichées  auant 
que  d’estre  distillées,  comme  la  sauge, 
thym,  rosmarin,  et  semblables,  à rai- 
son de  leur  trop  grande  humidité  : les 
autres  se  contentent  d’estre  arrou- 
sées  de  quelque  liqueur. 

Or  en  ceste  préparation  faut  obser- 
uer  deux  choses,  à sçauoir,  le  temps 
de  l’infusion  , et  la  liqueur  dans  la- 
quelle les  matières  sont  infusées.  Le 
temps  de  l’infusion  doit  estre  mesuré 
selon  la  diuersité  des  matières  , car 
celles  qui  sont  dures  et  solides,  ou 
seiches  , ou  entières  : méritent  plus 
longue  infusion  que  les  tendres  ou 
recentes,  ou  pilées-,  dont  aduient  que 
les  racines  et  les  semences  demandent 
plus  long  temps  d’infusion , les  fleurs 
et  fueilles  moindre , et  aussi  consé- 
quemment de  telles  autres  matières. 
Les  liqueurs  ausquelles  se  fait  l’infu- 
sion doiuent  respondre  à la  qualité 
des  matières  qu’on  veut  distiller , 
comme  les  matières  chaudes  doiuent 
estre  infusées  en  liqueurs  chaudes,  et 
les  froides  en  liqueurs  froides.  Pa- 


DES  DISTILLATIONS. 


rcillement  les  matières  qui  onl  peu 
de  suc,  comme  la  sauge,  betoine,  ab- 
sinthe, et  autres  semblables  , ou  qui 
sont  fort  odorantes,  comme  toutes 
sortes  d’espiceries,  toutes sortesd'lier- 
bes , ou  escorce  de  bois  odorant, 
comme  la  canelle  , veulent  estre  in- 
fusées en  vin , à fin  d’en  extraire  leur 
suc,  et  garder  aux  odorantes  leur 
odeur,  qui  se  peut  facilement  eua- 
porer  par  l’action  du  feu,  à raison  de 
leur  substance  ténue.  El  lorsque  l’on 
veut  que  quelque  eau  retienne  mieux 
la  vertu  de  la  matière  dont  elle  est 
distillée,  on  la  doit  infuser  et  distiller 
en  son  suc , ou  en  autre  qui  ait  pa- 
reille vertu. 


CHAPITRE  VII. 

LA  MANIERE  DE  DISTILLER  LES  EAVX. 

Auant  que  donner  le  moyen  de  dis- 
tiller les  eaux,  il  m’a  semblé  bon  d’es- 
crire  combien  il  y a de  sortes  d’eaux, 
et  de  leurs  diuerses  vertus.  Donc  les 
vnessont  médicamenteuses,  comme 
l’eau  rose  , de  plantain  , d’ozeille  , 
sauge,  et  autres  : les  autres  sont  ali- 
menteuses,  comme  les  restaurans  : 
les  autres  sont  médicamenteuses  et 
alimenteuses , comme  les  restaurans 
alimenleux , ausquels  on  met  des 
choses  médicamenteuses.  Autres  sont 
purgatiues,  comme  l’eau  ou  liqueur 
derheubarbe,  si  elle  estoit  recente  ou 
verte.  Autres  sont  faites  pour  embel- 
lir la  face  et  mains.  Autres  sont  odo- 
rifiques,  comme  cellès  qui  sont  tirées 
des  aromates,  pourlauer  les  mains  et 
tout  le  corps. 

Eau  de  rose. 

iller  vue  bonne  eau  de 


62  t 

rose,  il  faut  faire  infuser  ou  tremper 
les  roses  en  eau  de  rose  distillée  , ou 
bien  en  suc  tiré  d’icelles , et  ce  par 
l’espace  de  deux  ou  trois  iours,  Ion 
vaisseau  estant  bien  bouché  et  lu- 
lé  : puis  les  mettre  en  ton  alembic 
de  verre  couuert  de  son  chapiteau 
bien  Iule  et  accommodé  de  son  réci- 
pient , et  le  mettre  au  vaisseau  de 
baing  Marie , comme  ie  t'ay  descrit 
cy  dessus. 

Eau  alimenieuse  ou  reslauraliue. 

Les  eaux  alimenteuses  et  reslaura- 
tiues  ne  sont  autres  choses  que  res- 
taurans, desquels  ie  t’ay  bien  voulu 
donner  le  vray  moyen  de  les  dis- 
tiller. 

Prenez  chair  de  veau,  mouton,  ché- 
ureau,  chapon,  poullets,  poulies  gras- 
ses, perdris,  phaisans,  en  telle  quan- 
tité qu’il  te  semblera  bon,  hachées  bien 
menu  : et  pour  diminuer  la  chaleur 
qu’ils  acquièrent,  on  mettra  vne  poi- 
gnée d’orge  mondé , vne  poignée  de 
roses  rouges  seiches  ou  récentes  , qui 
premièrement  auront  trempé  en  jus 
de  grenades  , citrons  , et  eau  rose , et 
quelque  peu  de  canelle.  Si  l’on  veut 
faire  le  restaurant  médicamenteux, 
ou  y adiouslcra  choses  contrariantes 
à la  maladie,  comme  poudres  cor- 
diales, sçauoir  electuaire  diamargari - 
lum  frigidum , de  gemmis , aromaticum 
rosatum,  conserue  de  buglosse,  bour- 
rache , racines,  herbes  , semences , et 
autres  semblables.  Et  si  c’estoit  pour 
bailler  à vn  pestiféré,  on  y adioustera 
du  theriaque  ou  methridat,  et  autres 
alexiteres. 

Il  faut  disposer  les  choses  par  petits 
lits  ( dit  ordinairement  stratum  super 
stratum  ) en  l’alembic  de  verre , et  le 
faire  distiller  au  baing  Marie,  ou  sur 
cendres  ou  arènes  chaudes  : réitérant 


022  LE  VINGT-SIXIEME  LIVRE 


l’eau  plusieurs  fois  dessus , et  le  lais- 
sant infuser  i. 

On  peut  faire  d’autres  restaurans 
plus  subitement,  et  à moins  de  frais 
ny  tant  de  peine.  Il  faut  bien  battre 
les  chairs,  puis  les  hacher  à petits 
morceaux,  et  les  faut  enfiler  de  fil 
double  ou  fisselle,  et  qu’ils  tiennent 
l’vn  à l’autre  : après  on  les  mettra 
dedans  une  grosse  bouteille  de  verre, 
et  que  le  fil  sorte  hors  : laquelle  sera 
bien  estoupée  par  dessus  auec  linges, 
coton,  fil,  trempés  en  lut  fait  de 
blanc  d’œuf  et  farine.  L’on  mettra 
ceste  bouteille  en  vn  chaudron  plein 
d’eau  iusques  au  col , et  qu’elle  ne 
touche  le  fond  du  chaudron  , et  ainsi 
qu’elle  soit  bien  appuyée  de  toute 
part , à fin  qu’elle  ne  vacille  , comme 
tu  as  veu  par  cy  deuant  : laquelle 
estant  bien  accommodée , on  fera 
boüillir  à petit  feu  par  l’espace  de 
quatre  heures,  plus  ou  moins,  ius- 
ques à tant  que  la  plus  grande  partie 
de  la  chair  soit  conuertie  en  suc  ou 

1 J’ai  encore  retranché  en  cet  endroit  le 
Portrait  de  baing  Marie,  lequel  peut  seruir  à 
distiller  par  cendres;  et,  comme  pour  les 
figure»  précédentes,  je  me  borne  à en  re- 
produire la  rubrique. 

« A Dcmonstre  le  fourneau  de  terre,  auquel 
t’est  monstré  la  gueule  pour  tirer  les 
cendres. 

B Monstre  vn  autre  fourneau  posé  dans 
ledit  fourneau,  lequel  est  fait  de  cui- 
ure,  et  passe  tout  au  trauers  de  la 
cuue  faite  de  cuiure,  pour  eschauffer 
l’eau  ou  cendre  contenue  dedans. 

G La  cuue  où  est  contenue  l’eau,  cendres, 
ou  sable. 

D Les  alembics  disposés  dans  ladite  eau, 
sable,  ou  cendre,  auec  le  bec  de  leur 
récipient.  » 


jus  : les  quatre  heures  passées,  on  os- 
tera  le  chaudron  du  feu  sans  oster  la 
bouteille  de  dedans  : car  si  vous  l’os- 
tiez  promptement  , elle  se  pourroit 
rompre,  à raison  qu’elle  ser oit  enui- 
ronnée  (estant  chaude)  de  l’air  froid  : 
estant  refroidie  on  l’ostera  du  feu,  et 
sera  destouppée  : puis  tirerez  les  fils 
auec  las  chairs  , de  façon  que  le 
suc  demeurera  seul.  Coulez  ceste  li- 
queur en  chausse  d’hippocras,  et  l’aro- 
matisez auec  sucre  et  cannelle,  y ad- 
ioustant  vn  peu  de  jus  de  citron,  ou 
verjus,  ou  vn  peu  de  vinaigre  , selon 
le  gousl  du  malade  : l’on  peut  selon 
ceste  forme  faire  restaurans  tels  qu’on 
voudra , plus  ou  moins  chers  et  déli- 
cats, alimenteux  et  médicamenteux. 

Eau  purgatiue. 

On  peut  tirer  la  vertu  des  médica- 
ments purgatifs,  turbith,  agaric, 
rheubarbe  et  autres,  comme  l’on  tire 
l’essence  et  esprit  de  la  sauge,  rosma- 
rin  , thym , anis , fenoil , girofle , ca- 
nelle , muscade , et  autres , mais  par 
vne  façon  toute  autre  que  les  eaux 
ny  huiles  : parce  qu’elles  sont  de  na- 
ture subtile  et  aérée,  montant  quand 
on  les  distille  : mais  la  vertu  purga- 
tiue au  contraire,  parce  qu’elle  est 
coniointe  inséparablement  auec  sa 
propre  substance,  ne  monte  point, 
mais  demeure  au  fond,  comme  sera 
monstré  cy  après. 

Eaux  pour  embellir  la  face. 

Quant  aux  eaux  pour  embellir  la 
face,  et  autres  qui  sont  odorifiques , 
nous  en  auous  traité  cy  deuant  : les- 
quelles seront  distillées  in  balneo  Ma- 
riœ , à sçauoir  ainsi  que  l’eau  de  roses. 


DES  DISTILLATIONS. 


623 


CHAPITRE  VIII. 

DE  LA  MANIERE  DE  DISTILLER  L’EAV  DE 

VIE  , APPELÉE  L’AME  OV  L’ESPRIT  DE 

VIN, 

Prenez  de  bon  vin  blanc  ou  clairet, 
fort  vineux  , ou  de  leur  lie,  et  non  de 
vin  aigri , ny  esuenté  , ou  infect , la 
quantité  selon  la  grandeur  du  vais- 
seau auquel  tu  veux  faire  ta  distil- 
lation : emply-le  iusques  à la  tierce 
partie,  puisle  faut  couurir  de  sa  chape 
à long  bec  , et  ainsi  fais  le  distiller  au 
baing  Marie  : si  tu  veux  auoir  l’eau 
de  vie  excellente,  la  faut  rectifier 
deux  ou  trois  fois , voire  iusques  à 
sept.  Et  faut  obseruer  que  pour  la 
première  distillation  sera  assez  de  tirer 
la  quatrième  partie,  à sçauoir,  de 
douze  pintes  trois  ou  quatre  : pour 
la  seconde,  la  moitié,  qui  scroit  deux 
pintes  : pour  la  tierce  , autre  moitié  , 
qui  sera  vne  pinte , et  plus  : tellement 
que  plus  de  fois  sera  distillée,  moins 
en  y aura , et  aussi  mieux  vaudra.  le 
serois  d’aduis  qne  la  première  distil- 
lation fust  au  feu  de  cendres  , et  les 
autres  au  baing  Marie. 

Or  les  moyens  par  lesquels  on  con- 
noist  l’eau  de  vie  estre  assez  distillée, 
sont , qu’estant  posée  en  vne  cuillier 
et  allumée,  elle  se  consomme  du  tout, 
ne  laissant  aucune  marque  d’humi- 
dité au  fond  de  la  cuillier  : aussi  si  on 
trempe  vu  linge  en  ladite  eau,  estant 
allumé  brusle  sans  offenser  le  drap- 
peau  : pareillement  si  vne  goutte 
d’huile  est  iettée  en  ladite  eau , elle 
va  au  fond  : comme  si  quelque  peu 
d'icelle  est  espandue  sur  la  main  , se 
consomme  et  pénétré  bien  tost.  Les 
vertus  de  l’eau  de  vie  sont  infinies: 
elle  aide  aux  epilepsies , apoplexies , 


et  generalement  à toutes  maladies 
froides  : elle  sedc  la  douleur  des 
dents  , elle  est  vtile  aux  ponctions  , 
és  playes  des  nerfs,  aux  défaillances 
de  cœur  et  syncopes,  aux  gangrènes 
et  pourritures,  mixtionnée  auec  au- 
tres medicamens,  à fin  de  les  faire 
penetrer  au  profond  des  parties. 

Entre  la  distillation  du  vin  et  vi- 
naigre, il  y a différence , parce  que  le 
vin  est  de  substance  vaporeuse  et 
aérée  , et  la  meilleure  vertu  qui  est 
en  iceluy  gist  en  la  première  distil- 
lation, c’est-à-dire,  à l’eau  qui  est 
distillée  la  première , qui  est  ia  vertu 
aérée  et  ignée  : tellement  que  ce  qui 
reste  et  demeure  au  vaisseau  est  froid 
et  sec,  de  nature  de  vinaigre.  Au 
contraire  l’eau  première  du  vinaigre 
est  insipide,  et  n’est  que  phlegme, 
comme  auons  dit , parce  qu’en  la  cor- 
ruption et  alteration  du  vin  se  fait 
séparation  de  la  vertu  aérée  et  ignée 
en  s’aigrissant,  et  n’y  demeure  que 
le  phlegme  qui  fait  la  corruption  du 
vinaigre,  lequel  prédominant  est  con- 
traint de  sortir  le  premier.  Parquoy, 
pour  auoir  bon  vinaigre  par  distilla- 
tion, après  l’ auoir  mis  en  pareille 
quantité  qu’aums  dit  du  vin  pour 
faire  l’eau  de  vie , dedans  l’alembic  , 
faut  laisser  distiller  le  phlegme  ou 
l’aquosité , et  le  mettre  à part  : puis 
quand  on  sentira  au  gouster  que  l’a- 
cetosité  ou  esprit  viendra  , le  feu  sera 
continué  iusques  à ce  qu’il  s’espaississc 
en  forme  de  miel , et  lors  cesserez  , 
autrement  aurez  par  l’adustion  vne 
grande  puanteur. 

Or  les  vaisseaux  pour  distiller  tant 
l’eau  de  vie  que  le  vinaigre  sontdiuers, 
à sçauoir,  l’alembic,ou  retorte,  posée 
dans  les  cendres  ou  arenes.  On  les 
peut  pareillement  distiller  dedans  vn 
chaudron , ou  pot  de  cuiure  d’airain, 
fait  en  forme  de  marmite  appellé  ves- 


02:1  I,E  VINGT-SIXIÈME  LIVRE 


sie  vulgairement,  couuert  d’vn  cou- 
uercle,  duquel  sort  vu  canal  droit, 
courbé  en  angle  droit , qui  passe  de- 
dans vn  muy  plein  d’eau  fraische  , 
lequel  te  sera  portrait  lorsqu’on  don- 
nera la  maniéré  de  distiller  l’huile 
des  végétaux , c’estàdire  , des  herbes 
et  plantes. 


CHAPITRE  IX. 

LA  MANIERE  DE  RECTIFIER  LES  EAVX 
DISTILLÉES. 

Pour  rectifier  les  eaux  qui  ont  esté 
distillées  au  baing  Marie , il  les  con- 
uient  mettre  au  soleil  en  vn  vaisseau 
de  verre  bien  bouché  et  à demy 
plein,  mettant  le  vaisseau  iusques  à 
la  tierce  partie  dans  le  sable , à fin 
qu'estant  eschauffé  par  le  soleil,  le 
phlegme  soit  consommé:  et  le  laisser 
l’espace  de  douze  ou  quinze  iours , 
plus  ou  moins. 

Il  y a vne  autre  maniéré  plus  com- 
mode , c’est  de  rechef  les  distiller  au 
baing  Marie  à petit  feu  : ou  bien  , 
pour  mieux  faire,  les  mettre  en  vne 
retorte  ou  cornue  auec  son  récipient, 
assise  sur  des  boulles  de  cristal , et 
mettre  le  tout  au  soleil  : ou  bien  l’as- 
seoir en  defaut  de  crystal , sus  vn 
mortier  de  fer,  ou  boulles  de  fer  '. 

1 Ici  venaient  deux  nouvelles  figures,  la 
première  représentant  une  Cornue  auec  le 
récipient  assise  sus  des  boulles  de  crystal, 
pour  distiller  au  Soleil;  et  la  seconde  une 
Autre  cornue  auec  le  récipient  assise  en 
vn  mortier  de  marbre  ou  de  fer  , pour  pa- 
reillement distiller  au  Soleil.  Ces  deux  ti- 
tres suffisent  pour  donner  une  idée  des  fi- 
gures; je  noterai  seulement  qu’elles  se 
voyaient  déjà  dans  le  magasin  d'instru- 
mens  des  Dix  liâtes  de  chirurgie  de  loü4. 


CHAPITRE  X. 

LA  MANIERE  DE  DISTILLER  PAR  FILTRE. 

Il  faut  auoir  trois  iattes  ou  bassins, 
ou  autres  vaisseaux  faits  de  telle  ma- 
tière qu’il  sera  requis , selon  la  li- 
queur que  vous  voudrez  distiller. 
Iceux  seront  tellement  situés  que  l’ vn 
soit  plus  haut  que  les  deux  autres  : 
et  le  second  que  le  dernier.  Le  plus 
haut  contiendra  le  jus  qu’on  voudra 
distiller,  et  le  bas  ou  dernier  receura 
la  distillation.  Et  dedans  les  deux 
premiers  vaisseaux  trempera  vne  ou 
plusieurs  pièces  de  drap , ou  de  feu- 
tre , assez  longue  , qui  sera  large  par 
vn  bout  et  pointue  de  l’autre  : le  costé 
large  trempera  dans  le  jus  ou  li- 
queur, et  le  pointu  pendra  dehors, 
par  lequel  la  liqueur  plus  subtile 
montera,  et  distillera  goutte  à goutte 
au  vaisseau  d’embas,  en  sorte  que  le 
plus  limonneux  et  impur  demeurera 
au  premier  et  second  vaisseau.  Si 
l’on  veut  plusieurs  fois  et  en  mesme 
temps  distiller  vne  mesme  liqueur, 
l’on  pourra  disposer  plusieurs  vais- 
seaux en  forme  d’escallier  ou  d’es- 
cheletle  : et  en  chacun  de  ceux  qui 
seront  les  plus  hauts,  mettre  la  piece 
de  feutre  de  la  façon  qu’auons  dit , 
en  sorte  que  le  dernier  vaisseau  soit 
ccluy  qui  reseruera  toutes  les  distil- 
lations. En  lieu  de  lisiere  de  drap,  on 
peut  vser  de  c.otton  ou  de  laine  filée , 
dix  ou  douze  filets  ensemble  liés  par 
vn  bout,  lequel  trempera  dans  le  pre- 
mier vaisseau  >. 

1 Ici  venait  le  Portrait  des  vaisseaux 
pour  distiller  par  filtre;  \c  texte  est  assez 
clair  pour  qu’il  ne  soit  pas  besoin  d’autre 
explication. 


des  DISTILLATIONS. 


Au  lieu  de  cesle  distillation , les 
Apoticaires  vsent  de  manche  de  drap 
faite  en  pointe,  qu’on  appelle  chausse 
d’hippocras.  Or  telle  distillation  n’a 
esté  excogilée  sinon  que  pour  puri- 
fier, depurer,  et  clarifier  toutes  eaux 
et  jus,  et  autres  compositions  qui  sont 
en  eau  : comme  pour  exemple  te  don- 
neray  coste  cy  qui  est  dite  vulgaire- 
ment laict  virginal , lequel  se  purifie 
en  reste  sorte  par  le  filtre. 

Laict  virginal. 

Prenez  lilharge  d’or  bien  pulueri- 
sée  onces  iij.,  faites  les  infuser  en  vj. 
onces  de  bon  vinaigre  par  l’espace 
de  trois  heures  , dans  vn  vaisseau  à 
part  : et  dedans  vn  autre  vaisseau 
mettez  aussi  infuser  sel  commun  en 
eau  de  plantain,  morelle,  eau  rose, 
ou  commune,  faites  distiller  par  feu- 
tre chacun  à part  : et  après  qu’ils  se- 
ront distillés,  meslez-les  ensemble,  et 
alors  aurez  le  laict  virginal , blanc 
comme  laict,  qui  est  propre  pour  la 
goutte  rose,  comme  ay  descrit  en  mon 
Antidotaire  l. 


CHAPITRE  XI. 

LA  MANIERE  DE  DISTILLER  LES  HVILES, 
ET  PAR  COMBIEN  DE  MANIERES  ELLES 
SONT  EXTRAITES. 

Il  y a trois  maniérés  d’extraire  les 
huiles.  La  première  est  par  expres- 
sion , comme  est  celle  qu’on  tire  des 
oliues,  noix,  semences,  fruits,  et  au- 
tres : ou  bien  par  ébullition,  conquas- 
sant  la  matière  , et  la  faisant  boüillir 
en  eau , et  au  dessus  viendra  huile 

1 îl  appelle  ainsi  son  livre  de  la  Composé 
l ton  des  medicamens. 

III. 


620 

qui  nage,  comme  de  la  graine  de  su- 
reau , hieble , baie  de  laurier,  et  au- 
tres. La  seconde  est  par.  infusion  , 
comme  celle  qu’on  fait  auec  huiles, 
mettant  dedans  tremper  quelques 
parties  des  plantes  ou  des  animaux. 
La  troisième  est  par  distillation , 
comme  celle  qu’on  fait  par  force  de 
feu,  soit  en  montant,  ou  descendant, 
ou  par  rencontre. 

La  première  maniéré  est  conncuë 
d’vn  chacun,  et  se  fait  ainsi  : comme 
pour  extraire  l’huile  d’amendes,  les 
faut  piler  sans  peler,  et  les  réduire  en 
pains  qui  seront  enueloppés  en  vn 
sac  fait  de  poil  de  cheual,  ou  toile 
neufue  premièrement  trempée  en  eau 
ou  vin  blanc,  puis  on  les  met  en  la 
presse  : et  par  tel  moyen  on  en  extrait 
l’huile.  Ce  qu’on  peut  pareillement 
faire  de  pignolas  , noisettes , de  noix 
d’Inde,  muscade  , de  noyaux  de  pes-  • 
che,  et  pareillement  de  semences  de 
courges,  de  concombres,  pistache,  et 
généralement  de  toutes  autres  se- 
mences huileuses. 

L’huile  de  laurin  se  fait  des  fruits 
de  laurier  meurs  et  recentement 
cueillis,  lesquels  on  pile  en  vn  mor- 
tiei,  et  les  fait-on  boüillir  en  eau  in 
duplici  vase  : puis  on  les  presse  en 
vne  presse,  comme  les  amendes,  ou 
bien  on  les  tire  par  ébullition,  comme 
auons  dit. 

L’huile  d’œuf  se  fait  de  iaunes  d’œufs 
qu’on  a fait  durcir  à force  de  boüillir, 
au  nombre  que  tu  voudras:  après  es- 
tre  bien  durs,  on  les  émincé  entre  les 
mains  dedans  vne  paesle,  et  les  fait-on 
fricasser  à feu  médiocre,  les  re-  » 
muant  tousiours  auec  vne  cuillier 
iusques  à ce  qu’ils  deuiennent  roux 
ou  lanés,  et  qu’on  en  voye  sortir 
l’huile  : puis  subit  les  faut  mettre  en 
vn  sac  de  toile  ou  estamine  fait  de 
poil  de  cheual , et  les  presser  à la 

4o 


LE  VINGT-SIXIÈME  LIVRE, 


626 

presse  comme  on  fait  l'huile  d’a- 
mendes. 

Celles  qui  se  font  par  infusion  se 
pratiquent  en  telle  sone.  Vous  pren- 
drez de  bonne  huile,  en  laquelle  vous 
mettrez  tremper  ou  infuser  vos  her- 
bes et  plantes , ou  bien  quelques  ani- 
maux ou  parties  d’iceux  , et  ce  par 
l’espace  de  quelque  temps:  lesquels 
après  auoir  laissé  leur  vertu  et  faculté 
pour  y estre  trempés  longuement , 
on  les  fait  bouillir,  puis  on  les  coule 
et  presse,  et  si  dans  l’huile  demeure 
quelque  humeur,  on  la  fait  consom- 
mer, la  faisant  bouillir.  Aucuns  ad- 
ioustent  des  gommes  en  cesdites  hui- 
les, lorsqu’on  les  veut  composer: 
desquelles  encore  qu'en  nostre  Anti- 
dotaire  en  ait  esté  escrit,  toutesfois 
ie  donneray  la  copie  de  ceste  cy. 

Huile  d’Hyperiçon. 

Prenez  fleurs d’hypericon  lt>  G.  les- 
quelles mettrez  en  vne  bouteille  auec 
fleurs  de  centaure  q.  s.,  gomme  elem- 
ni  § . ij,  huile  commune  deux  liures  : 
mettez  tout  en  la  bouteille  au  soleil 
le  long  de  l’esté  , lors  que  le  soleil  est 
en  sa  plus  grande  force.  Si  voulez 
adiouster  vn  peu  d'eau  de  vie,  elle 
seroit  singulière,  dans  laquelle  pour- 
rez dissoudre  du  benioin. 

L’huile  de  mastic  est  faite  de  douze 
onces  d’huile  rosat , mastic  trois  on- 
ces, bon  vin  huit  onces,  puis  on  fait 
cuire  le  tout  ensemble  iusques  à ce 
que  le  vin  soit  consommé  : en  après 
on  passe  l’huile,  et  est  reseruée  en  vn 
vaisseau. 


CHAPITRE  XII. 

LA  AI  M'HELE  D.E  HUER  LES  HVILES  DES 
VEGETA VX  PAR  DISTILLATION. 

Presque  toutes  les  herbes  qui  por- 
tent leurs  fleurs  et  semence  en  mou- 
chet,  ont  leurs  semences  composées 
de  substance  chaude  , subtile,  aérée  , 
et  partant  il  faut  qu’ils  tiennent  quel- 
que chose  de  la  substance  oléagineuse 
ou  huileuse  : car  presque  toute  huile 
est  composée  de  mesmes  parties.  Or 
d’autant  que  l’huile  qui  se  trouue  és 
simples  est  de  deux  sortes,  ainsi  se- 
ront-elles tirées  par  deux  maniérés  : 
car  l’vne  est  grosse , terrestre , vis- 
queuse , et  entièrement  meslée  auec 
le  corps  duquel  on  la  veut  tirer, 
comme  celles  desquelles  auons  parlé 
cy  dessus  , qui  sont  tirées  par  expres- 
sion , estans  iointes  inséparablement 
auec  leur  substance , ne  pouuans 
mouler  pour  leur  consistance  grosse 
et  visqueuse.  Il  y a vne  autre  sorte 
d’huile  qui  est  de  nature  subtile  et 
aérée,  laquelle  on  peut  aisément  sé- 
parer du  corps  auecques  lequel  elle 
est  ioinle,  parce  qu’elle  monte  facile- 
ment par  distillation,  et  n’est  mal- 
aisée à séparer  d’auec  le  corps  qui  la 
contient  : et  de  telle  nature  sont  tou- 
tes les  huiles  des  aromates! ou  sen- 
teurs , comme  l'huile  de  genéure  , 
anis,  lenoil,  doux  de  girofle,  mus- 
cade, canelle  , et  leurs  semblables: 
aussi  des  espiceries , comme  poyure  , 
gingembre  et  autres,  desquelles  vou- 
lons donner  lemoyenfde  les  extraire. 

Il  faut  piiercl  concasser  seulement 
lainaliere,  et  la  ^mettre  infuser  en 
eau  commune,  et  pour  vne  liure  de 
matière  dix  d’eau,  dans  vn  vaisseau 
de  cuiure  ayant  vne  chappe  auec  son 


DIS  DISTILLATIONS. 


refrigerion  pleine  d’eau  froide  , la- 
quelle chappe  sera  estamée ou  argen- 
tée par  dedans  : et  iceluy  vaisseau 
sera  posé  sus  vu  fourneau  ayant  du 
feu  dessous , sans  sable  ny  cendres  : 
et  quand  l’eau  qui  est  au  refrigerion 
sera  chaude,  il  faudra  la  changer  et  y 
en  remettre  de  la  froide,  à fin  de  con- 
geler les  esprits  et  empescher  qu'ils 
ne  s’euaporent:  et  au  bout  du  nez  de 
l’alembic  tu  apposeras  vn  récipient  à 
long  col , comme  materas,  et  feras 
feu  iusques  à ce  qu’il  bouille  , en  le 
continuant1. 

Tu  peux  aussi  distiller  en  autre  ma- 
niéré , àsçauoir,  ta  matière  préparée 
et  infusée  comme  dessus  , et  mise 
dans  vn  vaisseau  de  cuiure,  ayant  vn 
alembic  au  dessus , au  bec  duquel 
alembic  sera  accommodé  vn  tuyau 
d'eslain  ou  de  fer  blanc  bien  luté , 
auecques  le  lut  de  sapience  : lequel 
tuyau  passera  au  trauers  d’vn  muy 
d’eau  froide,  à fin  qu’en  distillant  la 
liqueur  qui  sortira  auecques  l’huile 
se  refroidisse  : au  bout  duquel  sera 
mis  vn  récipient , puis  allumerez  des- 
sous vn  petit  feu  au  commencement, 
et  l’augmentant  iusques  à ce  qu’il 
bouille,  comme  dit  est,  et  se  faut  don- 
ner garde  de  faire  trop  grand  feu,  crai- 
gnant que  la  matière  ne  regorge  : 
lors  verrez  auecques  l’eau  distiller 
au  commencement  vostre  huile  , car 
elle  vient  la  première,  et  non  sus  la 
fin  : et  lors  ne  distillant  plus , cesse- 

1 Cette  première  manière  de  distiller  a été 
ajoutée  ici  en  1579.  Danslapremière  édition, 
l’auteur  voulait  que  la  matière  fût  mise  à in- 
fuser dans  vn  alembic  de  verre  l’espace  de  vingt 
quatre  heures,  estant  couuert  de  son  chapiteau 
bien  luté:  estant  in  fusee,  l’alembic  sera  posé  au 
feu  de  cendre  ou  de  sable,  comme  auons  dit  cy 
dessus  : au  bec  duquel  alembic  sera  accommodé 
vntuyau  de  cuiure,  etc.  On  retrouvera  la  suite 
de  ce  texte  dans  le  paragraphe  suivant. 


627 

rez  de  faire  du  feu,  et  connoistrez  ai- 
sément qu’il  ne  distille  plus  d’huile  , 
tant  par  la  veuë  que  par  le  goust  de 
la  senteur  de  ce  que  faites  distiller  : 
après  séparerez  vostre  huile  qui  sera 
auecques  l’eau  distillée  le  plus  subti- 
lement qu'il  sera  possible  , comme 
auecques  vn  destier  dont  les  femmes 
cousent , attaché  à vn  petit  baston. 

Et  faut  icy  noter  qu’il  y a des  huiles 
qui  nagent  dessus  l’eau , les  autres 
vont  au  fond  : comme  l’huile  d’anis 
nage  dessus  l’eau  : mais  l’huile  de 
canelle , macis , et  girofles  va  au 
fond,  ainsi  que  l’experience  monstre. 
D’auantage  l’eau  d’anis  et  de  canelle 
qui  est  distillée  auecques  l’huile  est 
blanchastre , de  laquelle  blancheur 
quelque  peu  se  conuertit  auecques 
le  temps  en  huile.  Les  eaux  doiuent 
estre  séparées , car  elles  sont  plus  ex- 
cellentes que  celles  qui  sont  distillées 
in  balneo  Mariœ , comme  auons  dit 
cy  dessus , et  principalement  celles 
qui  viennent  au  commencement  auec- 
ques l’huile 

Il  faut  icy  noter  que  les  huiles  ont 
vne  mesme  vertu  que  les  simples 
desquels  on  les  tire,  voire  beaucoup 
plus  grande.  Car  toute  la  vertu  qui 
estoiten  vne  liure,  eslenclose  en  quel- 
que peu  de  drachmes  : comme  pour 
exemple,  la  vertu  quiestoit  en  vne  li- 
ure de  doux  de  girofle  , est  contenue 
en  deux  onces  pour  le  plus  : de  canel- 
le, à vne  drachme  et  demie  ou  deux. 

Or  à fin  d’en  tirer  en  plus  grande 
quantité  et  à moins  de  frais,  et  sans 
crainte  de  rompre  les  vaisseaux  de 

1 On  lit  en  marge  de  cet  endroit,  dans  la 
première  édition  posthume  : Videtur  contra- 
rium  , fol.  3C8.  Ce  renvoi  répond  dans  l’édi- 
tion actuelle  à la  page  6 1 9,  où  Taré  consacre 
en  effet  un  long  article  à démontrer  la  supé- 
riorité des  eaux  distillées  au  bain  marie. 


628 


LE  VINGT-SIXIÈME  El  VUE  , 


verre , ie  serois  d’aduis  d’vser  de  ce- 
luy  de  cuiure,sans  crainte  que  l’huile 
acquière  quelque  mauuaise  qualité 
du  vaisseau  : ce  quine  se  fait,  à raison 
que  l’eau  qui  vient  auec  l’huile  em- 
pesche  la  mauuaise  qualité  qui  pour- 
rait estre  au  vaisseau  : ioint  aussi 
qu’il  doit  estre  bien  estamé  ou  ar- 
genté : duquel  ie  l’ay  voulu  bailler  le 
portrait  auec  son  fourneau  '. 

Or  d’autant  que  nous  auons  parlé 
de  la  canelle,  poiure , et  autres , et  à 
raison  qu’en  noslre  France  n’auons 
tels  arbres,  il  m’a  semblé  bon  t’en 
donner  le  portrait  de  ces  deux,  en- 
semble la  description  prise  de  Theuet 
en  sa  Cosmographie,  lequel  comme 
l’ayant  veu  nous  l’a  fait  représenter  2. 

1 La  figure  ainsi  indiquée  avait  pour  ti- 
tre : Fourneau  auec  son  vaisseau,  par  lequel 
se  tirent  toutes  essenccsvegctalcs,  comme  sauge, 
rosmarin  , thym  , luuande,  semences  d’anis , 
fenoil,  doux  de  girofles,  muscade,  canelle, 
poiure,  gingembre  et  autres  : semblablement 
l’eau  de  vie  et  le  vinaigre  distillé.  En  lieu 
d’iccluy  vaisseau  lu  peux  vser  de  celui)  qui  a 
son  réfrigérant  au-dessus.  » Je  l’ai  retranchée 
comme  les  autres;  en  voici  toutefois  la  ru- 
brique. 

« À.Monstre  le  vaisseau  appelé  ordinairement 
vessie,  fait  de  cuiure  estamé  par  de- 
dans. 

B Le  chapiteau. 

C Le  tonneau  plein  d’eau  froide  pour  re- 
froidir l’eau  et  l’huile  qui  coulent  par 
vn  tuyau  qui  passe  au  Iraucrs. 

D Le  tuyau  fait  de  cuiure  ou  fer  blanc  pas- 
sant au  trauers  du  muy. 

E La  vessie  estant  poséeetassisesussonfour- 
neau,  immédiatement  contre  le  feu.  » 

> Ce  paragraphe,  et  tout  ce  qui  sait  jus- 
qu’à la  fin  du  chapitre,  sontdes  additions  de 
1579.  J’en  reproduis  fidèlement  le  texie; 
mais  je  n’ai  pas  hésité  à retrancher  deux  fi- 
gures représentant,  l’une  Y arbre  qui  porte  le 
poiure,  et  l'autre  l’arbre  qui  produit  la  canelle, 


De  l'arbre  qui  porte  le  poivre. 

Le  poiure  croist  en  Indie  , en  des 
petits  arbres  qui  iettent  de  petites 
grappes  qui  portent  des  grains  comme 
de  lierre,  ou  petits  raisins  noirs  quand 
ils  sont  bien  meurs.  Les  fueilles  sont 
semblables  au  citronnier , quelque 
peu  aiguës  et  poignantes.  Les  Indiens 
sont  fort  curieux  à recueillir  ceste 
graine  , lors  qu’elle  est  venue  en  sa 
maturité , et  en  remplissent  de  bien 
fort  grands  magazins.  Il  y a telle  an- 
née qu’il  aborde,  en  l’isle  de  la  petite 
Iane,  plus  de  deux  cens  vaisseaux 
pour  se  charger  de  poiure  et  d’au- 
tres espiceries.  On  en  vsc  aux  anti- 
dotes et  contre-poisons.  11  prouoque 
l’vrine,  digéré,  attire,  resoult,  donne 
secours  aux  morsures  de  serpens.  Il 
est  bon  pour  l’estomacb  refroidi, 
donné  tant  par  dedans  qu’appliqué 
par  dehors  , et  aide  à faire  la  diges- 
tion, et  donne  appétit  mis  en  saulces. 
Il  le  faut  choisir  qui  soit  noir,  pesant, 
et  non  flestri. 

L’arbre  qui  porte  le  poiure  blanc  , 
et  celuy  qui  porte  le  noir,  sont  si  peu 
différons  que  ceux  du  pays  ne  les  peu- 
uent  remarquer,  sinon  que  lors  qu’ils 
portent  leurs  fruits  : comme  l’on  voit 
des  vignes  blanches  et  noires'. 

De  l’arbre  qui  prod  lit  la  canelle. 

L’arbre  qui  porte  la  canelle  croist 
aux  montagnes  des  Indes,  et  est 
presque  semblable  à noslre  laurier. 

en  reportant  toutefois  dans  le  texte  les  litres 
de  ces  figures. 

1 Le  vigneron  connoisl  bien  le  sep  l'vn  d’auec 
l’autre  sans  raisins,  si  ie  ne  me  trompe.  Celte 
réflexion  se  lit  en  marge  de  la  première  édi- 
tion posthume  , en  sorte  qu'on  peut  encore 
présumer  qu’elle  est  de  Paré;  elle  manque 
toutefois  dans  les  éditions  précédentes. 


DES  DISTILLATIONS. 


Le  Roy  en  fait  couper  par  certains 
mois  de  l’année  certains  iettons  et 
scions,  et  en  l'ail  leuer  l’escorce,  qui 
est  ce  que  nous  appelions  canelle,  la- 
quelle est  vendue  à sa  taxe  aux  oslran- 
gers , n’estant  permis  à autre  faire 
couper  ce  bois 

Galien  dit  la  canelle  estre  de  sub- 
tiles parties,  chaude  au  tiers  degré, 
ayant  quelque  legere  astriction , au 
moyen  dequoy  elle  incise  et  dissout 
les  superfluités  du  corps , et  fortifie 
les  membres 1  2.  Elle  est  fort  propre  à 
esmouuoir  les  mois  aux  femmes,  ar- 
restés  par  trop  grande  abondance 
et  espaisseur  d’excremens,  de  sorle 
qu’ils  ne  s’euacuent  suffisamment. 
Elle  sert  à faire  bonne  bouche,  et  aro- 
matizer  les  médecines,  et  faire  liippo- 
cras,  et  donner  goust  aux  saulces. 

On  fait  de  la  canelle  vne  eau  ex- 
cellente, laquelle  est  souueraine  con- 
tre toutes  les  maladies  froides,  dé- 
faillance de  cœur,  preseruant  de  la 
peste,  et  contrariant  aux  venins  3.  Sa 
prescription  est  telle.  Prenez  vne  liure 
de  la  meilleure  canelle  que  la  pour- 
rez choisir,  et  l’ayant  vn  peu  concas- 
sée, la  jetterez  dans  vn  vaisseau  de 
verre  auec  quatre  liures  de  bonne 
eau  rose  et  demie  liure  de  bon  vin 
blanc  : le  tout  ferez  infuser  par  l’es- 
pace de  vingt  quatre  heures,  le  mou- 
uant  souuent:  puis  mettrez  à distiller 
au  baing  Marie,  selon  l’art,  les  vais- 
seaux et  recipiens  bien  lutés  ensem- 
ble, à fin  que  l'esprit  ne  respire. 

1 Theuet,  en  sa  Cosmographie.  — A.  P. 

2 Galien , liure  7.  des  Simples.  — A.  P. 

5 Matth. , sur  le  liure  de  Dioscoride. — A.  P. 


629 


CHAPITRE  XIII. 

AVTRE  MANIERE  POVR  TIRER  L’ESSENCE 
ET  ESPRIT  DE  TOVS  AROMATES,  TANT 
IIERRES,  F LE  VR  S,  SEMENCES  ET  FR  VITS  : 
AVSSI  DE  LA  RHEVRARBE  , AGARIC, 
TVRBITH  , IIERMODACTE  , ET  AVTRES 
PVRGATIFS. 

L’essence  et  esprit  de  tels  simples 
sont  extraits  en  ceste  sorte  : 

Prenez  sauge,  rheubarbe,  canelle, 
ou  autre  matière,  et  la  hachez  menu, 
ou  bien  la  concassez  : cela  fait,  seront 
mis  en  vn  matelas  ou  bouteille  de 
verre  ayant  le  col  bien  haut,  et  ver- 
sez dessus  eau  de  vie  ou  esprit  de  vin 
rectifié,  en  telle  quantité  qu’il  couure 
la  matière  mise  au  vaisseau , de  la 
hauteur  d’vn  doigt  ou  deux  : puis  es- 
toupez  le  vaisseau  diligemment,  qu’il 
ne  puisse  auoir  aucun  air,  et  le  laissez 
huit  iours  tremper  tout  seul  au  baing 
Marie  bien  lent  : lors  vostre  eau  de 
vie  attire  à soy  l’esprit  qui  est  im- 
planté à la  matière , dont  vous  faites 
extraction , et  le  transforme  en  soy  : 
ce  que  connoistrez  quand  elle  sera 
bien  colorée,  ayant  tiré  la  teinture  de 
la  matière  trempée.  Ces  huit  iours 
expirés,  versez  vostre  esprit  de  Yin 
en  vn  autre  vaisseau,  auquel  y aura 
autre  matière  ainsi  préparée,  à fin 
qu’il  en  tire  pareillement  la  qualité  : 
et  reiterez  cecy  par  trois  ou  quatre 
fois , iusques  à ce  que  vostre  eau  de 
vie  aye  parfaitement  pris  la  couleur 
et  teinture  de  vostre  ingrédient. 

Or  si  le  simple  duquel  voulez  ex- 
traire l’essence  estoit  de  grand  prix , 
comme  bois  d’aloés  ou  rheubarbe,  il 
ne  se  faudroit  contenter  de  verser 
vne  fois  de  l’eau  de  vie  sus  iceluy , 
mais  deux  ou  trois  fois  , iusques  à ce 


63o 


LE  VINGT-SIXIEME  LIVRE  , 


que  l’essence  fust  du  tout  tirée  : ce 
que  connoistrez , lors  que  la  matière 
sera  du  tout  insipide  de  son  goust  : 
cela  fait  tant  qu’il  sera  besoin  , met- 
trez toutes  les  eaux  dans  vn  alembic 
couuert  de  son  chapiteau , bien  luté, 
mis  et  posé  au  baing  Marie,  à tin  de 
faire  euaporer  vostre  eau  de  vie  qui 
doit  estre  soigneusement  gardée  pour 
vne  autre  fois , et  au  fond  demeurera 
vostre  esprit  ou  essence.  Laquelle  si 
voulez  auoir  en  consistence  de  miel , 
la  mettrez  en  vn  vaisseau  de  terre 
plombée  sus  les  cendres  chaudes,  fai- 
sant euaporer  le  plus  subtil,  ou  bien 
dans  l’alembic  : et  par  tel  moyen  au- 
rez à la  parfin  vne  substance  ou  es- 
sence très  excellente  et  precieuse  de 
la  chose  extraite,  et  en  assez  bonne 
quantité,  auec  laquelle  mesme  en 
petite  quantité  ferez  plus  grande 
operation  qu’auec  vn  grand  morceau 
de  racine  ou  herbe  : comme  auec  vn 
scrupule  de  l’essence  de  rheubarbe, 
agaric,  turbith,  ferez  plus  d’opera- 
tion qu’auec  deux  ou  trois  drachmes. 


CHAPITRE  XIV. 

LA  MANIERE  DE  TIRER  L’HVILE  DES  GOM- 
MES, LARMES  , OV  LIQVEVRS  ESPA1S- 
SES,  ET  RESINES,  ET  MESME  DE  CER- 
TAINS BOIS. 

Toutes  les  huiles  des  gommes  et 
bois  oléagineux,  ensemble  l’huile  des 
métaux  , sont  tirées  par  vn  vaisseau 
appellé  retorte , et  cornemuse  des  Fran 
cois,  à la  semblance  duquel  instru- 
ment est  faite  la  retorte.  Quant  à la 
matière  dont  il  doit  estre  fait,  il  est 
meilleur  de  verre,  de  pierre,  puis  de 
terre  plombée  et  vernissée  : quant  à 
la  grandeur,  il  doit  estre  selon  la  ma- 
tière et  quantité  d’huile  qu’il  te  sem- 


blera bon  extraire  : toutesfois  nous 
le  prenons  ordinairement  de  telle 
grandeur  que  sa  capacité  intérieure 
puisse  tenir  douze  liures  d’eau  , ayant 
aussi  vn  col  de  pied  et  demy,  ou  d’vn 
pied  pour  le  moins.  Le  vaisseau  rece- 
uant  le  plus  souuent  est  vne  fiole  de 
verre,  ou  bien  vne  autre  retorte, 
dans  laquelle  soit  accommodé  et  in- 
séré le  col  de  la  retorte.  Icelle  doit 
estre  posée  en  vne  iatte  ou  terrine 
pleine  de  cendre  ou  sable,  laquelle 
doit  estre  mise  et  accommodée  sus  le 
fourneau 

Entrelesgommes,lesvnessont  liqui- 
des , les  autres  solides , et  d’icelles  au- 
cunes plus  solides  que  les  autres  : 
les  solides  donnent  plus  de  peine  à 
distiller  que  les  liquides,  à raison 
qu’elles  ne  se  liquéfient  si  tost  et  n'o- 
heïssenl  pareillement  au  feu , et  pour- 
ce  souuentesfois  se  bruslent  deuant 
que  se  dissoudre:  et  pour  ce  aucuns 
adioustent  pour  liure  de  gomme  so- 
lide deux  ou  trois  onces  d’huile  de 
terebenthine , de  la  plus  claire  et  li- 
quide, à raison  qu’elle  est  tres-pure 
et  nette.  Quant  aux  liquides,  elles 
sont  fascheuses  aussi  à distiller,  à 
raison  que  souuent  elles  s’enflent  de 
telle  façon  qu’elles  regorgent  dans  le 
receuant,  telles  qu’on  les  a mises  à la 
retorte,  principalement  si  du  com- 
mencement on  y donne  feu  grand  et 
violent  : et  pour  obuier  à tel  incon- 
uenient , aucuns  adioustent  en  la  re- 
torte du  sable. 

Huile  de  résiné  et  terebenthine. 

Prenez  terebenthine  deux  ou  trois 

1 L’auleur  ajoutait  : comme  tu  peux  voir 
par  ce  portrait.  Le  texte  est  assez  clair  ici 
pour  se  passer  de  la  figure,  qui  d’ailleurs 
ne  méritait  pas  mieux  d’être  conservée  que 
les  précédentes. 


DES  DISTILLATIONS. 


liures , laquelle  mettrez  en  vostre  re- 
torte  de  verre  assez  grande,  telle- 
ment que  les  trois  parties  soient  vui- 
des,  y adioustant  pour  liure  de  te- 
rebentbine  trois  ou  quatre  onces  de 
sable  : cela  fait , vous  poserez  vostre 
retorte  dans  vne  iatte  ou  terrine 
pleine  de  cendres  sassées  et  bien  ac- 
commodées sus  vostre  fourneau  , au 
col  de  laquelle  adiousterez  vn  rece- 
uant  bien  lu  té,  puis  ferez  feu  au 
commencement  bien  leger  : car  ces 
liqueurs  eschauffées  facilement  s’es- 
leuent  et  enflent:  puis  augmenterez 
vostre  feu  petit  à petit , donnant  garde 
que  la  matière  ne  bouille  trop  à coup. 
Au  commencement  distillera  vne  eau 
claire  aceteuse,  à laquelle  ordinaire- 
ment se  concret  vne  bypostase , puis 
sortira  vne  huile  fort  claire  appro- 
chant d’iceluy  phlegme,  et  lors  aug- 
menterez vn  peu  vostre  feu,  à tin 
de  faire  monter  la  troisième  liqueur 
qui  est  vne  huile  de  couleur  d’or 
claire  et  subtile  : et  de  rechef  donne- 
rez feu  de  chasse  auec  feu  de  flambe , 
pour  tirer  vne  huile  rouge  et  ver- 
meille de  couleur  de  ruby,  assez  es- 
paisse , et  par  ce  moyen  tirerez  de  la 
terebenlhine  ces  quatre  liqueurs 
vous  pourrez  changer  à chaque  fois 
vn  récipient,  mais  il  est  plus  expé- 
dient les  laisser  ensemble , à fin  de  les 
distiller  vue  autre  fois.  D’vne  liure  de 
terebenthine , sera  tousiours  tiré  dix 
ou  douze  onces  d’huile  : elle  est  sin- 
gulière pour  la  paralysie,  coouulsion, 
picqueure  de  nerfs , et  pour  les  play  es 
des  parties  nerueuses. 

Pour  extraire  l’huile  de  Cira. 

Prenez  vne  liure  de  cire  , laquelle 
ferez  fondre,  et  la  verserez  en  vostre 
retorte  de  verre  accommodée  au  feu 
de  sablon  ou  de  cendre , comme 


63 1 

auons  dit  cy  dessus  de  la  tereben- 
thine, et  d’icelle  sera  fait  distillation, 
augmentant  le  feu  petit  à petit.  Il  ne 
sort  ordinairement  qu’vne  seule  huile 
et  vn  peu  de  phlegme  , toutesfois  vne 
partie  d’icelle  se  congele  comme 
beurre,  et  pour-ce  de  rechef  doit  es- 
tre  distillée  et  rectifiée.  D’vne  liure 
de  cire  se  peut  tirer  six  ou  huit  onces 
d'huile,  laquelle  est  recommandée 
sur  toutes  autres  choses  pour  les  con- 
tusions et  douleurs  froides. 


CHAPITRE  XV. 

I.A  MANIERE  DE  TIRER  L’HVILE  DES 
GOMMES  PLVS  SOLIDES,  COMME  MYR- 
RHE, MASTIC  ET  AVTRES. 

Aucuns  tirent  ces  huiles  par  le  feu 
de  cendre  ou  de  sable , comme  auons 
dit  des  precedentes,  y adioustant 
pour  liure  de  gomme  deux  ou  trois 
onces  d’huile  de  terebenthine  et  deux 
d’eau  de  vie,  et  laissent  macerer  et 
tremper  l’espace  de  huit  ou  dix  iours 
au  baing  Marie,  ou  bien  au  ventre 
de  cheual , c’est-à-dire  au  fumier, 
l’espace  d’vn  mois , puis  le  distillent 
en  la  retorte. 

Or  le  vray  moyen  de  faire  l’huile 
de  myrrhe  est  telle  : 

Prenez  myrrhe  puluerisée  laquelle 
ferez  distiller  par  les  œufs,  les  faisant 
durcir,  et  au  lieu  de  iaune  les  rem- 
plir de  myrrhe,  lesquels  seront  mis 
sur  vne  claye  à esgoutter,  en  vne 
caue froide  et  humide,  et  au  dessous 
on  mettra  vn  plat  ou  bassin  de  terre 
vernissée  : la  myrrhe  se  dissoudra  en 
eau  huileuse,  iaquelle  sera  après 
mise  en  vn  matelas  de  verre , auec 
autant  d’eau  de  vie  bien  rectifiée  au 
fumier,  l’espace  de  deux  ou  trois 


63q  LE  VINGT-SIXIEME  LIVRE 


mois,  le  matelas  estant  bien  bouché, 
cela  fait,  sera  tirée  dudit  fumier  et 
versée  par  inclination  en  vn  alembic, 
car  au  fond  dudit  matelas  demeurera 
vn  marc  assez  espais  : puis  l’alembic 
sera  mis  au  baing  Marie,  pour  faire 
euaporer  l’eau  de  vie  et  le  phlegme  : 
et  au  fond  demeurera  ton  huile  belle 
et  claire,  laquelle  tu  pourras  colorer 
d’vn  peu  d’orcanete.  Et  si  tu  luy  veux 
donner  quelque  odeur,  tu  y adious- 
teras  vne  goutte  ou  deux  d’huile  de 
sauge,  canelle  ou  girofle,  selon  ta 
discrétion. 

Description  d'vn  baume  descrit  par  Vesal  en 
sa  Chirurgie. 

"if.  Terebint.  opt.  lb.  j. 

Olci  laur.  § . iiij. 

Galb.  § . iij. 

Gummielem.  § . iiij.  G. 

Thuris,  myrrhæ,  gummi  hederæ,  cen- 
taureæ  maior.  ligni  aloës  ana  §.  iij. 

Galang.  caryoph.  consol.  maior.  cinam. 
nucis  rnosc.  zedoariæ,  zinzib.  dictamni 
alb.  ana  § • j- 

Olei  verni,  terrest.  § . ij. 

Aquæ  vilæ  îb.  vj. 

La  maniéré  de  faire  le  baume  est 
telle.  Tous  les  ingrediens  seront  con- 
cassés et  hachés  pour  les  infuser  en 
l’eau  de  vie  l’espace  de  troisiours,  puis 
on  en  fera  distillation  en  la  retorte, 
comme  des  susdites  huiles  de  tereben- 
thine  et  cire,  dont  en  sera  tiré  trois 
liqueurs  : la  première  sera  aqueuse 
et  claire  : la  seconde  de  couleur  d’or 
tres-subtile  : et  la  tierce  représentant 
la  couleur  de  ruby , qui  est  le  vray 
baume.  La  première  liqueur  est  sin- 
gulière contre  l’imbécillité  de  l’esto- 
mach  prouenant  de  matière  froide,  à 
raison  qu’elle  consomme  et  incise  les 
phlegmes , et  dissipe  les  ventosités  : la 
seconde  est  souueraine  pour  aggluti- 
ner les  playes  recentes  , et  piqueures 


des  nerfs,  contre  la  paralysie  : la  troi- 
sième surpasse  les  deux  autres  pour 
suruenir  à telles  infirmités. 

ylulre  de  Fallope. 

r)f.  Tereb.  claræ  tb.  ij 

Olei  de  semine  liai  tb.  j. 

Resinæ  pini  § vj. 

Thuris,  myrrhæ,  aloës,  mast.  sarcoc. 
ana  § . iij. 

Macis,  ligni  aloës  ana  §.  ij. 

Croci  § . G . 

Mettez  tout  en  vne  retorte  de  verre 
sus  les  cendres , et  le  faites  distiller  : 
au  commencement  sortira  une  eau 
claire , puis  vne  huile  rougeastre  : 
icelle  est  souueraine  pour  les  playes. 

le  te  veux  aduertir  que  par  tel 
moyen  tu  peux  distiller  toutes  axon- 
ges  et  graisses,  et  toutes  parties  d’ani- 
maux, ensemble  tous  bois,  escorces  , 
semences , pourueu  qu’elles  soient 
auparauant  bien  macérées  , desquel- 
les toutesfois  on  tirera  d’eau  en  plus 
grande  quantité  que  d’huile  : tu  peux 
pareillement  extraire  l’huile  de  ga  ■ 
gâtés 

De  l'arbre  qui  porte  /’ Encens. 

Ayant  ce  portrait  de  l’encens,  de 
Theuet , comme  il  le  descrit  en  sa 
Cosmographie,  ie  n’ay  voulu  faillir  à 
le  représenter,  et  d’en  escrire  en  bref 
ce  qu’il  en  dit  comme  l’ayant  veu. 

L’encens,  dit-il,  est  vn  arbre  qui 
croist  en  Arabie,  qui  ressemble  aux 
pins,  ieltant  vne  liqueur  qui  s’en- 

1 Le  chapitre  se  terminait  ici  en  1575. 
L’arlicle  qui  suit  sur  l'encens,  et  qui  ne  se 
rapporte  nullement  au  titre  du  chapitre,  a 
été  ajouté  en  1579;  j’ai  supprimé  sans  scru- 
pule la  méchante  figure  de  l’ Arbre  qui  porte 
l’encens,  en  conservant  toutefois  ce  litre  pour 
séparer  ce  qui  va  suivre  du  reste  du  chapitre. 


DES  DISTILLATIONS. 


633 


durcit  puis  après,  et  se  forme  en  pe- 
tits grains  de  couleur  blanch  astre  et 
transparens,  gras  au  dedans,  s’allu- 
mans  quand  on  les  iette  au  l'eu.  On  le 
sophistique  auec  résiné  de  pin , qui 
est  cause  que  nous  ne  l’auons  tel 
qu’il  le  descrit,  ce  qu'on  peut  con- 
noistre  : car  la  résiné  ny  autre  gomme 
ne  s’allaume  au  feu,  ny  ne  sent  si  bon 
comme  fait  l’encens.  Les  Arabes  inci- 
sent ces  arbres  , pour  en  mieux  faire 
distiller  la  liqueur , dont  ils  en  font 
grand  proffit. 

11  remplit  les  vlceres  profonds  , ag- 
glutine les  playes  profondes , et  pour 
ce  est  mis  aux  baumes  comme'princi- 
pal  ingrédient  : appliqué  seul  en  pou-  I 
dre  , arreste  le  sang  qui  flue  des 
playes.  Matthiole  dit  qu’il  est  singu- 
lier meslé  auec  cimolée  et  huile  ro- 
sat , aux  inflammations  des  mam- 
melles  des  femmes  nouuellement  ac- 
couch  ées. 


CHAPITRE  XVI. 

DE  LA  MANIERE  DE  FAIRE  L'UTILE 
DE  VITRIOL. 

Prenez  vitriol  dix  liures,  et  les  met- 
tez bien  puluerisées  en  vn  pot  de 
terre , lequel  sera  enuironné  de  char- 
bons ardens , à fin  de  le  faire  calci- 
ner, ce  que  connoistrez  lors  qu’il  de- 
uiendra  rouge  : lequel  pot  estant  de- 
meuré cinq  ou  six  heures,  et  refroidi, 
sera  cassé,  et  ledit  vitriol  de  rechef 


mis  en  poudre,  pour  eslreencores  cal- 
ciné vne  fois  : et  ce  reïterereziusques 
à ce  qu’il  soit  bien  calciné  : ce  que 
connoistrez  lors  qu’il  sera  parfaite- 
ment rouge.  Cela  fait,  sera  subtile- 
ment puluerisé,  puis  mis  en  la  retorte 
de  terre,  comme  celle  en  laquelle  on 
tire  l’eau  forte,  adioustant  pour  liure 
du  vitriol  calciné,  vn  quarteron  de 
ciment  de  tuille  : en  après  vostre  re- 
torte, accommodée  de  son  récipient, 
sera  mise  au  fourneau  de  reuerbera- 
tion , faisant  tousiours  feu  de  flambe,  et 
ce  par  l’espace  de  deux  fois  vingt  qua- 
tre heures  , plus  ou  moins,  selon  que 
vostre  distillation  durera  : laquelle 
connoistrez  estre  parfaite,  lors  que 
vostre  récipient  viendra  clair,  n’estant 
| plus  rempli  d’esprits  : car  tant  que  la 
; distillation  durera  , il  sera  tousiours 
i plein  comme  de  fuinée  blanche  *. 

Orie  te  veux  aduertir  de  deux  cho- 
ses touchant  ton  récipient,  c’est  en 
premier  lieu  qu’il  doit  estre  fort  grand, 
à fin  qu’il  ne  se  rompe,  à raison  de 
l’abondance  des  esprits  qui  souuen- 
tesfois  y affluent  : en  second  lieu , il 
sera  accommodé  dans  vne  cuue  pleine 
d’eau  froide  pour  le  tenir  fraische- 
ment , à fin  qu’il  ne  soit  pas  trop 
eschauffé  , qui  seroit  cause  de  le 
rompre. 

Ladite  huile  est  d’admirable  opera- 
tion, plus  grande  que  l’eau  forte. 

i Ici  venait  eniin’da  dernière  figure  du  li- 
vre, représentant  le  Fourneau  de  reuerbe- 
ralion ",  accommodé  de  sa  retorte  et  récipient. 
— On  en  a une  suffisante  idée  par  le  texte. 


REGISTRE 


DE  TOVTES  SORTES  DE  MEDICAMENS  ET  INSTRVMENS 

SERVANS  A LA  GVARISON  DES  MALADIES 


Il  reste  encores  à déclarer  la  source 
de  tous  medicamens  dont  vsent  les 
Médecins  et  Chirurgiens  pour  curer 
et  pallier  toutes  maladies  qui  aduien- 
nent  aux  hommes  , desquels  aussi 
quelquefois  se  seruent  pour  alimens 
médicamenteux.  Les  medicamens , 
tant  ceux  de  ceste  garenne  que  tous 
autres,  sont  pris  desbestes,  des  plan- 
tes, et  des  minéraux. 

Des  bestes  on  vse  : 

Des  cornes, 

Ongles, 

Poil, 

Plume, 

Coquilles, 

Teste, 

Esc  ailles, 

Sueur, 

Cuir, 

Graisse, 

Chair, 

1 Ce  qui  suit  n’appartient  pas  au  livre  des 
Distillations-,  et  de  fait  dans  aucune  édition 
il  n’en  est  fait  mention  à la  table  des  chapi- 
tres de  ce  livre.  C’est  en  quelque  sorte  un 
résumé  fort  concis,  d’abord  du  livre  des 
Medicamens,  puis  de  celui  des  Distillations , 
et  enfin  des  livres  de  chirurgie  ; ou  plutôt 
c’est  une  énumération  rapide  de  toute  la 
matière  médicale  et  chirurgicale.  Je  l’ai 
laissée  à la  place  que  l’auteur  lui  avait  don- 
née. 


Sang, 

Entrailles, 

Vrine, 

Fiente, 

Membrane  de  gezier, 

Expiration , 

Soye, 

Toile, 

Larmes, 

Saliue, 

Miel, 

Cire, 

OEufs, 

Laict, 

Beurre, 

Fromage, 

Moëlle, 

Os, 

Extrémités, 

Cœur, 

Foye, 

Poulmon, 

Cerueau, 

Matrice, 

Arriéré -faix, 

Testicules, 

Verge, 

Vessie, 

Sperme, 

Cul, 

Queue, 

Odeurs  , tant  fetides  qu’odorife- 
rantes,  et  mesmes  de  leur  venin. 

Aussi  quelquesfois  on  vse  de  la  to- 
talité d’icelles,  comme  : 


REGISTRE  DES  MEDICAMENS. 


Renardeaux  entiers, 

Petits  chiens, 

Hérissons, 

Grenouilles, 

Vers  de  terre, 

Cancres, 

Escreuisses, 

Scorpions, 

Sangsues,  et  autres. 

Les  plantes  sont  arbres,arbrisseausb,  et 
herbes,  dont  on  prend  : 

Les  racines, 

Mousse, 

Escorces, 

Bois, 

Moelles, 

lettons. 

Boutons, 

Tiges, 

Fueilles, 

Fleurs, 

Calices, 

Cheueleures, 

Espis, 

Semences, 

Farines, 

Suc, 

Larmes, 

Huiles, 

Gommes, 

Résinés, 

Pourriture, 

Marc, 

Manne  tombant  du  Ciel  sur  les 
plantes,  etc. 

On  vse  aussi  parfois  de  la  totalité 
des  plantes,  comme  des 

Mauues, 

Oignons, 

Bulbes,  et  autres. 

Les  minéraux  sont  pris,  ou  de  l’eau , 
ou  de  la  terre  : et  s’ils  sont  de  terre, 
ou  ils  seront  especes  de  terre , ou 
pierre,  ou  métaux. 


635 

Les  especes  de  terres  sont  comme  : 

Bol  armene, 

Terre  sigillée, 

Cimolée, 

Craye, 

Ocre, 

Cailloux, 

Iudaïcus, 

Lyncis. 

Pumex, 

Antalis, 

Hœmatites , 

Dentalis, 

Amiantus, 

Galactiles, 

Lapis  spongiæ , 

Adamas, 

Sapphirus, 

Chrysolitus , 

Topasius, 

Magnes, 

Gypsum, 

Pyrites, 

Calx, 

Albastre, 

Marbre, 

Cristal , et  plusieurs  autres  gem- 
mes, c’est-à-dire  pierres  précieuses. 

Les  moyens  minéraux  sont  : 

Marchasites, 

Antimoine, 

Estain  de  glace, 

Tuthie, 

Arsenic, 

Auripigment, 

Azur, 

Realgal, 

Soulphre, 

Argent-vif 

Chalcanthum, 

Chaleilis, 

Psory, 

Misy, 

Atramentum  nigrum, 


REGISTRE 


636 


Colcotar, 

Alumen  scissile, 

Alumcn  rotundum, 

Alumen  liquidum, 

Alumen  plumosum, 

Jameni, 

Borax, 

Bitumen, 

Naphtha, 

Cinnabaris , 

Litharge  d'or, 

Lilharge  d’argent, 

Chrysocolla, 

Sandaracha , et  autres. 

Item  les  especes  de  sel , tant  naturelles 
qu’ artificielles,  comme  : 

Sel  nitre, 

Sel  commun, 

Sel  alkali, 

Sel  ammoniacum, 

Sel  d’vrine, 

Sel  de  tartre,  et  généralement  tous 
sels  qu'on  fait  de  toutes  plantes. 

Les  métaux  sont  : 

Or, 

Argent, 

Cuiure, 

Acier, 

Fer, 

Plomb, 

Estain, 

Airain, 

Leton, 

Et  autres  choses  qui  en  prouien- 
nent,  comme  leur  escaille,  roüilleure 
et  autres. 

De  l’eau  on  vse  semblablement 

De  fontaines, 

Estangs, 

Riuieres, 

De  la  mer, 

Du  ciel, 

Et  de  leurs  fanges  et  boues  : 


Et  d’icelles  sont  pris  les  coraux 
blancs  et  rouges,  perles,  et  vne  infinité 
d’autres  choses  que  Nature , cham- 
brière du  grand  Architecte,  a produi- 
tes pour  la  curation  des  maladies  : 
en  telle  sorte,  que  quelque  part  qu’on 
sçache  ietter  l’œil  sur  la  terre , ou 
aux  entrailles  d’icelle  , on  trouuera 
grande  abondance  et  multitude  de 
remedes. 

De  tous  lesquels  simples  le  choix  et 
élection  (comme  aussi  de  plusieurs 
autres  choses)  se  prend  ou  de  la  sub- 
stance, ou  de  la  quantité,  ou  delà 
qualité,  ou  de  l’action,  ou  du  lieu,  ou 
du  temps,  ou  de  l’odeur,  ou  de  la 
saueur,  ou  de  la  situation,  ou  de  la 
forme  ou  figure,  ou  du  poids.  Toutes 
ces  choses  sont  amplement  déclarées 
par  le  menu  au  liure  de  la  Pharma- 
copée de  Iacques  Syluius  : desquels 
on  fait  plusieurs  compositions  , 
comme  : 

Collyres, 

Caput-purges, 

Lohoc, 

Dentifrices, 

Apophlegmatismes, 

Gargarismes, 

Pilules, 

Bolus, 

Potus, 

Apozemes, 

Iuleps, 

Syrops, 

Poudres, 

Tablettes, 

Opiates, 

Conserues, 

Condits, 

Confections. 

Medicamens  alimenteux , comme: 

Restaurans, 

Coulis, 

Pressis, 


DhS  MKDICAMENS. 


Gelée, 

Orge-mondé, 

Panade, 

Amandé, 

Blanc-manger, 

Massepains, 

Plisane, 

Potus  diuinus, 

Hipp  ocras, 

Vin, 

Peré, 

Pommé, 

Corme, 

Biere, 

Ceruoise, 

Vinaigre, 

Verjus, 

Huile, 

Eau  ferrée, 

Eau  panée. 

Eau  sucrée, 

Hippocras  d’eau , et  autres  ma 
nieres  de  breuuage. 

Item  des  Electuaires  , 

Penides, 

Vomitoires, 

Sternutatoires, 

Sudaloires, 

Clysteres, 

Pessaires, 

Suppositoires, 

Parfums, 

Trochisques, 

Frontaux, 

Coèffes, 

Escussons, 

Baings, 

Demis  baings. 

Mucilages, 

Oxymel, 

Oxycrat, 

Oxyrrhodinum, 

Hydrelæum. 

Hydromel. 

Pareillement  : 

Emplastres, 


637 

Onguens, 

Einimens, 

Cerats, 

Laict  virginal, 

Fards, 

Epithemes, 

Fomentations, 

Pica  lions, 

Dépilatoires, 

Vésicatoires, 

Cautères  potentiels, 

Infusions, 

Repercussifs, 

Résolutifs, 

Attractifs, 

Suppuratifs, 

Remollilifs, 

Monditicalifs, 

Incarnatifs, 

Cicatrisatifs, 

Digestifs, 

Pulrefactifs, 

Corrosifs, 

Agglulinatifs, 

Carminatifs, 

Anodyns, 

Sacs  pour  agiter  l’air, 

Fontaines  artificielles. 

Eaux  el  huiles  distillées,  et  d’autres  choses 
tirées  par  quinte-essence , en  plusieurs  el  di- 
uerses  façons. 

A scauoir,  les  eaux  et  huiles  quinte- 
essentielles  des  herbes  chaudes,  sei- 
ches, et  aromatiques,  se  tirent  par 
alembic  de  cuiure,  lequel  a vn  refri- 
geratoire  au-dessus,  en  adioustant 
dix  fois  autant  d’eau  comme  poisent 
les  herbes , et  faut  qu’elles  soient 
seiches  pourestre  meilleures. 

Les  fleurs  se  tirent  au  Soleil  en  vn 
vaisseau  de  rencontre,  en  baing  Ma- 
rie, ou  par  fumier,  ou  par  le  marc 
des  raisins  estans  hors  du  pressoir. 
Tous  sels  après  leur  calcination  et 
' dissolution , se  doiuent  distiller  par 


REGISTRE 


638 

filtre  deux  ou  trois  fois  pour  les  mieux 
puriüer,  et  les  rendre  aptes  à faire 
fiuiles. 

Les  autres  distillations  aux  caues 
et  lieux  froids  et  humides,  sur  le  mar- 
bre, ou  dans  vne  chausse  d’hippocras, 
comme  se  fait  l’huile  de  tartre,  et  de 
tous  autres  sels,  et  de  tous  fiels,  et 
autres  choses  semblables,  ou  qui  sont 
de  nature  d’alum. 

Les  os  des  animaux  se  doiuent  dis- 
tiller par  descensoire  ou  par  ren- 
contre. 

Tous  bois,  racines,  escorces,  coquil- 
les de  mer,  ou  graines , comme  de 
froment,  de  genest,  poix,  feues  et  au- 
tres qui  ne  se  peuuent  tirer  par  ex- 
pression, se  distillent  par  descensoire, 
ou  par  rencontre,  au  four  de  reuer- 
beration. 

Les  minéraux  estant  calcinés  et 
réduits  en  nature  de  sel , se  doiuent 
dissoudre  et  distiller  par  filtre  : puis 
euaporer  iusques  à ce  qu’ils  soient 
secs  et  resouts  en  vinaigre  distillé, 
puis  de  rechef  euaporés  et  seichés  : 
lesquels  après  facilement  se  distil- 
lent en  la  caue  sur  le  marbre , ou 
en  la  chausse  d’hippocras,  ou  en 
vne  cornue  de  verre  posée  sur  vn 
fourneau  auquel  y aura  du  sable,  fai- 
sant feu  par  dessous,  augmentant  peu 
à peu,  iusques  à ce  que  l’humidité 
aqueuse  soit  consumée  : puis  faut 
changer  de  récipient,  et  le  luter  à la 
cornue,  faisant  feu  par  dessus  et  par 
dessous,  et  par  ainsi  sortira  l’huile, 
laquelle  sera  fort  rouge.  Ainsi  se  dis- 

1 Cette  phrase  a été  ajoutée  en  15S5. 


tillent  tous  métaux  moyens,  miné- 
raux, atramens,  alums  et  sels. 

Les  remedes  faits  des  minéraux 
sont  de  plus  grande  force  et  efficace 
que  ceux  des  végétaux  et  animaux  L 

Les  gommes  etaxonges,  et  généra- 
lement toutes  résinés,  se  distillent  par 
cornue  ou  alembic  de  verre,  auec 
leurs  recipiens  posés  sur  vn  fourneau, 
auquel  y ait  vne  terrine  auec  cendres 
chauffées,  augmentant  le  feu  peu  à 
peu,  selon  l’exigence  des  matières. 

Les  vaisseaux  seruans  aux  distillations 
sont  : 

Alembic, 

Refrigeratoires, 

Sublimatoires, 

Reuerberatoires, 

Descensoires, 

Calcinatoircs, 

Pellicans, 

Gemini  ou  circulatoires, 

Fours  secrets  des  Philosophes, 
OEufs  des  Philosophes, 

Cornue, 

Cuenne, 

Recipiens, 

Aludel, 

Materas 

Vaisseau  de  rencontre, 

Terrines  à filtrer, 

Marbres  pour  distiller  en  lieu  hu- 
mide, 

Fourneaux  auecques  creusets  , 
pour  faire  réduction  des  métaux  cal- 
cinés. 

1 On  a vu  précédemment  que  Paré  écrit 
indifféremment  materas  ou  matelas. 


DES  1NSTRVMF.NS. 


639 


IL  RESTE  ENCORE  A DECLARER 

LA  DIVERSITÉ  DES  INSTRVMENS  DONT  NO  VS  AVONS  FAIT  CY-DES- 
SVS  MENTION,  POVR  LA  GVARISON  DES  MALADIES,  DESQVELS  LES 
NOMS  S’ENSVIVENT  : 


Bec  de  corbin, 

Bec  de  grue, 

Bec  de  cygne, 

Bec  de  perroquet, 

Pied  de  griffon, 

Tire-balle, 

Tire-fons, 

Spéculum  oris, 

Spéculum  nasi, 

Spéculum  matricis, 

Foceolles, 

Canons, 

Doubles  canons  pour  donner  clys- 
teres  auec  chausses  et  seringues, 
Eleuatoires, 

Dilatatoires, 

Lenticulaires, 

Tenailles  incisiues, 

Tenailles  non  incisiues, 

Aiguilles  à seton  et  autres  , tant 
droites  que  courbées, 

Tentes  cannulées, 

Tentes  non  cannulées, 

Crochets, 

Araignes, 

Poucier, 

Vretere, 

Receptoire  de  l’vrine, 

Burins, 

Pincettes, 

Maillets  de  plomb, 

Ciseaux  de  plusieurs  sortes, 
Rugines, 

Scies, 

Trépanés  perforaliues, 

Trépanés  exfolialiuesj  et  autres, 


Rasoirs, 

Lancettes, 

Bistories, 

Flammettes, 

Cautères  actuels  de  plusieurs  et 
diuerses  façons  et  figures, 

Yeux, 

Langues, 

Bras, 

ïambes  artificielles, 

Brayers, 

Espaulettes, 

Deschaussoirs, 

Poussoirs, 

Dauiers, 

Policans  à tirer  et  rompre  les 
dents, 

Entonnoirs, 

Biberons  à tirer  le  laict  des  mam- 
melles, 

Algaries, 

Sondes  droites  et  courbées,  closes 
et  ouuertes, 

Conducteurs, 

Curettes, 

Canettes, 

Tenons, 

Pitons, 

Forets, 

Ventouses, 

Cornets, 

Compas, 

Espatulcs  droites  et  renuersées, 
Cuues, 

Cuuettes, 


REGISTRE  UES  1NSTRVMENS. 


Cuueaux, 

Chaires  à demis  baings  auectout 
leur  équipage, 

Marmites, 

Trépieds, 

Tuyaux, 

Ligatures, 

Bandes, 

Bandelettes, 

Bandeaux, 

Bourlets, 

Coussins, 

Coussinets, 

Charpy, 

Estoupes, 

Colton, 

Compresses, 

Astelles, 

Qnesses, 

Torches  ou  tenons, 

Archets, 

Maniuelle, 


Mouffle, 

Tables, 

Cheuilles, 

Traiteaux, 

Courge, 

Piliers,  et  generalement  tous  au- 
tres engins  et  machines  qui  seruent 
aux  fractures  et  luxations  des  os, 
nommés  des  anciens  glossocomes. 

Plusieurs  portraits,  tant  de  l’a- 
natomie que  des  choses  monstrueu- 
ses. 

Or  pour  conclusion,  nous  deuons 
bien  auec  grande  admiration  louer 
et  remercier  ce  grand  Architecte  et 
facteur  de  toutes  choses  , de  nous 
auoir  descouuert  vne  si  grande  mul- 
titude de  remedes  et  moyens,  qui 
seruent  à la  curation  et  palliation  des 
maladies  ausquelles  l’homme  est  su- 
iet. 


APHORISMES  D’HIPPOCRATES 


APPARTENANS  A LA  CHIRVRGIE 


LE  TEMPS  D’HIPPOCRATES  DEVANT  GALIEN. 

Hippocrates  nasquit  en  la  cité  (le  Cos,  quatre  cens  cinquante  cinq  ans  auant 
Tincarnation  de  lesu*  Christ,  et  fut  01s  dTIcraclide,  et  de  Praxitée  sa  femme, 
venant  du  costé  paternel  de  la  race  d’Æsculape,  et  du  costé  maternel  de  celle 
d’Hercule. 

Galien  nasquit  en  Asie,  en  la  ville  de  Pergame,  cent  quarante  ans  après 
l’aduenement  de  Iesus-Christ,  et  fut  fils  de  Nicon,  geometre  et  architecte. 

Ceste  lettre  fut  escrite  par  Artaxerxes,  roy  des  Persans,  à Hystanes,  gou- 
uerneur  d’Hellespont,  pour  luy  commander  de  prier  Hippocrates  de  venir  en 
sa  cour,  pour  secourir  ceux  de  Perse  qui  estoient  affligés  de  peste. 

Artaxerxes , grand  roy  des  roys,  à Hystanes,  gouuerncur  d'Hellespont. 

On  m’a  rapporté  qu’Hippocrates , Médecin  natif  de  la  cité  de  Cos,  issu  de 
la  race  d’Æsculape,  fait  la  medecine  fort  heureusement,  et  auec  grand 
honneur.  Donne  luy  donc  tant  d’or  qu’il  voudra,  et  tout  ce  dont  il  aura 
besoin,  et  nous  l’enuoye  : l’asseurant  que  ie  le  feray  égal  aux  plus  grands  do 
Perse.  Et  s’il  y a encor  quelque  autre  braue  homme  en  l’Europe,  rens-le  amy 
de  la  maison  royale,  n’espargnant  pour  ce  faire  or  ny  argent.  Car  ce  n’est 
pas  chose  facile  de  trouuer  gens  de  bon  conseil.  Aye  soin  de  ta  santé. 


LETTRES  d’hïSTANES,  GOVVERNEVR  D’HELLESPONT,  A HIPPOCRATES,  MEDECIN. 

Hystanes,  gouuerneur  d’Hellespont,  à Hippocrates,  issu  d’Æsculapc,  Salut. 

Le  grand  roy  Artaxerxes  a affaire  de  toi,  et  m’a  escrit  et  commandé, 
comme  à son  gouuerneur  par  deçà,  de  te  donner  or  et  argent  tant  que  tu  en 
auras  besoin,  et  pour  te  faire  court,  tout  ce  que  lu  voudras,  et  qu’on  t’en- 
uoye  de  brief  par  deuers  luy,  t’asseurant  qu’il  te  mettra  au  rang  des  plus 
grands  de  tous  les  Persans.  Parquoy  vien  rnoy  trouuer  incontinent.  Aye 
soin  de  ta  santé. 


1 J’ai  placé  ici  ce  titre,  qu’on  retrouvera 
un  peu  plus  bas,  afin  de  séparer  nettement 
ce  qu’on  va  lire  des  articles  qui  précèdent. 
Les  Aphorismes  d’ Hippocrates  faisaient  déjà 

«if. 


partie  de  l’édition  de  1575;  mais  c’est  en 
1579  que  Paré  y a joint,  sans  titre  cl  sans 
avertissement,  les  données  historiques  qu’on 
va  lire  ot  qui  leur  servent  comme  de  préfaça. 


642 


APHORISMES 


RESPONSE  D’HIPPOCRATES  AVDIT  HYSTANES. 

Hippocrates,  Médecin,  à Hystanes,  gouuerneur  d’Hellespont,  salut  et  ioye. 

Pour  respondre  à tes  lettres,  que  tu  dis  estre  de  la  part  du  Roy,  rescry 
luy,  et  le  plus  tost  que  faire  se  pourra,  que  i’ay  des  viures,  des  veslemens  et 
des  maisons  à suffisance,  et  de  tout  ce  qui  est  necessaire  à la  vie.  D’auanlage 
qu’il  ne  m’est  pas  licite  d’vser  des  richesses  des  Persans , ny  de  secourir  et 
deliurer  de  maladies  les  Barbares  , qui  sont  ennemis  des  Grecs.  Aye  soin  de 
ta  santé. 

VERS  MIS  SOVS  LA  FIGVRE  DE  CE  GRAND  HIPPOCRATES1. 

Tel  fut  d’Hippocrates  le  port  et  le  visage  : 

De  quel  sçauoir  il  fut , de  quelle  nation. 

Comme  il  se  comporta  en  sa  profession  , 

Les  Hures  qu’il  a faits  en  donnent  tesmoignage. 

Ce  n’est  rien  que  de  voir  d’Hippocrales  l'image, 

11  faut  voir  ses  escrits,  les  lire  et  contempler, 

Conférer  auec  ceux  qui  en  peuuent  parler, 

A fin  de  les  entendre,  et  les  mettre  en  vsage. 

Galien,  au  premier  commentaire  du  luire  d’Hippocrates  De  l'officine  du 
Médecin,  dit,  que  ledit  Hippocrates  a escrit  aucunes  fois  si  obscurément,  que 
pour  l’interpreter  il  requeroit  plustost  vne  deuination  qu’vne  science. 

VERS  MIS  SOVS  LE  PORTRAIT  DE  GALIEN2. 


Ce  grand  Hippocrates  doit  son  nom  el  sa  gloire 
A Claude  Galien,  icy  représenté  : 

Car  sans  luy  ses  escrits,  pour  leur  obscurité, 
Demeuroient  inconneus,  et  n’en  fust  plus  mémoire. 


Celse  escrit  que  la  medecine  est  art  conieclural , et  la  raison  de  la  coniec- 
ture  est  telle,  que  quand  elle  aura  souuent  respondu , quelquesfois  nous 
abuse  pour  la  diuersité  des  corps.  Cecy  est  confirmé  par  Galien,  liu.  3.  De  la 
Méthode,  chap.  troisième3. 

Galien  au  premier  commentaire  du  liu.  d’Hippocrates  De  l’officine  du 


» Ce  titre  n’est  pas  de  Paré  ; je  l’ai  mis  là 
pour  tenir  lieu  de  la  figure  de  ce  grand  Hip- 
pocrates, que  Paré  avait  représenté  portant 
un  scalpel  sur  une  tête  de  bélier.  La  figure 
el  les  vers  sont  de  1679. 

a Ce  titre  a été  mis  également  à la  place 
d’un  portrait  de  Galien  donné  par  Paré  en 
1679.  Au  reste , le  portrait  et  les  vers , ainsi 


que  le  paragraphe  qui  précède  et  qui  était 
placé  en  note  marginale,  ne  venaient  dans 
les  anciennes  éditions  qu’à  la  lin  des  Apho- 
rismes. J’ai  jugé  plus  convenable  de  les  réu- 
nir aux  notes  historiques  qui  précèdent,  et 
auxquel  es  ils  se  rallient  naturellement. 

3 Ce  paragraphe  et  celui  qui  suit  ont  une 
date  différente  des  précédents,  et  n’ont  été 


1)  HIPPOCRATES. 


643 

Metkcin , dit  qu’auparauant  qu’il  eust  escrit,  il  y en  avoit  qui  auoient  escrit 
plus  de  trois  cens  ans  deuant  luy,  en  partie  en  parchemin , et  en  partie  en 
escorce  de  lillet  >. 


APHORISMES  D’HIPPOCRATES 

APPARTENANS  A LA  CHIRVRGIE. 


Aphorisme  est  vn  mot,  qui  autant  signiGe 
Que  decret  ou  extrait,  ou  sentence  choisie 2. 


27.  G. 

Ceux  qui  ont  dans  le  corps  de  la  bouë  croupie , 

Ou  entre  cuir  et  chair  quelque  abondance  d’eau , 

S’ils  sont  cautérisés,  ou  taillés  au  Cousteau , 

Et  deschargés  à coup,  ils  en  perdent  la  vie. 

31.  6. 

Ceux  qui  ont  mal  aux  yeux  treuuent  allégement 
Par  boire  du  vin  pur,  par  baing  ou  par  saignée , 

Par  fomentation  deucment  ordonnée, 

Ou  après  auoir  beu  quelque  médicament. 

38.  G. 

11  est  beaucoup  meilleur  de  ne  mettre  la  main 
A ces  chancres  cachés,  qu’vser  de  Chirurgie. 

Car  ceux  qui  sont  pensés,  en  meurent  tout  soudain  : 

Ceux  qui  ne  le  sont  point , sont  plus  long  temps  en  vie. 


ajoutés  qu’en  1585.  Ils  avaient  été  placés  à 
la  Gn  des  Canons  et  Reigles  chtrurgiques  de 
l’auteur-,  il  m’a  semblé  plus  méthodique  de 
les  joindre  en  un  faisceau  commun  avec 
ceux  qui  précèdent,  sauf  à avertir  le  lecteur 
de  la  liberté  que  j’ai  prise. 

1 II  y a ici  une  amphibologie  dans  le  texte 
qu’il  convient  d’expliquer.  Galien  n’a  pas 


dit  que  des  auteurs  eussent  écrit  trois  cents 
ans  avant  Hippocrate,  comme  on  pourrait 
l’entendre , mais  qu’il  existait  de  son  temps, 
à lui  Galien,  des  manuscrits  d’Hippocrate 
ayant  trois  cents  ans  de  date  , conservés  no- 
tamment a Pergame. 

2 Cette  espèce  d’épigraphe  est  de  1579;  le 
reste  est  de  1575. 


644 


APIIOR1SMLS 


55.  G. 

La  goutte  qui  les  pieds  engourdit  et  estonne, 

Se  meut  le  plus  soutient  au  Printemps  et  Automne. 

29.  6. 

Iamais  la  goutte  es  pieds  les  chastrés  ne  moleste, 

Ni  faute  de  cheueux  au  deuant  de  la  teste. 

49.  6. 

De  la  goutte  des  pieds  le  feu  qui  brusle  et  ard, 

Dedans  quarante  iours  s’esteint  pour  le  plus  tard. 

GG.  5. 

C’est  signe  de  grand  mal  si  en  vne  blesseure 

Qui  est  grande  et  maligne,  on  ne  voit  point  d’enfleure. 

67.  5. 

La  tumeur  qui  est  molle  est  fort  bonne  et  loüable  : 
Mais  celle  qui  est  dure  est  mauuaise  et  damnable. 

25.  G. 

Quand  l’Erysipelas  rentre  dedans  le  corps, 

Tout  va  mal  : et  tout  bien,  quand  il  ressort  dehors. 

19.  7. 

Quand  l’Erysipelas  vient  autour  de  l’os  nu, 

Et  descouuert  de  chair,  pour  suspect  est  tenu. 

20.  7. 

A l’Erysipelas  s'il  suruient  pourriture. 

Ou  suppuration,  c’est  vn  mauuais  augure. 

21.  G. 

Si  à gens  furieux  des  varices  suruiennent , 

Ou  flux  de  sang  par  bas,  à raison  ils  reuienuent. 

21.  7. 

Si  à l’vlcere  aduient  flux  de  sang  copieux , 

Pour  la  force  du  poulx  cela  est  dangereux. 

26.  2. 

Il  vaut  mieux  que  la  fleure  après  le  spasme  aduienne, 
Que  le  spasme  à l’accès  de  la  fleure  suruienne. 

4.  G. 

Les  vlceres  polis  autour  de  la  bordure, 

Sont  à cicatriser  de  mauuaise  nature. 


D HIPPOCRATSS. 


645 


18.  6. 

Quand  le  foye  est  nauré,  le  cœur  ou  la  vessie , 

L’entre-deux  trauersant,  l’estomach,  le  cerueau, 

Voire  tant  seulement  quelque  menu  boyau, 

Si  le  coup  est  profond,  c’est  pour  perdre  la  vie. 

45.  6. 

Aux  vlceres  qui  ont  vn  an  ou  d’auantage, 

L’os  nécessairement  se  pourrit  et  dechet  : 

La  cicatrice  aussi  qui  par  dessus  se  fait 
Se  creuse,  comme  l’os,  par  faute  de  remplace. 

2.  7. 

Si  l’os  estant  gasté,  la  chair  qui  le  voisine 

Prend  la  couleur  de  plomb  , c'est  vn  tres-mauuais  signe. 

14.  7. 

L’homme  en  teste  frappé,  qui  du  mal  qui  le  point 
Est  estourdi  ou  resue  , il  est  en  mauuais  point. 

24.  7. 

Quand  le  test  iusqu’au  vuide  est  coupé  viuement, 

Le  nauré  deuient  fol  et  hors  d’entendement. 

47.  2. 

Quand  l’abcés  se  meurit,  la  fiéure  et  la  douleur 
Aduiennent  bien  plustost , que  quand  il  est  ja  meur. 

18.  5. 

Le  froid  est  ennemydes  nerfs,  des  dents,  des  os, 

De  la  moelle  passant  par  l’espine  du  dos , 

Ainsi  que  du  cerueau  : mais  le  chaud  , au  contraire , 

Pour  sa  tiede  douceur,  leur  est  fort  salutaire. 

46.  2. 

Si,  en  vn  mesme  temps,  deux  douleurs  viennent  poindre 
En  diuers  lieux,  la  grand  fait  oublier  la  moindre. 

77.  7. 

Quand  la  chair  iusqu’à  l’os  est  gaslée  et  pourrie, 

Incontinent  après  l’os  corrompu  s’esclie  *. 

50.  6.  Coac. 

L’vloere  estant  plombé  et  sec  ou  palle-vert, 

Est  \n  signe  de  mort  bien  clairet  descouuert. 

1 S’esclie  ; c’esl  le  mot  de  toutes  les  éditions  du  vivant  de  l’auteur; 
la*  posthumes  ont  mis  s’escrie. 


646 


APHORISMES  D’HIPPOCRATES. 

19.  6. 

Quand  vn  os  est  coupé,  la  iouë,  vn  cartilage, 

Le  prepuce  ou  vn  nerf,  plus  ne  croist  d’auantage , 

En  sorte  que  ce  soit  : ni  ce  qui  est  desioint 
Comme  il  estoit  deuant  ne  se  réunit  point. 

24.  6.  Aph.  et  51.  3.  Coac. 

Sivn  menu  boyau  est  coupé  bien  auant, 

Il  ne  reprend  iamais  comme  il  estoit  deuant. 

50.  7.  Aph. 

Ceux  à qui  le  cerueau  se  gaste , en  trois  iours  meurent  : 
Mais  s’ils  passent  trois  iours , sains  et  sauues  demeurent. 
Autrement. 

Quand  la  conuulsion  vient  de  blesseure  et  playe , 

C'est  de  la  mort  venant  l’auant-coureuse  vraye. 

20.  5. 

Le  froid  mord  en  pinçant  les  places  vlcereuses, 

Et  garde  de  purer  les  playes  douloureuses  : 

Il  endurcit  la  peau,  il  fait  des  tensions 
De  nerfs,  roidissemens  et  des  conuulsions, 
Meurtrisseures,  frissons,  et  des  rigueurs  fiéureuses. 

50.  6.  Coac. 

Si  en  la  temple  on  fait  d’vn  muscle  section, 

A la  part  opposée  aduient  conuulsion. 

44.  7. 

Ceux  ausquels  on  incise  en  la  poitrine  creuse , 

Ou  brusle  vne  aposteme , et  la  boue  qui  sort 

Est  blanche , ils  sont  sauués  : mais  si  elle  est  saigneuse, 

Limoneuse  et  puante,  ils  sont  frappés  à mort1. 

Gai.  comment,  sur  l’Aphoris.  29.  liu.  2.  des  Aphoris. 

Pour  vn  mal  déploré  sois  tousiours  de  serment 
De  n’ordonner  ny  faire  aucun  médicament. 

Celse,  chap.  10.  liu.  2. 

Il  vaut  mieux  essayer  vn  remede  incertain, 

Que  ne  vouloir  prester  au  patient  la  main. 


i Ici  se  terminait  la  série  des  Aphorismes 
empruntés  à Hippocrates  dans  l’édition  de 
1576;  en  1579,  Ambroise  Paré  ajouta  les  deux 


aphorismes  suivants,  plus  le  portrait  de  Ga- 
lien dont  il  a été  parlé  dans  la  note  2 de  la 

page  642. 


CANONS  ET  REIGLES 

CHIRVRGIQVES  DE  L AVTEVR'. 

■rg^arî^—  ■ 


1. 

Ce  n’est  autre  chose  Pratique 
Sinon  l’effet  de  Théorique. 

2. 

La  parole  ne  guarit  point, 

Mais  le  remede  mis  à point. 

3. 

Vn  remede  expérimenté 

Vaut  mieux  qu’vn  nouueau  inuenté. 

4. 

La  playe  ouurant  vn  grand  vaisseau, 
Le  nauré  conduit  au  tombeau. 


5. 

Où  il  y a contusion , 

Procure  suppuration. 

6. 

Selon  qu’on  voit  la  maladie, 

Il  faut  que  l’on  y remedie. 

7. 

S’il  tombe  quelque  os  du  palais  , 

Danger  y a d’estre  punais. 

8. 

Le  flux  de  sang  vient  par  chaleur, 

Et  est  repoussé  par  froideur. 

9. 

La  piqueure  des  nerfs  desire 
Subtil  médicament  qui  tire. 

1 Ces  canons  sont  de  1675  ; mais  il  y a eu  | l’édition  suivante  qui  seront  notées  avec 
quetques  modifications  et  additions  dans  | soin. 


648 


CALONS  F.T  RE1GI.KS 

10. 


Au  mal  de  pied  , ou  iambe , ou  cuisse , 
Le  lit  est  salubre  et  propice. 

11. 

Toutes  médecines  mordantes 
Aux  vlceres  ne  sont  nuisantes  *. 

12. 

Pour  bien  luxations  curer, 

Tenir  faut,  pousser,  et  tirer. 

13. 

La  gangrené  qui  est  ja  grande, 

Rien  que  le  Cousteau  ne  demande. 

14. 

Le  monstre  est  vne  créature 
Contre  les  reigles  de  Nature. 

ir». 

La  playe  en  la  poitrine  faicte. 

De  sanie  est  pleine  et  infecte. 

16. 

De  toute  beste  venimeuse 
La  piqueure  est  fort  dangereuse. 

17. 

Quand  Auster  vente,  la  partie 
Qui  est  naurée,  est  tost  pourrie. 

18. 

Le  nauré  doit  faire  abstinence , 

S'il  veut  auoir  prompte  allegence. 

19. 

Raison  n’a  que  voir  ny  chercher 
Là  où  l’on  peut  du  doigt  toucher1 2. 

20. 

Le  mal  ne  peust  estre  curé, 

Si  le  corps  n’est  bien  temperé. 

21. 

L’vlcere  rond  ne  reçoit  cure, 

S’il  ne  prend  vne  autre  figure. 


1 Ceci  est  le  texte  de  1 579  ; l’édition  de  1575 
offrait  un  tout  autre  sens;  on  lisait  alors  : 
Aux  vlceres  sont  fort  miisanies. 

* Ja  rétablis  ca  canon  d'après  l’édition  de 


1575.  C’était  une  protestation  bien  hardie 
pour  l’époque  contre  l’abus  du  raisonne- 
ment; et  il  semble  quo  Paré  n’osa  la  main- 
tenir, car  il  la  retrancha  dm  1579. 


CflIRVRGIQVES. 


649 


22. 

En  l’vlcere  Erysipelas, 

On  doit  estre  purgé  par  bas  '. 

23. 

Pleurer  aux  enfans  est  propice , 

Car  cela  leur  sert  d’exercice. 

24. 

A chacun  nuit  la  desplaisance , 

Fors  qu’à  ceux  qui  ont  grasse  pance. 

25. 

Oysiueté  met  en  langueur 
Nostre  naturelle  chaleur. 

26. 

Science  sans  expérience 
N’apporte  pas  grande  asseurance. 

27. 

L’vlcere  qui  est  cacoëthe, 

Vn  fort  médicament  souhaite. 

28. 

L’ouurier  qui  veut  braue  paroistre , 

Il  doit  bien  son  suiet  connoistre. 

29. 

L’office  du  bon  médecin , 

Est  de  guarir  la  maladie  : 

Que  s’il  ne  vient  à ceste  fin  , 

Au  moins  faut-il  qu’il  la  pallie.  - 
30. 

Cil  qui  est  expérimenté 
Besongne  bien  plus  à seurté, 

Que  celuy  qui  a grand  science , 

Et  n’a  aucune  expérience  2. 

31. 

Celuy  qui  pour  auoir,  et  non  pas  pour  sçauoir 
Se  fait  Chirurgien,  manquera  de  pouuoir. 

32. 

Celuy  qui  braue  veut  faire  la  Chirurgie, 

Il  faut  qu’il  soit  habile,  accord,  industrieux, 
Et  non  pas  seulement  qu’aux  liures  il  se  fie , 
Soient  françois  ou  latins,  ou  grecs,  ou  hebrieux. 


Variante  de  1575  : 

Veut  estre  purgé  par  le  bas. 

Encore  un  canon  supprimé  en  1579,  et 


que  je  rétablis  d’après  l’édition  de  1575.  J’a- 
jouterai que  dans  cette  première  édition  la 
série  des  Canons  s’arrêtait  là,  et  que  tous 
ceux  qui  suivent  ont  été  ajoutés  en  1579. 


65o 


CANONS  ET  REIGLES  CHIRVRGIQVES. 

33. 

Celuy  quia  bien  leu  , et  pour  cela  pense  estre 
Braue  Chirurgien,  sans  auoir  assisté 
Aux  operations,  et  lecture  dumaistre, 

Se  trompe  tout  contant,  et  n’est  qu’vn  effronté. 

34. 


Le  baing  résout,  incise  et  retranche  l’humeur, 
Puis  après  doucement  prouoque  la  sueur. 

35. 

La  froide  maladie  1 aux  vieils  est  fort  rebelle , 
Aux  ieunes  elle  n’est  si  longue  ny  cruelle. 

36. 

Ceux  qui  sont  par  labeur  bien  souuent  agités, 
Sont  exempts  de  plusieurs  sortes  d’infirmités. 


37. 

L’homme  humide  est  nourri  de  bien  peu  d’alimens , 
Neantmoins  plus  qu’vn  autre  il  vuide  d’excremens. 

38. 

Il  faut  tousiours donner  au  malade  esperance, 
Encore  que  de  mort  y ait  grande  apparence. 

39. 

Quoy  que  la  maladie  aye  pris  vn  long  trait. 

Du  malade  ne  sois  eslongné  ny  distrait. 


40. 

Changer  de  Médecins  et  de  Chirurgiens  , 
Souuent  n’apporte  rien  que  peine  aux  patiens. 


4t. 

La  chaude  maladie  est  beaucoup  plus  mortelle 
Que  la  froide  , à raison  du  feu  qui  est  en  elle. 


42. 

On  estime  la  boue  és  vlceres 
Qui  blanchit,  et  qui  est  vnie 

i Ceci  est  le  texte  corrigé  en  1585.  On 
lisait  en  1579  : 

La  maladie  froide  aux  vieils  est  fort  rebelle. 

* Texte  de  1585.  L’édition  de  1579  portait  : 
On  estime  és  vlceres  la  boue  estre  louable. 


louable  2, 
bien  égalé3. 

3 Ici  s’arrêtait  l’édition  de  1519.  J’ai  déjà 
dit  qu’en  1585  Paré  avait  ajouté  à la  suite 
de  ccs  Canons  deux  paragraphes  en  prose 
qui  ont  été  reportés  plus  haut.  Voyez  la 
note  3 de  la  page  642. 


LE  VINGT-SEPTIEME  LIVRE, 

TRAITANT  DES 

RAPPORTS,  ET  DV  MOYEN  D’EMRAVMER 

LES  CORPS  MORTS  i. 


II  reste  à présent  instruire  leieune 
Chirurgien  à bien  faire  rapport  en 
Iustice , lors  qu’il  y sera  appellé,  soit 
pour  la  mort  des  blessés , ou  impo- 
tence , ou  deprauation  de  l’action  de 
quelque  partie.  En  ce  il  doit  estre 
caut , c’est-à  dire,  ingénieux  à faire 
son  prognostic  , à cause  que  l’euene- 
ment  des  maladies  est  le  plus  souuent 
difficile , ainsi  que  nous  a laissé  par 
escrit  Hippocrates  au  commencement 
de  ses  Aphorismes 1  2 , à raison  princi- 

1 Ce  livre  est  encore  une  des  créations  de 
Paré,  et  c'est  le  premier  traité  spécial  que 
je  connaisse  consacré  à la  médecine  légale. 
Il  parut  pour  la  première  fois  dans  la  grande 
édition  de  1575;  el  alors  il  contenait  un  fort 
long  article  sur  les  poisons,  que  l’auteur  re- 
porta plus  tard  dans  son  livre  des  Venins, 
en  supprimant  cependant  tout-à-fait  deux 
histoires  fort  intéressantes.  En  1579,  le  livre, 
ainsi  dépouillé,  reçut  en  d’autres  endroits 
de  notables  additions;  et  enfin  l’édition  de 
1585,  suivie  par  toutes  les  éditions  posthu- 
mes , retrancha  quelque  chose  du  texte  de 
1579,  et  le  compléta  par  de  nouveaux  arti- 
cles. On  voit  par  cet  exposé  que  nous  aurons 
à rencontrer  des  variantes  assez  importan- 
tes; j’aurai  grand  soin  de  les  signaler.  J’a- 
jouterai ici  qu’avant  1585  le  livre  n’était 

point  divisé  en  chapitres  ; alors  seulement , 


paiement  de  l’incertitude  du  suiet 
sur  lequel  l’art  de  Chirurgie  est  em- 
ployé. Mesme  le  premier  et  principal 
point  est , qu’il  ait  vne  bonne  ame , 
ayant  la  crainte  de  Dieu  deuant  ses 
yeux,  ne  rapportant  les  playes  gran- 
des petites , ny  les  petites  grandes , 
par  faueur  ou  autrement  : parce  que 
les  Iurjsconsultes  iugent  selon  qu’on 
leur  rapporte. 

Les  anciens  nous  ont  laissé  par  es- 
crit, que  les  playes  estoient  dites 

pour  établir  sans  doute  plus  de  ressemblance 
entre  cette  partie  de  son  oeuvre  et  toutes  les 
autres,  Paré  le  divisa  en  deux  chapitres 
sans  titres,  et,  il  faut  bien  le  dire,  sans 
beaucoup  de  rapport  avec  les  matières  trai- 
tées dans  l’un  et  dansl’aulre.  C’est  ainsi  que 
la  deuxième  partie  du  livre,  consacrée  à 
l’embaumement,  faisait  suite  au  deuxième 
chapitre,  lequel  séparait  sans  raison  ni  uti- 
lité les  Rapports  de  la  première  partie.  J’ai 
donc  retranché  cette  division  inutile  et  peu 
rationnelle;  et,  en  revanche,  j’ai  rétabli 
dans  le  texte  plusieurs  titres  des  premières 
éditions,  qui  dans  les  suivantes  avaient  été 
rejetés  parmi  les  notes  marginales. 

* Edition  de  1585  : ainsi  nue  nous  a laissé 
Hippocrates  dans  sa  protestation  ; et  le  reste 
de  la  phrase  est  également  de  1579. 


65a  LE  VINGT-SEPTIEME  LIVRE 


grandes  en  trois  maniérés.  La  pre- 
mière pour  la  grandeur  de  la  diuision , 
comme  vn  coup  de  coutelas , ou  au- 
tre instrument,  qui  aura  coupé  la 
moitié  d’vn  bras  ou  vne  iambe  : ou 
quelque  coup  d’espée,  et  d’autres 
semblables  armes  , donné  au  trauers 
du  corps.  La  seconde,  pour  la  princi- 
pauté de  la  partie  qui  doit  estre  esti- 
mée pour  l’action  : comme  vne  petite 
playe  faited’vn  poinçon,  ouautre  ins- 
trument’qui  sera  pointu  et  délié,  pé- 
nétrant en  la  substance  de  quelque 
partie  noble , comme  cerueau , cœur, 
foye,  ou  autre  partie  qui  leur  face  ser- 
uice  necessaire , comme  l’œsophague, 
poulmon , et  vessie , etc.  La  troisième 
pour  la  mauuaise  morigeration  et 
cacochymie  de  tout  le  corps  , ou 
imbécillité  d’iceluy  : comme  si  la  playe 
est  faite  à vne  vieille  personne,  où 
les  forces  et  vertus  sont  grandement 
diminuées.  Pareillement  le  Chirur- 
gien se  gardera  d’estre  trompé  et  de- 
ceu  par  la  sonde  en  cherchant,  ne 
trouuant  la  profondeur  de  la  playe  : 
à cause  qu’il  n’aura  situé  le  blessé  en 
mesme  situation  qu’il  estoit  quand  il 
fut  blessé  : ou  que  le  coup  sera  entré 
de  ligne  droite,  et  qu’il  sera  retourné 
à dextre  ou  à seneslre , ou  de  haut  en 
bas  , ou  de  bas  en  haut  : de  façon  que 
le  chirurgien  estimera  la  playe  petite, 
et  fera  rapport  que  la  playe  bien  tost 
se  pourra  guarir  , neantmoins  le 
blessé  mourra  en  briefs  iours.  A ceste 
cause  il  ne  doit  asseoir  son  iugement 
aux  premiers  iours,  mais  doit  atten- 
dre que  le  neufiéme  soit  passé  , qui 
est  vn  terme  où  le  plus  soutient  les 
accidens  se  monstrent  plus  grands  ou 
plus  petits , selon  la  nature  des  corps 
et  des  parties  blessées,  et  de  l’air  am- 
biens  extrêmement  froid  ou  chaud  , 
ou  ayant  acquis  vénénosité. 

En  general , les  signes  par  lesquels 


on  peut  aisément  iuger  des  maladies, 
si  elles  sont  grandes  ou  petites,  brief- 
ues  ou  longues,  mortelles  ou  legeres, 
sont  quatre  : car  ils  sont  pris  et  tirés 
ou  de  l’essence  et  nature  de  la  mala- 
die, ou  des  causes  d’icelle , ou  de  ses 
effets , ou  de  la  similitude , propor- 
tion , et  comparaison  d’icelles  mala- 
dies au  temps  qui  court. 

Exemple  des  signes  tirés  de  l’es- 
sence de  la  maladie.  Si  l’on  propose 
vne  playe  recente , qui  n’ait  autre  es- 
sence et  mal  que  de  simple  solution 
de  continuité  en  vn  muscle  , incon- 
tinent prononcerons  icelle  estre  sans 
danger  et  de  peu  de  durée.  Mais  si  la 
solution  de  continuité  a complication 
d’vlcere,  comme  si  elle  estsanieuse, 
et  de  plus  de  trois  iours , nous  pro 
noncerons  icelle  estre  de  difficile  et 
plus  longue  curation. 

Exemple  des  signes  tirés  des  causes 
de  la  maladie  : comme  si  la  playe  a 
esté  faite  en  la  teste  d’vn  instrument 
aigu , pointu  , et  pesant,  sçauoir  d’vn 
maillet  : si  le  coup  est  venu  de  haut , 
de  grande  force,  et  de  droit  fil , nous 
prononcerons  la  playe  estre  dange- 
reuse, voire  mortelle,  si  les  autres 
signes  y consentent 

Exemple  des  effets  : comme  si  le 
patient  est  tombé  et  terrassé  du  coup, 
s'il  a eu  vomissement  de  cholere , es- 
bloüissement  aux  yeux , flux  de  sang 
par  le  nez  et  les  oreilles , alienation 
d’esprit  et  de  mémoire,  auec  stupidité 
de  tous  senlimens,  nous  prononce- 
rons iceluy  estre  en  danger  euidenl 
de  sa  vie. 

Exemple  de  la  similitude  , propor- 
tion, et  comparaison  delà  maladie  au 
temps  qui  court  : Comme  au  temps 
delà  bataille  saint  Denys,  et  siégé  de 
Rouen  , pour  l’indisposition  et  mali- 
gnité de  l’air,  ou  pour  la  cacochymie 
des  corps  et  perturbation  des  hu- 


DltS  RAPPORTS. 


meurs,  presque  toutes  les  playes  es- 
toienl  mortelles  : et  principalement 
celles  qui  esloient  faites  d’harquebu- 
se.  Parquoy  nous  pouuions  lors  (eu 
esgard  au  temps  qui  couroit)  pronon- 
cer tel  homme  blessé  estre  en  péril 
de  mort.  Ainsi  voyons  nous  en  cer- 
taines années  les  rougeolles  et  ve- 
rolles  des  petits  enfans  estre  pesli- 
lentes  et  mortelles,  et  conjointes  auec 
vomissemens  ou  dysenteries  furieu- 
ses : parquoy  en  tel  cas  nous  pourrons 
iuger,  et  de  l’euenement  de  la  mala- 
die , et  du  moyen  de  l’euenement. 

Or  les  signes  des  parties  vulnerées 
sont  ceux  quis’ensuiuent. 

Les  signes  que  le  cerueau  est  offensé  et  le  crâne 
fracturé  sont  plusieurs. 

Si  le  malade  tombe  du  coup  en 
terre , s’il  demeure  quelque  temps 
sans  parler,  oüyr,  ne  voir,  ayant 
perdu  connoissance  et  raison  : s’il  a 
rendu  ses  excremens  inuolonlaire- 
ment,  s’il  luy  semble  que  tout  tourne 
s’en  dessus  dessous,  s’il  a ielté  sang 
par  le  nez  , bouche , et  oreilles,  s’il  a 
vomi  de  la  cholere  : ce  sont  signes  qui 
nous  donnent  à entendre  par  raison 
que  le  crâne  est  rompu.  Mais  par  les 
sensiceluy  mesme  se  connoist  estre 
rompu,  quand  en  pressant  des  doigts 
dessus,  on  sent  au  tact  l’os  estre  es- 
leué  ou  enfoncé  contre  le  naturel. 
Pareillement  se  connoist  au  sens  de 
la  veuë , lors  qu’il  est  dénué , et  qu’on 
frappe  dessus  auecques  vne  sonde  de 
fer,  et  qu’il  sonne  cassé,  comme  si 
l’on  frappoit  sur  vn  pot  de  terre  fellé 
et  rompu  : voila  les  signes  qui  de- 
monstrent  le  cerueau  estre  offensé, 
et  le  crâne  fracturé. 

On  peut  prognostiquer  et  rapporter 
la  mort  du  blessé,  lors  qu’il  a du  tout 
perdu  sa  raison  et  mémoire , ou  s’il 
deuient  du  tout  muet,  ayant  les  yeux 


653 

ténébreux,  et  se  veut  ietter  hors  du 
lit,  ne  se  polluant  au  reste  nullement 
mouuoir  : ayant  la  fiéure  continue, 
la  langue  noire  et  seiche,  et  les  léures 
de  la  playe  arides,  ne  iettans  aucune 
chose  , ou  bien  peu  : et  mesme  si  elle 
est  de  couleur  blaffarde,  comme  d’ vne 
chair  salée  : ou  qu’il  ait  apoplexie  , 
fre  nesie  , spasme  , paralysie  , rete- 
nant son  vrine  et  autres  excremens  , 
ou  les  laisse  couler  inuolontairement. 
Si  tels  signes  apparoissent , fais  ton 
rapport  que  bien  lost  le  malade 
mourra. 

Les  signes  que  la  trachée  arlere  et  l' œsophage 
sont  coupés. 

Cela  se  connoist  au  sens  delà  veuë  : 
aussi  le  blessé  perd  la  parole  , et  ne 
peut  plus  boire  ny  manger,  parce  que 
chacune  partie  coupés  se  retire , 
l’vne  en  haut , l’autre  en  bas , et  tost 
après  la  mort  s’ensuit. 

Les  signes  que  la  plage  pénétré  dans  le  thorax. 

C’est  que  par  la  playe  on  voit  sor- 
tir de  l’air,  auecques  vn  sifflement, 
et  le  malade  peine  à respirer,  princi- 
palement quand  il  y a quantité  de 
sang  tombé  sur  le  diaphragme , le- 
quel il  iette  par  la  bouche  en  cra- 
chant: la  fiéure  suruient,  et  puanteur 
d’haleine , à cause  que  le  sang  se 
pourrit  et  conuerlit  en  vne  sanie 
fétide  : et  le  malade  ne  peut  demeu- 
rer couché  que  sur  le  dos  , et  a sou- 
tient volonté  de  vomir.  Et  s’il  res- 
chappe  , le  plus  souuent  sa  playe 
dégénéré  en  fistule , et  meurt  tabide 
et  sec. 

Les  signes  du  poulmon  vulneré. 

C’est  qu’il  sort  par  la  playe  vn  sang 
spumeux , auec  toux  et  grande  diffi- 


654  LE  VINGT-SEPTIEME  LIVRE, 


culte  de  respirer,  et  douleur  aux 
costés. 

Les  signes  que  le  cœur  est  blessé. 

C’est  qu’il  sort  par  la  playe  grande 
quantité  de  sang,  auec  vn  tremble- 
ment vniuersel  de  tout  le  corps , le 
poux  languide  et  fort  petit,  la  couleur 
pâlie,  sueur  froide,  auecques  syn- 
cope, et  les  extrémités  fort  froides  : 
et  lost  la  mort  s’ensuit. 

Les  signes  du  diaphragme. 

C’est  que  le  malade  sent  vne  grande 
pesanteur  au  lieu  vulneré,  et  a per- 
turbation de  raison  , et  vne  tres- 
grande  difficulté  d’halener,  toux,  et 
douleurs  aiguës,  et  les  flancs  se  retirent 
contre  mont  : si  tels  signes  apparois- 
sent,  fay  rapport  de  mort  hardiment. 

Les  signes  que  la  veine  cane  et  grande  arlere 
sont  vulnerées. 

C’est  que  le  malade  meurt  promp- 
tement, à cause  de  la  subite  et 
grande  vacuation  qui  se  fait  du  sang 
et  esprits  qui  remplissent  le  ventre 
inferieur  ou  thorax , faisant  cesser 
l’action  des  poumons  et  du  cœur. 

Led  signes  que  la  moelle  de  l’espine  du  dos  est 
blessée. 

C’est  que  le  malade  subit  tombe  en 
paralysie  ou  commision,  et  le  senti- 
ment et  mouuemenl  des  parties  infe- 
rieures se  perd,  et  les  excremens, 
comme  la  matière  fecale  et  vrine, 
sont  ieltés  inuolontairemenl,  ou  du 
tout  retenus. 

Les  signes  que  le  foye  est  vulneré. 

C’est  qu’il  sort  grande  quantité  de 
sang  par  la  playe,  et  le  blessé  sent 


vne  douleur  poignante  qui  s’estend 
iusques  à la  cartilage  sculiforme:  et 
le  sang  découlant  dedans  le  ventre 
souuent  se  pourrit , et  cause  de  per- 
nicieux accidens,  et  le  plus  souuent 
la  mort. 

Les  signes  que  l'eslomach  est  vulneré. 

C’est  que  le  manger  et  boire  sortent 
par  la  playe,  et  vomit  souuent  pure 
cholere  et  sang  : il  suruient  sueurs  et 
refroidissement  des  extrémités  , et  la 
mort  tost  après  aduient. 

Les  signes  que  la  râtelle  est  vulnerée. 

C’est  qu’il  sort  parla  playe  vn  gros 
sang  noir,  et  le  malade  est  grande- 
ment altéré,  et  a douleur  au  costé 
senestre:  et  si  le  sang  découlé  dedans 
le  ventre,  souuent  se  pourrit,  dont 
plusieurs  accidens  sourdent,  et  sou- 
uent la  mort  les  saisit. 

Les  signes  que  les  intestins  sont  vulnerés. 

C’est  que  le  malade  sent  vne  grande 
contorsion  et  douleur  au  ventre,  et 
la  matière  fecale  sort  par  la  playe 
souuent  , et  grande  quantité  des 
boyaux  sort  par  icelle  hors  le  ventre. 

Les  signes  que  les  rongnons  sont  vulnerés. 

C’est  que  le  malade  a difficulté  d'v- 
riner,  et  iette  du  sang  auec  l’ vrine, 
et  a douleur  aux  aines,  verge,  et 
testicules. 

Les  sigttes  que  la  vessie  est  vulnerée  et  les 
pores  vreteres. 

C’est  que  le  malade  sent  douleur 
aux  flancs,  et  les  parties  du  penil 
sont  tendues,  et  s’il  iette  l’ vrine  san- 
glante , et  quelquesfois  mesme  par  la 
playe. 


DES  RAPPORTS.  ' 

Les  signes  que  la  femme  a son  amarry  vulneré. 


C'est  que  le  sang  sort  par  ses  parties 
honteuses  , et  a presque  semblables 
accidens  que  ceux  qui  ont  la  vessie 
vulnerée. 

Les  signes  que  les  nerfs  sont  piqués  ou  à demy 
coupés. 

C’est  que  le  malade  sent  vne  dou- 
leur vehemente  au  lieu  blessé,  et 
aussi  que  promptement  luy  suruient 
inflammation,  fluxion,  spasme,  fié- 
ure,  aposteme,  et  conuulsion  l,  et 
quelquesfois  aussi  gangrené  et  mor- 
tification de  la  partie  : dont  suruient 
la  mort,  si  le  malade  n’est  bien  et 
promptement  secouru,  comme  i’ay 
escrit  cy  deuant  parlant  des  playes 
des  nerfs. 

Apres  auoir  baillé  les  signes  pour 
connoistre  les  parties  de  nostre  corps 
vulnerées,  à fin  d’en  faire  rapport  en 
iuslice  , pour  plus  grande  et  facile 
intelligence  m’a  semblé  bon  te  don- 
ner le  formulaire  de  ces  quatre  rap- 
ports : dont  le  premier  sera  de  rap- 
porter de  nécessité  de  la  mort  du 
blessé  : le  second  sera  douteux  de  la 
mort  ou  de  la  vie  : le  troisième  du 
mebain , c’est-à-dire  de  l’impotence 
d’vne  partie  blessée  : le  quart,  de 
plusieurs  parties  blessées  ensemble. 
Selon  lesquels  formulaires  tu  en 
pourras  faire  d’autres,  ainsi  que  con- 
noislras  par  les  signes  cy  dessus  es- 
crits , telles  ou  telles  parties  du  corps 
estre  vulnerées. 

1 J’ai  rétabli  dans  cette  énumération  le 
mot  spasme,  omis  dans  toutes  les  éditions 
posthumes.  Il  faut  avertir  aussi  qu’après  le 
mot  conuulsion  , l’édition  de  1575  ajoutait: 
qu’on  appelle  non  proportionnée  à la  matière. 
Ce  membre  de  phrase  a été  effacé  dès  1579. 


655 

Exemple  d'vn  rapport  de  nécessité  concluant  à 
la  mort. 

I’ay  A.  P.  ce  iourd’buy  par  l’ordon- 
nance de  messeigneurs  de  la  Cour 
de  Parlement,  me  suis  transporté  en 
la  maison  de  tel,  rue  sainct  Germain, 
;t  l’enseigne  de  S.— Lequel  i’ay  trouué 
gisant  au  lit,  ayant  vne  playe  à la 
teste,  partie  senestre,  située  sur  l’os 
temporal,  auec  fracture  et  embar- 
reure , dont  aucunes  parties  dudit  os, 
les  deux  membranes  estans  rompues, 
sont  enfoncées  en  la  substance  du 
cerueau.  Au  moyen  dequoy  ledit  tel 
a perdu  toute  connoissancede  raison, 
auecques  vne  conuulsion,  le  poulx 
fort  petit,  et  sueur  froide  : au  reste, 
tant  degousté  qu’il  ne  boit  ny  mange. 
A cause  dequoy  certifie  que  bien  tost 
mourra  : tesmoing  mon  seing  manuel 
cy  mis  le , etc. 

Exemple  d’vn  rapport  douteux  de  la  mort. 

I’ay  tel,  etc.,  par  le  commande- 
ment de  monsieur  le  Lieutenant  Cri- 
minel , suis  allé  en  la  maison  de  N., 
lequel  i’ay  veu  gisant  au  lit,  ayant 
trouué  sur  son  corps  vne  playe  faite 
d’vn  instrument  trenchant,  située  au 
milieu  delà  cuisse  dextre,  de  gran- 
deur de  trois  doigts  ou  enuiron,  pé- 
nétrante tout  outre,  auecques  inci- 
sion de  veines  et  arteres  : à raison 
dequoy  est  suruenu  vn  bien  grand 
flux  de  sang,  qui  luy  a prosterné  et 
abbalu  les  forces.  Au  moyen  dequoy 
tombe  souuent  en  défaillance  de 
cœur,  et  toute  la  cuisse  est  grande- 
ment tuméfiée  et  liuide,  dont  plu- 
sieurs pernicieux  accidens  s’en  pour- 
roient  ensuiure  : parquoy  ie  dy  que 
ledit  tel  est  en  grand  danger  de  mort. 
Et  tout  ce  certifie  estre  vray,  tesmoing 
mon  seing  manuel  cy  mis  le , etc. 


6o6  LE  vmGT-SEPTIÉME  LIVRE 


Exemple  d’un  rapport  de  mehain  ou  impotence . 

I’ay  te],  etc.,  par  le  commande- 
ment de  monsieur  le  Procureur  du 
Itoy,  me  suis  transporté  en  la  maison 
de  monsieur,  etc.,  ruesainct  Pierre 
aux  Bœufs,  pour  visiter  vn  tel,  etc., 
sur  lequel  i’ay  trouué  vne  playe  à la 
iointure  du  jarret  dextre,  de  grandeur 
de  quatre  doigts  ou  enuiron,  auec- 
ques  incision  des  cordes  ou  tendons 
qui  plient  la  iambc,  ensemble  inci- 
sion de  veines,  arteres,  et  nerfs.  Au 
moyen  dequoy  est  ledit  tel  en  danger 
de  mort,  pour  les  accidens  qui  en 
telles  playes  viennent  le  plus  sou- 
uent,  comme  extreme  douleur,  fîé- 
ure,  inflammation,  aposteme,  con- 
uulsion,  gangrené,  et  autres.  Parquoy 
a ledit  tel  besoin  tenir  bon  régime, 
et  estre  bien  et  deuëment  pensé  et 
médicamenté  : et  où  il  eschappera 
de  la  mort,  à iamais  demeurera  im- 
potent de  la  partie.  Et  tout  ce  certi- 
fie estre  vray,  lesmoing  mon  seing 
manuel  cy  mis  le  iour,  etc.,  mil,  etc. 

Exemple  d'vn  rapport  d’vn  homme  blessé deplu- 
sieurs  coups,  et  en  diuerses  parties  du  corps. 

Nous  soubssignés  Chirurgiens,  ce 
iourd’huy  vingt  et  vniéme , etc.,  par 
le  commandement  de  Messeigneurs 
de  la  Cour  de  Parlement , sommes 
allés  au  logis  de  tel,  rue  S.  Denis , à 
l’enseigne  desaincte  Catherine,  pour 
visiter  vn  nommé,  etc.,  gentilhomme 
des  ordonnances  du  Roy,  sur  lequel 
auons  trouué  cinq  playes.  La  pre- 
mière, située  à la  teste,  au  milieu  de 
l’os  coronal , de  grandeur  de  trois 
doigts  ou  enuiron , pénétrante  ius- 
ques  à la  seconde  table,  dont  luy 
auons  tiré  trois  esquilles  dudit  os. 
Item  , vne  autre  playe  au  trauers  de 
la  iouë,  partie  dextre,  comprenant 
depuis  l’oreille  iusques  au  milieu  du 


nez  : à cause  de  ce  a esté  necessaire 
luy  faire  quatre  points  d’aiguille. 
Ilem,  vne  autre  playe  au  milieu 
du  ventre,  de  grandeur  de  deux 
doigts  ou  enuiron,  pénétrant  en  la 
capacité  d’iceluy  : sortant  par  ladite 
playe  vne  partie  de  l’omentum,de 
grosseur  de  demy  esteuf,  qu’auons 
trouuée  liuide , et  du  tout  destituée 
de  chaleur  naturelle  : parquoy  a esté 
besoin  lier  et  couper  ce  qui  esloit 
sorti  dehors.  Item,  vne  autre  playe 
située  sur  le  métacarpe  de  la  main  se- 
nestre,  de  grandeur  de  quatre  doigts 
ou  enuiron,  auecques  incision  de 
veines,  arteres , nerfs,  et  tendons , et 
portion  des  os.  Au  moyen  dequoy,  le- 
dit tel  demeurera  après  la  guarison 
mehaigné  de  la  main  , et  a besoin  te- 
nir bon  régime,  garder  la  chambre  , 
et  estre  bien  et  deuëment  pensé  et 
médicamenté  : et  disons  qu’il  n’est 
hors  du  danger  de  la  mort.  Et  tout 
ce  certifions  estre  vray,  tesmoings  nos 
seings  manuels  cy  mis  le  iour,  etc. 

Autre  rapport  d’vn  corps  mort,  fait  en  la  pré- 
sence de  messieurs  le  Lieutenant  Criminel 

et  Procureur  du  Roy  au  Chastelel  de  Paris 

et  du  Commissaire  Bazin  '. 

Rapporté  par  nous  soubssignés, 
que  ce  iourd’huy  en  la  presence  de 
messieurs  le  Lieutenant  Criminel  et 
Procureur  du  Roy  au  Chastelet  de 
Paris,  nous  auons  veu  et  visité  le 
corps  mort  de  noble  homme,  etc., 
sur  lequel  auons  trouué  vne  playe 
faite  d’esloc  prés  la  mammelle  senes- 
tre,  longue  et  large  de  deux  doigts 
ou  enuiron,  trauersant  le  corps  de 
pai  l en  part,  passant  tout  au  trauers 

1 La  date  de  ce  rapport  indique  suffisam- 
ment qu’il  n’a  pu  être  publié  pour  la  pre- 
mière fois  que  dans  l’édition  de  1585. 


DES  RAPPORTS. 


667 


du  cœur.  Plus  vue  autre  grande 
playe  faite  d’estoc  sur  la  iointure  de 
l’espaule  du  bras  seneslre,  longue  de 
quatre  doigts  ou  enuiron,  large  de 
trois,  profonde  iusques  à ladite  ioin- 
ture, auec  incision  des  nerfs  et  liga- 
mens,  veines  et  arteres  dudit  lieu. 
Plus  vne  autre  grande  playe  faite 
aussi  d’estoc  sous  l’aisselle  seneslre, 
longue  et  large  de  quatre  doigts  ou 
enuiron,  profonde  iusques  au  dedans 
et  creux  de  ladite  aisselle,  auec  inci- 
sion des  veines,  arteres  et  nerfs»  Plus 
deux  autres  plaies  faites  aussi  d’es- 
toc, situées  en  la  poitrine,  vn  peu 
plus  bas  qu’en  la  mammelle  senes- 
tre,  longues  et  larges  d’vn  pouce  ou 
enuiron  , et  profondes  iusques  en  la 
capacité  du  thorax.  Plus  vne  autre 
grande  playe  faite  d’estoc,  située  prés 
la  mammelle  dexlre,  longue  et  large 
de  quatre  à cinq  doigts,  profonde 
seulement  iusques  aux  cosles.  Plus 
vne  autre  petite  playe  prés  ladite 
mammelle  dextre,  pénétrant  aussi 
sur  les  costes.  Plus  vne  autre  playe 
faite  de  taille  sur  le  coude  dextre , 
grande  de  trois  doigts  ou  enuiron,  et 
large  de  deux , profonde  iusques  aux 
nerfs  et  ligamens  de  la  iointure  dudit 
coude.  Plus  vne  autre  playe  faite  pa- 
reillement d’estoc  au  flanc  dextre, 
longue  et  large  d’vn  pouce  ou  enui- 
ron, et  peu  profonde.  Plus  vne  autre 
playe  faite  aussi  d’estoc  à la  main 
dextre,  au  doigt  nommé  Médius,  auec 
incision  totale  de  l’os  de  sa  première 
iointure,  pénétrant^  le  métacarpe. 
Pour  raison  de  toutes  lesquelles 
playes,  certifions  mort  subite  luy  es- 
tre  aduenue. 

Fait  sous  nos  seings  manuels  le  di- 
manche 7.  aoust  mil  cinq  cens  quatre 
vingts  trois. 

Ambroise  Paré,  Iehan  Cointeret,  et 
Iehan  Charbonncl. 


/(apport  d’vn  coup  orbe  qui  aura  rompu  cl  en- 
foncé les  vertebres  de  l’espine  , ou  fuit  playe 

en  la  moelle  de  l’espine  K 

I.a  moelle  de  l’espine  du  dos  estant 
comme  vn  ruisseau  coulant  du  cer- 
ueau , est  faite  pour  la  distribution 
des  nerfs  qui  deuoienl  donner  senti- 
ment et  mouuemcnt  à toutes  les 
parties  situées  au  dessous  de  la  teste  : 
et  alors  que  ladite  moelle  est  bles- 
sée , suruiennent  plusieurs  et  perni- 
cieux accidens,  et  selon  iceux  le 
Chirurgien  fera  son  rapport.  A sça- 
uoir,  si  les  bras  et  mains  du  malade 
sont  stupides,  paralytiques,  sans  les 
pouuoir  remuer,  et  aussi  qu’en  les 
piquant  ou  serrant  le  malade  ne  sent 
rien , c’est  signe  que  les  nerfs  qui  sor- 
tent de  la  5.  G.  7.  vertebres  du  col 
sont  offensés.  Semblablement  quand 
tels  accidens  se  trouuent  aux  cuisses, 
iambes,  et  aux  pieds,  auec  refroidisse- 
ment, et  que  le  malade  laisse  sortir 
ses  excremensinuolontairement,sans 
les  sentir,  ou  qu’ils  soient  retenus  du 
tout  : cela  monstre  quo  les  nerfs  qui 
sortent  des  vertebres  des  lombes  et 
os  sacrum  sont  offensés,  et  que  tous 
ces  accidens  prouicnnent  à cause  que 
la  faculté  animale  ne  peut  reluire  par 
les  nerfs,  dont  s’ensuit  resolution,  et 
par  conséquent  difficulté  de  sentir  et 
mouuoir  aux  parties  où  ils  sont  dis- 
tribués : qui  fait  que  les  muscles  de  la 
vessie  et  siégé  ne  font  plus  leur  action 
naturelle,  qui  est  d’ouurir  et  fermer. 
Et  si  tels  signes  apparoissent , fais  ton 
rapport  que  bien  tost  le  malade 
mourra  , et  principalement  s’il  a dif- 
ficulté de  respirer 2. 

1 C’est  ici  que  l’édition  de  1585  plaçait  son 
chap.  2,  sans  aucun  titre , et  le  titre  actuel 
relégué  en  marge. 

5 Hippocrates , 2.  pro.  — A.  P. 


42 


III. 


658  LE  VINGT-SEPTIÈME  LIVliF. 


Rapport  d'une  femme  grosse  ayant  esté  blessée 
au  ventre  *. 

I’ay  tel , par  le  commandement  de 
monsieur  le  grand  Preuost  de  l’Hostel, 
me  suis  transporté  en  la  rue  Saint 
Honoré,  en  la  maison  de  monsieur  M., 
où  i’ay  trouué  vnedemoiselle  nommée 
Marguerite , gisante  au  lit , ayant  vne 
grande  fiéure , conuulsion  , et  flux  de 
sang  par  sa  nature  : à raison  d’vne 
playe  qu’elle  a receuë  au  ventre  in- 
ferieur, située  trois  doigts  au  dessous 
du  nombril , partie  dextre , laquelle 
pénétré  en  la  capacité  d'iceluy,  ayant 
blessé  et  percé  sa  matrice,  au  moyen 
de  quoy  est  accouchée  deuant  son 
terme  prefix  d’vn  enfant  masle,  mort, 
bien  formé  de  tous  ses  membres,  le- 
quel enfant  a aussi  reçu  le  coup  à la 
teste,  pénétrant  iusques  à la  propre 
substance  du  cerueau.  Et  pour  ce  la- 
dite damoiselle  en  bref  mourra , ce 
que  tout  certifie  ostre  vray,  tesmoing 
mon  seing  manuel  cy  mis  ce,  etc. 

I’ay  bien  voulu  mettre  ce  rapport, 
à fin  d’instruire  le  ieune  Chirurgien 
à faire  rapport  à messieurs  de  la  lus 
tice  en  tel  cas,  si  l’enfant  est  formé  de 
tous  ses  membres  ou  non,  à fin  qu’ils 
donnent  tel  iugemcnt  qu’ils  verront 
estre  necessaire  : pource  que  la  pu- 
nition doit  estre  plus  grande  ayant 
fait  auorter  vne  femme  l’enfant  es- 
tant bien  formé,  à raison  que  l’ame  y 
est  infuse,  que  s’il  n’estoit  encore  ac- 
compli de  tous  ses  membres  : car  lors 
lame  n’est  encore  entrée  au  corps. 
Ce  que  i’ay  monslré  cy  deuant,  par- 
lant de  l’Ame,  de  l’opinion  de  Moyse 
et  de  S.  Augustin  2,  disant  que  si 
quelqu’vn  frappe  ou  pousse  vne 

• Ce  rapport,  avec  les  réflexions  qui  s’y 
rapportent,  a été  ajouté  en  1579. 

5 Exode  22.  — S.  Augustin  80.  — A.  P. 


femme  enceinte,  et  qu’elle  en  auorte, 
si  l’enranl  eslja  formé, qu’il  en  perde  la 
vie  : mais  s’il  n’est  encore  formé,  qu’il 
soit  condamné  à amende  pécuniaire. 

Exemplede  rapport  d’vn  en  font  estant  estouffé  1 . 

Il  y a grande  apparence  que  le  pe- 
tit enfant  mort  aura  esté  eslouffé  par 
sa  nourrice,  qui  se  sera  endormie  sur 
luy  en  l’allaiciant,  ou  autrement  par 
malice  , si  ledit  enfant  se  portoit  bien, 
et  ne  se  plaignoit  de  rien  au  prece- 
dent : s’il  a la  bouche  et  nez  pleins 
d’escume  : s’il  a le  reste  de  la  face 
non  pâlie  et  blaffarde  , mais  violette 
et  comme  de  couleur  de  pourpre  : si 
ouuert,  est  trouué  auoir  les  poul- 
mons  pleins  comme  d’air  escumeux. 

Exemple  d’vn  rapport  d’vn  corps  mort  par 
tonnerre  et  fouldre. 

Il  peut  escheoir  qu’on  soit  en  doute 
si  vn  corps  trouué  mort  par  la  cam- 
pagne, ou  seul  en  vne  maison,  est 
mort  de  foudre,  ou  autrement.  Par- 
quoy  estant  appellé  par  Iustice  pour 
en  faire  rapport,  concluras  par  ces 
signes  qu’il  est  mort  de  foudre.  C’est 
que  tout  corps  frappé  et  mort  de  fou- 
dre sent  vne  odeur  fascheuse  et  sul- 
phurée  , qui  fait  que  les  oiseaux  et 
chiens  n’en  osent  approcher,  encore 
moins  gouster  : la  partie  frappée  de 
foudre  souuent  demeure  entière  sans 
apparence  de  playe,  et  neantmoins 
les  os  se  trouuent  comminués  et  bri- 
sés au  dedans  : que  s’il  aduient  qu’il 
ait  playe  apparente  , subit  qu’on  la 
touchera,  on  la  sentira  sans  compa- 
raison plus  froide  que  le  reste  du 
corps,  comme  dit  Pline  2 : pource  que 
subit  la  substance  spiritueuse  tou- 

1 Ccl  arlicle  a été  ajouté  en  1579. 

* Liu.  2.  chap.  24.  — A.  P. 


DES  RAPPORTS. 


chée  est  dissipée  par  le  vent  très  sub- 
til et  violent  que  la  foudre  chasse  et 
pousse  tousiours  deuant  soy  : aussi 
la  foudre  laisse  tousiours  certaine 
marque  de  brusleure,  pource  que 
nulle  foudre  est  sans  feu,  soit  en 
bruslant  ou  en  noircissant.  Or  comme 
ainsi  soit  que  tous  animaux  frappés 
de  foudre  tombent  de  l’autre  costé, 
le  seul  homme  ne  meurt  point  du 
coup,  s’il  ne  tombe  sur  la  partie  frap- 
pée de  foudre,  ou  s’il  n’est  tourné  par 
force  du  costé  dont  la  foudre  vient. 
L’homme  qui  en  veillant  est  frappé 
de  foudre  demeure  les  yeux  fermés  : 
au  contraire  ils  luy  demeurent  ou- 
uerts  s’il  est  foudroyé  en  dormant, 
comme  dit  Pline  *. 

Philippes  de  Comines  a laissé  par 
escrit  que  les  corps  frappés  de  fou- 
dre ne  sont  point  suiets  à corruption 
comme  les  autres  : et  que  partant  les 
anciens  n'auoient  de  couslume  les 
brusler  ny  enterrer.  Car  ainsi  que  le 
sel  garde  de  corruptiun  les  corps  qui 
sont  salés,  ainsi  le  soulphre  que  la 
foudre  charge  et  porte  quant  et  soy, 
entretient  long  temps  les  corps  en 
leur  eslre,  sans  pourriture,  pour  la 
chaleur  ignée  et  seicheresse  toute 
contraire  à la  pourriture. 

Pour  faire  rapport  infaillible  qu’vn  corps  soit 
mort  de  peste  *. 

C’est  qu’on  trouue  vue  grande  mol- 
lesse en  tout  le  corps,  à cause  d’vne 
putréfaction  indicible,  laquelle  du- 
rant la  vie  rendoit  le  corps  fort  las- 
che  et  mollasse  , et  après  la  mort 
elle  s’augmente  encore  d’auanlage 
comme  estant  venue  à sa  perfection. 
Aussi  tels  corps  se  rendent  pourris 
et  puants  subitement.  D’auantage,  à 

1 Plin.  au  lieu  mesme.  — A.  P. 

* Article  ajouté  en  1585. 


65g 

plusieurs  après  la  mort  apparoissent 
bubons,  charbons  et  pourpre  qui  es- 
loient  cachés  dedans  le  corps  : à rai- 
son que  la  chaleur  putredineuse,  qui 
s’engendre  par  la  pourriture,  pousse 
et  iette  hors  de  la  peau  les  excremens 
desquels  sont  faits  les  bubons,  char- 
bons et  pourpres.  Plus  . on  voit  la 
couleur  du  nez,  des  oreilles  et  des 
ongles  plus  noire,  et  mesmement 
tout  le  corps,  qu’elle  n’a  accoustumé 
d’estre  aux  morts  d’autres  maladies. 
Semblablement  le  visage  est  fort  hi- 
deux à regarder,  et  à bien  grande 
peine  le  peut- on  reconnoistre  : et 
qu’en  peu  de  temps  le  corps  se  cor- 
rompt et  pourrit , accompagné  d’vne 
puanteur  cadauereuse,  et  principale- 
ment en  temps  chaud.  Si  telles  cho- 
ses se  monstrent,  fais  ton  rapport  que 
le  malade  est  mort  de  peste. 

Autre  rapport  d’vn  corps  irottaé  mort  et  blessé , 
ou  noyé,  ou  pendu  après  sa  mort <• 

Semblablement  le  Chirurgien  peut 
estre  appellé  pour  faire  rapport  d’vn 
corps  mort,  ayant  des  playes  péné- 
trantes dans  le  corp',  et  autres  non, 
pour  sçauoir  s’il  les  a receuës  estant 
vif  ou  après  la  mort.  Donc  si  les 
playes  luy  ont  esté  faites  pendant 
qu’il  viuoit , elles  seront  trouuées 
rouges  et  sanguinolentes,  et  les  lé- 
ures  d’icelles  tuméfiées  et  plombines. 
Au  contraire,  si  on  les  luy  a données 
après  la  mort , elles  ne  seront  rouges 
sanglantes,  ny  tuméfiées,  ny  liuides  : 
parce  que  le  corps  estant  mort,  Na- 
ture cesse  toutes  ses  œuures,  et  n’en- 
uoye  plus  de  sang  ny  esprits  aux  lieux 
vulnerés.  Et  partant  le  Chirurgien 
fera  son  rapport  que  les  playes  au- 
ront esté  données  pendant  la  vie  ou 

1 Nous  retombons  dans  le  texte  de  1575  ; 
mais  ce  titre  n’a  été  ajouté  qu’en  1579. 


66o 


I,E  VINGT-SEPTIEME  LIVRE  , 


apres  la  mort,  selon  les  signes  qu’il 
trouuera. 

Pareillement  si  le  Chirurgien  est 
appelé  pour  faire  rapport  d’vn  corps 
mort  trouué  pendu,  sçauoir  s’il  a esté 
pendu  vif  ou  mort.  S’il  a esté  pendu 
vif,  le  vestige  du  cordeau  à la  circon- 
férence du  col  sera  trouué  rouge, 
liuide  et  noirastre,  et  le  cuir  d’autour 
amoncellé,  replié  et  ridé,  pour  la 
compression  qu’aura  faite  la  corde  : 
et  quelquesfois  le  chef  de  la  trachée 
artere  rompu  et  lacéré,  et  la  seconde 
vertebre  du  col  hors  de  sa  place. 
Semblablement  les  bras  et  iambes 
seront  trouuées  liuides,  et  toute  la 
face  , à raison  que  tous  les  esprits 
tout  à coup  ont  esté  suffoqués  : aussi 
pareillement  il  sera  trouué  de  la  bauc 
en  la  bouche,  et  de  la  morue  yssant  du 
nez,  là  enuoyée  tant  par  l’expression 
du  poulmon  eschauffé  et  suffoqué, 
que  par  la  commotion  conuulsiue 
du  cerueau,  de  mesme  qu’en  l’epi- 
lepsie.  Au  contraire,  si  le  personnage 
a esté  pendu  estant  mort,  on  ne  trou- 
nera  les  choses  telles  : car  le  vestige 
du  cordeau  ne  sera  rouge  ny  liuide, 
mais  de  couleur  des  autres  parties 
du  corps,  à cause  qu’ après  la  mort , 
la  chaleur  ny  esprits  ne  sang  ne  cou- 
rent plus  aux  parties  blessées.  Pa- 
reillement la  teste  et  le  thorax  sont 
trouués  pleins  de  sang  '. 

D’auanlage,  si  le  Chirurgien  est 
appelé  pour  faire  rapport  d’vn  corps 
mort  tiré  hors  de  l’eau,  pour  sçauoir 
s’il  a esté  noyé  yif  ou  iellé  en  l’eau 
mort.  Les  signes  qu’il  aura  esté  ietté 
vif,  sont  qu’on  trouuera  l’estomach 
et  le  ventre  remplis  d’eau , et  sort  du 
nez  quelque  excremcnt  morueux , et 

i Ces  derniers  mots  : pareillement,  etc.,  qui 
se  rapportent  manifestement  au  cas  de  pen- 

daison durant  la  vie,  ont  été  ajoutésen  1585. 


par  la  bouche  escumeux  et  baueux  , 
et  le  plus  souuent  saignera  du  nez. 
D’abondant  il  aura  l’extremité  des 
doigts  et  le  front  escorchés , à raison 
qu’en  mourant  il  gratte  le  sable  au 
fond  de  l’eau , pensant  prendre 
quelque  chose  pour  se  sauuer,  et 
qu’il  meurt  comme  en  furie  et  rage. 
Au  contraire  s’il  a esté  ietté  en  l’eau 
mort,  il  n’aura  aucune  tumeur  en 
l’estomach  , ny  au  ventre,  parce  que 
tous  les  conduits  sont  affaissés  et  es- 
toupés,  et  qu’il  n’inspire  plus,  et 
aussi  n’aura  morue  au  nez,  ny  baue 
en  la  bouche,  ny  vestige  aux  doigts 
ny  au  front  *.  Parquoy,  selon  ces  si- 
gnes, le  Chirurgien  pourra  faire  rap- 
port fidèlement  des  corps  morts  trou- 
ués en  l’eau,  s’ils  ont  esté  iettés  morts 
ou  viuans.  Et  quant  aux  corps  morts 
qui  s’esleuent  sur  l’eau  , c’est  adonc 
qu’ils  sont  ja  cadauereux  et  remplis 
d’air,  qui  les  fait  esleuer  sur  l’eau 
comme  vne  vessie  remplie  de  vent. 

Or  quant  à faire  rapport  si  vne  per- 
sonne est  morte  de  venin  ou  non,  on 
le  pourra  faire  par  les  signes  cy  des- 
sus escrits  au  liu  re  des  Veninsi  2. 

* Ces  mots  : ny  au  front,  ont  été  ajoutés  en 
1579. 

5 II  y avait  ici  dans  l’édition  de  1575  un 
fort  long  article  retranché  dés  1579,  et  com- 
mençant par  celle  phrase,  qui  en  indique 
très  bien  l’objet  : 

« Or  quant  à faire  rapport  si  vue  personne 
est  morte  de  venin  ou  non,  il  est  fort  dijjieile  à 
coynoisire,  si  ce  n'est  par  coniectures  qu’on 
prendra  parce  petit  discours.  » 

Nous  allons  analyser  rapidement  ce  petit 
Discours , indiquant  seulement  les  endroits 
du  livre  actuel  des  V'enins  où  le  texte  en  a 
été  reporté  ; mais  nous  rencontrerons  chemin 
faisant  des  passages  supprimés  d’une  haute 
importance , et  que  nous  reproduirons  avec 
le  plus  grand  soin. 

L’auteur  commençait  donc  par  exposer 
son  but  en  témoignant  son  horreur  pour  les 


DES  RAPPORTS. 


Exemple  de  rapport  de  ceux  qui  auront  esté  en 
danger  d’estre  estouffés  par  la  vapeur  et  fu- 
mée du  feu  de  charbon. 

Le  10  de  mars  1575  , ie  fus  appelle 
auec  monsieur  Greaulme , Docteur 

inuenteurs  de  poison  et  de  la  diabolique  pou- 
dre à canon;  sauf  cette  assimilation  de  la 
poudre  aux  poisons,  on  retrouvera  les  prin- 
cipaux trails  de  ce  paragraphe  au  chapi- 
tre Ier  du  livre  actuel  des  Venins. 

Puis  il  indiquait  les  signes  généraux  des 
poisons  : Nous  cognousons  en  general  vn 
homme  auoir  esté  empoisonné,  etc.;  c’cst  pres- 
que absolument  le  premier  paragraphe  du 
chap.  5 du  livre  actuel , terminé  par  ces 
mots  : la  racine  est  au  cueur. 

« Quant  aux  signes  de  venin  de  chaude, 
froide, seiche, et  humide  qualité,  i’enaij  traie  té 
suffisamment  par  cy-deuant , » ajoutait -il, 
etil  renvoyait  en  marge  au  liure  des  Venins. 
Après  quoi  venant  aux  poisons  en  particu- 
lier, il  traitait  successivement  de  V Apium 
risus , du  Napellus  , du  Solanum  manicum  , 
de  V Aconit , de  la  Iusquiame  , des  Champi- 
gnons , de  l’Epliemerutn  , de  la  Mandragore 
et  du  Pauot  noir.  Tout  cela  a été  reproduit 
en  1579  au  chap.  44  du  livre  des  Venins, 
avec  des  additions  trop  peu  importantes 
pour  que  nous  nous  attachions  à les  préci- 
ser. Seulement  on  voit  qu’en  1575  Paré 
avait  passé  sous  silence  la  ciguë,  Vif  et  le 
noyer;  il  avait  été  aussi  fort  bref  sur  l’aco- 
nit. En  revanche,  il  avait  un  article  sur  la 
Salemandre,  qui  manque  dans  toutes  les  au- 
tres éditions  ; le  voici  : 

« Salemandre. 

« Ceux  qui  ont  pris  de  la  salemandre 
tombent  en  vrie  grande  inflammation  de  la 
langue,  et  deuiennent  brets  ou  begues  : ils 
sentent  tout  le  corps  amorti , et  tombent  en 
vn  frisson  cl  tremblement,  en  vnc  résolu- 
tion et  paralysie  de  tout  le  corps  : sur  la 
plus  part  des  parties  de  leur  corps  aduien- 
nent  des  taches  blanches,  qui  deuiennent 
rouges  et  puis  noires  : lesquelles  en  fin  tom 
bant  en  pourriture,  font  tomber  le  poil  de 
tout  le  corps , mesme  si  le  poison  demeure 


66 1 

Regenten  la  faculté  de  Medecine,  en 
la  maison  de  monsieur  du  Hamel, 
Aduocat  en  la  Cour  de  Parlement  à 
Paris,  vour  visiter  et  faire  rapport  de 
deux  siens  seruiteurs  , l’vn  Clerc,  et 
l'autre  palefrenier,  lesquels  on  esli- 

gucres  dans  le  corps,  ils  tombent  en  picces. 
Le  bezahar  sont  les  œufs  de  la  tortue  tant 
marine  que  terrestre  : aussi  le  ius  de  gre- 
nouilles dans  lequel  on  aura  cuict  la  racine 
d’eryngium.  » 

Entre  l’histoire  de  la  mandragore  et  du 
pauot  noir,  il  avait  placé  l’histoire  de  IV- 
p in;  et  bien  qu’il  y soit  revenu  au  chap.  4G 
du  livre  actuel  des  Venins,  le  texte  est  as- 
sez différent  pour  mériter  d’ètre  reproduit. 

« Orpin. 

« L’orpin,  ou  orpiment,  que  les  Grecs  ap- 
pellent Arsenicum  , la  sandaracha  , causent 
non  seulement  de  grandes  passions  et  éro- 
sions en  l’eslomach  et  boyaux,  mais  aussi 
engendrent  vne  alteration  insatiable,  vnc 
aspreté  grande  à la  gorge  et  en  la  bouche 
auec  vne  toux,  difficulté  et  puanteur  d’ha- 
leine, conioincte  à vne  dysenterie  et  sup- 
pression d’vrine.  Vrayemenl  l’arsenic  a vne 
vertu  si  corrosiue  que  mesme  appliqué  par 
dehors,  il  ronge  la  racine  des  cheueux  et 
les  fait  tomber,  comme  escrit  Dioscoride. 
Son  bezahar  est  la  pouldre  du  crystal  mine- 
rai , bien  puluerisee,  prenant  vne  drachme 
de  ccste  poudre  auec  l’huile  d’amandes  dou- 
ces , comme  escrit  le  Conciliator.  » 

Après  le  pauot  noir,,  vient  l’histoire  du 
Reagal.,  ou  llisalgar,  à très  peu  près  telle 
qu’on  la  lit  encore  aujourd’hui  au  chap.  4G. 
Puis  immédiatement  un  long  article  consa- 
cré an  bezahar,  et  dont  le  commencement, 
jusques  et  y compris  l’histoire  du  cuisinier 
empoisonné,  a été  reproduit  presque  tex- 
tuellement dans  le  chap.  45  du  livre  actuel  ; 
il  faut  en  excepter  toutefois  un  passage  du 
paragraphe  qui  précède  cette  hisloiie,  où, 
à la  place  de  la  citation  de  Mathiole  et 
d’Abdanalarach,  l’auteur  disait  seulement- 

« Car  quant  à ce  qu'en  escrit  Mathiole  sut 
le  cinquiesme  de  Dioscoride  , est  pour  la  plu 


6u2  le  vingt-septième  livre 


moit  estre  morts  : parce  que  outre  ce 
qu'il  n’y  auoit  aucune  apparence  de 
pouls  en  eux,  ils  auoient  vne  froi- 

parl  fabuleux  et  sans  ordre,  expérience,  et  dis- 
tincte cognoissance,  » 

Mais  après  cette  histoire  du  cuisinier, 
l’édition  de  1575  en  contenait  deux  autres, 
retranchées  depuis,  et  dont  la  première 
surtout  a un  intérêt  capital  pour  l’histoire 
d’A.  Paré.  On  ne  savait  pas  qu’à  tous  ses 
périls,  ses  souffrances,  après  avoir  été 
mordu  d’une  vipère , attaqué  de  la  peste,  il 
avait  encore  réuni  cette  terrible  et  doulou- 
reuse épreuve  de  passer  par  le  poison.  Et 
d’un  autre  côté,  un  mot  de  cette  histoire 
ignorée  semble  trancher  d’une  manière  déci- 
sive la  question  de  savoir  si,  du  moins  à une 
époque  de  sa  vie,  Paré  avait  été  huguenot. 
Voici  le  texte  fidèle  des  deux  histoires  : 

« Apres  la  prise  de  Rouen  me  trouuay  à 
disner  en  quelque  compaignie  , où  en  auoit 
quelques  vns  qui  me  bayoyent  à mort  pour 
la  Religion  : on  me  présenta  des  choux  où 
il  y auoit  du  sublimé  ou  arsenic  : de  la  pre- 
mière bouchée  n’en  apperceu  rien  : la  se- 
conde, ie  senti  vne  grande  chaleur  et  cui- 
seur,  et  grande  astriction  en  la  bouche,  et 
principalement  au  gosier,  etsaueur  puante 
de  la  bonne  drogue  : et  l’ayant  apperçeuë, 
subit  ie  pris  vn  verre  d’eau  et  de  vin,  et 
lauay  ma  bouche,  aussi  en  auallay  bonne 
quantité,  et  promplement  allay  chez  le  pro- 
che apoticaire  : subit  que  fus  parti,  le  plat 
aux  choux  fut  ietté  en  terre.  Là  donc  chez 
ledit  Apoticaire  ie  vomi,  et  tost  apres  beu 
enuiron  vn  posson  d’huile,  et  la  garday 
quelque  temps  en  mon  estomach,  puis  de- 
rechef la  vomi  : ladicte  huile  empescha  que 
le  sublimé  n’adhcrast  aux  parois  de  l’esto- 
mach  : cela  faict,  ie  mangeay  et  beu  assez 
bonne  quantité  de  laict  de  vache,  auquel 
auois  mis  du  beurre  et  le  iaune  de  deux 
œufs  : et  voila  comme  ie  me  garanti  de  la 
main  de  l’empoisonneur  : et  depuis  ne  voulu 
manger  des  choux,  ny  autre  viande  en  la- 
dictc  compagnie. 

« Monsieur  de  Castellan  , Médecin  ordi- 
naire du  Roy,  et  maistre  Iean  d’Amboise, 
Chirurgien  ordinaire  du  Roy,  et  moy,  fus- 


deur  vniuerselle  de  tout  le  corps* 
sans  parler,  et  sans  mouuoir  aucune- 
ment : ayaus  au  reste  la  face  teinte 

mes  enuoyez  pour  ouurir  le  corps  d’vn  cer- 
tain personnage  qu’on  doubloit  auoir  esté 
empoisonné,  à cause  qu’auparauant  souper 
faisait  bonne  chere , ne  se  ressentant  d’au- 
cune douleur.  Et  tost  apres  souper  disoit 
sentir  vne  grande  douleur  en  l’estomach, 
criant  qu’il  estouffoit,  et  tout  le  corps  de- 
uint  iaune  et  enflé,  ne  pouuant  auoir  son 
haleine,  et  haletoit  comme  vn  chien  qui  a 
grandement  couru  : parceque  le  diaphragme 
(principal  instrument  de  la  respiration)  ne 
pouuant  auoir  son  mouuement  naturel , re- 
double incontinent,  et  fait  haster  le  cours 
de  la  respiration  et  expiration  : puis  luy 
suruint  verligine,  spasme,  et  défaillance  de 
cœur,  et  parconsequent  la  mort.  Or  vérita- 
blement le  matin  on  nous  présenta  le  corps 
mort,  lequel  estoit  tout  enflé  , ainsi  qu’vn 
mouton  qu’on  a soufflé  pour  l’escorcher. 
I.edict  d’Amboise  fist  la  première  incision, 
et  me  rcliray  en  arriéré,  sçaehant  qu’il  en 
sorliroit  vne  exhalation  puante  et  cadaue- 
reuse , ce  qui  se  feit , dont  tous  les  assistans 
à peine  la  pouuoyent  endurer  : les  intestins, 
et  généralement  toutes  les  parties  intérieu- 
res estoyenl  fort  enflées  et  remplies  d’air  : 
et  ainsi  trouuasmcs  grande  quantité  de  sang 
espandu  entre  les  entrailles,  et  en  la  capa- 
cité du  thorax,  et  fut  conclu  que  ledicl  per- 
sonnage pouuoit  auoir  esté  empoisonné  du 
poison  crapaudin. 

» Les  remedes  contre  telle  poison  ont  esté 
déclarés  cy-deuant,  au  liure  des  piqueures  et 
morsures  de  besles  veneneuses.  » 

Il  s’agit  là  du  venin  du  crapaud , et  je  ne 
sais  pourquoi  Paré  n’a  pas  fait  usage  de  cette 
histoire  dans  ses  éditions  nouvelles.au  lieu 
de  celle  qu’on  lit  au  chap.  32  du  livre  des 
Venins  et  qu’il  rapporte  sur  un  ouï-dire. 

Enfin,  après  ces  deux  histoires,  nous  ren- 
controns un  long  passage  sur  les  venins  bail- 
lez par  odeurs  et  parfums,  et  qui  a été  trans- 
porté tout  entier  à la  fin  du  chap.  Il  du 
livre  des  Venins  actuel.  Il  n’y  a eu  d’ajoulé 
en  1579 que  l’histoire  des  deux  Thériacleurs , 
d’après  Mathiole,  elle  vœu  de  Paré  que  les 


DiiS  il  APPORTS.  66!i 


de  couleur  plombine,  de  fait  que  lors 
que  ie  les  pinçois  ou  tirois  le  poil 
rudement,  ils  n’en  sentoient  rien  y 
tellement  que  tous  les  assistans  les 
estimoient  estre  morts.  Mais  la  dis- 
pute esloil  sur  la  façon  de  mort  : car 
ledit  du  Hamel  disoit  iceux  auoir  esté 
estouffés  : autres  pensoient  qu’ils  se 
fussent  me u rd ris  l’vn  l’autre,  autres 
philosophoient  iceux  auoir  esté  sur- 
prins  d’apoplexie.  le  demanday  s’ils 
auoient  point  fait  du  feu  de  charbon, 
ù quoy  vu  chacun  me  respondant 
n’en  sçauoir  rien  , ledit  du  Hamel 
preste  l’oreille  à ce  propos , et  s’a- 
uança  luy  mesme  de  chercher  en  leur 
eslude  (qui  estoil  fort  petite  et  bien 
close)  où  il  trouua  sous  la  tahle  vne 
grande  terrine  où  il  y auoit  encore 
quantité  de  charbon , non  du  tout 
bruslé.  Quoy  veu , fut  de  tous  conclu 
et  arresté  que  la  cause  de  tel  desastre 
ne  prouenoil  d’ailleurs  que  de  la 
fumée  maligne  du  charbon  ardent, 
qui  les  auoit  ainsi  assopis  etesloufîés. 
Parquoy  leur  ayant  posé  la  main  sur 
la  région  du  cœur  , et  tant  par  la 
chaleur  qui  y resloit  encore  assez 
manifeste  que  par  le  petit  battement 
qui  s’y  apperceuoit,  ayant  conneu 
iceux  estre  encore  en  vie,  fut  aduisé 
de  les  secourir  promptement.  Pour  à 
quoy  paruenir,  on  leur  fit  par  artifice 
ouurir  la  bouche  ( qu’ils  tenoient  fort 
close,  et  les  dents  serrées)  en  la- 
quelle, tant  avec  vne  cuiller  qu’a- 
uec  vne  syringue,  on  ietla  de  l’eau 
de  vie  rectifiée  en  laquelle  on  auoit 
fait  dissoudre  de  la  hiere  et  théria- 
que , pour  la  leur  faire  aualler  : lors 
ils  commencèrent  à se  mouuoir,  et 
ielter  certains  excremens  pituiteux 

parfumeurs  empoisonneurs  fussent  chassés 
hors  du  iioy  iume  de  France,  et  envoyés  au.ee 
les  Turc*  et  infidèles. 


et  visqueux  , tant  par  la  bouche  que 
par  le  nez  : puis  commencèrent  à ral- 
ler,  comme  l’on  oit  choux  boüillans 
dans  vn  pot.  Adonc  on  leur  fit  aual- 
ler des  medicamens  vomitoires,  et 
bonne  quantité  d’oxymel,  leur  bat- 
tant de  la  main  et  genoiiil  assez  ru- 
dement sur  le  dos,  vers  la  derniere 
verlebre  d’iceluy  et  première  des 
lombes,  auquel  lieu  respond  l’orifice 
du  ventricule  se  retournant  en  la 
partie  postérieure  : à fin  que  tant  par 
la  vertu  de  ces  vomitoires,  que  par 
la  conuulsion  de  l’estomac,  iis  fussent 
contraints  à rendre  gorge  : ce  qui 
aduint,  et  ielterent  du  phlegme  vis- 
queux, de  couleur  iaune , aucc  sang 
spumeux.  Pareillement  leur  fut  ietté 
auec  vn  tuyau  de  plume  d’oye  de- 
dans le  nez,  de  la  poudre  d’euphorbe, 
à fin  de  stimuler  la  vertu  expulsiue 
du  cerueau  à se  descharger , et  par 
ce  moyen  tost  après  esternuerent , 
et  ielterent  grande  quantité  de  morue 
par  le  nez  : à quoy  ils  furent  encore 
d’auantage  esmeusparde  l’huile  de 
menthe,  tirée  par  quinte-essence,  leur 
en  estant  trotté  le  palais  , voire  ius- 
qu’à  la  gorge  et  gosier  , d’vne  plume 
de  laquelle  l’empan  auoit  esté  graissé 
de  quelques  gouttes  de  ladite  huile. 
Au  reste  leur  fut  pourueu  par  fric- 
tions faites  aux  bras , cuisses  et  iam- 
bes,  et  le  long  de  l’espine  du  dos  : 
aussi  par  clysteres  acres  et  forts  , par 
le  moyen  desquels  se  deschargea  leur 
ventre  copieusement  : et  lors  com- 
mencèrent à parler  et  rcuenir  à soy, 
et  à boire,  et  manger , et  retourner  à 
leur  naturel  peu  à peu  : en  l’execu- 
tion de  toutes  lesquelles  choses  fus- 
mesmerueilleusement  bien  aidés  par 
Iacques  Guillemeau , Chirurgien  iuré 
à Paris1,  et  maislre  Iean  de  Saint 

1 Le  nom  de  Guillemeau  n’a  été  ajouté  ici 


§64  LE  VINGT-SEPTIÈME  LIVRE 


Germain,  maistre  Apolicaire  à Paris, 
homme  de  bien  et  secourable  des 
malades.  Sur  l’aprës-disnée  furent 
appelés  Monsieur  Thibault,  et  Mon- 
sieur Hautin,  Docteurs  Regens  en  la 
faculté  de  Medecine  (hommes  doctes, 
tant  en  la  Medecine  qu’en  la  Chirur- 
gie) pour  consulter  auec  nous  de  ce 
qui  restoit’  à faire  : lesquels  ayans 
de  point  en  point  approuué  tout  ce 
que  nous  auions  fait , furent  d’aduis 
auec  nous  de  leur  pouruoir  quant  au 
reste  , par  cardiaques  restauratifs  et 
confortalifs  d’esprits  , pour  suruenir 
aux  parties  tant  vitales  qu’animales 
manifestement  offensées. 

Le  reste  de  la  consultation  fut  con- 
sommé sur  la  recherche  de  la  cause 
d’vn  tel  effect  : car  que  les  hommes 
puissent  estouffer  de  la  fumée  de 
charbon  allumé  , ce  n’est  chose  fort 
nouuelle , alleguans  auoir  leu  dans 
Fulgose,  liure  9.  chap.  12,  Volaterran 
ïiure  23,  dans  Egnalius,  que  Iouian 
Empereur  se  liastant  pour  aller  à 
Rome,  en  temps  d’hyuer  , se  sentant 
las  et  trauaillé  du  chemin  , s’arresta 
pour  loger  en  vne  petite  bourgade, 
nommée  Dadaslanes , qui  est  entre 
Galatie  et  Bilhynie,  où  il  coucha  en 
vne  chambre  nouuellement  baslie  et 
enduite  de  chaux , où  l’on  auoit  fait 
brusler  force  charbon  pour  seicher 
ladite  chambre  : fut  sur  la  minuiet 
estouffé  de  la  vapeur  dudit  charbon , 
le  huitième  mois  de  son  Empire, 
qui  esloit  le  trentième  de  son  aage, 
et  le  vingtième  iour  d’Aoust. 

Mais  icy  ne  nous  faut  tant  soucier 
de  la  preuue  des  anciens,  attendu 
quede  recenle  mémoire,  en  la  maison 
de  lean  de  Begine,  maistre  Orféure  à 
Paris,  demeurant  sous  la  tournée  du 

qu’en  1579 , bien  que  l’histoire  ait  paru  en 
1575. 


pont  au  Change,  moururent  trois  de 
ses  seruiteurs,  pour  auoir  fait  du  feu 
de  charbon  en  vne  petite  chambre 
où  il  n’y  auoit  point  de  cheminée  : et 
qui  en  voudroit  faire  recherche,  on 
trouueroit  grand  nombre  de  telles 
histoires. 

Quant  aux  causes,  celles  cy  furent 
mises  en  anant.  Aucuns  estimèrent 
tel  accident  se  faire  seulement  parla 
vapeur  du  charbon  allumé  , laquelle 
enclose  en  vn  lieu  non  ventilé,  donne 
à celuy  qui  la  reçoit  tels  ou  presque 
semblables  accidens  comme  fait  la 
vapeur  du  vin  nouueau,  sçauoir  dou- 
leur de  teste  et  vertiginosilés.  Car  ces 
deux  vapeurs  ont  puissance  de  bien 
lost  remplir  l’origine  des  nerfs , et 
faire  grandes  conuulsions , parce 
qu’elles  sont  chaudes  et  de  substance 
espaisse.Et  partant  Hippocrates,  par- 
lant des  aceidensqui  prouiennenl  de  la 
vapeur  de  vin,  a hardiment  prononcé 
ces  mots  : Si ebrius  quispiain  derepente 
obmutuerit,  comiulsus  moritur,  n i si 
febre  corripiatur,  aui  nisi  vocemrecu- 
peret  tune  cit7n  crapulæ  soluuntur L 
Si  quelqu’vn  ayant  fort  beu  , iusques 
à s’estre  enyuré,  perd  la  parole  à 
coup  et  soudainement  : si  la  ûéure 
ne  luy  suruient,  ou  s’il  ne  recouure 
la  parole  ù l’heure  qu'il  peut  et  doit 
auoir  cuué,  dormi,  et  digéré  son  vin, 
il  meurt  par  conuulsion  2.  Autant 
en  peut  on  dire  de  la  vapeur  du 
charbon  occupant  le  cerneau  de  ces 
deux  malades,  lesquels  soudainement 
faits  muets  , immobiles  et  insensibles 
comme  yurongnes  , fussent  morts , si 
par  remedes  chauds  mis  en  syringues 
par  la  bouche  et  le  nez  , on  n’eust 
atténué  Tespaisseur  de  la  vapeur,  et 

1 Aphor.  5.  — A.  P. 

s Cette  traduction  de  l’aphorisme  a été 
ajoutée  en  1579. 


DES  RAPPORTS. 


665 


excité  la  faculté  expultrice  pour  iet 
ter  hors  ce  qui  luy  nuisoit.  Et  com- 
bien qu’il  semble  île  prime  face  , que 
par  l’inspiration  de  la  vapeur  mali- 
gne le  poulmon  soit  blessé  plus  que 
toutes  autres  parties,  toutes  fois  que 
le  plusgrand  mai  qui  en  aduient  aux 
poulmons  en  ce  cas  cy  venoit  prin- 
cipalement pour  la  connexion  et  mu- 
tuelle amitié  et  accord  qu’il  a auec  le 
cerueau,  lequel  esloil  grandement 
offensé  : car  ces  deux  malades  tout 
subit  furent  faits  mutts,  priués  de 
sens  et  de  mouuemenf,  chose  qui  ad- 
uienl  au  malade  quand  la  première 
origine  des  nerfs  est  occupée  de  quel- 
que matière  eslrangc  que  ce  soit,  et 
non  pas  quand  les  poulmons  sont  of- 
fensés. El  tout  ainsi  que-les  apoplec- 
tiques ne  meurent  sinon  que  par 
faute  de  respirer  , combien  que  le 
poulmon  en  soy  ne  soit  offensé  : ainsi 
de  cesle  maladie  ces  deux  malades 
fussent  morts  faute  de  respirer,  non 
pour  vice  du  poulmon  , mais  pour  le 
cerueau  et  nerfs  blessés,  qui  donnent 
à tout  le  corps  mouuement  et  senti- 
ment, et  principalement  aux  inslru- 
mens  de  la  respiration. 

Lesautreseslimoient  qnetellechose 
pouuoit  aduenîr , non  du  vice  du  cer- 
ueau, mais  par  defaut  de  l’esprit  vital, 
lequel  n’estant  plus  porté  du  cœur  au 
cerueau,  à cause  des  conduits  du 
poulmon  bouchés,  ne  pouuoit  plus 
fournir  de  matière  à l’esprit  animal. 
Parquoy,disoienl-ils,  ces  ieunes  hom- 
mes mouroient  suffoquée  par  faute 
de  respiration , sans  laquelle  la  vie 
est  nulle  : car  outre  ce , qu’en  tel  cas 
le  cœur  ne  se  pouuoit  descharger  des 
excremens  fuligineux,  le  poulmon 
restant  bouché  de  ceste  crasse  et 
espaisse  fumée  de  charbon  , l'inspira- 
tion ne  sefaisoit  bonnement , de  tant 
qu’elle  se  fait  d’air  ambiens,  qui  pour 


faire  ce  qui  est  requis , sçauoir  est , 
temperer  l’ardeur  du  cœur,  doit  auoir 
quatre  conditions  : la  première , qu’il 
soit  attiré  en  competente  quantité  , 
la  seconde,  qu’il  soit  frais  de  qualité, 
la  tierce , qu’il  soit  de  consistence  té- 
nue et  subtile , la  quarte,  qu’il  soit  de 
substance  douce  et  benigne.  Or  toutes 
ces  quatre  condilionsdefailloient  pour 
lors  à l’air  qui  estoit  attiré  par  ces 
deux  ieunes  hommes  : car  première- 
ment il  n’estoit  en  quantité  compe- 
tente, de  tant  qu’en  cesle  petite 
estude  , si  peu  qu’il  y en  auoit,  estoit 
deuoré  par  le  feu  de  charbon  allumé, 
comme  celoy  d’vue  ventouse  par  la 
chandelle  flainboyan  te:  secondement, 
il  n’estoit  frais  de  sa  qualité,  ains 
eschauffé  et  comme  igniflé  par  l’ar- 
deur du  feu  allumé  :tiercement,  il 
n’estoit  de  consistence  ténue,  ains 
crasse  et  espaisse,  espaissi  par  le  mes- 
lange  etpermixlion  des  vapeurs  gros- 
sières du  charbon  : car  telle  est  la 
nature  de  l’air  et  de  tous  autres  corps 
ténus  de  leur  nature,  d’estre  aisément 
altérés,  et  receuoir  promptement  la 
forme  de  tous  corps  qui  les  abordent  : 
quartement,  il  n’estoit  de  substance 
douce  et  benigne,  ains  maligne,  à 
cause  que  le  charbon  est  fait  de  bois 
allumé  en  vue  fosse  en  terre , et 
eslouffé,  estant  esleint  en  sa  fumée 
mesme,  comme  entendent  ceux  qui 
ont  hanté  les  charbonnières. 

Or  loulesfois  , pour  conclure  quel- 
que chose  sus  ces  opinions  qui  sem- 
blent aucunement  differentes,  tous 
deux  auoient  raisons  pertinentes  de 
se  maintenir  en  leur  aduis.  Car  pour 
le  moins  il  est  tout  euident  que  les 
conduits  qui  sont  communs  des  par- 
ties pectorales  au  cerueau  , esloient 
bouchés  de  la  crassitie  et  espaisseur 
de  telle  vapeur  charbonnière,  dont 
aduenoit  que  les  vnes  et  les  autres 


666 


LE  VINGT-SEPTIÈME  LIVRE 


parties  estoienl  mal  affectées  : comme 
ainsi  soit  que  telles  parties  , ni  autres 
quelconques  de  nostre  corps,  ne 
puissent  demeurer  en  leur  intégrité 
sans  l’aide  de  l’autre , pour  la  grande 
colligance  et  intelligence  qu’a  tout  le 
corps  en  soy  et  en  ses  parties.  Parquoy 
les  arteres  carotides  et  ventricules  du 
cerueau  , et  bronchies  du  poulmon 
estans  ainsi  estoupées,  et  l’entrée  au 
cerueau  esloit  deniée  à l’esprit  vital , 
et  l’issue  à l’esprit  ammal , dont  s’en- 
suiuit  le  defaut  de  toutes  les  facultés 
necessaires  à la  vie. 

B apport  des  filles,  si  elles  sont  vierges  ou  non  b 

Or  quant  à faire  rapport  si  vne  fille 
est  pucelle  ou  non,  cela  est  fort  diffi- 

1 Cet  article  est  une  addition  de  1579. 

Laurent  Joubert  a agité  fort  longuement 
cette  question  dans  son  traité  des  Erreurs 
populaires,  publié  à Bordeaux  en  1570,  liv.  V, 
chap.  4,  s’il  y a certaine  cognoissance  duptt- 
ccllage  d’vue  fille  , et  il  conclut  par  la  néga- 
tive comme  Paré.  Je  renverrai  à l’ouvrage 
même  ceux  qui  voudront  suivre  cette  dis- 
cussion; mais  il  ne  sera  pas  sans  intérêt, 
puisqu’il  s’agit  ici  dePiapports,  de  repro- 
duire trois  rapports  sur  ce  sujet  qu’il  nous 
a conservés.  Le  premier  est  fait  par  des  ma- 
trones béarnaises. 

Nous  Iouanne  del  Mon,  et  IouunneVergnire, 
et  Beatrix  Laurade,  de  la  purroquie  d’Espoire 
en  Bearn,  matrones  et  meyroulieres , inlerro- 
gades  et  esprottuades.  Certifican  à tous  et  à 
toutes  que  appartiendra , que  par  ordonnance 
de  iustice , et  commandement  du  liant  Magis- 
trat, monsieur  loti  iuge  del  dit  toc  d' Espéré,  que 
lou  quinziéme  iour  del  mes  de  May  , l'an  mil 
cinq  cens  quarante  cinq,  nous  matrones  sttsdit- 
tes , auen  trouuade,  visitade  et  regaardade  Ma- 
riette de  Garigues,  de  l’aage  de  quinze  ans  ou 
enuirun,  sus  asso , que  ladite  Mariette  disie , 
que  ero  forsade , desflorade , et  depttiselade. 
De  là  ou  nous  meyroulieres  sudiltes,  auen  tout 
visitât  et  regardai,  dam  très  candeloits  alucats, 
toucat  dab  las  mas,  et  espial  dublotts  oueils,  et 


cile  : (oufesfois  les  matrones  tiennent 
pour  chose  asseurée  qu’elles  le  peu- 
uent  connoistre,  parce  qu’elles  disent 
trouuer  vne  ruplion  d’vnetaye,  qui 
se  rompt  au  premier  combat  veneri- 
que.  Mais  i’ay  icy  deuant  monstré  au 
bure  de  la  Génération , chap.  50.  que 
de  vingt  mille  femmes  on  ne  trouue 
ceste  taye.  Parlant  nos  matrones  ne 
doiuent  estre  creuës  pour  leur  impé- 
ritie : la  preuue  gist  en  l’experience, 
et  à la  grandeur  ou  anguslie  du  col 
de  la  matrice  : mais  elles  y peuuent 
estre  bien  deceuës  et  trompées.  Car 
selon  la  grandeur  du  corpset  de  l’aage 
de  la  fille,  l'ouuerture  sera  plus 
grande  ou  plus  petite  : parce  que  vne 
grande  fille  doit  auoir  son  ouuerlure 
plus  grande  qu’vne  petite.  Car  toutes 

arreuirat  dab  lotis  digts.  Et  auen  trouuat,  que 
non  eron  pas,  Ion  1 broquadés  podads  , ny  lou 
2 haillon  delougal , ny  la  3 barbote  abaissade  , 
ny  4 l’enlrepé  ridât,  ny  loti  5 rejjïronvbert,ny  lou 
G gingiberl  flndut,ny  loti  7 pepillon  recoquillat, 
ny  la  8 dame  dau  miech  retirade,  ny  lous  1res 
9 desaiadés  , ny  lou  1 0 vilipendis  pelât , ny  lou 
Il  guilleuard  alargal,  ny  la  12  barreuidau  des- 
uiade,  ny  l’oz  13  bertrand  rompttl,  ny  lou  14 
bipendix  aucunement  escorgeat.  Loti  lou  nous 
matrones  et  meyroulieres  sudiltes  ainsi  disen 
per  nostre  rapport,  et  iugement  adrect. 

« Voila , dit  Joubert , quatorze  notes  qui 
signifient  le  pucellage,  selon  les  Bearnoises. 
Voyons  maintenant  la  déposition  des  Pari- 
siennes, qui  font  leur  rapport  d’vne  qui  es- 
toit  defloree  » 

Nous  Marion  Teste,  lane  de  Meaux , lane 
delà  Guigans,  et  Magtlaleine  de  la  Lippue, 
matrones  itirecs  de  la  ville  de  Paris  , certifions 
à tous  qu’il  appartiendra  , que  le  quatorzième 
iour  de  Juin  , mil  cinq  cens  trente  deux,  par 
l’ ordonnance  de  monsieur  le  Preuost  de  Paris, 
ou  son  lieutenant  en  ladite  ville,  nous  sommes 
transportées  en  la  rue  de  Frepaut,  ou  pend 
pour  enseigne  la  punlouffle  , ou  nous  auons  veue 
et  visitée  Henriette  Peliciere,ieune  fille,  aagee 
de  quinze  ans  , ou  environ,  sur  la  plainte  pur 


DES  RAPPORTS. 


les  parties  (le  nostre  corps  se  doiuent  I 
rapporter  les  vncs  aux  autres  : vne 
aagéedequinze  ansl’aura  plus  grande 
que  celle  de  douze. 

Ioubert  escrit  qu’à  la  ville  de  Lec- 
loure  en  Gascongne,  vne  fille  enfanta 
à neuf  ans,  et  est  encore  viuantc, 
nommée  Ianne  du  Perie,  qui  fut  ma- 
riée à Videau  Beclie,  en  son  viuant 
Receueur  des  amendes  pour  le  Roy 
de  Nauarre  audit  lieu  : qui  est  argu- 
ment qu’aucunes  filles  sont  plus  aptes 
à auoir  la  compagnie  de  l’homme  à 
neuf  ans  qu’autres  à quinze,  à raison 
qu’elles  ont  leur  ouuerture  plus  am- 
ple. Aussi  celle  qui  aura  mis  quelques- 
fois  son  doigt  bien  profondément  au 
col  de  sa  matrice  pour  quelque  pru- 
rit qu’elle  y auroit,  ou  y auroit  mis 

elle  fuite  à iustice  contre  Simon  le  Bragard, 
duquel  elle  a dit  auoir  esté  forcée  et  defloree. 
El  le  tout  veu  et  visité  au  doigt  et  à l’œil,  nous 
trouvons  qu’elle  a les  1 barres  froissées,  le  2 
haleron  demis,  la  3 dame  du  milieu  retirée,  le 
4 pouvant  debiffé,  les  b tontons  deuoyez,  (J  l'en- 
clienari  retourné,  la  7 babolle  abbalue,  8 l'en- 
trcpenl  riddé,  9 l’arriere  fosse  ouverte,  le  10 
guilboquel  fendu,  le  1 1 lippon  recoquillé,  le  12 
barbidaut  tout  escorchè,  et  tout  le  13  lipandis 
pelé,  le  1 4 guilleuard  eslargi , les  1 5 balunaus 
pendans.  Et  le  tout  veu  et  visité  fueillel  par 
fueillel,  avons  trouvé  qu’il  y auoil  trace  de  vil. 
Et  ainsi  nous  diltes  matrones  certifions  estre 
vray  , à vous  monsieur  le  Preuosl,  au  serment 
qu’auons  à ladite  ville. 

« En  voila  quinze  de  bon  conte , poursuit 
Joubert,  qui  respondent  assez  bien  aux  qua- 
torze signes  des  Bearnoises , sauf  le  dernier 
Balunaus,  qui  n’a  son  respondant  que  ie 
sçaehe.  » Et  enfin  il  ajoute  la  déposition  des 
matrones  de  Carcassonne  i 

Nous  attiras  Guillaumine  et  lano  iuradas 
de  la  ville  bassede  Carcassonne,  pressas  d’of- 
fici per  monsieur  l'official  del  dit  Carcassonne, 
per  visilar  Margarile  d’ Aslorguin,  si  elle  ero 
deflorado  et  desuerginado , disen  et  ullesten  à 
tous  aquels  et  aquellos  que  aquestas  leitlras 


667 

quelque  pessaire  ou  nodulus,  à cause 
delà  rétention  de  ses  mois  ou  autre 
disposition  , et  que  par  ce  moyen  son 
ouuerture  lui  fust  trouuéeplus  gran- 
de, seroit-elle  pour  cela  moins  pu- 
celle?  nenny  : parce  qu’il  11’y  aura 
différence  entre  y auoir  mis  vn  pes- 
saire , ou  le  doigt,  ou  autre  chose  de 
la  grosseur  de  la  verge  virile,  qui 
puisse  remarquer  ces  différences  : 
parquoy  il  me  semble  qu’on  ne  peut 
à la  vérité  iuger  du  pucelage  d'vne 
fille. 

D’auantage  les  matrones  ny  Chi- 
rurgiens ne  peuuent  iuger  vne  fille 
n’ estre  pucelle , à laquelle  on  trou- 
uera  auoir  du  laict  aux  mammelles  : 
Car  Hippocrates  dit  qu’vne  femelle 
sans  estre  grosse  , ou  auoir  enfanté , 

veyran  et  legiran  , que  lou  iour  de  hue y , nous 
lien  transporladas  en  la  maison  de  ladite 
d' Aslorguin,  et  fauen  trouuado  calcado  sur 
vn  liech,  et  apres  auer  fach  allucar  très  can- 
clelas  de  cero  , l’auen  regardado  en  tous  yols, 
palpado  et  tocado  en  lous  digts.  Auen  trouât 
que  l’os  Bertrand  ésromputel  fendul,la  donno 
del  miech  es  reuirado  , lous  1res  pels  deuiadés, 
lou  quinqueral  tout  esquinsat , lous  intrans  et 
pindourlets  tous  escoussendus  , lous  bons  dais 
coustals  pin  maserals  , lous  pels  de  dessus  tous 
recoquillats.  Per  so  disen,  que  ladite  Margua- 
rite,  per  y auer  estatpassal  lou  bout  del  mescle, 
es  ben  deflorade  et  desuerginade.  A lal  disen 
et  attestai. 

On  voit  combien  le  langage  vulgaire  était 
riche  à celteépoque,  et  je  doute  que  la  lan- 
gue française  de  nos  jours  pût  traduire  exac- 
tement ces  Rapports  sans  recourir  aux  ter- 
mes scientifiques.  Mais  je  l’avoue , malgré 
le  secours  de  Joubert,  malgré  les  glossaires 
de  Rabelais  et  autres,  je  n’ai  pas  même  pu 
comprendre  en  son  entier  le  rapport  fran- 
çais. J’ai  donné  ici  ces  trois  pièces  comme 
specimen  de  la  médecine  légale  de  l’époque, 
et  pour  qu’on  puisse  mieux  juger  le  point  de 
départ  où  Paré  la  trouva. 


668  LE  VINGT-SEPTIEME  LIVRE 


peut  auoir  du  laict,  si  sa  purgation 
naturelle  est  empeschée  *.  Sur  le  com- 
mentaire de  cest  Aphorisme , Galien 
dit,  pource  que  les  glandules  des 
mammelles  estans  exangues,  conuer- 
tissent  le  sang  menstruel  qui  y re- 
gorge en  humeur  semblable  à elles 
en  couleur,  par  leur  vertu  laclifiante. 
Semblablement  Aristotedit 2 que  l’on 
voit  à quelques  hommes  du  laict  aux 
mammelles,  qu’on  peut  succer  et  es- 
pandre. 

Cardan  dit  auoir  veu  à Venise  3 vn 
nommé  Anthoine  Busse , aagé  de 
trente  ans,  lequel  auoit  du  laict  en 
ses  mammelles  assez  suffisamment 
pour  nourrir  vn  enfant , et  ne  couloit 
pas  seulement , mais  le  faisoit  rayer  , 
ainsi  que  fait  vne  nourrice  de  ses 
mammelles.  Ces  choses  considérées  , 
il  me  semble  qu’on  ne  peut  véritable- 
ment iuger  du  pucelage  d’vne  fille  : 
partant  les  Magistrats  y doiuent  bien 
aduiser , et  plus  encore  les  Médecins 
et  Chirurgiens  à ce  députés  : dont  s'il 
' y a faute  , le  tout  en  est  plus  sur  eux 
qui  en  ont  mal  rapporté,  qu’aux  luges 
qui  en  donnent  sentence. 

Rapport  de  l’ impuissance  , tant  de l’Iiomme  que 
de  la  femme 4. 

Soutient  il  se  fait  des  procès  pour 

1 Aph.  39.,  lia.  5.  — A.  P. 

2 Lia.  4 , histoire  des  AnimaHX,  chap.  20. 
— A.  P. 

2 Lia.  12,  de  Sublililale.  — A.  P. 

4 Cet  article  se  lit  pour  la  première  fois 
dans  l’édition  posthume  de  1598  ; il  y a ce- 
pendant quelque  probabilité  qu’il  avait  été 
écrit  bien  auparavant.  J’ai  noté  à la  fin  du 
chap.  45  du  livre  de  la  génération  , tome  II , 
page  739,  qu’en  1579  Paré  avait  annoncé  à 
la  table  un  chapitre  sur  ce  sujet  qu’on  ne 
trouve  pas  dans  le  texte.  Il  me  parait  assez 
vraisemblable  qu’il  s’agissait  de  l’article  ac- 
tuel , que  Paré  n’osa  publier  de  son  vivant , 
peut-être  de  peur  d’indisposer  les  magistrats. 


séparer  les  mariages,  parce  que  la 
femme  tient  que  son  mary  est  impuis- 
sant, ne  faisant  pas  la  besongne  de 
la  maison  : l'homme  dit  qu’il  ne  tient 
à luy , et  que  sa  femme  n’est  pas  as- 
sez percée,  en  sorte  qu’il  ne  peut  en- 
trer au  cabinet  priué,  et  partant  le 
defaut  ne  procédé  pas  de  son  impuis- 
sance. 

Là  dessus  les  luges  ordonnent  vi- 
sitation eslre  faite  tant  de  l’vne  que 
de  l’autre  des  parties,  par  Médecins, 
Chirurgiens,  Matrones,  Preslres  de 
l’Officialité.  Après  auoir  veu  et  dili- 
gemment visité  leurs  parties  dediées 
à génération  , et  si  on  leur  trouue  dé- 
fectuosité en  leurs  dimensions  : à sça- 
uoîr,  en  largeur,  longueur,  gros- 
seur , prol’ondité  et  situation  : et  si  on 
trouue  lesdites  parties  en  leur  inté- 
grité, le  rapport  en  sera  fait  à mes- 
sieurs de  la  lustice,  lesquels  pour 
estre  mieux  asseurés , ordonnent  de 
rechef  que  lesdils  mariés  coucheront 
ensemble  en  la  presence  desdils  Mé- 
decins et  autres  cy  dessus  nommés, 
pour  scauoir  s’ils  pourront  accomplir 
le  ieu  de  Venus. 

Or  il  me  semble  que  telle  espreuue 
n’est  bien  asseurée , et  que  ledit  ieu 
ne  se  peut  pas  accomplir  en  la  pre- 
sence de  tant  de  gens  que  l’on  craint, 
et  aucc  vne  femme  que  l’on  n’aime 
point.  Ioint  que  telle  action  ne  dé- 
pend ny  de  nostre  esprit,  ny  de  nostre 
corps , ny  de  volonté  : de  sorte  que 
les  parties  destinées  à telle  action 
n’obeïsscnt  à nostre  volonté  comme 
les  autres  membres.  Car  quelque  as- 
seu rance  que  tout  homme  se  puisse 
promettre,  si  confessera-il  qu’il  n’est 
en  sa  puissance  de  se  faire  paroistre 
capable  du  mariage  en  la  presence  de 
tant  de  compagnie,  et,  comme  i’ay 
dit,  auec  vne  femme  que  l’on  n’aime 
point,  pour  le  different  qu’ils  ont  en- 


DES  RAPPORTS. 


semble  : veu  pareillement  que  telles 
actions  requièrent  d'elles mesmesvne 
asseurance  et  vn  secret,  et  vne  ami- 
tié entre  l’homme  et  la  femme.  Par- 
quoy  cela  dépend  de  la  conscience  de 
la  femme  plustost  que  de  la  proba- 
tion du  congrès,  pour  les  raisons  allé- 
guées* 

Exemple  d'vn  rapport d'vn  lepreux  confirmé  K 

Nous  Chirurgiens  iurés  à Paris,  par 
l’ordonnance  de  Monsieur  le  Procu- 
reur du  Roy  de  Chastelet,  donnée  le 
vingt  huitième iour  d’Aoustmil  cinq 
cens  quatre  vingts  et  trois,  par  la- 
quelle auons  esté  nommés  pour  faire 
rapport,  sçatioir  si  G.  P.  est  lepreux  : 
parlant  l’avons  examiné  comme  s’en- 
suit. Premièrement  auons  trouué  la 
couleur  de  son  visage  couperosée, 
blaffarde  et  liuide  , et  pleine  de  sa- 
phirs : aussi  auons  tiré  et  arraché  de 
ses  clieueux , et  du  poil  de  sa  barbe 
et  sourcils,  et  auons  veu  qu'à  la  ra- 
cine du  poil  estoit  attachée  quelque 
petite  portion  de  chair.  Es  sourcils  et 
derrière  les  oreilles  auons  trouué  des 
petites  tubercules  glanduleuses  : le 
front  ridé,  son  regard  ûxe  et  immo- 
bile , ses  yeux  rouges,  estincelans,  les 
narines  larges  par  dehors  et  estroit- 
tes  par  dedans , quasi  bouchées  auec 
petites  vlceres  crousteuses:  la  langue 
enflée  et  noire,  et  au  dessus  et  au 
dessous  auons  trouué  petits  grains, 
comme  on  voit  aux  pourceaux  la- 

1 Ce  rapport  et  celui  qui  vient  ensuite 
sont  des  additions  de  1585. 


669 

dres  : les  genciues  corrodées,  et  les 
dents  descharnées,  et  son  haleine  fort 
puante,  ayant  la  voix  cnroüée,  par- 
lant du  nez.  Aussi  l’auons  veu  nud  , 
et  auons  trouué  tout  son  cuir  crespy 
et  inégal,  comme  celui  d’vnc  oye 
maigre  plumée  , et  en  certains  lieux 
plusieurs  dartres.  D’auantage  nous 
l’auons  piqué  assez  profondément 
d’vne  aiguille  au  tendon  du  talon  , 
sans  l'auoir  à peine  senti.  Par  ces  si- 
gnes tant  vniuoques  qu’equiuoques, 
disons  que  ledit  G.  P.  est  ladre  con- 
firmé. Parquoy  sera  bon  qu'il  soit 
séparé  de  la  compagnie  des  sains, 
d’autant  que  ce  mal  est  contagieux. 
Le  tout  certifions  estre  vray,  tes- 
moings  nos  seings  manuels  cy  mis  le 
sixième  May  mil  cinq  cens  quatre 
vingts  et  trois. 

Autre  rapport  d’vn  souspçonné  lepreux. 

Nous  sous-signés  Chirurgiens  iurés 
à Paris,  par  le  commandement  de  nos 
seigneurs  de  la  Cour  de  Parlement, 
certifions  auoir  veu  et  visité  diligem- 
ment, par  toutes  les  parties  du  corps 
maistre  Iacques,  etc.,  pour  faire  rap- 
port sur  la  disposition  et  santé  de  son 
corps  : sçauoir  principalement  s’il  y a 
en  luy  aucun  souspçon , signe  tant 
vniuoque  que  equiuoque,  de  la  mala- 
die appellée  vulgairement  ladrerie  : 
lequel  auons  trouué  en  couleur  de 
tout  le  corps,  grosseur,  charactere  , 
et  actions,  pur  et  net  de  ladite  mala- 
die. Fait  sous  nos  seings,  le  vingt  qua- 
trième A oust  mil  cinq  cens  octante 
trois. 


DE  LA  FAÇON  D’EMBAVMER  LES  CORPS  MORTS. 


l’ay  bien  voulu  adiouster  à cest 
OEuure  ce  petit  enseignement  d’em- 
baumer les  corps  morts , pour  le  ieune 
Chirurgien , à fin  qu’il  fust  accompli 
de  tout  ce  qui  est  à faire  enuiron  le 
corps  humain,  tant  vif  que  mort1. 
Car  bien  à peine  s’est-il  trouué  nation, 
tant  barbare  fust  elle,  qui  n’ait  eu 
soin  d’embaumer  les  corps,  non  pas 
mesme  les  Scythes,  qui  semblent  en 
barbarie  auoir  surpassé  le  reste  des 
hommes.  Car  iceux,  comme  raconte 
Hérodote  lim  e quatrième  de  son  His- 
toire, n’enterrent  point  le  corps  de 
leur  Roy , que  premièrement  ils  ne 
l’ayenl  mis  en  cire,  après  auoir  curé 
le  ventre  et  nettoyé,  puis  rempli  de 
cyprès  concassé,  d’encens,  de  graine 
de  persil,  et  d’anis,  et  en  après  re- 
cousu. De  cesle  mesme  chose  les 
Ethiopiens  se  sont  monstrés  curieux, 
faisans  leurs  sépultures  de  verre  en 
cesle  sorte  : apres  qu’ils  auoient 
vidé  et  descharné  les  corps  de  leurs 
amis  defuncls  , ils  les  accouslroient 
et  liçoient  de  piastre,  sur  lequel  ils 
ieltoient  après  vne  peinture  qui  ap- 
prochoit  le  vif  tant  qu’il  leur  esloit 
possible.  Et  ce  fait , ils  enfermoient 
le  corps  ainsi  peint  et  plastré  dans 
vne  colonne  de  verre  creux  :1e  corps 

1 Tout  ce  qu’on  va  lire  jusqu’au  paragra- 
phe, (Jr  pour  embaumer,  etc.,  a été  depuis 
répété  à satiété  par  Paré  dans  son  Discours 
de  la  Murnic  et  dans  la  Préface  de  ce  Dis- 
cours, voyez  ci-devant  pag.  470  et  470;  mais 
du  moins  en  retrouvons-nous  ici  la  première 
origine  en  1 675. 


ainsi  enchâssé  paroissoit  au  trauersle 
verre,  sans  rendre  mauuaise  odeur,  et 
sans  desagreer  aucunement,  encores 
qu’on  n’y  conneust  qu’vne  peinture 
morte.  Les  plus  proches  païens  le 
gardoient  chez  eux  l’espace  d’vn  an, 
en  luy  faisant  offrandes  et  sacrifices, 
et  au  bout  de  l’an  le  transportent 
et  alloient  planter  és  enuirons  delà 
ville  , comme  escrit  Hérodote  liure 
troisième. 

Mais  ce  soin  et  curiosité  est  entré 
plus  auant  dans  le  cœur  des  Egyp- 
tiens, que  d’aucune  autre  nation*. 
Dont  ils  ont  mérité  grande  louange, 
s’estant  montrés  tant  affectionnés  à la 
mémoire  de  leurs  peres,  que  pour 
la  conserua tion  d’icelle  ils  estoient 
coustumiers  d’embaumer  les  corps 
entiers  ù’iceux  en  vaisseaux  de  verre, 
diaphanes  et  transparans,  et  les  met- 
tre en  lieu  le  plus  honnorableet  emi- 
nent  de  leurs  maisons,  pour  en  auoir 
la  mémoire  tousiours  représentée  do- 
uant les  yeux,  et  leurseruir  d’aiguil- 
lon et  s'.imule  domestique,  pour  en- 
suiure  et  imiter  les  bonnes  parties  et 
vertus  d’iceux,  à fin  de  ne  dégénérer 
etforligner  de  leur  naturel  et  bonne 
inclination.  Et  d’auantage  seruoient 
iceux  corps  ainsi  embaumés  de  sou- 
uerains  gages  et  asseurance  de  leur 
foy  : si  bien  que  s’il  esloit  aduenu 
qu’aucun  Egyptien  eust  affaire  de 
quelque  grosse  somme  d’argent,  il  ne 
failloit  point  de  la  trouucr  à emprun- 

1 Tout  le  reste  de  ce  paragraphe  a été 
ajouté  en  1579. 


DE  LA  FAÇON  ü’eMBAVMER  LES  COUPS  MORTS.  6^1 


ter  vers  ses  voisins  , sur  le  gage  d’vn 
corps  de  l’vn  de  ses  ayeulx  : se  tenans 
tous  asseurés  les  créditeurs  , que 
moyennant  tel  gage  le  debiteur  man- 
queroit  plustost  de  vie  que  de  foy , 
tant  ils  auoient  à cœur  de  retirer  tel 
gage.  Et  si  la  fortune  faisoit,  et  le 
malheur  fust  si  grand,  qu’aucun  s’ou- 
bliast  de  tant  en  ses  nécessités  que  de 
ne  vouloir  ou  sçauoir  trouuer  moyen 
de  retirer  son  gage,  il  tomboit  en  tel 
deshonneur  et  infamie,  qu’il  n’eust 
pas  esté  bon  à manger  aux  chiens,  et 
ne  se  fust  osé  monslrer  en  public  : car 
on  luy  faisoit  la  huée  , comme  l’on 
fa  t à vn  loup  ou  chien  enragé  , et  de 
liberté  tomboit  en  ignominieuse  ser 
uilude,  comme  ayant  desauoüé  et 
renoncé  sa  race  et  origine.  Ce  qui  est 
tesmoigné  par  Claude  Paradin  , en  la 
Préfacé  du  liure  qu’il  a fait  des  Al- 
liances généalogiques  des  Roys  et  Prin- 
ces de  Gaule. 

D’auantage  comme  escril  Hérodote, 
iceux  Egyptiens  reconnoissans  cesle 
vie  estre  de  peu  de  durée,  au  regard 
de  celle  que  nous  auons  à viure  après 
la  séparation  du  corps  d’auec  famé, 
estoient  fort  negligens  à baslir  mai- 
sons pour  eux  loger,  mais  au  reste  si 
magnifiques  à édifier  Pyramides,  des- 
quelles ils  se  vouloient  seruir  pour 
leurs  sépultures,  que  pour  le  basti- 
ment  d’vne  qui  fut  entreprise  par 
Cheopésl’vn  de  leurs  Roys,  trauail- 
loient  cent  mille  hommes  l’espace  de 
chacun  trois  mois  par  le  temps  de 
vingt  ans:  laquelle  auoit  de  profon- 
deur cinq  stades  , et  estant  de  forme 
quarrée,  auoit  en  chacun  front  huit 
cens  pieds  de  large,  et  autant  de  haut, 
estant  chacune  pierre  le  plus  ordinai- 
rement de  trente  pieds,  fort  bien  ou- 
urée , comme  raconte  Hérodote  li- 
ure 2.  Or  deuantqu’enfermerles  corps 
dans  ces  tant  superbes  sepulchres,  ils 


lesportoient  auec  pompe  magnifique 
vers  les  salleurs  et  embaumeurs , qui 
estoient  offices  bien  salariés  du  peu- 
ple. Ils  l’embaumoienl  de  drogues 
aromatiques,  puis  ils  cousoient  les 
incisions  et  refermoient  le  tout  : cela 
fait , ils  salloient  tres-bien  le  corps  , 
et  couuroient  le  salloir  iusques  à 
soixante  et  dix  iours  : lesquels  reuo- 
lus,  ils  retournoient  prendre  le  corps, 
lequel  laué  et  nettoyé,  le  lioient  de 
bandes  faites  d’vn  drap  de  soye, 
collées  auec  certaine  gomme  : alors 
les  païens  reprenoient  le  corps , et 
luy  faisoient  faire  vn  esluy  de  bois 
moullé  en  effigie  d’homme,  dans 
lequel  ils  l’estuyoient  : et  voila  com- 
ment ils  embaumoienl  les  riches.  De 
ceste  mesme  curiosité  nos  François  es- 
meus  et  incités,  font  pour  la  plus  part 
embaumer  les  corps  des  Roys  et 
grands  Seigneurs  : Ce  que  chreslien- 
nement,  comme  toute  autre  chose,  ils 
ont  euidemment  tiré  tant  du  nou- 
ueau  que  du  vieil  Testament,  et  fa- 
çon ancienne  de  faire  des  Iuifs  : car 
il  est  dit  au  nouueau  Testament  1 , 
queloseph  acheta  vn  linceul,  et  que 
Nicodeme  apporta  vne  mixtion  de 
myrrhe  et  d’aloés,  jusqu’au  poids  cn- 
uiron  de  cent  liures,  de  laquelle  auec 
autres  odeurs  aromatiques  ils  em- 
baumèrent et  enseuelirent  le  corps 
de  Iesvs  Ciiiust  (comme  la  couslume 
des  Iuifs  estoil  d’enseuelir  leurs  morts 
embaumés,  qui  estoil  signe  de  cesle 
incorruption  qu’ils  esperoient  en  la 
résurrection  des  Morts)  ce  que  mesme 
depuis  eux  voulurent  faire  les  Maries. 
Ce  qu’ils  auoient  appris  de  leurs  peres 
anciens  : car  Ioseph  au  vieil  Testament 
commanda  à ses  Médecins  d'embau- 
mer son  pere  2. 

1 S.  Iean,  20.  39.  — A.  P. 

9 Genes.  50.  2.  — A.  P. 


072  LE  VINGT-SEPTIEME  LIVRE  , 


Or  pour  bien  embaumer  vn  corps , 
premièrement  il  faut  vuider  tous  les 
entrailles  et  viscères  : reseruant  le 
cœur  parliculierement , à fin  de  l’em- 
baumer et  mettre  à part,  ainsi  qu’il 
sera  aduisé  par  les  amis  du  defunct  : 
il  faudra  pareillement  vuider  le  cer- 
ueau  , après  auoir  coupé  le  crâne , 
ainsi  qu’on  fait  és  dissections  et  ana- 
tomies. Ce  fait,  il  faut  faire  des  inci- 
sions profondes  et  longues  és  bras, 
dos,  fesses,  cuisses,  iambes,  et  princi- 
palement à l’endroit  des  grandes  vei- 
nes et  arteres,  à fin  d’en  faire  sortir  le 
sang  qui  se  corromproit , et  pareille- 
ment aussi  d’y  plonger  des  poudres  : 
cela  fait,  il  faut  exactement  lauer  tout 
le  corps  auec  vue  esponge  imbue  d’eau 
de  vie  et  fort  vinaigre,  dans  lequel 
auront  bouilli  absinthe,  aloé,  pom- 
mes de  coloquintes,  et  sel  commun  et 
alum:  en  après  faudra  remplir  lesdites 
incisions  et  toutes  les  ouuerlures,  et 
les  trois  ventres,  des  choses  qui  s’en- 
suiuent,  assez  grossement  puluerisées. 

if.  Pul.  rosat.  camomil.  melil.  balsami, 
menlhæ,  anclh.  saiuiæ,  lauand.  roris. 
maior.  thymi,  absinth.  cyperi , calam. 
aromat.  geni.  ireos  Flor.  assæ  odoratæ, 
caryophyl.  nue.  mosc.  cinaino.  slorac. 
calam. benioin,  myrrhæ,  aloës,  sandal. 
oflinium. 

En  après  les  incisions  seront  cou- 
sues : puis  faut  oindre  tout  le  corps 
de  terebenlhine  liquéfiée  auec  huile 
de  camomille  et  de  rose,  y adiouslant, 
si  bon  semble,  huiles  aromatiques, 
tirées  par  quinte-essence  : puis  au 
reste  sera  en  tout  saupoudré  auec 
portion  des  poudres  dessus  dites  : en 
fin  sera  enueloppé  d’vn  linceul,  et 
après  de  toile  cirée,  et  pour  fin  de 
tout  l’appareil , sera  mis  en  un  cer- 
cueil de  plomb  bien  ioinl  et  soudé, 
rempli  de  bonnes  herbes  aromatiques 


seiches.  Et  si  le  Chirurgien  estoit  en 
quelque  lieu  où  il  ne  peust  recouurir 
les  susdites  poudres,  comme  en  quel- 
que place  assiégée,  il  se  contentera 
des  suiuanles. 

if.  Calcis  ext.  cincr.  communis  aut  querc. 

Au  reste,  le  corps  estant  en  tout  et 
par  tout  laué  de  vinaigre,  ou  de  lexiue 
en  lieu  de  vinaigre,  telles  choses  con- 
serueront  le  corps  vne  bonne  espace 
de  temps,  pourueu  que  ne  soit  en 
temps  de  grande  chaleur . et  qu'il  ne 
soit  situé  en  lieu  chaud  et  humide  : ce 
quei’ay  fait  quelquesfois. 

Qui  est  cause  qu’à  présent  les  Roys, 
Princes,  et  grands  Seigneurs  n’eslans 
bien  embaumés,  et  vuidés,  et  laués 
d’eau  de  vie  et  de  vinaigre  , et  sau- 
poudrés de  choses  grandement  aro- 
matiques , neantmoins  tout  cela,  en 
cinq  ou  six  iours,  plus  ou  moins,  sen- 
tent si  mal  qu’on  ne  peut  endurer 
estre  au  lieu  où  ils  sont,  et  est-on  con- 
traint les  enfermer  en  plomb.  Cela 
aduienl  par  ce  qu’ils  ne  sont  longue- 
ment gardés  en  saumure  auec  les- 
dites choses  aromatiques,  comme  an- 
ciennement on  faisoit,  et  aussi  par  la 
grande  multitude  de  gens  qui  entrent 
pour  les  voir,  et  le  grand  nombre  de 
torches  et  luminaires  estans  iour  et 
nuit  : cela  eschaufle  si  fort  l’air,  que 
le  corps  n’ayant  esté  imbu  de  choses 
qui  gardent  la  pourriture,  cela  fait 
qu’en  peu  de  iours  se  corrompent  et 
pourrissent,  et  de  leur  pourrilures’es- 
leue  vne  vapeur  puante  et  cadaue- 
reuse , qui  offense  grandement  ceux 
qui  la  sentent  C 

Parquoy  ma  façon  de  bien  et  deuë- 
ment  embaumer  et  garder  les  corps 

1 Ce  paragraphe  a ôté  ajouté  en  1579;  en 
1575  le  suivant  commençait  tout  simple- 
ment : Or  ma  façon,  etc. 


DE  LA.  FAÇON  d’f.MBAVMER  LES  CORPS  MORTS.  6ÿ3 


morls  forl  long  temps,  c’esl  qn’aprés 
les  auoir  vuidés  comme  dessus,  il  1rs 
conuient  poser  en  vn  vaisseau  de  bois 
bien  ioint,  rempli  de  fort  vinaigre  au 
quel  on  aura  fait  boüillir  sel  et  herbes 
aromatiqueset  ameres,  comme  aluine, 
rue , aloës  , coloquinte  : puis  adious- 
ter  eau  de  vie  deux  ou  trois  quartes  , 
et  laisser  tremper  les  corps  en  ceste 
mislure  l’espace  de  vingt  iours  : après 
les  faut  mettre  debout,  et  les  laisser 
en  lieu  sec  et  non  humide.  Le  vinaigre 
garde  de  pourriture,  d’autant  qu’il 
est  froid  et  sec , qui  sont  deux  choses 
répugnantes  à putréfaction  : ce  que 
l’experience  monstre.  Car  en  iceluy 
on  garde  les  herbes , fleurs , fruits,  et 
autres  choses  sans  qu’elles  se  pour- 
rissent. le  proteste  auoir  vn  corps, 
lequel  me  fut  donné  par  le  Lieute- 
nant Criminel , après  auoir  esté  exé- 
cuté , il  y a 25.  ans  et  plus  *,  que  i’a- 
nalomisay,  et  leuay  presque  tous  les 
muscles  du  corps  de  la  partie  dextre 
( à fin  que  lors  queie  veux  faire  quel- 
que incision  , voyant  les  parties  de 
recente  mémoire,  que  ie  sois  plus  as- 
seuré  en  mes  œuures  ) la  partie  se- 
neslre  laissée  en  son  entier  : toutes- 
fois  à fin  de  le  mieux  conseruer,  ie  le 
piquay  d’vn  poinçon  en  plusieurs  en- 
droits, à fin  que  la  liqueur  penetrast 
au  profond  des  muscles  et  autres 
parties  : et  voit- on  encore  entiers  les 
poumons  , cœur , diaphragme  , esto- 

1 Cette  histoire  a été  également  rapportée  au 
livre  de  la  Mumie;  et  comme  je  n’en  sa- 
vais pas  la  première  origine,  j’avais  pré- 
sumé que  celle  préparation  avait  dû  être 
faite  vers  1557.  Comme  le  texte  auquel  cette 
note  se  rapporte  a paru  en  1575,  c’est  donc 
avant  1550  que  Paré  avait  préparé  son  ca- 
davre , et  probablement  à l’époque  où  il  dis- 
séquait avec  Thierry  de  Héry  pour  les  le- 
çons de  la  Faculté  de  médecine. 


mach  , râtelle , reins  , et  semblable- 
ment le  poil  de  ia  barbe  , de  la  teste, 
et  d’autres  parties , voire  les  ongles  , 
lesquels  i’ay  apperceus  euidemment 
croislre,  après  les  auoir  par  diuerses 
fois  rongnés  L 

Par  ces  miracles  en  la  nature  ( tels 
osé-ie  les  appeler,  puis  que  les  corps 
priués  de  leur  ame  et  substance  , qui 
est  le  sang , poussent  encor  leurs  ex- 
cremens,  à sçauoir  le  poil  et  les  on- 
gles) ayant  fini  mon  œuure,  i’ay  eu 
aussi  esgard  à l’ordre  tenu  en  la 
poursuite  d’iceluy  Car  ayant  déclaré 
ce  qui  estoit  necessaire  pour  la  con- 
serualion  de  ce  corps  estant  en  vie, 
et  pour  le  remettre  en  vigueur,  y 
ayant  quelque  alteration  : c’esloit 
bien  raison  aussi  que  la  fin  de  ce  Dis- 
cours fust  du  corps  mort  , et  des 
moyens  de  le  conseruer  en  son  en- 
tier sans  pourriture,  et  sans  y em- 
ployer des  frais  si  exorbitans  que 
faisoient  iadisles  Itoys  (par  trop  scru- 
puleux) d’Egypte,  qui  employoient 
toutes  les  drogues  aromatiques  que 
l’Orient  produit , pour  embaumer 
leurs  corps  : et  dressoient  des  basti- 

1 L’édition  de  1575  ajoutait  ici  : «La fi- 
gure duquel  l’est  encore  ceste  fois  représentée 
tant  du  deuant  que  du  derrière.  IJ  explication 
des  lettres  ont  esté  déclarées  ctj  deuant  en  L’A- 
natomie. » On  voyait  en  effet  à la  suite  une 
figure  intitulée  : Figure  d’vn  corps  analomisé 
et  embaumé  il  y a vingt-cinq  ans  et  plus,  sans 
sentir  aucune  feleur. 

C’était  un  sujet  debout,  couvert  de  la 
peau  du  côté  gauche,  les  muscles  disséqués 
du  côté  droit,  et  du  reste  la  même  figure 
qu’il  avait  employée  dans  son  analomicpour 
la  démonstration  des  muscles  ; ce  qui  fait 
douter  que  vraiment  ce  fût  là  le  dessin  de 
son  cadavre.  Au  reste  , cette  figure  fut  effa- 
cée en  1579,  et  le  livre  complété  par  le  long 
article  que  j’ai  reproduit. 


lit. 


43 


LE  VINGT-SEPTIÈME  LIVliE, 


674 

mens  admirables  pour  leur  seruir  de 
sépulture  *. 

Ayant  doncconduit  mon  œuure  ius- 
qu’à  la  fin  et  période,  et  en  iceluy 
(par  la  grâce  de  Dieu)  tout  ce  que 
i’ay  pu  ramasser,  tant  des  anciens  qui 
ont  sceu  vrayemenl  la  chirurgie,  que 
des  médecins,  hommes  expérimentés, 
et  de  ce  que  moy-mesme  en  ay  pra- 
tiqué : ie  pricray  tout  lecteur  bening, 
candide  et  de  bon  naturel,  de  s'arres- 
ter  plus  à ma  bonne  intention  que 
aux  fautes  qu’il  pourrait  trouuer  en 
mon  liure.  Car  estant  homme,  comme 
ie  suis,  il  est  aussi  impossible  que  ie 
ne  sois  suiel  â faillir,  n’y  ayant  rien 
de  parfait  parmy  l’imperfection  des 
choses  de  cesle  masse  terrestre.  Et  ie 
proteste  que  ie  n’ay  rien  fait,  ny  pour 
desplaire,  ny  pour  paroislre  plus  ha- 

1 Là  se  termine  le  livre  dans  l’édition  de 
1585etdans  toutes  cellesquionlsuividcpuis. 
Mais  en  1579,  Paré  complétait  son  oeuvre 
par  une  sorte  d’épilogue  , où  il  se  montiait 
tout  entier,  modeste,  mais  confiant  en  sa 
force,  amoureux  de  la  gloire,  non  seulement 
pour  lui-même  , mais  pour  son  pays  ; animé 
suriout  du  désir  d’être  utile,  et  rendant  à 
Dieu  un  pieux  hommage  des  talents  qu’il  en 
avait  reçus.  La  traduction  latine  faite  sur 
cette  édition  de  1579  n’avait  gardé  de  ce 
morceau  que  les  lignes  suivantes,  où  l'on  ne 
reconnaît  pas  même  la  pensée  de  Paré. 

Ai  que  irnmensi  hujus  noslri  laboris  hœc 
mêla,  litre  per  Dei  graliarn  sit  requies,  cui  soli 
oplimo  maximo,  immorUili,  et  inuisibili  honor 
et  glorin  in  sœcula  sœculorum.  Amen. 

Pourquoi  cet  épilogue  fut-il  retranché 
en  1585?  Probablement  parce  que  la  Collec- 
tion ne  finissait  plus  en  cet  endroit , se 
trouvant  alongée  et  complétée  par  la  grande 
Apologie.  Mais  comme  le  vrai  Canon  scienti- 
fique de  notre  auteur  se  termine  avec  le  livre 
des  Happons  , je  n’ai  pas  \oulu  dérober  au 
texte  un  des  morceaux  les  plus  remarqua- 
bles de  pens  e et  de  style  qui  soient  sortis 
de  la  plume  d’A.  Pajé. 


hile  que  les  autres  : seulement  à fin 
que  la  connoissance  des  choses  que 
Dieu  m’a  donnée  ne  demourast  en- 
seuelie,  et  que  ce  tbresor  peust  profi- 
ter et  à ceux  qui  ores  viuent  et  à la 
postérité:  croyant  que  si  i’eusse  leu  et 
supprimé  cecy,  mon  nom  eust  plus 
mérité  de  blasme  que  de  los  1 , puis- 
que i’eusse  enuié  le  salut  à nos  ne- 
ueux  , et  dénié  aux  suruiuans  ce  de 
quoy  l’experience  m’a  fait  largesse. 
D’autant  que  nous  ne  sommes  nés 
pour  nous  seuls,  ains  pour  profiter 
aux  autres,  et  que  la  raison  veut 
qu’on  connoisse  à Fauenir  que  nous 
auons  esté  quelquesfois,  en  laissant  à 
la  postérité  vne  viue  mémoire  denos- 
1 re  cslre  et  de  nostre  diligence.  Au  sur- 
plus, si  i’ay  fait  quelque  faute , ou  dit 
des  choses  mal  séantes  ou  desplaisan- 
tes ( comme  il  est  impossible  de  com- 
plaire à chacun  } on  me  fera  vn  singu- 
lier bien,  plaisir  et  faueurde  marquer 
le  lieu  de  ma  faute,  et  m’en  informer 
chrestiennement,et  sans  vserd’inuec- 
liues  et  parolles  médisantes , et  m’ai- 
derdes  raisons  qui  seront  à leur  cen- 
sure : d’autant  que  tout  vieil  que  ie 
suis  , encor  veux-ie  imiter  Socrate  et 
les  autres  anciens  philosophes , et  ap- 
prendre l’amour,  quoique i’aye  (com- 
me l’on  dit)  vn  pied  dedans  la  fosse.  Et 
ie  proteste  à foy  d’homme  de  bien  de 
leur  en  sçauoir  bon  gré , leur  en  ren- 
dre grâces,  et  de  corriger  ma  faute, 
si  auec  raison  ils  me  monstrent  que 
ie  ne  la  puisse  defendre  , sans  que  ie 
m’opiniastre  ni  aheurte  en  mes  seuls 
aduis  , ou  que  ie  sois  vn  présomp- 
tueux louangeur  de  ce  que  i’entens 
ou  de  ce  que  ie  sçay  faire.  A tant  ie 
mellray  fin  , suppliant  Dieu  qu’il 
luy  plaise  adoucir  le  cœur  de  ceux 
qui  me  portent  haine  , et  les  réduire 


1 Que.  de  las,  que  de  louange. 


DE  LA  FAÇON  d’eMBA.VMER  LES  CORPS  MORTS. 


675 


à faire  comme  moy  , et  à publier  ce 
qu’ils  sçauent  à la  gloire  de  sa  diuine 
Maiesté,  et  profit  des  François  et  hon- 
neur de  la  France  : laquelle  sera  de 
tant  plus  illustrée  parmy  les  nations 
eslranges  qu’il  y aura  de  sçauans  es- 
criuains  nés , nourris,  et  instruits  en 
icelle , et  que  les  estrangers  auront 


de  moyen  de  puiser  lesçauoir  et  l’ex- 
perience  és  escoles  et  Vniuersités  de 
ce  royaume.  Prie  aussi  ceste  diuine 
bonté  qu’il  luy  plaise  dresser  nos  ac- 
tions selon  sa  sainte  volonté  , et  me 
faire  la  grâce  qu’elle  ait  mon  seruice 
pour  agréable. 


APOLOGIE,  ET  TRAITE 

CONTENANT 

LES  VOYAGES  FAITS  EN  DIVERS  LIEVX  1 , 

PAR  AMBROISE  PARÉ , DE  LAVAL , 

CONSEILLER  ET  PREMIER  CHIRVRGIEN  DV  ROY. 


Véritablement  ie  n’eusse  mis  la 
main  à la  plume  pour  escrire  de  telle 
maniéré  , n’eusl  esté  que  quelqu’vn 
m’a  taxé  et  iniurié impudemment,  et 
mesprisé  par  haine  et  affection  parti- 
culière plus  que  de  bon  zele  qu’il 
deuoit  auoir  au  public , de  ma  ma- 
niéré de  lier  les  veines  ei  arteres,  es- 
criuant  ce  qui  s’ensuit  : 

1 Voici,  comme  il  a été  dit  dans  mon  In- 
Iroduction,  le  dernier  opuscule  publié  par 
Paré  de  son  vivant.  Il  parut  dans  la  qua- 
trième édition  des  œuvres  complètes,  en  1 585; 
et  la  date  de  quelques  observations  qu’on 
trouvera  rapportées  plus  bas  ( pages  G81  et 
suiv.  ) fait  voir  qu’il  n’a  pu  être  écrit  avant 
l’année  15S4.  Le  livre  de  Gourmelcn, auquel 
Paré  répond , avait  paru  en  15S0  sous  ce  ti- 
tre , qui  en  explique  assez  l'esprit  : Siephatii 
Gourmeleni  Curiosolilce  Parisiensis  medici 
Ch  irurgicæ  artis , ex  Hippocralis  et  aliorum 
velerum  Medicorum  decretis,  ad  ralionis  nor- 
mum  redaciæ  Libri  III.  C’élait  l’adoration 
des  doctrines  hippocratiques  et  galéniques 
poussée  jusqu’à  l’absurde;  c’était  le  mauvais 
côtéde  l’école  représentée  parParé.et  l’écueil 
où  elle  devait  périr.  Aussi  Paré , qui,  comme 


Malè  igitur  et  nimium  arroganter, 
inconsultus  et  temcrarius  quidam,  va- 
surum  vstionem  post  cmorlui  membri 
reseetionem,  à vetcribus  imnibus  pluri- 
mùm  comwendatam , et  scmpcr  proba- 
tam,  damnare  ausus  est  : nouum  quem- 
dam  deligandi  vasa  modum  , contra 
veteres  omnes  medicos  sine  ralione,  sine 
experientia  et  iudicio , docere  cupiens, 

tous  les  hommes  vraiment  éminents,  tout 
en  résumant  en  lui  l’esprit  philosophique  de 
son  époque,  le  sentait  trop  étroit  pour  son 
génie,  et  pressentait  l’époque  a venir,  Paré 
se  roiditcontre cette  servilité  aveugle  ; après 
avoir  vengé  sa  propredoctrine,  ilattaquecer- 
taines  des  doctrines  anciennes  reproduites 
par  son  adversaire  ; il  critique,  il  condamne 
ces  puissantes  autorités,  Paul  d’Egine,  Celse, 
etjusqu’à  Hippocrate inême;il  donne  enfin 
aux  chirurgiens  du  xvie  siècle  l’exemple 
d’une  critique  aussi  large  et  aussi  hardie  que 
l’époque  pouvait  peut-être  la  comporter.  J’ai 
dit  dans  mon  Introduction  que  sans  doute 
Paré  avait  eu  communication  de  la  traduc- 
tion de  Courtin.  11  paraît  d’après  une  indi- 
cation de  Du  Verdier,  rapportée  par  Haller, 
que  cette  traduction  avait  paru  la  même 


\ 


APOLOGIE  ET  VOYAGES. 


C77 


nec  animaduertit  maiora  multù  peri- 
cula  exipsa  noua  vasorum  dcligalione 
( quam  acu  partem  sanam  profundè 
transfigendo  administrari  vult  ) im- 
minere,  quam  exipsarstione  : Nam  si 
acu  neruosam  aliquam  partem,  tel  ner- 
uum  ipsum  pupugerit , dum  ita  nouo  et 
inusitato  modo  renam  absurde  conatur 
constringere  , noua  inflammatio  neces- 
sario  consequetur,  à qua  conuulsio,  et 
à commision e cita  mors.  Quorum  symp- 
tomatum  mctuGalenus  non  ante  trans- 
uersa  ruinera  suere  audebat(quod  tamen 
minus  erat periculosum)  quàm  muscu- 
lorum&ncvc\ipdtjeL(denudasset.Addequod 
forcipes  , quibus  post  sectioncm  iterum 
carnem  dilacerat , cùm  rétracta  versus 
origincm  rasa  se  pcsse  extrahere  som- 
niat , non  minorem  afférant  dolorem , 
quàm  ignita  ferramenta  admota.  Quod 
si  quis  nouum  hune  laniatum  exper- 
tus  incolumis  euaserit , is  Dco  oplimo 
ma.timo,  cuius  benefteentia,  crudelitate 
ista  et  carnificina  liberatus  est , maxi- 
mas  gratias  et  habere , et  semper  agere 
débet  ‘. 

Qui  est  à dire  : 

« Mal  doneques  et  trop  arrogam- 
ment , indiscrettement , et  temerai- 

année  que  l’ouvrage  même  , c’est-à-dire  en 
1580  ; et  on  verra  que  Paré  la  cite  lui-même, 
à la  page  08G,  sous  le  litre  que  Coin  tin  lui 
avait  donnée,  le  Guide  des  Chirurgiens. 

I)u  reste  , celte  Apologie  comprend  deux 
parties  bien  distinctes,  la  polémique  et  les 
voyages.  Paré  n’ayant  pu  en  revoir  une 
seconde  édition  , nous  y trouverons  peu  de 
variantes;  par  la  nature  même  du  sujet,  cet 
opuscule  se  refusait  à des  annotations  bien 
nombreuses;  et  la  plupart  des  notes  qui  s’y 
rattachent  appartiennent  à Paré  lui-même. 

1 Ce  texte  est  copié  de  l’ouvrage  de  Gour- 
mclen  , page  124  ci  suivantes.  J’ai  seule- 
ment rétabli  deux  ou  trois  mots  omis  sans 
doute  par  oubli , car  ils  n’ajoutent  ni  ne  re- 
tranchent rien  au  sens. 


rement , vn  certain  personnage  a 
voulu  condamner  et  blasmer  la  brus- 
lure  des  vaisseaux  après  l’amputa- 
tion d’vn  membre  corrompu  et  pour- 
ri, fort  loiiée  et  recommandée  des 
anciens  , et  tousiours  approuuée  : 
nous  voulant  et  désirant  monstrer  et 
enseigner  sans  raison,  sans  jugement 
et  expérience,  vne  nouuelle  maniéré 
de  lier  les  vaisseaux  , contre  l’opinion 
de  tous  les  anciens  Médecins  : ne  s’es- 
tant pas  donné  de  garde  ny  aduisé  , 
qu’il  suruient  beaucoup  plus  grands 
périls  et  accidens  de  ceste  nouuelle 
façon  de  lier  les  vaisseaux  ( laquelle  il 
veut  eslre  faite  d’ vne  aiguille  perçant 
profondément  la  partie  saine  ) que  de 
la  bruslure  et  vstion  desdits  vais- 
seaux. Car  si  par  l’aiguille  on  pique 
quelque  partie  nerueuse,  voire  mesme 
le  nerf  , quand  il  veut  par  ce  moyen 
nouueau  et  inusité  , lourdement  con- 
traindre la  veine  en  la  liant , néces- 
sairement il  s’ensuiura  vne  nouuelle 
inflammation  , de  l’inflammation  la 
conuulsion,de  la  conuulsion  la  mort  : 
pour  crainte  desquels  accidens,  Ga- 
lien n’a  iamais  osé  coudre  les  playes 
transuersales  ( ce  que  toutesfois  estoit 
moins  dangereux  ) deuant  que  des- 
couurir  les  aponeu roses  des  muscles. 
Ioint  que  les  pincettes  auec  lesquelles, 
après  la  section,  de  rechef  il  deschire 
la  chair,  pendant  qu’il  pense  pouuoir 
tirer  dehors  les  vaisseaux  qui  se  sont 
retirés  vers  leur  origine,  n’apportent 
moins  de  douleur  que  les  fers  ardens. 
Et  si  quelqu’vn  ayant  expérimenté 
ceste  façon  nouuelle  de  cruauté , en  a 
esté  guari,  celuy-là  doit  rendre  grâces 
à Dieu  à tout  iamais,  par  la  bonté  du- 
quel il  est  reschappé  de  telle  cruauté, 
sentant  plus  son  bourreau  que  Chirur- 
gien méthodique  *.  » 


1 Cette  traduction  n’est  pas  de  Courtin, 


APOLOGIE 


678 


O quels  beaux  mots  ! pour  vu 
homme  ancien  qui  se  dit  sage , et 
Docteur.  Il  ne  se  souuient  pas  que  sa 
barbe  blanche  l’admoneste  de  ne  dire 
aucune  chose  indigne  de  son  aage,  et 
qu’il  doit  despouiller  et  chasser  hors 
de  soy  toute  enuie  et  rancuneconceuë 
contre  son  voisin. 

Or  maintenant  ie  luy  veux  prouuer 
par  authorilé,  raison  et  expérience , 
que  lesdites  veines  et  arteres  se  doi- 
uent  lier. 

lequel  a rendu  moins  fidèlement  le  texte, 
en  atténuant  quelque  peu  la  grossièreté  des 
expressions  de  Gourmelen.  Mais  il  est  vrai- 
ment remarquable  que  ni  Gourmelen  ni 
Courtin  n’aient  connu  au  juste  la  véritable 
méthode  de  Paré,  et  que  celui-ci  n’ait  pas 
relevé  dans  son  adversaire  ce  défaut  de  con- 
science et  de  bonne  foi.  On  peut  voir  en  effet 
aux  chapitres  22  à 24  du  livre  des  Contusions 
(t.  II,  p.  224  et  suiv.),  que  l’aiguille  n’était 
entre  les  mains  de  Paré  qu’une  ressource 
extrême,  et  même  qu’il  ne  l’employait 
pas  comme  l’indiquent  les  deux  docteurs 
régents  de  la  Faculté.  Mais  les  chirurgiens  de 
Paris  même,  qui  auraient  dû  me  pr ester  la 
main  , dit  le  bon  Paré , qui  auraient  dû  em- 
brasser avec  ardeur  cette  magnifique  décou- 
verte, les  chirurgiens  la  laissèrent  perdre  et 
mettre  en  oubli  ; et  voici  ce  que  ces  vaillants 
opérateurs  lui  avaient  substitué , sans  atten- 
dre pour  ainsi  dire  que  leur  maître  à tous 
eût  fermé  les  yeux. 

Dans  une  annotation  qui  suit  l’article  de 
Gourmelen  , Courtin  écrit  : 

« ...  La  question  est  plus  grande  de  la  fa- 
çon d’arrester  le  sang  à l’amputation  des 
membres.  L’aulheur  en  veut  à Maistre  Am- 
broise Paré, qui  a esté  inuenteur  de  la  liaison 
des  vaisseaux  faicte  par  vn  fil  double , et 
tors,  tiré  d’vne  aiguille  qu’on  met  et  fiche 
au-dessous  du  vaisseau  , et  va  d’outre  en  ou- 
tre, ou  d’vn  costé  à l’autre,  à fin  que  le  fil 
se  puisse  lier  des  deux  costez.  On  met  entre 
le  fil  et  la  peau  vn  peu  de  linge  , mais  la  dif- 
ficulté est  que  l’aiguille  peut  rencontrer 
quelque  nerf,  lequel  piqué  fera  les  accidens 
rapportez  par  l’Autheur  : à quoy  on  peut 


AUTHORITÉS. 

Quant  aux  authorités,ie  viendray  à 
celle  de  ce  grand  personnage  Hippo- 
crates, lequel  veut  et  commande  gua- 
rir  les  fistules  du  siégé  par  ligature, 
tant  pour  absumer  la  callosité,  que 
pour  euiler  l’hemorrhagie  *. 

Galien  en  sa  Méthode2,  parlant  du 
flux  de  sang  fait  par  cause  externe , 
duquel  voicy  les  paroles  : c’est  (dit-il) 
le  plus  seur  de  lier  la  racine  du  vais- 
seau, laquelle  i’entens  estre  celle  qui 
est  plus  prés  ou  du  foye , ou  du 
cœur. 

Auicenne  commande  de  lier  la  veine 
et  l’artere,  après  l’auoir  descouuerte 
vers  son  orig  ne  3. 

Guy  de  Cauliac  parlant  de  la  playe 
des  veines  et  arteres,  enioint  au  Chi- 
rurgien de  faire  la  ligature  du  vais- 
seau 4. 

Monsieur  Hollier  parlant  du  flux  de 
sang,  commande  expressément  de  lier 
les  vaisseaux  5.^ 

respondre  que  les  nerfs  sont  à demy  retirez, 
et  glissent  fort  aisément  sous  la  pointe  de 
l’aiguille  , bref  on  n’en  a point  veu  arriuer 
d’accidens,  depuis  que  ceste  practique  est 
en  vsage.  Il  est  vray  que  maintenant  on  a 
trouué  vn  autre  expédient,  de  ietler  delà 
poudre  de  bol  armene  dessus  les  vaisseanx 
et  toute  la  chair  de  la  partie  couppee,  puis 
auec  plumaceaux,  estouppes,  couuertes  en- 
cores  d’astringens,  auec  le  repos,  et  le  ré- 
gime , on  garantitle  malade  de  perte  de  sang 
et  de  l’application  rigoureuse  de  fer  chaud, 
ou  de  la  piqueure  dangereuse  des  nerfs.  » 

Voyez  le  Guide  des  Chirurgiens,  édition  de 
1619,  p.  162. 

1 Au  lin.  des  Fistules  du  siégé.  — A.  P. 

2 Au  chap.  Z.liu.  5.  — A.  P. 

3 Lia.  4.  fueil.  4.  tract.  2.  chap.  17. — A.  P. 

t Traité  3.  doct.  1.  chap.  3.  — A.  P. 

5 Au  liu.  3.  chap.  5.  de  sa  Matière  de  Chi- 
rurgie. — A.  P. 


ET  VOYAGES. 


Calmelbée  au  chap.  des  Playes  des 
veines  et  arteris,  traite  vn  tres-seur 
moyen  d’arrester  le  flux  de  sang  par 
ligature  du  vaisseau  '. 

Celse,  duquel  ledit  Médecin  a la  plus 
grand’  part  rapsodié  son  Liure,  re- 
commande expressément  de  lier  les 
vaisseaux  au  flux  de  sang  suruenant 
aux  playes,  comme  remede  Ires-facile 
et  plus seur 1 *  3. 

Vesalius  en  sa  Chirurgie,  veut  que 
l’on  lie  les  vaisseaux  au  flux  de 
sang 3. 

Iean  de  Vigo  traitant  de  l’hemor- 
rhagie  aux  playes  recenles,  com- 
mande de  lier  la  veine  et  l’artere  4. 

Tagaut  traitant  les  moyens  d’ar- 
rester vn  flux  de  sang,  commande  de 
pinser  la  veine  ou  l’artere  auec  vn 
bec  de  Corbin  ou  de  Perroquet,  puis 
la  lier  auec  vn  fil  assez  fort 5. 

Pierre  de  Argilata  de  Boulogne, 
discourant  du  flux  de  sang  et  de  la 
maniéré  de  l’arrester , donne  vn  qua- 
trième moyen  expressément,  qui  se 
fait  par  ligature  du  vaisseau  6. 

Ioannes  Andréas  à Cruce  Vénitien, 
fait  mention  d’vne  metbode  d’arrester 
le  flux  de  sang  par  ligature  du  vais- 
seau 7. 

D’Alechamp  commande  de  lier  les 
veines  et  arteres  8. 

Or  voila, mon  petit  bon  homme,  des 
authorités  qui  vous  commandent  lier 
les  vaisseaux.  Quant  aux  raisons,’ je 
les  veux  deballre. 

L’hemorrhagie  n’est  pas  tant  à 

1 Au  lin.  des  Playes,  chap.  12.  — A.  P. 

* Au  chap.  26.  du  5.  lin.  — A.  P. 

3 Au  chap.  4.  du  3.  lia.  — A.  P. 

* Au  liu.  1 . I raicl . 1.  chap,  2.  — A.  P. 

5 Au  chap.  12.  du  2.  lia.  — A.  P. 

* Au  traité  4.  chap.  11.  liu.  1.  — A.  P. 

7 Au  liv.  1.  secl.  1 . chap.  16.  p.  5.  — A.  P. 

8 Sur  le  88.  chap.  du  liu.  de  Paul , — A.  P. 


c79 

craindre  (dites  vous  ')  h la  section  de 
l’epiploon,  h celle  (les  varices,  et  in- 
cision des  arteres  temporales,  qu’a- 
pi'és  l’amputation  d’vn  membre.  Or 
vous  mesmes  commandez,  qu'en  cou- 
pant les  varices,  l’on  arreste  le  flux  de 
sang  par  ligature  du  vaisseau,  Le 
mesme  vous  commandes,  parlant  de 
la  suture  auec  l’amputation  etsection 
de  la  coëffe  altérée  de  l’air  ambient: 
voicy  vos  paroles3:  Après  cela,  il  faut 
aduiser  à la  coëffe,  car  s’il  y en  a quel- 
que partie  gastée , pourrie,  corrom- 
pue, ternie  et  noirastre  : premièrement 
l’ayant  liée„de  peur  du  flux  de  sang , 
et  le  reste.  Vous  ne  dites  pas  apres 
l’auoir  cautérisée:  mais  à dire  vray, 
vous  auiez  les  yeux  fermés  et  tous 
les  sens  hébétés,  lors  que  vous  auez 
voulu  mesdire  d’vne  si  seure  mé- 
thode, et  que  ce  n’est  que  par  ire  et 
mauuaise  volonté  : car  il  n’y  a rien 
qui  aye  plus  de  puissance  de  chasser 
la  raison  de  son  siégé  , que  la  cholere 
et  l’ire  : ioint  que,  comme  l’on  vient  à 
brusler  la  partie  amputée,  le  plussou- 
uent  quand  l’eschare  vient  à cheolï, 
il  suruient  vn  nouueau  flux  de  sang, 
comme  i’ay  apperceu  plusieurs  fois, 
n’ayant  encore  esté  inspiré  de  Dieu 
d’vn  si  seur  moyen,  lorsque  i’vsoisdu 
feu.  Que  si  vous  n’auez  Irouué  ou  en.- 
tendu  ceste  méthode  aux  liures  des 
anciens,  vous  ne  la  deuez  ainsi  fouler 
aux  pieds,  et  parler  sinistrement  d’vn 
qui  toute  sa  vie  a préféré  le  profit  du 
public  au  sien  particulier.  N’est-il 
pas  plus  que  raisonnable  de  se  fonder 
au  dire  d’Hippocrates,  de  l’authorité 
duquel  vous  vous  seruez  3,  qui  est 

i Au  hu.  2.  chap.  de  l’Angeologie,  ftteil. 
176.  — A.  P. 

s Au  liu.  1 . chap.  de  la  Suture.  — A.  P. 

5 Au  chap.  de  la  Breusleure , liu.  2.  fueil. 
266.  — A.  P. 


68o 


APOLOGIE 


telle  : que  ce  que  le  médicament  ne 
guarit  point , le  fer  le  fait,  et  ce  que  le 
fer  n'amende  point , le  feu  l’extermine. 
C’est  vne  chose  qui  ne  sent  point  son 
Chrestien,  de  brasier  tout  du  premier 
coup  sans  s’arrester  aux  plus  doux 
remedes,  comme  vous  mesmes  escri- 
uez  »,  parlant  des  conditions  requises 
au  Chirurgien  pour  bien  guarir,  le- 
quel passage  vous  empruntez  d’ail- 
leurs 1 2 : car  ce  qui  se  peut  faire  dou- 
cement sans  feu,  est  bien  plus  re- 
commandable qu’au trement.  N’est-ce 
pas  vne  chose  que  toute  l’Eschole 
lient  comme  vn  axiom^,  qu’il  faut 
tousiours  commencer  aux  plus  aisés 
remedes?  ets’ils  ne  sont  suffîsans,  l’on 
viendra  aux  extremes  suiuant  la 
doctrine  d’Hippocrates. Galien  recom- 
mande tant,  au  lieu  preallegué  3,  de 
traiter  les  malades  tost , seul  ement, 
et  auecle  moins  de  douleur  que  faire 
se  pourra. 

VENONS  MAINTENANT  A EA  RAISON. 

Or  est-il  qu’on  ne  sçauroil  appliquer 
les  fers  ardens  qu’auec  vne  extrême 
et  vehentenle  douleur,  en  vne  partie 
sensible,  exempte  de  gangrené,  qui 
seroit  cause  d’vneconuulsion,  heure, 
voire  souuent  la  mort.  Et  d’auantage 
seroient  après  les  panures  paliens 
long  temps  sansestre  guaris,  à raison 
que  par  l’action  du  feu  il  se  fait  es- 
chare qui  se  fait  delà  chair suiette, 
laquelle  estant  tombée,  il  faut  que 
Nature  régénéré  vne  autre  chair  nou- 
uelle  au  lieu  de  celle  qui  aura  esté 
bruslée,  ioint  que  l’os  demeure  nud 
et  descouuert,  et  parce  moyen  y reste 
le  plus  souuent  vn  vlcere  incurable. 

1 Au  liu.  1 . fueil.  5. 

2 Galien  , au  liu.  4.  de  la  Melhode  et  au  liu. 
de  Arte. — Hippocrates,  Aph . G.  liu.  1. — A.  P. 

3 Au  liu.  de  Arte  parua.  — A.  P. 


Encore  y a-il  vn  autre  accident  : 
c’est  que  souuent  l’eschare  tombée , 
la  chair  n’estant  bien  regenerée , le 
sang  en  sort  autant  ou  plus  qu’aupa- 
rauant  : et  quand  on  les  aura  liés,  la 
ligature  ne  tombera  que  première- 
ment la  chair  ne  les  aye  recouuerts. 
Ce  qui  est  prouué  par  Galien  ‘ , disant 
que  les  medicamens  escharotiques 
qui  engendrent  croustes.  toutesfoiset 
quantes  qu’ils  tombent , délaissent  la 
partie  plus  nue  que  sa  naturelle  ha- 
bitude ne  requiert.  Caria  génération 
de  crouste  prouient  des  parties  su- 
jettes, et  qui  sont  situées  à l’entour, 
demy  bruslées , par  maniéré  de  dire. 
Parquoy  d’autant  que  la  partie  est 
bruslée,  d’autant  perd-elle  sa  chaleur 
naturelle. 

Or,  dites  vous,  quand  il  est  necessaire 
d’v-er  de  medicamens  escharotiques , 
ou  de  ferremens  ardens , c'est  quand  le 
flux  de  sang  est  concile  par  érosion , ou 
quelque  gangrené  ou  putréfaction.  Or 
est-il  ainsi  qu’aux  playes  recenles  il 
n’y  a nulle  gangrené  ni  putréfaction  : 
Ergo,  les  cautères  n’y  doiuenl  eslre 
appliqués.  Et  lors  que  les  anciens 
ont  commandé  de  mettre  les  fers  ar- 
dens en  la  bouche  des  vaisseaux  , ce 
n’a  seulement  esté  pour  arrester  le 
sang,  mais  principalement  pour  cor- 
riger la  malignité  ou  pourriture  gan- 
greneuse qui  pourroit  gasler  les  par- 
ties voisines.  Et  faut  icy  noter  que  si 
i’eusse  conneu  tels  accidens  venir, 
qu’auez  déclaré  en  vostre  liure,  pour 
tirer  et  lier  les  vaisseaux , iamais  ie 
n’eusse  esté  trompé  deux  fois  , et 
n’eusse  voulu  laisser  à la  postérité 
par  mes  escrits  telle  maniéré  d’arres- 
ter  le  flux  de  sang  : mais  ie  l’ay  escrit 
après  l’auoir  veu  faire,  et  fait  plu- 
sieurs fois  auec  heureux  succès.  Voila 

1 Au  5.  de  la  Méthode.  — A.  P. 


ET  VOYAGES. 


ce  qui  peut  aduenir  devostre  conseil 
inconsidéré,  et  sans  examiner  et  s’ar- 
rester  sur  la  facilité  de  lier  lesdits 
vaisseaux.  Car  voicy  vostre  but  et 
proposition  : Lier  les  vaisseaux  après 
V amputation  est  vn  remede  nouueau , 
dites  vous  , donc  il  n'en  faut  vser: 
c'est  mal  argumenté  pour  vn  Doc- 
teur. 

Quant  à ce  qu’il  faut  ( dites  vous) 
vser  du  feu  après  les  amputations  des 
7nembres,  pour  consommer  et  tarir  la 
putréfaction  qui  est  commune  aux  gan- 
grenés et  mortifications  : cela  à la  vé- 
rité n’a  point  de  lieu , d’autant  que  la 
pratique  est  d’amputer  tonsiours  la 
partie  au  dessus  de  ce  qui  est  mortifié 
et  corrompu , comme  escrit  et  com- 
mande Celse  ‘,  de  faire  l’amputation 
sur  ce  qui  est  sain  , pluslost  que  de 
laisser  quelque  chose  du  corrompu, 
le  vous  demanderois  fort  volontiers , 
si  lors  qu’vne  veine  est  coupée  à Ira 
uers,  et  qu’elle  s’est  retirée  fort  auant 
v ers  son  principe,  vous  ne  feriez  point 
de  conscience  de  brusler  iusques  à 
ce  qu’eussiez  trouué  l’orifice  de  la 
veine  ou  artere  , et  s’il  n’est  pas  plus 
facile  auec  vn  seul  bec  de  Corbin  de 
pincer  et  tirer  le  vaisseau  et  le  lier? 
En  quoy  vous  monsjirez  apertement 
vostre  ignorance  2,  et  qu’auez  vostre 
ame  saisie  d'vne  grande  animosité  et 
cholere.  Nous  voyons  pratiquer  tous 
les  iours,  auec  heureux  succès,  ladite 
ligature  du  vaisseau  après  l’amputa- 
tion d’vne  partie  : ce  que  ie  veux 
maintenant  vérifier  par  expériences 
et  histoires  de  ceux  à qui  ladite  li- 
gature a esté  faite , et  personnes  vi- 
uantes. 

1 Au  liu.  5.  chap.  26.  et  au  lia.  7.  chap  33. 

— A.  P. 

* Au  cliap.  de  la  Coupeure  , liu.  2.  — A.  P. 


68 1 

EXPERIENCE. 

Histoire  notable.  — Operation  faite  par 
Charbonnel. 

Le  seizième  iour  de  Juin  mil  cinq 
cens  quatre  vingls  et  deux  , en  la 
presence  de  maistre  Iean  Liebauld, 
Docteur  en  la  faculté  de  Medecine 
de  Paris,  Claude  Viard,  Chirurgien 
iuré,  maistre  Mathurin  Huron,  Chi- 
rurgien de  monsieur  de  Souuray,  et 
moy,  Iean  Charbonnel , maistre  Bar- 
bier Chirurgien  à Paris,  bien  en- 
tendu à la  théorique  et  pratique  de 
Chirurgie,  a fort  dextrement  amputé 
la  iamhc  senestre  à vne  femme,  tra- 
uaillée  il  y auoil  plus  de  trois  ans 
d’vne  extrême  douleur,  à cause  d’vne 
grande  carie  qui  estoit  aux  os  astra- 
gal , cyboïde,  grand  et  petit  focile  , 
et  par  toutes  les  parties  nerueuses, 
d’où  elle  sentoit  des  douleurs  intolé- 
rables iour  et  nuit.  Elle  s’appelle 
Marie  d’Hostel,  aagée  de  vingthuit 
ans  ou  enuiron,  femme  de  Pierre 
Herué,  Escuyer  de  cuisine  de  ma- 
dame la  Duchesse  d’Vzés  , demeurant 
rue  des  Verbois,  par  delà  sainct  Mar- 
tin des  champs,  à l’enseigne  du  chef 
sainct  Iean  : à laquelle  leditCharbon- 
nel  coupa  ladite  ïambe  à quatre 
grands  doigts  au  dessous  du  genoüil: 
et  après  qu’il  cust  incisé  la  chair  et 
scié  l’os , il  pinça  auec  le  bec  de  cor- 
bin  la  veine,  puis  l’artere,  puis  les 
lia  : dont  ie  proteste  à Dieu  ( comme 
la  compagnie  qui  y estoit  le  pourra 
tesmoigner  ) qu’en  toute  l’operation 
qui  fut  soudainement  faite , il  n’y  eut 
pas  vne  pallette  de  sang  perdue:  et 
eommanday  audit  Charbonnel  d’en 
laisser  couler  d’auantage,  suiuant 
le  precepte  d’Hippocrates,  qu’il  est 
bon  en  toute  playe  et  vlcere,  mesme 
inueterée,de  laisser  fluer  le  sang1  : 


1 En  la  sent.  7.  du  liu.  des  Vlceres. — A.  P. 


APOLOGIE 


682 

par  ce  moyen  la  partie  est  moins  su- 
jette à inflammation.  Ledit  Charbon- 
nel  continua  de  la  traiter  et  médica- 
menter , laquelle  a esté  guarie  en 
deux  mois , sans  que  iamais  il  soit 
suruenu  aucune  hémorrhagie  ou  flux 
de  sang,  ny  autre  mauuais  accident: 
et  vous  est  allée  voir  en  vostre  logis, 
estant  toute  guarie. 

Autre  histoire. — Operation  faite  par  Kiard. 

Autre  histoire  de  recente  mémoire, 
d’vn  chantre deNostre  Dame,  nommé 
monsieur  Poulain  , qui  se  rompit  les 
deux  os  de  la  ianibe , qui  estoienl  bri- 
sés en  plusieurs  esclats,  de  façon 
qu’il  n’y  auoit  nulle  esperance  de  le 
guarir.  Pour  obuier  à la  gangrené  et 
mortification  , et  par  conséquent  à la 
mort , monsieur  Helin  , Docteur  Re- 
gent  en  la  faculté  de  Medecine, 
homme  d’honneur  et  de  bon  sçauoir, 
Claude  Viard  et  Simon  Pietre,  Chi- 
rurgiens iurés  à Paris,  hommes  bien 
exercés  en  Chirurgie,  et  Balthasar 
de  Lestre  et  Leonard  de  Leschena! , 
maistres  Barbiers  Chirurgiens,  aussi 
bien  expérimentés  és  operations  de 
Chirurgie,  fusmes  tous  d’auis,  pour 
obuier  aux  aecidenspredils,  luy  faire 
entière  amputation  de  la  iambe,  vn 
peu  au  dessus  des  os  rompus  et  es- 
clattés , et  des  nerfs , veines  , et  artè- 
res dilacerées.  L’operation  fut  déxtre 
ment  faite  par  ledit  Viard , et  le  sang 
estanché  parlaligature  des  vaisseaux, 
en  la  presence  dudit  Helin  , et  de 
monsieur  Tonsard , grand  vicaire  de 
Nostre  Dame  : et  fut  continuellement 
pensé  par  ledit  Leschenal , et  ie  l’al- 
lois  voir  par  fois.  Il  fut  heureusement 
guari  sans  l’application  des  fers  ar- 
dens,  et  chemine  gaillard  sur  vue 
iambe  de  bois. 


Autre  histoire. 

L’an  mil  cinq  cens  quatre  vingts  et 
trois,  le  dixiéme  iour  de  Décembre, 
Toussaint  Posson  , natif  de  Roinuille, 
à présent  demeurant  à Beauuoisprés 
Dourdan , auoit  la  iambe  toute  vlce- 
rée  et  tous  les  os  carieux  et  pourris , 
me  pria  que  pour  l'honneur  de  Dieu 
ie  luy  eusse  à couper  la  iambe,  pour 
la  grande  douleur  qu’il  ne  pouuoit 
plus  tolerer.  Après  estre  préparé,  luy 
fis  couper  la  iambe  à quatre  doigts 
prés  la  rotule  du  genoüil , par  Daniel 
Poullet , l’vn  de  mes  seruiteurs , pour 
l’apprendre  et  enhardir  à faire  telle 
œuure,làoù  il  lia  bien  dextrement 
les  vaisseaux  pour  estancher  le  sang, 
sans  application  lie  fers  ardens , en  la 
presence  de  Jacques  Guillemeau,  Chi- 
rurgien ordinaire  du  Roy,  et  Iean 
Charbonncl  , maistre  Barbier  Chi- 
rurgien à Paris.  Et  pendant  la  cure, 
a esté  veu  et  visité  par  messieurs  Laf- 
filé  et  Courtin , Docteurs  regens  en 
la  faculté  de  Medecine  à Paris.  La- 
dite operation  fut  faite  en  la  maison 
de  Iean  Gohel  hostelier,  demeurant 
à l’enseigne  du  Cheual  blanc  en 
Gréue. 

le  ne  veux  oublier  icy  à dire  que 
madame  la  Princesse  de  Montpensier, 
sçachant  qu'il  esloit  pauure,  et  qu’il 
estoil  entre  mes  mains,  luy  donna  de 
l’argent  pour  payer  sa  chambre  et 
sa  nourriture.  Il  a esté  bien  guari. 
Dieu  mercy,  et  s’en  est  retourné  en 
sa  maison  auec  vnc  iambe  de  bois. 

Autre  histoire. — Gangrené  suruenue  de  cause 
anteeedente. 

Vne  gangrené  suruint  à la  moitié 
de  la  iambe,  à vn  nommé  Nicolas 
Mesnager,  aagé  de  soixante  et  seize 
ans,  demeurant  rue  sainct  Honoré,  à 
l’enseigne  de  la  Hotte,  laquelle  luy 


ET  VOYAGES. 


suruint  de  cause  interne,  et  fut-on 
contraint  de  luy  amputer  la  iambe, 
pour  luy  sauuer  la  vie.  Et  fut  am- 
putée par  Antoine  Renaud,  mais- 
tre  Barbier  Chirurgien  à Paris,  le 
seizième  iour  de  décembre  mil  cinq 
cens  quatre  vingts  et  trois  , en  la  pré- 
sence de  messieurs  le  Fort  et  la  Noué, 
Chirurgiens  iurés  à Paris.  Et  le  sang 
fut  estanché  par  la  ligature  des  vais- 
seaux , et  est  à présent  guari  , et  se 
porte  bien , cheminant  auec  vne 
iambe  de  bois. 

Autre  histoire.  — Operation  faite  par 
GtiiUemeau. 

Vn  passeur  d’eau,  au  port  de  Nesle, 
demeurant  prés  monsieur  du  Mas , 
contrerolleur  des  Postes,  nommé 
Iean  Boussereau , à qui  vne  liarque- 
buse  se  creua  en  la  main , qui  luy 
brisa  entièrement  les  os,  et  dilacera 
toutes  les  autres  parties,  en  sorte 
qu’il  fust  besoin  et  necessaire  luy 
faire  amputation  de  la  main  deux 
doigts  au  dessus  du  carpe  '.  Ce  qui  fut 
fait  par  Iacques  Guillemeau  , à pré- 
sent Chirurgien  ordinaire  du  Roy , 
qui  demeuroit  pour  lors  auec  moy. 
L’operation  fut  pareillement  faite 
dextrement,  et  le  sang  estanché  par 
la  ligature  des  vaisseaux , sans  les 
fers  ardens.  Il  est  encore  à présent 
viuant. 

Autre  histoire.  — Operation  faite  par 
l’Aulheur. 

Vn  marchand  grossier,  demeurant 
rue  sainctDenys,à  l’enseigne  du  gros 
Tournois,  nommé  le  luge,  lequel 
tomba  sur  la  teste,  où  il  se  fit  vne 
playe  prés  le  muscle  temporal , où  il 
eust  vne  artere  ouuerte , de  laquelle 

1 L’édilion  de  1585  dit  seulement  : luy 
J aire  amputation  du  bras. 


683 

sortoit  le  sang  fort  impétueusement , 
de  façon  que  les  remedes  communs 
pour  l’estancher  n’y  sçeurcnt  seruir  : 
i’y  fus  appellé,  où  ie  trouuay  mes- 
sieurs liasse,  Coinleret,  Viard,  Chi- 
rurgiens iurés  à Paris,  pour  estan- 
cher  le  sang  : où  promptement  ie  pris 
vne  aiguille  enfilée,  et  luy  liay  l’ar- 
tere  , et  depuis  ne  saigna  , et  fut  tost 
guari.  Tesmoin  en  sera  monsieur  Rous 
selet,  n’agueres  Doyen  de  vostre  fa- 
culté , qui  le  traitoit  auec  nous. 

Autre  histoire. 

Vn  sergent  du  Cbastelet,  demeu- 
rant prés  sainct  André  des  Arts , qui 
eut  vn  coup  d’espée  à la  gorge  au 
pré  aux  Clercs,  qui  coupoit  tout  en 
trauers  la  veine  Jugulaire  externe  , 
subit  qu’il  fut  blessé,  posa  son  mou- 
choir sur  la  playe , et  me  vint  trouuer 
en  ma  maison  : et  lors  qu’il  osla  son 
mouchoir , le  sang  iaillissoit  d’vne 
grande  impétuosité.  Subit  liay  la 
veine  vers  sa  racine  : par  ce  moyen 
fust  estanché,  et  guarisl  grâces  à 
Dieu.  Et  si  on  eust  suiui  vostre  ma- 
niéré d’estancher  le  sang  par  les 
cautères,  ie  laisse  à penser  s’il  fust 
guari . ie  crois  qu’il  fust  mort  entre 
les  mains  de  l’operateur. 

Si  ie  voulois  reciter  tous  ceux  aus- 
quels  on  a lié  les  vaisseaux  pour  arres- 
ter  le  sang  , lesquels  ont  esté  guaris, 
ie  n’aurois  de  long  temps  fait  : et  me 
semble  que  voila  assez  d’histoires  al- 
léguées, pour  vous  faire  croire  que  l’on 
estanche  seul  ement  le  sang  des  veines 
et  arteres,  sans  appliquer  les  cautères 
actuels. 

Du  Bartas. 

Celui)  là  qui  combat  contre  l' expérience , 

IV’ est  diijne  du  discours  d’vne  haute  science. 

Or,  mon  petit  maistre,  quant  à ce 
que  me  reprochez  que  ie  n’ay  pas 


APOLOGIE 


684 

escrit  en  mes  OEuures  toutes  les  ope- 
rations de  Chirurgie  que  les  anciens 
escriuent,  i’en  serois  bien  marry  : 
car  si  ie  l’auois  fait,  à bon  droit  me 
pourriez  appeller  carnifex.  le  les  ay 
laissées,  pource  qu’elles  sont  trop 
cruelles,  et  ay  voulu  ensuiuir  les 
modernes,  qui  ont  modéré  telle 
cruauté  : ce  que  toutesfois  auez  suiui 
pas  à pas,  comme  il  appert  par  les 
operations  cy  escriles,  extraites  de 
vostre  Liure , qu’auez  retirées  çà  et 
là  de  certains  autheurs  anciens,  tel- 
les qui  s’ensuiuent  : et  lesquelles 
vous  n’auez  iamais  pratiqué  ny  veu. 

Première  operation. 

Aux  inueterées  fluxions  des  yeux 
et  aux  migraines,  Paul  Æginele  >, 
comme  aussi  Albucasis2, commandent 
de  faire  l’arleriotomie,  duquel  Ægi- 
nete  voicy  les  paroles  : Il  faut  mar- 
quer les  arteres  qui  sont  derrière  les 
oreilles  : puis  les  couper,  en  trenchant 
iusques  à l'os  , el  faire  vns  grande  inci- 
sion de  deux  doigts.  Ce  que  veut  aussi 
Aëce3,  que  l’incision  soit  faite  en 
trauers,  coupant  ou  incisant  la  lon- 
gueur de  deux  grands  doigts,  ius- 
ques à ce  que  l’on  aye  trouué  l’arlerc, 
comme  vous  commandez  faire  en 
vostre  Liure  4.  Mais  moy,  me  tenant 
auec  Galien 5 *,  qui  commande  de  pen- 
ser les  malades  tost,  seurement,  el 
auec  moins  de  douleur  que  faire  se 
pourra,  i’enseigne  au  jeune  Chirur- 
gien le  moyen  de  remedier  à tels 
maux,  en  ouurànt  les  arteres  der- 
rière les  oreilles  el  celle  des  temples, 

1 Lia.  G.  chnp.  4 el  5.  — A.  P. 

1 Lia.  2.  ch.  4.  — A.  P. 

3 Lia.  3.  cliap.  9.  seel.  7. — A.  P. 

< Au  cliap.  de  l'Hypospalisme,'liu.  2. — A. P. 

5 Lia.  14.  chap.  dernier  de  la  Méthode.  — 

A.  P. 


auec  vne  seule  incision  comme  à vne 
saignée  1 : et  non  à faire  vne  grande 
incision , et  tailler  de  la  besongno 
pour  vn  long  temps. 

Seconde  operation. 

Aux  fluxions  qui  de  long  temps  se 
font  sur  les  yeux,  Paul  Æginete2et 
Albucasis  3 commandent  de  faire  vne 
incision  qu’ils  appellent  Periscythis- 
tnos , ou  Angiologie  des  Grecs  : et 
voicy  les  paroles  de  Paul.  En  ceste 
operation  premièrement  on  rase  la 
teste:  puis  se  donnant  garde  de  toucher 
aux  muscles  temporaux  , on  fait  vne 
incision  transuerse,  commençant  à la 
temple  senestre,  et  finissant  à la  dextre. 
Ce  que  vous  auez  mis  en  vostre  Li- 
ure mot  pour  mot4,  sans  en  riendes- 
guiser,  qui  monstre  apertement  que 
vous  estes  vn  vray  plagiaire  : comme 
l’on  pourra  voir  au  chapitre  que 
vous  appeliez  Taille  couronnée , qui 
se  fait  en  demy  rond  au  dessous  de 
la  suture  coronale  d’vne  temple  à 
l’autre,  iusques  à l’os.  Or  ie  n’en- 
seigne pas  vn  tel  genre  de  remede  si 
cruel  : ains  instruis  l’operateur  par 
raison,  aulhorité,  el  preuues  nota- 
bles, du  seur  moyen  de  remedier  à 
teiles  affections , sans  bourreler  ainsi 
les  hommes  5. 

Troisième. 

En  la  curation  de  l’empyeme,  Paul 
Æginete  G,  Albucasis7,  et  Celsus8, 

1 Au  chap.  4.  du  15.  liu.  de  mes  Oeuurcs. 
— A.  P.  — Voyez  tome  II,  page  412. 

2 Liu.  G.  ch.  7.  — A.  P. 

3 Liu.  2.  ch.  5.  — A.  P. 

I Au  liu.  2.  ch.  du  Periscylhisme.  — A.  P. 

3 Auch.  25.  du  8.  liu.  de  mes  OEuures. — 
A.  P.  — Voyez  tome  II , page  76  el  suiv. 
l.iu.  G.  ch.  44.  — A.  P. 

i Liu.  2.  ch.  3.  — A.  P. 

» Lût.  3.  ch.  22.  — A.  P. 


ET  VOYAGES. 


685 


commandent  d’appliquer  les  vns 
treize,  les  autres  quinze  cautères, 
pour  donner  issue  au  pus  contenu 
dans  le  thorax,  comme  ledit  Celsus, 
lieu  preallegué,  l’ordonne  pour  les 
asthmatiques  : qui  est  vne  chose 
(sauf  l'honneur  d’eux)  hors  de  toute 
raison,  que  puisque  le  but  du  Chirur- 
gien est  de  donner  issue  à la  boue  il- 
lec  contenue,  il  n’est  question  d’autre 
chose  que  de  faire  ouuerture  pour 
euacuer  la  matière  en  la  partie  plus 
decliue  i.  I’ay  monslré  seurement  au 
ieune  Chirurgien  le  moyen  de  ce 
faire , sans  tourmenter  les  patiens 
pour  néant2. 

Quatrième. 

Aux  mammelles  trop  grosses,  Paul 
Æginele  3 et  Albucrasis  4 comman- 
dent de  faire  vne  incision  en  croix, 
oster  toute  la  graisse,  puis  ioindre  la 
playe  par  suture  : somme,  c’est  escor- 
cher  vn  homme  tout  en  vie  : ce  que 
le  n’ay  iamais  pratiqué,  ny  conseillé 
défaire  au  ieune  Chirurgien. 

Cinquième. 

Albucrasis 5 et  Paul  Æginele  6 veu- 
lent cautériser  le  foye  et  la  ratte 
auec  fers  ardens  : ce  que  les  moder- 
nes n’ont  iamais  pratiqué  , comme 
aussi  la  raison  y répugné  aperte- 
ment. 

1 Guy  de  Chauliac,  Traicl.  2.  doct.  i.  ch. 
1.—  A.  P. 

* Liu.  6.  ch.  10. — A.  P.— V.  t.  I«,  p.391. 

3 Liu.  G.  ch.  46.  — A.  P. 

4 Ch.  47.  liu.  2.  — A.  P. 

5 Au  liu.  1 .ch.  29.  et  30.  et  aussi  au  liu.  2. 
ch.  32.  — A.  P. 

6 Liu.  6.  ch.  47  et  48.  — A.  P. 


Sixième. 

En  la  paracentèse  qui  se  fait  en  la 
troisième  espece  d’hydropisie  appel- 
lée  Ascites , Celius  Aurelianus  1 com- 
mande faire  plusieurs  ouuertures  au 
ventre.  Albucrasis  2 applique  neuf 
cautères  actuels,  à sçauoir  quatre  à 
l’entour  du  nombril,  vn  sur  l’esto- 
mach,  vn  sur  la  ratte,  vn  sur  le  foye, 
deux  derrière  le  dos,  prés  les  vertè- 
bres, l’vn  d’iceux  prés  la  poitrine,  le 
dernier  prés  l’estomach.  Aéce  3 est 
aussi  en  mesme  volonté  d’ouurir  le 
ventre  auec  plusieurs  cautères.  Paul 
Æginete4  commande  d’appliquer  cinq 
cautères  actuels  pour  faire  ladite 
paracentèse.  Mais  abhorrant  vne  telle 
maniéré  de  brusler,  de  laquelle  vous 
parlez  fort  par  tout  voslre  troisième 
liure,  ie  monstre  vne  autre  maniéré 
de  pratiquer,  laquelle  se  fait  en  fai  - 
sant vne  simple  ouuerture  audit 
ventre, comme  l’on  pourra  voir  à mes 
OEuures5,  auec  heureux  succès. 

le  ne  monstre  point  en  mes  OEu- 
ures la  maniéré  de  brusler  aux  ieu- 
nes  hommes,  que  les  anciens  ont  ap- 
pellé  infibulare  : car  cela  ne  se  pra- 
tique point,  combien  que  Celse  Pes- 
er iue  6. 

Septième. 

A la  sciatique  prouenant  de  cause 
interne,  en  tant  que  les  muscosités 
desplacent  l’os  de  leur  lieu  : Paül  7 
commande  de  brusler  sur  ledit  arti- 
cle iusques  à l’os  : Dioscoride 8 com- 

1 Au  liu.  5.  c/l.  I.  de  Diuturnis  morbis.  — 
A.  P. 

2 Liu.  1 . c/i.  33.  — ■ A.  P. 

3 Liu.  3.  secl.  2.  ch.  89.  — A.  P. 

4 Liu.  G.  ch.  50.  — A.  P. 

3 Au  ch.  12.  liu.  G.  — A.  P.—  T.  I,  p.  399. 

6 Au  ch.  25.  liu.  7.  — A.  P. 

» Liu.  6.  c/i.  76.  — A.  P. 

s Liu.  2.  ch.  72.  — A.  F. 


APOLOGIE 


686 

mande  le  niesme.  Ce  que  ie  ne  trouue 
expédient,  prenant  indication  des 
parties  suiettes  : car  ià  où  l’on  veut 
brusler,  c’est  à l’endroit  des  quatre 
muscles  .gémeaux,  au  dessous  des- 
quels passe  le  gros  nerf  descendant 
de  l’os  sacrum,  lequel  estant  bruslé, 
ie  vous  laisse  à penser  ce  qui  en  ad- 
uiendroit,  comme  remarque  Galien  >, 
expressément  parlant  de  l’vstion  qu’il 
faut  faire  en  l'humerus. 

Huitième. 

En  la  luxation  des  vertebres  faite 
’en  dehors,  Hippocrates  2 commande 
que  l’on  attache  droit  l’homme  sur 
vne  eschelle,  les  bras  et  iambes  liés 
et  garrotés  : puis  après  auoir  monté 
l’eschelle  au  haut  d’vne  tour  ou  d’vn 
faistede  la  maison,  auecvn  gros  ca- 
ble en  vne  poulie,  qu’on  laisse  tom- 
ber à plomb  sur  le  paué  dur  et  ferme 
le  patient  : ce  qu’Hippocrates  dit 
qu’on  faisoit  de  son  temps.  Or  ie  ne 
monstre  pas  vne  telle  maniéré  de 
donner  l’estrapade  aux  hommes  : mais 
ie  monstre  au  Chirurgien  en  mes 
OEuures3,  la  maniéré  de  les  réduire 
seul  ement  et  sans  grande  douleur. 

D’auantageieseroismarrydesuiure 
le  dire  dudit  Hippocrates,  au  3.  lime 
De  morbis,  lequel  commande  qu'à  la 
maladie  dit eVoluulus,  faut  faire  en- 
fler le  ventre  auec  vn  soufflet , met- 
tant le  canon  dans  l’intestin  droit, 
puis  y souffler  iusques  à ce  que  le 
ventre  soit  bien  tendu  , par  après 
bailler  vn  clyslere  emollient,  et  es- 
toupper  le  cul  d’vne  esponge.  Telle 
pratique  ne  se  fait  point  auiourd’huy, 

» Sur  la  sent.  49.  c le  la  1.  sect.  du  hure  des 
Articles.  — A.  P. 

t Seul-  22  et  23  de  la  3.  sect.  du  liu.  des 
Articles. — A.  1‘ 

s Ch.  10  du  13.  Hu • — A.  P.— T.  Il,  p.  3G3. 


partant  ne  vous  esmerueillez  si  ie 
n’en  ay  voulu  parler. 

Et  ne  vous  estant  pas  contenté 
de  rapsodier  les  operations  des  au- 
theurs  susdits,  en.  auez  aussi  pris  plu- 
sieurs en  mes  OEuures,  comme  cha- 
cun peut  connoistrc  : qui  monstre 
aperlement  qu’il  n’y  a rien  de  vostre 
inuenlion  en  vostre  Guide  des  Chirur- 
giens. 

le  laisse  à part  vne  autre  infinité 
d’operations  inutiles  que  vous  cottez 
dans  vostre  liure,  sans  sçauoir  quel- 
les bestes  sont,  pour  ne  les  auoir  ia- 
mais  veu  pratiquer  : mais  pour-ce 
que  vous  auez  trouué  cela  escrit  és 
tiures  des  anciens,  vous  les  auez  mis 
en  vostre  liure. 

D’auantage  vous  dites  que  me 
monstrerez  ma  leçon  aux  operations 
de  Chirurgie.  11  me  semble  que  ne 
sçauriez  : par  ce  que  ne  l’ay  pas  ap- 
prise seulement  en  mon  estude,  et 
d’auoir  ouy  par  plusieurs  et  diuerses 
années  les  leçons  des  Docteurs  en 
medecine  : mais  comme  i’ay  escrit  cy 
deuanl  en  l’epistre  au  Lecteur,  i’ay 
fait  résidence  en  l’Hostel  Dieu  de  Pa- 
ris par  l’espace  de  trois  ans,  où  i’ay 
eu  le  moyen  de  voir  et  apprendre 
beaucoup  d’œuuresde  Chirurgie  sur 
vne  infinité  de  malades , ensemble 
l’anatomie  sur  vne  grande  quantité 
de  corps  morts,  ainsi  que  souuent  i’en 
ay  faitprcuue  tres-sufüsante  publi- 
quement aux  Escholes  de  médecine 
de  Paris.  Mon  bonheur  m’a  fait  voir 
encore  plus  outre.  Car  estant  appellé 
au  seruiee  des  Rois  de  France  (qua- 
tre desquels  i’ay  serui)  me  suis  trou- 
ué en  compagnie,  aux  batailles,  es- 
carmouches, assauts  et  sieges  dos 
villes  et  forteresses,  comme  aussi  i’ay 
esté  enclos  és  villes  auec  les  assiégés, 
ayant  charge  de  traiter  les  blessés. 
D’auantage,  i’ay  demeuré  longues 


ET  VOYAGES. 


années  en  ceste  grande  et  fameuse 
ville  de  Paris,  où  grâces  à Dieu  i'ay 
tousiours  vescu  en  tres-bonne  répu- 
tation entre  tous,  et  n’ay  tenu  le  der- 
nier rang  entre  ceux  de  mon  estât, 
veu  qu’il  ne  s’est  trouué  cure  tant 
grande  et  difficile  fust-elle,  que  ma 
main  et  mon  conseil  n’ayent  esté  re- 
quis, ainsi  qu'eie  fais  voir  par  ce  mien 
œuure.  Or  oserez-vous  (ces  choses 
entendues)  dire  que  m’apprendrez  à 
execuler  les  œuures  de  Chirurgie, 
attendu  que  n’auez  iamais  parti  de 
vostre  estude? 

Les  operations  d’icelle  sont  quatre 
en  general  (comme  bien  auons  dé- 
claré cy  deuant)  où  vous  n’en  faites 
que  trois,  à sçauoir,  ioindre  le  sépa- 
ré, séparer  le  continu,  et  oster  le  su- 
perflu : et  la  quatrième  que  ie  fais,  au- 
tant necessaire  que  d’industrieuse  in- 
uenlion,  est  d’adiouster  ce  qui  defaut, 
comme  i’ay  monstre  cy  dessus 

Aussi  vous  voulez  que  le  Chirur- 
gien ne  fasse  que  les  trois  operations 
susdites,  sans  s’entremettre  d’ordon- 
ner vu  simple  cataplasme,  disant  que 
c’est  ce  qui  vous  est  venu  à vostre 
part  de  la  Medecine  : et  que  les  an 
ciens  ( au  discours  qu’auez  fait 
au  Lecteur)  ont  diuisé  la  suitte  du 
Médecin  en  trois  bandes,  à sçauoir, 
Viuandiers,  Apoticaires,  et  Chirur- 
giens. Mais  ie  vous  demanderois  vo- 
lontiers qui  est  celuy  qui  en  a fait  le 
partage  : et  où  aucun  en  seroit  fait, 
qui  sont  ceux  qui  se  sont  contentés 
de  leur  part,  sans  quelque  entreprise 
sur  l’autre?  Car  Hippocrates,  Galien, 
Ælius,  Auicenne,  bref  tous  les  Méde- 
cins, tant  grecs,  latins,  qu’arabes, 
n’ont  iamais  traité  de  l’vn  qu’ils 
n’ayent  traité  de  l’autre,  pour  la 
grande  affinité  et  liaison  qu’il  y a en- 
tre les  deux  : et  seroit  bien  difficile  en 
faire  autrement.  Or  quand  vous  vou- 


687 

lez  mettre  si  bas  la  Chirurgie,  vous 
contredites  à vous  mesmes.  Car  en 
l’epistre  liminaire  que  vous  auez  dé- 
diée à defunct  monsieur  de  Martigues, 
vous  dites  que  la  Chirurgie  est  la  plus 
noble  partie  de  la  Medecine,  tant  à 
raison  de  son  origine  , antiquité,  né- 
cessité, que  certitude  en  ses  actions  : 
car  elle  opéré  luce  aperta,  comme  es- 
crit  doctement  Celse  au  commence- 
ment du  7.  liure.  Partant  il  est  à 
croire  que  n’auez  iamais  sorti  de 
vostre  estude  que  pour  enseigner  la 
théorique  (si  l'auez  peu  faire). 

Les  operations  de  chirurgie  s’ap- 
prennent à l’œil  et  au  toucher. 

le  diray  que  vous  ressemblez  à vn 
ieune  garçon  bas  Breton,  bien  fessu 
et  materiel  ',  qui  demanda  congé  à 
son  pere  de  venir  à Paris  pour  pren- 
dre France.  Estant  arriué,  l’Orga- 
niste de  nostre  Dame  le  trouua  à la 
porte  du  Palais,  qui  le  print  pour 
souffler  aux  orgues,  où  il  fut  trois 
ans.  11  veit  qu’il  parloit  aucunement 
françois,  il  s’en  retourne  vers  son 
pere,  et  luy  dit  qu’il  parloit  bonne 
France,  et  d’auantage  qu’il  sçauoit 
bien  iouër  des  orgues.  Le  pere  le  re- 
ceut,  bien  ioyeux  dequoy  il  estoit  en 
si  peu  de  temps  si  sçauant  : il  s’en 
alla  vers  l’Organiste  de  leur  grande 
Eglise,  et  le  pria  de  permettre  à son 
lits  de  ioüer  des  orgues  , à fin  de  sça- 
uoir si  son  fils  estoit  bon  maislre, 
ainsi  qu’il  disoit  : ce  que  le  maistre 
Organiste  accorda  volontiers.  Estant 
entré  aux  orgues,  il  se  iette  de  plein 
saut  aux  soufflets  : le  maistre  Orga- 
niste luy  dit  qu’il  ioùast,  et  que  luy 
souffleroit.  Alors  ce  bon  Organiste 
luy  dit  qu’il  ne  sçauoit  autre  chose 
que  souffler. 

le  croy  aussi , mon  petit  maistre, 

1 Belle  similitude.  — A.  P. 


APOLOGIE 


68B 

que  ne  sçauez  autre  chose  que  ca- 
queter en  vne  chaire  : mais  moy  ie 
iouëray  sur  le  clauier,  et  feray  re- 
sonner les  orgues,  c’est  à dire  que  ie 
feray  les  operations  de  Chirurgie,  ce 
que  ne  sauriez  nullement  faire,  pour 
n’auoir  bougé  de  vostre  estude , et 
des  escholes,  comme  i’ay  dit  : et  aussi 
comme  cy  deuant  i’ay  escrit  en  l’epis- 
tre  au  Lecteur , que  le  laboureur  a 
beau  parler  des  saisons , discourir  de 
la  façon  de  cultiuer  la  terre,  déduire 
quelles  semences  sont  propres  à cha- 
cun terroir  : car  tout  cela  n’est  rien 
s’il  ne  met  la  main  aux  outils,  et 
n’accouple  ses  bœufs,  et  ne  les  lie  à 
la  charrue.  Aussi  ce  n’est  pas  grande 
chose  si  ne  sçauez  la  pratique  : car 
vn  homme  feroit  bien  la  Chirurgie, 
encore  qu’il  n’eust  point  de  langue , 
comme  bien  a noté  Cornélius  Celsus 
au  liu.  1.  quand  il  dit,  Morbos  non 
eloquentia,  sed  remedijs  curari:  quœ 
si  quis  elinguis , vsu  discretus  bene 
norit,  hune  aliquanto  maiorem  medi- 
cum  futurum,  quàm  si  sine  vsu  lin- 
guam  suarn  excoluerit.  C’est  à dire, 
Cornélius  Celsus  dit , les  maladies 
estre  guariesnon  par  éloquence,  mais 
par  les  remedes  bien  et  deuëment 
appliqués:  lesquels  si  quelqu'vn  sage 
et  discret,  n’ayant  point  mesme  de 
langue,  commisse  bien  par  bon  vsa- 
ge  , celuy-là  à l’aduenir  sera  plus 
grand  Médecin , que  si  sans  vsage  il 
ornoit  bien  sa  langue.  Ce  que  vous 
mesmes  confessez  en  vostre  dit  liure 
par  vn  quatrain  qui  est  tel 1 : 

Ce  n’est  pas  tout  en  Chirurgie 

De  iargonner  : mais  le  plus  beau 

Dsi  que  les  bandes  on  manie , 

Le  feu  , les  las , et  le  ciseau. 

1 J’ai  déjà  dit  et  répété  que  Paré  faisait 
cireur  en  attribuant  ce  quatrain  français  à 
Gourmelcn.  Dans  l'édition  de  Courtin  déjà 


Aristote,  liure  premier  de  la  Méta- 
physique, chapitre  premier,  dit  l’ex- 
perience  estre  presque  semblable  à la 
science,  et  par  icelle  l’art  et  la  science 
auoir  esté  inuenlées.  Et  de  fait  nous 
voyons  ceux  qui  sont  expérimentés 
paruenir  plus  tost  à ce  qu’ils  préten- 
dent , que  ceux  qui  ont  la  raison  sans 
l’experience , à cause  qu’icelle  expé- 
rience est  vne  connoissance  des  choses 
singulières  et  particulières,  et  la  scien- 
ce au  contraire  vne  connoissance  des 
choses  vniuersellcs.  Or  ce  qui  est  par- 
ticulier est  plus  sanable  que  ce  qui 
est  vniuersel.  Partant  ceux  qui  ont 
l’experience,  sont  plus  sages  et  plus 
estimés  que  ceux  qui  en  ont  defaut  : 
d’autant  qu’ils  sçauent  ce  qu’ils  font. 
Dauantage  ie  dis  que  : 

Science  sans  expérience , 

I\r 'apporte  pas  grande  asseurance  1 . 

Alciat,  Docteur  Milanois,  se  glori- 
fiant vn  iour  que  sa  gloire  estoit  plus 
grande  et  illustre  que  celles  des 
Conseillers,  Presidens,el  Maistres  des 
requesles,  parce  qu’il  disoit  les  faire, 
et  que  c’estoit  de  luy  qu’ils  venoient 
tels:  luy  fut  respondu  par  vn  Con- 
seiller, qu'il  ressembloit  à la  queu  , 
qui  rendoit  le  Cousteau  aiguisé  et 
prest  à couper,  elle  ne  le  pouuant 
faire  : et  luy  allégua  les  vers  d’Ho- 
race, que 

...  Fungebalur  vice  colis , acutum 
Reddere  quœ  ferrum  valet,  exors  ipsa  secandi. 

Or  Yoila , mon  petit  maislre,  ma 
response  à vos  calomnies  : et  vous 

citée  , on  lit  ce  quatrain  au  verso  du  titre, 
avec  ces  trois  mots,  qui  ne  laissent  aucun 
doute:  Quatrain  du  Translateur. 

1 C’est  un  des  canons  de  Paré  que  l’on  a 
lu  plus  haut , page  G49. 


ET  VOYAGES. 


prie,  si  axiez  l’ame  bonne,  de  vou- 
loir ( pour  le  public)  reuoir  et  cor- 
riger vostre  liure  le  plustost  que 
pourrez  , pour  ne  tenir  les  icunes 
Chirurgiens  en  cest  erreur  par  la 
lecture  d’iceluy,  où  vous  les  ensei- 
gnez, d’vser  de  fers  ardens  après 
l’amputation  des  membres  pour  es- 
taneber  le  sang  , attendu  qu’il  y a vn 
autre  moyen  non  si  cruel , et  plus 
seur  et  aisé  : ioint  que  si  aujourd’huy, 
après  vn  assaut  de  ville  où  plusieurs 
soldats  ont  eu  bras  et  iambes  rom- 
pues, et  emportées  de  coups  d’artil- 
leries , ou  de  coutelas,  ou  d’autres 
machines,  pour  estaneber  le  sang 
vous  falluit  vser  de  fers  ardens  , il 
faudroit  pour  ce  faire  vne  forge  et 
beaucoup  de  charbon  pour  les  chauf- 
fer : et  aussi  que  les  soldats  vous  au- 
roient  en  telle  horreur  pour  ceste 
cruauté,  qu'ils  vous  assommeroient 
comme  vn  veau , ainsi  que  jadis  fut 
l’vn  des  premiers  Chirurgiens  de 
Rome.  Ce  qu'on  trouuera  escrit  cy 
dessus  au  chap.  2.  de  l’Introduction 
de  Chirurgie.  Or,  de  peur  que  les 
sectateurs  de  vos  escrils  ne  tom- 
bent en  tel  inconuenient , ie  leur  prie 
suiure  la  méthode  cy  dessus  dite, 
laquelle  ay  monstrée  estre  vraye  et 
certaine,  et  approuuée  par  autho- 
rité , raison  , et  expérience. 


LE  VOYAGE  DE  THVRIN  ‘. — 1536. 

D’auantagc  ie  veux  icy  moustrer 
aux  lecteurs  les  lieux  et  places  où 

1 C’est  ici  le  lieu  de  rappeler  une  note  que 
Parc  avait  placée  à la  suite  de  Y En  nia  de  la 
quatrième  édition  , et  qui  a été  oubliée  dans 
toutes  les  autres  : 

« Touchant  les  Voyages,  le  Lecteur  ne  s'ar- 


689 

i’ay  peu  apprendre  la  Chirurgie,  pour 
tousiours  mieux  instruire  le  ieune 
chirurgien. 

El  premièrement,  en  l’an  mil  cinq 
cens  trente  six,  le  grand  l\oy  François 
enuoya  vue  grande  armée  à Thurin, 
pour  reprendre  les  villes  et  chasteaux 
qu’auoit  pris  le  marquis  du  Guast, 
lieutenant  general  de  l’Empereur: 
où  monsieur  le  Conneslable,  lors 
grand  Maistre,  estoit  lieutenant  gene- 
ral de  l’armée,  et  monsieur  de  Monte- 
jan  Colonnel  general  des  gens  de 
pied  , duquel  lors  i’estois  Chirurgien. 
Vne  grande  partie  de  l’armée  arriuée 
au  pas  de  Suze  , trouuasmes  les  en- 
nemis qui  tenoient  le  passage,  et 
auoient  fait  certains  forts  et  tran- 
chées , de  façon  que  pour  les  faire 
dehusquer  et  quitter  la  place,  il  con- 
uint combattre,  où  il  y eut  plusieurs 
tués  et  blessés,  tant  d’vne  part  que 
d’autre  : mais  les  ennemis  furent  con- 
traints de  se  retirer  et  gaigner  le 
chasteau  , qui  fut  pris  en  partie  par  le 
capitaine  Le  Rat,  qui  grimpa  auec 
plusieurs  soldats  de  sa  compagnie  sur 
vne  petite  monlagnelle,  là  où  ils  ti- 
roient  à plomb  sur  les  ennemis  : il 
receut  vn  coup  d’harquebuse  à la 
cheuille  du  pied  dextre,  où  tout  subit 
tomba  en  terre , et  alors  dit  : A ceste 
heure  Le  Rat  est  pris.  le  le  pensay,  et 
Dieu  le  guarist  L 

Nous  entrasmes  à foulle  en  la  ville, 
et  passions  par  sus  les  morts , et  quel- 
ques vns  ne  l’estans  encore,  les  oyons 
crier  sous  les  pieds  de  nos  cheuaux, 
qui  me  faisoient  grande  compassion 

restera  à l'ordre  des  années,  lequel  n’y  a esté 
gardé,  loulesfois  les  Histoires  et  Discours  n’en 
sont  de  rien  changés  mj  corrompus,  n 

1 Voilà  le  premier  exemple  de  la  fameuse 
phrase  dont  on  a fait  à juste  titre  si  grand 
honneur  à la  modestie  de  Paré. 


Iir. 


APOLOGIE 


690 

en  mon  cœur-  Et  véritablement  ie  me 
repenti  d’est re  parti  de  Paris,  pour 
voir  si  piteux  spectacle. 

Estant  en  la  ville,  i’entray  en  vue 
estableponr  cuider  loger  mon  cheual 
et  celuy  de  mon  homme,  là  où  ie 
trouuay  quatre  soldats  morts,  et  trois 
qui  estoient  appuyés  contre  la  mu- 
raille, leur  l'ace  entièrement  défi- 
gurée, et  ne  voyoient,  n’oyoient,ny  11e 
parloient,  et  leurs  habillemens  fiam- 
boyoient  encore  de  la  poudre  à canon 
quilesauoil  bruslés.  Les  regardant  en 
pitié,  il  suruint  vn  vieil  soldat  qui  me 
demanda  s'il  y auoil  moyen  de  les 
pouuoir  guarir  : ie  dis  que  non  : subit 
il  s’approcha  d’eux  et  leur  coupa  la 
gorge  doucement  et  sans  cholcre. 
Voyant  ceste  grande  cruauté,  ie  luy 
dis  qu’il  estoit  vn  mauuais  homme.  Il 
me  fit  response,  qu’il  prioit  Dieu, 
que  lors  qu’il  seroit  accouslré  de  telle 
façon,  qu’il  se  trouuast  quelqu’vn  qui 
lui  en  fit  autant,  à fin  de  ne  languir 
misérablement. 

Et  pour  reuenir  sur  nos  brisées,  les 
ennemis  furent  sommés  de  se  rendre, 
ce  qu’ils  firent , et  sortirent  seule- 
ment la  viesauue,  le  baston  blanc  au 
poing  : dont  la  plus  grande  partie 
s’en  alla  gaigner  le  chasteau  de  Vil- 
lane,ou  il  y auoit  enuiron  deux  cens 
Espagnols.  Monsieur  le  Connestable 
ne  le  voulut  laisser  en  arriéré , à fin 
de  rendre  le  chemin  libre.  Ce  chas- 
teau est  assis  sur  vue  petite  monta- 
gne , qui  donnoil  grande  asseurance 
à ceux  de  dedans  qu  on  ne  pourroit 
asseoir  l’artillerie  pour  les  battre:  et 
furent  sommés  de  se  rendre,  ou  qu’on 
les  metlroit  en  pièces  : Ce  qu’ils  refu- 
seront tout  à plat,  faisans  response 
qu’ils  estoient  autant  bons  et  Gdeles 
seruileurs  de  l’Empereur,  que  pou- 
uoilestrc  monsieur  le  Connestable  du 


Roy  son  maistre  *.  Leur  response  en- 
tendue, on  fit  de  nuit  monter  deux 
gros  canons  à force  de  bras,  auec 
cordages,  par  les  Suisses  et  Lansque- 
nets : où  le  malheur  voulut  qu’estans 
les  deux  canons  assis,  vn  canonnier 
mist  par  inaduertance  le  feu  dedans 
vn  sac  plein  de  poudre  à canon  , 
dont  il  fut  bruslé,  ensemble  dix  ou 
douze  soldats  , et  en  outre  la  flamme 
de  la  poudre  fut  cause  de  descouurir 
l’artillerie ,v  qui  fil  que  toute  la  nuit 
ceux  du  chasteau  tirèrent  plusieurs 
coups  d'harquebuses  à l’endroit  où 
ils  auoient  peu  descouurir  les  deux 
canons,  dont  tueront  et  blessèrent 
quelque  nombre  de  nos  gens.  Le  len- 
demain de  grand  malin  on  fit  bat- 
terie, qui  en  peu  d'heure  fit  breche. 
Estant  faite,  demandèrent  à parle- 
menter, mais  ce  fut  trop  tard  : car 
cependant  nos  gens  de  pied  François, 
les  voyans  estonnés  montèrent  à la 
breche  et  les  mirent  tous  en  pièces, 
excepté  vue  fort  belle,  ieune  et  gail- 
larde 1 iéinon  toise,  qu’vn  grand  Sei- 
gneur voulut  auoir  pour  luy  tenir 
compagnie  de  nuit,  de  peur  du  loup- 
garou.  Le  Capitaine  elEnseigne  furent 
pris  en  vie,  mais  bien  tost  après  pen- 
dus et  estranglés  sur  les  créneaux  de 
la  porte  de  la  ville  , à fin  de  donner 
exemple  et  crainte  aux  soldats  Impé- 
riaux den’estre  si  lemeraireset  si  fols, 
vouloir  tenir  telles  places  contre  vne 
si  grande  armée  2. 

Or  tous  les  susdits  soldats  du  chas 
leau,  voyans  venirnosgensd’vnelres- 
grande  furie  , firent  tout  deuoir  de 
se  défendre  , tuerent  et  blessèrent  vn 
grand  nombre  de  nos  soldats  à coups 
de  piques  , de  harquebuses  et  de 

1 Brune  response  île  soldais.  — A.  P. 

2 Punition  exemplaire.  — A.  P. 


ET  VOYAGES. 


pierres , où  les  Chirurgiens  eurent 
beaucoup  de  besogne  taillée.  Or  i’es- 
tois  en  ce  temps-là  bien  doux  de  sel , 
ie  n’auois  encores  veu  traiter  les 
playes  faites  par  harquebuses,  pour  le 
premier  appareil.  11  est  vray  que  i’a- 
uois  leu  en  Iean  deVigp,  liure  premier 
des  Playes  en  general , cbapiîre  hui- 
tième, que  les  playes  faites  par  bas- 
tons  à feu  participent  de  vénénosité , 
à cause  de  la  poudre  : et  pour  leur 
curation  commande  les  cautériser 
auec  huile  de  Sambuc  toute  bouil- 
lante, en  laquelle  soit  meslé  vn  peu 
de  thériaque  : et  pour  ne  faillir,  para- 
uant  qu’vser  de  ladite  huile,  sçaehant 
que  telle  chose  pourrait  apporter  au 
malade  extreme  douleur,  ie  voulus 
sçauoir  premièrement  que  d’en  ap- 
pliquer, comme  les  autres  Chirur- 
giens faisoient  pour  le  premier  appa- 
reil, qui  estoit  d’appliquer  ladite  huile 
la  plus  boüillantc  qu’il  leur  estoit 
possible  dedans  les  playes,  auec  tentes 
et  sétons  : dont  ie  pris  la  hardiesse  de 
faire  comme  eux  '.  En  fin  mon  huile 
me  manqua, et  fus  contraint  d’ap- 
pliquer en  son  lieu  vu  digestif 
fait  de  iaune  d’œuf,  huile  rosat  et 
terebenlbine.  ha  nuit  ie  ue  peus  bien 
dormir  à mon  aise,  craignant  par 
faute d'auoir  cautérisé,  de  Irouuer  les 
blessés  où  i’auois  failli  à mettre  de 
ladite  huile  morts  empoisonnés  , qui 
me  fit  leuer  de  grand  malin  pour 
les  visiter,  où  outre  mon  esperance 
trouuay  ceux  ausquels  i’auois  n is  le 
me  ûcament  digestif,  sentir  peu  de 
douleur,  et  leurs  playes  sans  inflam- 
mation ny  tumeur,  ayans  assez  bien 
reposé  la  nuit  : les  autres  où  l’on 
auoit  appliqué  ladite  huile  boüillanle, 
les  trouuay  febricitans  , auec  grande 
douleur  et  tumeur  aux  enuirons  de 


69 1 

leurs  playes.  Adonc  ie  me  deliberay 
de  ne  iamais  plus  brusler  ainsi  cruel- 
lement les  pauures  blessés  des  har- 
quebusades. 

Estant  à Thurin  , trouuay  vn  Chi  - 
rurgien qui  auoit  le  bruit  par  dessus 
tous  de  bien  traiter  les  plaies  faites 
par  harquebuses,  en  la  grâce  duquel 
trouuay  façon  de  m'insinuer  pour 
auoir  la  recepte  qu’il  appelloit  sou 
baume,  dont  il  traitoit  les  plaies 
d’harquebuses  : et  me  fit  faire  la 
cour  deux  ans  auant  que  pouuoir  ti- 
rer sa  recepte.  En  fin  auec  dons  et 
presens  me  la  donna,  qui  estoit  faire 
bouillir  dans  de  l'huile  de  lys  des  pe- 
tits chiens  nouuellement  nés,  et  des 
vers  de  terre  préparés  auec  de  la  té- 
rébenthine de  Venise.  Alors  ie  fus 
bien  ioyeux  , et  mon  cœur  assouui 
d’auoir  entendu  son  remede  , qui  se 
rapporloil  au  mien  que  i’auois  trouué 
par  cas  fortuit. 

Voila  comme  i’appris  à traiter  les 
playes  faites  par  harquebuses  , non 
par  les  bures. 

Mondit  seigneur  le  Mareschal  de 
Montejan  demeura  Lieutenant  gene- 
ral pour  le  Roy  en  Piémont,  ayant 
dix  ou  douze  mille  hommes  en  gar- 
nison par  les  villes  et  chasteaux,  les- 
quels se  battoient  souuent  à coups 
d’espée,  et  d’autres  basions,  cl  mesme 
àcoupsdebarquebuses:els’il  y auoit 
quatre  blessés  i’en  auois  lousiours  les 
trois,  et  s’il  estoit  question  de  couper 
vn  bras  ou  vne  iambe,  ou  trépaner, 
ou  réduire  vne  fracture  ou  disloca- 
tion, i’en  venois  bien  à bout.  Mondit 
seigneur  le  Mareschal  m’enuoyoit 
tanlost  d’vn  costé,  tantost  de  l’autre, 
pour  penser  les  soldats  signalés  qui 
s’estoient  batlus  tant  aux  autres  vil- 
les qu’à  Thurin,  de  sorte  que  i’eslois 
lousiours  par  les  champs  d’vn  costé 
et  d’autre.  Monsieur  le  Mareschai 


1 Expérience  rend  l'Iiomme  liardy,  — A.  P. 


APOLOGIE 


693 

enuoya  quérir  à Milan  vn  Médecin 
qui  n'auoit  pas  moins  de  réputation 
que  defunct  monsieur  le  Grand  pour 
bien  faire  la  medecine,  pour  le  traiter 
d’vn  flux  bcpatique,  dont  à la  fin  en 
mourut.  Ce  Médecin  fut  quelque 
temps  à Thurin  pour  le  traiter,  et 
estoit  souuent  appelle  pour  visiter  les 
blessés,  où  tousiours  m’y  trouuoit  : et 
consultois  auec  luy  et  quelques  au- 
tres Chirurgiens,  et  lors  qu’auions 
résolu  de  faire  quelque  œuure  sé- 
rieuse de  la  Chirurgie,  c’estoit  Am- 
broise Paré  qui  y mettoit  la  main,  là 
où  ie  le  faisois  promptement  et  dex- 
t rement,  et  d’vne grande  asseurance  : 
dont  ledit  Médecin  m’admiroit  d’es- 
tre  si  adextre  aux  operations  de  chi- 
rurgie , veu  le  bas  aage  que  i’auois. 
Vn  iour  deuisant  auec  mondit  sei- 
gneur le  Mareschal , luy  dit 1 : 

Signor , tu  liai  vnChirurgico  giouane 
dianni,  ma  cglièvccchio  di  sapere  é 
di  esperierilia  : Guardalo  Une,  perche 
cgli  U fara  seruicio  et  honore. 

C’est  à dire,  Tu  as  vn  ieune  Chirur- 
gien d’aage,  mais  il  est  vieil  de  sça- 
uoir  et  expérience  : gardes  le  bien, 
car  il  te  fera  seruice  et  honneur.  Mais 
le  bon  homme  ne  sçauoit  pas  que 
i’auois  demeuré  trois  ans  à lhoslel 
Dieu  de  Paris , pour  y traiter  les  ma- 
lades. 

En  fin  monsieur  le  Mareschal  mou- 
rut de  son  flux  hépatique.  Estant 
mort,  le  Roy  enuoya  monsieur  le 
Mareschal  d’Annebaut  pour  estre  en 
sa  place,  lequel  me  fit  cest  honneur 
de  me  faire  prier  de  demeurer  auec 
luy , et  qu’il  me  traiteroit  autant 
bien  ou  mieux  que  monsieur  le  Ma- 
reschal de  Monlejan  Ce  que  ie  ne 
voulons  point,  pour  le  regret  que  i’a- 

1 Tesmoignage  de  la  dextérité  de  l Autheur. 

— A.  P. 


uois  d’auoir  perdu  mon  maistre,  qui 
m’aimoit  intimement,  et  nmy  luy  pa- 
reillement ‘.  Ainsi  m’en  reuinsà  Paris. 


VOYAGE  DE  MAEOI.I.E  ET  DE  BASSE- 
BRETAGNE.  — 1543. 

le  m’en  allay  au  camp  de  Marolle 
auec  defunct  monsieur  de  Rohan,  où 
i’eslois  Chirurgien  de  sa  compagnie, 
là  où  le  Roy  François  estoit  en  per- 
sonne. 11  fut  aduerli  par  monsieur 
d’Eslampes,  Gouuerneur  de  Breta- 
gne, comme  les  Anglois  auoient  fait 
voile  pour  descendre  en  la  basse 
Bretagne  : et  le  prioit  de  vouloir  en- 
uoyer  pour  secours  messieurs  de  Ro- 
han et  de  Laual,  attendu  que  c’es- 
toient  les  Seigneurs  du  pays  et  que 
par  leur  faueur  ceux  du  payspour- 
roient  repousser  l’ennemy,  et  garder 
qu’il  ne  prinst  terre.  Ayant  receu  cest 
aduerlissement,  depescha  lesdits  Sei- 
gneurs pour  aller  en  diligence  au  se- 
cours de  leur  patrie,  et  leur  fut 
donné  à chacun  autant  de  pouuoir 
comme  au  Gouuerneur , de  façon 
qu’ils  estoient  tous  irois  Eieutenans 
du  Roy.  Ils  prindri  ni  volontiers  reste 
charge,  et  partirent  promptement 
en  poste,  et  me  menèrent  auec  eux 
Risques  à Landreneau,  là  où  nous 
trouuasmes  tout  le  monde  en  armes, 
le  locsein  sonnant  de  toutes  parts, 
voire  à cinq  ou  six  lieues  autour  des 
baures,  à sçauoir,  Brest,  Couquet, 
Crozon,  le  Fou,  Doulac,  Laudanec, 
chacun  bien  munis  d’artillerie, comme 
canons,  doubles  canons,  bastardes, 
mousquets,  passe-volants,  pièces  de 
campagne,  couleurines,  serpentines, 

1 Ces  derniers  mots,  et  moy  luy  pareillement, 
sont  de  la  première  édition  posthume. 


ET  VOYAGES. 


basilicques,  sacres,  faulcons,  faulcon- 
neaux,  flustes,  orgues,  harquebuses 
à croc  : somme  que  loules  les  adue- 
nues  esloient  bien  munies  de  toules 
sortes  et  façons  d’artilleries,  et  plu- 
sieurs soldats,  tant  bretons  que  Fran 
çois,  pour  la  defense  que  les  Anglois 
ne  feissent  leur  descente,  ainsi  qu’ils 
auoient  délibéré  au  partir  d Angle- 
terre. L’armée  de  l’ennemy  vint  ius- 
ques  à la  portée  du  canon,  et  lors 
qu’on  les  aperceut  voulans  aborder 
en  terre,  on  les  salua  à coups  de  ca- 
non , et  descouurirent  nos  gens  de 
guerre,  ensemble  nostre  artillerie. 
Ils  voltigèrent  sur  la  mer,  où  i’estois 
bien  ioyeux  de  voir  leurs  vaisseaux 
faisans  voile,  qui  estoient  en  bon 
nombre  et  bon  ordre,  et  sembloil  es- 
tre  vne  forest  marcher  sur  la  mer.  le 
vis  aussi  vne  chose  dont  ie  fus  bien 
esmerueillé,  qui  esloit  que  les  balles 
de  bien  grosses  pièces  faisoient  de 
grands  bonds  et  troltoient  sur  l’eau 
comme  elles  font  sur  la  terre  Or, 
pour  le  faire  court,  nos  Anglois  ne 
nous  firent  point  de  mal,  et  s’en  re- 
tournèrent en  Angleterre  sains  et 
entiers  : et  nous  laissans  en  paix, 
nous  demeurasmes  en  ce  pays  là  en 
garnison,  iusques  à ce  que  nous  fus- 
mes  bien  asseures  que  leur  armée 
estoit  rompue. 

Cependant  nos  gendarmes  s’exer- 
çoient  soutient  à courir  la  bague,  au- 
tresfois  combaltoient  à l’espée  d’ar- 
mes, en  sorte  qu’il  y en  auoit  tous- 
iours  quelqu’vn  qui  auoit  quelque 
cbinfreneau,  et  tousiours  auois  quel- 
que chose  à m’exercer.  Monsieur 
d’Estampes,  pour  donner  passe  temps 
et  plaisir  à mesdils  Seigneurs  de  Ro- 
han et  de  Laual,  et  autres  gentils- 
hommes, faisoit  venir  aux  testes 
grande  quantité  de  filles  villageoises 
pour  chanter  des  chansons  en  bas 


G93 

Breton,  où  leur  harmonie  estoit  de 
coaxer  comme  grenouilles,  lorsqu’el- 
les sont  en  amour.  D'auantnge  leur 
faisoit  dancer  le  triori  de  Bretagne, 
et  n’estoit  sans  bien  remuer  les  pieds 
cl  fesses.  11  les  faisoit  moult  bon  ouyr 
et  voir.  Autresfois  faisoit  venir  les 
luilieurs  des  villes  et  villages,  où  il  y 
auoit  prix  : le  ieu  n’esloit  point 
acheué  qu’il  n’y  eust  quelqu’vn  qui 
eust  vn  bras  ou  iambe  rompue,  ou 
l’espauleou  hanche  demise. 

11  y eust  vn  petit  bas  Breton  bien 
quadraluré,  fessu  et  materiel,  qui 
tint  long  temps  le  berlan,  et  par  son 
astuce  et  force  en  ietta  cinq  ou  six 
par  terre.  Il  suruint  vn  grand  Datiuo, 
magister  d’eschole,  qu’on  disoit  estre 
l’vn  des  meilleurs  luitteurs  de  toute 
la  Bretagne  : il  entre  en  lice,  ayant 
osté  sa  longue  iaquette,  en  chausse 
et  en  pourpoint,  et  estant  prés  le  pe- 
tit homme,  il  sembloit  que  s’il  eust 
esté  attaché  à sa  ceinture  il  n’eu  t pas 
laissé  de  courir.  Toutesfois  quand  ils 
se  prindreut  collet  à collet,  ils  furent 
long  temps  sans  rien  faire,  et  peusoit- 
on  qu’ils  demeureroient  esgaux  en 
force  et  astuce  : mais  le  petit  fessu  se 
ietta  en  sursaut  et  d’amblée  sous  ce 
grand  Datiuo,  et  le  chargea  sur  son 
espaule,  et  le  ietta  en  terre  sur  les 
reins  tout  estendu  comme  vne  gre- 
noüille  : et  alors  tout  le  monde  com- 
mença à bien  rire  de  la  force  et  as- 
tuce du  petit  fessu. Ce  grand  Datiuo  eut 
grand  despild’auoir  esté  ainsi  ietté  par 
terre  par  vn  si  petit  hommet  : il  se  re- 
leua  tout  en  cholere,  et  voulut  auoir 
sa  reuanche.IIsse  prindrent  de  rechef 
collet  à collet,  et  furent  encore  vn 
bien  long  temps  à leurs  prises,  ne  se 
pouuans  mettre  par  terre  : en  fin  ce 
grand  homme  se  laissa  tomber  sur  le 
petit , et  en  tombant  mil  son  coude 
au  creux  de  l’estomacb,  et  luy  creua 


APOLOGIE 


6g4 

Je  cœur,  et  le  tua  tout  mort.  Et  sça- 
chant  lwy  auoir  donné  le  coup  de  la 
mort,  reprint  sa  longue  iaquelte,  et 
s’en  alla  la  queue  entre  les  iambes, 
et  s’éclipsa. Voyant  que  le  cœur  ne 
reuenoii  point  au  petit  homme,  pour 
vin  et  vinaigre  ny  autre  chose  qu’on 
luy  presentast  , ie  m’approcbay  de 
luy,  tastay  le  poux  qui  ne  battoit 
nullement,  alors  dis  qu’il  estoit  mort. 
A donc  les  Bretons  qui  assistoient  à 
la  luitle,  dirent  tout  haut  en  leur  ba- 
ragouyn,  Andraze  meuraquet  eues  rac 
vn  bloa  so  abeudeux  henelep  e barz  an 
gouremon  enel  ma  hoa  engtfuslun:  c’est 
à dire,  cela  n’est  pasdu  ieu.  Et  quel- 
qu’vn  dit  que  ce  grand  Daliuo  estoit 
coustumier  de  ce  faire,  et  qu’il  n’y 
auuit  qu’vn  an  qu’il  auoit  fait  le 
semblable  à vne  luitte.  le  voulus 
faire  ouuerture  du  corps  mort,  pour 
sçauoir  qui  auoit  esté  cause  de  ceste 
mort  si  subite  : ie  trouuay  beaucoup 
de  sang  espandu  au  thorax  et  au  ven- 
tre inferieur,  et  m’efforçay  de  con- 
noistre  quelque  ouuerture  du  lieu 
d’où  pouuoit  eslre  sorti  telle  quan- 
tité de  sang,  ce  que  ie  ne  sceu,  pour 
quelque  diligence  que  i’eusse  sceu 
faire  1 Or  ie  crois  que  c’estoit  per  Dia- 
pedesin  ou  Anastomosin,  c’est  à dire 
par  l’ouuerture  des  bouches  des  vais- 
seaux , ou  par  leurs  porosités.  Le 
pauure  petit  luitteur  fut  enterré. 

le  pris  congé  de  messieurs  de  Ro- 
han , de  Laual , et  d’Estampes.  Mon- 
sieur de  Rohan  me  fit  présent  de 
cinquante  doubles  ducats  et  d’vne 
hacquenée,  et  monsieur  de  Laual 
d’vn  courtaut  pour  mon  homme  , et 
monsieur  d’Estampes  d’vn  diamant 
de  valleur  de  trente  escus  : et  ie 
m’en  reuins  en  ma  maison  à Paris. 

1 l’eusse  bien  voulu,  mon  petit  maistre , vous 
voir  pour  sçauoir  trouuer  l’ ouuerture.  — A.  P. 


VOYAGE  DE  PARPIGNAN.  — 1545. 

Quelque  temps  après  monsieur  de 
Rohan  me  mena  en  poste  auec  luy 
au  camp  de  Parpignan.  Estant  là,  les 
ennemis  firent  vne  sortie,  et  vin- 
drenl  enclèüer  trois  pièces  de  nostre 
artillerie,  là  où  ils  furent  repoussés 
iusques  prés  la  porte  de  la  ville  : ce 
qui  ne  fut  sans  qu’il  y eust  beaucoup 
de  tués  et  de  blessés,  entre  les  autres 
monsieur  de  Brissac(qui  lors  estoit 
grand  maistre  de  l’artillerie)  d’vn 
coup  d'harquebuse  à l’espaule.  S’en 
retournant  à sa  tente,  tous  les  bles- 
sés le  suiuirent,  esperans  estre  pen- 
sés des  Chirurgiens  qui  le  deuoient 
penser.  Estant  arriué  à sa  tente  et 
posé  sur  son  lit,  la  balle  fut  cherchée 
par  trois  ou  quatre  Chirurgiens  les 
plus  experts  de  l’armée , lesquels  ne 
la  peurent  trouuer,  et  disoient  estre 
entrée  dedans  le  corps.  En  fin  il 
m’appella  pour  sçauoir  si  ie  pourrois 
estre  plus  habile  qu’eux,  pource  qu'il 
m’auoit  conneu  en  Piémont.  Inconti- 
nent ie  le  fis  leuer  de  dessus  son  lit , 
et  luy  dis  qu’il  se  meist  en  mesihe 
situation  qu’il  estoit  lors  qu’il  fut 
blessé  1 : ce  qu’il  fit,  et  print  vn  ia- 
uclot  entre  ses  mains,  tout  ainsi 
qu’alorsil  auoit  vne  pique  pour  com- 
battre. le  posay  la  main  autour  de 
sa  playe,  et  trouuay  la  balle  en  la 
chair,  faisant  vne  petite  tumeur  sous 
l’omoplate  : l’ayant  trouuée  , ie  leur 
monstray  l’endroit  où  elle  estoit,  et 
fut  tirée  par  M.  Nicole  Lauernault, 
Chirurgien  de  monsieur  le  Dauphin, 
qui  estoit  Lieutenant  du  Roy  en  ceste 
armée  : toutesfois  l’honneur  m’en 
demeura  de  l’auoir  trouuée. 

1 Addresse  de  l’Autheur.  — A.  P. 


ET  VOYAGES. 


le  vis  vne  chose  de  grande  re- 
marque: c’est  qu’vn  soldai  donna  en 
ma  presence  vu  coup  de  halebarde 
sur  la  teste  d’vn  de  ses  compagnons, 
pénétrant  iusques  à la  cauilé  du  ven- 
tricule seneslrc  du  cerneau,  sans 
qu’il  lombast  en  terre  Cestuy  qu’il 
frappa  disoit  qu'il  anoit  en'endu  l’a- 
uoir  pippé  aux  dez,  et  auoit  tiré  de 
luy  vne  grande  somme  d’argent,  et 
estoitcouslumier  depippcr.  On  m’ap- 
pella  pour  le  penser  : ce  que  le  fis, 
comme  par  acquit , sçachant  que  bien 
tost  il  deuoit  mourir.  L’ayant  pensé, 
il  s’en  retourna  tout  seul  en  sa  loge, 
où  il  y auoit  pour  le  moins  deux  cens 
pas  de  distance  : ie  dis  à vn  de  ses  com- 
pagnons qu’il  enuoyast  quérir  vn 
prestre,  pour  disposer  des  affaires  de 
son  ame  : il  luy  en  bailla  vn  qui  l’ac- 
compagna iusques  au  dernier  sous- 
pir.  Le  lendemain  le  malade  m’en- 
uoya  quérir  par  sa  gouge  habillée  en 
garçon,  pour  le  penser  : ce  que  ie  ne 
voulu  , craignant  qu’il  ne  muurust 
entre  mes  mains.  Et  pour  m’en  des- 
faire , ie  luy  dis  qu’il  ne  falloil  leuer 
son  appareil  que  le  troisième  iour, 
d’autant  qu’il  mourroit,  sans  plus 
y toucher.  Le  troisième  iour,  il  me 
vint  trouuer  tout  chancelant,  en  ma 
tente,  accompagné  de  sa  garse,  et 
me  pria  affectueusement  de  le  pen- 
ser : et  me  monslra  vne  bourse  où  il 
y pouuoit  auoir  cent  ou  six  vingts 
pièces  d’or,  et  qu’il  me  contenleroit  à 
ma  volonté.  Non  encore  pour  tout 
cela  ie  differois  à leuer  son  appareil, 
craignant  qu’il  ne  mourust  sur 
l’heure.  Certains  gentilshommes  me 
prièrent  de  l’aller  penser , ce  que  ie 
fis  à leur  requesle:  mais  en  le  pen- 
sant mourut  entre  mes  mains  en  con- 
uulsion.  Or  ce  prestre  l’accompagna 
iusques  à la  mort , qui  se  saisit  de  la 
bourse,  de  peur  qu’vn  autre  ne  la 


6c)5 

print,  disant  qu’il  en  diroit  des  mes- 
ses pour  sa  pauure  ame.  D’auantage 
il  s’empara  de  ses  hardes  et  de  tout 
le  reste. 

Iay  recité  ceste  histoire  comme 
chose  monstrueuse,  que  le  soldat, 
ayant  receu  ce  grand  coup , ne  tomba 
en  terre , et  ratiocina  iusques  à la 
mort. 

Tost  après  le  camp  fut  rompu  pour 
plusieurs  causes  : l’vne  que  nous  fus- 
mes  aduertis  qu’il  estoit  entré  quatre 
compagnies  d’Espagnols  dans  Par- 
pignan  : l’autre,  que  la  peste  com 
mençoit  fort  à noslre  camp  : et  nous 
fut  dit  par  gens  du  pays  qu’en  bref  il 
se  feroit  vn  grand  desbordement  de 
la  mer,  qui  nous  pourroil  tous  noyer  : 
et  le  présagé  qu’ils  en  auoient  estoit 
vn  bien  grand  vent  marin  qui  s’esleua, 
de  sorte  qu’il  ne  demeura  a ne  seule 
tente  qu’elle  ne  fust  rompue  et  ren- 
uersée  par  terre,  quelque  diligence 
et  force  qu’on  y peust  mettre  : et  les 
cuisines  eslans  toutes  descouuertes , 
le  vent  esleuoit  les  poussières  et  sa- 
bles qui  saloient  et  saupoudroient 
nos  viandes , de  façon  qu’on  n’en 
pouuoit  manger,  et  nous  les  falloit 
faire  cuire  en  pots  et  autres  vaisseaux 
couuerts.  Or  nous  ne  decampasmes 
point  de  si  bonne  heure,  qu’il  n’y 
eust  beaucoup  de  charrettes  et  char- 
tiers,  mulets  et  muletiers,  submer- 
gés en  la  mer,  auec  grande  perle  de 
bagage. 

Le  camp  rompu,  ie  m’en  reuins  à 
Paris. 


VOYAGE  DE  LANDRESY.  — 1514. 

Le  Roy  François  leua  vne  grande 
armée  pour  enuietuailler  Landrrsy. 


APOLOGIE 


696 

De  l’autre  costé,  l’Empereur  n’auoit 
pas  moins  de  gens,  voire  beaucoup 
plus:  à sçauoir,  dix  huit  mille  Alle- 
mans,  dix  mille  Espagnols,  six  mille 
Walons,  dix  mille  Anglois,  et  de 
treize  à quatorze  mille  cheuaux.  le 
vis  les  deux  armées  proches  les  vnes 
des  autres,  à la  portée  du  canon  , et 
pensoit  on  qu’ils  ne  se  partiroient 
iamais  sans  donner  bataille.  Il  y eut 
quelques  fols  genlils-hommes  qui  se 
voulurent  approcher  au  camp  de 
l’ennemy  : il  leur  fut  tiré  des  coups 
de  passe-volans, aucuns  demeurèrent 
sur  la  place,  autres  eurent  les  bras 
et  iambes  emportés.  Le  Roy  ayant 
fait  ce  qu’il  desiroit,  qui  esloit  auoir 
renuicluail!éLandresy,se  retira  auec 
son  armée  à Guise,  qui  fut  le  lende- 
main de  la  Toussaints  , mil  cinq  cens 
quarante  quatre:  et  de  là  ie  m’en  re- 
uins  à Paris 


VOYAGE  DE  BOVLOGNE.  — 1515. 

Peu  de  temps  après  nous  allasmes 
à Boulogne,  où  les  Anglois , voyans 
nostre  armée,  quittèrent  les  forts 
qu'ils  auoient,  à sçauoir:  Moulam- 
bert,  le  petit  Paradis,  Monplaisir,  le 
fort  de  Cüaslillon,  le  Porlet,  le  fort 
Dardelot.  Vniour,  allant  par  le  camp 
pour  penser  mes  blessés,  les  ennemis 
qui  estoient  en  la  Tour  d’ordre  tirè- 
rent vne  piece  d’artillerie , pensans 
tuer  deux  hommes  d’armes  qui  es- 
toient arreslés  pour  deuiser  ensem- 
ble. Aduint  que  la  balle  passa  fort 
prés  de  l’vn  d’iceux,  qui  le  renuersa 

1 Dans  l’édition  de  1585  ce  Voyage  de 
Landresy  venait  après  le  Voyage  de  Bou- 
logne ; mais  sans  le  moindre  changement 
dans  la  rédaction. 


par  terre,  et  pensoit-on  que  ladite 
balle  luy  eusl  touché  : ce  qu’elle  ne 
fit  nullement , mais  seulement  le 
vent  de  ladite  balle  au  milieu  de  sa 
tasselte  , qui  fil  telle  force,  que 
toute  la  partie  extérieure  de  la  cuisse 
deuint  liuide  et  noire,  et  ne  se  pou- 
uoit  soustenir  qu’à  bien  grand  peine, 
le  le  pensay,  et  luy  fis  plusieurs  sca- 
rifications pour  euacuer  le  sang 
meurtri  qu’auoit  fait  le  vent  de  la- 
dite balle  : et  des  bonds  qu’elle  fit 
sur  terre  , tua  quatre  soldats  demeu- 
rans  tous  morts  en  la  place. 

le  n’estois  pas  loin  de  ce  coup,  de 
façon  que  i’en  sentis  aucunement  l’air 
agité,  sans  me  faire  aucun  mal  que 
d’vne  peur  qui  me  fit  baisser  la 
teste  assez  bas,  mais  la  balle  esloit  ja 
bien  loin.  Les  soldats  se  moquèrent 
de  moy  d’auoir  peur  d’vne  balle  qui 
estoit  ja  passée.  Mon  petit  maistre , ie 
croy  que  si  eussiez  esté  là  , que  ie 
n’eusse  eu  la  peur  tout  seul , et  qu’en 
eussiez  eu  vostre  part. 

Que  diray  plus?  Monseigneur  le 
Duc  de  Guise,  François  de  Lorraine, 
fut  blessé  douant  Boulogned’vn  coup 
de  lance  qui  au  dessus  de  l’œil  dextre, 
déclinant  vers  le  nez,  entra  et  passa 
outre  de  l’autre  part , entre  la  nuque 
et  l’oreille,  d’vne  si  grande  violence 
que  le  fer  de  la  lance,  auec  portion 
du  bois,  fut  rompue  et  demeura  de- 
dans : en  sorte  qu’il  ne  peust  eslre  tiré 
hors  qu’à  grand’force,  mesme  auec 
des  tenailles  de  mareschal.  Nonob- 
stant toulesfois  ceste  grande  violen- 
ce, qui  ne  fut  sans  fracture  d’os, 
nerfs,  veines,  et  arteres,  et  autres 
parties  rompues  et  brisées,  mondit 
seigneur,  par  la  grâce  de  Dieu,  fut 
guari.  Ledit  seigneur  alloit  tousiours 
guerroyer  à face  desco'uuerte  : voila 
pourquoy  la  lance  passa  outre  de 
l’autre  part. 


ET  VOYAGES. 


VOYAGE  D'ALLEMAGNE.  — 1552. 

le  m’en  allay  au  voyage  d’Allema- 
gne, l'an  1552,  auec  monsieur  de 
Roban  , Capitaine  de  cinquante  hom- 
mes d’armes,  où  i’estois  Chirurgien 
de  sa  compagnie,  ce  que  i'ay  dit  cy 
dessus.  En  ce  voyage  monsieur  le 
Conncstable  estoit  General  de  l’ar- 
mée : monsieur  de  Chastillon  , depuis 
Admirai , estoit  chef  et  Colonel  de 
l’infanterie,  ayant  quatre  regimens 
de  Lansquenets  sous  la  conduite  des 
Capitaines  de  Recrod  etRingraue, 
ayans  chacun  deux  regimens  : cha- 
que régiment  estoit  de  dix  enseignes, 
et  chacune  enseigne  de  cinq  cens 
hommes.  Et  outre  ceux  cy  estoit  le 
Capitaine  Charlel,  lequel  conduisoit 
les  trouppes  que  les  Princes  I’roles- 
tans  auoient  enuoyées  au  Pioy.  Geste 
infanterie  estoit  fort  belle , accompa- 
gnée de  quinze  cens  hommes  d’armes, 
auec  la  suilte  chacun  de  deux  Ar- 
chers, qui  pouuoient  faire  quatre 
mil  cinq  cens  chcuaux  : et  outre  deux 
mille  cheuaux  légers,  et  autant  de 
harquebusiers  à cheual  , desquels 
estoit  General  monsieur  d’Aumalle, 
sans  le  grand  nombre  de  noblesse  qui 
y estoit  venue  pour  son  plaisir.  D’a- 
bondant le  Roy  estoit  accompagné  de 
deux  cens  gentils  hommes  de  sa  mai- 
son , ausquels  commandoit  le  sieur  de 
Boisy,  et  l'autre  le  sieur  de  Canappe, 
et  pareillement  de  plusieurs  Princes. 
A sa  suite  y auoil  encore  pour  luy 
seruir  d’escorte  les  gardes  Françoises, 
et  Escossoises,  et  Suisses,  montans  à 
six  cens  hommes  de  pied  : et  les  com- 
pagnies de  monsieur  le  Dauphin, 
messieurs  de  Guise,  d’Aumalle  et  du 
Mareschal  S.  André,  qui  montoient 


C97 

à quatre  cens  lances  , qui  estoit  vne 
chose  merueilleuse  devoir  vne  si  belle 
compagnie  : et  en  cest  équipage  le 
Roy  entra  dans  Thoul  et  Mels. 

le  ne  veux  laisser  à dire  qu’il  fut 
ordonné  que  les  compagnies  de  mes- 
sieurs de  Rohan  , du  Comte  de  San- 
cerre,delarnac(qui  esloient  chacune 
de  cinquante  hommes  d’armes)  che- 
mineroient  sur  les  ailes  du  camp  : et 
Dieu  scait  comme  nous  allions  disette 
de  viures,  et  proteste  à Dieu  que  par 
trois  diuerses  fois  ie  cuiday  mourir  de 
faim  : et  n’estoit  faute  d’argent,  car 
i’en  auois  assez,  et  ne  pouuions  auoir 
viures  que  par  force , à raison  que  les 
paysans  les  retiroient  dedans  les 
villes  et  ehasleaux.  Vn  des  seruiteurs 
du  Capitaine  enseigne  de  la  compa- 
gnie de  monsieur  de  Rohan  , alla 
auec  d’autres  pour  cuider  entrer  en 
vne  Eglise  où  les  paysans  s’estoient 
retirés,  pensant  trouuer  des  viures 
par  amour  ou  par  force  : mais  entre 
les  autres  cesluy  là  fut  bien  battu, 
et  s’en  reuint  auec  sept  coups  d’espée 
à la  teste  : le  moindre  penetroit  la 
seconde  table  du  crâne  : et  en  auoit 
quatre  autres  sur  les  bras,  et  vn  sur 
l’espaule  droite,  qui  coupoit  plus  de 
la  moitié  de  l’omoplate  ou  paleron. 
11  fut  rapporté  au  logis  de  son  mais- 
tre  , lequel  le  voyant  ainsi  nauré , et 
qu’aussi  deuoit-on  partir  le  lende- 
main dés  la  pointe  du  iour,  et  n’es- 
timant pas  qu’il  deust  iamais  guarir  , 
fit  cauer  vne  fosse,  et  le  vouloit 
faire  ielter  dedans,  disant  qu’aussi 
bien  les  paysans  le  massacreroient 
et  tueroient.  Meu  de  pitié  ',  ie  luy  dis 
qu’il  pourvoit  encore  guarir  s’il  estoit 
bien  pensé  : plusieurs  gentils-hom- 
mes de  la  compagnie  le  prièrent  de 
ie  faire  mener  auec  le  bagage,  puis 

1 Clinrilé  de  l'Auiheur.  — A.  P. 


APOLOGIE 


698 

que  i’auois  ceste  volonté  de  le  penser  : 
ce  qu’il  accorda,  et  après  que  ie  l’eus 
habillé,  fut  mis  en  vue  charrette,  sur 
vn  lict  bien  couuert  et  bien  accom- 
modé, qu’vn  cheual  trainoit.  le  luy 
fis  office  de  Médecin  , d’Apolicaire, 
de  Chirurgien,  et  de  cuisinier  : ie  le 
pensay  iusques  à la  fin  de  la  cure,  et 
Dieu  le  guarist  : dont  tous  ceux  de  ces 
trois  compagnies  admiroient  ceste 
cure.  Les  hommes  d’armes  de  la  com- 
pagnie de  monsieur  de  Rohan,  la  pre- 
mière monstre  qui  se  fit,  me  don- 
nèrent chacun  vn  escu,  et  les  archers 
demy  escu. 


VOYAGE  DE  DANVILLIERS  — 1552. 

Au  retour  du  camp  d'Allemagne, 
le  Roy  Henry  assiégea  Danuiiliers,  et 
ceux  du  dedans  ne  se  vouloienl  ren- 
dre. Ils  furent  bien  battus:  la  poudre 
nous  manqua,  cependant  tiroient 
tousiours  sur  nos  gens.  11  y eut  vn 
coup  de  couleurine  qui  passa  au  tra- 
uers  de  la  tente  de  monsieur  de  Ro- 
han , qui  donna  contre  la  iambe  d’vn 
gentilhomme  qui  esloit  à sa  suilte, 
qu’il  me  fallut  paracheuer  de  couper, 
qui  fut  sans  appliquer  les  fers  ardens. 

Le  Roy  manda  quérir  de  la  poudre 
à Sedan  : estant  arriuée,  on  com- 
mença la  batterie  plus  grande  qu’au 
parauant,  de  façon  qu'on  fil  broche. 
Messieurs  de  Guise  et  le  Connestable 
estans  à la  chambre  du  Roy , luy  di- 
rent et  conclurent  que  le  lendemain 
il  falloit  donner  l’assaut  , et  esloient 
asseurés  qu’on  entreroit  dedans  : et 
falloit  tenir  cela  secret , de  peur  que 
l’ennemy  n’en  fust  aduerti  : et  pro- 
mirent chacun  de  n’en  parler  à per- 
sonne. Or  il  y auoit  vn  valet  de 


chambre  du  Roy , qui  s’estant  couché 
sous  son  lfct  de  camp  pour  dormir, 
entendit  qu’on  auoit  résolu  donner  le 
lendemain  l’assaut.  Subit  le  reuela  à 
vn  certain  Capitaine,  et  luy  dist  que 
pour  certain  le  lendemain  on  donne- 
rait l’assaut,  et  l’auoit  entendu  du 
Roy  , et  pria  ledit  Capitaine  de  n’en 
parler  à personne:  ce  qu’il  promit, 
mais  sa  promesse  ne  tint  pas , et  de  ce 
pas  s’en  alla  le  déclarer  à vn  Capi- 
taine, et  du  Capitaine  à vn  Capitaine, 
et  des  Capitaines  à quelques- vns  de 
leurs  soldats , disans  tousiours  : n’en 
diles  mot.  Cela  fut  si  bien  celé,  que 
le  lendemain  du  grand  matin  , on 
voyoit  la  plus  grand’part  des  soldats 
auec  leurs  rondaeheset  leurs  chaus- 
ses coupées  au  genoüil,  pour  mieux 
monter  à ia  breclie.  Le  Roy  fut  ad- 
uerti  de  ce  bruit  qui  couroit  parmy 
cecamp  qu’on  deuoil  donner  l’assaut  : 
dont  il  fut  fort  esmerueillé.  attendu 
qu’ils  n’estoient  que  trois  en  cest  ad- 
uis,  qui  auoient  p omis  l’vn  à l’autre 
n’en  parler  à personne.  Le  Roy  en- 
uoya  quérir  monsieur  de  Guise,  pour 
sçauoirs’il  n’auoit  point  parlé  de  cest 
assaut  : il  luy  iura  et  affirma  qu’il  ne 
l’auoit  déclaré  à personne.  Autant  en 
dist  monsieur  le  Connestable,  lequel 
dist  au  Roy  qu’il  falloit  expressément 
sçauoir  qui  auoit  déclaré  ce  conseil 
secret , attendu  qu’ils  n’estoient  que 
trois.  Inquisition  lut  faite  de  Capi- 
taine en  Capitaine,  enfin  on  trouua 
la  vérité  : car  l’vn  disoit,  c’a  esté  vn 
tel  qui  me  l’a  dit  : vn  autre  autant, 
tant  que  l’on  vint  au  premier  qui  dé- 
clara l’auoir  appris  du  valet  de  cham- 
bre du  Roy,  nommé  Guyard,  natif 
de  dois,  fils  d’vn  Barbier  du  defunct 
Roy  François.  Le  Roy  l’enuoya  qué- 
rir en  sa  tente,  en  la  presence  de 
monsieur  de  Guise  et  de  monsieur  le 
Connestable,  pour  entendre  de  luy 


ET  VOYAGES. 


d’où  il  tenoit  et  qui  luy  auoit  dit 
qu’on  deuoit  donner  cest  assaut.  Le 
Roy  luy  dist  que  s’il  ne  disoit  la  vérité, 
qu’il  le  feroit  pendre.  Alors  il  déclara 
qu’il  s’estoit  mis  sous  son  lict  pensant 
dormir  : l’ayant  entendu  , l’auoit  dit 
à vn  Capitaine  qui  estoit  de  ses  amis, 
à fin  qu’il  se  preparast  auec  ses  sol- 
dats d’aller  des  premiers  à l’assaut. 
Alors  le  Roy  conneut  la  vérité,  et 
luy  dist  que  jamais  ne  s’en  seruiroit , 
et  qu’il  auoit  mérité  le  pendre,  et  que 
iamais  plus  il  ne  se  trouuastàla  c >ur. 

Mon  valet  de  chambre  s’en  alla 
auec  ce  bonnet  de  nuicl , et  coucboit 
auec  vn  chirurgien  ordinaire  du  Roy, 
nommé  maistre  Louys  de  la  cosle 
sainct  André  : la  nuict  se  donna  six 
coups  de  Cousteau,  et  se  coupa  la 
gorge,  sans  que  ledit  Chirurgien 
s’en  apperceust  iusques  au  matin, 
qu’il  trouua  son  lict  tout  ensanglanté, 
et  le  corps  mort  auprès  de  luy.  Dont 
il  fut  fort  esmerueillé  de  voir  ce  spec- 
tacle à son  resueil , et  eut  peur  qu’on 
eusl  dit  qu’il  fust  cause  de  ce  meur- 
tre. Mais  subit  fut  deschargé,  con- 
noissant  la  cause,  qui  fut  par  vn 
desespoir  d’auoir  perd u la  bonne  ami- 
tié que  luy  portoit  le  Roy.  Ledit 
Guyard  fut  enterré. 

Et  ceux  de  Danuilliers,  lorsqu'ils 
virent  la  breche  raisonnable  pour 
entrer  dedans , et  les  soldats  préparés 
à l’assaut,  se  rendirent  à la  discrétion 
du  Roy.  Les  chefs  furent  prisonniers, 
et  les  soldats  renuoyés  sans  armes. 

Le  camp  rompu,  ie  m’en  retournay 
à Paris,  auec  mon  gentilhomme  au- 
quel auois  coupé  la  iambe  : ie  le  pen- 
say,  et  Dieu  le  guarist.  le  le  renuoyay 
en  sa  maison,  gaillard,  auec  vne 
iambe  de  bois  : et  se  conlentoit,  disant 

1 Que  c’est  de  reueler  les  secrets  desPrinces. 
— A.  P. 


699 

qu’il  en  estoit  quitte  à bon  marché,  de 
n’auoir  esté  misérablement  bruslé 
pour  luy  estancher  le  sang,  comme 
escriuez  en  voslre  liure,  mon  petit 
maistre. 


VOYAGE  DE  CHASTEAV  LE  COMTE.  — 
1552. 

Quelque  temps  après,  le  Roy  Henry 
fit  leuer  vne  armée  de  trente  mille 
hommes , pour  aller  faire  degast  à 
l’entour  de  Hedin.Le  Roy  de  Nauarre, 
qu’on  appelloit  pour  lors  monsieur  de 
Vendosme  , estoit  chef  de  l’armée  , et 
Lieutenant  du  Roy.  Estant  à S.  Denys 
en  France , attendant  que  les  com- 
pagnies passoient,  m’enuoya  quérir  à 
Paris  pour  aller  parler  à luy.  Estant 
là  , me  pria  (sa  priere  m’estoit  com- 
mandement) de  le  vouloir  sniure  à 
ce  voyage  : et  voulant  faire  mes  ex- 
cuses, disant  que  ma  femme  estoit  au 
lit  malade , me  fit  response  qu’il 
y auoit  des  Médecins  à Paris  pour  la 
traiter,  et  qu’il  laissoit  bien  la  sienne, 
qui  estoit  d’aussi  bonne  maison  que 
la  mienne,  me  promettant  qu’il  me 
traiteroit  bien  : et  des  lors  fit  com- 
mandement que  fusse  couché  en  son 
estât-  Voyant  ceste  grande  affection 
qu’il  auoit  de  me  mener  auec  luy,  ie 
ne  l’osay  refuser. 

le  l’allay  trouuer  au  Chasteau  le 
Comte , trois  ou  quatre  lieues  prés  de 
Hedin  , là  où  il  y auoit  des  Impériaux 
soldats  en  garnison  auec  nombre  de 
paysans  d’alentour.  Il  les  fit  sommer 
de  leur  rendre  : ils  Grenl  response 
qu’il  ne  les  auroit  iamais  que  par  piè- 
ces , et  qu’ils  fissent  du  pis  qu’ils 
pourroient,  et  euxferoienl  du  mieux 
à se  defendre.  Ils  se  fioient  en  leurs 


APOLOGIE 


7OO 

fossés  qui  estoient  pleins  d’eau  : et 
en  deux  heures , auec  grand  nombre 
de  fascines  et  certains  tonneaux  , on 
fit  chemin  pour  passer  les  gens  de 
pied,  quand  il  faudroit  aller  à l’as- 
saut : et  furent  battus  de  cinq  canons, 
et  fit  on  breche  aucunement  suffi- 
sante pour  y entrer  : où  ceux  de  de- 
dans receurent  l’assaut  bien  viue- 
ment,et  ne  fut  sans  tuer  et  blesser 
grand  nombre  de  nos  gens  de  coups 
d’harquebuses,  de  piques,  et  de  pier- 
res. En  fin  quand  ils  se  virent  forcés, 
ils  mirent  le  feu  en  leurs  poudres  et 
munitions,  qui  fut  cause  de  brusler 
beaucoup  de  nos  gens,  et  d’entr’eux 
semblablement , et  furent  presque 
tous  mis  au  fil  de  l’espée.  Toutesfois 
quelques  - vns  de  nos  soldats  en 
auoient  pris  vingt  ou  trente,  espe- 
rans  en  auoir  rançon.  Cela  fut  s eu  , 
et  arresté  par  le  conseil  qu  i!  seroit 
crié  à son  de  trompe  parmy  le  camp, 
que  tous  soldats  qui  auoient  des  Es- 
pagnols prisonniers  eus^nt  à les 
tuer,  sur  peine  d’estre  pendus  et  es- 
tranglés.  Ce  qui  fut  fait  de  sang- 
froid. 

De  là  nous  nous  en  allasmes  brus- 
ler plusieurs  villages, dont  lesgranges 
estoient  toutes  pleines  de  grain  , à 
mon  très- grand  regret.  Nous  nous  en 
allasmes  iusques  à Tournahan  , où  il 
y auoit  vne  bien  grosse  tour,  où  les 
ennemis  se  retiroient , mais  il  n’y  fut 
trouué  personne  : tout  fut  pillé,  et 
fit-on  sauter  la  tour  par  vne  mine, 
auec  la  poudre  à canon  , qui  la  ren- 
uersa s'en  dessus-dessous.  Apréscela, 
le  camp  se  rompit,  et  m’en  retournay 
à Paris. 

le  ne  veux  encore  oublier  à escrire, 
que  le  lendemain  que  Chasleau  le 
Comte  fut  pris , monsieur  de  Ven- 
dosme  enuoya  vn  gentil- homme  si- 
gnalé deuers  le  Roy,  pour  luy  faire 


rapport  de  tout  ce  qui  estoit  passé:  et 
entre  autres  propos  dist  au  Roy.  que 
i’auois  grandement  fait  mon  deuoir  à 
penser  les  blessés , et  que  ie  luy  auois 
monstré  dixhuit  balles  que  i’auois 
tirées  des  corps  des  blessés  : et  qu'il  y 
en  auoit  encore  bien  d’auantage  que 
ie  n’auois  pas  pu  trouuer  ni  tirer,  et 
luy  dist  plus  de  bien  de  moy,  qu’il 
n’y  en  auoit  la  moitié.  Alors  le  Roy 
dist  qu’il  vouloit  que  ie  fusse  à son 
seruice , et  commanda  à monsieur  du 
Goguier  , son  premier  Médecin,  qu’il 
eust  à m’escrire  qu’il  me  relenoit  à 
son  seruice  pour  l’vn  de  ses  Chirur- 
giens ordinaires,  et  que  ie  l’allasse 
trouuer  à Reims  dedans  dix  ou  douze 
iours.  Ce  que  ie  lis  : là  où  il  me  fit 
ce.-t  honneur  de  me  commander  que 
i’eusse  à demeurer  auprès  de  luy,  et 
qu’il  me  feroil  du  bien.  Alors  ie  le 
remerciay  bien  umblement  de  l’hon- 
neur qu’il  luy  plaisoit  me  faii’e  de 
m’appeler  à son  seruice. 


VOYAGE  DE  METS.  — 1552. 

L’Empereur  ayant  assiégé  Mets 
auec  plus  de  six  vingts  mille  hommes, 
et  au  plus  fort  de  l’hyuer,  comme 
chacun  sçait  de  recente  mémoire  : et 
y auoit  en  la  ville  de  cinq  à six  mille 
hommes,  et  entre  autres  sept  Princes, 
à scauoir  monsieur  le  duc  de  Guise  , 
Lieutenant  du  Roy,  messieurs  d’An- 
guien  , de  Condé,  de  Montpensier,  de 
la  Roche-sur-Yon,  monsieur  de  Ne- 
mours, et  plusieurs  autres  gentils- 
hommes , auec  vn  nombre  de  vieux 
Capitaines  et  gens  de  guerre  : les- 
quels faisoient  soutient  des  saillies  sur 
les  ennemis  (comme  nous  dirons  cy 
après)  où  n’estoit  sans  qu’il  en  de- 


ET  VOYAGES.  70  1 


meurast  beaucoup  tant  d’vue  part 
que  d’autre.  Nos  gens  blessés  mou 
roienl  quasi  tous  , et  pensoit-on  que 
les  drogues  dont  ils  estoient  pensés 
fussent  empoisonnées.  Qui  fut  cause 
que  monsieur  de  Guise , et  messieurs 
les  Princes,  firent  tant  qu'ils  deman- 
dèrent au  Roy  que  s'il  estoit  possible, 
on  m’enuoyasl  vers  eux  auec  des  dro- 
gues, et  qu'ils  croyoienl  que  les  leurs 
fussent  empoisonnées  , veu  que  de 
leurs  blessés  peu  reschappoient.  le 
croy  qu’il  n’y  auoit  aucune  poison: 
mais  les  grands  coups  de  coutelas,  et 
d’harquebuses , et  l’extreme  froid, 
en  estoient  cause.  Le  Roy  fit  escrire 
à monsieur  le  Marcschal  de  sainct 
André,  qui  estoit  son  Lieutenant  à 
Verdun  , qu'il  trouunst  moyen  de  me 
faire  entrer  à Mets,  par  quelque  façon 
que  ce  fust  Le  seigneur  Marcschal  de 
sainct  André,  et  monsieur  le  Mares 
chai  de  Vieille-Ville,  gaignerent  vn 
Capitaine  Italien,  lequel  leur  promit 
m’y  faire  entrer , ce  qu’d  fil  : et  pour 
ce  , eut  quinze  cens  es<  11s  Le  Roy 
ayant  entendu  la  promesse  qu’auoil 
fait  le  Capitaine  Italien,  m’enuoyu 
quérir,  et  me  commanda  de  prendre 
de  son  Apothicaire  nommé  Daigne  , 
tant  et  telles  drogues  que  ie  verrois 
eslre  necessaires  pour  les  blessés  as- 
siégés : ce  que  ie  fis , tant  qu’vn  che- 
ual  de  poste  en  pouuoil  porter.  Le 
Roy  me  donna  charge  de  parler  à 
monsieurde  Guise,  et  aux  Princes  et 
Capitaines  qui  estoient  à Mets. 

Estant  arriué  à Verdun,  quelques 
iours  après  monsieur  le  Marcschal  de 
sainct  André  me  fil  bailler  des  che- 
uaux  pour  moy  et  pour  mon  homme, 
et  pour  le  Capitaine  Italien  , lequel 
parlait  fort  bon  Alleman,  Espagnol, 
et  Walon  , auec  sa  langue  mater- 
nelle. Lors  qu’estions  à huit  ou  dix 
lieues  prés  de  Mets  , n’allions  que  de 


nuit  : où  estant  prés  du  camp  ie  vis 
à plus  d’vne  lieuë  et  demie  des  feux 
allumés  autour  de  la  ville  , ressem- 
blant quasi  que  toute  la  terre  ardoit, 
et  m’estoit  aduis  que  nous  ne  pour- 
rions iamais  passer  au  trauers  de  ces 
feux  sans  estre  descouuerts  , et  par 
conséquent  estre  pendus  et  estranglés, 
ou  mis  en  pièces  , ou  payer  grosse 
rançon.  Pour  vray  dire  , i’eusse  bien 
et  volontiers  voulu  estre  encore  à 
Paris,  pour  le  danger  eminent  que  ie 
preuoyois.  Dieu  conduit  si  bien  nostre 
affaire,  que  nousenlrasmes  en  la  ville 
à minuit , auec  vn  certain  signal  que 
le  Capitaine  auoit  auec  vn  autre  Ca- 
pitaine de  la  compagnie  de  monsieur 
de  Guise  : lequel  seigneur  i’allay 
trouuer  en  son  lict,  qui  me  receut  de 
bonne  grâce,  estant  bien  ioyeux  de 
ma  venue.  le  luy  fis  ma  légation  de 
tout  ce  que  le  Roy  m’auoil  commandé 
luy  dire.  le  luy  dis  que  i auois  vne 
petite  lettre  à luy  bailler,  et  que  le 
lendemain  ie  ne  ferois  faute  la  luy 
donner.  Cela  fail  , commanda  qu’on 
medonnasl  logis,  et  que  ie  fusse  bien 
traité,  et  me  dist  que  ie  ne  faillisse 
le  lendemain  me  trouuer  sur  la  brè- 
che , où  ie  trouuerois  tous  les  Princes 
et  Seigneurs  et  plusieurs  Capitaines  : 
ce  que  ie  fis  : et  me  receurent  auec 
vne  grande  ioye , me  faisans  cest 
honneur  de  m'embrasser,  et  me  dire 
que  i’estois  le  bien  venu  : adioustans 
qu’ils  n’auoientplus  de  peur  de  mou- 
rir s’il  aduenoit  qu’ils  fussent  blessés. 

Monsieur  le  princejle  la  Roche- 
sur-Yon  fullepremier  qui  me  festoya, 
et  s’enquist  de  moy  ce  qu’on  disoit  à la 
Cour  de  la  ville  de  Mets.  le  luy  dis 
tout  ce  queie  voulus  Puis  subit  me 
pria  d’aller  voir  l’vn  de  ses  gentils- 
hommes , nommé  monsieur  de  Ma- 
gnane,  à présent  Cheualier  de  l’or- 
dre du  Roy  et  Lieutenant  des  gardes 


APOLOGIE 


702 

de  sa  Majesté,  lequel  eut  la  iambe 
rompue  d’vn  esclat  de  canon.  le  le 
trouuay  au  lit,  sa  iambe  ployée  et 
courbée,  sans  aucun  appareil  dessus  : 
parce  qu’vn  gentil-homme  lny  pro- 
mettoit  guarison  , en  ayant  son 
nom  et  sa  ceinture  , auec  certaines 
paroles  : et  le  pauure  gentil-homme 
pleuroit  et  crioit  de  douleur  qu’il 
sentoit,ne  dormant  ne  iour  ne  nuit,  il 
y auoit  quatre  iours.  Alors  ie  menrsoc- 
quay  fort  de  ceste  imposture  et  faulsc 
promesse  : promptement  ie  racous- 
tray  et  babillay  si  dexlrement  sa 
iambe,  qu’il  fut  sans  douleur  et  dor- 
mit toute  la  nuit  :et  depuis  fut,  grâces 
à Dieu,  guari,  et  est  encore  à présent 
viuant,  faisant  seruicc  au  Roy.  Ledit 
seigneur  de  la  Roche-sur-Yon  m’en- 
uoya  vn  tonneau  de  vin,  plus  gros 
qu’vne  pipe  d’Anjou,  en  mon  logis,  et 
me  fil  dire  que  lors  qu’il  seroit  beu, 
il  en  enuoycroit  d’autre.  C’estoil  à 
qui  me  traiteroit,  me  faisans  tous 
bonne  chere. 

Cela  fait , monsieur  de  Guise  me 
bailla  vne  liste  de  certains  Capitaines 
et  Seigneurs,  et  me  commanda  de 
leur  dire  ce  que  le  Roy  m’auoit  donné 
en  charge  : ce  que  ie  fis  : qui  estoit 
faire  ses  recommandations,  et  vn  re- 
merciement du  deuoir  qu’ils  auoient 
fait, et  faisoient  à la  garde  de  sa  ville 
de  Mets,  et  qu’il  le  reconnoistroit.  le 
fus  plus  de  huit  iours  pour  acquitter 
ma  charge,  parce  qu’ils  estoient 
plusieurs.  Premièrement  à tous  les 
Princes  et  autres,  comme  le  Duc  Ho- 
race, le  Comte  de  Martigues,  et  son 
frere  monsieur  de  Baugé , les  sei- 
gneurs deMonlmorency,el  d’Anuille, 
à présent  Mareschal  de  France,  mon- 
sieur de  la  Chapelle  aux  Vrsins,  Bon- 
niuel,  Carouge  auiourd’huy  gouuer 
neur  de  Rouen,  le  vidasme  de  Char- 
tres, le  comte  de  Lude,  monsieur  de 


Biron,  à présent  mareschal  de  France, 
monsieur  de  Randan,  la  Roche-fou- 
caut,  Bordaille  , d’Estrés  le  ieune, 
monsieur  desainct  Iebanen  Dauphiné, 
et  plusieurs  autres  qui  seroient  trop 
longs  à reciter  : et  mesmes  à plu- 
sieurs Capitaines  qui  auoient  tous 
bien  fait  leur  deuoir,  à la  defense  de 
leurs  vies  et  de  la  ville.  le  demanday 
puis  après  à monsieur  de  Guise,  qu’il 
luyplaisoit  que  ie  feisse  des  drogues 
quei’auois  apportées  :il  me  dist  que 
ie  les  départisse  aux  Chirurgiens  et 
Apoticaires,  et  principalement  aux 
pauures  soldats  blessés,  qui  esloient 
en  grand  nombre  à l’hoslel  Dieu  : ce 
que  ie  fis  : et  puis  asseurer  que  ne 
pouuois  assez  tant  faire  que  d’aller 
voir  les  blessés,  qni  m’enuoyoient 
quérir  pour  les  visiter  et  penser. 

Tous  les  seigneurs  assiégés  me  priè- 
rent de  solliciter  bien  soigneusement 
sur  tous  les  autres,  monsieur  de 
Pienne,  qui  auoit  esté  blessé  sur  la 
breche,  d’vn  esclat  de  pierre  d’vn 
coup  de  canon,  à la  temple,  auec 
fracture  et  enfonceure  de  l’os.  On 
me  dist  que  subit  auoir  receu  le  coup, 
tomba  en  terre  comme  mort,  et  ietta 
le  sang  par  la  bouche , par  le  nez  et 
par  les  oreilles,  auec  grands  vomis- 
semens,  et  fut  quatorze  iours  sans 
pouuoir  parler,  ny  ratiociner  : aussi 
luy  suruindrent  des  tressaillemens 
approchons  de  spasme , et  eut  tout  le 
visage  enflé  et  fort  liuide.  Il  fut  tré- 
pané à coslé  du  muscle  temporal,  sur 
l’os  coronal.  le  le  pensay  auec  autres 
Chirurgiens,  et  Dieu  le  guarist  : et 
auiourd’huy  est  encore  viuant,  Dieu 
merci. 

L’Empereur  faisoit  faire  la  batterie 
de  quarante  doubles  canons,  où  la 
poudre  n’estoit  espargnée  iour  ny 
nuit.  Subit  que  monsieur  de  Guise  vit 
l’artillerie  assise  et  braquée  pour  faire 


ET  VOYAGES. 


brecbe , fit  abbattre  les  maisons 
les  plus  proches  pour  remparer,  et 
les  pouitres  et  soliues  estoient  ar- 
rengéesbout  à bout,  et  entre  (leux 
des  fascines,  de  la  terre,  des  liels  et 
balles  de  laine  : puis  on  remet  toit 
encore  par  dessus  autres  pouitres  et 
soliues  , comme  dessus.  Or  beaucoup 
de  bois  des  maisons  des  faulx  bourgs 
qui  auoient  esté  mises  par  terre  (de 
peur  que  l’ennemy  ne  s’y  logeasl  au 
couuert,  et  qu'ils  ne  s’aidassent  du 
bois),  seruil  bien  à remparer  la  bre- 
cbe. 1 ont  le  monde  esloit  empeschéà 
porter  la  terre  pour  la  remparer  mul- 
et nuicl.  Messieurs  les  Princes,  Sei- 
gneurs, et  Capitaines,  Lieutenans, 
Enseignes,  portoient  tous  la  hotte, 
pour  donner  exemple  aux  soldats  et 
citoyens  à faire  le  semblable  : ce  qu’ils 
faisoienl,  voire  iusques  aux  dames  et 
damoiselles,  et  ceux  qui  n’auoient 
des  hottes  s aidoienl  de  chauderons, 
panniers,  sacs,  linceuls,  et  tout  ce 
qu’ils  pouuoient  pour  porter  la  terre  : 
en  sorte  que  l’ennemy  n’auoit  point 
si  tost  abbalu  la  muraille,  qu’il  ne 
trouuast  derrière  vu  rempart  plus 
fort.  La  muraille  estant  tombée,  nos 
soldats  crioienl  à ceux  de^dehors,  Ma 
regnard  , au  regnard  , au^regnard:  et 
se  disoienl  mille  iniures  les  vns  aux 
autres.  Monsieur  de  Guise,  fil  defense 
sous  peine  de  la  vie,  que  nul  n'eusl  à 
panel  a ceux  ne  dehors,  de  peur  qu’il 
n'y  eusî  quelque  traislre  qui  leur 
durmast  aduerlissemenl  de  ce  qu’on 
fiiisoit  dedans  la  ville.  La  defense 
faite,  attachèrent  des  chats  viuansau 
bout  de  leurs  piques,  et  les  mettoient 
sur  la  muraille,  et  crioienl  auec  les 
chats,  Miaut,miaut,  miaut.  Véritable- 
ment les  Impériaux  auoient  grand 
despit  d auoir  esté  si  long  temps  à 
faire  brecbe  auec  grande  despense, 
qui  esloit  large  de  quatre  vingls  pas, 


703 

pour  entrer  cinquante  hommes  de 
front,  où  trouuerentvn  rempart  plus 
fort  que  la  muraille.  lisse  iettoient 
survies  pauures  chats,  et  les^tiroient 
à coups  de  harquebuses  comme  l’on 
fait  au  papegault. 

Nos  gens  ; faisoient  souuent’des  sor- 
ties, par  le  commandement  de  mon- 
sieur de  Guise.  Vn  iour  deuant  il  y 
auoit  presse  à se  faire  enroller  .de 
ceux  qui  deuoient  sortir,  et  principa- 
lement la  ieune  noblesse , menés  par 
Capitaines  expérimentés,  dé  maniéré 
que  c estoit  (leur  faire;, vne  grande 
faueur  de  permettre  de  sortir  et  cou- 
rir sus  l’ennemy  : et  sortoient  tou- 
jours en  nombre  de  cent  ou  de  six 
vingls  bien  armés,  auec  rondaehes, 
coutelas,  harquebuses  et  pistoles, 
piques,  perluisanes,  et  halebardes  : 
lesquels)  alloient  (iusques  aux'g  tran- 
chées les  resueiller  en  sursaut.  Là  où 
l’alarme  se  donnoit  en  tout  leur  camp, 
et  leurs  tabourins  sonnoient  plan , 
plan,  ta,  ti  la.  ta,  ta,  ti,  ta,tou,touf, 
touf.  Pareillement  fleurs  trompettes 
et  clairons  ronfloient  et  sonnoient 
bonite  selle,  botitte  selle  , boutte  selle  , 
monte  à chei  al,  monte  a chtual,  monte 
à cheual , boutte  selle,  monte  à\caual,à 
canal.  Et  tous  leurs  soldats  crioienl 
à l'ai  me  , à l’arme , à l’arme  , aux 
armes,  aux  armes,  aux  arme  - , à l’arme, 
aux  armes,  à l’aime, %'aux  armes,  à 
l’arme,  comme  l’on  fait  la  huée  après 
les  loups,  et  tous  diuers  langages , 
selon  les  nations  : et  les  voyoil-on 
sortir  de  leurs  tentes  et  petites  loges, 
drus  comme  fourmillons  lors  qu’on 
descouure  leurs  fourmillieres , pour 
secourir  leurs  compagnons  qu’on  de- 
gosilloil  comme  moutons.  La  caual- 
lerie  pareillement  venoit  de  toutes 
parts  au  grand  gailop,  patati, patata, 
pat  ali,  patata,  pa,  ta,  ta,  patata,  pata, 
ta,  et  leur  lardoit  bien  qu’ils  ne  fussent 


APOLOGIE 


704 

à la  meslée  où  les  coups  se  dépar- 
taient, pour  en  donner  et  en  recetioir. 
Et  quand  les  noslres  se  voyoient 
forcés,  reuenoient  en  la  ville  tous- 
iours  en  combattant,  et  ceux  qui  cou- 
roient  après  estaient  repoussés  à 
coups  d’artillerie,  qu’on  auoit  chargée 
de  cailloux  et  gros  carreaux  de  fer 
de  flgure  quarrée  et  triangle.  Et  nos 
soldats  qui  esloient  sur  ladite  murail- 
le, faisoienlvne  escopelerie  et  pleu- 
uoir  leurs  balles  sur  eux  dru  comme 
gresle,  pour  les  renuoyer  coucher, 
où  plusieurs  demeuroienl  en  la  place 
du  combat  : et  nos  gens  aussi  ne  s’en 
reuenoient  tous  leur  peau  enliere,  et 
en  demeuroient  tousiours  quelques- 
vns  pour  la  disme,  lesquels  esloient 
ioyeux  de  mourir  au  iict  d’honneur. 
El  là  où  il  y auoit  vn  cheual  blessé, 
il  estait  escorcbé  et  mangé  par  les  sol 
dats  : c’esloit  en  lieu  de  bœuf  et  de 
lard.  Et  pour  penser  nos  blessés,  c’es- 
loit à moy  à courir.  Quelques  iours 
après  on  faisoil  autres  sorties,  qui 
faschoient  fort  les  ennemis  , pource 
qu’on  les  laissoit  peu  dormir  à seu- 
relé. 

Monsieur  de  Guise  fit  vn  strata- 
gème ou  ruse  de  guerre  : c’est  qu’il 
enuoya  vn  paysan , qui  n’estoit  pas 
trop  habile  homme,  auec  deux  paires 
de  lettres  vers  le  Roy,  auquel  il 
donna  dix  escus,  et  promesse  que  le 
Roy  luy  en  donneroit  cent , pourueu 
qu’il  luy  baillasl  ses  lettres  En  l’vne 
il  luy  mandoil  quel’ennemy  ne  faisoit 
nul  semblant  de  se  relirer,  et  à toutes 
forces  faisoit  vne  grande  breche  : 
qu’il  esperoit  la  bien  garder,  iusques 
à y employer  sa  vie  et  celle  de  tous 
ceux  qui  esloient  dedans  : et  qui;  si 
l’ennemy  eust  aussi  bien  assise  son 
artillerie  en  vn  certain  lieu  qu’il 
nommoit,  à grande  difficulté  l’eust 
on  peu  garder  qu’il  n’eust  entré  de- 


dans, attendu  que  c’estoit  le  lieu  le 
plus  foible  de  toute  la  ville  : mais 
bien  lost  il  esperoit  de  !e  bien  rem- 
parer,  en  sorte  qu’on  11’y  pourroit 
entrer.  L’vne  de  ces  lettres  luy  fut 
cousue  en  la  doublure  de  son  pour- 
point , et  luy  fut  dit  qu’il  se  donnast 
bien  garde  de  le  dire  à personne  : et 
luy  en  fut  donné  vne  autre,  là  où 
inondit  seigneur  de  Guise  mandoit  au 
Roy,  que  luy  et  tous  ses  assiégés  es- 
peroient  de  bien  garder  la  ville,  et 
autre  chose  que  ie  laisse  icy  à dire.  Il 
fil  sortir  ce  paysan  la  nuit , où  il  fut 
pris  par  vn  corps  de  garde , et  mené 
au  duc  d’Albe,  pour  prendre  langue 
de  ce  qu’on  faisoit  en  la  ville  : et  luy 
fut  demandé  s’il  auoit  des  lettres  : dist 
que  ouy,  et  leur  en  bailla  vne  : et 
l’ayant  veuë,  luy  fut  demandé  par 
serment  s'il  n’en  auoit  point  d’autre, 
dist  que  non  : lors  fut  fouillé,  et  luy 
fut  li  ouuée  celle,  qu’il  auoit  cousue  à 
son  pourpoint,  et  le  panure  messager 
fut  pendu  et  eslranglé. 

Lesdites  lettres  furent  communi- 
quées à l’empereur,  lequel  fit  appcl- 
ler  son  conseil,  là  où  il  fut  résolu , 
puisque  on  n’auoit  peu  rien  faire  à la 
première  breche,  que  promptement 
l’artillerie  seroit  menée  à l'endroit 
qu'on  estimoit  le  plus  foible  : là  où  ils 
firent  grands  efforts  à refaire  vne 
autre  breche  , et  sapperent  et  minè- 
rent la  muraille,  et  taschoient  à sur- 
prendre la  tour  d’Enfer,  neantmoins 
n’oserent  venir  à l’assaut.  Le  duc 
d’Albe  remonslra  à l’Empereur,  que 
tous  les  iours  les  soldats  mouroient, 
voire  au  nombre  de  plus  de  deux 
cens,  et  qu’il  y auoit  aussi  peu  d’es- 
pérance d’entrer  en  la  ville , veu  le 
temps,  et  le  grand  nombre  de.  gens 
de  guerre  qui  y esloient  L’Empereur 
demanda  quelles  gens  c’estoient  qui 
se  mouroient,  et  si  c’estoient  gentils- 


F.T  VOYAGES 


hoinmeset  hommes  de  remarque:  luy 
Tut  fail  response  que  c’estuient  tous 
panures  soldais.  Alors  dist  qu’il  n’y 
auoit  point  de  danger  qu’ils  mourus- 
sent , les  comparant  aux  chenilles, 
sauterelles  et  hannetons  qui  mangent 
les  bourgeons  et  autres  biens  de  la 
terre,  et  que  s’ils  esloient  gens  de 
bien,  ils  ne  seroient  en  son  camp 
pour  six  liures  par  mois,  et  parlant 
qu'il  n’y  auoit  nul  danger  qu'ils 
mourussent.  D’auanlage,  disoit  qu’il 
ne  partiroit  iamais  de  deuant  la  ville 
qu’il  ne  la  prist,  par  force  ou  par 
famine,  quand  ildeuroit  perdre  toute 
son  armée  : à causedu  grand  nombre 
de  Princes  qui  y estoient  enfermés, 
auec  la  plus  grande  part  de  la  no- 
blesse de  France,  desquels  il  esperoit 
qu’ils  payeroient  au  quadruple  sa 
despense,  et  iroit  encore  vne  fois  à 
Paris  pour  visiter  les  Parisiens,  et  se 
faire  Roy  de  tout  le  royaume  de 
France. 

MonsicurdeGuise  auec  les  Princes, 
Capitaines etsoldats,  et  geneialement 
tous  les  citoyens  de  la  ville,  ayans  en- 
tendu l'intention  de  l’Empereur  qui 
estoit  de  nous  tous  exterminer  : aiors 
il  ne  fut  permis  aux  soldats  et  ci- 
toyens, et  mesme  aux  Princes  et  Sei- 
gneurs, de  manger  marée  fraîche  ny 
venaison  : pareillement  aucunes  per- 
drix, becaces,  alloüetles,  francolins, 
pluuiers  et  autres  gibiers,  de  peur 
qu'ils  eussent  acquis  quelque  air  pes- 
tilent,  qui  nous  cust  peu  donner  vne 
contagion  : mais  auraient  à se  con- 
tenter de  l’amonuion,  à sçauoir  du 
biscuit,  bœufs,  vaches  salées,  lards, 
ceruelas,  iambons  de  Maïence  : sem- 
blablement poissons,  comme  molues, 
merlus,  saulmons,  alouses  , tonnine, 
balaine,  anchois,  sardines,  harencs  : 
aussi  poix  , féues,  ris,  ails  , oignons, 
pruneaux,  fromages,  beurre,  huile 
ni. 


700 

et  sel  ; poyure,  gingembre,  mani- 
guel,  et  autres  espiceries  pour  mettre 
en  nos  paliccries  : principalement  des 
cheuaux,  qui  sans  cela  auraient  vn 
tres-mauuaisgousl. Plusieurs  citoyens 
ayans  des  iardins  en  laviile,yauoient 
enterré  grosses  raues,  nauels,  carot- 
tes et  porreaux,  qu’ils  gqrdoient  bien 
et  chèrement , pour  l’e.xtreme  néces- 
sité de  la  faim.  Or  toutes  ces  muni- 
tions estoient  distribuées  par  poids, 
mesure  et  iuslice,  selon  la  qualité  des 
personnes,  parce  que  nous  ne  sca- 
uions  pas  combien  de  temps  le  siège 
durerait-  Car  ayant  entendu  de  la 
bouche  de  l’Empereur  qu’il  ne  parti- 
roit iamais  de  deuant  Mets  qu’il  ne 
l’eust  prise  par  force  ou  par  famine  : 
alors  les  viures  furent  retranchés,  en 
sorte  que  ce  qu’on  distribuoit  à trois 
soldats  estoit  baillé  pour  quatre  : et 
delense  à eux  de  vendre  le  reste  qui 
pouuoit  demeurer  de  leur  repas,  mais 
permis  le  donner  à leurs  goujats. 
Et  se  leuoient  tousiours  de  table 
auec  appétit,  de  peur  qu’ils  fussent 
suiels  à prendre  medecine.  Et  au- 
parauant  nous  rendre  à la  mercy  des 
ennemis,  auions  délibéré  démanger 
plustosl  lesasnes,  mulets  et  cheuaux, 
chiens,  chats  et  rats  , voire  nos  bot- 
tes et  collets,  et  autres  cuirs  qu’on 
eustpeu  amollir  et  fricassée.  Généra- 
lement tous  les  assiégés  délibéreront 
de  valeureusement  se  defendreauec 
toutes  machines  de  guerre  : à sçauoir, 
de  braquer  et  charger  l’artillerie  (à  la 
pantiere  do  la  breche)  de  boulets, 
cailloux,  clous  de  charrette,  car- 
reaux,et  chaisnes  de  fer  : aussi  toutes 
especes  et  différences  d’artifices  de 
feu,  comme  boettes,  bariquades, 
grenades,  pots,  lances,  torches  et 
fusées  , cercles  entourés  de  chausses- 
trappes , fagots  bruslans  : d’abon- 
dant eau  bouillante  et  plomb  fondu, 

45 


APOLOGIE 


70G 

et  poudre  de  chaux  viue,  pour  leur 
creuer  les  yeux.  Aussi  eust-on  percé 
les  maisons  de  coslé  cl  d’aulre  pour 
y loger  des  harquebusiers  , pour  les 
battre  en  flanc  el  les  haster  d’aller, 
ou  les  faire  du  tout  demeurer.  Pareil- 
lement on  eust  donné  commission  aux 
femmes  de  depauer  les  rues,  et  leur 
ieller  par  les  feneslres  des  miches  de 
sainct  Eslienne,  busches,  tables,  tré- 
teaux , bancs  et  escabelles , qui  leur 
eussent  effondré  la  cerueile.  D’auan- 
tagcil  y auoit  vn  peu  plusauantvn 
gros  corps  de  garde  remparé  de  char- 
rettes et  palissades,  tonnes  et  ton- 
neaux, el  bariquades  remplis  de  terre 
pour  seruir  de  gabions,  entrelardés 
de  fauconneaux  et  faucons,  pièces  de 
campagne,  liarquebuses  à croq , et 
harquebuses  et  pistoles,  et  artifices 
de  feu  , qui  leur  eussent  rompu  ïam- 
bes et  cuisses,  de  façon  qu’ils  eussent 
esté  battus  en  leste,  en  flanc  et  en 
queue  : et  où  ils  eussent  forcé  ce 
corps  de  garde  , il  y en  eust  eu  d’au- 
tres aux  carrois  des  rues,  de  cent  pas 
en  cent  pas,  qui  eussent  esté  autant 
mauuais  garçons  ou  plus  que  les  pre- 
miers : et  n’eusl  esté  sans  faire  beau- 
coup de  femmes  vefues  et  orfelins. 
Et  si  la  fortune  eust  tant  voulu  contre 
nous,  qu’ils  eussent  fendu  et  rompu 
nos  corps  de  gardes , il  y eust  eu  en- 
core sept  gros  liocs  el  baslillons  or- 
donnés en  quarréet  en  triangle,  pour 
combattre  tous  ensemble,  accompa- 
gnés chacun  d’vn  Prince,  pour  leur 
donner  hardiesse  de  mieux  combat- 
tre el  mourir  tous  ensemble,  iusques 
au  dernier  souspir  de  leur  ame.  D’a- 
uantage,  ilsestoient  tous  résolus  que 
chacun  porteroit  leurs  thresors,  ba- 
gues et  ioyaux,  et  leurs  meubles  les 
meilleurset  plusricheset  plus  beaux, 
pour  les  brusler  en  la  grande  place 
cl  les  mettre  en  cendres , de  peur  que 


les  ennemis  ne  s’en  preualussent  et 
en  fissent  trophée.  Pareillement  il  y 
auoit  gens  qui  eussent  eu  charge  de 
mettre  le  feu  et  brusler  toutes  les 
munitions,  ensemble  d’effondrer  aux 
caues  tous  les  vaisseaux  à vin  : au- 
tres de  mettre  le  feu  en  chacune 
maison,  pour  brusler  nos  ennemis  et 
nousensemble.  Lescitoyens  l’auoient 
ainsi  tous  accordé , plustost  que  de 
voir  le  Cousteau  sanglant  sur  leur 
gorge  et  leurs  femmes  et  filles  violées 
et  prendre  à force,  par  les  Espagnols 
cruels  et  inhumains. 

Or  nous  auions  certains  prisonniers 
que  monsieur  de  Guise  renuoya  sur 
leur.foy,  ausquels  taciturnement  on 
auoit  voulu  qu’ils  conceussent  nostre 
derniere  volonté  et  desespoir,  lesquels 
estant  arriués  en  leur  camp,  ne  diffé- 
rèrent de  la  publier  : qui  fut  cause  de 
refrener  la  grande  impétuosité  et  vo- 
lonté des  soldats,  de  non  plus  vouloir 
entrer  dans  la  ville  pour  nous  couper 
la  gorge,  et  s’enrichir  de  nostre  pil- 
lage. L’Empereur  ayant  entendu  ceste 
deliberation  de  ce  grand  guerrier  ’ 
monsieur  de  Guise , mit  de  l’eau  en 
son  vin,  et  refréna  sa  grande  cholere, 
disant  qu’il  ne  pourroit  entrer  en  la 
ville  sans  faire  vne  bien  grande  bou- 
cherie et  carnage,  et  espandre  beau- 
coup de  sang,  tant  des  defendansque 
des  assaillons , et  fussent  tous  morts 
ensemble  , et  à la  fin  il  n’eust  sceu 
auoir  autre  chose  que  des  cendres  : et 
qu’aprés  on  eust  peu  dire  que  c'eust 
esté  vne  pareille  destruction  que  celle 
de  la  ville  de  lerusalem,  faite  jadis  par 
Titus  et  Vespasian.  L’Empereur  donc 
ayant  entendu  nostre  derniere  réso- 
lution , et  voyant  le  peu  qu’il  auoit 
auancé  par  sa  batterie,  sappes  et  mi- 
nes, et  la  grand’  peste  qui  estoit  en 
tout  son  camp,  et  l’indisposition  du 
temps , et  la  nécessité  de  viures  et 


ET  VOYAGKS. 


d’argent,  et  que  ses  soldats  se  des- 
bandoierit  et  par  grandes  troupes 
s’en  alloient  : conclud  en  fin  se  reti- 
rer, accompagné  de  la  cauallerie  de 
son  auant-garde,  auec  la  plus  grande 
part  deson  artillerie  et  de  la  bataille. 
Le  Marquis  de  Brandebourg  fut  le 
dernier  qui  deslogea  , soustenu  de 
quelques  bandes  d’Espagnols,  de  Boc- 
iuiens,etses  compagnies  d’AIIemans, 
et  y demeura  après  vne  iournée  et 
demie,  au  grand  regret  de  monsieur 
de  Guise,  lequel  fit  sortir  de  la  ville 
quatre  pièces  d’artillerie  qu’il  fit  tirer 
sur  luy  à tort  et  à trauers,  pour  le 
haster  d’aller  : ce  qu’il  fit  bien  tosl , 
auec  toutes  ses  troupes.  Estant  à vn 
quart  de  lieue  de  Mets,  fut  espris  d’ vne 
frayeur,  craignant  que  nostre  caual- 
lerie ne  luy  donnast  sur  la  queue  : qui 
fut  cause  qu’il  fit  mettre  le  feu  en  ses 
poudres  de  munition , et  laisser  quel- 
ques pièces  d’artillerie,  et  beaucoup 
de  bagage  qu’il  ne  sceut  faire  mener, 
pource  que  l’auant-garde  et  la  ba- 
taille et  les  gros  canons  auoient 
rompu  et  effondré  les  chemins.  Nostre 
gendarmerie  vouloit  à toutes  forces 
sortir  de  la  ville  pour  luy  aller  donner 
en  queue  : mais  monsieur  de  Guise  ne 
le  voulut  iamais  permettre  , ains  au 
contraire  leur  dist  qu’on  leurdeuoit 
plustost  applanir  les  chemins,  et  leur 
faire  des  ponts  d’or  et  d’argent  poul- 
ies laisser  aller,  ressemblant  au  bon 
pasteur  et  berger,  qui  ne  veut  perdre 
vne  seule  de  ses  ouailles. 

Voila  comme  nos  chers  et  bien  ai- 
més Impériaux  s’en  allèrent  de  de- 
uant  Mets,  qui  fut  le  lendemain  de 
Noël , au  grand  contentement  dos  as- 
siégés, et  louange  des  Princes,  Sei- 
gneurs, Capitaines,  et  soldats,  qui 
auoient  enduré  les  trauaux  de  ce 
siégé  l’espace  de  deux  mois.  Toulesfois 
ne  s’en  allèrent  pas  tous,  il  s’en  fallut 


7°7  . 

plus  de  vingt  mille,  qui  esloient  morts 
tant  par  l’artillerie  et  coups  de  main, 
que  de  la  peste,  du  froid,  et  delà  faim 
(et  de  despit  et  grand  rage  qu’ils  ne 
pouuoient  entrer  en  la  ville  pour 
nous  couper  la  gorge,  et  en  auoir  le 
pillage)  et  aussi  moururent  grand 
nombre  de  leurs  cheuaux,  desquels 
en  auoient  mangé  la  plus  grand 
part,  en  lieu  de  bœuf  et  de  lard.  On 
alla  où  ils  auoient  campé,  où  l’on 
trouua  plusieurs  corps  morts  non 
encore  enterrés  , et  la  terre  toute  la- 
bourée, comme  l’on  voit  le  cime- 
lieresainct  Innocent  durant  quelque 
grande  mortalité.  En  leurs  tentes, 
pauillons  et  loges,  y auoient  laissé 
pareillement  plusieursmalades.  Aussi 
boulets,  armes,  charrettes,  chariots 
et  autres  bagages , auec  vn  grand 
nombre  de  pains  de  munition,  gastcs 
et  pourris  par  les  neiges  et  pluyes  : 
encore  les  soldats  n’en  auoient  pas 
que  par  mesure  et  compas.  Et  sem- 
blablement laissèrent  grande  proui- 
sion  de  bois,  du  reste  des  maisons 
qu'ils  auoient  démolies  et  abbatlues, 
des  villages  à deux  et  à (rois  lieues 
d’alentour  : pareillement  plusieurs 
autres  maisons  de  plaisance  , appar- 
tenans  aux  citoyens,  accompagnées 
de  iardins  et  beaux  vergers , remplis 
de  diuers  arbres  fruitiers  : aussi  sans 
cela  ils  fussent  tous  transis  et  morls 
du  froid,  et  eussent  esté  contraints 
de  leuer  plustost  le  siégé.  Mordit 
seigneur  de  Guise  fit  enterrer  les 
morts , et  traiter  leurs  malades.  Pa- 
reillement les  ennemis  laissèrent  en 
l’Abbaye  de  S.  Arnoul  beaucoup  de 
leurs  soldats  blessés,  qu’ils  n’eurent 
moyen  de  faire  emmener.  Mondit 
seigneur  de  Guise  leur  enuoya  à tous 
viures  à suffisance,  et  me  commanda 
et  aux  autres  Chirurgiens  de  les  aller 
penser  et  medicamenter  : ce  que  nous 


APOLOGIE 


708 


faisions  de  bonne  volonté  : et  croy 
qu'ils  n’eussent  fait  le  semblable 
enuers  les  nostres,  parce  que  l’Espa- 
gnol est  tres-eruel,  perfide  et  inhu 
main , et  partant  ennemy  de  toutes 
nations-:  ce  qui  se  preuue  par  Lopez 
Espagnol  et  Benzo  Milanois,  et  au- 
tres qui  ont  escrit  l’histoire  de  l’Ame- 
rique  et  Inde  Occidentale,  ont  esté 
contraints  confesser  que  la  cruauté, 
auarice,  blasphèmes  et  meschancelé 
des  Espagnols  , ont  du  fout  aliéné  les 
pauures  Indiens  de  la  religion  que 
lesdits  Espagnols  disoient  tenir  : et 
tous  escriuent  qu’ils  valent  moins 
que  les  Indiens  Idolâtres,  par  le  cruel 
traitement  fait  ausdits  Indiens. 

Et  quelquesiours  après,  enuoya  vnc 
trompette  à Thionuille  versles  enne- 
mis, qu’ils  eussent  à renuoyer  quérir 
leurs  blessés  en  bonne  seureté  : ce 
qu’ils  firent  auec  charrettes  et  cha- 
riots, mais  non  à suffisance.  Monsieur 
de  Guise  leur  fit  bailler  charrettes  et 
charliers,  pour  les  aider  à conduire 
audit  Thionuille.  Nosdits  charliers 
estans  de  retour,  nous  rapportèrent 
que  les  chemins  esloient  tous  paués 
de  corps  morts,  et  n’en  ramenèrent 
iamais  la  moitié,  car  ils  mouroient 
en  leurs  charrettes  : et  les  Espagnols 
les  voyans  eslre  aux  traits  de  la 
mort,  auparauant  qu'ils  eussent  ietlé 
le  dernier  souspir , les  ietloient  hors 
leurs  charrettes,  et  les  er.seuelis- 
soient  en  la  boue  et  fange,  disans 
qu’ils  n’auoient  nulle  commission  de 
l’emmener  les  morts.  D’abondant  nos- 
dits charliers  disoient  auoir  trouué 
par  les  chemins  beaucoup  de  char- 
rettes embourbées,  chargées  de  ba- 
gages, qu’ils  n’osoienl  renuoyer  que- 
rir , craignans  que  ceux  de  Mets  ne 
leur  courussent  sus. 

le  veux  encore  retourner  à la  cause 
de  leur  mortalité,  qui  estoit  princi- 


palement de  la  faim,  peste,  et  du 
froid  : car  la  neige  estoit  sur  la  terre 
plus  de  hauteur  de  deux  pieds , et  es- 
loient logés  en  des  cauernes  sous 
terre  , couuertes  d’vn  peu  de  chaume 
seulement.  Ncantmoins  que  chacun 
soldat  auoit  son  lit  de  camp  et  vne 
couuerlure  toute  semée  d’estoiles 
luisantes  et  brillantes,  plus  claires 
que  fin  or  : et  tous  les  iours  auoient 
draps  blancs,  et  logés  à l’enseigne  de 
la  Lune,  et  faisoient  bonne  chere 
quand  ils  auoient  dequoy  : et  payoient 
si  bien  leur  hoste  dés  le  soir,  que  le 
matin  s’en  alloient  quilles,  secouant 
les  oreilles.  Et  ne  leur  falloit  nul 
peigne  pour  deslacher  le  duuet  et  la 
plume  de  contre  leurs  barbes  et  clie- 
ueux  : et  trouuoient  tousiours  nappe 
blanche,-  perdans  de  bons  repas  par 
faute  de  viandes.  Aussi  la  plus  grande 
part  n’auoit  bottes , ny  bottines,  pan- 
toufles, chausses,  ny  souliers  : et  plu- 
sieurs aimoient  mieux  n’en  auoir 
point  que  d’en  auoir,  pource  qu’ils 
esloient  tousiours  en  la  fange  iusques 
à my-iambes  : et  à cause  qu’ils  al- 
loient nuds  pieds , nous  les  appellions 
les  Apostres  de  l'Empereur. 

Après  que  le  camp  fut  entièrement 
rompu , ie  dislribuay  mes  malades 
entre  les  mains  des  Chirurgiens  de  la 
ville , pour  les  paracheuer  de  penser  : 
puis.ie  pris  congé  de  monsieur  de 
Guise , et  m’en  reuins  deuers  le  Roy , 
qui  me  îeceut  auec  bon  visage,  le- 
quel me  demanda  comme  i’auois  peu 
entrer  en  sa  ville  de  Mets.  le  luy  ra- 
contay  entièrement  tout  ce  que  i’a- 
uois fait.  Il  me  fit  donner  deux  cens 
cscus,  et  cent  que  i'auois  eu  au  par- 
tir : et  me  dist  qu’il  ne  me  lalsseroit 
iamais  panure.  Alors  ie  le  remerciay 
tres-humblement  du  bien  et  de  l’hon- 
neur qu’il  luy  plaisoit  me  faire. 


TT 


VOYA'JE  PE  11EDIN.  — 1553. 

L’Empereur  Charles  fit  assiéger 
la  villedel’heroüenne.où  monsieur  le 
Duc  de  Sauoye  esloit  general  de 
toute  l’armée.  Elle  fut  prise  d'assaut, 
où  il  y eut  de  nos  gens  grand  nombre 
de  tués  et  de  prisonniers. 

Le  Roy,  voulant  preuoir  que  l’en- 
nemy  ne  vint  aussi  assiéger  la  ville 
et  chasteau  de  Hedin,  enuoya  mes- 
sieurs le  Duc  de  Bouillon  , le  Duc 
Horace,  le  Marquis  de  Villars,  et  vn 
nombre  de  Capitaines,  et  enuiron  dix- 
huit  cens  soldats:  et  pendant  le  siégé 
de  Theroüenne,  lesdils  seigneurs  fi- 
rent fortifier  ledit  chasteau  de  Hedin, 
de  façon  qu’il  sembloit  eslre  impre- 
nable. Le  Roy  m’enuoya  vers  lesdils 
seigneurs  pour  les  secourir  de  mon 
art,  si  d’aduenlure  ils  en  auoient  af- 
faire. 

Or  tost  après  la  prise  de  Theroüen- 
ne, nous  fusmes  assiégés  de  l’armée. 
11  y auoit  vue  viue  et  claire  fontaine 
à la  portée  de  noslre  canon,  où  il  y 
auoit  enuiron  quatre  vingts  ou  cent 
goujats  et  putains  de  nos  ennemis, 
qui  estoient  autour  de  ceste  fontaine 
pour  puiser  de  l’eau.  I’estois  sur  vn 
rampart  regardant  asseoir  le  camp  : 
et  voyant  ceste  multitude  de  fai- 
néants autour  de  ladite  fontaine,  ie 
priay  monsieur  du  Pont,  commissaire 
de  l’artillerie, de  faire  tirer  vn  coup  de 
canon  à ceste  canaille  : il  m’en  fit 
grand  refus,  me  remonstranl  que  tou- 
te ceste  maniéré  de  gens  ne  vaudroit 
point  la  poudre  qu’on  y despendroit. 
De  rechef  le  priay  de  braquer  le  ca- 
non, luy  disant  que  plus  de  morts 
moins  d’ennemis,  ce  qu’il  fit  par  ma 
priere  : et  de  ce  coup  en  furent  tués 
quinze  ou  seize,  et  beaucoup  de 


blessés.  Nos  soldats  firent  saillies  sur 
les  ennemis , où  il  en  fut  beaucoup  de 
tués  et  blessés  de  coups  d’harque- 
buses  et  de  main,  tant  d’vne  part  que 
d’autre  : et  nos  soldats  faisoient  sou- 
uent  des  saillies  sur  les  ennemis,  au- 
parauant  que  leurs  tranchées  fussent 
faites,  là  où  i’eus  beaucoup  de  be- 
songne  taillée  : de  façon  que  n’auois 
repos  ny  iour,  ny  nuit,  à penser  les 
blessés. 

Et  diray  cecy  en  passant,  que  nous 
en  auions  mis  beaucoup  en  vue 
grosse  tour,  couchés  sur  vn  peu  de 
paille  : et  leurs  oreillers  estoient  de 
pierres  , leurs  couuerlures  estoient 
manteaux,  à ceux  qui  en  auoient. 
Lorsque  la  batterie  se  faisoit,  autant 
de  coups  que  leurs  canons  (iroient , 
les  malades  disoient  sentir  douleur 
en  leurs  playes,  comme  si  on  leur 
cust. donné  des  coups  de  baston  : l'vn 
crioit  la  teste,  l’autre  le  bras,  et 
ainsi  des  autres  parties:  et  à plusieurs 
leurs  playes  resaignoient,  voire  en 
plus  grande  abondance  qu’à  l’heure 
qu’ils  furent  blessés,  et  lors  c’esloit  à 
moy  à courir  pour  les  estancher.  Mou 
petit  maislre , si  vous  eussiez  esté  là  , 
vous  eussiez  esté  bien  empesché  auec 
vos  fers  ardens.  Il  vous  eust  fallu 
beaucoup  de  charbon  pour  les  rou- 
gir, et  croy  qu’on  vous  eust  assommé 
comme  vn  veau  pour  ceste  cruauté. 
Or  par  ceste  tempeste  diabolique  de 
l’eclio  de  ceste  machine  canonique, 
et  grande  et  vehemente  agitation  de 
la  collision  de  l’air,  retentissant  aux 
playes  de  ces  blessés , plusieurs  mou- 
roient  : et  d’autres  parce  qu'ils  ne 
pouuoient  reposer , à cause  des  cla- 
meurs et  cris  qu’ils  faisoient  iour  et 
nuit, et  aussi  faute  de  bons  aiimens, 
et  autres  traitemens  necessaires  aux 
blessés.  Or  mon  petit  maislre,  si  vous 
eussiez  esté  là  , vous  eussiez  bien  peu 


7»o 


APOLOGIE 


leur  donner  de  la  gelée,  reslaurans, 
coulis,  pressis,  panade,  orge-inon- 
dés, amandes,  blanc-manger,  pru- 
neaux, raisins  de  damas  , et  autres 
viandes  propres  aux  malades  : voslre 
ordonnance  eust  esté  seulement  ac- 
complie en  papier,  mais  à l'effet  ils 
n’eussent  sceu  autre  chose  auoir  que 
de  la  chair  de  vieilles  vaches  em- 
preintes, qui  furent  prises  autour  de 
Hedin  pour  noslre  munition , salées 
et  demy  cuites  : en  sorte  que  qui  la 
vouloit  manger,  il  la  falloit  tirer  à 
force  de  dents , comme  font  les  oi- 
seaux de  proye  leur  viande. 

le  ne  veux  laisser  leurs  linges  dont 
ils  esloient  pensés  , qui  estoient  seu- 
lement relaués  tous  les  iours  et  sei- 
chés  au  feu,  partant  endurcis  comme 
parchemin.  le  laisse  à penser  comme 
leurs  playes  se  deuoient  bien  porter. 

11  y auoit  quatre  grosses  putains  de 
haute  graisse , à qui  fut  donnée  la 
charge  de  blanchir  le  linge  , qui  s’en 
acquittoient  à coups  de  baston  : et 
aussi  qu’elles  n’auoient  l’eau  à com- 
mandement, ny  moins  le  sauon.  Voila 
comme  les  pauures  malades  mou- 
roient,  par  faute  d’alimens  et  autres 
choses  necessaires. 

Vn  iour  nos  ennemis  feignirent  de 
nous  donner  vn  assaut  general,  pour 
attirer  nos  soldats  sur  la  breche , à 
lin  de  reconnoistre  nostre  contenan- 
ce : tout  le  monde  y courut  : nous 
auions  fait  grande  prouision  d’artifi- 
ces de  feu  pour  defeudre  la  breche. 
Vn  preslre  de  monsieur  le  Duc  de 
Boüillon  print  vne  grenade , pensant 
la  ietter  sur  les  ennemis,  et  y mit  le 
feu  plustost  qu’il  ne  deuoit  : elle  se 
creua , et  le  feu  se  mit  en  nos  artifi- 
ces qui  esloient  en  vne  maison  prés 
la  breche,  qui  nous  fut  vn  merueil- 
leux  desastre,  pource  qu’il  brusla 
beaucoup  de  pauures  soldats  : mes- 


mes  se  print  en  la  maison,  et  eussions 
esté  tous  bruslés , n’eust  esté  le  se- 
cours qu’on  fit  pour  l’esteindre.  Il 
n’y  auoit  qu’vn  seul  puits  là  où  il  y 
eust  de  l’eau  en  nostre  chasteau , qui 
fut  presque  du  tout  tari , et  en  lieu 
d’eau  on  prit  de  la  biere  pour  l’es- 
teindre.  Puis  apres  eusmes  grande 
disette  d’eau  : et  pour  boire  le  reste 
qui  demeura  , il  la  nous  falloit  passer 
au  trauers  des  seruiettes.  Or  l’en- 
nemy,  voyant  ceste  foudre  et  tem- 
peste  de  ces  artifices  qui  ietterent 
vne  merueilleuse  flambe  et  tinta- 
marre , eslimoient  que  nous  eussions 
mis  le  feu  exprès  pour  la  defense  de 
nostre  breche,  pour  les  brusler,  et 
que  nous  en  auions  bien  d’autres. 
Cela  leur  fit  prendre  autre  opinion 
de  nous  auoir  par  autre  voye  que  par 
assaut  : ils  firent  des  mines,  et  sap- 
perent  la  plus  grande  partie  de  nos 
murailles  : tellement  que  cela  estoit 
pour  renuerser  entièrement  noslre 
chasteau  s’en-dessus-dessous  : et  lors 
que  les  sappes  furent  acheuées  de 
faire , et  que  leur  artillerie  tiroit , 
tout  nostre  chasteau  branloit  sous 
nous , comme  vn  tremblement  de 
terre,  qui  nous  estonna  fort.  D’a- 
uantage,  ils  auoient  braqué  cinq 
pièces  d’artillerie  qu’ils  auoient  as- 
sises sur  vne  petite  colline  pour  nous 
donner  à dos , lors  que  fussions  allés 
pour  la  defense  de  la  breche. 

Le  Duc  Horace  eut  vn  coup  de  ca- 
non à vne  espaule,  quiluy  emporta 
le  bras  d’vn  coslé  et  le  corps  de  l’au- 
tre, sans  que  iamais  sceust  dire  vne 
seule  parole.  Ceste  mort  là  nous  fut 
vn  grand  desastre,  pour  le  rang  qu’il 
tenoit  en  ceste  place.  Semblablement 
monsieur  de  Martigues  eut  vn  coup 
de  boulet  qui  luy  perça  les  poulmous  : 
ie  le  pensay , comme  ie  diray  cy 
après.  Alors  nous  demandasmes  à 


ET  VOYAGES. 


parlementer,  et  fut  enuoyé  vne  trom- 
pette vers  le  Prince  de  Piémont  , 
pour  sçaubir  quelle  composition  il 
luy  plaisoit  nous  faire.  Sa  response 
fut  que  tous  les  Chefs,  comme  Gen- 
tilshommes, Capitaines,  Lieutenans, 
Enseignes,  seroient  pris  à rançon  , et 
les  soldats  sorliroient  sans  armes  : et 
que  s’ils  refusoient  ce  beau  et  hon- 
neste  party,  le  lendemain  nous  "dé- 
nions estre  asseurés  qu’on  nous  au- 
roit  par  assaut  ou  autrement.  Le 
conseil  fut  tenu,  où  ie  fus  appellé, 
pour  sçauoir  si  ie  voulois  signer, 
comme  plusieurs  Capitaines,  Gentils- 
hommes , et  autres , que  la  place  fust 
rendue.  le  fis  response  qu’elle  n’estoit 
pas  tenable , et  que  ie  le  signerois 
de  mon  propre  sang , pour  le  peu 
d’esperance  que  i’auois  que  l’on  ne 
peust  résister  aux  forces  des  enne- 
mis, et  aussi  pour  le  grand  désir  que 
i’auois  d’estre  hors  de  cest  enfer  et 
grand  tourment  : car  ie  ne  dormois 
ne  nuict  ne  iour,  pour  la  grande 
quantité  des  blessés,  qui  pouuoient 
estre  en  nombre  de  deux  cens.  Les 
morts  rendoient  vne  grande  putré- 
faction, estans  entassés  les  vns  sur 
les  autres  comme  fagots,  n’estans 
point  couuerts  de  terre , à cause  que 
n’en  allions  pas.  Et  si  i’en trois  en  vn 
logis,  il  y auoit  des  soldats  qui  m’at- 
lendoient  à la  porte  lors  que  i’en  sor- 
tirois,  pour  en  penser  d’autres  : c’es- 
toit  à qui  m’auroit,  et  me  portoient 
comme  vn  corps  sainct , ne  touchant 
du  pied  en  terre,  malgré  les  vns  des 
autres,  et  ne  pouuois  satisfaire  à ce 
grand  nombre  de  blessés  : ioint  que 
ie  n’auois  ce  qui  m’estoit  necessaire 
pour  les  medicamenter.  Car  il  ne 
suffit  au  Chirurgien  faire  son  deuoir 
enuers  les  malades,  mais  il  faut  que 
le  malade  face  le  sien  , et  les  assis- 
tans,  et  les  choses  extérieures,  tesmoin 


7*  i 

Hippocrates,  Aphorisme  premier. 

Or  ayant  entendu  la  resolution  de 
la  reddition  de  nostre  place,  ie  con- 
neu  que  nostre  affaire  n’alloit  pas 
bien  : et  de  peur  d’estre  conneu,  ie 
donnay  vn  saye  de  velours,  vn  pour- 
point de  salin,  vn  manteau  d'vn  fin 
drap,  paré  de  velours,  à vn  soldat  qui 
me  donna  vn  meschant  pourpoint 
tout  deschiré  et  deschiqueté  d’vsure, 
et  vn  collet  de  cuir  bien  examiné,  et 
vn  meschant  chappeau  , et  vn  petit 
manteau  : ie  barboiiillay  le  collet  de 
ma  chemise  auec  de  l’eau  où  i'auois 
destrempé  vn  peu  de  suye.  Pareille- 
ment i’vsav  mes  chausses  auec  vne 
pierre  à l’endroit  des  genoüils  cl  au- 
dessus  des  talions,  comme  si  elles 
eussent  longtemps  esté  portées  : i’en 
fis  autant  à mes  souliers,  de  façon 
qu’on  m’eust  plustost  prins  pour  vn 
ramonneur  de  cheminée  que  pour  vn 
Chirurgien  de  Roy.  le  m’en  allay  en 
cest  equippage  vers  monsieur  de 
Martigues  : où  ie  le  priay  qu’il  fist  en 
sorte  que  ie  demeurasse  auprès  de 
luy  pour  le  penser,  ce  qu’il  m’ac- 
corda bien  volontairement  : et  auoit 
aussi  grande  enuie  que  ie  demeu- 
rasse auprès  de  luy  que  moy  mesme. 

Tost  après  les  Commissaires  qui 
auoient  charge  d’eslire  les  prison- 
niers, entrèrent  dedans  le  Chasteau, 
le  dix-septiéme  iour  de  Iuillet  mil 
cinq  cens  cinquante  trois  : où  ils  fi 
rent  prendre  Messieurs  le  duc  de 
Pouillon,  le  Marquis  de  Villars,  de 
Itoye,  le  baron  de  Culan,  monsieur 
du  Pont,  Commissaire  de  l’artillerie: 
et  de  Martigues,  et  moy  auec  luy 
(par  la  priere  qu’il  leur  en  fit)  et 
tous  les  Gentils-hommes  qu’ils  péri- 
rent reconnoistre  pouuoir  payer  quel- 
que rançon  , et  la  plus  grand'part 
des  soldais  et  chefs  des  compagnies, 
ayans  des  prisonniers  tant  cl  tels 


APOLOGIE 


7 12 

qu’ils  voulurent.  Après,  les  soldais 
Espagnols  entreront  par  la  breche 
sans  aucune  résistance  : les  nostres 
estimoient  qu’ils  tiendroient  leurfoy 
et  composition  qu’ils  auroient  la  vie 
sauue  : ils  entreront  dedans  d’vne 
grande  furie  pour  tout  tuer,  piller  et 
saccager  : ils  en  relindrent  quelques 
vus,  esperans  en  auoir  rançon,  leur 
lièrent  les  coüillons  auec  leurs  cor- 
des d’harquebuses , qui  estoient  iet- 
tées  par  dessus  vue  pique  que  deux 
tenoient  sur  leurs  espaules,  puis  li- 
roient  ladite  corde  par  vue  grande 
violence  et  dérision  , comme  s’ils  eus- 
sent voulu  faire  sonner  vne  cloche, 
leur  disans  qu’il  falloit  qu'ils  se  meis- 
sent  à rançon  , et  dire  de  quelles 
maisons  ils  estoient  : et  s’ils  voyoient 
n’en  auoir  aucun  profit,  les  faisoient 
mourircruellement  en  lie  leurs  mains: 
ou  tost  après  leurs  parties  génitales 
tpmboient  en  gangrené  et  en  totale 
mortification.  Et  les  tueront  tous  à 
coups  de  dagues,  et  leur  coupoient 
la  gorge.  Voila  leur  grande  cruauté 
et  perfidie  : qui  s’v  fie  qui  voudra. 

Or  pour  retourner  à mon  propos, 
estant  mené  du  chasteau  en  la  ville 
auec  monsieur  de  Martigues,  il  y eut 
au  gentilhomme  de  monsieur  de  Sa- 
uoye  qui  me  demanda  si  la  playe  de 
monsieur  de  Martigues  se  pourroit 
guarir  : ie  luy  dis  que  non,  et  qu’elle 
esloit  incurable.  Promptement  s’en 
alla  le  dire  à monseigneur  le  duc  de 
Sauoye.  Or  ie  pensois  bien  qu’il  cn- 
uoyeroit  des  Médecins  et  Chirurgiens 
pour  visiter  et  penser  monsieur  de 
Martigues  : cependant  ie  fis  vn  dis- 
cours en  mon  ame,  si  ie  deuois  faire 
le  niais,  et  ne  me  donner  à connois- 
tre  estre  Chirurgien,  de  peur  qu’ils  ne 
me  retinssent  pour  penser  leurs  bles- 
sés, et  qu’en  fin  ie  fusse  conneu  estre 
Chirurgien  du  Roy,  et  qu’ils  ne  me 


fissent  payer  vne  grosse  rançon.  D’au, 
tre  coslé,  ie  craignois  que  si  ie  ne  me 
montrois  estre  Chirurgien  et  auoir 
bien  pensé  le  seigneur  de  Martigues, 
qu’ils  ne  me  coupassent  la  gorge  : su- 
bit ie  prins  resolution  de  leur  faire 
paroistre  qu’il  ne  mourroit  pas  par 
defaut  d’auoir  esté  bien  pensé  et  se- 
couru. • 

Tost  après  voicy  arriuer  plusieurs 
Gentilshommes,  accompagnés  d’vn 
Médecin  et  vn  Chirurgien  de  l’Empe- 
reur, et  ceux  dudit  seigneur  de  Sa- 
uoye, auec  six  autres  Chirurgiens 
suiuans  l’armée,  pour  voir  la  blessure 
dudit  seigneur  de  Martigues,  et  sca- 
uoir  de  moy  comme  ie  l’auois  pensé 
et  médicamenté.  Le  Médecin  de  l’Em- 
pereur me  dit  que  i’eusse  à déclarer 
l’essence  de  la  playe,  et  comme  ie 
l’auois  traitée.  Or  toute  l’assistance 
auoit  l’oreille  fort  attenliue,à  scauoir 
si  la  playe  estoit  mortelle  ou  non. 

le  commence  à leur  discourir,  que 
monsieur  de  Martigues  regardant  par 
dessus  la  muraille,  pour  reconnoislrc 
ceux  qui  la  sappoient,receut  vn  coup 
d’harquebuse  au  trauers  du  corps  , 
où  tout  subit  ie  fus  appellé  pour  le 
penser  : ie  vis  qu’il  iettoit  le  sang 
par  la  bouche  et  par  ses  playes. 
D’auantage,  il  auoit  vne  grande  dif- 
ficulté de  respirer  et  expirer  : et 
iettoit  le  vent  par  lesdites  playes, 
auec  vn  sifflement,  en  sorte  qu’il  eust 
peu  es  teindre  vne  chandelle:  et  di- 
soit auoir  vne  tres-grande  douleur 
poignante  à l’entrée  de  la  balle, 
l’eslime  et  croy  que  ce  pouuoient 
estre  quelques  esquilles  , qui  pi- 
quoient  les  poulmons  lors  qu’ils  fai- 
soient leur  systolé  et  diastolé.  le  luy 
mis  le  doigt  dedans,  où  ie  trouuay 
que  l’entrée  de  la  balle  auoit  rompu 
la  quatrième  coste  en  son  milieu,  et 
des  esquilles  que  ladite  balle  auoit 


poussées  au  dedans  : et  la  sortie  auoit 
semblablement  rompu  la  cinquième 
cosle,auec  des  esquilles  qui  auoient 
esté  chassées  du  dedans  au  dehors, 
l’en  liray  quelques  vnes,  et  non  tou- 
tes, à cause  qu’elles  estoient  trop 
profondes  et  adhérantes.  le  mis  à 
chacune  playe  vne  tente  ayant  la 
teste. assez  grosse,  attachée  par  vn 
filet,  de  peur  que  par  l’inspiration  ne 
fussent  attirées  en  la  capacité  du 
thorax  : ce  qu’on  a conneu  par  ex- 
périence, au  détriment  des  panures 
blessés  : car  estans  tombées  dedans, 
on  ne  les  peut  retirer,  qui  est  cause 
qu’elles  engendrent  vne  pourriture, 
comme  chose  estrange  à nature.  Les- 
dites  lentes  furent  ointes  d’vn  médi- 
cament fait  de  iaune  d’œuf  et  téré- 
benthine de  Venise,  auec  vn  peu 
d’huile  rosat.  Mon  intention  d'y  met- 
tre lesdites  tentes  esloil  pour  arres- 
terle  sang,  et  pour  garder  que  l’air 
extérieur  n’entrast  dans  la  poitrine, 
qui  eust  peu  refroidir  les  poulinons, 
et  par  conséquent  le  cœur  : lesdites 
tentes  y estoient  mises  aussi  à fin  de 
donner  issue  au  sang  respandu  de- 
dans le  thorax.  le  mis  sur  les  playes 
vne  grande  emplastre  de  diachalci- 
teos,  en  laquelle  i’auois  fait  fondre  de 
l’huile  rosat  et  vinaigre , à fin  d’eui- 
ter  l’inflammation  : puis  après  ie  mis 
de  grandes  compresses  trempées  de- 
dans de  l'oxycrat,  et  le  banday,  non 
pas  fort,  à fin  qu’il  respirast  à son 
aise.  Cela  fait,  ie  luy  tiray  cinq  pal- 
lettes  de  sang  de  la  veine  basilique  du 
bras  droit,  afin  de  faire  reuulsion  du 
sang  qui  decouloit  de  ses  playes  dans 
le  thorax  , ayant  premièrement  prins 
indication  des  parties  blessées,  et  prin- 
cipalement des  vertus,  considérant  sa 
ieunesse  et  son  tempérament  sanguin. 
Tost  après  alla  à ses  affaires,  et  par 
ses  vrines  et  selles  iclta  grande  quan- 


tité de  sang.  Et  quant  «à  la  douleur 
qu'il  disoit  sentira  l’entrée  delà  balle, 
comme  s’il  eust  esté  piqué  d’vn  poin- 
çon : cela  se  faisoit  à cause  que  les 
poulinons,  par  leurs  mouuemens, 
battoient  contre  les  esquilles  de  la 
coste  rompue.  Or  les  poulinons  sont 
couuerts  d’vne  tunique  venant  de  la 
membrane  pleurelique,  estant  issue 
des  nerfs  de  la  sixième  coniugaison 
du  cerueau  , qui  estoit  cause  de  la 
douleur  qu’il  senloit. 

Pareillement  auoit  vne  grande 
difficulté  de  respirer  et  expirer,  qui 
prouenoil  du  sang  espandu  en  la  ca- 
pacité du  thorax  et  sur  le  diaphragme, 
principal  instrument  de  la  respiration: 
et  de  la  dilacération  des  muscles  qui 
sont  entre  chacune  coste,  qui  aident 
aussi  à faire  la  respiration  et  expira- 
tion : et  pareillement  à came  que  les 
poulmons  estoient  vulnerés.  et  rom- 
pus et  dilacerés  par  la  balle,  qui  a 
fait  qu’il  a lousiours  craché  vn  sang 
noir  et  pourri  en  toussant. 

Lafiéure  le  print  tost  après  qu’il 
fut  blessé,  auec  défaillance  de  cœur. 
Ladite  fiéure  me  sembloil  prouenir 
des  vapeurs  putredineuses  esleuées 
du  sang  qui  est  hors  de  ses  vais- 
seaux, qui  a découlé  et  découlera  en- 
core. La  playe  du  poulmon  est  ag- 
grandie  et  aggraudira,  parce  qu’il 
est  en  perpétuel  mouuesnent , soit  en 
dormant  ou  en  veillant,  et  se  dilate 
et  comprime  pour  attirer  l’air  au 
cœur  et  ietter  les  vapeurs  fuligineu- 
ses dehors.  Par  la  chaleur  estrange 
est  faite  inflammation  : puis  la  vertu 
expulsiue  s’efforçant  à ietter  parla 
toux  ce  qui  luy  nuit.  Car  le  poumon 
ne  se  peut  purger  qu’en  toussant , et 
en  toussant  la  playe  se  dilate  tous- 
iours  et  aggrandit  d’auantage  : dont 
le  sang  en  sort  en  plus  grande  abon- 
dance, lequel  sang  est  attiré  du  cœur 


APOLOGIE 


par  la  veine  arterieuse,  pour  leur 
donner  nourriture,  et  du  cœur  de  la 
veiue  caue.  Son  manger  estoit  de 
l’orge  mondé,  des  pruneaux  auee  du 
succre,  autresfois  de  la  pannade  : 
son  boire  estoit  de  la  ptisane.  Il  ne  se 
peut  tenir  couché  que  sur  le  dos  : qui 
demonslre  auoir  grande  quantité  de 
sang  espandu  en  la  capacité  du  tho- 
rax : et  s’espanchant  au  long  de  l’es- 
pine,  ne  comprime  tant  les  poumons 
comme  il  se  fait,  estant  couché  sur 
les  costes , ou  assis. 

Que  diray-ie  plus3  c’est  que  mon- 
dit  seigneur  de  Martigues,  depuis 
qu’il  fut  blessé,  iamais  n’a  sceu  re- 
poser vne  seule  heure  , et  a tousiours 
ielté  ses  selles  et  vrines  sanguinolen- 
tes. Ces  choses  considérées , Mes- 
sieurs, on  ne  peut  faire  autre  pro- 
gnostic,  sinon  qu’il  mourra  en  briefs 
iours,qui  est  auec  mon  grand  regret. 

Ayant  acheué  mon  discours , ie  le 
pensay  comme  i’auois  accoustumé. 
Ayant  descouuert  ses  playes,  les  Mé- 
decins et  Chirurgiens,  et  autres  as- 
sistans  presens,  conneurent  la  vé- 
rité de  ce  que  ie  leur  auois  dit.  Lesdits 
Médecins  ayans  touché  le  pouls , et 
conneu  ses  forcesquasi prosternées  et 
abbaltues,  conclurent  auec  moy  qu’en 
peu  de  jours  il  mourroit.  Et  de  ce  pas 
s’en  allèrent  tous  vers  mondit  sei- 
gneur de  Sauoye,  où  ils  dirent  que 
ledit  seigneur  de  Martigues  mourroit 
en  brief  temps.  Il  leur  fit  response  , 
que  possible  s’il  eust  esté  bien  pensé, 
il  en  eust  peu  reschapper.  Alors  tous 
d’vne  voix  dirent , qu’il  auoit  esté 
tres-bien  pensé  et  sollicité  de  tout  ce 
qu’il  appartenoit,  pour  la  guarison 
de  ses  playes,  et  ne  pouuoit  estre 
mieux  : et  qu’il  estoit  impossible  de 
le  pouuoir  guarir,  et  que  sa  playe 
estoit  mortelle  de  nécessité.  Alors 
monseigneur  de  Sauoye  monslra 


estre  fort  desplaisant , et  pleura , et 
leur  demanda  de  rechef  si  pour  cer- 
tain ils  le  tenoient  tous  pour  déploré. 
Ils  respondirent  que  ouy. 

Là  se  présenta  vn  imposteur  Espa- 
gnol , qui  promit  sur  sa  vie  qu’il  le 
guariroit,  et  s’il  failloit  à le  guarir  , 
qu’on  le  meist  en  cent  pièces  : mais 
qu’il  ne  vouloit  auoir  nuis  Médecins, 
ny  Chirurgiens,  ni  Apothicaires  auec 
luy  : et  sur  l’heure  ledit  seigneur  de 
Sauoye  dit  aux  Médecins  et  Chirur- 
giens qu’ils  n’allassent  aucunement 
voir  ledit  seigneur  de  Martigues. 
Aussi  m’enuoya  vn  gentilhomme  me 
defendre,  sur  peine  de  la  vie,  de  ne 
toucher  aucunement  à monsieur  de 
Martigues  : ce  que  ie  lui  promis  faire  : 
dequoy  ie  fus  fort  ioyeux,  voyant 
qu’il  ne  mourroit  pas  entre  mes 
mains  : et  commanda  à cest  impos- 
teur de  penser  ledit  seigneur  de  Mar- 
tigues , et  qu’il  n’y  auroit  autres  Mé- 
decins ny  Chirurgiens  que  luy.  II 
arriua  bien  tost  après  vers  ledit  sei- 
gneur de  Martigues,  qui  luy  dist  : 

Senor  Cauallero , el  senor  Du  que  de 
Saboya  me  ha  mandado  que  viniesse  à 
curar  vostra  herida,  yo’os  iuro  à Dios, 
que  antes  de’ocho  dias  yo'os  haga  subir 
à cauallo  con  lalansa,  enpuno  con’tal 
que  no  ayo  que  yo  qu’os  toque  Comcreis 
y bebereis  todas  comidas  que  fueren 
de  vostro  gusto,  y yo  hare  la  dicta  pro 
v.  m y desto’  os  de  veis  aseguirar  sobre 
demi  : yo  he  sanado  munchos  que  tcnian 
mayores  hcridas  que  la  vostra.  C’est  à 
dire:  Seigneur  Cheualier,  Monsei- 
gneur le  Duc  de  Sauoye  m’a  com- 
mandé de  te  venir  penser  de  ta  bles- 
seure.  le  le  iure  Dieu,  que  deuant 
liuitioursie  te  feray  monter  à che- 
ual , la  lance  au  poing , pourueu  qu'il 
n’y  ait  que  moy  qui  te  touche.  Tu 
mangeras  et  boiras  toutes  viandes  qui 
seront  à ton  goust:  ie  feray  dictte 


ET  VOYAGES. 


pour  toy,  et  de  ce,  tu  te  dois  asseurer 
sur  ma  promesse.  I’en  ay  guari  plu- 
sieurs, qui  auoient  déplus  grandes 
playes  que  la  tienne. 

Et  les  seigneurs  luy  respondirent  : 
Dieu  vous  en  donne  la  grâce. 

Il  demanda  vne  chemise  dudit  sei- 
gneur de  Martigues,  et  Ja  mit  en 
petits  lambeaux,  qu’il  posa  en  croix  , 
marmolantet  barbotant  certaines  pa- 
roles sur  les  playes  : et  l’ayant  ha- 
billé, luy  permit  manger  et  boire  tout 
ce  qu’il  voudroit , luy  disant  qu’il  fe- 
roit  dielle  pour  luy:  ce  qu’il  faisoit  , 
ne  mangeant  que  six  pruneaux  et 
six  morceaux  de  pain  pour  repas,  ne 
beuuant  que  de  la  biere.  Neanlmoins 
deux  iours  après  ledit  seigneur  de 
Martigues  mourut  : et  mon  Espagnol 
le  voyant  en  agonie  s’éclipsa,  et  gai- 
gna  le  haut  sans  dire  à Dieu  à per- 
sonne : et  croy  que  s’il  eust  esté  at- 
trappé,  il  eust  esté  pendu  et  estranglé, 
pour  la  fausse  promesse  qu’il  auoit 
faite  à monseigneur  le  Duc  de  Sauoye 
et  à plusieurs  autres  Gentils-hommes. 

Il  mourut  sur  les  dix  heures  du 
matin:  et  sur  l’apres  - disnée  ledit 
seigneur  de  Sauoye  renuoya  des  Meï 
decins  et  Chirurgiens , et  son  Apothi- 
caire , auec  quantité  de  drogues  pour 
l’embaumer.  Ils  vindrent  accompa- 
gnés de  plusieurs  Gentils-hommes  et 
Capitaines  de  l’armée. 

Le  Chirurgien  de  l’Empereur  s’ap- 
procha de  moy,  et  me  pria  bien  affec- 
tueusement d’en  faire  l’ouuerturc  : 
ce  que  ie  refusay,  luy  remonstrant 
que  ie  ne  meritois  pas  de  porter  son 
estuy  après  luy  : il  me  pria  de  rechef 
que  ie  le  feisse  pour  l’amour  de  luy, 
et  qu'il  l’auroit  fort  aggreable.  le 
voulusencore  d’auantage  m’excuser, 
que  puis  qu’il  n’auoit  ceste  volonté 
de  l’embaumer,  qu’il  donnast  ceste 
charge  à vn  autre  Chirurgien  de  la 


7 1 5 

compagnie.  Il  me  fit  encore  response 
qu’il  vouloit  que  ce  fust  moy,  et  où  ie 
ne  le  voudrois  faire , que  ie  m’en 
pourrois  bien  repentir.  Connoissant 
ceste  sienne  affection  , de  crainte  qu’il 
ne  me  fist  quelque  desplaisir,  ie  prins 
le  rasoir,  et  le  presentay  à tous  en 
particulier  , leur  remonstrant  que  ie 
n’estois  bien  stilé  à faire  telle  ope- 
ration : ce  qu’ils  refusèrent  tous. 

Le  corps  posé  sur  vne  table,  vérita- 
blement ie  me  proposay  de  leu  r mons- 
trer  que  i’estois  anatomiste,  leur  dé- 
clarant beaucoup  de  choses,  qui  se- 
roient  icy  trop  longues  à reciter.  le 
commençay  à dire  à toute  la  compa- 
gnie, que  i’auois  tenu  pour  asseuré 
que  la  balle  auoit  rompu  deux  cosles 
et  auoit  passé  au  trauers  des  poul- 
mons  , et  qu’on  trouueroit  la  playe 
fort  aggrandie , parce  qu’ils  sont  en 
perpétuel  mouuement , soit  en  dor- 
mant ou  en  veillant,  et, par  ce  mou- 
uement, la  playe  se  dilacere  d’auan- 
tage : aussi  qu’il  y auoit  grande 
quantité  de  sang  respandu  en  la  pui- 
trine  et  sur  le  diaphragme  : et  des 
esquilles  des  costes  fracturées  , que 
l’entrée  de  la  balle  auoit  poussées 
dedans  , et  la  sortie  les  auoit  poussées 
en  dehors.  Or  véritablement  tout  ce 
que  ie  leur  auois  dit  fut  trouué  en 
ce  corps  mort. 

L’vn  des  Médecins  me  demanda  par 
où  pouuoit  passer  le  sang , pour  eslre 
ietlépar  les  vrines,  estant  contenu  au 
thorax.  le  luy  fis  response  qu’il  auoit 
vn  conduit  manifeste  : c’est  que  la 
veine  Azygos,  ayant  nourri  toutes  les 
cosles,  son  reste  descend  sous  le  dia- 
phragme, et  du  costé  gauche  se  con- 
joint auec  la  veine  emulgenle  , qui 
est  la  voye  par  laquelle  la  matière 
de  la  pleuresie,  et  la  boue  des  empve- 
mes,  se  vuident  manifestement  par 
les  vrines  et  par  le  siégé  : comme  on 


voit  pareillement  le  laid  pur  des  ma- 
melles des  femmes  nouuellement  ac- 
couchées , descendre  par  les  veines 
mammillaires  , et  estre  va  eue  einbas 
par  le  cal  de  la  malrice  , sans  se  mes- 
lerauecle  sang1:  et  telle  chose  se 
fait  (comme,  par  vu  miracle  de  Na- 
ture)par  sa  vertu  espulsiueetseques 
trice.  Ce  qui  se  voit  par  expérience 
de  deux  vaisseaux  de  verre  , appelés 
Monte-vins  que  l’vn  soit  rempli  d’eau 
et  l’autre  de  vin  clairet , et  soient  po- 
sés l’vn  sur  l’autre , à sçauoir  celuy 
qui  sera  rempli  d’eau,  sur  l’autre 
rempli  de  vin  : on  voit  à l’œil  le  vin 
monter  au  haut  du  vaisseau  au  Ira- 
it ers  de  l’eau  , et  l’eau  descendre  au 
trauers  du  vin  , et  aller  au  fond  du 
vaisseau,  sans  meslange  des  deux.  Et 
si  telle  chose  se  fait  ainsi  extérieu- 
rement et  apertement,  au  sens  de 
noslre  veuë,  par  choses  inanimées,  il 
faut  croire  en  noslre  entendement 
que  Nature  peut  faire  passer  la 
boue  et  le  sang  ayant  esté  hors  de 
ses  vaisseaux  , par  les  veines  , voire 
au  trauers  des  os  , sans  qu’ils  soient 
meslés  auec  le  bon  sang  2. 

Nostre  discours  fini,  i’embaume  le 
corps , et  fut  posé  en  vn  cercueil. 
Après  cela,  le  Chirurgien  de  l’Empe- 
reur me  tira  à part,  et  me  distquesiie 
voulois  demeurer  auec  luy,  qu’il  me 
traiteroit  bien  , et  qu’il  m’habilleroit 
tout  à neuf  : aussi  qu’il  me  feroit  aller 
à cheual.  le  le  remcrciay  bien  fort  de 
l'honneur  qu’il  me  faisoit , et  que  ie 
n’auois  aucune  enuie  de  faire  seruice 
auxestrangers  de  ma  patrie3  : alors  il 

1 Galien  , de  Decrelis , et  Hippocrates,  de 
Lacis  affeclis.  — A.  P. 

a Cette  comparaison  était  familière  à Paré; 
nous  l’avons  vue  employée  à diverses  re- 
prises ; t.  I,  p.  55  ; t.  II,  p.  501,  etc. 

3 Braue  response,  — A.  P. 


5GIF. 

me  dist  que  i’estois  vn  fol,  et  que  s'il 
esloit  prisonnier  comme  moy,  qu’il 
seruiroit  vn  diable  pour  estre  mis  en 
liberté.  En  fin  ie  luy  dis  tout  à plat 
que  ie  ne  voulois  point  demeurer 
auec luy. 

Ee  Médecin  de  l’Empereur  s’en  re- 
tourna vers  ledit  seigneur  de  Sauoye, 
où  il  déclara  la  cause" de  la  mort  du- 
dit seigneur  de  Martigues,  et  luy  dist 
qu’il  estoit  impossible  à tous  les  hom- 
mes qui  sont  au  monde  de  l’auoir  peu 
guarir  : et  luy  confirma  encore  que 
i’auois  fait  tout  ce  qu’il  esloit  neces- 
saire de  faire,  et  le  pria  me  retirer  à 
son  seruice  , et  iuy  dist  plus  de  bien 
de  moy  qu’il  y en  auoit. 

Ayant  esté  persuadé  me  prendre  à 
son  seruice  , il  donna  la  charge  à l’ vu 
de  ses  maistres  d’hoslels  , nommé 
monsieur  du  llouchet , me  dire  que 
si  ie  voulois  demeurer  à son  seruice  , 
qu’il  me  traiteroit  bien  : ie  luy  fis  res- 
ponse que  ie  le  remerciois  bien  hum- 
blement, et  que  i’auois  délibéré  de 
ne  demeurer  auec  nul  estranger. 
Cesle  mienne  response  entendue  par 
le  Duc  de  Sauoye  , se  colera  aucune- 
ment, et  dist  qu’il  me  falloit  enuoyer 
aux  galeres. 

Monsieur  de  Vaudeuille  , Gouuer- 
neur  de  Graueline.et  Colonel  de  dix- 
sept  enseignes  de  gens  de  pied,  le  pria 
de  me  donner  à luy,  pour  le  penser 
d’vne  vieille  vlcere  qu’il  auoit  à vnc 
iambe,  il  y auoit  six  ou  sept  ans.  Mon- 
sieur de  Sauoye  lui  dist,  pour  ce 
que  ie  vallois  , qu’il  esloit  content  : et 
que  si  ie  luy  metlois  le  feu  à la  iambe, 
quece  seroit  bien  fait.Illuyrespondit 
que  s’il  en  apperceuoil  quelque  chose, 
qu’il  me  feroit  couper  la  gorge. 

Bien  tost  après  , ledit  seigneur  de 
Vaudeuille  m’enuoya  quérir  par  qua- 
tre liallebardiers  Allemans  de  sa 


ET  VOYAGES. 


garde,  lesquels  m’eslonnerent  bien 
fort,  ne  sçachant  oùüs  me  menoient  : 
ils  ne  parloient  non  plus  François 
que  moy  Alleman.  Estant  arriué  à 
son  logis,  il  me  dit  que  i’estois  le  bien 
venu,  et  que  i’estois  à luy  : et  que  si 
tostqueie  l'aurois  guari  d’vn  vlcere 
qu’il  auoit  à la  iambe  , qu’il  me  don- 
neroit  mon  congé  sans  prendre  au- 
cune rançon  de  moy.  le  luy  dis  que 
ie  n’auois  nul  moyen  de  payer  au- 
cune rançon. 

Lors  il  fit  appeler  son  Médecin  et 
Chirurgien  ordinaire,  pour  memons- 
trer  sa  iambe  vlccrée.  L’ayant  veué 
et  considérée,  nous  retirasmes  à part 
en  vne  chambre,  où  ie  commençay  à 
leur  dire,  que  ladite  vlcere  esloil  an- 
nuelle, n’estant  simple,  mais  compli- 
quée, à sçavoir  de  figure  ronde  et 
obslracqueuse , ayant  les  bords  durs 
et  calleux  , caue  et  sordide,  accom- 
pagnée d’vne  grosse  veine  variqueu- 
se, qui  perpétuellement  l’abrcuuoit  : 
d’abondant,  vne  grosse  tumeur  et 
intemperature  phlegmoneuse  et  dou- 
loureuse en  toute  la  iambe,  en  vu 
corps  de  température  fort  colérique, 
comme  le  poil  de  sa  barbe  et  son 
visage  le  demonstroient.  La  méthode 
de  la  grarir  (si  guarir  se  pouuoit)  est 
qu’il  falloit  commencer  aux  choses 
vniuerselles,  à sçauoir  à la  purgation, 
et  à la  saignée,  et  à sa  maniéré  de 
viure  : qu’il  n’vsast  nullement  de  vin, 
ny  de  viandes  sallées  et  de  haut 
goust , et  generalement  de  celles  qui 
eschauffent  le  sang.  Après,  qu’il  fal- 
loit commencer  la  cure  en  faisant 
plusieurs  scarifications  autour  de 
ladite  vlcere  : et  couper  totalement 
les  bords  calleux,  et  donner  vne 
figure  longue  ou  triangle.  Car  la 
ronde  ne  se  peut  que  difficilement 
guarir,  comme  les  anciens  ont  laissé 
par  escrit , ce  qu’on  voit  par  expe- 


7 1 7 

rience.  Cela  fait,  il  falloit  mondifierla 
sordicie  et  chair  pourrie  del’vlcere, 
qui  se  feroit  auec  l’onguent  egyptiac, 
et  par  dessus  vne  compresse  trempée 
en  jus  de  planlin  et  de  morelle  et 
oxycrat  : et  falloit  bander  sa  iambe  , 
commençant  au  pied  et  finissant  au 
genoüil,  et  n’oublier  à mettre  vne 
petite  compresse  sué  la  veine  vari- 
queuse, afin  qu’il  ne  fluast  rien  de 
superflu  à ladite  vlcere.  D’auantage, 
qu’il  se  tint  à repos  sur  le  lict,  ce  qui 
est  commandé  par  Hippocrates,  qui 
dit  que  ceux  qui  ont  mal  aux  iambes 
ne  se  doiuenl  tenir  debout  ny  assis, 
mais  couchés.  Et  après  ces  choses 
faites,  et  l’vlcere  bien  me  ndifié,  on  luy 
appliqueroit  dessus  vne  lamine  de 
plomb,  frottée  et  blanchie  de  vif-ar- 
gent. Voila  les  moyens  par  lesquels 
ledit  seigneur  de  Vaudeuille  pourra 
guarir  de  son  vlcere. 

Tout  cela  trouuerent-ils  bon.  Lors 
le  Médecin  me  laissa  auec  le  Chirur- 
gien , et  s’en  alla  vers  le  seigneur  de 
Vaudeuille,  luy  dire  qu’il  s’asseurast 
que  ie  le  pourrois  guarir,  et  luy  dist 
tout  ce  que  i’auois  délibéré  de  faire 
pour  la  guarison  de  son  vlcere  , dont 
il  fut  fort  ioyeux.  Il  me  fit  appeler, 
et  me  demanda  si  i’auois  opinion  de 
la  cure  de  son  vlcere  : ie  luy  d s que 
ouy,  pourueu  qu’il  fusl  obéissant  à 
faire  ce.  qu’il  falloit  : il  me  fit  pro- 
messe qu’il  feroit  entièrement  ce  que 
ie  voudrois  luy  faire  et  ordonner,  et 
que  si  tostque  son  vlcere  seroit  guari, 
qu’il  me  donneroit  liberté  de  m’en 
retourner,  sans  payer  aucune  ran- 
çon. Alors  ie  le  suppliay  venir  à vne 
meilleure  composition  auec  moi , luy 
remonstrant  que  le  temps  me  seroit 
trop  long,  pour  eslre  en  liberté,  ius- 
quesà  ce  qu’il  fusl  entièrement  guari, 
et  que  dedans  quinze  iours  i’esperois 
faire  que  son  vlcere  seroit  diminuée 


APOLOGlIi 


7*8 

de  plus  de  moitié , et  seroit  sans  dou- 
leur : et  ce  qui  resteroit,  son  Chirur- 
gien et  Médecin  paracheueroient  de  le 
guarir.  Il  s’y  accorda  : et  dés  lors  ie 
pris  vn  peu  de  papier  pour  prendre  la 
grandeur  de  son  vlcere,  que  ie  lu  y 
baillay,  et  en  retins  autant  par  deuers 
moi.  le  luy  priay  qu’il  me  tint  pro- 
messe lors  qu’il  connoistroit  besogne 
faite.  Il  me  iurafoyde  gentil-homme, 
qu’il  le  feroit  : adonc  ie  me  deliberay 
de  le  bien  penser,  selon  la  méthode 
de  Galien , qui  fut  qu’aprés  auoir 
osté  les  choses  estranges  de  l’vlcere, 
et  qu’il  ne  resteroit  que  replelion  de 
chair,  ie  ne  le  pensois  plus  qu’vne  fois 
le  iour  : et  trouuoit  cela  bien  estrange, 
et  pareillement  son  Médecin , qui 
estoit  bien  doux  de  sel,  lequel  me 
vouloit  persuader  auec  le  malade,  de 
le  penser  deux  ou  trois  fois  le  iour. 
le  luy  priay  qu’il  me  laissast  faire,  et 
ce  que  i’en  faisois  n’estoit  pour 
allonger  la  cure  , au  contraire  de 
l’abreger,  pour  le  désir  que  i’auois 
d’eslre  en  liberté  : et  qu’il  regardast 
en  Galien  , au  4.  liure  De  la  composi- 
tion des  medicamens  selon  les  genres , 
qui  dit  , que  si  vn  médicament  ne 
seiourne  long  temps  sur  la  partie,  il 
ne  profite  si  bien  comme  lors  qu’il  y 
est  laissé  long  temps  : chose  qu’au- 
cuns médecins  ont  ignoré , et  ont 
pensé  qu’il  est  mieux  de  remuer  les 
emplastres  souuent  : et  ceste  mau- 
uaise  couslume  est  tant  inueterée  et 
enracinée,  que  les  malades  mesme 
accusent  souuent  les  Chirurgiens  de 
négligence,  qu’ils  ne  changent  plus 
souuent  les  emplastres  : mais  ils  sont 
deceus.  Car  comme  auez  entendu  et 
leu  en  plusieurs  lieux  de  mes  œuures, 
les  qualités  de  tous  corps  qui  s’entre- 
touchent, agissent  l’vne  contre  l’au- 
tre : et  tous  deux  pâtissent  quelque 
chose,  fust  l’vne  d’icelle  beaucoup 


plus  forte  que  l’autre  : au  moyen  de- 
quoy  lesdites  qualités  s’vnissent  et 
familiarisent  auec  le  temps,  combien 
qu’elles  soyent  de  beaucoup  diffe- 
rentes : de  maniéré  que  la  qualité  du 
médicament  s’vnit , et  quelquesfois 
deuient  semblable  à celle  du  corps  , 
qui  est  chose  fort  vtile.  Parquoy 
doit-on  beaucoup  louer  celuy  qui 
premier  a inuenté  de  n’vser  si  sou- 
uent de  nouuelles  emplastres  , d’au- 
tant qu’on  a conneu  par  expérience 
ceste  inuention  estre  bonne.  D’auan- 
tage,  dit  qu’on  fait  encore  grande 
faute  d'habiller  souuent  les  vlceres, 
les  essuyant  bien  fort  : car  on  oste 
non  seulement  l’excrement  inutile, 
qui  est  la  boue  ou  sanie  des  vlceres, 
mais  aussi  la  matière  dont  est  faite  la 
chair.  Parquoy  pour  les  raisons  sus- 
dites, il  n’est  besoin  de  si  souuent 
penser  les  vlceres. 

Ledit  seigneur  de  Vaudeuille  vou- 
lut entendre  si  ce  que  i’alleguois 
de  Galien  estoit  vray,  et  commanda 
audit  Médecin  d’y  regarder,  et  qu’il 
le  vouloit  sçauoir  : il  se  fit  apporter 
le  liure  sur  la  table , où  mon  dire  fut 
trouué  véritable,  où  lors  ledit  Méde- 
cin fut  trouué  honteux , et  moy  bien 
ioyeux.  Alors  ledit  seigneur  de  Vau- 
deuille ne  desira  plus  d’estre  pensé 
qu’vne  fois  le  iour  : de  façon  que 
dedans  les  quinze  iours  son  vlcere 
estoit  presque  tout  cicatrisé.  La  com- 
position entre  nous  faite,  ie  commen- 
çay  à me  resioüir.  Il  me  faisoit  man- 
ger et  boire  à sa  table , lors  qu’il  n’y 
auoil  point  de  plusde  gens  de  bien  que 
luy  et  moy. 

Il  me  fil  donner  vne  grande  es- 
charpe  rouge,  qu’il  me  commanda  de 
porter.  le  puis  dire  que  i’en  estois 
autant  ioyeux,  comme  vn  chien  à 
qui  on  baille  vn  tribal,  de  peur  qu’il 
n’aille  aux  vignes  manger  les  raisins. 


ET  VOYAGLS. 


Le  Médecin  et  Chirurgien  me  me- 
noient  parmy  le  camp  pour  visiter 
leurs  blessés , où  ie  prenois  garde  que 
faisoient  nos  ennemis  : ie  reconneu 
qu’ils  n’auoient  plus  de  grosses  pièces 
de  batterie,  mais  seulement  vingt- 
cinq  ou  trente  de  campagne. 

Monsieur  de  Yaudeuille  tenoit  mon- 
sieur de  Bauge  prisonnier,  f'rere  de 
monsieur  de  Martigues  qui  mourut  à 
Hedin.  Ledit  seigneur  de  Baugéestoit 
prisonnier  au  chasleau  de  laMotte  au 
Bois,  appartenant  à l’Empereur,  le- 
quel auoit  esté  pris  à Theroüenne  par 
deux  soldats  espagnols.  Ledit  sei- 
gneur de  Yaudeuille  l’ayant  enuisagé, 
concluoitdeuoir  estre  quelque  gentil- 
homme de  bonne  maison  : le  fit  des- 
chausser, et  voyant  ses  chausses  et 
pieds  nets,  avec  la  petite  chaussette 
bien  blanche  et  deliée  , telle  chose  le 
confirma  d’auantage  eslreliommeà 
payer  quelque  bonne  rançon.  Ï1  de- 
manda ausdits  soldats,  que, s’ils  vou- 
loient  trente  escus  de  leur  prisonnier, 
qu’il  les  bailleroit  présentement  : ce 
qu’ils  accordèrent  volontiers,  par-ce 
qu’ils  n’auoient  pas  moyen  de  le  gar- 
der, et  moins  de  le  nourrir,  ioint 
qu'ils  ne  sçauoient  sa  valeur  : par- 
tant liurerent  leur  prisonnier  entre 
les  mains  dudit  sieur  de  Vaudeuille  , 
lequel  subit  par  quatre  soldats  de  sa 
garde  l’enuoya  audit  chasleau  de  la 
Motte  au  Bois,  auec  autres  prison- 
niers gentils-hommes  des  nostres.  Le 
seigneur  de  Baugé  ne  se  vouloit  des- 
couurir  qu’il  esloit , et  endura  beau- 
coup, estant  au  pain  et  à l’eau,  et 
couchoit  sur  vn  peu  de  paille.  Ledit 
seigneur  de  Yaudeuille,  après  la  prise 
de  Hedin , enuoya  vei-s  ledit  seigneur 
de  Baugé,  et  autres  prisonniers, 
comme  la  place  de  Hedin  auoit  esté 
prise,  et  la  liste  de  ceux  qui  auoient 
esté  tués,  et  entre  les  autres  monsieur 


7 1 9 

de  Martigues  : et  lors  que  ledit  sei- 
gneur de  Baugé  entendit  sonner  à ses 
oreilles  que  son  frere  monsieur  de 
Martigues  estoit  mort , commença  à 
s’escrier,  pleurer  et  lamenter.  Ses 
gardes  luy  dernandoient  pourquoy  il 
faisoit  tant  de  si  piteuses  lamenta- 
tions : il  leur  déclara  quec’estoit  pour 
l’amour  de  ixxonsieur  de  Martigues 
son  frere.  Ayant  entendu  cela,  le  ca- 
pitaine du  chasleau  despesclia soudain 
vn  homme  pour  annoncer  à mon- 
sieur de  Vaudeuille  qu’il  auoit  vn 
bon  prisonnier  : lequel  ayant  receu 
ceste  bonne  nouuelle,  s’en  resioüit 
grandement,  et  le  lendemain  m’en- 
uoyaauec  quatre  soldats  et  son  Mé- 
decin au  chasleau  de  la  Motte  au 
Bois,  pour  sçauoir  si  son  prisonnier 
luy  vouloit  donner  quinze  mil  escus 
de  rançon,  le  renuoyeroit  libre  en  sa 
maison , et  que  pour  le  pxesent  il  ne 
demandoit  qu’vne  response  de  deux 
marchans  d’Anuers  qu’il  nommeroit. 
Ledit  de  Vaudeuille  me  pexsuada  que 
ie  fisse  accorder  cela  à son  prisonnier  : 
voila  pourquoy  il  m’enuoya  au  chas- 
teau  de  la  Motte  au  Bois.  Il  com- 
manda au  capitaine  du  chasleau  de 
le  bien  traiter  et  mettre  en  vne  cham- 
bre tapissée  : aussi  qu’on  renforças! 
sa  garde,  et  dés  lors  on  luy  fit  bonne 
chei'e , à ses  despens. 

La  response  dudit  seigneur  de 
Baugé  fut,  que  de  se  mettre  à rançon 
il  ne  pouuoit , et  que  cela  dependoit 
de  monsieur  d’Estampes  son  oncle  , 
et  de  mademoiselle  de  Bressure  sa 
tante,  et  qu’il  n’auoit  nul  moyen  de 
payer  telle  rançon.  le  retournay  avec 
mes  gardes  vers  ledit  seigneur  deVau- 
deuille,  et  luy  fis  la  response  de  sondit 
prisonnier  : lequel  me  dit,  que  possi- 
ble ne  sortiroit  il  à si  bon  marché.  Ce 
qui  fut  vray,  car  il  fut  descouuerl  : 
dont  subit  la  Royne  de  Hongrie  et 


APOLOGIE 


720 

monsieur  le  duc  de  Sauoye  mande 
rent  audit  seigneur  de  Vaudeuiile 
que  ce  morceau  estoit  un  peu  trop 
gros  pour  luy,  et  qu'il  eust  à leur 
enuoyer  (ce  qu’il  fit),  et  qu’il  auoit 
assez  d’autres  prisonniers  sans  ces- 
luy-là.  Il  fut  mis  à rançon  à quarante 
mil  escus,  sans  les  autres  dcspens. 

M’en  retournant  vers  le  sieur  de 
Vaudeuiile,  ie  passay  par  sainct  Orner, 
là  où  ie  vis  leurs  grosses  pièces  de 
batterie,  dont  la  plus  part  estoient 
esuentées  et  rompues.  le  repassay  pa- 
reillement par  Theroüenne,  où  iene 
vis  plus  pierre  sur  pierre,  fors  vn  ves- 
tige de  la  grande  Eglise  : car  l’empe- 
reur fil  faire  commandement  aux 
villageois,  à cinq  ou  six  lieues  d’alen- 
tour, qu’ils  eussent  à vuider  et  trans- 
porter les  pierres  : en  sorte  qu’à  pré- 
sent on  y charie  dedans  la  ville.  Aussi 
fait  on  à Hedin,  sans  nulle  apparence 
de  cbasteau  et  forteresse.  Voila  le 
malheur  qu’apportent  les  guerres. 

Et  pour  retourner  à mon  propos, 
lost  après  mondit  seigneur  de  Vau- 
deuille  sa  porta  bien  de  son  vlcere,  et 
estoit  presque  guari  : qui  fut  cause 
qu'il  me  donna  congé  , et  me  fit  con- 
duire auec  passeport , par  vne  trom- 
pette, iusques  à Abbeuille  : là  où  ie 
pris  la  poste,  et  m’en  allay  trouuer  le 
roy  Henry  mon  maislre  à Aufimon  , 
qui  me  receut  auec  vne  allégresse,  et 
do  bonne  grâce. 

Il  enuoya  quérir  messieurs  de 
Guise,  et  Conneslable , et  d’Eslrés, 
pour  entendre  de  moy  ce  qui  s’esloit 
passé  à nostre  prise  de  Hedin  : et  leur 
en  fis  fidele  rapport,  et  leur  asseuray 
auoir  veu  les  grosses  pièces  de  batte- 
rie qu’ils  auoient  menées  à sainct 
Orner:  dont  le  Roy  fut  ioyeux,  parce 
qu'il  craignoil  que  l’emiemy  ne  vint 
plus  auant  en  France.  Il  me  fil  don- 
ner deux  cens  escus  pour  me  relirer 


en  ma  maison  : et  moy  fort  ioyeux 
d’cslre  en  liberté,  et  boi  s de  ce  grand 
tourment  et  bruit  de  tonnerre  de  la 
diabolique  artillerie,  etloingdcs  sol- 
dats blasphémateurs  et  renieurs  de 
Dieu. 

le  ne  veux  icy  laisser  à dire,  qu’a 
prés  la  prise  de  Hedin,  le  roy  fut  ad- 
uerli  que  n’auois  esté  tué  , et  que 
i’estois  prisonnier.  Il  fit  cscrire  par 
monsieur  du  Goguier  son  premier 
Médecin  à ma  femme,  que  i’eslois 
viuant,  et  qu  elle  ne  se  donnasl  peine, 
et  qu’il  paver, oit  ma  rançon. 


BATAILLE  DE  SA1NCT-QVENTIN.  — 1557. 

Après  la  bataille  de  sainct  Quentin, 
le  Roy  m’enuoya  à la  Fere  en  Tarle- 
nois  vers  monsieur  le  Mareschal  de 
Bourdilldn  , pour  me  faire  donner 
passeport  au  Duc  de  Sauoye,  pour 
aller  penser  monsieur  le  Conneslable 
qui  auoit  esté  grandement  blessé  d’vn 
coup  de  pistolle  au  dos,  dont  il  cuida 
mourir  : et  estoit  demeuré  prisonnier 
entre  les  mains  des  ennemis.  Mais  ia- 
mais  le  Duc  de  Sauoye  ne  voulut  con- 
sentir que  i’allasse  vers  ledit  seigneur 
le  Conneslable,  disant  qu’il  ne  de- 
meurcroit  sans  Chirurgien  : et  qu’il 
se  don  toit  bien  que  ie  n’y  fusse  allé 
seulement  pour  le  penser  , mais  plus- 
tost  pour  bailler  quelque  aduertisse- 
menl  audit  seigneur  le  Conneslable, 
et  qu’il  sçauoit  que  ie  sçauois  bien 
faire  autre  chose  que  la  Chirurgie,  et 
qu’il  me  connoissoit  pour  auoir  esté 
son  prisonnier  à Hedin.  Monsieur  ie 
Mareschal  de  Bourdillon  aduertit  le 
Roy  du  refus  qu’auoit  fait  le  Duc  de 
Sauoye.  Il  escrit  audit  seigneur  de 
bourdillon  , que  si  Madame  laCon- 


ET  VOYAGES. 


nestablc  enuoyoit  quelqu’vn  de  sa 
maison  qui  fust  habile  homme,  que  ie 
Iny  baillasse  vne  lettre,  et  que  ver- 
balement i’eusse  aussi  à luy  dire  de 
bouche  ce  que  le  Roy  et  monsieur  le 
Cardinal  de  Lorraine  m’auoient 
donné  charge.  Deux  iours  après,  il 
arriua  vn  valet  de  chambre  dudit 
sieur  le  Conneslable,  qui  luy  portoil 
des  chemises  et  autres  linges,  auquel 
mondit  seigneur  le  Marescbal  fit 
donner  passeport  pour  aller  vers  le- 
dit seigneur  Connestable.  le  fus  fort 
ioyeux,  et  luy  baillay  ma  lettre,  et 
luy  fis  sa  leçon  de  ce  que  deuoil  faire 
son  maistre  estant  prisonnier. 

le  pensois,  estant  deschargé  de  ma 
légation,  m’en  retourner  vers  le  Roy. 
Mais  ledit  seigneur  de  Bourdillon  me 
pria  de  demeurer  à la  Fere  auec  luy, 
pour  penser  vn  bien  grand  nombre 
de  blessés  qui  s'y  estoient  retirés 
après  la  bataille,  et  qu’il  rescriroit  au 
Roy  la  cause  de  ma  demeure  : ce  que 
i&  fis.  Les  playes  des  biessés  estoient 
grandement  puantes,  et. pleines  de 
vers,  auec  gangrené  et  pourriture  : 
où  il  me  fallut  ioüer  des  couteaux 
pour  amputer  ce  qui  estoit  gaslé,  et 
ne  fut  sans  couper  bras  et  iambes,  et 
aussi  en  trépaner  plusieurs.  Or  on  ne 
trouuoit  point  nuis  medicamens  à la 
Fere,  parce  que  les  Chirurgiens  de 
noslre  camp  auoienl  tout  emporté, 
le  descouuris  que  le  chariot  de  l’artil- 
lerie estoit  demeuré  à la  Fere,  et  n’y 
auoit-on  encore  touché.  le  dis  audit 
seigneurie  Marescbal,  qu’il  me  feist 
deliurer  vne  partie  des  drogues  qui 
estoient  dedans;  ce  qu’il  fit,  et  m’en 
fut  donnée  la  moitié  seulement  pour 
vne  fois,  et  cinq  ou  six  iours  après  il 
me  fallut  prendre  toute  la  reste,  en 
core  n’y  en  auoit-il  pas  à moitié  pour 
penser  le  grand  nombre  des  blessés. 
Ll  pour  corriger  et  arrester  la  pour- 
IH. 


72  1 

riture,  et  tuer  les  vers  qui  estoient 
en  leurs  playes,  ie  les  lauois  d’Egyp- 
tiac  dissout  en  vin  et  eau  de  vie,  et 
leur  faisois  tout  ce  que  ie  pouuois  ; 
neantmoins  toutes  mes  diligences,  il 
en  mourut  beaucoup. 

Il  se  trouua  à la  Fere  des  gentils- 
hommes qui  auoienl  charge  de  t rouuer 
le  corps  mort  de  monsieur  de  Bois- 
Dauphin  l’aisné,  qui  auoit  esté  tué 
en  la  bataille  ; ils  me  prièrent  les 
vouloir  accompagner  au  camp  pour 
le  choisir,  s’il  estoit  possible,  entre  les 
morts  : ce  qui  estoit  impossible  le 
pouuoir  reconnoistre,  attendu  que 
les  corps  estoient  tous  effondrés  par 
pourriture,  et  deuisagés.  Nous  veis- 
mes  plus  de  demie  lieuë  autour  de 
nous , la  terre  toute  couuerte  de 
corps  morts  : et  n’y  demeurasmes 
gueres,  pour  la  grande  puanteur  ca- 
dauereuse  qui  s’esleuoit  des  corps, 
tant  des  hommes  que  des  chenaux  : 
et  croy  que  nous  fusmes  cause  de 
faire  esleuer  de  ces  corps  vne  si 
grande  quantité  de  grosses  mousches, 
qui  s’estoient  procréées  de  l’humidité 
des  corps  morts  et  de  la  chaleur  du 
Soleil,  ayans  le  cul  verd  et  bleu, 
qu’estans  en  l’air  faisoient  ombre  au 
Soleil.  On  les  oyoit  bourdonner  à 
grand  merueille,  et  croy  que  là  où 
ils  s’assirent,  c’estoit  pour  rendre  l’air 
pestilent,  et  y causer  la  peste. 

Mon  petit  Maistre , ie  voudrois 
qu’eussiez  esté  là  comme  moy,  pour 
discerner  des  odeurs,  et  pour  aussi 
en  faire  rapport  à ceux  qui  n’y  ont 
esté. 

Il  m’ennuyoit  beaucoup  là.  Iepriay 
monsieur  le  Mareschal  de  me  donner 
congé  de  m’en  aller,  et  auois  peur  de 
demeurer  malade,  pour  le  trop  grand 
trauail  de  puanteur  des  blessés,  qui 
mouroient  quasi  tous,  quelque  dili- 
gence qu’on  y peust  faire.  11  lit  venir 

46 


APOLOGIE 


722 

dos  Chirurgiens  pour  paracheucr  à 
traiter  les  blessés,  et  m’eu  allay  auec 
sa  bonne  grâce.  Il  escriuit  \ ne  lettre 
au  Roy,  de  la  diligence  que  i’auois 
faite  euuers  les  pauures  blessés.  Puis 
ie  m’en  reuinsà  Paris,  où  ie  Irouuay 
encore  beaucoup  de  genlils-bommes 
qui  auoienl  esté  blessés , qui  s’y  es- 
toient  retirés  après  la  bataille. 


VOYAGE  DV  CAMP  D’AMIENS.  — 1558. 

Le  roym’enuoya  à Dourlan,  et  me 
fit  conduire  par  le  capitaine  Gouast, 
auec  cinquante  hommes-d’armos  de 
peur  que  ie  ne  fusse  pris  des  ennemis  : 
et  voyant  que  par  chemin  estions 
tousiours  en  alarmes,  ie  fis  descendre 
mon  homme,  et  fis  qu'il  estoit  mais- 
ire.  Car  ie  monlay  sur  son  chenal  qui 
portoit  ma  malle,  et  alloil  bien  du 
pied  s’il  eust  fallu  gaigner  le  haut,  et 
pris  son  manteau  et  chapeau,  et  luy 
baillay  ma  monture,  qui  estoit  vne 
belle  et  petite  haquenée.  Mon  homme 
estant  dessus,  on  l’eust  pris  pour  son 
maislre,  et  moy  pour  son  valet.  Ceux 
de  Dourlan  nous  voyansde  loin,  peu 
soient  que  fussions  ennemis,  et  nous 
tirèrent  des  coups  de  canon.  Le  capi- 
taine Gouast,  mon  conducteur,  leur 
fit  signe  auec  son  chapeau  que  n’es- 
tions ennemis  : en  fin  cesseront  de 
tirer,  et  enlrasmes  à Dourlan  auec 
vne  grande  io.ye. 

Ceux  de  Dourlan  auoient  fait  vne 
sortie  sur  l’ennemy,  cinq  ou  six  jours 
auparauant  : lesquels  tuerent  et  bles- 
sèrent plusieurs  de  nos  Capitaines  et 
bons  soldats,  et  entre  les  autres  le 
Capitaine  sainct  Aubin  , vaillant 
comme  l’espée  , que  monsieur  de 
Guise  aiinoit  fort , et  pour  lequel 


principalement  le  Roy  m’enuoyoit  là. 
Lequel  estant  en  accès  de  fiéure 
quarte,  voulut  sortir  pour  comman- 
der à la  plus  grande  partie  de  sa 
compagnie  : vn  espagnol  voyant  qu’il 
commandoit,  apperceut  estre  vn  Ca- 
pitaine, et  luy  tira  vn  coup  d’harque- 
buse  tout  au  trauers  du  col.  Mon 
capitaine  sainct  Aubin  pensoit  de  ce 
coup  estre  mort, et  delà  peur,ie  pro- 
teste à Dieu  qn’il  perdit  sa  fiéure 
quarte,  et  en  fut  du  tout  deliuré.  le 
le  pensay  auec  Anthoine  Portail,  Chi- 
rurgien ordinaire  du  Roy,  et  plusieurs 
autres  soldats  : les  vns  mouroient, 
les  autres  reschappoient,  quittes  pour 
vn  bras  ou  vne  iambe,  ou  perte  d’vn 
œil,  et  ceux-là  disoit-on  estre  quittes 
à bon  marché  : escbappe  qui  peut. 
Lors  cjue  les  ennemis  eurent  rompu 
leur  camp,  ie  m'en  retournay  à 
Paris. 

Icy  ie  me  tais  de  mon  petit  Maistre, 
qui  estoit  plus  aise  en  sa  maison  que 
moy  à la  guerre. 


VOYAGE  DV  HAVRE  DE  GRACE.  — 1503. 

Encores  ie  ne  veux  laisser  à parler 
du  camp  du  Haure  de  Grâce.  Lors 
qu’on  faisoit  les  approches  pour  as- 
seoir l’artillerie,  les  Anglois  qui  es- 
loient  dedans  tuerent  quelques  vns 
de  nos  soldats,  et  plusieurs  pionniers 
qui  gabionnoient  : lesquels  lors  qu’on 
voyoit  estre  tant  blessés  qu’il  n’y 
auoit  nulle  esperance  de  guarison , 
leurs  compagnons  les  despoüilloient , 
et  les  meltoient  encores  viuans  de- 
dans les  gabions,  qui  leur  seruoient 
d’autant  de  remplage.  Les  Anglois 
voyans  qu’ils  ne  pourroienl  soustenir 
vn  assaut,  par-ce  qu’ils  esloient  fort 


ET  VOYAGES. 


attainls  de  maladies,  et  principale- 
ment de  la  peste , ils  se  rendirent  ba- 
gues sauues.  Le  Roy  leur  fit  bailler 
des  vaisseaux  pour  s’en  retourner  en 
Angleterre  , bien  ioyeux  d’estre  hors 
de  ce  lieu  infecté  de  peste.  Il  en  mou 
rut  la  plus  grande  part:  et  portèrent  la 
peste  en  Angleterre  , qui  depuis  n’en 
ont  esté  exempts.  Le  capitaine  Sarla- 
bous,  maistre  de  Qamp,  y fut  laissé 
en  garnison , auec  six  enseignes  de 
gens  de  pied,  lesquels  n’auoient  nulle 
peur  de  la  peste  : et  furent  bien  ioyeux 
d’y  entrer,  esperans  y faire  bonne 
chere. 

Mon  petit  Maistre,  si  vous  y eussiez 
esté  , vous  eussiez  fait  comme  eux. 


VOYAGE  DE  ROVEN. — 1562. 

Or  quant  à la  prise  de  Rouen , ils 
firent  mourir  beaucoup  des  nostres 
deuant  l’assaut , et  à l’assaut  : le  len- 
demain mesme  qu’entrasmes  en  la 
ville  , i’en  trepanay  huit  ou  neuf  qui 
auoient  esté  blessés  à la  breche,  de 
coups  de  pierre.  Il  y auoit  vn  air  si 
malin , qui  estoit  cause  que  plusieurs 
mouroient , voire  de  bien  petites  blés- 
seures,  de  façon  qu’aucuns  eslimoient 
qu’ils  auoient  empoisonné  leurs  bal- 
les. Ceux  du  dedans  disoient  le  sem- 
blable de  nous  : car  encore  qu’ils  fus- 
sent bien  traités  de  leurs  nécessités 
dedans  la  ville  , ils  ne  laissoient  point 
à mourir  comme  ceux  du  dehors. 

Le  Roy  de  Nauarre  fut  blessé  quel- 
ques iours  deuan  t l’assaut  d’vn  coup  de 
boulet  à l’espaule.  le  le  visitay,  et  ai- 
day  à le  penser  auec  vn  sien  Chirur- 
gien nommé  maistre  Gilbert , vn  des 
premiers  de  Montpellier,  et  autres. 
On  ne  peust  trouuer  la  balle  : ie  la 


72.3 

chercbay  bien  exactement , i’apper- 
ceu  par  coniecture  qu’elle  estoit  en- 
trée par  la  teste  de  l’os  du  haut  du 
bras , et  qu’elle  auoit  coulé  en  la  ca- 
uité  dudit  os  , qui  faisoit  qu’on  ne  la 
pouuoit  pas  trouuer.  La  plus  grand’ 
part  la  disoient  estre  entrée , et  per- 
due dedans  le  corps.  Monsieur  le 
Prince  de  la  Roche-sur-Yon  , qui  ai- 
moil  intimement  le  Roy  de  Nauarre  , 
me  tira  à part , et  s’enquist  si  le  coup 
estoit  mortel  : ie  luy  dis  que  ouy  , 
par-ce  que  toutes  les  playes  faites 
aux  grandes  iointures , et  principale- 
ment des  playes  conluses,  esloient 
mortelles  , selon  tous  les  auteurs  qui 
en  ont  escrit.  Il  s’enquisl  des  autres 
ce  qu’il  leur  en  sembloit,  et  principa- 
lement audit  Gilbert  : qui  luy  dist 
auoir  grande  esperance  que  le  Roy 
son  maistre  guariroit,  et  fut  ledit 
Prince  bien  ioyeux.  Quatre  iours 
après  , le  Roy  et  la  Royne  mere , et 
monsieur  le  Cardinal  de  Bourbon  son 
frere,  et  monsieur  le  Prince  de  la  Ro- 
che-sur-Yon, et  monsieur  de  Guise , 
et  autres  grands  personnages,  après 
que  nous  eusmes  pensé  le  Roy  de 
Nauarre,  voulurent  faire  faire  vnc 
consultation  en  leurs  présences,  où 
il  y auoit  plusieurs  Médecins  et  Chi- 
rurgiens. Chacun  en  dit  ce  qu’il  luy 
en  sembloit , et  n’y  eut  pas  vn  d’i- 
ceux  qui  n’eussent  bonne  esperance 
(disoient-ils)  que  le  Roy  guariroit  : 
et  moy  persistois  tousiours  au  con- 
traire. Monseigneur  le  Prince  de  la 
Roche-sur-Yon , qui  m’aimoit,  me  re- 
lira à part , et  me  dist  que  i’eslois  seul 
contre  l’opinion  de  tous  les  autres,  et 
me  prioit  de  n’estre  opiniastre  contre 
tant  de  gens  de  bien.  le  luyrespons, 
que  lors  que  ie  connoislrois  bons 
signes  de  guarison,  iechangeroismon 
aduis.  Plusieurs  consultations  furent 
faites , où  iamais  ne  changeay  de  pa- 


APOLOGIE 


rôle,  et  prognostic  (el  que  ie  Danois 
fait  au  premier  appareil,  et  disois  tous- 
iours  que  le  bras  lomberoit  en  gangre- 
né : ce  qu’il  fit.  quelque  grande  dili- 
gence qu'on  y peust  mettre  : et  rendit 
l’esprit  à Dieu  le  18.  iourde  sa  bles- 
sure. 

Monsieur  le  Prince  de  la  Roclie-sur- 
Yon,  ayant  entendu  la  mort  dudit 
Roy,  enuoya  vers  moy  son  Chirur- 
gien et  Médecin  nommé  le  Féurq,  à 
présent  Médecin  ordinaire  du  Roy  et 
de  la  Royne  mcre  , me  dire  qu’il  vou- 
loit  auoir  la  balle  , et  qu’on  la  cher- 
chas! à quelque  endroit  que  ce  fust. 
Alors  ie  fus  ioyeux , et  leur  dis  que 
i’estois  bien  asseuré  la  trouuer  bien 
tost  : ce  que  ie  fis  en  leurs  présences, 
et  de  plusieurs  gentils-hommes  : elle 
esloittout  au  beau  milieu  de  la  cauité 
de  l’os  du  haut  du  bras.  Mondil  sei- 
gneur Prince  l’ayant,  la  monstra  au 
Roy  et  à la  Royne,  qui  tous  dirent 
que  mon  prognostic  esloit  trouué  vé- 
ritable. Le  corps  fut  mis  reposer  au 
chasleau  Gaillard  : el  ie  m’en  relour- 
nay  à Paris  , où  ie  trouuay  plusieurs 
malades  qui  auoient  esté  blessés  à la 
breche  de  Rouen,  el  principalement 
des  Italiens,  lesquels  me  desiroient 
fort  pour  les  penser  : ce  que  ie  fis  vo- 
lontiers. Il  y en  eut  plusieursquigua- 
rirent,  les  autres  moururent. 

ïe  croy,  mon  petit  Maistre  , que 
fustes  appellé  pour  en  penser  quel- 
ques-vns,  pour  le  grand  nombre  qu’il 
y auoit. 


VOYAGE  DE  LA  BATAILLE  DE  DREVX. 
— 15G2. 

Le  lendemain  après  la  bataille  don 
née  à Dreux1,  le  Roy  me  commanda 

• — 

1 La  bataille  fut  donnée  le  19  décembre. 


d’aller  penser  monsieur  le  Comte 
d’Eu,  qui  auoit  esté  blessé  d’vn  coup 
de  pistole  à la  cuisse  dextre,  prés  la 
iointure  de  la  hanche  , qui  auoit  fra- 
cassé et  brisé  l’os  femoris  en  plusieurs 
esclats  , dont  plusieurs  accidens  luy 
suruindrent,  puis  la  mort:  qui  fut  à 
mon  très-grand  regret.  Le  lendemain 
que  ie  fus  arriué , ie  voulus  aller  au 
camp  où  s’estoit  donné  la  bataille  , 
pour  voir  les  corps  morts.  le  vis  à 
vue  grande  lieuë  d’alentour  la  terre 
toute  couuerte  : on  auoit  en  estime 
de  vingt  cinq  mille  hommes  ou  plus  : 
tout  cela  fut  depesché  en  moins  de 
deux  heures. 

le  voudrois,  mon  petit  Maistre,  pour 
l’amour  que  ie  vous  porte  , qu’y  eus- 
siez esté  pour  en  raconter  à vos  es- 
choliers  et  à vos  enfans. 

Or  cependant  que  ie  fus  à Dreux, 
ie  visilay  et  pensay  grand  nombre 
de  gentils-hommes,  et  pauures  sol- 
dats, et  entre  les  autres  beaucoup 
de  Capitaines  suisses.  I’en  pensois 
quatorze  estans  en  vue  seule  cham- 
bre , tous  blessés  de  coups  de  pis 
tôles  et  d’autres  instrumens  à feu 
diaboliques,  et  n’en  mourut  pas  vn 
des  quatorze.  Monsieur  le  Comted’Eu 
estant  mort , ie  ne  fis  grand  seiour  à 
Dreux.  Il  vint  des  Chirurgiens  de  Pa- 
ris, qui  faisoienl  bien  leur  deuoir  vers 
les  blessés,  comme  Pigray,  Cointeret, 
Hubert,  et  autres:  et  iem’en  retour- 
nayàParis,  où  ie  relrouuay  beau- 
coup de  gentils  hommes  blessés  qui 
s’y  estoient  retirés  après  ladite  ba- 
taille, pour  estre  pensés  de  leurs 
blessures , où  ne  fus  sans  en  voir 
plusieurs. 


KT  VOYaCKS. 


VOYAGE  DE  T, A BATAILLE  DE  AlONT- 
CONTOVR.  — 15f>9. 

Pendant  la  bataille  de  Montcon- 
tour,  le  Roy  Charles  estoit  au  Plessis 
lez  Tours , où  il  entendit  l’auoir  gai- 
gnée.  Il  se  retira  grand  nombre  de 
gentils-hommes  et  soldats  en  la  ville 
et  fauxbourgs  de  Tours,  blessés,  pour 
se  faire  penser  et  medicamenier  : où 
le  Roy  et  la  Royne  mere  me  comman- 
dèrent en  faire  mon  deuoir,  auec  les 
autres  Chirurgiens  qui  lors  osloient 
en  quartier,  comme  Pigray,  du  Rois, 
Portail , et  vri  nommé  Siret,  Chirur- 
gien de  Tours,  homme  bien  entendu 
en  la' Chirurgie,  estant  alors  Chirur- 
gien de  Monseigneur  frere  du  Roy  : 
et  pour 4a  multitude  desnaurés,  n’es- 
tions gueresà  repos,  ny  les  Médecins 
pareillement. 

Monsieur  le  Comte  de  Mansfeid , 
gouuemeur  de  la  duché  de  Luxem- 
bourg, Cheoalier  de  l’ordre  du  Roy 
d’Espagne,  fut  grandement  blessé  à 
la  bataille,  au  bras  seneslre,  d’vn 
coup  de  pistolie  qui  luy  rompit 
grande  partie  du  coude , et  s’estoit  re- 
tiré à Bourgueil,  prés  Tours.  Estant 
là,enuoya  vn  gentilhomme  vers  le 
Pioy,  le  supplier  bien  affectueusement 
luy  vouloir  enuoyer  vn  de  ses  Chirur- 
giens pour  le  secourir  de  sa  blessure. 
Le  conseil  fut  tenu  quel  Chirurgien 
seroit  qu’on  y enuoyeroit.  Monsieur  le 
Mareschal  de  Montmorency  dist  au 
Roy  et  à la  Royne , qu’il  seroit  bon  de 
luy  enuoyer  son  premier  Chirurgien , 
et  leur  remonstra  que  ledit  seigneur 
de  Mansfeid  auoit  esté  vne  grande 
partie  cause  du'gain  de  la  bataille.  Le 
Roy  dist  tout  à plat,  qu’il  ne  vouloit 
que  i’y  allasse  , et  vouloit  que  ie  de- 
meurasse prés  de  luy.  Adonc  la  Royne 


mere  luy  dis!  que  ie  ne  ferois  qu’aller 
et  venir,  et  falloit  auoir  esgard  que 
c’estoit  vn  seigneur  eslranger,  qui  es- 
toit venu  de  la  part  du  Roy  d’Espa- 
gne pour  son  secours.  Alors  il  me  per- 
mit y aller,  pourueu  que  ie  reuinsse 
bien  (ost.  Adonc  il  m’enuoya  quérir, 
et  pareillement  la  Royne  mere  , et 
me  commandèrent  d’aller  trouuer 
ledit  seigneur  Comte  de  Mansfeid  , 
lapait  où  il  seroit,  pour  luy  seruir 
en  tout  Ce  que  ie  pourrois  faire  pour 
la  guarison  de  sa  blessure.  le  l’allay 
trouuer,  accompagné  d’vne  lettre  de 
leurs  Maiestés.  L’ayant  veuë,  il  me 
receut  de  bonne  volonté  , et  desiors 
donna  congé  à trois  ou  quatre  Chirur- 
giens qui  le  pensoient  : qui  fut  à mon 
très-grand  regret,  par  ce  que  sa  bles- 
sure me  sembloit  estre  incurable. 

Or  audit  Bourgueil  s’esloient  re- 
tirés plusieurs  gentils-hommes ayans 
esté  blessés  à ladite  bataille,  sçaclians 
que  Monsieur  de  Guise  y estoit,  qui 
auoit  esté  aussi  fort  blessé  d’vn  coup 
de  pistolet  au  trauers  d’vne  iambe, 
et  estans  bien  asseurés  qu’il  auroit  de 
bons  Chirurgiens  pour  le  penser,  et 
aussi  qu’il  est  débonnaire  et  fort  libe- 
ral, qu’il  les  assisterait  d’vne  grande 
partie  de  leurs  nécessités.  Ce  que  vé- 
ritablement faisoit  volontiers,  tant 
de  leur  manger  et  boire  , que  autres 
nécessités  : et  de  ma  part , de  mon 
art  estoient  soulagés  et  aidés  : les  vus 
mouraient,  autres guarissoient,  selon 
leurs  blessures  Le  comte  Ringraue 
mourut,  qui  auoit  vn  coup  à l’es- 
paule  semblable  à celuy  qu'eut  le 
Roy  de  Nauarre  déuant  Roüen.  Mon- 
sieur de  Bassompierre,  colonel  do 
douze  cens  eheuaux. , fut  semblable- 
ment blessé  de  pareil  coup  et  en- 
droit que  celuy  de  monsieur  le 
comte  de  Mansfeid , que  ie  pcnsay, 
et  Dieu  le  guarisl.  Dieu  benisl  si  bien 


APOLOGIE 


lü(> 


mon  œu ure  , que  dans  (rois  sepmai- 
nes  ie  les  ramenay  à Paris,  où  fallut 
faire  encore  quelques  incisions  au 
bras  dudit  comte  de  Mansfeld , pour 
extraire  les  os  qui  estoient  grande- 
ment fracassés,  rompus,  et  carieux. 
Ilguarist  par  la  grâce  de  Dieu,  et  me 
fit  vn  honneste  présent , de  sorte 
que  ieme  conlentay  bien  fort  de  luy,. 
et  luy  de  moy,  comme  il  m’adait  pa- 
roistre  depuis.  Il  escriuit  vne  lettre. à 
monsieur  le  duc  d’Ascot,  comme  il 
esloit  guari  de  sa  blessure,  et  aussi 
monsieur  de  Bassompierre  de  la 
sienne,  et  plusieurs  autres  que  i’a- 
uois  pensés  après  la  bataille  de  Mont- 
contour,  qui  luy  conseilloit  de  sup- 
plier le  Roy  de  France  me  permettre 
d’aller  voir  monsieur  le  Marquis 
d’Auret  son  frere  : ce  qu’il  fit. 


VOYAGE  DE  FLANDRES. 

Monsieur  le  duc  d’Ascot  ne  fit 
faute  d’enuoyer  vn  gentilhomme 
vers  le  Roy, accompagné  d’ vne  lettre, 
pour  le  supplier  humblement  luy 
faire  tant  de  bien  et  d’honneur,  que 
de  permettre  et  commander  à son 
premier  Chirurgien  venir  voir  mon- 
sieur le  marquis  d’Auret  son  frere, 
qui  auoitreceu  vn  coupd'harquebuse 
prés  le  genoüil,  auec  fracture  d’os  , 
il  y auoit  enuiron  sept  mois,  et  que 
les  Médecins  et  Chirurgiens  de  par 
delà  estoient  bien  empeschés  à sa 
guarison.  Le  Roy  m’enuoya  quérir, 
et  me  commanda  d’aller  voir  ledit 
seigneur  d’Auret,  et  le  seeputir  en 
tout  ce  que  ie  pourrois  pour  la  gua- 
rison de  sa  blessure,  le  luy  dis  que 
i’employerois  tout  le  peu  de  sçauoir 
qu’il.  auoit  pieu  à Dieu  me  donner. 


le  m'en  allay  , conduit  par  deux 
gentilshommes,  au  chasteau  d’Aurel, 
qui  est  à vne  lieuë  et  demie  de  Mons 
en  Hainaut , où  estoit  ledit  mar- 
quis. Subit  estant  arriué , ie  le  vi- 
sitay,  et  luy  dis  que  le  Roy  m’a- 
uoit  commandé  de  le  venir  voir,  et 
penser  de  sa  blessure.  Il  me  dist  qu’il 
estoit  bien  ioyeux  de  ma  venue , et 
estoit  grandement  tenu  au  Roy,  luy 
ayant  fait  tant  d’honneur  de  m’auoir 
enuoyé  vers  luy.  le  le  trouuay  auec 
vne  grosse  liéure,  les  yeux  fort  en- 
foncés , auec  vn  visage  moribonde  et 
iaunastre  , la  langue  seiche  et  aride, 
et  tout  le  corps  fort  émacié  et  mai- 
gre , la  parole  basse  comme  d’vn 
homme  fort  prés  de  la  mort  : puis 
trouuay  sa  cuisse  fort  enflée,  apos- 
tumée  et  vlcerée  , ieltant  vne  sanie 
verdoyante  et  fort  fetide.  le  le  son- 
day  auec  \ne  sonde  d’argent.  Par 
icelle  trouuay  vne  cauité  prés  l’aine, 
finissant  au  milieu  de  la  cuisse , et 
d’autres  autour  du  genoüil  sanieuses 
et  cuniculeuses  : aussi  certaines  es- 
quilles d’os,  les  vnes  séparées,  les  au- 
tres non.  La  iambe  esloit  fort  tumé- 
fiée, et  imbue  d’vn  humeur  pituiteux, 
froid  et  humide  et  flatulent(de  sorte 
que  la  chaleur  naturelle  estoit  en 
chemin  d’estre  suffoquée  et  esleinte) 
et  courbée  et  retirée  vers  les  fesses  : 
le  croupion  vlceré  de  la  grandeur  de 
la  palme  de  la  main  : ét  disoit  y sentir 
vne  exlreme  cuiseur  et  douleur,  et 
semblablement  aux  reins  : de  façon 
qu’il  ne  pouuoit  aucunement  reposer 
iour  ny  nuit , étn’auoit  nul  appétit  de 
■manger,  mais  de  boire  assez.  11  me 
fut  dit,  que  souuent  tomboit  en  dé- 
faillance de  cœur  , et  quclquesfois 
comme  en  epilepsie  : et  auoit  souuent 
volonté  de  vomir,  auec  vn  tremble- 
ment tel  qu’il  ne  pouuoit  porter  ses 
mains  à sa  bouche.  Voyant  et  consi- 


ET  VOYAGES. 


derant  tous  ces  grands  accidens  , et 
les  vertus  grandement  abbaltues,  vé- 
ritablement i’eus  vu  très-grand  regret 
d’estre  allé  vers  luy,  par  ce  qu’il  me 
sembloit  auoir  peu  d’apparence  qu’il 
peust  reschapper  de  la  mort.  Toutes- 
l'ois  pour  luy  donner  courage  et 
bonne  esperance,  ieluy  disque  bien- 
tosl  ie  le  meürois  debout , par  la 
grâce  de  Dieu , et  l’aide  de  ses  Méde- 
cins et  Chirurgiens.  L’ayant  veu  , ie 
m’en  allay  promener  en  vn  iardin , là 
où  ie  priay  Dieu  qu’il  me  fit  ceste 
grâce,  qu’il  guarist  : et  qu’il  benist 
nos  mains  et  les  medicamens,  à com- 
battre tant  de  maladies  compliquées, 
le  discourus  en  mon  esprit  les  moyens 
qu’il  me  falloit  tenir  pour  ce  faire. 
On  m’appela  pour  disner  : i’entray  à 
la  cuisine,  là  où  ie  vis  tirer  d’vne 
grande  marmite  demy  mouton , vn 
quartier  de  veau , trois  grosses  pièces 
de  bœuf,  et  deux  volailles,  et  vn 
bien  gros  lopin  de  lard,  auec  force 
bonnes  herbes  : alors  ie  dis  en  moy- 
mesme,  que  ce  bouillon  de  marmite 
esloit  succulent,  et  de  bonne  nourri- 
ture. 

Apres  le  disner,  tous  les  Médecins 
et  Chirurgiens  assemblés,  nous  en- 
trasmes  en  conférence,  en  la  pré- 
sence de  monsieur  le  duc  d’Ascot , et 
quelques  gentils-hommes  qui  l’accom- 
pagnoient.  le  commençay  à dire  aux 
Chirurgiens  , que  ie  m’esmerueillois 
grandement  comme  ils  n’auoient  fait 
des  ouuerlures  à la  cuisse  de  mon- 
sieur le  Marquis  , qui  estoit  toute 
apostumée , et  que  la  boue  qui  en 
sortoit  estoit  grandement  fétide  et 
puante,  qui  demonslroit  y estre  de 
long  temps  croupie  , et  que  i’auois 
trouué  auec  la  sonde  carie  d’os,  et 
des  esquilles  qui  estoient  ja  séparées. 
Ils  me  firent  response  que  iamais 
ne  l’auoit  voulu  cousenlir,  et  mesme 


7‘27 

qu’il  y auoit  prés  de  deux  mois  qu’on 
n'auoit  peu  gaigner  à mettre  des  draps 
blancs  en  son  lit , et  n’osoit-on  qu’à 
peine  toucher  à la  couuerture,tantil 
sentoit  de  douleurs.  Lors  ie  dis  que 
pour  le  guarir  , il  falloit  toucher 
autrcchose  que  la  couuerluredu  lie1. 
Chacun  dis!  ce  qu'il  luy  sembloit  de  la 
maladie  dudit  seigneur,  et  pour  con- 
clusion, le  tenoienl  tous  déploré.  le 
leur  dis  qu’il  y auoit  encore  quelque 
. esperance,  pour  sa  ieunesse  , et  que 
Dieu  et  Nature  font  quelquesfois  des 
choses  qui  semblent  aux  Médecins  et 
Chirurgiens  estre  impossibles. 

Ma  consultation  fut.  que  la  cause  de 
tous  ses  accidens  estoient  venus  par 
le  coup  de  boulet  donné  prés  la  ioin- 
ture  du  genoiiil,  qui  auoit  rompu  les 
ligamens  , tendons,  et  aponeuroses 
dos  muscles,  qui  lient  ladite  jointure, 
ensemble  l’os  femoris  : aussi  nerfs , 
veines,  et  artères,  dont  s’en  estoit 
ensuiui  douleur,  inflammation,  apos- 
temo,  et  vlcere  : et  qu’il  falloit  com- 
mencer la  cure  à la  maladie  qui  estoit 
cause  de  tous  les  susdits  accidens 
qu’il  auoit , à sçauoir  , faire  des  ou- 
uerturespour  donner  issue  à la  sanie 
retenue  entre  les  spaciosités  desmus- 
cles, et  en  leur  substance  (sembla- 
blement aux  os  ) laquelle  causoit  vue 
grande  corruption  en  toute  la  cuisse, 
dont  les  vapeurs  en  estoient  esleuées 
et  portées  au  cœur , qui  causoient 
syncope  et  la  fiéure , et  de  la  fleure  vn 
feu  vniuersel  en  tout  le  corps  , et  par 
conséquent  depraualion  de  l’œcono- 
mie.  Pareillement  lesdiles  vapeurs  es- 
toient communiquées  au  cerueau  , 
qui  causoient  l’epilepsie  et  tremble- 
ment , et  à l’eslomacb  nausée  , et 
l’engardoit  faire  ses  fonctions,  qui 
sont  principalement  de  digerer  et 
cuire  les  viandes  , et  les  conuertir  eh 
cbyle  : lesquelles  si  elles  ne  sont  bien 


APOLOGIE 


cuittes  , il  s’engendre  des  midilés  et 
obstructions  qui  font  que  les  parties 
ne  sont  nourries  , el  par  conséquent 
le  corps  desseiche  et  maigrit  : et 
pour-ce  aussi  qu'il  ne  fàisoit  nul  exer- 
cice. Et  quant  a l’œdeme  de  sa  iambe, 
cela  estoil  prouenu  à cause  du  defaut 
de  l’aliment , et  de  la  chaleur  natu- 
relle arrestée  en  toute  la  cuisse,  et 
aussi  faute  qu’elle  ne  se  pouuoitmou- 
uoir  : car  toule  partie  qui  n’a  son 
mouuement  , demeure  languide  et 
atrophiée  : par-ce  que  la  chaleur  et 
esprit  n'y  sont  point  enuoyés  ny  atti- 
rés, dont  ensuit  mortification  : elque 
pour  refociller  el  engraisser  le  corps, 
il  falloit  faire  des  frictions  vniuersel- 
les  auec  des  linges  chauds,  en  haut, 
en  bas,  à dexlre,  à senestre,  et  en 
rond  , à fin  d’attirer  le  sang  et  esprits 
du  dedans  au  dehors , et  résoudre 
quelques  vapeurs  fuligineuses  déte- 
nues entre  cuir  et  chair  : partant  les 
parties  seront  puis  après  nourries  et 
refaites  ( comme  i’ay  dit  cy-deuanl  au 
liure  9.  traitant  des  playes  d’har- 
qutbuses).  Et  les  falloit  laisser  lors 
qu'on  verroit  au  cuir  chaleur  et  rou- 
geur, de  peur  de  résoudre  ce  qu’on 
auroit  attiré,  et  par  conséquent  le 
rendre  encore  plus  maigre.  Or  l’ vlcere 
qu’il  a surle  croupion, est venuepour 
auoir  esté  trop  long  temps  couché 
dessus , sans  se  remuer  : qui  a esté 
cause  que  les  esprits  n’ont  peu  re- 
luire. A cesle  cause  s’est  faite  in- 
flammation , de  l’inflammation  apos- 
leme,  puis  vlcere,  voire  auec  déper- 
dition de  substance  de  la  chah- 
sujette,  auec  vue  tres-grandp  dou- 
leur^ cause  des  nerfs  qui  se  dissémi- 
nent en  ceste  pa’  *e.  Il  faut  pareille- 
ment faire  tant  qu’on  le  mette  en  vn 
autre  licl  bien  mol,  et  luy  bailler  che- 
mise et  draps  blancs  : autrement  tou- 
tes les  choses  qu’on  luy  pourroit  faire 


ne  luy  seruiroient  de  rien , A cause 
que  ces  excremens  et  vapeurs  de  la 
sanie  retenue  de  si  long  temps 
en  son  lict , sont  attirées  par  le  sys- 
tolé  et  diaslolé  des  arleres  qui  sont 
disséminées  par  le  cuir,  et  font  que 
les  esprits  s’altèrent , el  acquièrent 
vne  mauuaise  diathese  ou  qualité 
et  corruption  : ce  qui  se  voit  de 
quelqu’vn  qui  couchera  en  vn  lit  là 
où  vn  verollé  aura  couché  et  sué  , le- 
quel prendra  la  verolle  par  les  va- 
peurs putrides  qui  seront  imbues  et 
demeurées  aux  draps  et  couuerlures. 
Or  quant  à ce  qu’il  ne  peut  nulle- 
ment dormir,  et  est  quasi  en  atrophie, 
c’est  à raison  qu’il  mange  peu  , et  ne 
fait  nul  exercice,  et  qu’il  est  vexé 
de  grandes  douleurs  : car  il  n’y  a rien 
qui  abbalte  et  prosterne  plus  les  ver- 
tus que  la  douleur.  La  cause  qu’il  a 
la  langue  aride  et  seiche,  cela  vient 
par  la  vehemence  de  la  chaleur  de  la 
fiéure , par  les  vapeurs  qui  montent 
de  tout  le  corps  à la  bouche  : car, 
comme  on  dit  en  commun  prouerbe  , 
quand  on  chauffe  bien  vn  four,  la 
gueulle  s’en  ressent.  Ayant  discouru 
des  causes  et  accidens,  ie  dis  qu’il 
falloit  les  guarir  par  leurs  contraires  : 
et  premièrement  appaiser  les  dou- 
leurs , faisant  des  ouuertures  à la 
cuisse  pour  euacuerla  boue  retenue, 
ne  l’euacuant  tout  à coup,  de  peur 
que  par  la  grande  euacuation  subite 
se  fist  vne  resolution  d’esprits,  qui 
pourroit  grandement  débiliter  le 
patient  et  abréger  ses  iours. Seconde- 
ment, auoir  esgard  à la  grande  tu- 
meur et  froideur  de  la  iambe  , crai- 
gnant qu’elle  ne  tombast  eu  gan- 
grené , et  qu’il  luy  falloit  appliquer 
vne  chaleur  actuelle  , parce  que  la 
potentielle  ne  pourroit  réduire  l’in- 
teinperie  de potentia  ad  aclum.  A ceste 
cause , qu’il  falloit  y appliquer  au- 


l.T  VOYAGES. 


tour  des  briques  chaudes,  sur  les 
quelles  on  ietteroit  vue  décoction 
faite  d’herbes  neruales  cuiües  en  vin 
et  vinaigre,  puis  enueloppées  en  quel- 
que seruicüe , et  aux  pieds  vue  bou- 
teille de  terre  remplie  de  ladite  dé- 
coction, bouchée  et  enueloppée  en 
quelques  linges.  Aussi  luyfalloit  faire 
des  fomentations  sur  la  cuisse  et 
toute  la  iambe,  d’vne  décoction 
faite  de  sauge,  rosmarin  , thym  , la- 
uande,  fleurs  de  camomille  et  meli- 
lot , roses  rouges  cuitles  en  vin  blanc, 
et  lexiue  faite  de  chesne,  et  vn  peu 
de  vinaigre,  et  demie  poignée  de  sel. 
Ceste  décoction  a vertu  de  subiilier, 
atténuer,  inciser,  résoudre,  tarir  et 
seicber  l’humeur  gros  et  visqueux. 
Lesdites  fomentations  se  feront  lon- 
guement, à fin  que  la  resolution  soit 
plus  grande  : car  estant  ainsi  faite 
longuement,  on  résout  plus  qu’on 
n’attire,  à causé  qu’on  liquéfié  Ph li- 
meur' contenu  en  la  partie,  on  raréfie 
le  cuir,  et  la  chair  des  muscles.  Tier- 
cement,  qu’il  falluit  appliquer  sur 
l’vlcere  du  croupion  vue  grande  em- 
plastre,  faite  de  l’onguent  desiccalif 
rouge  et  l'onguent  Comil  issir,  par- 
ties égalés  , incorporées  ensemble , à 
fin  de  luy  appaiser  sa  douleur  et  des- 
seicher  lvlcere  : aussi  luy  faire  vn 
bourrelet  de  duuet  qui  portast  le 
croupion  en  l’air,  sans  eslre  appuyé 
dessus.  Quarlcment,  pour  rafraischir 
la  chaleur  des  reins , on  luy  applique- 
rait dessus  de  l’onguent  réfrigérant 
de  Galien,  recentement  fait,  et  par 
dessus  des  fueilles  de  nénuphar  ré- 
centes : puis  \ ne  seruiette  trempée  en 
oxycrat,  espreinte  et  renouueilée 
souuent.  Et  pour  la  corroboration  du 
cœur,  on  appliquera  dessus  vn  médi- 
cament réfrigérant , fait  d’huile  de 
nénuphar  et  l’onguent  rosat  et  vn 
peu  de  saffran  , dissouts  en  vinaigre 


729' 

rosat  et  thériaque,  estendus  sur  vue 
piece  d’escarlatle.  Pour  la  syncope 
qui  procedoit  de  la  débilitation  des 
forces  naturelles,  faisant  aussi  trou- 
bler lecerueau,  falloit  vser  de  bons 
alimens  succulens,  comme  œufs  mol- 
lets, raisins  de  damas  confits  en  vin 
et  succre,  aussi  panade  faite  de  bouil- 
lon de  la  grande  marmite  ( de  la- 
quelle i’ay  parlé  cy  deuanl)  aucc 
blancs  de  chappon  , ailes  de  perdrix 
hachées  bien  menu,  et  autres  vian- 
des rosties,  faciles  à digerer,  comme 
veau  , chéureau , pigeonneaux , per- 
dreaux, griues,  et  autres  sembla- 
bles. La  saulse  sera  orenge  , verjus 
d’ozeille,  grenades  aigres  : il  en 
pourra  pareillement  manger  de  boiiil- 
lis  auec  bonnes  herbes,  comme  ozeil- 
le , laictuë,  pourpié,  cichorée,  bu  - 
glose,  soucy,  et  autres  semblables. 
La  nuit , il  pourra. vser  d’orge-mon- 
dé,  auec  jus  d'ozeillé  et  nénuphar, 
de  chacun  deux  onces,  auec  quatre 
ou  cinq  grains  d’opium,  et  des  quatre 
semences  froides  conquassées,  de 
chacun  demie  once,  qui  est  vn  re- 
mede  alimenteux  et  médicamenteux, 
qui  le  prouoquera  à dormir.  Son  pain 
sera  de  metail,  et  ne  sera  trop  rassis 
ny  tendre.  Et  pour  sa  grande  douleur 
de  leste,  il  faudra  couper  ses  che- 
ueux  , et  la  frotter  d’oxyrrhodinum 
vn  peu  tiede,  et  y laisser  vn  linge 
double  trempé  dedans.  On  luy  fera 
pareillement  vn  frontail  d’huile  ro- 
sat et  nénuphar  et  de  pauot , et  vn 
peu  d’opium  et  vinaigre  rosat , auec 
vn  peu  de  camphre , et  renouuellé 
par  fois.  D’auantage,  on  luy  fera 
sentir  au  nez  fleurs  de  iusquiame  et 
nénuphar,  broyées  auec  vinaigre  et 
eau  rose,  auec  vn  peu  de  camphre  , 
enueloppésensembleen  vn  mouchoir, 
lequel  sera  tenu  longuement  contre 
le  nez,  à fin  que  l’odeur  se  puisse 


APOLOGIE 


?3o 

communiquer  au  cerueau  : et  seront 
ces  choses  continuées  seulement  ius- 
ques  à ce  que  la  grande  inflammation 
et  douleur  soient  passées , de  peur  de 
réfrigérer  par  trop  le  cerueau.  D’a- 
bondant on  fera  pleuuoir  par  arti- 
fice, en  faisant  découler  de  l’eau  de 
quelque  lieu  haut  dans  vn  chaude- 
ron,  et  qu’elle  face  tel  bruit  que  le 
malade  le  puisse  entendre  : par  ces 
moyens  îuy  sera  prouoqué  le  dormir. 
Et  quant  à la  rétraction  de  sa  iambe, 
il  y a esperance  la  redresser,  lors 
qu’on  aura  fait  vacuation  du  pus  et 
autres  humeurs* contenus  à la  cuisse, 
qui , par  leur  extension  (faite  par  re- 
ple(ion)  ont  attiré  ladite  iambe  : la- 
quelle se  pourra  redresser,  en  luy 
frottant  premièrement  toute  la  ioin- 
ture  du  genoüil  auec  vnguenlum  de 
althea,  et  huile'  de. lys,  et  vn  peu 
d’eau  de  vie,  et  par  dessus  de  la  laine 
noire  auec  son  suc  : pareillement  en 
mettant  sous  le  iarret  vn  oreiller  de 
plume,  ployé  en  double,  et  peu  à 
peu  on  luy  fera  eslendre  la  iambe. 

Lequel  mien  discours  fut  bien  ap- 
prouué  des  Médecins  et  Chirurgiens. 

La  consultation  acheuée,  nous  en 
allasmes  vers  le  malade , où  ie  luy 
fis  trois  ouuerlures  à sa  cuisse,  des- 
quelles sortit  vne  bien  grande  quan- 
tité de  boue  et  sanie,  et  dés  l’heure 
ie  luy  tiray  quelque  petite  esquille 
d’bs:  et  ne  voulus  laisser  sortir  trop 
grande  abondance  de  ladite  sanie,  de 
peur  de  trop  débiliter  ses  forces. 
Deux  ou  trois  heures  après,  ie  luy 
fis  faire  vn  lict  prés  le  sien , où  il 
auoit  de  beaux  draps  blancs  : puis  vn 
homme  fort  le  posa  dedans:  et  fut 
ioyeux  d'auoir  esté  tiré  hors  de  son 
lict  sale  et  puant.  Tost  après  demanda 
à dormir,  ce  qu’il  fit  prés  de  quatre 
heures  : où  tout  le  monde  de  la  mai- 
son se  commença  à resioüir,  et  prin- 


cipalement monsieur  le  Duc  d’Ascot 
son  frere. 

Les  iours  suiuans , ie  luy  faisois 
des  iniections  au  profond  et  cauités 
des  vlceres,  faites  d'Egyptiac  dissout 
tanlost  en  eau  de  vie,  et  autresfois 
en  vin.  I’appliquois  pour  mondifier 
et  seicher  les  chairs  spongieuses  et 
mollasses,  des  compresses  au  fond 
des  sinuosités,  et  tentes  de  plomb 
cannulées  , à fin  de  tousiours  donner 
issue  à la  sanie:  et  par  dessus  vne 
grande  emplastre  de  diachalcitheos 
dissout  en  vin.  Pareillement  ie  le 
bandois  si  dextrement  qu’il  n’auoit 
nulle  douleur  : laquelle  sedée,  la 
fleure  commença  fort  à se  diminuer. 
Alors  ie  luy  fis  boire  du  vin  trempé 
médiocrement  d'eau,  sçaehant  qu'il 
restaure  et  viuifie  les  vertus.  Et  tou- 
tes les  choses  que  nous  arrestasmes 
eh  la  consultation  furent  accomplies 
selon  le  temps  et  ordre  : et  ses  dou- 
leurs et  la  ûéure  cessées , commença 
tousiours  à se  mieux  porter.  11  donna 
congé  à deux  de  ses  Chirurgiens  et  à 
vn  de  ses  Médecins,  de  façon  que 
n’estions  plus  que  trois  auec  luy. 

Or  i’y  demeuray  enüiron  deux 
mois,  et  ne  fut  sans  voir  plusieurs 
malades,  tant  riches  que  pauures, 
qui  venoienl  à moy  de  trois  ou  quatre 
lieués  à l’entour.  Il  laisoit  bailler  à 
manger  et  à boire  aux  nécessiteux  : 
tous  lesquels  me  recommandoit,  et 
qu’en  faueur  de  luy  ie  les  secourusse, 
le  proteste  que  ie  n’en  refusay  vn 
seul,  et  leur  faisois  à tous  ce  qu’il 
in’esloit  possible,  dont  il  estoit  ioyeux. 
Lors  que  ie  vis  qu'il  commençoit  à 
se  bien  porter , ie  luy  dis  qu’il  falloil 
auoir  des  violes  et  violons,  et  quelque 
farceur  pour  le  resioüir  : ce  qu’il 
fil.  En  vn  mois  nous  fismes  en  sorte, 
qu’il  se  pouuoit  tenir  en  vne  chaire, 
et  se  faisoit  porter  et  promener  en 


ET  VOYAGES. 


son  iardin , et  à la  porte  de  son  cbas- 
teau  , pour  voir  passer  le  monde.  Les 
villageois  de  deux  et  trois  lieues  d'au- 
tour, sçacbans  qu’on  le  pouuoil  voir, 
venoient  aux  testes  chanter  et  danser, 
masleset  femelles,  pesle-mesle  à ti- 
relerigot , en  resioüissanee  de  sa 
bonne  conualescence , estans  tous 
ioycux  de  le  voir,  et  n’estoit  sans  bien 
rire  et  bien  boire.  Il  leur  faisoit  tou- 
siours  donner  vne  barrique  de  biere , 
et  beuuoient  tous  à tirelerigot  à sa 
santé.  Et  les  citoyens  de  Monts  en 
Hainault.et  autres  gentils  hommes 
ses  voisins,  le  venoient  voir  par  vne 
admiration,  comme  vn  homme  sor- 
tant du  tombeau  : et  dés  lors  qu’il  se 
porta  bien  , ne  fut  sans  compagnie  : 
et  comme  l’vn  sortoil,  l’autre  y en- 
troit pour  le  visiter  : sa  table  esloit 
lousiours  bien  couuerte.  Il  estoit 
grandement  aimé  de  la  noblesse  et 
du  commun  peuple,  tant  pour  sa  li- 
béralité , que  de  sa'beaulé  et  honnes- 
telé,  ayant  le  regard  doux  et  la  pa- 
role gracieuse , en  sorte  que  ceux 
qui  l’auoient  enuisagé  esloient  con- 
traints de  l’aimer. 

Les  principaux  delà  ville  de  Monts 
vindrent  vn  samedy,  pour  le  supplier 
qu’il  permist  que  i’allasse  à Monts, 
où  ils  auoient  bonne  volonté  de  me 
festoyer  et  me  faire  bonne  chere  pour 
l’amour  de  luy.  Il  leur  disl  qu’il  me 
prieroit  d’y  aller,  ce  qu’il  fit  : mais 
ie  luy  fis  response , qu’à  moy  n’ap- 
parlenoit  me  faire  tant  d’honneur, 
ioint  aussi  qu’ils  ne  me  sçauroient 
donner  meilleures  viandes  que  les 
siennes!  Et  de  rechef  me  pria  bien 
affectueusement  d’y  aller,  et  que  ie 
fisse  cela  pour  l’amour  de  luy  : ce 
que  luy  accorday.  Le  lendemain  , ils 
me  vindrent  quérir  auec  deux  cha- 
riots : et  estans  arriués  à Monts,  trou- 
uasmes  le  disner  prest , et  des  princi- 


paux de  la  ville  auec  leurs  femmes  , 
qui  m’altendoient  auec  bonne  deuo- 
tion.  Nous  nous  mismes  à table,  et 
me  mirent  au  haut  bout,  et  beuuoient 
tous  à moy  et  à la  samé  de  monsieur 
le  Marquis  d’Auret,  disant  qu’il  esloit 
bien-heureux  , et  eux  pareillement, 
de  m’auoir  recouuert  pour  le  mettre 
sus  : et  conneus  en  ceste  compagnie 
qu’il  esloit  grandement  honoré  et 
aimé.  Après  le  disner,  me  ramonèrent 
au  chasteau  d’Auret,  où  monsieur  le 
Marquis  m’y  allendoit  en  grande  de- 
uotion , pour  luy  raconter  ce  que 
nous  auions  fait  en  nostre  banquet  : 
où  ie  luy  dis  que  toute  la  compagnie 
auoit  beu  plusieurs  fois  à sa  santé. 
En  six  sepmaines  il  commença  à se 
soustenir  vn  peu  sur  des  potences , 
etàsebien  fort  engraisser,  et  pren- 
dre vne  viue  et  naturelle  couleur. 
Vouloir  luy  print  d’aller  à Beaumont, 
qui  est  la  demeure  de  monsieur  le 
Duc  d’Ascot,  et  se  fit  porter  en  vne 
chaire  à bras  par  huit  hommes  de  re- 
lais. Et  les  paysans  des  villages  par 
où  nous  passions , sçacbans  que  c’es- 
toit  monsieur  le  Marquis,  se  baltoient 
à qui  le  porteroit,  et  nous  conlrai- 
gnoieut  de  boire  : mais  ce  n’estoit 
que  de  la  biere , et  croy  que  s’ils 
eussent  eu  du  vin,. voire  de  l’hippo- 
cras , ils  nous  en  eussent  donné  de 
bonne  volonté.  Et  esloient  tous  fort 
ioyeux  de  voir  ledit  Marquis,  et 
prioient  tous  Dieu  pour  luy. 

Estant  arriué  à Beaumont,  tout  le 
peuple  venoit  au  deuant  de  nous  luy 
faire  la  reuerence,  et  prioient  Dieu 
qu’il  le  benist  et  le  tinst  en  bonne 
santé.  Nous  entrasmes  au  Chasteau  , 
où  il  y auoit  plus  de  cinquante  Gen- 
tils-hommes que  monsieur  le  Duc 
d’Ascot  auoit  mandés  pour  venir  faire 
bonne  chere  auec  monsieur  son  li  ere: 
et  fut  trois  iours  entiers  sa  maison 


APor.oGin 


73q 

ouueïte,  Après  disner  les  Gentils- 
hommes couroient  la  bague  , se 
battoient  à l’espée  d’armes  , et  se  res- 
ioüissoient  grandement  de  voir  mon- 
sieur d'Auret  : parce  qu’ils  auoient 
entendu  que  iamais  ne  pourroit  par- 
tir du  lict,  et  guarir  de  sa  blessure, 
l’estois  à table  tousiours  au  haut 
bout,  là  où  tout  le  monde  beuuoit  ca- 
rous  à luy  et  à moy , pensans  m’eny- 
urer  , ce  qu’ils  ne  sceurent  : car  ie  ne 
beuuois  que  comme  i’auois  accous- 
lumé. 

Quelques  iours  apres  nous  en  re- 
tournasnies,  et  pris  congé  de  madame 
la  Duchesse  d’Ascot,  laquelle  tira 
vn  diamant  de  son  doigt , qu’elle  me 
donna  en  reconnoissanced’auoir  bien 
pensé  son  frère:  et  esloit  le  diamant 
de  la  valleur  de  plus  de  cinquante 
escus.  Monsieur  d’Auret  se  portoit 
tousiours  de  mieux  en  mieux  , et  che- 
mïhoit  tout  seul  autour  de  son  iardin 
sur  des  potences.  le  luy  demanday 
congé  par  diuerses  lois  , pour  m’en 
reuenir  à Paris,  luy  remonstranl  que 
ce  qui  restoit  à faire  à sa  blessure  , 
son  Médecin  et  Chirurgien  le  feroient. 
Et  pour  commencer  tousiours  à m’es- 
loigner  de  luy  , ie  luy  priay  qu’il  me 
permist  d’aller  voir  la  ville  d’Anuers  : 
cequil  m’accorda  bien  volontiers  , et 
commanda  à son  Maistre-d’Hoslel 
m’y  conduire,  accompagné  de  deux 
pages.  Nous  passasmes  par  Malignes 
etlîruxelle,  là  où  des  principaux  de 
la  ville  prièrent  ledit  Maistre  d’Hos- 
tel , qu’au  rapasser  il  leur  list  enten- 
dre, et  qu’ils  auoient  volonté  de  m’y 

• festoyer,  comme  auoient  fait  ceux  de 
Monts,  leles remerciaybien  humble- 
ment , leur  disant  que  ce  n’estoit  à 
moy  qu’appartenoit  tel  honneur.  le 

* fus  deux  iours  et  demy  pour  visiter  la 
ville  d’Anuers,  où  aucuns  marchands 
connoissams  1£  Maistre-d’Mostcl , le 


prièrent  leur  faire  cest  honneur  nous 
donner  à disner  ou  souper  : c’esloil 
à qui  nous  auroit,  et  esloient  tous 
fort  ioyeux  d’entendre  la  bonne  dis- 
position de  monsieur  d’Auret,  me 
faisans plusd’honneur  que  ne  deman- 
dois.  Enfin  nous  en  reuinsmes  trou- 
uer  monsieur  le  Marquis,  faisant 
bonne  chere  : et  cinq  ou  six  iours 
après  ie  luy  demanday  congé  , qu’il 
m’accorda  auec  grand  regret  (ce  di- 
soit-il) : lequel  me  donna  vn  présent 
honneste  et  de  grande  valleur,  et  me 
fit  reconduire  par  sondit  Maistre- 
d’Hoslel  auec  deux  pages’,  iusques 
en  ma  maison  à Paris. 

le  me  suis  laissé  dire  que  les  Espa- 
gnols ont  depuis  ruiné  et  démoli  son 
chasteau  d’Auret , saccagé , pillé  et 
bruslé  tonies  les  maisons  et  villages 
à luy  appartenais,  à cause  qu’il  n’a 
voulu  eslre  de  leur  mescbanl  parti 
en  leurs  assassinats  et  ruine  du  Pays 
lias. 


VOYAGE  DE  DOVIÎGES.  — 1 5 f> 2 . 

Le  Roy  auec  son  camp  ne  demeura 
gueres  à Bourges  que  ceux  de  de- 
dans ne  se  pendissent  : et  sortirent 
leurs  bagues  saunes,  le  ne  sçache 
rien  digne  de  mémoire,  fors  vn  gar- 
çon de  cuisine  de  la  bouche  du  Roy , 
lequel  s’estant  approché  des  murailles 
delà  ville  auparauant  que  l’on  eust 
fait  la  composition,  cria  à haute  voix  : 
Huguenot , huguenot,  tire  là,  tire  là. 
Ayant  le  bras  leué  et  la  main  esten- 
due,  vn  soldat  luy  perça  la  main  tout 
outre  d’vn  boulet.  Ayant  receu  ce 
coup,  il  me  vint  trouuer  pour  le  pen- 
ser. Monsieur  le  Connestable  voyant 
ce  garçon  ayanl  sa  main  toute  san- 


ET  VOYAGES. 


glante  et  tout  esploré,  luy  demanda 
qui  l’auoit  blessé  : alors  il  y eut  vn 
gentilhomme  , qui  ayant  veu  donner 
le  coup,  dist  que  cela  estoit  bien  em- 
ployé , parce  qu’il  crioit  : Huguenot 
frape  là,  donne  là.  Alors  ledit  sei- 
gneur Connestable  dist  que  ce  hu- 
guenot esloit  bon  harquebusier  et 
auoit  l’ame  bonne , parce  qu'il  estoit 
vray  semblable  que  s’il  eust  voulu 
tirer  à la  teste , il  eust  encore  fait 
plus  aisément  qu’à  la  main.  le  perisay 
ledit  cuisinier , qui  fut  fort  malade. 
Ilguarisl,  mais  auec  impotence  de  la 
main  , et  depuis  ses  compagnons  l’ap- 
pellerent  Huguenot  : il  est  encore 
viuant. 


BATAILLE  SAINCT  DENYS-  — 15f)7. 

Et  quant  à la  bataille  S.  Denys  , il 
y en  eut  plusieurs  de  tués  tant  d’vue 
part  que  d’autre.  Les  noslres  blessés 
se  retirèrent  à Paris  pour  se  faire  pen- 
ser, ensemble  les  prisonniers  qu’on 
auoit  pris,  dont  i’en  pensay  vne 
grande  partie. 

Le  Roy  me  fit  commander  fpar  la 
prière  de  madame  la  Connestable) 
d’aller  en  sa  maison  pour  penser  mon- 
sieur le  Connestable,  qui  eut  vn  coup 
de  pistole  au  milieu  de  l’espine  du 
dos:  où  tout  subit  perdit  le  sentiment 
et  mouuement  des  cuisses  et  iambes, 
et  ses  excremens  retenus,  ne  pouuant 
iellcr  l’vrine , ny  rien  par  le  siégé . à 
raison  que  l'espinc  médullaire , de 
laquelle  naissent  les  nerfs  (pour  bail- 
ler sentiment  et  mouuement  aux  par- 
ties inferieures)  fut  brisée,  rompue  et 
dilacerée  par  la  vehemence  de  la 
balle.  11  perdit  pareillement  l’enten- 
dement et  ratiocination,  et  en  peu  de 
jours  il  mourut. 


733 

Les  Chirurgiens  de  Paris  furent 
long  temps  empeschés  pour  traiter 
les  susdits  blessés.  le  croy  , mon  pe- 
lit  Maistre,  que  vous  en  vistes  quel- 
ques vns. 

le  supplie  ce  grand  Dieu  des  vic- 
toires, queiamaisne  soyons  employés 
en  tel  malencontre  et  désastre. 


VOYAGE  DE  BAYONNE.  — 1504. 

Or  ie  dis  encore  d’auantage,  que 
i’ay  fait  le  voyage  auec  le  Roy  à 
Bayonne,  où  nous  auons  esté  deux 
ans  et  plus  à circuir  presque  tout  ce 
royaume  : où  en  plusieurs  villes  et 
villages  i’ay  esté  appellé  en  consul- 
tation de  diuerses  maladies , auec  de- 
funct  monsieur  Chapelain , premier 
Médecin  du  Roy,  et  monsieur  Castel - 
lan , premier  de  la  Royne  mere, 
hommes  d’honneur  et  tres-sçauansen 
la  Medecine  et  Chirurgie.  Faisant  ce 
voyage  , ie  me  suis  tousiours  enquis 
aux  Chirurgiens,  s’ils  auoient  remar- 
qué quelque  chose  rare  en  leurs 
pratiques,  à fin  d’apprendre  quel- 
que chose  de  nouueau. 

Estant  à Rayonne,  il  aduint  deux 
choses  de  remarque  pour  les  ieunes 
Chirurgiens. 

La  première , c’est  que  je  pensay 
vn  gentil  homme  Espagnol , lequel 
auoit  vne  aposteme  grande  et  enorme 
à la  gorge.  Il  vint  pour  se  faire  lou- 
cher au  defunct  Roy  Charles,  des  es- 
crouëlles.  le  fis  ouuerture  de  son 
aposteme , où  il  se  trouua  grande 
quantité  de  vers  tous  groiiillans,gros 
comme  la  pointe  d’vn  fuzeau,  ayans 
la  leste  noire:  et  auoit  grande  quan- 
tité de  chair  pourrie.  D’auanlage, 
auoit  sous  la  langue  vue  aposteme 
nommée  Jtanula,  qui  l’empeschoit  à 


APOLOGIE  ET  VOYAGES. 


?34 

proférer  sa  parole  , et  à niascher  et 
aualler  ses  viandes.  Il  me  pria  à 
jointes  mains  la  luy  ouurir,  s’il  se 
pouuoit  faire  sans  péril  de  sa  per- 
sonne : ce  que  ie  fis  promptement, 
et  trouuay  sous  ma  lancette  vn  corps 
solide,  qui  estoient  cinq  pierres  sem- 
blables à celles  qu’on  tire  de  la  vessie. 
La  plus  grosse  pouuoit  estre  d’vne 
petite  amande,  et  les  autres  comme 
petites  féues  longuettes,  qui  estoient 
en  nombre  de  cinq.  En  ceste  apos- 
teme  esloit  contenu  vn  humeur  glai- 
reux, de  couleur  iaunaslre,  en  quan- 
tité plus  qu’il  ne  pourroit  entrer  en 
quatre  milliers  d’argent.  le  le  laissay 
entre  les  mains  d’vu  Chirurgien  de  la 
ville , pour  paracbeuer  d’ estre  guari. 

Monsieur  de  Fontaine  , Cheualier 
de  l’ordre  du  Roy , eut  vue  grande 


fleure  continue,  pestilenle,  accom- 
pagnée de  plusieurs  charbons  en  di- 
uerses  parties  du  corps,  lequel  fut 
deux  iours  sans  cesser  de  saigner  du 
nez  , et  ne  le  pouuoit-on  eslancher  : 
et  par  iceluy  flux  la  fiéure  cessa, auec 
vne  Ires-grande  sueur , et  tost  après 
les  charbons  suppurèrent  : et  fut  par 
moy  pensé  , et  par  la  grâce  de  Dieu 
guari. 

Pay  publié  ceste  Apologie,  à fin 
que  chacun  commisse  de  quel  pied 
i’ay  marché  tousiours  : et  ne  pense 
qu’il  y ait  homme  si  chatouilleux 
qui  ne  prenne  en  bonne  part  ce  que 
i’ay  dit,  puis  que  mon  discours  est 
véritable  , et  que  l’effet  monstre  la 
chose  à l’œil , la  raison  m’estant  ga- 
rand  contre  toutes  caloninies. 


LE  LIVRE  DES  ANIMVYX  , 


ET 


DE  L’EXCELLEXCE  DE  L’HOMME 


CHAPITRE  I. 

DE  LA  NATVP.E  DES  GESTES  DRVTES. 

Les  bestes  brutes  different  grande- 
ment les  Ames  des  autres , pource  que 
leurs  natures  sont  differentes  2.  Car 
des  animaux  les  vns  sont  hardis , les 
autres  timides,  les  vns  farouches,  les 
autres  priués  et  comme  ciuilisés  , 
autres  comme  solitaires  : aucuns 
sont  armés  de  coquilles  et  escailles , 
comme  le  Crocodile  et  la  Tortue , et 
plusieurs  poissons  : autres  d’aiguil- 
lons et  espines.  Le  cheual  a l’ongle 
forte , et  comme  animal  leger  , su- 
perbe et  courageux,  il  a estépourueu 
et  fait  braue  de  ses  crins  : le  corps 
du  Lion  , magnanime •,  hautain  et 
cruel , est  armé  de  dénis  et  ongles. 

‘Ce  livre,  qui  n’a  nul  rapport  avec  le 
reste  de  la  Collection  , et  que  j’en  ai  séparé 
par  cette  raison,  avait  été  publié  pour  la 
première  fois  dans  l’édition  de  1579,  où  il 
formait  le  premier  livre,  placé  entre  l’In- 
troduction et  les  Livres  d’Anatomie.  Il  n’a- 
vait pas  changé  de  place  plus  tard,  et,  sauf 
une  phrase  ajoutée  dans  la  première  édition 
posthume,  il  avait  reçu  sa  forme  définitive 
en  1585.  Les  changements  opérés  de  la  pre- 
mière à la  seconde  édition  consistent  dans, 
quelques  additions  éparses,  quelques  sup- 
pressions par  renvoi  des  articles  au  Discours 
de  la  Licorne  , et  enfin  la  division  en  deux  du 
chapitre  20,  ce  qui  a porté  à vingt-six  le 
nombre  total  des  chapitres. 


Ce  qui  se  voit  au  Taureau  et  Sanglier  : 
car  le  Taureau  a des  cornes  , et  le 
Sanglier  des  dents  descouuertes , 
comme  naturelles  armeures.  Le  Lié- 
ure  , comme  estant  animal  paoureux 
et  craintif,  a le  corps  desarmé,  et 
totalement  nud  : mais  en  recom- 
pense, il  est  visle  et  soudain  à la 
fuite  : car  aux  animaux  paoureux  la 
vitesse  leur  est  donnée,  et  aux  hardis 
les  armes.  Il  y a vne  infinité  d’autres 
propriétés  admirables  et  de  singulier 
artifice  aux  animaux,  en  sorte  qu’il 
est  impossible  les  comprendre  et  es- 
crire  3.  Somme,  les  animaux  ont  cha- 
cun vne  chose  particulière,  comme  le 
bœu  fia  force,  le  serpent  l’astuce,  la 
furie  du  taureau,  la  patience  du  mou- 
ton, la  fierté  du  crapaud,  la  subtilité 
du  renard,  la  stolidité  de  l’asne,  la 

Je  ne  me  suis  pas  beaucoup  occupé  de  sa- 
voir où  Paré  avait  puisé  les  matériaux  de  ce 
livre;  il  cite  fréquemme  ntPlularque,  Pline, 
et  aussi  Thevet.  11  y avait  joint  les  ligures  du 
Sjiccarath,  des  Lions  conduits  par  la  ville  (le 
Constantinople,  des  Dragons  qui  tuent  les 
Elephans , du  Hérisson  de  mer,  du  Chameau 
d’Asie  ayant  deux  bosses  sur  le  dos,  et  enfin 
du  Crocodile:  cette  simple  énumération  ex- 
pliquera sulîîsamment  pourquoi  j’ai  re- 
tranché de  l’édition  actuelle  ces  tristes  illus- 
trations. 

‘ s Galien  , liu.  1.  de  t’ K sage  des  parties.  — 

A.  P. 

s Ce  paragraphe  se  terminait  là  en  1579; 
ce  qui  suit  a été  ajouté  en  15S5. 


LK  LIVRE  UES  A N IM  AVX 


736 

cruauté  du  tigre,  la  douceur  de  la 
colombe,  la  preuoyance  du  fourmy, 
la  négligence  du  tesson,  la  fidelité  du 
cliien,  l’infidélité  du  mulet , la  glou- 
lonnie  du  loup,  la  sobriété  du  camé- 
léon, la  prudence  de  l’elephant , l’o- 
deur de  la  ciuette,  la  puanteur  du 
bouc,  la  docilité  du  barbet,  la  saleté 
du  porc,  la  netteté  de  l’escurieu,  la 
hardiesse  du  lion,  la  timidité  du  'dé- 
lire, et  plusieurs  autres  choses  qui 
seront  déclarées  cy  après. 

Si  nous  voulons  contempler  leurs 
façons  de  faire , nous  trou  lierons 
qu’elles  sont  douées  de  certaines  ver- 
tus naturelles  en  chacune  affection 
de  courage,  en  prudence,  force,  clé- 
mence, discipline.  Elles  se  connois- 
sent  les  vnes  les  autres,  discernent 
entre  elles,  appetent  les  choses  qui 
leur  sont  vtiles,  fuyent  le  mal,  eui- 
tent  le  péril , pouruoyent  à l'aduenir, 
amassent  ce  qui  leur  est  necessai- 
re, présagent  le  beau  et  mauuais 
temps  : elles  ont  monstré  plusieurs 
choses  aux  hommes:  elles  ont  vn  sen- 
timent exquis,  elles  chantent  en  mu 
sique,  elles  ont  vne  industrie  et  ami- 
tié à la  conserualion  de  leurs  petits, 
elles  ont  intelligence  du  pays  où  elles 
naissent,  elles  gardent  vne  singulière 
chasteté,  concorde  et  amour  les  vnes 
enuers  les  autres  : elles  sont  armées 
pour  combattre  et  se  defendre,  elles 
se  laissent  appriuoiser  aux  hommes, 
elles  parlent  et  sifflent,  elles  connois- 
sent  la  voix  Fvne  de  l’autre,  elles 
font  entre  elles  comme  vne  petite  ré- 
publique : elles  commissent  ce  qui 
leur  est  bon  ou  mauuais,  tant  pour 
preseruer  leur  santé  que  pour  se  gua- 
rir  elles  mesmes:  elles  sçauent  quelle 
diete  il  leur  faut  tenir,  et  de  quelle 
viande  elles  doiuent  vser,  et  quels 
remedes  elles  doiuent  chercher  con- 
tre leurs  maladies  : et  si  n’ont  point 


appris  ceste  science  des  hommes , 
mais  au  contraire  elles  ont  appris  en 
partie  aux  hommes.  Ce  qu’estant  con- 
1 sidéré  de  plusieurs  anciens  Philoso- 
phes, ils  n'ont  point  eu  de  honte  de 
disputer  ou  reuoquer  en  doute  si  les 
bestes  brutes  estoient  participantes 
de  raison  : mesme  le  sage  Salomon 
nous  renuoye  quelquesfois  à leurs 
escoles,  et  Esaïe  reproche  aux  Israé- 
lites leur  ingratitude  enuers  Dieu , 
leur  proposant  pour  exemple  le  bœuf 
et  l’asne  qui  reconnolssent  leur  mais- 
tre,  mais  Israël  a mesccnneu  son  Sei 
gneur. 

Pareillement  Pline  dit  *,  que  les 
hommes  doiuent  rendre  grâces  aux 
bestes  de  plusieurs  médecines  et  re- 
medes qu’ils  ont  appris  d’icelles  : 
qu’aiusi  soit,  les  cerfs  nous  rnons- 
trenl  que  l’herbe  nommée  Dictante 
est  bonne  pour  tirer  les  traits  ou  les 
pièces  de  fléchés  de  celuy  qui  en  est 
frappé,  puis  que  les  mesmes  cerfs, 
quand  ils  en  sont  naurés,  vsent  de  ce 
mesme  remede.  Aristote  dit  que  les 
chéures  saunages  de  Candie  font  le 
semblable.  La  propriété  de  l’herbe 
nommée  Esclaire  nous  a esté  ensei- 
gnée par  les  hirondelles,  et  qu’elle 
estoit  propre  pour  la  veuë,  voyant 
qu  elles  en  vsoienl  pour  ies  yeux  de 
leurs  petits.  Les  serpents  vsent  de  le- 
noil,  et  scillans  les  yeux  en  frottent 
les  paupières  pour  recôuurer  la  veuë. 
La  tortue  mange  de  la  sarielle  con- 
tre la  morsure  des  viperes.  La  be- 

1 Pline,  lin.  S.  chap.  27.  — A.  P. 

Voici  le  long  article  qui  avait  paru  , en 
partie  au  moins , dans  la  préface  de  l’édition 
de  1575,  et  qui,  ayant  clé  reporté  ici 
en  1579  avec  de  notaldcs  additions,  avait 
disparu  delà  préface.  On  peut  comparer  le 
texte  actuel  avec  la  rédaction  primitive  que 
j’ai  donnée  en  note,  tome  I,  page  19. 


ET  DE  ^EXCELLENCE  DE  l’hOMBIE. 


letle  mange  de  l’herbe  nommée  lap- 
sus barbalus,  el  s’en  frotte  tout  le 
corps , se  couchant  el  trainant  par 
dessus.  Les  ours  enuenimés  pour 
auoir  mangé  des  pommes  de  Man- 
dragore, se  guarissent  en  mangeant 
des  fourmis  : aussi  après  s’estrelong 
temps  veautrés,  sortans  de  leur  ca- 
uerne,  mangent  l’herbe  appelée  Aron 
sauuage,  pour  leur  amollir  le  ventre, 
qu’ils  ont  eu  tousiours  dur  et  con- 
stipé pendant  qu’ils  ont  esté  en  leur 
cauerne  : et  après  s’en  vont  à vne 
fourmilière,  où  ils  se  couchent,  ti- 
rans  la  langue,  de  laquelle  il  degoule 
quelque  humidité  douce , la  lenans 
tousiours  tirée  iusques  à ce  qu’ils  sen- 
tent qu’elle  soit  couuerte  de  four- 
mis, lors  qu’ils  se  sentent  malades, 
puis  les  auallent  pour  se  purger. 
Nous  voyons  ordinairement  les  chiens 
qui  mangent  de  l’herbe  nommée 
Dent  de  chien , pour  se  vuider  par  vo- 
missement. Les  pourceaux  cherchent 
les  escreuisses  et  les  mangent,  quand 
ils  sont  malades.  Les  ramiers,  les 
merles , les  perdrix,  vsent  de  fueilles 
de  laurier  pour  leur  purgation  : les 
pigeons,  tourterelles  et  poullailles, 
pour  se  purger,  mangent  de  la  pari- 
toire.  L’ibis,  semblable  à la  cicongne, 
nous  a monslré  l’vsage  des  clysleres, 
lequel,  se  sentant  aggraué  d’hu- 
meurs, estant  au  riuage  de  la  mer, 
remplit  son  bec  et  son  col  d’eau  ma- 
rine , puis  se  seringue  par  la  partie 
où  il  ielte  ses  excremens,  et  peu  de 
temps  après  se  vuide  et  se  purge. 
L’inuenlion  d’abbatre  les  tayes  des 
yeux  , appellées  cataractes , fut  trou- 
uée  par  vne  cliéure  qui  auoit  vne 
tayc  deuant  la  pupille , se  frottant  et 
gallanl  contre  des  espines,  abbatit 
ladite  taye  de  deuant  la  pupille,  et 
par  ce  moyen  recouura  la  voué. 
L'hippopotame  (qui  est  vn  cheual  de 
lli. 


7^7 

la  riuiere  du  Nil)  nous  a enseigné  la 
phlébotomie,  lequel,  estant  de  na- 
ture gourmand  et  glout,  se  sentant 
aggraué  de  plénitude  de  sang , se 
frotte  contre  les  roseaux  rompus  les 
plus  piquans,  et  s’ouure  vne  veine 
de  la  cuisse,  pour  se  descharger  tant 
que  besoin  luy  est  : puis  se  veautrant 
dedans  la  fange , s’esta nche  le  sang. 
La  tortue,  lors  qu’elle  a mangé  de  la 
chair  de  serpent,  mange  de  l’origan  , 
autrement  marjolaine  sauuage. 

Les  anciens  entre  leurs  secrets  ont 
expérimenté  certaines  choses  qui  ré- 
sistent aux  tonnerres  et  foudres,  et 
entre  les  autres  les  plumes  d’aigles 
portées  en  panache  : aussi  la  ceinture 
de  veau  marin  empesche  que  ceux 
qui  l’ont  n’en  sont  iamais  atteints. 

Or  quivoudra  raconter  par  le  menu 
toutes  les  médecines  et  rernedes  que 
lesbestes  ont  enseignés  aux  hommes, 
desquels  Aristote  et  Pline  , et  autres 
semblables  ont  escril , la  chose  seroit 
fort  longue  : car  ils  font  un  long  récit 
des  herbes  et  rernedes  qu’elles  ont 
montrés  aux  hommes. 

D’auantage,  nos  vestemens  sont 
faits  des  leurs,  comme  peau,  laine  , 
poil, et  sommes  nourris  de  leur  chair: 
la  graisse,  moelle,  os,  et  excremens 
nous  serment  à nos  infirmités , et 
guarison.  Exemple  des  brebis.  De 
la  laine  des  brebis  nous  sommes 
vestus  , laquelle  estant  blanche 
peut  prendre  toutes  sortes  de  tein  • 
tures  : on  en  fait  tapisseries , aussi 
fourrures,  et  autres  choses.  De  leur 
peau  on  fait  parchemin  pour  escrire, 
et  toutes  maniérés  de  vestemens  , et 
autres  vsages  à diuerses  choses.  Leur 
chair  est  tics-bonne  et  délicieuse 
à manger  : de  leur  suif  sont  faits 
flambeaux  , chandelles , onguens  , et 
plusieurs  autres  choses  : de  leurs 
boyaux  sont  faites  cordes  seruans  aux 

47 


LE  LIVRE  DES  ANIMA VX 


instrumcns  musicaux  : leur  décoc- 
tion sert  à faire  clystcres  et  fomenta- 
tions remollientes.  Et  quant  à leurs 
croltes  et  vrines,  il  ne  se  trouve  nul 
liens  plus  excellent  pour  engraisser 
là  terre.  D’auaniage,  leurs  os  et 
moelle  sentent  à faire  fards  pour 
embellir  les  femmes:  mesrnes  leurs 
cornes  sentent  à faire  produire  des 
asperges  en  abondance , eslans  en- 
terrées auec  leurs  racines.  Et  pour 
conclusion  , les  Brebis  sont  grande- 
ment profitables  pour  l’vsage  des 
hommes.  Il  est  cscrit  en  l’Escriture 
sainte,  qu’aucuns  Roy  s furent  bergers, 
gardans  les  ouailles  en  propres  per- 
sonnes , pour  le  profil  et  excellence 
de  cesbestes  : comme  Abraham,  Isaac, 
Iacob,Laban,Moyse,Dauid,  et  autres- 


CHAPITRE  II. 

DV  PROGNOSTIC  DES  ANIMÀVX. 

D’auantage  les  animaux  , tant  ter- 
restres qu'aquatiques  et  volatilles, 
ont  donné  aux  hommes  la  connois- 
sancc  de  la  mutation  du  temps  : s’il 
doit  faire  vents,  pluyes,  orage,  et 
tempeste , froidure , gelée , gresle , ou 
beau  temps  : comme  nous- voyons  les 
beliers  et  aigneaux  , lors  qu’ils  s’en- 
trebeurtent  et  choquent  l’vn  contre 
l’autre,  corne  â corne,  les  pieds  en 
l'air,  auec  le  petit  sault  leur  corps  es- 
branlant,  signifient  changement  de 
temps.  Le  pareil  nous  est  demonslré 
par  le  bœuf,  quand  il  se  lecbe  contre- 
poil,  et  hausse  le  muffle  vers  le  ciel, 
et  mugit , et  fleure  la  terre  j et  s’ef- 
force de  manger  au  dement.  Aussi 
quand  les  fourmis , plus  dru  .et  en 
plus  grand  nombre  que  de  coustu- 
me,  s’entrcrencontrent  l’vne  l’autre 


comme  estourdies,  elles  dénotent  la 
pluye  soudain  aduenir.  Si  les  taupes 
besongnenten  terre  plus  que  de  cous- 
tume,  et  la  rompent  en  pièces  bien 
menues,  c’est  signe  de  pluye.  Si  le 
chat  passe  sa  patte  par  dessus  le  col , 
comme  s’il  se  peignoit,  c’est  signe  in- 
faillible de  pluye. 

Les  poissons  ont  aussi  vne  mer- 
ueilleuse  propriété  à sentir  la  muta- 
tion du  temps:  quand  en  temps  serain 
se  ioüent  sus  l’eau,  en  se  lançant  au 
dessus,  signifient  pluye.  Quand  les 
dauphins  et  marsouins  sautent,  et  se 
descouurenl  sur  l’eau , c’est  signe  de 
grand  orage  et  tempeste  sur  la  mer  : 
ce  que  voyans , les  mariniers  mouil- 
lent l’ancre,  et  donnent  ordre  à leurs 
j vaisseaux.  Quand  on  voit  les  orties 
de  mer  nager  sur  l’eau , c’est  signe 
de  tempeste  : ils  sont  de  couleur  de 
cristal  reluisant , auec  du  pers  meslé, 
de  substance  si  fragile  qu’à  peine 
en  peut-on  tirer  d’entiere  de  la  mer. 
Si  on  en  frotte  vn  baston , il  reluit 
de  nuit,  comme  si  c’estoit  vne  torche 
allumée,  qui  est  chose  admirable. 
Quand  aussi  la  grenouille  chante 
et  crie  plus  haut  que  de  coustume. 

Les  oiseaux  ne  sont  frustrés  de  ce 
priuilege  : car  on  peut  autant  ou  plus 
parler  d’eux  à ce  propos , que  de  tou- 
tes les  bestes.  Si  les  grues  volent  en 
l’air  sans  faire  bruit,  c’est  signe  de 
beau  temps  : si  elles  crient  et  vont 
sans  ordre,  c’çst  signe  contraire. 
Quand  les  oiseaux  aquatiques  sortent 
de  la  mer,  et  viennent  assez  auant 
sur  terre,  c’est  signe  de  pluye  et 
grande  tempeste.  Si  la  cheuéche 
chante  beaucoup  en  temps  de  pluye, 
dénoté  que  le  temps  se  veut  esclair- 
cir  : et  au  contraire,  si  elle  chante 
en  beau  temps,  c’est  signe  de  pluye. 
Plutarque  dit  que  quand  le  corbeau 
chante  en  voix  enrouée, et  qu’il  se 


ET  1)E  L EXCELLENCE  DE  l’iIOMME. 


bat  dos  ailes , c'est  sigue  de  vent  et 
de  tempeste.  Quand  les  poulies  et 
autres  oiseaux  domestiques  se  bat- 
tent des  ailes,  sautent  en  chantant, 
c’est  signe  de  pluyeet  de  grands  vents. 
Quand  les  oyes,  canes  et  canars,  se 
baignent  volontiers,  et  s’espluchent, 
et  dressent  leurs  plumes  auec  le  bec, 
et  ensemble  jargonnonl,  c’est  signe 
de  pluye.  Si  les  irondelles  volent  si 
prés  de  l’eau  et  de  la  terre  qu’elles 
frappent  contre,  cela  dénoté  que  tost 
il  pleuura  ; aussi  quand  elles  volent 
haut  en  l’air  en  ÿesbattant,  cherchans 
les  mousches,  cela  signifie  beau 
temps.  Le  petit  roylelet , se  resioüys- 
sant  plu1?  que  decouslumc , sautelant 
et  plaisamment  chantant,  dénote  la 
pluye  aduenir.  Lors  que  la  pye  crie 
et  se  tempeste  prés  des  hayes  ou 
buissons,  denionstre  qu'elle  voit  le 
loup,  ou  renard,  ou  quelque  serpent. 
Si  le  coq  chante  incontinent  après  le 
soleil  couchant  (comme  l’on  dit  entre 
chien  et  loup)  outre  sa  coustume,  et 
que  sa  voix  soit  enroüée,  c’est  signe 
de  pluye.  Si  les  mousches  et  puces 
mordent  et  piquent,  et  aiguillonnent 
plus  que  de  coustume,  c’est  signe  de 
pluye.  Quand  le  héron  vole  fort 
haut,  il  dénoté  beau  temps,  et  s’il 
vole  prés  de  l’eau  en  criant,  il  pré- 
sagé de  la  pluye.  Lors  que  les  pigeons 
se  retirent  au  soir  en  leurs  colom- 
biers plus  tard  que  de  coustume, 
c’est  présagé  de  vent  et  pluye.  Les 
milans  fuyent  l’air  infect  et  peslilent, 
et  le  quittent,  de  sorte  qu’il  n’y  a 
rien  si  certain  qui  monstre  la  sérénité 
et  bon  air,  que  les  lieux  où  les  mi- 
lans habitent.  Pareillement  autres 
oiseaux  laissent  leurs  œufs  et  leurs 
petits,  et  s’enfuyent. 

Quand  les  ehauue  souris  volent  au 
vespre,  plustost  que  de  coustume, 
et  en  plus  grand  nombre , c’est  signe 


de  chaleur  et  de  beau  temps  pour  le 
iour  suiuanl. 

Le  crocodile  fait  ses  œufs  iuslemcnt 
à la  hauteur  que  la  riuiere  du  Nil 
doit  desborder  et  couurir  la  terre , de 
façon  que  le  paysan  qui  premier  les 
treuue  de  fortune , sçait  et  prédit  à 
ses  compagnons  iusques  où  le  fleuue 
doit  monter  et  desborder  l’esté  en- 
suiuant  : mesurant  et  compassant 
iustemc-nt  ce  qui  doit  estre  couuert 
d’eau,  à fin  que  iuy  sans  estre  baigné 
puisse  couuer  ses  œufs.  Or  cela  est 
plus  vne  preconnoissance  de  ceste 
beste  , procédante  de  diuination,  que 
de  ratiocination  , chose  digne  d'ad- 
miration. 

Nous  dirons  en  passant,  quand  la 
lune  est  rouge,  signifie  vents:  pâlie, 
signifie  pluyes  : claire,  beau  temps. 
Et  aussi  qu’en  la  pleine  lune  ne  faut 
couper  le  bois  pour  baslir,  mais  en 
la  déclinaison  : et  si  on  le  fait , il  se 
rend  vermoulu  et  pourri  >. 


CHAPITRE  III. 

de  l’aiîtifice  et  IiNDVSTIUE  des 
ÀNIMAVX. 

Les  poissons  de  la  mer  en  general, 
toutes  et  qualités  fois  qu'ils  sentent 
les  Ilots  ou  tempestes  venir,  ils  se 
chargent  d’arene  , à fin  qu'ils  soyent 
plus  fermes,  et  qu’ils  ne  soyent  si 
facilement  transportés  et  agités  par- 
la tempeste  suruenante.  Autres  se 
mussent  en  certaines  cauernes  et 
trous  des  rochers.  Et  quant  à ce  que 
les  poissons  nagent  contre  le  fil  de 
l’eau,  cela  aduient  à fin  que  les  ondes 

! Ce  dernier  paragraphe  , qui  sort  un  peu 
de  l’objet  du  Livre,  est  une  addition  de  J 585. 


LE  LIVRE  DES  ANIMAVX 


?4o 

et  vagues  ne  leur  leuent  et  rebour- 
sent  leur  escaille  et  ouye,  lesquelles 
repliées  ne  pourroient  aucunement 
respirer  : et  par  ainsi  l’eau,  venant 
par  la  partie  de  deuant,  leur  serre 
les  ouyes,  et  .applanit  eur  escaille, 
qui  fait  que  plus  facilement  ils  na- 
gent. 

Le  semblable  est  des  grues,  les- 
quelles volent  contre  le  vent  à fin 
qu’iceluy  ne  souffle  par  le  derrière 
leurs  plumes,  qui  seroil  cause,  eslans 
ainsi  escartées,  de  rendre  leurs  corps 
nuds  et  descouuerts,  ce  qui  les  em- 
pescberoit  de  voler. 


CHAPITRE  IV. 

DE  L’iNDVSTRIE  ET  ARTIFICE  DES 
OISEAVX  A FAIRE  LEVES  KIDS. 

L’industrie  et  artifice,  laquelle  tous 
les  oiseaux  ont  à faire  leurs  nids,  est 
faite  tant  proprement,  qu’il  n’est 
possible  de  mieux  : tellement  qu’ils 
surpassent  tous  las  maçons , char- 
pentiers, et  édificateurs  : car  il  n’y  a 
homme  qui  sceust  faire  édifice  plus 
propre  pour  luy  et  pour  ses  enfans , 
que  ces  petits  animaux  les  font  pour 
eux , tellement  que  nous  en  auons  vn 
prouerbe,  que  les  hommes  sçauent 
tout  faire,  sinon  les  nids  des  oiseaux. 
Et  ont  cest  artifice,  qu’ils  les  garnis- 
sent de  plume , laine , ou  d’autre  ma- 
tière molle , comme  s’ils  leur  prepa- 
roient  vne  coulle  ou  vn  matelaspour 
les  loger  plus  à leur  aise.  L’irondelle 
fait  son  nid  en  figure  spherique  et 
ronde,  laquelle  figure  est  plus  ferme 
et  contient  plus  que  toute  autre  : el 
les  le  basassent  de  fange  et  petits 
l'etus,  comme  s’il  esloil  de  ciment  et 
de  chaux.  Les  oiseaux  qui  font  leurs 


nids  sus  les  arbres,  eslisent  les  bran- 
ches sur  lesquelles  font  leurs  nids, 
comme  sur  vn  fondement  bien  as- 
seuré,  et  qu’ils  puissent  eslre  bien 
couuerts  '.  Or  pendant  que  la  femelle 
est  empescbéc  à couuer  ses  œufs  el  à 
faire  ses  petits,  le  masle  luy  sert  à 
son  tour,  pour  donner  loisir  à la  fe- 
melle d’aller  querre  sa  vie:  et  quand 
ses  petits  sont  esclos,le  masle  et  la 
femelle  ensemble  ne  cessent  jamais  à 
leur  porter  viande,  l’oslant  de  leur 
bec,  l’espargnant .pour  leur  bailler  : 
qui  est  cause  qu’ils  ne  sont  trop  gras 
lors  qu’ils  les  nourrissent , pour  le 
grand  soin  qu’ils  en  ont , ne  jps  aban- 
donnai iusques  à ce  qu’ils  mangent 
d’eux-mesmes. 

l’ay  en  ma  maison  assez  bonne 
quantité  de  passereaux  qui  font  leurs 
nids  en  certains  pots  de  terre  : et  lors 
que  leurs  petits  sont  grandelets  et 
couuerts  de  plume  , i’en  fais  dénicher 
et  mettre  en  vne  cage  pour  le  plaisir 
de  mes  amis  et  de  moy,  à voir  que  le 
pere  et  la  mere  les  viennent  appasle- 
ler,  et  quand  il  y en  a vn  qui  ja  a re- 
ceu  sa  becquée,  et  neanlmoins  qu’il 
se  vienne  représenter  ouurant  le  bec, 
le  pere  et  la  mere  le  laissent,  connois- 
sans  ceux  à qui  il  en  faut  bailler  : et 
ainsi  font  leur  distribution,  comme  il 
appartient , selon  l’ordre  et  réglé  de 
iuslice  distributiue.  l’ay  fait  mettre 
vn  passereau  eslranger  auec  les  au- 
tres de  mesme  aage,  pour  connoislro 
et  sç.auoir  si  le  pere  et  la  mere  des 
autres  auroient  cure  de  l’appasieler  : 
véritablement  non,  mais  au  contraire 
le  laissoient  mourir  de  faim,  néant- 
moins  qu’il  ouurist  le  bec  comme  les 
autres  légitimés. 

On  voit  aussi  les  petits  cbéureaux 
et  aignelels,  estans  aux  champs  en 

* Aristot.  de  Animal .,  lut.  G.c/i.8.  — A P. 


ET  DE  DEXCELLFNCE  DE  L HOMME.  7 il 


grand  nombre,  que  chacun  recon- 
noisl  sa  mere,  neantmoins  qu’elles 
sont  veslues  toutes  d’vne  couleur  : 
pareillement  la  mere  ne  permettra 
vue  autre  Fallaicler. 

Le  chéurean , l’aigneau  , le  pou 
Iain  , et  semblables  animaux , si  tost 
qu’ils  sont  nés,  d’eux-mesmes  cher- 
chent et  courent  aux  mammelles  de 
leurs  meres , sçaehans  naturellement 
que  là  est  leur  nourriture  : et  deue- 
mis  grands,  ils  choisissent  de  mille 
diuerses  plantes  en  vn  terroir  et  pas- 
turage,  celles  qui  leur  sont  propres 
pour  les  alimenter 


CHAPITRE  Y. 

DE  L’ARTIFICE  DES  ARAIGNEES. 

L’aiaignée  fait  sa  toile  d’vn  mer- 
ueilleux  artifice  , trauersant  mainte- 
nant d’vn  costé,  et  maintenant  de 
l’autre , empoignant  tout  ce  qui  luy 
peut  seruir  pour  l’eslendre  et  al  ta 
cher.  Et  encore  qu’on  rompe  et  des- 
face sonnent  son  ouurage,  et  qu’on 
la  dechasse  d’vn  costé  ou  d’autre,  ce 
neantmoins  elle  n’est  point  tant  crain- 
liue  qu’elle  desloge  de  son  logis  pour 
cela  , mais  tousiours  retourne  à sa  be- 
songne , de  sorte  qu’on  11e  luy  en 
sçauroit  tant  desfaire  et  gasler, 
qu’elle  n’en  reface  et  raccoustre,  fai- 
sant tousiours  ouurages  nouueaux, 
et  ce  d’vn  merueilleux  artifice  : telle 
ment  que  les  tisserans  et  lingeres,  ta- 
pissiers et  brodeurs,  passementiers, 
pesebeurs,  veneurs,  viennent  à l’es 
cole  pour  apprendre  d’elles  à faire 
leurs  ouurages  et  rels,  soit  qu’on  re- 
garde à la  perfection  et  subtilité  du 

1 Ce  dernier  paragraphe  a été  ajouté  en 
1585. 


fil , ou  aux  nœuds  indissolubles  de  la 
toile  sans  fdamens, estant  comme  vue 
peau  déliée  et  gluante , comme  s’il  y 
auoit  de  la  colle.  Finalement  on  ne 
croiroit  jamais  qu’elles  fussent  tant 
bien  enseignées  à retirer  leurs  filets, 
et  le  gouuernement  de  leurs  ouura 
ges:  tellement  que  s’il  y a quelque 
mousche  ou  autre  proye  prise  à leurs 
filets,  la  sentent,  et  tout  en  vn  mo- 
ment retirent  leur  toile,  et  courent 
sus  comme  vn  chasseur  bien  expéri- 
menté : ce  que  sine  le  voyions  tous  les 
iours  deuànt  nos  yeux,  on  penseroit 
que  ce  fust  fable. 


CHAPITRE  VI. 

DES  MOV SCHES  A MIEL. 

le  ne  veux  laisser  en  arriéré  la  pru- 
dence des  mousches  à miel  : c’est 
qu’elles  font  entre  elles  comme  vne 
petite  republique,  elles  ont  vn  Roy  , 
lequel  est  plus  beau , plus  gros  et 
fessu  deux  fois  que  les  autres  mous- 
ches : il  a les  ailes  courtes  et  les  iam- 
bes  droites,  vn  marcher  plus  graue 
que  les  aulres,  ayant  vne  tache  au 
front  qui  luy  sert  de  diadesme  ou  de 
couronne,  qui  est  le  signal  royal 
d’aulhorité  et  de  maieslé  : il  est  plus 
poli  que  les  aulres  mousches  à miel. 
Elles  ont  vn  aiguillon  pour  leurs  ar- 
mes et  del'enses,  toutesfois  le  Roy 
n’en  a point,  ou  pour  le  moins  il  n’en 
vse  point  : lors  qu'il  marche , il  a sa 
garde  qui  l’enuironne , et  toute  la 
troupe  le  suit  : il  ne  sort  point  de  la 
ruche  sinon  quand  tout  son  régiment 
doit  sortir , ce  qu’on  connoist  par  le 
bruit  qu’elles  font  dedans  la  ruche, 
bruyans  et  . bourdonnons  comme 
(rompes  et  labours,  pour  annoncer 
qu’il  faut  débusquer  pour  aller  aux 


LE  LIVRE  DES  AïIMAVX 


7/f2 

champs.  Chacune  d’elles  desîfe  estre 
près  le  Roy,  et  s’il  est  las  , le  portent, 
et  en  quelque  part  qu’il  s’arresle,  tout 
le  ietton  s’arrestera  et  se  campera. 
S’il  meurt,  toutes  sont  tristes  et  mor- 
nes, et  ne  sortent  point  dehors  pour 
aller  en  queste,  mais  s’assemblent  à 
l’entour  de  son  corps,  puis  le  portent 
dehors,  et  lu  v font  compagnie  comme 
és  funérailles,  et  l’enseuelissent  en 
terre  : cela  fait , en  eslisent  vn  autre 
promptement,  car  elles  ne  peuuent 
viure  sans  Roy.  11  a l’œil  par  tout,  ce 
pendant  que  toutes  les  mousches  tra- 
uaillent , leur  donnant  cœur,  volti- 
geant autour  de  la  besongne,  comme 
s’il  vouloit  exhorter  les  ouuriers. 
Ap  rés  qu’elles  ont  trauaillé,  si  elles 
veulent  sortir  dehors,  elles  eslisent 
vn  temps  propre  , car  véritablement 
elles  preuoyenl  et  sentent  les  pluyes, 
vents  et  tempestes,  lors  qu’ils  doi- 
uent  venir.  Elles  ont  cesle  iustice  et 
équité,  que  sus  les  champs  iamais  ne 
font  mal  aux  animaux,  tels  qu’ils 
soyent,et  ne  piquent  aucun  de  leur 
aiguillon,  sinon  pour  la  defense  de 
leur  maison  : et  peut-on  dire  qu’elles 
ont  quelque  portion  de  l’esprit  diuin  '. 


CHAPITRE  VII. 

DV  GO V VERSEMENT  DES  MOVSCHES  A 
MIEL. 

Elles  se  gouuernent  en  leur  fait 
comme  s’ensuit  : de  iour  elles  font 
faire  le  guet  à la  porte,  et  reposent 
de  nuit  iusques  à ce  qu’vne  les  re- 
ueille  auec  deux  ou  trois sonsde  leurs 
bourdonnemens,  comme d’vne  trom- 

* Ces  derniers  mots  i et  peai-on  dire,  etc,, 
ont  été  ajoutés  en  1586. 


pettequi  leur  commande  ainsi  qu’en 
vn  camp  : lors  s’assemblent  pour  voir 
s’il  fera  beau  temps:  et  s’il  fait  beau  , 
sortent  et  s’en  vont  en  queste.  Les 
vnes  apportent  les  fleurs  à leurs  pieds 
et  cuisses , les  autres  de  l’eau  en  leur 
bouche  : les  autres  qui  ont  encore 
quelque  menu  poil,  apportent  l’eau 
sur  leurs  corps  en  forme  de  petite 
rosée.  Et  ainsi  chargées  entrent  de- 
dans la  ruche,  où  promptement  il  y 
en  a qui  les  deschargent,  puis  les 
distribuent  aux  lieux  et  places  à ce 
ordonnées.  Or  celles  qui  vont  aux 
champs,  sont  les  plus  ieunes  et  me- 
nues: que  si  de  fortune  estans  dehors 
il  s’esleue  vent,  attendent  qu’il  soit 
passé  pour  estre  plus  aisément  con 
duites.  S’il  dure  trop  et  qu’il  leur  soit 
contraire,  se  chargent  d’vne  petite 
pierre  de  peur  d’estre  emportées , et 
volent  bas  contre  la  terre. 

Elles  sont  fort  vigilantes  en  leurs 
affaires,  et  ont  l’œil  sur  celles  qui 
sont  faitardes  et  ne  font  rien  , et 
quelquesfois  les  cliastient  iusques  à 
la  mort.  Les  vnes  baslissent , les  au- 
tres polissent,  autres  apportent  vi- 
ures.  Elles  commencent  à bastir  en 
leurs  ruches,  en  voûte,  d’vn  artifice 
merueilleux,  depuis  le  bas  iusques 
en  haut  du  plancher,  laissans  deux 
limites , l’vno  pour  l’entrée  et  l’autre 
pour  la  sortie:  et  viuent  toutes  en- 
semble, à fin  qu’il  n’y  ait  inégalité 
entre  elles,  ny  en  viandes , ny  en  tra- 
uail  Elles  tiennent  leur  manoir  fort 
nettement,  ietlans  toutes  ordures 
dehors:  et  ont  vue  chose  encore  di- 
gne d’estre  bien  notée  , c’est  qu’elles 
chassent  de  leurs  ruches  les  bourdons 
et  les  abeilles  bastardes,  qui  ne  leur 
seruent  de  rien  sinon  à manger  leur 
miel  et  à gaster  leur  ouurage,  et  par- 
tant elles  les  chassent  et  les  tuent 
comme  leurs  ennemis.  Celles  qui  ont 


ET  DE  L’EXCELLENCE 


perdu  leur  aiguillon,  sont  du  tout 
inutiles,  et  peu  après  leurs  entrailles 
sortent  et  meurent.  Elles  sont  de 
grand  protit  à leurs  maistres,  leur 
laissans  cire  et  miel. 

Aristomachus  philosophe*  dit  en 
auoir  nourri  cinquante  huit  ans,  auec 
Ires-grande  diligence,  pour  connois- 
tre  tout  ce  qu  elles  faisoienl,  et  dit 
qu’elles  sont  compagnables  et  asso- 
ciables ensemble  de  leur  nature1. 


CHAPITRE  VIH. 

DES  FOVRMIS. 

Les  Fourmis  ne  sont  pas  de  moin- 
dre admiration  que  les  mousches  à 
miel,  en  leur  industrie, prudence  et 
diligence,  de  sorte  que  Salomon  n’a 
pas  eu  honte  d’enuoyer  les  paresseux 
à l’escole  d’icelles.  Or  ce  seroit  chose 
incroyable  si  n’en  auions  l’experience 
pour  lesmoing , que  ces  bestioles  tant 
petites  puissent  amasser  les  biens 
qu’elles  amassent  pour  leur  proui- 
sion,  et  tenir  entre  elles  vu  tel  ordre 
qu’elles  tiennent.  Pline  dit  qu’il  y a 
entre  elles  ordre  de  republique  , mé- 
moire, seing  et  cure  2.  N'est-ce  pas 
vu  passetemps  de  leur  voir  mordre 
îhs  fruits  qu’elles  veulent  porter?  s’ils 
sont  trop  gros,  elles  se  tournent  en 
arriéré , et  s’appuyent  contre  leurs 
espaules , et  les  poussent  de  leurs 
pieds.  Et  à celle  fin  que  les  semences 
qu’elles  cachent  en  terre  ne  puissent 
germer  et  reprendre,  elles  les  ron- 
gent auant  que  les  mettre  en  leurs 
greniers.  Et  si  les  grains  sont  trop 
gros , et  qu’ils  ne  puissent  facilement 

> Ces  derniers  mots  : et  dit  qu’elles  sont 

compagnables,  etc.,  sont  une  addition  de  1585. 

* Pline , liu.  1 1 et  30.  — A , P, 


DE  L’HOMME.  743 

entrer  par  leurs  trous , elles  les  par- 
tissent par  le  milieu  : et  9’ils  sont 
mouillés  de  ployé,  elles  les  mettent 
dehors  et  les  font  seicher.  Elles  la- 
bourent de  nuict  quand  la  lune  est 
pleine,  et  cessent  au  defaut  d’icelle, 
en  quoy  elles  monstrenl  qu’elles  en- 
tendent quelque  chose  en  Astronomie. 
Mais  en  leurs  œuures,  quel  labeur  et 
quelle  diligence  y a-il?  Et  pourtant 
qu’elles  amassent  leur  prouision  de 
diuers  lieux,  et  que  l’vne  ne  sçait  rien 
de  l’autre,  Pline  tesmoigne  qu’elles 
ont  certains. iours  de  foires  pour  se 
connoistre  l’vne  l’autre.  Vri  chacun 
peut  penser  quelle  course  et  quelle 
diligence  il  y a entre  elles.  Mais  qui 
les  contempleront , ne  diroit-il  pas 
qu’elles  parlent  ensemble  et  qu’elles 
inlerroguent  et  respondent  l’viic  fi 
l’autre?  Ne  voyons-nous  pas  les 
pierres  et  caillons  rongés  et  engraués 
en  leur  chemin , de  la  trace  de  leurs 
pieds , et  le  sentier  qui  est  fait  par 
leur  flcuure?  En  quoy  nous  pouuons 
bien  connoistre  combien  la  diligence 
et  exercice  valent  et  pouuent  en  vne 
chacune  chose:  car  si  les  pieds  tant 
petits  que  ceux  des  Fourmis,  vsent 
et  cauent  les  pierres  par  force  et  par 
continuation  d’aller  et  de  venir,  que 
peut  le  continuel  labeurdes hommes? 

Mais  outre  tout  cecy  , il  est  encore 
escrit  d’elles  qu’elles  s’enseuciissent 
les  vnes  les  autres,  comme  les  hom- 
mes, Plutarque  s’accorde  en  ce  que 
Pline  en  a escrit  1 , mais  aussi  il 
monslre  mieux  en  spécial  et  par  le 
menu,  les  grandes  vertus  qui  sont  ch 
celles  petiles  bestes,  desquelles  il 
parle  ainsi.  f . 

« Mais  comment  est-il  possible  de 
parler  assez  dignement  de  la  disci- 

> Pline,  tint  10.  ch.  30.  — Plutarque  , 8. 
Opuscule,  h-  A<  P. 


LE  LIVRE  LIS  ANIMAVX 


pline  et  industrie  des  Fourmis  ? si  n 
les  faut-il  pas  passer  sans  en  parler 
aucunement:  Nature  n’a  pointde  plus 
grand  miroir  des  grandes  et  excel- 
lentes choses  : car  en  iceluy  reluit  le 
signal  de  toute  vertu,  comme  en  vnc 
pure  gouttelette.  Ceste  communica- 
tion qu’elles  ont  entre  elles,  est  l’i- 
mage d’amitié  : ceste  force  et  allé- 
gresse qu’elles  ont  aux  trauaux,  est 
vne  image  de  force  et  magnanimité  : 
somme,  elles  ont  beaucoup  de  se- 
mence et  de  tesmoignage  de  tempe- 
rance,  et  de  prouidence,  et  de  iuslice  : 
chacun  peut  connoislre  leur  beneuo- 
lence  lors  qu’elles  se  rencontrent, 
quand  celles  qui  sont  vuides  font 
place  aux  chargées,  à tin  qu’elles 
passent  à leur  aise  : quand  aussi  elles 
partissent  en  beaucoup  de  pièces  vn 
fardeau  trop  pesant , ou  à porter  ou 
à traîner  : semblablement  quand  elles 
mettent  les  grains  au  soleil  pour  les 
faire  seicher,  lors  qu’ils  sentent  qu’ils 
se  nyellent,  ou  flétrissent,  ou  pourris- 
sent. Et  encore  d’abondant  le  soing 
qu’elles  ont  que  leurs  grains  ne  ger- 
ment, surpasse  tout  entendement  : 
car  elles  rongent  le  nombril  du  grain, 
qui  est  la  partie  par  laquelle  il  ielle 
le  germe,  le  chaslrant  long  temps  dé- 
liant On  dit  que  la  première  descente 
et  entrée  de  leurs  cauernes  n’est  pas 
droite,  à tin  qu’il  n’y  eusl  point  d’au- 
tres bestes  qui  y peussent  aller,  mais 
qu’elle  est  tortue,  auec  de  grands  re- 
tours et  circuits , ayans  plusieurs  sen- 
tiers de  trauers,  lesquels  se  rendent 
en  trois  cauernes  : l’vne  est  celle  là 
où  elles  font  leur  assemblée  et  parle- 
mens:  l’autre  où  elles  retirent  leurs 
prouisions  de  toute  l’année  : et  la 
tierce  est  le  cimeliere  des  morts.  D’a- 
uanlage  jamais  ne  font  mal  les  vnes 
aux  autres , et  viuront  cent  mille  en- 
semble en  leurs  petites  cauernes  de 


terre  : et  deux  hommes  le  plus  sou- 
uent  ne  peuuent  viure  en  paix  dans 
la  republique.  » 

Voila  ce  qu’en  escrit  Plutarque. 

Les  mousebes  à miel,  les  fourmis, 
et  d’autres  animaux  recueillent  pour 
l’hyuer,  et  semblent  auoir  quelque 
ombre  de  raison  : mais  ce  qu’elles  font 
n’est  seulement  que  par  vn  instinct 
naturel,  et  non  par  prudence.  Les 
bestes  appellées  insectes  sont  comme 
fourmis  et  autres  petites  bestioles, 
pou rce  qu’elles  ont  des  incisions,  tail- 
lades ou  decouppures  par  dessus  le 
dos  ou  par  dessous,  ou  en  tous  les 
deux,  qui  sont  accouplées  et  con- 
ioinles  d’vu  petit  fdet  creux , selon 
Pline  et  Aristote l. 


CHAPITRE  IX. 

DES  VERS  QVI  FONT  LA  SOVE. 

Nous  pouuons  aussi  adiouster  à 
ces  bestes  les  vers  qui  font  la  soye, 
desquels  les  Philosophes  ont  escrit 
merueilles,  à sçauoir  de  la  maniéré 
de  faire  leurs  nids,  et  de  leurs  laines 
et  loilles,  desquelles  elles  font  braues 
les  Rovs.  Roynes,  et  autres  hommes  et 
femmes  Mais  qui  est  celuy  qui  ne  se 
doiue  grandement  esmerueiller  de 
l’industrie  et  entendement  qui  sont 
en  ces  petites  bestioles?  La  proui- 
dence de  Dieu  se  monstre  en  la  na- 
ture qu’il  a donnée  aux  animaux  : 
elle  se  manifeste  encore  mieux  en  ce 
que  les  plus  petits  d’entre  eux  sont 
ceux  ausquels  il  a plus  donné  d’in- 
dustrie et  de  prudence,  à fin  que  par 
icelle  ils  puissent  recompenser  la 
force  qui  leur  defaut. 

1 Ce  dernier  paragraphe  esl  une  addition 
de  1585. 


ET  UE  L’EXCELLENCE  UE  L’HOMME. 


CHAPITRE  X. 


DE  l’iNDVSTRIE  DES  ANIMAVX  , ET  DE 

I.A  CONSERVATION  ET  AMITIÉ  OV’lI.S 

ONT,  ET  PRINCIPALEMENT  DE  LEVRS 

PETITS. 

Les  animaux  portent  vne  extrême 
amitié  entiers  leurs  faons  ou  petits: 
que  souuent  elles  se  pourvoient  sau- 
ner et  escJiapper  en  fuyant  le  chas- 
seur qui  les  veut  prendre  : mais  s’il 
faut  parce  moyen  abandonner  leurs 
petits,  elles  aiment  mieux  eslre  mises 
en  pièces  que  les  perdre  et  laisser  en 
arriéré,  lü  la  saison  qu’elles  sont 
plus  furieuses,  c’est  alors  qu’elles  les 
nourrissent. 

Plutarque  dit  que  toutes  les  bestes 
en  general  aiment  ardemment  ce 
qu’elles  engendrent,  et  le  nourrissent 
soigneusement,  et  ont  vne  affection 
et  linesse  singulière  en  telle  matière. 
Et  quant  à l’industrie  de  conseruer 
leurs  petits,  les  perdrix  vsent  en  cela 
d’vne  grande  linesse  : car  tandis  que 
leurs  petits  nepeuuent  encore  voler 
pour  leur  ieune  aage,  elles  les  ac- 
couslument  à se  coucher  sur  le  dos , 
et  à se  couurir  de  mottes  de  terre 
comme  de  queiquecouuei dure. Quand 
les  chasseurs  sont  prés  d’elles,  elles 
les  mènent  d’vn  autre  coslé,  et  tour- 
noyent  et  volent  comme  à peine  , et 
font  semblant  qu’elles  ne  peuuenl 
plus  courir,  et  se  feignent  ainsi  ius- 
ques  à ce  qu’elles  ayent  retiré  les 
chasseurs  loing  de  leurs  petits.  Voila 
donc  vne  grande  linesse  , conioinle 
auec  vn  amoui  et  vn  grand  soing  en- 
uers  ses  petits. 

Ce  que  nous  lisons  des  Heures  à ce 
mesme  propos  n’est  moins  digne  d’ad 
miralion  : car  les  Heures  se  voulans  re- 


74a 

tirer  à leurs  gisles,  mènent  leurs  petits 
l'vn  à vn  lieu  et  l’autre  à vn  autre  : et 
quelquefois  ils  les  séparent  l’vn  de 
l’autre  bien  d’vn  arpent  de  terre,  à 
lin  que  si  d’auenlure  il  suruient  vn 
homme  ou  vn  chien,  ils  11e  soyent 
pas  tousen  vn  mesme  danger.  Et  puis 
après  auoir  bien  traquasséel  voltigé, 
et  imprimé  force  traces  de  leurs 
pieds,  faisant  vn  grand  saut,  ils  se  re- 
tirent de  là,  et  vont  en  leurs  gisles. 

Or  si  le  liéure  est  fin  et  caul  pour 
la  garde  de  ses  petits,  le  hérisson  11e 
l’est  pas  moins,  non  seulement  pour 
nourrir  ses  petits,  mais  aussi  à se 
sauner  luy-mesme,  etpource  oyez  ce 
que  Plutarque  en  a escrit. 

« Quand  le  renard  poursuit  le  hé- 
risson, il  s’enroulle  dans  ses  espines, 
ainsi  que  la  chaslaigne  est  cachée  en 
sa  coquille  ou  escorce , et  par  ces 
moyens  il  se  tient  là  caché  en  embus- 
cade, sans  pouuoir  estre  nullement 
blessé.  Mais  le  soing  et  la  prudence 
de  ses  petits  est  encore  plus  digne 
d’admiration.  Il  s’en  va  aux  vignes 
au  temps  des  vendanges,  et  auec  ses 
pieds  il  abbalen  terre  les  grains  des' 
raisins  : puis  il  roulle  par  dessus  et 
les  pique  de  ses  espines.  » 

Plutarque  qui  en  a escrit  ainsi  in- 
troduit vn  personnage  auoir  veu  cela 
de  ses  yeux.  Et  pource  il  dit  : « 11  me 
souuient  que  quelque  iour  nous  en 
vismes  vn  que  nous  estimions  que  ce 
fust  vn  raisin  qui  eheminast,  tant  il 
esloit  chargé  de  graines.  Quand  il 
est  entré  en  sa  cauerne,  il  en  met  vne 
partie  pour  ses  petits  et  retient  l’au- 
tre pour  soy.  11  fait  le  semblable  des 
pommes  , poires  , et  autres  fruits,  et 
scait  bien  choisir  les  meilleures  et  les 
plus  meures,  se  roullant  dessus,  et  en 
porte  tant  qu’il  peut,  et  si  peu  qu’il 
luy  plaisl . » 

11  se  trouue  en  la  Floride  vne  sorte 


I.L  LITRE  DrS  ANIltMVX 


7/(6 

debeste,  laquelle,  tant  pour  sa  rarilé 
que  deformité,  ie  n’ay  voulu  obmet- 
tre  en  ce  traité,  en  ayant  pris  le 
portrait  de  Theuet , liure  23  , cha- 
pitre 1.  Tonie  2.  de  sa  Cosmographie 
Elle  est  nommée  de  ce  peuple  Suçai - 
ralh,  et  des  Canibales  Su.  Cesl  ani- 
mal la  plupart  du  temps  fait  sa  rési- 
dence au  riuage  des  fleuues,  et  est 
rauissante  et  d’vne  façon  fort  es- 
trange,  telle  que  la  voyez  figurée.  Si 
elle  est  poursuiuie,  elle  prend  ses  pe- 
tits sur  son  dos,  lesquels  elle  couure 
de  sa  queue,  qu’elle  a assez  longue  et 
large,  elsesauue  à la  fuite.  Tou  tes- 
fois  les  Saunages  pour  la  prendre  font 
vne  fosse  dedans  laquelle  elle  tombe, 
sans  se  douter  de  telle  embuscade. 

Entre  les  animaux,  la  nature  peso 
autant  d’vn  costé  que  d’autre , quant 
au  courage  et  à la  hardiesse  : et  ne 
cede  point  la  femelle  au  masle,  soit  à 
supporter  les  trauaux  pour  le  recou- 
urement  des  viures,  soit  à combattre 
pour  la  defensede  leurs  petits. 

Les  biches  font  ordinairement  leurs 
faons  prés  des  grands  chemins,  pource 
que  les  bestes  rauissantes,  qui  viuent 
de  proye , n’y  hantent  pas  communé- 
ment. 


CHAPITRE  XI. 

LE  TEMPS  OVE  LES  ANIMAVX  s’ACCOV- 
PLENT  ENSEMBLE. 

La  prime-vere  les  animaux  sont 
espris  du  désir  de  s’accoupler  : car 
alors  sont  excités  à mettre  hors  la 
concupiscence  generatiue  , ne  plus 
ne  moins  qu’elle  fait  la  séue,  elles 
boutons  des  arbres  et  herbages,  à fin 
de  perpétuer  leur  semblable.  Les 
îayes  attirent  leurs  sangliers,  et  les 


chéures  leurs  boucs,  et  autres  femel- 
les leurs  masles,  par  leurs  propres 
odeurs  : les  oiseaux  s’entrefont  l’a- 
mour des  ailes  et  du  bec  , les  autres 
par  leuis  chants  et  voix  diuerses  s’en 
tre-appellent  chacune  en  leüriargon, 
s’entre  faisans  caresses,  se  reiouïssans 
pour  l’esperance qu’elles  ont  de  s’ac- 
coupler, monstrant  par  cela  que  Na- 
ture les  incite  à ce  faire.  Ce  qu’on  voit 
aux  grenoüilles,  qui  commençans  à 
entrer  en  amour  s’entre-appellent 
auec  vn  chant  de  nopces,  d’vne  voix 
amoureuse  : puis  quand  le  masle  a 
fait  venir  sa  femelle,  ils  attendent  à 
s’accoupler  de  nuit,  pour  - ce  que 
dedans  l’eau  elles  ne  peuuent  habi- 
ter njr  auoir  compagnie  l’\  ne  de  l’au- 
tre, et  sur  la  terre  elles  craignent  le 
iour  qu’on  ne  les  trouue  liées  ensem- 
ble : mais  quand  la  nuit  est  venue, 
elles  sortent  de  l’eau  seulement  où 
elles  s’entre  embrassent  Cela  vient 
de  la  sapience  diuine  , qui  a donné 
aux  animaux  se  garder  d’estre  frap- 
pés, blessés  ou  tués,  autant  qu’il  leur 
est  possible. 

Aelian  dit  que  9i  la  lionne  a eu 
compagnie  d’vn  autre  lion,  son  masle 
le  connoist  à l’odeur,  et  la  chastie  et 
bat  cruellement. 

Aucuns  animaux  font  plusieurs  pe- 
tits, les  autres  n’en  font  jamais  qu’vu 
seul  en  leur  vie,  comme  l’elephant, 
lequel  neantmoins  vit  deux  ou  trois 
cens  ans. 


CHAPITRE  XII. 

DE  1,’AMOVR  ET  CHARITÉ  DES  OISEAVX 
ET  CHIENS. 

La  cicongne  nourrit  son  pere  et  sa 
mere  en  leur  vieillesse,  et  les  petits 


KT  DE  I,  EXCELLENCE  DE  L HOMME. 


sçachans  bien  voler  aident  aussi  et 
supportent  ceux  d’entre  eux  qui  ne 
peuuent  encore  bien  voler.  Et  par 
ainsi  ils  ne  sont  pas  seulement  hu- 
mains enuers  leurs  peres  et  meres, 
mais  aussi  entre  eux,  comme  freres  et 
sœurs  les  vns  entiers  les  autres. 

La  poulie  porte  vne  i grande  af- 
fection à ses  petits  poussins  , qu’elle 
les  congregeet  assemble,  les  gardant 
sous  ses  ailes  , et  s’il  vient  vn  chien  , 
ou  vn  loup , ou  vn  ours , qui  sont  de 
terribles  bestes  au  prix  d’elle,  pour 
en  empoigner  vn , elle  sautera  contre 
eux,  voire  et  fusl  vn  homme  armé  de 
toutes  pièces,  poul  ies  defendre,  sans 
auoir  esgard  à sa  vie,  ny  au  danger 
auquel  elle  se  met  : autant  en  font 
toutes  les  autres  bestes. 

Il  sefautesmerueiller  de  la  loyauté 
que  le  chien  tient  à son  inaistre,  et 
de  l’affection  qu'il  a enuers  luy,  et  de 
la  mémoire  et  nourriture  qu’il  en  a 
receu  : car  iamais  il  ne  l’abandonne, 
et  quelque  desplaisir  que  son  inaistre 
luy  face  , encores  qu’il  luy  donnast 
cent  coups  de  baston,  si  ne  le  peut-il 
délaisser  qu’il  ne  retourne  tousiours 
vers  luy.  Il  n’y  a beste  qui  commisse 
si  bien  son  inaistre  : encores  qu'il  aye 
esté  long-temps  sans  le  voir,  il  le 
recoan  ois  t tousiours.  Il  entend  la 
voix  des  domestiques.  Le  commun 
de  tous  chiens  est  de  garder  la  mai- 
son , et  abbayer  aux  estrangers , et 
estre  mauuais  aux  pauures  mal-ves- 
tus.  Et  s’il  est  question  de  trouuer 
des  gardes  bien  seures , on  n’en 
pourra  pas  trouuer  de  plus  certaines 
que  celles  des  chiens.  Et  pourtant 
Cicéron  leur  fait  cet  honneur,  qu’il 
les  appelle  garde  fidele  par  dessus 
tous  autres  animaux,  il  a vn  senti- 
ment exquis,  par  lequel  il  connoist  à 
la  trace  son  maistre,  et  la  proye. 
Aucuns  chiens  ont  demeuré  long- 


747 

temps  sur  le  tombeau  de  leur  maistre, 
tousiours  hurlans  piteusement , sans 
qu’ils  en  poussent  estre  dechassés,  ne 
voulons  manger  ny  boire. 

Pline  récité  1 qu’vn  chien  ne  dépar- 
tit iamais  prés  du  corps  de  son  mais- 
tre, qui  auoit  esté  exécuté  par  jus- 
tice, iettant  de  tristes  hurlemens, 
enuironné  d’vn  grand  cerne  de  peu- 
ple romain  : et  quelqu’vn  luy  ayant 
ietlé  de  la  viande,  ce  chien  la  porta 
à la  bouche  de  son  maistre.  Puis 
quand  on  eut  ielté  le  corps  dedans  le 
Tibre,  le  chien  se  mit  à nager,  es- 
sayant de  lesauuer  et  soustenir  : dont 
le  peuple  Romain  fut  grandement 
esmerueiilé  de  la  fidelité  de  cesle 
beste  2. 

On  lit  plusieurs  histoires  de  la  fi- 
delité des  chiens , qui  seroient  icy 
trop  long-temps  à reciter.  Ils  ab- 
bayent  et  clabaudent  oyans  le  bruit 
des  trompettes  , et  le  cry  des  asnes  et 
autres  grands  bruits,  et  ce  dabaude- 
ment  et  abbayement  leur  est  vn  pleur 
pour  l’impatience  de  leur  ire. 

Le  cheual  semblablement  connoist 
son  maistre  , ce  que  Plutarque  a 
laissé  par  escrit  du  cheual  d’Alexan- 
dre, nommé  Bucefal  : quand  il  estoit 
nud  , enduroit  bien  que  le  palfrenier 
montaslà  poil  dessusluy:  mais  quand 
il  estoit  paré  de  ses  harnois  royaux  , 
et  de  ses  riches  couleurs,  il  n’en  souf- 
froit  pas  vn  seul  monter  sur  luy, 
qu’ Alexandre  tout  seul , et  si  d’autres 
s’efforçoient  y monter,  il  leur  couroit 
sus,  en  ronflant  et  hennissant,  et  se 
cambroit  sous  eux,  et  les  fouloil  aux 
pieds,  s'ils  ne  se  bastoient  bien  tosl 
de  se  retirer  arriéré  et  s’enfuir. 

Combien  que  la  colombe  soit  des 

i Liure  8.  oh.  40.  — A.  P. 

3 Cette  histoire  , empruntée  à Pline,  a été 
intercalée  ici  en  1585. 


748 


LE  LIVRE  DES  ANIMAVX 


bestes  bien  fertiles  , toutesfois  tant  le 
masle  que  la  femelle  garde  vne  sin- 
gulière chasteté,  concorde  et  amour, 
et  charité  l’vn  enuers  l’autre,  et  ne 
commettent  point  d’adultere,  et  ne 
violent  point  la  foy  en  leur  mariage  : 
si  la  femelle  a vn  masle  difficile  et 
fascheux,  elle  le  supporte  néant  moins 
en  toute  patience  : après  le  courroux 
ils  se  flattent  et  baisent,  en  faisant 
paix,  et  retournent  l'vn  auprès  de 
l’autre.  Ils  sont  d’amour  égalé  en- 
uers leurs  petits. 

Les  tourterelles  en  font  autant , et 
d’auantage  : car  en  signe  de  viduité, 
iamais  ne  couchent  sus  branche  ver- 
te, après  qu’elles  ont  perdu  leur 
parly,  et  demeurent  en  perpétuelle 
viduité,  sans  prendre  autre  parly.  Ils 
ont  vn  amour  mutuel  et  réciproque. 


CHAPITRE  XIII. 

DE  LA  FORCE  DE  L’ELEPHANT  , DE  SA 
RELIGION  , DOCILITÉ  , CLEMENCE  , 
BONTÉ  , CHASTETÉ,  VENGEANCE  DES 
MAVX  QV’on  LV Y A FAITS,  ET  RE- 
CONNAISSANCE DES  BIENS. 

Il  ne  se  trouue  beste  terrestre  plus 
grande,  plus  puissante,  nyespouuan- 
table  que  les  clephans.  Car  il  faut 
qu’ils  soyenl  merueilleusement  puis- 
sans  et  robustes  , quand  ils  peuuent 
porter  en  bataille  de  si  gros  édifices 
et  de  si  grosses  tours  de  bois  plei- 
nes de  gens  d’armes,  qui  combat- 
tent en  icelles.  Et  qu’ils  soyenl  espou- 
nantables,  quand  ils  viennent  equip- 
pésen  tel  ordre,  il  appert  par  la  peur 
et  frayeur  que  l’armée  dés  Romains 
en  eut,  lorsqu’Antiochus  le  Roy  de 
Syrie  commença  premièrement  à les 
amener  en  bataille  contre  eux.  Car 
les  gensd’armes,qni  n’auoient  iamais 


veu  tels  monstres,  concourent  grande 
frayeur  de  voir  tels  animaux,  qu’ils 
ne  sceurent  faire  que  se  mettre  en 
fuile. 

Depuis  , les  Indiens  auoient  de 
coustume  en  la  guerre  de  lier  au 
bout  de  la  trompe  desdits  clephans 
vne  espée  longue  de  deux  coudées, 
auec  laquelle  estant  chassés  luoient 
leurs  ennemis.  Ils  meltoient  pareil- 
lement des  bats  , qu'ils  lioient  de 
chaisnes  de  fer  sous  le  ventre,  et  des- 
sus metloient  vn  chasteau  de  bois,  en 
maniéré  de  tours,  où  quatorze  hom- 
mes estoient  debout , et  batailloient 
de  toutes  sortes  de  leurs  armes  et 
bastons.  Mais  depuis  , sçaehans  leurs 
ennemis  que  les  elephans  craignent 
le  feu , reste  façon  est  abolie  , ù 
cause  des  basions  à feu  qu’ils  ont,  et 
aussi  des  torches  allumées  qu’ils  pré- 
sentent aux  elephans , desquels  ils 
sont  tant-  espouuantés , qu’ils  font 
plus  de  mal  à leurs  maistres  en  s’en- 
fuyant , qu’ils  ne  font  aux  ennemis 
en  bataillant. 

Ce  neanlmoins  tant  estranges  bes- 
tes  qu’ils  soient , c’est  vne  chose  in- 
croyable des  vertus  que  les  philoso- 
phes leur  attribuent , et  les  choses 
qu’ils  en  racontent.  Plincdil  1 qu’ils 
approchent  fort  des  sens  humains,  et 
qu’ils  ont  quelque  intelligence  du  lan- 
gage du  pays  auquel  ils  sont  nés,  et 
qu’il  y a vne  grande  obéissance  en 
eux  en  ce  qui  leur  est  commandé, 
ayans  mémoire  des  seruices  cl  offices 
qu’ils  ont  accoustumé  de  faire  : mais 
qui  plus  est,  bonté  et  clemence  se 
trouuent  entre  eux.  Quant  à la  reli- 
gion , Plutarque  a escrit  qu'ils  l'ont 
prières  aux  dieux  immortels  : car  de 
leur  bon  gré  ils  se  purgent  et  lauent 
en  la  mer,  et  adorent  le  Soleil  leuant, 


1 riinr,  lin.  8.  rh.  1.  — A.  P. 


ET  DE  L’EXCELLENCE 

auec  vue  grande  rcuerence,  leuans 
leur  trompe  en  haut  vers  le  ciel  au 
lieu  des  mains.  El  Pline  à ce  mes  me 
propos  tesmoigne  qu’ils  font  hon- 
neur et  reuerençe,  non  seulement  au 
Soleil,  mais  aussi  à la  Lune  et  aux 
estoiles  : et  après  auoir  fait  leur  ado- 
ration , ils  s’en  retournent  aux  bois, 
et  portent  deuant  eux  leurs  petits  ou 
faons  qui  sont  las.  Les  Arabes  en 
font  bon  tesinoignage , qui  voient 
ordinairement  la  grande  quantité 
d’elephans'à  la  nouuelle  Lune  des- 
cendre à grands  troupeaux  aux  ri- 
uieres  , où  ils  se  lauent  et  baignent: 
et  après  qu’ils  sont  purifiés  , ils  se 
mettent  à genoux,  et  font  leur  ado- 
ration , puis  s’en  retournent  aux  bois, 
et  le  plus  ancien  conduit  la  troupe , 
et  celuy  d’après  les  assemble. 

On  dit  aussi  qu’on  a trouué  que  de 
nuit  pensoient  à ce  de;;uoy  auoient 
esté  cbastiés  de  iour.  Plutarque  tes- 
moigne quti  est  tout  certain , que 
comme  aucuns  elephans  eussent  esté 
instruits  à Rome  longtemps  deuant, 
pour  apprendre  à faire  des  tours  mer- 
ueilleux  , et  difficiles  à refaire , on 
en  trouua  vn  ayant  l’entendement 
plus  dur  que  les  autres,  et  pour 
ce  il  estoit  bay  de  tous  les  autres 
et  battu  souuent,  par-ce  qu’il  ne 
pouuoit  retenir  tels  tours  de  passe- 
passe,  lequel  toulesfois  les  repeloit  à 
par-soy , et  s’efforçoit  les  faire  de 
nuit  à la  Lune.  Adrianus  récité  auoir 
veu  vn  elepbant , lequel  ayant  deux 
cymbales  pendues  aux  oreilles,  les 
loucboit  d’accord  alternaliuement  de 
son  museau  (ou  trompe)  et  dansoit 
selon  la  mesure  de  l’accord,  et  les 
autres  le  suiuoienl  en  dansant  comme 
luy. 

Les  Elephans  portent  leurs  petits 
deux  ans  en  leurs  matrices,  pour  la 
grande  corpulence  de  leurs  corps , ( 


DE  l’homme.  749 

parce  qu’vn  gros  fruit  n’est  si  tost 
meur  qu'vn  petit  b Ils  sont  de  nature 
tant  amiables  et  pitoyables,  que  ia- 
mais  ne  font  rien  à personne,  si  on 
ne  les  y prouoque.  Iamais  le  masle  et 
la  femelle  ne  se  commissent  ensemble 
qu’en  secret , à cause  de  honte  qu’ils 
ont.  On  lient  qu’ils  ont  si  bon  enten- 
dement, qu’ils  n’entreront  iamais  en 
vn  nauire,pour  passer  la  mer  etestre 
menés  en  pays  eslrange,  que  leur 
gouuerneur  n’aye  promis  et  iuré  les 
ramener  en  leur  pays.  Aussi  eslans 
irrités,  ils  chargent  les  hommes  sur 
leurs  cornes,  et  les  ieltent  si  haut , 
que  deuant  qu  ils  tombent  ils  sont 
es  tou  liés  et  morts.  Nous  parlerons 
encore  de  la  nature  des  Elephans  cy 
après  au  liure  des  Monstres  2. 


CHAPITRE  XIV. 

DES  DESTES  QVI  SONT  ES  EAVX. 

Après  auoir  parlé  des  bestes  qui 
conuersent  sur  la  terre,  il  faut  pa- 
reillement dire  quelque  chose  de  celles 
qui  font  és  eaux:  dont  la  Lamproye 
emporte  le  prix  , et  mérité  la  palme 
pardessus  tous  les  poissons,  en  cas 
d’amour  paternelle  et  de  bonté  et 
douceur  enuers  leurs  petits.  Première- 
ment eilesfont  leurs  œufs,  et  puis  les 

1 Aristote  , lin.  4.  des  Animaux.  — A.  P. 

a L’édition  posthume  de  159S  ajoutait  ici  : 
où  la  figure  de  l’ Eléphant  défunt.  En  effet, 
celle  ligure  , qui  y existait  en  1579,  avait  été 
reportée  en  1682  au  Discours  de  la  Licorne. 
Mais  le  texte  qui  accompagnait  celte  figure 
avait  élé  omis  et  oublié  dans  ce  changement 
de  livre,  et  il  manque  dans  toutes  les  gran- 
des éditions,  à partir  de  celle  de  15S5.  Je 
l’ai  rétabli  dans  celle-ci,  et  on  le  trouvera 
plus  loin  dans  l’Appendice  au  livre  des 
Monstres, 


LJ-  LIVRE  UES  ÀNIMAVX 


7Ôo 

petits  : mais  elles  ne  mettent  pas  hors 
leurs  petits,  comme  font  les  autres 
poissons:  ains  les  nourrissent  en  leurs 
ventres,  comme  s’ils  les  engendraient 
deux  fois  : et  quand  ils  sont  grande- 
lets,  sont  iettés  dehors  leur  ventre, 
leur  enseignant  à nager  et  à s’esba- 
tre  à l’entour  d’eux  : puis  subit  elles 
les  reçoiuent  de  rechef  en  elles  mes- 
înes  par  leur  bouche,  et  leur  baillent 
leurs  corps  pour  habiter,  leur  don- 
nant viande  et  refuge,  tant  qu’elles 
commissent  que  leur  aide  leur  est 
certaine  et  asseurée. 


CHAPITRE  XV. 

OVE  LES  BEST  ES  PE  V VENT  ESTRE 
APPRIVOISÉES. 

Theuet  en  sa  Cosmographie  , Tome 
second  , chap.  7.,  dit  que  le  Turc  fait 
nourrir  de  toutes  sortes  de  bestes, 
comme  Lions , Tigres  , Léopards , 
Loups  - ceruiers  , Chameaux  , Ele- 
phans,  Porcs-espics,  et  autres  bestes 
eslranges  : et  souuent  les  hommes 
qui  les  gouuernent  sont  en  Constan- 
tinople ou  au  Caire.  Ils  les  meinent 
par  la  ville  auec  vne  grosse  chaisne 
de  fer,  et  principalement  les  Lions, 
ayans  de  petites  clochettes,  à tin  que 
le  peuple  se  retire , et  que  ces  bestes 
ne  gastent  quelqu’vn,  ce  quesouuen- 
les  fois  est  aduenu.  Et  si  ceux  qui  les 
gouuernent  sont  aduerlis  de  quelque 
grand  seigneur  ou  ambassadeur  qui 
soit  arriué  , ils  ne  faudront  luy  ame- 
ner en  son  logis  cesdils  Lions,  auec 
compagnie  d’autres  bestes  eslranges, 
ausquellcs  ils  font  faire  mille  passe- 
temps  : leurs maislres  semblablement 
ioiient  de  plusieurs  sortes  d’inslru- 
mens  à laTurquesque,  mesme  ioiient 


Comédies,  et  luttent  : s’asseurans  tous 
d’auoir  quelque  présent  dudit  sei- 
gneur qni  aura  receu  tel  passe-temps. 

Mais  ce  n’est  chose  merueilleuse 
que  les  bestes  terrestres  puissent  es- 
tre  apptiuoisées  auec  les  hommes, 
veu  que  les  Aquatiques  le  peuucnt 
estre , entre  lesquelles  on  nomme  les 
anguilles.  Plusieurs  authenrs  ont  es 
crit  de  la  Murene  : semblablement 
que  Crassus  a eu  vne  Lamproye , la- 
quelle estoit  si  appriuoisée,  qu’elle 
luy  obeïssoit,  dont  luy  âuoit  donné 
vn  nom  comme  à vn  beste  domesti- 
que, et  l’appellant  :a  faisoit  venir 
vers  luy.  Icelle  estant  morte , en 
pleura  : ce  que  DomRius  luy  ayant 
reproché  d’auoir plor 'sa  Murene, luy 
respondil  qu’il  auoit  eu  trois  femmes 
sans  en  auoir  ploré  vne  seule  C 


CHAPITRE  \Vl. 

COMME  LES  ANIMAVX  ONT  APPRIS  AVX 
HOMMES  A FOVRBÏR  ET  AIGVISER 
LEVRS  ARMEVRES,  ET  FAIRE  KMBVS- 
CADES. 

Les  guerriers  sont  fort  songneux  à 
contregarder  leurs  armes,  à fin 
qu’elles  ne  se  roiiiilent  et  gastent,  et 
pour  ce  ils  les  font  souuentefois  four- 
bir : mais  il  y a plusieurs  bestes  qui 
ne  leur  doiuent  de  retour. 

Et  quant  à ce  point , les  Porcs  san- 
gliers aiguisent  leurs  dents. 

Los  Elephans,  pour  ce  que  l’vne  de 
leurs  dents  , auec  laquelle  ils  foüil- 
lent , arrachans  les  plantes,  herbes 
et  racines  dont  ils  se  nourrissent , en 
est  ordinairement  moussée,  vséo  et 
espoinlée , ils  conlregardent  tous- 

1 Plutarque.  — A.  I’. 


ET  DE  L’EXCELLENCE  DE  L HOMME.  t5  I 


jours  l’autre  pointue  et  affilée,  pour 
s’en  seruir  aux  tombais  contre  les 
Rhinocéros  et  autres  ennemis.  Le- 
dit Rhinocéros  est  aussi  long  que 
l’Elephant , mais  plus  bas  de  iambes , 
et  a son  pelage  de  couleur  de  bonis, 
piccoté  en  plusieurs  endroits  , et  fa- 
çonné et  armé  comme  il  se  verra  par 
sa  figure  cy  après  G 

Les  Sangliers  aiguisent  pareille- 
ment leurs  défenses  pour  assaillir  ou 
se  defendre. 

Le  Lion  chemine  tousiours  les  pat- 
tes fermées,  à fin  que  ses  ongles 
soyent  enserrés  au  dedans  comme  en 
vue  gueine , de  peur  que  la  pointe  ne 
se  rompe , et  aussi  qu'on  ne  les  puisse 
suiure  à la  trace  : car  à peine  la  peut 
on  trouuer,  ains  seulement  de  petites 
marques  de  ses  pieds,  et  peu  appa- 
rentes . et  ainsi  les  animaux  conlre- 
gardent  leurs  armes,  pour  s’en  seruir 
au  besoin. 

Les  Taureaux  présentent  le  combat 
auec  les  cornes,  et  s’equippent  au 
combat , comme  vaillans  gendarmes 
et  cheualiers. 

Le  rat  d’Inde,  comme  dit  Plutar- 
que, ne  différé  en  rien  d’vn  gendarme 
pour  batailler,  tant  bien  il  se  sçai] 
couurir  de  boue  et  de  fange,  qu’il 
semble  proprement  qu’il  soit  armé 
d’vn  halecret  et  cuirasse,  lors  qu’il 
doit  batailler  contre  le  crocodile  : 
neantmoins  que  ledit  crocodile  soit 
vne  beste  si  forte  et  cruelle  qu’elle 
mange  les  hommes,  et  ce  rat  d’Inde 
est  si  petit  qu’il  le  fait  fuir.  Gela  se 
fait  par  vne  chose  indicible,  que  Na- 

1 L’édition  de  1579  disait  : comme  il  se  voit 
par  cesie  figure , et  donnait  en  effet  1 e Pour- 
traict  du  Ilmoceros , et  combat  contre  C K le- 
pliant . Cette  figure  avait  été  reportée  dès  15S2 
au  Discours  de  la  Licorne,  d’où  vient  le 
changement  du  texte  qui  dale  de  15S5. 


. ture  met  aux  cœurs  des  grands  ani- 
maux, pour  les  espouuenter  d’vne 
peur  et  crainte,  mesme  où  il  n’y  a 
point  de  danger  pour  eux  : comme 
l’elephant  est  espouuenlé  par  vn 
pourceau  , et  le  lion  par  vn  coq  , veu 
qu’il  est  escrit  du  lion  , qu’il  ne  se 
retourne  point  pour  quelque  chose 
que  ce  soit.  Telles  craintes  autresfois 
sont  aduermes  à de  bien  grandes  ar- 
mées, prestes  à combattre,  qui  ont 
esté  mises  en  routle  et  fuite  pour  vn 
liéure  qui  sortit  d'vn  buisson  : car 
depuis  qu’il  y en  eut  vn  ou  deux  ef- 
frayés par  la  soudaine  sortie  de  ce 
liéure , tous  les  antres  furent  sembla- 
blement effrayés  et  espouuentés, 
comme  si  tout  eusleslé  perdu  et  des- 
confit , pensans  qu’il  y eust  quelque 
grand  danger. 

On  trouue  à ce  propos,  en  l’histoire 
de  Philippe  de  Comines,  que  des  char- 
dons qui  esloienl  en  vn  champ  fi- 
rent peur  aux  Bourguignons  auprès 
de  Paris,  en  la  guerre  qu’eut  le  Roy 
Loys  onzième  auec  le  Comte  de  Cha- 
rolois.  11  aduint  qu’aucuns  de  l’ar- 
mée virent  des  chardons  en  grand 
nombre,  plantés  en  vn  champ  prés 
Charenton  : et  pource  que  le  temps 
estoit  couuert  et  obscur,  il  leur  sem- 
bloit  quec’esloit  l’armée  du  Roy  qui 
estoit  sortie  de  Paris , et  là  arrestée  , 
leur  faisant  alte  : et  après  qu’ils  en 
eurent  porté  les  nouuelles  à leur  ar- 
mée , et  qu’on  en  eut  enuoyé  d’autres 
pour  les  reconnoîstre,  trou uerent  que 
ceste  armée  demeuroit  tousiours  là 
plantée  sans  bouger , dont  la  peur 
leur  fut  encore  redoublée,  et  toute  la 
nuit  se  tindrent  tous  en  armes.  Et  le 
lendemain,  le  iour  estant  vn  peu  plus 
esclairci,ils  conneurent  que  c’csloient 
chardons  : parquoy  ce  n’estoit  pas 
merueille  s’ils  auoienl  tenu  bon  sans 
reculer,  (mais  aussi  ils n’auoienl point 


LE  LIVRE  DES  ANIMA VX 


auancé)  : et  ceux  qui  en  auoient 
porté  les  nouuelles  furent  bien  fort 
honteux  , toutesfois  ils  furent  excu- 
sés pour  l’obscurité  du  temps. 

Les  Coqs  sont  oiseaux  royaux  : aussi 
sont-ils  couronnés,  et  exercent  leur 
régné  en  quelque  lieu  qu’ils  soient 
de  leur  hardiesse  et  courage,  et  ba- 
taillent du  bec  et  des  argots,  comme 
l'experience  le  monstre,  donnans 
crainte  et  peur  aux  lions,  qui  sont 
les  plus  nobles  et  courageux  entre 
les  bestes  sauuages. 

Les  Ccnnins  ont  monstre  aux  hom- 
mes à faire  les  mines  sous  terre,  pour 
miner  et  renuerser  s’en  dessus-dessous 
les  forteresses  de  leurs  ennemis. 
Marc  Vairon  dit  qu’en  Espagne  y 
eut  vn  gros  bourg , situé  en  pays  sa  - 
blonneux,  qui  fut  tellement  foui  et 
caué  par  les  connins,  que  finalement 
il  fut  ruiné  et  deshabité. 

Les  Loups  ont  monstré  à faire  la 
guerre  aux  hommes  : ils  se  mettent 
en  troupes,  et  demeurent  en  embus- 
cades à l’entrée  d’vn  village.  Il  y en 
a vn  qui  entre  dedans  pour  donner 
l’alarme  aux  chiens,  puis  recourt 
vers  ses  freres  et  compagnons,  et  les 
chiens  après  : et  lors  qu’il  les  a passés, 
retourne  vers  les  chiens  , leur  faisant 
leste  : cependant  l’embuscade  desco- 
cbe , et  prennent  chacun  vn  chien , et 
luy  couppent  la  gorge,  et  le  man- 
gent. • 

Le  Regnard  est  le  plus  caut  et  le 
plus  fin  de  toutes  les  bestes  en  gene- 
ral. Lors  qu’il  est  chassé  des  chiens, 
et  les  sent  prés  de  sa  queue,  leur 
ielle  ses  excremenS  à leurs  museaux 
et  aux  yeux  : les  ayant  ainsi  esblouïs 
et  estonnés,  il  gaigne  le  deuant,  et 
les  laisse  en  arriéré.  Il  a aussi  vne 
astuce  que  pour  faire  desnicher  les 
poulies,  il  feint  de  leur  ieller  sa  queue, 
et  par  ceste  peur  les  desniche,  et  à 


la  descente  en  prend  vne  et  la  deuo- 
re.  Pareillement  s’il  veut  passer  vne 
riuiere,  encore  qu’elle  soit  gelée  et 
prinsc,  marche  doucement  sur  la 
glace , et  approche  son  oreille , et  s’il 
peut  entendre  aucunement  le  bruit 
de  l’eau  cachée,  il  connoist  que  la 
glace  n’est  pas  espaisse,  ny  assez 
ferme  : parquoy  il  s’arreste,  et  ne 
passe  outre  : et  ainsi  s’il  ne  peut  en- 
tendre le  bruit,  il  passe  de  l’autre 
coslé  hardiment.  Or  ne  sçauroit-on 
dire  que  cela  soit  seulement  vne  vi- 
uacilé  de  sentiment  de  Touye,  sans 
aucun  discours  de  raison.  Car  c’est 
vne  ratiocination , et  conséquence 
tirée  du  sens  naturel,  en  ceste  sorte  : 
ce  qui  fait  bruit  se  remue  :‘ce  qui  se 
remue  n’est  pas  gelé  : ce  qui  n’est 
pas  gelé  est  liquide  : ce  qui  est  li- 
quide ployé  sous  le  faix,  et  né  tient 
pas  ferme  : ergo,  etc. 

Si  les  pourceaux  oyent  crier  en 
vne  forest  l’vn  d’eux,  ils  s’assemblent 
tous  pour  le  secourir,  comme  si  vne 
trompette  auoit  sonné  pour  assem- 
bler vne  compagnie  de  gendarmes,  à 
fin  d'aller  au  secours  de  leur  compa- 
gnon , et  tous  bataillent  pour  luy. 

Plutarque  dit  des  poissons  appelles 
Suives  et  Anlhes,  qu’aussi  lost  qu’ils 
ont  auallé  le  haim  du  pescheur,  les 
autres  qui  lors  sont  presens  accou- 
rent tous  pour  luy  aider,  et  rongent 
le  filet  et  le  petit  cordeau , et  ainsi 
eschappe.  Les  aéthes  se  secourent  pa- 
reillement les  vus  les  autres  auec  plus 
grande  violence  : car  ils  ieltent  sur 
leurs  espaules  le  filet  et  petit  cor- 
deau auquel  l’hameçon  est  attaché, 
et  dressent  leurs  espines  et  escailles  , 
dont  ils  le  couppent  et  rompent. 

Il  y a vne  grande  admiration  de  la 
société  et  amitié  qui  est  entre  le 
poisson,  appelle  Gonuerncur,el  la  Ba- 
laine.  Quant  au  gouuerneur,  il  n’est 


JET  DE  l’exCELLEÎÎCE  DE  LIIOMMF.  ^53 


plus  grand  qu’vn  goujon  : lequel  est 
lousiours  aucc  la  baleine  , cl  va  dé- 
liant elle,  luy  dressant  son  chemin, 
la  conduisant  ue  peur  qu’elle  ne  se 
ielte  en  quelque  destroil  ou  en  la 
fange,  dont  elle  ne  se  puisse  retirer. 
La  baleine  le  suit,  et  souffre  vo- 
lontiers eslre  conduite  par  luy  S’il  se 
veut  reposer,  il  se  met  en  sa. gueulle 
et  y dort , et  elle  aussi , ne  le  laissant 
iamais  neiour  ne  nuict, 

Les  Grues  , lors  qu’elles  départent 
pour  aller  en  pays  lointain  , elles  se 
mettent  si  bien  en  ordonnance,  que 
iamais  Capitaine  de  gendarmerie  ne 
seauroit  tenir  meilleur  ordre  : car 
auant  qu’elles  délogent, elles  ont  leur 
héraut  et  leurs  trompettes  qui  les 
assemblent  : quand  elles  marchent, 
elles  consentent  toutes  ensemble,  et 
volent  en  haut  pour  regarder  de 
loing  : elles  eslisent  vn  capitaine,  le- 
quel elles  suiuenl  : elles  ont  aussi 
leur  sergent  de  bande , et  aucunes 
disposent  au  derrière  de  la  bande 
pour  hucher  et  crier  chacune  en  son 
tour,  à fin  d’entretenir  tousiours  la 
bande  en  ordonnance  par  leur  voix. 
Elles  ont  leurs  veilles  bien  disposées, 
et  leurs  guettes  qui  font  le  guet  de 
nuict  *.  Plutarque  dit  qu’elles  sous- 
tiennent  vne  petite  pierre  de  leurs 
pieds,  à fin  que  si  la  guette  s’endort, 
la  pierre  l’esueille  en  tombant,  et  la 
reprenne  de  sa  négligence.  Le  Capi- 
taine a la  teste  leuée  et  col  eslendu  , 
regardant  au  loing,  et  les  admoneste 
des  dangers  ausqueis  elles  peuuent 
estre.  Et  quand  elles  sont  en  ordon- 
nance , les  plus  fortes  se  mettent  dé- 
liant pour  rompre  l’air,  et  quand  les 
vnes  sont  lasses,  les  autres  vont  en 
leur  lieu  pour  les  soulager,  et  sous- 
tenir  la  peine  à leur  tour.  Et  pour 

1 Pline,  liu.  10.  ch.  23.  — A.  P. 


mieux  trencher  l’air , elles  se  mettent 
en  ordonnance  de  gens  de  pied,  cs- 
Iroitle  de  front  et  large  par  derrière, 
en  forme  de  triangle.  Et  si  ont  encore 
ceste  prudence  et  science  d’Aslrono- 
mie,  qu’elles  preuoyent  les  tempestes, 
et  se  iettent  en  terre  subit  qu’elles  les 
sentent, et  se  reposent. 

Les  Oyes  de  Sicile  vsent  d'vue  fort 
bonne  grâce , pour  se  garder  de  se 
descouurir  par  leur  gazouillement  : 
car  combien  qu’il  leur  soit  naturel, 
si  est-ce  loulesfois  qu’elles  ont  bien 
sceu  trouuer  ce  moyen  pour  corriger 
ce  vice,  à fin  qu’il  ne  les  mist  en  dan- 
ger de  leurs  aduersaires.  Plutarque 
dit  que  quand  il  leur  faut  passer  la 
montagne  nommée  Taurus,  crai- 
gnans  les  Aigles  , elles  mettent  cha- 
cune vne  pierre  assez  large  en  leur 
bec,  à fin  d’empescher  leur  gazouil- 
lement et  bruit  naturel  (qu  elles  fe- 
roient  ) iusques  à ce  qu’elles  ayent 
passé  leurs  ennemis,  lesquels  elles 
trompent  en  ceste  sorte. 

Le  Cerf  se  sentant  pressé  des  chiens, 
se  couche  et  met  ses  quatre  pieds  sous 
le  ventre,  et  expire  son  haleineconlre 
terre,  tellement  que  les  chienspassent 
et  repassent  contre  luy,  sans  en  auoir 
le  vent  ny  sentiment.  Voila  comme 
Nature  donne  à chacun  animal  cou- 
noissance  de  sauner  leur  vie. 

En  cest  endroit  les  dragons  n’au- 
ront pas  moins  de  gloire,  car  par  leur 
finesse  et  malice  ils  vainquent  bien 
les  clephans,  qui  sont  les  plus  fortes 
bestes  que  la  terre  porte  : ce  qu’ils 
ne  pourroient  faire  par  leur  force  : 
et  pourtant  ils  se  mettent  en  embus- 
ches  et  au  guet,  et  se  ruent  sur  eux 
par  trahison,  et  puis  les  embrassent 
soudain  et  enueloppcnl,  et  s’entortil- 
lent autour  d’eux,  et  leur  lient  les 
iambes  de  leurs  queues  pour  leur  em- 
pescher  de  marcher  : et  cachent  leur 

48 


III. 


70 4 le  livre  des 

teste  dedans  leurs  narines,  leur  os- 
tant  l’haleine,  les  piquent  et  mor- 
dent en  la  chair  qu’ils  trouuent  la 
plus  tendre,  et  leur  creuent les  yeux 
et  leur  succent  le  sang,  en  sorte  qu’il 
faui  que  lesclephans  meurent.  Pline 
dit  qu’il  y a des  dragons  en  Ethiopie 
de  dix  coudées  de  longueur  '.  Et  en 
Indie,  il  s’en  est  trouué  de  cent  pieds 
de  long,  et  aucuns  voler  si  haut  en 
l’air  qu’ils  prenoient  les  oiseaux  vo- 
lans2. 

Le  poisson  appelle  Pescheur,  à cause 
qu’il  chasse  aux  autres  poissons,  il 
vse  de  mesme  finesse  que  fait  la  sei- 
che 3.  Il  a vne  petite  poche  qui  luy 
pend  du  col,  laquelle  il  relire  et  las- 
che  : comme  il  luy  plaist  en  vn  mo- 
ment, ainsi  que  fait  le  coq  d’Inde  sa 
cresle.  Or  il  l’allonge  en  forme  d’vn 
liaim,  et  la  présente  à mascher  aux 
petits  poissons  qui  nagent  auprès  de 
luy,  puis  la  relire  à soy  petit  à petit, 
si  prés  qu’il  puisse  happer  les  petits 
poissons  de  sa  bouche. 

Plutarque  escril  de  la  seiche,  que 
combien  qu’il  y ait  cenl  mille  exem- 
ples de  telles  finesses,  ruses  et eschap- 
paloires  aux  bestes,  lesquels  ie  pojur- 

» Pline,  lin.  8 .ch.  i I et  12.  — A.  P. 

- Ici  se  Visent  dans  toutes  les  éditions  deux 
histoires  tirées  de  Jean  l.éon , touchant 
certains  serpents  de  Calicut  et  du  royaume 
tic  Senegua.  Paré  avait  sans  doute  oublié 
que  dans  son  livre  des  Venins,  à partir  de 
l’édition  de  1579,  il  avait  fait  un  chapitre 
spécial  avec  ces  deux  histoires,  racontées 
presque  absolument  dans  les  mêmes  termes. 

La  seule  différence  notable  est  que  dans  le 
Livre  des  Venins  il  cite  le  livre  d’Afrique  de 
Jean  l.éon,  tandis  qu’ici  il  citait  son  livre 
des  Nauigations.  En  conséquence,  j’ai  cru 
devoir  retrancher  en  cet  endroit  ces  deux 
histoires,  en  renvoyant  le  lecteur  au  ch.  27 
du  livre  des  Venins , ci-devant , page  817. 

* Arist.  de  N ni.  auim.  — A.  P. 


ANIMAVX 

rois  icy  alléguer,  toulesfois  ie  ne  puis 
aucunement  passer  cestuy  de  la  sei- 
che : laquelle  a comme  vne  vessie  peu 
due  au  col,  toute  pleine  d’vne  liqueur 
fort  noire  comme  ancre,  laquelle  elle 
vuide  quand  elle  se  sent  prise , et 
ainsi  tasche  à tromper  celuy  qui  la 
chasse. 


CHAPITRE  XVII. 

DES  ARMES  DES  BESTES. 

Les  bestes  ont  toutes  leurs  armeu- 
res  naturelles  : parquoy  elles  n’ont 
besoing  d’en  faire  forger  d’autres,  ou 
d’emprunter,  d’ailleurs  comme  les 
hommes.  Il  y en  a mesmes  de  celles 
qui  ont  telles  armes, qu’elles  prennent 
par  icelles  ceux  qui  les  veulent  pren- 
dre. Et  pour  exemple,  la  torpille  ne 
blesse  pas  seulement  ceux  qui  la  tou- 
chent à nud  : mais  aussi  par  entre  les 
rets,  elle  ietle  vne  distillation  qui 
stupéfié  et  engourdit  les  mains  des 
pescheurs,  en  sorte  qu’ils  sont  con- 
traints de  tout  lascher  : et  par  ainsi 
la  torpille  sesauue. 

André  Theuet  escrit  1 que  la  mer 
Persique,  vers  l’Arabie,  nourrit  vn 
poisson  de  la  grandeur  et  grosseur 
d’vne  carpe,  garni  d’aiguillons  et 
pointes,  comme  nostre  hérisson,  auec 
lesquelles  il  combat  contre  tous  au- 
tres poissons.  C’est  chose  toute  as- 
seurée,  que  s’il  en  a donné  vne  at- 
teinte à vn  homme  ou  beste,  comme 
aussi  de  ses  dents,  en  vingt  et  quatre 
heures  on  se  peut  tenir  prest  pour 
mourir 2.  . 

1 Lia.  10.  oh.  10.  tome  1.  de  la  Cosmogra- 
• pliie.  — A.  P. 

3 Après  ce  paragraphe , auquel  était  jointe 


ET  DE  i/exCELLEJNC.E  DE  l HOMME. 


705 


Les  cancres  et  escreuisses,  encore 
qu’ils  soyent  petits  animaux  à com- 
parer aux  susdits,  si  est-ce  qu’ils  se 
seruent  de  leurs  pieds  de  deuant,  qui 
sont  fourchus,  non  seulement  à man- 
ger, mais  aussi  à se  dcfendre  ou  as- 
saillir. 


CHAPITRE  XVIII. 

LES  BESTES  SONT  DOCILES. 

Les  bestes  sont  dociles  pour  ap- 
prendre ce  que  les  hommes  leur  veu- 
lent enseigner  : en  quoy  elles  nous 
baillent  quelque  tesmoignage  qu’el- 
les ne  sont  pas  sans  quelque  partici- 

la  Figure  du  Herissot  1 demer,  l’édition  de  1 579 
en  contenait  deux  autres  également  illustrés 
par  des  ligures,  qui  furent  transportés  en 
1582  dans  le  Discours  de  lu  Licorne  , où  ils 
sont  restés.  Le  premier  concerne  le  Pois- 
son nommé  YletiJ  , appelé  en  1579  SteliJ  et 
FteliJ  ; on  le  trouvera  au  chapitre  13  du 
Discours  delà  Licorne,  ci-devant,  page  503. 
Seulement,  au  lieu  de  la  dernière  phrase  : 
Plusieurs  estiment  ledit  unimal  eslre  vue  Li- 
corne  , etc.,  on  lisait  en  15T9  : Plusieurs  es- 
timent ladite  corne  eslre  vite  langue  de  poisson, 
ce  que  n’est  pus. 

L’autre  paragraphe  était  consacré  à l’his- 
toire du  poisson  nommé  Caspilly.  On  peut 
aussi  retrouver  cette  histoire  au  chapitre  *2 
du  Discours  de  la  Licorne, ci-devant,  p.  502  ; 
mais  le  texte  de  1579  présente  des  différences 
assez  singulières  pour  être  reproduit  à part: 

« 11  y a vn  autre  poisson  , qui  se  trouve  en 
l’isle  du  Peru  , portant  vue  corne  fort  agiie, 
en  façon  d’vne  espee  bien  tranchante,  longue 
de  plus  de  trois  pieds,  lceluy  voyant  venir 
lahalaine,  il  se  cache  soubs  les  ondes,  et  choi- 
sit l’endroit  le  plus  aisé  à blesser,  qui  est  le 
nombril , que  la  frappant , il  la  met  en  telle 
nécessité  , que  le  plus  souuenl  meurt  de  telle 
blesseure.  Laquelle  ses  entant  touchée  au  vif, 
commence  à faire  vn  grand  bruit,  se  lour- 


pation  de  raison.  On  les  voit  eslre  en- 
seignées par  les  hommes,  y prenans 
leurs  esbats  et  plaisirs  outre  leur  na- 
turel : comme  les  chiens,  singes,  che- 
uaux,  passent  et  repassent  par  les 
cercles  des  basteleurs,  et  s’esleuent 
sur  les  pieds,  sautans  et  dançans,  et 
font  plusieurs  autres  tours  de  passe- 
passe. 

Plutarque  recile  1 qu’vn  chien  ser- 
uoit  à vn  basteleur,  lequel  ioüoit  vne 
fiction  de  plusieurs  mines  et  plusieurs 
personnages,  et  ce  chien  y représen- 
tent plusieurs  choses  conuenables  à la 
matière  suiette  : mesmement  l’es- 
preuue  que  l’on  faisoit  sur  luy  d’vne 
drogue  qui  auoit  force  de  faire  dor- 
mir, mais  ainsi  qiie  l’on  supposoil 

mentant  et  battant  les  ondes,  cscuinnnt 
comme  vn  verrat,  et  va  d’vnc  1res  grande 
roideur  ( se  sentant  pies  les  traits  de  la  mort  ) 
qu’elle  culehute  et  renuerse  les  nauircs 
qu’elle  rencontre,  et  fait  (elle  naufrage  qu’elle 
les  enseuelit  au  profond  de  la  nier,  il  se  voit 
au  goufre  d’Arabie , que  les  Arabes  nomment 
C'.a.'pilli , qui  est  presque  aussi  large  que 
long,  et  sa  longueur  n’excede  point  deux 
pieds.  Il  a la  peau  comme  vn  petit  chien  de 
mer  : il  est  armé  d’esguillons , dont  il  en  a 
vn  au  milieu  du  front  long  d’vn  pied  et 
• demy,  et  aussi  aigu  et  tranchant  qu’vue  lan- 
cette : et  auec  ce  genre  d’arme,  quand  il  est 
affamé,  il  vient  à se  iellfer  contre  le  premier 
poisson  qu’il  trouue , et  de  telle  façon  qu’il 
demeure  pour  les  gages , traînant  sa  proyc 
où  bon  lui  semble  , pour  en  a noir  sa  curer, 
ainsi  qu’escrit  André  Teuet,  disant  l’auoir 
veu.  » 

Il  est  év  idenl  qu’il  y a là  deux  descriptions 
différentes  confondues  mal  à propos  ; et  tou- 
tes les  deux  s’écartent  encore  en  quelque 
chose  de  la  description  du  Discours  de  la  Li- 
corne. Du  reste,  Paré  cite  eu  marge  Theuet 
lia.  5.  ch.  2.  lom.  1.  de  sa  Cosmographie , où 
les  lecteurs  curieux  d’éclaircir  celte  énigme 
en  trouveront  probablement  le  mot. 

1 Plutarque , tome  2.  — A.  P. 


LE  LtVftE  1)ES  ANIMAVX 


^56 

faire  mourir  : il  print  le  pain  où  la 
drogue  esloit  meslée,  et  peu  d’espace 
après  l’auoir  aualé,  commença,  ce 
sembloit,  à trembler  comme  s’il  eust 
esté  tout  estourdi  : finablement  s’es- 
tendant  et  se  roidissant  comme  s’il 
eust  esté  mort , il  se  laissa  tirer  et 
traîner  d’vn  lieu  en  autre,  ainsi  que 
porloit  le  suiet  de  la  farce  : puis 
quand  il  conneut  à ce  qui  se  faisoit  et 
disoit  qu'il  esloit  temps , alors  il  com- 
mença premièrement  à se  remuer  tout 
bellement,  comme  s’il  fust  reuenu 
d’vn  profond  sommeil,  et  leuant  la 
teste  regarda  çà  et  là,  dont  chacun 
des  assistans  fut  fort  esbahi  : puis  se 
leuant  du  tout,  s’en  alla  deuers  celuy 
qu’il  falloit  qu’il  receust,  et  le  cares- 
sa : de  sorte  que  tous  les  assistans,  et 
mesmes  l’Empereur  Vespasien  y es- 
tant , en  personne  dedans  le  theatre 
de  Marcellus,  en  demeurèrent  tous 
resiouïs. 

Le  singe  est  vn  animal  ridicule , 
beau  loutesfois  au  jugement  des  en- 
fans,  et  leur  est  vn  passe  temps  pour 
rire  : car  s’essayant  d’imiter  tous  ac- 
tes d’homme,  il  ne  le  peut  faire,  et 
partant  appresle  à rire  à ceux  qui  le 
regardent.  On  a veu,  dit  Galien  *,  vn 
singe  s’efforcer  à ioüer  de  la  flusle, 
danser  et  escrire,  et  faire  autres  choses 
que  l’homme  peut  bien  faire. 

Il  me  souuient  auoir  veu  en  la 
maison  du  Duc  de  Some,  vn  gros 
singe  malfaisant , et  pource  on  luy 
couppa  les  deux  mains,  souffrant  es- 
tre  babillé  desesplayes.  Estant  gua- 
ri,  se  voyant  sans  mains  deuint  doux, 
affable  et  docile  : on  luy  bailla  vn 
babil  verd,  et  ceint  autour  du  corps  : 
et  à sa  ceinture  esloit  pendu  vn  estuy 
de  lunettes,  auec  vue  paire  de  cou- 
teaux et  vn  mouchouër,  comme  l’on 

1 Luire  i.  de  l’F’sage  des  parties. — A.  I*. 


baille  aux  enfans.  Estant  ainsi  babillé, 
le  maistre  cuisinier  voulut  estre  son 
pédagogue,  à cause  qu’il  faisoit  sa 
demeure  à la  cuisine,  à vn  coing  de 
la  cheminée.  Il  l’instruit  à luy  faire 
faire  plusieurs  singeries  : et  où  il  fail- 
loit , coups  de  baston  ne  luy  man- 
quoyent,  non  plus  que  la  parolle,  luy 
diminuant  sa  portion,  le  faisant  sou- 
uent  ieusner  par  cœur  : car,  comme 
dit  Perse,  Le  ventre  est  ingénieux  et 
maistre  des  arts  (et  celuy  qui  baille 
l’entendement).  Et  par  ce  moyen  le 
cuisinier  enseigna  au  singe  à ioüer 
de  passe-passe,  à sauter  et  danser  au 
son  d’vn  petit  flageol,  courir  la  lance, 
passer  et  repasser  entre  les  iambes  : 
il  portoit  la  viande  auec  les  pages 
pour  la  poser  sur  la  table  auec 
grande  reuerence,  et  faisoit  plusieurs 
autres  bons  seruices,  tenant  tous 
iours  sa  vaisselle  nette  auec  la  lan- 
gue, de  façon  qu’on  l’appeloit  frere 
Iean  factotum.  Après  le  disner  et  sou- 
per, on  le  meltoit  dans  vne  chaire, 
contrefaisant  le  presclieur,  tournant 
les  yeux  s’en  dessus  dessous,  frap- 
pant sa  poitrine  de  ses  moignons  en 
disant  ses  patenostres,  clacquelant 
des  dents,  et  monstroit  son  cul,  qui 
estoit  tousiours  à descouuert  (à  cause 
que  son  habit  estoit  court , de  peur 
qu’il  ne  fust  saffrané)  : bref,  faisoit 
plusieurs  autres  singeries  et  risées, 
marchant  tousiours  debout,  à cause 
qu’il  ne  se  pouuoil  tenir  autrement  s’il 
n’estoit  sur  son  cul,  parce  qu’il  auoil 
perdu  ses  mains. 

On  voit  semblablement  les  Faucon- 
niers qui  apprennent  aux  oiseaux  de 
proye  aller  combattre  en  l’air  autres 
oiseaux,  et  les  abattre  en  terre:  voire 
voilent  si  haut  au  profond  des  nues, 
qu’on  les  perd  de  veuë.  Et  le  faucon 
ayant  gaigné  le  dessus  d’vn  héron,  et 
se  voyant  estre  presque  vaincu,  met 


ET  DE  L’EXCELLENCE  DE  L’HOMME.  /Ôÿ 


son  bec  Ion"  et  aigu  sous  ses  ailes,  la 
pointe  en  haut,  à fin  que  le  faucon  le 
voulant  abattre  , donne  contre  ius- 
ques  à entrer  au  trauers  du  corps, 
qui  est  cause  que  tous  deux  quel- 
quesfois  tombent  en  terre  morts.  Et 
où  le  faucon  l’aura  abattu  sans  eslre 
blessé,  estant  descendu  en  terre,  le 
fauconnier  l’appellant , retourne  se 
remettre  sus  son  poing. 

D’auanlage,  aucuns  petits  oiseaux 
sont  enseignés  à besongner  des  pieds 
et  du  bec,  desquels  ilg  vsent  en  lieu 
de  mains,  tirans  de  petits  vaisseaux 
pendus  à vne  corde,  (ausquels  est 
leur  manger  et  boire),  comme  vn 
homme  tireroit  des  seaux  d’vn  puys 
auec  les  mains. 

Et  quant  au  Chien,  chacun  sçait 
comme  il  est  docile,  et  comme  il  va 
quérir  vne  Cane  au  profond  de  l’eau, 
et  l’apporte  à son  maistre,  viue  ou 
morte  : et  fait  encore  plusieurs  au- 
tres choses,  outre  celles  douant  dites, 
qui  seroient  trop  longues  à descrue. 

Le  chameau  est  un  animal  fort  do- 
mestique, quis’appriuoise  facilement, 
apprenant  à quoy  on  l’addresse  pour 
s’en  seruir.  Il  est  bien  vray  qu’il  y 
en  a de  bien  farouches  et  sauuages, 
lesquels  pour  n’auoir  esté  appriuoisés 
sont  fascheux,  et  mordent  et  ruent 
aussi  bien  que  pourroit  faire  le  plus 
vicieux  cheual  qu’on  sçauroit  troq- 
uer. Le  soir  qu’on  est  ù repos , on  n’a 
peine  que  les  laisser  en  la  campagne 
pour  paistre  vn  peu  d’herbe,  ou 
brouter  quelque  espine , chardon  ou 
rameau,  et  le  lendemain  le  recharger, 
et  si  ne  fera  jamais  faute.  On  ne  leur 
met  point  la  somme  sur  le  dos,  qu’ils 
n’ayenl  quatre  ans  pour  le  moins. 
Les  Arabes  ont  ceste  astuce  de  les 
chastrer  ieunes,  à fin  qu’ils  s’en  ser- 
uent  plus  longuement  : et  ne  sont  si 
furieux  au  printemps,  lors  qu’ils  vien- 


nent en  amour.  Ceste  besfe  souffre 
huit  iours  la  faim  et  soif.  Elle  est  de 
douce  et  amiable  nature,  veu  que  les 
esclaues  et  marchans  Turcs,  la  vou- 
lans  charger  ou  descharger  de  leur 
fardeau,  ils  ne  font  que  toucher  d’vne 
vergetle  sur  le  col,  et  soudain  se 
couche  par  terre,  et  ne  se  leue  qu’ello 
ne  se  sente  assez  chargée,  ou  qu’on 
les  face  releuer.  Il  a quatre  genoux  : 
pour  ceste  cause  il  fléchit  ses  cuisses 
de  derrière  comme  ses  iambes  de 
deuant  : et  parlant  il  demeure  A gc- 
noüil  tant  qu’il  soit  chargé.  Telle 
chose  a esté  faite  par  vne  grande  pro- 
uidence  de  nature  , pour  satisfaire  à 
la  commodité  de  sa  hauteur  : car  au- 
trement il  eust  fallu  des  eschelles  ou 
escabelles  à l’homme  pour  le  charger. 
Il  y en  a qui  n'ont  qu’vue  bosse  sur 
le  dos  , qui  sont  d’Afrique  ou  Arabie. 
Il  y en  a d’autres  qui  en  ont  deux,  qui 
sont  amenés  d’Asie  et  Tartarie  : les 
vns  sont  grands  , et  bons  à porter 
grande  charge  : les  autres  petits, 
propres  à faire  iournée , comme  nous 
Elisons  sur  nos  cheuaux.  La  viande 
qu’ils  aiment  le  mieux  sont  les  l’eues, 
et  ne  leur  en  faut  que  quatre  poi- 
gnées pour  les  contenter  tout  vn 
iour.  C’est  la  plus  grande  richesse  que 
les  Arabes  ayent,  tellement  que  s’ils 
vouloient  monstrer  quelques  vns 
d’entre  eux  estre  opulent  et  riche,  ils 
ne  disent  point:  Vn  tel  a tant  de  mille 
escus  vaillant,  mais  bien  diront-ils  : 
Il  a tant  de  cent  ou  mille  chameaux. 
Le  grand  Turc  (comme  ditTheuet) 
a vn  Capitaine  qui  a sous  luy  nombre 
d’esclaues  Mores  et  Chrestiens,  qui  a 
le  soing  des  chameaux  , lesquels  sont 
pensés,  frottés  et  estrillés  par  lesdils 
esclaues.  Et  me  suis  laissé  dire,  ce  dit 
Theuet,  aux  Arabes,  Mores,  et  à 
quelques  marchands  Iuifs,  qui  es- 
taient du  temps  que  Sultan  Selim 


LE  LIVRE  DES  A.NIMA.VX 


768 

premier  du  nom  vint  en  Egypte  pour 
assiéger  et  prendre  la  ville  du  Caire, 
qu’il  auoit  pour  le  moins  soixante 
mille  chameaux,  et  vn  grand  nombre 
de  mulets.  Et  l’escurie  du  grand  Sei- 
gneur , qui  est  fort  superbe , à cause 
du  grand  nombre  des  plus  beaux 
chameaux  qui  soyent  au  monde1. 

Le  seigneur  du  Haillan  historio- 
graphe, liure  7.  en  son  Histoire  de 
France,  dit  que  les  Chrestiens  don- 
nèrent vne  bataille  contre  Corbane, 
Lieutenant  de  l’armée  du  Roy  de 
Perse, en  laquelle  demeurèrent  morts 
sur  la  place , cent  mille  des  ennemis, 
quinze  mille  chameaux  et  iuments. 
Les  deux  Historiographes  nous  don- 
nent à connoistre , que  l’on  se  sert 
desdits  chameaux  en  paix  eten  guerre, 
et  qu’il  s’en  trouue  vn  nombre  infiny 
en  Arabie  et  Afrique. 


CHAPITRE  XIX. 

LES  OISEAVX  ONT  MONSTRE  AVX  HOMMES 
A CHANTER  EN  MVSIQVE. 

Les  rossignols  sont  chantres  fort 
excellons,  feignans  à former  la  voix 
humaine  : iis  gringottent  et  desgor- 
gent ainsi  que  peut  faire  le  plus  par- 
fait chantre  du  monde , en  sorte 
qu’on  dit  par  excellence  : Il  chante, 
il  se  degoise , il  gringolte  comme  vn 
rossignol  : et  partant  quand  les  hom- 
mes veulent  rendre  vne  belle  harmo- 
nie par  leur  chant,  ne  sont  ils  pas 
contraints  de  contrefaire  leurs  voix, 
et  d’emprunter  celles  des  bestes  bru- 
tes? El  partant  les  oiseaux  ont  bien 
l’auanlage  par  dessus  les  hommes  : 

i IJ  tu  R.  ch,  7.  tome  1 1 de  .ni  Cnsmopwphie, 

Al  Pi 


car  Nature  leur  apprend  à chanter 
sans  labeur  , et  ne  leur  a point  fallu 
tirer  les  oreilles  à l’escole  de  musi- 
que pour  leur  apprendre  leur  chant, 
comme  les  Chantres  les  tirent  aux  en- 
fans,  ausqucls  leur  font  longues 
comme  celles  des  asnes.  Iis  discernent 
et  connoissent  leurs  voix  par  certaine 
connoissance  qu’ils  ont. 

11  semble  aussi  qu’aucuns  animaux 
parlent  : et  aussi  apparence  de  rire 
est  veuë  en  eux , quand  en  blan- 
dissant  des  oreilles,  ils  retirent  les 
nazeaux  et  regardent  doucement. 
Combien  que  l’homme  parle  autre 
langage  que  les  bestes,  toutesfois  la 
voix  et  le  langage  qui  est  donné  aux 
bestes  leur  sert  autant  en  leur  en- 
droit, que  celuy  qui  est  donné  aux 
hommes. Car  toutes  lesbeslesd’vne  es- 
pece, de  quelque  pays  qu’elles  soient, 
s'entendent  l’vne  l’autre,  ce  que  nous 
ne  pouuons  dire  des  hommes  : car  il 
y a autant  de  différence  de  langage 
entre  eux , non  seulement  qu’il  y a 
de  diuerses  nations,  mais  autant  qu’il 
y a de  villes  et  de  villages , tellement 
qu'à  peine  l’vn  peut  entendre  l’au- 
tre , mais  semble  , quand  les  hommes 
de  pays  estrange  se  rencontrent  l’vn 
auec  l’autre,  qu’ils  soyent  sourds  et 
muets  : car  ils  ne  peuuent  parler  le 
langage  par  lequel  l’vn  entende 
l’autre.  Parquoy  autant  leur  profile 
parler  comme  s’ils  estoient  muets , 
et  celuy  qui  l’oit  n’entend  non  plus 
que  s’il  estoit  sourd.  Or  que  ce  soit 
vray,  combien  de  fois  nous  trouuons- 
nous  tous  fort  estonnés,  quand  nous 
passons  par  des  pays  estranges,  à 
cause  que  nous  ne  pouuons  pas  de- 
mander seulement  ce  qu’il  nous  faut , 
ny  entendre  ce  qui  nous  est  dit , non 
plus  que  les  bestes  nous  entendent 
ou  que  nous  les  entendons:  nous  ne 
nous  pouvions  lerulr  ny  lier*  yeux  > ny 


ET  DE  L’EXCELLENCE  DE  l’hOMME. 


des  oreilles , ny  de  la  langue  que  le 
Dieu  de  nature  nous  a donnés,  mais 
nous  faut  parlerdesyeux,  delà  teste, 
des  mains  et  des  pieds , et  par  signes 
et  mines  et  gestes,  comme  si  nous  es- 
tions basteleurs:  et  nous  faut  contre- 
faire nos  membres  à autre  vsage  que 
Dieu  les  a créés  , pour  nous  seruir  au 
lieu  de  langue  et  d’oreilles.  Lesbesles 
ne  sont  point  tant  misérables:  car  en- 
cores  que  nous  ne  les  entendions  point, 
ny  elles  nous,  loutesfois  vne  chacune 
d’elles  s’entend  encores  mieux  en  son 
espece,  ie  ne  dis  pas  seulement  de  di- 
uerses  nations,  mais  aussi  ceux  d’vn 
mesme  pays. 

Il  seroit  bien  necessaire  que  les 
hommes  n’eussent  qu’vn  langage, 
par  lequel  ils  se  peussent  bien  en- 
tendre les  vns  les  autres.  Car  qui  or- 
roit  vn  Alleman , vn  Breton  breton- 
nant , vn  Basque,  vn  Anglois , vn 
Poulonnois,  vn  Grec,  sans  les  voir, 
il  seroit  fort  difficile  à iuger  s’ils  sont 
hommes  ou  bestes. 


CHAPITRE  XX. 

DES  OÏSEAVX  QVI  PARLENT,  SVRLENT, 
ET  SIFFLENT. 

Les  linottes,  cocheuis  , pies,  cor- 
neilles, chucas,  corbeaux,  estour- 
neaux,  perroquets,  et  autres  sem- 
blables, parlent  et  chantent,  sifflent, 
et  imitent  la  voix  humaine  et  celle 
des  autres  animaux.  Lespapegaux  et 
perroquets  sont  à louer  sur  tous, 
pour  parler  et  prononcer  lesparolles 
qu’ils  oyent , et  sont  fort  ioyeux  et 
gais,  principalement  quand  ils  ont 
beu  du  vin.  C’est  aussi  vn  plaisir 
comme  ils  se  tiennent  du  bec,  quand 
ils  veulent  monter  ou  descendre, 


7°9 

Plutarque  raconte  qu’il  y auoit  vn 
Barbier  à Borne,  lequel  auoit  en  sa 
boutique  vne  pie  merueilleusement 
babillarde,  laquelle  sans  contrainte, 
mais  de  son  bon  gré  parlait,  si  elle 
oyoit  parler  les  hommes  , et  contre- 
faisoit  .toutes  bestes  qu’elle  pouuoit 
ouyr,  mesme  le  son  des  tambours, 
flustes,  et  trompettes,  et  autres  ins- 
trmnens,  et  ne  delaissoit  rien  qu’elle 
ne  s’estudiast  à contrefaire  et  imiter. 

On  a veu  des  corbeaux  parler  et 
chanter  des  chansons  comme  les 
hommes, voire  mesmes  des  pseaumes, 
d’vn  assez  long  trait. 

Macrobe  raconte  cesle  histoire 
plaisante  d’vn  corbeau.  Il  dit  que 
quand  Auguste  César  reuint  de  la 
guerre  contre  Marc  Anlhoine  , entre 
ceux  qui  luy  venoient  faire  feste  et 
dire  la  ioye  de  sa  victoire,  il  s’en 
trouua  vn  qui  tenoit  vn  corbeau,  au- 
quel il  auoit  appris  à dire  parolles 
qui  valent  autant  à dira  que  si  nous 
disions  : Dieu  le  yard,  ( csar,  Empereur 
victorieux.  Auguste,  estant  esmer- 
ueillé  de  cest  oiseau  tant  seruiable, 
l’acheta  mille  pièces  d’argent 

Pline  et  Valere  ont  eserit,  enlre 
les  prodiges,  qu’on  trouue  les  bœufs 
et  asnes  auoir  parlé. 

Il  y a encores  beaucoup  de  choses 
à escrire  de  la  nature  des  animaux, 
qui  seroient  trop  longues  à raconter  : 
mais  il  suffira  d’auoir  recilé  en  bref 
ce  que  ces  grands  personnages  , com- 
me Aristote,  Platon,  Plutarque, 
Piine,  nous  ont  laissé  par  eserit.  Et 
véritablement  ie  croy  que  ne  sont 
pas  fables , et  qu’il  n’en  soit  quelque 
chose,  et  qu’ils  n’en  ayent  eu  quel- 
que expérience  ou  bon  tesmoignage. 
Car  puis  qu’ils  ont  esté  hommes  sça- 
uans,  et  de  grande  aulhorilé  et  re- 
nom, il  ne  nous  faut  pas  estimer 
qu’lis  aÿent  eserit  à i’auenture  pour 


LT  LIVRE  DES  ANIMAVX 


760 

se  faire  moquer  d’eux,  sçachans  bien 
que  leurs  escrits  seroient  bien  exa- 
minés par  plusieurs  hommes  de  sça- 
uoir,  qui  auront  expérimenté  les  cho- 
ses desquelles  ils  ont  escrit.  Parquny 
il  ne  nous  faut  pas  reietter  comme 
fables  tout  ce  que  n’auons  pas  veu , 
et  qui  nous  est  nouueau. 


CHAPITRE  XXI. 

DE  L’ANTIPATHIE  ET  SYMPATHIE 

Après  auoir  descrit  la  nature  des 
bestes,  il  m’a  semblé  n’estre  hors  de 
propos  mettre  icy  certaines  choses 
remarquables  qui  se  trouuent  entre 
icelles,  touchant  leur  sympathie  et 
antipathie:  c’est  à dire,  qu’elles  ont 
vue  certaine  amitié  et  inimitié , non 
seulement  estans  en  vie,  mais  aussi 
après  leur  mort , par  vne  occulte  et 
secrctte  propriété  : au  moyen  dequoy 
les  vues  se  cherchent,  les  autres  se 
fuyent , autres  se  font  guerre  mortel- 
le , ne  demandans  que  la  ruine  les 
vnes  des  autres. 

Et  pour  preuue  de  ce,  le  Lion, 
prince  des  bestes,  qui  est  le  plus  fort, 
et  de  plus  grand  cœur  que  toutes  les 
autres  : et  combien  qu’il  soit  aussi 
fier,  et  plein  de  grande  animosité  et 
fureur,  rugissant  et  cruel  contre  les 
furieuses  et  terribles,  neantmoinsil 
a vne  peur  merueilleuse  du  coq, 
comme  nous  l'auons  dit  cy  dessus. 
Car  non  seulement  il  le  fuit  en  le 
voyant,  mais  aussi  en  le  sentant  de 
loin  , ou  l’oyant  chanter.  L’elephant 
a vne  semblable  peur  du  pourceau  : 

1 Ce  chapitre  était  confondu  avec  le  pré- 
cédent, sans  former  même  un  alinéa  dis- 
tinct, en  1579;  il  en  a été  séparé  en  1585. 


aussi  ayant  vne  telle  haine  aux  rais 
et  souris,  que  s’il  apperçoit  sa  pasture 
estre  touchée  ou  sentie  d iceux,  il  ne 
la  voudra  toucher.  Le  rhinocéros  et 
l’elephant  ont  vne  guerre  mortelle, 
lequel  elepbant,  estant  en  furie,  la 
remet  et  s’adoucit,  ayant  veu  et  ap- 
perceu  vn  mouton.  Le  cheual  a telle 
horreur  et  inimitié  et  crainte  du 
enameau  , qu’il  ne  peut  soustenir  sa 
presence.  Le  chien  hait  le  loup  , le 
liéure  le  chien  : la  couleuure  craint 
l’homme  nud,  et  le  poursuit  estant 
vestu.  L’aspic  a vne  perpétuelle 
guerre  contre  le  rat  d’Inde , lequel  se 
barbouille , couure  et  enduit  de  li- 
mon de  terre  grasse , puis  se  seiche 
au  soleil  : et  estant  ainsi  armé  de 
plusieurs  cuirasses  de  terre  , il  mar- 
che au  combat,  esleuant  sa  queue, 
présentant  lousiours  le  dos  , iusques 
à ce  qu’il  aye  espié  la  commodité  de 
se  ietter  de  trauers  à sa  gorge  : ce 
qu’il  fait  pareillement  au  crocodile  , 
comme  nous  auons  dit  de  l’aspic.  Le 
lézard  verd  est  ennemi  iuré  et  capi- 
tal du  serpent,  et  grand  amy  de 
l’homme  : ainsi  que  par  plusieurs 
bellesliistoires  et  discours  on  lepourra 
voir  et  connoislre,  en  lisant  vn  dialo- 
gue escrit  par  Erasme,  des  diuerscs 
sympathies  et  antipathies  de  plusieurs 
choses  : lequel  dialogue  se  trouuë 
imprimé  auecques  Y H armonic  du  ciel 
et  de  la  terre,  n’agueres  mise  en  lu- 
mière par  Antoine  Mizault,  homme 
de  grande  recherche  et  érudition. 

Il  y a vne  grande  inimitié  et  con- 
trariété entre  l’homme  et  le  loup,  la- 
quelle se  déclaré  en  ce  que,  si  le  loup 
voit  l’homme  premier  que  l’homme 
le  loup,  il  luy  fait  perdre  la  voix,  et 
l’empesche  dernier.  La  belette  vou- 
lant faire  guerre  à son  ennemy  l’as- 
pic, qui  est  vne  dangereuse  espece  de 
serpent,  se  prémunit  et  arme  deuant 


J T DE  L’F.XCÊLt.F.NCK 

loules  choses  de  l’herbe  appel  lée  Rue. 

Le  singe  a vue  singulière  frayeur, 
crainte  et  horreur  de  la  tortue,  ainsi 
qu’on  le  pourra  facilement  connois- 
tre  d’vne  plaisante  histoire  traitée  au 
Dialogue  d’Erasme,  cy  deuant  allé- 
gué : comme  aussi  la  mortelle  et 
iiqée  inimitié  qui  est  entre  l’araignée, 
le  serpent  et  crapaut>  chose  pleine 
de  plaisir,  et  singulière  récréation.  11 
y a pareillement  vne  mortelle  inimi- 
tié entre  lechahuan  et  les  corneilles, 
de  façon  qu’il  n’ose  se  monslrer  le 
iour,  et  ne  vole  que  de  nuict,  faisant 
ses  prouisions  la  nuict  pour  viure  le 
iour.  L’oiseau  de  riuiere craint  si  fort 
le  faucon,  que  s’il  le  sent,  et  oit  ses 
sonnettes,  se  laisse souuent  assommer 
à coups  debastonet  de  pierre  plus- 
tost  que  s’esleuer  : ce  que  i’ay  veu 
plusieurs  fois.  L’alouette  semblable- 
ment se  laisse  prendre  à la  main  de 
l’homme,  de  peur  qu’elle  a de  l’eme- 
rilton,  ou  espreuier.  L'aigle  a pour 
ennemy  mortel  l’oiseau  de  proye.  La 
crescerelle  de  son  naturel  espouuente 
les  espreuiers,  de  sorte  qu’ils  fuyent 
sa  veuë,  et  sa  voix.  Le  corbeau  et  le 
millan  ont  tousiours  guerre:  car  le 
corbeau  luy  rauittousiours  sa  meil- 
leure viande.  Les  poullailles  haïssent 
amerement  le  renard.  Le  petit  poul- 
let,  n’estant  à grand’  peine  esclos,  ne 
craint  ny  le  cheual,  ny  l’elephant , 
mais  il  craint  le  millan  : de  sorte  que 
l’ayant  apperceu,  voire  de  bien  loing, 
soudain  court  et  se  cache  sous  les  ai- 
les de  la  poulie.  L’aigneau  et  le  ché- 
urcau  s’enfuyent  vers  leurs  meres, 
s'ils  sentent  le  loup,  combien  que  Ja- 
mais ne  l'aycnt  veu.  Pareillement  il  y 
a vne  telle  antipathie  entre  le  cerf  et 
le  serpent,  que  le  cerf  passant  par 
dessus  le  trou  où  se  retire  le  serpent, 
s’arreste  tout  court,  etpar  son  haleine 
l’attire  hors  et  le  tue. 


DF.  I.’lIOMME.  yfil 

Or  quant  à l’amitié  qu’ont  les  bes- 
tes  ensemble,  cela  ne  mérité  estre  es-* 
crit,  parce  qu’on  le  voit  ordinaire- 
ment : les  grues  auec  les  grues,  les 
eslourneaux  auec  les  estourneaux, 
les  pigeons  auec  les  pigeons,  les  moi- 
neaux auec  les  moineaux  : et  ainsi  de 
toutes  les  autres  bestes  de  mesme  es- 
pece. 

Inimitiés  implacables  sont  entre  les 
brebis,  moutons,  aigneaux,  et  les 
loups  : voire  si  grandes,  qu’aprés  la 
mort  des  vnset  autres,  si  deux  tabou  - 
rins  sont  faits,  l’vn  de  peau  de  brebis, 
et  l’autre  de  loup,  eslans  sonnés  et 
frappés  tous  deux  ensemblement  , 
bien  difficilement  se  pourra  ouyr  le 
son  de  celuy  de  brebis,  tant  sont  im- 
mortelles les  inimitiés  et  discordances 
de  ces  animaux,  soyent  vifs  ou  morts. 
Mesmes  aucuns  estiment,  que  si  vn 
luth  ou  autre  instrument  est  monté 
de  cordes  faites  de  boyau  de  brebis  et 
de  loup,  il  sera  impossible  de  l’accor- 
der. Plusieurs  disent  auoir  espionné 
que  la  tesle  ou  queue  du  loup  pendue 
sur  la  mangeoire  ou  creche  des  bre- 
bis, ou  bien  cachée  en  leur  cstable,. 
pour  la  peur  et  frayeur  qu’en  ,çon- 
çoiuent  lesdites  brebis,  elles  ne  pour- 
ront manger , et  ne  feront  que  se 
mouuoir  et  pétiller,  iusques  à ce  que 
tout  soit  dehors. 

Il  y a vne  grande  contrariété  et 
inimitié  entre  les  rais  et  la  bclelte, 
laquelle  inimitié  se  manifeste-  en  ce 
que,  si  l’on  adiouste  quelque  peu  de  la 
substance  de  la  ceruelle  d’vne  be- 
lette auecques  la  preseure  pour  faire 
formages,  iaihais  les  rais  ou  souris 
n’approcheront  de  tels  formages,  et 
ne  se  pourront  aucunement  corrom- 
pre. La  linotte  hait  tellement  le 
bruant,  que  l’on  tient  pour  asseuré 
que  leur  sang  ne  se  mesle  iamais.  La 
panthere’et  byene  ont  vne  si  grande 


LE  LIVRE  DES  ANIMAVX 


762 

inimitié,  que  si  les  peaux  de  toutes 
deüx  sont  pendues  vis-à-vis  l’vne  de 
l’autre,  tout  le  poil  de  la  panthère 
cherra,  demeurant  en  son  entier  ce- 
luÿ  delà  byene.  Tout  ainsi  que  l’on 
dit  estre  des  plumes  et  plumages  des 
oiseaux  meslés  auec  celles  de  l’aigle  : 
car  elle  les  consomme  et  met  à néant, 
les  siennes  demeurans  en  leur  en- 
tier. 

Vn  taureau  farouche  et  furieux,  at- 
taché à vn  figuier,  dénient  doux  et 
appriuoisé.  Les  escarbots  meurent  à 
l'odeur  des  roses.  Si  on  tire  auec  les 
mains  la  barbe  d’vne  -chéure  rangée 
au  troupeau  d’autres,  tout  iceluy 
s’arrestera  , et  lairra  sa  pasture  : et 
toutes  deuiendront  estonnées,  et  ne 
cesseront  de  s’emarmeller , iusques 
à ce  qu’on  l’aye  laissée. 

II  ne  se  treuue  seulement  contra- 
riété entre  les  animaux,  mais  aussi 
étîlre  les  plantés.  Exemple  du  chou  et 
de  la  vigne.  Le  chou  et  la  vigne  sont 
pernicieux  l’vn  à l’autre,  et  leur  com- 
bat est  digne  d’estre  considéré.  Car 
combien  que  la  vigne  par  ses  ten- 
drons’eu  capreoles  tortus,  soit  ac- 
couslumée  d’embrasser  toutes  cho- 
ses, meantmoins  elle  hait  le  chou  , 
tant  grande  estl’inimilié  qu’elleporte 
à reste  plante,  que  seulement  présde 
soy  , elle  se  retourne  en  arriéré  , 
comme  si  quelqu’vn  l’auoit  admo- 
nestée que  son  ennemv  fust  prés 
d’elle.  Au  contraire  aime  les  or- 
meauxf , ét  les  peupliers , voire  si 
heureusement  , qu’elle  croist  et  se 
fait  plantureuse  auprès  d’eux  : car 
elle  estant  prés  d’eux,  espart  ses  ten- 
drons montant  en  haut , et  embrasse 
comme  liens  les  branches , et  ainsi 
s’esgayant  apporte  foison  de  raisins. 

11  y a vne  combination  de  masle 
et  femelle  aux  choses  vegetatiues, 
comme  toutes  sortes  de  pjarttes  et 


arbres  : ce  qu’on  voit  s’ils  sont  plan- 
tés l’vne  prés  de  l’autre,  Ils  font 
grande  admonestation  de  leur  natu- 
relle amitié  : car  les  branches  du 
masle  se  iettent  hors  de  leur  lieu  na- 
turel, pour  s’encliner  vers  sa  femelle, 
comme  s’il  la  voliloit  embrasser. 
Ceste  merueilleuse  amitié  d’arbres  se 
monstre  fort  apparente  en  la  palme 
plus  qu’en  nulle  autre  : car  si  la 
palme  femelle  est  plantée  prés  son 
masle,  les  branches  et  fueillesd’iceux 
s’entremeslent  et  Joignent  si  eslroite- 
ment  ensemble,  qu’à  peine  on  les 
pourrait  disioindre  sans  les  rompre*. 

Les  citrouilles  aiment  l’eau  , en 
sorte  que  si  on  met  vn  vaisseau  sous 
leur  fruit , estant  pendu  à leur  tige, 
il  s’allongera  cuidant  aller  à l’eau  : 
ce  qu’on  voit  iournellement  à ceux 
qui  sont  curieux  mettre  des  vais- 
seaux remplis  d’eau  dessous  le  vin  , 
quand  la  grappe  commence  à fleurir. 
Il  semble  aussi  fleurir  lors  qu’il  est  en 
vn  voirre.  Les  aulx  ou  oignons , et 
généralement  toutes  les  plantes  ayans 
teste,  lors  quelesautrescommencent 
à germer  dedans  la  terre , mesines 
pendus  en  l’air,  germent  et  sentent 
très-fort,  pourueu  qu’elles  11e  soient 
rances , seiches  et  pourries.  Car  la 
vertu  naturelle  et  ingenerée  qui  est 
dedans  les  vnes  et  les  autres,  alors 
suruient. 

D’aunntage,  le  sanglier,  et  le  cerf, 
lors  qu’ils  sont  en  rut,  et  qu’on  en 
ait  mis  au  salloir  long  temps  aupara- 
uant,  les  faisant  cuire,  s’endurcissent 
et  enflent  si  fort  dans  le  pot,  qu’iceluy 
11’estant  qu’à  demy  plein  s’enfuit  par 
dessus  , iettant  vne  cscumedc  mau- 
uaise  odeur,  de  sorte  qu’à  peine  on 
en  peut  manger.  La  peau  de  bouc  es* 

* Ce  paragraphe  sur  les  amour»  des  plantes 
a été  Intercalé  tel  en  1 58A. 


ET  DE  L’EXCELLENCE  DE  L HOMME.  703 


corchée,  seichée  et  courroyée  par  les 
tanëurs , sent  le  boucquin  en  la  sai- 
son que  les  boucs  sont  en  rut , con- 
uersans  anec  les  cbéures,  ainsi  comme 
fait  le  bouc  viuant.  Ce  qui  demons- 
tre  vne  grande  sympathie  et  har- 
monie aux  choses  naturelles.  La  dis- 
position seule  de  ces  bestes  peut  faire 
ceste  sympathie  et  similitude,  de  sen- 
tir la  peau  du  mort , et  en  vn  autre 
viuant.  ParquOy  on  peut  dire,  que  la 
première  et  principale  cause  de  mal- 
senlir  est  en  icelle  habitude  et  tem- 
pérament du  corps  : mais  l’accroisse- 
ment de  la  cause  est  en  la  coïlion  et 
compagnie  de  leurs  femelles. 

L’onguent  rosat  et  eau  rose  per- 
dent leur  force  et  odeur  au  temps  que 
les  roses  sont  en  (leur  et  vigueur, 
qu’ils  auoient  au  parauant  qu’ils  fus- 
sent fleuries,  et  paruenues  à perfec- 
tion : ce  qui  se  fait  par  vne  doleance 
mutuelle  de  nature  , qui  est  entre  les 
choses  qui  se  font  par  sympathie. 

Il  y a plusieurs  autres  antipathies 
et  sympathies  cachées , desquelles  la 
coniecture  et  pensée  de  l’humain  en- 
tendement ne  peut  fureter  et  déclarer 
les  causes , ny  les  comprendre  : car 
elles  gisent  enseuelies  en  l’obscurité 
de  nature  , et  en  vne  maiesté  cachée. 
Au  moyen  dequoy  plustost  on  les  doit 
admirer, que  rechercher  saconfusion  : 
car  elles  sont  seulement  conneuës  de 
l’incomprehensible  puissance  de  la 
grandeur  de  Dieu. 

Que  diray-ie  plus?  Entre  les  plantes 
et  les  animaux  sont  les  zoophytes, 
c’est  à dire  , planle-bestes , qui  ont 
sentiment  et  mouuement,  tirans  leurs 
vies  par  leurs  racines  attachées  con- 
tre les  pierres  comme  les  esponges. 
Entre  les  animaux  terrestres  et  aqua- 
tiques sont  les  amphibies  : comme 
sont  les  biëures,  loustres , tortues, 
r a rtc  res , escreulsseS)  ccuttphur,  et 


crocodile.  Entre  les  aquatiques  et  les 
oiseaux,  sont  les  poissons  volans  : et 
entre  les  autres  bestes  et  les  hommes, 
sont  les  singes.  Les  corails  sont  plan- 
tes lapidifiées,  qui  produisent  racines 
et  branches  '. 


CHAPITRE  XXII. 

COMME  L’HOMME  EST  PLVS  EXCELLENT 

ET  PARFAIT  OVE  TOVTES  LES  RESTES 

ENSEMBLE. 

Maintenant  nous  viendrons  à dé- 
duire la  grande  excellence  de  l’hom- 
me , et  que  Ce  grand  Dieu , facteur 
de  1’vuniuers  , est  grandement  à 
admirer  , qui  n’a  point  attribué 
à l’homme  certaines  commodités , 
comme  il  a fait  aux  animaux , sça- 
chant  que  la  sapience  luy  pouuoit 
rendre  ce  que  la  condition  do  nature 
luy  auoit  dénié.  Car  encore  qu’il 
vienne  nud  sur  terre,  et  sans  aucunes 
armes  ( ce  qui  n’aduient  aux  bestes  , 
qui  ont  cornes,  dents , ongles , griffes , 
poil,  plume,  et  escailles)  il  est  pour 
soh  grand  profit  et  auailtage  armé 
d’entendement , et  vestu  de  raison  , 
non  par  dehors  , mais  par  dedans  : a 
mis  sa  defense,  non  au  corps,  mais  en 
l’esprit  : de  sorte  qu’il  n’y  a hy  gran- 
deur, riy  force  des  bestes,  ny  la  fer- 
meté de  leurs  cornes,  ny  la  grande 
masse  de  chair  et  d’os  dequoy  ils 
sont  composés,  qui  puisse  empescher 
qu’ils  ne  soient  domptés  , ou  peins  et 
assujettis  sous  la  puissance  et  aulho- 
rité  de  l’homme.  En  luy  se  trouue  re- 
ligion , iuslice,  prudence,  pieté,  mo- 
destie , clemence  , vaillance  , har- 

' Ce  dernier  paragraphe  est  encore  une 
addition  vio  !Ê95. 


i.r.  livhe  des  anima  vx 


76f 

(liesse , foy , et  telles  vertus  bien 
autres  et  differentes  , qui  ne  sont 
trouuées  aux  animaux  , ce  qui  sera 
déclaré  présentement. 

Tout  ce  que  nous  auons  escril  de 
la  nature  desbestes,  n’est  pour  don- 
ner matière  aux  naturalistes  , épicu- 
riens et  atbeistes,  qui  sont  sans  Dieu, 
de  conclure  par  ces  raisons  qu'il  n’y 
a point  de  différence  entre  les  hom- 
mes et  les  bestes  : mais  pour  mons- 
trer  à l’homme  qu’il  n’a  matière  de 
se  glorifier  qu’en  Dieu.  Car  quelque 
chose  que  nous  ayons  dite  des  bestes 
et  de  l’homme , il  n’y  a point  de  corn 
paraison  de  luy  à elles.  Car  l’homme 
tout  seul  a en  soy  tout  ce  qui  peutes- 
tre  excellent  entre  tous  les  autres 
animaux  , et  est  plus  parfait  que  nul 
d’eux.  Car  puis  qu’il  a esté  créé  à l’i- 
mage de  Dieu  , il  n’est  possible,  quel- 
que abolition  qu’il  ait  en  luy  de 
ceste  image,  qu’il  n’y  en  soit  demeuré 
quelque  trait  et  rayon  de  la  puis- 
sance , sagesse , cl  bonté  de  Dieu  son 
créateur.  Et  iaçoit  qu’il  soit  vne  créa- 
ture fort  debile  et  foible,  au  pris  de 
certains  animaux,  toulesfois  ils  n’ont 
puissance  ne  force  à comparer  à la 
sienne,  si  nous  en  voulons  parler  à la 
vérité.  Car  Dieu  a imprimé  en  luy  vu 
tel  caractère  de  sa  puissance , qu’il 
n’y  a nul  de  tous  les  autres  animaux 
qui  ne  le  craignent , et  qui  ne  luy 
soient  suiets , et  contraints  de  luy 
obéir.  Et  nonobstant  qu’il  semble 
par  les  choses  deuant  dites,  que  la 
raison  ait  esté  donnée  à tous  ani- 
maux, toulesfois,  comme  dit  Lac- 
tance  , elle  a esté  donnée  seulement 
pour  la  conserualion  de  leur  vie  cor- 
porelle, mais  à l’homme  pour  viure 
éternellement.  Et  pource  que  celle 
raison  est  parfaite  en  l’homme , elle 
est  comme  sapience  et  sagesse,  qui  le 
fait  excellent  en  ce , qu’à  luy  seul 


est  donné  à entendre  les  choses  diui- 
ncs  : de  laquelle  chose  Cicéron  a eu 
vraye  opinion,  disant,  qu’en  tous  les 
genres  et  especes  d’animaux  il  n’y  en 
a aucun,  excepté  l’homme,  qui  ait 
connoissance  de  Dieu . El  luy  a donné 
par  grande  excellence  raison,  et  la 
pa colle,  et  les  mains  : et  par  ces  trois 
prerogaliues , l’a  séparé  des  autres 
animaux,  et  doué  d’vne  nature  plus 
singulière  que  pas  vne  des  autres 
créatures.  Il  a trouué  premièrement 
par  raison  les  choses  plus  necessaires. 
Il  a imposé  nom  à toutes  choses,  in- 
uenté  les  lettres,  dressé  les  arts  mé- 
caniques et  liberaux  , iusques  à me- 
surer la  terre  et  la  mer,  réduire  par 
instruction  la  tres-ample  masse  du 
ciel , et  la  variété  et  distinction  dés 
astres,  et  l’cntresuile  des  iours  et 
nuits,  mois  et  ans,  continuellement 
renaissons,  et  l’obserualion  du  cours 
des  estoiltes,  et  leur  pouuoii*  qu’elles 
ont  icy  bas.  !1  a escril  les  loix  , et  gé- 
néralement forgé  tous  les  instrumens 
des  arts.  A rédigé  par  escrit  les  mé- 
moires et  spéculations  des  philoso- 
phes , tellement  que  par  ce  moyen 
nouspouuons  maintenant  parler  et 
discourir  auec  Platon  , Aristote  et 
autres  anciens  auteurs. 


CHAPITRE  XXIII. 

l’homme  a le  cours  désarmé. 

Or  comme  l’homme  a le  corps  dé- 
sarmé , et  despourueu  d’armes  , aussi 
a-il  l’ame  destituée  d’arts.  Et  en  re- 
compense de  ce  qu’il  est  nud  et  dé- 
sarmé , il  a la  main  1 , et  en  lieu  que 
son  ame  n’a  aucun  art,  il  a la  raison 

i Galien,  I.  de  Vsupart.  cliap.  4. — A. P. 


ET  DE  L’EXCELLENCE  DE  L’HOMME. 


et  parolle  : et  de  ces  trois  estant 
garni,  il  arme  son  corps,  le  couurant, 
et  remparant  en  toutes  choses,  et  en- 
richit son  ame  de  tous  arts  et  scien- 
ces. 

Or  s’il  auoit  quelques  armes  natu- 
relles , il  auroit  tousiours  celles-là 
seules:  semblablement  si  de  natureil 
sçauoit  quelque  art,  il  n’apprendroit 
iamais  les  autres.  Pource  donc  qu’il 
luy  estoit  trop  meilleur  s’aider  de 
toutes  armes,  et  de  tous  arts,  Nature 
ne  luy  a donné  ne  l’vn  ne  l'autre: 
parquoy  Aristote  dit  de  bonne  grâce, 
la  main  estre  l’instrument  qui  sur- 
passe tous  autres  instrumens.  Et  sem- 
blablement quelqu’vn , à l’imitation 
d’Aristote,  pourroit  dire  :1a  raison 
estre  vn  art  qui  surmonte  tous  les 
arts.  Car  ainsi  que  la  main  est  instru- 
ment plus  noble  que  tous  instru 
mens  , pource  qu  elle  les  peut  faire  , 
manier,  et  mettre  en  besongne,  com- 
bien qu’elle  ne  soit  aucun  des  instru- 
mens particuliers  : aussi  la  raison  et 
la  parolle  n’estant  aucun  art  particu- 
lier , les  comprend  naturellement 
tous.  A ceste  cause,  la  raison  est  vn 
art  qui  auance  tous  les  autres. 
L’homme  donc  seul  entre  tous  les 
animaux,  ayant  en  son  ame  vn  art 
plus  excellent  que  tous  autres,  à sça- 
uoir  la  raison  , à bon  droit  possédé 
vn  instrument  plus  noble  que  tous 
autres  , sçauoir  la  main. 

Et  ainsi  l'homme,  animal  seul  diuin 
entre  tous  ceux  qui  sont  en  terre 
pour  toutes  armes  defensiues  a les 
mains,  qui  luy  sont  instrumens  à tous 
arts , et  non  moins  conuenables  en 
guerre  qu’en  paix.  Il  n’a  eu  besoin  de 
cornes  naturelles,  comme  le  taureau, 
ny  de  defenses  , comme  Je  sanglier, 
ny  d’ongles,  comme  le  chenal,  ny 
autres  armes,  ainsi  qu’ont  les  bestes  : 
car  il  peut  prendre  auec  ses  mains 


765 

des  armes  qui  sont  meilleures,  comme 
vue  pique , vne  espée , vne  hallebar- 
de, vne  pertuisane,  qui  sont  armes 
plus  auantageuses , qui  coupent  et 
percent  plus  aisément  que  les  cornes 
et  les  dents.  II  n’a  eu  aussi  besoin  des 
ongles  comme  le  cheual,  car  vn  cail- 
lou ou  vn  leuier  assènent  et  froissent 
mieux  qu’vn  ongle.  En  outre,  on  ne 
se  peut  aider  de  la  corne  ou  de  l’on- 
gle que  de  prés  : mais  les  hommes  se 
seruent  de  leurs  armes  de  prés  et  de 
loing,  comme  ci’ vne  harquebusc  et 
d’vne  fronde  et  fléché,  et  d’vn  leuier 
plus  commodément  que  d’vne  corne. 
Voire-mais,  dira  quelqu’vn,  le  lion.est 
plus  visle  cL  leger  que  l’homme.  Eh 
bien,  que  s’ensuit-il  pour  cela?  L’hom- 
me auec  sa  main  et  sa  sagesse,  qui 
aura  dompté  le  cheual,  animal  plus 
viste  que  le  lion,  maniant  le  cheual, 
il  chasse  el  poursuit  le  lion  : en  re- 
culant et  fuyant  il  se  saune  de  deuant 
luy  : estant  assis  sur  le  dos  du  che- 
ual, comme  en  lieu  haut  et  releué,  il 
choisit  et  frappe  , et  lue  le  lion  d’vu 
espieu  ou  d’vne  pertuisane , ou  d’vne 
pislole,  ou  autre  arme  qu’il  voudra 
choisir.  Et  partant  l’homme  a tous 
moyens  pour  se  defendre  des  autres 
animaux  : il  ne  serempare  point  seu- 
lement d’vn  corcelet,  mais  d’vne  mai- 
son , d’vne  tour  ou  rempart.  11  fait 
toutes  armes  auec  ses  mains  : il  our- 
dit vn  habillement,  il  lance  et  lire  vn 
rets  et  vn  filet  à pescher,  et  fait  tou- 
tes autres  choses  plus  commodément 
que  les  animaux,  et  par  la  puissance 
qu’il  a eue  de  Dieu  son  créateur,  il 
domine  sus  les  animaux  qui  sont  en 
terre,  ü charge  L’elephant  et  le  rend 
en  son  obeïssance,  mais  aussi  ceux 
qui  sont  en  la  mer,  comme  cest  hor- 
rible monstre  et  grand,  la  balaine,  la 
tue  et  l’ameine  au  riuage.  Pareille- 
ment ceux  qui  sont  en  l’air  : car  le 


LE  LIVRE  DES  ANIMAVX 


766 

vol  ne  sauue  l’aigle  du  (rail  de  l'hom- 
me, combien  que  de  loing  il  ielle  sa 
veuë.  El  pour  le  dire  en  vn  mot,  il  ne 
se  Irouue  beste,  tant  soit-elle  armée 
de  forces  de  corps  ou  pourueuë  de 
sens , que  l’homme  ne  vienne  au  des- 
sus. Ce  qui  est  prouué  par  le  grand 
poète  diuin,  quand  il  dit1  : 

Regner  le  fais  sur  lesœuures  tants  belles 
De  tes  deux  mains  comme  Seigneur  d’icelles  : 
Tu  as  de  vray  sans  quelque  exception, 

Mis  sous  ses  pieds  tout  en  subiection. 


CHAPITRE  XXIV. 

COMME  DIEV  S’EST  MONSTRE  ADMIRABLE 
EN  LA  CREATION  DE  L’lIOMME. 

Dieu  s’est  monstre  admirable  et  ex- 
cellent en  la  création  de  l’homme,  et 
en  sa  prouidence  autour  d'iceluy. 
Car  il  ne  l’a  manifesté  si  grande  aux 
bestes  brutes,  lesquelles  il  n’a  créées 
sinon  que  pour  seruir  l’homme.  Nous 
pouuons  bien  estimer  combien  elle 
est  plus  grande  autour  dos  hommes, 
et  quel  soin  il  en  a d’auantage,  et  de 
quels  dons  il  les  a doüés  plus  que  les 
bestes  brutes,  veu  qu’il  les  a créés  les 
plus  excellens  de  tous  les  animaux. 
Et  comme  son  chef  d’œuure  entre 
iceux , il  a voulu  faire  reluire  son 
image  comme  vne  image  de  sa  majes- 
té diuine,  incompréhensible  à l’esprit 
humain.  Parquoy  il  n’a  pas  esté  sans 
bonne  cause  appelle  d’aucuns  anciens 
Petit  monde,  à raison  qu’en  iceluy, 
comme  au  grand  monde,  toutes  cho- 
ses reluisent 2 par  la  puissance,  bonté 
et  sagesse  de  Dieu.  Dieu  créant 
l’homme  a fait  vn  chef-d’œuure  d’vne 

1 Pseau.  S. — A.  P. 

2 Le  chapitre  se  terminait  là  en  1679;  le 
reste  est  de  1586. 


plus  excellente  perfeclion  que  tout  le 
reste,  à cause  des  grâces  qu’il  luy  a 
données.  Quelques  sages  d’Egypte  ap- 
pelleront l’homme  Dieu  terrestre , 
animal  diuin  et  celeste,  messager  des 
dieux,  seigneurs  des  choses  inferieu- 
res, familier  des  supérieures,  et  fina- 
lement miracle  de  nature. 


CHAPITRE  XXV. 

LA  CAVSE  POVRQVOY  LES  HOMMES  NE 

PRESAGENT  COMME  LES  ANIMAVX. 

La  cause  pourquoy  les  hommes 
n’ont  tel  sentiment  pour  apperceuoir 
la  mutation  du  temps,  c’est  parce 
qu’ils  oui  prudence  naturelle,  par  la- 
quelle ils  iugent  des  choses  par  cer- 
tain jugement.  Ils  11e  suiuent  pas  la 
disposition  de  l’air  et  du  temps, comme 
les  bestes  : et  pource  ils  pourront  es- 
tre  ioyeux  en  temps  trouble  et  tem- 
peslueux  , tristes  en  beau  temps  et 
clair,  selon  leurs  appréhensions  et  af- 
fections qu’ils  auront  selon  leurs  af- 
faires. Mais  les  bestes  sont  esmeuësà 
ioye  ou  à tristesse,  non  pas  par  iuge- 
ment  qu  elles  ayent  comme  les  hom- 
mes, mais  selon  que  le  temps  est  pro- 
pre ou  mal  conuenable  à leurs  corps, 
et  selon  que  maintenant  il  se  relas  - 
che  et  ouure  en  elles  ce  qui  estoit 
auparauant  clos  et  serré  en  leurs 
corps  : et  par  ainsi  elles  suiuent  la 
disposition  de  l’air  et  du  temps,  et 
donnent  signe  de  ce  qu’elles  eu  sen- 
tent. 

El  quant  à ce  que  les  hommes  em- 
pruntent la  voix  des  bestes,  cela  n’est 
pas  au  déshonneur  des  hommes,  mais 
à leur  grand  honneur  : car  ils  sont  à 
préférer  aux  bestes,  en  ce  qu'ils  peu- 
uenl  contrefaire  toutes  voix. 


ET  DE  L’EXCELLENCE  DE  l’hOMME. 


Ils  glapissent  comme  Regnards , 

Ils  miaullcnt  comme  les  Chais , 

Ils  grongnent  comme  Pourceaux  , 

Ils  mugissent  comme  Taureaux. 

Ils  muglcnt  comme  Baleines  , 

Ils  banissent  comme  Cheuaux, 

Ils' croüaillent  comme  Corbeaux, 

Ils  gringotlent  comme  Rossignols , 

Ils  hurlent  comme  les  Loups, 

Ils  gémissent  comme  les  Ours , 

Ils  rugissent  comme  Lions, 

Ils  gresillonnent  comme  Grillons, 

Ils  caquettent  comme  Cicongnes  , 

Ils  coqueliquent  comme  les  Coqs, 

Ils  cloussent  comme  les  l’oullcs, 

Ils  piolent  comme  Poullets, 

Ils  cageollent  comme  les  Gays  , 

Ils  cacabent  comme  Perdris, 

Us  baricquent  comme  Elephanls  1 , 

Ils  jargonnent  comme  les  Iars , 

Ils  roucoulent  comme  Colombes, 

Us  brament- comme  les  Cerfs , 

Jls  trompettent  comme  les  Grues , 

Us  pupulent  comme  les  Huppes  , 

11s  gazouillent  comme  Hirondelles, 

Us  brayenl  comme  les  Asnes , 

11s  bellent  comme  les  Cbéures , 

Ils  sifflent  comme  Serpens, 

Us  huyent  comme  Millans , 

Us  coaxent  comme  Grenouilles, 

Us  clabaudent  comme  Limiers , 

Us  claquetent  comme  Cigalles, 

Us  bourdonnent  comme  les  Mousches , 

Us  abbayent  comme  les  Chiens, 

Us  crocaillent  comme  les  Cailles  2. 

Le  seigneur  du  Barlas  au  cinquième 
ourde  la.scpmaine  contrefait  le  chant 
de  l'alouette  chantant, Tire,  lire,atire, 
et  tirelirant  tire,  adieu,  adieu,  adieu, 
adieu  3. 

Et  pour  le  dire  en  vn  mol,  les  hom- 
mes contrefont  toutes  voix  des  ani- 

1 Ces  deux  lignes.ont  été  ajoutées  en  1585. 

2 Cette  ligne  est  également  une  addition 
faite  en  15S5. 

•3  Voilà  le  seul  paragraphe  qui  ne  se  lise 
ni  en  1579  ni  en  1585  ; il  ne  date  que  de  la 
première  édition  posthume  en  1598. 


767 

maux.  Et  quant  à ce  que  les  oiseaux 
chantent,  ce  n’est  rien  au  prix  des 
Musiciens  , lesquels  resonnans  en- 
semble, font  vue  voix  fort  mélodieuse 
et  plaisante  à ouyr,  voire  aux  oreilles 
des  Roys  et  Princes,  et  plus  harmo- 
nieuse sans  comparaison  que  tous  les 
oiseaux  ne  scauroient  faire  ensem- 
ble. 

D’auantage , l’homme  appriuoise, 
non  seulement  les  bestes  domesti- 
ques, mais  aussi  les  sauuages  et  les 
plus  estranges  de  toutes,  comme  les 
éléphants,  lions,  ours,  tigres,  léo- 
pards, panthères,  crocodileset  autres. 
Plutarque  le  tesmoigne  des  crocodi- 
les, qui  loulesfois  sont  les  Restes  plus 
inhumaines  et  cruelles  qu’011  puisse 
trouuer. 

« LesGrocodilles,  dit-il,  ne  connois- 
sent  pas  tant  seulement  la  voix  des 
hommes  qui  les  appellent,  mais  aussi 
souffrent  qu’ils  les  manient  : et  qui 
plus  est , omirent  fort  la  gueulle,  et 
leur  baillent  leurs  dents  à curer  de 
leurs  mains,  et  les  essuyer  d’vne  ser- 
uiette.  » . 

Et  combien  que  Nature  ait  appris  aux 
Restes  lascience  de  Medecine  , toutes- 
fois  c’est  bien  peu  de  chose  de  tout 
ce  qu’elles  en  sçauent,  au  prix  de  ce 
qu’vn  homme  seui  en  peut  sçauoir, 
pour  peu  qu'il  ail  esludié  en  Mede- 
cine, et  pour  pey  qu'il  eu  puisse  auoir 
d’expérience.  Il  est  vray  qu  elles  n’ ap- 
prennent pas  des  hommes  leurs  mé- 
decines , d’autant  qu’elles  11’ont  l’en- 
tendement comme  les  hommes.  Or  ce 
qui  est  escrit  des  Elephanls  , qui  ont 
quelque  religion,  c'est  qu’ils  n’ont  pas 
adoré  le  Soleil  et  la  Lune , comme 
ayant  la  connoissance  de  Dieu,  la- 
quelle il  a mise, au  cœur  des  hommes 
autrement  qu’elle  n’est  pas  es  bestes 
brutes.  Car,  à parler  proprement, 
les  bestes  n’ont  aucune  connoissance 


LF.  LIVRE  LES  ANIMAVX 


de  Dieu  qui  procédé  de  quelque  lu- 
mière et  raison , qui  leur  soit  don- 
née poureslre  capables  de  telle  con- 
noissance,  laquelle  a esté  baillée  au 
seul  homme.  Car  combien  que  l'Ele- 
phant  se  tourne  vers  le  Soleil , et  qu'il 
semble  qu’il  l’adore,  si  l’adore -il 
point  par  intelligence,  ny  foy,  ny  par 
raison  qu’il  aye  que  le  Soleil  soit  leur 
Dieu  , et  qu’ils  soient  tenus  de  lui 
porter  honneur  et  reuerence  : mais  le 
font  par  vu  instinct  et  mouuement  de 
Nature,  selon  qu’ils  se  Irouuenl  dis- 
posés naturellement  par  la  conue- 
nance  que  leSoleil  a auec  leur  nature, 
et  par  le  bien  qu’ils  en  senlenl , sans 
penser  neanmoins  à ce  qu’ils  font, 
sinon  ainsi  que  Nature  les  pousse  , 
sans  religion  qui  soit  en  eux.  Et  pour- 
tant lorsque  nous  leur  attribuons  re- 
ligion, nous  ne  la  prenons  pas  en  sa 
propre  signification  , mais  par  vne 
maniéré  de  dire  , et  par  abusion  de 
langage , et  par  comparaison,  à cause 
de  la  similitude  et  façon  de  faire 
qu’ont  les  Eléphants. 


CHAPITRE  XXVI. 

l’homme  a LA  DEXTERITE  D'APPRENDRE 
TOVTES  LANGYES. 

> • s 

Nous  voyons  l’homme  auoir  telle 
dextérité,  qu’il  ne  sçait  seulement  pas 
apprendre  les  diuers  langages  qui 
sont  entre  ceux  de  son  espece,  mais 
aussi  apprend  ceux  des  oiseaux  : ce 
qu’on  voit  par  expérience  d’aucuns 
bons  compagnons,  qui  contrefont 
tous  chants  des  oiseaux  , et  la  voix  de 
toutes  besles,  comme  nous  auons  dit 
cy  dessus,  et  entendent  le  jargon  de 
plusieurs  autres  animaux. 

Et  pour  vérifier  cecy,  Apollonius, 


philosophe , qui  estoit  excellent  en 
ceste  science , vn  iour  estant  en  vne 
grande  compagnie  de  ses  amis  où  il 
regardoit  des  passereaux  qui  estoient 
branchés  sur  vn  arbre,  ausquels  il 
vint  vn  autre  d’ailleurs,  qui  com- 
mença à gazouiller  au  millieu  d’eux, 
puis  s’en  va  , et  tous  les  autres  le  sui- 
uirenl:  Apollonius  ayant  veu  cela  (et 
tous  ceux  qui  estoient  auec  luy)  disl  : 
Ce  passereau  a annoncé  à ses  compa- 
gnons qu’vn  asne  chargé  de  forment 
estoit  tombé  prés  la  porte  de  la  ville, 
et  que  le  bled  estoit  versé  en  terre.  Et 
ceux  qui  ouvrent  cela,  voulurent  ex- 
périmenter s’il  disoit  vray,  et  allèrent 
sur  les  lieux  , où  trouuerent  la  chose 
comme  il  auoit  dit, et  quant-et-quant 
les  passereaux  , qui  estoient  venus 
pour  manger  le  bled. 

Or  quant  aux  Corbeaux,  Pieset 
autres  oiseaux  , qui  parlent  pour  des- 
guiser  leur  ramage,  et  leur  gazoüil- 
lcmenl,  et  sifflement , et  son  de  voix 
humaine  , ils  ont  bien  lost  dit  tout  ce 
qu’ils  sçauent , et  qu’ils  ont  appris  de 
longtemps.  Et  quoy  qu’ils  sçaehent 
gazouiller,  ils  demeurent  tousiours 
bestes  brutes  sans  raison.  Mais  à 
l’homme,  la  raison  luy  a esté  donnée 
naturellement  de  monter  plus  haut 
que  celle  des  bestes,  désirant  tousiours 
sçauoir,  et  ne  se  contentant  point  seu- 
lement d’auoir  la  connoissance  des 
choses  qui  appartiennent  àJa  vie  pré- 
sente : mais  s’enquiert  des  choses  plus 
hautes,  et  des  celestes  et  diuines  : qui 
est  vn  certain  argument  que  la  na- 
ture de  1 homme,  et  l’ame  qui  luy  est 
donnée , est  bien  differente  à celle  des 
autres  animaux,  laquelle  ne  peut  nul- 
lement eslre  conneué.  L’Homme  a en 
son  a me  trojs  principales  puissances 
nécessairement  concurrentes  à toute 
louable  et  vertueuse  action  : à sçauoir 
l’entendement,  la  volonté,  et  la  me- 


Kl'  DE  L EXCELLENCE  DE  L HOMME. 


moire  : vne  pour  comprendre  ce  qu’il 
faut  faire,  l’autre  pour  i’executer:  et 
la  mémoire , comme  lidele  tutrice, 
qui  garde  ce  qui  a esté  conclud  et 
arresté  en  l’entendement.  Aucuns 
philosophes  l’ont  appelée  lethresor  de 
science,  d’autant  qu’elle  est  comme 
vu  cabinet  auquel  est  gardé  ce  que 
nous  apprenons  et  voyons.  Ces  puis- 
sances et  perfections  sont  grâces  sin- 
gulières, et  dons  spéciaux,  prouenans 
de  la  sagesse  diuine  du  saincl  Esprit, 
qui  ne  sont  données  aux  bestes  : les- 
quelles puissances  seront  cy  après 
plus  amplement  déclarées  au  Liure 
de  la  Génération , parlant  des  Facultés 
de  l’ame. 

Et  pour  conclusion , l’Homme  est 
ingénieux,  sage,  subiil,  memoratif, 
plein  de  conseil , excellent  en  condi- 


tion, qui  a esté  fait  du  souuerain 
Dieu,  et  luy  seul  entre  tous  les  ani- 
maux a esté  orné  de  raison  et  d’intel- 
ligence, de  laquelle  tous  animaux  ont 
esté  priués  : et  en  luy  reuit  vne  image 
de  l’essence  diuine,  qui  ne  se  trouue 
en  nulle  autre  créature  *. 

Sentence  d’Euripide 2. 

L'homme  a bien  peu  de  force  corporelle,, 
Mais  sa  prudence  et  raison  naturelle 
Va  jusqu’au  fond  de  la  mer  capliuant  : 

Sur  terre  aussi  s’estend  jusqu’aux  especes, 
Où  plus  y a de  ruses  et  finesses. 

1 Ce  paragraphe  est  de  1585. 

2 Les  vers  qui  suivent  se  lisaient  déjà  en 
1579,  mais  sans  ce  litre,  et  de  plus  ils  ne 
présenlaient  pas  un  rhythme  régulier;  ils 
ont  été  arrangés  ainsi  en  1585. 


III. 


49 


APPENDICE 

AV 

LIVRE  DES  MONSTRES'. 


CHAPITRE  I. 

DES  MONSTRES  MARINS. 

11  ne  faut  douter  qu’ainsi  qu’on 
voit  plusieurs  monstres  d’animaux  de 

'Le  travail  qu'on  va  lire  faisait  suite, 
dans  toutes  les  éditions  de  Paré,  au  livre  des 
Monstres  ; j’ai  exposé  ailleurs  (voyez  ci-de- 
vant page  I ) pour  quelles  raisons  j’avais 
jugé  à propos  de  l’en  séparer.  11  faut  dire  ici 
un  mot  de  sa  composition. 

Dans  les  deux  tiares  de  Chirurgie  de  1573, 
il  constituait  le  32'-  chapitre  du  livre  des 
Monstres;  et  tandis  que  les  31  premiers 
chapitres  étaient  rangés  sous  ce  titre  cou- 
rant : des  Monstres  terrestres,  il  portait  ce 
litre  courant  spécial  : des  Monstres  marins. 
En  effet,  il  ne  s’y  agissait  encore  que  des 
animaux  vrais  ou  fabuleux  que  l’on  disait 
vivre  dans  les  eaux  , à part  cependant  qua- 
tre petits  articles  sur  l’autruche,  l’oiseau 
de  paradis,  le  rhinocéros  et  le  caméléon,  qui 
terminaient  le  chapitre  et  le  livre. 

En  1575,  il  y eut  peu  de  chose  de  changé; 
c’était  toujours  un  chapitre  unique,  inti- 
tulé : des  Monstres  marins,  avec  l’histoire 
des  quatre  animaux  indiqués  en  dernier 
lieu.  Mais  en  1579,  avec  l’histoire  de  l’autru- 
che et  de  l’oiseau  de  paradis,  à laquelle  il 
ajouta  deux  autres  articles,  Paré  constitua 
un  deuxième  chapitre  intitulé  : des  Mons- 
tres volatiles  ; avec  l’histoire  du  rhinocéros 


diuerse  façon  sus  la  terre,  aussi  qu’il 
n’en  soit  en  la  mer  d’estrange  sorte  : 
desquels  les  vns  sont  hommes  depuis 
la  ceinture  en  haut,  nommés  Tritons, 
les  autres  femmes,  nommées Serenes, 
qui  sontcouuerts  d’escailles,  ainsi  que 

et  du  caméléon,  augmentée  de  bon  nombre 
d’autres,  il  fil  un  troisième  chapitre  qui 
reprit  l’ancien  titre  des  Monstres  terrestres  ; 
le  tout  couronné  par  un  quatrième  consacié 
aux  Monstres  celestes.  En  1582  et  1585,  il 
reprit  les  histoires  des  monstres  à cornes 
pour  les  transplanter  dans  le  Discours  de  la 
licorne  et  le  livre  des  Venins  ; mais  il  ajouta 
un  dernier  chapitre  sans  titre,  et  qui  n’est 
véritablement  que  la  suite  du  quatrième,  tel 
qu’il  avait  été  conçu  en  1579. 

Il  n’y  a pas  dans  tout  ceci  un  mot  qui  ait 
trait  directement  à la  médecine  ou  à la  chi- 
rurgie , sauf  deux  ou  trois  annonces  de  ver- 
tus fabuleuses  attribuées  à certains  ani- 
maux'. Aussi  me  suis-je  peu  occupé  de 
rechercher  les  sources  où  avait  puisé  l’au- 
teur ; il  les  annonce  d’ailleurs  lui-même  pres- 
que à chaque  article.  Il  y avait  une  grande 
quantité  de  figures  d’animaux,  les  uns  pure- 
ment imaginaires,  les  autres  qui  représen- 
tent peut-être  des  êtres  réels,  mais  grossiè- 
rement défigurés;  quelques  uns  enfin  assez 
bien  tracés  d’après  nature.  J’ai  tout  retran- 
ché, à l’exception  de  la  figure  d’un  sque- 
lette d’autruche  préparé  par  Paré  lui-même. 
J’ai  dû  en  conséquence  éliminer  du  texte 


APPENDICE  AV  LIVRE  DES  MONSTRES.  nn  [ 


descrit  Pline  sans  tontesfois  que  les 
raisons  lesquelles  auons  alléguées  par 
cy-deuant , de  la  commixtion  et  mes- 
lange  de  semence  2,  puissent  seruir  à 
la  naissance  de  tels  monstres.  D’a- 
uantage  on  voit  dans  des  pierres  et 
planles  , effigies  d’hommes  et  autres 
animaux  , et  de  raison  il  n’y  en  a au- 
cune, fors  de  dire  que  Nature  se  ioiie 
en  ses  œuures. 

V n triton  et  vue  serene  veus  sur  le  Nil. 

Du  temps  que  Mena  estoit  gouuer- 
neur  d’Egypte  , se  proumenant  du 
matin  sus  la  riue  du  Nil , vit  sortir  vn 
homme  hors  de  l’eau  iusques  à la 
ceinture,  la  face  graue,  la  cheueleure 
iaune  , entremeslée  de  quelques  che- 
ueux  gris,  l’estomach,  dos,  et  les  bras 
bien  formés,  et  le  reste  de  poisson.  Le 
tiers  iour  d’après,  vers  le  point  du 
iour,  vn  autre  monstre  apparut  aussi 
hors  de  l’eau  auecques  vn  visage  de 
femme  : car  la  douceur  de  la  face,  les 
longs  cheueux  , et  les  mammelles  le 
monstroient  assez:  et  demeurèrent  si 
longtemps  dessus  l’eau , que  tous  ceux 
de  la  ville  les  virent  l’un  et  l’autre  à 
leur  aise. 

Monstre  marin  ayant  la  leste  d’vn  Moyne , 
armé  et  couuert  d’escailles  de  poisson. 

Rondelet,  en  sonliure  des  Poissons, 
escrit,  qu’on  a veu  vn  monstre  marin 
en  la  mer  de  Norwege , lequel  si  tost 

ces  fréquents  renvois  : comme  lu  vois  par  ceste 
figure;  la  figure  duquel  l’est  icy  figurée  ; et  j’ai 
pris  seulement  aux  titres  des  figures  de  quoi 
marquer  chaque  article  d’un  titre  spécial, 
en  n’ajoutant  cependant  en  aucune  manière 
au  texte  de  mon  auteur. 

1 Pline  9.  liu.  de  son  Histoire  naturelle.  — 
A.  P. 

2 Voyez  le  chapitre  20  du  livre  des  Mons- 
tres, ci-devant  page  43. 


qu’il  fut  pris,  chacun  lui  donna  le 
nom  de  Moyne,  et  estoit  tel. 

Monstre  marin  ressemblant  à vn  Euesque 
vestu  de  ses  habits  pontificaux. 

Vn  autre  monstre  descrit  par  ledit 
Rondelet,  en  façon  d’vn  Euesque, 
vestu  d’escaille,  ayant  sa  mitre  et  ses 
ornemens  pontificaux,  lequel  a esté 
veu  en  Polongne,  mil  cinq  cens  trente 
et  vn,  comme  descrit  Gesnerus. 

Monstre  marin  ayant  la  leste  d’vn  Ours  et  les 
bras  d’vn  Singe. 

Hieronymus  Cardanus  enuoya  ce 
monstre  icy  à Gesnerus,  lequel  auoit 
latestesemblableà  vn  ours,  les  braset 
mainsquasi  comme  vn  singe,  et  le  reste 
d’vnpoisson  : etfut  trouuéenMacerie. 

Lion  marin  couuert  d'escailles. 

En  la  mer  Tyrrhene , prés  la  ville 
de  Castre,  fut  prius  ce  monstre,  ayant 
la  forme  d’vn  lion  couuert  d’escailles, 
lequel  fut  présenté  à Marcel l,  pour 
lors  Euesque,  lequel  après  la  mort 
du  Pape  Paul  troisième  succéda  au 
Papat.  Iceluy  Lion  iettoit  vne  voix 
semblable  à celle  d’vn  homme  : et 
auec  grande  admiration  fut  amené 
en  la  ville  , et  tost  après  mourut , 
ayant  perdu  son  lieu  naturel  . comme 
nous  tesmoigne  Philippe  Forestus,  au 
liure  3.  de  ses  Chroniques. 

Monstre  marin  ayant  figure  humaine. 

L’an  mil  cinq  cens  vingt  trois,  le 
troisième  iour  de  nouembre  , fut  veu 
ce  monstre  marin  à Rome,  de  la  gran- 
deur d’vn  enfant  de  cinq  ou  six  ans  , 

i Ceci  estle  texte  de  1585,  suivi  par  les  édi- 
tions postérieures;  les  précédentes  disaient  : 
à Martinus. 


API»  K INDICE 


772 

ayant  la  partie  supérieure  humaine 
iusques  au  nombril,  hors  mis  les  oreil- 
les , et  l’inferieure  semblable  à un 
poisson. 

Fn  Diable  de  mer. 

Gesnerus  fait  mention  de  ce  mons- 
tre marin,  dont  il  auoit  recouuert  le 
portrait  d’vn  peintre  qui  l’auoit  veu 
en  Anuers  au  naturel,  ayant  la  teste 
fort  furieuse,  auec  deux  cornes,  et 
longues  oreilles,  et  tout  le  reste  du 
corps  d’vn  poisson  , hors  les  bras  qui 
approchoient  du  naturel  : lequel  fut 
pris  en  la  mer  Illyrique,  se  iettant 
hors  du  riuage  , taschant  à prendre 
vn  pelit  enfant  qui  estoit  prés  d’ice- 
luy  , et  estant  poursuiui  de  prés  des 
mariniers  qui  l’avoient  apperceu,  fut 
blessé  de  coups  de  pierres,  et  peu 
après  vint  mourir  au  bord  de  l’eau. 

Vn  Chenal  de  mer. 

Ce  monstre  marin  ayant  la  teste,  et 
les  crins,  et  le  deuant  d’vn  Cheual , 
fut  veu  en  la  mer  Oceane  : la  figure 
duquel  fut  apportée  à Rome,  au  l’ape 
pour  lors  régnant. 

V>i  V eau  marin. 

Olaus  Magnus  dit  auoir  eu  ce  mons- 
tre marin  d’vn  Gentil-homme  An- 
glois:  e!  auoit  esté  pris  prés  le  riuage 
de  Bergue,  lequel  ordinairement  y 
liabitoit.  Encore  de  n’ag\ieres  on  en 
fit  présent  d’vn  semblable  au  Itoyde- 
funct  ',  qu’il  fit  nourrir  assez  long- 
temps à Fontainebleau,  lequel  sortoit 

1 Charles  9.  Roy  de  France.  — A.  P.  — 
Cette  fois  Parc  parle  d’un  animal  qu’il  a vu  ; 
aussi  la  ligure  qu’il  en  donnait  représentait 

fort  exactement  un  phoque.  J’ai  jugé  toute- 

fois inutile  de  la  reproduire. 


souuenthorsde  l’eau,  puis  s’y  remet- 
toil  ». 

Truie  marine. 

Ce  monstre  marin , comme  dit 
Olaus  , fut  veu  en  la  mer,  prés  l’isle 
deThylen,  située  vers  le  Septentrion, 
l’an  de  grâce  mil  cinq  cens  trente 
huit,  de  grandeur  presque  incroya- 
ble, à sçauoir  de  soixante  et  douze 
pieds  de  longueur  , et  quatorze  pieds 
de  hauteur,  ayant  distance  entre  les 
deux  yeux  de  sept  pieds  ou  enuiron  : 
son  foye  estoit  si  grand  qu’on  en  rem- 
plit cinq  tonneaux,  la  teste  semblable 
à vne  Truie,  ayant  vn  croissant  si- 
tué sus  le  dos  , au  milieu  de  chaque 
coslé  du  corps  trois  yeux,  et  le  reste 
tout  couuert  d’escailles. 

Poisson  nommé  Orobon 1  2. 

Les  Arabes  habitans  le  mont  Ma- 
zouan  , qui  est  le  long  de  la  Mer- 
Bouge,  viuent  ordinairement  d’vn 
poisson  nommé  Orobon , grand  de 
neuf  à dix  pieds,  et  large  selon  la  pro- 
porlion  de  sa  grandeur,  ayant  escail- 
les  faites  comme  celles  du  Crocodile. 
Iceluy  est  merueilleusement  furieux 
contre  les  autres  poissons.  André 
Theuet  en  fait  assez  ample  déclara- 
tion en  sa  Cosmographie. 

Des  Crocodiles  3. 

Le  Crocodile,  comme  escrit  A ristote 

1 11  y avait  ici , dans  les  éditions  de  1573 
et  1575,  l'histoire  et  la  figure  d’en  sanglier 
marin.  Mais  en  1582,  Paré  la  transporta  dans 
son  Discours  de  la  licorne,  où  clic  est  restée 
dans  les  éditions  suivantes. 

2 Ici  se  trouvait,  dans  les  éditions  de  1573 
à 1575,  l’histoire  et  la  figure  d’en  dépliant  de 
mer;  Paré  les  a transportées  en  1582  dans 
son  Discours  de  la  Licorne. 

5 Cet  article  a été  ajouté  en  1579. 


AV  LIVRE  DES  MONSTRES. 


és  li tires  de  V Histoire  et  parties  des  ani- 
maux ,esl  vn  grand  animal  long  de 
quinze  coudées.  Il  n’engendre  point 
vn  animal , mais  des  œufs  , non  plus 
gros  queceux  d’oye:ilen  faitsoixante 
au  plus.  Il  vit  longtemps  , et  d’vn  si 
petit  commencement  sort  vn  si  grand 
animal  : car  les  petits  esclos  sont 
proportionnés  à l’œuf.  Il  a la  langue 
si  empesebée  qu’il  semble  n’en  auoir 
point , qui  est  cause  qu’il  vit  partie 
en  terre  , partie  en  eau  : comme  es- 
tant terrestre  , elle  luv  tient  lieu  de 
langue,  et  comme  estant  aquatique, 
il  est  sans  langue. Car  les  poissons,  ou 
ils  n’ont  point  du  tout  de  langue,  ou 
ils  l’ont  fort  liée  et  empesebée.  Le 
seul  Crocodile  entre  toutes  bestes  , 
remue  la  mâchoire  de  dessus:  celle 
de  dessous  demeure  ferme,  parce  que 
les  pieds  ne  luy  peuuent  seruir  à 
prendre  ny  retenir  b II  a les  yeux 
comme  vn  pourceau,  les  dents  lon- 
gues qui  iuy  sortent  hors  la  gueulle, 
les  ongles  fort  pointus  , le  cuir  si  dur 
qu’il  n’y  a lleche  ne  trait  qui  le  sceust 
percer.  On  fait  vn  médicament  du 
Crocodile  nommé  Crucodilée  , contre 
les  suffusions  et  cataractes  des  yeux  : 
il  guarit  les  lentilles,  lacheset  bour- 
geons qui  viennent  à la  face.  Son  bel 
est  bon  contre  les  cataractes  appliqué 
és  yeux  : le  sang  appliqué  és  yeux 
clarifie  la  veuë. 

Theuet.en  sa  Cosmographie,  tom.  1. 
chap.  8.  dit  qu’ils  habitent  és  fontai- 
nes du  Nil,  ou  en  vn  lac  qui  sort  des- 
diles  fontaines,  et  dit  en  auoir  veu 
vn  qui  auoit  six  eniambées  do  long, 
et  plus  de  trois  grands  pieds  de  large 
sur  le  dos,  tellement  que  le  seul  re- 
gard en  est  hideux.  La  maniéré  de 
les  prendre  est  telle.  Subit  que  les 

1 Le  perroquet  remue  son  bec  dessus  et 
dessous. — A.  P. 


773 

Egyptiens  et  Arabes  voyant  que 
l’eau  du  Nil  deuient  petite  , ils  lan- 
cent vne  longue  corde,  au  bout  de 
laquelle  y a vn  hameçon  de  fer  assez 
gros  et  large,  pesant  enuiron  trois 
liures,  auquel  ils  attachent  vne  piece 
de  chair  de  chameau  , ou  d’autre 
beste  : et  lors  que  le  Crocodile  apper  - 
çoit  la  proye,  il  ne  faut  à se  ielter  des- 
sus . et  l’engloutir  : et  estant  l’hame- 
çon auallé  bien  auant,  se  sentant  pi- 
qué, il  y a plaisir  à luy  voir  faire  des 
sauts  en  l’air,  et  dedans  l'eau.  Et 
quand  il  est  pris , ces  barbares  le  ti- 
rent peu  à peu  iusques  prés  le  bord 
de  la  riue,  ayant  posé  le  cordeau  des- 
sus vn  palmier  ou  autre  arbre , et 
ainsi  le  suspendent  quelque  peu  en 
l’air,  de  peur  qu’il  ne  se  ielle  contre 
eux  et  ne  les  deuore.  Ils  luy  donnent 
plusieurs  coups  de  leuier,  l’assom- 
ment et  tuent,  puis  l’escorchent , et 
en  mangent  la  chair  qu’ils  Irouucnt 
t res-bonne. 

Iean  de  Lery,  au  chapitre  10.  de 
son  Histoire  de  la  terre  du  Brésil , dit 
que  les  saunages  mangent  les  Croco 
diles,  et  qu’il  en  a veu  apporter  de 
petits  aux  saunages  tous  en  vie  en 
leurs  maisons  , à l’entour  desquels 
leurs  petits  enfans  se  ioiient , sans 
qu’ils  leur  facent  aucun  mal. 

Deux  poissons , l’vn  comme  vue  panache , cl 
l’autre  comme  vne  grappe  de  raisin  b 

Rondelet  en  son  liurc  des  poissons 
insectes,  c’est-à-dire  qui  sont  de  na- 
ture moyenne  entre  les  plantes  et 
animaux,  baille  ces  deux  figures, 
l’vne  appellée lJanacto.de  mer,  par  ce 
qu’elle  représente  les  panaches  qu’on 
porte  aux  chapeaux  : les  pescheurs 
pour  la  similitude  qu’elle  a au  bout 
du  membre  viril , l’appellent  Vil- 

1 Article  ajouté  en  1579. 


APPENDICE 


774 

volant  : estant  vif  il  s’enfle  et  se  rend 
plus  gros,  estant  priué  de  vie  deuient 
tout  flétri  et  mollasse.  Il  reluist  de 
nuit  comme  vne  estoile. 

Pline  escrit  qu’en  la  mer  on  trouue 
non  seulement  des  figures  des  ani- 
maux qui  sont  sur  la  terre  : mais  ie 
croy  que  ce  portrait  est  la  grappe 
de  laquelle  il  parle  : car  par  tout  le 
dessus  représente  vue  grappe  de  rai- 
sin qui  est  en  Heur  : elle  est  longue 
comme  vne  masse  informe,  pendante 
d’vne  queüe. 

L’Aloés,  poisson  monstrueux *. 

En  la  mer  de  l’isle  Espagnolle , aux 
terres  neuucs,  se  trouuent  plusieurs 
poissons  monstrueux.  Entre  lesquels 
Tlieuet,  liure  22.,  chap.  12.,  Tome  2. 
de  sa  Cosmographie,  dit  en  auoirveu 
vn  fort  rare  qu’ils  nomment  en  la 
langue  du  pays  aloés,  et  est  sembla- 
ble à vne  oye,  ayant  son  col  haut 
esleué,  la  teste  faite  en  pointe  comme 
vne  poire  de  bon  chreslien  , le  corps 
gros  comme  celuy  d’vne  oye,  sans 
escailles,  ayant  ses  quatre  nageoires 
sous  le  ventre  : et  diriez  à le  voir  sur 
Peau  eslre  vne  oye  faisant  le  plon- 
get  parmy  les  ondes  de  la  mer. 

Limaçon  de  la  mer  sarmalique-, 

La  mer  Sarmatique  , qu’on  dit  au- 
trement Germanique  orientale  nour- 
rit tant  de  poissons  inconneus  à ceux 
qui  habitent  és  régions  chaleureuses, 
et  tant  monstrueux  que  rien  plus. 
Entre  autres  il  s’en  trouue  vn  tout 
ainsi  fait  qu’vn  limaçon  : mais  gros 
comme  vn  tonneau  , ayant  les  cornes 
quasi  commecelles  d’vn  cerf,  au  bout 

1 Article  ajouté  en  1679. 

* Artlrle  ajouté  ô la  même  date  que  le 

feMcMsnh 


desquelles,  et  aux  rameaux  d’icelles, 
y a de  petits  boutons  ronds  et  luysans 
comme  fines  perles.  Il  a le  col  fort 
gros,  les  yeux  luy  esclairent  comme 
vne  chandelle  , son  nez  est  rondelet 
et  fait  comme  celuy  d’vn  chat , auec 
vn  petit  de  poil  tout  autour , ayant  la 
bouche  fort  fendue , au  dessous  de 
laquelle  luy  pend  vne  eminence  de 
chair  assez  hideuse  à voir.  Il  a quatre 
iambes,  et  des  pattes  larges  et  cro- 
chues qui  luy  seruenl  de  nageoires, 
auec  une  queue  assez  longue,  toute 
martelée  et  coitlourée  de  diuerses 
couleurs,  comme  celle  d’vn  tigre.  Il 
se  lient  en  pleine  mer,  de  force  qu’il 
est  craintif  : car  ie  suis  asseuré  qu’il 
est  amphibie,  participant  de  l’eau  et 
de  la  terre.  Quand  le  temps  est  se- 
rain  , il  se  met  en  terre  sur  le  riuage 
delà  marine,  là'où  il  paist  et  mange 
de  ce  qu’il  trouue  de  meilleur.  La 
chair  en  est  fort  délicate  et  plaisante 
à manger  : le  sang  duquel  est  propre 
contre  ceux  qui  sont  gastés  du  foye 
et  qui  sont  pulmoniques,  comme  est 
celuy  des  grandes  tortues  à ceux  qui 
sont  atteints  de  lepre.  Tbeuet  dit 
l’auoir  eu  du  pays  de  Dannemareh  '. 

Du  Hnga,  poisson  monstrueux  s. 

En  la  grande  largeur  du  lac  Doux , 
sur  lequel  la  grande  ville  de  Themisli- 
tam,  au  Royaume  de  Mixique,  est 
baslie  sur  pillotis  comme  Venise,  se 
trouue  vn  poisson  grand  comme  vn 
veau  marin.  Les  saunages  de  l’An- 
tartique  l’appellent  Atidnra  : les  bar- 
bares du  pays  et  Espagnols,  qui  se 
sont  faits  maislrcs  de  ce  lieu  par  les 
conquesles  dé  leurs  terres  neuues, 

Theu  et  lia.  20.  chap.  18.  tom.  2.  clesa 
Cosmographie.  A.  P. 

* Article  ajouté  en  )6‘0: 


AV  LIVRE  DES  MONSTRES. 


l’appellent  Hoga ■ Il  a la  teste  et 
oreilles  peu  differentes  d’vn  pourceau 
terrestre  : il  a cinq  moustaches  lon- 
gues de  demy  pied  ou  enuiron , sein  • 
blables  à celles  d’vn  gros  barbeau  : 
la  chair  en  est  tres-bonne  et  déli- 
cieuse. Ce  poisson  produit  ses  petits 
en  vie , à la  façon  de  la  baleine.  Si 
vous  le  contemplez  lors  qu’il  se  iode 
noüant  dans  l’eau  , vous  diriez  qu’il 
est  tantost  verd  , ores  iaune,  et  puis 
rouge , ainsi  que  le  caméléon  : il  se 
tient  plus  au  bord  du  lac  qu’ailleurs, 
où  il  se  nourrit  des  fueilles  d’vn  ar- 
bre appelle  Hoga , dont  il  a pris  son 
nom.  11  est  fort  dentelé  et  furieux, 
tuant  et  deuorant  les  autres  poissons, 
voire  plus  grands  qu’il  n’est  : c’est 
pourquoy  on  le  poursuit,  chasse  et 
occil,  à cause  que  s’il  enlroit  aux 
conduits  , il  n’en  laisseroit  pas  vu  en 
vie  : parquoy  celuy  qui  plus  en  tue 
est  le  mieux  venu.  Ce  qui  est  escrit 
par  Tlieuet,  chapitre  22.  tome  2.  de 
sa  Cosmographie. 

Certains  poissons  volons  '. 

André  Theuet, tome  2.  de  sa  Cosmo- 
graphie, chapitre  10.,  en  nageant  sur 
mer  dit  auoir  veu  vne  infinité  de 
poissons  volans  que  les  sauuages  ap 
pellent  Bulampech , lesquels  se  lan- 
cent si  haut  hors  de  l’eau  d’où  ils 
sortent,  qu’on  les  voit  cheoir  à cin- 
quante pas  de  là  : ce  qu’ils  font  d’au- 
tant qu’ils  sont  poursuiuis  d’autres 
grands  poissons  qui  en  prennent  leur 
curée.  Ce  poisson  est  petit  comme  vn 
macquereau  2,  ayant  la  teste  ronde , 
le  dos  de  couleur  azurée , et  deux 
ailes  aussi  longues  presque  que  tout 
le  corps , lesquelles  il  caciie  sous  les 

1 Article  de  1579. 

9 l'eu  ay  vn  eu  mon  cabinet  que  l’on  m’a  i 

rhwni}  -<f tte  (e  partie  pt)>i¥  i «*•  A v J’.  | 


77Ô 

mâchoires,  estans  faites  tout  ainsi 
que  les  fanons  ou  ailerons  atiec  les- 
quels les  autres  poissons  s’aident  pour 
nager.  Ils  volent  en  assez  grande 
abondance,  principalement  la  nuit, 
et  en  volant  heurtent  contre  les 
voillcs  des  nauires,  et  tombent  de- 
dans. Les  Sauuages  se  nourrissent  de 
leur  chair. 

Iean  de  Lery  en  son  Histoire  de  la 
terre  du  Brésil,  chapitre  3.,  confirme 
cecy,  et  dit  auoir  veu  sortir  de  la 
mer  et  s’esleuer  en  l’air  de  grosses 
troupes  de  poissons  ( tout  ainsi  que 
sur  terre  on  voit  les  alouettes  ou  es- 
tourneaux)  volans  presque  aussi  haut 
hors  l’eau  qu’vne  pique,  et  quelques- 
foisprésde  cent  pas  loin.  Mais  aussi 
il  est  soutient  aduenu  que  quelques- 
vns  se  heurtans  contre  les  mats  de 
nos  nauires,  lombans  dedans,  nous  les 
prenions  à la  main.  Ce  poisson  est  de 
forme  d’vn  haranc,  toutesfois  vn  peu 
plus  long  et  plus  gros  : Il  a de  petits 
barbillons  sous  la  gorge,  et  les  ailes 
comme  d’vne  chauue-souris  , et  pres- 
que aussi  longues  que  tout  le  corps  : 
et  est  de  fort  bon  goust , et  sauou- 
reux  à manger.  Il  y a encore  vne  au- 
tre chose  (dit  il)  que  i’ay  obscrùée: 
c’est  que  ny  dedans  l’eau , ny  hors  de 
l’eau  , ces  paum  es  poissons  volans  ne 
sontiamais  à repos  : car  estans  de- 
dans la  mer,  les  grands  poissons  les 
poursuiuent  pour  les  manger,  et  leur 
font  vne  continuelle  guerre  : et  si 
pour  eùiter  cela  ils  se  veulent  sauner 
en  l’air , et  au  Vol , il  y a certains  oi- 
seaux marins  qui  ies  prennent  et  s’en 
repaissent. 

V n autre  poisson  volant  fort  monstrueux  1 . 

Entre  Venise  et  Italienne,  Vne  lieué 
au  dessus  de  Quioze.  en  la  mer  des 


* à»  kl  file  de  ifttùî 


■7-7  b APPENDICE 


Vénitiens,  l’an  1550,  fut  pris  vn  pois- 
son volant  terrible  et  merueilleux  à 
voir,  de  grandeur  de  quatre  pieds  et 
plus,  de  largeur  d’vne  pointe  à.l’autre 
de  ses  ailes,  deux  fois  autant,  de 
grosseur  d’vn  bon  pied  en  quarré.  La 
teste estoit  merueilleusement  grosse, 
ayant  deux  yeux , l’vn  dessus,  l’autre 
dessous  , deux  grandes  oreilles  et 
deux  bouches  : son  groüin  estoit  fort 
charnu , verd  en  couleur  : ses  ailes 
estoient  doubles , en  sa  gorge  il  auoit 
cinq  trous  en  façon  de  Lamproye  : 
sa  queue  estoit  longue  d’vne  aulne , 
au  haut  de  laquelle  estoient  deux 
petites  aisles.  Il  fut  apporté  tout  vif 
en  ladite  ville  de  Quioze , et  présenté 
aux  seigneurs  d’icelle,  comme  chose 
qui  n'auoit  iamais  esté  veuë. 

Diuerses  coquilles , ensemble  du  poisson  qui 

est  dedans  icelles,  dit  Bernard  l’Ermite 1. 

11  se  trouue  en  la  mer  de  si  estran 
ges  et  diuerses  sortes  de  coquilles  , 
que  l’on  peut  dire  que  Nature,  cham- 
brière du  grand  Dieu , se  iouë  en  la 
fabrication  d’icelles:  dont  ie  t’ay  fait 
portraire  ces  trois  , qui  sont  dignes 
de  grande  contemplation  et  admira- 
tion, dans  lesquelles  il  y a des  pois- 
sons comme  limaçons  en  leurs  co- 
quilles : lesquels  Aristote,  liure  4. 
de  l’histoire  des  Animaux , nomme 
Cancellus , estans  compagnons  des 
poissons  couuerts  de  cocques,  et  de 
test  dur,  et  semblables  aux  langous- 
tes, naissant  à par  soy. 

Rondelet  en  son  liure  de  l 'Histoire 
des  poissons  , dit  qu’en  Languedoc  ce 
poisson  se  nomme  Bernard  l Ermite  : 

» Les  dix  premières  lignes  de  cel  article  se 
lisaient  déjà  en  1573  ; mais  la  citation  d’Aris- 
tote qui  termine  le  premier  paragraphe  , et 
tout  le  teste  de  l’article , sont  des  additions 
de  1579. 


il  a deux  cornes  longuettes  et  menues, 
sous  lesquelles  il  a ses  yeux , ne  les 
pouuant  retirer  au  dedans  comme 
font  les  Cancres,  mais  tousiours  ap- 
paroissent  aduancés  au  dehors  : ses 
pieds  de  deuant  sont  fendus  et  four- 
chus, lesquels  luy  seruent  à se  dé- 
fendre et  à porter  en  sa  bouche.  Il 
en  a deux  autres  courbés  et  pointus 
desquels  il  s’aide  à cheminer.  La  fe- 
melle fait  des  œufs , lesquels  on  voit 
pendus  par  derrière  comme  petites 
patenostres  enfilées , toutesfois  enue- 
loppées  et  liées  par  petites  membra- 
nes. 

Elian  au  liure  7.  chapitre  31.  en 
escrit  ce  qui  s’ensuit  : « Cancellus 
naist  tout  nud  et  sans  coquille,  mais 
après  quelque  temps  il  en  choisit  de 
propre  pour  y faire  demeure  quand 
il  s’en  trouue  de  vuides,  comme  celle 
de  pourpre,  ou  de  quelque  autre 
trouuée  vuide  : il  s’y  loge , et  estant 
deuenu  plus  grand  en  sorte  qu’il  n’y 
peut  plus  tenir  (ou  lors  que  nature 
l’incite  à frayer) , il  en  cherche  vne 
plus  grande  où  il  demeure  au  large 
et  à son  aise.  Souuent  il  y a combat 
entre  eux  pour  y entrer,  et  le  plus 
fort  iette  le  plus  foible , et  ioüit  de  la 
place.  » 

Le  mesme  tcsmoigne  Pline,  li- 
ure 9. 

Il  y a vn  autre  petit  poisson  nom- 
mé Pinothere  >,  de  la  sorte  d’vn  can- 
cre, lequel  se  tient  et  vit  touiouis 
auec  la  pine  qui  est  ceste  espece  de 
grande  coquille  qu’on  appelle  nacre, 
demeurant  tousiours  assis  comme  vn 
portier  à l’ouuerture  d icelle,  la  te- 
nant entre-ouuerte  iusques  à ce  qu’il 
y voye  entrer  quelque  petit  poisson, 
de  ceux  qu’ils  peuuent  bien  prendre, 
lequel  mordant  la  nacre,  ferme  sa  co- 


1 Plutarque.  — A.  P. 


AV  LIVRE  DES  MONSTRES. 


quille  : puis  tous  deux,  grignotent  et 
mangent  leur  proye  ensemble. 

De  la  Lamie1. 

Rondelet,  au  3.  liure  des  Poissons, 
chap.  lt,  escrit  que  ce  poisson  se 
trouue  aucunesfois  si  merueilleuse- 
ment  grand,  qu’à  peine  peut  eslre 
trainé  par  deux  chenaux  sur  vne  char- 
rette. Il  mange  (dit-il)  les  autres  pois- 
sons, et  est  tres-goulu,  voire  deuore 
les  hommes  entiers  : ce  qu’on  a con- 
neu  par  expérience.  Car  à Nice  et  à 
Marseille,  on  a autresfois  pris  des  la- 
mies dans  l’estomach  desquelles  on 
a trouué  vn  homme  entier  tout 
armé. 

« l’ay  veu  (dit  Rondelet)  vne  lamie 
en  Xainlonge,  qui  auoit  la  gorge  si 
grande,  qu’vn  homme  gros  et  gras 
aisément  y fust  entré  : tellement  que 
si  auec  vn  bâillon  on  luy  lient  la  bou- 
che ouuerte,  les  chiens  y entrent  ai- 
sément pour  manger  ce  qu’ils  trou- 
uent  dedans  l’estomach.» 

Qui  en  voudra  sçauoir  d’auantage 
lise  Rondelet  au  lieu  allégué.  Pareil- 
lement Conradus  Gesncrus  en  ses  His- 
toires des  animaux,  l'oeillet  151.  ordre 
10.  continue  ce  que  Rondelet  en  a 
escril  : et  dit  d’auantage,  s’eslre  trou- 
ué des  chiens  tous  entiers  dans  l'esto- 
mach  de  ladite  lamie,  ayant  fait  ou- 
uorture  d’icelle  : et  qu’elle  a les  dents 
aiguës,  aspres  et  grosses.  Rondelet 
dit  aussi  qu’elles  sont  de  figure  trian- 
gulaire, découpées  des  deux  costés 
comme  vne  scie,  disposées  par  six 
rangs  : le  premier  duquel  se  monstre 
hors  de  la  gueule,  et  tendant  vers  le 
douant  : celles  du  second  sont  droites, 
celles  du  troisième,  quatrième,  cin- 

1 Cet  article  est  de  date  pies  récente  que 
les  autres;  on  le  lit  seulement  dans  l’édition 
de  1585. 


777 

quiéme,  sixième,  sont  courbées  vers 
le  dedans  de  la  bouche  pour  la  plus- 
part.  Les  Orféures  garnissent  ces 
dents  d’argent,  les  appellans  dents  de 
serpent.  Les  femmes  les  pendent  au 
col  des  enfans,  et  pensent  qu’elles 
leur  font  grand  bien  quand  les  dents 
leur  sortent  : aussi  qu’elles  les  gar- 
dent d’auoir  peur. 

I’ay  souuenance  d’auoir  veu  à 
Lyon,  en  la  maison  d’vn  riche  mar- 
chand, vne  teste  d’vn  grand  poisson, 
lequel  auoit  les  dents  semblables  à 
ceste  description,  et  ne  sceu  sçauoir  le 
nom  de  ce  poisson.  le  croy  à présent 
que  c’estoit  la  teste  d’vne  lamie,  l'a- 
uois  proposé  la  faire  voir  au  defunct 
Roy  Charles,  qui  estoit  fort  curieux 
de  voir  les  choses  sérieuses  et  mons- 
trueuses ; mais  deux  iours  après  que 
ie  voulus  la  faire  apporter,  il  me  fut 
dit  que  le  marchand,  sa  femme,  et 
deux  de  ses  seruileurs  estoient  frap- 
pés de  peste  : qui  fut  cause  qu’il  ne  la 
veit  point. 

Du  poisson  dit  Nauticus  >. 

Pline,  chap.  30.  lin.  9.  de  son  His- 
toire naturelle , nomme  ce  poisson 
Nautilus  ou  Nauticus , auquel  est  gran- 
dement à considérer,  que  pour  venir 
au  dessus  de  l’eau,  se  met  à l'enuers, 
remontant  peu  à peu  pour  escouler 
l’eau  qui  seroit  en  sa  coquille,  à tin 
de  se  rendre  plus  leger  à nauiger, 
comme  s’il  auoit  espuisé  lasentine  de 
son  nauire.  Et  estant  au  dessus  de 
l’eau,  il  recourbe  en  amont  deux  de 
ses  pieds,  qui  sont  joints  ensemble 
auec  vne  pellicule  fort  mince  pour 
luy  seruir  de  voile,  se  seruanl  de  ses 
bras  comme  d'auirons,  tenant  tous- 
iours  sa  queue  au  milieu , au  lieu  de 

1 Cet  article  est  une  addition  de  1579. 


APPENDICE 


778 

timon  : et  va  ainsi  sur  la  mer,  contre- 
faisant les  fustes  et  galères.  Que  s'il 
se  sent  auoir  peur,  il  serre  son  équi- 
page, et  remplit  sa  coquille  d'eau  en 
la  plongeant,  et  ainsi  s’en  va  au  fond. 

Description  de  la  Baleine  1 . 

Nous  abusons  aucunement  du  mot 
de  Monstre  pour  plus  grand  enrichis- 
sement de  ce  traité:  nous  mettrons 
en  ce  rang  la  Baleine,  et  dirons  es- 
tre  le  plus  grand  monstre  poisson  qui 
se  trouue  en  la  mer,  de  longueur  le 
plus  souuent  de  trente  six  coudées, 
de  huit  de  largeur,  l’ouucrture  de  la 
bouche  de  dixhuit  pieds,  sans  auoir 
aucunes  dents  : mais  au  lieu  d’icelles, 
aux  costés  des  inaschoires , a des  la- 
mes comme  de  corne  noire,  qui  finis- 
sent en  poils  semblables  à soyc  de 
pourceau,  qui  sortent  hors  de  sa  bou- 
che, et  luy  seruent  de  guide  pour 
monstrer  le  chemin,  à fin  qu’elle  11e 
se  heurte  contre  les  rochers.  Ses  yeux 


sont  distans  l’vn  de  l’autre  de  quatre 
aulnes,  et  plus  gros  que  la  teste  d’vn 
homme  : le  museau  court , et  au  mi- 
lieu du  front  vn  conduit  par  lequel 
attire  l’air  et  iette  vne  grande  quan- 
tité d’eau,  comme  vne  nuée,  de  la 
quelle  elle  peut  remplir  les  esquifs, 
et  autres  petits  vaisseaux,  et  les  ren- 
uerser  en  la  mer.  Quand  elle  est 
saoule,  brame  et  crie  si  fort  qu’on  la 
peut  ouyr  d’vne  lieuë  françoise  : elle 
a deux  grandes  ailes  aux  costés,  des- 
quelles elle  nage  et  cache  ses  petits 
quand  ils  ont  peur,  et  au  dos  n’en  a 
point  : sa  queue  est  semblable  à celle 
du  Dauphin,  et  la  remuant  esmeul 
si  fort  l’eau  qu’elle  peut  renuerser 
vn  esquif:  elle  est  couuerte  de  cuir 
noir  et  dur.  11  est  certain  par  l'anato- 
mie , qu’elle  engendre  ses  petits  vifs, 
et  qu’elle  les  allaicte  : car  le  masle  a 
des  testicules  et  membre  génital,  et 
la  femelle  vne  matrice  et  mannnelles. 

Elle  se  prend  en  certain  temps  d’hy- 
uer  en  plusieurs  lieux,  mesmement  à 


1 Cet  article  se  lit  déjà  dans  l’édition  de 
1573;  mais  auparavant  il  s’en  trouvait  un 
autre  qui  a été  retranché  dès  1575.  Il  était 
ainsi  conçu  : 

« Figure  d’vn  chancre  de  mer,  que  les 
Médecins  et  Chirurgiens  ont  comparée  a la 
tumeur  ehancreuse,  à cause  qu’elle  est  ronde 
et  aspre , et  les  venes  d’autour  aux  pieds 
torlus  de  cest  animal  : aussi  lorsqu’il  est 
accroché  contre  les  rochers,  difficilement  en 
est  destaché  : d’auanlagc  il  est  de  couleur 
fresque  et  noirastre,  comme  sont  les  tumeurs 
chancreuses  : et  voyla  pourquoy  les  aillions 
ont  donné  le  nom  de  chancre  à telle  tu- 
meur, à cause  de  la  similitude  qu’ils  ont  l’vn 
à l’autre.  Les  chancres  sont  troutiés  dedans 
les  tests  durs  des  moulles  et  des  huystres 
et  autres  poissons,  qui  ont  tests  pour  y cslre 
nourris  et  conserués,  comme  dedans  des 
cauernes  et  maisons  fortes , pareequ’il  n’y 
a besle  qui  n’ait  ce  don  de  nature  de  pour- 
rhc««<ir  ce  qui  lutr  est  necessaire ■ tant  pour 


se  nourrir  que  pour  se  retirer  et  heberger. 
Les  pescheurs  (se  dict  Aristote)  disent  qu’ils 
naissent  auec  ceux  dans  les  tests  desquels 
ils  sonttrouués.  Les  chancres  ont  dix  pieds, 
comprenant  leurs  deux  bras  fourchus,  et 
audedans  dentelés  pour  s’en  seruir  comme 
de  mains.  Ils  ont  la  queue  replyec  par  des- 
sus : ils  sontcouuers  de  coques  aspres,  faic- 
tesde  dernys  cercles  : ils  ont  six  cornes  à la 
teste,  et  les  ceils  sortans  fort  audehors  et 
fort  séparés  l’vn  de  l’autre  : au  printemps 
fisse  despoüillent  de  leur  coque,  comme  vn 
serpent  de  sa  peau  , et  se  senlans  afoiblis  et 
desarmés , ils  se  tiennent  cachés  aux  creux 
des  rochers  iusques  à ce  que  leur  coquille 
soit  reuenue  et  dure.  » 

Suivait  la  figure  du  chancre,  que  Paré 
reporta  en  1575  au  livre  des  Tumeurs  en 
general,  ch.  2,  et  c’est  pour  cela  sans  doute 
qu’il  supprima  en  cet  endroit  l’histoire  du 
chancre , ne  voulant  pas  en  répéter  la  fi* 
gurei  Voyea  lome  leq  page  iioîi 


AY  LIVRE  DES  MONSTRES. 


la  cosle  de  Bayonne,  prés  vn  petit 
village  distant  de  trois  lieues  ou  en- 
uiron  de  ladite  ville,  nommé  Biarris  : 
auquel  fus  enuoyé  par  le  commande- 
ment du  Roy  (qui  estoit  pour  lors  à 
Bayonne)  pour  traiter  monseigneur 
le  Prince  de  la  Roche-sur-Yon,  qui  y 
demeura  malade  : où  rappris  et  con- 
firmay  le  moyen  qu’ils  vsent  pour  ce 
faire,  qu’auois  leu  au  liure  que  mon- 
sieur Rondelet  a escril  des  poissons, 
qui  est  tel.  Contre  ledit  village  il  y 
a vne  montaignelte,  sus  laquelle  dés 
long  temps  a esté  édifiée  vne  tour 
tout  exprès  pour  y faire  le  guet,  tant 
le  iour  que  la  nuit , pour  descouurir 
les  baleines  qui  passent  en  ce  lieu  : et 
les  appercoiuent  venir,  tant;  pour  le 
grand  bruit  qu’elles  font,  que  pour 
l’eau  qu’elles  ietlent  par  vn  conduit 
qu’elles  ont  au  milieu  du  front:  et 
l’apperceuans  venir,  sonnent  vne  clo- 
che, au  son  de  laquelle  promptement 
tous  ceux  du  village  accourent  auec 
leur  équipage  de  ce  qui  leur  est  ne- 
cessaire pour  l’attraper.  Ils  ont  plu- 
sieurs vaisseaux  et  nacelles,  dont  en 
d’aucuns  il  y a des  hommes  seule- 
ment constitués  pour  pescher  ceux 
qui  pourroient  tomber  en  la  mer  : 
les  autres  dédiés  pour  combattre,  et 
en  chacun  il  y a dix  hommes  forts  et 
puissans  pour  bien  ramer,  et  plusieurs 
autres  dedans,  auec  dards  barbelés, 
qui  sont  marqués  de  leur  marque 
pour  les  reconnoistre,  attachés  à des 
cordes  : et  de  toutes  leurs  forces  ies 
iettent  sus  la  baleine,  et  lors  qu  ils 
appercoiuent  qu’elle  est  blessée  , qui 
se  connoist  pour  le  sang  qui  en  sort, 
lascbent  les  cordes  de  leurs  dards,  et 
la  suiuent  à fin  de  la  lasser  et  pren- 
dre plus  facilement  : et  l’altirans  au 
bord , se  resioüissent  et  font  gode- 
chere,  et  partissent,  chacun  ayant  sa 
portion  selon  le  tleuoir  qu'il  aura 


779 

fait  : qui  se  connoist  pour  la  quantité 
des  dards  qu’ils  auront  ieltés  et  se  se- 
ront trouués,  lesquels  demeurent  de- 
dans : et  les  reconnoissent  à leur  mar- 
que. Or  ies  femelles  sont  plus  faciles 
à prendre  que  les  masles , pource 
qu’elles  sont  soigneuses  de  sauuer 
leurs  petits,  et  s’amusent  seulement 
à les  cacher,  et  non  à s’eschapper. 

La  chair  n’est  rien  estimée  : mais  la 
langue,  pource  qu  elle  est  molle  et 
délicieuse,  la  sallenl  : semblablement 
le  lard,  lequel  ils  distribuent  en  beau- 
coup de  prouinces,  qu’on  mange  en 
Caresme  aux  pois  : ils  gardent  la 
graisse  pour  brusler,  et  frotter  leurs 
bateaux , laquelle  estant  fondue  ne 
se  congele  iamais.  Des  lames  qui  sor- 
tent de  la  bouche,  on  en  fait  des  ver- 
tugales,  busqués  pour  les  femmes,  et 
manches  de  couteaux,  et  plusieurs 
autres  choses:  et  quant  aux  os,  ceux 
du  pays  en  font  des  closlures  aux  iar- 
dins:et  des  vertebres,  des  marchés 
et  selles  à se  seoir  en  leurs  maisons. 

l’en  fis  apporter  vne,  que  ie  garde 
en  ma  maison  comme  vne  chose  mons- 
trueuse. 

Autre  espece  de  Baleine  L 

Vraye  portraiture  de  l’vne  des 
trois  Baleines  qui  furent  prises  le 
deuxième  luillet  1577,  en  la  riuiere 
de  l’Escault,  l’vne  à Fiessingues,  l’au- 
tre à Saflinghe , et  ceste  cy  à Hastin- 
ghe  au  Doèl,  enuiron  cinq  lieues 
d’Anuers  : elle  estoit  de  couleur  de 
bleu  obscur,  elle  auoit  sur  la  teste 
vne  [.narine  par  laquelle  elle  ieloit 
l'eau  : elle  auoit  de  longueur  en  tout 
cinquante  huit  pieds  ,et  seize  de  hau- 
teur : la  queuë  large  de  quatorze 
pieds  : depuis  l’œil  jusques  au  deuant 
du  ftiüüeau  il  y auoit  seize  pieds  d’es- 

i eut  article  eit  de  t&7th 


APPENDICE 


pace.  La  masehoire  «Tombas  estoit 
longue  de  six  pieds,  en  chaque  coslé 
de  laquelle  estoient  vingt-cinq  dents 
Mais  en  haut  elle  auoit  autant  de 
trous,  dans  lesquels  lesdites  dents 
d’embas  se  pouuoient  cacher.  Chose 
monstrueuse,  voir  la  masehoire  su- 
périeure desgarnie  de  dents . qui  de- 
uoient  estre  opposites  pour  la  ren- 
contre des  viandes  aux  dents  inferieu- 
res, et  en  lieu  d’icelles  dents  voir  des 
trous  inutiles.  La  plus  grande  de  ces 
dents  estoit  longue  de  six  pouces  : le 
tout  fort  merueilleux  et  espouuenta- 
ble  à contempler,  pour  la  vaslilé , 
grandeur  et  grosseur  de  tel  animal. 

Du  Rémora  C 

Pline,  liure  32,  chap.  1 , dit  qu’il  y a 
vn  petit  malautru  poisson , grand 
seulement  de  demy  pied  , nommé 
d’aucuns  Eehen.eis , d’autres  Rémora  , 
qui  mérité  bien  estre  mis  icy  entre  les 
choses  merueilleuses  et  monstrueu- 
ses , lequel  retient  et  arreste  les  vais- 
seaux de  mer  tant  grands  soient-ils  , 
lorsqu’il  s’attache  contre  , quelque 
effort  que  la  mer  ni  les  hommes  sça- 
chent  faire  au  contraire , comme  les 
flots  et  les  vagues  , et  le  vent  estant 
en  golfe  des  voiles , et  seconde  des 
rames  ou  cables  , et  ancres  quelques 
grosses  et  pesantes  qu’elles  fussent. 
Et  de  fait , on  dit  qu’à  la  defifaite 
d’Actium,  ville  d’Albanie , ce  poisson 
arresta  la  gallere  capitainesse  où  es- 
toit Marcus  Antonius,  qui,  à force  de 

i Cet  article  a paru  pour  la  première  fois, 
en  grande  partie  du  moins,  en  1376. 


rames,  alloit  donnant  courage  à scs 
gens  de  gallere  en  gallere  : et  pen- 
dant l’armée  d’Auguste  , voyant  ce 
desordre  , inueslit  si  brusquement 
celle  de  Marcus  Antonius,  qu’il  luy 
passa  sur  le  ventre.  De  mesme  aduint 
en  la  gallere  de  l’Empereur  Caligula. 
Ce  Prince  voyant  que  sa  gallere  seule 
entre  toutes  celles  de  l’armée  n’auan- 
çoit  point,  et  neanlmoins  estoit  à cinq 
par  bancs , entendit  subit  la  cause  de 
l’arrest  qu’elle  faisoit  : promptement 
force  plongeons  se  ietterent  en  mer  , 
pour  chercher  à l’entour  de  ceste  gal- 
lere ce  qui  la  faisoit  arrester,  et  trou- 
uerent  ce  petit  poisson  attaché  au 
timon  : lequel  estant  apporté  à Cali- 
gula , fut  fort  fasché  qu’vn  si  petit 
poisson  auoit  le  pouuoir  de  s’opposer 
à l’effort  de  quatre  cents  espaliers  et 
galliots  qui  estoient  en  sa  gallere 

Escoulez  ce  grand  et  sage  Poète  le 
Seigneur  du  Barlas,  lequel  dit  de 
bonne  grâce  au  cinquième  liure  de 
la  Scpmaine,  les  vers  qui  s’ensuiuent  : 

1 Dans  les  deux  éditions  de  1575  et  1579, 
on  lisait  à la  suite  de  cê  paragraphe  • 

« Dauantagc  Pline  au  mesme  liure  et 
chapitre,  dit  qu’il  y a vn  autre  poisson 
nommé  torpille,  lequel  louchant  seulement 
de  la  ligne  stupéfié  et  amortisse  sentiment 
du  bras  de  celuy  qui  tient  la  ligne.  » 

Mais  en  1685,  Paré  voulant  insérer  la  lon- 
gue citation  de  Dubartas  qu’on  va  lire, 
raya  cette  phrase  qui  aurait  rompu  le  sens  : 
retranchement  d’autant  plus  facile  qu’il  a 
parlé  en  divers  endroits  de  la  torpille  aux 
livres  îles  Venins  et  des  Animaux  , et  qu’au 
chapitre  ?8  du  livre  des  Venins  il  cite  même 
à son  occasion  d’autres  vers  de  Dubartas. 


AV  LIVRE  DES  MONSTRES. 


78. 


La  Remore  fichant  son  débile  museau 
Contre  la  moitié  bord  du  tempesté  vaisseau  , 

L’arreste  tout  d’vn  coup  au  milieu  d’vue  Dote 
Qui  suit  le  vueil  du  vent,  et  le  vueil  du  pilote. 
Lesresnesde  la  nef  on  lasche  tant  qu’on  peut  : 

Mais  la  nef  pour  cela  charmée  ne  s’esmeut , 

Non  plus  que  si  la  dent  de  mainte  ancre  fichée 
Vingt  pieds  dessous  Thetis  la  tenoit  accrochée  , 

Non  plus  qu’vn  chesne encor,  qui  des  vents  irrités 
A mille  et  mille  fois  les  efforts  despités  , 

Ferme , n’ayant  pas  moinspour  souffrir  ceste  guerre 
Des  racines  dessous  que  des  branches  sur  terre. 

Dy  nous,  arreste-nef , dy  nous,  comment  peux-tu 
Sans  secours  t’opposer  à laiointe  vertu 
Et  des  vents,  et  des  mers,  et  des  deux,  et  des  gasches^ 
Dy  nous  en  quel  endroit,  ô Remore,  lu  caches 
L’ancre  qui  tout  d’vn  coup  bride  les  mouuemens 
D’vn  vaisseau  combatu  de  tous  les  elemens? 

D’où  tu  prens  cest  engin  , d'où  tu  prens  ceste  force , 
Qui  trompe  tout  engin  , qui  toute  force  force  ? 


Or  qui  voudra  sçauoir  plusieurs 
autres  choses  monstrueuses  des  pois- 
sons, lise  ledit  Pline , et  Rondelet  en 
son  liure  des  Poissuns. 


CHAPITRE  IL 

DES  MONSTRES  VOLATILES. 

De  l’ Autruche. 

Cest  oiseau  est  dit  Autruche , et  est 
le  plus  grand  de  tous , tenant  quasi 
du  naturel  des  besles  à quatre  pieds, 
fort  commun  en  Afrique  et  en  Ethio- 
pie: il  ne  bouge  de  terre  pour  pren- 
dre l’air,  neantmoins  passe  vn  cheual 
de  vistesse.C’est  vn  miracle  de  nature, 
que  cest  animal  digéré  indifférem- 
ment toutes  choses  Ses  œufs  sont  de 


merueilleuse  grandeur,  iusques  à en 
faire  des  vases  : son  pennage  est  fort 
beau,  comme  chacun  peut  connoislre 
et  voir  par  ce  portrait  L 
le  ne  veux  laisser  passer  sous  si- 
lence de  la  rarité  que  i’ai  veu,  tou- 
chant les  os  de  l’Autruche.  Le  feu 
Roy  Charles  en  faisoit  nourrir  trois 
au  logis  de  monsieur  le  mareschal  de 
Rets , vne  desquelles  estant  morte  , 
me  fut  donnée,  et  en  fis  vn  scelelte. 
Le  portrait  duquel  ay  voulu  icy  in- 
sérer auec  sa  description. 


1 Ici  était  le  portrait  d’une  autruche , da- 
tant, avec  le  paragraphe  qui  précède,  de 
l’édition  de  1573.  Mais  le  reste  de  l’article, 
avec  la  figure  du  squelette  de  l’autruche  , a 
été  ajouté  seulement  en  1679,  et  se  trouvait 
alors  placé  après  l’histoire  de  l’oiseau  de  pa- 
radis. L’arrangement  actuel  est  de  1685 . 


782 


APPENPICR 


A La  teste  est  vn  peu  plus  grosse  que  celle 
de  la  grue,  longue  d’un  empan  depuis 
la  sommité  de  la  teste  tirant  au  bec, 
estant  plaltc,  ayant  le  bec  fendu  ius- 
ques  enuiron  le  milieu  de  l’œil  , estant 
iceluy  aucunement  rond  en  son  extré- 
mité. 

B Son  col  est  de  longueur  de  trois  pieds , 
composé  de  dix  sept  vertebres,  lesquel- 
les ont  do  chacun  costé  vne  apophyse 
transuerse  tirant  contre  bas,  de  lon- 
gueur d’vn  bon  poulce,  excepté  que  la 


première  et  seconde  proche  de  la  teste 
n’en  ont  point,  et  sont  coniointes  par 
ginglyme. 

G Son  dos,  de  longueur  d’vn  pied,  est  com- 
posé de  sept  vertebres. 

D L’os  Sacrum  est  de  longueur  de  deux 
pieds  ou  enuiron,  au  haut  duquel  y a 
vne  apophyse  transuerse,  sous  laquelle 
y a vn  grand  pertuis,  E , puis  trois  au- 
tres moindres,  F G H : suiuant  lesquels 
y a la  boette  où  l’os  de  la  cuisse  s’insi- 
nue , I,  produisant  de  sa  partie  externe 


AV  LIVRE  DES  MONSTRES. 


783 


latérale  vn  os  percé , K,  quasi  en  son 
commencement,  puis  est  vni  : après  le- 
dit os  se  fourche  en  deux,  dont  l’vn  est 
plus  gros,  L,  et  1 autre  est  moindre, 
M,  chacun  de  longueur  de  demy  pied  et 
quatre  doigts  : puis  se  réunissent,  ayant 
entre  le  lieu  où  ils  se  fourchent  et  le 
lieu  où  ils  se  réunissent,  vn  pertuis  large 
de  quatre  doigts,  N,  et  plus  long  d’vn 
empan:  puis  ce  que  reste  de  l’os  est  de 
ligure  d’vne  serpe  ou  çousteau  crochu, 
large  de  trois  trauers  de  doigts,  longue 
de  six  poulces , O : puis  en  son  extré- 
mité se  ioint  par  synchondrose. 

P L’os  de  la  queue  a neuf  vertebres  sembla- 
bles à cell.es  de  l’homme. 

11  y a deux  os  en  la  cuisse , dont  le  premier, 
Q,  l’os  de  la  cuisse,  est  de  longueur  d’vn 
grand  pied  et  gros  comme  ccluy  d’vn 
clieual  et  plus  : R,  l’autre  qui  le  suit,  est 
d’vn  pied  et  demy  de  longueur,  ayant  par 
haut  vn  petit  focille  de  la  longueur  de 
l’os  en  espointant  vers  le  bas. 

S La  iambe  où  est  attaché  le  pied  est  de  la 
longueur  d’vn  pied  et  demy,  ayantwn  son 
extrémité  deux  ongles,  vn  grand  et  l’au- 
tre petit:  à chacun  ongle  y a trois  os. 

T Huit  costes  qui  s’insèrent  à l’os  du  Ster- 
non , dont  aux  trois  du  milieu  de  cha- 
que costé  y a vne  production  osseuse 
ressemblante  à vn  croc. 

V L’os  du  Sternon,  est  d’vne  piece  de  gran- 

deur d’vn  pied  représentant  vne  large , 
auquel  se  ioint  vn  os  qui  cheuauche  les 
trois  premières  costes,  qui  lient  le  lieu 
des  clauicules. 

X Le  premier  os  de  l’aile,  est  de  longueur 
d’vn  pied  et  demy. 

V Au-dessus  de  luy  y a deux  autres  os  res- 

semblons au  Radius  et  Cubitus,  au  bout 
desquels  sont  attachés  six  os  , Z,  qui  sont 
l’extremité  de  l’aisle. 

L’animal  en  lier  est  de  longueur  de 
sept  pieds  , et  de  sept  pieds  et  plus  de 
haut,  commençant  au  bec,  et  finis- 
sant aux  pieds. 

Il  y a plusieurs  autres  choses  re- 
marquables, que  ie  laisse  pour  brief 
ueté. 


De  l'oiseau  nommé  Toucan  '. 

Theuet , en  sa  Cosmographie 2,  dit 
qu’il  a veu  aux  terres  neufues  vn  oi- 
seau que  les  Sauuages  appellent  en 
leur  gergon  Toucan  , lequel  est  fort 
monstrueux  et  difforme , en  tant  qu’il 
a le  bec  plus  gros  et  plus  long  que 
tout  le  reste  du  corps.  Il  vit  de  poi- 
ure,  comme  nos  tourtes,  merles  et 
estourueaux  font  icy  de  graine  de 
lierre  , qui  n’est  pas  moins  chaude 
que  le  poiure. 

Un  gentilhomme  Prouençal  en  fit 
présent  d’vn  au  feu  Roy  Charles  neu- 
fiéme  , ce  qu’il  ne  peut  faire  vif,  car 
en  l’apportant  mourut  : neantmoins 
le  présenta  au  Roy,  lequel  après  l’a- 
uoir  veu  , commanda  .à  Monseigneur 
le  Mareschal  de  Rets  me  le  bailler, 
pour  l’anatomiser  et  embaumer  , à 
fin  de  le  mieux  conseruer  : toutesfois 
bientost  après  se  putréfia.  11  estoit 
de  grosseur  et  plumage  semblable 
à vn  Corbeau , reste  que  le  bec  estoit 
plus  grand  que  le  reste  du  corps  , de 
couleur  iaunastre  transparent , fort 
leger,  et  dentelé  en  maniéré  de  scie, 
le  le  garde  comme  vne  chose  quasi 
monstrueuse. 

De  l'oiseau  de  Paradis  3. 

Hierosme  Cardan  , en  ses  liure 
la  Subtilité  , dit  qu’aux  Isles  des  M0 
lucques , on  trouue  sur  la  terre  , ou 
sur  la  mer,  vn  oiseau  mort  appelé  Ma- 
nucoiliata , qui  signifie  eu  langue  Indi- 
que, oiseau  de  Dieu, lequel  on  11e  voit 
point  vif.Ilhabiteen  l’air  haut, son  bec 

1 Cet  article,  comme  la  tin  du  précédent, 
est  de  1579  ; mais  il  était  alors  placé  à la  fin 
du  chapitre. 

2 Lia.  21.  chap.  12.' — A.  P. 

3 Cet  article  se  lisait  déjà  dans  l’édition  de 
1 573. 


APPENDICE 


7^1 

et  corps  semblable  à l’arondelle,  mais 
orné  de  diuerses  plumes  : celles  qui 
sont  sus  la  teste  sont  semblables  à 
l'or  pur , et  celles  de  sa  gorge  à celles 
d’vn  canard  : sa  queue  et  ailes  sem- 
blables à celles  d’vne  panasse.  Il  n’a 
aucun  pied , et  si  quelque  lassitude  le 
prend,  ou  bien  qu’il  vueille  dormir, 
il  se  pend  par  ses  plumes,  lesquelles 
il  entortille  au  rameau  de  quelque 
arbre.  Iceluy  vole  d’vne  merueilleuse 
vistesse,el  n’est  nourri  que  de  l’air  et 
rosée.  Le  masle  a vne  cauité  sur  son 
dos  , où  la  femelle  couue  ses  petits  ’. 

l’en  ay  veu  vn  en  cesle  ville, ■’quc 
l'on  donna  au  feu  Roy  Charles  neu- 
Géme  : et  aussi  i’en  garde  vn  en  mon 
cabinet,  qu’on  m’a  donné  par  grande 
excellence. 


CHAPITRE  III. 

CES  MONSTRES  TERRESTRES. 

D’vne  bcslc  nommée  Huspalim. 

André  Theuet,  tome  1.  liure  4. 
cliap.  il , dit  qu’en  l’isle  de  Zocotere  , 
qu’on  voit  vne  beste  qui  s’appelle 
Huspalim , grosse  comme  vn  marmot 

1 La  fin  de  l’article  était  différente  dans 
les  premières  éditions.  En  1573  et  1575  , on 
lisait  : 

«L’interieur  de  cest  oiseau,  comme  des- 
critMelchior  Gnillaudin  lîeruce,  estfarcy  et 
replet  de  graisse,  et  dit  en  auoir  veu  deux  : 
Quant  à moy  i’en  ay  veu  vn  en  cesle  ville, 
qu’vn  homme  notable  auoit,  dont  en  faisoit 
grande  estime  : duquel  oiseau  tu  as  icy  le 
portraict.  » 

En  1579,  tout  cela  fut  rayé,  et  Paré  écrivait 
en  place: 

« l’en  ay  veu  vn  en  cestc  ville  que  Ion 
donna  au  deffund  Iioy  Charles.  » 

Et  enfin  le  texte  actuel  est  de  1585. 


Ethiopien  , forl  monstrueuse , que  les 
Ethiopiens  tiennent  en  de  grandes 
cages  de  ionc,  ayant  la  peau  rouge 
comme  escarlate  , quelque  peu  mou- 
chetée , la  teste  ronde  comme  vne 
boule , les  pieds  ronds  et  plats  sans 
ongles  offensiues,  laquelle  ne  vit  que 
de  vent.  Les  Mores  l’assomment,  puis 
la  mangent,  après  luy  auoir  donné 
plusieurs  coups  de  baston,à  lin  de 
rendre  sa  chair  plus  délicate  et  aisée 
à digerer. 

Du  Gira/Te. 

Au  Royaume  de  Camota  , d’Ahob  , 
de  Benga,  et  autres  montaignes  de 
Cangipu  , Plimaliq,  et  Garagan,  qui 
sont  en  l’Inde  intérieur,  par  delà  le 
fleuue  de  Gangcs,  quelques  cinq  de- 
grés par  delà  le  Tropiq  de  Cancer,  se 
trouue  la  beste  appelée  des  Germains 
Occidentaux,  Gira/fe.  Cest  animal  dif- 
féré peu  de  teste  et  oreilles , et  de 
pieds  fendus,  à nos  Biches.  Son  col  est 
long  d’enuiron  vne  toise , et  subtil  à 
merueille  , et  différé  pareillement  de 
iambes , d’autant  qu’il  les  a autant 
haut  esleuéesque  beste  qui  soit  sous 
le  Ciel.  Sa  queue  est  ronde , qui  ne 
passe  point  les  jarrets , sa  peau  belle 
au  possible.  Elle  est  moucheltée  eu 
plusieurs  endroits,  de  tache  tirant 
entre  blanc  et  tanné,  comme  celle 
du  Leopart , qui  a donné  argument  à 
quelques  Historiographes  grecs  de 
luy  donner  le  nom  de  Chamœleopar- 
dalis.  Ceste  beste  est  si  sauuage  auant 
que  d’eslre  prise , que  bien  peu  sou- 
uent  se  laisse  voir,  se  cachant  par  les 
bois  et  deserts  du  pays,  où  autres 
besles  ne  repaissent  point  : et  dés 
aussi  lost  qu’elle  voit  vn  homme , elle 
tasclie  à gaigner  au  pied  : mais  Gna- 
lement  on  la  prend  , parce  qu’elle  est 
lardiue  en  sa  course.  Au  reste  prise 
qu’elle  est,  c’est  la  beste  la  plus  douce 


1 


AV  LIVRE  DES  MONSTRKS. 


à gouuerner,  qu'autre  qui  viue.  Sur 
sa  teste  apparoissent  deux  petites  cor- 
nes longues  d’vn  pied  ou  enuiron  , 
lesquelles  sont  assez  droites  et  enui- 
ronnées  de  poil  tout  autour:  vne 
lance  n’est  point  plus  haute  qu’elle 
leue  sa  teste  en  haut.  Elle  se  paist 
d’herbes,  et  vit  aussi  de  fueilles  et 
branches  d’arbres  , et  aime  bien  le 
pain,  chose  qu’atteste  et  figure  André 
Tbeuet , liure  il , chap.  13  , tome  1 , 
de  sa  Cosmographie. 

Des  Eteplians  1 11 . 

Les  Elephans  naissent  en  Afrique  , 
delà  les  deserls,  en  la  Mauritanie,  et 
aussi  en  Ethiopie.  Les  plus  grands 
sont  ceux  qui  naissent  és  Indes.  Ils 
passent  en  grandeur  tous  les  autres 
animaux  à quatre  pieds  : neantmoins , 
comme  dit  Aristote,  ils  s’apriuoisent 
si  fort,  qu’ilsdemeurentles  plus  doux 
et  priués  de  toutes  les  bestes  : on  les 
enseigne,  et  entendent  à faire  plusieurs 
charges.  Us  sont  couuerts  d’vn  cuir 

1 Au  lieu  de  cet  article’,  l’édition  de  1579 
en  offrait  ici  quatre  : le  premier  traitant 
du  pyrassouppi,  le  second  du  camphurch , le 
troisième  de  l’eleplianl,  le  quatrième  du  tau- 
reau de  la  Floride.  Trois  de  ces  articles  ont 
été  depuis  reportés  au  Discours  de  la  licorne. 

11  est  à remarquer  que  ce  déplacement  se  fit 
avec  tant  de  négligence,  que  l’histoire  delà 
beste  thanacht  avait  sauté  en  même  temps 
dans  l’édition  de  1585,  et  n’ayant  point 
trouvéplaceauDiscoursdela  licorne,  n’avait 
point  été  remise  ici,  bien  que  la  figure  de  la 
bête  y fût  conservée.  Cette  lacune  a été  ré- 
parée dès  la  première  édition  posthume. Mais 
d’un  autre  côté,  la  figure  de  l’éléphant 
ayant  été  aussi  transportée  au  Discours  de  la 
licorne,  le  texte  qui  s’y  rapporte  avait  été 
oublié,  et  il  avait  été  conséquemment  effacé 
d’un  endroit  sans  être  reproduit  dans  l’au- 
tre : je  l’ai  rétabli  ici  d’après  l’édition  de 
1579. 


785 

semblable  à vn  bulle,  clair  semé  de 
poil  de  couleur  cendrée.  Ils  ont  la 
teste  grosse,  le  col  court,  les  oreilles 
larges  de  deux  empans  : le  nez  très 
long  et  creux  comme  vne  grande 
trompe,  louchant  presque  iusques  à 
terre  , duquel  se  seruent  en  lieu  de 
mains.  Ils  ont  la  gueule  prés  la  poi- 
trine, assez  semblable  à celle  d’vn 
pourceau  : du  dessus  sortent  deux 
dents  fort  grandes.  Leurs  pieds  sont 
ronds  comme  tailloirs,  larges  de  deux 
ou  trois  empans,  et  autour  sont  cinq 
ongles.  Us  ont  les  iambes  grosses  et 
fortes,  non  composées  d’vn  seul  os 
entier  comme  aucuns  ont  estimé  , 
mais  plient  les  genoiiils  comme  autres 
bestes  à quatre  pieds  : et  partant 
quand  on  veut  monter  dessus  ou  les 
charger,  ils  s’agenouillent,  puis  ils  se 
releuent.  Us  ont  la  queuë  comme  vn 
buflc,  peu  garnie  de  poil , longue  en- 
uiron de  trois  empans:  par  quoy  ils 
seroient  maltraités  des  mouches,  si 
Nature  ne  les  auoit  pourueus  d’vn 
autre  moyen  pour  s’en  défendre  : c’est 
qu’alors  qu’elles  les  mordent  et  pi- 
quent, ils  resserrent  leur  cuir,  qui  est 
du  tout  ridé  et  remplié  : par  ainsi  ils 
les  escachent  prises  entre  ses  rides.  U 
n’y  a homme  qu’il  n’atteinde  , encore 
n’allant  que  son  pas  : sa  grande  cor- 
pulence en  est  cause , car  ses  pas  sont 
si  longs  qu’ils  outrepassent  la  grande 
vistesse  des  hommes.  Us  viuent  de 
fruits  et  fueilles  d’arbres,  et  si  il  n’y  a 
arbre  si  gros  qu’ils  n’atterrent  et  met 
tent  en  pièces.  Us  croissent  iusques  à 
la  hauteur  de  seize  empans  : pour  ce 
ceux  qui  n’ont  accoustumé  d’aller 
dessus  sont  aussi  eslonnés  que  ceux 
qui  n’ont  coustume  d’aller  sur  mer. 
Us  sont  si  effrénés  de  leur  nature  , 
qu’ils  nepeuuent  endurer  bride  quel- 
conque, qui  est  cause  qu’il  les  faut 
I laisser  aller  à leur  liberté  : toutesfois 

5o 


XII. 


APPENDICE 


786 

ils  sont  fort  obpissans  aux  hommes 
de  leur  nation,  enlendans  bien  leur 
langage  : parquoy  il  pst  aisé  à les 
gouuerner  par  parolles.  Lorsqu’ils 
veulent  molester  quelque  personne, 
ils  l’eleuent  en  l'air  auec  leur  grand 
nez,  puis  d’vne  ardente  furie  le  ruent 
contre  terre  et  le  foulent  aux  pieds  , 
bisques  à ce  qu’ils  leur  ayent  fait  ren- 
dre l’esprit. 

Aristote  dit  qu’ils  n’engendrent  point 
que  iusques  à vingt  ans  1 : ils  ne  sont 
point  adultérés,  car  ils  ne  touchent 
iamais  qu’à  vne  femelle,  et  quand  ils 
la  commissent  pleine , ils  n’ont  garde 
d’y  toucher.  On  ne  peut  sçauoir  com- 
bien de  temps  la  femelle  porte,  car 
les  masles  les  couurent  en  secret,  de 
honte  qu’ils  ont.  Les  femelles  font 
leurs  petits  auec  douleur  comme  les 
femmes  , et  les  leschent  incontinent. 
Us  voient  et  marchent  soudain  qu’ils 
sont  nés.  Ils  viuent  deux  cens  ans. 

On  voit  des  dents  d’Elephans  , 
appellées  Iuoire  , merueilleusement 
grandes , en  plusieurs  villes  d’Italie  , 
comme  à Venise,  Rome,  Naples, et 
mesmement  en  çeste  ville  de  Paris , 
desquelles  on  fait  coffres,  lucts,  pei- 
gnes, et  plusieurs  autres  choses  à l’v- 
sage  de  l’homme. 

De  la  beslc  Thanaclh. 

André  Theuet , tome  1.  chap.  10. 
en  sa  Cosmographie,  dit  que  du  temps 
qu’il  estoit  sur  la  Mer  Rouge,  arriue- 
rent  certains  Indiens  de  terre  ferme 
qui  apportèrent  vn  monstre  de  gran- 
deur et  proportion  d’vnTygre,  n’ayant 
point  de  queue,  mais  la  face  toute 
semblable  à celle  d’vn  homme  bien 
formé , foi  s que  le  nez  estait  camus  : 
les  mains  de  douant  comme  d’vn 
homme,  et  les  pieds  de  derrière  res- 

il,iu.  G.  chap.  27.  de  Hist.  animal.  — A.  P. 


semblans  à ceu$  d’vn  Tygt'e,  fout 
couuei  t de  poil  bazané.  Et  quant  à la 
teste,  oreilles,  col , pt  bouche  comme 
homme,  ayant  les  cheueux  bien  peu 
noirs  et  crespelus,  de  mesme  les  Mo- 
res qu’on  voit  en  Afrique.  C’estoit  la 
nouueauté  que  ces  Indiens  appor- 
toient  pour  faire  voir,  pour  l’honnes- 
teté  et  courtoisie  de  leur  terre  , et 
nommoient  ceste  gentille  beste  Tha- 
nacth  : laquelle  ils  tuent  àj  coups  de 
fléchés,  puis  la  mangent. 

D’vne  hesie  monstrueuse  laquelle  ne  vil  que  de 
vent , dite  Haiit. 

Theuet  en  sa  Cosmographie,  tom.  2. 
chap.  13.  dit  qu’en  Afrique  se  trouue 
vne  beste , nommée  des  Sauuages 
Haiit , fort  difforme,  et  est  presque 
incredible  qu'il  en  soit  de  telle  qui  ne 
l’auroit  veuë.  Elle  peut  eslre  de  gran- 
deur à vne  grosse  Guenon , ayant  son 
ventre  auallé  et  proche  de  terre  , 
quoy  qu’elle  soit  debout  : sa  face  et 
teste  sont  presque  semblables  à celles 
d’vn  enfant.  Ce  Haiit  estant  pris, 
ietle  de  grands  soupirs,  ne  plus 
ne  moins  que  feroit  vn  homme  at- 
teint de  quelque  grande  et  excessiue 
douleur.  Elle  est  de  couleur  gri- 
se, n’ayant  que  trois  ongles  à cha- 
cune patte  , longue  de  quatre  doigts, 
faits  en  forme  d’arestes  d’vne  carpe, 
auec  lesquelles  griffes  qui  sont  au- 
tant ou  plus  trenchantes  que  celles 
d’vn  Lion  , ou  autre  beste  cruelle  , 
elle  monte  sus  les  arbres , où  elle  fait 
plus  sa  résidence  qu’en  terre.  Elle  a 
la  queue  longue  seulement  de  trois 
doigts.  Au  reste  c’est  vn  casestrange, 
que  iamais  homme  ne  sçauroit  dire 
l’auoir  veuë  manger  de  chose  quel- 
conque, quoy  que  les  Sauuages  en 
ayent  tenu  longtemps  dedans  leurs 
loges,  pour  voir  si  elles  mangeroient 


AV  LIVRE  DES  MONSTRES. 


quelque  chose  : et  disoientles  Sauna- 
ges que  seulement  elles  viuoient  de 
vent. 

D vn  animal  fort  monstrueux  naissant 
eu  Afrique  *, 

l’ay  retiré  de  Iean  Leon , en  son 
Histoire  d’Afrique,  cest  animal  fort 
monstrueux , de  forme  ronde,  sembla- 
ble à la  Tortue  : et  sur  le  dos  sont 
croisés  et  signés  deux  lignes  iaunes, 
en  figure  de  croix , à chaque  bout 
desquelles  lignes  est  vn  œil  et  vne 
oreille,  tellement  qu’en  quatre  parts 
et  de  tous  costés  ces  animaux  voient  et 
oyent , des  quatre  yeux  et  des  quatre 
oreilles  , et  toutesfois  n’ont  qu’vne 
seule  bouche  et  ventre,  où  descend 
ce  qu’ils  boiuentet  mangent.  Ces  bes- 
tes  ont  plusieurs  pieds  autour  du 
corps , .auecques  lesquels  peuuent 
cheminer  de  quelque  costé  qu’ils 
veulent  sans  contourner  le  corps  : la 
queue  assez  longue,  le  bout  de  la- 
quelle est  fort  touffu  de  poil.  Et  af- 
ferment les  habitans  de  ce  pays  que  le 
sang  de  ces  animaux  est  de  mer- 
ueilleuse  vertu  pour  conioindre  et 
consolider  les  playes,et  n’y  a baume 
qui  ait  plus  grande  puissance  de  ce 
faire. 

Mais  qui  est  celuy  qui  ne  s’esmer- 
ueillera  grandement  de  contempler 
cesle  beste,  ayant  tant  d’yeux,  oreil- 
les et  pieds,  et  chacun  faire  son  of- 
fice? où  peuuent  eslre  les  instrumens 
dédiés  à telles  operations?  Véritable- 
ment quant  à moy  i’y  perds  mon  es- 
prit, et  ne  sçaurois  autre  chose  dire , 

1 Cet  article  est,  comme  les  autres,  de  1579, 
et  il  a été  reproduit  en  1585.  Mais,  par  je  ne 
sais  quelle  négligence,  le  premier  paragra- 
phe avait  été  omis  dans  la  première  édition 
posthume,  et  par  suite  dans  toutes  les  au- 

tres. C’était  une  nécessité  de  le  rétablir. 


787 

fors  que  Nature  s’y  est  ioüée,  pour 
faire  admirer  la  grandeur  de  ses  œu- 
ures. 

Du  Caméléon  l. 

On  trouue  cest  animal  nommé  Ca- 
méléon en  Afrique , et  est  fait  comme 
vn  lézard,  sinon  qu’il  est  plus  haut 
deiambes  : d’auantage  il  a les  flancs 
et  le  ventre  ensemble  comme  les  pois- 
sons : aussi  a-il  des  arestes  sur  le  dos, 
comme  on  voit  aux  poissons  : il  a mu- 
fle comme  vn  petit  cochon,  la  queuë 
fort  longue,  qui  va  tousiours  en  ap- 
pointant , ses  ongles  fort  aigus  , et 
marche  ainsi  pesamment  qu’vne  Tor- 
tue , et  a le  corps  rude  et  escaillé 
comme  vn  Crocodile  : il  ne  ferme  ia- 
mais  l’œil,  et  ne  bouge  point  la  pru- 
nelle. Au  reste  c est  vne  chose  admi- 
rable de  parler  de  sa  couleur  : car  à 
toutes  heures,  principalement  quand 
il  s'enfle,  il  la  change  : qui  se  fait  à 
cause  qu’il  a le  cuir  fort  délié  et  min- 
ce,et  le  corps  transparant: 2 tellement 
que  de  deux  choses  T vne,  ou  qu’en 
la  tenuité  de  son  cuir  transparant 
est  aisément  représentée  , comme  en 
vn  miroir,  la  couleur  des  choses  qui 

1 Cet  article  existait  déjà  en  1573,  où, 
comme  nous  avons  dit,  il  terminait  le  cha- 
pitre et  le  livre;  il  a cependant  subi,  en 
1575  et  1579 , quelques  changements  qui  se- 
ront indiqués. 

Immédiatement  auparavant  les  trois  édi- 
tions de  1573  à 1579  avaient  un  article  sur 
le  Rhinocéros,  lequel  a été  reporté  depuis  au 
Discours  de  la  Licorne. 

2 En  1579  l’article  était  plus  court;  l’au- 
teur ajoutait  seulement  : 

« Et  outre  ce  a vne  propriété  indicible 
pour  ce  faire  : estant  mort  il  est  pâlie  : i’ay 
obserué  ceste  description,  etc.  » 

En  1575,  le  paragraphe  fut  rédigé  à peu 
près  comme  on  le  lit  aujourd’hui  ; et  la  ci- 
tation de  Malthiolc  est  de  1579. 


APPENDICE 


788 

luy  sont  voisines  (ce  qui  est  le  plus 
vraisemblable):  ou  que  les  humeurs 
eu  luy  esmeus  diuersement  selou  la 
diuersilé  (le  ses  imaginations , repré- 
sentent diuerses  couleurs  vers  le  cuir, 
non  autrement  que  les  pendans  d’vn 
coq  d’Inde.  Estant  mort  il  est  pâlie. 

Matthiole  dit  que  si  on  luy  arra- 
che l’œil  droit  quand  il  est  en  vie,  il 
nettoye  les  taches  blanches  qui  sont 
sus  la  cornée,  meslé  auec  du  laict  de 
chéure:  si  on  se  frotte  de  son  corps,  le 
poil  tombe  : son  fiel  digéré  et  oste  les 
cataractes  des  yeux. 

I’ay  obserué  ceste  description  en 
celuy  que  i’ay  en  mon  logis. 


CHAPITRE  IV. 

DES  MONSTRES  CELESTES- 

Les  anciens  nous  ont  laissé  par  es- 
crit  que  la  face  du  Ciel  a esté  tant  de 
fois  défigurée  de  Cometes  barbues, 
cheuelues  , de  torches,  flambeaux, 
coulonnes , lances , boucliers,  batail- 
les de  nuées , dragons,  duplication  de 
Lunes  et  Soleiis,  et  autres  choses  : ce 
que  ie  n’ay  voulu  obmetlre,  pour  ac- 
complir ce  liure  des  Monstres  : et 
pour  ce  en  premier  lieu  ie  produiray 
ceste  histoire , figurée  aux  histoires 
prodigieuses  deBoisluau,  lequel  dit 
l’auoir  tirée  de  Lycosthene. 

L'antiquité,  dit-il , n’a  rien  experi. 
menté  de  plus  prodigieux  en  l’air,  que 
la  Comete horrible  de  couleur  de  sang 
qui  apparut  en  Westrie,  le  neufiéme 
iour  d’Octobre  mil  cinq  cens  vingt 
huict.  Ceste  Comete  estoit  si  horrible 
et  espouuentable,  qu’elle  engendroit 
si  grande  terreur  au  vulgaire  qu’il  en 
mourut  aucuns  de  peur:  les  autres 
tombèrent  malades.  Ceste  estrange 


Comete  dura  vne  heure  et  vn  quart , 
et  commença  à se  produire  du  costé 
du  Soleil  leuant , puis  tira  vers  le 
Midy  : elle  apparoissoit  estre  de  lon- 
gueur excessiue,  et  si  estoit  de  cou- 
leur de  sang  : à la  sommité  d’icelle 
on  voyoit  la  figure  d’vn  bras  courbé, 
tenant  vne  grande  espée  en  la  main , 
comme  s’il  eust  voulu  frapper.  Au 
bout  de  la  pointe  il  y auoil  trois  es- 
toiles  : mais  celle  qui  estoit  droite- 
ment  sur  la  pointe,  estoit  plus  claire 
et  luisante  que  les  autres.  Aux  deux 
costés  des  rayons  de  ceslc  Comete,  il 
se  voyoit  grand  nombre  de  haches, 
couteaux,  espées  coulouréesde  sang, 
parmy  lesquelles  il  y auoit  grand 
nombre  de  faces  humaines  hideuses, 
auec  les  barbes  et  cheueux  hérissés. 

losephe  et  Eusebe  escriuent  qu’a- 
pres  la  passion  de  lesus-Christ , la 
misérable  destruction  de  la  ville  de 
Hierusalem  fut  signifiée  par  plusieurs 
signes , et  mesme  entre  les  autres 
vne  espouuentable  comete  en  forme 
d’espée  luisante  en  feu,  laquelle  ap- 
parut bieu  l’espace  d’vn  an  sur  le 
temple  : comme  demonslrant  que 
l’ire  diuine  se  vouloit  vanger  de  la 
nation  Iudaïque  , par  feu  , par  sang, 
et  par  famine.  Ce  qui  aduiut,  et  y eut 
vne  si  calamiteuse  famine , que  les 
meres  mangèrent  leurs  propres  en- 
fans  : et  périrent  en  la  cité,  du  siégé 
des  Romains , plus  de  douze  cens  mille 
luifs  , et  en  fut  vendu  plus  de  quatre 
vingts  dix  mille  *. 

Les  cometes  ne  sont  iamais  appa- 
rues sans  produire  quelque  mauuais 
etTet , et  laisser  vn  sinistre  euene- 
ment.  Le  poète  Claudian  : 

1 Ce  paragraphe,  et  tout  ce  qui  suit  jus- 
qu’aux citations  des  Psaumes  inclusivement, 
sont  des  additions  de  1686. 


A.V  LIVRE  DES  MONSTRES. 


Oncques  au  ciel  Comele  on  n’a  peu  voir, 

Que  quelque  mal  ne  nous  face  apparoir. 

Les  astronomes  ont  diuiséles  corps 
celestes  en  deux  bandes  : l’vrte  appe- 
lée estoiles  fixes  et  arrestées,  que 
l’on  voit  bluetter  ou  estinceler  au 
Ciel,  comme  s’ils  feussent  feux  em- 
brasés : les  autres  sont  errantes,  ap- 
pelées planètes  , qui  ne  bluettent 
point,  et  sont  au  nombre  de  sept, 
ayant  chacune  son  ciel , cercle , rond, 
ou  estage  : leurs  noms  sont , Saturne, 
Jupiter,  Mars , Sol , Venus , Mercure , 
et  Lune.  Les  estoiles  sont  corps  sphé- 
riques apparans  et  luisans , composés 
desimpie  et  pure  matière , comme  le 
Ciel , et  nul  n’en  sçait  le  nombre  ny 
les  noms  , fors  que  Dieu.  Or  lesdites 
planètes  font  leurs  cours  par  le  Zo- 
diaque (qui  est  vn  des  principaux  et 
le  plus  grand  cercle  du  Ciel,  et  la 
vraye  route  du  Soleil  ) qui  trauerse 
ou  enuironne  biaisement  le  Ciel , la 
nuict  et  le  iour,  à fin  que  toutes  les 
contrées  de  la  terre  ioiiissent  alter- 
naliuement  des  quatre  saisons  de 
l’année,  par  le  moyen  du  Soleil  qui 
sans  cesse  monte  et  deualle,  esclairant 
et  nourrissant  en  l’espace  d’vn  an 
tout  le  rond  de  la  terre.  Il  est  le  cha- 
riot et  fontaine  de  la  lumière  des 
corps  celestes , n’en  eslans  que  petits 
ruisseaux  : parquoy  est  nommé  Roy 
des  estoiles,  et  le  plus  grand  de  tous 
les  corps  celestes  II  est  de  trois  epi- 
cycles,  c’est  à dire,  ciels  ou  estages, 
au  dessus  de  la  Lune  : il  marche  au 
milieu  de  six  planètes  : si  elles  s’ap- 
prochent de  luy,  pour  n’empescher 
sa  route  se  retirent  à l’escart  au  plus 
haut  de  leurs  petits  epicycles  ou  cer- 
cles : puis  luy  passé  , elles  deuallent 
au  plus  bas,  pour  l’accompagner  et 
accoster  comme  les  princes  font  leur 
Roy.  Et  lors  ayans  fait  leur  deuoir, 


789 

s’arrestent , et  d’vne  reuerence  hon- 
teuse reculent  en  arriéré,  descendans 
au  fond  de  leurs  epicycles , pour  con- 
templer, comme  de  loing , la  face  de 
leur  seigneur.  Et  quand  il  rapproche, 
en  reculant  elles  regaignent  le  haut 
de  leurs  epicycles  pour  aller  au  dé- 
liant de  luy  : de  sorte  que  le  sentans 
à quatre  signes  près , elles  font  sem- 
blant de  l’attendre,  puis  luy  ayans 
fait  la  bien  venue  marchent  deuant 
luy  vn  peu  à l’escart,  pour  ne  donner 
empeschement  à sa  carrière  et  course 
naturelle. 

Celle  qui  est  nommée  Saturne  , par 
l’estimation  des  astronomes,  est  qua- 
tre vingls  dix  fois  ou  enuiron  , plus 
grosse  que  toute  la  terre,  de  laquelle 
elle  est  loing  de  plus  de  trente  six 
millions  de  lieues  françoises.  La  gran- 
deur de  celle  nommée  Iupiter  est  es- 
timée nonante  et  six  fois  plus  grosse 
que  le  diamètre  de  la  terre , et  en  est 
esloignée  de  plus  de  vingt  deux  mil- 
lions de  lieues.  La  planete  de  Mars  est 
aussi  grosse  que  la  terre  , et  est  esloi- 
gnée d’icelle  de  trois  millions  cin- 
quante quatre  mil  deux  cens  quatre 
lieues.  La  Lune  signifie  mois , par-ce 
que  tous  les  mois  elle  se  renouuelle: 
elle  est  esloignée  de  la  terre  de  oc- 
tante mil  deux  cens  treize  lieues: 
elle  est  plus  espaisse  et  obscure  que 
les  autres  estoiles  , attachée  à sa 
spherequi  la  porte  par  certains  mou- 
uemens,  tours  et  retours  estans  limi- 
tés: creée  de  Dieu  pour  remarquer 
aux  hommes  les  temps  et  saisons,  et 
besongner  par  sa  lumière  et  mouue- 
ment  és  corps  inferieurs. 

Le  globe  du  Soleil  est  soixante  et 
six  fois  plus  grand  que  celuy  de  la 
terre,  et  est  presque  sept  mille  fois 
plus  grand  que  la  Lune.  Ptolomée 
et  autres  astronomes  ont  trouué  par 
inuentions  géométriques  qu’il  esloit 


APPENDICE 


79° 

cent  soixante  et  six  fois  plus  grand 
que  toute  la  terre  : il  viuifle  tous  les 
animaux  , non  seulement  ceux  qui 
sont  sus  la  terre , mais  aussi  ceux  qui 
sont  au  profond  des  eaux.  Le  sei- 
gneur du  Bartas  l’appelle  postillon 
continuel , fontaine  de  chaleur,  source 
de  clairlé , vie  de  l’vniuers,  flambeau 
du  monde , et  ornement  du  Ciel.  D’a- 
uantage  le  Soleil  fait  son  tour  du 
Ciel  autour  de  la  terre  en  vingt  qua- 
tre heures,  et  cause  les  commodités 
et  agréables  reuolutions  du  iour  et 
de  la  nuict,  pour  le  soulagement  et 
contentement  de  l’homme,  et  de  tous 
animaux. 

Que  le  lecteur  considéré  et  adore 
icy  l’admirable  sagesse  et  puissance 
du  Créateur,  en  la  grandeur,  vislesse 
continuelle  , incroyable  rapidité  , 
lueur  et  chaleur  immense , et  con- 
jonctions et  mouuemens  contraires 
en  vn  si  noble  corps  que  celuy  du  So- 
leil, qui  en  vne  minute  d’heure  fait 
plusieurs  milliers  de  lieues  sans  qu’on 
l’apperçoiue  bouger,  et  n’en  recon- 
noist  on  rien  qu’aprés  qu’il  est  fort 
auancé  en  sa  course.  Qui  plus  est,  la 
moindre  estoile  est  dix  huit  fois  plus 
grande  que  toute  la  terre.  Cecy  soit 
dit  non  seulement  pour  vne  grande 
spéculation,  mais  à la  louange  du 
Créateur,  et  pour  humilier  l'homme, 
qui  fait  tant  de  bruit  en  la  terre , qui 
n’est  rien  qu’vu  point  au  regard  de  la 
machine  celesle. 

Outre  plus  il  y a au  Ciel  douze  si- 
gnes, à sçauoir  Aries , Taurus , Ge- 
mini, Cancer,  Léo,  Virgo  , Libra , 
Scorpius  , Sag  Marins , Capricornus , 
Aquarius,  Lisces  , tous  lesquels  sont 
differens.  L’vsage  d’iceux  est  que  par 
leur  conionction  auec  le  Soleil,  ils 
augmentent  ou  diminuent  la  chaleur 
d’iceluy,  à ce  que  par  telle  variété  de 
chaleur  soient  produites  les  quatre  \ 


saisons  de  l’année,  la  vie  et  conserua- 
tion  soit  donnée  à toutes  choses.  Les 
cieux  sont  vne  quinte-essence  des 
quatre  elemens  faits  de  rien , c’est  à 
dire , sans  matière. 

Hola,  ma  plume,  arreste  toy  : car 
ie  ne  veux  ny  ne  puis  entrer  plus 
auant  au  cabinet  sacré  de  la  diuine 
maiesté  de  Dieu.  Qui  en  voudra  sça- 
uoir d’auantage  lise  Ptolomée,  Pline, 
Aristote,  Milichius,  Cardan,  et  autres 
astronomes,  et  principalement  le  sei- 
gneur du  Bartas,  et  son  interprète, 
qui  en  ont  très  doctement  et  diuine- 
ment  escrit  au  4.  iour  de  la  Sepmaine, 
où  l’on  trouuera  pour  se  contenter  : 
et  confesse  en  auoir  retiré  les  choses 
cy  dessus  mentionnées,  pour  instruire 
le  ieune  Chirurgien  à la  contempla- 
tion des  choses  celestes.  Et  icy  chan- 
terons auec  ce  grand  prophète  diuin, 
Psal.  19* 

Les  cieux  en  chacun  lieu 
La  puissance  de  Dieu 
Racontent  aux  humains  : 

Ce  grand  entour  espars 
Publie  en  toutes  parts 
L’ouurage  de  9e9  mains. 

EtduPseaume  viij. 

Et  quand  ie  voy  etcontemple  en  courage 
Les  Cieux, qui  sont  de  tes  doigts  haut  ouurage, 
Estoiles , Lune  , et  signes  diflerans, 

Que  lu  as  faits  et  assis  en  leurs  rangs  : 

Alors  ie  dis  à par  tnoy,  ainsi  comme 
toutesbahi  : et  qu’est-ce  que  de  l’homme, 
D’auolr  daigné  de  luy  te  souuenir, 

Et  de  vouloir  en  ton  soing  le  tenir  ? 

D’auantage  ie  ne  veux  laisser  icy  à 
escrire choses  monstrueuses  et  admi- 
rables qui  se  sont  faites  au  ciel.  Et 
premièrement  Boisluau  escrit  en  ses 
histoires  prodigieuses,  qu’en  Sugolie 
située  sur  les  confins  de  Hongrie,  il 
tomba  vne  pierre  du  ciel  auec  vb 


AV  LIVRE  DES  MONSTRES. 


horrible  esclatement , le  septième 
iotir  de  septembre  1514,  de  la  pesan- 
teur de  deux  cens  cinquante  liures, 
laquelle  les  citoyens  ont  fait  enciaiier 
en  vne  grosse  chaisné  de  fer,  au  mi- 
lieu de  leur  temple  : et  se  monstre 
auec  grànd’  meruëille  à ceux  qui 
voyagent  par  leur  prouince,  chose 
merUeilleüse  comme  l’air  peut  sous- 
tenir  telle  pesanteur. 

Pline  escrit  que  durant  les  guerres 
des  Cimbres,  furent  oüis  de  l’air  sons 
de  trompettes  et  clairons,  auec  grands 
Cliquetis  d'artlies.  Aussi  il  dit  d’auan- 
tage,  que  durant  le  consulat  de  Ma- 
rius,  il  apparut  des  armées  au  ciel, 
dont  les  vnesvehoient  de  l’Orient,  les 
autres  de  l’Occident,  et  se  combatti- 
rent les  vnes  Contre  les  autres  longue- 
ment, et  que  celles  d’Orient  repous- 
seront celles  d'Occident.  Ce  mesme  a 
esté  veu  l’an  1535.  en  Lusalië,  vers  vn 
bourg  nommé  Iuben  , sur  les  deux 
heures  après  midy.  D’auantage  l’an 
1550,  le  19.  de  ïuillet,  au  pays  de  Saxe, 
non  fort  loing  de  la  ville  de  Witem- 
berg,  fut  veu  en  l’air  vn  grand  cerf1, 
enuironné  de  deux  grosses  armées, 
lesquelles  faisoient  vn  grand  bruit  en 
se  combattant,  et  à l’instant  mesmele 
sang  tomba  sur  la  terre,  comme  vne 
forte  plltye  : et  le  soleil  se  fendit  en 
deux  pièces,  dont  l’vne  sembloitestre 
tombée  en  terre.  Aussi  auant  la  prise 
de  Constantinople  il  apparut  vne 
grande  armée  en  l’air,  auec  vne  infi- 
nité de  chiens,  et  autres  bestes. 

Iulius  Obsequens  dit,  que  l’an458i 
en  Italie,  il  pleut  de  la  chair  par  gros 
et  petits  lopins,  laquelle  fut  en  partie 
deuorée  par  les  oiseaux  du  ciel,  auant 
qu’elle  tombast  en  terre  : et  le  reste 
qui  cheutàterre  demeuralongtemps 

1 Chapitre  17.  — A.  P.  Ce  renvoi  se  rap- 
porte au  livre  de  feoaistuau. 


791 

sans  se  corrompre,  ny  changer  de 
couleur  ny  d’odeur.  Et  qui  plus  est, 
l’an  989,  régnant  Otton  Empereur 
troisième  de  ce  nom,  pleut  du  ciel  du 
froment.  En  Italie  l’an  180,  il  pleütdu 
laict  et  de  l’huile  en  grande  quantité, 
et  les  arbres  fruitiers  portèrent  du 
froment.  Lycosthenes  raconte,  qu’en 
Saxe  il  pleut  des  poissons  en  grand 
nombre  : et  que  du  temps  de  Loys 
Empereur,  il  pleut  trois  ioürs  et  trois 
nuits  durant,  du  sang  : et  que  l’an 
989,  il  tomba  vers  la  ville  de  Venise, 
neige  rouge  comme  sang  : et  que 
l’an  1505,  en  l’Eueschédel)ole,il  pleut 
du  sang  en  grande  quantité.  Ce  qu| 
aduint  la  mesme  année,  le  mois  de 
Iüin , en  Angleterre. 

Et  nonseulement  se  fait  des  choses 
monstrueuses  en  l’air,  mais  aussi  au 
soleil  et  en  la  lune.  Lycosthenes  es- 
crit  que  durant  le  siégé  de  Magde- 
bourg,  du  tempsde  l’Empereur  Char- 
les cinquième,  sur  les  sept  heures  du 
malin,  il  apparut  trois  soleils,  des- 
quels Cëluy  du  milieu  estoitfort  clair, 
les  autres  deux  lîroierit  sur  le  rouge 
et  couleur  de  sang,  et  apparurent 
tout  le  iour  : aussi  sur  la  nuict  appa- 
rurent trois  lunes.  Ce  mesme  est  ad- 
uenu  en  Bauiere,  1554. 

Et  si  au  ciel  s’engendrent  telles 
nouuelles,  nous  trouuerons  la  terre 
produire  d’autant  ou  plus  admirables 
et  dangereux  effets.  L’an  542.  toute 
la  terre  trembla,  et  mesme  le  mont 
Ætha  vomit  force  flammes  et  flammè- 
ches, dont  la  plus  grande  part  des 
villes,  et  villages,  et  biens  de  ladite 
Isle  furent  embrasés1. 

1 Tout  cect  est  de  la  rédaction  de  1579; 
mais  le  chapitre  ne  s’arrêtait  point  la  : 

« D’atiantage  l’an  1831  en  Portugal  il  ad- 
üint  que  la  terre  trembla  huict  iours  durant, 
et  par  chaque  iour  sept  ou  huict  fols,  telle- 
ment qu’en  la  seuie  villa  dê  Lysponfift  lOsii 


792 


APPENDICE 


CHAPITRE  V '. 

Abraham  Ortelius,  au  tbeatre  de 
l’vniuers , descrit  qu’il  y a en  Sicile 
vne  montagne  bruslante,  nommée 
Ælna  : de  ceste  montagne  ont  escrit 
plusieurs  philosophes  et  poêles  , par- 
ce que  continuellement  elle  iette  feu 
et  fumée,  laquelle  a plus  de  trente 
lieues  d’Italie  de  hauteur,  et  plus  de 
cent  lieues  de  circuit  par  embas  : 
comme  Facellus  escrit,  qui  l’a  très 
bien  regardée,  et  auec  non  moindre 
curiosité  descrite.  Par  dessus  de  ceste 
continuelle  flambe  qui  ne  s’esteint 
point,  elle  iette  aucunesfois  telle 
quantité  de  feu,  que  tout  le  pays  cir- 
conuoisin  en  est  totalement  gaslé  et 

maisons  furent  ruinées,  sans  plus  de  six  cents 
qui  furent  fendues  et  creuces  : et  de  n’ague- 
res  la  ville  de  I’errare  a esté  presque  ruinee 
par  pareil  tremblement  (l’an  1551).  Pline 
raconte  et  dit,  que  de  son  temps  sous  l’em- 
pire de  Néron,  que  Yasseus  Marcellus,  che- 
ualier  Romain  , auoit  au  territoire  Marrucin 
quelques  champs,  \ n de  ça  l’autre  delà 
le  grand  chemin,  l’vn  estant  vn  pré,  et 
l’autre  planté  d’oliuiers  : Aduint  par  vne  es- 
merueillablc  vertu  que  ces  deux  champs 
changèrent  de  place  : car  lesoliuiers  sc  trans- 
portèrent là  où  estoit  le  pré , et  le  pré  au  cas 
pareil  fut  veu  se  transporter  au  lieu  où  es- 
toyent  les  oliuiers,  ce  qui  fut  iugé  procéder 
par  tremblement  de  terre.  » 

Après  ceci  il  y avait  un  dernier  paragra- 
phe qui  sc  retrouvera  , au  moins  en  partie, 
dans  le  chapitre  suivant;  et  le  livre  était 
terminé  par  une  histoire  digne  d’estre  bien 
considérée,  tant  des  Médecins  que  des  Chirur- 
giens. Celte  histoire  est  celle  d’Isabeau  Ro- 
lant,  reportée  en  1585  au  Livre  des  Tu- 
meurs en  general.  Voyez  tome  I,  page  356. 
Il  n’v  a eu  d’autre  changement  que  l’omis- 
sion du  nom  de  Rebours , cité  en  1579  parmi 
les  Docteurs  qui  avaient  vu  l’autopsie,  et 


bruslé.  Mais  combien  de  fois  cela  est 
venu,  nos  prédécesseurs  ne  l’ont  pas 
couché  par  mémoire  : neantmoins  ce 
que  les  aulbeurs  en  ont  escrit,  nous 
le  raconterons  icy  briefuement,  et  se- 
lon le  dire  deEacelle. 

L’an  de  la  fondation  de  la  ville  de 
Rome  350 , ceste  montagne  vomist 
tant  de  feu,  que  par  les  brasiers  et 
charbons  qui  en  sortirent , furent 
bruslés  plusieurs  champs  et  villages  : 
250.  ans  après  aduint  le  semblable  : 
37.  ans  après  cecy  elle  desgorgea  et 
ielta  tant  de  cendres  chaudes,  que  les 
toits  et  couuertures  des  maisons  delà 
ville  de  Calana,  située  au  pied  de  ceste 
montagne,  de  la  pesanteur  d’icelles 
furent  ruinées.  Elle  fit  semblable- 
ment grand  dommage  du  temps  de 

effacé  en  1585.  Après  cette  histoire  Paré 
poursuivait  : 

<>  A ce  propos  ledict  sieur  Milot  m’a  dict 
auoir  leu  vne  presque  semblable  histoire, 
escrite  par  lean  Philippe  Ingrassias , docte 
Médecin  de  Sicile,  etc.  » 

Ceci  a été  également  reporté  au  même  cha- 
pitre du  Livre  des  Tumeurs,  tome  I , p.  353, 
jusqu’au  milieu  du  premier  paragraphe  de 
la  page  354  , après  ces  mots  : Ce  qui  est  con- 
forme à ta  doctrine  de  Galien , lequel  veut  les 
escrouëlles  n'estre  autre  chose  que  les  glandules 
scirrheuses  et  endurcies.  Alors  l’auteur  ajou- 
tait, ce  qui  terminait  le  livre  : 

« Or  qu’il  y ayt  plusieurs  glandules  au 
mesentere , cela  a eslé  demonstré  cy  dessus 
en  nostre  Anatomie.  On  a veu  pareillement 
des  femmes  estant  decedees  auoir  leur  ma- 
trice toute  squirrheuse  et  de  grosseur  de  la 
teste  d’vn  homme  , qu’on  eslimoit  estre  vne 
molle,  ce  qui  n’estoitpas  : aussi  on  en  voit 
estre  la  matrice  squirrheuse  en  vne  partie 
seulement , tous  lesquels  squircs  sont  incu- 
rables. » 

1 Ce  chapitre  presque  tout  entier  est  de 
1585.  I!  ne  porte  pas  de  titre;  et  en  défini- 
tive il  fait  directement  suite  au  dernier  pa- 
ragraphe du  chapitre  précédent. 


AV  LIVRE  DES  MONSTRES. 


l’Empereur  Caligula , et  puis  après 
l’an  254  Le  premier  iour  de  feurier, 
l’an  1109  elle  abbatil  par  le  feu  con- 
tinuel qui  en  sortoit,  plusieurs  ro- 
chers, et  causa  tel  tremblement  de 
terre  que  la  grande  Eglise  de  la  ville 
de  Catana  en  fut  démolie  et  abbatue  : 
et  l’Euesque,  auec  les  Prestrcs,  et  gens 
qui  yestoient  pour  lors,  furent  assom 
mes  et  froissés.  L'an  1329,  le  premier 
iour  de  iuillet,  ayant  fait  nouuelle  ou- 
uerture,  abbalit  et  ruina  par  ses  flâna- 
ntes et  tremblement  de  terre  qui  en 
aduint,  plusieurs  Eglises  et  maisons 
situées  à l’entour  de  ladite  montagne  : 
elle  fit  tarir  plusieurs  fontaines  , 
ietta  dans  la  mer  plusieurs  bateaux 
quiestoient  à terre,  et  au  mesme  ins- 
tant se  fendit  encore  entrois  endroits 
de  telle  impétuosité,  qu’elle  renuersa 
et  ietta  en  l’air  plusieurs  rochers, 
voire  aussi  des  forests  et  vallées,  iet- 
tant  et  vomissant  tel  feu  par  ces 
quatre  conduits  infernaux,  qu’il  de- 
couloit  de  ladite  montagne  en  bas, 
comme  de  ruisseaux  bruyans,  rui- 
nant et  abbattant  tout  ce  qu’il  ren- 
conlroit  ou  luy  faisoit  résistance  : 
tout  le  pays  circonuoisin  fut  couuert 
de  cendres  sortans  hors  de  cesdites 
gueules  ardantes  au  sommet  de  la 
montagne,  et  beaucoup  de  gens  en 
furent  estoutfés  : de  maniéré  que  les- 
dites  cendres  de  ceste  odeur  sulphu- 
rée  furent  transportées  du  vent  ( qui 
souffloit  alors  du  Septentrion)iusques 
à l’Islede  Maltba,  qui  est  distante  de 
160.  lieues  Italiques  de  ceste  monta- 
gne là.  L’an  1444,  se  demenoit  de  re- 
chef fort  terriblement,  en  vomissant 
feux  et  cailloux.  Après  ce  temps  là 
ellecessoit  de  ietter  feux  et  fumée, 
tellement  qu’on  l’eslimoit  totalement 
esteinte , et  ne  deuoir  plus  brusler. 
Mais  ce  beau  temps  là  (par  maniéré 
de  dire)  estoit  bien  tost  passé.  Car 


793 

l’an  1536,  le  22.  de  mars,  elle  recom- 
mença à vomir  force  flambes  ardantes, 
qui  abbatirent  tout  ce  qu’elles  ren- 
contrèrent en  chemin.  L’Eglise  de 
S.  Leon , située  dedans  la  forest , 
tomba  par  le  tremblement  de  la  mon- 
tagne, et  incontinent  après  elle  fut 
tellement  embrasée  du  feu,  qu’il 
n’en  reste  plus  rien,  sinon  vn  mon- 
ceau de  pierres  bruslées. 

Tout  cecy  estoit  vne  chose  bien 
horrible.  Mais  ce  n’estoit  encore  rien 
au  prix  de  ce  qui  est  aduenu  depuis  en 
l’an  1537,  le  premier  iour  de  may. 
Premièrement  toute  l’isle  de  Sicile 
trembla  douze  iours  durant  : après 
il  futoüy  vn  horrible  tonnerre,  auec 
vn  esclal  bruyant,  tout  ainsi  que  les 
grosses  artilleries  dont  plusieurs  mai- 
sons se  démentirent  par  toute  ceste 
Isle.  Cecy  dura  enuiron  l’espace 
d’onze  iours  : après  cela  elle  se  fendit 
en  plusieurs  et  diuers  endroits,  des- 
quelles fentes  et  creuasses  sortit  telle 
quantité  de  flambes  de  feu,  qui  des- 
cendirent de  ladite  montagne,  qu’en 
l’espace  de  quatre  iours  ruinèrent  et 
mirent  en  cendres  tout  ce  qu’ilyauoit 
à quinze  lieues  à la  ronde,  voire  aussi 
plusieurs  villages  furent  entièrement 
bruslés  et  ruinés.  Les  habitans  de 
Catana,  et  plusieursautres,  abandon- 
nai leurs  villes  s’enfuirent  aux 
champs.  Vn  peu  de  temps  après,  le 
trou  qui  est  au  sommet  de  la  monta- 
gne ietta  trois  iours  consecutifs  telle 
quantité  de  cendres,  que  non  seule- 
ment ceste  monlagneen  fut  couuerle, 
mais  qui  plus  est,  elle  s’espandit  et 
fut  chassée  du  vent  iusques  aux  ex- 
trémités de  ceste  isle,  voire  outre  la 
mer  iusques  en  Calabre.  Certaines 
nauires  voguans  en  la  mer  pour  aller 
deMessina  à Venize,  distant  de  ceste 
isle  trois  cens  lieues  Italiques,  ont 
esté  entachées  des  cendres  susdites. 


APPENDICE  AV  LIVRE  DES  MONSTRES. 


794 

Voicy  ce  que  Facelius  en  escrit  en 
langue  latine  de  ses  histoires  tragi- 
ques, mais  beaucoup  plus  au  long.  Il 
y a enuiron  trois  ans  que  les  nouiiel- 
les  vindrent  à Anuers  que  ladite  mon- 
tagne auoit  grandement  endommagé 
le  pays  par  ses  feux.  En  cesteisle  fu- 
ren  t iadis  plusieurs  villes  magnifiques, 
comme  Syracuse,  Agrigente  et  autres  : 
pour  le  présent  Messine,  Païenne,  y 
sont  les  principales. 

Marc  Paul  Vénitien  au  2.  liure  des 
Pays  orientaux  ^ chap.  64.  dit  que  la 
ville  de  Quinsay  est  la  plus  grande 
ville  du  monde,  et  qu’elle  a cent  mil- 
les d’Italie  de  circuit)  où  il  y a douze 
mille  ponts  de  pierre,  sous  lesquels 
les  vaisseaux  à masts  esleuéspeunent 
passer.  Elle  est  en  mer  comme Venize. 
Il  affirme  y auoir  seiourné  : ce  que 
i’ay  recueilli  de  l’interprete  de  Sa- 
luste  du  Bar  tas  , en  son  quatrième 
iour  de  la  Sepmaine , fueillet  cent 
soixante  six. 

Il  aduient  pareillement  choses  ad- 
mirables és  eaux.  Car  on  a veu  sortir 
des  abysmes  et  gouffres  de  la  mer 
grosses  flammes  de  feu  au  traùers  de 
l’eau,  chose  fort  monstrueuse,  comme 
si  grande  quantité  d’eau  ne  suffo- 
quoit  le  feu  1 : en  cela  Dieu  se  monstre 

1 Ce  eotiùnencemeni  du  paragraphe  est 
textuellement  copié  du  texte  de  1579.  Mais 
tout  le  reste  est  de  rédaction  nouvelle  j et 
en  1679,  voici  comment  l’auteur  continuait  : 

« Dauantage  les  eaux  se  sont  si  estrange- 
ment  et  prodigieusement  débordées  que 
l’an  1530  ia  mer  se  déborda  tellement  eti 
Hollande  et  Zelande  que  toute  l’isle  cuida 
estre  nnyee,  et  toutes  les  villes  et  villages  fu- 
rent rendues  navigables  par  longue  espace 


incompréhensible  comme  en  toutes 
ses  œuures.  Lucio  Maggio  en  son  dis- 
cours du  tremblement  de  terre,  dit 
qu’on  a veu  que  par  vn  tremblement 
de  terre , l’eau  de  la  mer  s’eschaufla 
de  telle  sorte  qu’elle  fit  fondre  toute 
la  poix  autour  des  nauires  qui  es- 
taient pour  lors  à la  rade,  iusques  à 
voir  les  poissons  nager  sur  l’eau 
quasi  tout  cuits,  et  moururent  infinies 
personnes  et  bestes  par  l’exlreme 
chaleur.  Pareillement  on  a veU  en 
mer  calme*  en  vn  moment  les  nauires 
abysmer,  à raison  qu’elles  passent 
sur  quelques  abysmes,  oü  l’etiu  est 
morte  et  impuissante  de  soustehir 
faix.  D’auantage  en  la  mer  il  y a des 
rochers  de  pierre  d’aimant,  que  si  les 
nauires  passent  trop  prés,  â cause  du 
fer,  sont  englouties  et  perdues  au  pro- 
fond de  la  mer.  Somme  il  se  troüue 
d’estranges  et  monstrueuses  choses 
en  la  mer,  ce  qui  est  protlué  par  ce 
grand  Prophète  Dauid , qui  dit , 
pseaume  lue 

En  cesle  iner  nauires  vont  errant, 

Puis  la  Baleine,  horrible  monstreet  grand, 
Y as  formé,  qui  bien  à l’aise  y noué, 

Et  à son  gré  par  les  ondes  se  ioué. 

de  temps.  Aussi  à Rome  le  Tibre  se  déborda 
auec  telle  violence  qu’il  submergea  vue 
grande  partie  de  la  ville,  tellement  qu’en 
aucunes  rués  l'eau  surmontoit  la  hauteur  de 
trente  six  pieds.  Et  mesmes  ces  années  pas- 
sées, le  Rosne  se  déborda  de  telle  façon, qu’il 
renuersa  vne  partie  du  pont  de  Lyon  et  plu- 
sieurs maisons  de  la  Guillauliere.  » 

,îe  ne  sais  pourquoi  ce  passage  a été  re- 
tranché en  15S5,  et  je  ne  l'ai  retrouvé  dans 
aucun  autre  endroit  des  œuvres  de  Paré. 


FIN  DU  TROISIEME  ET  DERNIER  VOLUME. 


TABLE  DES  MATIERES 


CONTENUES  DANS  CE  VOLUME. 


Pages* 


Préface  du  troisième  volume.  j 

§ i.  — Additions  à l'histoire  de  la  chi- 
rurgie au  moyen  âge.  iv 

§ il.— Additions  à l’histoire  d’Ai  Pai  e.  i\ 
§ ni.  — Additions  relatives  aux  écrits 
d’A.  Paré.  xv 

Table  des  auteurs  cités  par  A.  Paré.  Ax 

§ iv.— Inauguration  de  la  statue  de 
Paré.  xxij 


Discours  prononcé  par  M.  Pariset.  xxvj 
LE  DIX-NEVFIÉME  LIVRE 
Traitant  des  monstres  et  prodiges. 


Préfacé.  1 

Chapitre  i.  Des  causes  des  monstres.  3 
Chap.  ii.  Exemple  de  la  gloirede  Dieu.  lb. 
Chap.  m.  Exemple  de  l’ire  de  Dieu.  Ib. 
Chap.  iv.  Exemple  de  la  trop  grande 
quantité  de  semence.  S 

Chat.  v.  Des  femmes  qui  portent  plu- 
sieurs enfans  d’vne  ventrée.  H 

Ciiap.  vi.  Des  hermalïodites  ou  aiidro- 
gynes,  c’est-à-dire,  qui  en  vn  mesme 
corps  ont  deux  sexes.  16 

Chap.  vu.  Histoires  mémorables  de 
certaines  femmes  qui  sont  degenerées 
en  hommes.  18 

Chap.  viiî.  Exemple  du  defaut  de  la 
quantité  de  la  semence.  20 

Chap.  ix.  Exemple  des  monstres  qui 
se  font  par  imagination.  23 

Chap.  x.  Exemple  de  l’angustie  ou  pe- 
titesse de  la  matrice.  26 

Chap.  xi.  Exemple  des  monstres  qui  se 
font,  la  mere  s’estant  tenue  trop  longue- 
ment assise,  ayant  eu  les  cuisses  croi- 
sées , ou  pour  s’estre  bandé  et  serré  trop 


le  ventre  durant  qu’elle  estoit  grosse.  lb. 
Chap*  xit.  Exemple  des  monstres  qui 


Pi.ges. 

sont  engendrés  , la  mere  ayant  reçu 
quelque  coup,  ou  eheute,  estant  grosse 


d’enfant.  27 

Chap.  khi.  Exemple  des  monstres  qui 
se  font  par  les  maladies  héréditaires,  lb. 

Ciiap.  xiv.  Exemple  de  choses  mons- 
trueuses qui  sont  aduenues  en  maladies 
accidentales.  28 

Ciiap.  xv.  Des  pierres  qui  s’engendrent 
au  corps  humain.  29 

Ciiap.  xvi.  De  certains  animaux  mons- 
trueux qui  naissent  contre  nature  aux 
corps  des  hommes,  femmes,  et  petits 
enfans.  33 

Chap.  xvii.  De  certaines  choses  es- 
trangesque  Nature  repousse  par  son  in- 
compréhensible prouidcnce.  38 

Ciiap.  xviii.  De  plusieurs  autres  choses 
éstranges.  41 

Chap.  xix.  Exemple  des  monstres  qui 
se  font  par  corruption  et  pourriture.  42 

Chap,  xx.  Exemple  de  la  commistion 
et  meslange  de  semence.  43 

Chap,  xxi  Exemple  de  l’artifice  des 
meschans  gueux  de  l’ostiere.  46 

Chap.  xxii.  I/imposlure  d’vne  belis- 
tfesse  feignant  auoir  vn  chancre  à la 
maminelle.  U>. 

Chap.  xxili.  L’imposture  d’vn  certain 
maraut  qui  contreraisoil  le  ladre.  47 

Chap.  xxtv,  D’vne  cagnardiere  fei- 
gnantestre  malade  du  mal  Sainct  Fiacre, 
et  luy  sortoit  du  cul  un  long  et  gros 
boyau,  fait  par  artifice.  51 

Chap.  xxv.  D’vne  grosse  garce  de  Nor- 
mandie , qui  feignoit  auoir  vn  serpent 
dans  le  ventre.  52 

Ciiap,  xxvi,  Exemple  des  choses  mons- 
trueuses faites  par  les  deihonset  sorcierSi  6* 


79^ 


TABLE 


Pages. 


Ciiap.  xxvii.  De  ceux  qui  sont  possé- 
dés des  démons,  qui  parlent  en  diuerses 
parties  de  leurs  corps.  56 

Chap.  xxviii.  Comme  les  démons  ha- 
bitent és  carrières.  57 

Chap.  xxix.  Comme  les  démons  nous 
peuuent  deceuoir.  58 

Ciiap.  xxx.  Exemple  de  plusieurs  illu- 
sions diaboliques.  60 

Chap.  xxxi.  De  l’art  magique.  61 

Chap.  xxxii.  De  certaines  maladies  es- 
tranges.  62 

Ciiap.  xxiiii.  Des  incubes  et  succubes 
selon  les  médecins.  66 

Ciiap. xxxiv. Des  nouëurs  d’esguillette.  67 
Chap.  xxxv.  Autres  histoires  non  hors 
de  propos.  Ib. 


LE  VINGTIÈME  LIVRE 

Traitant  des  fiéures  en  général  et  en 
particulier. 

PhEFACE  AV  LECTEVR.  69 

Table  ou  indice  de  tout  ce  discours 
des  fiéures.  73 

PREMIERE  PARTIE 

Du  discours  des  fiéures , etc. 


Chapitre  i.  La  définition  des  fiéures.  74 
Chap.  ii.  Des  causes  generales  de  la 
fiéure.  77 

Chap.  iii.  Des  signes  des  fiéures  en 
general.  79 

Chap.  iv.  De  la  curation  des  fiéures 
en  general.  81 

Chap.  v.  Des  moyens  desquels  on  se 
sert  à guérir  les  fiéures.  84 

Ciiap.  vi.  La  différence  des  fiéures.  87 
Chap.  vu.  Des  fiéures  en  particulier, 
et  premièrement  de  la  fiéure  ephemere.  88 
Chap.  vin.  De  la  fiéure  humorale,  et 
de  ses  différences.  92 

Chap.  ix.  De  la  fiéure  synoque  simple.  94 
Chap.  x.  Des  causes  et  signes  de  la 
synoque  simple.  96 

Chap.  xi.  De  la  cure  de  la  synoque 
simple.  97 

Chap.  xii.  Des  fiéures  putrides  en  ge- 
neral , et  de  leurs  différences.  99 


Page». 


Ciiap.  xiii.  Des  causes  et  signes  des 
fiéures  putrides.  102 

Ciiap.  xiv.  De  la  cure  des  fiéures  pu- 
trides en  general.  105 

Chap.  xv.  De  la  fiéure  synoque.  107 

Chap.  xvi.  De  la  cure  de  la  synoque 
putride.  110 

Ciiap.  xvii.  Des  fiéures  intermitten- 
tes , de  leurs  especes , et  comment  elles 
sont  distinguées  des  continues.  113 


Ciiap.  xvm.  Pourquoy  les  accès  des 
fiéures  intermittentes  retournent  à cer- 
tains iours,  sçauoir  des  quotidianes  tous 
les  iours,  des  tierces  de  trois  en  trois , 
de  quartes  de  quatre  en  quatre'siours.  117 
Ciiap.  xix.  Des  fiéures  faites  de  la  bile, 
et  premièrement  de  la  tierce  intermit- 


tente vraye  et  légitimé.  121 

Chap.  xx.  Des  signes  de  la  fiéure  tierce, 
où  il  s’agit  de  la  rigueur  et  de  l’horreur.  123 
Chap.  xxi.  De  la  cure  de  la  fiéure 
tierce  légitimé.  126 

Chap.  xxii.  De  la  fiéure  tierce  bas- 
tarde  , de  ses  causes , signes  et  cure.  130 
Chap.  xxi  ii.  De  la  fiéure  ardente,  es- 
pece de  fiéure  tierce  continue.  133 

Ciiap.  xxiv.  De  la  fiéure  tierce  conti- 
nue. 136 

Ciiap.  xxv.  Des  fiéures  pituiteuses  , 
et  premièrement  de  la  quotidiane  inter- 
mittente, légitimé  et  illégitime.  138 

Ciiap.  xxvi.  De  la  fiéure  quotidiane 
continue.  142 

Chap.  xxvii.  De  la  fiéure  epiale,  et 
de  la  lypirie.  143 

Chap.  xxviii.  Des  fiéures  faites  de  l’hu- 
meur melancholiqne , et  premièrement 
de  la  quarte  intermittente  vraye.  146 

Ciiap.  xxix.  De  la  fiéure  quarte  inter- 
mittente bastarde.  153 

Chap.  xxx.  Des  fiéures  quintaine,  sex- 
taine  , octainc , etc.  156 

Chap.  xxxi.  De  la  fiéure  quarte  con- 
tinue. 158 

Ciiap.  xxxii.  Des  fiéures  humorales 
composées , et  premièrement  de  l’he— 
mitritée.  160 

Chap.  xxxiii.  De  la  double  et  triple 
tierce,  double  quotidiane,  double  et  tri- 
ple quarte.  166 


DBS  MATIÈRES. 


Pngc« 

Ciiap.  xxxiv.  Des  fiéures  confuses.  ICO 

Ciiap.  xxxv.  De  la  fiéure  hectique,  de 
ses  différences,  causes,  signes  et  cure.  170 

Chap.  xxxvi.  Des  Oéures  symptomati- 
ques, de  leur  différence  et  curation.  170 

Chap.  xxxvii.  Des  fiéures  extraordi- 
naires. 180 

SECOXDE  PARTIE 


Du  discours  des  fiéures , touchant  leurs 
symptômes. 

Chap.  i.  De  la  diuision  des  symptô- 
mes, et  suite  de  ce  discours.  12 

Chap.  ii.  Des  symptômes  de  l’action 
lesée , et  premièrement  de  la  douleur.  184 
Chap.  hi.  Des  veilles  immodérées.  187 

Chap.  iv.  De  l’assoupissement  et  som- 
meil profond.  188 

Chap.  v.  Du  délire  ou  resuerie.  189 

Ciiap.  vi.  De  la  conuulsion  et  iectiga- 
tion.  190 

Chap.  vu.  De  la  paralysie.  191 

Chap.  vin.  De  l’esbloüissement  des 
yeux.  Ib. 

Chap.  ix.  De  la  surdité.  192 

Chap.  x.  De  la  difficulté  de  respirer.  193 
Chap.  xi.  De  la  toux.  Ib. 

Ciiap.  xii.  De  la  difficulté  d’aualler.  194 
Ciiap.  xiu.  Du  degoust  et  appétit 
perdu.  195 

Chap.  xiv.  Des  nausées  et  enuies  de 
vomir.  19G 

Chap.  xv.Du  sanglot  et  hocquet.  Ib. 
Chap.  xvi.  Du  vomissement.  197 

Chap.  xvii.  De  la  soif  desreglée.  198 
Chap.  xviii.  De  la  lipothymie  et  syn- 
cope. 199 

Chap.  xix.  Des  symptômes  qui  sui- 
uent  l’ametrie  des  excremens  : et  pre- 
mièrement du  flux  de  ventre.  200 

Chap.  xx.  De  la  dureté  du  ventre.  201 
Ciiap.  xxi.  Delà  suppression  d’vrine.  202 
Ciiap.  xxii.  Du  flux  excessif  d’vrine.  Ib. 
Chap.  xxiii.  Des  sueurs  immodérées.  203 


Chap.  xxiv.  Du  flux  de  sang  immo- 
déré. Ib. 

Chap.  xxv.  Des  symptômes  des  fiéures 
qui  appartiennent  à la  simple  afl'ectioii 
du  corps  : et  premièrement  de  la  jau- 
nisse. 204 


797 

Page», 

Ciiap.  xxvi.  De  la  seichercsse,  noir- 
ceur, et  autres  accidens  de  la  langue.  205 
Ciiap.  xxvii.  De  la  froideur  des  extré- 
mités du  corps.  Ib. 

Ciiap.  xxviii.  De  l’excessiue  chaleur.  206 
Ciiap.  xxix.  De  la  tension  des  hypo- 
chondres.  Ib. 

LE  VINGT-VNIÈME  LIVRE 

Traitant  de  la  maladie  arthritique,  vul- 
gairement appellée  goule. 

Ciiap.  i.  Description  de  la  maladie  ar- 
ticulaire, dite  vulgairement  goûte.  208 

Ciiap.  ii.  Des  causes  occultes  des 
goûtes.  209 

Chap.  ni.  Histoires  mémorables.  211 

Ciiap.  iv.  Des  causes  acquises  et  ma- 
nifestes des  goûtes.  213 

Ciiap.  v.  De  l’origine  de  la  defluxion 
des  goûtes.  2i5 

Ciiap.  vi.  Signes  que  la  fluxion  vient 
du  cerueau.  216 


Chap.  vu.  Les  signes  que  la  fluxion 
vient  du  foye  et  de  la  masse  sanguinaire.  217 
Ciiap.  vin.  Les  signes  pour  connois- 
tre  quelle  humeur  accompagne  le  virus 
arthritique.  ' Ib. 

Chap.  ix.  Les  signes  de  la  cliolere.  Ib. 

Chap.  x.  Signes  de  l’humeur  pitui- 
teux. 218 

Chap.  xi.  Signes  de  l’humeur  melan- 
cholique.  219 

Ciiap.  xii.  Prognoslic  de  la  goûte.  Ib. 

Ciiap.  xiii.  Cure  preseruatrice  et  cu- 
raliue  des  goûtes.  222 

Chap.  xiv.  Du  vomissement.  224 

Ciiap.  xv.  Diuers  remedes  pour  les 
gouteux.  226 

Ciiap.  xvi.  De  la  maniéré  de  viure  des 
gouteux.  229 

Chap.  xvii.  Du  boire  des  gouteux.  230 

Chap. xviii. Pour roborerlcs iointures.  231 
Chap.  xix.  De  la  cure  palliatiue  des 
goûtes.  232 

Ciiap.  xx.  Des  remedes  topiques  ou 
particuliers  pour  matière  froide.  235 

Chap.  xxi.  Remedes  locaux  pour  la 
goûte  de  matière  chaude,  principale- 
ment faite  de  sang.  239 


TABLE 


798 

Pages. 


Chap.  xxn.  Remedes  topiques  pour 
l’humeur  cholérique.  241 

CnAP.  xxm.  Des  aides  de  la  douleur 
faite  d’intemperature  sans  matière.  245 

Ciiap.  xxiv.  Ce  qu’il  faut  faire  la  dou- 
leur cessée  des  goûtes.  246 

Ciiap.  xxv.  Des  tophes  ou  noeuds  qui 
viennent  aux  iointures  des  gouteux.  247 

Ciiap.  xxvi.  Des  ventosités  qqi  le  plus 
souuent  sont  trouuées  auec  les  goules, 
et  de  leurs  remedes.  249 

Ciiap.  xxvii.  De  la  sciatique.  250 

Ciiap.  xxviii.  Cure  de  la  sciatique.  251 

Ciiap.  xxix.  De  la  goule  grampe.  255 


LE  VINGT-DEVXIEME  LIVRE 

Traitant  de  la  petite  verolle,  rougeolle,  et 
vers  des  peins  en  fans,  et  de  la  lepre. 


Chap.  i.  Des  causes  de  la  petite  ve- 
rolle et  rougeolle.  256 

Chap.  u,  De  la  cure  de  la  petite  ve- 
rolle et  rougeolle.  259 

Chap.  ni.  Quelles  parties  faut  preser- 
uer  de  la  verolle.  261 

Chap.  iv.  Des  vers  qui  s’erigendrent 
és  boyaux.  264 

Chap,.  y.  Cure  des  vers.  267 

Chap.  vi.  Des  poux,  morpions  et  ci- 
rons. 269 

Chap.  vu.  Briefue  description  de  la 
lepre  ou  ladrerie.  271 

Chap.  vui.  Des  causes  de  lepre.  272 

Chap.  ix.  Des  signes  qui  monstrent  la 
préparation  de  la  lepre.  274 

Ciiap.  x.  Signes  qui  monstrent  la  le- 
pre estre  ja  conlirmée.  lb. 

Chap.  xi.  Du  prognostic  de  la  lepre.  279 
Ciiap.  xii.  De  faire  séparer  les  ladres 
de  la  conuersation  et  compagnie  des 
sains.  280 

Chap.  xiu.  De  la  cure  pour  ceux  qui 
sont  préparés  à la  lepre.  281 

Chap.  xiv.  De  la  lepre  des  Grecs,  dicte 
du  vulgaire  Mal  sainct  Main,  qui  est 
vne  rongne.  282 

Chap.  xv.  Des  dartres.  10. 


Page». 

LE  VINGT-TROISIÈME  LIVRE 

Traitant  des  venins  et  morsure  des  chiens 
enragAs,  et  autres  morsures  et  piqueures 
de  bestes  veueneuses. 

Ciiap.  i.  Pourquoy  l’autheur  a escrif 
des  venins.  283 

Ciiap.  ii.  Question.  286 

Ciiap.  iii.  Autre  question.  287 

Chap.  iv.  A sçauoir  si  les  animaux 
viuans  des  bestes  venimeuses  sont  ve- 
nimeux, et  si  on  en  peut  manger  sans 
danger.  288 

Chap.  v.  Les  signes  des  venins  en  ge- 
neral. 289 

Chap.  vi.  L’opinion  d’aucuns  re- 
prouuée.  292 

Ciiap.  vii.  Pour  se  donner  garde  d’es- 
tre  empoisonné.  293 

Chap.  vui.  Des  diuersions.  294 

Chap.  ix.  Des  venins  en  particulier.  295 
Chap.  x.  De  la  corruption  de  l’air.  lb. 
Ciiap.  xi.  Prognostic  des  venins  en 
general.  297 

Ciiap.  xii.  Prognostic  du  venin  des 
bestes.  298 

Ciiap.  xiii.  Cure  de  la  morsure  et  pi- 
queure  des  bestes  venimeuses.  300 

Chap.  xiv-  De  la  cure  vniuersellc.  303 
Ciiap.  xv.  La  cause  pourquoy  les 
chiens  deuiennent  plustost  enragés  que 
les  autres  bestes.  304 

Chap.  xvi.  Signes  pour  connoistre  le 
chien  estre  enragé.  305 

Ciiap.  xvii.  Les  signes  pour  connois- 
tre vn  homme  auoir  esté  mordu  d’vn 
chien  enragé.  lb. 

Ciiap.  xviii.  Des  accidens  qui  vien- 
nent à ceux  auxquels  le  venin  du  chien 
enragé  est  commencé  d’eslre  imprimé 


aux  parties  nobles.  306 

Chap.  xix.  Prognostic.  308 

Ciiap.  xx.  Cure  de  la  morsure  d’vn 
chien  enragé.  309 

Ciiap.  xxi.  De  la  cure  de  ceux  qui  sont 
ja  tombés  en  hydrophobie,  et  néant- 
moins  se  reconnoissent  encores  en  vn 
miroir.  312 


Ciiap.  xxn.  Du  régime  de  ceux  qui 


DES  MATIÈRES. 


Pages. 

ont  esté  empoisonnés  et  mords  des 
chiens  enragés , et  des  piqucures  et 


morsures  des  bestes  venimeuses.  Ib. 

Chap.  xxiii.  De  la  morsure  ou  pi- 
queure  delà  vipere,  et  de  ses  accidens.  313 
Chap.  xxiv.  Du  serpent  appelé  copie- 
sang.  815 

Chap.  xxv.  Du  serpent  nommé  pour- 
risseur.  Ib. 

Chap.  xxvi.  Du  basilic,  316 

Chap.  xxvii.  De  certains  serpens  es- 
tranges.  317 

Chap.  xxviii.  De  la  salamandre.  Ib, 

Chap.  xxix.  De  la  torpille.  318 

Ciiap.  xxx.  De  la  morsure  d’aspics.  Ib. 
Chap.  xxxi.  De  la  morsure  de  cou- 
leuure.  320 

Ciiap.  xxxii.  De  la  morsure  du  cra- 
paut.  321 

Chap.  xxxiii.  De  lapiqueure  du  scor- 
pion terrestre.  323 

Chap.  xxxiv.  De  la  morsure  et  pi- 
queure  des  mousches  et  chenilles.  324 

Chap.  xxxv.  De  la  morsure  des  arai- 
gnes.  325 

Chap.  xxxvi.  Des  mousches  cantha- 
rides. 326 

Chap.  xxxviii.  De  la  mouscbe  nommée 
bupreste.  329 

Chap.  xxxviii.  De  la  sangsue  ou 
suce-sang.  330 

Chap.  xxxix.  De  la  murene.  I<1. 

Chap.  xl.  De  la  piqueure  d’vne  viue.  331 
Chap.  xli.  Piqueure  de  la  lareronde 
ou  pastenaque.  332 

Chap.  xlji.  De  la  vénénosité  du  lié- 
ure  marin.  333 

Ciiap.  xliii.  Du  venin  du  chat.  Ib. 

Ciiap.  xliv.  De  la  vénénosité  de  cer- 
taines plantes.  334 

Chap.  xlv.  Du  bezahar.  339 

Chap.  xlvi.  Des  métaux  et  minéraux 
venimeux.  342 

Chap.  xlvii.  De  la  propriété  de  l’ar- 
gent-vif.  344 


LE  VINGT-QUATRIÈME  LIVRE 
Traitant  de  la  peste. 

Chap.  I.  Description  de  la  peste.  350 


799 

Pages. 


Chap.  u.  Des  causes  diuines  de  la 
peste.  252 

Ciiap.  iii.  Des  causes  humaines  ou  na- 
turelles, et  semences  generales  de  la 
peste,  prises  de  la  corruption  de  l’air.  356 
Chap.  iv.  De  l’alteration  des  hur 
meurs,  qui  se  fait  principalement  par 
la  maniéré  de  viure.  360 

Chap.  v.  Signes  ou  présagés  de  la 
peste  à aduenir,  pris  de  la  corruption 
de  l’air.  362 

Chap.  vi.  Signes  de  la  peste,  pris 
de  la  corruption  qui  est  en  terre.  364 

Chap.  vii.  La  cure  preseruatiue , et 
premièrement  de  l’air,  du  viure,  et  de 
la  maison.  366 

Ciiap.  viii.  Description  d’eaux  cor- 
diales, electuaires , opiates , pilules,  et 
autres  remedes  à prendre  par  la  bouche, 
preserualifs  et  curatifs  de  la  peste.  368 

Ciiap.  ix.  Des  remedes  particuliers, 


ou  choses  qu’on  applique  par  le  dehois.  ^373 


Chap.  x.  D’aucunes  choses  que  l’on 
doit  oliseruer  outre  les  precedentes, 
pour  la  preseruatîon.  375 

Chap.  xi.  De  l'oftice  des  magistrats 
et  officiers  publics , qui  ont  la  charge 
de  la  police.  377 

Ciiap.  xii.  Comment  l’on  doit  pruce- 
der  à l’election  des  médecins , chirur- 
giens et  apoticaires,  pour  médicamen- 
ter les  pestiférés.  318 

Chap.  xih.  Ce  que  doiuent  faire  ceux 
qui  seront  esleus  à penser  et  médica- 
menter les  pestiférés.  379 

Chap.  xiv.  Des  signes  de  la  peste  pré- 
sente. 381 

Ciiap.  xv.  Des  signes  mortels  de  la 
peste.  384 

Ciiap.  xvi.  Des  signes  par  lesquels 
on  peut  connoistre  que  le  malade  est 
infecté  de  la  peste  venant  du  vice  de 
l’air,  et  non  des  humeurs.  385 

Ciiap.  xvii.  Signes  que  le  malade  est 
infecté  de  la  peste  prouenant  de  la  cor- 
ruption des  humeurs.  386 

Chap.  xviii.  Du  prognostic.  388 

Chap.  xix.  Comment  se  fait  la  fiéure 
pestilentielle.  391 

CiiAr.  xx.  Comment  le  maladesedoit 


8oo 


TABLE 


retirer  du  lieu  infect,  subit  qu'il  se  sent 
frappé  de  peste. 

Chai\  xxi.  De  la  situation  et  habita- 
tion de  la  maison  du  malade  de  peste, 
et  moyen  d’y  rectifier  l’air. 

Chap.  xxii.  Du  régime  et  maniéré  de 
viure  du  malade,  et  premièrement  du 
manger. 

Chap.  xxiii.  Du  boire  du  pestiféré 
malade. 

Chap.  xxiv.  Des  medicamens  alexi- 
teres,  c’est  à dire  contrepoisons,  qui 
ont  vertu  de  chasser  le  venin  pestiféré. 

Chap.  xxv.  Des  epilhemes  ou  fomen- 
tations, pour  corroborer  les  parties  no- 
bles. 

Chap.  xxvi.  A sçauoirsi  la  saignée  et 
purgation  sont  necessaires  au  commen- 
cement de  la  maladie  peslilente. 

Chap.  xxvii.  Des  medicamens  purga- 
tifs. 

Chap.  xxviii.  Des  accidens  et  compli- 
cations des  maladies  qui  aduiennenl 
aux  pestiférés  : et  premièrement  de  la 
douleur  de  teste. 

Chap.  xxix.  Delà  chaleur  des  reins. 

Chap.  xxx.  Accidens  de  peste. 

Ciiap.  xxxi.  Des  éruptions  et  pustules 
appelées  pourpre. 

Ciiap.  xxxii.  De  la  cure  des  éruptions. 

Chap.  xxxiii.  De  l’aposteme  pestiféré, 
appellée  bubon  ou  bosse. 

Chap.  xxxiv.  De  la  cure  de  l’aposteme 
pestiférée. 

Ciiap.  xxxv.  Du  charbon  non  pestiféré. 

Chap.  xxxvi.  Description  du  charbon 
pestiféré , et  de  ses  causes,  signes  et 
marques. 

Ciiap.  xxxvii.  Prognostic  des  apostc- 
mes  et  charbons  pestiférés. 

Chap.  xxxviii.  De  la  cure  du  charbon 
pestiféré. 

Chap.  xxxix.  Du  prurit  et  démangeai- 
son qui  vient  autour  de  l’vlcere,  et  de 
la  maniéré  de  produire  la  cicatrice. 

Ciiap.  xl.  De  plusieurs  euacuations 
qui  se  font  outre  les  precedentes,  et 
premièrement  de  la  sueur. 

Ciiap.  xli.  Du  vomissement. 

Chap.  xui.  Du  cracher  et  bauer. 


393 

ld. 

396 

400 

404 

409 

410 

413 


418 

421 

422 

423 

424 

427 

lb. 

,434 


435 

436 
439 

441 


443 

444 

445 


l’»g*«. 


Ciiap.  xliii.  De  l'esternuer  et  mou- 
cher. lb. 

Ciiap.  xi.iv.  De  l’éructation  ou  rouc- 
tement , et  du  sanglot. 

Chap.  xlv.  De  l’vrine.  lb. 

Ciiap.  xlvi.  Du  flux  menstruel.  447 

Chap.  xlvii.  Des  hemorrhoïdes.  448 

CnAP.  xlviii.  Pour  prouoquer  le  flux 
de  ventre.  449 

Ciiap.  xlix.  Pour  arrester  le  flux  de 
ventre.  451 

Chap.  l.  De  l’euacuation  faite  par  in- 
sensible transpiration.  454 

Ciiap.  li.  De  la  curation  des  enfans 
espris  de  la  peste.  455 

Ciiap.  lu.  Discours  des  incommodités 
que  la  peste  apporte  entre  les  hommes, 
et  du  souuerain  remede.  457 

Chap.  lui.  Epilogue  ou  conclusion  de 
ce  discours  de  la  peste.  461 

Aduertissement  de  l’auteur.  464 

CHAPITRE  COMPLÉMENTAIRE. 

De  l’vsage  de  l’antimoine.  465 


DISCOVRS 

HE  LA  MVMIE  ET  HE  LA  LICORNE. 

A 1res  haut  et  puissant  seigneur,  messire 
Christophe  des  Vrsains.  468 


DISCOVRS 

De  la  Mumie. 


Chapitre  i. 

474 

Ciiap.  ii. 

476 

Ciiap.  iii. 

lb. 

Ciiap.  iv. 

477 

Ciiap.  v. 

478 

Chap.  vi. 

479 

Ciiap.  vii. 

481 

Ciiap.  vin. 

482 

Ciiap.  ix. 

485 

Chap.  x. 

489 

DISCOVRS 

De  la  Licorne. 

Chapitre  i.  Introduction  de 

l’an— 

theur  : description  de  la  licorne. 

491 

Chap.  ii.  Variétés  d’opinions  touchant 
la  description  de  la  licorne.  492 


DES  MATIÈRES. 


Bot 


Pages. 

Chap.  lu.  494 

Chap.  iv.  495 

Chap.  v.  497 

Chap.  vi.  Discord  des  aulheurs  lou- 
chant le  naturel  de  la  licorne.  498 

Chap.  vii.  Description  du  rhinocéros.  500 
Chap.  viti.  Ib. 

Chap.  ix.  Du  taureau  de  la  Floride.  501 
Chap.  x.  Description  du  Pirassoipi, 
espece  de  licorne  d’Arabie.  lb. 

Chap.  xi.  Eléphant  de  mer.  503 

Chap.  xii.  Du  poisson  nommé  Caspilly.  Ib. 
Chap.  xiii.  Du  poisson  nommé  ’VIetif, 
espece  de  licorne  de  mer.  503 

Chap.  xiv.  Poisson  ressemblant  par  la 
leste  au  porc  sanglier.  Ib. 

Ciiap.  xv.  Question  touchant  les  ver- 
tus prétendues  de  la  licorne.  Response.  505 
Chap.  xvi.  Preuu  e faite  par  authorité.  507 
Chap.  xvii.  Preuue  faite  par  raison.  509 
Chap.  xviii.  Des  perles  et  pierres  pré- 
cieuses, suiuant  l’opinion  de  Ioubert.  510 

Ciiap.  xix.  Du  pied  d’Hellend.  511 

REPLIQUE 

D' Ambroise  Paré, premier  Chirurgiendu 
Roy,  à la  response  faite  contre  son  dis- 
cours de  la  licorne.  515 

LE  VINGT-CINQUIÈME  LIVRE 

T railant  de  la  faculté  et  vertu  des  medica- 
mens  simples,  ensemble  de  la  composi- 
tion et  vsage  d’iceux.  520 

PREFACE.  ib. 

Chapitre  i.  Que  c’est  que  médica- 
ment, et  la  differenceentre  médicament 
et  aliment.  Ib. 

Ciiap.  ii.  Diuision  des  medicamens 
selon  leur  matière  et  substance.  521 

Ciiap.  iii.  Diuision  des  medicamens 
simples  selon  leurs  qualités  et  effets.  522 
Chap.  iv.  De  la  seconde  faculté  des 
medicamens.  527 

Chap.  v.  De  la  troisième  faculté  des 
medicamens.  Ib. 

Chap.  vi.  De  la  quatrième  faculté  des 
medicamens.  528 

Ciiaf.  vii.  Des  saueurs.  529 

III. 


l'âge*. 

Chap.  viii.  De  la  façon  de  préparer 
les  medicamens.  533 

Chap.  ix.  Des  medicamens  repercus- 
sifs  ou  repoussans.  534 

Ciiap.  x.  Des  medicamens  attractifs.  536 
Chap.  xi.  Des  medicamens  résolutifs.  537 
Ciiap.  xii.  Des  suppuratifs.  539 

Chap.  xiii.  Des  medicamens  emolliens 
ou  remollitifs.  540 

Chap.  xiv.  Des  detersifs  ou  mondifi- 
catifs.  542 

Chap.  xv.  Des  medicamens  sarcoti- 
ques.  543 

Chap.  xvi.  Des  medicamens  epuloti- 
ques  ou  cicatrisatifs.  544 

Chap.  xvii.  Des  medicamens  aggluti- 
natifs.  545 

Ciiap.  xviii.  Des  medicamens  causti- 
ques et  corrosifs.  546 

Ciiap.  xix.  Des  medicamens  anodyns.  547 
Ciiap.  xx.  De  la  composition  des  me- 
dicamens et  de  leur  vsage.  550 

Chap.  xxi.  Des  poids  et  mesures,  et  de 
leurs  figures.  551 

Chap.  xxii.  Des  clysteres.  552 

Chap.  xxiii.  Des  suppositoires,  noüets, 
et  pessaires.  558 

Chap.  xxiv.  Des  huiles.  560 

Chap.  xxv.  Des  linimens.  562 

Chap.  xxvi.  Des  onguens.  563 

Ciiap.  xxvii.  Des  ceroüennes  et  em- 
plastres.  568 

Chap.  xxviii.  Des  cataplasmes  et  pul- 
tes.  575 

Ciiap.  xxix.  Des  fomentations.  576 

Chap.  xxx.  Des  embrocations.  577 

Chap.  xxxi.  Des  epithemes.  578 

Chap.  xxxii.  Des  ruptoires  ou  cautè- 
res potentiels.  579 

Chap.  xxxiii.  Des  vésicatoires.  584 

Chap.  xxxiv.  Des  collyres.  585 

Chap.  xxxv.  Des  errhines  et  sternuta- 
toires.  586 

Chap.  xxxvi.  Des  apophlegmatismes, 
ou  masticatoires.  588 

Ciiap.  xxxvii.  Des  gargarismes.  590 

Chap.  xxxviii.  Des  dentifrices.  591 

Chap.  xxxix,  Des  sachets.  592 

Chap.  xl.  Des  sulTumigations  et  par- 
fums. 593 

5l 


8oa 


TABLE 


Pages. 


Ciiap.  xli.  Des  insessions  on  demis 
baings.  590 

Chap.  xf.ii.  Des  baings.  fb. 

Chap.  xliii.  Desesluues.  G0| 

Chap,  xliv.  Des  fards  pour  deeorer 
et  embellir  Ig  fgpe  des  femmes.  603 

Chap.  xlv.  De  la  gontte  rose,  606 

Chap.  xlvi,  La  maniéré  de  faire  noir- 
cir le  poil.  6(0 

Chap,  xlvu.  Psilothrq,  ou  dépilatoires 
pqifr  faire  cheoir  le  poil.  612 


LE  VINGT-SIXIÈME  LIVRE , 

Traitant  des  distillations. 

Ciiap.  i.  Que  c’est  que  distillation,  et 
combien  de  sortes  ou  maniérés  il  y a de 
distiller.  614 

Chap.  ii.  De  la  matière  et  forme  des 
fourneaux.  615 

Chap.  ui.  Des  vaisseaux  pour  distiller.  616 

Ciiap.  iv.  Quelles  choses  dojuent  esfre 
considérées  és  distillations.  617 

Chap.  v.En  quels  vaisseaux  faut  dis- 
tiller les  eaux.  618 

Chap.  VI?  Cofnme  il  faut  préparer  les 
matières  deuant  qu’en  distiller  les  eaux.  620 
Chap.  vii.  La  maniéré  de  distiller  les 
eaux.  621 

Chap.  viii.  De  la  maniéré  de  distil- 
ler l’eaudevie  , appelée  l'ante  ou  l’esprit 
de  vin.  623 

Chap.  ix.  La  maniéré  de  rectifier  les 
eaux  distillées.  624 

Chap.  x.  La  manière  de  distiller  par 
filtre.  Jb. 

Chap.  xi.  La  maniéré  de  distiller  les 
huiles,  et  par  cpnihiep  de  maniérés 
elles  sont  extraites.  626 

Chap.  xii.  La  maniéré  de  tirer  les 
huiles  des  végétaux  par  distillation-  626 

Ciiap.  xpi.  Autre  maniéré  pour  tirer 
l’essence  et  esprit  de  tous  aromates,  tant 
herbes,  fleurs , semence  set  fruits;  aussi 
de  la  rheubarbe,  agaric,  turhilh?  fier- 
modacle , et  autres  purgatifs.  620 

Chap.  xiv.  La  maniéré  fie  tirer  l’huile 
des  gommes , larmes , ou  liqueurs  es- 
paisses,  et  résinés,  et  mesme  de  cer- 
tains bois.  630 


Page». 

CnAP.  xv.  La  maniéré  de  tirer  l’huile 
des  gommes  plus  solides,  comme  myr- 
rhe, mastic  et  autres.  631 

Chap.  xvi.  De  la  maniéré  de  faire 
l’huile  de  vitriol.  033 

REGISTRE 

De  toutes  sortçs  dp  medicamens  et  Utslry- 
mens  seraans  à la  gyarisçn  des  malades.  634 

APHORISMES  D’HIPPOCRATES 

Appartenons  à la  chirurgie. 

Le  temps  d’Hippocrates  devaptQglien.  64 1 
Aphorismes  d’Hippocrates.  643 

CANONS  ET  REIGLES 

Chirurgiques  de  l'auteur.  641 

LE  VINGT-SEPTIÈME  LIVRE, 

Traitant  des  rapports  , et  du  moyen  d’em- 
baumer les  corps  morts.  651 

De  la  façon  d’embaumer  les  corps.  670 

apologie  ET  TRAITÉ 


Contenanilesvoyages  faits  en  ditters  lieux, 
par  Ambroise  Paré  , de  Lauul,  conseil- 
ler et  premier  chirurgien  du  Roy.  676 

Le  voyage  de  Thurin. — 1536.  689 

Voyage  de  Marolle  et  de  Basse-Bre- 
tagne.— 1543.  692 

Voyage  de  Parpignan.  — 1544.  694 

Voyage  de  Eandresy.— 1544.  695 

Voyage  de  Boulogne, — J545.  696 

Voyage  d’Allemagne.  — 1552.  697 

Voyage  de  Danuifliers.  — (552.  698 

Voyage  de  Chasteaq  le  Comte.  — 
1552.  699 

Voyage  de  Metz.  — 1552.  70Q 

Voyage  dé  Hédin.  — 1553.  709 

Bataille  de  Saint-Quentin.  — 1557.  720 
Voyage  du  camp  d’Amiens.  — 1558.  722 

Voyage  du  Havre  de  Grâce.  — 1563.  Ib. 
Voyage  de  fUmen.  — 1562.  723 

Voyage  de  la  bataille  de  Drçux.  — 
(662.  724 


des  matières. 


8o3 


Pages* 

Voyagede  la  bataille  de  Montcontour. 


— 1569.  725 

Voyage  de  Flandres.  726 

Voyage  de  Bourges. — 1562.  732 

Bataille  de  Saint-Denys.  733 

Voyage  de  Bayonne. — 1564.  lb. 


LE  LIVRE  DES  ANIMAUX, 
Et  de  l’excellence  de  l’homme. 


CnAPiTRE  i.  De  la  nature  des  bestes 
brutes.  735 

Chap.  ii.  Du  prognostic  des  animaux.  738 
Chap.  iii.  De  l’artifice  et  industrie 
des  animaux.  739 

Ciiap.  iv.  De  l’industrie  et  artifice  des 
oiseaux  à faire  leurs  nids.  740 

Chap.  v.  De  l’artifice  des  araignées.  741 
Ciiap.  vi.  Des  mouscbes  à miel.  lb. 
Chap.  vu.  Du  gouuernement  des 
mousches  à miel.  742 

Chap.  viii.  Des  fourmis.  743 

Chap.  ix.  Des  vers  qui  font  la  soie.  744 
Ciiap.  x.  De  l'industrie  des  animaux, 
et  delaconseruation  et  amitié  qu’ils  ont, 
et  principalement  de  leurs  petits.  745 
Chap.  xi.  Le  temps  que  les  animaux 
s’accouplent  ensemble.  746 

Chap.  xii.  De  l’amour  et  charité  des 
oiseaux  et  chiens.  lb. 

Chap.  xiii.  De  la  force  de  l’éléphant, 
de  sa  religion,  docilité,  clémence,  bonié, 


chasteté,  vengeance  des  maux  qu’on  luy 
a faits,  et  reconnaissance  des  biens.  748 


P«gM. 

Chap.  xiv.  Des  bestes  qui  sont  és 
eaux.  749 

Ciiap.  xv.  Que  les  bestes  peuuent 
estre  appriuoisées.  750 

Chap.  xvi.  Comme  les  animaux  ont 
appris  aux  hommes  à fourbir  et  aigui- 
ser leurs  armeures,  et  faire  embuscades,  lb. 
Ciiap.  xvii.  Des  armes  des  bestes.  754 
Ciiap.  xviii.  Les  bestes  sont  dociles.  755 
Ciiap.  xix.  Les  oiseaux  ont  monstré 
aux  hommes  à chanter  en  musique.  758 
Chap.  xx.  Des  oiseaux  qui  parlent, 
syblent  et  siflent.  759 

Chap.  xxi.  De  l’antipathie  et  sym- 
pathie. 760 

Chap.  xxn.  Comme  l’homme  est  plus 
excellent  et  parfait  que  toutes  les  bestes 
ensemble.  763 

Ciiap.  xxiii.!, L’homme  a le  corps  dés- 
armé. 764 


Ciiap.  xxiv.  Comme  Dieu  s’est  mons- 
tré admirableen  la  création  del’homme.  765 
Ciiap.  xxv.  La  cause  pourquoy  les 
hommes  ne  présagent  comme  les  ani- 
maux. lb. 

Chap.  xxvi.  L’homme  a la  dextérité 
d’apprendre  toutes  langues.  768 

APPENDICE 
Au  linre  des  monstres. 

Chapitre  i.  Des  monstres  marins.  770 

Ciiap.  ii.  Des  monstres  volatiles.  781 

CnAp.  ni.  Des  monstres  terrestres.  784 

Chap.  iv.  Des  monstres  celestes.  788 

Chap.  v.  792 


FIN  DE  LA  TABLE  DU  TOME  TROISIEME  ET  DERNIER, 


TABLE  ANALYTIQUE 


Nota.  Pour  le  tome  premier,  à part  l’Introduction  , la  pagination  seule  est 
indiquée;  pour  les  tomes  II  et  III,  on  renvoie  au  tome  et  à la  page.  La 
table  spéciale  des  observations  contenues  dans  l’ouvrage  se  trouvera  au 
mot  Observations. 


A 

Abcès  du  foie  succédant  aux  plaies  de  tète; 
II , 32.  — Métastatiques  ou  internes;  Il , 
142,  I7G  ; III,  361. 

Abeilles  Accidents  résultant  de  leur  pi- 
qûre; III,  324.  — Remèdes;  III,  325. — 
Mœurs  des  abeilles;  III,  741. 

Abenzoar.  traduit  par  Jean  de  Campanie, 
Paravicini  et  Jacob;  Int.,  lx. 

Abracadabra.  Puissance  prétendue  de  ce 
mot  ; III,  65.  ’ 

Abraham  de  Tortose.  Sa  version  du  xxvin' 
livredela  Médecine  d’Albucasis;  Int.,  lix. 

Abstinence.  Son  influence  sur  l’embon- 
point; 121.  — Sur  l’avortement;  II , 624, 
714.  — Sur  la  fécondité;  II,  734. 

Acatastasia.  Ce  que  c’est;  II,  419. 

Accès.  Ce  que  c’est;  III,  118. 

Accidents  qui  surviennent  dans  le  traite- 
ment des  plaies  ; 438,  440  à 451.  — Cure 
des  accidents  qui  adviennent  au  crâne; 
II,  43.  — Accidents  résultant  d’une  trop 
grande  compression  des  parties  du  corps; 
II,  292.  — Accidents  qui  surviennent  aux 
fra>  tures;  II,  304.  — Accidents  complica- 
tifsdes  fractures  des  côtes  eu  particulier; 
II,  314. 

Accouchées.  Evacuation  du  lait  des  nou- 
velles accouchées  par  la  matrice;  II,  502. 
— Régime  de  la  nouvelle  accouchée;  II,  706. 
— Ce  qu’il  faut  faire  aux  mamelons  de  la 
nouvelle  accouchée;  II,  709.  — Position  à 
donner  à l’accouchée;  II,  713. 

Accouchement.  Doctrine  de  Roeslin  sur  les 
accouchements;  Int.,  ccvi. — Accouche- 
ments naturels;  II,  623,  665,  673. — Contre 
nature;  II,  624,  673.  — Manière  d’opérer 
dans  les  accouchements  contre  nature  : 
version  par  les  pieds;  Il , 623,  628,  702. — 
Manière  d’extraire  l’enfant  mort  de  la  ma- 
trice; II,  629,  702.  — Manière  d'extraire 
l’enfant  vivant  hors  de  la  matrice  de  la 
mère  morte  ; II , 631 , 702.  — Causes  qui 


font  demeurer  l’arrière-faix  dans  la  ma- 
trice; II,  630. — Manière  de  l’extraire; 
II,  631,  681.  — Pronostic  tiré  de  la  rupture 
de  la  poche  des  eaux;  II,  663.  — Sur  l’é- 
cartement des  symphyses  pubiennes  dans 
l’accouchement;  II,  665. — Le  premier 
accouchement  est  plus  pénible  que  les 
suivants;  II,  672. — Signes  d’un  accou- 
chement prochain;  positions  à donner  à 
l'accouchée;  II,  673,  674,  701.  — Moyens 
de  faciliter  l’accouchcrnent;  II,  675. — 
Soins  à donner  à l’enfant  aussitôt  après 
sa  naissance;  II,  676.  — Soins  à donner  à 
la  mère  après  la  délivrance;  II,  676,  706. 
— Quand  doit  être  extrait  l’arrière-faix; 

II,  677,  682.  — Recherches  historiques 
sur  l’accouchement  forcé  dans  les  cas  de 
perles  utérines;  II,  698.  — Causes  de 
l'accouchement  diflicile  venant  de  la 
mère;  II,  711.  — Idem  venant  de  l’en- 
fant; 11,712.  — Pronostic  de  l’accouche- 
meni  ; Il , 713. 

Accouplement.  Epoque  de  l’accouplement 
des  animaux;  III,  746. — Accouplement 
des  palmiers;  III,  762. 

Acéphale.  Figure  d’un  monstre  acéphale  ; 

III,  23. 

Acétables.  Ce  que  c’est;  II,  645. 

Achlys.  Ce  que  c’est;  II,  418. 

Ackerman.  Ce  qu’il  dit  sur  la  culture  de  la 
médecine  en  Occident  avant  le  xie  siècle; 
Int. , xix.  — Son  opinion  sur  la  Grande 
chirurgie  de  Guy  de  Chauliac;  Int.,  lxv. 

AcMASTiqi  E (fièvre  synoque-)  ; III,  95. 

Aconit.  Lieux  où  il  croit;  son  aciion  sur 
les  animaux;  accidents  qu’il  cause  à 
l’homme;  son  antidote;  ses  caractères; 
III,  338. 

Acrisius.  Médecin  cité  par  Gariopontus; 
Int.,  xxv. 

Acrochordon.  Description;  358,  787. — Trai- 
tement; 358. 

Actions.  Ce  que  c’est;  55.  — Actions  natu- 
relles ou  volontaires;  56. 


TABLE  ANALYTIQUE. 


Adam.  Ce  que  c’est  que  le  morceau  d’Adam  ; 
255. 

Adhérence  des  doigts  ; 11,456.  — Adhérence 
complète  du  prépuce  ; II,  460. 

Adnata.  Ce  que  c’est;  237. 

Adolescence.  Quel  est  le  tempérament  des 
adolescents;  36. 

Aeromanciens  ; III,  60. 

Aec.ilops.  Ce  que  c'est;  II,  419,  431.  — Va- 
riétés, traitement  ; II,  431. 

Aétius  est  inconnu  aux  Occidentaux  au 
xive  siècle  ; Int.,  lx.  — Inconnu  dans  tout 
le  xve  siècle  ; Int.,  cix.  — Son  opinion  sur 
les  dragonneaux;  424. 

Affections.  Influence  des  affections  de 
l’âme  sur  la  guérison  des  plaies  de  la  tête  ; 
II,  38. 

Agaric.  Ses  propriétés  anti-vénéneuses  ; III, 
414.  — Procédé  pour  extraire  l’essence  de 
l’agaric;  III,  629. 

Age.  Définition;  influence  de  l’âge  sur  les 
tempéraments;  36.  — Aliments  qui  con- 
viennent aux  différents  âges;  69.  — In- 
dications résultant  de  l’âge;  86.  — In- 
fluence de  l’âge  sur  la  guérison  des  plaies 
en  général;  433. — Sur  celle  des  plaies  de  la 
tcle  ; II,  26.  — Sur  la  formation  du  cal  ; 
II,  66.  — Sur  le  traitement  des  plaies 
par  harquebuses;  II,  161.  — Sur  la  gué- 
rison des  fractures;  II,  298.  — Quel  doit 
être  l’âge  d’une  bonne  nourrice;  II,  685. 
— Influence  de  l’âge  sur  les  accouche- 
ments; II,  711.  — Age  auquel  la  femme 
peut  concevoir;  II,  738.  — Auquel  les 
jeunes  filles  commencent  à avoir  le  flux 
menstruel  ; II,  770.  — Influence  de  l’âge 
sur  la  curabilité  de  la  goutte;  III,  221. 
— Sur  la  production  de  la  peste  ; III,  389. 

Agglutinatifs  (médicaments);  III,  545. 

Agneau.  Histoire  d’un  agneau  fruit  d’une 
brebis  et  d’un  porc;  III,  43.  — Figure 
d’un  agneau  à trois  tètes;  III,  45. — 
Agneaux  s’entrechoquant  présagent  chan- 
gement de  temps;  III,  738.  — Instinct 
des  agneaux  pour  reconnaître  leur  mère 
et  les  herbes  qui  leur  conviennent;  III, 
741. 

Agnelette.  Ce  que  c’est  ; II,  647.  676. 

Agmna.  Ce  que  c’est;  II,  647,  676. 

Agyrias.  Ce  que  c’est;  II,  419. 

Aigis.  Ce  que  c'est;  83;  II,  4 1 8. 

Aigle.  Maladie  de  l’œil  ; II,  417. 

Aiguille  enclavée  dans  une  pierre  ; 28  ; III, 
29.  — Figures  d’aiguilles  à faire  les  su- 
tures, 439;  II,  84,  85,  430.  — Figu- 
res d'aiguilles  à séion  ; II,  81,  152.  — Fi- 
gure d'une  aiguille  à suture  pour  les 
plaies  des  yeux  ; II,  430.  — Figure  d’une 
aiguille  pour  abaisser  les  cataractes  avec 
son  manche;  II,  439.  — Histoire  d’une 
aiguille  sortie  spontanément  du  corps 
après  un  long  séjour  ; III,  38. 

Aiguillette.  Ligature  de  l’aiguillette,  cause 
de  stérilité;  II,  733.  — Ce  que  c’est  que 
nouer  l’aiguillette;  III,  62.  — Résultats 
des  manœuvres  des  noueurs  d’aiguihette  ; 
111,67. 


8o5 

Ail.  Son  efficacité  comme  préservatif  de  la 
peste  ; III,  367. 

Ailerons.  Figure  d’ailerons  pour  l’extrac- 
tion de  la  pierre  ; II,  485,  486. 

Aimalops.  Ce  que  c’est;  II,  419. 

Aimant.  Emploi  de  l’aimant  dans  le  traite- 
ment des  hernies;  407.—  Pour  extraire 
le  fer  resté  dans  une  plaie  ; II,  160.  — Son 
action  sur  l’économie  humaine,  et  contre- 
poison; III,  343. — Rochers  d’aimant; 
III,  794. 

Aines.  Hernie  inguinale  ; 404.  — Plaies  des 
aines;  II,  109.  — Corps  étranger  dans 
l’aine;  III,  29. 

Air.  Ses  qualités  premières  ; 32. — Ses  quali- 
tés secondes;  33.  — Son  influence  sur  la 
vie  et  la  santé;  63,  II,  138;  III,  359,  360, 
363,  393.  — Modifications  que  lui  fait 
subir  le  vent;  64.  — Influence  de  l’état 
de  l’air  sur  le  traitement  des  plaies  par 
harquebuses  ; II,  161 , 174.  — Moyens  de 
purifier  l’air;  II,  167;  111,366,  378,  394. 
— Action  funeste  de  l’air  extérieur  sur 
les  os  nus;  II,  580. — Influence  de  l’air 
froid  sur  la  difficulté  des  accouchements  ; 
II,  712.  — Air  qui  convient  aux  fébri- 
citants; 111,84.  — Causes  de  la  corrup- 
tion de  l'air;  III.  295,  356.  — Pourquoi 
la  putréfaction  de  l’air  n’engendre  pas 
toujours  la  peste  ; III,  358.  — La  consti- 
tution chaude  et  humide  de  l’air  est  la 
plus  dangereuse;  III,  359.  — Présages  de 
la  peste  tirés  de  la  corruption  de  l’air;  III, 
362. — Signes  indiquant  que  la  peste  vient 
de  la  corruption  de  l’air  ; III,  385.  — La 
peste  venant  de  la  corruption  de  l’air  est 
la  plus  contagieuse;  III,  389.  — Médica- 
ments tirés  de  l’air  ; III,  522. 

Airain.  Action  de  l’écaille  d’airain  sur  l’é- 
conomie humaine,  et  contre-poisons  ; III, 
342. 

Aisselles.  Pronostic  des  plaies  des  aisselles, 
433.  — Brûlures  des  aisselles  ; II,  208. 

Aithemoma.  Ce  que  c’est  ; II,  419. 

Alambic  ; III,  618. 

Albericus  ; Int.,  XXI. 

Albicius,  collaborateur  de  Gariopontus  au 
xr  siècle  ; Int.,  xxi. 

Albicius,  médecin  de  Venceslas , roi  de 
Bohème  au  xve  siècle;  Int.,  xxi. 

Albricius.  Ses  ouvrages;  Int.,  xxi. 

Albricus  ; Int.,  xxi. 

Albucasis.  Son  traité  de  chirurgie,  traduit 
par  Gérard  de  Crémone;  Int.,  xxvn. — 
Pris  pour  guide  par  Brunus;  xxxvi.  ■ — 
Est  cité  par  Lanfranc;  Int.,  xlvi.  — Si  le 
grand  Albucasis  doit  être  confondu  avec 
celui  qui  a été  traduit  par  Simon  de  Gè- 
nes; Int.,  lix  ; III,  v. 

Alchimistes.  Leur  invasion  dans  la  méde- 
cine au  xve  siècle;  Int.,  cvi.  — Idem  dans 
la  chirurgie;  Int.,  evi,  exxv. 

Alexandre  est  cité  par  Lanfranc  ; Int.,  xlvi. 

Alexandre  vi  est  embaumé  par  Pierre  d’Ar- 
gelata  ; Int.,  lxxvi. 

Ali-Abbas.  Gruner  y aurait  retrouvé  tout 
ce  que  le  livre  de  Trutula  renferme  de 


TABLE 


806 

Jjon  ; Int.,  xxiv.  — Son  grand  ouvrage 
imité  dans  le  Pantegni  de  Constantin; 
Int.,  xxv,  III,  iv.  — Traduit  par  Etlenne- 
le-Philosophe  ; Int. , xxvi. — Pris  pour 
guide  par  Brunus  ; Int,,  xxxvi.  — Cité  par 
Lanfrane ; Int.,  xlvI, 

Aliments.  Qualités  des  divers  aliments  ; 65. 

— De  la  quantité  qu’il  en  faut  prendre, 
et  de  leurs  vertus  ; 66.  — Influence  de 
l'habitude  sur  leur  choix;  préférences 
qu’ils  inspirent  ; 67.  — Dans  quel  ordre  et 
quel  moment  il  convient  de  les  prendre; 
68.  — De  la  nécessité  de  les  varier;  de 
ceux  qui  conviennent  aux  différentes 
époques  de  la  vie  et  de  l’année;  69.  — 
Quels  sont  ceux  qui  conviennent  dans  le 
traitement  ries  blessures  de  la  tête  ; II,  34. 

— Leur  influence  sur  la  formation  du  cal 
des  fractures;  II,  341.  — Sur  la  généra- 
tion des  monstres;  lit,  27. — Aliments 
qui  conviennent  aux  fébricitants;  III,  84. 

— Leur  inlluence  sur  la  production  des 
vers  intestinaux  ; III,  265.  — Sur  la  pro- 
duction de  la  pesie  ; III,  860.  — Aliments 
convenables  pour  jes  pestiférés;  III,  396. 
— Distinction  entre  les  aliments  et  les 
médicaments;  III,  520.  — Manière  de 
distiller  l’eau  alimenteuse;  Il I,  621. 

AlisMe.  Ce  que  c’est  ; III,  124,  187. 
Allaitement.  Ce  qu'il  faut  faire  prendre  à 
l’enfant  avant  de  le  faire  téter;  IL  682. 
— Quand  la  nouvelle  accouchée  doit  don- 
ner à leter;  avantages  de  l’allaitement 
maternel;  II,  683.  — Quelques  femmes 
peuvent  avoir  leurs  tnenslrues  quoique 
nourrices  ; 11,  764. 

Allantoïde.  Si  celte  tunique  existe;  170. 
Allemagne.  Origine  de  la  chirurgie  alle- 
mande; Int.,  cxcvn. — Ecole  de  Stras- 
bourg; Int.,  cep.  — Ecole  de  Paracelse  ; 
Int.,  ccviii.  — Etat  de  la  chirurgie  en  Al- 
lemagne au  xvi.  siècle  ; Int.,  cclxxxv.  — 
Voyage  d’Ambroise  Paré  en  Allemagne  ; 
III,  697. 

Ai.mageste  de  Plolémée;  Int.,  xxvi. 
Almansor  pris  pour  guide  par  Brurnis  ; 
\xxvi. 

Alors.  Poisson  monstrueux;  III,  774. 
Alopécie  ; 82.  — Définition  et  causes  de  cette 
maladie;  II,  405.  — Pronostic  et  traite- 
ment; II  ; 406.  — Suite  de  la  vérole;  II, 
528.  — Idem  de  la  lèpre  ; III,  274.  — 
Voyez  Pelade. 

Alouette.  Effroi  que  lui  inspire  l’épervier; 
III,  761. 

Alphitidon.  Espèce  de  fracture  ; II,  295. 
Alun.  Propriétés  cicatrisantes  de  l’alun; 
II,  338.  — Vertus  et  usage  des  eaux  alu- 
mineuses ; III,  597. 

A.matus  |,usitanus;  Int.,  cclxxxv.  — Ce 
qu’il  dit  îles  rétrécissement  de  l’urètre 
et  de  leur  traitement;  il,  574,  576.  — 
Moyens  proposés  par  lui  pour  allonger 
le  mamelon  ; II,  694. 

Amaurose.  Ce  que  c’est  ; il,  419. 

Ambès.  Figure  de  l’ambés  propre  d’Hippo- 
crate ; tl,  376. 


Ambi.  Figures  de  deux  ambis  ; II,  378,  377. 

Ambidextre.  Le  chirurgien  doit  être  ambi- 
dextre; II,  282. 

Ambliopie,  Ce  que  c’est;  II,  414. 

Ame.  Ce  que  c’est  que  l’àme  des  bêtes  et 
des  plantes  ; 33.  — Perturbations  de  l’âme; 
75. — Lajoie,  la  colère;  76.  — La  tris- 
tesse; 77.  — La  crainte,  ia  honte  ; 7S.  — 
Influence  des  perturbations  de  I âme  sur 
le  corps  ; 78,  97.  — Division  des  facultés 
de  l’âme;  111.  — Le  cœur  est  le  domicile 
de  i’àme;  188,  — Influence  des  affections 
de  l’âme  sur  la  guérison  des  plaies  de  la 
tète;  II,  38.  — Sur  la  procréation;  II, 
639.  — Définition  de  l’âme;  II,  652,  655. 
— Corélation  de  son  action  et  de  celle 
des  organes;  II,  724.  — A quelle  époque 
l’âme  vient  animer  le  corps;  II,  652.  — 
Ses  facultés;  II,  654.  — Ses  opérations, 
ses  noms  divers;  II,  655. — Supériorité 
de  l’àme  humaine  sur  l’âme  des  plantes 
et  sur  celle  des  bêtes;  ii,656.  — Facul- 
tés principales  de  l’àme;  II,  657,  658, 
659,  660.  — Facultés  attractive,  réteu- 
trice,  concoctrice,  génératrice,  expultrice, 
réparatrice;  1 1 . 661. 

Amendas  qu’infligeaient  aux  médecins  les 
lois  des  Wisigotbs;  Int.,  xvii. 

Amérique.  Influence  de  ia  décoqverte  de 
l’Àfherique  sur  l’étude  de  la  chirurgie; 
Int.,  cxii. 

Amiens.  Voyage  d’Ambroise  Paré  au  camp 
d’Amiens;  I II,  722. 

Amnios.  Analotnie  de  l’amnios  ; i 7 1 . — Uti- 
lité des  eaux  de  l’amnios  ; II,  626,  647, 
676. 

Amphibies  ; tll,  763. 

Amphibustroide;  ( description  de  la  tuni- 
que); 239. 

Amphimerinqs  ; Itt,  138. 

Ampoules.  Théorie  de  la  conception  par  les 
trois  ampoules  ; II,  049,  650. 

Amputation  du  membre  gangrené;  II,  229, 
22i.  — Où  il  fâut  la  fcommencer;  Il , 221. 
— Procédé;  U,  222.  — Al  oyens  hémosta- 
tiques; )t,  224,  226.  — Suite  du  traite- 
ment ; If,  225,  230;  III,  60l,  682,  683.  — 
Médicaments  emplastiques  ; II,  226. — 
Sur  l’emploi  du  cautère  actuel  pour  ar- 
rêter le  sang  après  l’amputatidn  ; il,  227; 
III,  680.  — Cas  d’amputation  du  bras 
dans  la  jointure,  à la  sbite  de  gangrène, 
II , 233. 

Amygdales.  Description  des  amygdales  -.254. 
— Tumeurs  des  amygdales  ; opération  de 
ces  tumeurs  ; 383. 

Anasaria.  Ce  que  c’est;  394. 

Anastomose;  149. — Cas  présumé  d’anasto- 
mose; III , 694. 

Anatomie.  L’anatomie  humaine  est  professée 
pour  la  première  fois  à Bologne  parMun- 
dinus  ; Int.,  lxii. — Premiers  essais  (l’ana- 
tomie pathologique;  Int.,  exix.  — Impor- 
tance et  nécessité  de  la  connaissance  de 
l’ânatomie  ; 15,  105;  il,  3Ô0.  — Son  uti- 
lité, ordre  dans  Ifeuuel  il  convient  de  l’étu- 
dier; 107. — Définition  de  l’anatomie.  108. 


ANALYTIQUE. 


Ancir-lofs.  Ce  que  c’est  ; II,  419. 

Anchylose.  Ce  quec’esi;  II,  320. — Résul- 
tant de  l’immobililé  du  brus  ; II,  384. 

Anciens  Emprunts  que  leur  a faits  l’auteur  ; 
9.  — Leur  opinion  sur  l'origine  de  la  mé- 
decine ; 17.  — Leur  respect  pour  les  mé- 
decins; 20. 

Ancyloblepiiaron.  Ce  que  c’est  j II , 416.  — 
Causes,  traitement,  pronostic  ; II,  423,  428. 

André.  Chirurgien  de  Montpellier  au  xive  siè- 
cle ; Int. , LXIll. 

Andréas  de  Vicence.  Bruntisachéve  sagrande 
chirurgie  à sa  prière,  Int.  j xxxvi. 

André  de  La  Croix.  Int.  ccLxxxv. 

Àndrooyne.  Voyez  Hermaphrodite. 

Andronic  (l’empereur).  Envoie  à Robert, 
roi  de  Sicile,  les  ouvrages  de  Galien; 
Int. , xlviii. 

Anencéphalie.  Cas  présumé  d’anencéphalie  ; 
III,  24,  25. 

Anévrisme.  Définition,  causes, signes,  cura- 
biljté  des  anévrismes;  371. — Traitement; 
373. — Théorie;  374.  — Gangrènes  résul- 
tant d’anévrismes  ; II , 2 1 2 , 216, 

Anges  ; III , 54. 

Angiologie;  III,  6S4. 

Angleterre.  Premiers  écrivains  de  l’école 
anglaise;  Int.  ; liii,  lv.  — Caractère  in- 
téressé de  cette  école;  Int.,  lvi. — Sa  dé- 
cadence; Int. , lviii.  — Etat  de  la  chirur- 
gie àu  xvie  siècle  en  Angleterre;  Int., 

CCLXXXV. 

Anguille.  Histoire  d’une  anguille  engendrée 
par  une  femme;  III,  37.  — Educabilité 
des  anguilles  ; III,  750. 

Animale  ( faculté  ).  Est  de  trois  espèces  : mo- 
tive , sensitive,  principale;  53. 

Animaux.  Maladies  qui  ont  emprunté  leurs 
noms  à des  animaux  ; 82. — Remèdes  en- 
seignés aux  hommes  par  les  animaux;  19. 
— De  l’âme  des  animaux  ; 33.  — Ra'sons 
de  l’horreur  qu’inspire  le  coït  aux  femelles 
des  animaux  après  qu’elles  ont  conçu  ; 

II , 639.  — Animaux  monstrueux  qui  s’en- 
gendrent au  corps  de  i’homme  ; III,  34. — 
Enumération  des  bêtes  venimeuses;  III, 
295. — Pronostic  du  venin  des  bêles  veni- 
meuses ; III,  298.  — Cure  des  morsures  et 
piqûres  des  bêtes  venimeuses;  III,  300. 
— Connaissance  que  (es  animaux  ont  des 
changements  atmosphériques;  I i i ; 364, 
738.  — Action  des  vapeurs  terrestres  sur 
les  animaux;  III,  364.  — Médicaments  ti- 
rés des  animaux;  III,  521.  — Parties  di- 
verses des  animaux  servant  à la  médica- 
tion ; III,  634. — Naturel,  formes  et  qualités 
qui  distinguent  les  animaux  entre  eux; 

III,  7 t5. — Preuves  de  leur  instinct;  cho- 
ses qu’ils  ont  enseignées  aux  hommes; 
19;  III,  736,  750,  758.  — Utilité  dont  ils 
nous  sont;  111,737.  — Instinct  des  pois- 
sons; III,  739.  — Sollicitude  des  animaux 
pour  leurs  petits  ; III , 745.  — Epoque  de 
l’accouplement;  III , 746.  — Educabilité 
des  animaux;  III , 750,  755.  — Des  armes 
des  animaux;  lit,  75.4.— Les  animaux  s’çn- 
tendcnlenlre eux;  III,  758.— Antipathies 


807 

et  Sympathies  des  animaux;  lit,  760.  — 
Tous  les  animaux  craignent  i’homme  et 
lui  sont  soumis  ; III,  764. 

AnIs.  Caractère  de  l’hdile  d’anis ; lit,  627 

AnoOins  (médicaments);  331 , 332;  III,  547 

Anopsie.  ce  que  c’est;  II,  414. 

Antiies.  Secours  qu’ils  se  portent  ; III , 752. 

Antiiracosis.  Cè  que  c’est;  II,  415. 

Anthrax;  427. 

Antidotes.  Contré  le  venin  du  crocodile; 

II,  20.  — Du  coule-sang;  Iil,  315.  —De 
l’aspic  ; III,  319.  — De  la  couleuvre  ; lll , 
320.  — Des  chenilles  et  des  boürdohs;  lit, 
325.  — Des  araignées  ; I II , 326  — Du  do- 
rychliim  ; ill,  335-  — Du  colchique  ët  des 
champignons  ; ill  , 336.  — De  là  ciguë  ; 

III,  337.  — De  l’aconit;  III,  338.— De  lé- 
taille  d'airain  et  du  orapaüd  ; III,  342. — 
De  l’àimant,  de  l'arsenic,  de  la  chaux  et 
de  l’eau  fofte;  III  , 343.  - - lie  la  céruse  ; 
III,  344.  — lie  la  peste  ; III,  367.  — II  y â 
deux  sortes  d'antidotes  ; III , 404.  — Ex- 
plication de  lëtir  actioh  ; Itl , 405.  — Pro- 
priéiés  anti-vénéneuses  de  l'agaric  j III, 
414.  — Ile  l’armoise  ; III,  4l5.  — Üe  l’an- 
timoine ; lii,  465,  466.  — Arilidotés  üe 
l orp  n et  de  la  salamandrë;  lll,  fefel . — 
Voyez  ContrepOis'ori. 

Antimoine.  De  soh  usage;  Int.,  cclxxiii  ; 
III,  i 1 4. — Son  efficacité  contre  l’hydro- 
phobie;  III,  312,  — Soh  emploi  dans  le 
traitement  de  là  peste;  mode  d’adtninis- 
tratioh  ; sës  effets  ; lit,  465,  466.  — Objec- 
tions faites  ctintre  l'usage  de  l'antimoine; 
ill , id.—  Son  efficacité  dans  le  lyaltefnent 
des  maux  d’yeux,  des  ulcérés,  dès  brütU- 
rès  ; ses  caractères  ; lit,  467. 

Antoine  (Feu  saint-).  Diverses  acceptions 
de  cè  nord  ; II,  21 1. 

Anus.  Traité  de  Jean  dè  Ardern  sdr  là  fis- 
tule a l’ahüs  ; lntr. , lv.  — Imperforà- 
tioil  de  Faillis;  11,460,  678. — Prurit  de 
l’anus;  11,790.  — Causes  et  traitement; 
II,  791. 

ApiiohiSME.  Définition  du  mot  aphorisme  : 
aphorismes  chirurgicaux  d’Hippocfâte  ; 
lit,  648,  — Aphorismes  de  Gdlièn  ët  dé 
Celse  ; III,  646. 

Aphthes;  II , 261. 

AèofciiÈMA.  Espèce  de  fracture;  II,  295. 

Apologie;  III , 676. 

A PO  PH  L EG  M A T1S  M ES  J itl,  588. 

AèopiiYsKS  rriainillaires  ; 218.  — Clirioldes; 
225. — Du  col  droites,  obliques,  trans- 
vfeiSes;  239.  — DU  mélàphrèriè  et  dès 
lombes;  263. 

Apoiirexis.  Ce  que  c’est:  II  419. 

ApOSPÀsma.  Ce  que  C’e>t;  11,  403. 

ApûstémeS.  Ce  que  c’est;  319. — Leurs  diffé- 
rences; 3 i 9,  320.  — Leürs£causes  généra- 
les; 320.  — Leurs  périodes;  322.  — Leufs 
quatre  modes  de  tefhiiilàisoh ; 323. — Pro- 
nostic général  ; 324.— Cure  generale  ; ib.— 
Enumération  des  diverses  espèces  d’apo- 
slènies  ; 326;  lll,  427. — Quand  et  Comment 
il  faut  les  Ouvrir;  333,  334.  — Apostêmës 


TABLE 


8û8 

du  fondement  ; 419. — Exemple  d’apostéme 
du  cerveau  ; 11.  70. 

Apothicaire.  Nécessité  pour  l’apothicaire  de 
connaître  l’anatomie;  106. —Avidité  des 
apothicaires;  III,  125. —Comment  doi- 
vent être  choisis  les  apothicaires  chargés 
de  soigner  les  pestiférés;  III , 378.  — Su- 
percherie des  apothicaires  pour  faire  de  la 
fausse  mumie  ; III,  481. 

Apozème.  Préservatif  de  la  pierre;  II,  468, 
469.  — Pour  provoquer  les  menstrues  ; II , 
768. 

Appareil.  Figure  d’un  appareil  pour  les  frac- 
tures du  bras  avec  plaie;  II,  320.— Opé- 
ration de  la  pierre  par  le  petit  appareil  ; 
II,  475.  — Idem,  par  le  grand  appareil; 
II,  478. 

Appétit.  Appétit  canin  ; 83. — D’où  vient  l’ap- 
pétit; 137. — Dépravation  de  l’appétit  chez 
les  femmes  grosses;  II,  642,  714 .—Idem, 
chez  les  tilles  qui  ont  les  pâles  couleurs; 
II,  780. — Traitement  ; II,  781. 

Apprenti.  Ce  qu’étaient  les  apprentis  en  chi- 
rurgie; Int.,  cxxxi. 

Apuleïus.  Ses  ouvrages  suivis  par  les  méde- 
cins au  vie  siècle  ; Int. , xvm. 

Apvrexie;  III,  101. 

Arabes.  Indigence  de  la  bibliothèque  de  la 
Faculté  de  Paris  en  ce  qui  concerne  leur 
époque;  Int.,  v. — Les  Arabes  brillent 
dans  la  culture  de  la  médecine;  transpor- 
tent leurs  écoles  en  Espagne;  Int.,  xix. — 
Manuscrits  arabes  traduits  en  latin  par 
ordre  de  l’empereur  Frédéric  ; Inl.,  xxxvn. 
— Leur  voisinage  profite  peu  a l’école  de 
Montpellier  jusque  vers  le  xiv*'  siècle; 
Int. , lviii.  — Epoque  à laquelle  ils  sont 
délaissés  ; Int.,  cxi. 

Arabistes.  Indigence  de  la  bibliothèque  de 
la  Faculté  de  Paris  en  ce  qui  les  con- 
cerne ; Int.,  v.  — Guy  de  Chauliac  est  la 
plus  brillante  expression  de  leur  époque; 
Int.,  vu.  — Derniers  chirurgiens  arabistes 
en  Italie  ; Int. , lxxiii. 

Arachnoïde.  Description  de  l’arachnoïde  ; 
239. 

Araignées.  Leur  industrie;  III,  325,  741. — 
Variétés;  accidents  résultant  de  leur  mor- 
sure, et  remèdes  ; III,  326. 

Arbres.  Parties  diverses  des  arbres  servant 
à la  médication  ; III , 635. 

Arciiagatus.  Sa  mort  ; 30. 

Arculanus.  Son  époque;  ses  commentaires 
sur  F>hazès  et  sur  Avicenne  ; Int.,  lxxxviii. 
Idée  générale  de  ses  écrits;  Int.,  i.xxxix. 
— Sur  ses  procédés  pour  l’ectropion  ; Int., 
lxxxviii  , III , VI. 

Ardern  (Jean  de).  Son  traité  sur  la  fistule  à 
l’anus;  sa  biographie;  Int.,  lv.  — Son 
charlatanisme  et  son  avarice;  Int.,  lvii. 

Arêtes.  Manière  d’extraire  les  arêtes  enga- 
gées dans  la  gorge  ; II,  443. 

Argelata  (Pierre  d’)  ; chirurgien  de  Bologne, 
son  époque;  Int.,  lxxvi.  - — Larcins  faits 
par  lui  à Guy  de  Chauliac;  idée  générale 
de  son  livre;  Int.,  lxxvii.  — Sa  pratique; 
Int.,  lxxviii.  — Honneurs  que  lui  décer- 


nèrent ses  contemporains;  Int.,  lxxix. — 
Il  est  annoté  par  Marcellus  Cumanus;  Int., 
lxxxiv.  — Son  opinion  sur  le  pronostic 
tiré  du  pouls  ; II,  31.  — Sur  la  suture  dans 
les  plaies  de  tête;  II,  40. — Sa  doctrine 
sur  l’opération  du  trépan;  II,  51. — Ce 
qu’il  dit  des  fanons;  II,  289. 

Argema.  Ce  que  c’est;  II,  417. 

Argemon  ; II , 259. 

Aristote.  Est  cité  par  Lanfranc  ; Int. , xlvi. 
—Ce  qu’il  dit  du  cœur  des  monstres;  III,  9. 

Arland  (Etienne).  Chirurgien  de  Montpel- 
lier au  xiv'  siècle  ; Int.,  lxiii,  lxviii. 

Arles  (Pierre  d’).  Chirurgien  à Avignon  ; 
Int. , lxviii. 

Armes.  Premières  notions  qu’on  trouve  des 
armes  à feu;  Int.,  lxix.  — Diffusion  de  la 
doctrine  d'A.  Paré  sur  les  plaies  d’armes  à 
feu  ; Int.,  cclii.  — Invention  des  armes  à 
feu  ; II,  121.  — Leurs  différents  noms  ; II, 
122,  123. 

Armingandus  Blasius,  traducteur  d’Aver- 
rhoès;  Int. , lx. 

Armoise.  Ses  propriétés  anti -vénéneuses  ; 
III,  415. 

Aromates.  Substances  aromatiques  em- 
ployées dans  les  médicaments;  III,  532. — 
Procédé  pour  extraire  l’essence  des  aro- 
mates ; III , 629. 

Arnaud  (Etienne). Chirurgien  de  Montpellier 
cité  par  Guy  de  Chauliac;  Int.,  lxviii. 

Arnaud,  chirur.  du  18e  siècle;  description  de 
ses  fanons  et  faux  fanons  ; II,  289. 

Arnaud  de  Villeneuve,  iraducteur  d’Avi- 
cenne; Int.,  lx.  — Traduction  provençale 
de  son  livre;  Int.,  lxv. 

Arracheurs  de  dents;  Int.,  clxxi. 

Arrière-faix.  Causesqui  retiennent  l’arrière- 
faix  dans  la  matrice  après  l’accouchement  ; 
II , 630.  — Moyens  d’extraction  ; II , 631 , 
681. — De  quoi  se  forme  l’arrière- faix  ; 
II , 643  , 644.  — Son  utilité  ; II , 644.  — 
I/arrière-faix  doit  être  exlrait  sitôt  que 
l’enfant  est  sorti;  II,  677,  682.— L’arrière- 
faix  venant  le  premier  rend  l’accouche- 
ment dangereux  ; II , 696,  712.  — Dans 
les  cas  de  superfétation,  il  y a autant  d’ar- 
rière-faix  que  d’enfants;  II,  721. 

Arsenic.  Son  emploi  dans  le  traitement  des 
chancres;  367. — Son  action  sur  l’écono- 
mie humaine,  et  contre-poison  ; III,  342, 
343.  — Cas  d’empoisonnement  par  l’arse- 
nic ; III,  662. 

Artaxerces.  Lettre  écrite  par  lui  à Hystanes 
au  sujet  d’Hippocrate  ; III,  641 . 

Artère.  Ce  que  c’est;  128.  — Origine  et  di- 
vision de  l’artère  descendant  aux  parties 
naturelles  : Arlères  intercostale,  dia- 
phragmatique, cœliaque,  rénale,  sperma- 
tique; 149.  — Lombaire,  iliaque,  150. — 
Arlères  de  la  matrice  ; 164. — Dislribution 
de  l’artère  veineuse;  193.  — Division  des 
artères  : artère  sous-clavière,  intercostale, 
mamillaire,  cervicale,  musculeuse,  hu- 
mérale, tborachique,  axillaire,  carotide; 
199.  — Distribution  de  l’artère  axillaire, 
275. — Dislribution  de  l’artère  crurale  ; 291 . 


ANALYTIQUE. 


809 


— Pronostic  des  plaies  des  artères;  433. — 
Ligature,  des  artères  ; II,  8.-  Pronostic  et 
traitementdes  plaies  des  artères  carotides  ; 
II,  90.  — Signes  des  blessures  de  la  grande 
artère  ; II,  96  ; III,  054.  — Autorités  en  fa- 
veur de  la  ligature  des  artères;  III,  078, 
— Raisonnements;  III,  080. — Expérien- 
ces ; III,  081. 

Artériotomie.  De  l’emploi  de  cette  opération 
dans  le  traitementde  la  migraine;  II,  411, 
521. — Appréciation  de  cette  opération; 
II,  412.  — Emploi  de  l’artériotomie  dans 
les  fluxions  invétérées  des  yeux;  III,  084. 

Arturitis.  Voyez  Goutte. 

Arthrodie;  313,  310. 

Arthrose;  313. 

Articles.  Table  des  articulations;  310. — 
Luxations  résultant  du  peu  de  profondeur 
ou  de  la  fracture  des  cavités  articulaires  ; 
II , 351. 

Artificiels  (Membres).  Yeux  ; II,  603,  604. 
— Nez;  II , 605.  — Dents;  II,  007.  — Pa- 
lais; II,  008.  — Langue;  11,609. — Oreil- 
les; II,  611. — Verge;  11,013.  — Mains; 
II,  610,  017.  — Bras  ; 11,017.  — Jambes  ; 

II,  619,  620. 

Artillerie.  Aperçu  historique  sur  l’inven- 
tion de  l’artillerie;  II,  121.  — Influence 
des  détonations  d’artillerie  sur  les  blessés; 

III,  709. 

Arts.  Comment  ils  progressent  ; 8,  9. 

Aryténoïde.  Du  cartilage  aryténoïde;  256. 

Ascarides  ; III  , 264. 

Ascite.  Ce  que  c’est , causes  ; 394. — Symp- 
tômes , curabilité  ; 395. 

Asie.  Berceau  de  la  chirurgie;  Int.,  xvi. 

Asphyxie.  Cas  d’asphyxie  par  la  vapeur  du 
charbon  ; III  , 661  , 664.  — Symptômes  , 
traitement  ; III , 663.  — Théorie  ; III,  664 
à 666. 

Aspic.  Violence  de  son  venin  ; III , 299.  — 
Caractères  de  sa  morsure,  accidents  qui 
en  résultent;  111,318. — Remèdes;  III, 
319. 

Assoupissement.  Causes  et  remèdes  de  l’as- 
soupissement des  fébricitants  ; III,  189. 

Assyriens.  Comment  ils  traitaient  les  ma- 
lades ; 19. 

Astragale.  Luxation  de  l’os  astragale;  II,  401 . 

Astrologie.  Traité  de  Guy  de  Chauliac  ; 
Int.,  lxv.  — Immixtion  des  astrologues 
dans  le  traitement  des  maladies;  Int.,  cc. 

Astronomie.  Traité  de  Guy  de  Chauliac  ; 
Int.,  lxv. 

Astruc.  Ce  qu’il  dit  de  Guy  de  Chauliac; 
Int. , lxii. 

Athènes.  Comment  Hippocrates  fit  cesser 
la  peste  d’Athènes  ; III , 378. 

Athérome  ; 341.  — Caractères  particuliers 
de  l’athérome;  346  ; II,  416. 

Atmosphère.  Changements  atmosphériques 
présagés  par  les  animaux  ; III,  73». 

Atonie.  Atonie  des  paupières-,  II,  410. 

Atrophie.  Accident  consécutif  des  luxations 
et  fractures,  traitement  d’icelle;  II,  402. 
— Atrophie  de  l’œil;  II,  41 4.  — Défini- 
tion et  traitement  ; II,  428. 


Attelles.  Description,  qualités  et  usages 
des  attelles;  II,  288.  — Attelles  de  cuir 
pour  les  fractures  de  la  mâchoire  infé- 
rieure ; II,  307. 

Attractifs  (médicaments) , III,  534. 

Auction.  Ce  que  c’est;  56. 

Audition.  Théorie  de  l’audition  ; 248. 

Aurelius  Coelius  ; Int.,  xviii. 

Aurillac  (Pierre  d’), chirurgien  à Avignon; 
Int.,  lxviii. 

Aurispa.  Voyage  en  Grèce,  en  rapporte  238 
manuscrits  ; Int.cvm. 

Automne.  Tempérament  de  l’automne;  38. 
— Aliments  dont  il  faut  user  dans  cette 
saison  ; 69. 

Autopsie.  Danger  des  autopsies  précipitées; 
II,  755. 

Autreppe  (Hippolyte  d’),  chirurgien  du  duc 
de  Guise  à Marignan  ; Int.,  clxvi. 

Autruche.  Sa  description  ; III,  781. — Sque- 
lette d’une  autruche;  III,  782. 

Averriioès.  Est  cité  par  Lanfranc;  Int., 
xlvi.  — Es  ttraduit  par  Armingandus  Bla- 
sius  ; Int.,  LX. 

Avicenne.  Canon  d'Avicenne,  traduit  par 
Gérard  de  Crémone;  Int.,  xxvn.  — Avi- 
cenne est  suivi  par  Hugues  de  Lucques  ; 
Int.,  xxxv. — Pris  pour  guide  parBrunus  ; 
Int.,  xxxvi. — Traduit  par  Arnauld  de  Vil- 
leneuve ; Int.,  lx.  — Cité  par  Lanfranc; 
Int.,  xlvi.  — Ses  écrits  forment  le  fond  de 
l’ouvrage  de  Nicolas  de  Florence;  Int.; 
lxxv.  — Commenté  par  Arculanus  ; Int., 
Lxxxvin.  — Son  opinion  sur  la  paracen- 
tèse; 397.  — Son  opinion  sur  les  dragon- 
neaux ; 424. 

Avortement.  Définition  de  l’avortement;  II , 

624,  713.  —Causes;  II,  624,  714.  737.  — 
Signes  et  pronostic  de  l’avortement;  II, 

625,  715.  ■ — Signes  indiquant  que  l’en- 
fant est  mort  dans  le  ventre  de  U mère  ; 
II,  620. — Extraction  de  l’enfant,  ver- 
sion par  les  pieds  ; II,  628.  — Extraction 
de  l’enfant  mort;  II,  629.  — F.xlraction 
de  l’enfant  vivant  hors  de  la  malrice  de  la 
mère  morte  ; II,  631.  — Moyen  pour  pré- 
venir l’avortement;  II,  716. 

B 

Baccy  (André).  Son  livre  sur  les  vertus  de 
la  licorne  ; III,  492. 

Bachelier.  Ce  que  c’était  que  ce  grade;  Int., 
cxxxn. 

Babyloniens.  Comment  ils  traitaient  les  ma- 
lades ; 19. 

Baigneurs.  La  chirurgie  est  leur  patri  moine 
en  Allemagne  jusqu’au  xvic  siècle  ; Int., 
cxcvu.  — Condition  des  baigneurs  en  Al- 
lemagne au  xv'  siècle  ; Int.,  cxcvm. 

Baii.leuls.  Ce  que  c'était;  Int.,  clxxi. 

Bains  qui  conviennent  dans  le  traitement 
de  l’bydropisie  ; 396.  — bons  dans  le  trai- 
tement du  spasme  ; 446.  — Emploi  des 
bains  dans  le  traitement  des  grandes  con- 
tusions; II , 197.  — Figure  d’une  chaise  à 
demi-bain  ; II,  471 . — Bain  composé  pour 


TABLE 


8lO 

les  nouvelles  accouchées;  11,710. — L’usage 
des  bains  peut  causer  l’avortement;  II, 
625,  715: — Administration  des  bains  dans 
le  traitement  des  fièvres  hectiques;  III,  175. 
— dans  celui  de  la  goutte;  III,  245,  252.  — 
Bains  vermifuges  ; III,  2Ci). — Ingrédients, 
usage  et  administration  des  demi-bains; 
111,  595.  — Définition  du  bain;  111,595. — 
Bons  effets  des  bains;  111,  596,  598,  600,601. 
— Bains  médicinaux  naturels;  III,  596. 
— Propriétés  et  usages  des  eaux  sulfureu- 
ses , alumineuses , salées,  nitreuses , bitu- 
mineuses, cuivreuses,  ferrées^plombées, 
gypseuses  ; III , 597.  — Propriétés  gt  usage 
des  eaux  Iroides;  composition  dés  bains 
artificiels  ; propriétés  des  bains-d’eau  sim- 
ple; III,  59S.  — Bains  artificiels  laxatifs, 
sédatifs,  anodins,  mondificatifs,  détersifs; 
III , 599.  — Règles  à suivre  dans  l’usage 
des  bains;  III  ; 600. 

Baleine.  Attachement  de  la  baleine  pour 
le  Gouverneur  ; III,  752.  — Description 
de  la  baleine  ; III , 778  , 779.  — Pêche  de 
la  baleine;  utilité  qu’on  en  retire;  III, 
779. 

Balescon  , de  Tarante.  Son  Traité  des  épidé- 
mies; son  Philonium  pharmaceuticum  et 
chinirgicum  ; tnt.,  lxxi.  — Son  Traité  de 
Chirurgie-,  Int.,  lxxii. 

Balle.  Gersdorf,  premier  inventeur  des 
instruments  propres  à extraire  les  balles; 
Int.,  ccv.  — Les  balles  ne  peuvent  brûler; 
II,  134. — Figures  de  divers  tiré— balles  ; 
II , 147,  148  j 149.  — Des  bailes  qui  de- 
meurent en  quelques  parties  long-temps 
après  la  guérison  des  plaies;  II,  165. 
— Balle  retrouvée  en  faisant  prendre  au 
blessé  la  position  qu’il  avait  au  moment 
où  il  a été  frappé;  iil , 694. 

BALTHAZAR  PAVONEjInti,  ci. 

Bandes.  Comment  elles  doivent  être;  437. 
— Préparation  préalable  des  bandes;  II , 
303.' — Du  bandage  des  ulcères;  Il ,,258. 

— figure  d’une  bande  pour  aidera  lever 
le  pied  ; II;  621.  Voyez  Banduges. 

Bandages.  Différentes  mal'ères  dont  sont 
faites  les  bandes;  quelles  sont  les  bonnes; 
II,  277. — Leurs  figures,  usages  et  parties; 
influence  de  la  partie  affectée  sur  la 
manière  dont  il  faut  bander;  II,  278. — 
Influence  de  la  maladie;  II,  279.  — Pré- 
ceptes généraux  sur  la  manière  de  faire 
le»  bandages;  II,  279  , 280 , 2S4.  — Com- 
ment doivent  être  faits  les  bandages  des 
fractures  et  luxations;  II,  280. — Trois 
bandes  sont  nécessaires  aux  fractures  ; il, 
281. — Inconvénients  d'un  bandage  trop 
serré;  11,283,  284. — Bandagesdes  fractures 
avec  plaies;  II,  283,332.  — Quand  il  faut 
délier  les  bandages;  11,  285 , 303.— Leur 
utilité  ; Il , 285.  — Manière  de  bander  les 
fractures  de  i’os  claviculaire;  II,  309.  — 
Bandage  pour  les  fractures  de  la  cuisse; 
II , 323.—  Quand  il  faut  le  délier  ; 11,  325. 

— Figure  d’un  bandage  pour  les  hernies; 
II,  798.  Voyez  Bandes. 

Barbe.  Procèdes  pouf  teindre  la  barbe;  lit, 
610. 


Barbiers.  Quand  ils  commencent  à s’immis- 
cer dans  la  chirurgie;  Int.  xxxn.  — Lut- 
tes de  la  Corporation  des  barbiers  et  des 
chirurgiens  de  Saint  Côme;  Int.,  cxxxv.  — 
Ses  statuts;  înt.,cxxxvi. — Elle  prend  le 
litre  de  Curps  des  Barbiers  Chirurgiens; 
Int.,  cli.  — Fin  de  la  lutte  des  barbierset 
des  chirurgiens;  Int.,  clii.  — Corporation 
des  barbiers  de  Montpellier;  Int.,  clv.— 
Leurs  statuts  ; Int. , clvi.  — Leurs  quefel- 
les  avec  la  Faculté  ; Int.,  clxiii.  — Leur 
enseignement  ; Int.,  clxiy.  — Corporation 
des  barbiers  de.  Figeac  et  de  Saint-Jean- 
d’Angeiy;  Int.,  clvii.  — Idem  des  barbiers 
de  Carcassonne,  deToursetde  Rouen;Int. 
clviii.  — Idem  des  barbiers  de  Bordeaux; 
Int.,  eux,  clxii.  — Idem  des  barbiers  de 
Toulouse  ; Int.,  ci.x , clxu. — Querelles 
des  barbiers  de  Sens  et  de  Rouen  avec  les 
chirurgiens  ; Int.,  clxiii.  — Condition  des 
barbiers  en  Allemagne  au  xv'  et  au  xvc 
siècles  ; lut.;  cxcvin.  — Condition  des 
apprentis  chez  les  barbiers-chirurgiens  ; 
lui.,  ccxxx.  — Description  de  la  boutique 
d’un  barbier  au  xvi'  siècle  ; III , xn. 

Bartholin.  Son  opinion  sur  le  livre  de 
Trotula  ; Int.,  xxn. 

Rasilf.  Valentin;  Int.,  cvii. 

Basilic.  Singulière  propriété  attribuée  au 
basilic;  III,  35. — Effets  de  son  regard; 
III  , 295.  — Violence  de  son  venin;  III , 
299,  316.  — Incurabilité  de  sa  morsure  ; 
III,  316. 

Battement.  Causes  et  traitement  des  batte- 
ment* de  cœur  ; II , 7S0. 

Battista  dcBappallo;  Int.  cVt  ; III,  VI. 

Bauiun.  Ce  qu’il  dit  des  pessaires;  II , 743. 

Baume  pour  les  plaies  du  cou  ; 11,90. — 
Pour  les  blessures  des  nerfs;  11,1 16. — 
Manière  de  faire  les  baumes,  et  vertus 
d’iceux  ; III , 632. 

Bave  ; 73.  — Moy  ens  de  la  provoquer  ; III  , 
445. 

Bayonne.  Voyage  d’A.  Paré  à Bayonne  ; 
111,783. 

Beauté.  Penchant  des  enfants  pour  ce  qui 
est  beau  et  brillant;  11,689. 

Bec.  Figure  d’uu  bec  de  cane  cave  pour  ex- 
traire les  balles;  II,  148.  — Figure  d’un 
bec  de  carie  cave  en  sa  partie  extérieure  , 
pour  l’extraction  de  ia  pierre;  II  s 484.  — 
Figures  de  tenailles  en  bec  de  cane,  courbé 
pour  l’extraction  de  ia  pierre;  II , 485.  — 
Figure  d un  bec  de  corbin  dentelé  pour 
extraire  les  corps  étrangers;  II,  147. — 
Figures  de  becs  de  corbin  propres  à tirer 
les  vaisseaux  pour  les  lier;  II,  224  , 225. 
— Figures  de  deux  becs  de  corbin  dente- 
lés pour  briser  les  pierres  dans  la  vessie  ; 
II,  488,  489.  — Figure  de  deux  becs  de 
cygne  pour  l’extraction  des  corps  étran- 
gers; II,  149,  150.  — Figures  de  becs 
de  grue  droits  et  coudés  pour  extrai- 
re les  corps  étrangers;  II,  148.  — Fi- 
gure d’un  bec  de  corbin  courbé  pour  l’ex- 
traction des  corps  étrangers;  II , 186.  — 
Figure  d’un  bec  de  grue  ; II , 188.  — Fi- 


ANALYTIQUE.  8ll 


gure  d’un  bec  de  lézard  pour  extraire  les 
balles  aplaties;  II,  148.  — Figure  des  te- 
nailles incisives,  dites  bec  de  perroquet; 

II,  18  — Figure  d’un  bec  de  perroquet 
pour  l’extraction  des  corps  étrangers;  Il , 
149. 

Bec  de  lièvre;  82.  — Aperçu  historique  sur 
le  bec  de  lièvi e ; traitement  ; II , 84. 

Bégaiement.  Hérédité  de  celte  ittlinnité  ; 

III,  27. 

Belette.  Son  inimitié  envers  certains  ser- 
pents; III,  316. — Son  antipathie  pour 
les  rats  ; 111 , 761; 

Béliers  s'entrechoquant  présagent  un  chan- 
gement de  temps  ; III  ; 738. 

Bell.  Ce  qu’il  entend  par  laitons  ; II , 290. 

Benedetti  (Alexandre).  Traitement  pour  les 
enteroceies  et  épiplocèles,  publie  par  lui 
pour  la  première  lois  ; Int.,  cm.  — Su  vie, 
ses  écrits,  leur  caractère;  lut.  cxr.v. — 
Ce  qu’il  dit  de  la  lilhotritie  et  de  la  taille 
imdiane  ; Int.,  cxcvt. 

Benedict  de  Leouibus,  médecin  du  xvc  siè- 
cle; Int.,  xcii. 

Benivieni  (Antoine).  Ses  essais  d’anatomie 
pathologiqueipremièreexpression  des  opi- 
nions nouvelles  ; Int.  xcix. — Son  époque  ; 
Int.  cxu.  — Ses  écrits  ; erreurs  de  Spreu- 
gel  à son  égard  ; Int.,  cxlii.  — Aperçu  de 
son  livre;  lui.,  cxv.  — Appréciation  ; lut., 
exvni. — Ablation  d une  loupe  remarqua- 
ble; 35t. — Sa  doctrine  sur  la  paracentèse 
abdominale  ; 401. 

Benivieni  (Jérome  ).  Sa  part  dans  l’ouvrage 
d’Antoine  Benivieni;  Int.,  cxni. 

Benjamin  Tudela.  Ce  qu’il  dit  de  l’école  de 
Saierne  ; Int.,  xxvi. 

Béquille.  Figure  d’une  béquille  propre  à 
suppléer  une  jambe  trop  courte;  H,  621. 

Bercement.  Il  ne  faut  pas  bercer  fort  ; Ü , 
690 , 693. 

Bf.rbnger  de  Carpi.  bétails  biographiques  ; 
lnl.,cLxxxiv.— Ses  ouvrages;  1ih.,cl\x,wi. 
— Appréciation;  Iiil. , clxxxix.— Su  doc- 
trine sur  les  enl'onçures  du  crâne;  Il , 17. 
— Sa  méthode  de  traitement  des  incisions 
du  crâne;  II,  19.  — Sa  doctrine  sur  la 
commotion  ; 11 , 24.  — Son  opinion  sur  le 
pronostic  tiré  du  pouls  ; II , 31 . — Sa  doc- 
trine sur  l’opération  du  trépan  ; il , 51 , 62. 
— Sur  les  plaies  du  cerveau;  II , 73. 

Bernard-Lhermite.  Description  de  ce  pois- 
son ; III,  776. 

Bernier.  Cç  qu’il  dit  sur  le  Continent  de 
Rhasès;  Int.,  lix. 

Bertapaglia  (Léonard  de).  Jette  quelque 
éclat  sur  l’école  de  Padoue  au  commènce- 
meut  du  xvc  siècle;  lui.,  lxxix  — Sa  mort, 
son  ouvrage;  Int.,Lxxx.  — Idée  générale 
de  ce  livre;  Int.  , lxxxi. — Détails  qu  il 
donne  sur  le  traitement  du  cor;  358. 

Bektiiéonée,  ouvrage  de  Paracelse;  lot., 
eexi. 

Berurandi.  Modification  qu’il  fait  subir  aux 
fanons  ; II , 290. 

Bertrucius.  Guy  de  Chauliac  le  voit  dissé- 
quer à Bologne  ; Int.,  lxi. 


Besicles.  Figure  de  besicles  propffes  à cor- 
riger le  strabisme;  II,  605. 

Bestialité;  III , 43. 

Bezaiiar.  Etymologie,  définition  et  descrip- 
tion ; ni,  339.  — Forttiaiion  et  effets  du 
Bezahar  ; 340.  — Expérience  du  Bezahnr 
faite  par  ofdie  de  CbüHes  IX  ; lit,  34t. 

Bibliographie  d’A.  Paré;  Iht.;CCciii;  111,  i\. 

BIcéps.  Description  du  bicepS;  282. 

BicnEs;  Pourquoi  elles  font  leurs  petits  àtlx 
bolps  des  cheitiInS;  III;  746. 

Bile.  Des  fièvres  bilieuses;  III,  121,  130; 
136. — Deux  soldés  de  bile;  III,  122. 

Bistouri.  Définition  ; 383.  — Figuré  de  dedx 
bistodris  courbés  ; 389.  — Origine  de  eé 
mot  ; 390.  — Bislouri  boutonné  ; Il , 107. 
— Figure  d’uii  bislouri  pohr  opérer  l’uh- 
gula  ; II,  430. 

Bitume.  Vertus  et  (isagë  des  eaux  bitumi- 
neuses ; III  , 597. 

Blé.  Propriété  attribuée  ad  blé;  397. 

Blessures.  Cëraélères  dés  blessures  fa  liés 
avant  ou  après  la  tnort;  111,659.  — Ih- 
fluence  du  brüit  sur  les  blessés  ; 111 , 709. 

Bi.Ondus  (Michel-Ange).  Sa  vie,  ses  bu v Pa- 
ges; Int.  cxciii. — Demi-réforme  apportée 
par  lui  dans  le  traitement  des  plaies  ; 438, 
442; 

BoaisTuau  (Pierre).  Emprunts  que  lui  a 
faits  A.  Paré;  III,  2. 

Boccace.  Sa  visite  au  mont  Gassin  ; Int;; 
xlvii.  — Son  ardeur  à rechercher  les  ma- 
nuscrits ; Int.  xLVin. 

Boeue.  OEil  de  bœuf;  Il , 414.  — Emploi  de 
la  fiente  de  bœuf  dans  le  traitement  de  la 
goutte;  lit , 239.  — Quand  les  bœufs  pré- 
sagent un  changement  de  tetnps;  111,  738. 

Bois.  Manière  d’eXlrairé  les  huiles  desboià  ; 
III,  630,  632.  — Distillation  dU  bois  ; 
III,  638.  — Les  bois  pour  bâtir  ne  doi- 
vent pas  être  coupés  pendant  la  pleine 
lune;  III;  739; 

Boissons.  Quelles  sont  celles  qui  convien- 
nent dan^  le  traitement  des  plaies  de  la 
tête;  II,  34.  — Boissons  propres  pour  les 
goutteux;  III , 230. 

Bojano.  Détails  sur  cette  famille  d’empiri- 
ques ; Int.,  CI; 

Bologne.  École  de  Bologne;  Int.,  xxvn.  — 
Université  de  Bologne  ; Int.  xxvm.  — No- 
tions que  le  père  Sorti  donne  sur  les  mé- 
decins de  celle  ville;  Int.  xxtx.  — Bases 
de  son  école;  lut.,  xxxvn.xxxix.  — Rivalité 
des  écoles  de  Bologne  et  de  Saierne  ; lui.,; 
yxxix. — Appréciation  rie  Guy  de  Chauliae 
In!.,  ib.  —Défense  que  l’Université  de  Bo- 
logne fait  en  1334,  d’emporler  des  livres 
hors  de  la  ville;  Int.  xliv  , xlvii.  — Eclut 
que  jettent  sur  l’école  de  Bologne  les  dis- 
sections de  Mundinus  ; Int.  xlvii.  — L’ê- 
cole  de  Bologne  essaie  de  se  relever  par 
l’éiqde  de  l'anatomie  ; Int.,  lxii.  — Réveil 
de  l’école  de  Bologne;  Int.  clxxxii. 

Bolognini  (Angiolo).  Détails  sur  sa  vie;  Int., 
clxxxii.  — Idee  générale  de  ses  opuscules 

Illl.,  CLXXX1II. 

Bombarde.  Etymologie  ; II , 122. 


TABLE 


8l2 

Bonet,  chirurgien  de  Montpellier  cité  par 
Guy  de  Chauliac;  Int.,  lxviii. 

Bonnant  (Pierre  de),  chirurgien  à Lyon  ; 
Int.,  Lxym. 

Bosse.  Les  parents  bossusengendrent  le  plus 
souvent  des  enfants  bossus  ; II , 350.  — 
Curabilité  des  diverses  gibbosités  ; II , 
366.  — Pourquoi  les  bossus  ont  l’haleine 
fétide;  II,  600. — Causes  de  la  gibbosité 
et  moyen  de  la  redresser  ou  dissimuler; 
II;  Gll.  — Bosses  pestilentielles;  III , 351. 
Voyez  Bubons  et  Gibbosité. 

Botal.  Ses  travaux  sur  les  plaies  d’armes  à 
feu;  Int.,  ccliv. 

Bothryon  ; II , 259.  — Ce  que  c’est  ; II , 417. 

Bottines.  Figures  de  bottines  propres  à re- 
dresser le  pied-bot  ; II , 614,  615. 

Bouc.  L’odeur  du  bouc  est  un  préservatif 
contre  la  peste;  III , 366. 

Bouche.  Anatomie  de  la  bouche;  254. — 
Figure  d’un  dilata loire  pour  ouvrir  la 
bouche  ; 447.  — Ulcères  de  la  bouche  ; II, 
261.  — Traitement  des  ulcères  vénériens 
de  la  bouche  ; flux  de  bouche  des  vérolés; 
Il , 549. — Imperforation  de  la  bouche  ; II, 
678. 

Boue.  Ce  que  c’est  ; II,  244. 

Bougie.  Epoque  de  l’invention  des  bougies  ; 
Int.,  lxxxvii.  — Détails  sur  l’emploi  des 
bougies  de  cire;  Il , 571  et  suiv. 

Bouillie.  Man ière  de  préparer  la  bouillie; 
II , 691  ; III,  267.  — Epoque  à laquelle  on 
peut  en  donner  aux  enfants;  II,  692.  — 
Il  n’en  faut  pas  donnera  l’enfant  qui  a la 
petite  vérole  ; III , 260. 

Bouillon  préservatif  de  la  pierre  ; II , 468. 

Boulet.  Les  effets  du  boulet  ne  résultent  pas 
d’un  poison  ; II , 133.  — Ni  de  la  combus- 
tion ; II,  134.  — Contusion  et  dilacération 
produites  par  les  boulets;  II , 166. 

Boulimie  ; 83. 

Boulogne.  Voyage  d’A.  Paré  à Boulogne;  II, 
696. 

Bouquin;  83. 

Bourdons.  Accidents  résultant  de  leurs  pi- 
qûres ; III , 324.  — Remèdes  d’iceux  ; III, 
325. 

Bourges.  Voyage  d’A.  Paré  à Bourges;  III, 
732. 

Bourgeois  ( Louise)  a été  regardée  à tort 
comme  auteur  du  procédé  d’accouche- 
ment forcé  dans  les  casde perles  utérines, 
II,  699. 

Bourgeon.  Ce  que  c’est  ; II , 418. 

Bourses.  Histoire  d’un  morceau  de  miroir 
descendu  dans  les  bourses  ; III,  40. 

Boursouflure.  Causeset  lrailement;II,780. 

Bouts  de  sein.  Figure  d’un  bout  de  sein  en 
plomb;  II , 693. 

Boyau.  Relaxation  du  gros  boyau  culier  ; 
418. — Réduction;  419.  — Longueur  des 
boyaux  de  l’homme;  III,  265.  Voyez  In- 
testins. 

Boyer.  Description  qu’il  donne  des  fanons  et 
des  faux  fanons  ; II,  290. 

Branca  ( père  et  fils  ) , créateurs  de  procédés 
autoplastiques  importants  ; Int.,  c. 


Branlement  des  dents;  II , 448. 

Bras.  Nerfs  du  bras  ; 277.  — Distribution 
de  la  veine  du  bras;  271. — Description 
de  l’os  du  bras;  278  ; Il , 317.  — Muscles 
qui  le  meuvent;  279.  — Brûlures  du  pli 
du  bras;  II,  208. — Pronostic  des  fractures 
des  os  du  bras  ; II , 299.  — Réduction  des 
fractures  de  l’os  du  bras;  II,  317.  — Pronos- 
tic des  luxations  du  bras;  11,353 — .Figure 
de  bras  artificiel  ; II , 617.  — Figure  d’un 
monstre  ayant  quatre  bras  et  quatre  jam- 
bes ; III,  12.  — Figure  d’un  monstre 
ayant  quatre  bras,  quatre  pieds  et  deux 
natures  de  femme  ; III , 18.  — Figure  d’un 
monstre  ayant  deux  tètes  et  un  seul  bras  ; 
III,  21.  — Figure  d’un  homme  sans 
bras  ; III , 23. 

Brassavola  ; ses  ouvrages  ; Int.,  cxcvi. 

Brayers.  Trois  sortes  de  brayers  au  xve  siè- 
cle; Int.,  xc.  — Figure  de  deux  brayers 
propres  à la  réduction  des  hargnes;  408  , 
409. 

Brebis  sont  les  bêtes  les  plus  utiles  à l’hom- 
me ; III , 737.  — Antipathie  des  brebis  et 
des  loups;  III , 761 . 

Breciiet.  Fractures  et  enfonçures  du  bre- 
chet; II , 3li. 

Bretagne.  Voyage  d’A.  Paré  en  Basse-Bre- 
tagne ; III , 692. 

Brise-pierre.  Quel  était  cet  instrument  ; II , 
488. 

Brissot;  Int.,  clxxiv. 

Brisure.  Espèce  de  fracture  ; III , 295. 

Bronchocèle.  Description;  390,  394.  — Trai- 
tement; 391. 

Brosse  (Pierre  de  la);  barbier  de  saint 
Louis  ; Int.  xux. 

Bruant.  Son  antipathie  pour  la  linotte;  III, 
761. 

Bruit.  Influence  du  bruit  sur  la  guérison  des 
plaies  de  la  tète;  II,  38  ; III , 709. 

Brui.ures.  Efficacité  de  l’oignon  dans  le  trai- 
tement des  brûlures;  II;  128.  — Brûlures 
superficielles  ou  profondes;  11,202. — Re- 
mèdes indiqués  par  leurs  différences  ; II. 
203,  204,205,  206,207,  208.— Les  brûlures 
profondes  sont  moins  douloureuses  que 
les  superficielles;  11,208. — Leur  traite- 
ment , II.  209  . — Brûlure  cause  de  gangrè- 
ne; II , 211.  — Signe  de  cette  gangrène  ; 

II , 216.  — Emploi  de  l’antimoine  dans  le 
traitement  des  brûlures  ; III , 467. 

Brunus.  Ce  qu’il  dit  de  la  plupart  de  ceux 
qui  exerçaient  la  chirurgie  au  xni»  siècle; 
Int.,  xxxii,  xxxvi. — Théodoric  lui  a beau  - 
coup emprunté;  Int.,  xxxviu,  lvi.' — Ap- 
préciation de  Guy  de  Chauliac  ; Int.  , 
xxxix. 

Bubons;  82. — Ce  que  c’est,  II,  52S;  III,  427. — 
Causes  et  traitement  des  bubons  ; II , 578; 

III , 427.  — Quand  les  bubons  des  pestifé- 
rés paraissent  avant  la  fièvre  c’est  bon  si- 
gne; III , 390.  — Quand  il  convient  ouvrir 
les  bubons.  430. 

Bubonocèlf..  Ce  que  c’est;  signes;  404;  II, 
796. 

Bucton.  Ce  que  c’était;  II,  487. 


ANALYTIQUE.  8 1 3 


Buglosse.  Son  efficacité  contre  la  morsure 
des  serpents  ; III , 301. 

Bulampech  ; III,  775. 

Bulles  relatives  à la  faculté  de  Montpellier  ; 
Int.,  xxix. 

Bupreste.  Description  ; accidents  résultant 
de  sa  piqûre  ; III , 329  , 365. 

Butrol.  Description  du  butrol  ; III,  501. 

C 

Cachexie;  II,  780. 

Cachots.  Ce  que  c'est;  III,  279. 

Cacochymie.  Ce  que  c’est;  73.  — Cause  an- 
técédente de  toute  maladie;  III,  96. 

Cacots  ; III,  351. 

Cadavre.  Définition  ; II,  662. 

Cagots.  Ce  que  c’est  ; III,  279. 

Caisses.  Leur  usage  dans  le  traitement  des 
fractures  ; II,  289.  — Figure  d’une  cas- 
sole  pour  les  jambes  fracturées  ; II,  338. 

Cal  des  os;  434.  — Temps  qu’il  met  à se 
former;  II,  33,  65.  — La  chair  calleuse 
s’oppose  à l’agglutination  , II,  272.  — For- 
mation du  cal;  II,  298  , 299.  — For- 
mation du  cal  des  fractures  du  nez  et 
de  la  mâchoire  inférieure;  II;  307. — 
De  l’os  claviculaire;  II,  309.  — De  l’os 
du  bras;  II,  318. — Des  os  des  doigts; 

II,  321 . — De  la  cuisse  ; II,  325,  326.  — 
Emplâtres  pour  aider  a la  formation  du 
cal;  II,  339.  — Signes  de  la  formation 
du  cal  ; II,  340.  — Théorie  du  cal;  II,  341. 
— Temps  qu’il  mei  à se  former  dans  les 
fractures  de  la  jambe;  II,  342.  — Choses 
qui  empêchent  la  formation  du  cal;  II, 
343  et  suiv.  — Moyens  de  corriger  le  cal 
vicieux;  II,  345. 

Cambium.  Ce  que  c’est,  45  ; II,  244,  257. 

Caméléon.  Description  du  caméléon;  pro- 
priété qu’il  a de  changer  de  couleur;  III, 
787.  — Ses  vertus  médicinales;  III,  788. 

Camphur.  Description  de  cet  animal  ; III, 
497. 

Canapé  (Jean);  Int.,  ccxxxvm,  cccxxxi. 

Canards.  Présagent  la  pluie;  III,  739. 

Cancellus.  Ses  mœurs;  III,  776. 

Cancer;  82.— Origine  et  mode  d’exlirpation 
du  cancer  avec  l’instrument  tranchant  et 
le  fer  rouge  attribué  â Jean  de  Vigo  ; III, 
vu.  Voyez  Chancre. 

Cane.  Voyez  Bec. 

Cannelle.  Caractères  de  l’huile  de  cannelle  ; 

III,  627. — Description  du  cannellier  ; III, 
628.— Propriétés  et  usages  de  la  cannelle  ; 
111,629. 

Canon.  Comparaison  du  tonnerre  et  du  ca- 
non ; II,  124,  177.  — Différence  entre  le 
canon  et  le  tonnerre;  II,  135.  — Contu- 
sions et  dilacérations  produites  par  les 
boulets  de  canon  ; II,  166. 

Canons.  Canon  d’Avicenne  traduit  par  Gé- 
rard de  Crémone;  Int.,  xxvn.  — Canons 
chirurgicaux  d’A.  Paré;  III,  647. 

Cantharides.  Emploi  de  la  poudre  de  can- 
tharides dans  l’by dropisie  ; 396.  — Des- 
cription des  accidents  résultant  de  leur 


ingestion;  III  , 326.  — Remèdes  ; III, 
327. 

Canule.  Figure  d’une  canule  fenètrée  avec 
son  cautère  actuel  ; 385.  — Figure  d’une 
autre  canule  avec  son  cautère  pour  les 
abcès  de  la  gorge;  386.  — Figure  d’une 
canule  employée  pour  la  paracenièse; 
400. — Figure  d’une  canule  pour  l’opé- 
ration de  la  hernie  étranglée  ; 410.  — Fi- 
gures de  canules  à sutures  ; 439.  — Figu- 
res de  deux  canules  utiles  après  l’ampu- 
tation ; II,  229. — Emploi  des  canules  dans 
le  traitement  des  fractures  du  nez;  II, 
306.  — Figures  de  canules  pour  mettre 
dans  la  plaie  après  l'extraction  de  la 
pierre;  II,  489,  490.  — Figure  d’une  ca- 
nule propre  à couper  les  carnosités  de  la 
verge;  II,  569.  — Figure  d’une  canule 
pour  remplacer  la  verge  perdue  ; II,  613. 

Capots.  Ce  que  c’est;  III,  279. 

Caque-sangue  ; III,  351.  — Ses  symptômes  ; 
III,  422 

Caractère.  Influence  du  cœur  sur  le  carac- 
tère ; 79. 

Carboucle  ; 320  ; III,  427. 

Carcinome.  Ce  que  c’est  ; II,  418. 

Cardialgie  ; III,  185. 

Carie.  De  la  carie  des  os  de  la  tète;  H,  64. 
— Signes  et  curation  ; II,  65.  — Carie  de 
l’os  du  talon  incurable;  II,  400.  — Cau- 
ses de  la  carie  des  os  ; II,  580.  — Symptô- 
mes; II,  581.  — Traitement  des  os  cariés 
par  les  poudres  et  emplâtres  catagmali- 
ques;  II,  583.  — Par  la  trépanation  et  la 
rugination  ; II,  584.  — Pronostic  de  la  ca- 
rie des  os  longs;  II,  585.  — Traitement 
de  la  carie  des  os  par  les  cautères  poten- 
tiels; II,  588.  — Par  les  cautères  actueis  ; 
11,589.  — Inconvénients  de  la  mauvaise 
application  du  cautère  actuel  ; II,  591. 

Carnosités.  Des  carnosités  qui  s’engen- 
drent au  conduit  de  l’urine  après  quel- 
ques chaudes-pisses;  II,  564.  — Signes 
de  ces  carnosités  ; II,  565.  — Pronostic  et 
cure  générale  des  carnosités;  II,  566  ; 
— Cure  particulière;  II,  567.  — Traite- 
ment des  carnosités  vénériennes  de  la 
verge,-  II,  569.  — Remèdes  propres  à ci- 
catriser les  ulcères  après  l’ablation  des 
carnosités;  II,  576. — Premières  mentions 
des  carnosités  urétrales  ; III,  v. 

Carpe.  Os  du  carpe  ; 283.  — Muscles  exten- 
seurs du  carpe;  285.  — Muscles  fléchis- 
seurs du  carpe;  287.  — Situation  qu'il 
faut  donner  aux  plaies  du  carpe  ; II,  1 19. 
— Luxations  des  os  du  carpe,  et  moyens 
de  les  réduire;  II,  386. 

Cartilages.  Les  cartilages  s’ossifient  chez 
les  vieillards;  175.  — Définition  et  ana- 
tomie des  cartilages;  176.  — Cartilages 
du  nez;  243.  — Cartilages  du  larynx;  256. 
— Pronostic  des  plaies  des  carlilages;  433. 
— Fracture  des  cartilages  du  nez  ; II,  306. 

Caspili.y.  Histoire  du  Caspilly  ; III,  502. 

Cassiodore.  Auteurs  dont  il  recommande 
la  lecture  aux  moines  de  son  couvent} 
Int.,  xvih. 


TABLE 


Si4 

Castration.  Les  castrats  doivent  être  rap- 
portés à la  nature  des  femmes  ; 60.  — Ef- 
fets de  la  castration  : 15p.  — Indigne  cou- 
tume des cliâircurs  dans  le  traitement  des 
hernies;  407.  — Inlluepce  de  la  castra- 
tion sur  le  naturel  de  l’homme  et  de  l’ani- 
mal 4 14. — Castratjon  cause  de  sléfilité; 
II,  73I-—  Emploi  de  la  castration  contre 
la  lèpre  ; IIJ,  281, 

Catalepsie.  Ce  que  c’est;  II,  753. 

Cataplasmes,  Formules  de  cataplasmes  pour 
le  phlegmon  vrpi,  330,  331  , 332,  333. — 
Pour  l’œdème,  343-  — Pour  les  tumeurs 
aqueuses  et  venteuses,  345.  — Poqr  les 
écrouelles,  354.  — Pour  les  chancres,  360, 
369.  — Pour  Içs  tumeurs  de  l’oreille , 380. 
Pour  les  hernies,  409.  — Pour  les  tumeurs 
dp  genop,  422.  — Contre  la  douleur  qui 
survient  au*  plaies,  442.  — Pour  l’érysi- 
pèle ; II,  28.  — Popr  les  plaies  de  la  tête; 
4, 40.  — Pour  les  contusions  du  cuir  mus- 
culeux ; II,  42.  — Pour  la  piqûre  des  nerfs  ; 
I|,1 14,1 15. —Pour  les  plaies  des  jointures; 
II,  117.  — Pour  les  plaies  d'harquobuses  ; 
II,  164.  — Pour  les  plaies  envenimées; 
II,  l9i.  — Pour  les  contusions  qvec  plaie  ; 
II , 198.  — Pour  la  gangrène;  II,  219,  234, 
235.  — Pour  les  plaies  après  amputation; 
II  , 2 12.  — Aidant  à la  formation  du  cal  ; 

II , 344.  — Pour  l’ophihalmje  ; U , 427.  — 
Pour  les  dilatations  de  la  pupille  ; II,  434. 
— Pour  les  calculs  engagés  dans  les  uretè- 
res ; Il , 472.  — Pour  les  carposités  de  la 
verge;  II,  567.  — Pépercnssifs  contre  la 
goutte  causée  de  pituite;  III,  235,  236. — 
ftésojptifs  contre  la  goutte  causée  de  pi- 
tuite; III,  236.  — Képercussils  contre  la 
goutte  de  matière  chaude  ; III , 239 , 240. 
— Contre  la  goutte  provenant  d’humeur 
cholérique  ; III,  242,  244.  — Pour  les  ven- 
tosités qui  accompagnent  les  douleurs  ar- 
thritiques; III,  249,  250. — Contre  la 
goutte  sciatique;  III,  253.  — Vermifuges; 
tll,  268.  — Contre  les  duuleurs  de  tète; 

III,  420.  — Attractifs  des  bubons  pestilen- 
tiels ; III,  428,  429.  — Résolutifs  des  bu- 
bons pestilentiels;  III,  430. — Pour  le 
charbon  pestiféré;  III,  439  , 440.  — Pour 
les  ecchymoses;  JII , 485.  — Ce  que  c’est 
qu’un  cataplasme;  ingrédients,  variétés, 
utilité,  formules  de  cataplasmes  anodin  , 
maluratif,  résolutif;  III,  575. 

Cataracte.  Prix  de  l’opération  de  la  cata- 
racte aux  termes  des  lois  des  Visigoths; 
Int.,  xviu. — Traité  de  Guy  deChauliqc; 
Int.,  lxv.  — Procédé  d’abaissement  con- 
seillé par  Arculanus  ; Int. , lxxxix.  — Les 
^chèvres  ont  donné  l’idée  de  l’abaissement 
de  la  cataracte,  20;  III,  737,  — Définition; 
II,  418  , 435.  — Variétés,  causes  , signes; 
Il , 435.  — Cure  des  cataractes  qui  com- 
mencent à se  former;  II,  436.  — Signes 
pour  connaître  les  cataractes  confirmées  ; 
II,  437. — idem,  les  cataractes  curables; 
II , 438.  — Cure  des  cataractes  par  l’œu- 
vre de  main  ; II , 438.  — Temps,  lieu  et 
position  convenables  à l’opération  ; II , 


439.  — Manuel  opératoire  ; traitement  con' 
sécutif;  II,  440. — Cequ’il  faut  faire  quand 
la  cataracte  remonte  ou  qu’elle  s’est  divi- 
sée; II,  441.  — Ponction  dps  membranes 
de  l’œil  dans  les  cas  de  cataractes;  11,525 

Catarrhe;  III,  209. 

C atelan  (Nicolas)  ; chirurgien  à Tqulopse  ; 
Int.,  Lxvii. 

Cathér  étiques  ; III,  546. 

Catheiunaire  , 22. 

Cathétérisme  pratiqué  par  Gilbert  l’An- 
glais ; III,  v. 

Catopsis.  Ce  que  p’est;  II,  414. 

Causus;  III,  133,  134,  137. 

Caustiques;  III,  546. 

Cautère.  Figure  d’un  cautère  aclpiel  ppur  |e 
traitement  de  la  grenouilletle  , 382.— D'un 
cautère  actuel  avec  sa  canqle  fêqplrée , 
385.  — Figure  d'un  cautère  pour  les  abcès 
de  la  gorge  avec  sa  canule  , 386.  — D’un 
eau  1ère  actuel  aype  sa  platine  popr  opérer 
l'empyème,  393. — Du  cautère  actuel  à 
séton  ; II , 81 . — Sur  l’emploi  dp  eaulére 
actuel  pour  arrêter  le  sang  après  l'ampu- 
tation ; 11,227;  III,  680.— Figures  de  cau- 
tères actuels  applicables  après  les  amputa- 
tions ; II,  227,  228.— Figure  d’un  cautère  ; 
Il , 421.  — Emploi  du  cautère  actuel  dans 
le  traitement  des  fistules  lacrymales;  Il , 
431.  — Figure  d’un  cautère  actuel  pour  les 
fistules  lacrymales  ; II,  432.  — Figure  d’un 
cautère  actuel  pour  cautériser  les  dents  ; 

II,  45Q,  — Traitement  des  bubons  par  le 
cautère  actuel;  II,  578.— Supériorité  des 
cautères  actuels  sur  les  cautères  poten- 
tiels : matière  de  ces  derniers;  II , 288  ; 
Ili , 579.  — Figures  de  cautères  actuels 
cul  tellaires,  ponctuels  et  ol i v aires  pour  la 
carie  des  os  ; II,  589,  590.  — Inconvénients 
de  la  mauvaise  application  des  cautères 
actuels  : soins  à prendre  après  la  cautéri- 
sation; II  , 59).  — Emploi  des  cautères 
dans  le  traitement  des  fievres  ; III,  86.  — 
Application  du  cautère  potentiel  au  trai- 
tement de  la  goutte  ; III , 211  , 212  , 226  , 
254.  — Manière  d’établir  un  cautère  ; l(f , 
227.  — Emploi  du  caulère  contre  les  mor- 
sures des  bêtes  venimeuses;  III,  302. — 
Usage  du  cautère  potentiel;  III , 579.  — 
Exemples  ; 5S0,  581. — Propriétés,  histori- 
que et  composition  du  caulère  de  velours  ; 

III,  581 , 582 , 583.  — Du  caulère  dans  la 
paracentèse  ; III,  685. 

Cautérisation.  De  l’emploi  de  la  cautéri- 
sation dans  le  traitement  des  hernies; 4 15. 
— Cautérisation  des  plaies  envenimées; 
II,  192,  193.  • — Emploi  de  la  cautérisa- 
tion dans  le  traitement  de  la  gangrène; 
11,220.  — Cautérisation  des  ulcères;  II, 
253,  254.  — Cautérisation  des  ulcères  de 
la  bouche;  II,  262.  — Des  cors;  II,  458. 
— Des  dents  ; K,  446,  448. — Premier  em- 
ploi du  mot  Caulerizare  ; III,  îv. — Cauté- 
risation du  charbon  ; III,  441,  514.  — Du 
foie,  de  la  raie;  III,  685. — Inconvénients 
de  la  cautérisation  dans  le  traitement 
des  hémorrhagies  à la  suite  dampula- 


ANALYTIQUE. 


tiops  ; II,  227;  III,  680.  —De  la  cautéri- 
sation dans  le  traitement  de  la  sciatique  ; 
III,  6S5. 

Cécité  résultant  de  la  petite-vérole  et  de 
la  rougeole  ; III,  259. 

Celse;  Int.,  ,\iv.  — Inconnu  de  Gaiiopon- 
tus  et  de  Trotula ; Int.,  xxv. — Ignoré 
des  Occidentaux  au  xtv°  siècle;  Int.,  lx. 
— Epoque  où  il  fut  retrouvé;  Int.,  xpin. 
— Est  retrouvé  par  Thomas  de  Sarzane  ; 
Int.,  ctx.  — Dates  des  premières  éditions 
de  Celse  ; Int.,  ex.  — Cité  pur  Beniviepj  ; 
Int.,  cxviti.  — Son  opinion  sur  la  para- 
centèse ; 398.  — Sa  doctrine  sur  les  fis- 
sures du  crâne  ; IJ,  10.  — Ses  procédés 
pour  l’ectropipn  ; III,  vi.  — Aphorisme 
emprunté  à Celse  ; III,  616. 

Cémt  pour  les  écrouelles  ; 354.  — Pour  les 
plaies  de  la  tète;  II,  44.  — Pour  les  com- 
motions du  cerveau  ; H,  69.  — Pour  la  pi- 
qûre des  nerfs  ; 11,113.  — Pour  les  nœuds 
des  jointures;  Il{,  248. 

Cerf  a enseigne  l'utilité  de  la  dictante;  19  ; 
III,  736.  — Vertu  de  la  corne  de  cerf  con- 
tre les  vers  ; III,  268.  — Contre  la  peste  ; 
III , 369  , 507.  — Stratagème  du  cerf 
pour  dépister  les  chiens;  III,  753.  — An- 
tipathie du  cerr  et  du  serpent;  III,  761. 

Cermison  (Antoine),  médecin  italien  du 
xve  siecle;  Int.,  xctv. 

Cérouennes.  Définitions,  différences,  ingré- 
dients ; III,  568. 

Cérüse.  Son  action  sur  l’économie  animale  ; 
III,  343.— Contre-poison;  III,  344. 

Cerveau.  Anatomie  du  cerveau  ; 212.  — Ven- 
tricules du  cerveau  ; 214.— Des  sept  paires 
de  nerfs  du  cerveau  ; 220.  — Pronostic  des 
plaies  du  cerveau  ; 433  ; II,  27, — Jiffets  de  la 
compression  du  cerveau  , II,  17.  — Danger 
de  découvrir  le  cerveau  ; H,  20.  — Causes 
et  effets  de  la  commotion  du  cerveau  ; II, 
23.  — Explication  de  ces  phénomènes; 
doctrine  de  Bérenger  de  Carpi  ; II,  24.  — 
Exemples  ; IJ,  23, 25.  — Traitement  de  la 
commotion  du  cerveau;  II,  68.  — plaies 
du  cerveau  avec  perle  de  substance;  U, 
70.  — Cas  remarquable  de  hernie  du 
cerveau  ; II,  212.  — Le  cerveau  est  fait 
de  substance  spermatique;  II,  65J.  — Le 
cerveau  pst  le  siège  des  sens  intérieurs; 
II,  658,  659,  660.  — Canaux  par  où  se 
purge  le  cerveau;  II,  662.  — La  goutte 
vient  du  cerveau  ou  du  foie  ; III,  215.  — 
Sigpesdcs  lésions  du  cerveau  ; {II,  653. — 
Cas  de  plaie  pénétrante  du  cerveau  ; III, 
695. 

Cervelet.  Description  du  cervelet  ; 214. 

Cervelle.  Venin  contenu  en  la  cervelle  des 
chats  ; III,  333. 

Césarienne  (opération).  Cas  d’opération  cé- 
saripune  ; II,  718.  — Opinion  de  Paré  sur 
l'opération  césarienne;  11,718. — Détails 
historiques  sur  cette  opération  ; II,  719. 

Chagrin.  Son  influence  sur  la  fièvre  ; III,  85. 

Chair.  Ce  que  c’est;  128.  — régénération 
de  la  chair  selon  les  parties  de  la  tète  ; fl, 
43.  — Influence  de  l’alimentation  sur  la 


8 1 5 

qualité  de  fa  chair  des  animaux  ; III,  288, 

289. 

Chaise,  figure  d’une  chaise  à demi-bain  ; 

II,  471.  — Figure  d'une  chaise  pour  les 
accouchements;  II,  674. 

Chalazion.  Définition  ; H,  416,  422. — Trai- 
tement; II,  422. 

Chaleur.  Condition  de  |a  vio  ; 59.  — La 
femme  en  a moins  que  l’hqmme  ; 6p.  — 
La  chaleur  immodérée  dessèche  et  en- 
durcit  I a graisse;  121. — Chaleur  qui  epn- 
yient  dpns  le  traitement  des  plaies  de  la 
tète;  II,  34. — Chaleur  considérée  comme 
remède  des  petites  brûlures;  H , 2P3.  — 
— Pierres  causées  par  chaleur  ; fl,  463, — 
Influence  de  la  chaleur  sur  la  difficulté 
des  accouchements  ; II,  712.  — Propriétés 
de  la  chaleur  ; 11,737. — Chaleur  cause  de 
fièvre  ; III,  78.— Symptùme  de  (jpvre  ; f II, 
80. — Elément  de  putréfaction;  lit,  103. — 
Bemédes  contre  la  phalène  qui  hl'ùie  fes 
fébricitants;  III,  206. — Influence  de  la 
chaleur  sur  le  développement  de  la  rage, 

III,  704. 

Chameau. Sa  docilité,  sa  frugalité, son  pays; 
HL  757. 

Ciiami’ier  ( Symphorien  ).  Ses  Luneçtes  des 
chirurgiens  cl  barbiers  ; Int.,  ccxxxvn. 

Champignons.  Espèces  diverses,  accidents 
qu’ils  peuvent  causer,  manièrpde  les  ; ré- 
parer ; 1)1,  335.  — Leur  mode  d’action, 
leurs  contre-poisons  ; lit,  336. 

CuanPPE.  — Description  du  ehancre;36L — 
Causes,  espèces;  362.  — Pronostic  , cure 
du  chancre  non  ulcéré;  363.' — Cure  du 
Chancre  ulcéré  ; 364.  — Opération  chirur- 
gicale ; 365.  — Remèdes  locaux  ; 36f>.  — 
— Des  chancres  de  la  matrice  en  particu- 
lier; 368.  — Simulation  d’un  chancre  à 
la  mamelle  ; II),  46.  Voyez  Cancer. 

Chancre.  Histoire  du  chancre  de  mer  ; III , 
778. 

Ch^PE  ; III,  618. 

Chapelain.  Son  opinion  sur  la  corne  de  li- 
corne ; 111,  471,  508. 

CHAmpAU  ; III,  6(8. 

Chapons.  Sont  souvent  podagres  ; III,  229. 

Cuarbon  ; III,  351,  427.  — Causes  et  trai- 
tement du  charbon  bénin  ; III,  434. — 
— Oescriptiop  du  charbon  pestilentiel, 
ses  causes  et  symptômes  ; lit,  435. — Pro- 
nostic ; III,  436. — Cure;  111,439. — Pieniè- 
des  du  prurit  qui  accompagne  le  charbon  ; 
III,  441. — Moyens  de  cicatriser  l’ulcère. 
III,  442.  — Moyens  de  dissimuler  la  cica- 
trice; 111,  443.  — Cautérisation  des  char- 
bons; 111,514.  — Cas  d’asphyxie  par  la 
vapeur  du  charbon;  III,  661  , 664. 

CnARtTÉ.  Sentiment  naturel  à l’homme  ; 7. 

Charlatans.  Stratagème  des  vendeurs  de 
thériaque;  III,  319.  — Supercherie  des 
charlatans  ; lit,  511. 

Charlemagne.  11  ne  paraît  pas  qu’il  ait  pu 
réellement  de  médecin  arabe;  lut.,  xix. 

Charles  Ie1  d’Apjou , roi  de  Sicile.  Son 
ambassade  au  souverain  de  Tunis  pour 
obtenir  le  Coniineni  de  Rhasès  ; Int. , ux. 


TABLE 


8l6 

Charles  V.  Son  édit  sur  l’exercice  de  la 
chirurgie;  Int.,cxxvu. — Son  ordonnance 
de  1372,  réglant  les  droits  des  barbiers  et 
des  chirurgiens;  Int.,  cxxxvm. 

Charles  IX.  Histoire  du  roi  Charles  IX; 
III,  115.  Voyez  Bezahur. 

Ch arolles  ( Jean  de  ) ; Int.,  cxxvin. 

Chat.  Histoire  d’un  chat  engendré  par  une 
femme  ; III , 3G.  — Vénénosité  de  la  cer- 
velle, du  poil  et  de  l’haleine  des  chats, 
III,  333.  — Remèdes  contre  les  accidents 
qui  en  résultent;  III,  334.  — Les  chats 
présagent  la  pluie  ; III,  738. 

Chat-Huant.  Son  antipathie  pour  la  cor- 
neille; III,  76t. 

Chateau-le-Comte.  Voyage  d'A.  Paré  à 
Châleau-le-Comte  ; III,  699. 

Ciiauche-Poulet;  III,  66. 

Chaude  (fièvre)  ; III,  104.  V.  Fièvre. 

Chaude-pisse.  Définition  ; II,  555.  — Chau- 
de-pisse résultant  de  réplétion  ; II,  557. 
— Idem  d’inaction  et  de  contagion;  II, 

558.  — Pronostic  des  chaudes-pisses  ; II , 

559.  — Cure  générale;  II,  561. — Cure 
particulière;  II.  562. — Des  carnosités  qui 
s’engendrent  au  cocduit  de  l’urine  après 
quelques  chaudes-pisses;  II,  564. — Signes 
de  ces  carnosités;  II,  565.  — Pronostic  et 
cure  générale  des  carnosités;  II,  566.  — 
Cure  particulière;  II,  567,  569,  576. — En 
quoi  diffère  la  chaude-pisse  chez  les  fem- 
mes, des  fleurs  blanches;  II,  775. 

Chaumet  (Antoine);  son  Enchiridion  chirur- 
gicum;  Int.  , cclxxxv. 

Chausse  d’hippocras.  Ce  que  c’est;  III,  625. 

Chauves-souris  présagent  le  beau  temps; 
III,  739. 

Chaux.  Son  action  sur  l'économie  animale, 
et  contre-poison;  III,  343. 

Chemosis.  Définition  ; II,  415,  428. — Causes, 
traitement  ; II,  428. 

Chenille.  Histoire  d’une  espèce  de  chenille 
engendrée  dans  la  cuisse  d’un  homme; 
III,  35. — Accidents  résultant  de  leur  mor- 
sure, et  remèdes;  III,  325. 

Cheval.  Affectiondu  cheval  pour  son  maître; 
III,  747.  — Son  antipathie  pour  le  cha- 
meau ; III,  760.  — Cheval  de  mer;  III. 
772. 

C hevêche.  Présages  tirés  de  son  chant  ; III, 
738. 

Cheveux  ; 204.  — Procédés  pour  teindre  les 
cheveux  ; III,  616. 

Cheviller.  Ce  que  c’est;  III,  62. 

Chèvre.  Les  chèvres  ont  donné  l’idée  de 
l’abaissement  de  la  cataracte  ; 20,  111,737. 
— OEil  de  chèvre;  II,  419. — Chevreau 
engendré  d’une  chèvre  et  d’un  homme: 
III,  44.  — Vertus  attribuées  à la  corne  de 
chèvre;  III,  507.  — Les  chèvres  nous  ont 
appris  les  propriétés  de  la  dictame  ; III , 
736.  — Instinct  des  chevreaux  pour  recon- 
naître leur  mère  et  les  herbes  qui  leur 
conviennent  ; III,  741. 

Chiens.  Huile  de  petits  chiens;  II,  127,  155. 
—Enfant  engendré  d’une  femme  et  d’un 
chien;  111,43.— Enfant  ayant  la  figure  d’un 


chien  ; III,  44.  — Pourquoi  les  chiens  de- 
viennent plutôt  enragés  que  lesautres  ani- 
maux ; III  , 304. — Signes  indiquant  qu’un 
chien  est  enragé  ; III,  305. — Traitement 
delà  morsure  d’un  chien  enragé;  III,  309. 

— Vertu  de  la  fiente  de  chien  pour  arrêter 
le  flux  de  ventre  ; III,  452. — Comment  les 
chiens  se  pur. enl  ; III,  737.  — Fidélité  du 
chien;  III,  747. — Son  éducabililé;  111,755, 
757. — Son  antipathie  pourle  loup;  111,760. 

Chiragra;  III,  209. 

Chiron.  Regardé  par  Pline  comme  l’inven- 
teur de  la  médecine  ; 18. 

Chiromanciens;  III,  60. 

Chirurgie.  Faveur  dont  jouit  aujourd’hui 
l’histoire  de  la  chirurgie.-  difficultés  de 
cette  étude;  Int.,  v.  — Plan  d’une  ency- 
clopédie chirurgicale;  Int.,  vi. — L’histoire 
de  la  chirurgie  est  intimement  liée  à celle 
des  révolutions  de  l'esprit  humain;  Int. , 
xv.  — La  chirurgie  prend  naissance  en 
Asie;  Int.,  xvi. — Par  qui  elle  était  exer- 
cée au  vie  siècle;  Int.,  xvin. — Causes  qui 
peuvent  expliquer  comment  au  commen- 
cement du  xiii'  siècle  elle  émigra  du  midi 
au  nord  de  l’Italie;  trois  sories  de  per- 
sonnes l’exerçaient  au  xm*  siècle;  Int., 
xxn.  — Abandon  de  cette  science  en  Occi- 
dent au  xne  siècle,  Int.,  xxvi. — Ensei- 
gnement et  pratique  de  la  chirurgie  au 
xme  siècle  ; Int.,  xxvur,  xxix. — La  chirur- 
gie n’est  pas  encore,  au  xm«  siècle,  nette- 
ment séparée  de  la  médecine;  Int. , xxix. 
— Etait  exercée  aussi  par  des  femmes; 
Int.,  xxix , xxx , xxxi , xxxii.  — Comment 
elle  était  considérée  au  xme  siècle;  Int., 
xxx. — Ressources  de  la  pratique  chirurgi- 
cale au  xme  siècle  ; Int.,  xxxi. — Influence 
de  la  découverte  de  l’imprimerie  sur  l’é- 
lude de  la  chirurgie;  Int.,  cxi.  — Idem  de 
la  découverte  de  l’Amérique  ; Int.,  cxn. — 
Etat  de  la  chirurgie  en  France  au  xYe  siè- 
cle ; Int.,  cxx.  — De  la  chirurgie  dans  les 
villes  de  province  ; Int.,  ci.v.  — De  la  chi- 
rurgie militaire  au  xve  siècle  ; Int.,  clxvii. 
— De  la  chirurgie  dans  les  campagnes; 
Int.,  clxviii.  — Pourquoi  l’Italie  ne  mar- 
cha pas  en  tête  du  mouvement  de  cette 
science  au  xvie  siècle;  Int.,  clxxii. — Cau- 
ses qui  en  arrêtèrent  l’élan  en  France; 
Int.,  clxxiv. — Origine  de  la  chirurgie 
allemande;  Int.,  cxcvii.  — Etat  de  la  chi- 
rurgie en  France  de  l’an  1515  à l’an  1545; 
Int. , ccxxxvn.  — Fondation  d’une  chaire 
de  chirurgie  au  collège  de  France;  Int., 
ccxxxix.—  Etat  de  la  chirurgie  en  Europe 
au  xvic  siècle;  Int.,  cclxxxv.— Nouveaux 
documents  sur  l’histoire  de  la  chirurgie 
au  moyen  âge  ; III , iv.  — Rapports  de  la 
chirurgie  et  de  la  médecine,  10,  12,  24. 

— Invention  de  la  chirurgie , 18.  — 
Antiquité  de  la  chirurgie  ; ses  difficultés , 
23. — Son  excellence,  24.  — Définition  de 
la  chirurgie,  23,  25. — Elle  comprend 
cinq  genres  d’opérations , 26.  — Ces  opé- 
rations ne  se  peuvent  faire  sans  douleurs, 
30.  — Emploi  des  moyens  chirurgicaux 


ANALYTIQUE. 


dans  le  traitement  des  fièvres;  III,  86. 

Chirurgiens.  Ils  étaient  compris  au  vie  siè- 
cle sous  le  nom  de  médecins;  Int.,  xvii. — 
Dispositions  des  lois  des  Visigolhs  et  des 
Lombards  qui  les  concernaient  ; Int. , xvii. 
— Quand  il  leur  était  permis  de  pratiquer 
en  Italie  au  xui'  siècle;  Int.,  xxx. — Chi- 
rurgiens du  xiii'  siècle  ; Int.,  xxxm.  — Les 
simples  chirurgiens  considérés  jusqu’au 
xive  siècle  presque  comme  des  manœu- 
vres; Int.,  xliii.  — Quel  était  le  bagage 
d’un  chirurgien  au  xiv'  siècle;  Int.,  lxvii. 
— Rareté  des  chirurgiens  lettres  en  France 
au  xiv'  siècle;  Int.,  lxxi. — Comment  on 
les  désignait  en  Italie  au  xv'  siècle  ; Int., 
lxxvi.  — Procès- verbal  de  réception  d'un 
chirurgien  au  xvi'  siècle;  Int. , ccxxxm. 
— Détails  sur  la  réception  des  maîtres  chi- 
rurgiens à Saint-Côme;  Int.,  ceux. — En 
quoi  consistait  l’épreuve  latine  ; Int.,  cclx. 
— Letires  de  maiirise  ; Int.,  cclxi. — Nou- 
velles querelles  des  chirurgiens  avec  la 
Faculté;  Int. , cclxxxvi.  — Liste  des  chi- 
rurgiens du  roi  pour  1585;  Int.,  eexem. 
— Réponse  d’A.  Paré  aux  attaques  des 
chirurgiens , 12. — Quelle  doit  èlre  la  con- 
duite du  chirurgien  pendant  l’opération, 
30.  — Connaissances  premières  qu’il  doit 
avoir,  31. — Il  doit  connaître  les  chosesna- 
turelles,  31.  — Les  annexes  des  choses  na- 
turelles, 60.  — Les  choses  non  naturelles, 
62. — Les  accidents  ou  perturbations  de 
l’âme,  75.  — Les  choses  contre  nature,  80. 
— Les  indications,  84.  — Ce  qui  le  distin- 
gue de  l’empirique  , 87.  — Le  chirurgien 
connaît  et  juge  des  maladies  par  les  cinq 
sens,  93. — Nécessité  pour  le  chirurgien 
de  eonnaîire  l’anatomie,  106. — Ne  doit 
jamais  abuser  le  malade,  432.  — Son  mi- 
nistère consiste  à aider  la  nature;  111,66. 
— Utilité  de  la  connaissance  des  fièvres 
pour  le  chirurgien  ; III , 71.  — Comment 
doivent  être  choisis  les  chirurgiens  char- 
gés de  soigner  les  pestiférés;  III , 378.  — 
Précautions  que  doivent  prendre  les  chi- 
rurgiens chargés  de  ce  soin;  HI,  379  — 
Prudence,  discernement  et  probité  néces- 
saires au  chirurgien  chargé  de  faire  un 
rapport  en,  justice;  III,  651. 

Cboerades.  Écrouelles  ; 82. 

Cholère.  Nalure,  consistance  , couleur,  sa- 
veur, usage  de  la  cholère , 42.  — De  quoi 
et  quand  elle  se  fait,  43.  — Quand  elle  se 
met  en  mouvement  ; cholère  jaune  et 
noire , 44.  — De  la  cholère  contre  nalure, 

46.  — Caracière  de  l’homme  cholérique, 

47.  — Ce  qui  peut  donner  un  tempérament 
cholérique,  49. — Tumeurs  qu’engendre 
cette  humeur,  336;  II  , 662.  — Signes  in- 
diquant que  c’est  la  cholère  qui  accompa- 
gne le  virus  arthritique;  III , 217.  — ■ To- 
piques pour  la  goutte  provenant  d’humeur 
cholérique;  III,  241. 

Chomel.  Ce  qu’il  dit  sur  la  culture  de  la 
médecine  en  Occident  avant  le  xi'  siècle  ; 
Int.,  xix. 


8i  y 

Chorion,  166.  — Anatomie  du  chorion,  171. 
— Son  usage;  II,  644. 

Chrysolore  (Emmanuel).  Son  voyage  en  Ita- 
lie, ses  leçons  : Int. , r.vin. 

Chute.  Exemple  d’une  phrénésic  guérie  à la 
suite  d’une  chute,  95.— Chutes  cause  d’a- 
vortement; II,  624,  714. — Influence  des 
chutes  sur  la  génération  des  monstres; 
III,  27. 

Chyle.  Ce  que  c’est , 40.  — Quand  il  com- 
mence à prendre  couleur  de  sang,  144. 

Cicatrices  des  brûlures;  II , 210.  — Le  poil 
ne  croît  jamais  sur  les  cicatrices  ; II , 406. 
— Moyens  pour  effacer  les  cicatrices  de  la 
petite-vérole  ; III , 263.  — Moyens  d’ame- 
ner à cicatrice  l’ulcère  charbonneux  ; III , 
441.  — Moyens  de  dissimuler  la  cicatrice  ; 
III,  442. 

Ciel.  Prodiges  célestes;  III,  790. 

Cigognes.  Ont  inventé  le  clystére  ; III , 557, 
737.  — Amour  filial  des  cigognes  ; 111,  746. 

Ciguë.  Ses  propriétés  vénéneuses;  traitement 
des  accidents  qu’elle  cause;  lli,  337. 

Circoncision.  De  la  circoncision  des  femmes, 
169. — Manières  de  rallonger  le  prépuce  des 
circoncis;  II,  458. 

Cire.  Manière  de  faire  l’huile  de  cire;  III, 
631. 

Cirons.  Description,  origine,  et  manière  de 
les  détruire  ; III,  270. 

Cirsocèle.  Ce  que  c’est,  404,  417  ; II,  796. — 
Causes,  signes,  traitement,  4 1 7 . 

Ciseau.  Éigure  d’un  ciseau  pour  séparer  le 
péricràne ; II , 8.  — Figures  de  divers  ci- 
seauxpour  aplanir  les  os  ; II,  16.  — Figu- 
res de  ciseaux  pour  couper  les  os  ; II,  585. 

Citations.  Inductions  tirées  des  citations 
faites  par  A.  Paré;  III , xvm.  — Liste  des 
auteurs  cites  par  A.  Paré  ; III,  xx. 

Clarté.  Action  de  la  clarté  sur  l’economie  ; 

II , 34. 

Claudication.  Suite  ordinaire  des  fractures 
de  la  cuisse;  II,  326.  — Idem,  de  celles  de 
la  rotule;  II,  327.  — Hérédité  de  cette  dif- 
formité; 111,27. — Claudication  simulée; 

III,  50. — Résultant  de  la  goutte  ; III,  220. 

Clavicules.  Description  anatomique  des  cla- 
vicules, 180. — Fracture  de  l’os  clavicu- 
laire; procédés  divers  de  réduction  ; 11, 
308.  — Luxation  de  l’os  claviculaire  ou 
jugulaire  ; II,  359. 

Cleisagra  ; III,  209. 

Clément  VI.  Il  appelle  auprès  de  lui  Guy 
de  Chauliac;  Int.,  lxui. 

Cléopâtre.  Mise  à contribution  dans  le  livre 
de  Trolula;  Int.,  xxiv. 

Clercs.  Exerçaient  la  médecine  au  vr  siè- 
cle. Où  iis  allaient  puiser  leur  enseigne- 
ment ; Int.,  xvm.  — Etaient  seuls  admis 
à prendre  les  degrés  dans  les  Facultés  de 
médecine;  Int.,  xxix. — Exception  faite  en 
faveur  des  chirurgiens  ; Int. , xxx. 

Clignotement  des  yeux;  II,  415. 

Clitoris.  Mention  qu’en  font  quelques  ana- 
tomistes, 169. 

Cloporte.  Histoire  d’une  espèce  de  cloporte 
rendu  par  la  verge  ; III,  35. 


III. 


5*2 


8 1 8 


TABLE 


Clous.  Description,  358 ; II,  418. — Traile- 
menl,  358. 

Clystère.  L’ibis  a donné  l’idéf*  Hes  clvstères, 
20;  111,739.  — Ce  qu’il  faut  faire  en  pre 
nant  un  cly  ■ 1ère,  132;  Il l,  557. — Dangers 
de  ces  n mèdes  dans  ie  traitement  des 
plaies  des  in  i slins;  II,  1 (’9.  — Civières 
préservai  ils  de  la  pieriej  II,  409,  470. — 
Pour  les  coliques  venteuses  ; U,  617. — 
Pour  les  coliques  résiil  ael  île  la  rétention 
des  excrèm*  n*s  ou  de  l'entortillement  nés 
boyaux;  II,  618.  — Pour  les  suffocations 
rie  a matrice;  II,  759. — Emploi  des  clys- 
téres  dans  le  trait,  ment  de  la  ficv*e  s»no- 
que-pu  ride  ; III , 112.  — Dans  celui  de  la 
goutte;  111,252.  — Cly-tères  soporalifs; 
III  , 4 20. — Kxci  ants;  III,  450. —rafraî- 
chissants et  anodins;  III,  452,  453.  — Dé- 
tersif cl  astringent  ; III,  453.  — Nutri  ifs; 
III  , 454,  555.  — Définition  des  elystères  ; 
espèces  diverses;  111 . 652.  — Substances 
végétales  et  animale-  qui  entrent  dans  leur 
composition;  quantité,  chaleur,  mode 
d'administration;  formules  de  elystères 
émollient , laxatif;  III , 653.  — Anodin  et 
astringent  ; III,  564.  — Clystères  sarcoti- 
ques,  épuioti  ;ues,  détersifs;  tègles  pour 
l'administration  des  clystères  nulrilifs; 
III,  565. — Preuve  île  l’efficacité  île  ces 
clys  ères  ; quand  il  faut  i rendre  les  clysiè 
res;  usage  des  c|y»tèrcs;  111,556.  — In- 
vention; manière  de  piendre  un  cl  stère; 
figure  d'un  instrument  pour  s'en  donner 
un  soi-même  ; ill,  557. 

Coccyx.  Fractures  du  coccyx  et  leur  ré'uc- 
tiott;  11,316.— L xat  un  du  coccyx;  11,3  .7. 

Cochlear.  D script  on  1 1 u-ag.  de  cet  instru- 
ment ; II,  487. 

Cochon.  F gnre  d'un  cochon  monstrueux; 
III,  13. — C chons  ayant  le  visage  d’un 
ho'ome  ; ni,  44. 

COEGUM  , 139. 

Cosffe,  135. 

Cosl  us  Aurelianus;  Int.,  xix. — Son  opinion 
sur  la  paiacentèse,  398. 

Coeloma.  Ce  que  c’est;  II,  259,  417. 

Coeur.  Influence  de  son  volume  et  de  sa 
densité  sur  le  caractère;  79.  — Anato- 
mie du  cœur;  188.  — Sun  action;  sis 
épiphvses  ; 190.  — Venlticules  tu  cœur; 
19i.  — Of  fices  et  \alvules  du  cœur  ; 1 92. 
— Primo-tic  des  pl  des  du  cœur  ; 433.  — 
Sym  lômes  des  blessures  du  cœur  ; Il  95; 
III,  054.  — Exemple  de  herme  du  cœur; 
II,  99.  — Formation  du  cœur  du  fœtus; 

II, 650.  — Causes  et  traitement  des  bat- 
tements  de  cœur;  188;  II,  780.  — D ux 
corps  joints,  mais  n’ayant  qu'un  cœur, 
ne  font  qu  un  individu  ; III,  9.  — Exem- 
ple de  niei  re  engendrée  d n-  le  cœur  ; III, 
32.  — Exenn  le  .i’un  cœur  couvert  de  poil  ; 

III,  41  .—Le  ■ œur  est  le  siège  de  la  fièvre  ; 
III.  74,  76. 

Cogitation.  Voyez  Raison. 

Coing.  Ses  propriétés;  III  231. 

Coït.  Sun  action  sur  la  grandeur  de  la  ma- 
trice; 164.  — Dangers  du  coït  pour  les 


personnes  blessées  à la  tête;  II,  38.— Pour 
les  personnes  affl  gées  de  catnracies  ; II, 
436.  Transmission  au  virus  vénérien  par 
le  coït;  11,528. — La  tiop  longue  privation 
du  coït  e*i  une  cause  de  ch  .ude-pisse  ; 
II,  567.  — Sa  lmp  fréquente  répé  ilion 
aussi;  II,  558.  — Théorie  du  coi  ; II, 
636.  — Rai- uns  de  la  répugn  nce  qu’e- 
prO’  Vent  le- femelles  des  animaux  pour 
le  colt  après  qu’elles  ont  conçu  ; II,  639. 
— Influence  fâcheuse  nu  coït  sur  le  lait 
des  nourrices  ; IL,  686.  — L>*s  nourrices 
doivent  s'en  abstenir,  II,  686,  689. — 
Cuïi  intp  fréquent  cuise  o’avui  tement  ; 

II,  714.  — Idem  île  stérilité;  II,  730.  — 
Inconvénients  du  coït  pendant  les  inens- 
Irm  s ; III,  4.  — C'Ti  immodéré  can  e de 
goutte;  III,  21 4.  — Ai  traits  et  dangers 
des  plaisiis  de  l’amour  pour  les  gnütleux; 

III,  222.  — PuUi  les  lépreux  , III,  273  — 
Dangers  des  plaisirs  v*  nériens  en  temps 
de  peste  ; III  375. 

Col.  Anaiomie  du  col  de  la  matrice  et  du 
col  de  la  vessie;  167.  — Malades  qui 
peuvent  a freter  le  co  delà  matrce;109. 
— Dangers  des  fractures  du  col  de  l'omo- 
plate ; II,  31 1. 

Colchique,  se*  prnpré’és,  vénéneuses  et 
i ontie-poisun  ; III,  336. 

Colère.  Se*  effets  ; 77.  ■ — Exemple  d'une 
gu  risitn  suite  d'un  ac*  ès  de  emère;96. 
— Influence  de  la  colère  sur  la  fièvre; 
III,  85. 

Colique.  C 's  de  eollque  népbrét;que  causée 
par  dis  pierres  rénales;  II,  463. — D fini- 
tion ; 11,  513.—  Cnlii|U<  s venieuse-  ; 344  ; 
Il  , 614.  — Colique  néphrétique  ; co- 
lique résultant  d’excréments  retenus,  de 
l'eut  nullement  des  boyaux  ou  d’inflam- 
maiinp  bil  euse;  11,514. — signes  de  ces 
diver-e*  coliques;  II,  615.  — Pronostics; 
cure  de  la  colique  néphrétipue,  de  la  co- 
lique résuliani  de  l'entortillement  des 
boyaux  ei  de  la  colique  veilleuse;  II,  6i6. 
— Cure  de  la  co  Ique  biLeu-e  et  de  cel- 
les qui  résultent  de  la  rétention  nés  ex- 
créments ou  de  l'entortillement  des 
boyaux  ; II,  518. 

Coll  et  ic  (médicament)  pour  les  fractures 
de  l’os  rlavicu  aire;  II,  30». 

Collyres  pour  les  yeux;  II,  76,  77,  78.  — 
Pour  les  ulcères  des  veux;  11,  260. — Pour 
le  p u rit  ries  paupières;  11,  424.  — Pour 
l’ophltialmie;  II,  427.  — Pour  les  catarac- 
tes qui  comme  cent  à se  formet;  II,  436. 
— P ur  les  u rèi  es  v énéri  -ns  de  la  e ge  ; 
II,  553.  — Ce  que  c’e-t;  les  collyre-  Sont 
de  trois  sortes;  leur  usage;  modèles  de 
collyres  répercussif,  anodin,  déteisif;  III, 
585,  686. 

Col  met  Candillon,  organi  aieur  de  la  bar- 
belé en  Fr..n  e;  Int.,  clxi. 

Culoboma.  C**  que  c’est;  II,  4 1 5. 

Colombes.  T*  ndrtsse  réciproque  des  colom- 
bes; III,  747. 

Colon;  140. 

Colonnes  de  pierres  fondues  ; III,  500. 


analytique. 


Colot.  La  vérité  sur  Germain  Colot  ; Int , 
CLiii.  — Laureni  C lot  ; Int.,  ccxxvu, 
CcLxXt.  — Récit  de  plusieurs  Opérations 
faite'  par  les  frères  Coloi  ; III,  29. 
Combustion . De»  dill'ei entes  . ouibaslions; 
II,  202. 

CÔME(coufrérie  de  Saint-).  Son  origine;  r.xxi. 
—Sa  marche;  Int.,  cxwii.— Ses  lutte»  avec 
la  Faculté  de  méiecine;  lot.,  cxxvm.— 
Hi.-tuoque  de  ses  statuts  ; Int.,  cxxx.  — 
Idée  générale  de  ces  statuts;  lut.,  cxxxi. 
— Rivalité  de  la  cunfréiie  de  Satin  Côme 
et  ues  baroiers;  Int.,  cXXxv.  — Si  a tu  < s 
nouveaux;  Int.,  cxli,  cxlIh  cxlvii!.  — 
Lniie  avec  la  faculié  de  (ilede<iue;  Int., 
cxlvi.  — Fin  de  celte  luüe  ; Int  , clu. — 
Transforniatiiiii  de  la  Confrérie  de  Saim- 
Côme  en  collège  ; Int.,  cclvi.  — D tails 
sur  la  réi  epliou  des  niaitii  s chirurgiens; 
Ini.,  cclix.  — En  quoi  consistait  l’é- 
preuve latine  ; Int.,  cclx.  — Lettres  de 
malt  Le;  lui.,  cclXi.  — Nouvelles  que- 
relles des  chirurgiens  avec  la  Faculté;  lut., 
cclXxxvi.  — N uveaux  statuts  ; Int., 
CCLXXXVll.  — Décadence  ei  Ou  du  Col- 
lège de  Sauil-Come  ; lut.,  cccL. 

Comètes  ; 111,  7 88. 

Commerce,  lulloeuce  dé-as' reuse  de  la  peste 
sur  le  l'oniiiierce  ; III,  457. 

ComModékai ion.  C que  c’e-t;  CI. 
Commotion.  Cause»  elrlTets  de  la  commo- 
tion il u crtve-u;  II,  23.  — Explication 
de  ces  phetioiué  e»;  do-urine  de  Ueren- 
ger  ne  Carpi  ; II,  24.  — Exemples  de  com- 
m lion  du  cerveau;  11,23,25.  — Traite- 
ment ne  la  commotion  du  c-rveau;  II, 
68. — Ciimmoiiuii  de  la  moelle;  il,  366. 
— Coiniiioliou  cause  u’avorteinein  ; H , 
714. 

CuMcaS.  Figure  d’un  compas  pour  couper 
l'Os  du  ci ane;  11,  59,  60. 

Co ii i ÊR AT • S -n  libelle  contre  A.  Paré  ; lut., 
ccxoi,  cccxxxv. 

CuMPLEXloîv.  Ce  que  r’e  t;  33. 

Cu.MfRE.'SES.  Leur  uül  te;  il,  285,  286.  — 
Comment  elies  doivent  être  tains,  II, 
286.  — Piéparalion  piéalab  e des  com- 
pi esses  ; 11,  303. 

Compression.  Effets  de  la  comprc  sion  du 
cerveau;  II,  17.  — Eifits  de  la  compres- 
sion sur  la  taille  des  jeunes  filles;  II, 
350.  — La  compression  exercée  sur  le 
• venire  amène  l’avoriemeul;  II,  624,  714. 
ConariOM  ; 216. 

Concepti-  n.  Symptômes  indiquant  qu’une 
femme  a conçu  ; II,  612.  “ Théorie  de  la 
concep'ion  ; II,  65<>.  — Si  une  femme 
lion  ri'glee  peut  concevoir;  II,  762.  — 
Age  auquel  la  f mme  peut  concevoir  ; II, 
738. 

Conciles.  Défenses  faites  aux  moines  par 
le-  conciles  de  i.alran,  de  Montpellier  et 
de  Tours  u’exmer  et  u’enseiguer  la  méde- 
cine; lui.,  xxviti. 

Concussion.  Voyez  Commotion. 

Conducteurs.  Figures  de  deux  conducipu.s 
pour  l’extraction  de  la  pierre;  II,  483. 


819 

Condylomes.  Définition  et  traitement;  II, 
790. 

Congélation  came  de  gangrène;  II,  211. 
— Signe»  de  cet  e gangrène  ; II,  216.  — 
Conté  at'OIl  lies  délits;  11,451. 
Congestion.  Ce  que  c’est;  320. 

Conjonctive.  Description  de  ia  conjonctive; 
237.  — 1 n llu m mai  ions  de  la  conjonctive; 
II,  78.  — Excroissances;  II.  79. 

Consilia  meoica.  Ouvrage  attribué  à Guy 
de  Chaulée,  pa  J.  Sdienkius  ; lut.,  lxv. 
Constantin.  Restaurateur  des  sciences  mé- 
dicales en  Occident;  lut.,  xix. — son  Paii- 
teyiii , Int.,  xxiv  ; 111,  iv.  — Si-s  travaux  ; 
Int,,  xxv. — Ses  traiii  ons  foutseules  pres- 
que tous  les  Irais  de  l'enseignement  médi- 
cal au  xnr  sieele  ; Int.,  xlii. — Est  cité  ar 
L - n franc  ; Int.,  xlvi.  — Ses  ouvrages  fai 
saienl  puitie  ne  la  hinlioibèque  de  l’École 
ne  Montpellier  au  xtv°  siècie;  Int.,  lix. 
Constantinople.  Influence  de  la  (irise  de 
Constantinople  sur  les  progiès  des  icien- 
ces  en  O Cidetit;  lut.,  cviti. 

Constipation.  Remède  contre  la  consiipa- 
tion  ; 692  ; III,  103. 

Constitution.  Quebe  doit  être  la  constitu- 
tion d’une  bonne  nom  rice ; III,  6S5.  — In- 
fluent de  lu  rousiilut  on  sur  la  fécoudhé  ; 
Il , 734. 

Contagieuses  (fièvres);  III,  180. 
Contagion  de  la  ièp-e;  111,272. 

Contes.  Inconvénients  des  contes  de  nour- 
i ires  ; il,  686. 

Continence.  Doit  êlre  rigoureuse  dans  la 
cure  du  phlegmon  vrai;  330.  — Son  in- 
fluence dans  te  traitement  de  i’œuème, 
342. 

Continent.  Le  Continent  de  Rhasèse  t tra- 
duit en  latin  par  Farragius;  lui.,  lix. — 
Emprunts  faits  à ce  livre  par  Nicolas  de 
Florence  ; lui.,  lxxv. 

Continentes  (fièvres);  ill,  95. 
CoNTiNUEs(lièv re.-);  1.1,  90,100,  104, 114, 116, 
136,  142,  153. 

Contre-fentes  du  crâne  ; Il , 2. — D fliculté 
de  les  reconnaître  ; II  , 20,  22.  — Opinion 
des  auteurs  sur  les  comre-f  iups  ; 11,  21. — 
Exemple-  ; 11,  21,22. — T ai  em  il-  ; H,  23. 
Contre— poison.  Mo  e d’acion  des  contre- 
poisons ; li,  236,  304.  — Contre-poison  du 
venin  des  félons;  III,  325.  — De  la  li- 
maille de  fer  ; III,  343.  — Cm  lie  - poi  on 
universel  de  M'Uni  taie  ; 111,  372. — Pro- 
priétés aiitivénénensrs  du  Ireue  et  du 
gernè  i e ; III,  395.  Voyez  Antidote*. 
Contusion.  Prmiostic  des  plaies  coi-tuses  -, 
433.  — Contusions  du  crâne  ; 11,2,  3.  - — 
Traiiement  II,  il. — P. onoslic  des  plaies 
éOlil uses  de  la  iè  e ; II,  26.  — Traiiement 
des  contusion»  du  cuir  musculeux  ; II,  42. 
— Cuniu-  ons  pn  duiie*  par  les  houi.  t de 
canon;  11,  166. — Définition  des  contu- 
sion'; Il  194.  — Traite  lient  général  dis 
grand  smntlis  Ons;  11,195;  111,434. — Tiai- 
leuient  dos  c -musi  -ns  avec  piaie;  II,  198. 
— T.  ai.eme  il  des  Coutu»inii»  sans  piaie  ; 
II,  199.  — Moyens  de  prévenir  la  gan- 


8 9. 0 


TABLE 


grènc;  II,  200. — Accidents  des  contusions 
di's  côtc<;  II,  201. — Inefficacité  de  la 
Mu  niedans  le  traitement  des  conlusions  ; 

II,  202.  — Grandes  contusions,  causes 
de  gangrène  ; II,  212.  — Signes  de  celle 
gangrène;  II,  2iG.  — Accidents  résultant 
de  contusion  au  talon  ; Il  , 400. — Con- 
tusion complicative  des  luxations  et  frac- 
tures ; II,  402.  — Traitement  des  contu- 
sions des  yeux  et  des  doigts;  III , 486.  — 
Ou  talon  , III,  487. 

Convulsion.  Convulsio  canina  ; 83. — Défini- 
tion des  convulsions,  variétés,  causes,  443. 
— Signes,  traitement  ; 444,  446. — Théorie 
des  convulsions  ; II , 29.  — Convulsions 
symptomatiques  des  fièvres  ; III , 190. 

Cophon-  Obscur  médecin  de  Salerne  cité 
dans  le  livre  de  Trotula  ; Int.,  xxm. 

Coq.  Le  coq  présage  la  pluie;  III,  739.  — 
Effroi  qu’il  inspire  au  lion;  III,  751,  752, 
760.  — Manière  de  se  battre  du  coq  ; III , 
752. 

Coqueluche;  III,  351.  — Ses  symptômes; 

III,  362,  41 1,  422. 

Coquilles  (distillation  des)  ; III,  63S. 

Corail  ; 111,763. 

Corbeau.  Présage  tiré  de  son  chant;  III, 
738.  — Aptitude  du  corbeau  à imiter  la 
voix  humaine  ; III,  759.  — Son  antipathie 
pour  le  milan  ; III,  761. 

Corbin.  V.  Bec. 

Corcelet.  Figures  de  corcelels  pour  redres- 
ser l’épine  dorsale  ; II,  611,612. 

Cordon.  Section  ducordon  ombilical;  II,  632. 
— Formation  du  cordon  ombilical;  II,  648. 
— Ligature  du  cordon  ombilical  ; II,  677. 

Cordoue.  École  arabe  de  Cordoue  ; Int. , 

XXVI. 

Cornes.  Animaux  dont  les  cornes  sont  ré- 
putées bonnes  contre  les  venins;  111,495, 
497,  50  i,  502,  503,  504.  — Preuve  de  l'in- 
efficacité de  la  corne  de  licorne;  111,605. 
— Vertus  attribuées  à la  corne  de  cerf  et 
de  chèvre  ; III,  507. 

Cornée.  Description  de  la  cornée;  237.  — 
Rupture  de  la  cornée  ; II,  79. — Enuméra- 
tion des  maladies  de  la  cornée;  II,  417. 

Corneille.  Son  antipathie  pour  le  chat- 
huant  ; III,  761. 

Cornemuse.  Ce  que  c’est  ; III,  630. 

Cornets. Manière  de  les  appliquer;  11,522. — 
Figures  de  cornets  avec  flammettcs  et  lan- 
ceile;II,523. — Figures  de  trois  cornetsatti- 
rantpar  l’aspiration;  II,  524. — Leur  em- 
ploi dans  le  traitement  des  fièvres  ; III,  86. 
— Contre  la  morsure  des  bêtes  venimeüses; 
III , 302. 

Corps.  Théorie  du  corps  humain  de  Para- 
celse ; Int.,  ccxv. — Perfection  du  corps 
de  l’homme;  15.  — Eléments  du  corps; 
33.  — Division  du  corps  en  trois  parties  ; 
111.  — Animales,  vitales;  112.  — Natu- 
relles ; 113. 

Corps  étrangers.  Procédés  d’extraction  d’Ar- 
culanus;  Int.,  Lxxxvm,  xc.  — Extraction 
des  corps  étrangers  des  yeux;  26;  11,76,416. 
— Des  oreilles  ; 26  ; II,  442.— Du  nez,  27. 


—De  la  gorge  ; 27;  11,  443. — De  l’estomac, 
de  la  verge,  de  la  matrice  ; 28. — De  la  pré- 
sence des  corps  étrangers  dans  certaines 
tumeurs;  346.  — Ce  qu’on  appel  le  corps 
étrangers;  435.  — Des  moyens  de  les 
extraire;  436.  — Figures  d’instruments 
propres  a l’extraction  des  corps  étrangers  ; 

II,  186. — Précepte  de  Gersdorf  sur  l'ex- 
traction des  corps  étrangers  des  plaies; 

III,  vu. — Cas  de  corps  étrangers  ; III,  28, 
29.  — Corps  étrangers  chassés  par  la  force 
de  la  nature  ; III,  38  à 41. 

Cors.  Description  et  traitement  des  cors; 
358;  II,  458,  789. 

Côtes.  Sept  vraies  et  cinq  fausses  de  chaque 
côté;  180.  — Leur  substance,  consistance, 
figure  et  utilité  ; 181.  — Accident  des  con- 
tusions des  côtes;  II,  201.  — Courbures 
des  os  des  côtes  ; II,  296.  — Fractures  des 
côtes;  signes  de  ces  fractures;  II,  312. 
— Accidents  qui  surviennent  aux  fractu- 
res des  côtes  ; II,  31 4.  — Luxation  des  cô- 
tes; III , 367.  — Cas  de  contusion  grave 
des  côtes  suivie  de  guérison  ; III , 489. 

Cottier.  Ce  qu’il  recevait  de  Louis  XI  ; 21. 

Cotylédons.  Ce  que  c’est;  165,  170;  11,645. 

Cou.  Définition  du  cou  ; examen  de  ses  sept 
vertèbres  ; 2a9.  — Desjvingl  deux  muscles 
du  cou;  262. — Nerfs  du  cou;  276. — 
Pronostic  et  traitement  des  plaies  du  cou; 
II,  90. — Luxations  des  vertèbres  du  cou; 
II  ; 361. 

Coude.  Définition  du  mot  coude  ; 280.  — 
Description  des  os  du  coude  ; 281 . — Mus- 
cles qui  les  meuvent  ; 282,  285.  — Situa- 
tion qu’il  faut  donner  aux  plaies  du 
coude;  II,  119.  — Fracture  de  l’os  du 
coude;  II,  318.  — Pronostic  des  luxations 
de  l’os  du  coude  ; II , 352. — Variétés,  ra- 
reté et  pronostic  des  luxations  du  coude  ; 
difficulté  de  leur  léduction;  II,  380. — 
Causes  et  symptômes  de  ces  luxations  ; II, 
381.  — Réduction  de  la  luxation  du  coude 
faite  en  la  partie  extérieure, II,  382. — Idem 
de  la  luxation  en  la  partie  intérieure  ; II, 
383. — Idem  de  la  luxation  incomplète  en  la 
partie  supérieure  ou  inférieure  ; II , 384. 

Coule-sang.  Accidents  qui  résultent  de  sa 
morsure  et  remèdes  d'iceux;  III,  315. 

Coulet.  Sa  traduction  de  Freind  ; Int.,  lvi. 

Couleur.  In  ticalion  que  fournil  la  couleur 
de  la  peau  ; 61. 

Couleuvre.  Accidents  provenant  de  sa  mor- 
sure , et  remèdes;  III,  320.  — Sou  anti- 
pathie pour  l’homme;  III,  760. 

Coulisse.  Ce  que  c’est  ; II,  418. 

Coup  de  fouet  ; II,  110. 

Coups.  Influence  des  coups  reçus  parla  mère 
sur  la  génération  des  monstres  ; III,  27. 

Courage.  Modification  de  l’âme  ; 11,  655. 

Courbure  des  os  des  membres , du  crâne  et 
ries  rô’es  sans  fracture;  II,  296. 

Couteau.  Figure  d’un  couteau  propre  à cou- 
per une  grande  quantité  de  chair;  II,  !S8. 
— Figure  d’un  couteau  courbé  pour  les 
amputations  ; II,  222.  — Figure  d’un  cou- 
teau courbé  pour  fendre  le  ventre  d’un  en- 


ANALYTIQUE. 


821 


fant  mort  dans  la  matrice;  H,  705. — His- 
toire d’an  couteau  chassé  du  corps  apres 
un  séjour  de  six  mois;  111,39. 

Coutures.  Voyez  Sutures. 

Coxalgies.  Observations  de  coxalgies  faites 
par  A.  Benivieni  ; Int.,  cxvii. 

Crachement;  74.  — Moyen  de  le  provoquer; 
III,  445. 

Crainte.  Ses  effets;  78.  — Théorie  de  la 
crainte  ; II,  661. — Influencede  la  crainte 
sur  la  difficulté  des  accouchements;  II, 
712.  — Sur  le  développement  de  la  rage  ; 
III  ,311.  Voyez  Peur. 

Crampe.  Définition,  cause,  traitement  ; III , 
255. 

Crâne.  Anatomie  du  crâne;  207. — Trous 
de  la  base  interne  du  crâne;  225.  — 
Trous  de  la  base  externe  ; 226.  — Diver- 
ses espèces  de  fractures  du  crâne  ; II,  1. 
— Tables  de  ces  fractures  ; II,  3,  4.  — 
Causes  et  signes  conjecturaux;  II,  5. 
— Signes  sensuels;  II , 6 ; III  , 653.  — 
Scissure;  II,  7.  — Conlusion  ; II,  11.  — 
Embarrures  ou  enfonçures  ; II,  15.  — In- 
cision ; II , 17.  — Conire-fente  ; II , 20.  — 
Pronostic  des  fractures  du  crâne;  II,  26  , 
31,  33.  — Soins  généraux  à donner  aux 
lractures  du  crâne;  II,  33.  — Cure  des 
accidents  qui  adviennent  au  crâne  ; II,  43. 
— Pourquoi  on  trépane  les  lractures  du 
crâne;  II,  50. — Courbure  des  os  du  crâne; 
II , 296.  — Perte  de  substance  aux  os  du 
crâne  sans  carie;  II , 584. 

Crapaud.  Violence  de  son  venin  ; III , 299  , 
321  , 622.  — Crapaud  trouvé  dans  une 
pierre;  III,  43. — Accidents  causés  par  le 
venin  du  crapaud  et  remèdes  d'iceux  ; III , 
322. — Cas  d’empoisonnement  par  le  venin 
du  crapaud  ; III , 662. 

Crapaudinr.  Erreur  du  vulgaire  au  sujet  de 
cette  prétendue  pierre;  III,  22. 

Crasis.  Ce  que  c’est;  S3. 

Crem  asters  ; 155. 

Cri.  Moyens  d’apaiser  les  cris  des  enfants  ; 
utilité  des  cris  ; II , 693. 

Cridons.  Description  et  traitement  de  cette 
maladie , 439. 

Critiie.  Ce  que  c’est  ; II  , 416. 

Crochet.  Figure  d’un  crochet  pour  l’extrac- 
tion des  corps  étrangers;  II , 186.  — Fi- 
gures de  crochets  propres  à opérer  l’un- 
gula  ; Il , 430.  — Figures  de  deux  crochets 
propres  à extraire  une  petite  pierre  de- 
meurée à l’extrémité  de  la  verge  ; II,  473. 
— Figure  d’un  crochet  propre  à extraire 
la  pierre  aux  petits  enfants;  II,  477.  — 
Figures  de  trois  crochets  pour  tirer  un  en- 
fant mort  hors  du  ventre  de  la  mère;  II, 
704. 

Crocodile.  Remède  contre  la  morsure  du 
crocodile;  II , 20.  — Peur  que  lui  inspire 
le  rat  d’Inde;  III,  751.  — Description 
du  crocodile,  son  pays,  manière  de  te 
prendre  ; III , 773. 

Crocodij.ée.  Son  efficacité  contre  diverses 
maladies;  III,  773. 

Cubitus.  Description  du  cubitus,  281. 


Cucurbite;  III , 618. 

Cuffon  est  cité  par  Lanfranc  ; Int.,  xlvi. 
Cuir.  Deux  sortes  de  cuir  : le  non-vrai  ou 
épiderme  ; 1 16.  — Le  vrai  ou  derme  ; 117. 
— Anatomie  du  cuir  chevelu;  205.  — 
Traitement  des  plaies  simp'es  du  cuir 
musculeux;  11,39.  — Idem  des  morsures; 

II,  41.  — Idem  des  contusions  , II,  42. 
Cuisse.  Nerfs  de  la  cuisse,  293.  — Os  de  la 

cuisse;  294.  — Muscles  qui  meuvent  la 
cuisse  ; 297.  — Pronostic  des  plaies  des 
cuisses;  433  ; II , 120.  — Traitement  ; II  , 
120.  — Fracture  de  la  cuisseau  milieu  de 
l’os;  Il  , 321.  — Pronostic  des  fractures 
de  cuisse;  II,  326. — Histoire  d’une 
espèce  de  chenil  le  engendrée  dans  la  cuisse 
d'un  homme;  III,  35.  — Douleurs  des 
cuisses  des  fébricitants;  III , 186. 

Cuivre.  Vertus  et  usage  des  eaux  cuivreuses; 

III,  597. 

Curette.  Figure  d'une  curette  pour  l’exlrac- 
tion  de  la  pierre  ; II , 487. 

D 

Dalechamps.  Hommage  par  lui  rendu  à 
A.  Paré;  Int.,  ccl.xxiv.  — Sa  théorie  du 
spasme  ; H,  29. 

Damien  (Pierre)  fixe  d’une  manière  à peu 
près  certaine  l’époque  de  Garioponlus; 
Int.,  xxi. 

Danse  cause  d’avortement  ; II,  624,  714. 
Danvii.liers.  Voyage  d’A.  Paré  à Danvilliers, 
III,  698. 

Dards.  Diverses  espèces  de  dards  ; 11,  283. 

— Figures  de  ces  différents  dards  ; II,  184. 
Dartres.  Causes  et  pronostic  des  dartres  ; 

II,  597.  — Signes  et  traitement;  II,  597  ; 

III,  282,  609. 

Dauphins.  Les  dauphins  sautant  présagent 
la  pluie;  III,  738. 

David.  Sa  statue  d’A.  Paré;  III,  xxm.  — 
Description  de  cette  statue;  III,  xxv. 
Davier.  Figure  d’un  davier  pour  extraire 
les  dents;  II,  452.  — Recherche  sur  cet 
instrument  et  sur  l’orthographe  de  son 
nom;  II,  453. 

Décadence  de  la  chirurgie  en  Italie  au  x\r 
siècle  ; Int.,  exciv. 

Déchaussoirs.  Figures  de  deux  déchaussoirs 
pour  déchausser  les  dents  ; II,  452. 
Décoction  pour  les  tumeurs  du  genou  ; 422. 
— Pour  résoudre  les  ventosités  de  la  ma- 
trice tombée  ; II,  744.  — Contre  la  goutle 
causée  de  pituite  ; III,  236. 

Décrépitude.  Tableau  delà  décrépitude  ; 37. 
Déglutition.  Cause  et  remède  de  la  diffi- 
culté d’avaler;  symptomatique  des  fièvres; 
III,  194. 

Degrés. Institution  des  degrésâMontpellier, 
Salerne  et  Paris;  Int.,  xxix. 

Délire.  Définition  du  délire  comine  acci- 
dent des  plaies  ; causes  ; traitement  ; 461 . 
— Délire  essentiel  et  symptomatique  ; III, 
1S9.  — Délire  symptomatique  de  la  lè- 
pre; III,  278. 

Délivrance.  Voyez  Arri'ere-faix. 


TABLE 


822 

Deltoïde;  249. 

Démangeaison.  Voyez  Prurit. 

P mons.  |)Ç»  démons  qui  habitent  les  mines; 
III.  66.  — Comment  le»  dé"  us  peuvent 
il  us  dece  uii  ; III,  57.  — S >es  démons 
a > a ri  1 coinmeice  avec  le-  lemmesicu- 
vei'ten^en  uer;  III.  58,  59.Voye  Diables. 
Deneux  (M  ).  Analise  de  la  pa  lie  hisimi- 
q ne  de  son  émuire  sur  les  bouts  de 
sein  et  mamelons  a tificicls  II , 593. 
Dentifrices;  II,  455. —Ce  que  c’est;  cnm- 
position;  ingrédients;  modèles  dixer»;  III, 
591.  — Usage;  III,  592. 

Dentiste.  Gualier  b y H',  auteur  du  premier 
ou  > rage  spéma  ement  consacré  à l'art  du 

dem  'Ste;  Int,,  ÇÇVII. 

Dents.  Leur  nombre,  leurs  noms  et  fonc- 
tion»; 231.  — En  quoi  elles  difle  eut  des 
autres  os;  du  sentiment  qui  leur  appar- 
tient;  232. — Leur  influence  sur  la  pa- 
role; 232,  233.  — Ligatme  des  dents;  II, 
307. — Violence  des  maux  de  dénis; 
exemple  de  cebe  violence;  II,  443. — Cau- 
ses ei  signes  de  la  douleur  des  dent»; 
II,  444.  — Remèdes  sédatifs;  II,  445.  — 
Branlement  de  dénis  ; ses  causes;  Il  448. 
— Raffermissement  et  r implanta  ion 
des  dénis  ébianlécs-ou  arrachées  ; carie 
des  dents  et  moyen  de  l’airêler;  IL  449. 
— Cause»  pour  lesquelles  on  arrache  le» 
dents;  précautions  générales  à prendre 
dans  cette  exliacl'Oii  ; causes  et  tru'ti* 
ment  de  la  congélation  de.-  dept-  ; 11,  451 . 
— Ma  ière  d’ai  cac  her  les  dents;  II,  452. 
— Soins  qui  ''one  t suivre  l'extraction 
des  dems;  moyens  d’en  ever  la  ■ onillure 
des  dénis;  11,  454. — I lent  de  ies  conserver 
soin  es  ; II,  455. — La  >•«  ie  les  dents  leml 
1 nale  ne  féli  le  ; II,  G00. — De*  dents  a tifi- 
cielles  et  de  la  manière  de  les  adapter  ; II, 
GOG.  — Figures  de  dems  arl  flcielles ; II, 
607.  — Epoque  de  la  dentition;  II,  694, 
79G.  — Symptômes  et  moyens  sédatif  ; 

II,  797. — Incision  des  gencives;  II,  799, 

— Exemple  de  dentition  nouvelle;  III, 
41.  — Pi  étendus  remèdes  contre  les  maux 
dedents;  III.  65. — Etat  des  dents  chez 
les  )é,>reiu  ; lll,  270. — Poud  e«  oenii- 
f'ires;  lll,  591.  92.  — Rou  èdes  pour 

blanclnr  et  affermir  les  dent»;  lll,  610. 
— Vertus  attribuées  aux  dents  de  lamie; 

III, 777. 

Dépilatoires  ; III,  G12. 

Drrme.  Ce  que  c’est;  117.  r—  Son  utilité; 
118. 

Desault.  Guerre  qu’il  fait  aux  fanons  ; II, 
290,  291. 

Descente;  lit,  209. 

Désespoir. Son  influence surla  flèvpe;  III  85. 
Désirs.  Théorie  d' s désirs  chai  net»  ; II,  039. 
Détersifs  (médicaments' ; lll,  542. 

Dettes,  Le  médecin  pouistiivi  pour  dettes 
démit  iou  nir  1 au' ion  aux  termes  des 
lois  des  WRigoih*;  Int.,  xvu. 

Devaux.  Ce  qu'il  dit  des  qna  re  maîtres; 
Int.,  xxxv. — Sa  biographie  de  Pilard;  Jnl., 

XLIX. 


Dkzeimeris  (WD.  Son  interprétation  de  la 
doctrine  d’A.  Parésurles  anévrisme*; 372. 
— Son  opin  on  *ur  le  Paniei/iii  et  sur  le 
Liber  semions  ■ III,  jv  — .sur  le  Ijvie  de 
Gilbei  l l’anglais  ; III , v. 

Diabètes.  b>  li  tirni  du  diabètes;  11,510; 
lit,  202  — Causes , signes  ; II,  5tl  ; III, 
202.  — Pronostic  et  tr-.i  ement;  II,  5i2. 

Diables,  Leur  puissance;  Jtl,  53,  54,  — 
Preuves  historiques  de  leur  exi.-tence ; III, 
54.  — Noms  divers  des  diable-;  lll,  55. 
— Diable  de  mer;  II l,  772. 

Diagnostic  de  la  fièvre;  III,  79.—  Des 
plaies;  III,  652. 

Diaire  fièvre  ; lll,  88. 

Diaphragme.  De-crplion  anatomique  du 
diaphragme;  184.  — Symptôme-  des  bles- 
sures du  diaphragme;  II,  95  ; III,  653.  — 
Fxemp.es  de  hernies  diaphragmatiques; 

II,  95. 

Diarrhée.  Symptômes  du  flux  diarrhéique  ; 

III,  449. 

Diari  urose;  313,  316. 

Dia-tole.  Ce  que  c'est;  192. 

Dictamr.  Par  qui  non  - a été  enseignée  Fu- 
tilité de  ce  te  herbe;  19;  III,  736. 

Diète.  Définition  ; lll,  84. 

DiÉTÉTiqUE  Ce  que  c’est  ; 23. 

Dieu.  Sur  sa  nature  et  son  incompréhensi- 
bilité  ; U 053- — Des  monstres  qui  ont 
pour  cause  la  gloire  ou  la  colère  de  Dieu; 
DI  3.  — Dieu  est  la  cause  des  cau-es 
moyenne.-;  lit  353.—  ta  peste  est  le 
réoii  tut  du  courroux  de  Dieu  ; lll  364, — 
L'homme  est  de  tous  les  être»  créé-  le 
seul  qui  ait  la  coiuiais-ance  de  Dieu  ; 1 II, 
764. 

Difformités;  81.  — Difformités  résultant 
•111  vi  ns  a tliri  tique  ; III,  220. 

Digestif  (médicament);  336. 

Dilatatoire.  Figure  d’un  dilaUloire  pour 
ouvrir  la  bouche;  447.  — Fj^ue  de  deux 
dilatatoires  pour  f cili'er  l’exlrai  t ou  des 
corps  étrangers;  II,  lôl.  — Figure  d’un 
ddata'oire  cave;  II,  (88.  — Figure  d’un 
dilatatoire  pour  ouvrir  la  bouche;  II, 
237.  — F'gure  d un  dilatatoire  ouvert  et 
fermé  pour  la  vessie;  II,  484. 

Diomède  Ronardu»,  traducteur  de  Galien; 
mi.,  ex. 

DiploÉ;  210. 

Dissection.  Principes  de  dissection;  1)4, 

1 16.  — Dissecti  'O  du  thorax  ; 177.  — De 
ta  tète;  206. — Du  muscle  large;  233. 

Distillation.  Définition;  III,  614.  — Dif- 
férentes manières  de  distiller;  III,  615. 

— Formes  oes  fourneaux  à distiller  ; lll, 
615,  616.  — Quels  * ni  les  vases  propres 
p ur  di-t  lier  ; III  616.  — Précautions 
diverses  qu’exigent  les  opération-  de  di  - 
tillali  n;  lit,  617.  — D ns  quels  vases  il 
laut  distiller  les  eaux;  lll,  618. — Ver- 
lus  de-  eaux  distillées  ; lll.  6 9.  — Pré- 
par  lion  'ies  matières  a distiller;  I I,  620. 

— I)  st'llal  on  ue  l’eau  ne  rose,  de  l'eau 
al i m n euse;  lit,  621.  — Di-n  I a 1 i < > n 
d’eau  purgative  et  pour  embellir  la  face; 


ANALYTIQUE. 


III,  622.  — Manière  de  distiller  l’eau-de- 
vie;  III,  623.—  Manière  de  rectifier  les 
eaux  distillées  ; manière  de  di»t  lier  avec 
le  fi  ire,  111,  624. — «anière  de  iii>iiller 
les  huile»  ; III,  626  637.  — Manière  d’ex- 
tra 1 re  I hune  des  résine»,  g rnmes  et 
bois;  III,  630,  631  — Manière  défaire 
l’huile  de  vitiiol  ; III,  633.  — Distillation 
des  huiles,  des  fleurs,  di  s sels  ; III,  637. — 
Des  ns,  de»  bni»,  racines,  coquilles,  grai- 
ne», minéraux,  gommes  et  gra  sses;  énu- 
mération des  vasesservanl  à distiller;  III, 
638. 

DisTvciiitsis.  Ce  que  c’est;  II,  416. 

Diurétiques  mé  licamenl  ).  Quand  il  con- 
vien  de  les  emnloyerconti e le»  réL  n ions 
o’urine;  II,  608.  — Formules  de  diverses 
poli  dis  diureiiques  ; 11,  508,  6 9.  — Em- 
ploi des  diu. étiques  naos  le  traitement 
de  la  goutte;  III,  226. 

Docteur.  P(  entier  exemple  de  ce  liire;  xxxiv. 

Dnicrs.  De  cripimn  des  doigt»;  271.  — Os 
des  d 'gis;  283  — Muscles  extenseurs 
lies  doigt»;  285.  — Mit  clcs  fléchisseurs 
des  do  g » . 287  — Situation  qu  il  faut 
d nner  aux  duigt  Dles  e» ; II,  1 20.  — Brû- 
lures de»  doigts  ; II,  20». — Luxations  des 
do  gt»,  et  m yen  de  les  réduire;  II,  386. 
Do  gt»  superll  s;  a 'hérenees  e»  doigt»; 
cure  de  ivs  deux  infinnjl  s;  II,  456.  — 
Moyen  pour  enir  droits  les  d igt»  dont  les 
tendons  sont  coupés  ; 11,  613  — Traite»- 
nte ■ 1 1 oes  cootu  ions  de»  doigt»  ; lll  486. 

DoRYcniuM-  Acci  lents  qu’il  cause,  et  contre- 
poison ; lll,  335. 

Dos.  .Moyen  d empêcher  le  dos  de  s ulcérer  ; 
II  336  — Luxaii  n des  ver  èhi es  du  dos, 
11,36*2.  — Les  pelii»  enfmt»  doivent  èli e 
couch  s sur  le  dos;  II,  690.  — Corps 
è.  ranger  du  dos  ; lit,  29. 

Douleur.  (/est  le  plus  fréquent  et  le  plus 
importun  symptôme  de  la  fièvre  ; lll,  1»4. 
— Définition  ue  la  d uleur  ; III.  647. 

Dkach  (B  irthélemy  de).  C e»t  sur  ses  comp- 
tes qu  on  trouve  la  première  mention  des 
armes  à leu  ; Int.,  lxix. 

Drachme;  111,652. 

Dragonneaux  ; 82. — Opinion»  de  Galien, 
de  Paul  l’Egioe,  d’Avicenne  ei  d Aé  i us 
sur  celte  malaiPe;  424.  — Opinion  ne 
fihvsè»,  de  Soran«s,  de  M mar.lu-.oeGor- 
nus;  426.  — M ms  divers  qui  mi  ont 
été  do  mes;  iccher' lie»  d<*  D -dechamps  ; 
réiuiaii'  n des  .(pilions  cjiée>  ; 426.  — 
Docir  ne  de  I auteur  ; 427. 

Dragons.  Comment  ils  attaquent  les  élé— 
pli  .|its;  lll,  753. 

Dr am ( Uns  ; Int.,  clxxi. 

Dreux.  Vo.age  d’A.  P .rc  à Dreux  ; III,  724. 

Drvanoer  amdomisle  al  emand  ; Int.,  ccvn. 

Duodénum  ; 139. 

Dure  mère.  Anatomie  de  la  dure-mèie;  21 1. 
— Sjin  athie  d'  I . duie-mère  et  de» 
autres  meuioranes;  206. — Cuie  des  ac- 
cidents qui  advieiineut  à la  dme-mè  e; 
II,  46.  — Enumération  de  ce»  accidents; 
II,  48.  — Incision  de  la  dure-mère  pour 


823 

donner  issue  à la  matière  épanchée;  II, 
48  72. 

Duret.  Son  opinion  sur  la  corne  de  licorne  ; 
III  608. 

Duvervev  De»1  ription  des  fanons  employés 
par  lui  ; II,  29  >. 

Dynamidies  de  Gariopnntus;  Int.,  xxi. 

Dvsderis,  e»pèce  d’araignée;  III,  326. 

Dysenterie.  Causes  et  symptômes  du  flux 
disentèi ique ; III  449. 

Dyspnée. Caractères  et  trai'ement  de  la  dys- 
pnée symptomatique;  III,  193.  196. 

Dysurie.  Traitement  de  la  dysurie  ; II,  513. 

£ 

Eau.  — Scs  qualités  premières  ; 32.  — Ses 
qualités  secondes  ; 33.  — Du  liaitement 
des  plaies  par  l'eau  pure;  97,  438. — Opi- 
nion de  Alaianus  sur  I usage  de  l’eau 
comme  boisson;  II,  493.  — Horreur  des 
enragé»  pour  I »au  ; III,  307. — Action  des 
eaux  croupissantes  sur  les  qualités  de 
l’air;  III  357.  — Quelle  est  l’eau  qu’il 
faut  boire  eu  temps  de  pe-te;  lll,  368.  — 
Des  divers  degrés  de  boulé  ne  l’eau  ; III, 
403. — Al  diiaïueuls  lues  de  i’(  au  ; lll, 
622  — Vei  lus  et  usages  des  eaux  su I ti- 
reuses, alumineuses  , nitreuses,  bitumi- 
neuses, cuivreuses,  ferrugineuses,  plom- 
bées, cl  gypseu  e»;  III,  697. — Eaux  oiver- 
se.s  emp  oyces  en  médecine;  lll,  636.  — 
Vertus  des  e^ux  distillées;  lll,  610. — Ala- 
uièies  (le  distiller  les  eaux;  lll,  G2i. 

Eau  de  cannelle  souveraine  coutieles  mala- 
dies froides  ; III,  629. 

Eau-de-vie.  Vertus  de  l'eau-de-vie,  manière 
de  la  distiller;  lll,  623. 

Eau  foie.  Son  action  sur  l'économie  ani- 
male, et  contre-poison;  III,  343. 

Eaux  pour  les  dartres;  II,  507.  — Eau  Ihé- 
riacale  ; II,  599,  600. — E.iu  pour  cautéri- 
ser les  venues;  II,  787.—  Eaux  cordiales 
contre  la  pesle  ; III,  368.  — Eau  preserva- 
live  de  la  pesle;  III  . 380.  — Eaux  pour 
effacer  les  rides  et  blanchir  la  peau  ; III, 
604,  606.  — Contre  la  goutte  rose;  III . 
607.  608.  — Conire  les  pustule» ; lll,  6n8. 
— Pour  blanchir  ci  affermir  les  dents  ; lll, 
610. — Pour  noirci*  le  poil;  III.  Cil.— 
Poui  le  faire  F miter;  lll  612,  613. 

Eblouissement.  E 1 un  .*ymptôme  assez  or- 
dinaire 'ie  la  fièvre  ; III,  192. 

Ebranlement.  V.  Commotion. 

Ecchymose.  Définit  on  ; II,  195  ; III,  485. — 
T, ait <- inen l ; il,  199.  111,485. 

Eclaire.  Pur  qui  nous  a é'é  enseignée  l’uti- 
lité de  cette  herbe  ; 19  ; III , 796. 

Ecpiesme.  Ce  que  c’est  ; II,  4 1 4 . 

Ecrevisses.  Emploi  de  la  poudre  d’écrevis- 
ses brûlées  dans  le  traitement  du  chancre; 
368.  — Comre  la  r>ge;  111,311.  — Conire 
le  charbon  ; II  , 440. 

Ecrouelles.  Description  ; 34 1 , 352. — Causes; 
353.  — T- a ternent  médical;  354.—  Trai- 
tement hi(U(gical;365.— Casd  écrouebts; 
353,  355,  356. 


TABLE 


824 

Egtropion.  Procédés  d’Arculanus ; Int., 
Lxxxvm  ; III,  vi.  — Ce  que  c'esl  ; II,  415, 
420,  422. 

Edition.  Valeur  relative  des  diverses  édi- 
tions d’A.  Paré;  III,  1. — lin  mot  sur 
l'ordre  suivi  dans  l’arrangement  des  livres 
de  cette  édition  ; III , xvii. 

Educabilité  des  animaux  ; III,  750,  755. 

Effluxion.  Ce  que  cést  ; II,  713. 

Egvptiac.  Composition  de  l’onguent  égyp- 
liac  ; 336  ; III,  567. — Défense  de  l’on- 
guent égyptiac  dans  le  traitement  des 
plaies  d’urquebusps  ; II,  174. 

Egyptiens. Leurs  procédés  d’embaumement , 
III,  470,  475,476,  67 1. — Comment  ils  trai- 
taient leurs  morts  ; III,  670. 

Elan.  Inefficacité  du  pied  d’élan  ; III,  511. 

Elcosis.  Ce  que  c’est;  II,  417. 

Elf.ctuaire  contre  la  peste;  III,  513.  — Pré- 
servatif de  la  peste;  III,  369.  — Récapi- 
tulation des  élecluaires;  III,  637. 

Eléments.  Définition  et  nombre  des  élé- 
ments; 31.  — Leurs  qualités  premières, 
leurs  combinaisons  ; 32.  — Leurs  qualités 
secondes;  élémcnisdu  monde,  de  la  géné- 
ration et  du  corps;  33.  — Leur  propor- 
tion fait  les  tempéraments;  34. 

Eleotates.  Médecin  cité  par  Gariopontus, 
Int.,  xxv. 

Eléphant.  Inimitié  de  l’éléphant  et  du  rhi- 
nocéros; III,  501,  700.  — Description  de 
l’éléphant  de  mer  ; III,  502.  — Durée  de 
la  vie  de  l’éléphant;  III,  746  , 786.  — Sa 
force,  sa  grosseur,  usage  qu’en  faisaient 
les  Indiens  à la  guerre,  sou  intelligence; 
III,  748.  — Dévoiion  qu’on  lui  a attri- 
buée ; III,  748,  767.  — Sensibilité  des 
éléphants,  leur  zèle;  temps  de  la  gesta- 
tion, leur  douceur,  leur  pudeur,  leur  pru- 
dence, leur  rancune;  III,  749,  786. — Soin 
que  l’cléphanl  prend  de  ses  défenses  ; III, 
750.  — Guerre  que  font  les  dragons  à 
l’éléphant;  111,  753. — Son  antipathie  pour 
les  porcs,  les  rats  et  les  souris  ; III,  760. — 
Description  et  mœurs  des  éléphants;  III, 
785. 

Elepiiantiasis  ; 82. 

Elévatoires.  Figures  de  divers  élévatoires  ; 
II,  13,  15.  — Observation  sur  le  manie- 
ment de  l’élévatoire  ; II,  16. 

Elève.  Salaire  qu’accordaient  au  médecin 
les  lois  des  Wisigotbs  pour  l’instruction 
d’un  élève  ; Int.,  xvii. 

Evbarrure  «lu  crâne  ; II , 23.  — Traitement  ; 
II,  15. — Doctrine  et  pratique  de  Bérenger 
de  Carpi  ; II,  17. 

Embaumement.  Procédés  d’embaumement 
des  Egyptiens;  III,  470,  475,  476,  671. — 
Procèdes  des  Juifs,  des  Scythes  et  des 
Ethiopiens;  III,  476,  670.  — Motifs  des 
embaumements;  111  , 470,  476,  477,  479, 
670,  671.  — Procédé  suivi  et  conseil'é  par 
l’auteur  ; III,  672. 

Embula  ; 390. 

Embrocation.  Formule  d’embrocation  pour 
les  plaies  de  la  tète  ; II,  44.  — Définition  , 
lieux  où  se  font  les  embrocations  ; sub- 


stances qui  les  composent  ; exemple  d’em- 
brocation répercussive,  III,  577.  — Utilité 
des  embrocations  ; III , 57S. 

Embryon  Voy.  Fœtus. 

Emollients.  Topiques  émollienls  pour  les 
scirrhes  ; 361.  — Médicaments  émollients; 
III . 541. 

Empédoci.e.  Comment  il  délivra  la  Sicile  de 
la  peste  ; III  , 358. 

Emphysème  ; II , 201.  — Emphysème  consé- 
cutif des  fractures  des  côtes  ; II , 314.  — 
Emphysème  des  paupières;  II,  415. 

Empiriques  du  xve  siècle  ; Int.,  c.  — Ce  qui 
distingue  le  chirurgien  de  l’empiri- 
que; 88. 

Emplâtre.  Pour  le  phlegmon  vrai , 330, 331, 
333.  — Pour  les  tumeurs  aqueuses  et  ven- 
teuses, 345.  — Pour  les  loupes,  350. — 
Pour  les  écrouelles , 354.  — Pour  les  gan- 
glions , 357.  — Pour  les  scirrhes  ,361.  — 
Pour  les  chancres , 366. — Pour  les  contu- 
sions du  cuir  musculeux  ; II , 42 , 43.  — 
Pour  les  plaies  des  joues  ; II,  83.  — Pour 
les  plaies  du  thorax;  II,  99.  — Pour  les 
plaies  envenimées;  II  , 191.  — Pour  Ips 
contusions  nouvelles  et  anciennes  ; II,  199. 
— Pour  les  ecchymoses;  II,  291.  — Mé- 
dicaments emplastiques  applicables  après 
l’amputation  ; II , 226.  — Emplâtres  pour 
les  ulcères  putrides;  II,  254.  — Pour 
les  ulcères  chirouiens;  11,  257. — Pour 
redres-er  les  côtes  ; II , 313.  — Pour  aider 
à la  formation  du  cal;  II,  339,  344. — 
Pour  amollir  le  cal  difforme;  II,  345.  — 
Pour  l’atrophie  des  membres  ; Il , 402.  — 
Traitement  de  la  vérole  par  les  emplâ- 
tres; II,  547.— Leurs  effets;  II,  548,  549. 
— Où,  comment  et  pendant  combien  de 
temps  ils  doivent  être  appliqués;  II,  548. 
— Emplâtres  pour  les  exostoses  vénérien- 
nes; II,  579.  — Emplâtres  catagmali- 
ques;  Il , 583.  — Pour  détourner  le  lait 
des  mamelles;  II,  709. — Contre  l'avorte- 
ment ; II , 7 1 6.  — Contre  les  suffocations 
de  la  matrice;  II,  759.  — Contrela  goutte 
causée  de  pituite;  III , 237,239.  — Contre 
la  goutte  provenant  d’humeur  choléri- 
que ; III , 244.  — Pour  fortifier  les  join- 
tures ; III,  246.  — Pour  les  nœuds  des 
jointures;  III,  248.  — Contre  la  goutte 
sciatique;  III,  252,  254. — Pour  les  ec- 
chymoses; III,  486.— Répercussifs;  III, 
535.  — Attractifs;  III  , 537.  — Résolu- 
tifs ; III,  538.—  Suppuratifs  ; III , 540.  — 
Emollients  ; III , 541.  — Sarcotiques  ; III , 
544.  — Epulotiques  ; III , 545.  — Défini- 
tion des  emplâtres,  différences,  ingré- 
dients , manière  de  les  faire;  III , 569.  — 
Composition  de  l’emplâtre  de  Vigo  cum 
tnercurio  ; Ul , 571.  — Des  emplâtres  de 
graliâ  Dei  , de  januâ  ; III  , 572.  — Oxy- 
croceum  , de  cerussa  nigrum  , palmeum  , 
contra  rupluram;  III , 573.  — De  rnucagi- 
nibus  , de  minio  , diachylon  magnum  ; III , 
574.  — Utilité  des  emplâtres  ; III,  574. 
Empoisonnement.  Cas  de  mort  par  le  char- 
bon pestilentiel  prise  pour  un  empoison- 


ANALYTIQUE.  8q5 


tiement  ; III , 438.  — Signes  d’empoison- 
nement  par  la  salamandre  et  l’orpin  avec 
leurs  antidotes  ; III , 6G1 . Voyez  Poisons  et 
P en  ins. 

Emprosthotonos.  Ce  que  c’est,  443. 

Empyème.  Causes  de  l’empyème,  391 . — Entre 
quelles  côtes  doit  etre  laite  la  section  , 392. 
— Guérison  spontanée  ; indices  , 393.  — 
Dangers  du  traitement  prescrit  par  Paul 
d’Egine,  Albucasis  et  Celse  ; III,  684. 

Empyreume.  Ce  que  c’est;  II,  202,  203,  228. 

Enartiirose,  313,  316. 

Encanthis.  Ce  que  c'est  ; II,  4)9. 

Encauma.  Ce  que  c’est  ; II,  417. 

Encens.  Description  de  l’arbre  qui  porte 
l’encens;  III , 632.  — Propriétés  de  l’en- 
cens ; III,  633. 

Enclphalocèlb.  Exemple  d'encéphalocèle 
probable  ; III , 7. 

Encyclopédie.  P, an  d’une  encyclopédie  chi- 
rurgicale ; Int.,  VI. 

Endémie.  Ce  que  c’est;  III,  350. 

Enfant.  Aliments  qui  conviennent  aux  en- 
fants, 69  — Les  enfants  se  purgent  par  les 
évacuations  nasales,  74.—  Réduction  des 
hernies  des  petits  enfants,  405.  — Enfon- 
cement du  crâne  chez  les  enfants;  II,  12. 
— Des  aphthes  chez  les  petits  enfants;  II, 
261 . — Fréquence  de  la  pierre  chez  les  en- 
fants; II,  461.  — Manière  d’extraire  par 
incision  les  pierres  de  la  vessie  des  entants 
mâles;  II  , 475.  — Quand  il  faut  saigner 
les  enfants;  II,  520.  — Transmission  du 
virus  vénérien  de  l’enfant  à la  nourrice  , 
et  réciproquement;  II,  529. — Traitement 
des  enfants  atteint  de  vérole;  II,  59S.— 
Symptômes  indiquant  que  l'enTant  est 
mort  dans  le  ventre  de  la  mère  ; II , 626, 
696.  — Manière  d’extraire  les  enfants  tant 
morts  que  vivants  : version  par  les  pieds; 
II,  623,  628,629,  702  — Manière  d’extraire 
l’enfant  vivant  hors  de  la  matrice  de  la 
mère  morte  ; II,  631, 716. — Quand  l’enfant 
commence  a remuer;  II,  652. — Comment 
l’enfantà  terme  s’efforce  de  sortir  du  ventre 
de  sa  mère;  II,  664.  — Positions  diverses 
de  l'enfant  au  ventre  de  la  mère  ; II , 669. 
— Figures  de  ces  positions;  II , 670  , 671. 
— Soins  a donner  à l'enfant  aussitôt  après 
sa  naissance;  II.  676. — Penchant  des  en- 
fants pour  ce  qui  est  joli  et  brillant;  II , 
687.  — Comment  il  faut  placer  l’enfant 
dans  son  berceau  ; II,  689.  — Les  nourri- 
ces ont  quatre  moyens  d’apaiser  les  cris 
des  enfants;  II,  693.  — Epoque  à laquelle 
il  faut  sevrer  les  enfants;  II,  694. — Théo- 
rie de  la  respiration  intra-utérine  ; 11,717. 
— Tumeurs  du  nombril  chez  les  enfants  ; 

II,  795.  — Enfant  engendré  d’une  femme 
et  d’un  chien  ; III , 43. — Les  enfants  sont 
sujets  aux  vers  ; III,  266,  268. — aux  poux  ; 

III,  270. — Dangers  de  laisser  coucher  des 
chats  dans  le  berceau  des  enfants;  III  , 
334.  — Les  petits  enfants  sont  exposés  à 
être  atteints  de  la  peste;  III,  389.  — Trai- 
tement des  enfants  pestiférés  ; III,  455-. — 
Signes  indiquant  qu’un  enfant  a été  étouffé; 
III,  658.  Voyez  fœtus. 


Enfantement.  Influence  de  l’enfantement 
sur  la  grandeur  de  la  matrice,  164. 
Enfle-boeuf;  III,  329,  365. 

Enfonçure  du  crâne;  II  2,  3,  12. — Traite- 
ment; II,  15.— Doctrine  et  pratique  de  Bé- 
renger de  Carpi  ; II,  17,  295.— Enfonçures 
du  sternum;  II.  311,  367.— Des  côtes  sans 
fractures  ; II , 312. 

Enseignement.  Ses  ressources  au  xue  siècle; 
Int.,  xxvii.  — Enseignement  de  la  chi- 
rurgie au  xme  siècle  ; Int. , xxvii  , xxix.  — 
Liberté  de  renseignement  jusqu’au  xiif 
siècle;  monopole  d’enseignement  que  s'ar- 
rogent quelques  maîtres  à Montpellier; 
Int.,  xxix. — Règlements  relatifs  à l’ensei- 
gnement de  la  médecine  en  Italie  ; Int.  , 
xxx. 

Entendement.  Voyez  Baison. 

Entérocèle.  Ce  que  c’est , 404;  II  , 796.  — 
Signes,  404. 

Entéro-épiplocèle.  Ce  que  c’est,  404. 
Entorse.  Traitement  des  entorses  ; III,  487. 
Entre-fesson.  Ce  que  c’est,  161. 

Entortillé.  Du  muscle  entortillé  , 262. 
Epacmastique  (Fièvre  synoqne);  III,  95. 
Epanastasis  nYMENON;  II,  417. 

Epanastema  ociithodes.  Ce  que  c’est;  II, 
416,  417. 

Epanchement.  Signes  d’un  épanchement  de 
sang  dans  le  thorax  ; II,  96.  — Traitement 
des  plaies  du  thorax  avec  épanchement  de 
sang;  II,  100.— Causes  ries  épanchements 
de  sang  ; II  , 194.  — Moyens  de  prévenir 
l’épanchement  du  sang  dans  le  scrotum 
après  la  taille  ; II,  491 , 492. 

Epaule.  Situation  qu’il  faut  donner  aux 
plaies  de  l’épaule;  II,  1 19.  — Comment  se 
font  les  luxations  de  l'épaule:  luxations 
en  la  partie  inférieure;  II,  368. — Manière 
de  les  réduire  avec  le  poing  ou  les  doigts 
joints  ensemble  ; II,  369.— Avec  le  mouffle; 
II , 370.  — Avec  le  talon;  II  , 371. — Avec 
l’épaule  mise  sous  l’aisselle  ; avec  un  bâton 
ou  courge  ; II,  372.  — Avec  une  échelle  ; 
II,  373,  374. — Sur  une  porte  ; avec  Yarnbes 
pur  d’Hippocrate  ; II,  375.  — Avec  l’ambi  ; 
II , 376,  377.  — Luxation  en  la  partie  an- 
térieure ; II , 377.  — Sa  rareté,  ses  signes, 
sa  réduction;  II,  378.  — Luxation  en  la 
partie  extérieure,  sa  rareté,  ses  signes;  II, 
378.— Sa  réduction  ; II,  379.— Luxation  en 
la  partie  supérieure;  sa  réduction  : II,  379. 
Epaulière.  Figure  de  deux  épaulières  , 408 , 
409. 

Epée.  Sorte  de  conducteur  ; II , 484.  — His- 
toire d’une  pointe  d’épée  rejetée  par  l’anus 
après  douze  jours  de  séjour;  III,  39. 
Epervier.  Effroi  que  lui  inspire  la  créce- 
relle; III,  761. 

Ephémère  (Fièvre)  ; III,  88,  116,  117,  166. 
F.pi.  Histoire  d’un  épi  chassé  spontanément 
du  corps  après  un  séjour  assez  long  ; III,  39. 
Epiales  (Fièvres);  III,  80,  143. 

Epicauma.  Ce  que  c’est  ; II,  259,  417. 
Epicure.  Sa  secte  est  la  seule,  au  dire  de 
saint  Augustin , qui  n’ait  pas  porté  de 
peine  contre  les  sorciers;  III,  56. 


826 


TABLE 


Epidaure.  Usage  fait  par  Hippocrate  des  ta- 
bo  aux  d EpHanre,  i9 

Epidémie;  111,  351 , 352. 

Epiderme.  Ce  que  c’est , 116.  — Son  utilité , 
117. 

Epididymis  Ci*  que  c’est,  155,  156,  163. 

Epigastre.  Alu>cles  de  Tepi^a-ue , j 59.  — 
Plaie»  de  réi'igasire;  1 1 , 104. — Traitement 
de»  plaies  simples  de  l’epig  sire;  U,  106. 
— Idem,  de-  plaies  profonde-  ; 11,  107. 

Epiglotte.  Anatomie  de  iVpig  otle,  257. 

Epilepsie.  Description  de  répilep-ie,  211  ; 

II,  80,  753.  — Heré  .ilé  de  cetl  ma  uùic; 
lit,  28.  — Simili, itiou  de  l’épnepsie;  lit, 
52.  —Renié  .e  de  vieille  Cun  re  l’epilepsie  ; 

III,  65. 

Epine.  A ta to  nie  de  l’épine  d ir-ale,227,260  ; 
11!  , 36d,.  — Son  u ili'é  , 261 . — Luxai  ons 
intérieure-  et  ex  éneures  de  l’cpine  dor- 
sa  e : m inlère  e réduire  a I ixa  ion  exté- 
rieure ; Il , 363.  — Prono-lie  des  luxati  ns 
de  I’  pi  ne  ; 11,  366. — Déviation-  de  lYp  11e 
dorsale  et  moyens  de  les  rediesser;  II, 
611. 

Epineux  ( Muscle) , 264. 

Epinvctis.  Ce  ip  e c’esl  ; 11,  4 1 9. 

Epipephïcos.  i.e  que  c’est,  2 i7. 

Epipiivses.  Anatomie  des  épiphy-es  du  cœur, 
190  192,  — Disjouc  ion  des  epiphyse»  des 
os  ; (1, 326,  327. 

Epipimra.  Ce  q e c’e-t  ; II , 4 14. 

Epiplocèle.  Ce  nue  r’i  si , 1 35,  4o4  ; III  796. 
— Signe-,  404  , 414. — Causes  et  traiu- 
ne  t , 4 1 4 

Epiploon  135. 

Epitiieme.  Applicable  dans  les  cas  de  mor- 
sures;  Il , 41.  — l o litiaoi  ; II,  11,7. — Pour 
D gangrène;  II,  21  s.  — Applicable  après 
l’auipu  a ion  ; II,  234.  — Contre  la  pcsle  ; 
III , 374.  — Pour  les  pestiférés  ; III,  409. — 
« e quec  esl  qu’unépith  me;comp  silion; 
exemple  d'épitlième  pour  le  cœur  ; III,  578. 
— Usage  des  ép'liièmes,  manièie  de  les 
appliquer  ; . II , 579. 

Epulih  s.  Détioiiion  et  traitement  de  ces  tu- 
meur- 381. 

Epulotique-  ( Médicaments);  III,  544. 

Era-jstrate.  Comment  il  l'utr  compensé  par 
Ptolémée,  21.  — Son  opinion  sur  ia  para- 
centèse, 397. 

Errata  lit,  xv,  xvi , xvu. 

Erratique  Fœvr  ).  Ses  eau-ps;  II,  383. 

Erriiine.  Pour  les  ulcères  des  oreil  es  ; Il  , 
263.  — Ce  que  c’est;  lit , 586.  — Variétés, 
ingrédients,  exemples;  III-  587,  58S. — 
U-uge  , manière  de  ie-  piendre  ; III , 588. 

Eructation.  Causes,  pronosiic et  traitement; 
lit  , 416. 

Erysipèle.  Descrip'ion  , vaiiétés,  signes  et 
causes  de  l’érysipèle,  32n,  337;  II,  27. — 
Termina  s ns  ei  cure,  338;  II,  28. 

Erytroïs.  Ce  que  cest.  155,  163. 

Escarotiques  ( éd  came  ds  ; III,  433,  547. 

Esgulape,  dieu  de  la  métecine,  18. 

Espagne.  Le-  médecins  ar.bcs  y transpor- 
tent leurs  lumière-;  In.,  xix.  — Ecoles 
d’Espagne;  Int.,  xxviu.  — Etat  de  la  chi- 


rurgie en  Espagne  au  xvt*  siècle  ; Int. , 

CCLXXXV. 

E péraace.  Son  influence  surles  maladpg,  18. 

Esprit.  Définition,  58;  Il , 655,  656.— Trois 
sones  d’e»prils  : espri  animal,  58. — E prit 
vital , esprit  naturel  ; 59. — Importance  ne 
la  c nnais  ance  des  esprits;  60 

Esprit-de  vin.  Alanière  de  distiller  l’esprit- 
oe-vin  ; III , 623. 

Esquilles.  Exlia  lion  des  esquilles  enfon- 
cée- ; 11  15,  is.  — Extr  c ion  des  esquil- 

les oubl  ées  dans  les  plaies  par  barque- 
buses  ; 11  , 100. — Il  vaut  m eux  que  le* 
esquilles  tombent  naturellement  q e par 
médicaments  ou  instruments  ; Il  592. 

Esquinancie.  D üirtio  et  variétés  de  l’es— 
qumancie ; 386.  — Causes,  -ignés  termi- 
naisons, régime;  387.  — T alternent  mé- 
dical , operation  ; 38, s.—  Où  doit  être  faite 
la  -.ligime  dans  les  cas  u’e  quiuancie;  II, 
520. 

Estiiiomène  Ce  que  c’est , 320  ; II , 211. 

Estomac.  IL  s liption  de  l’esiomac,  137. — 
Pi o osPc  es  plaies  de  l e tomac,  433  ; II, 
105.  — sign-  s de»  ble-sme-  de  i’e-iomac; 
II,in5;lll  654.  — Traitement;  Il  109. 
— Ul  cres  de  l’es  1 mac;  II,  264.  — l)an- 
ger  de  lion  sener  lYs'omae;  I , 293. — 
Excaémeols  de  I e-t  m ie  ; Il , 662.  — D u- 
lenr-  q’e.-lomac  di  s f<  briciian  s ; III,  1 85. 

Eté.  Tempérament  de  Tété  38.  — Aliments 
d"iil  il  fau  user  dans  celle  saison  , 69. 

Eternuement.  Comme  moyen  de  faciti  er 
Taci  ouclu  menl  ; 11 , 628, 676.  — Causes  oe 
Té  ernui-menl  et  moyen  de  le  proiuquer; 
lit,  445. 

E'ihmoïdk.  Description  de  Tetlimoïde  , 209. 

E-j iiiopiENS.  Procédés  o’embauuieinent  usités 
chez,  les  Ethiopiens;  III  , 476,  670 

Etienne  le  phi  osophe  ira  uil  le  grand  traité 
d’Ali-Ahbas;  tnt.,  xxvi. 

Etna  Description  de  TE  na,  historique  de 
ses  éruptions  ; lit , 792. 

Etoiles  ; Itl , 789. 

Etouffement.  Signes  indiquant  qu’un  en- 
tant a éié  élouirA  ; lit,  658. 

Etuve.  Figure  n’une  étuve  en  fer  avec  son 
carreau  et  son  couveiclc;  III  , 542.  — Ce 
que  c’e-l  qu'une  luve;  111,601.  — Eû- 
tes -èches,  éiuves  humides,  figure  d'une 
cuve  à double  fond  avec  ses  tuy  ux  et 
chauiiière  pour  les  étuves  humides;  III, 
602. 

Eunuques.  Cara  tère  des  eunuques;  414. 

Evacuati  ns.  Deux  espèces  d’evacua  ions, 
géué  ales  et  p.irliculierr  s ; 73. — Légitimes 
et  illégitimes  ; voies  diverses  d’év  œuaiion, 
74.  — Points  à considérer  dan»  les  évacua- 
tions , 75. 

Evanouissement.  Traiiement  de  l év  mouis- 
seineiu  résultant  d’un  Double  menstruel  ; 
lt,  783. 

Evêque,  .lions' re  marin  ressemblant  à un 
éveque;  lit , 771. 

Examen.  Comme  l se  passaient  les  examens 
dans  la  comrérie  de  St-Come  ; Int.,  cxxxn, 
cxn. 


ANALYTIQUE. 


Excréments.  Enumération  des  excréments 
naturels  ; II , 661 . — Leur  rétention  est  une 
cau*e  d fièvie;  III,  7%  85. 

Exercice.  Ses  effets,  qu  nd , combien  et 
quelle  sorte  il  cxei  cice  il  faut  pren  re;70. 
— L'exercice  endurci i la  graisse;  1 2 1 . — 
L’exercice  immodéié  cause  >a  goutte  ; III, 
214.  — U.ililé  de  l’cxe  cice  modéré  pour 
les  goût  eux  ; III,  231. — Dange  s descxei- 
c ces  violents  en  temps  île  peste;  III,  367, 
376.  — L’exercice  doit  être  interdit  aux 
léorici  ant-  ; III , 85. 

Exfoliation.  Au  bout  de  quel  temps  a lieu 
l’exfolialion  des  os  ir  panés;  II,  65. 
Exompiiale.  Causes  et  \ ariéiés  de  cette  tu- 
meur ; 4o2.  — Cure,  403. 

Evophthalmik.  Ce  que  c’e  t ; II,  414. 
Exosto-es.  traitement  aes  exostoses  venant 
du  virus  vér  lique  ; Il , 579. 

Expérience.  Son  importance;  II,  19;  III, 
649,  687,  688. 

Expiration.  Ce  que  c’esi  ; 187. 

Extas  . Ce  que  c’i  si  ; II , 754. 

Extrémités.  Remèdes  contre  le  froid  des 
extrémités  ; III , 2o5, 

F 

Fabrice  d’Aquapendente.  Mention  qu’il  fait 
d’un  Horace  de  Norsia  ; Int.,  en.  — Sa 
doctrine  sur  la  position  à donner  aux 
membres  blessés  ; II , 279.  — Son  silence 
sur  les  fanons  ; II , 289. 

Fabrice  de  Hilden.  Son  silence  sur  les  fa- 
nons; 11,  289. 

Face.  Indication'  de  l’état  de  la  face;  79  — 
Ce  que  c’est;  204.  — Description  de  la 
face;  228.  — Enumération  des  os  de  la 
face;  229.  — Des  muscles  de  la  face;  244. 
— Suture  propre  aux  plaies  de  la  lace; 
446.  — Plaies  de  la  f ce;  II,  73.  — Moyen 
de  dissimuler  les  plaies  ou  cicatrices  de  la 
face;  II , 610.  — Elat  de  la  tace  chez  les 
lépreux  ; III , 275,  276. 

Faculté.  Lûtes  de  la  Faculté  de  médecine 
et  de  la  corporation  de  Saint  Côme;  Int., 
cxxvm,  exLvi.  — Fin  de  cette  lutte  ; Int., 
cui. — Opposition  que  met  la  l aeul  éà  la 
publication  des  OEuvres  complètes  d’A. 
Paré  ; Int.,  cclxxxiii. — Nouvelles  querel- 
les des  chirurgiens  avec  la  Faculté  ; Int., 

CCLXXXVI. 

Faculté-.  Définition;  trois  facultés  princi- 
pales; l’animale,  la  vitale,  la  naturelle; 
53.  — Facult'  attractrice,  relenirice,  con- 
coc'rce  ou  altérutrice  , expultrice;  54. 
séquestriee;  55  — Corrélation  des  facul- 
tés ; 9S.  — Division  des  facultés  de  l’àme; 

1 1 1 ; II,  657  à 661. — Sympathie  des  facul- 
tés animales  ; 219.  — Les  lacullés  naturel- 
les ne  sont  que  les  instruments  de  notre 
àme  ; II,  504. — Quatre  facultés  naturel- 
les; 111  215. 

Falcon  ; Jean).  Aperçu  de  son  livre  Noia- 
bilia  super  huiilonem  tscripla  ; Int.,  clxv. 
Falconnet-Bartiiélemy  , médecin  distin- 
gué du  xv'  siècie;  Int.,  xcu. 


827 

Fallope.  Conseils  sut  l’usage  des  onguents; 
330.  — Ce  qu’il  dit  de  l’incis  on  des  ab- 
cès; 335.  — S'  classification  des  fissures 
du  crâne  ; II , 11.  — Sa  méthode  de  trai- 
tement des  incisions  du  crâne  ; U , 19.  — 
Son  opinion  sur  le  pronostic  tiré  du  pouls; 
II,  32-  — Sa  doctrine  sur  l’opérât  on  du 
trépan  ; II,  52.  — Baume  décrit  par  Ful- 
lope  ; III,  632. 

Famine  est  la  suite  ordinaire  de  la  peste  ; 
III  , 458. 

Fanons  Description,  usage*  et  histo're des  fa- 
nons; II,  288.  Appréciation;  II,  291  , 331. 

Fantaisie;.  Voyez  Imagination. 

Fards  ; III , 603,  666.' 

Farine-  répercussives  ; III,  534.  — Résolu- 
tives; III,  538, — Suppuratives;  lit  540. 

Farragius.  Erreur  de  R olan  à son  sujet;  sa 
traduction  du  Continent  de  Rhases  ; tnt., 
lix. 

Faüc  OLE  ; 390. 

Fauces,  260, 

Faucille,  instrument;  335,  390. 

Faucons  III,  756. 

Faux  ; 390. 

I aux  fanons;  II,  289  290. 

Fécondité.  Influence  de  la  température  de 
la  matrice  sur  la  fécondité  ; 11,734. — 
Exemples  de  écondilé;  II.  735,  III,  14. 
— Cas  de  érondilé  prolongée  ; II , 738. 

Femmes.  Les  femmes  exe1  çaieul  la  en  rurgie; 
Int.,  xxix  xxx,  xxxi,  xxxu.  cxxvi. — Guil- 
laume de  Salit  et  est  le  premier  chirur- 
gien d’Itane  qu  ait  écrit  su*  les  affections 
des  femme-;  lut.,  xlii.  — L<  femme  a 
toujours  moins  de  chaleur  que  l’hoinme; 
66.  — Des  vaisseaux  spermatiques  île  la 
femme;  162.—  Des  testicules  et  des  vais- 
seaux éjaculatoires  ; 163.  — An  dmnie 
delà  partie  honteuse  de  la  femme;  168. 
— Les  femmes  sont  morns  sujettes  à la 
piene  que  les  hommes;  II  , 466.  — De 
l’opération  de  a p erte  chez  les  femmes; 
II , 495.  — Depuis  et  jusq  1 à quel  âge  la 
femme  peut  engendrer;  II , 738.  — Qua- 
Llé  de  la  semence  doni  sont  engend  ées 
les  femelles  ; II , 63  . — Histoire-  de  fem- 
mes changées  en  hommes;  III.  18.  — 
Cause-  de  cette  métamorphose;  III  , 20. 

— Figure  d’une  femme  sans  télé  ; III,  22. 

Fémur.  Fracture  du  col  du  fémur;  II.  32a. 
— Pronostic  des  luxations  du  fémur  ; II , 
353. 

Fenouil.  Par  qui  a élé  enseignée  son  utilité; 
19;  III,  736. — Ses  propriétés;  II . 436. 

Fentes  du  crâne;  II,  I,  3.  — Traitement; 

II,  7. 

Fer.  Action  de  la  limaille  de  fer  sur  l’éco- 
nomie animale,  et  contre-poisons;  III  , 
343.  — Vertus  et  usage  des  eaux  ferrées; 

III , 597. 

Fernham  (Nicolas  de),  tour  à tour  professeur 
de  pui  o.-ophie  et  de  médecine  , et  evèque 
de  Durham  ; Int.,  xliii. 

Ferrari,  médecin  du  xm«  siècle;  III,  vt. 

Ferrare.  Ecole  de  Feu-are;  lut.,  xxvin. 

Ferri.  Ses  travaux  sur  les  plaies  d’armes  à 


TABLE 


828 

feu  ; Int.,  ccLiu.  — Analyse  de  son  Traité 
des  carnosilés  ; II,  664,  665,  566,  567,  472, 
5 73  , 5 76. 

Férules.  Description  , qualités  et  usage  des 
ferules;  II , 288. 

Feu.  Ses  qualités  premières  ; 32. — Ses  qua- 
lités secondes;  33.  — Degrés  de  chaleur 
du  feu  suivant  les  corps  ; II,  202.  — Ex- 
plication du  feu  souterrain;  III,  696. 

Feu  Saint-Antoine.  Diverses  acceptions  de 
ce  nom  ; II , 21 1. 

Fez.  Coutume  des  habitants  de  Fez;  II,  749. 

Fiacre  (Fie  St.)  II  , 64,  7S6,  787.  — Traite- 
ment ; II,  788.  — Simulation  de  ce  mal  ; 
III , 51. 

Fibres.  Ce  que  c’est;  127.  — Des  fibres  du 
cœur;  188. 

Fie  Saint-Fiacre;  II,  64,  786,  787.  — Traite- 
ment ; II,  788.  — Simulation  de  ce  mal  ; 

III,  51. 

Ficus.  Ce  que  c’est;  II,  787. 

Fiel.  Substance,  figure,  composition  , con- 
nexion, tempérament  et  action  de  la  ves- 
sie du  fiel  ; 145. 

Fiente.  Emploi  de  la  fiente  de  bœuf  dans 
le  traitement  de  la  goutte;  III,  239. — 
Emploi  de  la  fiente  de  chien  pour  arrêter 
le  flux  de  ventre;  III,  462. 

Fièvre.  Le  chirurgien  doit  connaître  les  fiè- 
vres; 13;  III,  71.  — Pourquoi  la  fievre 
quarte  peut  être  guérie  par  une  grande 
peur  ou  une  grande  joie  ; 97;  III,  722.  — 
Pronostic  tiré  de  la  fièvre  dans  les  plaies 
de  la  tète;  II,  27. — Causes  de  la  fièvre 
erratique;  II,  783.  — Oraisons  contre  la 
fièvre  ; III,  64.  — Prétendus  remèdes  con- 
tre la  fièvre;  III,  65.  — Reproches  adres 
sés  à l’auteur  a propos  de  son  Traité  des 
fièvres  ; III , 70.  — Division  du  Traité  des 
fièvres;  III,  72,  73.  — Définition  de  la 
fièvre  ; III , 74  , 75.  — Sa  fréquence,  son 
siège,  ses  dangers,  ses  avantages;  III, 
74. — Causes  efficientes;  111,77.  — Causes 
matérielles;  III,  77  , 79. — Signes  des 
fièvres  en  général  ; III,  79.  — Traitement 
général  de  la  fièvre;  III,  81.  — lre,  2«, 
•3*  indications  ; III,  82. — Cas  où  les  indi- 
cations ne  s’accordent  pas;  III,  83.  — 
Moyens  pour  guérir  la  fièvre  : moyens  dié- 
tétiques; III,  84. — Moyens  chirurgicaux 
et  pharmaceutiques;  III,  86.  — Divisions 
diverses  des  fièvres;  III,  87.  — Division 
suivant  Galien  modifiée  par  l’auteur:  de 
la  fièvre  éphémère  en  particulier;  III,  88. 
— Définition,  ses  causes  , III,  89. — Symp- 
tômes; III,  90.  — Traitement  général; 
III,  91.  — Définition  de  la  fièvre  humo- 
rale; III,  92.  — Ses  variétés;  III,  93.  — 
Tableau  de  ces  variéiés;  III  , 94.  — Défi- 
nition de  la  fièvre  synoque  simple,-  III, 
95.  — Causes;  III,  96. — Signes,  traite- 
ment diététique;  III,  97. — Chirurgical 
et  pharmaceutique,-  III,  98.  — Définition 
de  la  fièvre  putride;  III,  100.  — Division 
prise  des  lieux  où  les  humeurs  se  pour- 
rissent; III,  101.  — Division  prise  des 
humeurs  elles-mêmes;  III,  102.  — Cau- 


ses; III , 102.  —Signes;  III.  103.  — Pro- 
nostic; III,  104. — Traitement  des  fièvres 
putrides  en  général  ; III,  105. — DéOnilion 
de  la  fièvre  synoque  putride;  III,  107. 

— Causes,  signes;  III,  108.  — Pronostic; 
III,  109. —Traitement;  III,  110. — Ca- 
ractères distinctifs  des  fièvres  intermit- 
tentes et  des  fièvres  continues;  III,  114. 
— Variétés  des  fièvres  continues  ; III,  1 16. 
— Variétés  des  fièvres  intermittentes;  III, 
1 17.  — Pourquoi  les  accès  des  fièvres  in- 
termittentes reviennent  à certains  jours; 
III,  118.  — De  la  fièvre  tierce  vraie;  III , 
121.  — Théorie  de  sa  formation  ; III,  122. 

— Ses  causes  ; III.  123.  — Pronostic  ; III, 
125.  — Traitement  diététique;  III,  126. 

— Chirurgical  et  pharmaceutique;  III, 
127.  — Définition  , causes  et  signes  de  la 
fièvre  tierce  bâtarde;  III,  131.  — Pronos- 
tic, traitement;  III,  132.  — Caractères  de 
la  fièvre  ardente;  III,  133.  — Causes,  si- 
gnes, pronostic;  III , 134.  — Traitement; 
III,  135.  — Définition  de  la  fièvre  tierce 
continue;  III,  136.  — Causes,  caractères, 
traitement;  III,  1 57.  — Fièvres  pituiteu- 
ses; causes  de  la  fièvre  quotidienne  in- 
termittente; III,  138.  — Signes;  III,  139. 

— Pronostic;  III,  140.  — Traitement; 
III,  141. — Causes  et  diagnostic  de  la  fiè- 
vre quotidienne  continue;  III,  142. — 
Traitement;  III,  143.  — Définition,  si- 
gnes de  la  fièvre  épiale  ; III,  144.  — 
Traitement;  III , 145.  — Lypirie;  III,  146. 

— Fièvres  faites  de  l’humeur  mélan- 
colique; Fièvre  quarte  intermittente 
vraie;  III.  147.  — Causes,  signes;  III, 
148.  — Pronostic;  III,  149.  — Traitement; 
III,  150.  — Causes  de  la  fièvre  quarte  in- 
termittente bâtarde;  III,  153. — Signes; 
III,  154.  — Traitement;  III,  155.  — Fiè- 
vres quintaine,  sextaine,  octaine;  III, 
156.  — Signes,  causes,  traitement  et  pro- 
nostic de  la  fièvre  quarte  continue  ; III , 
158.  — Fièvres  humorales  composées; 
III,  160.  — Définition  de  l’hémitritée; 
III,  161.— Espèces,  signes;  III,  162,  163. 

— Causes,  pronostic;  III,  164. — Traite- 
ment; III,  165. — Double  tierce  ; 111,  166. 

— Double  quotidienne,  Double  quarte, 
Triple  tierce  ; III  , 167.  — Triple  quarte  ; 
III , 16S.  — Des  fièvres  confuses  : III,  169. 

— Fièvre  hectique  ; III,  170.  — Ses  diffé- 
rences , causes . signes  ; III , 171.  — Trai- 
tement; III , 172.  — Des  fievres  sympto- 
matiques; III  , 176.  — Distinction  entre 
les  fièvres  symptomatiques  et  les  fièvres 
essentielles  ; III,  177.  — Trois  différences 
de  fièvres  symptomatiques;  III,  178. — 
Signes  et  traitement  de  ces  trois  espèces , 
III , 179.  — Fièvres  extraordinaires  ; III , 
180.  — Division  des  symptômes  des  fiè- 
vres; III,  183.  — Symptômes  de  l’action 
lésée;  douleur  de  tête;  III,  184.  — Dou- 
leur d’estomac  et  de  ventre;  III,  186. 

— Douleur  des  reins,  des  cuisses  et  des 
jambes;  III,  186.  — Insomnies  ; III,  187. 

— Assoupissement  et  sommeil  profond, 


ANALYTIQUE. 


829 


III,  188.  — Délire  ou  rêverie  ; 111,  189. — 
Convulsion  et  jectigation  ; III,  190. — Pa- 
ralysie et  éblouissement  ; III,  191.  — Sur- 
dité; III,  192. — Difficulté  de  respirer; 
III,  193,  195. — Toux;  III,  193. — Difficulté 
d’avaler  ; III,  194.  — Dégoût  ; III.  195.  — 
Nausées,  sanglots  et  hoquets;  III,  19G. 
— Vomissements;  III,  197. — Soi!  déré- 
glée; III,  198.—  Lipothymie  et  syncope; 
III,  199. — Symptômes  qui  suivent  l’a- 
métrie  des  excréments  : flux  de  ventre, 
III , 200.  — Dureté  de  ventre;  III,  201. — 
Suppression  et  flux  excessif  d’urine  ; III , 
202.  — Sueurs  immodérées , flux  de  sang 
immodéré  ; III,  203.  — Symptômes  ap- 
partenant à la  simple  affection  du  corps  : 
jaunisse  ; III,  204.  — Accidents  de  la  lan- 
gue , froideur  des  extrémités  ; III,  205. — 
Ardeur,  tension  des  hypocondres;  III, 
206.  — Fièvre  pestilentielle;  III,  35l. — 
Causes  de  la  fièvre  pestilentielle;  III, 
391.  — Ses  signes  et  ses  variétés;  III,  392. 

Filelphe.  P>apporte  de  Grèce  de  nombreux 
manuscrits  ; Int.  cvm. 

Filet.  Ce  que  c'est  ; II , II,  678. 

Filtre.  Manière  de  distiller  avec  le  filtre; 
III.  624. 

Fioravanti;  Int.  cclxxxv. 

Fissure.  Espèce  de  fracture  ; II,  295.  — Fis- 
sures des  côtes  ; II  , 312. 

Fissule.  Causes  de  la  fistule  lacrymale,  236. 
— Causes  des  fistules  du  fondement  et  du 
périnée,  420.  — Exemple  de  fistule  sali- 
vaire; II,  86.  — Curabilité  des  fistules 
du  thorax  ; II,  101.  — Pourquoi  les  plaies 
du  poumon  dégénèrent  en  fistules;  II, 
104.  — Définition,  causes  et  signes  des 
fistules;  II,  270.—  Pronostic  et  traite- 
ment; 11,271.  — Fistules  «lu  fondement; 
II;  273. — Fislules  lacrymales;  II,  419. 
— Théorie  des  fistules  lacrymales,  varié- 
tés, pronostic,  traiiement;  II,  431 . — 
Traitement  des  fistules  de  la  vessie;  II, 
43. 

Flabellation  ; II , 305. 

Flaminius  crassus,  rhinoplaste;  Int.  eu. 

Flandre.  Etat  de  la  chirurgie  en  Flandre  au 
xvr  siècle;  Int.  cclxxxv.  — Voyage  d’A. 
Paré  en  Flandre;  III,  726. 

Flèches.  Différentes  des  plaies  faites  par 
flèches  et  de  celles  qui  sont  faites  par 
harquebuses;  différentes  espèces  de  flè- 
ches; II,  183. —Figures  de  ces  diffé- 
rentes flèches;  II,  184.  — Instruments 
propres  à l’extraction  des  flèches  ; II , 185 , 
186.  — Extraction  d’une  flèche  rompue  ; 
II , 187.  — Extraction  d’une  flèche  insérée 
en  l’os;  188.  — Signes  des  plaies  de  flè- 
ches empoisonnées;  II , 189. — Traitement 
par  les  scarifications  et  la  succion;  II, 
190.—  Par  les  topiques;  II , 191.—  Par 
la  cautérisation  et  la  ligatiL e ; II,  192. 

Fleurs  répercU'Sives  ; III  , 534.  — Pœsolu- 
tives  ; III , 538.  — Epulotiques  ; III , 545. 
— Anodines;  III,  549.  — Procédés  pour 
extraire  l’essence  des  fleurs;  III,  629,  637. 

Fleurs  blanches  ; IL , 761  , 774.  — En  quoi 


elles  diffèrent  des  menstrues , de  la  go- 
norrhée et  de  la  chaude-pisse  ; II , 775  — 
Humeurs  dont  elles  procèdent;  II,  776. 
— Causes  et  traitement  des  fleurs  blan- 
ches ; II,  777. — Effets  des  fleurs  blanches  ; 

II,  777. 

Fleurs  rouges  ; II,  761. 

Florent  Philippes.  Son  procédé  de  para- 
centèse , 400. 

Flüguss  (George).  Son  livre  intitulé  Expéri- 
menta chiruri/ica , etc.,  Int.  ccvn. 

Flux  de  bouche  des  vérolés  ; II,  549. — 
Flux  de  sang,  cause  d’avortement  ; II , 
624,  714.  — Caractères  et  traiiement  du 
flux  de  sang,  symptôme  de  fièvre  ; III , 
203. — Flux  de  sang  concomitant  delà 
petite-vérole  ; III,  260.  — Flux  de  ventre 
des  fiévreux  ; III , 200.  — Ses  caractères  , 
ses  causes,  son  traitement;  III,  201. — 
Moyens  pour  provoquer  le  flux  de  ventre  ; 

III,  449.  — Moyens  pour  l’arrêter  ; III  ; 
450. — Flux  mulièbre;  v.  Fleurs  blanches. 

Fluxion.  Ce  que  c’est,  320. 

Fociles. Luxation  du  petit  focile  delà  jambe; 
II , 398.  — Idem  du  grand  focile  ; II , 399. 
— Fracture  des  deux  fociles  du  bras;  II  , 
318. 

Foetus.  Par  où  le  fœtus  est  alimenté  dans 
la  matrice,  166;  11,  648.—  Putréfaction 
du  fœtus  dans  la  matrice  ; II , 627 , 697  , 
729.  — Théorie  de  la  formation  du  iœtus  ; 
II,  644. — Détails  sur  les  enveloppes  du 
fœtus;  II,  645,  647.  — Formation  du 
nombril  du  fœtus  ; Il , 646.  — Vaisseaux 
qui  forment  le  cordon  ombilical , voies 
par  lesquelles  le  fœtus  respire  ; II , 648  , 
717.  — Formation  du  foie;  II  , 649.  — 
Du  cœur  et  de  la  tête  ; II , 650.  —Quand 
le  fœtus  commence  à remuer  ; III , 652. — 
Des  excréments  du  fœtus  dans  la  matrice  ; 
11  , 663.  — Comment  l’enfant  à terme 
s’efforce  de  sortir  du  ventre  de  sa  mère; 
II,  665. — Positions  diverses  de  l’enfant 
au  ventre  de  la  mère;  II , 669.  — Figures 
de  ces  positions;  II,  670 ,671.  — Signes 
indiquant  que  l’enfant  est  mort  dans  le 
ventre  de  la  mère;  II  , 696.  — Coexistence 
d’un  fœtus  avec  une  môle;  II,  727;  voy. 
Enfant. 

Foie.  Action  du  foie  sur  le  chyle,  40.  — 
Toutes  les  veines  mésaraïques  viennent 
du  foie,  142.  — Substance  et  volume  du 
foie;  143.  — Ses  divisions , sa  figure,  sa 
composition,  sa  connexion,  son  tempéra- 
ment, son  action;  144.  — Pronostic  des 
plaies  du  foie,  433  ; II,  105.  — Abcès  du 
foie  succédant  aux  plaies  de  tète;  II,  32. — 
Signes  des  blessures  du  foie  ; H,  105  ; III, 
654. — Les  maladies  du  foie  peuvent  occa- 
sionner une  rétention  d’urine;  II,  497. — 
Formation  du  foie  chez  le  fœtus  ; II , 649. 
— Excréments  du  foie;  II,  662.  — La 
goutte  vient  du  cerveau  ou  du  foie  ; III , 
215.  — De  la  cautérisation  du  foie;  III , 
685. 

Folie.  Hérédité  de  cette  maladie  ; III , 28. 

Fomentations  pour  l’œdème,  343.  — Pour 


TABLE 


83o 

les  tumeurs  aqueuses  et  venteuses,  345. 
— Pour  les  chancres , 369.  — Pour  la  ré- 
duction d' s hernies  et  pour  la  matrice, 
40G.  — Pour  les  contusions  du  cuir  mus- 
cule  x ; Il  ,4*2 , 43.  — Pour  les  Commotions 
du  cerveau  ; il,  69. — Pour  les  inlla  uina- 
tions  delà  conjonctive  ; If , 78. — Pour  les 
ulcère-  iulempéré-  humides  ; II,  251.  — 
Pour  faire  tomber  les  ver-  des  ulcères  ; 
Pour  les  ulcères  sordides  ; II,  254. — Pour 
le  pruiil  nés  fractures;  II,  305. — Pour  so- 
lidifier le  cal  j II , 344. — Pour  amollir  le 
cal  difforme  ; II,  345.  — Objet  des  fomen- 
tations uans  le  traitement  des  fractu- 
res ; 11,  347. — Fomentations  pour  les 
caruo-ilés  de  la  verge;  11,  567.  — Pour 
les  nouvelles  accouchées;  II,  711.  ■ — 
Pour  la  gouiiecau*ée  de  pituite  ; III , 238, 
— Pour  b s pestif  rés  ; III  ; 4u9.  — R sn- 
lutivesiies  bubons  p<  slilenliels  ; III , 432. 
— Defiuiliou , objet  et  composition  des 
fomentât  uns  ; III , 576.  — Modèle  de  fo- 
mentât on  émolliente  et  rés  dvante  , ma- 
nière de  laite  tes  fomentations  ; 111 , 577. 

Fondement.  Causes  des  lumeurselaposMnes 
ou  fondeme  t,  419.  — Traitement  médi- 
cal et  chirurgical  ; causes  des  fistules  du 
fondement,  420,  II,  273. — Signes  ; II,  271. 
— Accide  ts , traitement;  11,  274. 

Fontaine  Qualités  de  l’eau  de  fontaine  ; III, 
403. 

Fon  iavellk.  C’est  sur  la  fontanelle  que  doi- 
vent être  appliqués  les  remèdes  destinés 
au  cei  veau , 2u8. 

Fouet.  Figure  u’un  foret  pour  commencer  à 
ouvrir  le  crâne  dans  l'opération  du  trépan, 
II,  53. 

Forme.  Influence  de  la  forme  des  plaies  sur 
leur  guéri  on , 433. 

Fohmicatio  , 82. 

Formillon.  Espèce  d’araignée  ; III,  326. 

Fornix  ,216. 

Foudre.  Signes  ind  quant  qu’un  individu 
est  mûri  frappe  de  la  foudre  ; III , 658  ; v. 
7 un itcrre. 

Fourchette.  Ce  que  c’est;  175.  — La  four- 
chette ne  peut  »e  luxer  ; 11,  368. 

Fourmis.  I.esoursse  purgent  en  mangeant  des 
fourmis;  I,  19;  III, 737. — Quand  ellespré- 
sagenl  la  p oie  ; III,  738.  — Prévoyance  , 
indusb  ie  et  mœurs  des  fourmis  , 111,  743. 

Fourneaux.  Description  des  fourneaux  à 
dislilh  r;  111,  615. 

Fournier  Ce  qu’il  dît  des  fanons  ; II,  289. 

Fractures.  Leur  iraili  m>nt  en  Allemagne 
au  xve  .-ièclc;  Int.,  cci. — Comment  traitées 
pa>  Paracelse;  Int.,  eexx.  — Fractures  du 
crâne;  11,  1. — fable  de  ces  fractures;  11, 
3,  4. — Causes  e signes  conjecturaux;  II,  5. 
— Sign  s sensue  s;  II.  6;  III  653.  — .“scis- 
sure ; II,  7.  — Contusion  ; II,  il.  — Em- 
bairures  ou  enfunçurc*  ; 11,  15. — Incision; 
II,  17. — Cniiiie-fe  te;  II,  20 — Pronostic 
des  frac  mes  du  crâne;  II,  26,  31,  33.  — 
Soins  généraux  à doi  neraux  u ai  tures  du 
crâne  ; II,  33.  — Pourquoi  on  trép  ne  les 
fractures  du  crâne;  11,  50.  — causes  de  la 


gangrené  ; II,  212.  — Dea  bandages  des 
fractures;  IL  280. — Comment  doivent 
èire  f its  les  ban  'âges  des  Raclures , Il , 
281.—  Bandages  des  frae'ures  «vee  plans; 
II,  283.  — Définition,  diverses  espèces  ; 
II,  294.  — Causes  des  fractures;  11,  296. 

— Signes,  pronostic.  297.  298.  — Cure 
générale  II , 300.  — Procédés  de  réduc- 

lion  ; II,  3ui.  — Signe*  auxque-s  ou  re- 
connaît que  la  ré  lUelion  esl  bien  faite; 
II,  302.  — Application  du  bandage;  II, 
303.  — Traitement  îles  ac  blets  ; II,  304 

— Fractures  du  nez;  II,  805. — Leur  trai- 
lement  ; II,  306.  — Fia  tons  de  la  mâ 
chnire  inférieure;  II,  307. — De  l’os  cla- 
viculaire ou  ureuiaire;  H,  308.  — De 
l'omoplate  ; IL  3tt9.  — - Du  sternum  et  ré- 
duction ; 11,311.  — De*  i ôtes  ; signe-  de 
ces  fractutes;  II  312— Réduct  ou  , II;  313. 

— Fractures  des  veitèbres,  leur  pronostic 
et  leur  cure;  II,  315  — Fractures  de  l’os 
Sacrum  ; II , 316.  — De  l’os  de  la  h mehe  ; 
ses  signes  et  réduetmn;  Il , 316.  — Frac- 
tures des  os  du  croupion  ; Il , 316.  — De 
l'o*  du  bra-  ; leur  réducion;  II,  317.  — 
Fractutes  de  l'os  du  cou  'e  et  du  radius; 

II,  318.  — De  la  main,  Il  , 320.  — De  la 
cuisse  au  m lieu  de  Fus;  II  , 321.  — Du 
coi  du  fémur;  325.  — De  la  rotule  Ou 
genou  ; II , 327. — De  la  jnnbe;  II  329. 

— Cau-e  de*  ire-sa  If  menls  de-  membres 
fracturés;  II,  336.  — Fracltin s île»  os  du 
pied;  Il , 347. — Complications  et  aec  dents 
qui  peuvent  su  t venir  à la  partie  Raclu- 
ree  ; 1 1 , 401. 

Fraises.  Coût  des  crapauds  pour  les  fraises; 

III.  321. 

Franck.  Origine  des  écoles  en  Fiance;  Int. 
xxvm  — Etat  de  la  chirurgie  eu  Fiance 
au  xv Ie  siècle;  lut.,  cclxxxv. 

Francheville  ( -lean  de)  ; lut.  cxxtx. 

Franco.  SesDavaux;  In',  cclxx — Mention 
qn  il  fait  du  séton  ; il  83.  — lndi  alion 
oes  pr  u édés  de  tai  le  uéems , ar  Fra  co 
et  o nis  par  A.  Paré;  II , 477.  — Plagiat» 
commis  par  Franco  au  prejnd  ce  d’ A. Paré; 
11,623,624,  625,626,621,629  630,  631, 
632,  646,  6 5.  696.  714,  7 IG,  717. 

Frédéric.  Cet  empereur  fait  trad  dre  en  la- 
tin toutes  sortes  de  manuscrits  arabes;  Int. 
xxxvti. — Son  ordonnance rel  ti v ••  à l’exei- 
cce  de  la  médecine  dans  le  royaume  de 
Naples;  Int.  xxx  xxxi.  — Défe  d à 8'-s 
sujets  d’aller  étudiera  Bologne;  Ferme  les 
écoles  de  cette  vdle;  Réliacte  son  décret; 
Int.  xxxu. 

Freind.  Son  opinion  *ur  Jean  deGaddesden; 
Ce  qu’il  nous  apprend  sur  Jean  Ardem, 

I ni . LV. 

Frelons.  — Accidents  résultant  dp  leur  pi- 
qûre ; III,  324.  — Remèdes  d’iceux  ; III , 
325. 

Frêne.  Ses  propriétés  anlivénéneuses;  III, 

395. 

Frictions  I.pnrs  rffet*  ; 69.  — Leur  em- 
ploi dans  le  traitement  de  l'œdeme  ; 
343. — Contre  le  prurit  des  fracture»;  II, 


ANALYTIQUE.  83 1 


304.  — Traitement  de  la  vérole  par  les 
fiiclio  s ; II,  540. — Manière  d'exécuter 
le»  frictions  ; II,  543,  544  et  suiv.  — Em- 
ploi de»  frict  ons  im  r uriellesdans  e tr.ii- 
teun  ni  du  pourpre;  III,  420. 

Frissons.  F'isson» -ymplôui  rïij ues  des  pâles 
couleurs;  II.  781;  III,  193. 

Froid.  Son  act'Oo  funeste  aux  plaies;  63; 
11,  118,  1 77.  — Sou  action  sur  l'homme  ; 
II,  34. — Comment  le  f>  uid  produit  la  g.,n- 
g ène  ; II,  214.  — Fîmes  causées  par  le 
froid;  II,  465. — Influeme  Ou  froid  sur  la 
produciion de» i étrillions d'ur  ne;  11,  504. 
— Nécessité  de  pré-erver  uu  iroid  les  ma- 
lades suuinis  aux  frictions  mercurielles  ; 

II . 543.—  Pro,  rielé»  du  froid  ; II,  737.— 
Sun  influence  sur  le  développement  de  la 
rage;  lit.  304. — Remède»  cuntre  le  froid 
de»  extrémité' ; III,  205. 

Front.  Figure  de  deux  tilles  jumel  es  unies 
par  le  front;  III,  10. 

Frontaux.  FuiiiB  ni» et  sopo  alifs ; II  167. 
— P ut  tes  fébricitants;  III,  184. — Con- 
tre les  dou  eurs  de  1ère  ; III,  420. 

Fruits.  Procédé  ,mùr  extiaire  l\s»encedes 
fi  uii'  ; 111  , 629. — Fiuits  répercu-sifs; 

III,  534.  — Suppuratif»  et  émollients  , 111 , 
540.  — Epiilolique» ; III,  545. 

Fumigations.  Pour  les  uh  ères  ne  la  matrice; 
Il  268.  — Appareil  fumigatoiie  pour  le» 
maux  e deu  s;  II,  446.  — T • ail»  ment  de 
la  verole  par  le»  foin  galion»  mercui  lellrs; 
II,  551. — Figure  d’un  tonne  u propre  a 
admmi»lrer  une  fumi.aiion  aux  pailies 
géuil  li S;  11,568. — Appaiei  fumigaloire 
pour  le  col  de  ia  matrice;  II,  758. — Fu- 
migat  ons  pour  prov,  querRs  menstrue»; 
II  7o7.  • 

Fungus.  Description  et  Irai  entent;  359; 
11,  64. 

Gabet».  Ce  que  c’est;  111  , 280, 35o. 

Gaddesden  (Jean  de).  P entier  chirurgien 
anglais  oOot  le»  éci  i s nous  »oien.  connus  ; 
lui.,  Lin. — Son  livre  liosa  rnedi  in  ce;  lui., 
Liv.  — Op'n  ons  ne  Guy  de  Chaulid,'  et 
de  Freind  sur  Jean  de  Gaudesdm.  — S.  n 
orgueil  ; lut.,  lu  — Sou  charlatanisme  et 
son  avarice  ; Int.,  lvh. 

Gaiac.  Tru  tnuent  ne  la  vérole  par  la  dé- 
coi  ti  n de  g'iaC;  11,  535. — KIR  ts  du  trois 
de  gai  ic  ; s gocs  auxquels  on  reco,n  il  le 
meilleur;  II,  536. — Mameiede  préparer 
la  décoction  de  gaiac;  II  537.  — Précau- 
tions qui  doivent  p ri  ceder,  accnmp  guer 
et  suivre  l'adininistrati  in  de  cel  e décoc- 
tion; Il , 538.  — Régime  à ob  er  er  pen- 
dant celle  médication  ; Il , 530. 

Galeatius  de  Sainte  Sophie.  Son  époque  ; 
»on  c nunentaire  de  Riia»è»  ; lut.,  lxxxvi. 

Galien;  lu  .,  xviii. — C lé  par  Garioponius; 
Int.,  xxi.  — S urce  commune  qui  arrivait 
aux  Lalm-  comme  ux  Arabes;  misa 
contribution  uans  le  livie  ne  Tro  nia; 
Int  , xxiv.  — Se»  cominen  ai . es  sur  les 
Aphorisme»  d’Hippoi  rates  ; Int.,  xxv. — 
Se»  traites  traduit»  pur  Gérard  ue  Cré- 
mone ; Int.,  xxvu.  — Suivi  par  Hugues 


de  Lncques;  Int.,  xxxv.  — Pris  pour  guide 
par  Brunus ; Int.  xxxvi.  — Se»  livie-,  ba- 
se de  la  doeti  me  de  s - lei  ne  ei  de  c,  Le  de 
B log  e;  Int  . xxxix.  — Idem,  de  celiede 
Guillaume  de  Sancet;  lui.,  xl.  — E-leité 
par  Laufr  me  ; lin .,  xlvi.  — Se-  ouvrages 
sont  traduits  en  lanu  par  Nirola-  de  Reg- 
giu;lni.  , xLvm.  — Tradueiion  proven- 
çale de  quelque»  un»  de  se»  li  re»;  Int., 
lxv. — Se»  coinmen  aires  inconnu»  uans 
tout  e xvc  »iede;  Int,,  cix.  — Premières 
éditions  de  ses  ouvng'  s.  lut.,  ex.  — Cité 
par  Benivieni;  lot.,  cxvm.  — Sun  époque, 
18  ; 111 ,641.  — Ses  travaux  ; 18.  — Son 
opinion  »ur  la  paracentèse;  397.  — Sur 
les  dragonneaux;  424.  — Sa  doctrine  sur 
les  fissure»  du  crâne;  11,  10. — Ce  qu’il 
dit  du  t>ec-de- 1 i.  vie  ; 11,  85.  — Yeis  »ur 
Galien  ; III . 642.  — Aphorisme  emprunté 
à Ga  ieu  ; IIi , 646. 

Gama  i,M.).  lKtail»  historiques  surGersdurf; 

III.  VII. 

Gamaut;  335.  — Détailsiur  cet  instrument  ; 
389. 

Gamkdin  ; 390. 

Ganglions.  Description,  causes  et  trafie- 
meni  de»  ganglions  ; 357. — Ganglions  des 
paupière»  ; II,  416. 

Gangrène.  — Dcsnipti  m de  la  gangrène 
séniie  , i ar  A Beoiviem  ; lui.,  cxvn  ; i20. 
— Sigues  de  la  gaogiène;  323.  — Moye.  s 
de  prévenir  la  gangrène  a ta  suite  d.  g 
Coulu-iou»  ; H , 200.  — D finition  ue  la 
gaiigièue  ; U,  210.  — t.au»cs  g>  nérale»  ; 
cause»  p rl  culiére» , primitives  et  ex  er- 
ne»  ; H,  2i  I.  — Cause»  aniéc é ielile»  ; Il , 
212.  — Signes  de  la  gai  grène  résultant 
d inflainuiatiuii  pulegmoneuseel  du  nmd; 
Il  ,215.  — Idem  ues  gang  ène»  faiies  par 
ligolur-  s,  ux  d uns  et  grande»  < on, u» ion»  ; 
II,  2 16. — Idem  des  gang,  eues,  suite  de  n or- 
su  es,  piqu  es,  anévrismes,  v«  n n»,  pio- 
no»uc  de»  gangrené»;  II,  216.  — Cure  gé- 
nérale; II,  217.  — Cuie  pailiculiéie;  io- 
Ci-ion» , se.ii  ilications;  11,  218. — Loli  ns, 
onguents  ; il,  2l9.  — C mlei  isatiun  , am- 
puialioii  ; -iglie»  de  mm  lifiration  pa.  fu  . e ; 
11,220.  — Ou  unit  commencer  l’ampuia- 
tion  ; II,  221.  — Moyen  d’y  prcédi  r ; Il , 
222. — Moyens  hémostatiques  ; II,  224, 
226.  — Suite  du  traitement  ; 11,  2?5.  — 
Méd  caments  emplasiiques  , Il  . 226.  — 
Suite  du  irailemeul  ; Il , 230  — Ca-  d am- 
puta ion  du  brasdau-  la  jo  n ure a la  suite 
de  giugièiie  ; II,  239.  — Gangrène  risu  - 
laul  d'une  tr  p grande  c mp.essiun;  II, 
293. — Gangrène  de»  yeux  ; II,  4lô. 

G vkgareon  ; 255. 

Gargarismes  pour  l’esqoinancie;  388  — Pour 
les  plaie»  de  l’œsophage;  U,  9i.  — P tir 
les  ulcérés  ue  la  noucli  ; II.  262. — Pour 
le»  maux  de  dents  ; II , 446.  — Ce  que 
c'est;  cump  si  ion,  modèles  de  garga  is- 
ines  sti  ingeniet  éperc,  f,  anodm,  mou- 
dihralif  ; 111.  590. — Usage  de»  gargaris- 
mes; 111,  59 1 . 

Gariopohtus.  Son  Passionnaire  ; Int.,  xxi. 


832 


TABLE 


— Ses  Dynamidies  ; Int.,  xxi , xxu.  — Son 
co'laborateur  Albicius  ; Int.,  xxi.  — Mal- 
traité par  les  critiques  ; Int.,  xxu.  — Peut 
encore  être  consulté  comine  une  des  sour- 
ces les  plus  abondantes  du  langage  médi- 
cal moderne;  Int.,  xxu.  — Semble  avoir 
connu  le  Pronostic  d’Hippocrate;  Int., 
xxv. — N’a  pas  le  premier  employé  les  mots 
caulerizare  et  gargarizare  ; III , iv. 

Gastroraphie.  Description  de  cette  opéra- 
tion ; 440;  II,  108. 

Gatenaria.  Ce  qu’il  dit  du  séton;  II,  82. 

Gaz.  Ponction  des  intestins  gonflés  de  gaz; 

II,  107.  Voy.  Ventosités. 

Gaza  (Théodore).  Ses  traductions  d’Aristote, 
de  Théophraste  et  d'Hippocrate  ; Int.  , 

CV1II. 

Gémissements.  Manière  d’arrêter  les  gémis- 
sements résultant  de  la  suppression  des 
menstrues  ; II,  782. 

Gencives.  Tumeurs  des  gencives;  381. — Ul- 
cères fistuleux  des  gencives;  II,  202.  — Il 
fautcomprimer  les  gencives  après  l’extrac- 
tion des  dents  ; II.  454.  — Incision  des 
gencives  pour  faciliter  la  dentition;  II, 
799. — Etat  des  gencives  chez  les  lépreux; 

III,  270. 

Génération.  Eléments  de  notre  génération  ; 
33.  — Ce  que  c’est  ; 50.  — Plaisir  attaché 
à l’acte  de  la  génération  ; 111.  — Causes 
de  ce  plaisir  ; II , 035.  — Choses  néces- 
saires à la  génération  ; II,  040,730.  — 
Manière  d’engendrer  ; II,  049.  — Age 
auquel  la  femme  peut  engendrer  ; II , 738. 
— Si  une  femme  non  réglée  peut  engen- 
drer ; 11,  702.  — Si  les  démons  ayant  com- 
merce avec  les  femmes  peuvent  engen- 
drer; H,  58,  59. 

Genga  (Bernardini).  Ce  qu’il  dit  des  Nor- 
siui  ; Int. , cm. 

Genièvre.  Ses  propriétés  anlivénéneuses  ; 
III,  395. 

Genoux.  Tumeurs  des  genoux  ; 421 . — Trai- 
tement ; 422.  — Siiuation  qu’il  faut 
donner  aux  genoux  blessés;  II,  120.  — 
Fracture  de  la  rotule  du  genou  ; Il  , 327. 
— Causes  des  déviaiions  des  genoux  ; II , 
350.  — Luxations  de  la  rotule  du  genou; 
II , 390.  — Causes  et  signes  des  luxations 
du  genou  ; réduction  de  celle  faite  en 
arrière;  II,  397. — Idem  de  celle  faite  en 
devant  ; Il  , 398.  — Exemple  de  pierre  en- 
gendrée dans  le  genou  ; III , 32. 

Géomanciens;  III , 00. 

George  Valla,  traducteur  de  Galien  ; Int., 
ex. 

Gérard  de  Crémone;  Int.,  xxvi.  — Ses  tra- 
vaux ; Int.,  xvii.  — Ses  ou»  rage*  faisaient 
artie  de  la  bibliothèque  de  l’Ecole  de 
p ont pel l ier  au  xive  siècle  ; Int.,  lix. 

GeRbkrt.  Ce  qu’il  dit  de  Celse  ; Int.,  xix. 

Germe  ( mauvais).  Voy.  Mole. 

Gehsdorf.  Auteur  du  premier  livre  en  lan- 
gue vulgaire  qu’on  puisse  citer  avec  hon- 
neur ; Int.,  cciv.  — Idée  de  sa  thérapeu- 
tique , d’après  Haller  et  Percy  ; Int.,  ccv. 
— Détails  historiques  surGersdorf;  III, 
vu. 


Gervaisot  Merlin;  Int.,ci.x. 

Gesner  ( Conrad  ) ; Int.,  xxi.  — Ses  travaux  ; 
Int.,  cc.xxi. 

Gestation.  La  gestation  de  la  femme  n’a 
point  de  terme  fixe  ; II,  071.  — Exemple 
de  gestation  prolongée;  III,  20. 
Gibbosité.  Hérédité  de  cette  difformité  ; III, 

27. 

Gilbert  l’Anglais  doit  être  classé  parmi  les 
médecins  ; III,  v.  — Epoque  où  il  a vécu  ; 
III , vi. 

Gilles  de  Corbeil.  Mention  qu’il  fait  de 
maître  Maurus;  Int.,  xxvi. 

Ginglyme;  313,310. 

Girafe.  Son  pays,  sa  description,  ses  mœurs; 
III,  784. 

Girofle.  Caractères  de  l’huile  de  girofle  ; 
III  , 027. 

Glace.  Qualité  de  l’eau  de  glace  ; III , 403. 
Gland,  102. — Perforation  vicieuse  et  im- 
perforation du  gland;  II , 400. 

Glandui.a.  Ce  que  c'est;  348. 

Gi.andules.  Substance,  quantité,  figure, 
nombre  des  glandules  ; 142.  — Leur  situa- 
tion , connexion  , tempérament  et  utilité  ; 
143. 

Glaucoma.  Ce  que  c’est;  II , 418. 
Glossocomes.  Ce  que  c’est  ; Il  , 291  , 323.  — 
Figure  d’un  glossocome;  II,  321. 

Gluten.  Ce  que  c’est  ; 45  ; II , 244  , 257. 
Godin  (Nicolas).  Sa  traduction  de  Jean  de 
Vigo ; Int.,  ccxxxvii. 

Goître.  Description  ; 390. — Traitement  ; 391. 
Gommes.  Attractives  ; III,  530. — Résoluti- 
ves; III  , 538.  — Suppuratives  ; II I , 540. 
— Emollientes;  III,  541.  — Déœrsives; 
III,  542.  — Sarcotiques;  III,  544.  — Ag- 
glutinatives  ; III,  540.  — Manières  d’ex- 
traire les  huiles  des  gommes;  III,  030, 
031 , 038. 

Gompiiose  ; 314  , 310. 

Gongrona.  Voyez  Goitre. 

Gonorrhée  En  quoi  elle  diffère  de  la  chaude- 
pisse;  II,  555.  — Cure  de  la  gonorrhée; 
Il  , 560.  — En  quoi  elle  difl’ère  des  fleurs 
blanches  ; II , 775. 

Gonthier  (d’And'  rnach  ).  Sa  traduction  de 
Paul  d’Egine;  Int.,  ccxxxvm. 

Gordon.  Est  ciié  et  imité  l’ar  Jean  de  Gad- 
de  den  ; Int.,  liv. — Eloge  de  son  livre 
Lilium  medicinœ  ; Int.,  lx  ; III,  v.  — Tra- 
duction provençale  de  son  livre  ; Int.,  lxv. 
— Son  opinion  sur  la  paracentèse;  397. 
— Emprunt  fait  a Gordon  par  A.  Paré; 
II,  640. 

Gorge.  Extraclion  des  corps  étrangers  de  la 
gorge,  27;  II,  443  ; III,  28.  — Nœud  de 
la  gorge  ; 255. — Pronostic  et  traitement 
des  plaies  delà  gorge;  II,  91.  — Brûlures 
de  la  gorge  ; II , 208.  — Danger  de-  com- 
pressions de  la  gorge;  II,  293.—  Moyens 
de  ptésener  la  gorge  des  ravages  de  la  pe- 
tite-vérole; 111,202,  263. 

Gorreus.  Son  opinion  sur  les  dragonneaux; 
425. 

Gourmelen.  Synopsis  chirurgiœ  ; Int.,  cclxxv. 
- — Son  hostilité  envers  A.  Paré  ; Int. , 


ANALYTIQUE. 


cclxxxui.  — Nouvelles  attaques  contre 
A.  Paré  ; Int. , ccxc. 

Goût  ; 57.  — De  quel  secours  il  est  au  chi- 
rurgien ; 93.  — Théorie  du  sens  du  goût  ; 
552.  — Dépravation  du  goût  chez  les  fem- 
mes grosses;  II,  042,  7 14.  — Cause  et  re- 
mède de  la  dépravation  du  goût  chez  les 
fiévreux  ; III , 195. 

Goutte.  Gouttesercine;  II,  419. — Différence 
entre  les  gouttes  vénériennes  et  les  gouttes 
ordinaires  ; II , 533.  — liaison  de  la  non- 
hérédité  de  certaines  gouttes;  II,  038. — 
Hérédité  de  la  goutte  ; III , 28.  — Défini- 
tion de  la  goutte,  étymologie,  variétés; 
III,  208. — Causes  occultes;  111,209. — 
Causes  manifestes;  III,  213.  — Origine  de 
la  défluxion  des  gouttes  ; III , 215.  — Si- 
gnes indiquant  que  la  fluxion  vient  du 
cerveau;  III,  210.  — Signes  indiquant  si 
la  fluxion  vient  du  foie  et  de  la  masse  san- 
guinaire ; si  c’est  le  sang  ou  la  bire  qui 
accompagne  le  virus  arthritique  ; III,  217. 
— Si  c’est  la  pituite;  III,  218.  — Si  c’est  la 
mélancholie;  pronostic  des  diverses  gout- 
tes ; III,  219. — Influence  de  la  température 
sur  les  douleurs  arthritiques  ; III , 221.  — 
Degrés  de  curabilité  de  la  goutte;  sujets 
qu'elle  attaque;  III,  222. — Traitement 
préservatif;  111,  223. — Par  le  vomisse- 
ment; III,  224.  — Par  les  diurétiques  et  le 
cautère;  III,  220. — Par  les  purgatifs  ; III, 
227.  — Par  les  fumigations;  III,  228. — 
Régime  des  goutteux;  III,  229. — Boissons 
qui  leurconviennent  ; 111,230. — Remèdes 
pour  roborer  les  jointures;  III,  231. — 
Cure  palliative  diverse  suivant  l’humeur 
dont  procède  le  mal  ; III,  232.  — Consiste 
en  quatre  points;  III,  233.  — Remèdes  to- 
piques contre  la  goutte  provenant  de  la 
pituite  ; III,  235.  — Pour  la  goutle  de  ma- 
tière chaude  ; III , 239.  — Pour  la  goutte 
provenant  d’humeur  cholérique  ; III,  241. 
Soins  à prendre  après  la  disparition  de  la 
douleur,  III,  240. — Des  tophes,  ou  nœuds 
qui  viennent  aux  jointures  des  goutteux  , 
et  de  leur  caractère  ; III,  247.  — Des  ven- 
tosités qui  accompagnent  les  douleurs  ar- 
thritiques et  de  leurs  remèdes  ; III,  249. — 
Caractères,  causes,  signes;  III,  250. — 
Traitement  par  la  saignée;  III,  251.  — Les 
clysières  et  les  purgatifs  ; III , 252.  — Par 
les  topiques  ; 111 , 253.  — Par  les  cautères; 
111,  254.  — Définition,  causes  et  traite- 
ment de  la  goutte  crampe  ; III,  255. 
Goutte  rose.  Ce  que  c’est;  1(1 , 000.  — Pro- 
nostic , traitement  ; I II , 007. 

Gouverneur.  Description  et  mœurs  du  gou- 
verneur; III , 752. 

Graines.  Résolutives; III,  538. — Emollientes; 
111,  540. — Délersives;  III,  542,551. — Pro- 
cédés pour  extraire  l’essence  des  graines; 
III,  629,  638. 

Graisse.  Ce  que  c’est;  119.  — Sa  composi- 
tion , son  tempérament , son  utilité  ; 120. 
— Traitement  des  plaies  de  la  graisse;  II, 
109.  — Graisses  attractives;  111,  536. — 
Résolutives;  III,  538.  — Suppuratives  ; 


833 

III , 540.  — Emollientes  ; III,  541.  — Ano- 
dines ; III,  549.— Distillation  des  graisses; 
III , 038.—  La  graisse  de  baleine  ne  gèle 
jamais  ; I II , 779. 

Grand  dentelé  (muscle)  ; 266. 

Gratelle;  320. 

Graveli.e  des  yeux  ; II , 410. 

Grecs  (Lèpre  des);  III,  282. 

Grêle  des  paupières;  11,422. 

Grenouille.  Histoire  d’un  enfant  à tête  de 
grenouille;  III,  24.  — Emploi  des  gre- 
nouilles dans  le  traitement  des  gouttes  ; 
III  , 242.  — Dans  celui  des  charbons  ; III, 
440.  — Les  grenouilles  présagent  les  chan- 
gements atmosphériques  ; III , 738. — Ac- 
couplement des  grenouilles  ; III , 746. 
Grenouillette.  Description,  cause  et  trai- 
tement de  celte  tumeur;  382. 

Grevin.  Emprunts  que  lui  a faits  A.  Paré  ; 
Int. , cccxxxm. 

Grossesse.  Danger  de  trop  serrer  le  ventre 
pendant  la  grossesse;  II,  293.  — Symp- 
tômes de  la  grossesse  ; Il . 642. — Moyen 
externe  de  prouver  la  grossesse  d'une 
femme  ; II , 043.  — Quelques  femmes  con- 
tinuent d’avoir  leurs  menstrues  pendant 
la  grossesse,  II , 703.  — Par  où  coulent  les 
menstrues  aux  femmes  grosses;  II,  772. 
— Simulation  de  grossesse  ; III , 49. — Les 
femmes  grosses  sont  exposées  aux  attein- 
tes de  la  peste  ; III , 389. 

Grues.  Présages  tirés  de  leur  vol  ; III , 738. 
— Pourquoi  les  grues  volentcontre  lèvent  ; 
III , 740.  — Leur  manière  de  voyager;  111, 
753. 

Gruner.  Retrouve  dans  Ali-Abbas  tout  ce 
que  le  livre  de  Trotula  renferme  de  bon; 
Int.,  xxiv. — Son  supplément  à I ’Aphrodi- 
siacas  de  Luisini  ; III,  iy. 

Guainer  (Antoine).  Son  époque;  ses  Com- 
menlarioli  ; Int. , lxxxvii.  — Passage  de  ses 
écrits  sur  un  alchimiste;  Int.,  cvi. 

Guêpes.  Accidents  résultant  de  leur  piqûre  ; 

111  , 324. — Remèdes;  111,325. 

Guérin  de  Vérone  ; lui. , cvn. 

Guérisons.  Exemples  de  guérisons  diverses  ; 
94. — Influence  de  la  joie  sur  la  guérison 
de  certaines  maladies;  98. 

Guetteur.  Description  de  cet  instrument  ; 
II,  483. 

Guillaume  , seigneur  de  Montpellier,  établit 
la  liberté  d’enseignement;  Int. , xxix. 
Guillaume  de  Salicet  s’appuie  sur  un  apho- 
risme de  Galien  ; Int. , xl.  — Sa  vie;  Int., 
ib. — Caractère  particulier  de  sa  Chirurgie  ; 
Int.,  xli.  — Il  est  le  premier  chirurgien 
d’Italie  qui  ait  écrit  sur  les  affections  des 
femmes;  Int.,  xlii.  — Rapports  entre  lui 
et  Lanfranc;  Int. , xliv.  — Est  cité  parce 
dernier  ; Int. , xlvi.  — Ce  qu'il  dit  du  sa- 
laire des  chirurgiens;  Int. , lvi. 
Guillemot  (M.J.  Extrait  de  son  travail  sur 
l’accouchement  forcé;  II,  699. 
Gutta-Zala.  Ce  que  c’est  ; II , 418. 
Guttemberg  invente  l'imprimerie;  Int.,  ex. 
Guy  de  Chauliag.  Kst  la  plus  brillante  ex- 
pression de  l’époque  des  Arabisles;  Int., 

53 


m, 


TABLE 


834 

tu,  xxiv.— Injuste  critique  qu’il  a faite 
rie  Hugues  de  Lucques  ; Int.,  xxxu.  — 
Ce  qu’il  dit  de  Jamerius;  Int.,  xxxv. — 
Son  appréciation  des  écoles  de  Salerne  et 
de  Bologne;  Int.,  xxxix.  — Son  opinion 
sur  Jean  de  Gaddesden  ; Int. , liv. — Ri- 
chesse de  sa  bibliothèque  ; Int.,  lx.  — Sa 
vie , ses  études  ; Int.,  lxi.  — Ses  voyages  ; 
Int.,  lxii.  — Sa  conduite  pendant  la  peste 
d’Avignon;  Int.,  lxiii. — Enumération  de 
ses  ouvrages;  Int.,  lxiv. — Appréciation 
de  sa  Grande  chirurgie  ; Int.,  lxv. — Sa  pra- 
tique ; Int.,  lxvi , lxvii.  — Son  érudition, 
sa  méthode;  Int.,  lxvii.  — Ses  contempo- 
rains ; Int. , Lxvm.  — Parallèle  entre  Guy 
de  Chauliac  et  Nicolas  de  Florence;  Int. , 
lxxv.  — A été  pillé  par  Pierre  d’Argelata; 
Int. , lxxvii.  — Parallèle  de  Guy  de  Chau- 
liac et  d'A.  Paré;  Int. , cclxxxiv. — Em- 
prunts faits  à Guy  de  Chauliac  par  A.  Paré; 
31!).  — Sa  doctrine  sur  la  paracentèse  ab- 
dominale; 401.  — Il  est  le  premier  auteur 
qui  parle  des  fanons;  II , 288.  — Ce  qu’il 
dit  de  l'opération  de  la  cataracte;  II,  440. 
— Moyen  indiqué  par  lui  pour  allonger  le 
mamelon  ; II,  693. 

Guy  Patin.  Ce  qu'il  dit  sur  la  composition 
du  livre  de  la  Licorne;  Int.,  cccxxxi. — 
Réfutation;  Int.,  cccxxxn. 

Gypse.  Vertus  et  usage  des  eaux  gypseuses  ; 
III,  597. 

H 

Habitudes.  Influence  des  habitudes  sur  l'a- 
limentation, 7.  — Sur  le  traitement  des 
plaies  d’harquebuses  ; II , ICI. 

Haut.  Description  de  S’baiit  ; III , 786. 

Haleine.  Transmission  du  virus  vénérien 
par  l’haleine  ; H,  528. — Causes  de  la 
puanteur  de  l’haleine ; II,  G00. — Fétidité 
de  l’haleine  des  lépreux  ; III,  27G.  — Pro- 
priétés vénéneuses  de  l'haleine  des  chats; 
III,  333. 

Haller.  Son  opinion  sur  Gariopontus;Inl. 
xxu.  — Haller  se  trompe  quand  il  dit  que 
Guillaume  de Salicet  n’u  pas  parlé  des  affec- 
tions des  femmes  ; Int.,  xlii.—  Ce  qu’il  dit 
de  Bienvenu  ; Int.,  lxviii.  — Son  opinion 
sur  le  livre  de  Nicolas  de  Florence  ; Int. 
lxxiv . — Sur  Gatenaria  ; Int.,  xcvu.  — 
Sur  Benivieni  ; Int.,  cxvm. — Sur  Jérôme 
de  Brunswich  ; Int.,  ccm. — Ce  qu’il  dit  de 
Gersdorf  ; Int.  , ccv. 

Hanche.  Situation  qu’il  faut  donner  aux 
plaies  de  la  hanche;  II,  120.  — Fracture 
des  os  de  la  hanche;  scs  signes  et  sa  réduc- 
tion ; H,  31G.  — Luxation  spontanée  de 
la  hanche;  II , 349. — De  combien  de  ma- 
nières se  font  les  luxations  de  la  hanche  ; 
ne  peuvent  être  incomplètes;  symptômes 
de  celles  faites  en  dedans;  pronostic  gé- 
néral ; II , 387. — Pronostic  des  luxations 
de  la  hanche  en  dehors  et  en  dedans  ; II, 
389  — Idem  en  devant  ; II , 390.  — Signes 
des  luxations  faites  en  dehors  et  de  celles 
faites  en  devant;  II , 390.  — Idem  de  la 


même  luxation  faite  en  arrière;  H,  391. 

— Principes  généraux  de  réduction;  II, 
392.  — Manière  de  réduire  la  luxation  de 
la  cuisse  faite  en  dedans;  II , 343,  394. 

— Idem  celle  qui  est  faite  en  dehors;  II , 
395.  — Idem  celles  qui  sont  faites  en  de- 
vant et  en  arriére  ; II , 396. 

Hans  de  Dockenbourg  ; Int. , cxcvm  , ccn. 

Hargne.  Étymologie  , 403. — Espèces  diver- 
ses , causes  et  signes , 404.  — Indices  de  la 
rupture  du  péritoine , curabilité , réduc- 
tion des  hargnes  des  enfants , 405.  — Au- 
tres moyens  , 407.  — Régime  après  la 
réduction  , 409.  — Opération  de  la  hernie 
étranglée,  410. — Diverses  manières  de  faire 
le  point  doré,  411 , 412,  413. — Causes, 
signes  et  traitement  de  la  hargne  zirbale, 
414.  — Idem  de  la  hargne  aqueuse,  415. 
— Idem  de  la  hargne  venteuse,  4i6.  — 
Idem  de  la  hargne  charneuse  et  de  la  har- 
gne variqueuse  , 417.  — hlem  de  la  hargne 
humorale  , 4 1 8.  — Hargne  des  petits  en- 
fants ; causes  , signes , engouement , trai- 
tement; II,  79G.  Voyez  Hernies. 

Harmonie.  Ce  que  c’est  que  l’harmonie  des 
os;  314  , 316. 

Harpies.  Ce  que  c’est;  III , 36. 

Harquebuses.  Etymologie;  II , 121,  123. — 
Sur  la  non  vénénosité  des  plaies  d’harque- 
busc;  II  , 128  , 131  , 181.  — Division  des 
plaies  faites  par  harquebuses;  II,  1 43.  — 
Signes;  II,  145.  — Premier  pansement; 

II,  14G.  — Description  des  instruments 
propres  à extraire  les  balles  et  autres 
corps  étrangers;  II,  1 47.  — Manière  de 
panser  les  plaies  au  premier  appareil  après 
l’extraction  des  corps  étrangers  ; II,  152. 
— Comment  il  faut  traiter  lesdites  plaies 
après  le  premier  appareil  ; II , 157.  — Ex- 
traction des  corps  etrangers  oubliés  dans 
la  plaie;  inductions  tirées  de  l’essence  et 
de  la  cause  de  la  maladie;  II,  1G0.  — 
Des  temps  universels;  de  la  température, 
de  l’àge,  des  habitudes,  de  la  force  du 
patient  ; de  l’atmosphère  ; II,  161 .—  De  la 
température,  de  la  dignité  et  de  lacolli- 
gance  des  parties  blessées;  désaffections 
concomitantes;  II,  162. — Suite  du  traite- 
ment des  plaies  d'harquebuse  ; II,  163. — 
Apologie  touchant  les  plaies  d’harquebu- 
ses ; II,  172 — Différences  des  plaies  faites 
par  flèches  et  de  celles  qui  sont  faites  par 
harquebuses;  II,  J 83. — Ueclifications  re- 
latives au  Traité  des  plaies  d harquebuses  ; 

III,  XVI,  XVII. 

Havre-de-Grace.  Voyage  d’A.  Paré  au  Ha- 
vre-de-Grûce  ; III,  722. 

Hectique  (lièvre);  111,  170. 

Heister.  Description  des  fanons  connus  de 
lui  ; II , 290. 

Helos.  Ce  que  c’est  ; II , 418. 

Héméralopie.  Ce  que  c’est;  IP,  415, 

Hemitritée;  III,  161. 

Hémorrhagie.  Moyens  d'arrêter  l’hémorrha- 
gie des  plaies:  440.  — Moyens  de  repri- 
mer l'hémorrhagie  trop  abondante  à la 
suite  de  l’extraction  de  la  pierre  ; H,  493. 


ANALYTIQUE.  835 


— Prétendus  remèdes  contre  l'hémorrbs- 
gie  ; III,  65.  — Manière  de  provoquer 
l’hémorrhagie  nasale  ; III , 419.  — Incon- 
vénients de  la  cautérisation  dans  le  trai- 
tement des  hémorrhagies  à la  suite  d’am- 
putation ; III , G80. 

Hémorrhoïdes.  Définition  ; diverses  espèces; 

II , 275.  — Cure  ; II , 27G.  — Hémorrhoï- 
des  résultant  de  la  présence  d’un  calcul 
dans  la  vessie  ; II , 4G2.  — Hémorrhoïdes 
qui  naissent  au  col  de  la  matrice  ; II,  785. 
— Causes,  symptômes  et  traitement;  II, 
586. — Il  faut  se  garder  de  supprimer  les 
hémorrhoïdes  en  temps  de  peste  ; 111,376. 
— Manière  de  les  provoquer  et  de  les  ar- 
rêter; III,  448,. 

Henri  III.  Épilre  dédicatoire  à Henri  III , 1. 
Herbes.  Répercussives , III,  535.  — Attrac- 
tives ; 111  , 536.  — Résolutives  ; III  , 537. 
Emollientes  ; III , 540. — Détersives  ; III , 

542.  — Agglutiuatives ; III,  546.  — Pro- 
cédé pour  extraire  l’essence  des  herbes; 

III,  629. — Parties  diverses  des  herbes 
employées  en  médecine;  III , 635. 

Hérédité.  Causes  héréditaires  des  luxations; 
II  , 350.  — Incurabilité  des  gouttes  héré- 
ditaires ; III,  210 , 212  , 213  , 219.  — Hé- 
rédité de  la  lèpre  , III,  272 , 279. 
Hérisson.  Manière  dont  il  échappe  à ses  en- 
nemis et  dont  il  fait  sa  provision  , III , 
745.  — Hérisson  de  mer;  III,  754. 
Hermaphrodite.  Participe  de  l’homme  et  de 
la  femme  ; 61.  —Monstre  hermaphrodite  ; 
III,  4. — Figure  d’un  hermaphrodite  à 
deux  têtes  ; 111 , 11.- — Définition  de  l’her- 
maphrodisme ; III,  15.  — Causes,  va- 
riétés, obligations  imposées  par  les  lois 
aux  hermaphrodites  ; indices  du  véritable 
sexe;  IIL,  16.  — Figure  de  deux  enfants 
jumeaux  hermaphrodites  joints  par  le 
dos;  III , 17. 

H ermodacte.  Procédé  pour  extraire  l’essence 
de  l’hermodacte  ; III , 629. 

Hernies.  Traitement  des  hernies , conseillé 
par  Arculanus;  Int.,  xci. — Espèces  de  her- 
nies connues  par  Montagnana  ; Int.,  xcm. 

— Par  Gatenaria  ; Int.,  xcvii.  — Procédés 
desNorsini  dans  le  traitement  des  hernies; 
Int.,  cm  ; 404. — Exemplesdeshernies  dia- 
phragmatiques; II,  95. — Hernie  du  cœur; 
II,  99.  — Du  poumon  ; II,  100.  — Cas  re- 
marquable de  hernie  du  cerveau  ; II,  212. 

— L’incision  des  hernies  pratiquée  par 
Gilbert,  l’anglais;  premières  notions  des 
hernies  de  la  ligne  blanche;  I II,  v. — Voyez 
Hargne. 

Herniers.  Ce  que  c’était  ; Int.,  cLxvm. 
Héron.  Présages  tirés  de  son  vol;  III,  739, 
756. 

IIerpes.  Excdens  et  miliaris  ; 320.  — Dé- 
finition , variétés  et  traitement;  340. — 
Inefficacité  de  la  corne  de  licorne  contre 
l’herpes  miliaris  ; III,  505. 

Hésiode.  Conseil  qu’il  donne  relativement 
à la  génération  ; II , 639. 

Hétéroglautis.  Ce  que  c’est  ; II,  419. 
Hièblb.  Ses  propriétés  contre  la  goutte  ; III, 

543. 


Hippocras  d’eau;  III,  400. 

Hippocrate  ; Int.,  xvm. — Cité  par  Gariopon- 
tus  ; Int.,  xxi. — Mis  à contribution  dans 
le  livre  deTrotula;  Int.,  xxiv.  — Com- 
mentaires de  Galien  sur  ses  aphorismes; 
Int.,  xxv. — Ses  traités  traduits  parGérard 
de  Crémone;  Int.,xxvn. — Ses  aphorismes 
cités  par  Erunus;  Int.,  xxxvi.—  II  est  cité 
par  Lanfranc;  Int.,  xlvi. — Rareté  de  ses 
livres  au  xive  siècle  ; Int.,  lx. — Ses  traités 
de  chirurgie  sont  inconnus  pendant  tout 
lexve  siècle  ; Int.,  cix. — Premières  éditions 
d’Hippocrate  et  de  ses  traductions;  Int., 
cxi.  — Sa  naissance,  ses  travaux;  18. 
— Usage  qu’il  fit  des  tableaux  d’Epidaure; 
19.  — Honneurs  qui  lui  furent  rendus 
à Abdère  et  à Athènes;  21.  — Comment 
il  fit  cesser  la  peste  d’Athènes;  III,  378. — 
Détails  biographiquessur  Hippocrate;  III, 
641 . — Vers  sur  Hippocrate  ; III,  642.  — 
Aphorismes  chirurgicaux  d’Hippocrate; 
III,  643. 

Hippopotame.  A donné  l’idée  de  la  phlébo- 
tomie ; 20  ; III,  737. 

Hippos  ; 83  ; II , 415. 

Hirondelles.  Nous  ont  appris  les  propriétés 
de  l’éclaire;  III,  736.  — Présages  tirés  de 
leur  vol  ; III,  739. 

Histoire.  L’histoire  de  la  chirurgie  intime- 
ment liée  à celle  de  l’esprit  humain  ; Int., 
xv. 

Hiver.  Tempérament  de  l’hiver;  38.  — 
Aliments  dont  il  faut  user  dans  celle  sai- 
son ; 69. 

IIocquet.  Causes  et  traitement  du  hocquet 
des  fiévreux  ; III,  196.  — Définition , cau- 
ses, pronostic  et  cure  du  hocquet;  III, 
446. 

Hommasses.  Ce  que  c’est;  II,  765. 

Homme.  Perfection  du  corps  de  l’homme; 
15.  — Supériorité  de  l’homme  sur  les  ani- 
maux; III,  763.  — Pourquoi  l’homme  ne 
présage  pas  les  changements  de  temps 
comme  les  animaux  ; l’homme  est  le  chef- 
d’œuvre  de  Dieu  ; III , 766.  — Aptitude  de 
l’homme  à imiter  la  voix  de  tous  les  ani- 
maux ; III,  767,  768. — Empire  qu’il  exerce 
sur  eux  ; III , 767. — Aptitude  de  l’homme 
à apprendre  toutesles  langues;  principales 
facultés  de  son  âme  ; III,  768. 

Homoeopathik.  On  retrouve  son  principe 
dans  Paracelse;  Int.,  ccxvtn. 

Honain.  Est  cité  par  Lanfranc;  Int.,  xlvi. — 
Traduction  provençale  de  ses  livres;  Int., 

LX1V. 

Honte.  Ses  effets;  78.  — Théorie  de  la 
honte  ; II,  661. 

Hordeolum.  Description  et  traitement;  II, 

422. 

Horreur.  Ce  que  c’est  ; III,  123. 

Hôtel-Dieu.  Esquisse  historique  de  l’Hôtel- 
Dieu;  Int.,  ccxxxi.  — Séjour  d’A.  Paré  à 
l’Hôtel-Dieu  ; 10. 

Huile.  Huile  de  petits  chiens  ; II,  189.  — ■ 
Huile  d’œufs  pour  les  brûlures;  II,  206. 
— Huiles  répercussives;  III,  535.  — At- 
tractives ; III,  536.  — Résolutives  ; III, 


TABLE 


836 

638.  — Suppuratives;  III,  640.  — Sar- 
cotiques  ; III,  544.  — Anodines  ; III,  549. 
— Acceptions  du  mot  huile  ; huiles 
faites  par  expression,  par  décoction, 
par  macération;  111,500.  — Par  insola- 
tion, par  résolution  ; III,  501. — Utilité 
des  huiies;  III,  602. — Extraction  des  huiles 
par  expression , par  ébullition  , par  infu- 
sion ; manières  de  faire  l’huile  de  Laurin , 
l'huile  d’œuf;  III,  025. — Manière  de 
faire  l’huile d’hy périon  et  l’huile  de  mastic; 
111,620. — Distillation  des  huiles;  III, 
626,  627,  637.  — Caractères  et  vertus  des 
huiles;  111,627.  — Autre  procédé  pour  ex- 
traire les  huiles  des  plantes  aromatiques  ; 
III,  629. — Manières  d’extraire  l’huile  des 
bois,  des  résines  et  des  gommes  ; III, 63o, 
631. — Huilede  résine  et  de  térébenthine; 

111.630.  — Huile  de  cire,  huile  de  myrrhe, 

111.631.  — Manière  de  faire  l’huile  de  vi- 
triol ; III , 633. 

Huîtres.  Emploi  des  huîtres  dans  le  traite- 
ment du  charbon;  III,  440. 

Hugues  de  Lucques.  Premier  chirurgien 
que  puisse  citer  avec  honneur  l’Europe 
moderne  ; Int.,  xxxi. — Injustement  criti- 
qué par  Guy  de  Chauliac;  Int.,  xxxii. — 
Chef  de  l’école  de  Bologne  (xm*  siècle)  ; 
Int.,  xxxv. 

Humeurs.  Tempérament  des  humeurs  ; im- 
portance de  la  connaissance  des  humeurs; 
39.  — Définition  ; 40  — La  combinaison 
des  humeurs  forme  le  sang;  41.  — Na- 
ture,consistance,  couleur,  saveur  et  usage 
des  humeurs;  42.  — Quand  et  de  quoi 
elles  se  forment;  42,  43,  44.  — Quand 
elles  se  meuvent;  44. — Humeurs  secondai- 
res; humeurs  contre  nature;  45. — Deux 
sortes  de  réplélions  d’humeurs;  73. — 
Humeurs  contenues  dans  l’œil  : humeur 
aqueuse,  239. — Humeur  cristalline;  240. 
— Humeur  vitrée  ou  albugineuse;  241. 
— Sur  l’humeur  des  jointures  11,118.  — 
Énumération  des  maladies  des  humeurs 
de  l’œil  ; II,  4 1 8.  — Variétés  de  la  fièvre 
humorale;  111,93. — Causesde  la  corrup- 
tion des  humeurs;  111,360. — Signes  indi- 
quant que  la  peste  vient  de  la  corruption 
des  humeurs  ; III , 386. — La  peste  venant 
de  la  corruptiondes  humeurs  est  la  moins 
contagieuse  ; III,  389. 

Humidité.  Propiiétés de  l’humidité;  II,  737. 
— L’humidité  est  un  élément  de  putréfac- 
tion ; III,  103. 

Humorale  (fièvre);  111,92,  160. 

Huspalim. Description  de  ce  monstre;  III, 784. 

Hydatis.  Ce  que  c’est;  II, 416,  422.— Trai- 
tement; II,  423. 

Hydrocèle.  Traitement  de  l’hydrocèle  selon 
Arculanus  ; Int.,  ici.  — Définition  ; 341  , 
394,  404,  415;  II,  796.  — Exemple  d’inci- 
sion d’une  hydrocèle  ; 346. — Causes  et 
signes  de  l’hydrocèle  ; 415. — Traitement; 
416. 

Hydrocéphale.  Définition  et  causes  de  l’hy- 
drocéphale; 376,  394;  11,679.— Signes  et 
traitement;  377. 


Hydromanciens  ; 111,60. 

Hydrophobie  j III,  306. 

Hydropiiysocei.e.  Ce  que  c’est;  404. 

Hydropisie;  341.—  Définition,  espèces  di- 
verses, causes  ; 394.  — Symptômes,  cu- 
rabilité ; 395.  — Traitement  médical  ; 396. 
— Paracentèse;  opinion  des  auteurs  sur 
celtcopération;  397. — Hydropisiede  la  ma- 
trice ; II,  791. — Causes  et  traitement;  II, 
792. 

Hyène.  Son  antipathie  pour  la  panthère; 
III,  761 

Hygiène  ;*2. 

Hymen.  Si  cette  membrane  existe?  167.  — 
Sa  rareté;  II,  747,  74s. — Opinion  des 
auieurs;  contradictions  des  matrones  à ce 
sujet  ; II,  748.  — Section  de  la  membrane 
hymen  ; II,  74S,  750. 

Hyoïde.  Anatomie  de  l’os  hyoïde;  250. 

Hypéricon.  Manière  de  faire  l’huile  d’hypé- 
ricon  ; III,  626. 

Hyperopsie.  Ce  que  c’est;  II,  414. 

Hypochondre.  Causes  diverses  et  remèdes  de 
la  tension  des  hypochondres;  III,  206. 

Hypociiyma.  Ce  que  c’est;  II,  418. 

Hypochysis.  Ce  que  c’est;  II,  419. 

Hypoglottides  ; III,  550. 

Hypopion.  Définition  ; II,  418,  433.  — Cau- 
ses, traitement;  II,  433.  — Confondu  par 
beaucoup  d’anciens  auteurs  avec  la  cata- 
racte; II,  441. — Ponction  des  membranes 
de  l’œil  dans  les  cas  d’hypopion  ; III,  525. 

Hypospadias;  II,  460,678. 

Hyposphagma. Ce  que  c’est;  11,417. 

Hystanes.  Sa  lettre  à Hippocrate  ; 111,641. 

Hystérie;  II,  751. 

I 

Ibis  ; a donné  l’idée  des  clystères  ; 20  ; III , 
737. 

Ichor.  Ce  que  c’est  ; II,  244,  248. 

ICOLOPOM ACHOERION  ; 390. 

Ictère  ; 83. 

If.  Ses  propriétés  vénéneuses,  et  remèdes  ; 
III,  339. 

Iléon  ; 139;  II,  513. 

Illusions.  Exemples  de  plusieurs  illusions 
diaboliques  ; III,  59. 

Imagination,  définition;  58;  II,  65S.  — 
Exemples  divers  de  maladies  venant  de 
l’imagination  ; 98.  — Où  réside  la  faculté 
imaginative;  215;  II,  659.  — Puissance 
de  l’imagination  ; II,  65S.  — Monstres  qui 
se  font  par  imagination  ; III,  23. 

Immobilité.  Immobilité  absolue  , signe  de 
mortification  parfaite;  II,  220. 

Imperforation  de  la  verge  et  de  l’anus  ; II , 
461,678.  — Des  oreilles,  du  nez,  delà 
bouche  ; II,  678.  — Du  col  de  la  matrice; 
II,  678,  750,  793. 

Imposteurs.  Des  diverses  espèces  d’impos- 
teurs; 101.  — Devraient  être  chassés  des 
Etats;  103. 

Imprimerie.  Invention  de  l’imprimerie;  Int., 
ex. — Son  influence  sur  l’étude  de  la  mé- 
decine et  de  la  chirurgie;  Int.,  cti. 


ANALYTIQUE. 


837 


Impuissance  Impossibilité  de  constater  ju- 
diciairement l’impuissance  ; III , 668.  — 
Voy.  Stérilité. 

Inanition  ; 73. 

Inappétence.  Cause  et  remède  de  l’inappé- 
tence chez  les  fiévreux  ; III,  105. 

Incarnatif.  Collyre  incarnatif  pour  les  yeux  ; 

II , 78. 

Inciseurs.  Ce  que  c’était  ; Int.,  cxlvi  , clxix. 

Incision.  Précautions  à prendre  dans  l'inci- 
sion des  abcès  ; 334,  335,  336.  — Incision 
ou  marque  du  crâne;  II,  13.  — Espèces 
diverses;  II,  17.  — Traitement;  II,  19. 
— Emploi  des  incisions  dans  le  traitement 
de  la  gangrène;  II , 218. 

Incombustibilité  ; III , 67.  — La  salamandre 
n’est  pas  incombustible  ; III,  318. 

Incontinence.  Cause  de  l’incontinence  d’u- 
rine des  vieillards  ; II , 498, 

Incubes.  Ce  que  c’est;  III,  57.  — Impossi- 
bilité du  commerce  charnel  attribué  aux 
incubes  ; III , 5S.  — Ce  que  c’est , suivant 
les  médecins  ; causes  de  ce  mal , III,  66. 
— Traitement;  III , 67. 

Indications.  Ce  qu’entendent  par  ce  mot  les 
chirurgiens  ; trois  espèces  générales  d’in- 
dications ; 84.  — Indications  ré-ultant 
du  tempérament  général  ou  partiel;  85. 
— De  l’âge,  du  sexe , de  la  saison,  des  cir- 
constances, de  l’état,  delà  manière  de  vivre; 
86.  — Des  symptômes  ; utilité  de  toutes 
ces  indications;  87.  — Des  indications 
contraires;  89.  — Indications  de  simili- 
tude; 90. — Table  des  indications;  92. 

Induration.  Signes  de  l’induration  des  tu- 
meurs; 323.  — Terminaison  ordinaire  de 
l’œdème  ; 342. 

Inflammation.  Fièvre  symptomatique  ve- 
nant d’infiaramation  ; III , 177. 

Influence  de  la  joie  sur  la  guérison  de  cer- 
taines maladies;  98.  — Des  convulsions 
sur  le  pronostic  des  plaies;  433.  — Du 
tempérament  sur  la  production  de  la  peste; 

III,  388. 

Ingrassias.  Son  Iatrapologia  ; Int.,  cxcvi. 

Injections  pour  les  ulcères  de  la  matrice  ; II, 
267.  — Contre  la  chaudepisse;  II,  563, 
564.  — Injection  propre  dans  le  traitement 
des  carnosités  de  la  verge;  II,  570. — Pour 
cicatriser  les  ulcères  de  la  verge  après  l’a- 
blation des  carnosités  ; II,  576.  — Pour  les 
suffocations  de  la  matrice  ; II,  759. — Pour 
arrêter  le  flux  menstruel  excessif;  II,  774. 
— Contre  les  fleurs  blanches;  II,  778. 

Innocent  VI  s’attache  Guy  de  Chauliac; 
Int.,  lxiv. 

Innominé.  Du  cartilage  innominé;  256. 

Inondations  ; III,  794. 

Insectes.  Présages  de  peste  tirés  de  leur 
abondance;  111  , 364.  — Définition  du 
mot  insecte  ; III , 744. 

Insensibilité.  Insensibilité  absolue  signe  de 
mortification  complète;  II,  220. — In- 
sensibilitésymptomaliquedela  lèpre;  III, 
277. 

Insessions.  Ce  que  c’est  ; ingrédients,  usage, 
administration;  111,695. 


Insomnies  résultant  d’un  trouble  menstruel  ; 

II , 784. — Insomnies,  diagnostic  de  fièvre  ; 

III,  81. — Remèdes  contre  l’insomnie;  III, 
187. 

Inspiration.  Ce  que  c’est;  187. 

Instinct  des  animaux  ; III,  736,  739, 740. 

Instruments.  Instruments  tranchants  en 
usage  aux  xvc  et  xvie  siècles  ; 389. — Figure 
d’un  instrument  propre  à presser  la  dure- 
mère  ; II,  46.  — Instruments  propres  à 
extraire  les  balles  et  autres  corps  étran- 
gers ; II,  147.  — Instruments  servant  à 
réduire  les  luxations;  11,355.  — F’igure 
d’instruments  pour  arracher  les  dents;  II, 
452.  — Instruments  propres  à extraire  la 
pierre  après  l’incision  de  la  verge  ; II , 475. 
— Figure  d’un  instrument  propre  à sup- 
pléer à l’absence  de  la  langue  ; II , 609.  — 
Récapitulation  des  instruments  de  chirur- 
gie mentionnés  dans  l’ouvrage;  III,  639. 

IntrmpÉrature  ; 80. 

Intermittentes  (lièvres);  111,95,  100,  101, 
104,  113,  114,  117,  138,  147,  153. 

Intestins.  Leur  substance;  138.  — Leur 
quantité,  figure,  nombre;  139.  — Leur 
situation  , leur  connexion  ; 140. — Leur 
tempérament,  action,  utilité  et  longueur; 
141.  — Instruction  pour  ôter  les  intestins; 
150.  — Hargne  intestinale;  404.  — Pro- 
nostic des  plaies  des  intestins  grêles;  433. 
— Suture  propre  aux  plaies  des  intestins  ; 
440.  — Signes  et  pronostic  des  lésions  de* 
intestins;  II,  105;  III,  654. — Ponction 
des  intestins  gonflés  de  gaz.  Suture  et  ré- 
duction des  intestins;  II,  107. — Ulcères 
des  intestins;  II,  265.  — Chute  et  réduc- 
tion du  gros  intestin  ; II,  794.  — Exemple 
de  pierre  engendrée  dans  les  intestins  ; 
III,  32.  — Des  vers  des  intestins;  III, 
264.  Voy.  Boyaux. 

Introduction.  Objet  et  division  de  l’intro- 
duction de  cette  édition;  Int.,  xi.  — 
Première  partie  : Histoire  de  la  chirurgie 
en  Occident  du  vi' au  xvie  siècle  ; Int.,  xv. 
— Deuxième  partie  : De  la  chirurgie  pen- 
dant la  première  moitié  du  xvie  siècle; 
Int.,  clxxii. — Troisième  partie  : Ambroise 
Paré;  Int.,  ccxxiv. 

Iris.  Description  de  l’iris  ; 238. 

Isaac.  Est  cité  par  Lanfranc  ; Int.,  xlvi. 

Ischurie.  Garai  tères  et  traitement  de  l’is— 
churie  ; III , 2o2. 

Isciiias  ; III , 209. 

Italie.  Origine  des  universités  et  des  Ecoles 
d’Italie  ; Int.,  xxviil— Règlements  relatifs 
à l'enseignement  de  la  médecine  dans 
cette  contrée  ; Int.,  xxx. — Déclin  des  uni- 
versités italiennes  ; Int.,  xlvii.  — Ce  que 
dit  Guy  de  Chauliac  des  chirurgiens  ita- 
liens; Int.,  lxvii.  — Derniers  chirurgiens 
arabistes  en  Italie  ; Int.,  lxxiii. — Etatde  la 
chirurgie  en  Italie  au  xvr  siècle;  Int., 

CCLXXXV. 

Ivoire  ; III,  786. 


838 


TABLE 


J 

Jacob.  Sa  traduction  d’Abenzoar;  Int.,  lx. 

Jacopo  de  Bertinoro,  prend  à Bologne  le  titre 
de  maître  dès  1(99;  Int.,  xxix. 

Jacques  Ier,  seigneur  de  Montpellier.  Son 
édit  relatif  à la  Faculté;  Int.,  xxx. 

Jacques  de  Forli  ; Int.,  lxxxvi. 

Jalousie.  Son  inlluence  sur  la  fièvre  ; 111,85. 

Jambe.  Description  générale  de  la  jambe; 
288.  — Os  de  la  jambe;  299.  — Muscles 
de  la  jambe-,  300.  — Plaies  des  jambes; 
II,  110.  — Exemple  d’amputation  de  la 
jambe;  II,  221.  — Préceptes  pour  l’am- 
putation de  la  jambe;  II,  222.— Pronostic 
des  fractures  des  os  des  jambes;  II.  299. 
— Fractures  de  la  jambe;  II,  328.— Figure 
d’une  jambe  rompue  avec  plaie;  II,  332. 
— Figures  de  jambes  artificielles  ; 11,619. 
— Figure  d’une  jambe  de  bois  pour  les 
pauvres;  II,  620. — Moyen  de  remédier 
au  défaut  d’une  jambe  trop  courte;  II, 
621.  — Figure  d’un  enfant  ayant  quatre 
jambes,  deux  bras  et  deux  tètes;  III,  8. 
— Figure  d’Un  monstre,  ayant  quatre 
jambes  et  quatre  bras;  III,  12.  — Figure 
d’un  cochon  ayant  huit  jambes  ; III,  13. — 
Figure  d’un  monstre  sans  jambes  ; III,  21. 
— Simulation  d’un  ulcère  à la  jambe;  III, 
■47. — Douleur  des  jambes  des  fébrici- 
tants; III,  186. 

Jamerius,  chirurgien  du  xni'  siècle;  Int., 
xxxv. 

Jargon  des  mendiants  ; III,  49. 

Jarrets.  Brûlures  des  jarrets  ; II,  208. 

Jaunisse.  Causes,  caractères  et  traitement  de 
la  jaunisse , symptôme  de  fièvre  ; III,  104. 
— Simulation  de  la  jaunisse  ; III , 49.  — 
Amulette  contre  la  jaunisse  ; III , 64. 

Jean.  Son  édit  sur  l’exercice  de  la  chirurgie; 
Int. , cxxvi. 

Jean  deCampanie.  Sa  traduction  d’Abenzoar; 
Int.,  lx. 

Jean  Dondi.  Lettre  que  lui  adresse  Pétrarque; 
Int. , xlviii. 

Jean  de  Luxembourg.  Détails  sur  ce  roi  de 
Bohème;  Int. , lxii. 

Jean  , fils  de  Mésué  Est  cité  par  Lanfranc  ; 
Int. , xlvi. 

Jean  de  Parme,  reçoit  le  premier,  à Bologne, 
des  émoluments  du  trésor  public  en  1308  ; 
Int.,  xxix. 

Jean  des  Romains  ; Int. , cvi. 

Jean  de  Saint-Paul.  Est  cité  par  Lanfranc  ; 
Int. , xlvi;  III,  v. 

Jean  de  Troves.  Aperçu  historique  sur  ce 
chirurgien  ; Int. , cxlii. 

Jean  (St.).  Mal  St -Jean  ; II,  80.  — Simula- 
tion du  mal  St-Jean  ; III , 52. 

Jectigation.  Causes  et  traitement  de  ce 
symptôme  des  fièvres;  III,  190. 

Jéjunum;  139. 

Jérôme  de  Brunswick.  Son  époque  ; Int. , 
ccii.  — Son  livre;  idée  qu’en  donnent 
Haller  et  Sprengel  ; Int. , ccm. 

Jeunesse.  Quel  est  le  tempérament  de  cet 
âge;  36. 


Joie.  Ses  effets,  76.  — Influence  de  la  joie 
sur  la  guérison  de  certaines  maladies,  98. 
— Théorie  de  la  joie  ; II , 661. 

Jointures.  Pronostic  des  plaies  des  jointures, 
433  ; II , 117.  — Traitement  ; II , 117.  — 
Danger  de  trop  serrer  les  jointures;  II  , 
293.  — Pronostic  des  fractures  des  join- 
tures; II,  299.  — Dangers  des  fraciures 
faites  près  des  joinlures  ; II , 326.  — Gra- 
vité des  maladies  des  jointures  ; III,  219. 
— Remèdes  pour  fortifier  les  jointures  des 
goutteux;  lit , 231  , 246.  — Douleurs  des 
jointures  faites  d’intempéralure  sans  ma- 
tière ; III,  245.  — Des  nœuds  qui  viennent 
aux  jointures  des  goutteux  et  de  leur  cu- 
ration ; III,  247. 

Jordan;  Int. , cccxxxv. 

Joubekt.  Hommage  par  lui  rendu  à A.  Paré; 
Int.,  cclxxv. — Certificats  de  matrones 
extraits  de  son  traité  des  Erreurs  popu- 
laires ; III,  666. 

Joue.  Pronostic  des  plaies  des  joues , 433.— 
Plaies  des  joues  ; II,  82.  — Danger  de  trop 
serrer  les  plaies  des  joues;  II,  292. 

Journalière  (Fièvre)  ; III,  88. 

Juifs.  Brillent  dans  la  culture  de  la  méde- 
cine ; Commencent  à se  répandre  en  Eu- 
rope avant  les  croisades;  Int.,  xi-x.  — 
Leur  influence  sur  l’état  de  la  médecine 
en  Allemagne  au  xv*  siècle;  Int.,  cc. 
— Accusation  portée  contre  eux  lors  de  la 
peste  de  1348  ; III,  461.  — Procédés  d’em- 
baumement des  Juifs  ; III,  476,  671. 

Juleps  pour  le  spasme  ; 445.  — Pour  les  pes- 
tiférés; III , 401. 

Jumeaux.  Figures  de  deux  filles  jumelles 
unies  par  les  parties  postérieures;  III,  6. 
— Figure  de  deux  jumeaux  n’ayant  qu’une 
seule  tète;  III,  9.  — Figure  de  deux  filles 
jumelles  unies  par  le  front,  et  de  deux 
jumeaux,  mâle  et  femelle  , joints  par  les 
parties  inférieures;  III,  10.  — Figure  de 
deux  tilles  jointes  par  les  parties  anté- 
rieures; III,  11.  — Figure  de  deux  ju- 
meaux n’ayant  qu’un  seul  sexe;  III,  13. — 
Figure  de  deux  enfants  jumeaux  herma- 
phrodites joints  par  le  dos  ; lit,  17. 

Juridiction.  Ce  que  c’était  que  le  droit  de 
juridiction;  Int.,  cxxxii. 

Jus  répercussils  ; III,  534.  — Résolutifs  ; III, 
538.  — Agglutinatifs;  III,  546. 

Jusqu t ame.  Ses  propriétés  vénéneuses , et 
contre-poisons;  III,  335. 

L ^ . 

Lacs.  Diverses  espèces  de  lacs  ; II , 292. 

Lacuna.  Savant  chirurgien  espagnol;  II,  574. 

Ladres  blancs  ; III , 351. 

La  Fere.  Voyage  d’A.  Paré  à La  Fére , après 
la  bataille  de  Saint-Quentin  ; III . 721. 

Lagopiithalmie,  82. — Définition,  82  ; II,  416, 
421.  — Causes  et  traitement,  75,  421. — 
Pronostic  , 421. 

Laideur.  Répugnance  des  enfants  pour  ce 
qui  est  laid  ; II , 687. 

Lait.  Emploi  du  lait  de  femme  dans  le 


ANALYTIQUE. 


traitement  de  l’ophthalmie  ; II  , 77.  — 
Dans  celui  des  plaies  de  poitrine  ; II|, 
103. — Dans  celui  des  fièvres  hectiques  ; 
III  ; 173. — Evacuation  du  lait  des  nou- 
velles accouchées  par  la  matrice;  11,502. 
— Influence  de  la  qualité  du  lait  sur 
la  santé  du  nourrisson  ; II , 685.  — In- 
fluence fâcheuse  du  coït  sur  le  lait  des 
nourrices;  II,  686.  — Influence  du  lait 
sur  lecaractère  du  nourrisson;  II,  686,  687. 
— Qualités  du  lait  d’une  bonne  nourrice; 

II,  688.  — Influence  du  sexe  de  l’enfant 
sur  la  qualité  du  lait;  II,  689. — Moyens 
de  détourner  le  lait;  II  , 709.  — Il  y a 
des  vierges  et  même  des  hommes  qui  ont 
du  lait;  II , 771  ; III,  667.  — Le  lait  des 
nourrices  médicamentées  devient  médi- 
camenteux ; III , 259.  — Influence  de 
l’alimentation  sur  les  qualités  du  lait;  III, 
288, 455. 

Lait  virginal.  Manière  de  distiller  le  lait 
virginal  ; III,  625. 

Lame  de  myrte,  389. 

Lamie.  Description  , mœurs , usage  qu’on 
fait  de  ses  dents  ; III , 777. 

Lamproie.  Sollicitude  de  la  lamproie  pour 
ses  petits;  III , 749.— Educabilité  des  lam- 
proies ; III , 750. 

Lancette.  Description  et  figure  de  la  lan- 
cette à jeton  et  à anneau,  333,  334,  338. — 
Figure  d’une  lancette  courbée  pour  les  am- 
putations ; II , 223. — Figure  d'une  lancette 
pour  faire  les  saignées  ; II,  522.  — Figure 
d’une  lancette  propre  à faire  des  scarifi- 
cations; II  , 523. 

Landré.  Son  opinion  sur  la  corne  de  licorne; 

III,  507. 

Landrecies.  Voyage  d’A.Paré  à Landrecies  ; 
III , 695. 

Lanfranc.  Véritable  créateur  de  la  chirurgie 
en  France;  ses  rapports  avec  Guillaume 
de  Saticet;  Int. , xliv. — Son  exil;  vient  à 
Lyon,  puis  à Paris  ; écrit  sa  Petite  et  sa 

j Grande  Chirurgie  ; Int.,  xlv.  — Ses  em- 
prunts, son  érudition  ; la  chirurgie  dé- 
cline entre  ses  mains;  Int.,  xlvi. — Dote 
la  Faculté  de  Paris  d’un  large  enseigne- 
ment chirurgical  ; Int. , lix.  — Moyens 
indiqués  par  lui  pour  allonger  le  mame- 
lon ; II  , 693. 

Langage.  Nécessité  d'un  langage  universel  ; 
III,  759. 

Lange.  Ce  qu’il  dit  de  l’état  de  la  chirurgie 
allemande  ; Int.,  cxcviii.  — Ce  qu’il  dit 
des  chirurgiens  de  son  siècle  ; Int,,  cxcix. 
— Détails  biographiques  ; ce  qu’il  a écrit 
sur  les  plaies  d’armes  à feu  ; Int.,  cclv. — 
Histoire  de  sorcellerie  rapportée  par  lui  ; 
III  , 60. 

Langue.  Anatomie  de  la  langue  , 252.  — 
Traitement  des  plaies  de  la  langue;  II, 
88.  — Ulcères  de  la  langue  ; II , 262.  — 
Causes  naturelles  et  accidentelles  de  la 
rétraction  de  la  langue,  opération  ; II  , 
455.  — Moyen  de  suppléer  à l’absence  de 
la  langue  ; II , 608.  — Exemple  de  pierre 
engendrée  sous  la  langue  ; III,  32. — Cau- 


839 

ses  de  la  sécheresse,  noirceur  et  âpreté  de 
la  langue  des  fiévreux  , remède  contre  ces 
accidents;  III,  205.  — Etat  de  la  langue 
chez  les  lépreux;  III , 276. 

Languette  , 257. 

Lapins.  Ont  appris  aux  hommes  à faire  des 
mines  ; III , 752. 

La  Rivière  (Etienne  de).  Son  procès  avec 
Charles  Etienne;  son  livre;  Int.  , ccxli, 

Larrey  (M.).  Dernier  défenseur  des  fanons  en 
France  ; II , 290. 

Larynx.  Sa  part  dans  la  formation  de  la  voix, 
186.  — Anatomie  du  larynx,  255. 

Lassus.  Ses  recherches  pour  découvrir  les 
descendants  d’Ambroise  Paré;  III,  xi. 

Laurin.  Manière  de  faire  l’huile  de  laurin  ; 
III , 625. 

Lavauguyon.  Son  silence  sur  les  fanons  ; II , 
289. 

Lazare  de  Padoue.  Brunus  lui  dédie  l’Abrégé 
de  sa  chirurgie  ; Int. , xxxvi. 

Lefèvre  (François).  Sa  traduction  des  livres 
d Hippocrate;  Int.,  cclxv. 

Lenticulaire.  Figure  d’un  instrument  len- 
ticulaire pour  aplanir  les  aspérités  des  os 
du  crâne  ; II , 58. 

Lenticules.  Ce  que  c’est;  III,  423. 

Leonina,  82;  III,  275.  Voyez  Lèpre. 

Lepaulmier.  Son  livre  sur  les  plaies  d’armes 
à feu  ; son  pamphlet  contre  A.  Paré  ; Int., 

CCLXXVI. 

Lèpre.  320.  — Simulation  de  la  lèpre  ; III , 
47.  — Nom  donné  à la  lèpre  par  les  anciens, 
définition  tirée  des  auteurs  ; III  ,271.  — 
Causes  et  contagiosité  de  la  lèpre;  III, 
272.  — Signes  des  prédispositions  et  des 
différentes  périodes;  III,  274  à 278.  — 
Pronostic; III,  279. — Nécessité  de  séques- 
trer les  lépreux;  111,280. — Traitement  pré- 
ventif; 111,281.— Lèpre  des  Grecs;  111,282. 
— Rapports  sur  des  cas  de  lèpre  ; III , 669. 

Léthargie.  Maladie  propre  du  cerveau , 212. 

Leucoma.  Ce  que  c’est;  II , 419. 

Leucopiilegmatie.  Ce  que  c'est,  394.  Voyez 
Pâles  couleurs. 

Lèvres.  Muscles  des  lèvres  , 244.  — Suture 
propre  aux  plaies  des  lèvres,  440  ; II , 84. 
— Brûlures  des  lèvres  , II  , 208.  — Dan- 
ger de  trop  serrer  les  plaies  des  lèvres;  II, 
292, — Moyen  de  dissimuler  l’ablation  des 
lèvres  ; II , 6i0.  — Etat  des  lèvres  chez 
les  lépreux  ; III , 276. 

Lézard.  Remède  contre  la  morsure  du  lé- 
zard; 11,205.  — Amilié  du  lézard  vert 
pour  l’homme  ; III , 760. 

Liberté  de  l’enseignement  médical  jusqu’au 
xin*  siècle  ; Int.  xxix.  — Influence  de  la 
liberté  sur  les  progrès  de  la  chirurgie  en 
Allemagne  ; Int.  ccn. 

Libraires.  On  commence  à en  trouver  dans 
certaines  grandes  universités  au  xih*  siè- 
cle ; Int.  xl 1 1 1 . 

Licencié.  Ce  que  c’était  que  ce  grade  ; Int. 

CXXX1I. 

Lichen  ; II , 533. 

Licorne.  Origine  du  discours  sur  la  licorne  ; 
Opinions  diverses  sur  l’existence,  le  pays, 


TABLE 


84o 

la  figure  et  les  mœursde  cet  animal  ; 111  , 
470  , et  49:!  à 497.  — Fausseté  des  vertus 
attribuées  à la  corne  de  licorne  ; III , 471, 
472.  — Prix  énorme  de  celte,  corne  ; III , 
47)  , 506.  — Doutes  sur  l’existence  de 
la  licorne;  III,  492.  — Opinions  dif- 
férentes des  auteurs  sur  la  forme  et  la 
eouleur  de  la  corne  de  licorne  ; III,  493  , 
494  , 495  , 496  , 497.  — Vertus  attribuées 
à la  corne  de  licorne  ; III , 494  , 495 , 498. 

— Contradictions  des  auteurs  sur  le  natu- 
rel de  la  licorne;  111  , 498.  — Lieux  où 
l’on  garde  des  cornes  de  licorne  ; III , 499. 

— Preuves  de  la  fausseté  des  vertus  attri- 
buées à la  corne  de  licorne,  résultant 
d’expériences  ; III , 505.  — Preuves  tirées 
des  écrits  des  anciens  et  des  modernes; 
III , 507.  — Preuves  tirées  du  raisonne- 

f ment  ; III  , 509. 

Lic.t  ; II.  Voyez  Arrière-faix. 

Liège.  Propriétés  des  eaux  de  Liège;  III,  598. 

Liens.  Diverses  espèces  de  liens  ; II , 292. 

Lienterie.  Causes  et  symptômes  du  flux 
lientérique  ; III , 449. 

Lierre.  Par  qui  a été  enseignée  son  utilité; 
19. 

Lièvre.  Effets  du  venin  du  lièvre  marin  , 
et  remèdes;  III,  3.33.  — Sollicitude  du 
lièvre  pour  ses  petits;  III,  745. — Son 
antipathie  pour  le  chien  ; III , 760. 

Ligaments.  Constitution  des  ligaments , 34. 
— Définition  ; 127,  261.  — Diverses  ac- 
ceptions du  mot  ; 261.  — Plaies  des  liga- 
ments ; II,  120. — Signes  de  l’extension 
des  ligaments  ; II , 351. 

Ligatures.  Précautions  préalables;  cas' où 
il  faut  y recourir  ; 436.  — Trois  sortes  de 
ligatures:  glutinalive  ou  incarnative  , ex- 
pulsive  , retentrice;  437.  — Ligature  des 
artères;  II,  8.  — Ligature  des  plaies 
envenimées;  II  192. — Fortes  ligatures, 
causes  de  gangrène  ; II , 212.  — Signes  de 
cette  gangrène;  II,  216.  — Application 
de  la  ligature  aux  vaisseaux  ouverts  dans 
les  amputations  ; 441  ; II,  224,  226. — Uti- 
lité des  ligatures  dans  les  amputations  ; 
II,  222,  285,  286. — Ligature  des  dents;  II, 
307.  — Ligatures  pour  les  luxations;  II, 
356.  — Pour  les  luxations  de  l’épaule  ; II, 
370.  — Ligature  prescrite  par  Marianus 
pour  l’opération  de  la  taille;  II , 479. — 
Ligature  du  cordon  ombilical  ; II , 677. — 
Ligature  magique;  II,  733. — Ligature 
des  verrues  de  la  matrice;  II , 788.  — Fi- 
gure d’un  instrument  propre  à la  faire  ; 
11,789. — Autorités  en  faveur  de  la  bonté 
de  la  ligature  des  veines  et  artères  ; III , 
678.  — Raisonnements  ; III , 680.  — Ex- 
périences ; III , 681 . 

Ligne  blanche;  133. — Premières  notions  des 
hernies  de  la  ligne  blanche;  III,  v. 

Limaçons.  Leur  emploi  dans  le  traitement 
des  hernies  ; 407.  — Emploi  de  l'écume 
de  limaçons  dans  la  réduction  du  gros 
boyau  culier;  419.  — Utilité  des  lima- 
çons dans  le  traitement  de  la  fièvre  hec- 
tique; III , 176. — Dans  celui  de  la  goutta  ; 


III  ; 242.  — Dans  celui  des  charbons  ; III, 
440.  — Limaçon  de  la  mer  Sarmalique  ; 
111  , 774. 

Limes.  Figures  de  limes  à limer  les  dents  ; 
II , 450. 

Liniments  pour  le  phlegmon  , 330.  — Pour 
l’érysipèle  ; 339.  — Pour  les  tumeurs 
aqueuses  et  venteuses;  345. — Pour  les 
écrouelles  ; 354.  — Pour  les  chancres  , 
366,  367.  — Pour  les  tumeurs  de  l’oreille, 
380.  — Pour  l’hvdropisie  ; 396.  — Pour  le 
spasme  ; 445.  — Pour  les  paralysies  ; 448 , 
449.  — Pour  les  plaies  de  la  tête  ; II , 45. 
— Pour  les  plaies  par  harquebuses  ; II, 
156.  — Pour  les  grandes  contusions;  II , 
196  ; III , 485. — Pour  les  plaies  résultant 
d’amputation  ; II,  231,234.  — Pour  amol- 
lir le  cal  difforme  ; II  , 345.—  Pour  les  co- 
liques venteuses;  II,  517.  — Liniment 
mercuriel  de  Vigo  ; II,  542.  — Liniment 
pour  les  carnosilés  de  la  verge  ; II , 567. 
— Pour  les  dartres  ; II,  598.  — Pour  faci- 
liter l’accouchement  ; II , 675. — Pour  dé- 
tourner le  lait  des  mamelles  ; II,  709.  — 
Pour  la  goutle  de  matière  chaude;  III  , 
239,  240.  — Contre  la  goutte  provenant 
d’humeur  cholérique  ; III , 241 . — Contre 
les  ventosités  qui  accompagnent  les  dou- 
leurs arthritiques  ; III , 249.  — Pour  effa- 
cer les  cicatrices  de  la  petite-vérole  ; III , 
263.  — Pour  détruire  les  cïrojùs  , poux  et 
morpions  ; III,  271.  — Liniment  résolutif 
des  bubons  pestilentiels  ; III,  427.  — Li- 
niment escarolique  ; III,  433.  — Liniment 
pour  effacer  les  cicatrices  ; III,  443. — Dé- 
finition des  liniments,  usage,  qualités 
diverses,  ingrédients;  formules  de  lini- 
mcnls  échauffant,  atténuant  et  digérant  ; 
humectant  et  rémollitif  ; III , 562.  — Par- 
ties où  ils  s'appliquent;  III,  563.  — Lini- 
ment pour  tenir  le  teint  frais  ; III  , 604. 

Linotte.  Son  antipathiepourleBruant;  III, 
761. 

Lion.  Lion  engendré  d’une  brebis;  III,  45. — 
Crainte  que  la  licorne  inspire  au  lion  ; III, 
498.  — Jalousie  du  lion  ; III,  746.  — Soin 
qu’il  prend  de  ses  griffes  ; III,  751.— Effroi 
que  lui  inspire  le  coq  ; III , 751,  752,  760. 
— Lion  marin  couvert  d écailles  ; lion  ma- 
rin ayant  figure  humaine  ; III , 771. 

Lippitude.  Définition,  pronostic  et  traite- 
ment de  cette  maladie;  II,  425. 

Lipothymie.  Cause  de  la  lipothymie  des  fié- 
vreux ; III , 199.  — Traitement  ; III , 200. 

Liqueur  pour  préserver  des  rides  le  ventre 
des  nouvelles  accouchées  ; Il , 708. 

Lisfranc  nu.).  Son  interprétation  de  la  doc- 
trine d’A.  Paré  sur  les  anévrismes;  372. 

Litiiarge.  Son  action  sur  l’économie  hu- 
maine , et  contre-poison  ; III , 342. 

Litiiiasis.  Ce.  que  c’est;  II,  416. 

Lithotome.  Figure  d’un  litholome  à tran- 
chant concave  ; II , 188. 

Litiiotritie.  Premier  exemple  de  la  litho— 
trilie  pratiquée  avec  succès;  Int.,  extv. — 
Mentionnée  par  Benedetti;  Int.,  exevi; 
II,  477. 


ANALYTIQUE.  8/il 


Livre.  Mesure  employée  en  pharmacie;  III, 

Livres.  Leur  rarelé  et  leur  cherté  au  xur  siè- 
cle; Int. , xliii. — Défende  que  fait  l’uni— 
ver.'iléde  Bologne  d’en  emporter  hors  de 
la  ville  ; lui.,  xliv,  xlvii. 

Lois.  Privilèges  qu’assuraient  aux  médecins 
celles  des  Visigoths;  pénalité  qu’elles  leur 
infligeaient;  Int.,  xvii.  — Ohligut:ons 
qu’elles  imposent  aux  hermaphrodites;  III, 
IG. 

Lombards.  Dispositions  de  leur  code  re  ati- 
ves  aux  médecins;  Int , xvii. 

Lombes.  Nerfs  des  lombes;  292.  — Pronostic 
des  luxations  des  vertèbres  des  lombes  ; 

II , 305. 

Lonc.  Du  muscle  long;  264. 

Lotions  pour  la  gangrène  ; II , 219.  — Pour 
les  plaies  cautérisées;  II,  235. 

Loue.  Espèce  de  chancre;  304.  — OF.il  de 
loup  ; II , 419.  — Espèce  d'araignée  ; lit , 
320.  — Antipathie  du  loup  pour  l’homme; 

III , 700.  — Les  loups  ont  appris  aux  hom- 
mes à faire  des  embuscades  ; 111  , 752. 

Loup-garou  ; 82. 

Loupes.  Ce  que  c’est;  341,  349. — Causes, 
signes,  résolution,  incision,  extirpation; 
350.—  Exemples  d’opéra  lions  ; 35 1 . — His- 
toire d’une  loupe  remplie  de  poils  ; III,  41. 

Luette.  Description  de  la  luette;  255. 

Lumière.  Horreur  des  hydrophobes  pour  la 
lumière  ; III , 307. 

Lune.  Influence  de  la  lune  sur  la  menstrua- 
tion ; II,  762.  — Sur  la  production  de  la 
peste;  III,  367.  — Sur  l’économie  ani- 
male en  général  ; III , 390.  — Présages  des 
changements  atmosphériques  ti rés  de  l’as- 
pect de  la  lune  ; III,  739. 

Luxations.  Leur  traitement  en  Allemagne  au 
xv'  siècle;  Int.,  cci. — Causes  de  gan- 
grène; II,  212.  — Signes  de  cette  gan- 
grène ; II,  216.  — Des  bandages  des  luxa- 
tions ; H,  280.  — Comment  doivent  être 
faits  les  bandages  des  luxations  ; II  , 281. 

— Procédé  de  réduction  des  luxations  ; II, 
301.  — Définition  du  mot  luxation;  diver- 
ses espèces  de  luxations  ; II , 348.  — Dif- 
férence des  luxations;  causes  internes  et 
externes  ; II , 349.  — Causes  héréditaires  ; 
II , 350.  — Signes  généraux  des  luxations  ; 
pronostic  ; les  luxations  sont  plus  fréquen- 
tes chez  les  hommes  maigres  que  chez  les 
hommes  gras;  II,  351. — Traitement  des 
luxations  accompagnées  de  fracture  et  de 
plaie  ; cure  générale  ; II , 353.  — 1",  2e,  3' 
et  4'  intentions;  II,  354.  — 5'  intention, 
traitement  particulier  des  luxations  invé- 
térées; II,  355. — Luxations  de  la  mâchoire 
inférieure  ; II , 357.  — De  l’os  claviculaire 
ou  jugulaire  ; variétés  ; réduction  ; II,  359. 

— Difficulté  de  reconnaître  cette  luxation  ; 
luxations  de  l’épine  dorsale;  II,  360.— 
De  la  tète  avec  la  première  vertèbre  du 
col  ; luxation  des  autres  vertèbres  du  col  ; 
Il , 361.  — Des  vertèbres  du  dos;  II,  362. — 
De  l’épine  dorsale  ; II , 363.  — Des  vertè- 
bres résultant  de  cause  interne;  II,  364. 


— Pronostic  de  ces  luxations;  II , 365.  — 
Luxations  du  coccyx  ; II , 366. — Des  cô- 
tes; II,  367.  — De  l’épaule,- II,  368.  — Ma- 
nières de  les  réduire  ; II , 369  à 379.  — Du 
coude;  de  combien  de  manières  le  coude 
peut  se  luxer;  rareté  de  ces  luxations  ; 
pronostic;  diflicullé  de  leur  réduction; 
II , 380. — Causes  et  symptômes  des  luxa- 
tions du  coude;  II,  381  — Manière  de 
réduire  les  diverses  luxations  du  coude  ; II, 
382,  383,  384.  — Luxations  de  l’apophyse 
styloïde  ; 11  , 384.  — Luxation  isolée  du 
radius;  il,  385.  — Luxation  du  poignet; 
Il  , 385.  — Des  os  du  carpe,  du  métacarpe 
et  des  doigts  ; II , 386.  — De  la  hanche  : 
de  combien  de  manières  elles  se  font;  ne 
peuvent  être  incomplètes  ; symptômes  des 
luxations  en  dedans  ; pronostic  général  ; 
II , 3S7.  — Pronostic  de  chacune  des  luxa- 
tions de  la  hanche  en  particulier;  II, 
389.  — Signes  des  luxations  de  la  hanche 
en  dehors  et  en  dedans  ; II  , 390.  — Idem, 
de  la  même  luxation  faite  en  arrière  ; II , 
391.  — Principes  généraux  de  réduction  ; 
II,  392.  — Manière  de  réduire  les  luxa- 
tions de  la  cuisse  faites  en  dedans,-  II, 
393,  394,  395.  — Idem,  celles  qui  sont 
faites  en  devant  et  en  arrière;  11,396. 
— Luxations  diverses  de  la  rotule  ; 
II,  396. — Béduction  de  ces  luxations; 
II  , 397.  — Causes  et  signes  des  luxa- 
tions du  genou  ; réduction  de  celle  faite 
en  arrière  ; II,  397. — Idem,  de  la  luxa- 
tion faite  en  devant;  II,  398.  — Luxa- 
tion et  disjonction  du  péroné  ; II,  398. — 
Luxation  du  grand  focile  ; II , 399.  — Du 
talon  ; II  , 399. — Des  os  du  tarse,  du  pe- 
diurn  , de  la  plante  du  pied  , des  orteils  , 
de  l’os  astragale;  complications  et  acci- 
dents qui  peuvent  survenir  à la  partie 
luxée  ; II,  401. — Les  luxations  intérieures 
des  vertèbres  lombaires  peuvent  causer 
des  rétentions  d’urine;  II,  504. Voyez  aux 
Observations. 

Lycosthènes.  Emprunts  que  lui  a faits 
A.  Paré  ; III , 2. 

Lypirie  ; III  , 80,  143  , 146. 

M 

Macer,  écrivain  du  ix*  ou  x'  siècle;  Int., 
xxi. 

Machaon.  Considéré  par  les  anciens  comme 
inventeur  de  la  chirurgie  , 18. 

Mâchoire.  Muscles  de  la  mâchoire  inférieure, 
245.  — Fracture  de  la  mâchoire  inférieure, 
réduction  ; II,  307.  — Luxations  de  la  mâ- 
choire inférieure  , signes  et  pronostic;  II, 
357. — Manière  de  réduire  la  mâchoire 
luxée  en  la  partie  antérieure  des  deux 
côtes;  II,  358.  — Manière  de  réduire  la 
mâchoire  luxée  d’un  seul  côté  ; II,  359. 

Madarosis.  Ce  que  c’est;  II,  416. 

Maggi.  Ses  discussions  et  son  livre  sur  les 
plaies  d’armes  à feu  ; Int.,  cclii. 

Magie.  Différents  genres  de  magie  ; III.  60. 


TABLE 


842 


Magistrats.  Devoirs  des  magistrats  de  po- 
lice en  temps  de  peste;  lit , 377, 

Maigreur.  Symptomatique  de  la  lèpre  ; III , 
277. 

Maille.  Ce  que  c’est;  II,  4 1 S. 

Maillet.  Figure  d’un  maillet  de  plomb  pour 
aplanir  les  aspérités  des  os  ; II,  IG.  — Fi- 
gure d’un  maillet  pour  couper  les  os;  II , 
585. 

Maillot.  Danger  de  trop  serrer  le  maillot 
d’un  enfant;  II,  293. 

Main.  Description  de  la  main  en  général , 
2G9. — Muscles  internes  de  la  main;  287. 
— Fractures  de  la  main  ; II,  320.  — Figu- 
res de  mains  artificielles;  II,  CIG,  617, 
G18.  — Figure  d’un  dresse-main  ; Il , 618. 
— Verrues  des  mains  ; II,  789.  — La  main 
est  le  plus  noble  de  tous  les  instruments  ; 
III,  7G5. 

Main  (Mal  St-).  Simulation  du  mal  St-Main  ; 
NI,  63. — Description  et  traitement;  III, 
282,  348. 

Maître.  Ce  que  c’était  que  le  grade  de  maî- 
tre ; Int. , cxxxii.  — Droits  et  devoirs  des 
maîtres  ; Int.,  cxxxm. 

Maîtres  (Quatre).  Chirurgiens  du  xni'  siè- 
cle ; Int. , xxxv. 

Maîtrise.  Letire  de  maîtrise  ; Int.,  cclxi. 

Mal  de  la  mère;  II,  761. 

Mal  français  ; Int.,  cxv. 

Mal  St-Fiacre  ; II , 78G  , 787.  — Traitement  ; 

II , 788.  — Simulation  du  mal  St-Fiacre  ; 

III,  61. 

Mal  St-Jean;  II,  80.  — Simulation  du  mal 
St-Jean  ; III,  62. 

Mal  St-Main.  Ce  que  c’est;  48.  — Simula- 
tion du  mal  St-Main  ; III , 63.  — Descrip- 
tion et  traitement  ; III , 282 , 348. 

Mal  St-Vitus  ; 62. 

Malacia.  Voyez  Appétit  dépravé. 

Maladies.  Causes  internes  et  externes  des 
maladies;  trois  sortes  principales  de  ma- 
ladies; 80.  — Des  symptômes  des  mala- 
dies; 81.  — Maladies  qui  ont  emprunté 
leur  nom  à des  animaux;  82.  — De  l'ordre 
à suivre  dans  le  traitement  des  maladies 
compliquées;  89. — Table  méthodique  pour 
connaître  les  maladies  par  les  cinq  sens  ; 
93. — Maladies  qui  peuvent  être  guéries 
par  une  grande  peur  ou  une  grande  joie; 
97.  — Exemples  divers  de  maladies  venant 
de  l’imagination  ; 98. — Maladies  qui  peu- 
vent affecter  la  matrice  et  le  col  de  la  ma- 
trice; 1G9.  — Cause  des  maladies  hérédi- 
taires; II,  638.  — Influence  de  certaines 
maladies  sur  la  menstruation;  II,  7G4. — 
Influence  des  maladies  héréditaires  sur  la 
génération  des  monstres;  111,27.  — Mala- 
dies simulées  par  les  mendiants  ; III , 46. 

Male.  Qualités  de  la  semence  dont  sont  en- 
gendrés les  mâles  ; II,  G37.  — Signes  indi- 
quant qu’une  femme  est  grosse  d'un  enfant 
mâle  ; II,  663. 

Malignes  (Fièvres);  III,  180. 

Malpropreté.  Influence  de  la  malpropreté 
sur  le  développement  de  la  peste  ; III , 
390. 


Mamelles.  Connexion  de  la  matrice  et  des 
mamelles;  131,  178.  — Description  anato- 
mique des  mamelles  ; 178.  — Gonflement 
des  mamelles,  symptôme  de  grossesse;  II, 
642.  — Fissures  des  mamelles  ; II , 692. — 
Diminution  subite  des  mamelles,  pronos- 
tic d'avortement;  11,715.  — Simulation 
d’un  chancre  à la  mamelle;  III,  46. — 
Dangers  du  traitement  prescrit  par  Paul 
d’Egine  et  Albucasis  contre  le  gonflement 
des  mamelles;  III,  685. 

Mamelon.  Description  du  mamelon  , 179. — 
Premier  lieu  où  se  manifeste  le  virus  vé- 
nérien ; II , 529.  — Moyens  pour  prévenir 
les  gerçures  du  mamelon  ; II,  693. — Moyens 
pour  allonger  le  mamelon  ; II , 694.  — Ce 
qu’il  faut  faire  au  mamelon  de  la  nouvelle 
accouchée;  II,  709. 

Manardi  de  Ferrare  ; Int. , cxcvi.  — Son 
opinion  sur  les  dragonneaux  ; 426. 

Mandragore.  Ses  propriétés;  III,  336. — Son 
contre-poison;  III,  337. 

Manivelle.  Figure  d’une  manivelle  pour  ré- 
duire les  luxations;  III,  357. 

Manubiuolum;  390. 

Manuscrits.  Piecherche  des  manuscrits  grecs 
et  latins  au  XV  siècle;  Int.,  cvm. 

Marais-.  Action  des  vapeurs  qui  s’élèvent  des 
marais  sur  les  qualités  de  l’air;  III , 357. 
— Qualités  de  l’eau  des  marais;  III, 
403. 

Marcellus  de  Bordeaux.  Ses  ouvrages  suivis 
par  les  médecins  au  vie  siècle  ; Int.  , 
xviii. 

Marcellus  Cumanus.  Son  époque  ; ses  an- 
notations sur  le  livre  de  Pierre  d’Argelata; 
Int.,  lxxxiv. — Idée  générale  de  ces  notes; 
Int.,  lxxxv. 

Marconville  (Jean  de).  Histoire  de  sorcelle- 
rie rapportée  par  lui  ; III,  60. 

Marcus  Gatenaria.  Son  époque;  Int.,  xcvi. 
— Réputation  et  idée  de  son  livre;  Int., 
xcvn. — Invente  la  seringue;  Int.,  xcix. 
Voyez  Galcnaria. 

Marianus  Sanctus.  Inventeur  du  grand  ap- 
pareil; Int.,  cvi.  --  Son  Compendium  in 
chirurgiA;  Int.,  clxxxi.  — Détails  biogra- 
phiques; Int.,  clxxxix.  — Ses  ouvrages; 
Int.,  cxc. — Leur  valeur;  Int.,  cxci. — 
Analyse  rapide  de  son  Libellas  aureus  ; II, 
478.  — Sa  manière  de  procéder  à l’extrac- 
tion de  la  pierre;  II,  479  à 488. — Traite- 
ment consécutif  prescrit  par  lui;  II,  492, 
493.  — Son  opinion  sur  l'usage  de  l’eau 
comme  boisson;  II,  493.  — Ce  qu’il  dit 
des  rétrécissements  de  l’urètre;  II,  571. 

Marin  (André).  Son  opinion  sur  la  licorne; 
III,  492. 

Marolles.  Voyage  d’Ambroise  Paré  à Ma- 
rolles;  III,  692. 

Marque.  Fracture  la  plus  ordinaire  des  os 
de  la  main  ; II , 320. 

Marsouins.  Les  marsouins  sautant  présa- 
gent la  pluie  ; III , 738. 

Masque.  Figure  d’un  masque  propre  à cor- 
riger le  strabisme;  II,  605. 

Massa  de  Venise.  Ses  ouvrages;  Int.,cxcvi. 


ANALYTIQUE. 


8/43 


Mastic.  Manière  de  faire  l’huile  de  Mastic: 
III,  62S. 

Masticatoires  pour  les  ulcères  des  oreilles  ; 
II.  263. — Préservatifs  de  la  peste;  III, 
360.  — Ce  que  c’est;  quatre  espèces  diffé- 
rentes; III,  588. — Ingrédients,  usage, 
modèles;  III , 580. 

Mastoïde.  Du  muscle  mastoïde;  263. 

Matrice.  Extraction  des  corps  étrangers  de 
la  matrice;  28. — Connexion  de  la  ma- 
trice et  des  mamelles;  131,  178. —Sub- 
stance, qualité,  figure,  composition  de 
la  matrice;  164.  — Nombre,  division, 
situation,  connexion,  action,  utilité  et 
tempérament  de  la  matrice;  165.— Face 
intérieure,  substance,  dimension  du  col 
de  la  matrice;  166.  — Dilatabilité  , fi- 
gure , composition  , connexion  de  la 
membrane  hymen;  167. — Anatomie  de 
la  partie  honteuse;  168. — Maladies  qui 
peuvent  affecter  la  matrice  et  le  col  de 
la  matrice;  160. — Des  chancres  de  la 
matrice;  368.  — Signes  et  pronostics  des 
lésions  de  la  matrice;  II,  105;  III,  655. 

— Traitement;  II,  100.  Ulcères  de 
la  matrice;  II,  266.  — Évacuation  du 
lait  des  nouvelles  accouchées  par  la  ma- 
trice; II,  502.  — Ses  fonctions  dans  le 
coït;  II,  636.  — Dilatation  de  la  matrice 
au  moment  de  l’enfantement;  II , 672.  — 
Imperforalion  du  col  de  la  matrice;  II, 
678,  750.  — Influence  de  l’habitude  de  la 
matrice  sur  la  difficulté  de  l’accouche- 
ment; II,  712. — Figures  d’une  matrice 
entière  et  d’une  matrice  ouverte,  avec  la 
môle  y contenue;  II,  726.  — Influence  de 
la  température  de  la  matrice  sur  la  fécon- 
dité des  femmes;  II,  734.  — Signes  de  la 
matrice  intempérée;  II,  737.  — Causes  de 
la  précipitation  ou  perversion  de  la  ma- 
trice; II,  730.  — Signes,  pronostic,  trai- 
tement; II,  740. — Autres  procédés  de 
réduction  ; Il , 741 , 744.  • — Extirpation  de 
la  matrice;  II , 744.  — Pronostic  et  exem- 
ples de  cette  opération  ; II , 745.  — Exem- 
ples de  chute  complète  de  la  matrice;  II, 
747.  — Suffocation  delà  matrice;  défini- 
tion, causes,  signes;  II,  751,  753. — 
Théorie;  II,  752,  753.  — Pronostic  ; II, 
753.  — Symptômes  précurseurs  des  suffo- 
cations de  la  matrice;  II,  753. — Signes 
auxquels  on  peut  reconnaître  qu’une 
femme  est  morte  ou  non  par  une  suffo- 
cation de  matrice;  II,  754.—  Variétés 
des  suffocations  de  la  matrice  ; II , 755.  — 
Signes  auxquels  on  peut  reconnaître  que 
la  suffocation  vient  de  la  semence  retenue; 
traitement  de  cette  maladie;  II,  756. — 
Des  verrues  qui  viennent  au  col  de  la 
matrice;  II,  786,  787. — Variétés,  pro- 
nostic, traitement  ; II,  7S7.  — Figure  de 
divers  spéculums  de  la  matrice;  II,  788. 

— Rhagadies , condylomes  et  prurit  de  la 
matrice  ; II , 700.  — Ilydropisie  de  la  ma- 
trice; II,  701.  — Causes  et  traitement  de 
cette  hydropisie  ; causes  et  traitement  de 
la  paralysie  et  de  l’inflation  de  la  ma- 


trice; II,  792.  — Signes  et  traitement  des 
pierres  de  la  matrice;  imperforation  et 
dilatation  du  col  de  la  matrice;  II,  793. 
— Traitement  de  cette  dernière  ; II  , 
794. — Horreur  de  la  matrice  pour  les 
mauvaises  odeurs  et  son  goût  pour  les 
bonnes;  II , 758.  — Diagnostic  et  pronos- 
tic des  maladies  de  la  matrice;  II,  777. — 
Hémorrhoïdes  qui  naissent  au  col  de  la 
matrice;  II,  785.  — Causes,  symptômes 
et  traitement;  II,  786.  — Il  est  faux  qu’il 
y ait  plusieurs  cellules  dans  la  matrice  de 
la  femme;  III,  14,  15. — Monstruosités 
résultant  de  l’étroitesse  de  la  matrice;  III , 
25.  — Exemple  de  pierre  engendrée  dans 
la  matrice;  III , 32.  — Animaux  qui  s’en- 
gendrent dans  la  matrice  ; III , 35.  — Ex- 
plication de  ce  phénomène;  III,  36.— 
Effets  de  la  suffocation  de  matrice;  III, 
40.  — Simulation  d’une  chute  de  la  ma- 
trice ; III , 51. 

Matrones.  Certificats  de  matrones  extraits 
de  Joubert;  III,  666. 

Matthieu  de  GRADi.Son  époque;  Int.,  xctv. 
— Son  testament  ; ses  commentaires  sur 
Avicenne  et  Iihasès  ; Int.,  xcv. 

Maurus  (Maître).  Son  opuscule  sur  la  sai- 
gnée; Int.,  xxvi,  xxxn. — Est  cité  par 
Lanfranc;  Int.  ,xlvi;  III,  vi. 

Médecin.  Salaire  que  lui  accordaient  les  lois 
des  Wisigoths  pour  l’instruction  d’un 
élève;  Int.,  xvn.  — Ne  pouvait,  aux 
termes  de  ces  lois  , être  mis  en  prison  sans 
avoir  été  entendu , sauf  le  cas  d’homicide  ; 
Int.,  xvii.  — Était  au  vi°  siècle  confondu 
avec  les  chirurgiens;  Int.,  xvu.  — • Ne 
devait  point,  sous  peine  d’amende,  soi- 
gner une  femme  de  condition  libre  sans 
témoins  ; Int.,  xvu.  — N’avait  droit  à au- 
cun salaire  en  cas  de  mort  de  son  malade; 
Int.,  xviii.  — Ce  qu’il  recevait  pour  l’opé- 
ration de  la  cataracte  ; Int.,  xviii.  — Sa- 
laire des  médecins  en  ltalieau  xnr  siècle  ; 
Int.,  xxxi.  — Médecins  du  xve  siècle  qui 
ont  aidé  aux  progrès  de  la  chirurgie  ; 
Int.,  lxxxvi. — Réponse  d’Ambroise  Paré 
aux  chicanes  des  médecins  ; 12. — Respect 
des  anciens  pour  les  médecins;  20.  — 
Nécessité  pour  le  médecin  de  connaître 
l’anatomie;  106. — Comment  doivent  être 
choisis  les  médecins  chargés  de  soigner  les 
pestiférés  ; III , 378. 

Médecine.  Par  qui  elle  était  exercée  au  vi* 
siècle  ; Int.,  xvm.  — Règlements  relatifs  à 
son  enseignement  en  Italie  ; Int.,  xxx.  — 
Déclin  de  l’étude  de  la  médecine  en  Italie 
au  xivc  siècle  ; Int.,  xlvii.  — La  médecine 
est  seule  étudiée  sérieusement  à Montpellier 
jusqu’au  xive  siècle  ; Int.  tvm. 1 — Manière 
dont  on  enseignait  la  médecine  au  moyen 
âge;  Int.'Lxxxvi. — Rapports  de  la  médecine 
et  de  la  chirurgie;  10  , 12,  24.  — Origine 
céleste  delà  médecine  ; 1 7.  — Ses  progrès  ; 
18.  — Noblesse  de  cet  art  ; 20. — Division 
delà  médecine  en  trois  parties; 22. — Uti- 
lité des  connaissances  médicales  pour  la 
chirurgie  ; III,  71. 


TABLE 


844 

Mkdiastin.  Description  anatomique  du  mé- 
diastin  ; 183. 

Médicaments.  Leur  invention  attribuée  à 
Apollon;  repoussés  par  Asclépiades  ; 23. 
— Tempérament  des  médicaments  ; 39. — 
Définition;  distinction  entre  médicament 
et  aliment  ; lit , 520.  — Division  des  mé- 
dicaments selon  leur  substance;  lit,  52t. 

— Division  des  médicaments  simples  sui- 
vant leurs  qualités  et  effets;  III,  522. — 
Médicaments  tensifs,  atténuants,  emplas- 
tiques,  rémollitifs,  laxatifs , raréfactifs , 
condensalifs  ; III,  527. — Répercussifs;  III, 
527,  534.— Attractifs;  111,527,  53G.— Déter- 
sifs; III,  527,  542.  — Seconde  et  troisième 
faculté  des  médicamen's;  III,  527.— Médi- 
caments simples,  chauds  au  premier,  deu- 
xième et  troisième  degrés;  III,  524.  — 
Idem  au  quatrième  degré  ; simples  froids 
au  premier,  deuxième,  troisième,  qua- 
trième degrés;  simples  humides  au  pre- 
mier degré;  III,  525.  - Idem  au  deuxième 
degré  ; simples  secs  au  premier,  deuxième, 
troisième  et  quatrième  degrés;  III , 526. 
— Quatrième  faculté  des  médicaments  : 
céphaliques,  pulmoniques,  cordiaux,  sto- 
machiques, hépatiques,  spléniques , né- 
phrétiques , arthritiques;  III , 528.  — De 
la  connaissance  et  de  l’appréciation  des 
médicaments  ; III,  529.  — De  la  prépara- 
tion des  médicaments;  III,  533.  — Mé- 
dicaments anodins;  III,  547. — Résolutifs; 
III,  537.— Suppuratifs;  111,539. — Emol- 
lients ; III,  540.  — Sarcotiques  ; III , 543. 
— Epulotiques;  III  , 544. — Agglulinatifs  ; 
III,  545.  — Caustiques;  III , 546.  — Des 
médicaments  composés  et  de  leur  usage; 
III,  550.  — Manière  d’écrire  les  prescrip- 
tions; III , 551. — Desclystères  ; III  , 552. 
Suppositoires;  III,  558.— Nouets  et  pes- 
saires;  III,  559.  — Huiles;  III,  560.— 
Liniments  ; III,  562.  — Onguents;  III , 
563. — Ceroüennes  et  emplâtres;  III,  568. 

— Cataplasmes;  III,  575.  — Pultes  , 
fomentations  ; III  , 576.  — Embroca- 
tions; 111,577.  — Ruptoires  ou  cautères 
potentiels  ; III,  579.  — Vésicatoires  ; III , 
584.  — Collyres;  III,  585.  — Errhines  et 
sternutatoires;  III , 586.  — Masticatoires; 
III,  588. — Gargarismes  ; III,  590.  — Den- 
tifrices; III,  591.  — Sachets;  III,  592.  — 

— Suft'umigations  et  parfums;  III,  593. 
Demi-bains , bains;  III,  595.  — Etuves  ; 
111,601. — Fards;  III,  603.  — Remèdes 
contre  la  goutte  rose;  III,  606.  — Eaux 
pour  teindre  le  poil  ; III,  610.  — Dépila- 
toires ; III,  612.  — Récapitulation  des  mé- 
dicaments composés  et  alimentaires  ; III, 
636.  — Des  médicaments  électuaires  et 
emplastiques;  III,  637. 

Médicée;  22. 

Mélancholie.  Nature,  consistance,  couleur, 
saveur,  usage  de  l'humeurmélancholique; 
42.  — Quand  et  de  quoi  elle  se  fait  ; ses 
effets  ; quand  elle  entre  en  mouvement; 
44.  — Caractères  de  l’homme  mélancho- 
lique;  47.—  Ce  qui  peut  rendre  mélancho- 


lique;  49.  — Sur  l'humeur  mélancholi- 
que;  II,  662.  — Signes  indiquant  que 
l’humeur  mélancholique  accompagne  le 
virus  arthritique;  III,  219.  — Aversions 
des  mélancnoliques;  III , 307. 

Melcjiisedek;  Int.  xxvi. 

Mélicéride.  Caractères  particuliers  du  mé- 
licéride;  341, 346.  — Mélicérides  des  pau- 
pières ; II , 416. 

Melon.  Ce  que  c’est;  II,  418. 

Membrane.  Définition  de  ce  mot;  119.  — 
Sympathie  de  la  dure-mère  et  des  autres 
membranes;  205.  — Membranes  du  nez; 
243.  — Enumération  des  maladies  des 
membranes  de  l’œil  ; II,  417. — Sur  la 
membrane  hymen;  II,  747. 

Mémoire.  Définition;  58;  11,660.  — Ses 
opérations  ; 93  ; II , 660. — Influence  de  la 
température  du  cerveau  sur  la  mémoire; 
2 1 3.  — Où  réside  la  mémoire  ; 219  ; II  , 
660. 

Mendiants.  Maladies  simulées  par  1rs  men- 
diants ; III , 46. — Leurs  mœurs  et  usages  ; 
leur  jargon  ; III,  49. 

Menstrues.  Influence  de  la  menstruation 
sur  la  grandeur  de  la  matrice  ; 164. — Par 
où  s’écoule  le  sang  menstruel  ; 166;  II, 
766.  — Les  menstrues  retenues  peuvent 
être  évacuées  par  l'urine;  II,  499. — Sup- 
pression des  menstrues,  symptôme  de 
grossesse;  II  , 643.  — Les  menstrues  sont 
supprimées  aux  femmes  qui  ont  des  mô- 
les ; II , 724.  — Leurs  qualités  indiquent 
la  température  de  la  matrice  ; 11,737.  — 
Leur  rétention  cause  la  suffocation  de  la 
matrice;  11,751,  753. — Théorie  de  la  mens- 
truation ; II,  761.  — Si  une  femme  non 
réglée  peut  concevoir  : influence  du  tem- 
pérament et  de  la  lune  sur  la  menstruation; 
762.  — Pourquoi  la  nature  a voulu  que  les 
femmes  eussent  des  menstrues  ; causes  des 
menstrues;  II,  763.  — Causes  de  la  sup- 
pression des  menstrues  ; II , 764.  ■ — Symp- 
tômes indiquant  que  les  menstrues  sont 
retenues  et  accidents  qui  résultent  de  cette 
suppression  ; symptômes  de  la  prochaine 
venue  des  menstrues;  II,  765. — Symptô- 
mes des  menstrues  retenues  ; II,  766. — 
Moyens  pour  provoquer  le  flux  menstruel; 
II,  767,  784  ; III,  447.  — Temps  favorable 
pour  provoquer  les  menstrues;  signes  in- 
diquant que  les  menstrues  veulent  couler  ; 

II , 769.  — Du  flux  menstruel  excessif  ; II, 
772. — Des  moyens  de  l’arrêter;  II,  772, 
773;  III,  448. — En  quoi  les  menstrues  dif- 
fèrent des  fleurs  blanches;  II,  775. — Ré- 
sultats du  trouble  menstruel;  11,779-784. 
— Inconvénients  du  coït  pendant  le  temps 
des  menstrues;  III,  4. — Le  flux  menstruel 
préserve  de  la  peste;  111,375. — Les  filles 
nouvellement  réglées  sont  exposées  à être 
atteintes  de  la  peste;  III,  389. — La  goutte 
n’attaque  pas  les  femmes  au  temps  des 
menstrues  ; III,  222. 

Mentagre  ; II , 533. 

Mer.  Prodiges  dont  la  mer  est  le  théâtre  ; 

III,  794. 


ANALYTIQUE. 


Mercadant. Chirurgien  à Bologne  au  xiv*  siè- 
cle ; Int. , LXI. 

Mercure.  Emploi  du  mercure  dans  le  trai- 
tement de  la  peste  et  delà  vérole;  III, 
4 17. — Emploi  des  frictions  mercurielles 
dans  le  traitement  du  pourpre  ; III , 426, 
— Manière  de  faire  la  poudre  de  mercure; 
III , 584.  Voyez  Vif  argent. 

Mère. Supériorité  de  l’allaitement  maternel  ; 

II , 683. 

Mesareo.n,  142. 

Mésentère.  Substance  du  mésentère,  141. 
— Sa  quantité  , sa  ligure,  sa  qualité,  ses 
parties,  sa  connexion  , son  tempérament, 
son  action  , son  utilité,  142. 

Mésocolon  ; 142. 

Mesures  employées  en  pharmacie,  et  ma- 
nière de  les  écrire  ; III , 552. 

Métacarpe.  Os  du  métacarpe , 2S3.  — Luxa- 
tions des  os  du  métacarpe  et  moyens  de 
les  réduire  ; II , 386. 

Métaphrène.  Description  du  métaphrène, 
265.  — Nerf  du  métaphrène  ; 276.  — Pro- 
nostic des  luxations  des  vertèbres  du  mé- 
taphrène ; II , 365. 

Métaux.  Métaux  vénéneux;  III,  342.  — 
Répercussifs  ; III,  534.  — Attractifs;  III, 
536.  — Résolutifs  ; III,  538. — Détersifs  ; 

III,  542. — Sarcotiques ; III,  544. — Epu- 
lotiques;  111,545.  — Agglutinalifs  ; III, 
546.  — Métaux  employés  en  médecine  ; 
III , 636. 

Metz.  Voyage  d’A.  Paré  à Metz  ; III,  700. 

Meurisse  ; Int. , cxxi. 

Meurtrissure.  Délinition  ; II  ; 194. 

Microcosme,  15;  II,  652.  — Comparaison 
du  corps  humain  et  de  l’univers  ; III , 33. 

Midi.  Tempérament  des  Méridionaux  ; 50. — 
Nature  du  vent  du  Midi  ; 64. 

Migraine.  Définition  , causes  et  symptômes 
de  la  migraine  ; II , 410.  — Cure  par  l’ar- 
tériotomie ; 11,411. 

Milan.  Ecole  de  celte  ville;  Int.,  xxviii. 

Milans.  Leur  antipathie  pour  le  corbeau  ; 
III,  761.  — Les  milans  fuient  l’air  infect; 
III , 739. 

Milphosis.  Ce  que  c’est;  II , 416. 

Minéraux.  Minéraux  vénéneux;  III,  342.  — 
Minéraqx  employés  en  médecine;  III  ,635. 
— Distillation  des  minéraux  ; III  , 638. 

Mines.  Sur  les  démons  qui  habitent  les  mi- 
nes; III,  56.  — Par  qui  nous  a été  appris 
l’art  de  faire  des  mines.  Voy.  Lapins. 

Miroir.  Histoire  d’un  morceau  de  miroir 
descendu  dans  les  bourses;  III . 40. 

Miserere  mei.  Description  de  ce  genre  de 
hernie  ; opération  ; 4 1 0 ; Il , 503 , 513,  514, 
516. 

Mithridate.  Contre-poison  universel  trouvé 
après  la  mort  de  Mithridate;  III  , 372.  — 
Ses  vertus  et  son  administration; III,  406. 

Modène  (école  de);  Int. , xxviii. 

Moelle.  De  la  moelle  épinière  ; 227. — Sen- 
sibilité de  la  moelle  des  os  ; 296.  — Signes 
des  blessures  de  la  moelle  épinière  ; II , 
96;  III,  654. — La  moelle  est  le  principe 
des  nerf»;  II , 360.  — Commotion  de  la 


845 

moelle;  II,  366. — Pronostic  des  plaies 
de  la  moelle  épinière  ; III , 657.  — Moel- 
les émollientes  ; III , 541. 

Moeurs.  Quelles  doivent  être  les  mœurs 
d'une  bonne  nourrice;  II,  6S6. 

Moines.  Exerçaient  la  médecine  au  vie  siè- 
cle ; Int. , xviii.  — Défense  que  leur  font 
les  conciles  de  Latran  , de  Montpellier  et 
de  Tours , d’exercer  et  enseigner  la  méde- 
cine; Int.,  xxviii. — Monstre  marin  ayant 
la  tête  d’un  moine  couvert  d’écailles  de 
poisson;  III,  771. 

Mois.  Voyez  Menstrues. 

Mole.  Etymologie  et  définition  ; II , 722.  — 
Causes  , symptômes;  Il , 723.  — Mouve- 
ment des  môles;  II,  724.  — Procédés 
d'extraction  ; sortie  spontanée;  coexistence 
d’un  fœius  avec  une  môle  ; Il , 727. 

Monde.  Eléments  du  monde;  33. 

Mondeville  (Henri  de).  Détails  s rsa  vie  et 
sur  son  Traité  ; Int. , i.i  , lu.  — Est  copié 
par  Jean  de  Gaddesden  ; Int. , liv. 

Mondificatifs  (Médicaments);  336 ; II,  235; 
III . 433.  — Pour  les  plaies  envenimées  ; 
II , 192.  — Pour  les  plaies  par  harquebu- 
ses;II,  158,  260. — Pourles  ulcères  putii- 
des  et  sordides  ; II,  254.— Collyre  inondili- 
catifpour  les  yeux;  II,  7S.— Pour  les  plaies 
ré-ultant  d’amputation  ; II , 231  , 232.  — 
Pour  les  ulcères  des  reins  ; 11,  266  , 509. 
— Pour  les  plaies  de  la  jambe  ; II,  338. — 
Pour  les  ulcères  de  la  vessie;  II , 509.  — 
Pour  les  os  exfoliés;  693. 

Monoceros;  III , 492. 

Monopole  d’enseignement  que  s’arrogent 
quelques  maîtres  à Montpellier  ; lut.  , 

XXIX. 

Monstres.  Définition;  III,  1. — Causes  des 
monstres  ; gloire  et  colère  de  Dieu  ; III,  3. 
— Présages  tirés  autrefois  de  1a  génération 
des  monstres  ; III,  4. — Monstruosités  ré- 
sultant de  la  trop  grande  quantité  de  se- 
mence; figure  d’une  fille  à deux  têtes; 
III  ,5.  — De  deux  tilles  jumelles  jointes 
par  les  parties  postérieures;  III,  6.  — 
D’un  homme  du  ventre  duquel  sortait  un 
autre  homme;  III,  7.  — D’un  monstre 
trouvé  dans  un  œuf;  d’un  enlanl  ayant 
.deux  tètes,  deux  bras  etdeux  jambes;III, 
8.  — De  deux  jumelles  n’ayant  qu’une 
seule  tète  ; III  ,9.  — De  deux  filles  jumel- 
les unies  par  le  front  ; et  de  deux  enfants, 
mâle  et  femelle  , joints  par  les  parties  in- 
férieures ; III  , 10.  — De  deux  filles  jointes 
ensemble  par  les  parties  antérieures,  et 
d’un  enfant  ayantdeux  tètes,  l’unede  mâle 
et  l’autre  de  femelle;  III,  11. — D’un  en- 
fant môle  ayant  quatre  bras  et  quatre  jam- 
bes ; d’un  homme  ayant  une  tête  au  milieu 
du  ventre;  III,  12.— De  deux  enfants  mons- 
trueux n’ayant  qu’un  seul  sexe,  et  d’un 
cochon  à huit  jambes;  III,  13.— Des  mons- 
tres hermaphrodites  ; 111,  15.  — Figure 
de  deux  enfants  jumeaux  hermaphrodites 
joints  par  le  dos;  III,  17.  — D’un  monstre 
ayant  quatre  bras,  quatre  pieds  et  deux 
natures  de  femme;  III,  18.— Monstruosités 


TABLE 


846 

résultant  du  défaut  de  quanti  tédelasemen- 
cc  ; III,  20.  — Figures  d’un  monstre  ayant 
deux  têtes  et  un  seul  bras,  et  d’un  mons- 
tre sans  jambes  ; III , 21.  — D’un  monstre 
sans  tête  ; 111 , 22.  — D’un  homme  sans 
bras  ; 111,23.— Monstruosités  résultant  de 
l’imagination  ; III,  33.  (Voyez  Imayination 
et  muladies).  — De  l’étroitesse  de  la  ma- 
trice; III , 25.  — Des  habitudes  de  la  mère; 
Figure  de  deux  enfants  estropiés  dans  le 
sein  de  la  mère;  lit  , 26. — Monstruosités 
résultant  de  maladies  héréditaires  (Voyez 
Hérédité,  Maladies).— Des  coups  ou  chutes 
éprouvés  par  la  mère;  III , 27.  — Mons- 
tres engendrés  par  la  corruption  ; III , 42. 
— Tar  un  mélange  de  semence;  III, 
43.  Monstruosités  résultant  d’enchante- 
ments et  maléfices;  III,  53.  — Monstres 
marins;  III,  770.  — Tritons,  sirènes, 
monstre  marin  ayant  la  tête  d’un  moine  , 
autre  ressemblant  à un  évêque;  autre 
ayant  la  tète  d’un  ours  et  les  bras  d’un 
singe  ; lion  marin  couvert  d'écailles , lion 
marin  à ligure  humaine;  III,  771. — Diable 
de  mer,  cheval  de  mer,  veau  marin, 
truie  marine,  orobon, crocodiles;  III,  772. 
— Panache  de  mer  ; 111  , 773.  — Àloës , 
limaçon  de  la  mer  Sarmatique , hoga  ; III, 
774.  —Poissons  volants  ; III , 775. — Can- 
cellus , Bernard  l’bermite  , pinothère  ; 
111,776.  — Lamie,  Naulicus;  III,  777. 
—Baleines  ; III  ,778.  — Rémora  ; III,  780. 
— Monstres  volatiles  : autruche  ; III,  781 . 
— Toucan;  oiseau  de  Paradis  ; III,  783. 
Monstres  terrestres:  huspalirn,  girafe; 
III , 784.  — Monstres  célestes  : Comètes  ; 
III,  788. 

Montagnana  (Barthélemy).  Son  époque  , sa 
valeur  médicale  et  chirurgicale  ; Int.,  xcii. 
— Idée  de  son  livre  intitulé  Consilia  ; 
Int. , xc  in. 

Montagnes. Tempérament  des  montagnards, 
52. 

Montpellier.  Ecole  de  Montpellier  ; Int. , 
xxvtii.  — Monopole  d’enseignement  que 
s’y  arrogent  quelques  maitres  ; quand  on 
commença  à y conférer  des  degrés  ; Int. , 
xxix.  — Eclat  de  l’École  de  Montpellier  ; 
Int.,  l viii.  — Ses  richesses  littéraires  ; 
Int.,  lix. — Déclin  de  la  chirurgie  à Mont- 
pellier; Int.,  Lxvm.  — Influence  des  évé- 
nements politiques  du  xiv'  siècle  sur  cette 
décadence,  Int.,  lxx.  Voyez  Médecine. 

MorgagiM.Ci;  qu’il  dit  du  H egimen  sunilatis; 
Int.  , xx.  — Son  opinion  sur  le  livre  de 
Trotula  ; Int.  , xxm. 

Morphée.  Ce  que  c’est  ; III , 277. 

Morpions.  De  quoi  ils  sont  engendrés;  ma- 
nière de  les  détruire;  III , 270.  — Le  vif- 
argent  les  tue;  III , 348, 

Morstède  (Thomas  ).  Chirurgien  de  Henri  V 
d’Angleterre;  Int. , lvii. 

Morsure.  Plaies  de  la  tète  résultant  de  mor- 
sures ; II,  41. — Gangrènes  résultant  de 
morsures  ; II , 212  , 216.  — Pourquoi  les 
morsures  sont  plus  difficiles  à guérir  que 
les  plaies  ordinaires;  III,  2%.  — Cure 


des  morsures  des  bêtes  vénimeuses  ; III , 
300.  — Signes  indiquant  qu’une  morsure 
est  celle  d’un  animal  enragé;  III,  306.  — 
Traitement  de  la  morsure  d’un  chien  en- 
ragé ; III,  309.  — Régime  à suivre  dans 
le  traitement  des  morsures  des  chiens  en- 
ragés et  Kitres  animaux;  III,  312. — 
Morsures  de  la  vipère;  III,  313.  — Du 
coule-sang  et  du  pourrisscur;  III,  315. — 
Du  basilic;  III , 316. — De  la  salamandre  ; 
III  ,317.  — De  l’aspic  ; III  ,318.  — De  la 
couleuvre  ; III , 320 

Mort.  Différence  du  poids  d’un  homme 
mort  et  d’un  homme  vivant  ; II , 696. — 
Moyens  de  constater  la  mort  ; II , 754.  — 
Moyens  d’extraire  l’enfant  du  sein  de  la 
mère  morte  ; II , 716.  — Motifs  de  conso- 
lation pour  les  mourants,  tirés  de  la  re- 
ligion ; III , 461,.  — Honneurs  rendus  aux 
morts  par  les  Égyptiens;  III,  470,  475, 
476,  477. — Par  les  Juifs;  III,  475.— 
Par  les  Scythes  ; III , 475  , 476.  — Par  les 
Ethiopiens  ; III , 476.  — Par  les  Romains , 
par  les  Grecs  , par  les  Colches  ; III , 477. 
—Caractères  des  blessures  faites  avant  ou 
après  la  mort;  III,  659. 

Mortification.  Voyez  Ganyrène. 

Motion.  Ce  que  c’est;  57. 

Mouches,  présagent  la  pluie;  III,  739. 

Moufle.  Figure  d’une  moufle  pour  réduire 
les  luxations  ; II , 356. 

Mouvement.  Ce  que  c’est;  57,  69. — Des 
mouvements  volontaires  et  involontaires  ; 
122.  — Différences  du  mouvement  des 
enfants  et  de  celui  des  môles  ; II , 724.  — 
Le  mouvement  est  une  cause  de  fièvre; 
III,  77. 

Moyen  agf..  Histoire  de  la  chirurgie  au 
moyen  âge  ; III,  iv. 

Mumie.  Ce  que  c’était  suivant  Paracelse  ; 
Int.,  ccxviii.  — Sur  l’usage  de  la  mumie  ; 

II,  202.  — Origine  du  discours  sur  la 
mumie;  III,  468.  — Ce  que  c’est;  III, 
470,  475,  480,  481,  482.  — Son  ineffica- 
cité; III,  471.  — Ses  mauvais  effets  ; III , 
4S3. 

Mundinus.  Eclat  que  jettent  ses  dissections 
sur  l’école  de  Bologne;  Int.,  xlvii.— Pre- 
mier professeur  d’anatomie  humaine  à Bo- 
logne; Int.,  lxii. 

Murène.  Description  ; III , 330.  — Accidents 
résultants  de  leur  piqûre,  et  remèdes; 

III , 331.  — Educabilité  des  murènes; 
III,  750. 

Musa.  Comment  il  fut  récompensé  par  Au- 
guste , 2i. 

Muscles.  De  la  tunique  commune  des  mus- 
cles ; 121.  — Défini  lion  des  muscles  ; leurs 
différences  prises  de  leur  substance  et  de 
leurorigine  ; 122. — De  leur  insertion,  de  la 
partie  qu’ils  meuvent,  de  leur  forme  ; 123. 
— De  l’opposition  de  leursactions,  de  leur 
office;  126.  — Des  parties  du  muscle;  127. 
— Muscles  de  l’épigastre;  129.  — Leur  ac- 
tion ; 130,  131, 132.— Muscles  suspenseurs; 
155.— Muscles  de  la  verge;  161.— Muscles 
de  la  matrice;  165.— Muscle  large  ou  peau- 


ANALYTIQUE. 


cier ; 233.— Muscles  des  yeux;  23G. — Mus- 
cles du  nez;  243. — Muscles  des  lèvres;  244. 
— De  la  mâchoire  inférieure  ; 245.  — Des 
huit  muscles  de  l'os  hyoïde;  251.  — Des 
dix  muscles  de  la  langue;  253.  — Des  dix- 
huit  muscles  du  larynx  ; 25C.  — Des  qua- 
tre muscles  de  l’épiglotte  ; 258.— Des  vingt- 
deux  muscles  du  col  ; 262.  — Muscles  du 
thorax  ; 265.  — De  l’omoplate;  268.— Mus- 
cles qui  meuvent  l’os  du  bras  ; 279. — Mus- 
cles du  coude;  285. — Muscles  internes  de 
la  main;  287.  — Muscles  qui  meuvent  la 
cuisse;  297.  — Muscles  qui  meuvent  le 
pied;  305. — Muscles  qui  meuvent  les 
doigts  des  pieds;  307.  — Récapitulation 
de  tous  les  muscles  du  corps  humain  ; 
309. 

Musique.  Influence  de  la  musique  sur  cer- 
tains malades  ; 94.  — Exemple  de  l’in- 
fluence de  la  musique  sur  l’homme;  II , 
659. 

Mutilations.  Définition;  III,  2.  — Mutila- 
tions simulées  ; III , 50,  52. 

Mïdesis.  Ce  que  c’est;  II,  416. 

Mïdbiasis.  Définition  ; II , 418 , 434.  — Cau- 
ses, traitement  ; II , 434. 

Myocépiialon  ; 83. 

Myopie.  Ce  que  c’est;  II,  414. 

Myrmeciks.  Description  et  traitement  des 
myrmecies , 357  ; II,  787. 

Myrrhe.  Manière  de  faire  l’huile  de  myrrhe  ; 
III,  631. 

IV 

Naissance.  Pronostic  des  naissances  à 6 , 7 
et8  mois  ; II,  671. — Soinsà  donnera  l’en- 
fant aussitôt  après  sa  naissance  ; II , 676. 
V.  Taches. 

Napel.  Accidents  qu’il  cause;  III,  334. — 
Contre-poisons  ; III , 335. 

Naples  (Université  dej,  Int.,  xxviii. 

Nates.  Ce  que  c’est , 216. 

Nature.  Des  choses  naturelles  et  de  leurs 
annexes , 31.  — Humeurs  contre  nature  , 
45.  — Annexes  des  choses  naturelles  , 60. 
— Des  choses  non-naturelles,  62. — Des 
choses  contre  nature,  80.  — C’est  la  na- 
ture qui  guérit , 95. 

Narcotiques.  Contre  la  goutte  provenant 
d’humeur  cholérique  , III , 243,  244,  420, 
519. 

Nausées.  Causes  et  traitement  des  nausées, 
781.  — Causes  et  traitement  des  nausées 
des  fébricitants;  III,  196. 

Nauticus.  Description  de  ce  poisson  ; III , 
777. 

Nécromanciens;  III , 60. 

Nécrose.  Ce  que  c’est  ; II , 21 1 . 

Neige.  Qualités  de  l’eau  de  neige  ; III , 403. 

Nephelion.  Ce  que  c’est;  II,  418. 

Nerfs.  Ce  que  c’est  ; 127.— Des  nerfs  distri- 
bués aux  parties  naturelles;  150. — Nerfs 
des  testicules;  155.— Nerfs  de  la  matrice  ; 
165. — Distribution  des  nerfs  de  la  sixième 
conjugaison;  nerf  costal,  195.  — Nerf 
récurrent,  nerf  stomachique  ; 196.  — Des 


84? 

sept  conjugaisons  ou  paires  de  nerfs  du 
cerveau  ; 220.  — Nerfs  de  la  langue  ; 252. 
— Du  col  ; 264 , 276.  — Du  métaphrène  ; 
276.  — Du  bras  ; 277.  — Des  lombes  et  de 
l’os  sacrum  ; 292.  — De  la  cuisse  ; 293.  — 
Pronostic  des  plaies  des  nerfs,  433;  II,  1 1 2. — 
Causes  et  variétés  des  plaies  des  nerfs  et  des 
parties  nerveuses  ; II,  111.  — Accidents  et 
traitement;  II,  112. — Cautérisation  des 
nerfs  ; II,  114. — Section  des  nerfs  ; II,  115. 
— Enumération  des  maladies  du  nerf  op- 
tique; II,  419.  — Les  nerfs  dérivent  du 
cerveau  et  de  la  moelle  ; II , 651. — Action 
du  vif-argent  sur  les  nerfs;  III,  348. — 
Signes  des  lésions  des  nerfs  ; III , 655. 

Nez.  Extraction  des  corps  étrangers  du  nez  , 
27.  — D’où  procède  le  cartilage  du  nez; 
209.  — Description  du  nez,  242. — Tu- 
meurs du  nez , 378.  — Plaies  du  nez  ; II , 
86.  — Ulcères  du  nez  ; II , 260.  — Danger 
de  trop  serrer  les  plaies  du  nez;  II , 292, 
306.  — Fracture  du  nez  ; II,  305.  — Figu- 
res de  nez  artificiels  et  manière  de  les 
adapter;  II,  605.  — Procédés  de  rhinoplas- 
tie  italienne;  II,  606.  — Obstruction  con- 
génialc  du  nez;  II,  678.  — Histoire  de  vers 
engendrés  dans  le  nez;  III , 35.  — Moyens 
de  préserver  le  nez  des  ravages  de  la  pe- 
tite vérole;  III , 262  , 263.  — Etat  du  nez 
chez  les  lépreux;  III , 275.  — Manière  de 
provoquer  l’hémorrhagie  nasale  ; III,  419. 

Nicolas  de  Florench.  Son  époque,  son  ou- 
vrage ; Int. , lxxiv.  — Idée  générale  de  ce 
livre;  parallèle  entre  Nicolas  de  Florence 
et  Guy  de  Chauliac;  Int.,  lxxv.  — Sa  doc- 
trine sur  l’opération  du  trépan;  II,  51. 

Nicolas  de  Reggio.  Traduit  en  latin  les  ou- 
vrages de  Galien  ; Int.,  xlviii. 

Nicolas  le  dentiste.  Chirurgien  du  duc 
Sigismond  d’Autriche;  Iil,  vii. 

Nitre.  Vertus  et  usage  des  eaux  nitreuses  ; 
III,  597. 

Nobles.  Accusés  d’avoir  causé  la  peste  de 
1348;  III,  461. 

Nodus;  320.  — Définition  du  nodus;  cas  re- 
marquable de  guérison;  348. — Traite- 
ment des  nodus  venant  du  virus  vérolique  ; 
II,  579. — Nœuds  qui  se  font  aux  jointures 
des  goutteux  et  leur  curation  ; III,  247. 

Nogueh.  Sa  traduclion  de  Freind  ; Int. , lvi. 

Noli  me  tangere;  364  , 367. 

Noix.  Efficacité  de  l’eau  de  noix  vertes  con- 
tre les  contusions;  III , 484. 

Nombril.  Anatomie  du  nombril , 172. — Tu- 
meur et  relaxation  du  nombril,  402. — 
Ligature  nombrillère  ; II,  286,  677. — 
Quand  est  formé  le  cordon  ombilical  ; II , 
448  , 449. — Pronostic  des  douleurs  du 
nombril  ; 11,516.  — Formation  du  nom- 
bril du  fœtus;  II,  646.  — Vaisseaux  qui 
forment  le  cordon  ombilical  du  fœtus;  II, 
648.  — Le  nombril  ne  sort  point  aux  fem- 
mes qui  ont  des  môles  comme  aux  femmes 
grosses  ; II,  724.  — De  la  relaxation  et  en- 
fluredu  nombril  des  enfants;  11,795. 

Nord.  Tempérament  des  septentrionaux  ; 50. 
— Nature  du  vent  du  nord  ; 64. 


TABLE 


848 

Norsa  (Pierre  de).  Chef  d’une  famille  d’em- 
piriques célèbres;  Int.,  i.xxxv,  cii. 

Norsini.  Détails  sur  cette  famille  d'empiri- 
ques ; Int.,  eu. 

Notes.  Deux  sortes  de  notes  dans  cette  édi- 
tion , celles  de  l’auteur  et  celles  de  l’édi- 
teur; Int.,  x.  — Importance  des  notes  de 
celte  édition  ; III,  h. 

Nouets.  Formule  de  nouets  excitants  ; III , 
451.  — Description  , composition  cl  usage 
des  nouets;  III , 559. 

Nourrice.  Transmission  du  virus  vénérien 
de  la  nourrice  à l’enfant  et  réciproque- 
ment ; II , 529.  — Des  mœurs  de  la  nour- 
rice ; II,  686.  — Comment  doivent  être  sa 
poitrine  et  ses  mamelles  ; II,  687.  — De  la 
nature  du  lait  de  la  nourrice  ; II , 688.  — 
Les  mères  sont  les  meilleures  nourrices  ; 
II,  683. — Qualités  d’une  bonne  nourrice  ; 

II , 684. — Quels  doivent  être  son  âge,  l’ha- 
bitude de  son  corps  ; II,  685. — Du  temps 
qui  doit  s’écouler  entre  l’accouchement  de 
la  nourrice  et  le  moment  où  elle  donne  à 
teter;  influence  du  sexe  de  son  enfant  sur 
son  lait;  régime  qu’elle  doit  suivre;  II, 
689.  — La  nourrice  doit  suivre  le  régime 
au  lieu  et  place  de  son  nourrisson  malade , 

III,  259. — Doit  être  médicamentée  au 
lieu  et  place  de  son  nourrisson;  lit  , 455. 

Nouveau-né.  Soins  immédiats  a donner  au 
nouveau-né;  II,  676. — Ce  qu’il  faut  lui 
faire  prendre  avant  de  lui  donner  à teter  ; 
II , 682.  Voyez  Enfant. 

Noyer  Ses  propriétés  vénéneuses,  et  remè- 
des; III,  339. 

Nursinus  (Benedictus).  Son  opuscule  sur  l’hy- 
giène ; Int. , en. 

Nutrition.  Ce  que  c’est,  56. 

Nyctalopie.  Ce  que  c’est;  II , 415. 

Nymphes.  Description  des  nymphes;  de  leur 
résection  ; 168;  III,  18. 

O 

Obliques.  Des  muscles  obliques;  263. 

Obole  ; III , 551 . 

Observations  propres  a Paré  , ou  com- 
muniquées par  ses  amis.  — 1°  Observa- 
tions anatomiques. — Communication  na- 
turelle de  la  veine  et  de  l’artère  bra- 
chiale ; 129.  — Communication  naturelle 
des  veines  et  artèies  mammaires  avec 
les  épigastriques  ; 131.  — Estomac  descen- 
dant jusqu’à  la  vessie;  139.  — Divisions 
les  plus  ordinaires  de  la  veine-porte  ; 148. 
— Orifice  des  canaux  éjaculateurs  au  veru- 
montanum  recevant  le  petit  bout  d’une 
spatule  ; 158.  — Recherches  inutiles  pour 
trouver  l'allantoïde;  170.  — Recherches 
inutiles  pour  trouver  l'ouraque;  171. — 
Crâne  d'une  femme  réduit  en  quelques 
endroits  à l’épaisseur  d’un  ongle  ; 20S. — 
Expérience  faite  par  l’auteur  sur  la  scciion 
des  nerls  récurrents  ; 19S.  — Embaume- 
ment des  rois  de  France  par  Paré  ; pour- 
quoi ils  se  pourrissent  ; III , 479.  — Cada- 
vre disséqué  et  conservé  sec  plus  de  27  ans 


par  Paré  ; 111  , 479  et  673.  — Squelette 
d’une  autruche  préparée  par  Paré  ; III , 
782. — Histoire  de  Vésale,  qui  lit  l’autop- 
sie d’une  femme  vivante  ; II , 755. 

— 2°  Plaies  en  général;  plaies  des  membres. — 
Plaies  guéries  avec  de  la  charpie  sèche  ou 
mouillée,  sur  laquelle  des  charlatans  di- 
sent des  paroles  ; 102.  — Poudre  à canon 
avalée  par  des  soldats  et  appliquée  sur 
les  plaies  sans  inconvénients;  II,  133. — 
Effet  du  bruit  de  l’artillerie  sur  les  blessés 
à Hesdin  ; II , 38  ; III , 709.  — Exemple 
de  vers  engendrés  dans  les  plaies,  et  d’ab- 
cès multiples  en  diverses  régions  du  corps; 

II , 141  , 176.  — Accidents  survenus  aux 
blessés  après  la  bataille  de  Saint-Denis; 
abcès  dans  le  foie  et  les  poumons  ; III , 361 . 
— Histoire  de  M.  de  la  Croix  ; coup  d’épée 
au  bras  gauche  , transport  du  pus  par  les 
selles  et  urines  , mort  ; Il , 500  ; 111 , 38. 
— Succès  obtenus  dans  le  traitement  des 
plaies  sans  tentes,  435  ; II,  109.  — His- 
toire d’un  serviteur  de  M.  de  Rohan  blessé 
de  douze  coups  d’épée,  guérison  ; III,  697. 
— Plaies  de  la  paume  de  la  main  réunies 
par  première  intention;  histoire  de  M.  Le 
Coq  et  d’un  voisin  d’A.  Paré  ; II , 112.  — 
Histoire  d’un  genlilhommequi  eut  les  ten- 
dons extenseurs  du  pouce  coupés;  cure 
palliative  à l’aide  d’un  poucier;  II , 613. — 
Histoire  d’un  More  de  M.  de  Roussyjcoup 
de  lance  à travers  le  bras;  mauvais  effet 
du  vinaigre  ; II , 179.  — Histoire  de  Char- 
les Vérignel  ; piaie  du  jarret  avec  division 
des  tendons  fléchisseurs;  suture  des  ten- 
dons par  Etienne  Teissier  ; III  ,42. — Plaie 
du  tendon  d’Achille  cicatrisée  et  se  roua 
vrant  par  la  marche  ; Il , 110. — Rupture 
du  tendon  d’Achille  ; Il , 1 10.  — Plaies  de 
l’artère  crurale  et  de  la  grande  veine  sa- 
phène , mortelles;  III,  110. 

30  Plaies  envenimées  et  empoisonnements. 

— Morsures  de  bêtes  venimeuses  guéries 
par  la  thériaque  ; III , 301.  — Observa- 
tion d’une  morsure  de  chien  enragé 
guérie  par  la  thériaque;  III,  311.  — 
Histoire  de  Paré  luj-ïnème  ; morsure  de 
vipère  guérie  par  la  ligature  au-dessus  et 
la  thériaque  , III , 314.  — Histoire  du  cui- 
sinier de  madame  de  Castelpers  ; morsure 
de  couleuvre  guérie  par  des  scarifications 
et  la  thériaque  ; III  , 320.  — Histoire  de 
deux  marchands  empoisonnés  par  la  bave 
de  crapauds;  111 , 321.—  Histoired’un  abbé 
empoisonné  par  des  cantharides;  gangrené 
de  la  verge,  mort  ; III , 327.  — Accidents 
occasionnés  par  un  vésicatoire  sur  toute  la 
face,  guérison,  couperose  guérie  ; III , 328. 
— Histoire  de  madame  Froiriagcot  ; piqûre 
d’une  vive  , guérison  ; III  ,331 . Histoire 
de  madame  de  Bargelonnc;  piqûre  d'une 
vive  , mort  ; III , 331.— Histoire  du  cuisi- 
nier de  M.  de  Soussy  ; piqûre  d’une  vive, 
guérison;  III,  332.—  Expérience  faite 
avec  le  bezahar  sur  un  cuisinier  condamné 
a la  mort  et  qu’on  empoisonna  avec  du 
sublimé  ; III  ,341.—  Histoire  de  l’empei- 


ANALYTIQUE,  84<]f 


sonnement  de  Paré  après  la  prise  de 
Rouen  ; III , 662.  — Histoire  d’un  empoi- 
sonnement présumé  par  le  venin  du  cra- 
paud, autopsie  ; III,  662. 

Observations.—  4°  Pluies  pur  armes  à feu.  — 
l'fchjrnoseproduite  par  levenldu  boulet  ; 
III , ù'JG.  — Gangrène  des  membres  attri- 
buée au  vent  d’un  boulet;  II,  137. — 
Exemples  de  fractures  des  membres  attri- 
buées au  vent  d'un  boulet  ; Il , 178. — 
Exemple  d’une  balle  pénétrant  dans  la 
cuisse  sans  avoir  intéressé  le  taffetas  des 
chausses  du  blessé;  II,  136. — Exemples 
de  balles  d’harquebuses  creusant  dans  les 
poumons  une  cavité  à contenir  un  esteuf; 

II , 104.  — Exemples  de  balles  restées 
dans  le  corps  sept  ou  huit  ans  et  plus;  II, 
165.  — Hi-toire  de  la  prise  du  pas  de  Suze  ; 
premiers  essais  de  Paré  dans  le  panse- 
ment des  plaies  d'armes  à feu  ; II , 126  ei 
suiv.  ; 1 1 1 , 691 . — Histoire  de  M.  de  Bris- 
sac  ; cfli  aciié  de  la  position  pour  l’cxtrac- 
f'on  de  la  balle;  II,  746  ; III,  694. — 
Histoire  de  Jacques  Pape  ; coup  de  feu  au 
col , balle  restée  dans  le  corps;  traité  par 
Jacques  Dalam  , III,  28.  — Histoire  du 
capitaine  Ee  Rat  : coup  de,  feu  à la  malléole 
ci  roi  te  ; guérison;  III  , 6S9.  — Histoire  de 
M.  de  Magnane  : Iraclure  de  jambe  par  un 
éclat  de  canon  ; guérison  ; III,  702.  — His- 
toire du  comte  de  Courdon  : coup  de  feu  à 
travers  les  deux  cuisses  guéri  en  trente-deux 
jours;  II,  129. — Histoired'un  gentilhomme 
blesse  d’un  coup  de  feu  à la  cuisse;  fis- 
tule; escarre  prise  pour  un  morceau  de 
linge;  guérison;  II,  272.  — Histoire  du 
comte  d’Eu  : coup  ue  pistolet  à la  cuisse  , 
fracture  en  éclats,  moi  t ; I II,  724.  — His- 
toire du  duc  d’Avrel  : coup  d harquebuse 
à la  cuisse  à trois  doigts  au-dessus  du  ge- 
nou, avec  fracture  en  éclats  du  fémur,  ac- 
cidents graves , guérison,  11,  170;  111,726 
ci  suiv.  — Histoire  d un  cuisinier  : main 
traversée  d une  balle  ; guérison  ; III , 732. 
— Histoire  du  comte  de  Mansfeldt  : frac- 
ture comminutive  des  os  du  coude  par  un 
coup  de  pistolet  ; guéri»on  avec  ankylosé , 
abcès  nombreux,  II,  168  ; III,  38  , 725.  — 
Histoire  de  M.  de  Bassornpière  : blessure 
analogue  à celle  du  précédent;  II,  170; 

III,  725.  — Coups  de  feu  à l’articulation 
de  l’épaule,  morlels;  exemp  es  du  roi  de 
Navarre,  du  duc  de  Guise,  du  coinleRhin- 
grave  Philibert;  Il , 311  ; III , 723 , 785.  — 
Histoire  du  marquis  de  Villars  : coup  de 
feu  à l’omoplate;  cicatrice  rouverte  plus 
lard  et  de  nouveau  fermée  ; II,  310. — His- 
toire du  seigneur  de  Villeneuve  : enfonce- 
ment du  sternum  par  un  coup  de  feu  ; gué- 
rison ; II,  311.  — Histoire  du  connétable 
de  Montmorenci  : coup  de  pistolet  au  mi- 
lieu de  l'épine  du  dos  ; mort  ; III , 733.  — 
Exemples  de  fractures  du  sacrum  par  un 
coup  de  feu  guéries;  II,  316,  317. 

— P laies  du  crâne. — Histoire  d’une  enfant 
de  douze  ans  mordue  à la  tète  par  un  lion  ; 
11,  42.  — Large  lambeau  du  cuir  chevelu 


réuni  par  suture  ; giiérison  j II , 39.— His- 
toire du  capitaine  Hydrnn;  lambeau  du 
crâne  avec  un  fragment  d’os  reuni  par  su- 
ture ; II , 19.  — Plaie  de  lé  e avec  hémor- 
rhagie arrêtée  par  la  ligature  médiale  de 
l’artère;  II,  8.  — Plaie  de  la  temporale; 
ligature  par  A.  Paré  ; III,  683.  — Excision 
des  parties  molles  du  crâne  dans  le  cas  de 
tissure;  II,  7.  — Histoire  du  laquais  de 
M.  de  Goulaines:  plaie  de  tête,  vive  in- 
flammation, large  exfoliation  du  crâne; 
guérison;  II,  66.  — Contusion  du  crâne, 
inflammation  violente  ; 27  palet  les  de  sang 
tirées  en  quatre  jours  ( plus  de  81  onces  ); 
guérison;  II,  37.  — Histoire  de  M.  de  St- 
Jean  ; plaie  pénétrante  du  crâne  par  un 
éclat  de  lance;  guérison;  II,  25.  — Coup 
de  hallebarde  pénétrant  dans  le  cerveau  , 
sans  lésion  notable  du  sentiment  et  du 
mouvement;  mort  subite  le  3' jour;  III  , 
695. — Histoire  de  M.  de  la  Breteschc  : frac- 
ture de  l’os  temporal,  trépan  ; guérison;  II, 
63.  — Histoire  de  M.  de  Pienne  : fracture 
du  temporal , trépan  , fongus  de  la  dure- 
mère,  guérison  ; II,  63;  III,  702.— Trépan 
appliqué  le  7'  et  le  10e  jour;  II,  10.— His- 
toire d'un  serviteur  de  51.  Grolo  : large 
fragment  osseux  du  crâne  enfoncé,  relevé  et 
bien  réuni  ; Il , 16. — Histoire  du  serviteur  de 
51.  du  5Iats  : Raclure  du  crâne  par  contre- 
coup ; mort  le  21'  jour  ; autopsie;  II  , 21. 
— Histoire  d'un  gentilhomme,  de  la  com- 
pagnie de  M.  d’Elampes  ; coup  de  feu  au 
crâne;  fracture  de  la  2e  table  sans  lésion 
de  la  1 " ; II  ; 22.  — Histoire  analogue  sur 
un  gentil  homme  blessé  à Passa  ut  de  Rouen  ; 
II , 22.  — Hisioire  de  Henri  II  : commotion 
cérébrale;  mort  le  11e  jour;  autopsie;  II, 
25.  — Hisioire  rapportée  par  Prolhais  Cou- 
Ion  : commotion  cérébrale  guérie  au  7' jour 
par  des  sueurs , et  rejet  du  pus  par  le  nez, 
les  oreilles  et  la  bouche;  II,  70.  — Amas 
de  pus  entre  les  deux  tables  du  crâne  ; II, 
27.  — Ouverture  des  abcès  situés  sous  la 
dure-mère;  II,  48.  — Histoire  rapportée 
par  Pierre  Aubert  : fracture  de  la  2e  table , 
abcès  sous  la  dure-mère,  trépan  ; guéri- 
son ; II , 72.  — Abcès  dans  le  cerveau  ; Il , 
70.  — Sphacèle  du  cerveau  constaté  à l'au- 
topsie ; II , 28.  — Abcès  du  fuie  à la  suite 
de  plaie  du  crâne  : trois  cas;  11,31. — His- 
toire d’un  page  de  51.  de  5Ionlejan  : plaie 
du  crâne  avec  issue  du  cerveau  , guérison  ; 
II  , 71.  — Histoire  de  deux  patients  bles- 
sés à la  tète  avec  issue  du  cerveau;  guéri- 
son ; II,  71  , 23S.  — Histoire  de  Robert 
Court-Genou  : plaie  du  crâne  avec  issue 
du  cerveau  ; guérison;  II,  72. 

— 6°  Plaies  de  la  face  et  du  cou. — Fistule 
des  sinus  frontaux , suite  de  fracture  du 
coronal;  II,  43.  — Histoire  du  duc  de 
Gin«e;  coup  de  lance  à travers  la  face; 
guérison  ; 11,  25;  III,  696. — Histoire  d’un 
gentiihomme  de  51  de  Biron  : plaie  faite 
par  une  épée  boutonnée,  traversant  de 
l’orbite  gauche  à la  quatrième  vertèbre 
du  cou  ; guérison  en  vingt-quatre  jours  ; 

54 


m. 


85o 


TA.BLE 


III,  488. — Plaie  de  la  joue  réunie  parsu- 
ture;  fistule  salivaire  consécutive;  cauté- 
risation , guérison  ; II,  86.  — Histoire  du 
fils  «le  M.  Coüet  ; plaie  delà  langue  réunie 
par  suture,  guérison;  11,88. — ('assem- 
blable sur  le  fils  de  M deMarigny;  II,  88. — 
Histoire  «le  Maître  Jean  Piei  ; plaie  de  la 
langue  réunie  par  suture;  11,89. — Histoire 
d’un  homme  qui  eut  la  langue  coupée  et 
parvint  à recouvrer  la  parole  ; II,  608.  — 
Autre  histoire  analogue;  II,  609.  — His- 
toire de  François  Brège  ; plaies  delà  tra- 
chée et  d’une  des  veines  jugulaires;  em- 
physème; suture;  scarifications  faites  par 
Jean  le  jeune;  guérison  ; II,  91. — Plaicde 
la  jugulaire  externe;  ligature  par  A.  Paré; 
lit , 683.  — Histoire  de  François  Prévost; 
plaie  du  cou  avec  division  du  plexus  bra- 
chial ; guérison;  II,  92.  — Plaies  de  la 
trachée  guéries;  384.—  Histoire  d’un  ser- 
viteur de  M.  de  Champagne  ; plaie  de  la 
trachée  et  d’une  veine  jugulaire,  guéri- 
son ; II  , 92.  — Histoire  d’un  Anglais  as- 
sassiné par  son  compagnon;  division  de 
la  trachée  et  de  l'œsophage;  II,  93.  — 
Histoire  d'un  Allemand  qui  s’était  suicidé; 
division  de  la  trachée  et  de  l’œsophage  ; 
II,  93. 

Observations. — 7°  Plaies  de  poitrine  et  du  ven- 
tre.— Histoire  du  soldat  Levesque  ; plaie 
pénétrante  de  poitrine;  épanrhement  de 
sang;  guérison  obtenue  en  laissant  la  plaie 
ouverte  , Il , 97.  — Histoire  d’un  quidam  à 
l’Hôlel-Dieu  de  Paris;  fistule  au  thorax  ; la 
saveurdesinjections  revenani  à la  bou«  he; 

II,  98.  — Histoire  d'un  gentilhomme  alle- 
mand ; plaie  pénétrante  de  la  poitrine  sans 
épanchement  ; réunion  de  la  plaie  ; guéri- 
son ; II,  98. — Histoire  de  M.  de  Martigues; 
coup  de  feu  à la  poitrine,  mort,  autopsie, 
102;  II  , 500;  III,  710  et  suiv. — Plaie  du 
cœur  constatéeà  l’autopsie  qui  avait  per- 
mis au  blessé  de  courir  la  longueurde  200 
pas;  11,95. — Histoire  d'un  aide  a maçon; 
hernie  de  l’e;>tomac  dans  la  poitrine  à tra- 
veis  une  plaie  du  diaphragme  II,  95.  — 
Histoire  du  capitaine  François  d’Alon  ; 
coup  de  feu  à travers  le  diaphragme  ; gué- 
rison ; hernie  consécutivedu  colon  dans  la 
poitrine,  constatée  huit  mois  après  par 
l’autopsie;  11,95. — Histoire  de  l’argentier 
de  l’ambassadeur  de  Portugal;  coupd’épée 
au  travers  du  corps  avec  plaie  des  intes- 
tins; guérison  ; II,  106.  — Autre  histoire 
semblable  d’uri  gentilhomme  de  Vilrey  en 
Bretagne;  II,  106. — Hiv  loi;  e du  seigneur 
rie  Belle-Jambe;  plaie  des  intestins;  gué- 
rison; II,  106. — Histoire  de  Francisque; 
coup  de  feu  au  ventre,  traité  par  Simon 
Ciinay;  balle  sortie  par  l'anus;  guérison,- 

III,  28.  — Piqûre  des  intestins  avec  une 
aiguille  pour  évacuer  les  vents,  avec  heu- 
reuse issue;  II,  107. — Dans  les  plaies  des 
intestins,  la  tension  du  ventre  et  la  dou- 
leur des  testicules  est  un  signe  de  mort; 
II,  109. 

— i 8°  Fractures,  luxations,  maladies  des  os  et 


des  articulations.  — Fracture  partielle  de 
la  mâchoire,  suite  de  l’arrachement  trop 
brusque  des  dents;  U,  451.  — Hist«  ire 
d'Antoine  de  la  Rue  ; iracture  «le  la  mâ- 
choire avec  renversement  de  trois  dents  ; 
guérison  complète  ; II , 449.  — Ankv  lose 
du  coude,  suite  de  fracture  mal  traitée  de 
l’avani-bras;  11,319.  — H sloire  delà 
fracture  de  jambe  d’A.  Paré  lui-même; 
II,  328.  — Ob-ervalion  de  fracture  au  col 
du  fémur;  II,  327.  — La  fracture  en  tra- 
vers de  la  rotule  amène  toujours  la  clau- 
dication; 11,  328.  — Mâchoire  luxée  en 
bâillant  ; 247.  — Erreur  de  plusieurs  chi- 
rurgiens confondant  la  luxation  de  la  cla- 
vicule avec  celle  de  l’humérus;  II,  360. — 
Luxation  de  l'humérus  réduite  presque 
sans  efforts  ; II,  370.  — Luxation  «Je  l’hu- 
mérus réduite  par  l’échelle,  par  Nicolas 
Picart;  II,  374. — Succès  du  procédé  de  La 
P-  rte  entre  les  mains  de  Henri  Arvet  ; II, 
375.  — Observation  d’une  luxation  de 
l’humérus  en  avant  chez  unenonnain;  II, 
378.  — Ankylosé  survenue  après  la  ré- 
duction des  luxations  du  coude,  suite  d'un 
trop  long  repos;  II,  384. — Effet  d’un  cor- 
set trop  sérié,  les  côtes  chevauchant  les 
unes  sur  les  autres;  11,292. — Paré  a vu 
les  os  dénudés  devenir  si  durs  que  le  tré- 
pan y mordait  à peine;  11,581. — Exemple 
de  prurit  occasionné  par  la  cautérisation 
des  os;  II,  237. — Tumeurs  blanches;  les 
douleurs  apaisées  par  l’application  de  15 
ou  16  sangsues  ; 422. — Histoire  «le  Gréaul- 
me  ; tumeur  blanche  ouverte  par  un  cau- 
tèrecontrel’avis  dè  Paré; suites  fâcheuses; 
423.  — Histoire  de  l'avocat  Marchant; 
séparation  de  l’apophyse  inférieuie  du  fé- 
mur par  suite  de  carie  du  genou;  II,  327. 
— Calcul  extrait  du  genou  avec  succès  ; 
histoire  de  Jean  Bourlier  ; III,  32. 

— 9°  ' 'amusions  ; brûlures;  congélations  ; gan- 
grènes. — Histoire  du  fils  de  Malhurin  Le- 
bcau,  snr  lequel  avait  passé  une  roue  de 
voiture  publique;  guérison;  III,  489. — 
Histoire  de  messire  Christophe  des  Ursins  ; 
chute  de  cheval;  énorme  épanchement 
sanguin  aux  lombes;  incisions  multiples, 
guérison  ; III,  468.  — Histoire  d’un  Bas- 
Bielon  tué  dans  une  lutte;  autopsie; 
épanchement  de  sang  dans  la  poitrine, 
sansvaisseau  notable  lésé;  III,  693. — 
Histoire  d’un  g œçon  de  cuisine  tombé 
dans  une  chaudière  d’huile  bouillante, 
pansé  avec  des  oignons  crus;  bon  résul- 
tat; II,  128. — Histoire  d’un  \llemand 
brûlé  aux  mains  et  au  visage;  bons  effets 
des  oignons  crus;  II,  128.  — Histoire  de 
soldats  brûlés  par  une  trainée  de  poudre 
à canon , traités  par  les  oignons;  11,204. 

— Histoire  d un  enfant  qui  eut  la  jambe 
brûlée  ; srar  fications , guérison  ; II , 209. 

— Exemple  de  gangrène  survenue  par  le 
froid;  II,  177.  — Exemples  de  congéla- 
tion de  divers  membres;  II , 2i4.  — His- 
toire d’un  Breton  qui  eut  la  jambe  gelée, 
puis  le  pied  brûlé;  amputation,  mort; 


ANALYTIQUE. 


85i 


II , 214.  — Histoire  du  chanoine  Bouquet; 
gangi  ène  sénile  ; refus  d'amputer  la  cuisse, 
mort;  lit,  512.—  Histoire  d’une  gangrène 
sénile  suivie  de  mort;  il,  214. — Pareil 
cas  communiqué  par  François  Vo*tre,  de 
Turin;  H,  214. — exemples  de  bras  et 
jambes  séparés  par  la  gangrène,  sur  des 
pestiférés,  à I Hôtel-Dieu;  III,  512. 

Observations. — 10°  imputations.  — Obser- 
\ations  sur  la  sensibilité  de  la  moelle 
des  os  dans  l’amputation,  296.  — Histoire 
d’une  amputation  au  coude,  sur  un 
soldat,  pour  cause  de  gangrène  trau- 
matique; guérison;  11  , 233.  — Histoire 
d’un  gentilhomme  auquel  Paré  coupa  la 
jambe;  premier  exemple  de  la  ligature; 

III,  698,  699. — Histoire  du  capitaine 
Lec'eic;  jambe  emportée  au-dessus  de 
la  cheville  par  un  coup  de  canon  , et 
amputée  plus  tard  pour  Sun  incommo- 
diié;  II,  221.  — Histoire  de  Pirou  Gar- 
bier;  amputation  de  la  jambe,  guérison  ; 

II , 230  et  232  ; III , xvi.  — Histoire  d’une 
amputation  de  jambe  faite  par  Charbon- 
nel,  pour  cause  de  carie,  avec  ligature 
des  vaisseaux;  III,  681. — Amputation 
de  jambes  l'aile  par  Viard  , pour  une  frac- 
ture compliquée,  avec  ligature  ; 111,681. 
— Amputation  pour  carie,  par  Daniel 
Poullet,  avec  ligature  ; 111,681.  — Am- 
putation pour  gangrène  de  cause  interne, 
avec  ligature;  III , 683.  — Amputation  de 
l’avant-bras,  pour  une  fiacture  commi- 
nulne  de  la  main,  faite  par  GuillemeaU; 

III , 683. 

— Il0  l'umeurs;  ulcères;  abcès; anévrismes. — 
Scrofules  traités  a>ec succès  par  la  saliva- 
tion mercurielle;  354.  — Histoire  du  fils 
dcBermon;  ablation  d’une  loupe  sur  le 
sourcil  contenant  des  poils;  111,41.— Loupe 
du  poids  de  huit  livres  enlevée  par  P„ré 
ei  L.  Coloi  ; 351 . — Histoire  d’une  demoi- 
selle affectéed’un  névrome  vers  la  hanche, 
avec  d’excessives  douleurs;  destruction 
de  la  tumeur  par  les  caustiques;  gué>i- 
son  ; 111,211.  — Hisioire  aualogue  sur 
la  femme  du  cocher  de  la  reine  ; lll , 212. 
— Histoire  de  M.  de  Vaudeville;  vieil 
ulcère  à la  jambe;  III,  716  et  suiv. — 
Douleurs  du  cancer  ulcéré  apai-ées  par 
les  sangsues  et  l’application  d’animaux 
coupés  eu  deux  tout  vivants;  366.  — Ver 
ex  rail  d’un  abcès  de  la  cuisse  par  Guil- 
lemeau;  III,  35.  — Hisioire  de  Jean 
Mallet  anévrisme  sous-clavicuiaireouvert 
par  un  barbier  conti  e l’avis  de  Paré  ; mort; 
372. — Histoire  de  Belanger;  anévrisme 
de  Parère  veineuse,  avec  auiopsie;  373. 

— i2 0 Artériotomie,  saignée,  cautères. — Arlé- 
riutornie  : pl  ue  f<  rmee  le  lendemain  ; III, 
418.  — Saignée  de  la  veine  puppis  laite 
avec  succès;  196. — Exemple  de  sang  vi- 
cié tiré  par  la  saignée  dans  certaines  an- 
nées ; II,  141. — Histoire  du  roi  Charles  IX; 
piqûre  d'un  nerf  dans  une  saignée  ; traite- 
ment dirigé  par  Paré;  guérison;  II,  115. 
— Histoire  de  madame  la  baillive  Cour- 


tin  ; saignée  malheureuse;  gangrène  du 
bras  ; mort;  II , 116.  — Histoire  du  cau- 
tère de  velours  ; III,  58 1. 

— 13°  Maladies  chirurgicales  du  tronc,  elopé- 
rutions  , disposées  par  régions.  — Hisioire 
de  Dufrénoy  : encéplialucèle  ouvert  mal- 
gré l’avis  de  Paré;  mort  ; II,  212.  — Quatre 
hydrocéphales , tous  morts;  autopsie  de 
l’un  d’eux;  377. — Exemple  d'une  grande 
tuméfaction  de  la  conjonctive  : Paré  dé- 
fend de  l’exciser  et  de  ta  cautériser;  II, 
78.  — Histoire  de  messire  Paul  : fluxion  sur 
les  yeux  guérie  par  le  selon  ; II,  79.— His- 
toire d’une  femme  qui,  pour  un  prurit  des 
paupières , se  lavait  les  yeux  avec  du  vi- 
naigre; II,  425,  790.  — Ouverture  d’un 
hypupion  faite  avec  succès;  II,  434. — His- 
toire de  la  sœur  de  Loys  de  Billy  : rupture 
des  yeux  par  inflammation;  II,  47  pilote', 
292,  428.  — Hi-toireducadet  deSt-Thoan: 
rliinopl.i-tie  italienne;  11,  606.  — Paroti- 
des traitées  par  l'application  de  topiques 
mercuriels  ; 381.  — Cancer  de  la  lèvre  en- 
levé par  un  procède  propre  à Fauteur; 
365. — Epulides  volumineuses  avec  altéra- 
tion des  alvéolés,  enlevées  par  le  fer  et  le 
feu;  381. — Epulides  dégénérées  en  car- 
tilages et  en  os  ; 382.  — Histoire  d'un  va- 
let de  chambre  du  connétable  : douleur  de 
dent  suivie  d’abcès  à la  gencive  et  de  chute 
de  la  dent  ; II,  444. — Histoire  de  Paré  lui— 
même  : douleur  de  dent  apaisée  par  I ap- 
plication d’une  gousse  d’ail  cuite;  H,  447. 
— Douleur  de  dents  apaisée  par  un  vesica- 
toiie  au-dessus  de  l’oreille  ; II,  448. — His- 
toire d’un  villageois  auquel  on  an  ache  trois 
bonnes  dents  eu  laissant  la  mauvaise;  II , 
453. — Hi  toire d'une  transplantation  u’une 
dent;  II,  449. — Malades  suH'oques  par  es- 
quiiiancie;  388. — Cautérisation  de  la  luette 
avec  l’eau-l'orle,  suivie  de  succès;  384. — 
Histoire  d'un  geniilh ommee  pagnol  : apos- 
tème  à la  gorge  rempli  de  vers  vivants;  III, 
733.  — Le  même  ; grenouillette  contenant 
cinq  pierres  ; III,  733.  — Hisioire  du  capi- 
taine Augustin  : extraction  d un  calcul  sali- 
vaire sous-lingual  ;III , 32. — Corps  étranger 
dans  l'œsophage,  puussé  a l'aide  d'un  por- 
reau dans  l’estomac;  28. — Histoire  de  Bé- 
nédict  Vallée  ; empyème  guéri  spontané- 
ment; 393.  — Tumeur  squirrheuse  du  sein 
chez  madame  deMonligny,  uégénéréesous 
l’influence  d'un  traitement  actif,  contre 
l’avis  de  Pare;  370. — Tumeur  duie  comme 
une  pierre  trouvée  à l’autopsie  dans  la  ma- 
melle d une  dame;  352.  — Tumeur  dure 
comme  une  pierre  sur  le  vivant,  et  n’ayant 
jamais  subi  de  dégénérescence; 352. — Tu- 
meur squirrheuse  ou  mésentère  pe<ant  10 
livres  et  demie  , autopsie;  356. — Histoire 
de  l’ecolier  Chambellan  : épi  de  gramen 
avalé,  sorti  par  un  espace  intercostal  ; III, 
39.  — Histoire  du  fol  de  M.  de  Rohan: 
pointe  d’épee  avalée  et  rendue  par  l’anus; 
III,  39.  — Couteau  avalé  sorti  par  un  ab- 
cès au-dessous  de  l’aine  ; III,  39.  — Frag- 
ment d’un  miroir  d’acier  avalé  par  un  en- 


TABLE 


85g 

fant,  descendu  dans  les  bourses  ; mort;  III, 
40.— Hydropique  qui  se  donne  un  coup  de 
poinçon  dans  le  ventre,  mort;  400. —His- 
toire de  l’enfant  de  Jean  de  Gourmont: 
abcès  de  l’ombilic  ouvert  'spontanément , 
issue  des  intestins,  mort  ; 11,795.— Histoire 
de  vers  sortis  par  un  abcès  du  ventre  com- 
muniquant avec  l’intestin  ; anus  anormal  ; 
guérison  ; III,  37. — Histoire  de  l’enfant  de 
M.  de  Martigues  : exomphale  ouvert  mal  à 
propos  ; mort  ; II , 795.  — Enfants  guéris 
de  hernies  inguinales  par  les  topiques  et 
le  hrayer;  406.  — Histoire  d’un  chirurgien 
qui  disait  guérir  les  hernies  par  les  topi- 
ques à l’intérieur  ; 407.—  Histoire  de  Jean 
Moret,  guéri  d’une  hernie  scrotale  à l’aide 
d’un  brayer  porté  cinq  à six  ans  ; autopsie; 
408.  — Autres  guérisons  pareilles  ; 409. — 
Autopsie  de  sujets  morts  de  la  castration 
pour  des  hernies  ; 413. — Histoire  d’un  en- 
fant chez  qui  l’on  avait  pris  le  testicule  à 
l’anneau  pour  une  hernie;  418. — Histoire 
d’un  miserere  mortel  par  amas  de  matiè- 
res fécales  durcies  dans  les  intestins;  II, 
515.  — Calcul  rendu  par  l’anus;  III,  32. 
Idem,  sur  la  dame  de  St-Eustaehe;III,  32. 
— Hydrocèle  chez  une  petite  fille  de  sept 
ans  opérée  par  excision;  346. — Gangrène 
dans  les  abcès  de  l’anus  provoquée  par  des 
médicaments  trop  répercussifs  ou  matu- 
ratifs  ; 420.  — Les  enfants  à qui  l’on  ouvre 
l’anus  imperforé  ne  vivent  pas  long-temps; 
II,  461.  — Exemple  de  malades  ayant  le 
rectum  sorti  du  volume  d’une  grosse  boule; 
Il  , 795.  — Histoire  de  Catherine  Parlan  : 
aiguille  restée  quatre  mois  dans  la  fesse  et 
sortie  par  l’anus;  III,  29.  — Procédé  d’un 
vieux  chirurgien  de  Milan  pour  le  para- 
phimosis,  pratiqué  avec  succès  ; II,  554. — 
Chaudepisse  gardée  dix  ans;  rétention 
d’urine , mort , autopsie;  II,  559. — Belles 
cures  faites  par  une  sonde  destinée  à cou- 
per les  brides  dans  les  rétré.-i-sements  de 
l’urètre;  II,  569.  — Sonde  placée  dans  l’u- 
rètre et  s’enfonçant  spontanément  dans  ce 
canal;  28.  — Cloporte  jeté  par  la  verge 
par  Duret  ; III , 35.  — Histoire  du  corn  e 
Charles  de  Mansfeldt  : issue  par  la  verge 
d’une  matière  semblable  à un  animal  ; III, 
35.  — broiement  des  calculs  dans  l’urètre 
fait  par  Paré;  II,  473. — Calculs  urétraux 
extraits  par  une  incision  latérale  à la  verge; 
II,  474. — Histoire  d’une  rétention  d’urine 
pours’ètre  trop  long-temps  retenu  de  pis- 
ser; II,  49S. — Hématurie  survenue  a Paré 
pour  avoir  été  trou  long  temps  à cheval  ; 

II,  500. — Histoire  d’un  homme  qui  vomis- 
sait de  l’urine  : mort,  autopsie  ; uretères 
bouchés  par  des  calculs;  II , 503.  — His- 
toire de  l’avocat  Goyet  : slrangurie,  mort, 
autopsie;  vessie  calleuse  et  parsemée  de 
petits  abcès  ; II,  510.  — Histoire  de  Pierre 
Cocquin  : calcul  vésical  formé  sur  une  ai- 
guille, extrait  par  les  fils  de  Laurent  Colot; 

III,  29.  — Histoire  d'un  pâtissier  de Mon- 
targis  : calcul  de  neuf  onces  extrait  par 
Jean  Colot;  guérison;  III,  30. — Histoire 


de  Tirevit  : aiguille  formant  le  noyau 
d’un  calcul  (Colot);  28.—  Autre  histoire 
de  Tirevit  : trois  calculs , chacun  du  vo- 
lume d’un  gros  œuf  de  poule,  extraits  par 
Laurent  Colot  le  fis;  III,  30. — Exem- 
ples de  pierres  de  figures  bizarres  , trou- 
vées par  Paré  dans  les  reins  des  cadavres  ; 
III,  31. 

Observations. — 14°  Accouchements  ; mons- 
truosités ; maladies  des  femmes  et  des  en- 
fants.— Histoire  de  la  femme  de  P.  Lefèvre: 
règles  rendues  par  les  mamelles;  II,  766. 
—Histoire  delà  femme  de  Paré  qui,  étant 
fille , eut  ses  règles  par  le  nez  un  an 
entier;  II  , 766.  — Dame  chlorotique  qui 
pleurait  sans  cause;  II,  782.  — Hisioire  de 
deux  filles  hystériques  qui  riaient  de  façon 
désordonnée;  II,  782.  — Exemple  unique 
d’hymen  (presque  imperforé)  trouvé  par 
Paré  chez  une  jeune  fille;  division;  II, 
747.  — Histoire  d’une  femme  devenue 
homme  à quatorze  ans;  III,  19. — Histoire 
de  Germaine-Marie,  d’abord  fille,  devenue 
garçon  à quinze  ans;  III,  19.  — Exemples 
de  femmes  feignant  d’être  enceintes  dé- 
masquées par  A.  Paré;  III,  49.— Ecarte- 
ment de  toutes  les  sympby-es  du  bassin 
sur  deux  femmes  mortes  après  l’accouche- 
ment; 295.  — Ecartement  des  symphyses 
sacro-iliaques  dans  l’accouchement  ; 1 1.665. 
— Autopsie  d’une  femme  accouchée  quinze 
jours  auparavant  : écartement  de  la  sym- 
physe pubienne  ; II,  669. — Exemple  d’une 
femme  accouchée,  dans  cinq  couches  suc- 
cessives, de  2,  3,  4,5,6  enfants;  III,  14. 

— Femme  accouchée  d’un  enfant,  et  huit 
jours  après  d’un  autre  ; III.  i4.— Accou- 
chements ou  le  bras  de  l’enfant  était  sorti 
et  gangrené,  et  où  Paré  l’amputait;  II, 
629,  703.  — Histoire  de  la  femme  de  Pierre 
Cœurly  : arrière-faix  sorti  le  premier;  en- 
fant mort;  II,  696.  — Opérations  césa- 
riennes sur  des  femmes  mortes  ; II,  646. 

— Deux  cas  de  suturedu  périnée;  H,  718. 

— Fœtus  putréfié  trouvé  dans  le  cadavre 
d’une  femmedesoixante-huitans;  III,  26. 

— Histoire  de  la  femme  de  Guillaume  Ro- 
ger: môle  volumineusedela  matrice,  avec 
autopsie  ; II,  724.  — Môle  du  volume  d’un 
œuf  d’oie;  mort;  II,  727.— Polypes  du  col 
utérin  guéris  par  l’application  de  la  pou- 
dre de  sabine;  359.  — Histoire  d’une  ca- 
gnardiére simulant  unechute  de  matrice; 
III,  51.  — Hisioire  d’une  femme  guérie 
d’une  chute  de  l’utérus  et  ayant  eu  des 
enTants  aptès  ; II,  740.  — Histoire  d’une 
femme  a qui  la  matrice  fut  extirpée  : mort 
trois  mois  après  ; autopsie  ; II,  745.  — Fi- 
gure d’un  enfant  avec  deux  pieds-bols  et 
deux  mains-botes;  III,  26.— Exemple  d’un 
enfant  qui  eut  le  cours  de  ventre  parce 
que  l.i  nourrice  avait  pris  médecine  ; III, 
288.  — Histoire  des  enfants  de  Paré  : inci- 
sion des  gencives  pour  favoriser  l’issue 
des  dents;  II,  799.  — Autopsie  de  l’enfant 
de  M.  de  Nevers  mort  à huit  mois;  les 
dents  retenues  par  la  dureté  des  gencives; 


ANALYTIQUE.  853 


II,  799. — Deux  exemples  de  monstres  avec 
deux  têtes  et  quatre  jambes  ; II  , 626.  — 
Monstre  à deux  tètes,  quatre  jambes,  deux 
bras  et  un  seul  cœur;  autopsie  par  Paré  , 

III , S.  — Monstre  à une  tête  , quatre  bras 
et  quatre  jambes  ; III,  9.  — Monstre  bi- 
corps  à trois  jambes,  réuni  par  le  bassin  ; 
III,  10.  — Monstre  bi-corps  réuni  par  la 
poitrine  et  l’abdomen  ; III,  11. — Pourceau 
monstrueux  bi-corps  a une  tête;  III  , 13. 
— Monstre  sans  jambes  n’ayant  que  deux 
doigts  à la  main  droite;  III,  21.— Monstre 
sans  tète  ; III,  21 . — Monstre  sans  bras  ar- 
rivé à l’âge  adulte,  et  embrassant  divers 
objets  avec  l’épaule  et  la  tête;  III,  22. — 
Monstre  femme  sans  bras,  qui  cousait; 
III,  23.  — Agneau  à trois  têtes  observé  par 
Jean  Bellanger;  III,  45. 

Observations. — 15°  Douleurs  ; migraine  'scia- 
tique, etc. — Histoire  de  M.  la  Roche-sur- 
Yon  : migraine  guérie  par  l’artériotomie  ; 
11,411.  — Migraine  soufferte  par  Paré lui- 
mème,  guérie  par  le  même  moyen;  11,411. 
— Douleur  sciatique  survenue  à Paré  lui- 
même;  guérison;  II,  119. — Douleur  scia- 
tique chez  Paré  même  guérie  par  des 
topiques  chauds  ; III , 245.  — Histoire  de 
M.  de  Longemeau  : sciatique  guérie  par 
l'application  de  limaçons  cuits  dans  du 
vinaigre  ; III,  212.  — Histoire  d’un  gentil- 
homme génevois  affecté  d’une  douleur  à 
l’épaule  gauche  avec  impotence  du  bras  , 
guéri  par  le  vomissement;  Ili , 225. — 
Douleurs  de  goutte  apaisées  par  l’appli- 
cation de  feuilles  d’hièble  ; III  , 213.  — 
Colique  venteuse  apaisée  par  l’injection 
de  3 onces  d’huile  et  d'une  balle  de  plomb; 
Il , 518. 

— 16°  Asphyxies. — Histoire  d’une  mort  su- 

sa,  bile  chezjune  jeune  mariée,  attribuée  à la 

striction  trop  forte  du  corset;  II,  293. — 
Histoire  de  cinq  hommes  asphyxiés  dans 
une  fosse  d’aisances  ; III , 358.  — Histoire 
de  deux  serviteurs  de  l’avocat  Duhamel , 
asphyxiés  par  la  vapeur  du  charbon;  III, 
661 . — Histoire  de  trois  serviteurs  de  Jean 
de  Begin  ; III,  664. 

— 11° Maladies  de  la  peau  ; maladies  internes. 
— Teigne  guérie  par  l’emplâtre  de  Yigo 
par  maiire  Simon  Leblanc;  II,  409. — Vé- 
role communiquée  par  une  nourrice  â l’en- 
fant, et  par  celui-ci  à la  mère  et  à toute  la 
famille; II, 530. — Observation  d’un  enfant 
atteint  d’un  feu  volage,  traité  par  de  l’eau 
pure  au  lieu  d’eau  de  licorne,  et  guéri  ; III, 
506. — Exemple  d’une  puanteur  des  pieds 
rendue  plus  insupportable  par  le  musc;  II, 
601.  — Epreuve  des  ladres  par  une  aiguille 
enfoncée  au  talon;  111,277. — Exempled’un 
rapport  de  ce  genre;  III , 669. — Epilepsie 
guérie  par  le  séton  ; II,  80.  — Histoire  de 
mademoiselle  de  Chalenges  : pleuro-pneu- 
monie  ; douleur  de  tète  donnée  par  l>uret 
comme  signe  de  mort;  pronostic  vérifié; 
II,  776.  — Histoire  analogue;  autopsie; 
abcès  entre  la  pie-mère  et  le  cerveau  ; Il , 
776. — Histoire ileTiennetle Chartier  : trois 


vers  semblables  à des  chenilles  rendus  par 
le  vomissement  ; III,  41.  — Vers  intesti- 
naux rejetés  par  le  nez;  III,  264. 

— 18°  Épidémies  ; peste  ; petite  vérole. — Dys- 
senlerie  contagieuse  au  camp  d’Amiens  ; 
autopsies  faites  par  Paré;  III,  422.  — Epi- 
démie causée  par  la  putréfaction  de  cada- 
vres accumulés  dans  un  puits,  au  château 
de  Pêne,  en  1562;  III,  358. — Histoire 
de  l’auteur  tombé  en  défaillance  en  visi- 
tant un  pestiféré;  III,  380.  — Histoire  de 
madame  La  Mare  : bubon  pestiféré  dis- 
paru par  métastase;  mort  subite;  III,  388 
et  438.  — Efficacité  de  l’armoise  contre 
la  peste;  III,  415.  — Enquête  faite  par 
Paré  sur  les  fâcheux  effets  de  la  saignée 
et  des  purgatifs  dans  la  peste;  III , 411. 
— Efficacité  de  la  semence  d’anchois  : 
histoire  rapportée  par  Gilbert  Erouard; 
III , 415.  — Histoire  de  M.  de  Fontaines  , 
affecté  de  la  peste,  guéri  par  un  abondant 
épistaxis  ; III , 419,  734.  — Frictions  mer- 
curielles essayées  par  Paré  contre  la  peste  ; 
III,  425.  — Vésicatoires  appliqués  avec 
succès  au-dessous  des  phlegmons  pesti- 
férés ; III,  428.  — Histoire  de  Paré  lui- 
même  ; charbon  pestiféré  au  ventre;  III , 
436,  472.  — Observations  sur  l’ouverture 
des  charbons  chez  les  pestiférés,  de  I Hô- 
tel-Dieu; III,  437. — Dissection  de  char- 
bons disparus  par  métastase  ; III,  437. — 
Histoire  du  gouverneur  des  dames  de 
l’Kôtel-Dieu  : charbon  de  peste  à l’esto- 
mac ; mort , autopsie;  III , 439.  — Obser- 
vation d’un  enfant  suçant  encore  les  ma- 
melles de  sa  mère  morte  de  la  peste;  II) , 
459.  — Histoire  d’un  individu  sain  trans- 
porté â l’Hôtel-Dieu  comme  pestiféré,  et 
mort  de  désespoir;  III,  458.  — Histoire 
d’un  prêtre  de  Saint-Euslache,  qui , dans 
le  délire  de  la  peste,  tua  trois  malades  à 
l’Hôtel-Dieu  ; III,  460.  — Histoire  de  la 
femme  d’Amy  Bâton,  qui,  dans  le  délire 
de  la  peste , se  jeta  avec  son  enfant  par  la 
fenêtre;  III,  460. — Histoire  de  la  fille 
de  Jean  de  Saint-Jean,  atteinte  de  la  peste 
et  guérie  par  cinq  grains  d’antimoine; 
III , 465.  — Histoire  de  la  fille  de  Chaude 
Piqué;  abcès  consécutifs  à la  petite  vé- 
role, avec  carie  du  sternum  et  des  épi- 
physes;  autopsie;  III,  258.' — Histoire  de 
la  petite  fille  de  Bolin  Marie  : os  des  bras 
et  des  jambes  pourris  et  fracturés  en  suite 
delà  petite  vérole;  III,  258. — Le  seigneur 
de  Guimenay  devenu  aveugle  par  la  vé- 
role ; III , 259.  — Autopsie  faite  avec  Ri- 
chard Hubert  : éruption  variolique  à l’in- 
térieur du  corps  comme  â l’extérieur; 
III,  260. 

— 19°  Charlatans;  maladies  simulées  ; traite- 
ments simulés;  guérisons  bizarres.  — His- 
toire du  juif  fabricant  de  mumies,  rap- 
portée par  Gui  de  la  Fontaine;  III,  4SI. 
— Exemple  d’un  charlatan  qui  arrêtait  le 
sang  avec  des  paroles  ; lli , 65.  — Histoire 
d’un  charlatan  qui  voulait  guérir  M.  de 
Martigues  { Voyez  aux  pluies  de  poi- 


TABLE 


854 

tritie.)  — Histoire  d’une  grosse  garse  de 
Normandie  qui  feignait  avoir  un  serpent 
dans  le  ventre;  lit , 52.  — Histoire  d’un 
coquin  qui  feignait  avoir  le  bras  spha- 
céle;  III,  46.  — Histoire  d’une  cagnar- 
dière  qui  feignait  avoir  un  chancre  à la 
mamelle,  démasquée  par  Jeh  n Paré  ; 
III.  46.  — Histoire  d’un  gros  maraul  qui 
Contrefaisait  le  ladre,  démasqué  par  Jehan 
Pare;  III,  47.  — Rapport  fait  par  Paré, 
Pigray  et  Viart  sur  un  gros  maraut  qui 
feignait  être  sourd,  muet  et  boiteux;  III, 
50.  — Histoire  d’une  cagnardière  simu- 
lant une  chute  du  rectum  ( mal  Saint- 
Fiacre)  démasquée  par  Flesselles;  III,  50. 
— Histoire  d une  femme  qui  riait  et  pleu- 
rait sans  motif;  99.  — Histoire  d’une 
femme  qui  se  croyaitempoisonnée  par  du 
mercure;  guérie  par  un  bain  où  l’on  avait 
jeté  du  mercure  ; tOO.  — Histoire  du  curé 
de  Montlhéry  se  croyant  empoisonné , et 
guéri  par  ruse;  )00.  — Gentilhomme  fou 
voulant  qu’on  lui  mît  un  autre  cerveau; 
100.  — Histoire  d’un  homme  qui  croyait 
avoir  la  vérole  , guéri  par  des  frictions  si- 
mulées; 100.—  Fièvre  quarte  guérie  par 
une  chute  dans  la  Vistu le  ; 95.  — Phré- 
nésie  guérie  par  une  chute  dans  la  ri- 
vière ; 96.  — Phrénésie  guérie  sur  un  Gas- 
con par  une  chute  du  deuxième  étage  sur 
le  pavé;  95. — Observation  semblable  sur 
un  gentilhomme;  103.  — Fièvre  quarte 
guérie  par  un  coup  d’harquebuse  sur  le 
capitaine  Saint-Aubin;  95;  III,  722. — 
Exemple  d’une  jaunisse  guérie  par  amu- 
lette; III,  64. — Exemples  de  fièvres 
guéries  paroraison,  mais  revenantensuite; 
III,  64. 

Ojservalinns. — 20°  Physique  ; histoire  natu- 
relle ; démonologie.  — crapaud  trouvé  vif 
dans  une  pierre  solide  ; III , 43.  — Histoire 
d’un  homme  qui  se  lavait  les  mains  avec 
du  plomb  fondu,  après  les  avoir  mouil- 
lées de  son  urine;  III,  68. — Expérience 
sur  des  autruches  pour  savoir  si  elles  di- 
gèrent le  fer  ; III , 518.  — Expérience  sur 
la  corne  de  licorne;  preuve  qu’elle  n’a 
aucune  action  sur  les  scorpions  ; III , 470. 
— Idem  sur  les  crapauds;  III,  505. — 
Autre  expérience  sur  lès  bulles  d’air  qui 
s’élèvent  de  la  corne  de  licorne  plongée 
dans  l’eau;  on  voit  la  même  chose  sur  des 
os  de  mouton  ; III,  471  et  505. — Corne 
du  poisson  vlétif  donnée  à l'auteur  par 
M.  Le  Coq  ; III,  503.  — Histoire  des  pas- 
sereaux de  Paré;  III,  740.  — Histoire 
du  singe  du  duc  de  Some;  III,  756.— 
Histoires  fantastiques  des  mineurs  d’Alle- 
magne, racontées  à Paré  par  un  gentil- 
homme du  duc  d’Ascot  ; III , 56.  — His- 
toire d’un  sorcier  véritable  vu  par  Am- 
broise Paré  ; III , 55  , 61.  — Histoire  d’un 
individu  tombé  en  délire  après  avoir 
mordu  dans  une  pomme  ; 111,  63.  — His- 
toire d’un  jeune  gentilhomme  possédé 
du  démon  ; III,  63. 

Obstruction.  Obstructions  naturelles  et  ac- 


cidentelles de  l’oreille;  11,  442;  III,  103. 
— Fièvre  symptomatique  venant  d’ob- 
struction ; III,  178. 

Obturateurs.  Figures  d’obturateurs  du  pa- 
lais ; II,  608. 

Occident.  Constantin  y est  le  réformateur 
des  sciences  médicales;  par  qui  y était 
cultivée  la  médecine  avant  le  xie  siée  e ; 
Int.  xix.  — La  chirurgie  y est  complète- 
ment oubliée  au  xiie  siècle;  Int.  xxvr.  — 
Tempérament  des  O 'cidemaux;  51. — Na- 
ture drivent  cl’Oceident;  64. 

Occiput.  Ce  que  c’est;  204.  — De  l’os  occi- 
pital ; 208. 

Octaine  (fièvre);  III,  156. 

Odeur.  Une  mauvaise  odeur  chasse  l’autre  ; 
III , 366.  — Influence  des  odeurs  sur  l’é- 
conomie ; III , 395. 

Odorat;  57. — De  quel  secours  il  est  au  chi- 
rurgien ; 93.  — Théorie  de  l’odorat;  243. 

OEdème;  320. — Définition,  espèces  diverses, 
causes,  signes;  341.  — Terminaisons  et 
traitement;  342. — Cas  remarquables  de 
plaies  d’harquebuses.  accompagnées  d'œ- 
dème ; II,  168.  — OEdème  résultant  d’un 
bandage  trop  serre;  II,  283,  284.  — Pro- 
duit par  une  fracture  ; II,  283.  — OEdème 
des  yeux;  II,  415. 

OEil  de  bœur,  de  eochon  , de  chat,  de  loup, 
de  chèvre , de  lion  ; 83. 

OE  opiiage.  Anatomie  de  l’œsophage;  201. — 
Pronost  c et  traitement  des  plaies  de  l’œ- 
sophage;  11  , 90. — Ulcères  de  l’œsophage; 
II , 264.  — Signes  de  la  section  de  l'œso- 
phage  ; III,  653. 

OEuts.  Huile  d’œufs  pour  les  brûlures;  II, 
206.  — Formation  de  l’œuf  humain;  II, 
644.  — Figure  d’un  monstre  trouvé  dans 
un  œuf  ; III,  8.  — Manière  de  faire  l’huile 
d œufs  ; 111,625. 

Officiers.  Devoirs  des  officiers  chargés  de  la 
police  en  temps  de  peste;  III , 377. 

Oies.  Présagent  la  pluie;  III,  739.  — Leur 
stratagème  pour  échapper  aux  aigles  ; III, 
753. 

Oignons.  Leur  efficacité  dans  le  traitement 
des  brûlures  ; II , 128,  204. 

Oiseaux  Les  oiseaux  piésagent  les  chan- 
gements atmosphériques  ; 111,738. — Leur 
habileté  à faire  leur  nid;  leur  sollicitude 
pour  leurs  petits;  111,740. — Accouplement 
des  oiseaux;  III,  746.  — Educabililé  des 
oiseaux;  111,766.  — Oiseaux  qui  parlent 
et  qui  si fTleni  ; III,  759. 

Omagra  ; III  , 209. 

Ombilic.  Voyez  Nombril. 

Omentum;  135. — Réduction  de  l’omentum; 
II , I0S. 

Omoplate.  Description  de  l’omoplate  et  de 
ses  muscles;  268  ; II,  309.  — Fractures  de 
l’omoplate;  signes  de  ces  fractures  ; réduc- 
tion; II,  310.  — Dangers  des  fractures  du 
col  de  l’omoplate;  II,  311.  — Pronostic 
des  luxations  de  l’omoplate;  Il  , 352. 

Ongles.  Leur  origine  ; 284.  — Traitement 
de  l’ongle  incarné;  II,  467. 

Onguents.  Conseils  de  Fallope  sur  l’usage  des 


ANALYTIQUE.  855 


onguents;  330. — Onguents  pour  les  herpes; 
340. — Pour  les  chancres  ; 366,  367,  369. — 
Pour  les  polypes;  378. — Pour  les  plaies  du 
Cuir  musculeux  ; II , 39.  — Pour  les  plaies 
par  harquebuses;  II,  1 54 . — Pour  les  plaies 
envenimées;  II,  191. — Pour  la  brûlure; 
11,205,  206,  207.  — Pour  la  gangrène  ; 
11,219.  — Onguents  hémostatiques  ; II, 
228.  — Pour  les  plaies  après  amputation  ; 
11,  235.  — Pour  les  ulcères  iniempérés 
secs;  II,  251.  — Pour  les  hémorroïdes  ; 

II , 276.  — Pour  la  teigne;  II,  408,  409. — 
Contre  la  vérole;  II,  543. — Pourdétr  ire 
les  carnosilés  rie  la  verge;  11,570,  574,  575. 
— Pour  les  dartres;  II,  597,  59S. — Pour 
faciliter  I enfantement;  II,  n73.  — Pour 
mettre  sur  le  ventre  des  nouvelles  accou- 
chées; II,  708.  — Pour  arrêter  le  flux 
menstruel  excessif  ; II , 773.  — Contre  la 
grattelle  ; II,  791. — Pour  les  maux  de  tête 
des  f bricitams;  III.  185.  — Contre  la 
goutte  causée  de  pituite;  III,  236,  237, 
238.  — Contre  la  goutte  provenant  d’hu- 
meur cholérique;  III,  242.  — Contre  les 
nœuds  des  jointures  ; Il 1 , 247.  — 1 our  la 
rogne  ; 111, 282. — Préservatif  de  la  peste  ; 

III, 375.  — Pour  rafraîcbr  les  reins;  III, 
421,  422.  — Onguent  mercuriel  pour  fric- 
tions; 111,426.  — Onguents  répercussifs 
pour  les  bubons  pestilentiels;  III,  431. — 
Onguents  détersif' ; III , 433. — Pour  ef- 
facer les  cicatrices;  III , 443.  — Onguents 
contre  les  ecchymoses;  III , 485.  — On- 
guents répercussils ; III , 535.  — Attrac- 
tifs; III , 536.  — Résolutifs;  III , 538.— 
Suppuratifs;  III.  540.  — Narcotiques  ; III, 
544.  — Epulotiques  ; III,  545.  — Défini- 
tion, qualités  diverses,  ingrédients  des 
onguents  ; 111, 563.  — Manière  de  faire  les 
onguents  : composition  des  onguents  ré- 
percussif,  nulritum  aureum  ; III.  564.  — 
Telruphannacum,diapompholijgos,dessicca- 
livum  rubrum,  coerulalum,  album  /iliuiis;  iil, 
565.  — De  alihæa  , populeonis,  uponlolo- 
rum  ; III , 566.  — Ægyptiac,  corniiissœ  ; 
III , 267.  — De  hedrus  pour  toutes  les 
morsures  et  les  rhagadies  de  l’anus;  III, 
468. — Onguent  contre  la  goutte  rose  ; 111, 
607.  — Contre  les  pustules  ; III,  608. 

Onyx.  Ce  que  c’est;  II,  418. 

Opérateurs;  Int.,  cxlvi. 

Opiiiasis  ; 82. 

Ophthalmie;  320;  II,  417.  — Définition; 

II , 426  ; III , 76.  — Causes , signes  et  trai- 
tement ; Il , 426. 

Opiat.  Opiat  préservatif  de  la  peste  ; III,  370. 

Opisthotonos.  Ce  que  c’est;  443. 

Opium.  Ses  propiiétés  et  son  contre-poison; 

III , 337. 

Or.  Inefficacité  de  l’or  potable  ; III , 512. 

Ordf.iiic  Vitalis.  Mention  qu’il  fait  d’une 
matrone  de  Salerne;  Int.,  xxiv. 

Oreilles.  Extrai  t on  des  corps  étrangers  des 
oreilles,  26;  II,  442.  — Description  des 
oreilles  ; 247.  — Tumeur  des  oreille'  ; 379. 
Traitement  des  plaie'  des  oreilles;  II,  S9. 
— Ulcères  des  oreilles;  11,263. — Obstruc- 


tion naturelle  du  conduit  de  l’oreille  et  sa 
cure  ; II,  442.  — Causes  de  la  surdilé;  II, 
601.  — Moyens  de  masquer  la  perle  de  l’o- 
reille; II , 610.  — Figure  d’une  oreille  ar- 
tificielle ; II,  61 1.  — Etat  des  oreilles  chez 
les  b preux  ; 111,  275. 

Organes.  Causes  diverses  des  vices  des  or- 
ganes ; obstacles  que  ces  vices  apportent  à 
l’action  de  l’âme  ; II , 653. 

Orgueil.  Maladie  des  yeux;  II,  416. 

Oribase.  Cité  par  Gariopontus  ; Int.,  xxi. 

Orient.  Tempérament  des  Orientaux,  51. — 
N dure  du  vent  d’Orienl,  64. 

Orifices  du  cœur;  192. 

Orliac  (Pierre  d’),  chirurgien  à Avignon; 
Int. , lxviii. 

Orobon  ; III , 772. 

Orpin.  Symptômes  et  antidotes  de  l’empoi- 
sonnement par  l’orpin  ; III , 661. 

Orpiment.  Son  action  sur  l’économie  ani- 
male , et  contre-poison  ; III , 343. 

Orteils.  Os  des  orteils,  304.  — Muscles  qui 
meuvent  les  orteils  ; 307.  — Luxation  des 
orteils  ; II , 401. 

Orthographe.  Recherches  sur  l’orthographe 
de  la  langue  française  au  xvie  siecle;De 
l’orthographe  d’A.  Paré;  Int. , cccxl. 

Orties  de  mer  ; III , 738. 

OuRAqnÉ.  Recherches  inutiles  pour  trouver 
Pouraque;  171.  — Sur  ce  conduit;  II, 
648,  663. 

Os.  Constitution  de$  os,  34,  179.  — Les  os 
n’ont  point  de  sentiment,  manifeste;  179. 
— Des  veines  et  des  artères  des  os  ; de 
leurs  différences  ; 180.  — Quels  sont  les 
huit  os  du  crâne  ; 207.  — Occipital,  coro- 
nal  , pariétaux  ; 208.  — Os  pétreux,  sphé- 
noïde, ethmoïde;  209.  — Enumération  des 
os  de  la  face;  229.  — Anatomie  de  l’os 
hyoïde  ; 250  — Description  de  l’os  sacrum  ; 
260.  — De  l’os  du  bras  ; 278.  — De  ceux  du 
coude  ; 280.  — Du  carpe . du  métacarpe  et 
des  doigts  ; 282.  — Os  sésamoïdes  ; 284.  — 
Os  de  la  cuisse;  294.  — De  la  moelle  des 
os  ; 296.  — Os  de  la  jambe , 299.  — Réca- 
pitulation de  tous  les  os  du  corps  humain  ; 
308.  — Connexion  des  os;  313.  — Manière 
de  eonjoindre  les  os;  317. — Pionostic  des 
plaies  des  os;  433.  — Du  cal  des  os;  434. 
— Figure  d’une  scie  propre  à couper  les 
os  de  ta  tête  ; II , 14.  — Sur  la  réunion  na- 
turelle des  os  fracturés  ; Il  , 16  , 17,  18.  — 
Pronostic  tiré  de  l’état  des  os  dans  les  plaies 
de  la  i été  ; II,  27,  28. — Temps  que  met 
le  cal  à se  former;  II,  33. — Altération  des 
os  de  la  tête;  II,  65.  — Mortification  des 
os  ; II , 213.  — Section  des  os , 196;  Il  , 
223. — Ti alternent  des  fistules  causées  par 
une  carie  des  os;  II,  272.  — Fractures  des 
os;  II,  294.  — Courbure  des  os  du  crâne 
et  des  côtes;  courbure  des  os  des  mem- 
bres sans  fracture;  II,  296  — Nécessité 
de  la  connaissance  de  l’anatomie  des  os 
pour  ti  ai  ter  les  I raclures  ; Il , 300. — Luxa- 
tions des  os  ; II , 348.  — Causes  de  la  carie 
des  os;  II,  580.  — Symptômes;  II,  581. 
Traitement  des  os  caries  par  les  poudres 


TABLE 


856 

et  emplâtres  catagmatiques  ; II , 683.  — 
Par  la  rugination  et  la  trépanation  ; II , 
684.  — Pronostic  de  la  carie  des  os  longs  ; 
II,  685.  — Traitement  de  la  carie  des  os 
par  les  cautères  potentiels  ; II , 588. — Par 
les  cautères  actuels  ; II , 58'J.  — Inconvé- 
nients de  la  mauvaise  application  du  cau- 
tère actuel;  soins  à prendre  pendant  et 
apres  la  cautérisation;  II,  591. — Pesos 
des  nouveaux-nes  sont  très  nvius  ; II,  014. 
— Formation  des  os  chez  le  fœtus  ; II,  65 1 . 
— Cas  d’un  enfant  sans  os  ; III,  23. 
— Carie  des  os  consécutive  de  la  rou- 
geole et  de  la  petite-  vérole  ; III , 258.  — 
Distillation  des  os;  III,  038. 

Oseille.  Son  emploi  dans  le  pansement  des 
morsures  d’animaux  enragés  ; III , 310. 

Ostéotomie  ; 317. 

Ouïe;  67.  — De  quel  secours  elle  est  aux 
chirurgiens;  93.  — Causes  de  la  perte  de 
l’ouïe  ; II,  601. 

Oulæ.  Ce  que  c’est;  II , 418. 

Ours.  Comment  ils  se  guérissent  quand  ils 
ont  mangé  des  pommes  de  mandragore  ; 
19;  III,  737.  — Monstre  marin  ayant  la 
tète  d’un  ours  ; III , 771 . 

Oxicrat  pour  les  pestiférés  ; ïll , 401. 

Oximel  ; III,  400. 

OZ0ENA  ; II  , 200. 

P 

Padouf..  Université  de  Padoue;  Int.,xxvm. 
— Décadence  de  l’école  de  Padoue;  Int., 
xlvii.  — Léonard  Bertapaglia  jette  quel- 
que éclat  sur  cette  école  au  commencement 
du  xve  siècle;  Int.,  lxxix. — I/Universilé 
de  Padoue  revendique  Bertapaglia,  Arcu- 
lanuset  Monlagnana  ; Int. , xcii.  — Carac- 
tères de  l’école  de  Padoue  ; Int.  cxcvn. 

Palais.  Description  du  palais , 254.  — Ulcè- 
res du  palais  ; II , 202.  — Causes  des  plaies 
du  palais  qui  nuisent  à la  parole  ; 11,007. 
— Moyens  d’y  remédier;  II  , 008. 

Pales-couleurs.  Causes  des  pâles-couleurs; 
II,  779.  — Symptômes  et  traitement  ; 
battement  du  cœur,  boursouflure,  ap- 
pétit dépravé;  II,  780.  — Nausées , vomis- 
sements, frisson;II  ,781 . — Soupirs, gémis- 
sements , ris  , rêveries  ; II , 782.  — Eva- 
nouissement; fièvre  erratique;  il  , 783. — 
Soif  et  altération  ; insomnie  et  autres  ac- 
cidents , cure  générale;  II,  784. 

Palette.  Capacité  des  palettes  de  Paris;  II, 
38. 

Palmiers.  Accouplement  des  palmiers;  III , 
702. 

Palpitations,  (fauses  des  palpitations  de 
cœur,  188. 

Panache  de  mer;  III,  773. 

Panaris.  Définition,  causes , traitement,  420. 
— Soins  consécutifs  , 421 . 

Pancréas.  Description  du  pancréas,  143. 

Pannicule.  Ce  que  c’est  que  le  pannicule 
charncux  , 118.  — Son  utilité  , 1 19. 

Pansement.  A quel  intervalle  doivent  se  suc- 


céder les  pansements  des  plaies  par  har- 
quebuses  ; II . 156. 

Pantegni  (le).  Ouvrage  de  Constantin  imité 
du  grand  ouvrage  d’Ali-Abbas  ; Int.,  xxv. 
— Rectification  de  cette  hypothèse  ; Ill,i\. 

Panthère.  Son  antipathie  pour  la  hyène  ; 
111  ; 701. 

Papier.  Époque  de  l’invention  du  papier  de 
chiffon  ; Int. , lxx. 

Papillots.  Ce  que  c’est;  III , 423. 

Paracel-e.  Sa  naissance;  lut.,  ccvm. — Ses 
premiers  travaux,  ses  incertitudes,  ses 
voyages;  Int.,  ccix.  — Scs  premières  ré- 
formes , sa  réputation  ; Int. , ccx.  — Idee 
de  sa  doctrine  et  de  son  langage;  Int., 
eext.  — Cause  de  ses  erreurs  ; lut.  ,ccxn. 
Ses  nouveaux  voyages  ; Int. , cciv.  — Exa- 
men  de  son  génie; Int.,  ccxv.—  Sa  théorie 
du  corps  humain  ; Int. , ccxvi.  — Sa  thé- 
rapeutique ; Int.  ccxvii.  — Ce  qu’il  dit  de 
la  mamie;  Int.,  ccxvm.  — Résultats  de  son 
système;  Int.,  ccxxi.  — Son  étiologie  des 
tumeurs,  321 . 

Paracentèse.  Opinion  des  auteurs  sur  cette 
opération,  397.— Manière  d’operer,  399. — 
Autre  procédé,  400.  — Détails  historiques 
sur  la  paracentèse,  401. — De  l’emploi  du 
cautère  dans  la  pa  acentèse;  III,  085. 

Pa rac mastique  (fièvre  synoque)  ; III , 95. 

Paradis  (oiseau  de).  Description  et  mœurs 
de  l’oiseau  de  Paradis;  III,  783. 

Paralampsis.  Ce  que  c’est  ; II , 4 1 S. 

Paralysie.  Définition  , causes  , curabilité. 
447. — Traitement , 448.  — Paralysie  de 
l’œil  ; II , 414. — Des  paupières  ; 11  , 416. — 
Causes  et  traitement  de  la  paralysie  de 
la  matrice;  II , 792.  — De  quelle  fièvre  ta 
paralysie  est  symptomatique  ; 131.  191.  — 
Paralysie  résultant  du  virus  arthritique; 
III , 221. 

Parapiiimosis.  Définition,  causes , et  opéra- 
tion ; II , 459  , 554. 

Parastates.  Substance,  situation,  action 
des  paraslates  ; 150.  — Leur  quantité,  fi- 
gure, composition  , tempérament  et  nom- 
bre ; 157. 

Paravicini.  Traducteurd’Abenzoar,  Int.,  lx. 

Paré  (Ambroise).  Obscurité  qui  entoure  sa 
vie;  ses  biographes;  Int.,  ccxxm.  — Sa 
naissance  ; Int.,  ccxxiv;  Ill.ix.x. — Sa 
famille;  Int.,ccxxvi;  III,  x,xi. — Erreurs 
de  ses  biographes;  Int. , ccxxvin.  — Ses 
premières  études;  Int.,  ccxxix.  — Son 
séjour  à l’Hôtel— Dieu  ; Int.  , ccxxxi  ; III, 
0S0.  — Sa  réception  comme  maître  chi- 
rursien-barbier  ; Int.,  ccxxxin. — Sa  pre- 
mière campagne  à la  suite  du  maréchal 
de  Montejan  ; lut.,  ccxxxn  ; III,  689. 
— Son  mariage  : sa  seconde  campagne 
à la  suite  de  M.  de  Rohan  ; son  emrevue 
avec  Sylvius  ; Int. , ccxxxvi.  — Son  pre- 
mier livre;  Int.,,  ccxxxvii.  — Nouvelles 
campagnes;  Int.  , ccxlii.  — Etudes  d’a- 
natomie, publication  de  la  Briefve  col- 
lection anatomique;  Int.,  ccxliv.  — Se- 
conde édition  du  Traité  îles  plaijes  cl’linr- 
quebiiies;  Int.  , ccxlv.  — Cures  remar- 


ANALYTIQUE.  807 


quables  ; Int.,  ccxlv.  — Il  est  nommé  chi- 
rurgien ordinaire  du  roi;  Int. , ccxlvii  ; 
III,  700.  — Il  assiste  aux  séges  de  Metz  et 
de  Hesdin  ; Int.,  ccxi.ix  ; III,  700  et  709. — 

Il  e>t  f : i 1 prisonnier;  Int.,  xxl.  — Périls 
divers;  il  recouvre  sa  liberté;  Int.,  ccu. 

— Diffusion  de  sa  doctrine  sur  les  plaies 
d’armes  à l'eu  ; Int. , cclii.  — Sur  la  prio- 
rité de  sa  découverte  ; Int. , ccliu.  — Ré- 
ception d’Ambroise  Paré  au  collège  de  St- 
Côme;  Int.,  ccLViu. — Railleries  de  Riolan 
à ce  sujet  ; Int.,  ceux.  — Premières  tenta- 
tives d'anatomie  chirurgicale  ; lut. , cclxi. 

— Il  recommence  sa  vie  militaire;  mort 
de  Henri  II;  Int.,  cclxii.  — Mort  de  Fran- 
çois II;  Int.,  cclxiii.  — Odieux  soupçons 
élevés  à cette  occasion  contre  A.  Paré  ; Int., 
cclxiv.  — Publication  de  V Anatomie  uni- 
verselle et  du  Traité  des  plaies  de  têle  ; Int. , 
cclxiv,  cclxv.  — Il  a la  jambe  cassée; 
Int.,  cclxvi. — Il  assiste  au  siège  de  Rouen  ; 
Int.,  cclxvii  ; III,  723. — Il  est  nommé  pre- 
mier chirurgien  du  roi;  Int.,  cclxvih. — 
Publication  des  Dix  livres  de  chirurgie; 
Int. . cclxix.  — Il  suit  Charles  IX  dans  les 
provinces  ; Int.,  cclxxi.  — Il  est  atteint  de 
la  peste;  publication  du  Traité  de  la  peste , 
de  la  petite  vérole  et  rougeole;  Int.,  cclxxii. 

— Cures  diverses;  Int.,  cclxxiiu  — Hom- 
mages qui  lui  sont  rendus;  Int. , cclxxiv. 

— Publication  des  Cing  livres  de  chirurgie  ; 
Int. , cclxxv.  — Première  apologie  contre 
Le  Paulmier;  pamphlet  du  compagnon  bar- 
bier; Int.,  cclxxvi.  — A.  Paré  était-il  hu- 
guenot? Int.,  cclxxviii  ; III, xiv. — Publica- 
tion des  Deux  livres  de  chirurgie  ; second 
mariage  ; il  est  nommévalet  de  chambre  et 
conseiller  de  Henri  III;  Int.,  cclxxxu.  — 
Première  édi  lion  ries  œuvres  complèles;  op- 
position de  la  Faculté  ; Int.,  cclxxxiii. — At- 
taques deschirurgiens  de  st-'.;ôme;  paral- 
lèle d’A.  Paré  et  de  Guy  de  Chauliac  ; Int., 
cclxxxiv.  — Conduite  d’A.  Paré  dans  les 
nouvelles  querelles  des  chirurgien-  et  de  la 
Faculté;  Int.,  ccuxxvu. — Voyage  en  Lor- 
raine; 2'édition  des  œuvres  complètes;  Int., 
CCi.xxxviil. — Le  Discours  delà  Licorne; 
IiU.,cclxxxix;  III,  46S,  470. — Polémique  y 
relative;  nouvellesattaques  de  Gourrnelen; 
Inl.,ccxc. — L^agranie  apologie;  Int.,  ccxci. 

— Allocution  de  Paré  à l’archevêque  de 
Lyon  ; Int.,  ccxciv. — Sa  mort  ; Int.,  ccxcv. 
— Son  portrait; son  caractère; Int., ccxcvi. 

— Son  dévouement  à la  science,  sa  fortune  ; 
Int.  , ccxcvti.  — Son  cabinet  de  raretés; 
Int.,  ccxcvm.  — Ses  amis;  Int.,  ccxcix. — 
Anecdotes  diverses  ; Int.,  ccc. — Bibliogra- 
phie d’A.  Paré  ; éditions  françaises  origi- 
nales; Int.,  cecin. — Editions  latines  ; Int., 
cccxxvi.  Traduciions  anglaises;  Int., 
cccxxvm.  — Traductions  hollandaises  et 
allemandes  ; Int.,  cccxxix.  — Composition 
des  ouvrages  d’A.  Paré;  Int.,  cccxxx. — 
S’il  a eu  des  collaborateurs  ? Int. , cccxxxi. 

— De  son  style;  Int  ,cccxxxm. — Accusa- 
tions de  plagiat;  Int.,  cccxxxv. — De  l’ar- 
rangementdes  livres  de  sa  collection,  Int.,  1 


cccxxxvin.  — De  l’orthographe  d’A.  Paré; 
Int.,  cccxl.  — Caractère  général  de  ses 
écrits;  Int.,  cccxlvii.  — Leur  influence  ; 
décadence  et  fin  deson  école  ; Int.,  cccxlix. 
— Valeur  relative  des  diverses  éditions  de 
ses  œuvres;  III,  1.  — Valeur  des  traduc- 
tions; III,  11.  — Bibliothèques  ou  se  trou- 
vent ses  traités;  III,  xv.  — Sonnet  placé 
par  A.  Paré  en  tète  de  ses  œuvres,  III. 
xxn.  — Historique  du  monument  élevé  à 
Paré  dans  la  ville  de  Laval  ; III,  xxm . — 
Cérémonie  d’inauguration;  III,  xxiv.  — 
Description  du  monument  et  de  la  statue  ; 
III,  xxv.  — Discours  prononcé  dans  cette 
occasion  par  M.  Pariset;  III,  xxvi. — Rela- 
tion du  voyage  d’A.  Paré  au  camp  d’A- 
miens ; III  , 522.  — Canons  et  règles 
d’A.  Paré;  111,  647.  — Tentative  d’empoi- 
sonnement dirigée  contre  lui  ; Il I,  xiv,  662. 
— Son  voyage  à Turin  ; occasions  qu’il  y 
eut  d’exercer  son  art  ; III,  6S9.— Comment 
il  fut  amené  à renoncera  l’emploi  de  l’huile 
bouillante  dans  le  traitement  des  plaies 
d’arines  à feu  ; III , 691 . — Relation  de  ses 
voyages  à Marolie  et  en  Basse-Brelagne  : 
occasions  qu’il  y eut  d’exercer  son  art; 
témoignage  que  lui  rend  un  médecin  mi- 
lanais; III,  692. — Cure  de  M.  de  Bris- 
sac;  autopsie  faite  en  Bretagne;  relation 
de  son  voyage  de  Perpignan;  III  , 694. 
— Relation  de  son  voyagea  Landrecies  ; 
III,  695.  — Idem  de  son  voyage  à Boulo- 
gne; cure  du  duc  de  Guise;  Ili  , 696.  — 
Relation  de  son  voyageen  Allemagne  ; cure 
d’un  des  soldats  de  la  compagnie  de  M.  de 
Rohan;  III,  697. — Relation  de  son  voyage 
à Danvilliers;  cure  d'un  gentilhomme 
de.  la  suite  de  M.  de  Rohan;  III,  698.  — 
Relation  de  son  voyage  a Château-Le- 
comte ; III,  699. — Cure  de  M.  rie  Mj- 
gnane  ; III,  701 . — Cure  de  M.  de  Martigues  ; 
III,  71 1.  — Cure  de  M.  de  Vaudeville;  III, 
717.  — Relation  du  voyage  d’A.  Paré  à La 
Fère  après  la  bataille  de  Si-Quentin  ; 111 , 
721.  — Relation  de  son  voyage  au  Havre- 
de-Gràce  ; III,  722.  — Pronostic  de  la  mort 
du  roi  de  Navarre  ; III,  723.  — Voyage  de 
la  bataille  de  Dreux  ; cure  du  comte  u’Eu  ; 
III,  724. — Voyage  à la  suite  de  la  bataille 
de  Montcontour  ; cure  du  comte  de  Man- 
sfeldt  ; III,  725. — Voyage  de  Flandre  ; cure 
du  marquis  d’Avret;  III , 726.  — Voyage 
à Bourges;  III , 732.  — Bataille  de  Saint- 
Denis  ; voyage  a Bayonne  ; III,  733. 

Paremptosis.  Ce  que  c’est;  II , 419. 

Parenchyme;  144. 

Parfums.  Traitement  de  la  vérole  par  les  par- 
fums: accidents  qui  en  résultenl  ; dans  quel 
cas  il  faut  y avoir  recours  ; II,  551. — Mode 
d’administration;  élémenlsprincipaux  ; for- 
mules ; Il , 552.  — Parfums  empoisonnés  ; 
III,  297.  — Ce  que  c’esi  que  parfums; 
combien  d’espèces,  ingrédients;  III,  593. 
—Modèles  pour  le  cerveau,  les  nerfs,  les 
restes  de  vérole  ; usage  des  parfums  , ma- 
nière,de  parfumer;  III,  594. 

1 Paris.  École  de  Paris;  lnt.,xxvm.  — Quand 


TABLE 


858 


on  commença  à y conférer  des  degrés; 
Int.,  xxix.—  Eclat  de  l’école  de  Pari  - sous 
Lan  franc , Pitard  et  Henri  de  Mondeville; 
Int.,  xi.ix. — Sa  décadence;  Int.,  mi. 

Pariset  (M.).  Discours  prononcé  par  lui  lors 
de  l’inauguration  de  la  statue  d’A.  Paré  à 
Laval  ; ,1 1 1 xxvi. 

Parme.  Ecole  de  Parme;  Int.,  xxvm. — 
Jean  de  Parme,  chirurgien  à Avignon; 
Int.,  lxviii. 

Parole.  Inlluence  des  dents  sur  la  parole; 
232. — Excellence  de  la  parole;  253. — 
La  parole  est  une  des  trois  prérogatives 
de  l’homme  ; III,  764. 

Paronychie  ; 320. 

Parorasis.  Ce  que  c’est  ; II,  414. 

Parotides.  Leurs  fonctions;  250.  — 320.  — 
Définition  ; causes;  curabilté  ; traitement 
résolutif;  379.  — Opération  chirurgicale; 
38o.  — Guérison  par  le  vif  argent  ; 381. 

Parties.  Des  parties  universelles  et  parti 
culiéres  , simples  et  composées  du  corps  ; 
108.  — Origine  et  division  de  l’artère  des- 
cendant aux  parties  naturelles;  1 4 9. — 
Des  nerfs  dis  ribués  aux  parties  natu- 
relles; 150.  — Substance,  dimen-ion, 
forme,  composition,  situation,  connexion, 
tempérament,  usage  de  la  partie  houleuse 
de  la  femme;  i68. 

Passionnaire  de  Garinpontus;  Int.,  xxi. 

Passions.  Leur  influence  sur  le  corps;  78. 
— Leurs  rapports  avec  lui;  79. — Leur 
influence  sur  la  santé  ; 97.  — Sur  la  gué- 
rison des  plaies  de  la  tête;  II,  3S  — Théorie 
des  passions;  II,  061.  — Influence  des 
pas-ions  violentes  sur  l’avortement;  II, 
625,  714.  — Sur  la  fièvre;  III,  85.  — Sui- 
te développement  de  la  peste;  III,  376. 

Pasténaque  Accidents  résultant  de  sa  pi- 
qûre ; III , 332.  — Remèdes;  III,  333 

Pâtes  pour  noircir  le  poil;  III,  610,  611. 

Patte  d’oie  Ce  que  c’est;  II,  678. 

Paul  d’Egine  est  inconnu  aux  Occidentaux 
avant  Guy  de  Chauliac;  Int.,  lx.  — Est 
cité  par  Montagnana ; Int.,  xem  — Est 
retrouvé  au  xvc  siècle;  Int , cix.  — Est 
cité  par  Benivieni  ; Int.,  cxvm.  — Son 
opinion  sur  les  dragonneaux  ; 424. 

Paul  Diacre.  Son  histoire  de  Constantin; 
Int.,  xix. 

Paupières.  Description  des  paupières;  235. 
— Brûlures  des  paupières;  II,  208.  — 
Énumération  des  maladies  des  paupières; 
II , 4 15.  — Moyen  de  rehausser  la  paupière 
supérieure;  II,  420.  — Prurit  des  pau- 
pières; II,  424.  — Conjonction  congé- 
niale  des  paupières;  II,  679. 

Pavie  (Ecole  de);  Int.,  xxvm. 

Pavot.  Propriétés  du  pavot  noir  et  son 
contre-poison;  III,  337. 

Pax  de  Fabiano,  premier  inventeur  supposé 
du  pap  er  de  chiffon;  Int.,  lxx. 

Peau.  État  de  la  peau  des  lépreux  ; III , 277. 
— Remèdes  pour  blanchir  et  unir  la 
peau;  III  , 603,  606.  Voyez  Cuir. 

PÊcnEUR.  Comment  il  fait  la  cha-se  aux 
autres  poissons;  III,  754. 


Pechyagra;  III,  209. 

Pecten.  Ce  que  c’est;  168. 

Pedicularis  morbus;  82. 

Pedium.  Os  du  pediuui;  303.  — Luxation 
des  os  du  pedium;  II,  401. 

Pelade.  Ce  que  c’est;  II,  405,  528,  531. 
— Causes,  signes  et  traitement;  II,  534. 
Voyez  Alooécie. 

Pélican.  Figure  de  trois  pélicans  pour  ex- 
traire les  dents;  II,  452. — Recherches 
sur  cet  instrument  et  sur  l’orthographe 
de  son  nom  ; II , 453. 

Pelletiers.  Suture  des  pelletiers;  440. 
Pelvis.  Ce  que  c’est;  216. 

Pempiiygodes;  III,  110. 

Pendaison.  Signes  indiquant  qu’un  individu 
a été  pendu  avant  ou  après  la  mort;  III, 
660. 

Censée.  Définition;  58;  II,  655. 

Pensiles  (verrues);  II,  787. 

Percy.  Eloge  qu’il  fait  de  Gersdorf;  Int., 
ccv. — Détails  qu’il  donne  sur  Ambroise 
Paré;  Int.,  cexxvn.  — Ce  qu’il  dit  sur  la 
composition  des  I ivres  d'Ambroise  Paré; 
Int.,  cccxxxi.  — Réfutation  ; Int.,  cccxxxn. 
— Son  opinion  sur  le  livre  des  Monstres 
et  Prodiges  ; III , 1 . 

Perdrix.  Sollicitude  des  perdrix  pour  leurs 
petits  ; III , 745. 

Pcregrin.  Chirurgien  à Bologne  au  xive 
siècle;  Int.,  lxi. 

Perforation.  Perforation  vicieuse  du  gland  ; 
II,  460. 

Peribrosis.  Ce  que  c’est;  II,  419. 

Péricarde.  Anatomie  du  péricarde;  187. 
Péricr ane.  Anatomie  du  péricrâne;  205. 
Périnée.  Ce  que  c’est;  161. — Causes  des 
fistules  du  périnée;  420.  — Suture  du 
périnée;  Il , 718. 

Périoste.  Ses  fonctions;  109,205.  — Alté- 
rations du  périoste  ; II , 314. 

Perirriiée.  Ce  que  c’est;  III,  202. 
PÉlllSCYTIUSMOS  ; III,  684. 

Péritoine.  Sa  substance,  son  étendue,  sa 
figure  , sa  composition . son  nombre  ; 133. 
— Sa  situation,  son  tempérament , son 
utilité,  son  extensibi  ilé;  134. — Signes 
de  la  rupture  du  péritoine;  405. 

Perles.  Vertu  médicinale  attribuée  aux 
perles  ; III , 510. 

Péroné.  Luxation  et  disjonction  du  péroné; 

II,  398. 

Perpignan.  Voyage  d’Ambroise  Paré  à Per- 
pignan ; III , 694. 

Perroquets.  Aptitude  du  perroquet  à imi- 
ter la  parole  ; III , 759. 

Perversion  de  la  matrice.  Causes;  11,739. 

— Signes . pronostic , traitement  ; II , 740. 
Pessairk.  Première  mention  d’un  pessaire 

solide;  Int.,  xcv.  — Modèle  de  pessaire; 
369.  — Figures  <J’un  pessaire  rond  et  d un 
pessaire  ovale;  II,  742.  — Historique  du 
mot  et  de  l'instrument;  II,  742,  743,  744. 

— Figure  d’un  pe-saire  à ressort  pour  te- 
nir le.  col  de  la  m itrice  ouvei  t ; 11,  757. — 
Pessaires  pour  les  suffocations  de  la  ma- 
trice ; II,  757,  759.  — Pessaires  pour  pro- 


ANALYTIQUE. 


859 


voquer  les  menstrues  ; II , 768  ; III , 447 , 
448,  859.  — Pour  arrêter  le  llux  menstruel 
excessif;  11,774;  III,  559. — Description 
et  objet  des  pessaires;  III , 559. 

Peste.  Cau-e  de  la  promptitude  de  la  mort 
des  pes  ifé'és;  559. — Description  de  la 
peste;  son  nom  ancien;  III,  350. — Acci- 
dents qui  raccompagnent;  raison  de  leur 
diversilé;  noms  divers  de  la  peste  suivant 
ses  accidents;  III,  351.  — Causes  divines 
de  la  peste  ; III , 352.  — Faits  historiques 
prouvant  que  ce  fléau  est  le  résultat  de  la 
colère  de  D eu  ; III , 354.  — La  peste  recon- 
naît deux  causes  naturelles  : l"  la  coi  rup- 
tiun  île  l’air  ; III,  356. — 2°  L’altération  des 
humeurs  résultant  de  la  manière  de  vivre; 
III,  360.  — Dangeis  de  la  fréquentation 
des  lieux  infects  et  des  pestiférés;  III,  359, 
376.  — La  pe  te  se  communique  plus  faci- 
lement aux  individus  de  même  espèce; 
lit,  360.  — Présages  de  la  pe^te  tires  de 
la  conuplion  de  l’air  ; 111,  362.  — Présa- 
ges de  la  peste  tirés  de  l’exhalaison  des 
vapeurs  terrestres;  III,  364. — Cure  pré- 
servative  de  la  peste;  III,  365.  — La  peste 
attaque  plus  facilement  les  individus  à 
jeun  ; III  , 366.  — Pendant  le  soleil  ; III , 
367.  — Faux  coi  diales,  électuaires,  opials 
et  pilules  préservatifs  et  curatifs  de  la 
peste,  III,  368.  — Préservatifs  externes, 
III , 373. — Autres  observances  préserva- 
tives;  III,  375.  — Devoirs  dt-s  magistrats 
de  police  en  temps  de  peste;  rapidité 
avec  laquelle  les  cadavres  des  pestifé- 
rés tombent  en  putréfaction  ; III,  377. 
— Comment  doivent  être  choisis  les  mé- 
decins , chirurgiens  et  apothicaires  char- 
gés de  soigner  les  pestiférés  ; lit , 378.  — 
Signes  indiquant  qu'un  cadavre  e-t  celui 
d’un  pestiféré;  III,  378,  679.  — Signes  de 
l’invasion  de  la  peste;  11 1,  381.  — Pronos- 
tic de  mort;  111,384. — Signes  indiquant 
que  la  peste  vient  de  la  corruption  de 
l'air;  III  , 385. — Idem  , de  la  corruption 
des  humeurs;  III,  386.  — Incertitude  du 
pronostic  de  la  peste;  III,  388. — Causes 
de  la  fièvre  pesi ilcntielle ; III , 39 1 . — Ses 
signes  et  ses  variétés;  111,392.  — Cure  gé- 
nérale = de  l’air  et  de  I exposition  ; 111,  393. 
— Desaliments;  111,396.— Des  boissons;  III, 
400.  — P.ésolution  que  demande  le  traite- 
ment de  la  peste  ; III , 404,  412.  — Il  doit 
commencer  par  l’administration  des  anti- 
dotes; III,  404.  — Antidotes  du  venin  pes- 
tilentiel . et  de  leur  administration  ; III , 
406.  — Epilhémes  ou  fomentations  pour 
corroborer  les  parties  nobles;  III,  409. — 
Désaccord  entre  les  médecins  sur  l’oppor- 
tunité de  la  saignée  et  de  la  purgation  au 
commencement  de  la  maladie;  III,  410. — 
Cas  exceptionnels  où  la  saignée  convient 
et  manières  de  la  faire  ; III  , 412. — Pur- 
gatifs ; III , 413.  — Accidents  et  complica- 
tions de  la  peste  : dou  eurs  de  tète  , leurs 
causes  et  traitement;  III,  418.  — Chaleur 
des  reins,  et  remèdes  ; III , 421 . — Pustu- 
les : leurs  caractères  et  leurs  causes  ; 


III , 423.  — Leur  traitement  ; III , 424.  — 
Bubons  : description  . pronostic,  traite- 
ment; III  , 427.  — Desciiption  , causes  et 
symptômes  du  charbon  pestilentiel  ; 111 , 
435.  — Pronostic  ; 111,  436.  — Cure;  III, 
439.— Moyens  d’apaiser  le  prurit  et  de 
cicatriser  l’ulcère;  III,  442.  — Moyen  de 
dissimuler  la  cicatrice;  III,  443.— Moyens 
pour  faciliter  l’évacuation  du  venin  pesti- 
lentiel par  la  sueur;  111  , 443. — Par  le 
vomissement;  III,  444.  — Par  la  bave, 
l’expc  location,  l'éternuement  et  le  mou- 
chemcnt;  III,  445.  — Par  l’éructation  et 
l’urine  ; III,  446.  — Par  le  flux  menstruel; 
III , 447.  — Par  les  hémorroïdes;  III  , 448. 
— Parle  llux  de  ventre;  III,  449. — -Par 
la  transpiration  insensible;  III,  454.- — 
Traitement  spécial  des  enfants  atteints  de 
la  peste;  III,  455. —Tableau  des  désas- 
tres causés  par  la  peste;  III,  457. — Motifs 
de  consolation  tirés  de  la  religion;  111, 
461 . — De  l’emploi  de  l’antimoine  dans  le 
traitement  de  la  peste;  III,  465. 

Pesth.emtieu.es  (fièvres! ; III,  180. 

Petit  (,I.-L.  . Description  de  ses  fanons  et 
faux  fanons  ; II , 289. 

Pétrarqu::.  Ses  regrets  sur  la  splendeur  ef- 
facée de  l’Italie  ; Int.  xr.vii.  — Sa  haine 
contre  les  Arabes  ; Int.  xlviu. 

Petrus  Aponensis.  Quels  étaient  ses  hono- 
raires; 21. 

Petum;  22. 

Peur.  Evempledeson  influence  sur  certains 
malades;  94,  95,  96.  — Influence  de  la 
peur  sur  la  menstruation  ; II,  764.  — Cas 
de  lièvre  guérie  par  la  peur;  III,  722. 

Peyrilhe.  Son  opinion  sur  les  manuscrits  de 
Guy  de  Chauliac  ; Int.  lxiv. 

Phagoue.  Ce  que  c’est;  200. 

Phalangosis.  Ce  que  c’est;  II , 4l6. 

Pharmaceutique.  Ce  que  c’est  ; 23. — Emploi 
des  moyens  pharmaceutiques  dans  le  trai- 
tement des  fièvres;  111,86. 

PnARYNX.  Ce  que  c’est  ; 255. 

Philippe  de  Flesselles.  Ce  que  lui  a pris  A. 
Paré  ; Int.  cccxxxvi. 

Philippe- le-Bel . Son  ordonnance  de  1311 
lelalive  à l’exercice  de  la  chirurgie  ; Int., 
exxv. 

Phinion.  Définition  ; II,  750. — Traitement; 
11,751.  , . 

Phimosis.  Description,  causes,  et  opération  ; 
11 , 459. 

Phlébotome  ; 389. 

Phlébotomie. Origine  de  la  phlébotomie  ; 20. 
— Son  emploi  dans  le  traitement  de  l’é- 
rysipèle ; 338.—  Quand  elle  convient  dans 
le  traitement  des  plaies  ; 437.  — La  phlé- 
botomie a été  enseignée  à l’homme  par 
l’hii  popotame;  III,  737.  Voy.  Saignée. 

Phlegml  ; tempérament  du  phlegme;  39.  — 
Nature,  consistance,  couleur,  saveur  et 
usage  du  phlegme;  42  — De  quoi  etcom- 
ment  il  se  fait  ; son  influence  ; 43. — Quand 
il  se  met  en  mou v ement;  44. — Du  phlegme 
contrenature;  46.— Caraclèresdcl’ho.nme 
phlegmatique  ; 47.  — Ce  qui  peut  donner 


86o 


TABLE 


un  tempérament  phlegmatique  ; 49.  Voy. 
Pituite. 

Phlegmon  ; 320. — Du  phlegmon  en  général; 
32G. — Du  phlegmon  vrai;  326,  327. — 
De  sa  formation  ; 327.  — Ses  causes;  32S. 
— Ses  signes  , ses  terminaisons  ; cure  du 
phlegmon  vrai  ; 329. — Cure  du  phlegmon 
dégénéré  en  abcès  ; 332. 

Phlyctènes  ; Il , 417. 

Phrénésie.  Ce  que  c’est  ; III,  76. 

Phthisis.  Quelle  est  cette  maladie  des  yeux  ; 

II, 418. 

Physiciens.  Leur  dédain  pour  les  opérations 
chirurgicales;  Int.,  xlvi,  xlvii. 

Physiologie  ; 62.  — Physiologie  du  cerveau  ; 
215. 

Physique.  Théorie  physique;  II,  136. 

Physocèle.  Ce  que  c’est;  404  , 416;  II , 796. 
— Causes,  signes  , traitement  ; 416. 

PlCA  ; II.  Voyez  Appétit  dépravé. 

Pie.  Présage  tiré  de  ses  cris  ; III,  739.  — Ap- 
titude des  pies  à imiier  la  voix  humaine  ; 

III,  769. 

Pie-mère.  Anaiomie  de  la  pie-mère  ; 212. 

Pied.  Os  du  pied;  302.  — De  la  forme  du 
pied;  304.  — Muscles  mouvant  le  pied; 
305.  — Fraciures  des  orteils  des  pieds;  II, 
321.  — Fractures  des  os  du  pied;  II.  347. 
— Luxation  des  os  de  la  plante  du  pied  ; 
II,  401.  — Causes  de  la  puanteur  des 
pieds;  II,  601. — Figure  d’une  bande  pour 
aider  à lever  le  pied  ; II , 621.  — Verrues 
des  pieds;  II,  7S9. — Figure  d’un  monstre 
ayant  quatre  pieds,  quatre  bras,  et  deux 
vulves;  III,  18. 

Pied-bot.  Causes,  variétés  et  redressement 
du  pied-bot  ; II,  613. 

Pied  de  oiuffon.  Figures  de  deux  instru- 
ments dits  pieds  de  grillons  pour  extraire 
la  tête  d'un  enfant  demeurée  dans  la  ma- 
trice; II,  706.  — Figure  d’un  pied  de  grif- 
fon pour  extraire  les  môles;  II,  729. 

Pierres.  En  quel  endroit  du  corps  elles  s’en- 
gendrent ; leurs  causes  matérielles  et  efli- 
cientes;  mode  de  formation  ; II , 461. — 
Symptômes  de  la  présence  d’un  calcul  dans 
les  reins  et  dans  la  vessie;  manières  de 
sonder;  II,  462.  — Degré  de  certitude 
de  ce  diagnostic;  II,  463.  — Pronostic  des 
pierres  ; II,  464.  — Caractères  des  pierres 
rénales  et  vésicales  ; II , 465.  — Les  fem- 
mes sont  moins  sujettes  à la  pierre  que  les 
hommes;  II,  466. — Cure  préservative ; 
II,  467.  — Moyens  pour  faire  descendre 
un  calcul  engagé  dans  un  des  uretères; 

1 1 , 470.  — Moyens  pour  expulser  la  pierre 
descendue  dans  la  vessie;  11,472.— Moyens 
pour  expulser  la  pierre  demeurée  au  col 
de  la  vessie  ou  au  conduit  de  la  verge;  II, 
473.  — Manière  d’extraire  par  incision  les 
pierres  de  la  vessie  des  enfants  mâles  ; II, 
475. — Autre  moyen  d’extraire  une  pierre 
engagée  dans  le  conduit  de  la  verge  en  in- 
cisant ce  conduit;  II,  474.  — Manière  de 
traiter  la  plaie  résultant  de  cette  incision  ; 

II , 475. — Extraction  de  la  pierre  aux  hom- 
mes par  le  grand  appareil  : soins  préala-  * 


blés , position  du  patient;  II , 478.  — In- 
troduction de  la  sonde  ; II,  480. — Incision  ; 
II , 481. — Introduction  du  conducteur  ; 11, 
482.  — Dilatation  de  la  plaie;  Il , 484. — 
Extraction  de  la  pierre  ; II,  485.  — Brise- 
ment de  la  pierre  trop  grosse;  II , 488.  — 
Pansement  de  la  plaie  après  l’extraction  ; 

II,  489.  — Position  à donner  au  malade 
après  l’opération;  II,  491.  — Trailement 
consécutif;  II,  492.  — Moyens  de  guérir 
les  ulcères  par  lesquels  l’urine  passe  en- 
core long-temps  après  l’extraction  ; II,  493. 
— De  l’opération  de  la  pierre  chez  les  fem- 
mes; II,  495.  — L’opération  de  la  pierre 
est  une  câuse  de  stérilité;  II,  731. — Pier- 
res de  la  matrice;  II,  792. — Causes,  signes 
et  trailement;  11,  793.  — Hérédité  de  la 
pierre  ; III , 28.  — Relation  de  l’extraction 
d’une  pierre  ayant  uneaigui Ile  pour  noyau; 

III , 29.  — Figure  de  plusieurs  pierres  ex- 
traites de  la  ves>ie  ; 111,30,  31,  41. — Cas 
de  pierreengendréedans  les  reins  ; III,  31. 
— Dans  la  matrice,  le  cœur,  le  genou,  les 
intestins , sous  la  langue;  III , 32.  — Co- 
lonnes de  pierre  fondue;  III,  500. — Pierre 
tombée  du  ciel  ; 111,  79o. 

Pierre,  chirurgien  de  Montpellierau  xiv'siè- 
cle ; Int.,  lx iii. 

Pigeon.  Efficacité  du  sang  de  pigeon  dans 
les  maladies  des  yeux  ; III,  488.  — Les  pi- 
geons présagent  le  vent  et  la  pluie  ; 111 , 
739. 

Pilules.  Contre  la  goutte;  III,  227,  228. — 
Préservalives  de  la  peste;  III,  37 1 , 372. — 
Contre  la  peste;  IIP  4 1 4. 

Pince.  Figure  d'une  pince  ; II,  16.  — Figure 
de  pinces  pour  enlever  les  esquilles  d’os  ; 
II,  585. 

Pine  ; III , 776. 

Pineau.  Extrait  de  son  Opusculum  pltysiolo- 
gicum  et  auatomicum  relaiif  à la  diduction 
des  symphyses  pubiennes;  II,  666. 

Pinothère.  Ses  moeurs;  776. 

Piqûre.  Danger  de,  la  piqûre  des  nerfs;  II, 
112.  — Traitement  ; II  , 113.  — Exemple  ; 

II,  115.  — Des  gangrènes  résultant  de  pi- 
qûres,- II,  212,  216.  — Cure  des  piqûres 
des  bêtes  venimeuses;  III,  300. — Régime 
à suivre  dans  le  traitement  des  piqûres 
des  bêles  venimeuses  ; III , 312.  — Piqûre 
de  la  bupreste;  III,  320. — Des  scorpions; 

III,  323.  — Des  mouches  et  des  chenilles  ; 
III,  324.  — Des  araignées;  III,  326.  — De 
la  murène;  111,331. — De  la  vive  et  de 
la  pastenaque  ; III,  332. 

Pikassoipi.  Description  du  pirassoipi  ; III, 
501. 

Pissement.  Des  pissements  de  sang  ; II,  499. 

Pistolet.  Figure  du  pistolet  à ressort  pour 
les  incisions  ; 334. 

Pitard.  Détails  biographiques  sur  ce  chirur- 
gien ; Int.,  XLIX. 

Pituite.  Tumeurs  qu’elle  engendre;  341. — 
La  pituite  peui  engendrer  une  rétention 
d’urine;  II,  497. — La  pilu  le  est  le  fon- 
dement du  virus  vérolique  11,  630.  — La 
pituite  est  après  le  sang  l’humeur  la  plus 


ANAtttlQCÊ. 


abondante;  III,  il 8.— Fièvres  pituiteuses; 
III  , 138.  — Signes  indiquant  que  la  pi- 
tuite accompagne  le  virus  arthrilique  ; III, 
218.  — Topiques  contre  la  goutte  causée 
de  pituite;  III , 235.  Voyez  Phlegme. 
Pladarotis.  Ce  que  c’est;  II,  416. 

Plagiat.  Accusations  de  plagiat  portées  con- 
tre A.  Pare;  lot. , cccxxxv. — Considéra- 
tions sur  !e  plagiat  ; In*.,  cccxxxvi , tu. 
Plaies.  Comment  elles  étaient  envisagées 
par  Paracelse  ; Int.,  ccxvm.  — Traitement 
des  plaies  par  l’eau  pure  ; 97.  — Delini- 
tion  ; 430. — Table  desdilîérencesdes  plaies; 
431. — Causes,  signes  et  jugements  des 
plaies  ; 432.  — Pronostic  des  plaies  ; 433  ; 
III,  G52.  — Traitement  des  plaies  en  géné- 
ral ; 435.  — Sutures  des  plaies  ; 438.  — Du 
flux  de  sang  qui  survient  aux  plaies  ; 440. 
— De  la  douleur  qui  survient  aux  plaies  ; 
442.  — Du  spasme  ; 413. — De  la  paraljsie; 
447.  — De  la  syncope  ; 450.  — Du  délire  , 
451.  — Pronostic  des  plaies  de  tête  ; II|; 
26,  31,  33.  — Soins  généraux  a donner  aux 
plaies  de  tête  ; II,  33.  — Traitement  des 
plaies  simples  du  cuir  musculeux  ; Il , 39. 
— Traitement  des  plaies  du  cuir  muscu- 
leux faites  par  morsure;  II,  41.  — Plaies 
du  cerveau  ; II,  70.  — De  la  face  ; II,  73. — 
Des  sourcils;  II , 75.  — Des  joues  ; II , 82. 
— Du  nez  ; H,  86.  — De  la  langue;  II,  88. 
— Des  oreilles  ; II , 89.  — De  la  poitrine  ; 
II,  94.— Traitement  des  plaies  de  poitrine; 

II,  100. — Plaies  de  l’épigastre:  II,  104. 
— Traitement  de  ces  plaies;  II  , 106. 
— Plaies  des  aines  et  des  testicules;  II, 
109.  — Des  cuisses  et  des  jambes;  II , 110, 
— Des  nerfs  et  des  parties  nerveuses  ; II , 

III.  — Traitement  de  ces  plaies;  II,  112. 
Plaies  des  jointures  ; II , 1 17.  — De  la  si- 
tuation a donner  aux  parties  blessées;  II, 
119.  — Plaies  des  ligaments;  II,  120. — 
Plaies  faites  par  harquebuses;  II,  143. — 
Action  du  froid  sur  les  plaies  ; II , 177.  — 
Traitement  des  contusions  avec  plaie  ; II, 
198.  — Bandages  des  fractures  avec  plaies; 

II , 283  , 303.  — Fracture  à la  jambe  avec 
plaie;  II,  328.  — Caractères  des  plaies  fai- 
tes avant  ou  après  la  mort;  III,  659.— Cas 
de  plaie  pénétrante  du  cerveau;  III,  695. 

Plaines.  Tempérament  des  habitants  des 
p!aines ; 52. 

Plaisance  (Université  de);  Int.,  xxvm. 
Planches.  Choix  et  exécution  de  celles  de 
celle  édition  ; Int.,  vm. 

Planètes;  III , 789. 

Plantes.  De  l’àme  des  plantes;  33.  — Médi- 
caments tirés  des  plantes  ; III,  522. — Plan- 
tes vénéneuses  ; III , 334.  — Répercussives  ; 

III,  534.  — Parties  diverses  des  plantes  em- 
ployées en  médecine;  1 1 1 , 635.  — Accou- 
plement des  plantes;  plantes  antipathi- 
ques ; III , 762. 

Pi.atearius.  Est  cité  par  Lanfranc  ; Int.,  xlvi; 

III,  vt. 

Plâtre.  Son  action  sur  l’économie  animale, 
et  contre-poison  ; III , 344. 

Platycoria.  Ce  que  c'est  ; II,  418, 


86 1 

Pléthore.  Ce  que  c’est;  73,  87.  — Est  une 
eau-eantécéaeme  de  toute  maladie;III,  96. 

Pleurésie.  Définition;  391;  II,  76.— Causes, 
traitemem  chirurgical;  39!.  — Exemple  de 
guérison  spontanée;  indices  de  la  pleurésie; 
893.  — Diagnostic  de  la  pleurésie;  111,  80. 

Pleurocèle.  Cequec’esi;  394. 

Plèvre.  Description  anatomique  de  la  plè- 
vre ; 182. 

Plexus  choroïdes.  Ce  que  c’est;  200,  215. 

Pline.  Cité  par  Benivieni;  Int.,  cxvm. 

Plistonicus.  Médecin  cité  par  Gariopontus  ; 

lut.,  XXV. 

Plomb.  Emploi  des  lames  de  plomb  frottées 
de  vif-argent  dans  le  traitement  des  Ulcè- 
res ; 370.  — Affinité  du  plomb  avec  le  corps 
de  l’homme;  11,  311.  —Moyens  de  toucher 

du  plomb  fondu  sans  se  brûler;  III,  67. 

Action  de  la  limaille  de  plomb  sur  l'éco- 
nomie  animale,  et  con Ire-poison  ; ni,  343. 
— Innocuité  du  plomb;  III,  347.  — Vertus 
et  usage  des  eaux  plombées;  III,  507. 

Plombièue.  Efficacité  des  eaux  de  Plombicre 
contre  les  fleurs  blanches  et  chaudepisses  ; 
Il  . 728.  — Propriétés  des  eaux  de  Plom- 
hiére;  111,  698. 

Plumasseaux.  Ce  que  c’est;  II,  291. 

Pluie.  Qualités  de  l’eau  ne  pluie;  III,  403.— 
Pluies  surnaturelles;  III,  791. 

Pneumatocèle;  341. 

Poche.  Pronostic  tiré  de  la  rupture  de  la  po- 
che des  eaux;  II,  663. 

Podagra  ; III , 209. 

Podaure.  Considéré  par  les  anciens  comme 
inventeur  de  la  chirurgie;  18. 

Poids.  Différence  du  poids  d’un  homme  mort 

et  d’un  homme  vivant;  II , 696. Poids 

employés  en  pharmacie;  111  , 551.  — Ma- 
nière de  les  écrire;  III,  552. 

Poignet.  Luxations  du  poignet;  II,  385. 
Poils.  Le  poil  ne  croit  jamais  sur  les  cicatri- 
ces ; II , 406.—  Histoire  d’un  cœur  et  d'une 
loupe  remplis  de  poils  ; III,  4 1 .—Propriétés 
vénéneuses  du  poil  des  chais;  III,  333. 

Point  doré  ; 4 1 1 . — Seconde  manière  et  ligure 

des  instruments  propres  à le  faire;  4 1 2. 

Troisième  manière;  4 13. 

Pois.  Figures  de  pois  à cautères  en  métal  ; 
III,  227. 

Poisons.  Voyez  Venins. 

Poissons.  Poissons  venimeux  : murène  ; III , 
330.  — Vive  ; III.  331.  — Tarcronde  ou  pas- 
tenaque;  III,  333.  — Aetion  de  la  pesiesur 
les  poissons  d’eau  douce;  III  , 357.  — Les 
poissons  présagent  les  changements  atmo- 
sphériques ; lit,  738.  — Pourquoi  ils  na- 
gent contre  le  fil  de  l’eau  ; III,  739.— Pois- 
sons volanls;  III,  775. 

Poitrine.  Signes  des  plaies  de  la  poitrine; 

II,  94.  — Cure  des  piuies  de  poitrine  ; II. 
100. 

Poivre.  Description  du  poivrier;  vertus  du 
poivre;  III,  628. 

Police.  Devoirs  des  magistrals  et  officiel  s pu- 
blics chargés  de  la  policeen  temps  de  peste  ; 

III , 377. 

Polypes  ; 82.  — Description  ; cinq  espèces  de 


TABLE 


862 

polypes  ; traitement  palliatif  ; arrachement; 
378.  — Cautérisation  ; 379.  — Polypes  de  la 
matrice  ; II,  786. 

Pommes  de  senteur;  II,  167;  III,  373,  374. 

Pommettes.  Ce  que  c’est;  II,  418. 

Ponction  des  intestins  gonflés  de  gaz;  II,  107. 
— Des  membranes  de  l'oeil  dans  les  cas  de 
cataracte  et  d’h;popion;  II,  526. 

Porales  (verrues)  ; II , 787. 

Porcs.  Se  purgent  en  mangeant  des  écrevis- 
ses ; III,  737. — Leur  compassion  entre  eux; 
III  , 752. — Peur  qu’ils  inspirent  à l’tlé— 
pbant;  III,  760. 

Porosis.  Ce  que  c’est;  II,  415,  417. 

Porreaux.  Leur  traitement;  358. 

Portail;  Int.,  ccxcm. 

Porte-ligature,  l igure  d’un  porte-ligature 
pour  lier  l’uvule;  385. 

Portugal.  Etat  de  la  chirurgie  en  Portugal 
au  xvie  siècle;  Int.,  cclxxxv. 

Possession.  Puissance  des  possédés;  III,  55. 
— Ce  qu’ils  font;  III,  62.  — Exemples  de 
possession  ; III,  63. 

Potence.  Figure  d’une  potence  à siège  pour 
les  boiteux  ; Il , 62l. 

Potion  pour  les  grandes  contusions;  II,  196, 
197.  — Préservative  de  la  pierie  ; II , 469. 
— ^Potion  vulnéraire  ; II,  693. — Potion  pour 
hâter  l’accouchement;  II,  676.  — Potion 
narcotique  ; III , 420. 

Poucier.  Figure  d’un  poucier  de  fer-blanc 
pour  tenir  le  pouce  élevé;  II,  613. 

Poudre.  Si  la  poudre  est  vénéneuse;  II,  128. 
— Preuves  tirées  de  sa  composition  ; II, 
132.  — Onguent  pour  les  taches  de  poudre 
à canon  ; II,  207.  — Indélébilité  des  taches 
de  poudre  à canon;  II,  208. 

Poudres  pour  l’hydropisie  ; 396.  — Pour  les 
plaies  du  cuir  musculeux  ; II , 39.  — Pour 
les  plaies  de  la  tête  ; II,  44.  — Pour  les  ex- 
croissances de  la  conjonctive;  II,  79. — 
Pour  les  plaies  des  jointures  ; II , 117,  — 
Pour  les  grandes  contusions;  II,  197. — 
Poudres  hémostatiques;  II , 229.  — Pou- 
dres pour  les  ulcères  du  nez;  II,  261. — 
Préservative  de  la  pierre;  II,  469,  470. — 
Pour  détru  re  les  carnosités  de  la  verge; 
II,  570. — Pour  cicatriser  les  ulcèies  de 
la  verge  après  1 ablation  des  carnosités; 
II,  577. — Poudres  calagmatiques ; II, 
583.  — Régénératrices  de  la  chair;  11,  593. 
— Pour  faciliter  l’accouchement;  II,  675, 
676.  — Contre  les  tranchées;  II,  708. — 
Contre  la  goutte  ; III,  228.  — Aromatiques 
préserralives  de  la  peste  ; III,  374.  — Cor- 
diales contre  la  peste  ; III , 398.  — Sudo- 
rifiques ; III,  407.  — Poudre  contre  le  flux 
de  ventre;  III,  451.  — Dentifrices;  III, 
591 , 692. 

Poulain.  Histoire  d'un  poulain  ayant  une 
tète  d’homme;  III,  4,  44. 

Poulains.  Ce  que  c’est;  II,  528.  — Causes 
et  traitement  des  poulains  ; H,  578. 

Poules.  Présagent  les  changemeuts  de 
temps;  III,  739.  — Sollicitude  des  poules 
pour  leurs  petits;  III,  747.  — Les  poules 
ont  horreur  du  renard;  III,  761. 


Pouls.  Degré  de  certitude  du  pronostic  tiré 
du  pouls;  II,  31. — Diagnostic  du  pouls; 
III,  80. 

Poumons.  Description  anatomique  des  pou- 
mons; 185. — Raison  de  leur  légèreté  ; 187. 
— Pronostic  des  plaies  des  poumons;  433  ; 
II,  102.  — Symptômes  des  blessures  des 
poumons;  II,  95;  III,  653.  — Hernie  du 
poumon;  II,  100.  — Ti aitement des  plaies 
du  poumon;  II,  102.  — Pourquoi  les 
plaies  du  poumon  dégénèrent  en  fistules; 
II,  104.  — Moyens  de  préserver  les  pou- 
mons des  ravages  de  la  petite-vérole  ; III, 
262 

Pourpre;  III,  110,  351.  — Caractères  et 
causes  du  pourpre;  III,  423.  — Traite- 
ment; III , 424. 

Pourrisseur.  Accidents  qui  résultent  de  sa 
morsure  ; remèdes  ; III,  315. 

Poussoir.  Figure  d’un  poussoir  pour  extraire 
les  dents;  II,  452. 

Poux.  Où  et  comment  ils  s’engendrent;  in- 
commodité qu’ils  causent;  manière  de  les 
détruire  ; 111,  270.  348. 

Pratique.  Importance  de  la  pratique  en 
chirurgie;  7 ; III,  687,  68S. 

Précipitation  de  la  matrice.  Causes  ; II,  739. 
— Signes;  pronostic;  traitement;  11,  740. 

Prédestination.  Théoiie  de  1a  prédestina- 
t on  ; II,  653. 

Prépuce;  1 62.  — Pronostic  des  plaies  du 
prépuce;  433.  — Manière  de  rallonger  le 
prépuce  des  circoncis  ; 11,  458.  — Des  di- 
verses constrictions  du  prépuce  et  des 
moyens  d’y  retnéd'er;  II,  459. 

Pressis.  Press  s restaurants;  398.  399. 

Prêtres.  Exerçaientla  médecineau  viesiècle; 
Int.,  xviu. 

Prévôt.  Ordonnance  du  prévôt  de  Paris  de 
1 254 , relative  aux  chirurgiens , Int.,  exxu. 
— Son  ordonnance  de  1301;  Int.,  exxiv. 
— Sa  commission  de  1423  en  faveur  des 
chirurgiens;  Int.,  cxlui. 

Priapisme.  Définition;  II,  556.  — Traite- 
ment; II,  557. 

Phiapisques.  Ce  que  c’était  ; II,  742,  751. 

Printemps.  Tempérament  du  printemps;  37. 
— Aliments  dont  I faut  user  dans  cette 
saison;  69. — Le  printemps  est  l’époque 
de  l'accoupiement  des  animaux  ; 111,  746. 

Priscien  (Théodore),  principal  gui  le  de  Ga- 
rmpontus;  Int.,  xxi. — Copié  pur  lui. 
Int.,  xxii.  — Est  probablement  le  Théo. 
doric  cité  dans  le  livre  de  Trolula;  Int., 
xxiv. — Emploie  le  premier  les  mots  cau- 
lerizare  et  tjaraarizare  ; III,  iv. 

Prodiges.  Définition;  III,  I. 

Professeurs.  Leursalaire  dans  les  anciennes 
écoles;  Int.,  XXIX. 

Professions.  Leur  influence  sur  le  tempé- 
rament; 61. — Indications  à prendre  de 
la  profession  ; 86. 

Pronation.  Pronation  du  bras  fracturé;  II  , 

320. 

Pronostic  des  plaies  en  général  ; II,  25  ; III, 
652. — Des  plaies  de  la  tête;  II,  26,  31 , 33. 
— Des  plaies  de  l’épigastre  et  des  parties 


ANALYTIQUE. 


y contenues;  II,  105.  — Des  gangrènes; 
TI,  216. — Des  ulcères  de  la  vessie;  II,  26G, 
5C7. — Des  ulcères  de  la  matrice;  11,267. 
— Des  fistules;  II,  27 1 . — Des  fractures 
des  os  en  général  ; H , 297.  — Des  luxa- 
tions en  général  ; II,  351. — Des  luxations 
de  l i hanche  ; II,  387,  389.  — De  chacune 
des  luxations  de  la  hanche  en  particulier; 
II,  389.  — Des  pierres;  Il , 464.  — De  la 
rétention  d’urine;  II,  504.  — Des  ulcères 
des  reins;  II,  507. — Des  chaudes-pisses; 

II,  559  — De  la  carie  des  os  longs;  II , 585. 
— De.' suffocations  de  la  matrice;  11,753. 
— De  la  fièvre  en  général  ; 111 , 79,  8 1 . — 
De  la  rage  ; 111,  308. 

Proptosis.  Définition  ; II , 418,  427.  — Cau- 
ses, traitement  ; II , 428. 

Prosphysis.  Ce  que  c’est;  II,  416,  419. 
Prostates.  Substance,  tempérament,  quan- 
tité, figure,  composition,  nombre,  con- 
nexions, usage;  158. 

Prunelle.  Enumération  des  maladies  de  la 
prunelle  ; II,  418. 

Prurit.  Causes  et  traitement  du  prurit  qui 
survientaux  fractures;  11,304.— Pruritdes 
paupières,  II,  424.  — Du  pruritde  la  ma- 
trice et  du  siège;  II,  79o. — Causes  et  trai- 
tement; II,  79i. — Remèdes  contre  le  pru- 
rit consécutif  de  la  petite  vérole;  III,  263. 
— Prurit  éprouvé  par  les  lépreux;  III,  277. 
— Prurit  qui  accompagne  le  charbon  ; 

III , 441.  — Sa  cure;  111,  442. 

Psora.  Ce  que  c’est;  48. 

Psorophtiialmie.  Ce  que  c’est;  II,  415. 
Pterygion.  Ce  que  c’est;  II,  417. 

PTERYGOiDES;  2()9. 

Pterygomata.  Ce  que  c’est,-  168. 

Ptiiiriasis.  Ce  que  c’est;  II,  416. 

Ptij.osis.  Ce  que  c’est;  II,  4 1 5. 

Ptolémés.  Son  Almageste;  Int.  xxvn. 
Puanteur.  Causes  de  la  puanteur  de  l'ha- 
leine  et  des  aisselles  ; II,  600. — Idem  des 
pieds  et  de  la  sueur  ; II,  601 . 

Puberté.  Age  et  symptômes  de  la  puberté; 
II,  770, 779. 

Pubis.  Ecartement  delasymphyse  pubienne; 

II,  665. 

Puces.  Le  vif-argent  les  tue  ; III,  348.  — Les 
puces  présagent  la  pluie;  III,  739. 
Puérilité.  Influence  de  la  puérilité  sur  le 
tempérament  ; 36. 

Puits.  Qualités  de  l’eau  de  puits  ; III,  403. 
Pultes.  Caractères,  ingrédients,  utilité, 
exemples  de  pultes  maturative,  mondifi- 
cativ.e  ; III,  576. 

Punaises.  Le  vif  argent  les  tue;  III,  348. 
PUNA1SIE  ; 82  ; II,  260. 

Pupille.  De  la  dilatation  de  la  nupille  et  des 
moyens  de  la  réduire;  II,  434 
Purgations.  Leur  emploi  dans  le  traitement 
des  plaies;  437.  — Les  purgations  sont 
mauvaises  au  début  de  la  vérole;  II,  535. 
— Llem  au  commencement  de  la  fièvre 
synoque;  III,  99.  — Emploi  des  purga- 
tions dans  le  traitement  de  la  goutte  ; 

III,  223,  234,  252.  — Inopportunité  de  la 
purgation  au  début  de  la  peste  ; III,  410. 


863 

— Purgatifs  contre  la  peste;  III,  413.Voy. 

Menstrues. 

Purpurée  (fièvre);  III,  110,  180. 

Pus.  Ce  que  c’est;  II,  244,  247.  — Figure 
d'une  seringue  pour  vid  r le  pus  des  oreil- 
les ; U,  263.  — Du  pus  qui  peut  être 
évacué  par  les  urines;  Il  , 498,  5o5. — 
Signes  auxquels  ou  reconnaît  d’ou  il  vient; 
11,  499,  500,502,  506.— Curation  ; II,  5"6. 
— Du  pus  évacué  pai  les  voies  supérieures; 
II,  503.  — D’où  provient  le  pus  des  chau- 
des-pisses ; U,  559. 

PusiuLES;  320.  — Remèdes  pour  prévenir 
les  pustules  des  brûlures  ; II,  205.  — Ca- 
ractères et  causes  des  pustules  pestilen- 
tielles ; III,  423.  — Traitement  ; III , 424. 
— Onguent  contre  les  pustules;  III , 608. 

Putréfaction  du  fœ'us  dans  la  matrice  ; II, 
627,  697.  — Théorie  de  la  pulréfaction  ; 
II , 697.  — La  putréfaction  est  une  cause 
de  lièvre;  III,  78.  — Eléments  de  la  pu— 
Défaction;  ill,  103. — Fièvre  symptoma- 
tique de  putréfaction  ; III,  178.  — Action 
des  corps  en  putréfaction  sur  les  qualités 
de  l’air;  III,  356.  — Pourquoi  la  pu ti é— 
faction  de  l’air  n’engendre  pas  toujours  la 
peste;  III,  358. 

Putrides  (fievres)  ;*III,  100. 

Pu.ore.  Des  Option  du  pylore;  138. 

Pyosis.  Ce  que  c’est  ; II,  418. 

Pyoulcos.  Figure  d une  seringue  dite  pyoul- 
cos  pour  vider  le  pus  des  oreilles  ; 11 , 263. 

Pykomanciens ; III,  60. 

Q 

Quarte  ( fièvre  );  III,  116,  117,  147,  153, 
158,  166. 

Quintaine  ( fièvre  );  III , 156. 

Quotidienne  (fièvre);  III,  116,117,  138, 
142,  166. 

K 

Rachis.  Causes  des  déviations  du  rachis  ; II, 
350. 

Raciusagra  ; III , 208. 

Racines.  Alt  actives;  III,  536.  — Résolu- 
tive' ; 111,538. — Emollientes;  III,  540. — 
Détersives  ; III,  542. — EpuloUques  ; III, 
515.  — Distillation  des  racines;  III,  638. 

Radius.  Description  du  radius  ; 281.—  Luxa- 
tion isolée  du  radius;  II,  385. 

Raffe  ( Bienvenu).  Son  époque,-  son  traité 
des  maladies  des  yeux  ; Int. , lxviii. 

Rage.  Prétendu  remède  contre  la  rage;  III, 
65.  — Pourquoi  les  chiens  deviennent 
pj  h tôt  enragés  que  les  autre'  animaux;  III, 
304.  — Signes  indiquant  qu’un  chien  est 
enragé;  III , 305.  — Symptômes  de  la  rage 
chez  l’homme;  III,  306. — Pronostic  (le 
la  rage  ; III , 308. — Développement  spon- 
tané de  ta  rage  chez  l'homme  ; traitement 
delà  morsure  d’un  chien  enragé;  III,  309. 
— Régime  que  doivent  suivre  les  gens 
mordus  par  un  chien  enragé;  III,  812. 


TABLE 


$64 


Raifort.  Emploi  du  raifort  dans  le  traite- 
ment des  charbons;  III,  440. 

Raimond  de  Molières.  Gu  y de  Chauliac  étudie 
shus  lui  à Montpellier  ; Int. , lxi. 

Raimond  de  Vinario.  Cniiiiuitedcce  médecin 
pendani  la  peste  d’Avignon;  Int.,  lxiii. 

Raison.  La  première  des  trois  actions  a 0,011- 
laires;  58. — Délinilion  de  la  raison;  II, 
655,  659. — Siège  de  cette  faculté;  II  ; 000. 
— La  raison  est  une  des  trois  prérogatives 
de  l’homme;  III,  764. — Excellence  de  la 
raison  ; III , 7G5. 

Ranula.  Voyez  Grenouilletie.. 

Raphanidon.  Espèce  de  fracture;  II,  295. 

Rapiii.  Ce  que  c’est;  161. 

Rapport  sur  des  infirmités  simulées  ; III , 
50. — Qualités  nécessaires  au  chirurgien 
chargé  de  faire  un  rapport  en  justice  ; III, 
G51.  — Diagnostic  et  pronostic  des  plaies, 
III , 652. — Signes  des  lésions  du  cerveau; 
des  fractures  du  crâne;  des  blessures  de 
la  tiachée-arleie,  de  l'oesophage,  du  tho- 
rax, du  poumon,  III.  G53.  — Du  cœur, 
du  diaphragme,  de  la  veine  cave,  de  la 
grande  a,  1ère  , de  la  moelle  épiniere,  du 
foie  , de  l’estomac,  de  la  rate,  des  intes- 
tins, des  rognons,  de  la  vessie,  des  uretè- 
res; III , G54. — De  la  matrice  , des  nerfs  : 
rapport  concluant  à une  mort  inévitable, 
rapport  concluant  à une  mort  probable; 
111,  655. — Rapport  concluant  à une  in- 
firmité incurable;  rapport  concluant  â 
une  mort  possible,  et  en  tout  cas  à une 
intirmité  ; III  , 656.  — Rapport  déclarant 
que  ie  sujet  a dû  mourir  subitement  de  ses 
blessures  ; quelles  doivent  être  les  conclu- 
sions d'un  rapport,  le  casétantdonné  d'un 
coup  orbe  qui  aura  rompu  et  enfoncé  les 
veitèbres  de  l'épine  ou  fait  plaie  en  la 
moelle;  III,  657. — Rapport  sur  une  femme 
grosse  blessee  au  ventre , concluant  a la 
mort  ; signes  dont  on  peui  conclure  qu’un 
enfanta  été  étouffé;  signes  indi  ; uanl  qu’un 
homme  est  mort  frappé  de  lafoudre;  lit, 
658.  — Signes  indiquant  qu'un  inuividu 
est  mort  de  la  peste;  que  les  blessures 
d’un  cadavre  ont  été  laites  avant  ou  après 
la  mort;  III,  659. — Signes  indiquant 
qu’un  individu  est  mort  par  pendaison,  ou 
par  submersion  ; III,  660. — Symptômes 
et  antidotes  de  l’empoisonnement  par  la 
salamandre  et  l’orpm  , III,  661. — Rapports 
sur  la  question  de  savoir  si  une  fille  est 
vierge;  111,  666. — Les  rapports  sur  l’im- 
puissance ne  peuvent  rien  prouver;  III, 
668. — Rapport  sur  un  sujet  trouvé  lépreux 
et  sur  un  autre  soupçonné  à tort  de  l’être; 
III  ,669. 

Rasoir;  389.  — Figure  d’un  rasoir  pour  in- 
ciser le  cuir  chevelu;  II,  7.  — Figure 
d’un  rasoir  à deux  tranchants  pour  1 opé- 
ration de  la  pierre;  Il , 476. 

Raspatoires.  Figures  des  divers  raspaloires; 
II,  10,  II. 

Rat.  Histoire  d’un  rat  enfanté  par  une 
femme  ; III,  36.—  Antipathie  que  les  rats 
inspirent  à l'éléphaut , III , 760.  — Anti- 


pathie des  rais  et  des  belettes;  III , ?oi.“ 
Manière  de  combattre  du  rat  d’Inde;  III, 
751,  760.  — Peur  qu’il  inspire  au  croco- 
dile ; III  , 751. 

Rate  ou  Râtelle.  Substance,  volume,  figure, 
composition,  connexion,  tempérament, 
action  et  utilité  de  la  rate  ; 146. — Cautéri- 
sation de  la  raie;  III,  685 — Sgnes  et 
pronostic  des  lésions  de  la  rate;  II,  105  ; 
111,654.  — Traitement;  II,  109.  — Pré- 
tendu remède  pour  la  rate;  III,  65. 

Ratiocination.  Voyez  liaison. 

Read  (Jean).  Sa  traduction  du  traité  de 
Jean  de  Ardern  sur  la  fistule  a l’anus; 
Int. , lv. 

Reagal.  Son  action  sur  l'économie  animale 
et  contre-poisons;  III,  343. 

Réclusion.  Condition  favorable  en  temps 
de  peste;  III,  393 

Rebouteurs.  Ce  que  c’était;  Int.  , clxviii. 

Rectum;  140  — Rétention  d’urine  résultant 
d'une  inflammation  du  rectum;  H , 497. 

Réduction  des  intestins;  II,  107.  — De  l’o- 
menlum;  II,  108.  — Quand  il  faut  ré- 
duire les  membres  rompus  ou  luxés;  11, 
300.  — Procédé  de  réduction  des  f aclures 
et  luxations;  II,  301.  — Réduction  des 
fractures  du  nez  ; II,  306. — De  la  mâchoire 
intérieure;  II,  307.  — De  l’os  clavicu- 
laire ; II , 30s.  — De  l’omoplate  ; II,  310. 

— Duslernum;  II,  311. — Des  os  de  la  han- 
che; du  coccyx;  II,  316. — De  i’os  du  bras; 
II,  317.  — Signes  de  la  rfduction  des  luxa- 
tions ; II , 354. — Réduction  de  la  mâchoire 
luxee  eu  ia  partie  antérieure  des  deux 
côtés;  II,  358.  — De  la  mâchoire  luxée 
d’un  seul  côté;  11,359. — Des  luxaiions 
des  vertèbres  du  c >u;  II,  362. — Des  luxa- 
tions extérieures  de  l’épine  dorsale;  II, 
363. — Des  luxaiions  du  coccyx;  de  celles 
des  côtes;  II,  367.  — De  l’épaule,  procid  s 
divers;  il,  369  à 379.  — Réduction  des 
luxaiions  du  coude;  II,  382,  383. — De 
l’apophyse  styloide  ; II,  385.  — Des  os  du 
carpe,  ou  métacarpe  et  des  doigts  ; II,  386. 

— Des  luxations  de  la  hanche;  11,  392  à 
395.  — De  la  rotule  ; II,  397,  398.  — Des 
luxations  des  deux  os  de  la  jambe  et  de 
celles  du  talon  ; II,  399.  — Des  luxations 
de  l’os  astragale,  des  os  du  tarse,  du  pé- 
dium,  de  la  plante  du  pied  et  des  or  eils  ; 
II,  401. — Réduction  de  1 1 pupille  ; II,  434. 

— De  l'alvéole  après  l’extraction  des  dents; 
11,  454. — De  la  matrice;  II,  740,  74 1 . 

Réfrigératifs  (cataplasmes)  pour  les  yeux; 
11,  78.  — Pour  les  brûlures;  II,  203. 

Refroidissement;  III , 123. 

Reggio.  Ecole  de  cette  ville  ; Int.,  xxviii. 

Régime.  Son  influence  sur  le  tempérament; 
61.  — Indicaiions  a prendre  du  régime; 
86. — Régime  à suivre  dans  la  cure  du 
phlegmon  vrai;  329.  — Dans  le  traite- 
ment de  l'œdème  ; 342.  — Dans  le  l rai  le— 
ment  des  tumeurs  aqueuses  et  venteuses; 
345.  — Dans  le  traitement  de  l'esquinan- 
cie  ; 387.  — Dans  le  traitement  général  des 
plaies;  437.  — Dans  le  traitement  des 


ANALYTIQUE. 


blessures  de  la  tête  ; II,  33. — Régime  que 
doivent  suivre  les  nourrices;  11,689. — 
Influence  du  régime  sur  la  fécondité;  II, 
734.  — Régime  fortifiant  préservatif  de  la 
peste  ; III,  365. 

Règles  chirurgicales  d’A.  Paré;  111,647. 

Regma.  Ce  que  c’est  ; II,  403. 

Reinesius.  Ce  qu’il  dit  de  Gariopontus;  Int., 

XXII. 

Reins.  Substance,  quantité,  figure,  compo- 
sition, nombre,  situation,  connexion, 
tempérament  et  action  des  reins  ; 253.  — 
Ulcère  des  reins;  II,  265.  — Symptômes 
accusant  la  présence  d’un  calcul  dans  les 
reins;  II,  462.  — Pourquoi  la  pierre 
s’engendre  le  plus  souvent  aux  reins 
chez  les  vieillards;  caractères  des  pier- 
res rénales;  II,  465.  — Les  affections  des 
reins  peuvent  occasionner  des  rétentions 
d’urine;  II,  497. — Symptômes  des  ulcè- 
res des  reins;  II,  506.  — Pronostic  ; II, 
507.  — Exemple  de  pierre  engendrée 
dans  les  reins  ; III,  31. — Douleurs  de  reins 
des  fébricitants  ; III,  186.  — Chaleur  de 
reins  éprouvée  par  les  pestiférés,  et  moyens 
de  la  diminuer,  III,  421. 

Relaxation  du  gros  boyau  culier;  418. 

Religion.  Motifs  de  consolation  pour  les 
mourants,  tirés  de  la  religion  ; III,  461. 

Remèdes.  Les  bêtes  ont  enseigné  aux  hom- 
mes plusieurs  remèdes;  19;  111,737. — 
Remèdes  pour  détourner  le  lait  des  ma- 
melles; II,  709.  — Contre  le  mal  de 
dents;  II,  445,  448.  — Des  remèdes  de 
bonnes  femmes;  III,  64.  — Remèdes 
contre  les  vers  intestinaux  ; III,  267. — 
Contre  la  peste;  III,  368  à 375,  380,  396, 
398,  400,  401,  402,  406,  407,  408,  409,  414, 
415,416. 

Rémission  ; III,  101. 

Rémora.  Histoire  de  ce  poisson  ; III,  780. 

Renard.  Ruses  de  guerre  du  renard  ; 111,752. 

Renoueurs.  Ce  que  c’était;  II,  300. 

Répercussifs  (médicaments);  330,  331;  III, 
534.  — Utilité  et  danger  des  répercussifs 
dans  le  traitement  de  l’esquinancie  ; 388 
— Cataplasmes  répercussifs  contre  la 
goutte  causée  de  pituite;  III,  235,  236.  - — 
Contre  la  goutte  de  matière  chaude;  III, 
239. 

Rf.plétion.  Deux  sortes  de  réplétion  ; 73. 

Repos.  Inconvénients  d’un  repos  prolongé; 
71.  — Le  repos  peut  être  une  cause  de 
fièvre;  III,  78.  — Doit  être  commande 
aux  fébricitants;  III,  85. 

Résines.  Résines  émollientes  ; III,  541.  — 
Manière  de  faire  l’huile  de  résine  ; 111,630. 

Résolutifs  (médicaments);  331  ; III,  537.  — 
Cataplasmes  résolutifs  contre  la  goutte 
causée  de  pituite;  236. 

Résolution.  Terminaison  la  plus  favora- 
ble de  l’esquinancie  ; 387. — Terminaison 
ordinaire  de  l’œdème;  342.  — Signes  de 
la  résolution  des  tumeurs;  III,  323. 

Respiration.  Du  double  mouvement  de  la 
respiration;  187.  — Théorie  delà  respira- 
tion intra-utérine  ; II,  648,  717.  — L’ab- 


865 

sence  de  la  respiration  n’est  pas  un  signe 
certain  de  mort;  II,  755.  — Caractères  et 
traitement  de  la  dyspnée  symptomatique; 
III,  193,  195. 

Ressemblance.  Théorie  des  ressemblances 
héréditaires , II,  637. 

Retaillés.  Ce  que  c’était;  II,  458. 

Rétention.  Causes  intérieures  des  rétentions 
d’urine;  II,  497.  — Cau-es  extérieures; 
pronostic;  II , 504.  — Traitement  de  la 
rétention  d’urine  ; II,  507.  — Des  réten- 
tions d’urines  causées  par  les  carnosités 
de  la  verge;  II , 565.  — Rétention  résul- 
tant de  l’abus  des  plaisirs  charnels  ; II  , 
636. 

Retorte.  Ce  que  c’est;  III,  630. 

Rétraction  de  la  langue  ; II,  455. 

Rétrécissement.  Première  mention  des  ré- 
trécissements de  l’urètre;  II,  564. — Trai- 
tement ; II,  566. 

Rets  admirable.  Description  du  rets  admi- 
rable; 223. 

Réunion  par  première  et  seconde  intention; 
ce  qu’est;  434. — Réunion  immédiate  des 
plaies  après  l’amputation  indiquée  par 
Gersdorf;  III,  vu. 

Rêveries.  Traitement  des  rêveries  résultant 
d’un  trouble  menstruel  ; II,  782.  — Remè- 
des contre  la  rêverie  des  fébricitants;  III, 
189. 

Révulsion  ; II , 521 . 

Rexis.  Ce  que  c’est;  II,  414. 

Rhabilleurs.  Ce  que  c’était;  II,  300. 

Riioeas.  Ce  que  c’est;  II,  419. 

Riiagadies.  Définition  et  traitement;  II,  790. 

Rhagion.  Espèce  d'araignée  ; III,  326. 

Rhasès.  Livres  de  Rhasès  traduits  par  Gé- 
rard de  Crémone  ; Int  , xxvu. — Il  est  cité 
par  Lanfranc;  Int.,  xlvi. — Son  Comment 
traduit  par  Farragius;  Int.,  lix.  — Après 
Avicenne,  c’est  à Rhasès  que  Nicolas  de 
Florence  doit  le  plus;  Int.,  lxxv.  — Il  est 
commenté  par Galeatiusde Sainte-Sophie; 
Int.  , lxxxvi.  — Par  Arculanus;  Int. , 
lxxxviii. — Par  Matthieu  de  Gradi  ; Int., 
xcv.  — Son  opinion  sur  les  dragonneaux  ; 
425. 

Riiivocéros.  Description  du  rhinocéros;  III , 
500,  751.  — Ses  mœurs;  III,  501.  — Son 
antipathie  pour  l’élephant;  III,  760. 

Rhinoplastie.  Invention  de  la  méthode  ita- 
lienne de  Rhinoplastie  par  Branca  fils; 
Int.,  c.  — Tagli.œozzi  attache  son  nom  à 
cette  découverte;  Int.  en.  — Description 
du  procédé  de  rhinoplastie  italienne;  II, 
605.  — Appréciation  de  cette  opération  ; 
II,  606. 

Rhubarbe.  Préservatif  de  la  peste  ; 111,371. 
— Son  efficacité  dans  le  traitement  des 
contusions;  III,  484.  — Procédé  pour  ex- 
traire l’esprit  de  la  rhubarbe;  111,629. 

Rhume  ; III,  209. 

Riciiter.  Description  des  fanons  ; II,  290. 

Rigord.  Semble  parler  de  l’existence  d’une 
faculté  de  médecine  à Paris,  en  1209;  Int., 

XXVIII. 

Rigueur.  Ce  que  c’est  ; III,  123. 

55 


in. 


TABLE 


866 

Riolan.  Mention  qu’il  fait  de  l’existence  d’un 
corps  des  médecins  à Paris,  en  1090;  Int., 
xxviii.  — Erreur  de  Riolan  au  sujet  de 
Farragius;  Int.  lis.  — Scs  railleries  sur 
la  réception  d’Ambroise  Paré;  Int.,  ceux. 
— Ce  qu’il  dit  de  l’usage  de  l’antimoine  ; 
Int.,  cclxxiii.  — Ce  qu’il  dit  sur  la  com- 
position de  l’anatomie  d’A.  Paré;  Int., 
cccxxxi.—  Réfutation  ; Int.,  cccxxxu. 

Rire.  Exemple  d’une  guérison  causée  par  un 
accès  de  rire;  96.  — Moyen  d'arrêter  le 
rire  résultant  de  la  suppression  des  mens- 
trues; II,  782. 

Rivière.  Qualités  de  l’eau  de  rivière;  III, 
403. 

Robert  (roi  de  Sicile)  reçoit  de  l’empereur 
Andronie  les  ouvrages  de  Galien;  Int., 

XLV1II. 

Roesslin  (Eucber).  Son  livre  sur  les  accou- 
chements; Int.,  ccvi.  — Emprunts  laits  à 
Roesslin  par  A.  Paré;  II,  609,  674. 

Roger  de  Parme , chirurgien  du  xme  siècle; 
sâRogérine  ; son  livre  sur  la  saignée  ; Int., 
xxxm.  — Commentaire  de  sa  chirurgie 
par  les  quatre  maitres  ; Int.,  xxxv. — Com- 
ment Théodoric  lui  riposte;  apprécia- 
tion de  Guy  de  Chauliac;  Int.,  xxxix. 
— Il  est  cité  par  Lanfranc;  Int.,  xlvi. 
— Ce  qu’il  dit  du  séton  ; II , 83. 

Rogne.  Description,  causes,  pronostic  et 
traitement;  III,  282,348. 

Rognons.  Signes  des  lésions  des  rognons  ; II, 
106  ; III , 654. — Pronostic;  II,  105. 

Rois.  Plusieurs  ont  donné  leur  nom  à des 
plantes;  21.  — Plusieurs  ont  étudié  la 
médecine;  22. 

Roitelet.  — Présage  la  pluie;  III,  739. 
Roland.  Chirurgien  italien  du  xui' siècle; 
Int.  xxxiv.  — Ses  travaux;  commentaire 
de  sa  chirurgie  par  les  quatre  maitres  ; 
Int.,  xxxv.  — Comment  Théodoric  lui  ri- 
poste; appréciation  de  Guy  de  Chauliac; 
Int.,  xxxix.  — Il  est  cité  par  Lanlranc; 
Int.,  xlvi. 

Rondelet.  Son  opinion  sur  la  corne  de  li- 
corne; III,  607. 

Ronsard.  Sa  liaison  avec  Ambroise  Paré; 
Int.,  ccc. 

Ros.  Ce  que  c’est;  45;  II,  244,  258. 
Rosatus  ( Jean);  Int.,  cxm. 

Rose.  Distillation  de  l’eau  de  rose;  III,  621. 
Rota.  Son  livre  sur  les  plaies  d’armes  à feu; 

Int.  cclii. 

Rots;  73  ; II , 446. 

Rotule;  299. — Luxations  de  la  rotule;  II, 

396.  — Réduction  de  ces  luxations;  II, 

397.  — Signes  des  fractures  de  la  rotule; 

II, 327. — Réduction,  pronostic;  II,  328. 
Rouen.  Voyage  d’A.  Paré  à Rouen  ; III,  723. 
Rougeole.  Description  ; en  quoi  elle  diffère 

de  la  petite  vérole;  111,267. — Pronostic; 

III,  258.  — Traitement;  III,  259. 
Rouillure  des  dents  ; II , 454. 

Rousset.  Extrait  de  son  Hyslerolomotokie  ; 
II,  718.  — Ce  qu’il  dit  des  pessaires;  II , 
743. 

Rue.  Ses  propriétés  abortives;  III,  372. 


Rueff.  Emprunts  faits  à RuefT  par  A.  Paré  ; 

II , 664,  669. 

Rugines.  Figures  de  diverses  rugines;  II, 
10,  11.  — Figures  de  neuf  rugines  pour 
ratisser  les  os  cariés;  II,  684  — Figures  de 
deux  rugines  pour  couper  l’os  profondé- 
ment ; Il  , 686. 

Rusncns  Elndius  , médecin  de  Théodoric  ; 
Int.,  xviii. 

Ryff  (Gualter)  ; Int.  cciv,  ccv. — Ses  ouvra- 
ges; Int.,  ccvii. 

S 

Sahacat.  Ce  que  c’est;  III,  18. 

Sachets.  Leur  emploi  dans  Thydrnpisie; 
396. — Sachets  contre  la  goutte;  111,228. 
— Description  des  sachets;  différentes  es- 
pèces; ingrédients;  III,  692.  — Modèles 
de  sachets  pour  l’estomac,  le  ceneau  et 
le  cœur;  usage  des  sachets;  III,  693. 

Sacrum.  Description  de  l'os  sacrum  ; 260.  — 
Nerls  de  l’os  sacrum;  292. — Fracture  de 
l’os  sacrum  ; II,  316. — Moyen  d’empêcher 
le  sacrum  de  s’ulcérer;  II,  336. 

Sages-femmes.  Luxations  produites  par  les 
sages-lcmmes  ; II,  350. — Résultats  de 
l’ignorance  des  sages-lemmes;  II,  711, 
712.  — Leurs  prétentions  à reconnaître  la 
virginité  des  femmes  ; II,  748. 

Saignée.  Peine  qu’encourait,  aux  termes 
des  lois  des  Wisigolhs,  le  médecin  qui 
tirait  trop  de  sang  à son  malade;  Int., 
xvii.  — Opuscule  sur  la  saignée  de  mnitre 
Maurus;  Int.,  xxvi.  — La  saignée  aban- 
donnée aux  barbiers;  Int.,  xxxn.  — Con- 
ditions auxquelles  elle  était  soumise  en 
Allemagne  au  xv(  siècle;  Int.,  cc.  — Pro- 
cédé des  barbiers  au  xvic  siècle  ; III,  xii. — 
L’homme  sanguin  endure  la  saignée  sans 
danger;  47. — Di tficnli és  de  la  saignée 
sur  les  tempéraments  mélancoliques  ; 48. 
— Considérations  sur  la  saignée  du  bras  ; 
273.  — Emploi  de  la  saignée  dans  le  trai- 
tement des  plaies  de  la  tê  e ; II , 36.  — 
Son  opportunité  dans  le  traitement  des 
plaies  par  harquebuses;  II,  164.  — Son 
emploi  dans  le  traitement  des  grandes 
contusions;  II,  196.  — Dans  celui  des 
ecchymoses;  II,  199.  — Dans  celui  des 
maux  de  dents  ; II,  445, 447.  — Définition 
de  la  saignée;  II , 519.' — Des  cinq  inten- 
tions de  la  saignée;  considérations  préa- 
lables; quantité  de  sang  qu’on  doit  tirer; 
où  et  quand  il  faut  saigner;  11,520. — 
Manière  de  bien  faire  la  saignée;  II,  521. 
— La  saignée  est  mauvaise  au  début  de  la 
vérole;  II,  535. — Son  emploi  dans  le 
traitement  des  fièvres  en  général;  III, 
86,  132,  135,  141,  143,  151,  158,  165.  — En 
particulier  dans  celui  de  la  fièvre  synoque 
simple;  III,  98. — De  la  fièvre  synoque 
putride;  III,  111.  — Delà  fièvre  tierce 
vraie  ; III , 128.  — Dans  le  traitement  de 
la  goutte;  III,  223,  234,  251.  — Dans  ce- 
lui de  la  peste;  III,  410,  418. 

Saisons.  Tempéraments  des  saisons;  37.— 


ANALYTIQUE.  867 


Des  aliments  qui  conviennent  aux  dif- 
férentes saisons;  69.  — Indications  à 
prendre  des  saisons;  86.  — Influence  des 
saisuns  sur  les  plaies  de  la  lète  ; 11,  26. 

— Sur  la  fréquence  des  fractures;  II,  298. 

— Influence  du  renversement  des  saisons 
sur  les  qualités  de  l'air  ; III,  356. 

Salaire  qu’accordaient  au  médecin  les  lois 
des  Wisigoths,  pour  l’instruction  d’un 
élève;  Int.,  xvit.  — Ces  lois  n’accordaient 
aucun  salaire  au  médecin  dont  le  malade 
mourait;  Int.,  xvm-  — Salaire  des  pro- 
fesseurs dans  les  anciennes  écoles;  Int., 
xxix.  — Des  médecins  en  Italie  au 
xuie  siècle;  Int. , xxxi. 

Salamandre.  Ses  propriétés  vénéneuses;  III, 
317. — Description  de  la  salamandre;  sa 
combustibilité;  III,  318. — Symptômes 
et  antidotes  de  l’empoisonnement  par  la 
salamandre;  III,  318,  661. 

Salerne.  Son  école  ; Int.,  xtx.  — Origine  de 
celte  école;  Int.,  xx.  — Elle  s’adonne 
à peu  prés  uniquement  à la  médecine; 
les  Juifs  en  élèvent  la  renommée;  Int., 
xxvj.  — Elle  soutient  avec  peine  la  riva- 
lité de  celle  de  Bologne;  Int.,  xxvii. — 
Quand  on  commença  à y conférer  des  de- 
grés; Int.,  xxix.  — Rivalité  des  écoles  de 
Salerne  et  de  Bologne;  appréciation  de 
Guy  de  Chauliac;  lut.,  ixxix.  — Déca- 
dence de  l’école  de  Salerne;  Int.,  xlvii. 

Salive.  Guérit  les  petits  ulcères;  III, 
298. 

Salsepareille.  Emploi  de  la  salsepareille 
dans  le  traitement  de  la  vérole;  II,  540. 

Sang.  Tempérament  du  sang;  39.  — Géné- 
ration du  sang;  40.  — Nature,  consis- 
tance, couleur,  saveur  et  usage  du  sang; 
de  quoi  et  quand  il  se  fait  ; 42.  — Quand 
il  se  met  en  mouvement;  44. — Signes 
de  l’homme  sanguin;  46.  — Par  où 
s’écoule  le  sang  menstruel;  166.  — Par 
quelle  voie  le  sang  est  porté  du  veniricule 
droit  au  gauche;  194.  — Signes  d’un 
épanchement  de  sang  dans  le  thorax;  II, 
96.  — Les  plaies  d’harquebuses  jettent 
d’abord  peu  de  sang;  II,  164.  — Causes 
des  épanchements  de  sang;  II,  194.  — 
Moyens  pour  airêter  le  flux  de  sang  après 
l’amputation;  II,  224.  — Moyen  de  pré- 
venir l’ép anchemenldu  sang  dans  le  scro- 
tum , après  la  taille  ; II,  491  , 492.  — Du 
sang  qui  peut  être  évacué  par  les  urines; 

II,  498,  505.  — Signes  auxquels  on  recon- 
naît d’où  il  vient;  II,  499,  500,  502,  506. 
— Curation;  II,  506. — Du  sang  évacué 
par  les  voies  supérieures;  II,  503.  — Flux 
de  sang,  cause  d’avortement;  il,  624, 
714.  — Les  femmes  ont  le  sang  plus  abon- 
dant, mais  moins  bon  que  celui  des 
hommes  ; II,  764.  — Fièvre  venant  du 
sang  ou  synoque;  III,  93  à 99,  102,  107, 
116.  — Caractères  et  traitement  du  flux 
de  sang  comme  symptôme  des  fièvres; 

III , 203.  — Signes  indiquant  que  c’est  le 
sang  qui  accompagne  le  virus  arthritique  ; 
III,  217.  — Flux  de  sang  concomitant  de 


la  petite  vérole;  III,  260.  — Caractères 
du  sang  des  lépreux  ; III , 278.  — Indivi- 
dus ayant  sué  le  sang;  III,  407. — Pluies 
de  sang;  III,  791. 

Sanglier.  Description  du  sanglier  marin;  III, 
504.  — Soins  que  le  sanglier  prend  de  ses 
défenses;  III,  751. 

Sanglot.  Définition,  causes,  pronostic,  cure; 
III,  196,  446. 

Sangsues.  De  leur  application  dans  le  trai- 
tement des  chancres;  366,  368.  — Des- 
cription des  sangsues  ; caractères  distinc- 
tifs des  venimeuses  et  des  bonnes  ; II,  524. 
— Lieux  où  on  les  applique,  manière  de 
les  appliquer  et  de  les  bien  faire  tirer; 
moyens  de  les  faire  tomber  et  d’arrêter  le 
sang  ; II,  525.  — Leur  emploi  dans  le  trai- 
tement des  fièvres;  III,  86.  — Leur  véné- 
nosité; ce  qu’il  faut  faire  avant  de  s’en 
servir  ; moyen  d’extraire  une  sangsue  ava- 
lée; III,  330. 

Sanie.  Ce  que  c’est;  II,  244,  248. 

Sanson  (M.).  Sa  description  des  fanons;  II, 
290. 

Saphirs.  Remèdes  contre  les  saphirs;  III, 
608,  609. 

Saporta.  Sa  doctrine  sur  la  paracentèse; 
40i. 

Sarcocèle.  Ce  que  c’est;  404,  4 17;  III, 796. 
— Causes,  signes,  traitement  ; 417. 

Sarcoma.  Description  et  traitement;  359. 

Sarcosis.  Ce  que  c’est  ; II,  416. 

Sarcotiques  (médicaments);  III,  543. 

Sardonia.  Accidents  qu’elle  cause;  III,  334. 

Sarti.  Notions  qu’il  donne  sur  les  médecins 
de  Bologne;  Int.,  xxix.  — Sa  conjecture 
sur  la  mort  de  Hugues  de  Lucques;  Int., 

XXXI. 

Sariette.  Ses  propriétés  anti-vénéneuses 
nous  ont  été  apprises  par  les  tortues;  III, 
736. 

Satan.  Ses  actions;  III,  55. 

Satiété.  Deux  espèces  de  satiété;  73. 

Satyriasis.  Définition;  82;  II,  556.  — 
Traitement  ; II,  557. 

Saumure.  Ses  propriétés  anti-vénéneuses; 
III,  415. 

Saveurs.  Définition;  d’où  proviennent  les  sa- 
veurs; III,  529.  — Saveurs  froides: acerbe, 
acide,  austère;  saveurs  tempérées:  fade, 
oléeuse,  douce  ; III,  530. — Saveurs  chau- 
des : âcre, amère,  salée;  III,  531. 

Savonarola  ; Int. , lxxxvi. 

Saxonia  (Pierre  de),  chirurgien  d’Avignon 
cité  par  Guy  de  Chauliac;  Int.,  lxviii. 

Scabieuse.  Son  emploi  dans  le  traitement 
des  charbons;  III,  440. 

Scalène.  Du  muscle  sralène;  264. 

Scares.  Secours  qu’ils  se  portent  ; III,  752. 

Scarificateur.  Figure  d’un  scarificateur; 
II,  200. 

Scarifications  abandonnées  aux  barbiers; 
Int.,  xxxii.  — Leur  emploi  dans  le  traite- 
ment des  plaies  envenimées;  II,  190. — 
Dans  celui  des  brûlures  profondes;  II, 
209.  — Dans  celui  de  la  gangrène  ; II,  218. 
— Contre  les  maux  de  dents  ; II,  445.  — 


868 


TABLE 


Dans  le  traitement  des  fièvres;  lit,  86.  — 
Contre  les  morsures  des  bêtes  venimeu- 
se; III,  302. 

Schenkius  (J.).  Ouvrage  qu’il  attribue  à Guy 
de  Chauliae;  Int.,  lxv. 

Sciatique;  296.  — C’est  la  plus  cruelle  de 
toules  les  gouttes  ; III,  220.  — Caractères, 
causes,  signes  ; III,  250.— Traitement;  III, 
251.  — De  la  cauterisaiion  dans  le  traite- 
mem  de  la  sciatique;  III,  G85. 

Scie.  Figure  d’une  scie  propre  à couper  les 
os  de  la  tête;  II,  14.  — Figure  d'une  scie 
pour  scier  les  os  ; II,  223. 

Scirrhes  ; 320.  — Quaire  espèces  de  scirrhe, 
causes,  signes,  traitement;  360. 

Scirropiithalmik  ; II,  415. 

Scirrosis.  Ce  que  c’est;  II,  415. 

Scissure  du  crâne;  II,  113. — Traitement;  II, 
7. — Causes,  pronostic,  signes  et  traite- 
ment des  scissures  serpigineuses  ; II,  597. 

Scleropiitji almie.  Ce  que  c’est;  II,  415. 

Sclerosis.  Ce  que  c’est;  II,  4 15. 

Scolopion;  389. 

Scorpion.  Remède  contre  la  piqûre  du  scor- 
pion; II , 205;  III  , 65,  324,  372.  — His- 
toire d'un  animal  semblaLle  à un  scorpion 
trouvé  dans  le  cerveau  d’un  homme;  III , 
34.  — Description  du  scorpion  ; pays  où  il 
se  trouve,  accidents  résu  fiant  de  sa  piqûre  ; 
III , 323.  — Emploi  de  L’huile  de  scorpion 
dans  le  traitement  de  la  peste;  III , 4 1 7. 

Scotomie.  Ce  que  c est;  II  , 409.  — Causes  , 
signes  et  cure  ; II,  410. 

Scrofules;  320,  352.  Voyez  Ecrouelles. 

Scrotum.  Ce  que  c’est;  155. — Exemple  de 
guérison  d’une  hydrocèle  par  l’incision  du 
scrotum;  416.  — Moyens  de  prévenir  l’é- 
panchement du  sang  dans  le  scrotum  après 
la  taille  ; II,  492. 

Scrupule  ; III , 552. 

Scultet.  Son  silence  sur  les  fanons;  II,  289. 

Scythes.  Procédés  d’embaumement  usités 
chez  les  Scythes;  III,  476,  670. 

Secondine.  Ce  que  c’est;  H,  644. 

Section  complète  et  incomplète  des  nerfs; 
II,  1 12.  — Des  ulcères  putrides  ; II,  254. 

Seiche.  Comment  elle  échappe  à ses  ennemis; 
III  , 754. 

Sein.  Ce  que  c’est  ; 120. 

Seings.  Leurs  variétés,  leurs  caractères  ; II, 
679.  — Causes  ; II , 680 , 738.  — Pronostic 
et  traitements  divers;  II , 680. 

Sels.  Employés  en  médecine;  III,  636. — 
Distillation  des  sels;  III,  637. 

Semaines.  Voyez  Menstrues. 

Semence.  Pourquoi  les  femmes  jettent  moins 
de  semence  que  les  hommes  ; 163. — Ce  que 
c’est  que  la  semence;  II,  633.  — Ses  carac- 
tères, son  ongine,  plaisir  attaché  à son 
émission  ; II,  634. — Comment  la  semence 
de  l’homine  est  transmise  à la  femme  ; II , 

636.  — Semence  masculine  et  féminine; 
qualités  de  ces  semences;  influence  de  la 
semence  sur  la  formation  des  sexes;  II, 

637.  — Sympathie  enlre  la  semence  et  le 
tempérament  général;  11,638. — De  l’é- 
bullition de  la  semence  dans  la  matrice  ; 


II,  649.—  La  semence  est  la  seule  sub- 
stance du  cerveau;  II,  65t.  — Est  le 
prineipedes  môles;  II,  723.  — Influence  de 
la  température  de  la  semence  sur  la  stéri- 
lité; II,  730.  — l.a  corruption  de  la  se- 
mence cause  les  suffocations  de  la  matrice  ; 
II,  75 1, 753  — Signes  auxquels  on  peut  re- 
connaître que  la  suffocation  de  la  matrice 
vient  de  la  semence  retenue;  II.  756. — 
Monstruosités  résultant  de  la  irop  grande 
quantité  de  semence;  III,  5.—  Mons- 
truosités résultant  du  défaut  de  quan- 
tité de  la  semence;  III,  20.  — Monstres 
engendrés  par  un  mélange  desemence;  III, 
43.  — Corrélation  entre  la  semence  et  la 
constitution  ; III,  213. 

Sens.  Tab  e méthodique  pour  connaître  les 
ma'adies  par  les  cinq  sens  ; 93.  — Modi- 
ficaiion  de  l’âme;  II , 655.  — Sur  les  sens 
intérieurs;  définition  du  sens  commun; 
II,  657.  — Son  siège  ; II,  658. 

Sensation.  Ce  que  c’est;  56. 

Sensibilité.  Fausse  sensibilité  des  parties 
mortes  et  amputées;  Il , 221. 

Sentiment.  Ce  que  c’est;  56. — Les  os  n’ont 
point  de  sentiment  manifeste;  180. 

Sepelon.  Ce  que  c’est  ; Il , 415. 

Septiques  (médicaments)  ; III,  546. 

Sépulture.  Les  cadavres  des  pestiférés  doi- 
vent êire  inhumé-  sans  retard;  III,  377. 

Sérapion.  Son  ouvrage  induit  par  Gérard 
de  Crémune;  Int.,  xxvn.  — Est  cité  par 
Lanfranc  ; Int.,  xlvi. 

Seringue.  Invention  de  la  seringue  par  Ga- 
tenaria  ; lui.,  xeix.  — Figures  de  seringues 
à mjeciions;  II,  63,  101,  473.  — Figure 
d’une  seringue  pour  \ ider  le  pusdes  oreil- 
les; II,  263. — l igure  d’une  seringue  pour 
faire  des  injections  dans  la  vessie  par  la 
plaie  après  l’extraction  de  la  pierre;  II , 
491. — Figure  d’une  seringue  avec  laquelle 
les  femmes  peu* ent  se  donner  un  ciyslère 
elles-mêmes  ; II , 760;  III , 557.  — Figure 
d’une  seringue  droite;  III,  558. 

Serpent.  Hisioire  d'un  serpent  engendré  par 
une  femme;  III,  36.  — Serpent  trouvé 
dans  un  cercueil  de  plomb  ; III . 42.  — 
Femme  prétendant  avoir  un  serpent  dans 
le  venlre;  III  , 52.  — Efficacité  de  la  bu- 
glosse  contre  la  morsure  des  serpents  ; III, 
301.  — Serpents  divers  ; vipère  ; III,  313. 
— Coule-sang  , pourrisseur;  III , 315.  — 
Basilic  ; III,  316. — Salamandre  ; III , 317. 
— Aspic  ; III,  318. — Couleuvre  ; III,  320. 
— Les  serpenls  nous  on  t appris  les  proprié- 
tés du  fenouil  ; III , 736. 

Séton.  De  l’emploi  du  séton  dans  le  traite- 
ment de  I hydrocèle  ; 416.  — Son  effica- 
cité dans  le  traitement  de  l’ophthalmie  ; 
II , 79.  — Idem  dans  celui  de  l'épilepsie  ; 
manière  de  l’appliquer;  II,  80. — Recher- 
ches historiques  sur  l’emploi  et  le.  mode 
d'application  du  séton  ; figures  des  tenail- 
les et  aiguilles  à séton  ; II , 81 . — Précep- 
tes sur  l’application  du  séton  dans  le  trai- 
tement des  blessures  par  harquebuses  ; II, 
152,  159. 


ANALYTIQUE. 


Settala.  Ce  qu’il  dit  des  Norsini  ; Int.,  en. 

Sevrace.  Epoque  à laquelle  il  faut  sevrer  les 
enfants  ; II,  694.  — Inconvénient  d'un  se- 
vrage prématuré:  manière  de  sevrer;  II, 
695. 

Sexe.  Ce  que  c’est;  60.  — Indications  prises 
du  sexe;S6.  — Théorie  de  la  formation 
des  sexes  ; H , 637.  — Signes  auxquels  on 
peut  reconnaitic  le  sexe  de  l’enfant  dont 
une  femme  est  grosse  ; II , 663. — Impuis- 
sance de  l’homme  à engendrer  les  sexes  à 
volonté  ; II , 664.  — Influence  du  sexe  du 
nouveau-né  sur  la  qualité  du  lait  de  la 
mère;  II,  689.  — Indices  du  véritable  sexe 
des  hermaphrodites;  1 1 1 , 16. 

Sextaine  (lièvre);  III,  256. 

Sextus  Placitus  de  l’avie.  Ses  ouvrages  sui- 
vis par  les  médecins  au  vr  siècle;  Int., 
xviii.  — Livre  de  lui  arrangé  par  Con- 
stantin ; Int.,  xxv. 

SlAGONAGRA;  III  , 208. 

Sidération.  Ce  que  c’est  ; III,  357. 

Simler.  Ouvrage  qu’il  attribue  à Guy  de 
Chauliac  ; Int.,  lxv. 

Simon  de  Gênes.  Sa  version  du  xxvui'  livre 
d’Albucasis  ; Int.,  lix. 

Simulation  de  diverses  maladies;  111,46,  47. 

Sinapismes.  Leur  emploi  dans  le  traitement 
des  fièvres  ; III,  86. 

Sinciput.  Ce  que  c’est;  204. 

Singe.  Educuhili té  du  singe  ; III,  756. — Son 
antipathie  pour  la  tortue;  III,  760.  — 
Monstre  marin  ayant  les  bras  d’un  singe; 
III,  771. 

Sirop  préservatif  de  la  pierre;  Il , 468. 

Smyrnion  ; 389. 

Sodomites.  Fruits  de  leurs  abominables  pra- 
tiques ; III,  43. 

Soif.  Soif  résultant  d’un  trouble  menstruel; 

II,  784. — Symptôme  de  fièvre;  III,  SI. — 
Cause  et  traitement  de  la  soif  des  fiévreux; 

III,  198. 

Solanum  manicum.  Ses  propriétés  vénéneu- 
ses, et  contre-poisons;  III,  335. 

Soleil  ; III , 789. 

Sommeil.  Définition  du  sommeil;  ses  cau- 
ses ; ses  elTets  ; temps  le  plus  favorable  au 
sommeil  ; 71.  — Inconvénient*  du  som- 
meil pendant  le  jour  ; inconvénients  du 
sommeil  prolongé;  de  la  position  qu’il 
faut  prendre  72.  — Comment  il  doit  être 
réglé  dans  le  traitement  des  blessures  de 
la  tète  ; Il , 35.  — Son  influence  sur  le  cer- 
veau ; III , 190. 

Sondes.  Origine  des  sondes  en  cuir  ; Int., 
xcii.  — Précautions  qu’il  faut  prendre  en 
introduisant  la  sonde  dans  la  vessie;  158. 
— Manière  de  sonder  les  fistules;  11,271. 
— Figure  d’une  sonde  creuse  pour  opérer 
les  fistules  à l’anus;  II,  274.  — Manières 
de  sonder  les  calruleux  ; II,  462. — De- 
gré de  certitude  de  ce  diagnostic  ; II , 463. 
— Figures  de  trois  sondes  pour  les  cab  u- 
leux;  II,  464. — Figure  d’une  sonde  ouverte 
en  sa  partie  extérieure  pour  l’opération  de 
la  pierre;  II  , 4S0. — Figure  d’une  sonde 
pour  extraire  les  pierres  aux  femmes;  II, 


869 

495.  — Figure  d’une  sonde  propre  à cou- 
per les  earnosités  de  la  verge;  11 , 569. 

Songes.  Pronostics  qu’ils  fournissent;  72. 

Sonnet  de  Ronsard  sur  les  OF.uvres  de  Paré  ; 
Int.,  ccc.  — Sonnet  placé  par  A.  Paré  en 
têie  de  ses  œuvres;  III,  xxu. 

Soporeuses  (fièvies)  ; III,  189. 

Soranus.  Son  opinion  sur  les  dragonneaux; 
425. 

Sorciers.  Les  sorciers  ont  renoncé  Dieu;  y 
en  a toujours  eu  ; III  , 53.  — Toutes  les 
sectes  , excepté  les  épicuriens  , ont  porté 
de  peines  contre  le*  sorciers  ; III  . 56. — 
Pratiques  diverses  des  sorciers  ; III , 62. 
— Leur  impuissance;  III,  66. 

Sordes.  Ce  que  c’est  ; II , 244  , 248. 

Soufre.  Vertus  et  usages  des  eaux  sulfu- 
reuses ; lit , 597. 

Souliers.  Inconvénients  des  souliers  trop 
courts  et  trop  étroits;  11,293. 

Soupirs.  Manière  d’arrêter  les  soupirs  ré- 
sultant de  la  suppression  des  menstrues, 
II,  782. 

Sourcils.  Ce  que  c’est;  234.  — Leur  utilité; 
235. — Pourquoi  il  ne  faut  pas  appliquer 
le  trépan  sur  les  sourcils  ; II , 61 . — Plaies 
des  sourcils , leur  traitement  ; II,  75. 

Souris.  Antipathie  qu’elles  inspirent  à l’élé- 
phant ; lit  , '60. 

Sous-ci.  avikr  (muscle)  ; 266. 

Spa.  Efficacité  des  eaux  de  Spa  contre  les 
fleurs  blanches  et  chaudes-pisses;  II,  778. 
— Propriétés  des  eaux  de  Spa  ; III , 598. 

Spasme.  Théorie  du  spasme;  II,  29.  — Dé- 
finition , variétés  , causes  ; 443.  — Signes, 
traitements  ; 444  , 446. 

Spatuumen  , Spathumilk;  390. 

Spéculum.  Figure  de  di\ers  spéculum  oris; 
386.  — Figure  d’un  spéculum  nculi  pour 
dilaier  les  paupières  ; II , 76.  — Figure  de 
divers  spéculum  de  la  matrice;  II , 788. 

Sperme  Ce  qu’il  faut  entendre  par  membres 
spermatiques;  II.  651 . (Voy.  Semence.) 

Spiiacf.lb;  320.  — Ce  que  c’est;  II,  211. 

Sphincter.  De  l’anus;  140.  — De  la  vessie; 
160. 

Spirituelle  (fièvre)  ; III  , 8S. 

Splenetique  (muscle)  ; 262. 

Sprengel.  Ce  qu’il  dit  des  médecins  du  vi* 
siècle;  Int.,  xvni. — Son  opinion  sur  le 
Cœlius  Aurélius  mentionné  dans  Cassio- 
dore,  Int. , xix. — Accable  Garioponius ; 
Int. , xxu.  — Sa  critique  du  livre  d’Ar- 
culanus;  Int.  , lxxxviii.  — Ses  erreurs  à 
l’égard  de  Benivieni;  Int.,  cxm. — Ce 
qu’il  dit  de  Jérome  de  Brunswick;  int.  , 

CC1II. 

Squelette.  Confection  d’un  squelette  ; 317. 

Squine.  Emploi  de  la  squine  dans  le  traite- 
ment de  la  vérole;  II.  540. 

Stape*.  Ce  que  c’esi  ; 249. 

Stapiiylome.  Définition;  II  , 418,  433. — 
Variétés,  pronostic,  traitement  ; Il , 433. 

Statuts.  Historique  des  statuts  de  la  con- 
frérie de  Saint-Côme  ; Int. , exxx.  — Dis- 
cussion sur  ces  statuts  ; Int.,  cxxxi. — Sta- 
tuts des  barbiers  ; Int. , cxxxvi.  — Statuts 


TABLE 


870 


des  chirurgiens  de  Paris  ; Int. , cxu  , 

CXLII1  , CXLVIII. 

SteatomatA;  341. 

Stéatome.  Caractères  particuliers  du  stéa— 
Ionie  ; 34C. 

Stérilité.  Causes  de  la  stérilité  chez  les 
hommes  ; II , 730,  793.  — Remèdes;  II , 
732. — Causes  de  la  stérilité  des  femmes; 
II,  733  , 777. 

Sternum.  De  combien  d’os  il  se  compose  ; 
175, 180.  — Manières  de  lever  le  sternum; 
181,  182.  — Signes  des  fractures  et  des 
dépressions  du  sternum;  II,  311.  — Ré- 
duction ; II,  312.  — Dépression  ou  enfon- 
çuredu  sternum;  II,  367. 
Sternutatoires.  Ce  que  c’est;  III , 587. 
Strabisme.  Ce  que  c'est;  II,  4l4.  — Ses 
causes,  et  manières  d’y  remédier;  II,  604. 
— Figures  d’un  masque  et  d’une  paire  de 
besicles  propres  à cet  usage;  II,  605.  — 
Causes  du  strabisme  accidentel;  11,690. 
Strangurie.  Définition  de  la  strangurie  ; II, 
510. — Causes  ; II,  511. — Tiailement; 
II,  513. 

Strasbourg.  Commencement  de  l’école  chi- 
rurgicale de  Sirasbourg;  Int.  , ccii.—  Sa 
fin  ; ses  caractères  ; Int. , ccvti. 
Stratagèmes  ; 90. 

Stupéfactifs  (médicaments);  III,  549. 
Styloïde.  Luxation  de  l’apophyse  styloïde  ; 
II,  384. 

Sublimé.  Emploi  du  sublimé  dans  le  trai- 
tement des  nodus;  349. 

Sublimer.  Ce  que  c’est;  III,  614. 
Submersion.  Signes  indiquant  qu’un  indi- 
vidu est  mort  noyé  ; III , 660. 

Succaratii;  III,  746. 

Succion  des  plaies  envenimées,-  II,  190;  III, 
302. 

Succubes.  Ce  que  c’est;  III,  57. — Impossi- 
bilité du  commerce  charnel  attribué  aux 
succubes  ; III,  58. 

Sudorifiques  (médicaments);  III,  260,  407. 
Suette  ; III , 351.  — Ses  symptômes;  III, 
363,  423. 

Sueur;  44,  74.  — Identité  de  la  matière  de 
la  sueur  et  de  celle  de  l’urine  ; II , 505.  — 
Causes  de  la  mauvaise  odeur  de  la  sueur; 
II,  6ol.  — Résultats  et  traitement  des 
sueurs  immodérées;  III,  go3. — Moyens 
de  provoquer  la  sueur;  III,  260,  444,  456. 
— Exemples  d’individus  ayant  sué  le  sang; 
lit,  407.  — Dangers  de  trop  faire  suer  les 
enfants;  III,  456. 

Suffocation.  Définition;  causes  et  signes 
des  suIToraiions.de  la  matrice;  II,  751, 
753.  — Théorie  ; II,  752,  753.  — Pronostic; 
symptômes  précurseurs  des  suffocations 
de  la  matrice;  II,  753. — Signes  aux- 
quels on  peut  reconnaître  qu’une  femme 
est  morte  ou  non  par  une  suffocation  (de 
matrice;  II,  754.  — Variété  des  suffo- 
cations de  la  matrice;  II,  755.  — Signes 
auxquels  on  peut  reconnaître  que  la  suffo- 
cation vient  de  la  semence  retenue;  trai- 
tement de  cette  maladie;  II,  756.  — Effets 
de  la  suffocation  de  matrice  ; III,  40. 


Suffumigation.  Ce  que  c’est;  espèces  diffé- 
rentes; ingrédients;  III,  593.  — Modèles; 
usage;  manière  de  faire  les  suffuiniga- 
tions ; III,  594,  595. 

Superfétation.  Définition  ; II,  645, 719, 720. 
— Théorie  et  causes;  II,  720. — Exem- 
ples de  superfétation;  11,721. 
Supination.  Sur  la  supination  du  bras  dans 
le  traitement  des  fractures  des  deux  fa- 
ciles; II,  318. 

Suppuratifs.  Cataplasmes  et  emplâtres  sup- 
puratifs ; 332,  333;  III,  539.  — Cataplasme 
suppuratif  pour  les  écrouelles;  354. — 
Inconvénients  des  suppuratifs  dans  le  trai- 
tement des  plaies  d’harquebuses  ; II,  173. 
— Suppuratif  pour  les  apostèmes;  II, 
338. 

Suppuration.  Signes  de  la  suppuration  des 
tumeurs  ; 323.  — Dangers  de  cette  termi- 
naison de  l’esquinancie  ; 387. 
Suppositoires  pour  les  suffocations  de  la  ma- 
trice; II,  759. — Suppositoires  vermifuges; 
III,  268.  — Excitants;  III,  450.  — Descrip- 
tion, différences,  composition  et  usage 
des  suppositoires;  III,  558. 

Surdité.  Causes  internes  de  la  surdité;  II, 
601. — Causes  externes;  causes  du  chan- 
gement de  la  voix  chez  les  sourds;  pro- 
nostic de  la  surdité;  II,  602.  — Surdité 
simulée;  III,  50.  — Caractère  et  traite- 
ment de  la  surdité,  considérée  comme 
symptôme  de  la  fièvre  ; III,  192. — Surdité 
résultant  de  la  rougeole  et  de  la  petite  vé- 
role; III,  259. 

Sutures  des  os.  Cinq  sutures  du  crâne  : trois 
vraies,  deux  fausses;  206.  — Sutures  des 
os;  314,  316. — Dangers  d’appliquer  le 
trépan  sur  les  sutures  du  crâne;  II , 61. — 
Sutures  des  plaies.  Quand  il  faut  y recou- 
rir; 438.  — Cinq  principales  sortes  de  su- 
tures; figures;  canules  et  aiguilles  propres 
à faire  les  sutures;  439.  — Emploi  de  la 
suture  dans  les  cas  où  il  y a une  portion 
d’os  comprise  dans  le  lambeau,  II,  40.  — 
Figure  d’une  suture  des  plaies  de  la  joue; 
II  , 84.  — Figure  d’une  suture  entortillée 
pour  le  bec-de-lièvre;  II,  85.  — Sutuie  de 
la  langue  incomplètement  séparée  ; II,  88. 
— Sur  la  suture  des  plaies  pénétrantes  de 
poitrine;  II,  97. — Suture  des  intestins; 
II,  1 07.  — Suture  apiès  l’amputation  ; II, 
225.- — Suture  des  plaies  de  la  \essie;  II, 
489.  — Suture  du  périnée;  II,  718.  — Su- 
ture des  plaies  pratiquée  parGilbert  l’An- 
glais ; III,  v. — Suturedes  lendons;|III,  42. 
Sylvati-cus.  Ce  qu’il  ditdesNorsini;Int.,cu. 
Symphyséotomie;  11,666. 

Symphyses.  Sur  la  diduction  des  symphyses 
pubiennes;  II,  665  à 668. 

Symphysis.  Ce  que  c’est  ; 314 , 316;  II,  416. 
— Causes  ; pronostic;  traitement;  11,423, 
428. 

Symptômes  Trois  espèces  de  symptômes  des 
maladies;  81.  — Inductions  à tirer  des 
syniptômes  ; 87. 

Svmptosis.  Ce  que  c’est;  II,  419. 
Synartiirosh  ; 313,  314,  316. 


ANALYTIQUE. 


Synathrisme.  Ce  que  c’est  ; III , 121. 
SvNcnoNDRosis.  Ce  que  c’est  ; 314. 
Syncuysis.  Ce  que  c’est;  II,  414. 

Syncope.  Définition;  causes;  signes  ; traite- 
ment; 460  — Cau-es  des  syncopes  des 
fiévreux;  III,  199.—  Traitement;  111,200. 
Synevrosis  ; 314. 

Synoque  (fièvre);  III,  95  à 99,  102,  107,  116. 
Syrène  Ce  que  c’est;  III,  770. 
SïRINGOTOME;  390. 

Syssakcosis.  Ce  que  c’est;  314. 

Systole.  Ce  que  c’est;  192. 


T. 

Tables.  Quelles  sont  celles  que  contient 
cette  édition  ; Int.,  x. 

Tablettes  préseï  vaiives  de  la  peste;  III  , 
371. 

Tac.  Ce  que  c est;  III,  423. 

Taches.  Onguent  pour  les  taches  de  poudre 
à canon  ; Il , 207. 

Taches  de  naissance.  Variétés,  caractères; 
II , 679.  — Causes  ; Il , 680 , 738.  — Pro- 
nostic et  traitements  divers  ; Il , 680. 

Tact.  De  quel  secours  il  est  au  chirurgien  ; 
93. 

Tagault  (Jean).  Origine  de  ses  Institutions 
chirurgicales  ; Int.,  ccxxxtx.  — Valeur  de 
ce  livre;  Int.,  ccxl.  — Emprunts  faits  à 
Tagault  par  A.  Paré;  319. —Silence  de 
Tagault  sur  la  paracentèse  abdominale  ; 
401. 

Tagliacozzi.  Attache  son  nom  à la  décou- 
verte de  la  rhinopla-lie  ; Int.,  eu. 

Taie.  Ce  que  c’e-t;  II , 418. 

Taille. Perfectionnement  apporté  au  xv°  siè- 
cle à l’opéralion  de  la  taille;  Int.,  cv.  — 
Procède  de  frère  Jacques  ; taille  en  deux 
temps;  lithotritie  à travers  l’incision  pé- 
rinéale ; Il , 477. — Taille  hypogastrique  ; 
taille  bilatérale;  grand  appareil;  II,  478. 

Talon.  Moyen  d’empêcher  le  talon  de  s’ul- 
cérer ; II , 336.  — Pronostic  des  luxations 
du  talon  ; II , 355.  — Luxations  du  talon 
et  manière  de  les  réduire  ; II , 399.  — Ac- 
cidents qui  surviennent  par  la  contusion 
faite  au  talon  ; II,  400. — Traitement  des 
contusions  du  talon;  III , 487. 

Talpa;  82. 

Talparia.  Ce  que  c’est;  348. 

Thon.  Accidents  résultant  de  sa  piqûre;  III, 
324.  — Remèdes;  III,  325. 

Taraxis.  Ce  que  c’est;  II , 4 17. 

Tarentule;  94. 

Tarse.  Os  du  tarse;  302.  — Luxation  de  l’os 
du  tarse  ; II , 401. 

Taureau.  Description  du  taureau  de  la  Flo- 
ride; III , 601.  — Manière  de  combattre 
du  taureau  ; III , 761. 

Taurus.  Ce  que  c’est;  161. 

Taupes.  Quand  elles  présagent  la  pluie;  III, 
738. 

Taxis  pratiqué  par  Gilbert  l’Anglais  ; III,  v. 

Teigne.  Définition  de  la  teigne;  II , 406.  — 
Ses  quatre  variétés;  pronostic;  traite- 


ment de  la  teigne  squameuse;  Il , 407.  — 
De  la  croùteuse  et  de  la  corrosive;  II  , 

408.  — Scs  caractères  cl  ses  causes  ; 11 , 

409. 

Telosis.  Ce  que  c’est  ; II , 416. 
Tempérament.  Définition;  33. — Deux  tem- 
péraments, l'intempéré  et  le  tempéré;34. 
— Tempéraments  des  parties  du  corps; 

35.  — Modifications  amenées  par  l’âge; 

36.  — Tempéraments  des  saisons;  37.  — 
Des  jours  ; 38. — Des  humeurs  et  des  mé- 
dicaments; 39.  — Du  tempérament  san- 
guin ; 46.  — Des  tempéraments  phlegma- 
tique,  cholérique  et  mélancholique;  47. 
■ — Des  changements  de  tempérament  ; 49. 
• — Tempérament  des  méridionaux  et  des 
septentrionaux;  50.  — Des  orientaux  et 
des  occidentaux  ; 5i. — Des  habitants  des 
montagnes  et  des  plaines; 62. — Inlluence 
du  régime  et  de  la  profession  sur  le  tem- 
pérament; 61.  — Des  aliments  qui  con- 
viennent aux  divers  tempéraments  ; 66. — 
Quelle  sorte  d’exercice  convient  aux  di- 
vers tempéraments;  71.  — Indications 
résultant  du  tempérament;  85.  — Tem- 
pérament des  muscles  de  l’épigastre;  130. 
— Du  péritoine  ; 134. — Du  ventricule;  137. 
— Des  intestins;  14i. — Du  foie;  144. — De 
la  vessie  du  fiel  ; 145.  — De  la  rate  ; 146. 
— De  la  veine  porte;  147.  — Des  reins; 
153.  — Des  vaisseaux  spermatiques  ; 164. 
— Des  testicules  ; 155.  — Des  parastutes, 
et  des  vaisseaux  éjaculatoires  ; 1 67 . — Des 
prostates;  I5S.  — Des  ureleres;  159.  — 
De  la  verge;  162’.  — De  la  matrice;  165. 
— Des  tuniques  qui  contiennent  l’enfant 
dans  le  sein  de  la  mère;  172.  — Des 
mamelles  ; 178.  — De  la  plèvre  et  du  mé- 
diastin  ; 183.  — Des  poumons;  186. — 
Du  péricarde,  188.  — Du  cœur;  190. 
— De  la  tiachée-artère;  200.  — De  l’œso- 
phage ; 202.  — Du  cerveau  ; 213.  — Du 
liez  ; 243. — De  la  langue;  253.—  Influence 
du  tempérament  sur  le  traitement  des 
plaies  par  harquebuses  ; II,  161.  — Sur 
les  ravages  de  la  vérole;  II,  533.  — Sym- 
pathie entre  le  tempéramentgénéral  et  les 
qualités  de  la  semence  ; II , 638. 

Température.  Son  influence  sur  les  dou- 
leurs des  goutteux;  III,  221.  — Sur  la 
production  de  la  lèpre;  III,  272. — Sur  le 
développement  de  la  rage;  111,  304. 
Tempes.  Ce  que  c’est  ; 704.  — Danger  d’y  ap- 
pliquer le  trépan  ; II,  68. 

Temps.  Voyez  Menstrues. 

Tenailles.  Figures  des  tenailles  capitales 
incisives , dites  bec  de  perroquet  ; II,  16. 

— Figures  des  tenailles  à séton  ; II,  81. — 

— Figure  d’une  tenaille  incisive  pour 
couper  les  os  fracturés  ; II , 151.  — Figu- 
res de  deux  tenailles  incisives  pour  l'am- 
putation des  doigts;  II,  457.  — Figurede 
tenailles  en  bec  de  canne  courbé  pour 
l’extraction  de  la  pierre  ; II,  484. — Figure 
de  tenailles  incisives  pour  couper  les  os 
d’un  enfant  mort  dans  le  sein  ue  sa  mère; 
II,  704.  — Figure  de  tenailles  pour  ex- 


TABLE 


872 


traireun  enfant  mort  du  ventre  de  sa  mère; 

II,  706. 

Tendons.  Rupture  du  tendon  d’Achille;  II , 
1 10.  — Suture  des  tendons  ; III,  42. 

Ténia  ; III , 264. 

Tenon.  Figures  de  deux  tenons  propres  aux 
sutures  des  plaies  de  la  vessie  ; II,  494. 

Tentes.  Leurs  inconvénients  dans  le  traite- 
ment des  plaies  ; 435.  — Figure  d’une  tente 
de  plomb  canulée,  de  figure  plate,  pour 
donner  issue  à la  sanie  retenue  entre  le 
crâne  et  la  dure-mère;  II,  63. — Figure  d’une 
tente  canulée  pour  les  plaies  du  nez  ; II  , 
87.  — Leur  trop  long  séjour  dans  les  plaies 
du  ihorax  fait  dégénérer  ces  plaies  en  fis- 
tules ; II,  98.  — Figures  de  tentes  canulées 
avec  leurs  liens  et  éponges  pour  les  fistules 
du  thorax;  II,  102.— Sur  l’emploi  des  ten- 
tes dans  le  traitement  des  plaies  par  har- 
quebuses  ; II,  159. 

Térébenthine.  Son  efficacité  dans  les  chaudes- 
pisses  ; II.  561,  — Manière  de  faire  l’huile 
de  térébenthine  ; III,  630, 

Teretes  ; III , 264. 

Terre.  Ses  qualités  premières;  32-  — Ses 
qualités  secondes  ; 33.  — Actions  des  va- 
peurs qui  s'exhalent  de  la  terre  sur  les 
qualités  de  l’air  ; III , 357.  — Présages  de 
la  peste  tirés  de  l’exhalaison  des  vapeurs 
terrestres;  111,364.  — Médicaments  tirés 
de  la  terre  ; III , 522.  — Espèces  de  terres 
employées  en  médecine;  III,  635. 

Tksserand  (Claude  de).  Emprunts  que  lui  a 
faits  A.  Paré  ; III,  2. 

Testicules.  Substance,  quantité  et  figure 
des  testicules  ; 154.  — Composition  , nom- 
bre , situation  , connexion  , lemuérament 
des  testicules;  155.  — Action  ; 156. — En 
quoi  ceux  de  la  femme  diffèrent  de  ceux 
del'bomme,  163  ; II,  636. — Leur  influence 
sur  la  nature  de  l’homme  et  de  l’animal  ; 
4 1 4 . — Plaies  des  testicules;  II,  1 09. — S’il 
est  vrai  que  les  mâles  soient  faits  par  la 
vertu  du  testicule  droit;  11,664.  — Dé- 
veloppement tardif  des  testicules;  III, 
18,20. 

Testudo.  Ce  que  c’est  ; 82  , 348. 

Tétanos.  Ce  que  c’est  ; 443. 

Tête.  Le  froid  est  funeste  aux  plaies  de  tels; 
63. — Description  générale  de  la  télé; 
203.  — Anatomie  du  cuir  chevelu  et  du 
péricrâne  ; 205.  — Des  sutures  ; 206. — Du 
crâne  ; 207.  — De  la  dure  - mère  ; 211.  — 
De  la  pie-mère  et  du  cerveau  ; 212.  --Des 
mouvements  de  la  tète;  263.  — Figure 
d’une  scie  propre  à couper  les  os  de  la 
tête;  II,  14.  — Pronostic  des  plaies  de 
tête  ; II . 26  , 31  , 33.  — Plaies  de  lète  sui- 
vies d’abcès  du  foie  ; II , 32.  — Soins  gé- 
néraux à donner  aux  plaies  de  tète;  II, 
33.  — Régénération  de  la  chair  à la  suite 
des  plaies  de  tète;  II,  43.  — Altération 
des  os  de  la  tête  ; II,  65. — Danger  de  trop 
serrer  la  tête;  II,  292.  — Pronostic  des 
luxations  de  la  tête  ; luxation  de  la  tête 
avec  la  première  vertèbre  du  cou  ; II , 
361.  — Où  doit  être  faite  la  saignée  pour 


les  maux  de  tête;  II,  520.  — Formation 
de  la  tète  du  fœtus;  11,650.  — Figure 
d’une  fille  à deux  têtes;  III,  5.  — Fi- 
gure d’un  enfant  ayant  deux  tètes,  deux 
bras  et  quatre  jambes;  III,  8. — Figure 
de  deux  jumeaux  n’ayant  qu’une  lète;  III, 
9. — Figure  d’un  monstre  ayant  deux  tê- 
tes, l’une  de  mâle  et  l’autre  de  femelle; 
III,  1 1.  — Figure  d’un  monsire  ayant  une 
lète  au  milieu  du  ventre  ; III , 12.  — Fi- 
gure d’un  monstre  ayant  deux  tètes  et  un 
seul  bras  ; III,  21.  — Figure  d'un  monstre 
sans  tête  ; III,  22.  — Figure  d’un  agneau  à 
trois  têtes;  III,  45. — Prétendu  remède 
contre  le  mal  de  tête;  III,  65. — De  la 
douleur  de  tête  des  fébricitants;  III,  184. 
— Douleurs  de  tête  des  pestiférés;  causes 
et  traitement  ; III,  418. 

Tétine.  Figure  d’un  instrument  nommé  té- 
tine , à l’aide  duquel  une  femme  peut  se 
débarrasser  elle-même  de  son  lait  ; 11,710. 

Texte.  Soins  pris  pour  la  pureté  du  texte  de 
cetle  édition  ; Int.,  vu  ; III , 11. 

Thaddæus  Dunus.  Moyen  indiqué  par  lui 
pour  prévenir  les  gerçures  du  mamelon  ; 

II,  693. 

Thanacth.  Description  de  la  bête  thanacth; 

III,  786. 

Théodoric.  Circonstances  singulières  de  son 
histoire  ; Int.,  xxxx  11.  — A beaucoup  em- 
prunté à Brunus;  Int.,  xxxvm. — Comment 
il  riposte  à Roland  et  à Roger  ; apprécia- 
tion de  Guy  de  Chauliac;  Int.,  xxxix. — 
Est  cité  par  LanfranC;  Int.,  xlvi. 

Thériaque.  Description  de  l’eau  thériacale  ; 
Il , 599  ; III , 368.  — Ses  propriétés  ; II  , 
600;  III,  368.  — Efficacité  de  la  thériaque 
contre  les  morsures  et  piqûres  d’animaux 
venimeux  : III , 301,  3 J 1,  314,  320. — Cou- 
pable stratagème  des  vendeurs  de  théria- 
que ; III,  319.  — Efficacité  de  la  thériaque 
contre  la  peste  ; III,  368,  370.  — Ses  vertus 
et  son  administration  ; III,  406. 

Thierry  de  Héry.  Ses  travaux  ; son  livre  sur 
la  maladie  vénérienne;  Int.,  cclxix. — 
Indication  des  emprunts  que  lui  a faits 
A.  Paré  dans  son  livre  de  la  grosse  vérole; 
II,  526  à 579,  597.  — Ses  campagnes  en 
Italie  ; III , xiv. 

Thomas  de  Sahzanne.  Retrouve  Celse  vers  le 
milieu  du  xve  siècle  ; Int.,  xix  , xcm. 

Thorax.  Définition  du  thorax  ; 174.  — Sa  di- 
vision en  trois  parties  ; 175.  — Parties  con- 
tenantes du  thorax  ; 177.  — Parties  conte- 
nues ; 183.  — Muscles  du  thorax  ; 265.  — 
Signes  des  plaies  du  thorax  ; II,  94.  — Si- 
gnes d’un  épanchement  de  sang  dans  le 
thorax  ; II,  96.  — Cure  des  plaies  du  tho- 
rax ; II,  100.  — Signes  des  plaies  péné- 
trantes du  1 borax;  III,  653. 

Tierce  (Fièvre);  III,  116,  117,  130,  136, 

1 66. 

Thymus.  Description;  200,  359;  II,  786, 
787. — Traitement;  359;  II,  788. 

Thyroïde.  Du  cartilage  thyroïde;  256. 

Tirabosciu.  Ce  qu’il  dit  sur  la  culture  de  la 
médecine  en  Occident  avant  le  xr  siècle  ; 


ANALYTIQUE. 


873 


Int.,  xix.  — Ce  qu’il  dit  de  Léonard  de 
Berlapaglia  ; Int.,Lxxx. 

Tire-balle.  Figures  de  divers  tire-balles;  II, 
147,  148,149. — Tire-balles  décrits  par 
Gersdorf  ; 1 1 1 , vii. 

Tire-fond.  Figure  d’un  lire-fond  pour  relever 
les  os  du  crâne  ; II , 12. — Figure  d’un  li- 
refond  à trois  branches;  II  , 5S. — Figure 
d’un  liie-fond  pour  l’extraction  des  balles; 

II , 150. — Figure  de  deux  tire-fonds  pro- 
pres à coniminuer  une  pierre  dans  le  con- 
duit de  la  verge  ; II,  474. 

Toile.  Toile  Gautier  pour  appliquer  sur  le 
ventre  des  nouvelles  accouchées;  II,  708. 
— Toile  pour  tenir  le  teint  frais  ; III.  604. 

Tolède.  Ecole  de  Tolède  ; Int.,  xxvi. 

Tolet  (Pierre).  Ses  traductions  de  Paul 
d Egine  et  de  Galien  ; Int.,  ccxxxvn. 

Tonnerre.  Théorie  du  tonnerre;  II,  124, 
135.  — Comparaison  du  tonnerre  et  du 
canon  , II  , 124 , 135  , 177.  — Prétendus 
préservatifs  du  tonnerre;  II  , 124.  — Feu 
du  tonnerre;  II,  202.  — Traitement  des 
brûlures  laites  par  le  tonnerre  ; Il , 210. 
— Action  du  tonnerre  sur  l’économie  ; 

III , 295.  — Son  influence  sur  le  dévelop- 
menl  delà  peste;  III,  360.  — Puissance 
merveilleuse  du  tonnerre;  III,  309. 

Tonsilles.  Description  des  tonsilles  ; 254. 

Tophf.s.  Traitement  des  tophes  venant  du 
virus  vérolique,-  11,759. — Des  tophes  qui 
viennent  aux  jointures  des  goutteux  et  de 
leur  curation  ; III,  247.  Voy.  Nœuds  et 
Nodus. 

Topiques  propres  au  traitement  des  plaies 
en  général;  433.  — Contre  la  goutte  cau- 
sée de  pituite  ; III, 235. — Contre  la  goutte 
provenant  d’humeur  cholérique;  111,241. 
— Contre  la  goutte  sciatique;  111,253. 

Torches.  Description  et  usage  des  torches  ; 
II , 288. 

Torpille.  Son  action  stupéfiante;  III . 295, 
318,  754. 

Tortose.  Ecole  de  Tortose;  Int.,  xxvin. 

Tortues.  Nous  ont  appris  les  propriétés  de 
la  sariette  ; III,  736.  — Monstre  d’Afrique 
semblable  à une  tortue;  III,  787. 

Toucan.  Description  du  toucan  ; III , 783. 

Toucher;  57. 

Toulouse.  Université  de  Toulouse;  Int., 

XXVIII. 

Tourterelles.  Fidélité  des  tourterelles  ; III , 
748. 

Toux.  Est  une  des  causes  des  chutes  de  la 
matrice;  11,  739. — Prétendu  remède  con- 
tre la  toux  ; III , 65.  — Causes  et  traite- 
ment des  toux  symptomatiques  de  la  liè- 
vre; III , 194. 

Trachée-artère.  Anatomie  de  la  trachée-ar- 
tère; 200.  — Le  larynx  n’est  autre  chose 
que  l’extrémité  de  la  trachée-artère  ; 255. 
— Pronostic  et  traitement  des  plaies  de  la 
trachée-artère;  II,  90.  — Ulcères  delà 
trachée-artère;  II,  264.  — Corps  étran- 
gers dans  la  trachée-arfère  et  moyens  de 
les  extraire  ; II , 443.  — Signes  de  la  sec- 
tion de  la  trachée-artère;  III , 653. 


Trachelacra;  III  , 208. 

Trachéotomie.  Application  delà  trachéoto- 
mie à l'extraction  des  corps  étrangers;  III, 
443. 

Traductions.  Enumération  des  traductions 
d’A.  Paré  , Int.  cccxxviu  , valeur  de  ces 
traductions,  III,  11. 

Trachoma.  Ce  que  c’est;  II , 416. 

Tranchées.  Piemèdes  contre  les  tranchées  ; 
II , 692,  708.  — Causes  des  tranchées  des 
nouvelles  accouchées  ; II,  709. 

Transpiration.  Sur  la  transpiration  insensi- 
ble; II,  662;  III,  454. 

Transversaire  (muscle)  ; 264. 

Travail.  Influence  du  travail  sur  la  fécon- 
dité; II,  734.  — Influence  d’un  travail 
exagéré  sur  la  menstruation  ; II,  764. 

Tremblements  de  terre.  Théorie  des  trem- 
blements de  terre  ; Il , 137.  — Relation  de 
divers  tremblements  de  terre;  III,  791. 

Trempe.  Sur  la  trempedes  instruments  ; 389. 

Trépan. Précautions  etconnaissances qu'exi- 
ge l’opération;  209.  211  ; II,  54. — Figure 
d’un  trépan  exfoliatif  ; II  , 14,  585. — Avis 
sur  le  maniement  de  cet  instrument  ; II , 
16,  54.  — Causes  pour  lesquelles  on  tré- 
pane les  fractures  des  os  de  la  tête;  II,  50. 
— Doctrine  de  Nicolas  de  Florence,  Pierre 
d’Argelata  et  Bérenger  de  Carpi  sur  l'o- 
pération du  trépan  ; II,  51.  — Description 
des  trépans;  détails  historiques  sur  cet 
instrument;  figure  de  la  trépane  démon- 
tée ; II , 55.  — Figure  de  la  trépane  mon- 
tée, II,  56.  — Façons  de  procéder;  II  , 
57.  — Endroits  où  il  ne  faut  point  appli- 
quer le  trépan  ; II , 61.  — Figures  de  tré- 
pans perforatifs  triangulaire  , quadran- 
gulaire  et  sexangulaire  ; II , 587. 

Tressaillements.  Cause  des  tressaillements 
des  membres  fracturés;  II,  336. 

Triacleurs;  Int.,  clxxi. 

Tribades;  III,  18. 

Trichiasis.  Ce  que  c’est  ; II,  416. 

Tristesse.  Ses  effets;  77.  — Théorie  delà 
tristesse;  11,661.  — influence  de  la  tris- 
tesse sur  la  menstruation  ; II,  764.  — Sur 
la  fièvre  ; 111 , 85. 

Triton.  Ce  que  c’est  ; III,  770. 

Trocart.  Date  de  l’invention  de  cet  instru- 
ment; 401. 

Trochisques  pour  les  ulcères  des  oreilles  ; 
II,  263.  — Pour  les  ulcères  des  reins  ; II , 
266,  5(>9.  — Pour  les  maux  de  dents  ; II, 
446.  — Pour  les  ulcères  de  la  ve>sie;  II, 
509.  — Pour  les  dartres;  II,  598. — Contre 
la  peste;  III,  402 , 4 1 5. 

Trotula  ; Int.,  xxi,  xxn. — Différence  entre 
les  imprimés  et  les  manusrrds;  Truiula 
major  et  minur-,t  e que  contiennent  ces 
deux  traités;  date  probable  de  la  vie  de 
leur  auteur  ; Int.,  xxm.  — Tout  ce  que  ce 
livre  renferme  de  bon  retrouvé  parGruner 
dans  Ali  Abbas;  Hippocrate,  Galien  et 
Cléopâtre  y sont  mis  à contribution; 
Int.,  xxiv. 

Trousse-galant;  III,  134,  351 . — Ses  symp- 
tômes; III,  363,  423. 


Truie  marine  ; III,  772, 

Tumeurs.  Comment  elles  étaient  envisagées 
par  Paracelse;  Int.,  ccxviu.  — Des  tu- 
meurs eonire  nature  en  général  ; 319. — 
Tible  îles  tumeurs  contre  nature;  cau- 
ses des  tumeurs  en  général;  320,  326. 
— Signes  généraux  ; 321.  — Pronostic  gé- 
néral; cure  générale;  324.  — Tumeurs 
faites  de  cholére;  336.  — Tumeurs  froi- 
des; 311. — Causes,  caractères  et  trai- 
tement des  tumeurs  venteuses  etaqueuses; 
344.  — Tumeurs  engendrées  de  mélan- 
cholie  ; 360.  — Des  tumeurs  contre  nature 
en  particulier;  376.  — Tumeurs  Ou  fonde- 
ment; 419.  — Des  genoux;  421. — Des- 
cription, pronostic  et  traitement  des  bu- 
bons; lit,  427. 

Tunique  De  la  tunique  commune  des  mus- 
cles ; 121.  — Tuniques  de  la  matrice;  165. 
— Tuniques  qui  contiennent  l’enfant  au 
ventre  de  la  mère  ; 109. — l eur  substance, 
dimension,  forme,  composition , nombre  ; 
170. 

Turbitii.  Procédé  pour  extraire  l’essence  du 
turbith;  111,  029. 

Turin.  Voyage  d’A.  Paré  à Turin  ; III,  689. 

Tympanite.  Ce  que  c’est;  394.  — Tympanile 
utérine;  II,  727,  766.  — Causes  et  traite- 
ment; II,  766,  792. 

U 


Ubertin  de  Carrare  appelle  dans  cette  ville 
Gentilis  deFoligno;  Int.,  xlvii. 

Ulcères.  Comment  envisagés  par  Paracelse; 
Int.,  ccxvi. — Définition,  causes  internes; 
II , 40.  — Causes  externes  ; 11,41 . — Table 
des  différences  des  ulcères  ; II , 242.  — Ta- 
ble de  leurs  divers  excréments  ; Il , 243.— 
Signes  et  pronostic  des  ulcères;  Il , 245. 

— Traitement  de  l’ulcère  simple;  II , 218. 

— De  l’ulcère  intempéré;  — de  l’ul- 
cère douloureux;  II,  252.  — De  l’ulcère 
compliqué  d’excroissance  de  chair  ; ibid. 
— De  l’ulcère  vermineux  et  putride  ; II, 
253. — De  l’ulcère  sordide;  II,  254. — 
Des  ulcères  virulents,  corrodants,  cacoé- 
thes,  et  rhironiens  ou  phagédéniques  ; 11, 
256.  — Quand  il  faut  panser  ces  ulcères  ; 
II,  257.  — Du  bandage  des  ulcères;  II, 
258.  — Ulcères  des  yeux,  II,  259.  — Du 
nez  ; II,  260.  — De  la  bouche  ; II  , 261.  — 
Des  oreilles;  11,263.  — De  la  trachée-ar- 
tère, de  l’œsophage,  de  l’estomac;  II,  264. 
— Des  intestins , des  reins  et  de  la  vessie; 
II,  265.  — De  la  matrice  ; II,  266.—  Symp- 
tômes des  ulcères  des  reins  et  de  la  vessie  ; 
11,  506.  — Pronostic  de  ces  ulcères;  II, 
507.  — Pronostic  des  ulcères  vénériens  de 
la  verge;  II,  533.  — Traitement  des  ulcè- 
res vénériens  de  la  bouche;  tl  , 543. — 
Traiiement  des  ulcères  vénériens  de  la 
verge;  II.  552. — Les  ulcères  des  poumons 
rendent  l’haleine  fétide;  II,  600.  — Signes 
indicateurs  des  ulcères  de  la  matrice  ; II, 


778.  — Simulation  d’un  ulcère  à la  jambe  ; 
III  , 47.  — 11  faut  se  garder  de  fermer  les 
ulcères  en  temps  de  peste;  III , 375. — 
Emploi  de  l'antimoine  dans  le  traitement 

des  ulcères;  III  , 467. 

Uletif.  Histoire  et  description  de  l’uletif  ; 
III,  503. 

Ungula.  Définition;  11,  47,429.  — Causes, 
signes,  pronostic,  traitement;  II,  429. 

Unicornis  ; III , 492. 

Université  Origine  des  universités;  Int., 
xxviii. — Intervention  de  l’Université  dans 
les  querelles  des  barbiers  et  des  chirur- 
giens ; Int. , cxl  , CXLIV. 

Urbain  V.  S’attache  Guy  de  Chauliac  ; Int. , 
lxi v.  — Quitte  pour  trois  ans  le  séjour 
d’Avignon  ; Int.,  lxx. 

Uretères.  Substance,  quantité,  figure,  com- 
position , nombre , situation  , connexion , 
tempérament  et  fondions  des  uretères; 
159.  — Signes  des  lésions  des  uretères  ; II, 
105;  III,  654.  — Moyens  pour  faire  des- 
cendre un  calcul  engagé  dans  un  des  ure- 
tères ; II  , 470. 

Urètre.  Notions  les  plus  anciennes  que  nous 
ayons  sur  les  rétrécissements  de  l’urètre  ; 
Int.,  clxxx  ; III,  v.  — Rétrécissements 
de  l’urètre;  II,  564.  — Traiiement;  II, 
566. 

Urine;  44,  73.  — Suppression  de  l’urine 
dans  les  luxations  de  la  hanche  faites  en 
devant  ; II , 391 . — Aspect  de  l’urine  des 
calcuteux  ; 11,  462.  — Rétention  d’urine 
par  causes  intérieures  ; II,  497.  — Du  sang 
et  du  pus  qui  peuvent  être  évacués  par  les 
urines;  11,498.  — Signes  auxquels  on  re- 
connaît d’où  ils  viennent;  Il  , 499,  500, 
502 , 5o6. — Vomissement  d'urine  ; II,  503, 
505.  — Causes  extérieures  des  rétentions 
d’urine;  pronostic;  II,  504.  — Curation 
des  urines  sanguinolentes  et  purulentes  ; 

II , 506.  —Traitement  de  la  rétention  d’u- 
rine; II , 507.—  Exemple  de  rétention  d’u- 
rine engendrée  par  une  chaude-pisse;  II, 
559.  — Des  rétentions  d’urine  causées  par 
les  carnosilés  de  la  verge  ; II , 565. — Ins- 
trument pour  atténuer  l’incommodité  de 
l’incontinence  d’urine  ; II,  612.  — Réten- 
tion d’urine  résultant  d’un  abus  des  plai- 
sirs charnels;  II,  636.  — Quand  et  par  où 
le  fœtus  commence  à uriner  ; II , 663.  — 
Etat  de  l’urine,  symptômes  de  fièvre;  III, 
80.  — : Caractères  et  traitement  de  l’ischu- 
rie  et  du  flux  excessif  d’urine  ; III,  202. — 
Caractères  de  l’urine  des  lépreux;  III, 
.276. — Emploi  de  l’urine  dans  le  panse- 
ment des  morsures  d’animaux  enragés; 

III , 310.  — Moyen  de  provoquer  l’éva- 
cuation de  l’urine;  III,  447. 

Uvée.  Description  de  l’uvée;  238.  — Enu- 
mération des  maladies  de  l’uvée  ; II,  418. 

Uvule  ; 255.  — De  la  tumeur,  inflammation 
et  relaxation  de  1’uvule;  traitement  mé- 
dical  ; excision;  ligature  ; 384.  — Cautéri- 
sation; 385. 


ANALYTIQUE. 


\ 

Vaisseaux.  Substance,  quantité,  figure  , 
composition,  nombre,  situation  , tempé- 
rament, utilité  des  vaisseaux  spermati- 
ques; 154.  — Eu  quoi  ceux  de  la  femme 
diffèrent  de  ceux  de  l'homme  ; 162. — 
Substance,  quantité,  figure,  composition, 
tempérament , situation , nombre . action 
des  vaisseaux  éjaculatoires  ; 157.  — En 
quoi  les  vaisseaux  éjaculatoires  des 
femmes  diffèrent  de  ceux  des  hommes; 
163. 

Valence.  Université  de  Valence;  Int., 

XXVIII. 

Valgi. Quels  sontceuxque  l’on  a ppel  le  ainsi  ; 
II,  613.  — Moyens  de  remédier  à leur  in- 
firmité; II,  614. 

Valvules  du  cœur;  192. 

Vapeurs.  Action  des  vapeurs  qui  s’exhalent 
des  corps  en  putréfaction  sur  l’air,  III, 
356. — Idem  de  celles  qui  s'élèvent  «tes 
eaux  dormantes  ou  de  la  terre;  III , 357. 
— Action  des  vapeurs  terrestres  sur  les 
végétaux  et  tes  animaux;  III,  464. 

Vari.  Quels  sont  ceux  que  l’on  appelle  ainsi; 
II,  613.  — Moyens  de  remédier  a leur  in- 
firmité ; II,  6 1 4 . 

Varices.  Définition,  causes,  signes;  11,268. 
— Incision  ; 11,269. — Varices  des  pau- 
pières ; II,  416. 

Varicocèle.  Traitement  des  varicocèles 
selon  Arculanus;  Int. , xci. 

Vase.  Figure  d'un  vase  de  verre  pour  faire 
cuire  au  bain-marie;  III,  399.  — Formes 
et  matières  des  vases  à distiller;  III,  616  , 
617,  — Enumération  des  vases  servant  à 
distiller  ; III,  638. 

Veau  ayant  la  moitié  du  corps  d’un  homme; 
lit  , 45.  — Veau  marin  ; lit,  772. 

Végétaux.  Action  des  vapeurs  terrestres  sur 
les  végétaux  ; III,  364. 

Vrilles.  Inconvénients  des  veilles  prolon- 
gées ; 73;  111,  376. — Action  des  veilles 
sur  l’économie  ; II,  35. 

Veine<.  Ce  que  c’est  qu’une  veine;  128.  — 
Toutes  les  veines  mésaraïques  viennent 
du  Toie;  142.  — Substance,  volume,  com- 
position , connexion  , tempérament  et  di- 
vision de  la  veine  porte;  147.  — Origine 
de  la  veine  cave  descendante  et  sa  divi- 
sion en  veines  adipeuses,  rénales  ou  émul- 
genles;  151. — Spermatiques,  lombaires  et 
iliaques;  division  des  iliaques  en  muscu- 
leuses, sacrées , hypogastriques,  épigas- 
triques et  honteuses;  152.  — Veines  de  la 
matrice;  194. — Distribution  de  la  veine 
artérielle-,  193  —Distribution  de  la  veine 
cave  descendante;  164.  — Subdivision  en 
veines  diaphragmatiques,  coronales  , ar- 
térielles, azygs,  intercostales,  rnara- 
millaires,  cervicale;  195.  — Musculeuse, 
thoracique  , axillaire,  humérale  , jugu- 
laire ; 196. — Veine  Recta  ; veine  Puypis  ; 
197.  — Veines  de  la  langue  ; 253.  --  Dis- 
tribution de  la  veine  céphalique;  272.  — 
Distribution  de  la  veine  axillaire,-  273.  — 


875 

Distribution  de  la  veine  crurale  ; 289.  — 
Pronostic  des  plaies  des  veines;  433.  — 
Pronostic  des  plaies  des  veines  jugulaires; 

II, 90.  — Traitement;  II,  91.  — Signes 
des  tdessures  de  la  veine  ca»e;  II , 96  ; 

III,  654. 

Venceslas  (roi  de  Bohème).  Son  médecin 
Albicius  ; Int. , xxi. 

Venins.  Des  plaies  envenimées;  II,  1S9. — 
Signes  de  la  qualité  des  venins;  II,  193. 
— Remèdes  contre  la  morsure  des  bêles 
venimeuses  ; II  , 205.  — Signes  des 
gangrènes  résultant  des  venins;  II,  216. 
— C’est  aux  venins  de  plusieurs  animaux 
qu’il  faut  attribuer  la  douleur  quecausent 
leurs  piqûres;  III,  210.  — Objets  que 
l’auteurs’est  proposés  en  écrivant  son  traité 
des  \enins;  III,  283.  — Définition  , mode 
d’action  , origine;  III,  285. — Raison  «le  la 
rapid'tc  avec  laquelle  les  poisons  agissent; 
III,  286.  — S’il  est  possible  qu’un  poi-on 
donne  la  mort  dans  un  délai  fixe;  III, 
287. — La  chair  des  animaux  qui  mangent 
des  bêtes  venimeuses  est-elle  nuisible? 
III,  288.  — Signes  généraux  d’empoison- 
nement ; III,  289.  — Signes  des  venins 
chauds;  III,  2.0.  — Signes  des  venins 
froids;  III,  290,  291.  — Des  venins  secs  et 
des  venins  humides;  III,  291.  — Absence 
de  signes  certains  des  venins  qui  opèrent 
par  propriétés  occultes;  il  n’est  pas  vrai 
que  le  venin  des  bêtes  venimeuses  soit 
froid;  111,292.  — Précaulionsà  prendre 
contre  l’empoisonnement , et  premiers  re- 
mèdes à administrer  ; III.  293.  — Des  ve  - 
ninsen  particulier;  de  la  corruption  de 
l’air  ; III,  295.  — Pronostic  des  venins  en 
général  ; 111,  297.  — Pronos'tc  du  venin 
des  bêles  ; III,  298.  — Cure  des  morsures 
et  piqûres  des  bêtes  venimeuses  ; III,  300. 
Traitement  général  ; III,  303.  — Régime 
propre  au  traitement  des  morsures  de 
chiens  enragés  et  autres  animaux  veni- 
meux ; III , 312.  — Où  est  place  le  venin 
des  vipères;  III,  313.  — Accidents  qu’il 
cause;  remèdes;  III,  314.  — Action  du 
venin  de  l’aspic  ; III,  3i9.  — Violence  du 
venin  du  lièvre  marin;  III,  333.  — Plan- 
tes vénéneuses;  III,  334.  — Métaux  et 
minéraux  vénéneux  ; III , 342. 

Ventosités.  Des  ventosités  qui  s’engendrent 
dans  la  matrice;  II,  766. — Des  ventosités 
qui  accompagnent  les  douleurs  arthriti- 
ques, et  de  leurs  remèdes;  III,  249.  Voyez 
Gaz. 

Ventouses.  Inconvénients  de  leur  applica- 
tion pour  le  redressement  des  côtes;  II, 
313. — Emploi  des  ventouses  contre  les 
coliques  venteuses  ; II,  5l 8.  — Définition, 
manière  de  lesappliquer;  II,  522.—  Leur 
objet,  lieux  où  on  tes  applique  ; figure 
d’une  ventouse;  II,  523. — Application  des 
ventouses  pour  détourner  le  t il  des  ma- 
melles ; II,  710  — Emploi  des  ventouses 
pour  téduire  la  matrice  tombée  ; II,  740, 
743.  — Pour  arrêter  le  flux  menstruel 
excessif;  II,  773.  — Leur  emploi  dans  le 


TABLE 


876 


traitement  des  fièvres;  III,  86.  — Contre 
la  morsure  des  bêles  venimeuses:  III, 
302. 

Ventre.  Du  ventre  inférieur , Il  , 104.— 
Danger  de  trop  serrer  le  venire  pendant 
la  grossesse;  II,  293. — Figure  d’un  homme 
du  venire  duquel  sortaitun  autre  homme; 
III,  7.  — Figure  d’un  monstre  ayant  une 
tète  au  milieu  du  venire  ; III,  12. — Corps 
étrangers  de  ventre;  III,  28.  — Douleur 
de  ventre  des  fébricit>nls  ; III,  185. — 
Flux  de  ventre  des  fiévreux  , III,  200.  — 
Ses  caraciéres , causes,  et  traitement; 
cause  et  traitement  de  la  dureté  du  ventre 
des  fiévreux;  III,  201.  — Moyens  pour 
provoquer  le  flux  de  ventre;  III,  4 49. — 
Moyens  pour  l’arrêter  ; III,  451. 

Ventricule.  Substance  , quantité,  figure, 
nombre  et  connexion  du  ventricule;  136. 
— Tempérament  du  ventricule  ; ses  deux 
orifices  ; 137.  — Anatomie  des  ventricules 
du  cœur;  191.  — Description  des  ventri- 
cules du  cerveau  ; 214. 

Vents.  Action  des  vents  sur  la  santé  de 
l’homme;  64;  II,  139.  — Qualités  des 
Vents;  III,  366 

Verduc.  Son  silence  sur  les  fanons;  II , 289. 

Véhécondie.  Théorie  de  cette  émotion;  II, 
661. 

Verge.  Extraction  des  corps  étrangers  de  la 
verge;  28.  — Substance,  quantité,  figure, 
composition  de  la  verge;  161.  — Nombre, 
situation,  connexion,  tempérament,  uti- 
lité de  la  verge;  du  gland;  du  prépuce; 
162.—  Plaies  de  la  verge;  II,  109. — 
Section  du  frein  de  la  verge;  II,  460.  — 
Moyens  pour  expulser  les  pierres  demeu- 
rées au  conduit  de  la  verge;  II , 473.  — 
Autre  moyen  d’extraire  une  pierre  engagée 
dans  le  conduit  de  la  verge  en  incisant  ce 
conduit;  II , 474.  — Manière  de  traiter  la 
plaie  résultant  de  cet  e incision  ; II , 475. 
— Pronostic  des  ulcères  vénériens  de  la 
verge;  II,  533. — Traitement  des  ulcères 
vénériens  de  la  verge;  II,  552.  — Figure 
d’une  canule  pour  remplacer  la  verge 
perdue,  II,  61 3.  — Fonctions  de  la  verge 
dans  le  coït;  II , 636.  — Imperforation  de 
la  verge  ; 1 1 , 678.  — Influence  de  la  forme 
de  la  verge  sur  la  stérilité;  II,  731. — 
Verrues  de  la  verge;  II,  789.  — Dévelop- 
pement tardif  de  la  verge;  III,  18  à 20.  — 
Histoire  d’une  espèce  de  cloporte  rendu 
par  la  verge  III,  35. 

VerMINATIO;  83. 

Vernet  (Pierre).  Ses  traductions  d’Hippo- 
crate, Int.,  ccxxxvii. 

Vérole.  Noms  divers  de  cette  maladie;  sa 
définifon;  ses  effets;  II,  527.  — Ses  causes; 
II,  528. — Modes  de  transmission;  II, 
52  8,  529.  — En  quelle  humeur  est  enra- 
ciné le  virus  vérolique;  II , 530.  — Signes 
de  la  vérole  ré  ente  et  de  la  vérole  in- 
vétérée; II,  531.  — Pronostic;  II,  532. 

— Adoucissement  de  la  vérole;  II,  533. 

— Connaissances  nécessaires  au  chirur- 
gien qui  veut  traiter  la  vérole;  il,  534. 


— Inconvénients  des  ‘purgations  et  de 
la  saignée  au  début  de  la  vérole;  irai— 

' tement  par  la  décoction  de  gaïae  ; II, 
535.  — Vertus  du  bois  de  gaïaç;  11,536. 

W — Manière  de  préparer  la  décoction;  II  , 
537.  — Précautions  qui  doivent  précéder , 
accompagner  elsuivre  l’administration  de 
celte  décoction;  II,  538. — Régime  à ob- 
server pendant  cette  médication  ; II , 539. 
— Traitement  par  les  frictions;  il,  540. 
Choix,  préparation  et  mixtion  du  vif- 
argent  pour  les  frictions;  II,  541.  — Ma- 
nière de  les  exécuter  ; II , 543 , 544  et  suiv. 
— Traitement  par  les  emplâtres;  11,547. 
— Effets  des  emplâtres;  II,  548,  649. — 
Où,  comment  et  pendant  combien  de  temps 
ils  doi\ent  être  appliqués;  II , 548.  — Trai- 
tement par  les  parfums;  accidents  qui  en 
résultent;  dans  quels  cas  il  faut  y avoir  re- 
cours; 11,551  — Mode  d’administration  ; 
éléments  principaux;  formules;  II,  562. 
— Traitement  des  ulcères  de  la  verge; 

II,  552.  — Symptômes  primitifs,  se- 
condaires et  tertiaires  de  la  vérole;  II, 
553;  III,  425.  — En  quoi  la  gonorrhée 
diffère  de  la  chaude-pisse;  II,  555.  — Dé- 
finitions du  priapisme  et  du  salyriatis;  II, 
556.  — Leur  traitement;  division  de  la 
chaude-pisse  en  trois  espèces  ; II , 567.  — 
Cure  de  la  gonorrhée;  II,  660.  — Cure 
générale  de  la  chaude-pisse;  II,  561. — 
Cure  particulière;  II,  562.  — Des  carno- 
si'és  qui  s’engendrent  au  conduit  de 
l’urine  après  quelques  chaudes-pisses  ; II, 
664.  — Signes  de  ces  carnosilés;  II,  565. 
— Pronostic  et  cure  générale  des  carnosi- 
tés  ; II,  666.  — Cure  particulière  ; II , 567, 
569.  — Pœmèdes  propres  à cicatriser  les 
ulcères  après  l’ablation  des  carnosilés  ; II, 
576.  — Des  bubons  ou  poulains;  leurs 
causes  et  traitement  ; II,  578.  — Des  exos- 
toses, lophes  ou  nodus  venant  du  virus 
vérolique;  II,  579.  — Causes,  pronostic, 
signes  et  traitement  des  dartres  ou  scis- 
sures serpigineuses  ; II,  597.  — De  la  vé- 
role qui  vient  aux  petits  enfants  ; II,  698. 
— Composition  et  vertus  de  l’eau  tbéria- 
cale  contre  la  vérole;  11,599,  600. 

Vérole  (petite).  Description  de  la  petite 
vérole  ; en  quoi  elle  diffère  de  la  routseole; 

III,  257. — Pronostic  ; III,  268.  — Traite- 
ment; III,  259.  — Moyens  de  préserver 
des  ravages  de  la  petite  vérole  les  yeux  ; 
III,  261  , 263.  — Le  nez,  la  gorge  et  les 
poumons  ; III,  262,  263.  — De  la  suppura- 
tion des  boutons;  111,262.  — De  la  dé- 
mangeaison consécutive  et  des  moyens  de 
faire  disparaître  les  cicatrices;  III,  263. 

Véron.  OEil  véron  ; II,  4 1 9. 

Verrues.  Cinq  sortes  de  verrues,  et  leur  trai- 
tement; 357.  — Verrues  qui  viennent  au 
col  de  la  matrice;  II,  786,  787.  — Variétés; 
pronostic;  traitement  ; II,  787.  — Verrues 
des  pieds  et  des  mains;  verrues  de  la 
verge  ; II,  789. 

Vers.  Moyen  pour  faire  mourir  les  vers  des 
dents;  II,  450.—  Remèdes  contre  les  vers 


analytique. 


des  intestins;  II,  516,  692.—  Histoire  de 
vers  engendrés  dans  le  nez  ; lit,  35.  — Ver 
engendré1  dans  l’estomac  «l’un  homme; 
idem  dans  les  intestins  d’une  femme  ; 
III,  37.  — Vers  engendrés  dans  l’es- 
lomacjIII,  41.  — Théorie  de  la  forma- 
tion des  vers  des  inieslins;  leurs  trois 
variétés;  III,  264. — Lieux  auxquels  ils 
s’engendrent;  signes  pour  reconnaître  ces 
lieux-;  III,  265. — Pronostic  tiré  de  l’as- 
pect des  vers  ; III,  266.  — Cure  ; III,  267. 
— Des  maladies  qui  compliquent  les  vers  ; 
III,  269. 

Vers  a soie  ; III,  744. 

Vert-dk-gris.  Son  action  sur  l’économie 
humaine  ; contre-poison  ; III,  342. 

Vertèbres.  Description  des  sept  vertèbres 
du  col  ; 259.  — Vertèbres  du  métaphrène 
et  des  lombes;  265.  — Danger  de  trop 
serrer  les  vertèbres  du  dos;  11,292.— 
Fractures  des  vertèbres;  leur  pronostic  et 
leur  cure  ; II,  315.  — Luxation  des  vertè- 
bres du  cou  ; II,  361.  — Signes  et  causes 
des  luxations  des  vertèbres  du  dos;  II, 
362.  — Pronostic;  II,  363.  — Luxations 
des  vertèbres  résultant  de  cause  interne; 
II,  364.  — Pronostic  de  ces  luxations  ; II , 
365.  — Les  luxations  des  vertèbres  lom- 
baires peuvent  occasionner  des  rétentions 
d’urine;  II,  504. — Pronostic  des  enfon- 
çures  des  vertèbres  dorsales;  III,  657. 

Vertex.  Ce  que  c’est;  204. 

Vertico.  Définition;  II,  409. — Causes, 
signes  et  cure  ; II,  410. 

Vesale.  Sa  vie;  ses  travaux;  Int.,  cclxv. — 
Emprunts  que  lui  a faits  Paré;  15.  — 
Baume  décrit  par  Vésale;  III,  632. 

Vésicatoires.  Leuremploi  dans  l’hy dropisie; 
397.  — Contre  les  maux  de  items  ; II,  448. 
— Dans  le  traitement  des  fièvres;  III,  86. 
— Dans  celui  des  gouttes  causées  de  pi- 
tuite ; III , 239.  — Contre  la  goutte  scia- 
tique ; 111,254.  — Différentes  manières  de 
faire  un  vésicatoire  ; III , 428.  — Défini- 
tion ; ingrédients;  III,  5S4.  — Exemple; 
usage  ; manière  de  les  appliquer;  III,  585. 

Vessie.  Substance  de  la  vessie;  159. — Quan- 
tité, ligure,  compo'ition,  nombre,  situa- 
tion, action  et  usage  de  ta  vessie;  160.  — 
Du  col  de  la  vessie  ; 160,  161 . — Signes  et 
pronostic  deslésions  de  la  vessie;  433  ; II, 
105 ; III,  654. — Traitement;  109. — Ulcères 
delà  vessie;  II.  265. — Syinptômesaccusant 
la  présence  d’un  calcul  dans  la  vessie  ; II, 
462.  — Caractères  des  pierres  vésicales; 
II,  465.  — Moyens  pour  expulser  les  pier- 
res descendues  dans  la  vessie  ; II,  472.  — 
Moyens  pour  expulser  les  pierres  demeu- 
rées au  col  de  la  vessie;  II,  473.  — Ma- 
nière d'extraire  par  incision  les  pierres 
de  la  vessie  des  enfants  mâles;  II,  475. — 
Traitement  des  fistules  de  la  vessie  ; II, 
493.  — S mplômes  des  ulcères  de  la  ves- 
sie; II,  506. — Pronostic;  II,  507.  — Corps 
étrangers  de  la  vessie;  III,  29.—  Cas 
d’extraction  de  pierres  de  la  vessie  ; III, 
29,30.  I 


877 

•VtANEo.  Détails  sur  cette  famille  d’empiri- 
ques ; Int,,  et. 

Vt art  (Claude);  Int.,  c.;  III,  xi. 

Viatique.  Ouvrage  arabe  traduit  par  Con- 
stantin ; Int.,  xxv. 

V idus  ViDius.Sa  traduction  et  ses  commen- 
taires d’Hippocrate  ; Int.,  ccxxxix.  — Ses 
leçons  au  collège  de  France  ; Int.,  ccxl. 

Vie.  Le  cœur  est  le  principe  de  la  y ie  ; 188. 
— Différence  du  poids  d’un  homme  pen- 
dant ou  après  sa  vie;  II,  696. — A quoi 
la  vie  a été  comparée;  111,463. 

Vieillards.  Leur  caractère,  leur  tempéra- 
ment; 37.  — Quels  sont  les  aliments  qui 
leur  conviennent;  69.  — Pourquoi  la 
pierre  s’engendre  le  plus  souvent  aux  reins 
chez  les  vieillards  ; II,  465.  — Causes  des 
rétentions  et  des  incontinences  d’urines 
propres  aux  vieillards  ; II,  498.  — Quand 
il  faut  saigner  les  vieillards;  II,  520.  — 
La  goutte  est  incurable  chez  les  vieillards; 
III,  221. 

Vierges.  Par  où  Huent  les  menstrues  aux 
vierges  ; II,  772. 

Vif-argent.  Emploi  du  vif-argent  dans  le 
traitement  des  parotides  ; 380.  — Dans  le 
traitement  des  ulcères  ; 1 1,  253,  255.  — Le 
vif-argent  est  l’alexitère  des  maux  véné- 
riens; 11.  262,  528,  542;  III,  317.  — Em- 
ploi du  vif-argent  dans  le  traitement  de  la 
teigne  ; II,  408. — Dans  celui  de  la  colique  ; 

II,  519. — Sa  supériorité  sur  le  bois  de  gaiac 
dans  le  traitement  de  la  vérole;  II,  536. 
— Origine  de  ce  nom,  opinions  contra- 
dictoires des  anciens  sur  le  vif  argent  ; ses 
caractères  et  propriétés;  III,  344,  345. — 
Innocuité  du  vif-argent  pris  à l’intérieur; 

III,  345,  346.  — Sun  efficacité  contre  la 
rogne;  son  action  sur  les  nerfs  ; est  mortel 
à la  vermine  ; deux  espèces  de  vif-argent; 
III,  348.  — Caractères  de  ces  e-pèces  ; III, 
349. — Choix,  préparation  et  mixtion  du  vif- 
argent  employé  dans  les  frictions  contre 
la  vérole;  III,  541.  — Son  emploi  rend 
l’haleine  fétide  ; II,  600. 

Vigo  (Jean  de).  Ce  qu’on  sait  sur  sa  vie  ; Int., 
clxxv  ; IU,  vi. — Idée  générale  de  sa  Prac- 
lica  copiosa  ; Int.,  clxxvi.  — Succès  pro- 
digieux de  ce  livre;  Int.,  clxxvii.  — Va- 
leur réelle  de  ce  livre;  Int.,  clxxviii. — 
Erudition  de  Jean  de  Vigo;  faits  et  vues 
qui  lui  appartiennent  ; Int.,  clxxix.  — 

■ — -Motifs  qui  lui  firent  composer  son  Com- 
pendium; Int.,  clxxxi.  — Epoque  probable 
de  sa  mort;  Int.,  clxxxii.  — Traduit  par 
Nicolas  Godin  ; Int. , ccxxxvii.  — Précau- 
tions qu’il  indique  pour  l’incision  des  ab- 
cès ; 33a.  — Son  silence  sur  la  paracentèse 
abdominale,  401. — Emplâtre  mercuriel 
deVigo;  11,  542.  — Son  mode  d’extirpa- 
tion du  cancer  avec  l’instrument  tranchant 
et  le  fer  rouge  se  retrouve  dans  Gilbert; 
III,  vit. 

Villes.  Influence  funeste  de  la  peste  sur 
leur  prospérité  ; III,  458,  459. 

Vin.  Sur  l’usage  du  vin  dans  le  traitement 
des  fièvres;  III,  127, — Dans  quels  cas 


878 


.TABLE  ANALYTIQUE. 


* f wr  ¥ 


il  est  permis  aux  pestiférés;  III,  402.  — 
Aclion  de  la  vqpeur  du  vin  nouveau  sur 
réconuniie  ; III,  6G4. 

Vinaigre,  Esi  l’antidote  des  poisons  chauds 
ei  Iroids  ; III,  374.  — Maniéré  de  distiller 
le  vinaigre  ; III,  623.  — Vertus  conserva- 
trices du  vinaigre,  III,  673. 

Viol.  Peut  causer  un  ulcère  à la  matrice  ; II, 
266. 

Vipere.  Morsure  de  la  vipère;  III,  313.  — 
Accidents  qu’elle  cause;  III,  314.  — Re- 
mèdes ; II,  205  ; III,  314. 

Virginité.  Flux  du  sang,  indice  trompeur  de 
virginité;  moyens  employés  par  certaines 
femmes  pour  faire  croire  à leur  virginité  ; 

II,  749.  — Rapports  sur  la  question  de  sa- 
voir si  une  fille  est  vierge;  III,  566.  — Im- 
possibilité de  prononcersur  la  question  de 
virginité  ; III,  667. 

Virilité.  Quel  est  le  tempérament  de  cet 
âge  ; 36. 

Virus.  En  quelle  humeur  est  enraciné  le  vi- 
rus vérolique;  II,  230.  — Transmission  de 
ce  virus  de  la  nourrice  à l’enfant  et  réci- 
proquement; II,  529. — Traitement  des 
nodus  venant  de  ce  virus  ; II , 759.  — Sur 
le  virus  arthritique;  III,  209  et  suiv. — 
Qualités  du  virus  rabique;  111,  308. 

Visage.  Onguent  pour  les  brûlures  du  vi- 
sage ; II,  205.  — La  couleur  du  visage  in- 
dique la  lempéiature  des  humeurs;  III, 
603. 

Vision.  Théorie  de  la  vision;  240,  241,  242. 

Vitriol.  Emploi  de  l’huile  de  vitriol  pour  la 
teigne;  11,  4n8.  — Manière  de  faire 
l'huile  de  vitriol;  III,  633. 

Vive.  Description,  accidents  résultant  de  sa 
piqûre,  et  remèdes  ; III,  331. 

Vocations.  Théorie  des  vocations;  II,  653. 

Voix.  Comment  elle  se  forme;  186,  — Nerfs 
de  la  voix  selon  Galien;  198. — D’oû  pro- 
cède la  diversité  des  voix;  256.  — Carac- 
tères de  la  voix  des  lépreux  ; III , 276.  — 
Aptitude  de  cei  tains  animaux  à imiter  la 
voix  de  l’homme  ; III,  759. 

Voleurs.  Leurs  ruses  en  temps  ue  peste; 

III,  378,  458. 

Volvulus.  Ce  que  c’est  ; 513. 

Vomissement.  Causes  du  vomissement  bi- 
lieux consécutif  des  fractures  du  crâne  ; 
24.  — Vomissement  d’urines  et  de  matiè- 
res fécales  ; II,  503,  5o5.  — Vomissement 
cause  d’avoi  teinent  ; II,  714. — Considéré 
comme  moyen  de  retirer  la  matnee;  II, 
744.  — Manière  de  provoquer  le  vomisse- 


Vomitifs;III,  132,  166,  444.  ' - *» 

Vossius.  Ce  qu'il  dit  Au  Regimpn  sanitatis -, 
Int.,  xx.  '. 

Vue  ; 57.  — De  quel  secours  elle  est  au  chi- 
rurgien ; 93.  — Principal  sens  de  l'ani- 
mal; 236.  — Eblouissement  de  la  vue; 
III,.  191.  — Cécité  ré-ulianl  de  la  petite 
vérole  et  de  la  rougeole;  III,  259. 

Vuidange  ; 73. 

Vulve.  Figure  d’un  monstre  ayant  deux  vul- 
ves, quatre  bras  et  quatre  pieds;  III,  18. 

Wiseman.  Son  silence  sur  les  fanons;  II, 

289. 

Wisicoths.  Privilèges  que  Iputs  lois  assu- 
raient aux  médecins  ; pénalité  qu’elles  leur 
infligeaient;  Int.,  xvn. 

Wood  (A.).  Ce  qu’il  nous  apprend  sur  Jean 
de  Gaddesdcn  ; Int.,  lui. 

Wurtz  (Félix)  ; Int.,  ccLxxifv.  — Sa  doctrine 
sur  le  traitement  des  plaies  pénétrantes  de 
poitrine  ; II,  97. 

X 

Xérophth  almie.  Ce  que  c’est  ; II,  415. 

Y 

Yeux.  Traité  des  maladies  des  yeux  , de 
Bienvenu;  Int.,  lxviii. — Extraction  des 
corps  étrangers  des  yeux  ; 26.  — Descrip- 
tion des  yeux;  235.  — Des  muscles  des 
yeux;  236.  — Des  tuniques  de  l'œil  ; 237. 

— Des  humeurs  contenues  en  l’œil;  239. 

— Des  veines  des  yeux  ; 242. — Sympathie 
des  deux  yeux  ; II,  79. — Ulcères  des  yeux; 

II,  259.  — Maladies  des  yeux;  II,  413.  — 
Maladies  affectant  l’œil  entier;  II,  414. — 
Les  paupières;  II,  415. — Les  membranes, 
la  cornee  , II,  417.  — L’uvée  , la  prunelle, 
les  humeurs;  II,  4 1 S. — Les  angles,  le 
nerf  optique  ; II,  419.  — Figures  d’yeux  ar- 
tificiels ; II,  603,  604. — Moyens  de  les  adap- 
ter ; du  strabisme  et  des  moyens  de  le  cor- 
riger; II,  604  — Moyens  de  préserver  les 
yeux  des  rmages  de  la  petite  vérole  ; III , 
261, 263. — Eial  des  yeux  chez  les  lépreux  ; 

III,  275.  — Emploi  de  l’autimoine  dans  le 
traitement  des  maladies  des  yeux;  III, 
467.—  Prétendus  remèdes  contre  les  maux 
d’yeux;  traitement  des  contusions  des 
yeux;  III , 486.  — Cas  de  plaie  grave  de 
l’œil  avec  contusion  suivie  de  guérison; 
III,  488.  — Emploi  de  l’artériotomie  dans 
les  fluxions  invétérées  des  yeux;  111,  684. 


ment  ; II,  759  ; III,  444.  — Causes  et  trai- 
tement du  vomissement  commesympiôme 


Z 


des  pâles  couleurs  ; II,  781.  — Prétendus 
remèdes  contre  les  vomissements;  III,  65. 
— Causes  des  vomissements  des  fiévreux  ; 
III,  197.  — Remèdes  ; III,  198.  — Du  vo- 
missement dans  le  traitement  des  gout- 
tes; III,  224,252. 


Zirbus  ; 135.  — Hargne  zirbale;  404.  — 
Causes , signes  et  traitement  de  la  hargne 
zirbale;  414. 

Zodiaque.  Signes  du  zodiaque;  III,  790. 
Zoohiytes;  111,  769. 


FIN  DE  LA  TABLE  ANALYTIQUE 
ST  WJ  TROISIÈME  ET  DERNIER  VOLUME.